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lobby - Page 2569

  • La France, fille aînée de la franc-maçonnerie ?

    Première partie – Par Simone Choule

    Comme l’immobilier ou les néo-réacs, ce sujet fait un bon marronnier dans la presse, la franc-maçonnerie ayant tout pour séduire : prétendue secrète, organisation impalpable et orientant en coulisses certaines orientations politiques... Les deux erreurs principales à ne jamais faire concernant la maçonnerie étant pour un journaliste : de la voir partout et la voir nulle part. Mais aujourd’hui, alors que près de huit magazines hebdomadaires consacrent une fois l’an leur couverture à ce sujet, comment évaluer ses idées et faire un bilan historique de son action, si elle doit rester secrète, et surtout : quel avenir pour ce club très privé ?

    Histoire d’un réseau

    La Franc-maçonnerie naît le 24 juin 1717 en Grande-Bretagne, et devient rapidement à la mode, surtout chez les bourgeois et les marchands. De plus en plus de hautes personnalités nobles y adhèrent ou sont cooptées. En 1723, les premiers maçons s’installent en France, soutenus par des budgets anglais, et 1725 marque la naissance officielle de ce mouvement à Paris. Il se centralise autour du rite écossais, rituel prétendant remonter aux cathédrales mais se sachant mythologique et faux (nulle preuve n’est apportée par la maçonnerie ; en fait ce goût du prestige par la filiation est un calque de la noblesse d’épée pour en singer le prestige).

    La loge est le lieu où l’on pratique le rituel, faisant référence aux loges des maçons qui construisaient les cathédrales et avaient un lieu où se rassasier après une journée de chantier. La loge n’a aucune fenêtre pour faire passer la lumière et est décorée de quincaillerie ésotérique, cosmologique et l’entrée pour le profane s’y fait par parrainage et initiation, par des serments impliquant jusqu’à la vie de ce dernier, pour un secret qu’il ne connaît pas, secret qui ne se dévoile aux derniers degrés de la hiérarchie. Hiérarchie divisée en trois grades : apprenti, compagnon et maître, puis les hauts ateliers où l’on compte jusqu’à 33 degrés sans qu’aucun maçon ne sache ce qui se passe dans le degré supérieur (comme dans la Scientologie ou la secte du Forum Landmark). Si un maçon rechigne à exécuter les ordres venant d’en haut, on lui rappellera que c’est le prix à payer pour pouvoir bénéficier le moment venu de la solidarité des « frères trois points ».

    La noblesse de l’époque (sous Louis XV puis Louis XVI) n’y voit qu’un club « philanthropique » organisant bals et dîners, voire parties fines. Cette noblesse est cependant très occupée par le pouvoir d’un parlement de plus en plus séditieux avec le Roi, parlement assujetti aux idées encyclopédistes dominatrices de cette époque qui installeront les conditions favorables à l’insurrection populaire de la fin du règne des Bourbons (réformes de Turgot, montée du prix du pain, libéralisme « voltairien » montant). Mais il est étonnant de constater que dans le mouvement de la Révolution française, absolument tous les acteurs sont maçons (Maurice Talmeyr en fait la liste) et bien que la France ne veuille changer ni de régime ni de religion – ce qui n’est dans aucun des cahiers de doléances à cette époque –, elle se retrouvera avec un roi décapité et des églises saccagées.

    Des loges d’agitateurs – frères insinuants, frères scrutateurs – sont instituées pour accélérer le mouvement révolutionnaire (dont le slogan était « liberté, égalité, ou la mort ! », la « fraternité » arrivera plus tard on l’espère) qui ne sont apparues qu’en 1787 : crocheteurs, portefaix, rôdeurs, flotteurs de bois, tapes-durs, brigands de rue ou de grand chemin, assassins et malfaiteurs de profession entrent pour y devenir des émeutiers actifs auprès de ceux qui veulent renverser le Roi.

    Un grand nombre de soldats sont recrutés (avec toujours la promesse de carriérisme qu’un tel club implique) et telle une pièce bien répétée et contrevenante aux intentions réelles du peuple de France, produit ainsi : l’apparition du club des Jacobins, du club de propagande, les incendies des châteaux, les paniques de la province, les journées d’Octobre, le 20 juin, le 10 Août, les massacres de Septembre, l’emprisonnement du Roi, sa condamnation et sa mort.

    Derrière la maçonnerie (ou au 33e degré) l’illuminisme d’Adam Weishaupt : quelques cérémonies où l’on verse dans le macabre (toute loge a son squelette) allant jusqu’à répéter la vengeance des templiers à l’égard de Philippe le Bel. Les régicides de Louis XVI et du roi de Suède auraient été répétés dès 1785 et le président du Parlement (M. Maire de Bouligney) et l’inspecteur des Postes (M. de Reymond) ainsi que M. Leroy, comte de Virieu, témoignent tous qu’ils auraient été choqués et écœurés de ces appels au meurtre au sein de ces loges de haut degré.

    Une presse poussant l’opinion à l’insurrection et à l’émeute permanente, (L’Ami du Peuple) entre les mains de ces jacobins, et Lafayette, un autre initié, à la tête de la garde nationale pour « encadrer » cela, toujours au service des mêmes. Ceux qui essaieront la sédition seront broyés, et l’on façonnera l’opinion en instrumentalisant le patriotisme de manière à faire passer toute contre-révolution comme étant une attaque du parti de l’étranger (entrainant ainsi une série de guerres civiles malvenues). Parti de l’étranger ? Pour un Rotary d’origine outre-manche et se référant au temple de Salomon, c’était plutôt gonflé.

    Le plus connu de ces épisodes maçonniques prévus dans les loges reste la dite « prise » de la Bastille, évènement sans aucune gloire selon tous les historiens sérieux, mais surtout opération immobilière impliquant Pierre François Palloy, prévenu dans la nuit du 13 au 14 de l’assaut du lendemain. Une heure après la saisie des canons à De Launey et après avoir joué avec sa tête aux Invalides, 400 hommes montrent leur silhouette dans le quartier armés d’une pioche, et payés 26 sous (environ 4 euros). L’on a retrouvé les papiers de l’entreprise avec une note griffonnée de Palloy lui-même, stressé : « Il fallait équiper 700 hommes, j’ai failli manquer de pelles et de pioches. » Les pierres de la Bastille servirent à la construction du pont de la Concorde et à du merchandising révolutionnaire (pierre taillées en forme de mini Bastille). Le couronnement de tout cela s’est fait par un symbole maçonnique, place de la Bastille, où un petit « génie » ou « Porteur de Lumière » surmonte aujourd’hui le monument au centre la place, marquant définitivement l’influence maçonnique pour l’Histoire dans ce symbole révolutionnaire.

    Sous la IIIe République, la maçonnerie revient encore plus puissante (l’Empire et les monarchies constitutionnelles, par leur centralisation d’un exécutif fort, freine ces corps intermédiaires qui s’immiscent dans tous les corps de pouvoir) et impose la laïcité. Dès 1900, la république maçonnique radicale a été concurrencée par le socialisme marxiste léniniste qui voyait en elle une classe petite bourgeoise à l’humanisme désuet, contraire à la vision scientifique marxiste (le socialisme utopique de Léon Bourgeois, moqué dans le Manifeste du parti communiste). Il était notamment interdit à toute personne du parti d’entrer en loge jusqu’au début des années Mitterrand. La Seconde Guerre mondiale ayant créé une parenthèse où le pouvoir français, sous tutelle allemande, s’affranchissait de son influence jusqu’en 1944.

    La GLNF [Grande Loge nationale de France, ndlr] vivote jusque dans les années 60 mais bénéficie d’un coup de fouet significatif sitôt que l’OTAN installe son siège à Paris en 1952 : à partir de là, les demandes de l’obédience affluent et le succès est tel que Frédéric Zeller, Maître du Grand Orient de France, dira qu’elle n’a jamais été aussi puissante. Mégalomanie ? Orgueil démesuré ? En tout cas de plus en plus de carrières dans les administrations, mairies, conseils régionaux ou généraux, entreprises publiques ne se font plus seulement sur les qualités objectives de compétence mais sur l’obédience à ces réseaux (place Beauvau, un commissaire sur deux est franc-maçon). Depuis la fin du bloc communiste, et la ringardisation du communisme, la maçonnerie a retrouvé une nouvelle jeunesse : le solidarisme revenu au XXe siècle est promu par Vincent Peillon au sein de son parti, par exemple.

    La maçonnerie contraire à la démocratie ?

    On savait que la maçonnerie tient en détestation la France catholique et monarchique dont elle a été la subversion – son Histoire le prouve par les actes commis – et lui préfère notamment l’abstraction d’une République universelle inscrite dans toutes les chartes officielles des loges. Une République universelle discutable dans la mesure où les nations se retrouvent uniformément globalisées, perdant ainsi leur diversité dans la singularité de ce type de régime. Néanmoins au sein de l’État français, on favorise une doctrine qui justifie qu’une poignée d’initiés dirigent la société. Cela ne saurait signifier qu’elle est démocratique : où est la séparation des pouvoirs lorsque l’on pratique l’entrisme dans les administrations d’État, le Parlement, le gouvernement, les syndicats ou les associations ? Où est la défense de la France, de son peuple et de ses intérêts quand on prépare un gouvernement mondial dont les États maçonniques auront préparé les conditions ?

    Les maçons ont d’ailleurs attaqué une institution purement démocratique : le référendum. En 1934, les référendums voulus après les manifestations furent transformés dans l’opinion par le parti radical socialiste en « plébiscite napoléonien ». De Gaulle aura retenu ces polémiques et tâchera d’appliquer le référendum, y compris à ses dépens. L’utilisation des référendums a montré que les Français en avaient cure des « avancées » (celui sur l’UE par exemple, très « république universelle » touch’).

    Les loges ont compris pour leur part qu’il ne faut plus éclairer le peuple par un débat public explicite et sincère précédent les décisions, mais les conduire vers la lumière les yeux bandés ! Malgré la défense de la démocratie représentative dans les débats, les maçons lui préfèrent un ordre d’initiés connaissant seul le secret délivré et qui masquent leur intentions réelles à l’égard des profanes, à savoir le peuple de France. Le secret maçonnique est l’anneau de Gygès qui permet à l’ordre, grâce à la dissimulation de qui en est ou pas, de rester invisible et donc insaisissable et user ainsi de ce singulier privilège. En 1789, les privilèges furent « abolis », dites-vous ?

    Anthropologie et petite fabrique de l’opinion maçonnique

    Rotary de carriéristes, gnomes fourrés dans leurs intrigues et obsédés par une guerre de ruses, vaniteux notables en manque de reconnaissance tutoyant l’affairisme véreux, têtes d’œuf longtemps charriées à l’école, passe-droits, corps intermédiaires, conflits d’intérêts, corporatisme, substitution aux pouvoirs, cooptation de gens ayant prise sur les manettes (magistrats, juges, avocats, inspecteurs des finances) dans les hauts grades maçonniques, les exemples affluent de ces « hommes sans qualités », à la Robert Musil, qui ne veulent se distinguer dans l’existence qu’en trichant avec le réel. Mais à l’ère de la transparence, me direz-vous, quid du secret maçonnique ? Cela appartient à la vie privée, nous répondent-ils...

    Mais parmi ceux qui s’avouent maçons, c’est aux postes-clé du gouvernement Ayrault que nous les retrouvons : Anne-Marie Escoffier à la Décentralisation, Marc Mancel et Vincent Peillon à l’Éducation, Christophe Chantepy à Matignon, Jean-Yves le Drian et Cédric Lewandowski à la Défense, Aquillino Morelle à l’Élysée, Manuel Valls, Renaud Vedel, Alain Bauer et Yves Colmou à l’Intérieur, André Vidalies aux relations avec le Parlement, Victorin Lurel à l’Outre-Mer, Alain Simon et Jérôme Cahuzac à l’Économie, François Rebsamen, Jean Pierre Sueur, Claude Domeizel, Gérard Collomb, Michèle André et Robert Navarro au Sénat, Henri Emmanuelli, Christian Bataille, Pascale Crozon, Pascal Terrasse, Olivier Dussopt, Brigitte Bourguignon, Odile Saugues, Patrick Menucci et Paul Giacobbi à l’Assemblée nationale... Il est manifeste qu’un nouveau clergé remplace aujourd’hui l’ancien. Mais qui dit clergé dit « Bonne Parole » : voyons comment elle « évolue dans les mentalités ».

    En démocratie de marché, le marché achète l’opinion et l’opinion fait l’élection ; observons donc en détail le trajet de l’opinion maçonnique dans l’équation marché/politique/média, collusion que dénonçaient déjà Balzac, Maupassant, Zola et Alexandre Dumas sans être traités de conspirationnistes, et dont l’élément maçonnique manquait à l’analyse de Paul Nizan dans ses Chiens de garde : on fait descendre l’instruction dans le réseau (par exemple sur « l’avortement » ou le « mariage pour tous ») puis, quelques jours plus tard, un article apparaîtra dans le journal du Midi libre suggérant la mesure (ou tout autre journal ayant « libre » dans son titre ou sous-titre).

    Puis, il y aura une station locale FR3 délivrant le même message, ensuite un article à la une d’un grand quotidien national parisien ou la couverture d’un grand hebdomadaire. Bientôt un sondage paraîtra, qui montrera que précisément, en cette matière, et contrairement à ce que l’on a toujours cru jusqu’ici, l’opinion « évolue ». À quelques temps de là paraîtront un ou plusieurs livres dont l’écho sera amplifié par des critiques favorables dans les journaux, et par le fait que ces journaux seront en haut de pile chez les libraires.

    Des associations venues de nulle part s’exprimeront à leur tour sur le sujet, et comme par hasard, leurs communiqués seront largement relayés dans les médias. Il y aura, le cas échéant, quelques manifestations de rue ou quelques autres actions spectaculaires saisies par des caméras de télévision, opportunément présentes. Entretemps seront prononcées des déclarations ou des « petites phrases » d’hommes politiques ou parlementaires de l’opposition ou de la majorité. Le gouvernement aura commandé un rapport et une proposition de loi sera proposée au Sénat ou à l’Assemblée.

    Le résultat de tout ceci est que les observateurs de la vie publique verront que la société « bouge » qu’il ne faut pas aller contre elle, et l’on dira que la loi répond à une vraie attente du corps social. Les sociologues d’état diagnostiqueront l’existence d’une demande sociale. Des orateurs avec une rare éloquence défendront cette loi, qui sera votée par les deux chambres, à une courte majorité peut-être selon la logique du « marché politique » bien analysée par les théoriciens américains du « public choice ». La loi deviendra celle du pays et celle que les juges conviendront d’appliquer « au nom du peuple français », alors qu’elle n’aura été voulue au départ que par 15 personnes ; et ceux qui l’ont votée se féliciteront d’avoir fait « évoluer les mentalités », s’enorgueillissant derechef.

    Si un politicien décide de s’opposer, il recevra en premier lieu un recadrage du chef de son parti puis, s’il persiste, un article surgira pour révéler ses liens avec un dictateur étranger, un financement de campagne occulte, une résidence secondaire suspecte. Même s’il gagne son procès en diffamation, le mal aura été fait et la carrière de l’opposant aux idées maçonniques brisée (non-renouvellement d’un mandat, non-recrutement dans un gouvernement…), il gagnera une étiquette de « mauvais républicain ».

    Voici le pouvoir de censure des pouvoirs séculiers de la maçonnerie, qui rapproche cette secte d’un certain cléricalisme auquel on pensait qu’ils étaient opposés ! En tout cas, quelle manière malhonnête d’imposer aussi insidieusement et non loyalement ses vues sur la société. Évolution des mentalités, dites-vous, ce retour au cléricalisme ?

    (Fin de la première partie)

    http://www.egaliteetreconciliation.fr

  • Le « plan de paix » de l’ONU pour la Syrie est une supercherie

    L’ « ambassadeur de la paix » des Nations Unie (ONU) Lakhdar Brahimi tente de négocier une transition gouvernementale avant les prochaines élections en Syrie. Non seulement les efforts de Brahimi sont vains, ils sont aussi totalement hypocrites. Proposer un « gouvernement transitoire » au beau milieu de ce qui constitue en réalité une invasion étrangère, financée, armée et ouvertement perpétuée par des intérêts étrangers, viole à la fois la souveraineté de la Syrie et la propre charte fondatrice de l’ONU.

    C’est comme si un envoyé de l’ONU visitait la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale et proposait un gouvernement transitoire en pleine invasion nazie. L’ONU serait de toute évidence un facilitateur de l’injustice, non pas un médiateur pour la paix.

    Le Los Angeles Times rapporte ceci dans son article « Lakhdar Brahimi s’efforce de raviver le plan de paix pour la Syrie » :

    « L’ambassadeur de la paix Lakhdar Brahimi a fait une nouvelle avancée jeudi pour amener les représentants syriens et les rebelles à négocier, visant à raviver un plan favorisant un gouvernement transitoire et la tenue d’élections, lequel avait échoué en raison de désaccords sur l’avenir du président Bachar Al-Assad. »

    L’ONU n’a pas du tout réussi à discerner l’opposition légitime en Syrie des bandes de terroristes armés vagabonds commettant des atrocités à grande échelle contre le peuple syrien, nombre d’entre eux non originaires de Syrie, tous armés par les États-Unis, l’OTAN et leurs alliés régionaux incluant Israël, l’Arabie Saoudite et le Qatar dans le cadre d’un plan de longue date pour procéder à un changement de régime à la fois en Syrie et en Iran. La presse occidentale n’appuie pas seulement les tentatives hypocrites de l’ONU, elle s’est acharnée à délégitimer toute opposition en Syrie refusant de prendre les armes ou s’opposant à une intervention étrangère.

    Alors que le Los Angeles Times tente de présenter le plan de l’ONU comme étant raisonnable et le président syrien Bachar Al-Assad et la Russie comme seuls obstacles à la paix, ce plan constitue en fait encore une autre tentative de dépeindre le conflit comme une lutte politique au lieu de l’invasion étrangère qu’il est réellement.

    La Syrie est envahie par des terroristes étrangers

    Les « rebelles » armés que l’ONU refuse de condamner comprennent des combattants étrangers d’Al-Qaïda, incluant des organisations terroristes internationales figurant sur les listes du département d’État des États-Unis, des Nations Unies et du département de l’Intérieur du Royaume-Uni, soit le Groupe islamique combattant libyen (GICL), Al-Nosra, également connu sous le nom d’Al-Qaïda en Irak et des extrémistes des Frères musulmans syriens. Les pays occidentaux ne négocieraient avec aucune de ces factions terroristes, si d’une façon ou d’une autre, leurs armes se détournaient de la Syrie pour viser l’Occident. Pourtant, l’Occident exige non seulement que la Syrie les reconnaisse et qu’elle négocie avec eux, mais aussi qu’on les laisse régner sur tout le pays.

    En novembre 2011, dans l’article « Un dirigeant islamiste libyen a rencontré l’Armée syrienne libre, un groupe d’opposition  » le Telegraph rapportait :

    Abdelhakim Belhadj, dirigeant du Conseil militaire de Tripoli et ancien chef du Groupe islamique combattant libyen a « rencontré des dirigeants de l’Armée syrienne libre à Istanbul et à la frontière turque », a déclaré un représentant militaire travaillant avec Mr. Belhadj. Il a été envoyé par Moustapha Abdel Jalil (le président libyen intérimaire).

    « Les nouveaux dirigeants libyens offrent des armes aux rebelles syriens », un autre article du Telegraph, admettait :

    The Daily Telegraph a appris que les rebelles syriens ont tenu des pourparlers secrets avec les nouvelles autorités libyennes vendredi dans le but d’obtenir des armes et de l’argent pour leur insurrection  contre le régime du président Bachar Al-Assad.

    À la réunion qui s’est tenue à Istanbul et où se trouvaient des représentants turcs, les Syriens ont demandé de l’« aide » aux représentants libyens, se sont fait offrir des armes et peut-être des volontaires.

    « Un plan est mis en œuvre pour envoyer des armes et même des combattants  libyens en Syrie » a affirmé une source libyenne ayant requis l’anonymat. « Une intervention militaire est en cours. Vous verrez dans quelques semaines. »

    Plus tard ce mois-là, on rapportait qu’environ 600 terroristes libyens étaient entrés en Syrie afin de commencer des opérations de combat. Le journaliste de CNN Ivan Watson a accompagné des terroristes au-delà de la frontière turco-syrienne et à Alep. En juillet 2012, CNN révélait qu’effectivement, des combattants étrangers, surtout des Libyens, se trouvaient parmi les militants.

    On a admis que :

    Entre-temps, des résidents du village où les Faucons syriens avaient établi leur quartier général ont dit que des combattants de plusieurs nationalités nord-africaines servaient également dans les rangs de la brigade. Un combattant volontaire libyen a par ailleurs déclaré à CNN qu’il compte voyager de la Turquie vers la Syrie dans les prochains jours afin d’ajouter un « peloton » de combattants libyens au mouvement armé.

    CNN a ajouté:

    Mercredi, l’équipe de CNN a rencontré un combattant libyen qui avait quitté la Turquie et s’était rendu en Syrie avec quatre autres libyens. Le combattant portait une tenue de camouflage et avait un fusil Kalashnikov. Il a dit que d’autres combattants  libyens étaient en route.

    Certains combattants étrangers sont clairement attirés parce qu’ils voient cela comme […] un djihad. C’est donc un aimant pour les djihadistes qui voient cela comme une lutte pour les musulmans sunnites

    En somme, la Syrie est envahie depuis presqu’un an par des terroristes libyens. De plus, immédiatement après que les États-Unis aient reconnu leur propre « coalition d’opposants » triée sur le volet comme les « représentants du peuple syrien », son chef, Moaz Al-Khatib, a tout de suite exigé que les États-Unis lèvent les sanctions contre l’organisation terroriste d’Al-Qaïda, Al-Nosra.

    Reuters a cité Al-Khatib :

    « Il faut réviser la décision de considérer un groupe luttant contre le régime comme un groupe terroriste. Nous pouvons être en désaccord avec certains groupes, leurs idées et leur vision politique et idéologique, mais nous affirmons que toutes les armes à feu des rebelles servent à renverser le régime criminel et tyrannique. »

    L’Occident refuse non seulement de reconnaître que la Syrie est confrontée au terrorisme étranger et intérieur, il participe aussi activement à l’armement, au financement et à l’hébergement en lieu sûr de ces factions terroristes. La Turquie, membre de l’OTAN, est un complice direct de l’agression extraterritoriale de la Libye, qu’elle facilite en accueillant les combattants libyens à l’intérieur de ses frontières, tout en coordonnant leur armement, leur financement et leur logistique lorsqu’ils traversent la frontière turco-syrienne. La CIA des États-Unis facilite également l’invasion libyenne de la Syrie le long des frontières turques.

    En juin 2012, dans son article « La C.I.A. aiderait à acheminer des armes à l’opposition syrienne », le New York Times (NYT) a concédé que « des officiers de la CIA opèrent en secret au sud de la Turquie » et acheminent des armes, dont « des armes semi-automatiques, des grenades propulsées par fusée, des munitions et quelques armes antichars ». Le New York Times insinue que la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Qatar sont les principaux fournisseurs d’armes alors que la CIA coordonne la logistique.

    http://www.csmonitor.com/var/ezflow_site/storage/images/media/content/2012/0224-friends-of-syria-conference/11843662-1-eng-US/0224-friends-of-syria-conference_full_600.jpg

    Image: Les « amis de la Syrie » comprennent de nombreux conspirateurs mentionnés dans le reportage exhaustif de neuf pages de Seymour Hersh, « La redirection ». La violence en Syrie n’est pas le résultat d’un soulèvement du peuple syrien  porteur d’« aspirations politiques », mais plutôt celui de la conspiration et de la machination d’une élite mondiale ayant prémédité il y a longtemps la destruction de la Syrie pour son propre programme géopolitique global.

    ….

    La politique étasunienne envers la Syrie remonte aussi loin qu’à 2007, où les représentants des États-Unis ont admis qu’ils planifiaient le renversement du gouvernement syrien à l’aide d’extrémistes sectaires étrangers et en utilisant des pays comme l’Arabie Saoudite pour acheminer des armes et du financement, surtout pour maintenir l’illusion qu’ils n’étaient pas impliqués.

    Le long reportage de neuf pages de Seymour Hersh, « La redirection », publié dans le New Yorker en 2007 expose les plans étasuniens visant à utiliser des moyens clandestins pour renverser le gouvernement syrien dans le cadre d’une action plus vaste ayant pour but de miner et détruire l’Iran. « Le renforcement de groupes extrémistes sunnites épousant une vision militante de l’islam, hostiles aux États-Unis et sympathisants d’Al-Qaïda, sont un sous-produit de ces activités », écrit Hersh.

    Al-Nosra est ouvertement affilié à Al-Qaïda. Dire que le GICL est « sympathisant d’Al-Qaïda » serait toutefois trompeur : le GICL, c’est Al-Qaïda.

    Selon le rapport du West Point Combating Terrorism Center de l’armée étasunienne, « Les combattants étrangers d’Al-Qaïda en Irak », le GICL a fusionné en 2007 avec l’organisation terroriste créée par les États-Unis et l’Arabie Saoudite.

    L’apparent essor de recrues libyennes se rendant en Irak pourrait être lié à la coopération accrue entre le Groupe islamique combattant libyen et Al-Qaïda, laquelle a atteint son point culminant le 3 novembre 2007 lorsque le GICL s’est officiellement joint à Al-Qaïda. (page 9, .pdf)

    Hersh poursuit son reportage en déclarant « le gouvernement saoudien, avec l’approbation de Washington, fournirait des fonds et de l’aide logistique afin d’affaiblir le président syrien Bachar Al-Assad ». Cela comprenait l’offre de milliards de dollars à des factions pro-saoudiennes au Liban soutenant des groupes militants qui traversent maintenant la frontière libano-syrienne pour rejoindre leurs homologues libyens.

    La conspiration élaborée, mise à exécution en 2007 et décrite par Seymour Hersh citant une myriade de sources étasuniennes, saoudiennes et libanaises, se déroule de toute évidence devant nos yeux. Cette conspiration n’était pas fondée sur des considérations humanitaires ou la « démocratie », mais plutôt sur les intérêts mutuels des États-Unis, d’Israël et de l’Arabie Saoudite, et consistant à renverser les gouvernements de pays souverains vus comme des menaces à leur influence collective extraterritoriale à travers la région.

    En ne reconnaissant pas une conspiration documentée, fomentée par des intérêts étrangers et visant à faire tomber violemment le gouvernement de la Syrie (et éventuellement de l’Iran) l’ONU démontre une fois de plus qu’elle est un instrument servant des intérêts spécifiques. Sa tentative de négocier un « plan de paix » avec des terroristes étrangers envahissant la Syrie en tant que mandataires des puissances occidentales est dépourvue de toute légitimité. Le gouvernement syrien et ses alliés doivent redoubler d’efforts pour présenter le conflit pour ce qu’il est, une invasion, et réclamer l’appui et la patience de la communauté internationale alors que la Syrie confronte et met en échec ces envahisseurs étrangers et les intérêts étrangers qui les arment et les guident.

    Lakhdar Brahimi, tout comme Kofi Annan avant lui, ne fait que gagner du temps pour le discours chancelant de l’Occident. La Syrie et ses alliés doivent finalement le laisser s’écrouler afin que le véritable sauvetage de la Syrie puisse avoir lieu, par des opérations de sécurité antiterroristes dans tout le pays et la confrontation diplomatique des intérêts étrangers soutenant le terrorisme à l’intérieur et autour de la Syrie.

    Tony Cartalucci, Le 28 décembre 2012 http://www.mondialisation.ca

    Le blog de Tony Cartalucci : Land Destroyer 

    Article original : The United Nations Syria “Peace Plan” is a Fraud

    Traduction : Julie Lévesque pour Mondialisation.ca

  • 13 janvier. « Nette de fachos »

    On va me dire que j’exagère. Que je crée la division. Qu’il vaut mieux se taire. Qu’on me comprenne donc. Les propos qui suivent ne visent pas à discréditer la nécessaire, l’indispensable mobilisation du 13 janvier, à laquelle appellent un nombre croissant d’évêques et qui réunira plusieurs d’entre eux pour dire « non » au « mariage » des homosexuels. Mais il faut dire et redire la vérité, pour éviter d’en faire une marche et un marché de dupes.

    Mercredi soir, invitée de l’émission « Des clics et des claques » sur Europe 1, Frigide Barjot a dit et répété son hostilité viscérale à ceux qui ne se reconnaissent pas dans les objectifs de « sa » manif (mais ce n’est pas sa manif !) du 13 janvier, et qui entendent se réunir en marge et ailleurs à l’appel de Civitas et de plusieurs autres mouvements, pour défiler sous des bannières explicitement catholiques.

    Interpellée à répétition pour se désolidariser de ces « identitaires » intégroïdes, Frigide Barjot s’est engagée solennellement, jurant « sur la tête » de ses enfants, qu’il n’y aurait pas un seul « intégriste » dans la « Manif pour tous ». Elle sera « Nette de fachos », tout est prévu pour éjecter les mal-pensants, la préfecture de police a été sollicitée pour les tenir à distance. Comme quoi on peut annoncer une manif « pour tous » contre la dénaturation du mariage et dénaturer soi-même le sens des mots…

    Eh bien vous voyez, ces exclusions me fatiguent. M’irritent. Nous sommes bien placés à Présent pour savoir que ces relégations dans les ténèbres extérieures sont le plus souvent malhonnêtes et malvenues, qu’elles jouent sur les mots pour interdire de droit de cité une pensée, une doctrine, des opinions, des préférences parfaitement légitimes et éventuellement bienfaisantes.

    Pire : ces déclarations me semblent dangereuses dès lors qu’elles excluent des analyses justes et des rappels opportuns.

    Ce qui se confirme dans cette affaire. Pourquoi « nette de fachos » ? Parce que les « fachos » se définissent – on le comprend à écouter les autres propos de Frigide Barjot – non comme des crânes rasés adeptes de la solution finale ou d’un étatisme socialiste façon Mussolini, mais comme ceux qui ont un jugement négatif à l’égard des « amours homosexuelles ».

    La preuve ? Frigide Barjot a réitéré mercredi soir son discours d’opposition au « mariage » gay, fondé uniquement sur le fait que le mariage étant le cadre juridique de la filiation, il ne faut pas l’ouvrir aux couples homosexuels pour ne pas bouleverser ce cadre stable inventé pour la protection des enfants. Elle a raison d’évoquer la filiation. Elle a tort de s’arrêter là, et de souhaiter de meilleurs droits pour les couples homosexuels, comme elle l’a encore fait de manière appuyée, au motif que les amours homosexuelles sont belles et méritent un cadre juridique aligné – sauf pour la filiation – sur celui des couples formés d’un homme et d’une femme.

    C’est méconnaître absolument le sens du mariage, qu’il soit chrétien ou naturel.

    C’est ouvrir – et c’est déjà largement fait – la porte à l’accusation d’homophobie (et l’« homophobie » est en droit un délit) à l’égard de tous ceux qui, ne partageant pas cette vision ahurissante, continuent de dire que l’union d’un homme et d’une femme, qu’ils soient païens, chrétiens, croyants ou non est une donnée de l’ordre naturel, la pierre de construction de la société, qu’ils aient d’ailleurs des enfants ou non : un mariage stérile n’est pas moins un mariage, image de l’amour divin, qu’une union bénie d’enfants.

    Pire, c’est donner des armes à ceux qui dénoncent non seulement la ringardise ou le « fascisme » de ceux qui présentent les actes homosexuels comme « intrinsèquement désordonnés », mais qui les désignent comme coupables devant la justice, les médias, le monde.

    Frigide Barjot ne représente qu’elle-même. Je ne crois pas un instant que ses déclarations emportent l’adhésion de la plupart des organisateurs de la « Manif pour tous ». Et c’est pourquoi il ne faut pas porter l’opprobre sur ce grand mouvement du 13 janvier.

    Mais il faut dire clairement et de manière audible que le cortège de Civitas, qui aux dernières nouvelles entend démarrer de la place Pinel à 13 h dans le 13e arrondissement, fait partie de ce grand soulèvement national contre la révolution du « mariage » pour tous et qu’il y a sa place ; une place précise fondée sur des mots justes même si l’on ne se reconnaît pas dans toutes ses prises de position.

    Que les choses soient claires : Présent soutient l’ensemble de ces mouvements. Fût-ce en émettant des réserves comme je le fais aujourd’hui – et ce sont des réserves de fond.

    © leblogdejeannesmits

  • Le Grand Orient contre le Vatican

    Il y a presque un an, le 18 décembre 2008, le Saint-Siège et la France ont signé, « dans une discrétion voulue » écrivait Emile Poulat (La Croix, 7/8 février 2009), un accord « sur la reconnaissance des grades et diplômes dans l’enseignement supérieur ». L’accord est simple : la France rejoint enfin la pratique des autres pays européens en validant officiellement les études universitaires poursuivies dans les établissements supérieurs catholiques. En d’autres termes, une licence de lettres ou un doctorat en théologie préparés, par exemple, à l’Institut catholique de Paris seront désormais reconnus au niveau européen pour poursuivre d’autres études dans d’autres universités (publiques ou privées) ou postuler à des emplois dans les autres pays européens. Ce qui n’était pas le cas jusque-là.
    Mais cet accord reste très limitatif dans sa portée. La délivrance des diplômes universitaires reste interdite aux établissements supérieurs catholiques, l’Etat garde le monopole de l’attribution des grades et titres universitaires. Comme par le passé, soit la faculté catholique passe une convention avec une université d’Etat voisine qui valide la formation et délivre le diplôme, soit un jury d’Etat viendra évaluer les candidats et conférer le diplôme.
    L’accord du 18 décembre 2008 n’a été publié au Journal officiel que le 19 avril 2009. Le retard est dû, sans doute, à la colère et au mécontentement qu’ont exprimés plusieurs organisations laïques et certains milieux universitaires. Au printemps dernier, un « Collectif pour la promotion de la laïcité » s’est constitué contre cet accord. Il est composé d’instances maçonniques (au premier rang, le Grand Orient de France), d’organisations laïques, toutes paramaçonniques, et de quelques députés (tous francs-maçons, tel Michel Charasse  et Jean-Luc Mélanchon). Ce Collectif a lancé une pétition et préparé un recours « pour excès de pouvoir », déposé devant le Conseil d’Etat, demandant l’annulation du décret.
    Jean Baubérot, spécialiste de sociologie religieuse, chantre de la laïcité, a protesté, lui aussi, contre l’accord de décembre 2008 : « c’est un des fondements de la laïcité de l’enseignement qui est mis en cause, car celle-ci repose sur la collation des grades par les universités publiques ».
    Venu du protestantisme, partisan d’une « laïcité inclusive », foncièrement anticlérical sous son apparence historienne (« la nocivité des Jésuites a été pendant près de deux siècles une évidence sociale » a-t-il écrit récemment), Jean Baubérot rejoint la franc-maçonnerie dans sa dénonciation du « repli identitaire réofficialisant de façon rampante des ”racines chrétiennes” » (Le Monde, 11 mai 2009).

    Contre la « théocratie »


    Le Conseil d’Etat ne s’est pas encore prononcé sur le recours déposé par le Grand Orient et ses supporters. Aussi, les instances maçonniques montent à nouveau au créneau. Le G. O. vient de lancer une nouvelle publication Franc-Maçonnerie magazine, diffusée en kiosque. Dans le premier numéro, Pierre Lambicchi, le président du Conseil de l’Ordre du Grand-Orient de France, signe un article offensif intitulé : « Quand le Saint-Siège impose ses diplômes en France ». Il s’insurge contre l’accord de décembre qui, selon lui, « attribue un véritable pouvoir d’ingérence au Saint-Siège sur le territoire français ».
    Avec cet accord, il ne s’agirait de rien moins que d’ « une violation de la souveraineté de la République sur son territoire » : « Le Saint-Siège se retrouverait donc, si ce décret n’était pas annulé, dans la situation où une théocratie absolutiste et dogmatique dicterait à la République la reconnaissance des ”bons” diplômes et le rejet des “mauvais” diplômes, selon une appréciation purement religieuse et réduite au champ d’appréciation du dogme romain. »
    C’est, bien sûr, une lecture fausse de l’accord du 18 décembre que fait le Grand-Orient. Émile Poulat l’a souligné: cet accord «ne se prononce pas sur la valeur et les effets civils des grades et titres délivrés par ces établissements [catholiques], qui continuent de n’en pas avoir au regard du droit français. Pour exercer certaines professions ou accéder à la fonction publique, rien n’est changé aux dispositions en vigueur, même si rien n’est dit.»

    Yves CHIRON http://yveschiron.blogspot.fr/

  • Dix thèses sur le libéralisme (3/3)

    — Développement de 7 à 10 —

    7) Il n'est pas avéré que « le marché » prenne nécessairement toujours les bonnes décisions ou, pour le dire autrement, que la société profite toujours des décisions du marché.

    A l'âge de la mondialisation des échanges, les acteurs économiques prennent de plus en plus de décisions à court terme. Tous les observateurs le confirment. Les visions stratégiques à moyen ou long terme sont de plus en plus rares. Les exemples sont nombreux où « le marché » – c'est-à-dire les acteurs privés – a pris de mauvaises décisions (bulles spéculatives, actifs toxiques, crédits imprudents, …) ou a été incapable d'éviter des dérèglements majeurs (Madoff, Kerviel, …). Les marchés sont en effet conformistes, c'est-à-dire qu'ils ont tendance à imiter les pratiques qui semblent donner de bons résultats et de bons profits : cela contribue à amplifier l'effet des mauvaises décisions. Et cette amplification est désormais mondiale.

    L'argument des libéraux selon lequel les erreurs privées sont toujours moins graves que les erreurs publiques néglige les effets sociaux des mauvaises décisions privées, a fortiori quand elles sont prises par des entreprises transnationales. Les libéraux, dans leur critique systématique de la mauvaise efficacité des politiques publiques comparée à l'efficience des entreprises privées, ignorent le fait que les entreprises ont tendance à externaliser leurs coûts et leurs échecs sur les Etats.

    Ainsi afin d'améliorer leur profitabilité, les entreprises ont partout cherché à diminuer leurs coûts salariaux. Cela s'est produit par le développement de l'automation (au Japon, par exemple) et par l'encouragement à l'immigration, en particulier en Europe et en France. Les immigrés sont, en effet, moins syndiqués et acceptent des salaires plus bas que les autochtones. Le travail des femmes produit le même effet. C'est d'ailleurs pourquoi les entreprises sont en général les meilleurs partisans des mesures discriminatoires prises par les Etats en faveur de ces catégories, aux dépens des salariés mâles et autochtones.

    Comme les coûts sociaux de ces politiques sont avant tout supportés par les finances publiques, elles sont tout bénéfice pour les entreprises. De même il est significatif que les Etats – c'est-à-dire le contribuable – aient été appelés au secours des banques et des institutions financières lors de la crise financière de 2008 ; ce qui montre à l'évidence que les erreurs privées peuvent être aussi graves que les erreurs publiques.

    8) La tendance naturelle du capitalisme n'est pas le respect de la juste concurrence mais la concentration, l'intégration verticale et la financiarisation.

    Ce point a clairement été diagnostiqué par les socialistes dès le XIXe siècle et c'est bien ce qui s'est passé à la fin du XXe siècle, avec la création des entreprises transnationales, des grands conglomérats et des bulles financières successives. Aujourd'hui, ces entreprises transnationales ont des surfaces financières et des capacités d'influence bien supérieures à celles de certains Etats : elles sont devenues des pouvoirs. La caractéristique principale de l'économie mondialisée est la dé-territorialité et la très grande mobilité du capital, qui lui permettent d'échapper aux régulations nationales et politiques. Cette évolution est renforcée par la financiarisation, qui pousse à vouloir réaliser des profits à court terme et à reconfigurer en permanence, voire à détruire, les entreprises pour cela. Sur ce plan les banques et les institutions financières sont les véritables dirigeants des entreprises, transnationales ou non.
    Cette tendance rencontre cependant ses limites car plus les entreprises grandissent moins elles sont faciles à gérer et plus elles sont tentées de prendre de mauvaises décisions ou, en tout cas, pas meilleures que celles des Etats. C'est pourquoi il faut réguler la concentration des entreprises et surveiller l'exercice de la concurrence.

    En outre, les grandes entreprises transnationales disposent, avec l'exercice du pouvoir médiatique et la suggestion (et sujétion) publicitaire, de puissants moyens de sidération du consommateur. De ce fait, l'équilibre entre l'offre et la demande n'est plus équitable puisque les grandes entreprises disposent du pouvoir de créer artificiellement des besoins éphémères.

    On sait depuis le XIXe siècle que l'échange entre le travail et le capital n'est pas égal puisque le travailleur ne peut vivre sans salaire ni aides sociales. Mais depuis le XXe siècle et l'avènement de la publicité de masse, on sait que l'échange avec le consommateur n'est pas plus équitable.

    L'économie occidentale repose en effet sur la stimulation de la consommation, par la création artificielle des besoins et par le crédit sans limite. Mais les effets pervers de cette stimulation – en particulier sur la santé publique ou l'environnement – sont supportés par les Etats et les consommateurs et non par les entreprises, qui ne privatisent que les prises de bénéfice. La stimulation constante de la consommation conduit à un monde de l'éphémère et de l'obsolescence, qui génère le nihilisme occidental.

    La maîtrise des moyens de communication et des biens culturels par le système marchand a enfin des effets politiques majeurs, du moins dans les pays occidentaux : elle sape la démocratie car elle donne à ceux qui financent et donc dirigent les médias les moyens de choisir les dirigeants politiques et de formater l'opinion. On peut douter qu'ils le fassent sans considération de leurs intérêts propres.

    9) Le bilan de la mise en œuvre des recettes néolibérales dans le domaine social n'est pas probant.

    Le néolibéralisme a voulu appliquer à partir de la fin du XXe siècle à toutes les institutions sociales les mesures inspirées de la théorie économique : suppression des statuts pour établir une « juste concurrence », hausse des tarifs pour obtenir des prix réels, équilibre des dépenses et des recettes pour les institutions publiques afin qu'elles soient le plus possible « rentables », diminutions d'impôts sur les entreprises, dérégulation, privatisation de services publics, externalisation des activités non régaliennes de l'Etat sur des opérateurs privés, promotion de l'assurance, des contrats, etc. Ces politiques se sont appuyées sur les succès présumés des politiques conduites dans les pays anglo-saxons à partir des années 1980 (Reagan, Thatcher).

    On ne peut contester qu'avec l'avènement du néolibéralisme les entreprises soient devenues plus profitables. Mais la question est de savoir à quel coût cela s'est fait pour la société. En Europe, ce coût ne s'appelle-t-il pas chômage, immigration, déficits publics et croissance des inégalités de revenus ?

    Les mesures prises ont surtout abouti à déstructurer les sociétés et les Etats en affaiblissant les protections au moment où les hommes en avaient besoin du fait des effets de l'ouverture mondiale des frontières économiques. Ce phénomène se constate aussi bien en Occident que dans les pays qui se sont vus appliquer les recommandations du FMI.

    Les « paradis » tant vantés par les idéologues libéraux dans les années 1990 sont largement factices et les mesures prises n'ont manifestement pas abouti à des résultats meilleurs dans la durée que dans d'autres pay : ainsi les taux de chômage, les taux d'endettement public, la précarité des emplois ou la pauvreté aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne ne diffèrent pas sensiblement de la moyenne des pays développés, soit sont pires (endettement public notamment). La crise financière a montré aussi que le remplacement de la capitalisation par la répartition n'était pas la solution tant vantée par les néolibéraux pour les systèmes d'assurance sociale.

    Contrairement à ce que prétend le néolibéralisme, il n'a pas institué un monde « gagnant-gagnant ». En fait, il y a bien des gagnants qui ont profité de ces mesures d'inspiration libérale : les économistes qui les ont préconisées et qui ont gagné une notoriété ce faisant, les professions juridiques, les cabinets de conseil et de communication, ceux qui ont pu acquérir des biens privatisés, les riches inactifs, ainsi que les grandes entreprises et les institutions financières qui ont vu baisser leurs charges ou qui ont profité des marchés d'externalisation publique. Les perdants sont ceux qui ne peuvent plus bénéficier de la gratuité et de la qualité des services publics et qui supportent la diminution des prestations sociales.

    Le néolibéralisme est devenu l'idéologie de la superclasse dirigeante mondiale, c'est-à-dire l'idéologie de ceux qui bénéficient des avantages de la mondialisation et de la dérégulation des échanges marchands sans en supporter les conséquences désagréables, en particulier sans supporter les conséquences pénibles de l'ajustement économique et social permanent consécutif à la mise en concurrence mondiale des économies.

    C'est ce qui explique que le néolibéralisme n'ait pas bonne presse en Occident et en particulier en France : les pays occidentaux ont subi en effet successivement la progression des prélèvements publics consécutive à la mise en place de l'Etat Providence, puis sa déconstruction néolibérale, sur fond de progression continue du chômage, de l'immigration et des déficits publics. Partout en Occident les classes moyennes autochtones ont fait les frais de la mondialisation des échanges vantée par les néolibéraux. On peut donc comprendre qu'elles n'aient plus aujourd'hui une « image positive » des grandes entreprises ni de la super-classe mondiale.

    10) Les principales réalisations de la culture humaine, celles qui font que la vie vaut d'être vécue, ne sont pas le fruit de l'économie de marché mais le produit de la fonction souveraine, c'est-à-dire des églises, des princes et des Etats. Elles sont le produit d'une volonté, consciente ou non, de la « main invisible » des marchés.

    Le capitalisme d’Etat, l'interventionnisme, diabolisés par les idéologues néolibéraux depuis la fin du XXe siècle, ont produit des résultats au moins équivalents, et dans bien des cas plus durables et supérieurs, à ceux de l'économie de marché. La première économie du monde, la Chine, est un capitalisme d'Etat. La maîtrise du nucléaire, l'aéronautique, la conquête spatiale, l'informatique, la recherche médicale n'auraient pas été possibles sans l'intervention décisive des Etats, qui en ont supporté les risques.
    La soumission de tout à la loi du marché (marchandisation du monde), loin de constituer une amélioration, n'a abouti qu'à un appauvrissement culturel généralisé à l'image de ce qui s'est passé dans l'univers médiatique.

    Il en va ainsi parce que le libéralisme poussé dans ses implications ultimes est un agent dissolvant de tout ordre social, ce que les socialistes reconnaissaient d'ailleurs positivement au XIXe siècle, pour sa contribution à l'avènement de la révolution mondiale.

    Le libéralisme conduit en effet à délégitimer toutes les institutions, toutes les traditions, toutes les préférences culturelles, réputées faire obstacle à l'optimum économique, au nom de l'efficience réputée supérieure des initiatives des individus sur le marché libre. La seule distinction que le néolibéralisme ne conteste pas porte sur les différences de richesses, qui seraient hautement morales à ses yeux, car elles sont censées rémunérer des talents supérieurs.
    Il délégitime aussi tout volontarisme politique, au nom de la critique des effets pervers du « constructivisme ». Mais il est un ardent défenseur du volontarisme des grandes entreprises transnationales…

    Le libéralisme repose sur la croyance en la supériorité d'un modèle économique et social, le gouvernement des choses en dehors de toute régulation humaine, qui malheureusement ne fonctionne nulle part d'une façon pure et parfaite. Mais au lieu d'en tirer une nécessaire modestie, le néolibéralisme prétend plier la réalité à ses postulats. Cette attitude conduit les idéologues néolibéraux à négliger les conséquences désagréables des politiques qu'ils préconisent et qu'au demeurant en général ils ne supportent pas personnellement, bien au contraire.

    Le néolibéralisme est donc une idéologie commode qui prône l'indifférenciation et la soumission aux lois abstraites du marché pour la population, tout en justifiant les inégalités de richesse en faveur des puissants.

    Nous vivons aujourd'hui la déconstruction de tout ordre social par la mise en œuvre des principes libéraux poussés à leurs limites. Car les sociétés occidentales ont été soumises à une véritable révolution néolibérale et sont en train d'imploser pour cette raison même. Mais cette déconstruction suscite désormais la révolte croissante des peuples et des identités contre le système qui s'est mis en place.

    Michel Geoffroy 22/02/2011

    Voir :
    1re partie : Présentation des thèses
    2e partie : Développement des thèses 1 à 6.

    L’intégralité du texte de Michel Geoffroy se trouve en pdf ici.

    Correspondance Polémia - 27/02/2011

  • Dix thèses sur le libéralisme (2/3)

    — Développement de 1 à 6 —

    1) Le libéralisme est une doctrine économique qui repose sur des principes simples : seuls les individus sont des acteurs économiques pertinents. C'est la micro-économie qui est signifiante, pas la macro-économie. La liberté du commerce, la liberté d'installation et la liberté d'entrée sur le marché produisent des résultats profitables à tous et en tout cas supérieurs à ceux de la réglementation étatique ; plus le marché est libre plus il est efficace ; le marché trouve toujours la meilleure réponse ; la libre circulation des personnes et des capitaux par-delà les frontières permet une allocation optimale des moyens et un fonctionnement harmonieux du marché.

    Certains des principes du libéralisme sont restés pertinents mais d'autres ne le sont plus.
    Ce qui reste pertinent dans la théorie économique libérale :

    -la valeur de la propriété privée ;

    -le rôle des prix comme source d'information pertinente sur la qualité et la rareté des biens ;

    -le fait que la concurrence soit facteur de progrès, lorsqu'elle est équitable;

    -le fait que plus les systèmes sont complexes, plus ils sont difficiles à contrôler et plus il est difficile de prévoir les effets réels des politiques (sociales) mises en œuvre.

    Cependant, le principe d'ajustement optimal de l'offre et de la demande sur le marché libre repose sur des situations qui se rencontrent rarement dans le monde réel, en tout cas qui se rencontrent de plus en plus rarement dans le cadre de la mondialisation des échanges que nous vivons aujourd'hui. Ce principe ne produit pas les effets bénéfiques prévus-en particulier dans les pays occidentaux - dans une économie où la concurrence s'effectue non plus entre des producteurs mais entre des civilisations.

    2) Le néolibéralisme repose sur certains postulats qui ne sont pas éloignés de ceux du socialisme : la volonté d’unifier le genre humain, la croyance en la toute-puissance de l’intérêt, l’idée que le progrès mène au Paradis.

    Le libéralisme se différencie du socialisme dans la mesure où il préconise la propriété privée, où il stigmatise l'intervention économique et sociale de l'Etat et où il est avant tout un individualisme.

    Le néolibéralisme rejoint le socialisme sur plusieurs points :

    -la croyance dans la possibilité d'unifier le genre humain, que le néolibéralisme entend assurer par le marché comme le socialisme l'imaginait par la solidarité mondiale des travailleurs ;

    -la croyance que les hommes sont mus par leur seul intérêt (l'intérêt de classe ou l'intérêt économique) et que cet intérêt est objectif. C'est-à-dire que tous deux négligent l'importance des identités, nationales notamment, comme déterminants humains, de même que l'importance des spécificités et croyances culturelles. Le libéralisme néglige que les hommes sont mus non par leur intérêt objectif mais par l'idée qu'ils se font de leur intérêt, ce qui n'est pas la même chose 

    -la croyance que les traditions culturelles et les identités sont des obstacles au bonheur humain (à la création de l'homme nouveau comme à la concurrence pure et parfaite) ; même si certains libéraux se sont efforcés de montrer que le fonctionnement optimal de l'économie supposait le respect de règles qui ne pouvaient que s'enraciner dans une culture ;

    -la croyance en la possibilité d'assurer le Paradis sur terre (réduit à l'abondance matérielle) par la mise en œuvre de solutions adaptées (le collectivisme ou l'économie de marché) ;

    -la prétention du néolibéralisme à incarner l'avant-garde du progrès, comme hier les élites révolutionnaires. Il existait, en effet, un libéralisme politique qui s'est avant tout opposé à l'absolutisme monarchique puis au conservatisme et au socialisme. Le libéralisme politique déclinait dans l'ordre politique ses principes économiques, la libre confrontation des opinions – parlementarisme et démocratie – étant considérée comme aussi efficace que l'ajustement de l'offre et de la demande sur le marché libre. Mais le néolibéralisme a rompu aujourd'hui avec cette tradition et adopte désormais une approche élitiste de la chose publique : il se méfie des peuples et donc de la démocratie et s'est mis au service de l'oligarchie.

    3) La propriété privée reste un système économique et social efficace car elle produit en général de meilleurs résultats que sa suppression. Mais plus la propriété est vaste, moins elle est facile à maîtriser.

    C'était l'erreur du socialisme de penser que la suppression de la propriété privée (la collectivisation) constituait le remède au capitalisme. La propriété est levier de responsabilité et de sécurité pour le propriétaire. La collectivisation provoque, au contraire, l'irresponsabilité et la prise de mauvaises décisions. Les politiques redistributives d'inspiration socialiste, qui consistent à prélever des impôts sur ceux qui travaillent pour les redistribuer sous forme de prestations « sociales » à ceux qui ne travaillent pas, provoquent des effets pervers de même nature : elles découragent l'effort et la prise de risques. Il faut donc au contraire encourager l'accession à la propriété personnelle, la conservation des patrimoines et diminuer les impôts et les prélèvements pesant sur les revenus du travail.
    Il y a cependant des limites à cela. D'abord l'efficience de la propriété privée est d'autant plus grande que le propriétaire est proche de son bien : plus la propriété est vaste moins elle est facile à maîtriser. Ensuite tous les biens ne peuvent pas faire l'objet d'une appropriation privative, en particulier ceux qui sont nécessaires à la survie de la communauté. Certaines circonstances exceptionnelles peuvent justifier de substituer la propriété publique à la propriété privée pour garantir un intérêt public, sous réserve d'une compensation équitable des propriétaires. Enfin, aucune société policée ne peut se désintéresser de la situation des personnes privées d'emploi et de revenus (mais cela ne signifie pas que la charité soit obligatoirement publique).

    4) La liberté du commerce et des prix ainsi que la concurrence économique produisent des effets positifs pour tous mais à condition que les termes de l'échange ne soient pas trop inégaux et que les coûts des facteurs restent homogènes entre les concurrents.

    La mise en concurrence au sein d'un espace économique non homogène, a fortiori la mise en concurrence mondiale des économies, provoque des effets pervers beaucoup plus importants que ses avantages économiques présumés. Dans un premier temps la baisse des protections tarifaires a un effet positif sur les consommateurs, qui voient les prix baisser et affluer des marchandises du monde entier. Mais s'ils perdent leur emploi du fait que les entreprises étrangères sont plus performantes et que les leurs doivent cesser leur activité, ils finissent par voir diminuer leurs revenus et leur consommation.

    C'est la faute méthodologique du néolibéralisme, c'est-à-dire du libre-échange mondialiste, que de ne pas vouloir prendre cela en considération.

    La mondialisation des échanges perturbe en effet le fonctionnement de la concurrence. Car un pays ne peut durablement se spécialiser dans un seul domaine d'activité et dépendre pour le reste des autres économies, d'autant que les avantages comparatifs ne sont pas donnés une fois pour toutes. Il est très difficile en outre de reconstituer des capacités de production dans un secteur que l'on a abandonné à d'autres, en particulier à cause des compétences perdues. Il y a par ailleurs des limites naturelles à l'adaptation des facteurs de production à la concurrence mondiale du point de vue de la mobilité de la main-d'œuvre. Dans une économie mondialisée les coûts sociaux des ajustements économiques sont trop élevés, en particulier dans les pays en déclin démographique, pour que l'optimum de la théorie économique soit réalisable.

    5) En diabolisant le protectionnisme, le néolibéralisme commet une erreur d'analyse et s’écarte de la réalité des faits tels que constatés par l’histoire économique.

    Les protections tarifaires – c'est-à-dire les frontières économiques – permettent de préserver une juste concurrence entre des acteurs inégaux, dès lors qu'elles sont raisonnables. Les situations d'autarcie ou de blocus ont constitué aussi des facteurs d'accélération de l'innovation pour les sociétés qui y étaient soumises.
    L'histoire économique ne confirme pas que les grandes puissances économiques le sont devenues en appliquant la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo mais en appliquant plutôt différentes formes de patriotisme économique. Le discours libéral sur les bienfaits de l'ouverture des frontières économiques a en réalité souvent été utilisé comme moyen de soumission et de colonisation des Etats : en imposant l'ouverture de l'économie du pays dominé au commerce inégal avec la puissance dominante. D'ailleurs, les pays qui sont présentés comme un modèle de libéralisme – comme les Etats-Unis, par exemple – sont en réalité protectionnistes, car ils usent de nombreux moyens non tarifaires pour décourager les importations.
    La solution économique la plus efficiente n'est pas la suppression des protections tarifaires, comme le pratique aujourd'hui l'Union européenne, mais de mettre en place une certaine dose de protection du marché intérieur alliée à une politique de promotion des exportations au sein d'un espace économique cohérent ; c'est la politique que pratiquent également les économies émergentes avec succès.
    Il n'est pas avéré que la croissance économique soit en relation directe avec le degré d'ouverture au commerce international, comme le montre le cas de l'Union européenne qui est désormais une économie ouverte mais à faible croissance.
    Enfin, contrairement à ce que prétendent les libéraux depuis l'origine, le commerce ne garantit nullement la paix. Dans l'histoire, c'est le contraire qui est vrai ; les nations les plus commerçantes ont toujours été belliqueuses car elles ont utilisé la force pour s'ouvrir des marchés et éliminer des concurrents : exemple l'Angleterre. Il est donc faux de croire que la mondialisation de l'économie conduira à la paix perpétuelle ; au contraire, l'ouverture mondiale des frontières économiques met en concurrence non plus seulement des acteurs économiques mais les peuples et les civilisations eux-mêmes. Le libre-échange mondialiste mène fatalement au choc des civilisations, comme le montrent notamment les conséquences des migrations massives de populations.

    6) Le tout n'est pas seulement la somme des parties.

    L'accent mis sur la micro-économie a progressivement détourné le libéralisme de la bonne compréhension des sociétés humaines et, d'une façon générale, de tout ce qui est collectif et communautaire. Cela résulte aussi du fait que le libéralisme a été formulé à une époque (XVIIIe siècle notamment) où l'on avait de l'anthropologie une conception utopique : celle d'un homme primitif vivant de cueillette en dehors de toute culture, les institutions sociales étant perçues comme une contrainte faisant perdre à l'homme sa bonne nature.
    Les intellectuels libéraux ont cru ensuite trouver dans la formulation de la théorie de l'évolution au XIXe siècle une confirmation de leurs analyses : le caractère spontané et structurant des micro-variations individuelles, la survie du mieux apte.
    Le libéralisme est donc un individualisme méthodologique, qui pose que les individus sont la mesure de toute chose et à l'origine de la société. Cette conception a débouché sur l'idéologie politique des droits de l'homme qui expliquait justement que la société était faite pour les hommes, et non l'inverse, et que le but de l'organisation politique résidait dans la conservation des droits propres à chaque homme, et non dans la conservation de la communauté. Les droits de l'homme ont ainsi supplanté ceux de la citoyenneté.
    Les libéraux conséquents ne reconnaissent aucune réalité, ni aucune légitimité souvent, aux entités et déterminants collectifs, à l'exception du concept de « marché » perçu comme la sommation des décisions économiques individuelles. Ils prônent la « société ouverte » (Hayek), c'est-à-dire un système où les institutions ne viendraient pas contrarier l'initiative des individus. Cette expression est cependant une contradiction dans les termes car ce qui fonde un ordre social consiste justement à organiser et à pacifier le choc des appétits individuels, donc à les restreindre.
    Le libéralisme a, par conséquent, beaucoup de difficulté à concevoir que les relations de pouvoir puissent venir perturber son modèle. Les libéraux sont des optimistes qui pensent que les supériorités sont transitoires et susceptibles d'être recomposées par le marché.
    Les libéraux finissent par oublier que les hommes sont « par nature des êtres de culture » (Gehlen) et qu'ils n'existent pas en dehors d'une culture et d'une société. Ils ignorent aussi que beaucoup d'animaux vivent en société et ne sont pas non plus des « individus ».
    La société qu'ils préconisent, conçue comme une agrégation d'individus, est en réalité un chaos, comme le démontrent les sociétés occidentales qui ont été façonnées conformément à ces principes. Les libéraux négligent le fait que les hommes réagissent en fonction de l'idée qu'ils se font de leur intérêt : or, cette idée est aussi le fruit de leurs traditions et de leurs cultures. Ils négligent enfin que les hommes sont plus attachés à leur identité et à leur culture qu'à leur intérêt économique, a fortiori quand ce dernier n'est pas à court terme.

    (A suivre)
    Michel Geoffroy http://www.polemia.com

  • Dix thèses sur le libéralisme (1/3)

    Le libéralisme fait débat. Pas seulement à « gauche » mais aussi à « droite ». Les uns font valoir, non sans raison, que l’économie de marché est performante. Les autres soulignent les limites courtermistes, sociales et morales du modèle néolibéral. Contributeur régulier de Polémia, Michel Geoffroy propose ici un nouvel éclairage de ce débat. Polémia le porte à la connaissance de ses lecteurs en trois parties : la Présentation de la question et l’énumération des dix thèses (le texte qui suit), suivies du Développement des thèses 1 à 6, puis de 7 à 10. Pour apprécier toute la richesse du texte de Michel Geoffroy nous en présentons aussi la version intégrale en pdf.
    Polémia

    — Présentation —

    Voici les dix thèses critiques de Michel Geoffroy que Polémia met en débat.

    1) Le libéralisme est une doctrine économique qui repose sur des principes simples : seuls les individus sont des acteurs économiques pertinents. C'est la micro-économie qui est signifiante, pas la macro-économie. La liberté du commerce, la liberté d'installation et la liberté d'entrée sur le marché produisent des résultats profitables à tous et en tout cas supérieurs à ceux de la réglementation étatique ; plus le marché est libre plus il est efficace ; le marché trouve toujours la meilleure réponse ; la libre circulation des personnes et des capitaux par-delà les frontières permet une allocation optimale des moyens et un fonctionnement harmonieux du marché.

    2) Le néo-libéralisme repose sur certains postulats qui ne sont pas éloignés de ceux du socialisme : la volonté d’unifier le genre humain, la croyance en la toute-puissance de l’intérêt, l’idée que le progrès mène au Paradis.

    3) La propriété privée reste un système économique et social efficace car elle produit en général de meilleurs résultats que sa suppression. Mais plus la propriété est vaste, moins elle est facile à maîtriser.

    4) La liberté du commerce et des prix ainsi que la concurrence économique produisent des effets positifs pour tous mais à condition que les termes de l'échange ne soient pas trop inégaux et que les coûts des facteurs restent homogènes entre les concurrents. C'est la faute méthodologique du néolibéralisme, c'est-à-dire du libre-échange mondialiste, que de ne pas vouloir prendre cela en considération.

    5) En diabolisant le protectionnisme, le néolibéralisme commet une erreur d'analyse et s’écarte de la réalité des faits tels que l’histoire économique permet de les constater.

    6) Le tout n'est pas seulement la somme des parties. L'accent mis sur la micro-économie a progressivement détourné le libéralisme de la bonne compréhension des sociétés humaines et, d'une façon générale, de tout ce qui est collectif et communautaire. Cela résulte aussi du fait que le libéralisme a été formulé à une époque (XVIIIe siècle notamment) où l'on avait de l'anthropologie une conception utopique. Les libéraux finissent par oublier que les hommes sont « par nature des êtres de culture » (Gehlen) et qu'ils n'existent pas en dehors d'une culture et d'une société.

    7) Il n'est pas avéré que « le marché » prenne nécessairement toujours les bonnes décisions ou, pour le dire autrement, que la société profite toujours des décisions du marché. Les marchés sont en effet conformistes, c'est-à-dire qu'ils ont tendance à imiter les pratiques qui semblent donner de bons résultats et de bons profits : cela contribue à amplifier l'effet des mauvaises décisions. Et cette amplification est désormais mondiale. Les libéraux ignorent aussi le fait que les entreprises ont tendance à externaliser leurs coûts et leurs échecs sur les Etats.

    8) La tendance naturelle du capitalisme n'est pas le respect de la juste concurrence mais la concentration, l'intégration verticale et la financiarisation. Aujourd'hui les entreprises transnationales ont des surfaces financières et des capacités d'influence bien supérieures à celles de certains Etats : elles sont devenues des pouvoirs. En outre, les grandes entreprises transnationales disposent, avec l'exercice du pouvoir médiatique et la suggestion publicitaire (et sujétion), de puissants moyens de sidération du consommateur.

    9) Le bilan de la mise en œuvre des recettes néolibérales dans le domaine social n'est pas probant. On ne peut contester qu'avec l'avènement du néolibéralisme les entreprises soient devenues plus profitables. Mais la question est de savoir à quel coût cela s'est fait pour la société. En Europe, ce coût ne s'appelle-t-il pas chômage, immigration, déficits publics et croissance des inégalités de revenus ?
    Partout en Occident les classes moyennes autochtones ont fait les frais de la mondialisation des échanges vantée par les néolibéraux.

    10) Les principales réalisations de la culture humaine, celles qui font que la vie vaut d'être vécue, ne sont pas le fruit de l'économie de marché mais le produit de la fonction souveraine, c'est-à-dire des églises, des princes et des Etats. Elles sont le produit d'une volonté consciente ou non de la « main invisible » des marchés.

    (A suivre)
    Michel Geoffroy http://www.polemia.com
    22/02/2011

  • Euthanasie : laisser venir la mort n’est pas la provoquer

    Pourquoi la loi Leonetti suffit

    À la peine sur le terrain socio-économique, le gouvernement s’est engagé pour faire diversion dans des réformes dites « sociétales ». Mais son coup d’essai, le mariage pour tous, n’est pas un coup de maître.

    Censé rassembler les Français, ce sujet aux multiples facettes est en train de leur faire revivre les divisions des grands jours. L’autre promesse de campagne de François Hollande, la légalisation de l’euthanasie, semble plus consensuelle : d’après les sondages d’opinion, 90% des personnes interrogées y seraient favorables. Le gouvernement tient-il ici la loi « moderne et apaisée », qui lui fera pardonner ses errements ?

    Il faut cependant savoir regarder plus loin que le bout de son nez. Examinons de près ces fameux sondages. La formulation des questions tout d’abord. À la question « Si vous étiez atteint d’une maladie incurable et en proie à d’extrêmes souffrances, souhaiteriez-vous qu’on vous aide à mourir ? », qui répondrait non ? Il est bien évident qu’une formulation aussi simpliste et tendancieuse appelle une réponse univoque. Considérons ensuite le panel des personnes interrogées. Ce ne sont pas des malades qui ont été consultés, ni leurs familles, mais des actifs, jeunes et bien portants. Reformulons la question, et posons-la aux principaux intéressés, des personnes âgées et malades : « Si vous étiez atteint d’une maladie incurable et que, pris en charge par une équipe compétente, vous étiez soulagé de vos souffrances, souhaiteriez-vous qu’on vous fasse mourir ? »… Nul doute que la réponse serait différente. [...]

    La suite sur Causeur

    http://www.actionfrancaise.net

  • Les secrets de la Réserve Fédérale, institut d’émission monétaire des Etats-Unis

    Contrairement à une croyance générale, l’institut d’émission des États-Unis est, en fait, une machine à fabriquer de l’argent détenue par un cartel bancaire privé, qui gagne d’autant plus que les taux sont élevés. Mine de rien, il imprime des dollars à bon marché et les revend plus cher.

    L’institut d’émission des États-Unis, appelé aussi « Réserve fédérale » ou « FED », revient constamment en point de mire lorsque le monde financier international se demande, anxieux, s’il va modifier son taux directeur ou non.

    L’abréviation FED se rapporte au « Board of Governors of the Federal Reserve System », c’est-à-dire à la conférence des gouverneurs du « Federal Reserve System » érigé il y a 93 ans.

    Il s’agit non pas d’une ­banque centrale traditionnelle, mais de la réunion de cinq banques privées régionales tout d’abord, de douze banques actuellement, disséminées aux États-Unis, habilitée chacune à porter le nom de Federal Reserve Bank, un petit nombre d’initiés seulement sachant à qui elles appartiennent.

    Un seul point est certain : elles n’appartiennent pas à l’État. Néanmoins, elles exercent les fonctions d’un institut d’émission de l’État.

    Elles prennent leurs décisions au sein du Federal Reserve Board, dont le président les représente à l’extérieur et dont les séances ont lieu à Washington dans leur propre et imposant monument historique. La plus importante de ces banques privées est la Federal Reserve Bank of New York, qui contrôle l’énorme place financière de cette ville.

    Privilèges d’une machine à fabriquer de l’argent

    Ce cartel de banques privées dispose de privilèges incroyables, dont trois doivent être soulignés :

    En imprimant des dollars, la FED convertit à moindres frais du papier sans valeur en dollars et prête ceux-ci aux États-Unis ainsi qu'à d’autres États et à d’autres ­banques contre reconnaissances de dettes.

    Au cours de son histoire, le cartel a donc créé des milliards de créances à partir du néant et encaissé des intérêts en permanence, ce qui lui assure un profit annuel atteignant des milliards.

    Ainsi, aucun gouvernement américain ne doit se faire des soucis à propos du déficit budgétaire, tant que ces messieurs en complet sont à ses côtés et – tel est le cas du financement des guerres durant la présidence de Bush – mettent en branle la planche à billets en cas de besoin.

    Le privilège des intérêts permet à la FED de fixer elle-même les taux et il est évident qu’elle a le plus grand intérêt à encaisser les plus hauts intérêts possibles. Les taux at­teignent donc un niveau souvent particulièrement élevé et occasionnent périodiquement des crises – ce qui est le cas actuellement [2007] et donne l’occasion à la FED d’intervenir ultérieurement comme sauveur.

    Les intérêts opèrent en permanence une ponction sur le pouvoir d’achat des citoyens américains en faveur des banquiers de la FED, par les intérêts des crédits comme par les impôts transformés en intérêts dus à la FED en raison de l’énorme service de la dette publique.

    Modifiant constamment les taux d’intérêt, la FED change les conditions cadres de la plus grande économie du globe et de la plus importante bourse des actions, celle de Wall Street, qui, principale bourse du monde, diffuse des signaux en direction des autres bourses.

    Pour être en mesure de résoudre les crises bancaires, la FED gère les réserves monétaires de ses banques membres (rémunérées à raison de 6% par année), qu’elle remet à disposition du système bancaire lors de l’éclatement d’une de ces crises.

    Actuellement [2007], la FED s’efforce de prévenir, en fournissant à maintes reprises des liquidités aux banques, une crise financière mondiale causée par le krach du système de financement immobilier américain. Comme de nombreuses banques améri­caines de crédit hypothécaire ont sagement lié leurs crédits à des papiers-valeurs et transmis ainsi leurs problèmes à des banques européennes, celles-ci ont commencé aussi à vaciller.

    Mais c’est la FED et son ancien président, Alan Greenspan, qui ont provoqué cette crise. En abaissant rapidement et dramatiquement les taux d’intérêt – après avoir porté le taux directeur jusqu’au niveau exorbitant de 6% –, et avoir approvisionné l’économie américaine excessivement en liquidités, Greenspan avait tenté, à partir du 3 janvier 2001, d’enrayer la plus forte chute boursière depuis 50 ans.

    Au 25 juin 2003, le taux directeur était tombé à son niveau minimal de 1%, ce qui avait permis aux banques d’octroyer des crédits aux taux extrêmement bas et ce qui avait fait tomber de nombreuses familles dans le « piège du crédit », les incitant à acheter des logements à crédit, à des conditions auxquelles elles ne pouvaient faire face qu’à des taux bas.

    Crise provoquée par la FED

    A la fin du cycle des taux d’intérêt, Greenspan avait provoqué une situation qui avait déclenché une avalanche.

    En effet, la FED a majoré douze fois de 0,25% son taux directeur, du 30 juin 2004 au 29 juin 2006, le portant alors à 5,25%. Il dépasse ainsi de 525% le taux fixé il y a quatre ans !

    Les taux fixés pour les crédits hypothécaires sont montés en conséquence et ont atteint un niveau que toujours davantage de familles ne peuvent pas supporter. Comme la propension à épargner est actuellement négative aux États-Unis, que la plus grande partie de la population doit recourir au crédit et que les carnets ­d’épargne ne jouent guère de rôle, la crise s’accentue.

    Vu que, depuis l’année précédente, toujours davantage de bailleurs de fonds hypothécaires sont – tout comme leurs clients – en retard dans leurs paiements à d’autres banques, le système bancaire est en crise, celle-ci ayant atteint un point culminant en août 2007, lorsque la FED et la Banque centrale ­européenne (BCE) n’ont pu stabiliser le système que par plusieurs injections de liquidités.

    La crise des liquidités bancaires s’est immédiatement répercutée sur la bourse, qui réagit généralement de manière sensible aux variations de taux de la FED. En effet, la hausse des taux rend les titres à intérêt fixe plus attrayants que les actions, freine l’économie, est donc un poison pour la bourse et abaisse les cours des actions. Ainsi a commencé septembre 2007.

    Les motifs des banques de la FED

    Pour comprendre la manière d’agir et les motifs de la FED, qui paraissent parfois curieux, il faut jeter un coup d’œil sur l’histoire de l’institut d’émission.

    La proposition d’établir une banque centrale est due au banquier allemand Paul Warburg.

    La crise financière et bancaire déclenchée en automne 1907 par la faillite de Knickerbocker Trust Co. et la situation menaçante de Trust Company of America a mis en péril 243 banques, car aucune institution n’était en mesure de mettre temporairement des fonds à leur disposition pour surmonter leurs difficultés de paiement.

    Dans un discours prononcé peu de mois auparavant à la Chambre de commerce de New York, le banquier John Pierpont Morgan avait prévu par hasard cette crise et appelé à fonder une ­banque centrale. La crise se prêtait à merveille au soutien de cette revendication. Par la suite, Morgan a joué un rôle essentiel, à l’arrière-plan, dans la réalisation du projet.

    Initialement copropriétaire de la banque Warburg de Hambourg, Paul Warburg avait épousé en 1893, lors d’un séjour aux États-Unis, la fille de Salomon Loeb, de la banque new-yorkaise Kuhn, Loeb & Co., qui a fait de lui et de son frère Felix des partenaires de la banque (fusionnée en 1977 avec ­Lehman Brothers).

    Pourvu généreusement par la Banque ­Kuhn Loeb d’un salaire annuel de 5 millions de dollars, Paul Warburg s’est occupé uniquement, pendant les six ans qui ont suivi la crise bancaire, d’une « réforme bancaire » tendant à ériger une banque centrale d’après le modèle de la Banque d’Angleterre, laquelle appartenait alors à des banquiers privés.

    Ce faisant, il a été soutenu par le sénateur Nelson D. Aldrich, beau-père du premier héritier milliardaire américain, John D. Rocke­feller junior, connu comme porte-parole du banquier J.P. Morgan au Congrès des Etats-Unis.

    Conspiration au yacht-club de Jekyll Island

    En novembre 1910 finalement, un groupe de personnes triées sur le volet s’est rassemblé, sous prétexte d’une excursion de chasse, dans un wagon de chemin de fer aux jalousies fermées du yacht-club que possédait le banquier J.P. Morgan à Jekyll Island, en Géorgie.

    Lors de cette réunion secrète, taxée ultérieurement de conjuration, Paul Warburg, représentant de Kuhn Loeb et d’autres banques ainsi que deux banquiers de J.P. Morgan, représentant aussi les intérêts du groupe Rothschild, et deux du groupe Rockefeller ont décidé d’aider le sénateur Aldrich à rédiger en neuf jours un projet de loi que le Républicain vaniteux entendait présenter en son nom au Congrès.

    Il s’agissait non pas d’une banque centrale, mais seule­ment d’une société privée nationale de réserve dont plusieurs comptoirs devaient être disséminés aux États-Unis et dans lesquels des banques affiliées volontairement de­vaient déposer des réserves monétaires de crise.

    En raison de ses relations bien connues avec le centre financier et boursier de Wall Street, Aldrich a échoué, la majorité méfiante des députés voyant à juste titre dans son projet un plan tendant à assurer à un cercle restreint de banquiers puissants et liés les uns aux autres une position dominante et, partant, la possibilité de réaliser des profits énormes dans l'économie américaine.

    Les requins de Wall Street ne se sont évidemment pas découragés et ont profité des élections présidentielles de 1912 pour faire élire le candidat démocrate ­Woodrow Wilson, qu’ils ont soutenu massivement sur le plan financier.

    Pendant la lutte électorale, il s’est fait passer pour un adversaire du « Wall Street Money Trust » et a promis au peuple un système monétaire exempt de main-mise des banquiers internationaux de Wall Street. En fait, la conception de la banque centrale a été élaborée par le groupe­ment qui semblait avoir perdu la partie.

    En tout cas, les Schiff, Warburg, Kahn, Rockefeller et Morgan avaient misé sur le bon cheval.

    Sous le titre de « Federal Reserve Act » qui dissimule sa portée et qui prétendument réduit à néant le projet de banque centrale formulé par Wall Street, ils ont déversé le 23 décembre 1913 sur des députés démocrates des mieux disposés et avec le soutien du président Wilson, un projet de loi très peu modifié et ont requis l'approbation du Congrès alors que de nombreux députés non informés prenaient déjà leurs vacances de Noël et que très peu avaient lu le texte du projet.

     

    Le plus grand cartel du monde

     

    Les rares députés qui ont perçu la nature de ce jeu pervers n’ont guère pu se faire entendre. Avec sagesse, le conservateur ­Henry Cabot Lodge senior a prévu « une inflation énorme de moyens de paiement » et que « la monnaie d’or serait noyée dans un flux de papier-monnaie non échangeable ».

    Après le vote, Charles A. Lindbergh senior, le père du célèbre aviateur, a déclaré au Congrès: « Cette loi établit le cartel le plus important au monde […] et légalise ainsi le gouvernement invi­sible de la puissance financière […]. Il s’agit du projet de loi Aldrich déguisé […]. La nouvelle loi provoquera de l’inflation tant que le cartel le souhaitera […].»

    Lindbergh avait raison, comme le prouve le « privilège du dollar ». Avant l’établissement du Système fédéral de réserve, des banques privées avaient déjà imprimé des billets. Dans les années soixante du XIXe siècle, il y avait encore 8.000 sortes de billets, émises par des « State Banks » privées avec l’autorisation de l’État. A partir de 1880, 2.000 banques pourraient avoir encore émis leurs propres billets. Depuis 1914, le chiffre s'est limité à la douzaine de banques privilégiées.

    Quand le président Abraham Lincoln a eu besoin d’argent, en 1861, pour financer la guerre civile et que les crédits des ­banques Rothschild, financiers traditionnels des guerres, lui sont devenus trop chers, il a éludé le privilège des banques privées et fait imprimer un billet d’État, le « Greenback ». Il ne devait pas survivre longtemps à cette démarche téméraire. En 1865, il a été assassiné par un tireur isolé, abattu lui-même lors de sa fuite.

    Le successeur de Lincoln, Andrew Johnson, a suspendu l'impression de billets pour des raisons inexplicables.

    Le prochain président qui a voulu redonner à l'État le monopole de l’impression de billets a été John F. Kennedy.

    Tentative de Kennedy de priver la FED de son pouvoir

    Peu de mois avant son assassinat, John F. ­Kennedy a été semoncé par son père Joseph dans le salon ovale de la Maison Blanche. « Si tu le fais, ils te tueront ! »

    Mais le président ne s’est pas laissé dissuader. Le 4 juin 1963, il a signé l’acte exécutif numéro 111 110, abrogeant ainsi l’acte exécutif 10289, remettant la production de billets de banque dans les mains de l’État et privant en grande partie de son pouvoir le cartel des banques privées.

    Après que quelque 4 milliards de dollars en petites coupures nommées « United States Notes » eurent déjà été mises en circulation et alors que l'imprimerie de l'Etat s'apprêtait à livrer des coupures plus importantes, Kennedy a été assassiné le 22 novembre 1963, soit 100 ans après Lincoln, par un tireur isolé abattu lui-même lors de sa fuite.

    Son successeur s’appelait Lyndon B. Johnson. Lui aussi a suspendu l’impression de billets pour des raisons inexplicables. Les douze banques fédérales de réserve ont retiré immédiatement les billets Kennedy de la circulation et les ont échangés contre leurs propres reconnaissances de dette.

    Grâce à son monopole de production illimitée d’argent, le cartel bancaire du Système fédéral de réserve dispose d’une énorme machine à fabriquer de l'argent, qui lui permet de gagner énormément.

    Qui se cache derrière ce système est un secret bien gardé. Car il faut distinguer entre les banques propriétaires et les simples banques membres, qui déposent des réserves monétaires pour, le cas échéant, être sauvées par la suite.

    Il y a quelques années, la Federal Reserve Bank of New York a publié les noms de ces banques membres, qui n’ont par ailleurs aucun droit. La rémunération annuelle de leurs dépôts se chiffre à 6%. Mais le niveau de leurs parts est tenu secret comme les noms des propriétaires des banques fédérales de réserve, initialement trois, aujourd'hui quatorze.

    Critique après le krach de 1929

    Paul Warburg a refusé la présidence du Federal Reserve Board en 1910, alors que ce juif allemand à l'accent prononcé, juste avant le début de la guerre contre l'Allemagne, venait d’acquérir la nationalité des États-Unis. Toute­fois, il devint membre du Conseil d'administration et du puissant Council on Foreign Relations (CFR), qui passe encore aujourd'hui pour le berceau des politiciens américains et des banquiers de la FED.

    Les efforts qu’il a déployés pendant de longues années pour fonder l'institut d’émission américain lui ont valu non seulement de l'argent et des honneurs dans la haute finance, mais aussi la pire expérience de sa vie. En 1928, il a exigé sans succès une limitation de la circulation monétaire afin de freiner la spéculation boursière qui rappelait la ruée vers l'or. Mais ceux qui étaient disposés à l'entendre sont restés rares ; on le nommait la Cassandre de Wall Street.

    Après le krach d’octobre 1929, il devint la cible de ceux qui avaient perdu leur patrimoine. Des rumeurs, des brochures et des articles de presse l'ont décrit, lui qui avait tenté d’entraver les catastrophes financières, comme « l'auteur non américain » de la panique boursière d’alors. On a pu lire que « Paul Warburg avait prêté avec sa bande de l'argent au Système fédéral de réserve afin de mettre en mains juives les finances américaines et d’exploiter l'Amérique jusqu’à son épuisement. » De telles légendes se sont poursuivies jusqu'à la Seconde Guerre mondiale.

    Aigri par ces attaques, il est décédé en 1932. En 1936-1937, les cours des actions ont baissé de 50%, en 1948 de 16%, en 1953 de 13%, en 1956 de 13%, en 1957 de 19%, en 1960 de 17%, en 1966 de 25% et en 1970 de 25%. Ont suivi le krach ­d’octobre 1987, les chutes de cours de 1990, 1992 et de 1998 ainsi que, finalement, la forte baisse d’avril 2000 à mars 2003 et la crise actuelle qui a commencé en août/septembre 2007 et dont les effets sont incertains.

    Aujourd'hui, on répand le bruit – mais ne le confirme pas – que le groupe bancaire Rocke­feller détient 22% des actions de la Federal Reserve Bank of New York et 53% de tout le Système fédéral de réserve. Principal acquéreur de bons du Trésor des Etats-Unis, la Banque du Japon possèderait 8% de ces actions. On attribue 66% aux banques purement américaines et 26% aux vieilles ­banques européennes (dont 10% aux banques Rothschild).

    http://fortune.fdesouche.com

    Source : « International » III/2007 [revue trimestrielle autrichienne de politique internationale]

    (Traduction Horizons et débats, N°1/2, 14 janvier 2008)

  • FORUM DE DAVOS Une mondialisation chaotique

    Le Forum économique mondial n'a rien perdu de son attractivité : pour sa 41e édition, il a réuni à Davos, du 26 au 30 janvier, quelques 2 500 participants, et accueilli trente-cinq chefs d'État ou de gouvernement.
    On connaît le G8, le G20, voire le G2 – États-Unis et Chine –, autant de "sommets" politiques et économiques censés encadrer et donner du sens aux désordres du monde. Il ne faudrait pas oublier un autre forum, celui de Davos qui, à la fin de chaque mois de janvier, ramène le ban et l'arrière-ban du capitalisme mondialisé dans la très sélecte station grisonne. Non sans dresser, par réaction, des forces hostiles qui s'expriment notamment dans le cadre de "l'Autre Davos", forum alternatif qui s'est tenu du 21 au 23 janvier à Bâle, autrement dit à bonne distance.
    Économie et géopolitique
    On a beau se dire depuis quelques années, surtout depuis les convulsions du capitalisme financier il y a trois ans, que le grand raout de Davos a peut-être fait son temps,son pouvoir d'attraction n'en demeure pas moins intact. Comme l'atteste l'édition 2011 qui, du 26 au 30 janvier, a vu la participation de trente-cinq chefs d'État ou de gouvernement, en plus, bien sûr, des quelque 2 500 leaders économiques, industriels, financiers et lobbyistes contribuant au budget annuel de ce World Economic Forum (WEF). Étonnant, quand on sait que le Forum de Davos « n'est pas un endroit où se prennent des décisions », comme a tenu à le rappeler Klaus Schwab, président et fondateur (il y a une quarantaine d'années) de cette plate-forme de discussion.
    Ce caractère informel, sans nécessité de résultat visible, c'est sans doute ce qui séduit les participants, affranchis durant quelques jours des contraintes médiatiques. En tout cas, cette année encore, les politiques et autres "décideurs" n'ont pas boudé leur satisfaction de se retrouver dans les Alpes suisses, en délivrant des messages plus ou moins convaincants mais reflétant la nouvelle réalité du monde, c’est-à-dire le transfert progressif du pouvoir vers l'Asie et le Sud. C'est pourquoi à la notion de pays émergents se substitue peu à peu celle, plus pertinente, de "marchés de croissance" – un concept qui présente toutefois le défaut de rester étroitement économique et de négliger la dimension géopolitique.
    Le sanglant attentat perpétré le 24 janvier à l'aéroport moscovite de Demodedovo, qui a contraint Dmitri Medvedev à retarder son déplacement à Davos, illustre trop bien cette interdépendance. Le président russe a quand même pu prononcer, comme prévu, le discours inaugural du forum, un privilège qui l'an dernier avait été accordé à Nicolas Sarkozy. Logiquement, Medvedev a battu le rappel de la "communauté inter-nationale" pour lutter contre le terrorisme et toutes les haines « qui détruisent les progrès économiques et sociaux ». Reconnaissant qu'il existe encore beaucoup à faire en Russie pour éradiquer la corruption, il a néanmoins affirmé que Moscou deviendra « un grand centre financier avec de faibles taxes », et annoncé que son pays adhérera cette année à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) et à l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques).
    Quels risques ?
    Les organisations internationales, ce n'est pas ce qui manque. Cependant, a relevé la présidente de la Confédération helvétique Micheline Calmy-Rey, « dans un monde fortement globalisé où les risques sont nombreux, il n'y a pour l'heure aucune instance capable de trouver des solutions justes aux défis à surmonter ». Ces risques sont identifiés : outre le terrorisme et l'instabilité politique (Tunisie, Égypte), les dettes souveraines ainsi que l'inflation due à la surchauffe en Chine et en Inde sont, aux yeux des économistes et des dirigeants d'entreprise, les principales menaces du moment.
    S'exprimant surtout en sa qualité de président du G8 et du G20, Nicolas Sarkozy a lui aussi mis en garde contre les « grands risques » de 2011, les dettes souveraines, donc, les déséquilibres monétaires et financiers (allusion aux rôles respectifs du yuan et du dollar, qui pénalisent l'euro), ainsi que « la volatilité extrême du prix des matières premières ». Sur ce point, le président de la République préconise, avec le concours de Dmitri Medvedev, une régulation des marchés agricoles. En revanche, le président russe rejette catégoriquement l'idée d'une taxe sur les transactions financières que soutient Sarkozy. Pour l'essentiel, Nicolas Sarkozy a repris à Davos les thèmes qu'il avait abordés dans sa conférence de presse du 24 janvier à Paris. À quoi il a ajouté un plaidoyer au ton polémique en faveur de la monnaie unique européenne : « Jamais, Mme Merkel et moi ne laisserons tomber l'euro. » D'ailleurs, « il n'y a pas de crise de l'euro », a proclamé sans rire Jean-Claude Trichet, président de la Banque centrale européenne, selon lequel il n'existe qu'un problème d'assainissement budgétaire pour les États en difficulté. Autrement dit, il suffit de serrer la vis.
    Ne dirigeant pas un pays en difficulté, Angela Merkel n'en a été que plus à l'aise pour défendre la monnaie unique, son euromark... Elle a en outre apporté son soutien aux propositions de la présidence française du G20 sur la réforme du système monétaire et les négociations commerciales du cycle de Doha. Mais quand Merkel et Sarkozy prônent une régulation de l'économie (compatible avec le libre-échange), le Premier ministre britannique appelle à une libéralisation accrue du commerce mondial.
    L'année du Lapin
    Les problèmes existentiels des Européens, l'activisme déconnecté du réel que déploie l'actuel président du G20, ou encore l'atonie des États-Unis représentés notamment par leur secrétaire au Trésor, Timothy Geithner, contrastaient à Davos avec l'optimisme et le dynamisme créatif des "émergents", en particulier asiatiques – illustration d'un monde à deux vitesses. Le thème retenu pour ce 41e Forum de Davos était « normes communes pour une nouvelle réalité ». Ce qui postulait l'aspiration à une gouvernance mondiale et par conséquent une « harmonisation des normes » entre l'Europe et l'Asie. On en est encore loin. Même si les Chinois, emmenés par leur ministre du Commerce Chen Deming, ont promis de faire des efforts, en augmentant leurs importations et en promouvant leur consommation intérieure. La prospective n'étant pas le fort du WEF, qui n'a vu venir ni la crise des subprimes ni celle des dettes souveraines, on s'en tiendra à une seule certitude : venus en force à Davos, les Chinois ont de bonnes raisons de festoyer en ce jeudi 3 février, premier jour de l'année du Lapin.
    Guy C. Menusier L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 3 au 16 février 2011