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l'information nationaliste - Page 6884

  • "Les Filles au Moyen Âge" : un autre cinéma, une autre Histoire

     

    C'est peu de le dire, Les Filles au Moyen Âge est aux antipodes de ce que produit depuis trente ans le cinéma d'auteur français, trop souvent embourbé dans un pseudo-naturalisme qui peine à saisir les vraies questions du temps, à l'évidence aveuglé par le narcissisme des auteurs eux même, qui préfèrent raconter leur petite vie triviale, plutôt que de tenter de distiller la grande, celle de tout le monde, disons celle du peuple. Analyse socio-politique : néant ! 

    Ce curieux film prend pour trame narrative la chronologie des évolutions sociales et religieuses (on y parle que de Dieu !) qui ont rythmé pendant les mille ans du Moyen Âge, l'émancipation grandissante et inattendue des femmes. Du concile d'Ephese en 431 qui consacre Marie, "Mère de Dieu", jusqu'à l'apothéose de l'Amour Courtois, en passant par les prouesses scientifiques d'une Hildegarde de Bingen, les fondatrices d’hopitaux et d’écoles publics, sans oublier la pucelle de Domremy ; le scénario est librement adapté de La Femme au temps des Cathédrales, ouvrage de la médiéviste Régine Pernoud, grande réhabilitatrice de l'époque féodale, ennemie jurée des féministes de gauche des années 60/70 pour qui l'équation Christianisme = Machisme était malheureusement le béaba… 

    Librement adapté, c’est le moins qu’on puisse dire, car non content de nous raconter l’Histoire comme l’aurait fait un mauvais docu fiction du service public, ou encore un vulgaire téléfilm du genre Les Rois Maudits, Hubert Viel (l’auteur/réalisateur) propose ici un dispositif de mise en scène des plus rafraichissant et surtout des plus étonnants. En effet, tous les personnages historiques sont ici joués par six enfants (3 filles, 3 garçons) d’une dizaine d’année, le tout filmé en noir et blanc avec une caméra pellicule 16mm, ce qui donne un ton étrangement naïf et ludique au film, qui n’est pas sans rappeler la série animée Il était une fois les hommes, ou simplement un tableau du douanier Rousseau. 

    Sur le papier l’idée paraît saugrenue et presque grotesque, mais cela donne à ce procès en réhabilitation une tournure toute légère et joviale. Car c’est à un Moyen Âge lumineux, joyeux et drôle auquel on à affaire ici, dans ce qu’il est permis d’appeler une comédie historique. Pour couronner le tout on notera la présence permanente d’un conteur qui pose son vieux timbre de voix enchanteur et malicieux sur cette succession de saynètes comiques : le grand Michael Lonsdale. 

    Jouant la carte de la comédie dans les situations comme dans les dialogues, Hubert Viel, caché derrière sa douceur et sa naïveté, n’en fait pas moins passer un propos tout à fait sérieux ; qui serait de montrer en quoi les femmes furent bien plus respectés au Moyen Âge que dans les périodes qui lui ont succédé. En effet à partir du XIVème siècle, le Moyen Âge entre en décadence et plusieurs phénomènes concomitants viennent mettre à mal la prospérité de cette civilisation florissante : On commence à tolérer le capitalisme et l’usure, On sombre dans la Guerre de Cent, On subit la peste noire, et le rois de France tombent dans l’obsession de constituer un état centralisé en infantilisant les petits seigneurs et en taxant le peuple à son profit. La bourgeoisie d’affaire tenue à l’écart jusqu’à alors devient une classe grandissante et influente. Bref, une chute sévère qui pourrait se résumer en un mot : Matérialisme. Les femmes ne s’en remettront pas et perdront une grande part de leurs prérogatives, pour devenir jusqu’au XXème siècle de simples mères au foyer qui dépendent pleinement de leur mari qui a tout pouvoir de décision dans les affaires sociales. 

    Courez donc au cinéma voir ce film à la foi pédagogique, poétique et drôle. Film généreux et accessible à tous, même aux plus jeunes. Un grand bol d’air frais dans sa forme comme dans son fond.

    Au cinéma depuis le 27 Janvier.

    Euphrosine

    http://www.agoravox.tv/culture-loisirs/culture/article/les-filles-au-moyen-age-un-autre-52188

  • Nous allons devoir réapprendre à vivre avec plus de simplicité et de frugalité

    Il n'y a pas que la haute technologique qui permette de changer les choses. Des techniques plus traditionnelles sont parfois bien plus indiquées pour réhabiliter des écosystèmes mourants ou endommagés, ou pour en améliorer la productivité.Cette agriculture de subsistance fondée sur la permaculture et la biodynamie est adaptée à une faible consommation d'eau, d'engrais et de pesticides. La permaculture, dont le concept a été rendu populaire par des chercheurs agronomes comme Bill Molison et David Holmgren, permet de créer des terres agricoles qui copient les types de relations qui existent dans la nature entre différentes plantes, tout en leur conférant une grande productivité. On a d'ailleurs pu constater qu'après l'effondrement de l'URSS, la Corée du Nord et Cuba se sont retrouvés sans pétrole et sans soutien agricole. La Corée du Nord, avec son organisation centralisée et dirigiste, a souffert d'une famine gigantesque qui a provoqué plusieurs millions de morts. Cuba, en libéralisant l'agriculture, en maximisant les surfaces agricoles (sur les toits des immeubles, dans les parcs et terrains vagues, etc.) et en utilisant des techniques de permaculture, a réussi non seulement à faire survivre sa population, mais aussi à augmenter la production et la qualité de la nourriture.
         Dans l'habitat, les constructions passives permettent d'utiliser la lumière et la chaleur du soleil, comme on le faisait déjà de manière traditionnelle. Ces techniques avaient été laissées pour compte à cause du chauffage et de la climatisation bon marché. L'architecture moderne, narcissique et indulgente, a longtemps fabriqué des bâtiments difficiles à chauffer, refroidir et à aérer.
          Nous sommes aujourd'hui familiarisés avec des ampoules plus économes, les éoliennes et les capteurs solaires, le tri des ordures et des déchets ménagers, le recyclage du papier et la suppression progressive des bouteilles et des sacs en plastique, des voitures hybrides ou électriques, le covoiturage, le slow food, la nourriture bio... Mais ces habitudes n'ont qu'un effet de marge si nous n'apprenons pas à vivre avec le moins de consommation d'énergie fossile possible. (Surtout, cette manière de vivre rentre tout à fait dans le cadre du capitalisme vert et met plus en évidence une vision alternative de la société de consommation qu'un changement en soi : note de l'équipe d'oragesdacier).
         Il faut être réaliste : les énergies renouvelables ne sont pas compatibles avec les échelles des systèmes développés en s'appuyant sur des énergies fossiles abondantes.
         Le système doit changer.  
         Au lieu de chercher à faire rouler une voiture avec autre chose que du pétrole, il serait temps de réfléchir à un mode de vie sans voitures. La structure sociale va devoir évoluer, perdre ses habitudes et accepter ses limites : on ne peut pas, par exemple, faire voler des avions commerciaux à l'électricité tout comme on ne fabrique pas des pièces en titane avec la seule électricité. C'est bien l'ensemble de nos habitudes et de notre culture qu'il faut changer. Sans nouvelles valeurs, nous n'y arriverons pas. 
         C'est ainsi que l'on voit se développer dans les milieux écologistes l'éloge de l'inefficience. Comme le dit avec humour l'écrivain américain James Howard Kunstler, critique du système urbain et financier moderne, "l'efficience est la route la plus rapide pour l'enfer". Une économie inefficace est plus chaotique, voire plus complexe sur certains aspects, qu'une économie efficace qui réduit la diversité des espèces cultivées, qui concentre les processus en augmentant leurs volumes et donc augmente sa propre dépendance envers ceux-ci. Ce que l'on conçoit comme une complexité technologique est en réalité une simplification des flux. Or, l'écologie d'une prairie n'est pas efficace. De nombreuses variétés de fleurs et d'herbes gardent le sol fertile et sain. Une seule espèce cultivée en monoculture est certes efficace mais va épuiser le sol de ses éléments nutritifs, faciliter l'érosion et finalement détruire rapidement ce sol, et pour longtemps. Toute la nature est un système inefficace ! 
         En plus de l'inefficience, il nous faut apprendre la suffisance. Être satisfait d'assez. Prendre soin des vrais besoins et non des fausses envies. C'est une des clés du bonheur que de mesurer sa propre vie non pas à la quantité mais à la qualité. Aux relations plutôt qu'aux choses. Ajoutons aussi l'imagination et le refus des carcans et des dogmes. Soyons créatifs pour trouver des solutions aux problèmes, pour découvrir une saine satisfaction dans des modes de vie plus positifs. Nous devons apprendre à devenir une culture qui soit comparable à celle à laquelle les Russes s'identifient et qu'ils surnomment Непобедимый -nepobedimyi, c'est-à-dire invincible. Nous devons apprendre à devenir invincibles
         Nous allons devoir réapprendre à vivre avec plus de simplicité et de frugalité, la simplicité ne voulant pas dire vivre pauvre et dans la misère. Il suffit d'avoir ce dont on a besoin et de ne pas vouloir ce dont on n'a pas besoin. Quant aux villes et à l'urbanisme, les Romains savaient construire en béton armé des immeubles de cinq étages leur empire était sillonné de routes. Les anciens Chinois avaient déjà, il y a 3 000 ans, un commerce florissant grâce à leur réseau de canaux et leur science. Une civilisation sans pétrole peut exister et peut être florissante. 
         Mais la population mondiale actuelle et son accroissement exponentiel programmé interdisent tout retour en arrière. les programmes d'aide aux populations dites sous-développées supposent une croissance massive du PNB mondial et des ressources alimentaires par habitant. La question n'est donc pas de réduire la croissance, mais de la réorienter vers des ressources sûres et renouvelables. La production agricole devra certainement doubler d'ici une trentaine d'années et cette production sans précédent devra être indéfiniment maintenue. Or, on ne sait comment réagir face à la perte programmée des sols et des ressources. L'enjeu sera de gérer la contraction. L'unique réponse possible à un tel défi passe par des investissements massifs dans la recherche, l'irrigation, l'entretien des sols, l'organisation de l'exploitation des ressources marines, etc. Ensuite, la question n'est pas de savoir si le changement est possible techniquement (il l'est sans doute), mais de savoir si nos gouvernements seront capables d'avoir la volonté, la vision, la compétence nécessaire pour coordonner un effort global, pour affronter rapidement tous ces problèmes, et si l'on disposera du temps nécessaire pour le faire, avant qu'une crise majeure n'arrive et que l'on converge allègrement, tous ensemble, vers un effondrement global de notre système économique et de notre civilisation. 
         L'expérience de ces dernières décennies permet d'en douter.
    Piero San Giorgio, Survivre à l'effondrement économique

    http://www.oragesdacier.info/2016/02/nous-allons-devoir-reapprendre-vivre.html

  • Belgique : des clandestins repartent chez eux

    Déçus par leur vie en Belgique, des clandestins décident de faire marche arrière et de rentrer chez eux. C’est le cas de centaines d’Irakiens, qui préfèrent regagner Bagdad plutôt que de rester dans un pays où ils vivent dans de mauvaises conditions et ont peu de chances de trouver un emploi.

    http://www.contre-info.com/

  • Progrès démocratique : « un Français sur cinq a déjà sérieusement envisagé le suicide ! »

    Capture(cliquez sur l’image pour l’agrandir)

    Trouvé sur Le Figaro : D’après l’enquête de la Fondation Jean-Jaurès qui vient de paraître et à laquelle vous avez contribué, les critères d’âge ou de région ne seraient pas les plus déterminants, malgré les différences observées?

    Notons d’abord que d’après cette enquête, un Français sur cinq a déjà sérieusement envisagé le suicide! Cela révèle une accuentuation du phénomène: les deux enquêtes précédentes montraient une baisse. Ce chiffre traduit une détresse sociale et une dépressivité chez les Français.

    Plus que l’âge ou la région, le niveau social semble et avoir un lien avec les pensées suicidaires. Les catégories les plus précaires sont davantage touchées. De même, un chômeur sur trois est concerné. À la précarité de ces situations, qui joue un rôle, vient s’ajouter la difficulté à mettre des mots sur ces phénomènes. Une entrevue avec un psychologue, par exemple, sera vécue comme une faiblesse dans certaines catégories sociales. Les traumatismes liés au travail augmentent également: le harcèlement moral est particulièrement cité par les personnes ayant fait une tentative de suicide.

    http://www.contre-info.com/progres-democratique-un-francais-sur-cinq-a-deja-serieusement-envisage-le-suicide

  • Réflexions sur la culture de masse

    Est-il encore possible de distinguer ce qui ne relève que d'une culture de masse ?

    À lire également : Jean Baudrillard, Vance Packard et Christopher Lasch.
    Lien vers Politeia :
    https://www.youtube.com/channel/UC5KbyalAb8q2plmp1OZ_KBg

    http://www.agoravox.tv/culture-loisirs/culture/article/reflexions-sur-la-culture-de-masse-52266

  • ANTOINE BLANC DE SAINT-BONNET (1815 - 1882)

    A prendre leur état civil, c'est de Le Play qu'il faudrait d'abord parler, puisque, né en 1806, il est de neuf ans l'aîné de Blanc de Saint-Bonnet. Mais, si nous prenons la chronologie de leur oeuvre, c'est au cadet qu'il faut donner le pas. Lorsque Le Play, publiera, en 1855, ses fameux Ouvriers Européens, il y aura déjà onze ans que l'ancien mousquetaire noir de Louis XVIII, M. de Salvandy, devenu Ministre de l'Instruction Publique de Louis-Philippe, a décoré de la Légion d'Honneur un jeune sociologue de 29 ans, pour un imposant ouvrage en trois volumes, De l'Unité Spirituelle, ou de la Société et de son But au delà du Temps. A vingt-cinq ans, ce provincial, en écrivant un opuscule intitulé : Notion de l'Homme tirée de la notion de Dieu, avait déjà annoncé quel problème ferait l'objet des réflexions, des études et des approfondissements de toute sa vie. C'est le problème de la Contre-Révolution. La Révolution est l'aboutissement logique d'une philosophie matérialiste qui veut voir en l'homme indéfiniment perfectible le Dieu de l'avenir ; pour combattre la Révolution et son oeuvre de mort, il faut opposer à cette philosophie la Théologie, qui nous enseigne que, depuis la faute d'Adam, l'Humanité est infirme et ne peut avancer qu'en s'appuyant sur son Rédempteur. « Voici le fait : il y eut une Chute, il y a le mal, il est au sein de l'homme. Il faut le préserver des suites et lui rendre le bien, ainsi que la vérité perdue. Il faut, à l'aide du secours divin, que l'homme remonte à l'état de vertu et de charité, qu'il aurait dû primitivement atteindre » (1).

    Antoine de Saint-Bonnet appartient à la bourgeoisie aisée. Celui qui a écrit : « Qu'est-ce que le bourgeois ? Un homme du peuple qui a économisé » sait fort bien que sa particule n'est là que pour le localiser, et, littéralement, le particulariser. Blanc est un patronyme assez commun ; pour éviter des confusions, Joseph Blanc, père d'Antoine, avait pris l'habitude de signer Blanc-Saint-Bonnet, du lieu dont sa famille était issue et où, en qualité d'homme d'affaires des moines de Savigny, il avait acquis une propriété. Plus tard, le tiret se transforma en particule. Ce Saint-Bonnet-le-Froid, qu'il ne faut pas confondre avec son homonyme du Velay, est un hameau des monts du Lyonnais, que l'on peut gagner, soit par Grézieu-la-Varenne, soit par Vaugneray, et qui n'est guère qu'à cinq lieues de Lyon. De ses 700 mètres d'altitude, on a une très belle vue sur les monts du Beaujolais au point où ils touchent au Forez. Le château, aujourd'hui mi-ferme, mi-auberge, voisinait avec une chapelle ruinée par la Révolution et reconstruite par le philosophe. C'est lui pareillement qui avait entouré la vieille demeure d'une forêt de sapins maintenant décimée. Antoine, né à Lyon le 28 janvier 1815, passera son enfance dans cette solitude. Plus tard, les étés ramèneront le collégien, puis l'étudiant, sous les frais ombrages de Saint-Bonnet ; plus tard encore, vers 1840, il en fera sa résidence principale. S'il est vrai - et c'est vrai - que l'homme, pétri du limon de la terre, garde l'empreinte des paysages que son enfance a aimés et qui restent le cadre de son activité, rien d'étonnant à ce que l'oeuvre de Blanc de Saint-Bonnet porte la marque de la puissante et austère majesté qui émane de la montagne et de la forêt. Ses parents le destinaient au notariat, mais il avait peu de penchant pour grossoyer des actes. La mort prématurée de son père lui donnera licence de se laisser aller à son goût pour les sciences politiques. Sans doute y fut-il aidé par l'impulsion qu'avait donnée à son esprit son professeur de philosophie, l'abbé Noirot, qui deviendra Inspecteur général de l'Instruction Publique et aidera plus tard Le Play à retrouver la pratique religieuse. Il faut bien que l'influence de ce prêtre ait été forte pour que l'homme qui devait proclamer en 1851 : la démocratie triomphe, et je viens combattre la démocratie, ait accepté en 1848 de solliciter les voix des électeurs lyonnais - vainement d'ailleurs! - sur la même liste que l'abbé Noirot et que son ami Victor de Laprade, en déclarant : « La République est la forme naturelle de la Société chrétienne ! »

    Cette illusion, partagée alors par tant d'excellentes gens, se dissipera vite devant la leçon des événements. Il ne fut pas long à découvrir que la démagogie ruineuse sort inéluctablement de la démocratie, et qu'Alphonse Karr avait raison de dire « Il suffit de quelques grelots au bonnet de la Liberté pour en faire le bonnet de la Folie ». Trois ans après sa candide profession de foi démocratique, il publiera le fruit de ses réflexions dans son maître livre, La Restauration Française, à propos duquel Montalembert lui écrira : « Nul n'a vu de si haut ni plus loin que vous. » Quelques citations nous feront mesurer le cheminement de sa pensée « Vu l'état où le voltairianisme et les gouvernements ont mis les masses, la République, c'est la démocratie: la démocratie, c'est le socialisme; et le socialisme, c'est la démolition de l'homme. » ... « Le socialisme n'est que la religion de l'Envie. » ... « Par l'effet de sa chute, l'homme est à l'état d'envie. Quand le peuple entendit pour la première fois ces mots La propriété, c'est le vol, il a senti le raisonnement justificateur de ce qui sommeillait en lui depuis qu'il a perdu la roi. Et sa conscience ainsi faite, il a marché d'un trait dans la Révolution. » ... « Vous ne vouliez rien de divin, vous saurez ce que les moyens humains coûtent ! Vous vouliez l'institution à la place de la conscience, vous saurez ce que produit l'institution ! Payer dix militaires, quatre employés et deux mouchards où il n'y avait qu'à nourrir un prêtre, n'est pas le moyen de couvrir ses frais. » L'expérience des ateliers nationaux, ouverts par décrets du 25 février 1848, - et dont l'Assemblée Constituante dut ordonner la dissolution immédiate le 21 juin parce que leur inutilité n'en coûtait pas moins 150.000 francs par jour -, lui fait écrire :
    « Les hommes, dans leur méfiance, ont cru que le christianisme était faux. Ils ont dit : l'homme naît bon ; ils ont dit : il est ici bas pour jouir ; ils ont dit : la richesse est toute faite ; ils ont dit : tous y ont un égal droit ; ils ont dit : il faut égalité des salaires ; et l'on ouvrit les ateliers nationaux. Et qu'a fait l'homme bon ? Il a fait comme le sauvage, il s'est couché, déclarant que c'est à la Société de le nourrir. Si la méthode eût été générale, le pain manquant, il eût fallu, comme dans l'antiquité, forcer les bras au travail. Eh ! Nous y voilà donc... Ou le christianisme, ou l'esclavage. »
    Et ce raccourci étonnant qui contient toute la réfutation de l'utopie collectiviste : « Le socialisme suppose une immaculée conception de l'homme. » Si Jean-Jacques Rousseau avait raison ; si l'homme était naturellement bon ; si l'envie du bien d'autrui, ou de sa supériorité, n'habitait pas, dès sa tendre enfance, sa pensée ; si la paresse, sous l'euphémisme de loi du moindre effort, ne freinait pas d'ordinaire son activité ; si aucune convoitise, aucune violence, aucun désir de nuire à son prochain ne se trouvaient en germe dans son coeur, alors, évidemment, on pourrait imaginer une Société reposant sur le principe du collectivisme, autrement dit sur la mise en commun des efforts de chacun et sur la distribution des richesses créées par le travail de tous, entre chaque membre de la communauté, selon ses besoins. Malheureusement, l'homme n'est pas né sans tache.

    Tous les péchés capitaux sommeillent en lui, et justement tout l'art des meneurs de peuples consiste à faire concourir au bien commun les défauts mêmes de l'humanité, comme un habile navigateur sait utiliser les vents contraires pour aller de l'avant. Si l'homme est certain d'avoir ses besoins essentiels assurés par la collectivité, quelle que soit sa propre activité, il se laissera aller à sa nonchalance naturelle, et la paresse de chacun engendrera vite la misère de tous. Mais si vous mettez en jeu son égoïsme inné en promettant à l'effort accru une rétribution supplémentaire, la perspective de pouvoir satisfaire des convoitises nouvelles forcera au labeur son indolence native. Etre intéressé est, certes, un vilain défaut ; mais c'est un défaut que l'on peut faire servir à l'amélioration des conditions de vie d'un individu, d'une famille, voire d'une société. En transformant les « stakhanovistes » en une manière de héros civils au sort enviable, le régime bolcheviste reconnaît lui-même que l'esprit de vanité et de convoitise, stimulé par des avantages divers, est le plus efficace ressort d'une production intensifiée. Mais, du coup, les grands prêtres de la religion nouvelle ont renié le dogme fondamental de l'égalité entre les hommes et désavoué Rousseau : l'humanité n'est pas naturellement portée au bien. Et cela frappe de vanité toutes les Salentes bâties dans les nuées par tant de théoriciens socialistes. Cependant, il est des lieux qui s'en rapprochent. On voit ça et là de vastes demeures où, sans contrainte extérieure, des hommes et des femmes s'affairent à leurs travaux tout au long du jour, s'asseoient à la même table pour un frugal repas, et témoignent par leur visage calme et souriant que cette vie de labeur régulier, dont ils ne tirent aucun profit personnel, leur parait la plus belle du monde. Seulement ces hommes ou ces femmes, pour réaliser cet idéal collectiviste, ont dû se lier vis-à-vis d'eux-mêmes par un triple serment : renoncer à toute propriété personnelle, se refuser aux joies du foyer et des enfants qui le peupleraient, accepter d'avance et sans discussion les ordres du chef qu'ils auront choisi.

    Le socialisme ne peut se réaliser sans caricature que si l'on décide de vivre en communauté à l'abri des trois voeux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance. Autrement dit, et pour en revenir à la définition de Blanc de Saint-Bonnet, le socialisme suppose une immaculée conception de l'homme, ou, en tout cas, l'effort constant pour l'homme de se maintenir en état de grâce avec l'aide du Rédempteur. Mais, comme les cités et les nations ne reposent pas sur des célibataires chastes, mais sur des familles, et qu'un peuple de couvents s'éteindrait en une génération, il faut bien que, dans ce monde tel que Dieu l'a voulu, il y ait un système social plus adapté à la nature de l'homme que le collectivisme. Son fondement est la propriété. La propriété est de droit naturel parce qu'elle est la récompense du mérite. Ecoutons Blanc de Saint-Bonnet nous parler d'elle et du capital qu'elle constitue : « Le capital commença le jour où quelques hommes, ayant satisfait leurs besoins, eurent la possibilité d'épargner. Si la propriété n'eût pas immédiatement surgi, les besoins eussent éternellement étanché les produits ; ce capital précieux, qui fait tout l'avenir de l'humanité, ne serait pas encore fondé, nous serions à l'état sauvage. Le capital suit la loi de l'irrigation. La comparaison est charmante. Une faible source sort de terre ; ce filet d'eau est absorbé par les trois ou quatre mètres de sol qui l'entourent. Creusons un bassin pour Ie recevoir et bientôt le flot accumulé court arroser une surface de huit ou dix mille mètres. L'eau revenant au réservoir, l'opération recommence sans cesse. Que le pré d'alentour eût demandé la destruction du bassin qui retient ces eaux, et trois ou quatre mètres pourris sous les joncs remplaceraient la fécondité d'un hectare. La propriété est le réservoir du capital ». Mais ne vous hâtez pas de crier au bourgeois lyonnais tapi dans sa maison des champs enfermée dans de hauts murs, â Calixte caressant son coffre-fort avec volupté. Pour Blanc de Saint-Bonnet, comme pour tout vrai chrétien, l'argent est un utile serviteur, ce n'est jamais un maître. Alors que l'esprit de pauvreté, lui, est une vertu. Vertu indispensable chez ceux qui ont mission de nous guider.

    Chez les ministres de Dieu d'abord : « La simple commodité dans la maison du prêtre justifie le luxe dans la maison des grands. Le peuple alors perd en la sienne son doux modèle de douleur et d'abnégation. Ce serait un grand malheur si un jour le pauvre rie pouvait plus voir un frère dans le prêtre, mais le frère du riche. Dès ce moment, le peuple n'appartiendrait plus à l'Eglise ». Et ceci encore : « Il faudrait que l’Eglise eût la moitié des richesses de la terre, et que le Clergé restât pauvre ». Entre parenthèses, la République a fait le nécessaire pour que ce vœu fût réalisé pour la seconde moitié. Bien loin de rendre à l'Eglise les biens qui lui permettaient, avant la Révolution, d'assumer le monopole de l'éducation et de l'assistance, Marianne III lui a enlevé en 1905 le peu qui lui restait, et a réduit le clergé de France à la mendicité du denier du culte. Sans absoudre pour autant le vol dont il demeure la victime, on peut constater avec fierté que ce clergé, devenu le plus pauvre du monde, est aussi le plus riche en dignité de vie et en prestige. « II n'est pas défendu de gagner de l'argent, mais alors il ne faut pas se porter à la tête d'une nation. Le fondement des peuples est la vertu, celui des classes gouvernementales est au moins l'honneur ; on ne peut y substituer à ce point les deux principes contraires ». Ses préférences pour la monarchie traditionnelle viennent sans doute de ce qu'elle repose essentiellement sur une autorité paternelle et sage ; il n'a que vingt-cinq ans lorsqu'il écrit : « Quand l'autorité souveraine réside dans le monarque, de telle sorte néanmoins que cette plénitude de pouvoir soit paternelle, qu'elle soit tempérée par l'observation des lois fondamentales et des coutumes anciennes et que le souverain se propose uniquement l'avantage des sujets, le gouvernement, comme en France, est la monarchie pure ». Mais il soulignera que l'un des caractères de cette monarchie est de préférer la vertu et l'honneur à l'accumulation des richesses : « La mère de Saint-Louis dit à son fils : j’aimerais mieux vous voir mort que souillé d'un péché mortel. La mère de Bonaparte répète aux siens, arrivés sur les trônes : Mettez de côté, cela ne durera pas toujours. » On ne peut cependant présenter Blanc de Saint-Bonnet comme un doctrinaire du catholicisme social. Vous ne trouverez chez lui aucune invite à l'élaboration de lois particulières concernant le monde des travailleurs. Non pas qu'il ignore la misère d'autrui ; non pas surtout qu'il ne désire qu'elle soit soulagée.

    Il est trop profondément chrétien pour cela. Mais il est contre-révolutionnaire avec trop d'intransigeance pour admettre que l'Etat ait, au nom de l'égalité, à intervenir dans l'atténuation de cette misère. Le devoir de charité que nous impose la loi du Christ doit y suffire. « Vous répétez que l'Evangile a proclamé l'égalité des hommes, et c'est faux ; il a proclamé l'égalité du mérite, autrement dit l'équité. L'égalité n'est qu'un faux nom de la justice. L'Evangile savait si bien l'inégalité qui résulte de notre liberté, qu'il institua la Charité pour ce monde, et la Réversibilité pour l'autre ». N'hésitons pas à dire que Blanc de Saint-Bonnet, si puissant dans ses vues politiques, est infiniment plus faible dans ses considérations sociales. Non seulement, lui qui a pourtant prévu que le matérialisme des philosophes risquerait de livrer un jour l'Europe aux Cosaques ne paraît pas avoir soupçonné les problèmes qui naîtraient de l'industrialisation et du libéralisme économique, mais il ne semble pas avoir réfléchi à la misère imméritée des travailleurs - pour reprendre l'expression dont se servira plus tard Léon XIII -, à cette misère qui résulte pour un foyer soit du chômage, soit de la maladie, soit de l'accident, soit de la vieillesse du chef de famille, soit du trop grand nombre de bouches à nourrir, soit d'un salaire rogné par la loi d'airain de la libre concurrence. Pour lui, l'aumône doit suffire, avec les oeuvres privées. Ses propos là-dessus sont difficilement supportables à nos esprits. Il écrira par exemple : « On ne peut que répéter la vérité : pour ne pas développer du même coup l'insouciance et la paresse, d'où provient la misère, il ne faut point que l'assistance soit publique, il faut qu'elle soit particulière. La religion qui, certes ! a su poser la question, n'a reconnu publiquement que les malades, les vieillards et vos enfants abandonnés. Toute autre misère est chargée de sa destinée... ».

    C'est oublier la répartition de l'assistance dans les moeurs de l'ancienne France. L'Eglise avait en effet tout un réseau serré d'hôtels-Dieu, d'hospices, d'orphelinats pour les épaves physiques de la vie. Mais, à côté d'elle, les corporations, avec leur patrimoine propre, étaient là pour aider dans leurs difficultés ceux de leurs membres dont le malheur ne venait ni de leur paresse, ni de leur insouciance, ni de leur inconduite. Et, dans les paroisses rurales, les Confréries tenaient lieu de Sociétés de secours mutuel : au début du siècle dernier on voyait encore des pénitents qui allaient, en corvées bénévoles, labourer le champ de la veuve afin que les orphelins ne manquassent pas de pain. Mais, au milieu du XIXè siècle, alors que la Révolution, si justement accusée et si énergiquement combattue par Blanc de Saint-Bonnet, avait ruiné l'appareil charitable de l'Eglise et rasé l'édifice corporatif, on comprend mal que notre philosophe des monts du Lyonnais ait pu estimer suffisants pour le soulagement de toutes les misères humaines les établissements d'assistance que la générosité privée avait pu restaurer. Et cependant, la place de Blanc Saint-Bonnet est marquée dans une étude sur le mouvement social chrétien. D'abord, par son combat victorieux contre l'esprit révolutionnaire, fils naturel de l'anarchie et du libéralisme semés par les théories de J.-J. Rousseau et de sa séquelle. Ensuite, par sa critique aiguë du socialisme qui montre que le retour à un christianisme vécu est indispensable au salut de la Société. Là-dessus, son enseignement n'a pas vieilli :
    « Le socialisme est plus facile que la civilisation. Il ne faut pas s'étonner si tant de gens veulent en être. Une fois le carnage achevé, vivre comme le socialisme l'indique est chose, pendant quelques jours, très facile. Elle consiste à consommer ce que les siècles ont recueilli : tout le monde est bon pour cela. Le socialisme est d'autant plus dangereux qu'il ne demande ni effort, ni raison, ni doctrine ; qu'il répond à nos appétits, à notre envie, à notre orgueil, à notre rage. Il suffit que le christianisme se retire de l'horizon, pour que la raison humaine, jusque-là soutenue, retombe dans le socialisme. Dés que le soleil disparaît, le serein redescend sur la terre. Avec quelle arme combattrez-vous le socialisme ? Il faudrait la puissance entière du christianisme pour relever de nouveau la raison chez les peuples, et comprimer les appétits.
    On peut vaincre une erreur, on ne détruit pas l'erreur, c'est-à-dire le vieil homme, c'est-à-dire le mal. On chasse une ombre, on ne fait pas disparaître la nuit. On a la Foi, ou tout rentre dans les ténèbres ».

    Et, pour finir, arrêtons-nous sur cette citation qui annonce la pensée maîtresse de Frédéric Le Play, celle qui, après lui et derrière lui, nourrira l'action d'une puissante équipe de catholiques sociaux : « Si la morale était suivie, il n'y aurait pas besoin de lois. On dit que, depuis la Révolution, trente mille lois ont été promulguées en France : pour les rendre à peu prés superflues, il suffirait de suivre les dix commandements de Dieu ».
    Blanc de Saint-Bonnet annonce bien le sociologue qui fondera toute sa doctrine de relèvement des sociétés sur le Décalogue.

    (1) Politique réelle, page 39, éditions Stanislas Rey, 1966.

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