Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

l'information nationaliste - Page 6974

  • Que cache la polémique des crèches ?

    Libre Journal des Débats du 23 décembre 2015, dirigé par Charles de Meyer surRadio courtoisie présenté par Charles de Meyer avait pour thème :

    "Que cache la polémique des crèches ? De la laïcité à la haine se soi."

    Invités :

    • Charlotte d'Ornellas (Boulevard Voltaire)
    • Hubert Champrun (Monde & Vie)
    • Michel Janva

    Pour (ré)écouter l'émission :

    Libre journal des débats 23.12.15

    Michel Janva

  • À propos du "catholicisme avancé" - faits et hypothèses

    Il existe incontestablement un "style", un "ton", une atmosphère "catholique avancé", on pourrait aussi parler de "nouvelle culture catholique".

    Je vais proposer quelques pistes pour situer l'histoire et l'actualité de ce "nouveau catholicisme". Les éléments que je présente ne prétendent évidemment pas épuiser le sujet : ils sont à croiser avec beaucoup d'autres acquis pour tenter d'obtenir un schéma explicatif complet de l'histoire récente de l'Eglise.

    Je vais d'abord exposer quelques faits, qui pourront peut être apparaître assez disparates. J'essaierai ensuite de montrer que l'on peut proposer une théorisation permettant d'expliquer ces différents constats. 

    1 - Le dialogue et la réconciliation comme méthodes

    René Rémond, ancien dirigeant national de la JEC, président de l'Université de Nanterre et du Centre catholique des intellectuels français : « Le Centre des intellectuels catholiques a d'emblée été conçu comme un lieu de rencontre, un trait d'union entre les chrétiens et les incroyants, l'intelligence et la foi. La perspective initiale était celle du dialogue, d'une confrontation qui permette de formuler le contenu de la foi en termes recevables pour des exigences intellectuelles et, inversement, de transmettre à l'Eglise les questions que les progrès de la réflexion -par exemple le développement des sciences de l'homme- peuvent poser à l'intelligence de la foi. L'intelligence devait tenir dans la culture chrétienne de chacun et dans la vie de l'Eglise une place importante (...) il ne devait pas y avoir de contradiction entre la foi et le mouvement des idées ; il fallait travailler à les rapprocher, à les réconcilier si d'aventure les hasards de l'histoire les avaient séparés ou rendus antagonistes »

    2 - Un exemple : le dialogue avec la psychanalyse

    L'Eglise ne pouvait par exemple rester indifférente face à l'apparition et au développement de la psychanalyse. C'est un cas complexe : 

         -la psychanalyse met en ordre et "rationalise" dans une certaine mesure des connaissances empiriques autour du psychisme (refoulement, sublimation), ce que les directeurs de conscience ne peuvent négliger ; 

         -mais elle se pose aussi en quelque sorte en "concurrente" vis à vis de la direction de conscience ; 

         -elle prend par ailleurs des formes mondaines et dilettantes peu défendables ; 

         -enfin elle envahit la vie quotidienne (médecine scolaire, médecine du travail, vulgarisation par les médias), son usage est alors parfois purement idéologique (les problèmes les plus divers sont transmutés en "complexes" ou en "problèmes personnels"). 

    Effectivement, l'Eglise va approcher très tôt, dès le début de son institutionnalisation en France, le monde de la psychanalyse. Des religieux prédisposés par leur formation (psychologie ou médecine) à aborder ce domaine participeront à des colloques, séminaires, revues de psychanalyse. Un espace de dialogue très étroit (cela concerne peut être une trentaine de personnes) entre le catholicisme et la psychanalyse va se constituer. Une sorte de petite avant garde de la nouvelle cure des âmes, si l'on ose dire.

    Quels vont être les résultats de ce "dialogue" entre l'Eglise et la psychanalyse ? C'est particulièrement difficile à estimer, car c'est très "impalpable". Il convient de distinguer les deux faces du problème : l'influence de la psychanalyse sur l'Eglise, l'influence de l'Eglise sur le monde de la psychanalyse.

    1 - Il est notoire que les acquis de la psychanalyse sont mis en oeuvre depuis longtemps pour le discernement des vocations, notamment le repérage des personnalités "névrotiques".

    Question beaucoup plus délicate : la morale catholique est-elle désormais teintée de psychanalyse ? On sait que les notions de faute, de culpabilité et de pêché ont été largement liquidées, du moins dans la pastorale sinon dans les textes. Il est certain que la psychanalyse a apporté une caution "scientifique" à cette liquidation et à l'aggiornamento de la morale catholique : une certaine lecture "scientifique" des actes autrefois condamnés moralement a contribué implicitement à dissoudre les prescriptions morales de l'Eglise traditionnelle.

    2 - Un aspect moins évident est tout aussi important : certains groupes de psychanalystes d'avant garde ont été amenés à considérer à nouveaux frais la place de la religion dans l'histoire et à s'interroger sur les limites d'un certain scientisme. De nombreux travaux de tendance spiritualiste témoignent de cet intérêt des psychanalystes pour les religions.

    3 - Le prophétisme des trente glorieuses

    C'est un aspect très méconnu mais sans doute essentiel du "dialogue catholique" des trente glorieuses. Dans certains cercles de militants catholiques avancés, à l'intersection du discours économique et technocratique très optimiste des aterrennées 1960 et du syncrétisme teilhardien va se constituer une sorte de "prophétisme théologico-économique", une sorte d'apologie naïve de l'économie capitaliste et de la technocratie dont nous subissons peut être encore les effets.

    Il convient cependant de préciser que les grands commis de l'Etat qui ont écrit sur ces sujets vers 1960 glorifiaient un capitalisme réglementé voire planifié et non le libéralisme mondialiste sans freins qui n'apparaîtra en France qu'avec l'arrivée au pouvoir des "cathos de gauche", c'est à dire après 1981.

    Cette apologie de l'économie capitaliste et de la technocratie constitue-t-elle une étape fondatrice de ce qui deviendra quelques décennies plus tard un prophétisme économique mondialiste généralisé au sein duquel l'Eglise jouera une partition importante ? Je n'ai pas trouvé de travaux évoquant cet éventuel enchaînement, et laisse donc cette question en suspens, tout en soulignant qu'elle me semble fondamentale.

    Dans le monde rural, la JAC adhérera également dès les années 1950 à un prophétisme progressiste et activiste du plus mauvais aloi. Mise en place de l'horreur de l'élevage industriel, remembrement frénétique, recherche débridée de la productivité, et donc indifférence à la souffrance animale et à la destruction de la nature : la rupture avec l'histoire organique qui sous-tendait le monde paysan et le tissu paroissial rural français va être totale. Et le monde rural ne survivra pas à cet activisme qui semble bien "branché" là encore sur l'économie mondialisé en cours d'installation...

    4 - Un anticléricalisme spécifique dans l'Eglise

    A l'intérieur de l'Eglise on trouve un étrange anticléricalisme rampant développé par des "laïcs avancés" qui rêvent de dicter leur conception de l'Eglise et de la place respective des clercs et des laïcs à la hiérarchie catholique.

    On sait que depuis 1960 environ des "militants" laïcs ont mené une longue lutte contre l'ancienne hiérarchie catholique. Une lutte au cours de laquelle ils ont engagé tous leurs nouveaux savoirs religieux, mêlant théologie et sciences humaines. 

    Aujourd'hui, ces prétendants à un nouveau genre de service religieux sont confortés dans leur volonté de changement par les multiples formations à la théologie qui sont désormais proposées aux laïcs. Suite à l'effondrement des vocations à la prêtrise, de nombreuses institutions catholiques forment en effet les laïcs aux sciences religieuses. Certains ont donc développé, à l'intérieur de l'Eglise et avec les moyens de l'Eglise (formation, cours du soir) un anticléricalisme savant, un anticléricalisme "fondé" : ils alignent imperturbablement textes et références bibliques, exégétiques, herméneutiques... 

    Toutes ces virtuosités théologiques, liturgiques, esthétiques sont évidemment des formes discrètes de manipulation douce de l'Eglise "ancien style" et donc des fidèles "naïfs". 

    Ce qu'il est donc important de relever, c'est que cet anticléricalisme savant est totalement différent de l'ancien anticléricalisme "laïque". C'est de l'intérieur de l'Eglise et au nom d'une religion plus pure et plus savante que les fonctions cléricales classiques sont "interrogées", "mises en question"...

    5 - Un énorme paradoxe du nouveau catholicisme

    Le discours des nouveaux catholiques ne manque jamais d'évoquer le dépouillement, la simplicité, le retour aux origines. l'absence d'ostentation. Un peu comme si une nouvelle ère de reconquête des âmes inspirée par l'époque apostolique allait s'ouvrir.

    Visiblement, cela n'a pas marché. Par exemple en France entre 1980 et 1990, 70 % des pratiquants (70 % ! ) quittent l'Eglise. Mais ce discours était-il fait pour "marcher" et pour "retrouver" réellement la ferveur et la "simplicité" de l'Eglise des origines ? Evidemment non. Sous cette rhétorique se mettait en place bien au contraire un nouveau catholicisme élitiste, anti-populaire, hautain et méprisant.

    Rien n'est plus élitiste que cette littérature croisant la théologie et les sciences humaines, rien n'est plus anti-populaire que cette relégation des ornements et du décorum "sulpiciens" et leur remplacement par du mobilier design et des oeuvres d'art contemporain, rien n'est plus brutal que cette suppression des dévotions les plus traditionnelles que les croyants "simples" aimaient.

    On sait que le nouveau style adopté dans l'Eglise tend à estomper l'opposition entre clercs et laïcs. Certes, mais à l'inverse il met très nettement en place de nouvelles barrières apparaissant pour le moins incongrues dans l'Eglise catholique : des barrières entre initiés et non initiés aux nouveaux cultes, à la nouvelle esthétique, à la nouvelle morale. On aboutit donc, dans les cas extrêmes, à constituer des églises de militants, pour ne pas dire de complices, desquelles le croyant "ordinaire", celui qui n'est pas un "chrétien en recherche" et qui ne connait pas les codes, est implicitement exclu...

    6 - Les cathos de gauche contre le catholicisme populaire, et contre le Parti communiste

    Après leur prise de pouvoir en 1981 les cathos de gauche, les bobos se sont empressés d'infiltrer et de détruire le Parti communiste. Pourquoi ?

    Examinons d'un peu près l'argumentation développée par les "chrétiens de gauche" contre le communisme. C'est la même que celle qu'ils développent contre l'Eglise : critique des "appareils" et de la "bureaucratie" !  Ceci confirme donc que ces groupes développent une sorte de "nouvelle morale" anti-institutionnelle et surtout anti-populaire, qu'ils appliquent partout...

    Et à ce propos, on doit considérer ceci : en France, les militants de base du Parti communiste, et même une bonne partie des cadres, n'ont jamais donné dans l'athéisme militant, ni même dans l'anticléricalisme.  

    Et ce sont bel et bien les "cathos de gauche" qui vont détruire le catholicisme populaire, qui n'avait jamais été sérieusement mis à mal par les communistes...

    L'avant garde qui a détruit l'Eglise en France n'est pas du tout teintée de marxisme comme on l'affirme très souvent sans considérer la réalité des faits : cette même avant garde s'est en effet précipitée pour détruire aussi le Parti communiste : une avant garde qui détruit à la fois le catholicisme populaire et le communisme présente inévitablement des dispositions mentales et sociales spécifiques qu'il faudrait identifier si l'on voulait vraiment commencer à comprendre sérieusement l'histoire récente.   

    7 - La base "catho de gauche" dépassée par l'intellectualisation

    Georges Montaron, directeur de Témoignage chrétien, ancien dirigeant fédéral de la JOC : " Il est temps de s'opposer à l'intellectualisation de l'Eglise. Quand l'Eglise catholique transforme sa liturgie pour la rendre plus proche du peuple, j'applaudis. Je n'oublie pas que j'ai dû subir, pendant près de quarante ans, la dictature du latin, langue dont j'ignorais tout et qui m'était parfaitement étrangère (...). En revanche, quand j'assiste à certaines cérémonies d'aujourd'hui où le prêtre multiplie les lectures, les commentaires, exégèses, gloses, paraphrases et autres explications de textes, dans des églises aussi dépouillées que des tombeaux, et où chacun, sans mot ni geste, s'abîme dans les réflexions les plus profondes et les cogitations les plus interminables, je me demande si l'on peut encore partager sa foi sans avoir une licence de théologie dogmatique."

    8 - Saturation d'intellectualisme et retour à la tradition

    On commence à saisir que, dans le nouveau catholicisme, la volonté de se distinguer des croyants ordinaires peut prendre les formes les plus paradoxales et les plus inattendues. C'est ainsi que saturés d'intellectualisation certains "croyants avancés", jusqu'alors non pratiquants ou "pratiquants distanciés" pourront se tourner, toujours par recherche d'originalité vers...le catholicisme le plus traditionnel et le plus orthodoxe. On jettera aux orties tout ce qu'on a lu sur l’exégèse, l'herméneutique, l'anthropologie religieuse et l'on retrouvera la tradition catholique. Pour un temps tout au moins, peut être jusqu'à une prochaine lubie spirituelle... 

    9 - Catholicisme, moralisme confus et politique

    Il est certainement inexact d'affirmer que le catholicisme est exclu du monde du pouvoir en France. On peut penser au contraire qu'il est très présent. Mais sous des formes très spécifiques, essentiellement ce qu'on nomme le "catholicisme de gauche". Catholicisme activiste, volontariste, progressiste, faussement naïf. On sait que de très nombreux élus sont issus de l'Action catholique spécialisée

    On doit considérer que ce catholicisme militant qui d'ailleurs ne s'avance pas toujours sous sa véritable identité, imbibe des milieux très différents. Mais est-ce encore le catholicisme ? C'est un activisme, c'est un moralisme, ce n'est peut être plus une religion, ce n'est peut être plus qu'un discours moral fabriqué, avec des fragments de christianisme, mais pas seulement des fragments de christianisme, ce n'est peut être qu'une sorte de magma moral constitué de bric et de broc. Mais évidemment tout à fait adapté au capitalisme mondialisé.

    A ce propos il est pathétique de constater que le moralisme de plomb que nous subissons, omniprésent, confus et insaisissable n'a guère été étudié sérieusement et n'a pas même reçu de dénomination claire et univoque. On gémit beaucoup sous le joug de ce moralisme fabriqué par le mondialisme, mais on ne cherche guère à l'étudier, à saisir son origine et ses caractéristiques.

    10 - De l'école catho à l'école catho branchée 

    Il convient de ne pas confondre l'école catholique et l'école catholique avancée

    L'école catholique avancée s'oppose à la fois à l'école catholique attardée (vous savez celle où l'on apprenait le catéchisme) et à l'école laïque républicaine banale. Comment expliquer cela ? C'est que, pour le catholique avancé, l'école catholique et l'école laïque sont l'une et l'autre "dépassées", "ringardes", "vieux jeu".

    Soyons attentifs : l'école laïque, républicaine et obligatoire a-t-elle bonne presse dans les groupes dominants ? Pas du tout ! Elle est implicitement raillée et moquée pour son moralisme d'un autre âge, son scientisme daté. Seuls de vieux instituteurs osent peut être encore avouer publiquement leur nostalgie de "la laïque". L'école laïque est raillée de même qu'est raillée et moquée l'école catholique "à l'ancienne".

    Que se passe-t-il donc ? Les catholiques avancés, en compagnie d'autres groupes, sont à la recherche de l'école et de la morale adaptées au mondialisme et renvoient l'école catholique et l'école laïque à leur provincialisme, à leur passéisme, à leur moralisme naïf. On est passé à un schéma comportant trois acteurs :

         -l'école catholique traditionnelle

         -l'école laïque 

         -la nouvelle école catholique avancée, l'école "cathos de gauche" 

    L'école catholique et l'école laïque "du passé" se trouvent ainsi surplombées par un autre type d'école, par de nouvelles conceptions éthiques et esthétiques répondant aux exigences du capitalisme mondialisé. La nouvelle classe mondialisée trahit à la fois la religion et la "laïcité" "à l'ancienne" en inventant de nouvelles donnes, dans l'ordre esthétique surtout. 

    11 - L'espace de l'Eglise d'avant garde

    Il faudrait étudier comment cette appropriation de l'Eglise par des groupes sociaux acquis au mondialisme transforme, consciemment ou inconsciemment, la vision du monde de la hiérarchie catholique. 

    On peut penser que les campagnes des pays européens n'intéressent déjà plus une Eglise acquise au prophétisme mondialiste : à quoi bon envoyer à nouveau des missionnaires dans ces régions où ne survivent que des ploucs ruinés et désespérés, blancs et perspicaces de surcroît. Les villes "culturelles" d'importance mondiale retiennent au contraire toute son attention, ce sont les véritables "nefs" de l'Eglise branchée. Mais le plus intéressant à relever, ce sont les nouveaux lieux de culte de l'Eglise mondialiste en représentation, les nouveaux "choeurs" de l'Eglise : les tribunes des grands institutions internationales.

    12 - Une tentative d'explication

    Nous avons réuni un certain nombre de faits, il faut tenter d'avancer maintenant un schéma explicatif général.

    La "nouvelle Eglise" semble issue de la rencontre, dès avant 1950, entre une "avant garde intellectuelle" du bas-clergé, inquiète et mal placée, surtout constituée d’aumôniers des mouvements d'Action catholique, cherchant à adapter la fonction cléricale aux nouvelles donnes de la société et des groupes sociaux ayant des dispositions mentales analogues, "avancées". Clercs et laïcs "avancés" vont confronter leurs visions critiques de l'Eglise et leurs revendications et les nouvelles conceptions du catholicisme vont émerger de ces rencontres. 

    1 - L'Eglise deviendra d'abord dans les années 1950 une église de militants. De militants activistes méprisant les "attardés". On n'insistera jamais assez sur ce point. Les militants de l'Action catholique vont "foncer" avec un optimisme déroutant dans les domaines les plus divers, rompant en quelques années avec toute la tradition donnant la primauté à la contemplation et à la voie mystique... La rupture fondamentale est sans doute là. Faut-il ajouter qu"ils vont foncer sous les ordres du capitalisme mondialiste en cours d'installation ? J'aurais tendance à le penser.

    2 - En ce qui concerne le sommet de la hiérarchie de l'Eglise, les intellectuels issus de la mouvance personnaliste vont occuper après Vatican II les positions essentielles dans l'Eglise et dans le monde des médias, de la presse et de l'édition catholiques. 

    3- Mais cette "ancienne avant garde" consacrée par l'Eglise installée va se trouver à son tour rapidement dépassée et "ringardisée". L'ancienne avant garde personnaliste a investi l'Eglise, mais dès que ses exigences sont devenues la norme, d'autres revendications se sont profilées à l'horizon, en particulier dans le domaine esthétique. 

    L'activisme ayant joué son rôle, l"éradication du catholicisme rural et populaire, l'Eglise a été quasiment accaparée par un nouveau groupe social.

    En un mot, on pourrait dire que l'on est passé après 1980 de l'activisme et du personnalisme à l'esthétisme.

    Les mentalités étranges qui sont alors apparues dans l'Eglise vers 1980 chez nombre de croyants des grandes villes et chez beaucoup de prêtres ne les croisent-on pas aussi hors de l'Eglise ? Ne sont-elles pas spécifiques de certaines populations urbaines qui, précisément, se disent et se pensent "avancées " ?

    Mais oui : les mentalités des "nouveaux catholiques" actuels évoquent irrésistiblement les mentalités développées dans le monde "arty" et "bourgeois bohème". Ce sont les mêmes dispositions mentales qui sont investies là dans la religion, ici dans l'art : refus du commun, recherche de l'originalité, calculée et stratégique, goût pour la "provocation", mépris des gens simples.

    C'est donc bel et bien l'apparition d'un nouveau groupe social, d'une "nouvelle bourgeoisie" qui explique ce processus de distanciation appliqué au catholicisme, mais aussi à d'innombrables domaines, en fait à tous les domaines. Les "nouveaux bourgeois" ne réservent pas leur attitude sceptique et distante au catholicisme : ils la mettent en oeuvre aussi dans les domaines dans l'art, dans leur style de vie, dans la politique... 

    Cette nouvelle mentalité n'est pas facile à décrire en quelques mots : c'est un mélange inédit d'assurance, d'opportunisme, d'hypocrisie, de masochisme, de mépris des classes populaires... Distanciation, esthétisation, ironisation, dilettantisme, provocations... Ces jeux autour et "au dessus" du catholicisme seront sans fin, le refus du sérieux étant constitutif de la mentalité de cette classe.

    4 - Un processus de prises de distances avec l'Eglise traditionnelle semble donc irrémédiablement installé. 

    Ce processus de distanciation est un processus de fond qui touche tous les domaines de la vie religieuse et qui prend toujours plus d'ampleur, on ne peut donc essayer de le schématiser en quelques lignes. On peut seulement évoquer quelques grands faits évidents :

         -la distanciation face aux pratiques de dévotion "populaires" (récitation du chapelet, pratique des ex-voto) ;    

         -la distanciation face à la littérature édifiante ou hagiographique (ouvrages de piété, vies de saints "naïves") ; 

         -la distanciation face à l'esthétique traditionnelle de l'Eglise (ornements, mobilier d'église) ;

         -l'intégration des sciences humaines aux données traditionnelles de la foi : 

                 -d'abord le personnalisme,

                 -puis les disciplines universitaires, les sciences humaines proprement dites (anthropologie, sociologie, linguistique, psychanalyse).

    On voit que l'on a ainsi une sorte d'arborescence de nouvelles conceptions de la foi et de nouvelles pratiques religieuses à partir du fond historique du catholicisme, un développement de nouvelles conceptions du catholicisme en ombelle à partir de sa tige historique, si l'on préfère cette autre image botanique.

    C'est donc l'apparition d'un nouveau groupe social développant des dispositions mentales très spécifiques (vision distanciée, sceptique, ironique, blasée du monde), parfaitement adaptées au fonctionnement du marché mondial, qui explique en grande partie l'histoire récente de l'Eglise. L'apparition de ce groupe et la généralisation de ces dispositions mentales ont évidemment elles-mêmes des causes profondes. Mais il s'agit là d'un autre sujet.

    Jacques-Yves Rossignol

  • Ça se corse

    «À force de vouloir couper l’herbe sous le pied du FN, on risque d’appliquer son programme» feignait (?) de s’alarmer l’ex-ministre écolo-gauchiste Cécile Duflot ces derniers jours. Elle réagissait à la décision annoncée mercredi à l’issue du conseil des ministres,  et qui suscite la grogne de l’aile gauche du PS (Hamon, Dray, Cherki…), d’introduire la possibilité de déchoir de leur nationalité française les binationaux condamnés pour des actes de terrorisme. Un souhait formulé de longue date par le FN. Cependant, «l’efficacité ici (…) n’est pas l’enjeu premier», «c’est une mesure à caractère hautement symbolique» s’est  justifié Manuel Valls.  Il est vrai que pour des djihadistes rejetant le concept même de nationalité, a fortiori quand celle-ci est celle d’une nation impie, lesquels ne reconnaissent plus largement que l’appartenance à la oumma islamique, la menace de ladite déchéance, certes, n’empêchera pas le passage  à l’acte. Mais la réflexion de M. Valls est  aussi susceptible d’une autre  lecture, à savoir que  sous le règne de la gauche, les Français de papier, fabriqués à la chaîne par des lois uniques,  n’ont pas grand chose à craindre, notamment quand ils privilégient les violences et les trafics «classiques» à la lutte « au nom d’Allah le miséricordieux »…

    Le poids du FN s’est fait aussi  sentir,   quelques jours avant Noël, dans  la proposition exprimée à l’Assemblée nationale  par le député LR Bernard Debré  visant à  supprimer en France la binationalité. Propos qui intervient après le vœu exprimé par son collègue Thierry Mariani d’en finir avec  la binationalité  des ministres et/ou du personnel politique concourant aux suffrages des électeurs. «Je trouve que, lorsqu’on est un élu national, la moindre des choses me semble de n’avoir qu’une seule nationalité. On dénonce souvent les conflits d’intérêts qu’il peut y avoir sur le plan économique, il y en a aussi lorsqu’un ministre négocie des accords avec un pays voisin», a-t-il expliqué au Scan d’Europe 1.

    Le député UDI franco-israélien Meyer Habib n’a pas apprécié cette sortie : «Serais-je plus compétent en ayant qu’une seule nationalité ? Absolument pas.» «J’entends les débats mais dans un monde en train de s’ouvrir, doit-on vraiment remettre le couvert avec ces questions?», s’interroge-t-il.Dans un monde en train de s’ouvrir,  la question peut paraître  au contraire on ne peut plus légitime et d’actualité et ce, quel que soit son niveau supposé de compétence

    Compétents, les médias l’ont été… dans l’utilisation de la novlangue habituelle pour décrire l’agression subie par des pompiers et des policiers dans le quartier Jardins de l’Empereur àAjaccio le soir de Noël qui, incidemment,  coïncidait cette année avec  le Mouled, la fête musulmane qui commémore la naissance de Mahomet.  Des soldats du feu et des membres des  forces de l’ordre ont été sérieusement blessés dans une double  embuscade tendue par environ 80 racailles cagoulées, armées de batte de base-ball et munies de projectiles.

    Un quartier  où se concentre quasi exclusivement  une population maghrébine, décrit par les  médias sous le vocable bien   hypocrite de «quartier populaire» ; même  si l’on a jamais vu en France  le populo s’en prendre gratuitement  à des   policiers  ou  des pompiers qui n’hésitent pas à risquer leur  vie pour en sauver d’autres et assurer la sécurité de tous.

    La Corse ayant ses «spécificités», cet incident tristement, odieusement banal sur le «continent»,  n’a pas été accueilli avec la placidité, ou, diront certains, avec la  léthargie, la peur, ou la résignation habituelles par les de souche de l’Ile de Beauté.  Vendredi et samedi, plusieurs centaines  de Corses ont   défilé dans ce quartier, scandant «On est chez nous», voire  «Arabes dehors»; un kebab a été mis à sac et une mosquée a été  vandalisée.

    Une violence que déplore bien évidemment le FN, d’autant que les mahométans qui fréquentent les lieux de culte, ne sont pas tous, très loin s’en faut, des délinquants, et en sont même souvent la parfaite antithèse, ni même bien sur des terroristes en puissance. Bruno Gollnisch le rappelait dans ses vœux  de fin d’année, c’est aussi   la déréliction des valeurs  au sein des  familles  immigrées,  la perte des repères traditionnels, l’absence d’éducation qui conduisent à toutes les dérives, extrémistes,  délinquantes, islamo-mafieuses…

    Dans un communiqué, le Front National a estimé que «quand les citoyens ont le sentiment légitime que l’Etat ne fait plus régner l’ordre républicain, quand ils voient des pompiers et des policiers pris en embuscade dans un des innombrables ghettos que compte la France, il y a le risque évident qu’ils veuillent se faire justice eux-mêmes (…)».

    Le préfet de Corse,  Christophe Mirmand, a pris «un arrêté d’interdiction de manifester dans ce quartier»  publié   dimanche. Sans grand effet car il n’a pas empêché hier le maintien du rassemblement prévu en soutien aux policiers et pompiers agressés, qui a réuni de plusieurs centaines de Corses.

    Sans grande surprise, Manuel Valls  a dénoncé une «agression intolérable de pompiers» et une «profanation inacceptable d’un lieu de prière musulman».  Bernard Cazeneuve  s’est focalisé sur la réponse des Corses exaspérés par cette agression,  évoquant  «(des) exactions intolérables, aux relents de racisme et de xénophobie, (qui) ne sauraient rester impunies». Même son de cloche de   Christiane Taubira qui a assuré que  «la lumière sera faite, les auteurs en répondront».

    Jean-Luc Mélenchon a pointé du doigt pour sa part  le «nationalisme exacerbé et  la culture de la violence» sur l’île,  «(l’)ivresse ethniciste» des dirigeants « nationalistes » (de gauche) nouvellement élus à la tête de   la collectivité territoriale de Corse.

    Ces derniers ont condamné pourtant les violences. Président du conseil exécutif, Gilles Simeoni,a parlé d’une «agression initiale scandaleuse» affirmant «(qu’)il est impensable d’imaginer qu’il existe des zones de non droit dans l’île» mais  a stigmatisé les «dérapages racistes. Ces agissements sont contraires aux valeurs du peuple corse». Le président de l’Assemblée de Corse, Jean-Guy Talamoni, s’est élevé sur Twitter et dimanche matin sur RTL contre «un  nationalisme ethnico-racialiste », «l’importation d’idéologies complètement étrangères à la tradition politique corse».

    Ce qui a été surtout  importée  en Corse ces dernières décennies, dans des proportions extrêmement  importantes au regard de la population de l’île,  c’est une immigration mal contrôlée, inassimilée ou inassimilable. Nous ne pensons tout de même  pas que les nationalistes MM. Siméoni et Talamoni l’apprennent aujourd’hui…

    Dans  ce contexte il n’est pas inutile de rappeler l’écho donné en  2006 dans les médias  aux procès des jeunes gens du groupe dit Clandestini Corsi, qui avait commis une série d’attentats deux ans auparavant, sans faire de victimes, au nom de la lutte «contre le trafic de drogue et l’immigration clandestine». Tout avait été fait alors  pour acclimater dans l’opinion  l’image d’une « Corse raciste ».

    Lors de sa venue  sur l’île en octobre 2006, dans le cadre de sa campagne présidentielle, Jean-Marie Le Pen avait noté que cette affaire «(révélait)  aussi la méfiance et même l’hostilité des élites en place pour l’identité corse, comme d’ailleurs pour toutes les identités constituées.Elle met en exergue la conception que l’oligarchie dirigeante se fait de la République, nécessairement déracinée, cosmopolite, mondialisée, à l’encontre d’ailleurs des idéaux républicains de toujours».

    «L’idéologie dominante  c’est celle qui veut abolir les traditions, les identités et les cultures au nom du brassage, de la libre circulation et du consommateur-roi. Cette idéologie, c’est aussi, largement, l’idéologie jacobine qui pervertit la République en privant l’homme de toute référence terrienne ou culturelle, en l’amputant de ses attaches locales, régionales ou nationales (…). Cette idéologie, c’est celle qui définit les collectivités humaines comme des communautés de destin plutôt que comme des communautés de culture ».

    Certes, «le Front National ne justifie pas ces réactions de xénophobie» précisait très justement Jean-Marie Le Pen qui a toujours  clairement condamné le terrorisme. «Nous avons toujours dit qu’il fallait s’en prendre à la politique d’immigration des pouvoirs publics, et non à la personne des immigrés, car les vrais responsables sont les premiers et pas les seconds ».

    Puissent nos compatriotes ne pas l’oublier car ne doutons pas que le Système n’hésitera pas  à se servir de tous débordements,  voire  à alimenter une stratégie de la tension,  pour attiser les peurs et se maintenir au pouvoir. Nous le savons, Bruno Gollnisch l’a redit,  le Système gère très mal la France mais se défend bien… et par tous les moyens.

    http://gollnisch.com/2015/12/28/ca-se-corse/

  • Présidentielles : les grosses manœuvres du PS

    L’objectif du Parti socialiste est très clair : faire du FN la seule alternative possible pour être réélu en 2017.
    Le 16 décembre dernier, l’Assemblée nationale a débattu d’une proposition de loi socialiste soutenue par le gouvernement, visant prétendument à « moderniser » l’élection présidentielle. Or, cette proposition est une dégénérescence démocratique sans précédent !
    C’est surtout un leurre visant à camoufler tous les vrais problèmes des Français : chômage de masse, insécurité, flux migratoires incontrôlés. Problèmes auxquels la gauche est incapable de s’attaquer.
    Elle préfère, à travers cette proposition de loi, porter un grand coup à notre démocratie.
    Comment ?

    Si l’on en croit les dispositions de cette proposition, les candidats ne pourront plus aller récupérer les parrainages chez les maires comme ils le faisaient autrefois. En effet, les maires devront adresser lesdits parrainages par voie postale au Conseil constitutionnel. Et le Conseil constitutionnel publiera deux fois par semaine la liste des maires ayant parrainé chaque candidat. Chacun aura compris qu’en rendant publics ces parrainages, on oblige les élus à se prononcer officiellement, ce qui constitue à l’évidence un frein pour certains élus qui ne veulent pas mettre en avant leur parrainage.

    Lire la suite

  • C'est confirmé : la "mosquée" d'Ajaccio est bien clandestine

    Europe 1, qui accuse à tort FDesouche de désinformation, confirme :

    "Officiellement, c’est effectivement une "association marocaine sportive et culturelle" qui siège rue du Colonnel Colonna d’Ornano, dans le quartier sensible Saint-Jean d’Ajaccio. Ses statuts, loi 1901 et déposés à la préfecture en janvier 2003 précisent son objet social, vaste : "promouvoir, soutenir et favoriser l’intégration des jeunes issus de l’immigration, l'insertion sociale, la prévention et la lutte contre la délinquance des jeunes et l’exclusion". 

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2015/12/cest-confirm%C3%A9-la-mosqu%C3%A9e-dajaccio-est-bien-clandestine.html

  • Vers un "état d’urgence à volonté" + un "grand parti central à vocation majoritaire permanente" ?

    Institutionnaliser l’état d’urgence est la nouvelle « feuille de route » : il s’agit d’utiliser la peur du terrorisme pour donner à l’exécutif des pouvoirs exorbitants qu’il utilisera dans tous les domaines. La lutte contre « Daech » devient un prétexte pour autre chose. 

    Contre les écologistes et les alternatifs (par exemple), on a vu des débordements à la veille de la COP 21. De nouvelles affaires-de-Tarnac vont se multiplier sous les yeux des populations, inquiètes, par ailleurs, de l’absence de résultats dans la lutte anti-jihadistes : 2898 perquisitions administratives hors de tout cadre judiciaire, 384 assignations à résidence (dont peu concernaient le jihad) avec méprises souvent ubuesques, comme l’interpellation pour « salafisme terroriste » d’un Toulousain catholique qui revenait de Lourdes avec ses enfants *... Cette déferlante attrape-tout n’a fourni au parquet anti-terroriste que la matière de trois enquêtes seulement, et d’une seule mise en examen « en relation (mais vague) avec le terrorisme » – puisque le terrorisme n’était pas la cible unique... ni peut-être la cible principale.

    « De toute façon on fait ce qu’on veut, on est en état d’urgence », explique un policier à une femme dont on vient d’enfoncer la porte sans raison valable (Le Monde 22/12). Ce que confirme un policier du renseignement territorial : « On profite de l’état d’urgence pour faire du boulot de police basique. Pour se couvrir, on dit qu’il y a un lien entre terrorisme jihadiste et banditisme »**. Le « banditisme » a le dos large, quand on perquisitionne chez des maraîchers bio de Dordogne parce qu’ils ont défilé pour Notre-Dame-des-Landes en 2012 ! [....]

    Patrice de Plunkett

    La suite sur Patrice de Plunkett : le blog

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Vers-un-etat-d-urgence-a-volonte

  • Thierry Meyssan / Jean Loup Izambert / Gearoid O'Colmain sur les attentats de Paris / Meta TV 1/2

  • Les exigences luxueuses de Yanis Varoufakis (gauche radicale)

    Le journal athénien Proto Thema a rendu public un courriel reçu de l’agence The London Speaker Bureau qui gère les conférences de l’ancien ministre grec des finances  Yanis Varoufakis (égérie de la gauche radicale française), démissionnaire en juillet dernier.

    On y apprend que le chantre de la lutte contre le capitalisme financier réclame 60 000 dollars par discours hors Europe, 5 000 dollars en Europe et 1500 dollars pour les universités.

    Il voyage en première classe, exige logement, transport, repas et extras. Les sommes sont directement versées sur un compte bancaire à la HSBC dans le sultanat d’Oman. »

    Source Faits & Documents n°406

    http://www.contre-info.com/

  • Mise au point de Robert Ménard à propos de la "milice musulmane" à Béziers

    Attaqué par Bernard Cazeneuve et SOS Racisme, le maire de Béziers ne se laisse pas faire :

    "Dans la nuit de Noël, un groupe d'individus se présentant comme de "simples musulmans" s'est rendu à l'église du quartier de La Devèze puis à la cathédrale dans le centre-ville. Dès le lendemain, ce groupe a communiqué sur les réseaux sociaux pour promouvoir son action. Sa communication a été aussitôt relayée par les médias et notamment Midi Libre. Une communication en forme de conte de Noël : leur action visait, selon eux, à protéger les fidèles catholiques...

    J'ai alors réagi en publiant à mon tour un communiqué. Celui-ci a été immédiatement condamné par le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, à qui la lutte contre le terrorisme semble laisser quelques loisirs, puis par SOS Racisme qui annonce vouloir déposer plainte contre moi. Je le dis ici très clairement : je maintiens mes propos. Des propos que je souhaite maintenant développer et expliquer plus longuement qu'il me paraissait nécessaire dans un simple communiqué de réaction.

    Lorsque j'ai écrit la phrase suivante, "depuis quand les pyromanes protègent les incendies", je visais expressément les deux chefs du groupe prétendument "protecteurs" de catholiques. Il est possible que Bernard Cazeneuve ignore leurs noms, mais son représentant dans l'Ouest de l'Hérault, le sous-préfet de Béziers, les connaît très bien puisque j'ai déjà eu l'occasion d'attirer publiquement son attention à leur sujet. Le premier de ces individus est un converti, Mehdi Roland. Le second est un certain Omar Kathiri. A eux deux, ils dirigent sur Béziers plusieurs associations au développement groupusculaire et auxquelles n'adhère pas la grande majorité des musulmans de la ville. Il serait trop long de donner ici tous les détails sur les fréquentations douteuses, les déclarations anti-républicaines et les actions illégales de ces deux individus. Les services de l'Etat sont parfaitement au courant. Je me bornerai à en donner quelques exemples.

    Lorsque voici quelques mois, un individu, converti lui aussi, connu sous le pseudonyme de "Toubib Burger", a été arrêté à Bézierspour apologie de terrorisme, il a été découvert par la suite que le dénommé Mehdi Roland entretenait avec lui des relations sur les réseaux sociaux mais également dans la vie courante puisque "Toubib Burger" filmait les actions de rue de Mehdi Roland. Ce même Mehdi Roland ornait volontiers jusqu'à peu sa page facebook de photos montrant une Marianne décapitée et la tête remplacée par le Coran. Photo que, depuis notre publication dans le journal de la ville, il a fait disparaître. Il s'est également signalé par ses liens avec l'imam dit "de Brest" devenu tristement célèbre pour avoir expliqué à des enfants qu'écouter de la musique les transformerait en porcs et dont la mosquée a été perquisitionnée au lendemain des massacres du 13 novembre. Omar Kathiri s'est distingué, lui, en tentant à deux reprises de perturber le conseil municipal. Son comportement lui valant d'être expulsé par la police. Une plainte est en cours suite à cette affaire. Son activité principale est l'organisation et la participation, un peu partout en France, à des actions, souvent illégales, contre l'Etat d'Israël. C'est donc ces individus que je visais par mes propos.

    Maintenant, parlons un peu du fond. Les églises catholiques dans la France de 2015 doivent-elles être protégées ? Il est exact que l'immense majorité des attaques contre des lieux de cultes visent les lieux chrétiens, arrivent ensuite les synagogues puis, bien plus loin, les mosquées. Mais les agressions de fidèles sont rares pour ne pas dire rarissimes. Le bon sens comme le sens républicain de la chose publique sait que si protection il doit y avoir celle-ci devrait être assurée par l'Etat. Comme il sait que ce même Etat, par lâcheté, par laxisme, par idéologie, a abandonné des pans entiers du territoire. Mais cet ordre que, trop souvent l'Etat ne maintient plus, ne saurait être légitimement mis en place par des groupes communautaristes. Sauf à renoncer à la république, sauf à avouer que ces zones ne sont plus tout à fait en France. Sauf à dire que notre pays se libanise.

    Maintenant, posons la question : que diraient la presse, Bernard Cazeneuve et la conscience universelle si, en lieu et place d'un groupe de musulmans, un groupe de jeunes identitaires français patrouillaient autour des églises - ou même des mosquées ! - au prétexte de les "protéger" ? Tout le monde connaît la réponse : ces jeunes identitaires auraient été arrêtés par la police et jugés en référé. Midi Libre et ses confrères auraient crié à la provocation et le ministre de l'Intérieur serait venu sur les lieux apporter le réconfort de sa minuscule présence.

    Il existe dans notre pays un deux poids deux mesures. En d'autres termes, une profonde injustice. Beaucoup de Français la ressentent. Ils n'ont plus confiance en la parole des représentants de l'Etat. Ils savent qu'ils sont mal protégés et que, si d'aventure, ils voulaient se protéger seuls, à eux l'Etat sauraient envoyer sa police. La "patrouille" musulmane de Béziers pour anecdotique qu'elle peut sembler marque une étape. Celle d'un pays où une religion inscrite au coeur de son identité semble si faible qu'il apparaisse possible aux tenants radicaux d'une autre religion, nouvellement arrivée, de s'arroger le droit de la "protéger". Au demeurant, la protéger contre qui ? Contre les musulmans modérés ? Evidemment pas. Contre les bouddhistes fous ? Allons donc ! C'est donc un jeu très dangereux que joue le gouvernement en tolérant ces groupuscules et leurs actes qui ne sont, en fait, rien d'autre qu'une tentative de prise de possession, lente mais déterminée, de notre pays."

    Michel Janva

  • Le SAC, « police parallèle » du gaullisme

    Novembre 1981 : six mois après l’installation de la gauche au pouvoir, un député socialiste et un de ses collègues communistes se présentent de bon matin au siège de la Direction générale de la police nationale (DGPN) au 11, rue des Saussaies. Respectivement président et rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur les activités du Service d’action civique (SAC), ils viennent explorer les archives du service des Renseignements Généraux (RG) pour y découvrir les secrets du mythique service d’ordre du mouvement gaulliste. Ils traversent la cour Pierre-Brossolette, du nom du résistant qui s’y est suicidé pour échapper aux interrogatoires de la Gestapo. Ils se dirigent ensuite vers l’escalier qu’empruntaient quelques années plus tôt des policiers traînant derrière eux, suivant les périodes, des militants communistes soupçonnés de trahir la France au profit de l’Union soviétique, des membres du Front de libération nationale (FLN) qui prétendaient enlever l’Algérie à la France ou des officiers déserteurs qui rêvaient d’abattre le général de Gaulle pour l’empêcher de conduire l’Algérie vers l’indépendance. 
         En s’engageant au nom de l’Assemblée nationale dans le couloir qui mène à ces lieux lourds d’histoire policière, les deux parlementaires dont toute la carrière politique s’est jusqu’ici déroulée dans l’opposition ont conscience de vivre un moment historique. Ils vont pénétrer dans l’ascenseur lorsqu’ils se heurtent à une cohorte de femmes de ménage portant des poubelles bourrées de papier. 
         « Vous arrivez trop tard, croit pouvoir ironiser le jeune fonctionnaire des RG qui accompagne les parlementaires. Dans les sacs, il y a tous les dossiers sur le SAC que nous faisons disparaître. » La plaisanterie ne fait pas sourire les visiteurs, elles les met même en colère. En effet, ils savent très bien qu’entre l’élection de François Mitterrand à la présidence de la République et la constitution du premier gouvernement de Pierre Mauroy, des quantités de dossiers des RG ont été détruits et, lors de leur visite guidée, ils trouveront « intéressants mais incomplets » ceux qui ont par erreur échappé au grand nettoyage. Au terme de six mois de travail répartis en quarante-six séances et 159 heures d’auditions, la commission parlementaire devra en rendant son rapport le 10 juin 1982 se contenter d’admettre que, si elle a « parfois eu l’impression de toucher la réalité de près », elle n’est pourtant parvenue qu’à « lever un coin du voile » sur les activités du SAC. 
    Anticommunisme et truands rémunérés 
    Vingt-cinq ans plus tard, le voile continue toujours à dissimuler ce que fut exactement le SAC. Il a été crédité de tant d’actions d’éclat qu’il est difficile de savoir lesquelles lui appartiennent réellement et lesquelles ne sont que les constructions d’une paranoïa gauchisante. 
         Lorsqu’en en mars 1974 le quotidien Libération affirme par exemple, fac-similés de documents à l’appui, que le SAC prévoyait en mai 68 d’interpeller et de regrouper dans des stades un millier de militant syndicalistes et de politiques, l’information semble crédible. Bien qu’elle se soit révélée ultérieurement n’être qu’une manipulation des médias réalisée par les partisans de Valéry Giscard d’Estaing au détriment des responsables du SAC fidèles au général de Gaulle, son retentissement montre qu’il n’existait alors guère d’accusations contre le service d’ordre gaulliste qui paraissent outrancières.
         La petite partie des archives du SAC qui a été divulguée ne manque d’ailleurs pas de notes stratégiques, toutes destinées à sauver la France en cas de tentative de prise du pouvoir par les bolchéviques. Ce qui est certain aujourd’hui, c’est que malgré sa réputation de disposer de commandos surentraînés, de caches d’armes et d’un fabuleux trésor de guerre, le SAC n’a pas réagi en 1981 lorsque les électeurs, en envoyant François Mitterrand à l’Élysée, ont fait entrer au gouvernement ses ennemis jurés, les communistes. Il n’a pas plus réagi non plus lorsque, le 28 juillet 1982, le conseil des ministres socialo-communiste a prononcé sa dissolution. 
         Le service d’ordre du mouvement gaulliste n’en a pas pour autant été un simple épouvantail. Les fragments mis au jour par la commission d’enquête parlementaire, les dépositions qu’elle a recueillies ainsi que les témoignages d’anciens du SAC montrent que, contrairement aux allégations répétées des dirigeants gaullistes, un véritable police politique parallèle a bel et bien existé en France pendant plus de vingt ans. 
         C’est tout à fait officiellement et conformément à la loi de 1901 sur les associations que le SAC est créé le 4 janvier 1960. Il prend la succession des réseaux de renseignement constitués à Londres pendant la Résistance et celle du service d’ordre du Rassemblement du peuple français (RPF), parti fondé par le général de Gaulle en 1947 et mis en sommeil six ans plus tard. Le SAC hérite ainsi d’un patrimoine génétique comportant une propension à l’action violente, une bonne dose d’anticommuniste, une méfiance constante envers les partis politiques classiques (y compris ceux de droite) et une suspicion permanente envers les services de sécurité officiels, soupçonnés de mollesse. 
         Peu de temps après sa naissance, le SAC va se déchirer entre les partisans de l’Algérie française et ceux qui suivent le général de Gaulle dans la préparation de l’indépendance. A l’origine idéologique, l’affrontement entre les deux tendances du mouvement devient physique avec la création par les défenseurs de l’Algérie française de l’Organisation armée secrète (OAS). Pour lutter contre cette véritable armée clandestine, dont l’un des objectifs est de faire disparaître le président de la République, le SAC se dote lui aussi d’une structure secrète. Ses membres les plus motivés infiltrent l’OAS et en livrent discrètement les responsables à la police officielle. Il leur est même arrivé, comme à Aix-en-Provence, de créer dans les universités de faux groupes activistes dans lesquels venaient se piéger les étudiants favorables à l’Algérie française.   
         Après la guerre d’Algérie, le SAC jouera le même rôle en Corse en tentant d’infiltrer le Front de libération nationale corse (FNLC) et, parallèlement, de mettre en place un mouvement anti-indépendantiste clandestin, le groupe Francia. Aidés par les services de renseignement officiels sous la droite puis par la cellule antiterroriste de l’Elysée sous la gauche, les mêmes militants du SAC poursuivront leurs activités parallèles dans l’île jusqu’en 1983 au moins et seront à l’origine de nombre de règlements de comptes sanglants. 
         Pour permettre au gouvernement de garder les mains propres en cas de problème, les responsables du SAC embauchent fréquemment des truands, parfois extraits de prison pour l’occasion, et leur confient les missions les plus risquées. Avec le SAC, les policiers prennent l’habitude de voir des personnages munis d’armes et de casiers judiciaires constants échapper à tout poursuite judiciaire en exhibant en cas d’interpellation une carte du SAC barrée de tricolore, un ordre de mission des RG, un « vrai faux » passeport diplomatique ou la carte de visite d’un hiérarque de la police. Durant cette période, les jeunes policiers, en particulier ceux des RG, entendent sans s’indigner leurs supérieurs leur conseiller sans ambages de ne pas faire de zèle avec ce profil de clientèle. 
         Ils se retrouvent d’ailleurs les mêmes personnages lorsqu’ils sont appelés à enquêter sur les violences commises par des « milices patronales » à l’occasion de conflits du travail. Les collaborateurs du SAC, souvent rémunérés, n’ont alors pas leur pareil pour faire évacuer les occupants d’une usine, disperser violemment un piquet de grève, implanter un syndicat maison ou dévaster une permanence communiste. L’utilisation d’hommes de main provenant du Milieu deviendra une des traditions du SAC et perdurera bien après la fin de la guerre d’Algérie, au moins jusqu’à ce que, dans les années 1975, les rênes du ministère de l’Intérieur passent des mains des gaullistes pour tomber dans celles des giscardiens. 
    Financements occultes 
    A côté de ces activités violentes mais somme toute assez classiques à l’époque, d’autres branches du SAC innovent en se préoccupant de fournir au mouvement gaulliste des sources de financement occultes. L’Afrique, domaine réservé de Jacques Foccart – conseiller du Général et l’un des fondateurs du SAC –, est en la matière un terrain de récolte privilégié. Sociétés d’import-export, collaboration avec les services secrets de l’État, trafics de stupéfiants ou d’armes, aucune des opérations permettant de récupérer de l’argent sale et de le blanchir n’est négligée. Une rumeur insistante, relayée par le Syndicat de la magistrature, attribue au même SAC un audacieux hold-up, celui commis en juillet 1971 à l’hôtel des postes de Strasbourg, qui rapportera à ses auteurs membres du gang des Lyonnais, près de 12 millions de francs. 
         A plusieurs reprises, la direction nationale du SAC, au sein de laquelle figurent les noms d’anciens compagnons de la France libre et de résistants comme Pierre Debizet, Charles Pasqua ou Paul Comiti, procède à des « épurations » destinées à débarrasser le service d’ordre du gaullisme des truands trop encombrants qui, après avoir été utilisés pour une mission, s’y sont incrustés. Le SAC change régulièrement la couleur et le format de ses cartes d’adhérent, radie ceux qui se sont trop fait remarquer, mais ne s’en retrouve pas moins tout aussi régulièrement à la rubrique des faits divers. Celui qui va susciter la mise en place de la commission parlementaire d’enquête et provoquer sa dissolution se déroule en Provence le 19 juillet 1981, près du village d’Auriol. 
         L’inspecteur de police Jacques Massié, responsable du SAC dans le département des Bouches-du-Rhône, est assassiné avec son épouse, leur fils, son beau-père, sa belle-mère et un de leurs amis. Les auteurs de six meurtres sont des militants du SAC, dont l’objectif était uniquement, affirment-ils, de récupérer des documents que Jacques Massié était susceptible de monnayer auprès des socialistes. Si les auteurs matériels de meurtres ont été identifiés, arrêtés et jugés, la question de l’existence d’un commanditaire de l’opération n’a jamais été éclaircie. Pierre Debizet, le secrétaire général du mouvement, a été inculpé et placé en détention provisoire avant que la Cour de cassation n’ordonne sa libération, en estimant que la tuerie d’Auriol représentait simplement l’aboutissement de conflits personnels et locaux entre membres du SAC et non un épisode particulièrement sanglant d’une association de malfaiteurs qui avait prospéré durant quelque vingt-deux années.
    Roger Faligot, Histoire de la 5ème République