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culture et histoire - Page 1600

  • Il y a 60 ans Diên Biên Phu... combien s'en souviennent ?

    Le témoignage émouvant d'un officier, Guillaume Allaire, qui appelle à la mémoire des combattants morts en Indochine lors de la dernière bataille rangée de l'armée française. 

    Guillaume Allaire est officier supérieur dans l'Armée de terre. Il a effectué plusieurs opérations dans les Balkans en Afrique et en Afghanistan.

    «Le sacrifice de la vie est un sacrifice énorme. Il n'y en a qu'un qui soit plus terrible. Le sacrifice de l'honneur.» Père Wamberger - Diên Biên Phu

    Sur une feuille de papier jaunie par les âges, quelques mots à l'encre rouge, tracés à l'arraché : « Pour Allaire : Cessez le feu à 17h30. Ne tirez plus. Pas de drapeau blanc. A tout l'heure. Pauvre 6. Pauvres Paras. Bruno».

    Derrière cette ultime consigne du lieutenant-colonel Bigeard, commandant alors le 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux, à l'un de ses chefs de section qui refusait de croire que s'en était fini, c'est le sort de la dernière bataille rangée de l'armée française qui est scellé : nous sommes le 7 mai 1954, le camp retranché de Diên Biên Phu est sur le point de tomber. Après 170 jours de combats, dont 57 d'une rare intensité, les défenseurs étaient submergés par la déferlante vietminh. Pour les vaincus commence alors la terrible marche vers les camps de rééducation: sur les 10 000 prisonniers après la bataille, plus de 7000 n'en reviendront jamais.

    C'était il y a 60 ans. Aujourd'hui, combien s'en souviennent ? 

    De l'enfance à l'âge adulte, cet ordre écrit, incroyable rescapé des outrages du temps et de la captivité, a souvent peuplé mes rêveries et mes échappées imaginaires vers cette Indochine française, cette «perle de l'Empire» qui a uni deux civilisations pendant près de trois siècles et dont la chute de Diên Biên Phu précipitera la fin. Témoins d'une histoire familiale autant que de la grande Histoire, ces mots dignes et déchirants sont des sentinelles, veillant le souvenir du sacrifice de ces héros oubliés.

    Infirmière, plieuse de parachute, soldat ou officier: mes quatre grands-parents ont foulé cette terre. De tout leur cœur, ils y ont cru et ont voulu la faire grandir, lui ont donné des fils et une fille - ma mère - et ont versé jusqu'à leur propre sang pour la défendre. Comme beaucoup d'autres Français avec eux mais, dans l'indifférence quasi-générale d'une métropole concentrée sur d'autres problèmes et encore agitée par la propagande communiste. Aux côtés de ces Français d'Indochine, des milliers de Vietnamiens qui n'avaient pas cru au projet totalitaire d'indépendance défendu par l'Oncle Hô.

    Durant cette bataille aux confins du Tonkin et aux portes du Laos, menée à 1 contre 10 dans des conditions chaque jour plus éprouvantes, l'armée française compose l'une des pages les plus belles et les plus poignantes de son histoire. Face à un ennemi ardent, fermement commandé et fortement soutenu par la Chine populaire, la bravoure des humbles fait de cette défaite une victoire de l'honneur et du devoir. Cette bravoure, c'est celle d'un soldat s'échappant de l'hôpital d'Hanoï pour ne pas laisser ses camarades partir seuls au casse-pipe ; c'est celle d'une convoyeuse de l'air, Geneviève de Galard, restée bloquée sur le camp retranché dont elle deviendra l'Ange ; c'est celle de ces anonymes, volontaires pour être largués en renfort le 5 mai alors que l'issue de la bataille ne fait désormais plus de doute ; c'est celle de ces jeunes officiers dont l'hécatombe sera la rançon du courage et de l'exemplarité… A Diên Biên Phu, l'hagiographie militaire s'écrit en lettres de sang.

    Durant cette bataille aux confins du Tonkin et aux portes du Laos, menée à 1 contre 10 dans des conditions chaque jour plus éprouvantes, l'armée française compose l'une des pages les plus belles et les plus poignantes de son histoire. 

    J'ai mis mes pas dans ceux de mes anciens. Sillonnant les hauts plateaux du Tonkin, je suis parti à la rencontre de cette terre et de ces hommes: comment ne pas s'émerveiller devant cette nature luxuriante et envoûtante, ces Vietnamiens, farouches et attachants à la fois, cette mosaïque d'ethnies à la culture riche, aux traditions vivantes ? Fruit d'un mariage forcé finalement consommé en amour déçu, comment ne pas ressentir la blessure tant d'années après ?

    Du camp n°1 à la «cité du ciel» , j'ai voulu découvrir les lieux de cette tragédie pour mieux la saisir. Est-elle la conséquence de l'incapacité du système politique français du moment ou plutôt des insuffisances du haut-commandement militaire ? Probablement les deux. Mais qu'importe… L'heure n'est plus à la polémique. Ici, quelques stèles blanchies à la chaux; là, sur les pentes de la colline Eliane 4, grignotées par la ville et envahies par les bambous, on devine encore l'enchevêtrement des tranchées. Un peu plus loin, à quelques encablures du PC du général de Castries, un monument aux morts de l'armée française se dresse, simplement, comme un amer au milieu de la tourmente d'une histoire douloureuse.

    Devant ces tombes d'officiers dans la jungle, devant ce monument, le front s'incline et le cœur se serre. Puissions-nous à jamais garder leur mémoire et croire, aujourd'hui encore, que les causes les plus belles font oser les plus nobles dépassements. 

    Sur une feuille de papier jaunie par les âges, quelques mots à l'encre rouge, tracés à l'arraché…

    Derrière l'humiliation, la rage et l'amertume, l'honneur - cette «poésie du devoir», chère à Péguy - reste sauf pour les combattants et ceux qui les avaient précédés dans l'aventure indochinoise. 

    Source

    http://www.oragesdacier.info/2014/05/il-y-60-ans-dien-bien-phu-combien-sen.html

  • Samedi 17 mai, venez rejoindre Monseigneur le comte de Paris à Notre-Dame de Paris

    Le conseiller du Prince, Monsieur Emmanuel Delhoume nous informe qu’ à l’invitation de l’association oriflamme, Monseigneur le comte de Paris et Madame seront présent le samedi 17 mai à Notre-Dame de Paris pour recevoir une grande procession en l’honneur du Roi St-Louis.

    Le Chef de la Maison royale de France sera accueilli vers 15h15 par le recteur-archiprêtre de la cathédrale Notre-Dame, Monseigneur Patrick Jacquin, puis présidera en tant que descendant direct du Roi Saint-Louis à la vénération et à l’ostention des reliques du Roi.

    La Couronne

     
  • Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? : éloge discret d'une France traditionnelle

    La comédie Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? a déjà dépassé les 5 millions d'entrées et pourrait venir titiller le record de La Grande Vadrouille. Un immense succès populaire qui, selon Alexandre Devecchio sur Figarovox, s'explique par le fait que le film répond aux angoisses identitaires des Français :

    "[...] Le scénario de Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? repose sur la confrontation entre les Verneuil, couple de bon bourgeois cathos, et ses quatre gendres : le premier musulman, le second juif, le troisième asiatique et enfin le dernier bon catholique, mais noir ! Comme Intouchables, autre immense succès populaire, le long métrage de Philippe de Chauveron pourrait être interprété comme la métaphore d'une France vieillissante et rance qui aurait besoin des enfants de l'immigration pour se régénérer.

    [...] Et si, au contraire, le film disait sur le ton de la comédie, ce qu'Eric Zemmour et Alain Finkielkraut ne peuvent plus exprimer sans déclencher les foudres des justiciers auto-proclamés de l'antiracisme ? Et si l'impressionnant succès du film était justement dû à son absence de tabou ? Le réalisateur nie avoir voulu réaliser un film politique. Mais derrière son apparent formatage, Qu'est-ce qu'on fait au bon Dieu ? est peut-être la comédie la plus anticonformiste jamais produite par TF1. Voici pourquoi.

    D'abord, loin du pensum tant redouté, le film laisse la repentance et la victimisation au placard, et se distingue par son absence totale de manichéisme. Cible un peu trop attendue, les cathos ne sont pas les «méchants Français de souche» de l'histoire. Certes, ils en prennent pour leur grade, mais les scénaristes ont l'honnêteté de n'épargner personne et surtout pas les minorités. Dans un festival de vannes décomplexées, les cathos se méfient des juifs, qui méprisent les arabes, qui dénigrent les noirs et tous se moquent des chinois ! Comme le dit le personnage incarné par Ary Abittan, «tout le monde est un peu raciste, au fond …».

    Effet cathartique garanti: comme dans les meilleures pièces de Molière, le spectateur rit du miroir qu'on lui tend. Les Inrockuptibles y voit une manière de «banaliser sinon le racisme, du moins les propos racistes». Et pourtant, en préférant les répliques cash aux leçons de morale, Qu'est-ce qu'on a fait au Bon Dieu ? contribue à désamorcer certaines crispationslà où 30 ans de discours culpabilisateurs n'ont fait que creuser les ressentiments. [...]

    La deuxième bonne surprise du film et probablement l'une des clefs de son succès tient à son patriotisme assumé que certaines critiques ne manqueront pas de trouver désuet, voire réactionnaire. Alors que la plupart des comédies françaises, contaminées par l'esprit Canal, s'emploient à ringardiser une France qui se replierait sur le «village d'autrefois», Qu'est-ce qu'on a fait au bon Dieu? apparaît au contraire comme l'éloge discret d'une France traditionnelle et enracinée. Le regard que porte le film sur ses héros, des petits bourgeois de province gaullistes qui aiment la pêche et écoutent Charles Trenet, est parfois amusé, mais toujours bienveillant.

    Autre audace, certaines séquences où le rire le dispute à l'émotion,semblent plaider pour un modèle d'assimilation traditionnel loin de tout cosmopolitisme. Ainsi, le soir de Noël, transcendant leur communauté d'origine, les trois gendres entonnent une Marseillaise enflammée avant de se rendre à la messe de minuit. [...]"

    Michel Janva

  • La mémoire et l'oubli

    S'il est difficile de donner une définition de la mémoire, il est plus facile de la cataloguer en une multiplicité de variétés.

    Il y a la mémoire sensorielle, celle qui vient de nos sens. On a aussi distingué la mémoire à court terme et celle à long terme, sans parler de la mémoire implicite qui ne fait pas intervenir la conscience à la différence de la mémoire explicite.

    La mémoire déclarative peut être exprimée par le langage ; elle s'oppose donc à la mémoire non déclarative.

    On a aussi différencié la mémoire sémantique qui regroupe les connaissances générales et la mémoire épisodique qui concerne notre vie personnelle. La mémoire procédurale est celle que l'on a emmagasinée pour par exemple savoir conduire. Certains ont une mémoire auditive plutôt qu'une mémoire visuelle.

    En neurosciences, la mémoire consiste en un stockage d'informations.

    En philosophie, on définit selon Lalande la mémoire comme « une fonction psychique consistant dans la reproduction d'un état de conscience passé avec ce caractère qu'il est reconnu pour tel par le sujet ». Cette définition assimile la mémoire au souvenir.

    Le mémoire est donc la fonction du passé.

    « Le propre de la mémoire est d'apporter dans notre expérience le sens du passé » (G. Gusdorf)

    Bergson

    Le philosophe distingue la mémoire-habitude et le souvenir. La mémoire-habitude regrouperait la mémoire sensorielle et la mémoire procédurale. Bergson donne l'exemple de la leçon apprise par cœur : « Le souvenir de la leçon, en tant qu'apprise par cœur, a tous les caractères d'une habitude. Comme l'habitude, il s'acquiert par la répétition d'un même effort ». (Bergson, Matière et mémoire).

    La mémoire-souvenir est différente. Le passé renait à la différence de la mémoire-habitude qui est aussi celle de l'animal. La mémoire-souvenir est une conscience du passé.

    « L'autre est la mémoire vraie. Coextensive à la conscience, elle retient et aligne à la suite les uns des autres tous les états au fur et à mesure qu'ils se produisent, laissant chaque fait à sa place et par conséquent marquant sa date ». (Bergson).

    Pour Bergson, la mémoire-habitude est matérielle et la mémoire-souvenir spirituelle. Cette interprétation est remise en cause par la neurophysiologie.

    Fonctions de la mémoire

    La mémoire a aussi une fonction sociale car se souvenir, c'est partager. Dans les commémorations, les anciens combattants partagent leur passé.

    Il y a des mémoires collectives ainsi que des mémoires familiales.

    Si pour Pradines : « La mémoire est une reconstruction du passé par l'intelligence », pour Rivarol « La mémoire est toujours aux ordres du cœur ». On se souvient en fonction des ses affects.

    La mémoire unifie la personne, son vécu. Elle construit aussi notre personnalité, notre moi. Pour Sartre, « Nous sommes nos actes ». La mémoire a pour fonction de pérenniser nos vécus ou nos actes passés.

    L'oubli

    L'oubli est nécessaire pour la vie. Il faut trier dans notre passé. Selon Gusdorf, l'oubli est une condition d'existence. La conservation de la totalité du passé, ce qu'on appelle la mémoire absolue, est non seulement impossible, mais serait nuisible.

    La passé peut même être une souffrance.

    « Une bonne journée est celle où le passé s'est tenu à peu près tranquille ». (Jean Rostand).

    La mémoire nous attache au passé.

    « Nul bonheur, nulle sérénité, nulle espérance, nulle fierté, nulle jouissance de l'instant présent ne pourraient exister sans la faculté d'oubli ». (Nietzsche, Généalogie de la morale).

    Oublier c'est pardonner, et parfois à soi-même.

    « C'est moi qui ai fait cela, dit ma mémoire. Il est impossible que je l'aie fait, dit mon orgueil. Finalement, c 'est la mémoire qui cède ». (Nietzsche).

    On retrouve chez Freud l'idée du refoulement qui rejette hors de la conscience tout ce qui est insupportable. On oublie tout ce qui nous est nuisible. On retient ce qui nous est utile.

    La mémoire est donc la condition inhérente à la constitution de soi comme l'avait déjà souligné Saint Augustin. Si l'oubli est nécessaire pour nous maintenir en vie, les souvenirs douloureux ou nuisibles restent stockés dans l'inconscient. Nous devenons la somme de nos traumatismes, de nos vécus-et de nos connaissances, la mémoire étant là pour unifier notre existence.

    Patrice GROS-SUAUDEAU