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culture et histoire - Page 2019

  • Qu’est-ce que la guerre ?

    “La guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens.” Si cette affirmation de Clausewitz était fondée, le monde serait plus facile à comprendre. Clausewitz, un vétéran prussien des guerres napoléoniennes, qui consacra ses années de retraite à rédiger ce qui allait devenir le plus fameux ouvrage sur la guerre Von Griege (De la guerre), écrivit en effet que la guerre est la continuation des “relations politiques (des politischen Verkehrs) mélangée à d'autres moyens” (mit Einmishung anderer Mittel).

     

    L'allemand original exprime une idée plus subtile et plus complexe que les traductions fréquemment proposées. Malgré ce problème, la pensée de Clausewitz demeure incomplète. Elle suppose l'existence d'États, d'intérêts nationaux, et de calculs rationnels sur la manière de les mener à bien. Mais la guerre est antérieure de plusieurs millénaires à l'État, à la diplomatie et à la stratégie. Elle est presque aussi vieille que l'homme lui-même, et plonge ses racines jusqu'au plus profond du cœur humain, là où le moi érode la raison, où l'orgueil prévaut, où l'émotion est souveraine et l'instinct roi. “L'homme est un animal politique”, disait Aristote. Clausewitz, disciple d'Aristote, se contenta de dire que l'animal politique est un animal qui fait la guerre. Il ne se hasarda pas non plus à aborder l'idée selon laquelle l'homme est un animal pensant dont l'intellect commande le besoin de chasser et l'aptitude à tuer.

     

    Cette idée n'est pas plus facile à envisager pour l'homme moderne qu'elle ne l'était pour un officier prussien, petit-fils d'un pasteur et élevé dans l'esprit du XVIIIe siècle, le siècle des Lumières. Malgré toute l'influence que Freud, Jung et Adler ont exercée sur nos conceptions, nous avons conservé les valeurs morales des grandes religions monothéistes qui condamnent le meurtre de nos semblables en toutes circonstances, sauf les plus extrêmes. Ce que nous dit l'anthropologie, et que sous-entend l'archéologie, c'est que nos ancêtres non civilisés pouvaient avoir été des créatures sanguinaires. La psychanalyse tente elle aussi de nous persuader que le sauvage affleure en chacun d'entre nous. Nous n'en préférons pas moins reconnaître l'humanité de notre nature dans la conduite quotidienne de la majorité civilisée de l'époque moderne – imparfaite, il est vrai, mais certainement coopérative et fréquemment bienveillante. La culture semble être, à nos yeux, le facteur le plus déterminant du comportement humain. Dans l'impitoyable querelle académique entre nature et culture, c'est l'école prônant la théorie de la culture qui rencontre la plus grande adhésion. Nous sommes des animaux culturels et c'est la richesse de notre culture qui nous permet d'accepter notre indubitable potentiel de violence, tout en croyant malgré tout que cette violence est une aberration culturelle. Les leçons de l'histoire nous rappellent que les États où nous vivons, leurs institutions, leurs lois même, sont parvenus jusqu'à nous par une succession de conflits, souvent de la plus sanglante espèce. Notre ration quotidienne de nouvelles parle de sang versé, parfois dans des régions toutes proches de notre patrie, et dans des circonstances qui vont totalement à l'encontre de notre conception de la normalité culturelle. Nous parvenons malgré tout à placer les leçons respectives de l'histoire et de l'actualité dans une catégorie particulière et bien distincte, celle du différent qui ne ternit en rien nos espérances pour le monde de demain et d'après-demain. Nous nous persuadons que nos institutions et nos lois ont suffisamment entravé le potentiel humain de violence pour que celui-ci, dans son expression quotidienne, s'en trouve légalement condamné ; toutefois, dans le cadre des institutions de l'État, ce même potentiel sera utilisé et adoptera le statut particulier de “guerre civilisée”.

     

    Les limites de la guerre civilisée sont définies par deux types humains antithétiques, le pacifiste et le “porteur d'armes légal”. Le porteur d'armes légal a toujours été respecté, ne serait-ce que parce qu'il a les moyens de l'être ; le pacifiste, lui, s'est vu reconnu au cours des 2000 ans de l'ère chrétienne. Leur réciprocité s'exprime dans le dialogue échangé entre le fondateur du christianisme et un soldat de métier romain qui lui demandait de guérir, d'une parole, l'un de ses serviteurs : “Moi qui n'ai rang que de subalterne”, confie le centurion au Christ, lequel s'émerveille de sa foi. Cette foi, le centurion, en tant que soldat, la considérait comme un complément au pouvoir légal qu'il personnifiait. Peut-on supposer que le Christ reconnaissait le statut moral du porteur d'armes légal, qui doit vouer sa vie aux exigences de l'autorité et peut ainsi se comparer au pacifiste prêt à se sacrifier plutôt qu'à violer ses propres convictions ? C'est une pensée complexe, mais que la culture occidentale ne trouve pas difficile à assimiler. De la sorte, le soldat de métier et le pacifiste engagé parviennent à coexister – parfois très intimement : dans le Commando 3, l'une des unités britanniques les plus coriaces de la Seconde Guerre mondiale, les brancardiers étaient tous des pacifistes ; mais ils étaient considérés avec le plus grand respect par leur commandant, à cause de leur bravoure et de leur disponibilité au sacrifice. La culture occidentale ne serait en effet pas ce qu'elle est si elle ne respectait pas à la fois le porteur d'armes légal et celui pour qui le seul fait de porter une arme est intrinsèquement illégitime. Notre culture n'est pas avare de compromis et elle est parvenue ainsi, en ce qui concerne le problème de la violence publique, à en déprécier les manifestations tout en légitimant son usage. Le pacifisme a été élevé au rang d'idéal. Le port légal d'armes – selon un strict code d'éthique militaire et dans le corpus d'une législation humanitaire – a été, lui, accepté comme une nécessité pratique.

     

    “La guerre comme continuation de la politique” fut la formule choisie par Clausewitz pour exprimer le compromis adopté par les États qu'il connaissait. Elle respectait leur morale dominante – souveraineté absolue, diplomatie organisée et traités légalement contraignants – tout en permettant au principe d'intérêt national de s'imposer. Bien que n'admettant pas l'idéal pacifiste, que le philosophe prussien Kant commençait seulement à transférer de la sphère religieuse à celle de la politique, elle opérait cependant une nette distinction entre le porteur d'armes légal et le rebelle, entre le mercenaire et le brigand. Elle présupposait un niveau élevé de discipline militaire et un impressionnant degré d'obéissance des subordonnés vis-à-vis de leurs supérieurs hiérarchiques. Elle escomptait que la guerre suivrait des formes étroitement définies – siège, bataille rangée, escarmouche, raid, missions de reconnaissance, de patrouille et d'avant-postes –, chacune possédant ses propres conventions admises. Elle présumait que la guerre avait un commencement et une fin. Mais elle ne se rapportait pas à une guerre sans début ni fin, à une guerre endémique ignorant la notion d'État, ni à des populations encore non étatisées pour lesquelles il n'existait pas de distinction entre le porteur d'armes légal et le porteur d'armes illégal puisque tous ses représentants mâles étaient a priori des guerriers. Cette dernière forme de guerre a prévalu durant de longues périodes de l'histoire de l'humanité et, indirectement, a toujours empiété sur la vie des États civilisés, finissant même par être récupérée à leur usage grâce au recrutement de troupes “irrégulières”, dans les rangs de la cavalerie légère ou de l'infanterie. Les officiers des États civilisés préféraient détourner les yeux devant les méthodes illégales et non civilisées employées par ces soldats irréguliers pour s'enrichir lors des campagnes, ils se voilaient la face devant leurs formes barbares de combat. Et pourtant, sans leurs services, les armées surentraînées au sein desquelles Clausewitz et ses compagnons avaient été formés auraient été difficilement en mesure de garder leurs positions. Toutes les armées régulières, y compris celles de la Révolution française, ont recruté des irréguliers pour des patrouilles, des escarmouches ou des missions de reconnaissance. Le développement de ces forces – Cosaques, “chasseurs”, Highlanders, “frontaliers”, hussards – a été l'un des aspects les plus caractéristiques de l'histoire militaire du XVIIIe siècle. Les autorités policées qui les utilisèrent choisirent de jeter un voile sur leurs mises à sac, leurs pillages, leurs viols, meurtres, enlèvements et extorsions coutumiers, et sur leurs actes de vandalisme systématique. Ils préféraient ignorer cette forme de guerre plus ancienne et plus répandue que celle qu'ils pratiquaient eux-mêmes ; “la guerre… une continuation de la politique”, voilà une pensée qui, une fois formulée par Clausewitz, s'avérait capable d'offrir à l'officier qui s'interrogeait un abri philosophique commode et de lui épargner une confrontation avec les aspects plus archaïques, plus sombres et plus fondamentaux de son métier.

     

    Mais Clausewitz était lui-même à moitié convaincu que la guerre était entièrement ce qu'il en affirmait. Au début de l'un de ses plus fameux passages, il suggère que “les guerres des peuples civilisés sont moins cruelles et destructrices que celles des sauvages”. Mais il n'approfondit pas cette pensée car, avec toute la puissance philosophique dont il disposait, il s'efforçait de faire accepter une théorie universelle de ce que la guerre devait être, et non de ce qu'elle était et avait été en réalité. Il y réussit très largement. Les hommes d'État et le commandement suprême s'appuient toujours sur les principes de Clausewitz pour la pratique de la guerre. Mais, lorsqu'il leur faut en décrire fidèlement la réalité, le témoin oculaire et l'historien doivent s'écarter de la méthodologie clausewitzienne, bien que son auteur ait été lui-même simultanément un témoin et un historien de la guerre, et qu'il ait dû observer ou pu consigner dans ses écrits quantité de choses sans rapport avec ses théories. “Sans une théorie, les faits demeurent silencieux”, a écrit l'économiste F.A. Hayek. C'est peut-être vrai des froides réalités de l'économie, mais les faits de guerre, eux, ne sont pas froids. Ils brûlent de la chaleur des feux de l'enfer. Au soir de sa vie, le général William Tecumseh Sherman, qui avait incendié Atlanta et livré aux flammes une bonne partie des États du Sud américain, formula exactement cette idée en des termes amers devenus par la suite presque aussi célèbres que ceux de Clausewitz : “Je suis fatigué et dégoûté de la guerre. Sa gloire n'est que pacotille… La guerre, c'est l'enfer.”

     

    Clausewitz avait vu les feux infernaux de la guerre, il avait vu Moscou brûler. L'incendie de Moscou fut le plus grand désastre matériel des guerres napoléoniennes, un événement à l'échelle européenne d'un impact psychologique proche de celui provoqué par le tremblement de terre de Lisbonne en 1755. À une époque de grande spiritualité, la destruction de Lisbonne fut ressentie comme une terrible manifestation de la toute-puissance divine, elle suscita un réveil religieux à travers le Portugal et l'Espagne. Aux temps de la Révolution, la destruction de Moscou fut considérée comme une manifestation de la puissance humaine, ce qu'elle était bien, en effet. On la considéra comme un acte délibéré – Rostopchine, gouverneur de la ville, s'en attribua le crédit tandis que Napoléon chassait et exécutait les incendiaires présumés – mais Clausewitz, curieusement, ne put admettre que cet incendie fut une action politique volontaire, un cinglant démenti à la victoire napoléonienne. Il écrivit au contraire : “Que les Français n'en aient pas été les agents, j'en étais fermement persuadé ; que les autorités russes fussent responsables de cet acte ne m'apparut guère plus fondé.” Il préféra se persuader qu'il s'agissait d'un accident.

     

    “La confusion que je constatai dans les rues de Moscou lorsque l'arrière-garde les traversait et ce fait que les premières colonnes de fumée se sont élevées tout d'abord dans les faubourgs extérieurs qu'occupaient encore les Cosaques m'avaient convaincu que l'incendie de Moscou avait été une conséquence du désordre et de l'habitude prise par les Cosaques de piller sérieusement tout ce qu'il fallait abandonner à l'ennemi et d'y mettre ensuite le feu. [.. .] C'est, dans tous les cas, un des faits les plus singuliers de l'histoire qu'une action à laquelle l'opinion commune attribue une si grande influence sur le sort dela Russie reste sans père comme le fruit d'un amour défendu et demeurera toujours selon toutes probabilités, comme voilée de mystère.”
    Pourtant Clausewitz aurait dû savoir qu'il n'y avait rien de vraiment accidentel dans cet acte “sans père” que fut l'incendie de Moscou, pas plus que dans aucune des nombreuses autres pratiques illégales qui marquèrent, en 1812, la campagne de Russie. La présence des Cosaques garantissait à elle seule une orgie de pillages, d'incendies, de viols, de meurtres et une bonne centaine d'autres atrocités ; pour les Cosaques, la guerre n'avait en effet rien de politique, elle était une culture et une façon de vivre.
    Soldats du tsar, les Cosaques étaient en même temps rebelles à l'absolutisme tsariste. L'histoire de leurs origines se pare de mythologie et il ne fait aucun doute qu'au fil du temps, ils y ont eux-mêmes contribué. L'essence de ces mythes est à la fois simple et réelle. Les Cosaques – mot dérivé du turc pour “homme libre” – étaient des chrétiens qui fuyaient la servitude imposée par les souverains de Pologne, de Lituanie et de Russie, et préféraient tenter leur chance (”aller cosaquer”) dans les grands espaces de la steppe d'Asie centrale, riches mais encore ingouvernés.

     

    À l'époque où Clausewitz eut à connaître les Cosaques, le mythe de leur origine libre avait grandi tout en perdant de sa réalité. À l'origine, ils avaient fondé des sociétés authentiquement égalitaires – sans maîtres, ni femmes, ni propriété –, incarnations vivantes de ces hordes de guerriers indomptés, libres de vagabonder où bon leur semble, qui inspirèrent depuis toujours les récits épiques du monde entier. En 1570, Ivan le Terrible avait négocié avec les Cosaques de la poudre, du plomb et de l'argent – trois choses que la steppe ne produisait pas – en échange de leur soutien pour libérer les Russes prisonniers des Musulmans. Mais, avant la fin de son règne, il avait commencé à user de la force pour les incorporer au système tsariste. Ses successeurs maintinrent la pression. Pendant les guerres russes contre Napoléon, des régiments réguliers de Cosaques furent levés ; le terme “régulier” s'associe apparemment mal avec la nature des Cosaques mais le procédé demeurait cependant tout à fait conforme à la coutume, dans l'Europe contemporaine, d'incorporer dans les rangs des armées régulières des hommes originaires des forêts, des montagnes ou encore des peuples de cavaliers. Cette évolution s'acheva lorsque, en 1837, le tsar Nicolas 1er institua son fils “Ataman de tous les Cosaques”. Leurs descendants peuplèrent encore les rangs de la garde impériale dans les régiments du Don, de l'Oural ou de la mer Noire, reconnaissables, par leur uniforme exotique, des autres unités de frontaliers (Lesquines, montagnards musulmans et caucasiens).

     

    Toutefois, malgré ce lent processus de domestication, les Cosaques connurent toujours le privilège d'être dispensés de l'impôt du cens qui marquait chaque sujet russe au fer rouge du servage ; tout comme ils étaient exemptés de la conscription, considérée par les serfs comme une condamnation à mort. En fait, même à la fin du tsarisme, le gouvernement russe continua de traiter les diverses populations cosaques comme de libres sociétés de guerriers pour lesquelles la responsabilité d'un engagement militaire incombait au groupe tout entier et non à chacun de ses membres. Lorsque la Première Guerre mondiale éclata, le ministre russe de la Guerre demanda aux Cosaques de lui fournir des régiments complets plutôt que des soldats individuels. Il perpétuait ainsi un système à la fois féodal, diplomatique et mercenaire qui, dès l'apparition de guerres organisées et sous des formes diverses, avait procuré aux États des contingents déjà bien entraînés.
    Les Cosaques que Clausewitz connut en son temps étaient beaucoup plus proches de leurs ancêtres maraudant librement dans la steppe que ne le furent les fringants aventuriers dépeints plus tard avec romantisme par Tolstoï dans ses premiers romans. Il était bien dans la nature des premiers d'allumer en 1812, dans les faubourgs de Moscou, des feux qui allaient embraser toute la capitale. Les Cosaques étaient restés un peuple cruel et un incendie de ce genre n'était pas la pire de leurs actions, même s'il laissa plusieurs centaines de milliers de Moscovites sans abri pour affronter un hiver polaire. Au cours de la retraite qui s'ensuivit, les Cosaques firent preuve d'une telle cruauté qu'elle réveilla chez leurs victimes le souvenir lointain des hordes barbares déferlant sur l'Europe occidentale, cavaliers nomades venus de la steppe, leurs bannières ornées de queues de cheval, semant la mort sur leur passage et marquant la mémoire collective d'une indélébile terreur. Les longues colonnes de la Grande Armée, pataugeant à mi-genoux dans la neige au cours de leur retraite désespérée, étaient suivies à portée de fusil par des escadrons de Cosaques à l'affût de la moindre faiblesse et fondant sans pitié sur les traînards. Quand un groupe de soldats s'arrêtait, exténué, il était aussitôt piétiné et anéanti. Quand les Cosaques rattrapèrent les restes de l'armée française qui n'avaient pas réussi à traverser la Berezina avant que Napoléon n'incendie les ponts, ils les massacrèrent tous. Clausewitz confia à sa femme qu'il avait été le témoin de “scènes épouvantables […]. Si mon âme n'avait pas été endurcie, je serais devenu fou. Et même ainsi, il s'écoulera bien des années avant que je ne puisse me remémorer tout cela sans frissonner d'horreur.”

     

    Pourtant Clausewitz était un soldat de métier, fils d'officier et éduqué pour la guerre, un vétéran de 20 ans de campagnes et le survivant des batailles d'Iéna, de Borodino – la plus meurtrière jamais menée par Napoléon – et de Waterloo. Il avait vu le sang couler à flots, parcouru des champs de bataille jonchés de morts et de blessés gisant comme des gerbes coupées après la moisson. Des troupes étaient décimées à ses côtés, un cheval avait été blessé sous lui, et il n'avait échappé à la mort que par hasard. Son âme, en effet, devait bien avoir été endurcie. Alors pourquoi trouva-t-il si particulièrement épouvantables les horreurs perpétrées par les Cosaques lancés à la poursuite des Français ? En vérité, nous ne pouvons nous endurcir qu'à ce que nous connaissons déjà. Nous rationalisons et même justifions des actes de cruauté accomplis par nous-mêmes ou par nos semblables, tout en étant choqués, voire écœurés, par des comportements également cruels qui, lorsqu'ils sont commis par des étrangers, revêtent une autre dimension. Pour Clausewitz, les Cosaques étaient des étrangers. Ils le révoltaient par leur habitude de foncer sur les traînards pour les transpercer de leur lance, de vendre les prisonniers aux paysans pour de la menue monnaie, et de laisser nus ceux qui étaient invendables afin de s'approprier leurs haillons. Il devait probablement partager le mépris de cet officier français : “Lorsque nous leur faisions face bravement, ils n'offraient jamais de résistance, même s'ils étaient deux fois plus nombreux que nous”. En somme, les Cosaques se montraient impitoyables avec les faibles et lâches envers les braves, une conduite exactement opposée à celle enseignée à un officier prussien et à un gentleman. Ces comportements persistèrent. À la bataille de Balaclava, pendant la guerre de Crimée de 1854, deux régiments de Cosaques furent envoyés en avant pour repousser la charge de la Brigade légère. Un officier russe rapporta “qu'effrayés par l'ordre discipliné des troupes de cavaliers [britanniques] qui les chargeaient, [les Cosaques] n'opposèrent aucune résistance et, au contraire, se tournant vers la gauche, commencèrent à tirer sur leurs propres troupes afin de se frayer une issue pour s'enfuir”. Quand la Brigade légère eut été chassée de la vallée de la Mort par l'artillerie, “les premiers à se reprendre”, raconte un autre officier russe, “furent les Cosaques qui, fidèles à leur nature, reprirent aussitôt la situation en main, rassemblant les chevaux sans cavaliers et commençant à les vendre”. Ce spectacle aurait sans doute accru le mépris de Clausewitz et renforcé sa conviction que les Cosaques ne méritaient pas la dignité du titre de “soldat”. Malgré leur conduite, on ne pouvait même pas les considérer comme de véritables mercenaires, ces derniers respectant généralement les termes de leurs contrats. Pour un homme comme Clausewitz, ils étaient surtout des hyènes, vivant des abats de la guerre mais reculant devant la boucherie qui les menaçait eux-mêmes.

     

    Car la véritable finalité de la guerre, à l'époque de Clausewitz, était bien le carnage. Les hommes se tenaient en rangs, immobiles et passifs, souvent pendant des heures entières, prêts à se faire massacrer. On raconte qu'à Borodino le corps d'infanterie d'Ostermann-Tolstoï a tenu sous un feu d'artillerie tiré de prés deux longues heures “pendant lesquelles le seul mouvement était le resserrement des rangs chaque fois qu'un corps tombait”. Survivre au massacre ne signifiait pas pour autant échapper à la boucherie. Larrey, le chirurgien en chef des armées napoléoniennes, effectua deux cents amputations dans la nuit qui suivit la bataille de Borodino et, encore, ses patients étaient de ceux qui avaient de la chance. Eugène Labaume raconte ce qu'il vit au fond des ravines en sillonnant le champ de bataille : “presque tous les blessés s'y étaient traînés dans un instinct naturel de survie, pour y chercher çà et là refuge […] entassés les uns au-dessus des autres et nageant dans leur sang, impuissants, ils appelaient à l'aide ceux qui passaient à leur portée.”

     

    Ces scènes d'abattoir étaient l'issue inévitable d'une manière de faire la guerre qui incitait les Cosaques – qualifiés de sauvages par Clausewitz – à s'enfuir lorsqu'ils risquaient de s'y trouver entraînés ; elles les auraient fait rire s'ils ne les avaient vues de leurs propres yeux et qu'on se fût contenté de les leur décrire. Lorsque Takashima, le réformateur de l'armée japonaise, fit faire pour la première fois, en 1841, une démonstration des manœuvres militaires européennes devant quelques samouraïs de haut rang, ceux-ci les trouvèrent ridicules. Le Grand Maître de l'Ordre déclara que ce spectacle “d'hommes levant et maniant leurs armes tous en même temps et d'un seul mouvement évoquait un jeu d'enfants”. C'était la réaction de guerriers habitués au corps à corps, pour lesquels le combat représentait un engagement personnel où l'homme démontrait non seulement son courage mais aussi sa personnalité. En 1821, lorsque éclata la guerre d'indépendance en Grèce, les klephts grecs – mi-bandits, mi-insurgés contre le gouvernement turc, que leurs sympathisants philhellènes français, allemands et britanniques (dont la plupart étaient d'anciens officiers des guerres napoléoniennes) tentèrent de former au combat rapproché –trouvèrent eux aussi cela ridicule, mais plus par incrédulité que par mépris. Leur propre style de combat remontait loin dans le temps et Alexandre le Grand avait déjà dû l'affronter lors de sa conquête de l'Asie Mineure. Il consistait à construire des murets au lieu supposé de rencontre avec l'ennemi, puis à provoquer celui-ci avec force railleries et insultes. Quand l'ennemi se rapprochait, ils s'enfuyaient. Ils survivaient ainsi, d'affrontements en affrontements, sans chercher à gagner la guerre, cette idée étant pour eux inconcevable. Les Turcs se battaient aussi selon leurs traditions ethniques qui consistaient à se ruer sur l'adversaire en une charge désordonnée avec un mépris fanatique des pertes. Les philhellènes expliquèrent aux Grecs que s'ils ne se décidaient pas à affronter courageusement les Turcs, ils ne remporteraient jamais une bataille. Mais les Grecs leur objectèrent qu'en exposant leurs poitrines nues aux mousquets turcs, à la manière européenne, ils seraient tous tués et, ainsi, perdraient de toute façon la guerre.

     

    “Pour les Grecs, le rouge au front – pour la Grèce, une larme”, écrivit Byron, le plus célèbre des philhellènes. Il avait espéré, avec d'autres amoureux de la liberté, “faire revivre de nouvelles Thermopyles” aux côtés des Grecs. Découvrir qu'ils n'étaient irréductibles que par leur ignorance des tactiques rationnelles le déçut et le déprima, et il en fut de même pour d'autres idéalistes européens. Au cœur du philhellénisme régnait la croyance que, sous leur saleté et leur ignorance, les Grecs modernes étaient semblables aux anciens. Dans sa préface à Hellas“Les temps héroïques renaissent / L'âge d'or revient” –, Shelley exprima cette croyance dans sa forme la plus succincte : “Le Grec moderne est le descendant de ces êtres glorieux que l'imagination refuse presque de concevoir comme étant de notre sorte; il a beaucoup hérité de leur sensibilité, de leur rapidité conceptuelle, de leur enthousiasme et de leur courage.” Mais après s'être battus aux côtés des Grecs, les philhellènes cessèrent rapidement de croire que ceux-ci étaient à l'image de leurs ancêtres. De ceux qui survécurent et retournèrent en Europe, “tous presque sans exception”, écrit William St Clair, l'historien du philhellénisme, “haïssaient les Grecs avec une profonde répugnance et se maudissaient de s'être laissé aussi stupidement abuser”. Les naïfs élans poétiques de Shelley proclamant le courage des Grecs modernes étaient singulièrement malvenus. Les philhellènes s'obstinaient à croire que ces derniers manifesteraient la même ténacité au combat en formation serrée, dans une “lutte à mort”, que celle des anciens hoplites durant les guerres qui les opposèrent aux Perses. C'était ce style de combat qui, par des voies détournées, avait fini par donner sa marque à leur propre conception de la guerre en Europe occidentale. Ils espéraient au moins que les Grecs contemporains se montreraient désireux de réapprendre les tactiques de combat en formation serrée, ne serait-ce que parce que c'était le seul moyen de conquérir leur liberté contre les Turcs. Lorsqu'ils comprirent qu'ils n'en avaient nulle intention, que leurs “objectifs de guerre” se limitaient à la coutume klepht de narguer les autorités ennemies dans les montagnes frontalières, subsistant de rapines, retournant leur veste lorsque cela les arrangeait, assassinant leurs adversaires religieux quand la chance s'en présentait, paradant dans des accoutrements voyants, brandissant des armes menaçantes tout en remplissant leurs besaces par une corruption déshonorante et, surtout, ne s'exposant jamais, jamais, à être tués – pas même le premier d'entre eux –, les philhellènes furent bien obligés d'en conclure qu'un pareil effondrement de la tradition ne pouvait s'expliquer que par une rupture avec l'héritage héroïque des anciens.

     

    Les philhellènes essayèrent d'enseigner aux Grecs leur culture militaire, mais ils échouèrent. Clausewitz ne se risqua pas à la même entreprise avec les Cosaques mais, si cela avait été le cas, il lui aurait été tout autant impossible de leur faire accepter sa propre culture militaire. Ce que ni lui ni les philhellènes n'ont compris, c'est que leur art occidental de la guerre, celui-là même que le grand maréchal de Saxe, au XVIIIe siècle, a résumé par “l'ordre, la discipline, et la manière de combattre », était l'expression de leur propre culture, à l'instar des tactiques guerrières de survie au jour le jour” des Cosaques et des Klephts.

     

    En résumé, c'est au niveau culturel que la réponse de Clausewitz à la question “qu'est-ce que la guerre ?” est erronée. Cela n'est pas vraiment étonnant. Il est difficile pour chacun d'entre nous de conserver suffisamment de distance par rapport à notre propre culture pour percevoir ce que celle-ci fait de nous, en tant qu'individus. Les Occidentaux modernes, avec leur credo de la toute-puissance de l'individualité, n'ont pas mieux réussi que les autres cet exercice. Clausewitz appartenait à son temps, il était un enfant des Lumières, un contemporain du romantisme allemand, à la fois intellectuel et réformateur réaliste, un homme d'action apte à critiquer la société de son époque et croyant avec passion à son nécessaire changement. Il fut un observateur perspicace du présent et un inconditionnel du futur. Mais il n'a pas su voir à quel point il demeurait lui-même ancré dans son propre passé, le passé d'une classe d'officiers de métier, dans un État européen centralisé. S'il avait poussé plus loin ses capacités de raisonnement – et il était, en vérité, un esprit déjà fort distingué –, il aurait été en mesure de comprendre que la guerre englobe bien plus que le politique, qu'elle représente toujours l'expression d'une culture, étant souvent génératrice de nouvelles formes culturelles, jusqu'à même devenir, dans certaines sociétés, l'incarnation de la culture elle-même.

     

    John KEEGAN

     

     

  • Adrien Abauzit : “Déracinement et surmoi, chaînes de l’esclavage contemporain”

    Parce qu’il a détruit dans le passé les chaînes de la féodalité et qu’il a adouci celles du capitalisme grâce à l’Etat-providence, l’homme occidental est certain d’avoir atteint un degré de liberté inégalé dans l’histoire. Aveuglé par cet orgueilleux postulat, il n’a pu s’apercevoir que de nouveaux boulets, ceux du totalitarisme de marché, étaient venus enserrer ses chevilles ou plutôt, son esprit. Car ce nouvel esclavage ne s’attaque pas à notre corps, mais à notre esprit. Si la méthode diffère, le résultat est en revanche le même : l’homme occidental est un homme enchaîné.

    Combien sont prêts à entendre notre message ? Combien sont ceux, non encore aveuglés par l’entertainment ou diverses drogues, capables de remettre en cause la certitude de leur liberté ?

    L’auteur de ces lignes prétend avoir identifié deux chaînes de notre esclavage. La première de ses chaînes est le rabaissement de l’humanité par le déracinement, qui ne nous interdit pas la liberté, mais qui nous réduit à un état tel qu’un exercice souverain, conscient et réfléchi de nos libertés nous devient impossible.

    La seconde chaîne est la manipulation de notre surmoi. Par ce moyen, le Système a réussi a véritablement mettre notre esprit sous sa tutelle, si bien que, entre la société de Matrix et la nôtre, la différence n’est pas de nature, mais bien de degré.

    Puisse l’auteur avoir réussi à faire passer son message à travers cette conférence. L’auditeur, en conscience jugera.


    Conférence d'Adrien Abauzit - Partie 1 -... par 392f9b896885f0742f570bb60

    Adrien Abauzit est l’auteur du livre, « Né en 1984 »

    Lire les autres texte d’Adrien Abauzit sur Mecanopolis

    Adrien Abautiz, pour Mecanopolis

  • Bagdad aujourd'hui (arch 2011)

    Depuis les élections législatives de mars 2010, aucune majorité claire ne s'était imposée. L'Irak s'enlisait dans une impasse politique, paralysé par le jeu des coalitions. Le 21 décembre 2010, un nouveau gouvernement a enfin été formé ; il est dirigé par l'ancien premier-ministre chiite Nuri al-Maliki. À présent, sans trop y croire, le peuple irakien voudrait échapper aux affres d'une guerre civile.
    CHAQUE OCCIDENTAL A UN PRIX
    La nécessité de donner un mot de passe pour entrer dans un hôtel irrite les étrangers qui séjournent à Bagdad. « Toutes ces précautions sont prises pour éviter d'éventuelles agressions ou des enlèvements ». L'homme qui dit cela porte l'invraisemblable nom de Tex Dallas. Il est un ancien membre des unités spéciales des forces britanniques (SAS) et dirige un hôtel qui héberge des journalistes. Le ministre irakien du Tourisme rapporte qu'en 2009, soixante-treize étrangers se sont rendus dans la capitale irakienne. Ce chiffre ne prend pas en compte les pèlerins iraniens visitant les tombeaux chiites du sud du pays. L'année précédente, le ministère avait délivré sept visas de tourisme. T. Dallas expose que « c'est mieux de ne pas rester longtemps à Bagdad.  Selon les agents de sécurité, chaque Occidental porte une étiquette à six chiffres au-dessus de sa tête ».
    Il y a quatre mois, les forces de coalition conduites par les États-Unis ont officiellement mis fin aux combats, et Maliki s'est constitué une majorité avec l'aide des Kurdes et du terroriste Moqtada al-Sadr. Le 5 janvier 2011, après un exil volontaire de trois ans en Iran, le prédicateur chiite est retourné en Irak, où une foule de trois mille personnes l'a acclamé. Aux dernières élections, son parti Sadrist Trend remporta quarante sièges. Sur quarante-deux ministres que compte l'actuel gouvernement, seulement vingt-neuf sont assermentés. Les Sunnites ont voté en grande partie pour la liste d'Iyad Allaoui, chef du gouvernement par intérim de 2004 à 2005. Avec près de 25 % aux élections législatives de mars 2010, sa formation politique, le Mouvement national irakien, est la plus importante. Le long blocage du parlement a ruiné tout essor politique. Car pendant 289 jours, l'Irak était régi par une bande de marionnettes et de parvenus assoiffés de pouvoir.
    "LES POLITICIENS INFECTENT DE LEURS VIRUS LA JEUNESSE"
    Le premier Reality-Show diffusé après le retrait des Américains « Put him to Camp Bucca » (Mets-le à Camp Bucca) est produit à Bagdad. Camp Bucca était, en Irak, une des prisons américaines les plus dures. Elle a dû fermer en 2009, après plusieurs scandales. Cette émission est une sorte de caméra cachée faisant croire à des scénarios de faux attentats. Le producteur, Nadchim al-Rubai, explique : « Nous voulons que les téléspectateurs rient d'Al-Qaïda ». Ce programme est un des plus populaires. Rubai hait les Américains : « Les occupants ont détruit Bagdad et offert le pays à l'Iran. Ils ont aussi volé nos trésors culturels, fait un million de martyrs et donné le pouvoir à des politiciens incompétents ». Rubai anime une autre émission, « Au cœur de Bagdad ». Il conduit une voiture émettrice sur les places de la ville et interroge ses compatriotes. Un homme en larmes raconte que son fils a été condamné à quinze ans de prison parce qu'il avait volé de la nourriture ; et que, faute d'argent, il n'a pu corrompre la police. « La réalisation de cette émission est dangereuse. Mais nous voulons montrer que les Irakiens rêvent d'une vraie vie. Nous en avons ras le bol des sectes. Nous sommes une nation et les politiciens infectent de leurs virus la jeunesse et les personnes faibles ».
    Des carcasses de voitures calcinées bloquent les rues. Tous les cinquante mètres, des sentinelles années montent la garde derrière des abris de fortune. Dans le quartier "huppé" d'Al-Mansur (du nom du calife abbasside qui fonda Bagdad au VIIIe siècle), les décombres d'une bombe ont été amassés. Seuls les alentours du magasin d'automobiles Dodge-Jeep-Chrysler ont été nettoyés. Dans les quartiers chrétiens, l'exode continue. Sur les trottoirs s'empilent des cartons, des réfrigérateurs, des ventilateurs, des téléviseurs et des chauffe-eau. Et parce que la ville ne peut satisfaire le besoin croissant en électricité, les générateurs privés abondent. Les exploitants de ces installations bruyantes sont devenus riches. Des boîtes à fusibles sont reliées à de nombreux câbles passant par des fenêtres ou attachés à des palmiers.
    DES MERCENAIRES ETRANGERS ASSURENT LA SÉCURITÉ
    Par peur des bombes, les voitures ne sont jamais laissées sans surveillance : Al-Qaïda peut y dissimuler des charges qui explosent par un procédé télécommandé ou à l'aide d'un téléphone portable quand le véhicule franchit un point de contrôle. Cette méthode permet de faire l'économie d'un kamikaze. Le danger est devenu plus sournois. Il est désormais habituel d'envoyer des SMS à la maison pour savoir si tout va bien. La capitale babylonienne est cloisonnée par des murs de cinq mètres de haut servant de protection contre les explosions. Chaque quartier est devenu une fortification. Des mercenaires provenant d'Amérique latine ou du Caucase sont embauchés dans les casernes, les ministères, les bâtiments de l'administration publique. Ils accompagnent les visiteurs en les faisant passer par des sas de sécurité et des systèmes de détection sophistiqués. Le général de la police Faisal Malik Muhsin s'attache les services de ces hommes car les attentats-suicides sont organisés par des rebelles issus du monde arabe. Dans la circonscription de Rachid, ouest de Bagdad, il a trouvé un atelier préparant des voitures pour les attentats. Il avoue avoir de grandes difficultés à différencier les rebelles des terroristes, car « d'anciens officiers des services secrets du parti Baath peuvent être des criminels de premier plan ». Al-Qaïda se finance en grande partie par le racket, bien que depuis le départ des Américains les revenus aient encore régressé. L'été dernier, une banque a été attaquée par un commando de la mouvance Al-Qaïda. Chaque client a été exécuté. Le général Muhsin confie : « Nous avons suffisamment d'armes et d'hommes. Nous avons seulement besoin de compétence. Dans ce domaine, les Américains continuent de nous aider ». Un des instruments les plus remarquables de lutte contre le terrorisme est l'ADE 651. L'Advanced Détection Equipment ressemble à un pistolet équipé d'une antenne radio amovible. Les vigiles des points de contrôle en sont équipés pour détecter les véhicules piégés. D'après le constructeur, ce dispositif fonctionnant par électromagnétisme peut déceler de la drogue et des charges explosives à distance. Le ministère de l'Intérieur irakien a passé commande d'un millier d'ADE 651 pour 85 millions de dollars.
    Malgré la terreur, la jeunesse se retrouve dans des cafés ou au zoo. Les adolescents essayent de ressembler à des footballeurs espagnols et arborent fièrement des T-shirts noirs et étroits avec la photographie de Murat Alan. Cette célébrité du petit écran turc défend son pays contre la suprématie américaine. Dans les rues, les forces de sécurité sont omniprésentes. Elles ont de nouveaux uniformes et de puissants Pick-ups de marque Ford. En plus du labyrinthe constitué par les murs de protection, les Américains ont laissé dans les casernes des Humvees (véhicule tout-terrain), des hélicoptères abîmés ainsi que des baby-foot. Sur les points de contrôle, les vigiles imitent leurs formateurs. Ils posent avec la même nonchalance, mâchent du chewing-gum et portent un banda sur la tête à la manière des pirates avec des lunettes de soleil. « Les gardes semblent mieux qu'avant. Mais je ne leur fais pas confiance », rapporte Nabil al-Dschiburi, gardien du zoo de Bagdad qui a la lourde tâche d'empêcher les visiteurs de tracasser le lion Bachar. Ce fauve appartenait à Oudaï, le fils de Saddam Hussein tué en 2003 à l'âge de 39 ans par l'armée américaine. Dschiburi fait partie des rares personnes à regretter le départ des Américains. Il est persuadé que l'Irak va s'enfoncer dans une guerre civile.
    LE CHEIKH ET LES FILS DE L'IRAK
    Sur l'avenue Aboû Nouwâs, au bord du Tigre, les hôtels Palestine et Al-Mansur détruits par les bombardements, seront remis en état. L'ancien gouvernement a prévu 300 millions de dollars pour rénover les hôtels cinq étoiles. En mars 2011, la Ligue arabe se réunira à Bagdad. Quelques discothèques ont aussi été ouvertes ; « pour chasser le mal de tête », comme le dit en souriant Chalid al-Basri, propriétaire de la plus grande boîte, Al-Wafri. Bien qu'il ait soudoyé l'État, la police peut à tout moment faire fermer son affaire. Il déplore le chaos que le départ de l'US Army a engendré. De nombreux Irakiens ont collaboré avec l'occupant et font à présent l'objet de règlements de compte. Le cheikh, qui doit en partie son succès au général américain David Petraeus (qui avait mené l'offensive sur Bagdad en 2003), habite une villa aux allures de forteresse. Elle est située à proximité de la « zone verte », l'enclave la plus sécurisée de la capitale. Ali Hatim était le meneur des Fils de l'Irak, une milice recensant cent mille hommes qui en 2006 s'engagèrent dans l'armée irakienne et combattirent Al-Qaïda avec succès aux côtés des Américaines. « Nous avons réduit Al-Qaïda en morceau et avons exécuté chacun des prisonniers. A part nous, personne n'a fait cela », souligne le cheikh, « Al-Qaïda promettait à notre jeunesse un combat honorable. Mais c'était un combat contre notre tradition. Ils cherchaient à diviser les clans ». C'est pourquoi, les cheikhs sunnites ont changé de camp. « J'ai discuté une heure avec Obama, peu avant les élections [mars 2010] à Bagdad. Je lui ai suggéré de dialoguer tout d'abord avec les chefs religieux, ensuite avec les politiciens et avec les chefs de clan », relate Ali Hatim, dont la devise était : « Les Américains sont un autobus dont il m'est égal de connaître la vitesse. Le principal est qu'il avance et que je puisse y prendre place ». Mais pour l'heure, le bus a continué son trajet et le cheikh ainsi que les Fils de l'Irak sont restés sur place.
    Seulement une partie des Fils de l'Irak, soit quarante mille personnes, ont été incorporées dans l'armée régulière, et neuf mille occupent un emploi sur les points de contrôle. D'après le New York Times, les États-Unis pensent que des centaines d'anciens membres des Fils de l'Irak se sont laissés acheter par Al-Qaïda et alimentent la rébellion en divulguant des informations sensibles. « Je ne comprends pas la politique des États-Unis », affirme le cheikh. « Les généraux nous ont soutenus. Mais à Washington les politiciens nous ont vendus. Nous sommes exposés aux bandes iraniennes. Nous avons lâché un gangster [Saddam Hussein] et nous en avons accueilli des milliers d'autres. Les Américains ont détruit l'Irak pour l'offrir à l'Iran ». Pour les Fils de l'Irak, il ne voit non plus aucun avenir.
    L'IMPLANTATION DE LA TURQUIE
    Les Irakiens n'attendent plus rien de la politique. Safia Talib al-Suhail, qui appartient à la grande lignée des Tamim, organise des réunions avec des écrivains autour de lectures de poèmes. Elle est aussi une politicienne figurant sur la liste du Premier ministre Maliki. En 2005, George W. Bush avait même invité Suhail à Washington lors de son discours du « State of the Union ». Le président des États-Unis rend traditionnellement compte de la situation du pays à la nation à cette occasion. Les députés du congrès l'applaudirent et la soutinrent comme exemple du changement de régime. Aujourd'hui, elle déclare : « Je ne peux pas expliquer ce qu'il se passe avec les politiciens. Nous avons passé une longue période durant laquelle le pays ne fut pas gouverné. C'est une véritable honte ». Son cousin a été tué devant chez lui par des criminels n'ayant laissé aucun message, et son père est mort en exil, certainement assassiné par les services secrets de Saddam Hussein. La formation du nouveau parlement s'est fait attendre comme un spectacle politique grotesque car « l'Irak est écartelé entre les pressions de l'Iran, mais aussi de l'Arabie Saoudite et de l'ambassade américaine », commente-t-elle. La Turquie a également rejoint ce tiercé des nouvelles puissances entendant peser sur l'économie et la politique irakienne. « Des villes du nord en essor jusqu'aux champs pétrolifères du sud-ouest de Basra [la seconde ville], la Turquie assure une renaissance depuis la période de l'empire ottoman. Elle aspire maintenant à accroître son influence dans un Irak en pleine turbulence dans une démonstration de pouvoir qui illustre son poids grandissant à travers un monde arabe suspicieux », observe l'International Herald Tribune (1). La démocratie irakienne est donc bien devenue une bonne affaire pour tout le monde, sauf pour son peuple.
    L. B. Rivarol du 28 janvier 2011
    International Herald Tribune du 6/1/11 dans Iraqi cleric makes bold return from exile in Iran (Le clerc irakien fait un retour audacieux de son exil en Iran).
    International Herald Tribune du 5/1/11 dans Turkey's soft power opens doors in Iraq (Le pouvoir souple de la Turquie s'ouvre des portes en Irak).

  • 5 juillet 1830 : la prise d’Alger

    Il y a cent quatre-vingts ans, le 25 mai 1830, une flotte importante (plus de cent soixante-dix bâtiments de guerre et de commerce) transportant un corps expéditionnaire de 37.000 hommes quitte Toulon. Objectif : Alger. Il est bon de le préciser, Alger n'est pas alors la capitale d'une Algérie qui n'existe pas. Le terme Algérie n'apparaîtra que bien plus tard. Les historiens français dans leur majorité sont très prudents sur le sujet car, on le sait, l'histoire officielle de l'Algérie soutient qu'il y avait en 1830 une nation algérienne. En fait il y a bien un État à Alger mais c'est un État turc connu sous le nom de Régence d'Alger.

    UN ÉTAT TURC
    En principe il dépendait du sultan de Constantinople mais s'en était affranchi. Dirigé par un dey, il a duré presque trois siècles. Dans son livre (qui fut hélas son dernier) Histoire de l'Algérie 1830-1954, Editions (disparues) de l'Atlanthrope (Versailles, 1993), le professeur Xavier Yacono lui a consacré ses premiers chapitres. La célébrité de cette cité venait de la crainte voire de la terreur causées par ses corsaires, les fameux rais, qui empoisonnèrent la Méditerranée (prise des navires, butins, milliers d'esclaves chrétiens dans ses bagnes). Ce qui apportait une manne financière considérable au budget de la régence. À plusieurs reprises, la ville fut attaquée par des flottes diverses. La plus célèbre fut celle de Charles Quint. Ce fut un fiasco en raison d'une violente tempête. 
    Au XIXe siècle, la course a presque disparu. Ce qui posa un grave problème pour les finances du dey. Faute d'autre solution, on décida d'augmenter les impôts. Ce qui fut mal supporté par la multitude de tribus mal contrôlées qui peuplaient le territoire du dey. En jouant habilement sur leurs rivalités, la régence avait pu conserver sa domination. Mais son autorité était de plus en plus en plus contestée. D'autant qu'à Alger même, le pouvoir du dey était menacé par sa milice composée des fameux janissaires. Alger n'était plus la grande ville d'antan. Sa population était évaluée à 30.000 habitants voire plus et celle de la future Algérie à trois millions (estimations de Xavier Yacono). Dans leur immense majorité musulmans. Bref, cette régence qui a été définie par Charles André Julien (historien anti-colonial) comme une « colonie d'exploitation dirigée par une minorité de Turcs avec le concours de notables indigènes » était en décadence. Reste qu'Alger avait la réputation d'être imprenable…

    L'EXPÉDITION
    Ses causes en sont connues. C'est officiellement pour venger son honneur que la France s'en prend à Alger. Un honneur bafoué lorsque le dey d'Alger en 1827 a souffleté en public notre consul DevaI, un individu douteux d'ailleurs. À l'origine de l'affront une histoire très embrouillée d'un achat de blé par la France sous le Directoire. Et le versement par la France de sommes (4 millions de francs) que le dey n'a jamais touchées. Elles ont été négociées par deux juifs livournais, Jacob Bacri et Busnach, intermédiaires tous azimuts entre la régence et différents États (notamment pour le rachat des esclaves). Ils auraient reçu des acomptes de TalIeyrand qui aurait eu sa part. On comprend l'irritation du dey. En lui-même, l'incident n'est pas grave. Il s'est écoulé trois ans depuis 1827, mais il y avait déjà un contentieux entre les deux pays à propos d'un comptoir français, la Calle. Ça s'est envenimé et des navires de guerre français font le blocus d'Alger mais ce n'est qu'un pis-aller. En réalité, Charles X a besoin d'un succès en politique extérieure. Son régime est en difficultés face à une opposition libérale qui critique d'ailleurs le projet d'expédition. Et même en a révélé des détails. Charles X a pensé à Mehmet Ali, pacha d'Égypte, pour s'emparer de la Régence au nom de la France mais ce fut un échec. Bref, il faut y aller. Principal obstacle : l'Angleterre qui y est hostile. Mais le ministre de la Marine le baron d'Haussez passe outre. À la tête de l'expédition : pour la flotte le vice-amiral Duperré, pour les soldats le ministre de la guerre le comte de Bourmont impopulaire. Il a “trahi” Napoléon à la veille de Waterloo !

    Les plans du débarquement remontent à 1808 où Boutin, un agent secret de Napoléon, a été envoyé à Alger pour préparer un coup sur la ville. Il en a ramené un plan minutieux, des croquis sur les emplacements des défenses, sur le port. Et une conclusion : pour attaquer la ville, il faut la prendre de l'intérieur en débarquant sur la plage de Sidi Ferruch, à quelques kilomètres à l'ouest d'Alger. Ça tombe bien. Le corps expéditionnaire dispose de chalands s'ouvrant à l'avant comme à l'arrière. Ce qui préfigure les barges utilisées par les Américains en novembre 1942 au même endroit et plus encore en 1944 en Normandie.

    LA VILLE EST À NOUS !
    La flotte est arrivée en vue de l'Algérie le 31 mai ; craignant une tempête, elle s'est repliée sur les Baléares avant de revenir le 10 juin. Il y aura bien une autre tempête mais elle ne se produira que le 16 fort heureusement. Le débarquement a lieu le 12. Le dey a rassemblé une armée nombreuse mais disparate et mal commandée. Elle se dispersa après un combat décisif pour les Français. Le professeur Yacono note que des prisonniers français capturés ont été retrouvés massacrés et mutilés. D'où des représailles. Il précise : « c'est déjà le caractère inexpiable de cette guerre ». Qui en annonce beaucoup d'autres. Finalement Bourmont, qui a longtemps hésité, décide, muni d'une forte artillerie, de se diriger sur Alger. Il attaque le fort dominant Alger que les Turcs font sauter. La capitulation est inévitable - elle est demandée et signée le 5 juillet. En trois semaines, la puissance turque s'est effondrée. Bilan du côté français : 1.000 morts, 2.000 blessés et davantage de l'autre côté. À l'annonce de la prise d'Alger l'opinion en France est indifférente, sauf Marseille et Toulon qui la célèbrent bruyamment. Cette victoire ne profitera pas à Charles X chassé par les Trois glorieuses des 27, 28 et 29 juillet 1830, journées que rappelle encore aujourd'hui la célèbre colonne place de la Bastille à Paris.

    Dans la convention de la reddition, il y a un paragraphe cinq qui commence par : « L'exercice de la religion mahométane restera libre. C'est le général en chef qui en prend l'engagement sur l'honneur. » Quoi qu'on en dise actuellement, cet engagement sera respecté, notamment par l'armée plutôt anticléricale. Les Français ont été reçus avec enthousiasme par deux minorités qui avaient à souffrir du dey et de ses janissaires. À savoir les Maures (issus de métissages) et les Juifs à la condition peu enviable. On retrouve Jacob Bacri (Busnach a péri dans un pogrom) « chef de la nation juive » au côté de Bourmont. Il n'y a pas eu d'excès contre la population mais les pillages habituels. Des historiens algériens ont monté en épingle la disparition du Trésor de la Casbah évalué à cent millions. Le dey qui a quitté Alger a dû en emporter une partie. 48 millions ont couvert les frais de l'expédition. Pour le professeur Yacono, il est fort probable que le reste ait abouti dans la cassette royale. La période qui suit est très compliquée. L'Algérie intérieure explose en luttes tribales. Le changement de régime en France n'arrange pas la situation. L'armée testera loyale. Bourmont s'est exilé, emportant avec lui le cœur de son fils tué au combat. Il faut tenir Alger mais aussi Oran et Bône. Abandonner Alger, impossible, l'armée ne le tolérerait pas ni un certain orgueil national. De 1830 à 1834 il faudra se décider à ce qui a été appelé l'occupation restreinte, prélude à l'occupation totale. Ce sont les « débuts des possessions françaises du Nord de l'Afrique ». Il faut envoyer des soldats mais, sur place, dès août, des guerriers algériens descendus des montagnes, les “Zaouaoua” (les Zouaves) se présentent aux troupes françaises qui les incorporent. Le professeur Yacono signale le fait ajoutant que dès les débuts d'une conquête qui va être longue, difficile, meurtrière, il y a à la fois « ralliements et résistances ». Nous ne développerons pas. Notre adversaire le plus sérieux et le plus coriace fut Abd El Kader qui sut profiter de nos erreurs, brandit contre nous l'étendard du djihad mais ne put jamais rassembler toutes les tribus algériennes (notamment les Kabyles qui lui furent hostiles). S'il avait eu le temps, aurait-il pu fonder une nation algérienne ?

    UN SIÈCLE APRÈS, LE CENTENAIRE
    « Nous sommes restés en Algérie parce que nous n'avons pu en sortir » écrit Emile Félix Gautier dans une brochure Un siècle de colonisation publié en 1930. Ce centenaire fut le triomphe. pas modeste, du système colonial. Mais l'Algérie depuis 1848 est composée de trois départements français. Il n'y eut pas en métropole une répercussion profonde mais l'Algérie fut à la une quelques semaines. On le sait bien maintenant, en France il y avait un parti colonial qui triompha ensuite avec l'exposition coloniale de 1931, mais il n'y eut pas (sauf dans des minorités) d'opinion coloniale. Paradoxalement c'est de 1940 à 1945 (et même après), à Vichy comme chez De Gaulle, qu'il y eut l'exaltation de l'Empire. Dans l'Algérie de 1930, il y eut beaucoup de cérémonies et de manifestations spectaculaires. Même si un certain nationalisme. plus religieux que politique est en gestation, on n'observe pas d'hostilité à l'égard du président de la République Gaston Doumergue lorsqu'il traverse un pays qu'il avait bien connu jeune magistrat. Il inaugure notamment à Sidi Ferruch une stèle monumentale (de 15 mètres de haut) ornée de sculptures et d'un bas-relief avec cette inscription : « lci le 14 juin 1830 par ordre du roi Charles X (dans L'Action Française Maurras exulta devant cet hommage de la République au défunt roi), sous le commandement du général de Bourmont l'armée française doit arborer ses drapeaux, rendre sa liberté aux mers, donner l'Algérie à la France. » Avait été ajoutée une suite grandiloquente qui soulignait l'apport de « Cent ans (sic !) de République française et la reconnaissance de l'Algérie pour la Mère Patrie, liée à elle par son impérissable attachement ».

    LE POIDS DE L'ISLAM
    Au même moment, lors d'un Congrès tenu à Alger et regroupant des historiens, un arabisant Desparmet signale qu'« au début du siècle sur des marchés algériens il a entendu un poème en arabe sur l'entrée des Français dans Alger » (1). Qui commence par « Alger au pouvoir des Chrétiens au culte abject. » Se poursuit par « Alger la splendide les nations ont tremblé devant elle. » Il y a d'autres vers injurieux contre « les Juifs qui se sont réjouis à nos dépens », contre les Roumis qui se sont installés dans la ville - « elle n'a plus que des immondes (sic) ». Enfin un éloge de ce « port célèbre » avec l'évocation des « captifs aux mains liées ». En finale : « Ils (les captifs) étaient des mulets (sic) mon fils » ; et en conclusion : « Les exploits d'Alger ont retenti dans les siècles passés. » Pour Desparmet qui publia ce texte dans la très officielle Revue africaine et le commenta, il s'agit là d'« une xénophobie instinctive et d'un fatalisme religieux ». Desparmet signale aussi les propos d'un Algérien de Tlemcen dans une revue du Caire : « Tant que nos enfants seront dirigés dans la droite voie de notre prophète Mahomet, la colonisation française ne triomphera pas de nous. » Il ne semble pas que tout ceci ait été pris au sérieux.

    lN MEMORIAM
    Le 5 juillet 1962, date officielle de l'indépendance de l'Algérie, ces forces souterraines et bien d'autres triomphent. Il faut à la hâte déménager la stèle avant qu'elle ne soit dégradée. Ce sont les paras du 3e RPIma qui s'en occupent. Les plaques, les bas-reliefs, les sculptures sont démontées. Ce qui reste, un squelette de béton dynamité, une énorme explosion. Le lendemain, les débris sont poussés dans la mer par le génie. Exit !
    Après bien des péripéties et grâce à l'action des Cercles AIgérianistes et deux anciens instituteurs français d'Algérie, Roger et Hélène Brazier, le monument a été reconstitué en France (2). Installé et inauguré le 10 juin 1998 à Port Vendres, redoute Bear, Esplanade de l'Armée d'Afrique. Il lui fut ajouté un petit musée. Si vos vacances vous poussent par là, rendez-leur visite. C'est tout ce qui peut rappeler 132 ans de présence française. Dans le numéro de juin de son périodique L'Afrique Reelle (diffusé sur Internet), Bernard Lugan rend hommage à cette période en citant le livre du professeur Pierre Goinard L 'Œuvre française en Algérie, Laffont, 1986. Politiquement, on ne le sait que trop, ce fut un échec et une lourde charge financière mais sur d'autres plans, même si nous sommes à peu près les seuls à le savoir et à le dire, ce fut un bilan glorieux et positif. Mais depuis 1962, des deux côtés de la Méditerranée, l'œuvre française fut insultée, dénigrée, souillée, livrée aux chiens de l'anticolonialisme.
    Jean-Paul ANGELELLI. Rivarol du 9 juillet 2010
    (1) Cité d'après L'opinion française et l'Algérie de 1930. Doctorat 3e Cycle. Nanterre 1972.
    (2) D'autres monuments furent sauvés. Voir le livre d'Alain Amato. « Monuments en exil », Mais fut détruit en revanche par les Algériens l'édifice en hommage à la colonisation et le splendide monument aux morts d'Alger fut coulé dans une masse de béton. Qui recouvrit les panneaux qui l'ornaient et portaient les noms de tous les soldats d'Alger morts au cours des deux guerres européennes, tant les chrétiens que les musulmans. Ce qui gênait le nouveau pouvoir.

  • A Marseille, ce 15 décembre Café actualité de La Faute à Rousseau

     

    A Marseille, ce 15 décembre, Laurent Wetzel a posé la troisième pierre de notre Enquête sur la République...

    La Faute à Rousseau

    http://www.actionfrancaise.net

  • Un avenir sans pétrole ?

    Benoît Thévard, ingénieur en énergie et spécialiste de la résilience des territoires face au problématiques énergétiques, intervient pour expliquer le pic pétrolier, ses conséquences sur l’organisation des territoires et sensibiliser sur l’intérêt de se préoccuper de la résilience des collectivités.


    avenir sans pétrole 1.1 - B.Thévard et C... par avenir_sans_petrole


    avenir sans pétrole 1.2 - B.Thévard et C... par avenir_sans_petrole


    avenir sans pétrole 3.1 - B.Thévard et C... par avenir_sans_petrole


    avenir sans pétrole 3.2 - B.Thévard et C... par avenir_sans_petrole

    http://fortune.fdesouche.com