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culture et histoire - Page 2020

  • « Démaquiller l'histoire : chiche ! » par Maurice GAÏT

    Voici le dernier éditorial du troisième directeur de Rivarol, Maurice G ait, rédigé quelques heures avant sa mort et publié le 18 novembre 1983 sous le titre « Démaquiller l'histoire ? Chiche ! » Nous pensons d'autant plus utile de reproduire dans ce numéro spécial consacré aux soixante ans de l'hebdomadaire de l'opposition nationale et européenne ce « testament » que Gaït y évoquait ce qui fut l'un des grands « scoops » de Rivarol (avec les révélations du député poujadiste Pesquet sur le faux attentat de l'Observatoire monté par Mitterrand en 1959 pour tenter de redorer son blason) : le récit par le colonel Branthôme des tentatives désespérées faites par De Gaulle, dès le 19 juin 1940, de revenir en France pour... y faire allégeance aux autorités légales !
    L’enseignement de l'histoire est en passe de devenir le serpent de mer d'une Education rebaptisée par antiphrase « nationale ». Les média, qui n'ont eux-mêmes, pour la vérité historique, qu'un respect fragmentaire, accordent au sujet une place de choix et il est arrivé qu'au-delà des contingences scolaires, le problème soit transcendé : l'histoire - même correctement enseignée et assimilée - sert-elle à quelque chose ou freine-t-elle, au contraire, les initiatives ? Tel fut dans les années 25 - mais qui s'en souvient ? - le thème d'une controverse entre le poète Paul Valéry (procureur) et le ministre Anatole de Monzie (avocat) - celui-ci refusant à celui-là dans « Pétition pour l'histoire », le droit de tenir cette discipline pour le produit le plus nocif que la chimie de l'intellect ait jamais élaboré : « Nous entrons dans l'avenir à reculons », avait déploré Valéry.
    Le débat auquel nous assistons est d'ordre moins philosophique : l'utilité de l'histoire n'est pas mise en cause, mais seulement la manière de l'enseigner. Le centre d'intérêt, vous le saviez, est le rapport que M. Alain Savary avait demandé, en juillet 1982, à M. René Girault, professeur à l'Université de Paris X-Nanterre.
    On en connaît la principale conclusion - au demeurant fort attendue : l'enseignement de l'histoire est sérieusement malade (celui de la géographie, idem), et sa maladie est si ancienne et si profonde qu'un traitement de dix ans au moins sera nécessaire pour l'en guérir... C'est un véritable cri d'alarme que lance le rapporteur, et il a éveillé nombre d'échos favorables, à l'intérieur de l'Université comme au dehors. On voit mal, d'ailleurs, comment on pourrait s'inscrire en faux contre des observations d'évidence, sur lesquelles se sont retrouvées d'accord des personnalités aussi différentes que M. André Castelot, historien traditionaliste, et M. François Mitterrand, leader de la Gauche unie.
    Ce dernier - « scandalisé » et « angoissé » - aurait même pris son bœuf, s'écriant que cela ne pouvait plus durer ainsi, qu'il fallait rappeler les nouvelles générations au respect de la mémoire collective sans laquelle il ne saurait y avoir ni sentiment national, ni nation tout court.
    Nul Français digne de ce nom ne saurait émettre la moindre réserve sur les impératifs ainsi formulés par François Mitterrand : s'il est un programme dont la mise en œuvre requiert la notion - si galvaudée - de « consensus » c'est bien celui-là... Pourquoi faut-il que, nonobstant cette impulsion de l'esprit et du cœur, un certain doute nous assaille ?
    Nous ne pouvons oublier, en effet, que I’Élyséen redresseur d'Histoire et mainteneur de la Patrie appartient à la Nomenklatura des hommes publics qui ont contribué avec le plus d'acharnement à falsifier les données historiques, à pratiquer ajouts et suppressions dont leur « image de marque » tire avantage et à fabuler chaque fois que la réalité pouvait être gênante ou compromettante pour eux.
    Ces gens-là ont bâti toute leur carrière sur l'imposture et le mensonge. Une histoire dûment conditionnée sert de support à la défense et illustration de leur personne, de leur clan, de leur cinéma idéologique. Et c'est sur eux qu'il faudrait compter aujourd'hui pour prendre, au plus haut niveau, toutes dispositions idoines et adéquates, afin que les générations montantes reçoivent un enseignement exclusif de tout esprit partisan ? Nous n'y croirons que le jour où ces bons apôtres, puisqu'ils entendent diriger la manœuvre, auront procédé à un certain nombre de rectifications rigoureusement indispensables au rétablissement de la vérité. Pour nous en tenir à la période contemporaine, en voici quelques exemples. Quelques-uns seulement...
    Avoir l'élémentaire probité de reconnaître qu'en 1939, la France, à la remorque de la Grande-Bretagne, a glissé dans la guerre - une guerre perdue d'avance - sans que la Chambre ni le Sénat ne se soient prononcés. Le Parlement avait simplement voté une augmentation des crédits militaires et c'est par un abus de pouvoir (justiciable - ô combien ! - de la Haute-Cour) que les présidents Herriot et Jeanneney, « bonzes » du clan belliciste, permirent à Daladier, l'homme du 6-Février, le roseau peint en fer, de déclarer la guerre au IIIe Reich... après avoir refusé de donner la parole aux orateurs résolus à dénoncer la forfaiture du gouvernement : Pierre Laval au Sénat, Gaston Bergery à la Chambre.
    Admettre cette évidence de fait que l'armistice de 1940 était matériellement inévitable, et que le repli sur une Afrique du Nord privée (notamment) des ressources économiques indispensables à la poursuite de la guerre, aussi bien que l'aménagement d'un réduit breton relevaient d'une fantaisie de mauvais goût.
    En terminer, une fois pour toutes, avec la fable ridicule (et odieuse) du vainqueur de Verdun complotant pour prendre le pouvoir à la faveur d'une défaite voulue par la Droite, afin d'instituer une « Europe fasciste »... et de prendre ainsi une éclatante revanche sur le Front populaire et ses « conquêtes sociales ».
    Substituer au cliché scandaleux de Vichy prosterné devant l'Occupant - et capitulant chaque fois qu'une exigence nouvelle était formulée - un historique (avec chiffres à l'appui) des discussions serrées et souvent orageuses entre le gouvernement de l’État français et les autorités d'occupation. Reconnaître (c'est bien le moins) que cette forme de « résistance » présentait plus de difficultés et plus de dangers que celle d'exilés volontaires entrés en dissidence et pris en compte par l'étranger.
    • Rompre la scandaleuse conspiration du silence qui a étouffé une révélation de portée historique comme celle que fit le colonel Branthôme dans notre n° 1529 du 12 juin 80 par son témoignage à la fois rigoureux et pathétique : cet officier supérieur de l'Armée de l'Air, ancien polytechnicien, chef, en 1939, de la mission de liaison entre les Ailes françaises et la Royal Air Force, racontait, sans omettre un détail, comment, au lendemain de son célébrissime « message du 18 juin », De Gaulle, se trouvant pratiquement seul à Londres et non encore adopté à cent pour cent par les Anglais, avait décidé de regagner la France pour se remettre à la disposition du gouvernement légal et légitime de son pays.
    N'évoquant que des faits dont il avait été témoin ou acteur, le colonel Branthôme expliquait ensuite dans quelles conditions le « général Micro » avait dû renoncer à son projet : Churchill eût préféré, certes, accueillir à Londres un personnage politique connu et représentatif, mais on sait fort bien que, faute de grives, on ne dédaigne pas les merles. Le Premier anglais n'allait pas lâcher ce qu'il tenait. Eh bien, aucun - nous disons bien : aucun - organe de la presse du régime n'osa, ni reproduire partiellement, ni même citer cette information sensationnelle (cet adjectif galvaudé recouvre ici toute sa valeur). Pourtant, au moment où Rivarol les diffusait en ce jour de juin, anniversaire du « message », nos chers confrères publiaient des pages entières à la gloire du « Libérateur ». Aucun d'eux n'eut le courage - ni la simple conscience professionnelle - de faire état d'une révélation qui flanquait par terre tout le « mythe gaulliste ». De leur côté, les organismes, les mouvements ayant pour mission de chanter le los du Guide immortel et génial observèrent de Conrart le silence prudent (... et complice).
    • Cesser de tympaniser les Jeunes générations avec le mythe de Munich. Pour les fiers-à-bras qui triturent à plaisir les données historiques afin de les plier aux exigences de leur propre sectarisme, Munich est le symbole de la capitulation des démocraties devant l'hydre totalitaire... avant-hier nazie, aujourd'hui soviétique, car nos analystes de bazar se complaisent dans une terminologie imbécile où le fascisme (le fascisme seul) reste le mal absolu.
    Or la vérité est que la France était encore moins prête en 1938 qu'elle ne devait l'être en 1939 (ce qui n'est pas peu dire) : il suffît de se reporter aux réponses que firent à Daladier, lorsque se posa la question suprême, les responsables de l'armée de Terre et de l'armée de l'Air. La France n'était assurément pas en état de résister. Seule, la Marine aurait pu soutenir le choc. Mais les fanatiques de l’anti-munichisme se soucient fort peu des contingences matérielles. Ils ne veulent connaître que « l'esprit », comme si un chef d’État avait le pouvoir d'imposer aux faits le diktat de sa volonté - ou de sa fantaisie. C'est tellement plus simple pour écrire l'histoire !
    On entend répéter en toute occasion : pour résister Paris et Londres disposaient d'un atout considérable : le soutien de l'Union soviétique ! Est-il permis d'être aussi culotté (car les menteurs savent tout de même à quoi s'en tenir) ? Comment, pour Moscou, porter secours à la Tchécoslovaquie, sans traverser, soit le territoire polonais, soit le territoire roumain ou le territoire hongrois ? Car ni Varsovie, ni Bucarest, ni Budapest n'avaient accordé à l'Armée rouge ce droit de franchissement. On les comprend !
    Non, ce qu'il faut retenir des accords de Munich, c'est qu'ils représentaient, pour les Européens, la dernière tentative pour régler leurs affaires sans que l'on intervienne dans les conversations. En outre, ce que nos maniaques oublient de dire, c'est que Munich ne devait pas être une fin mais bien un commencement ; la faute, l'impardonnable faute fut de perdre, après la signature, nombre de mois, plus que précieux : l'inaction, l'apathie ne pouvaient conduire qu'à la catastrophe. Cela, oui, doit être porté lourdement au passif des négociations de septembre 38.
    Maurice GAÏt ✞ (1909-1983). Écrits de Paris mai 2011
    Article paru dans le numéro 1700 de Rivarol le 18 novembre 1983.

  • Massacre des Pieds-noirs et Harkis : un “devoir de mémoire” à géométrie variable ?

    Bruno Gollnisch n’a jamais oublié la très dure campagne de terrain qu’il mena  en 1985 à  Vaulx-en-Velin (Rhône)   avec des harkis militants du FN. Il a constaté, comme tout à chacun,  l’adoption jeudi dernier par le  Sénat  d’une proposition de loi visant à pénaliser la diffamation et l’injure envers les harkis. Dans sa déclaration de candidature à la présidence du FN, il notait qu’il « (fallait)    que ceux qui ont combattu pour la France,  cessent d’être méprisés ou insultés, et qu’ils soient au contraire honorés moralement et matériellement, y compris lorsqu’ils sont les ressortissant d’Etats de notre ancien Empire devenus indépendants. » Car  ce vote  des sénateurs  ne suffit pas à contrebalancer les insultes et les injustices  dont sont victimes combattants et Français  d’Algérie depuis des décennies. Pas plus que le geste de Nicolas Sarkozy qui,  à  des fins électoralistes,  a remis en   novembre dernier à  Hélie Denoix de Saint Marc, grand résistant, grand soldat, officier du 1er REP qui rallia le putsch de généraux à Alger en 1961,   les insignes de grand-croix de la légion d’honneur. Cela suffira-t-il à faire oublier la « trahison gaulliste » ?

     Le site du magazine Le Point rendait compte hier d’une étude  de l’Ifop, « une analyse du vote pied-noir pour la prochaine élection. » « Le panel interrogé englobe non seulement des rapatriés, mais aussi des descendants de cette communauté, qui, dans son ensemble, représente le chiffre non négligeable de trois millions de votants. »

     « Comme pour les élections précédentes, est-il indiqué,  le Front National confirme son attractivité, se plaçant au-dessus de sa moyenne nationale (28 % et 24 % pour les descendants), mais c’est le score de Nicolas Sarkozy qui est le plus révélateur : à égalité avec François Hollande pour les rapatriés (26 %) – contre 31 % en 2007 -, il s’effondre dès lors qu’il s’agit des fils et des filles de pieds-noirs : 15 % contre 31 % pour François Hollande. »

     « On ne peut s’empêcher de rapprocher ces résultats du très fort ressentiment exprimé par les associations de pieds-noirs contre Nicolas Sarkozy (…) en 2007, le candidat Sarkozy avait promis la reconnaissance de la responsabilité de l’État français de 1962 dans les crimes et les préjudices moraux et matériels subis par les harkis et les rapatriés. Aux yeux des pieds-noirs et des harkis (qui, avec leurs descendants, représentent 800 000 votants), il n’a pas tenu ses promesses. »

     C’est en effet le moins que l’on puisse dire et Bruno Gollnisch, pour qui les évènements d’Algérie eurent un fort impact dans l’élaboration de sa conscience politique,  était  notamment présent,  le 15 septembre 2010,   à la manifestation des harkis et de leurs familles  devant l’Assemblée nationale. Ils   entendaient rappeler  les engagements pris par Nicolas Sarkozy  le 31 mars 2007, au nom de revendications légitimes appuyées depuis toujours par le Front National.

     Le Point rapporte encore que Marine Le Pen a été la seule personnalité en lice pour la présidentielle –avec Jean-Marc Governatori, le candidat de l’Alliance écologiste indépendante- et comme l’ont demandé plusieurs associations, dont JPN (Jeune Pied-Noir), à signer   la convention Candidat-Rapatriés, reconnaissant le « crime d’Etat » commis contre les pieds-noirs et les  harkis

     « Nulle présence, par contre, des autres candidats dans ce palais du Luxembourg, qui, comme l’ont rappelé les organisateurs, avait voté hier la loi sur le déni du génocide arménien (…). Les pieds-noirs, qui ont l’impression de s’être fait abuser, sont donc fermement résolus à passer à l’heure des comptes et à peser plus que jamais dans une élection qui coïncide avec le 50e anniversaire des accords d’Évian (19 mars 1962) et de l’indépendance de l’Algérie (5 juillet 1962). Deux événements que l’État français s’est engagé, en revanche, à célébrer en grande pompe avec l’Algérie, ce qui, bien sûr, meurtrit les pieds-noirs. »  

     Enfin cet article conclut sur l’indignation de l’historien Guy Pervillé, professeur à l’université de Toulouse et spécialiste de la guerre d’Algérie ,  « invité à rédiger pour le livre des commémorations nationales l’article concernant la guerre d’Algérie ». Or, M Pervillé « crie à la censure », « car la partie concernant la période des accords d’Évian a été amputée des quatre cinquièmes. Sur son blog, il restaure la version intégrale, qui évoque les enlèvements de Français, les massacres des harkis ainsi que le rôle du général De Gaulle. Autant d’éléments qui ont disparu du livre publié par les Archives de France et le ministère de la Culture… »

     Bruno Gollnisch note également  que l’Etat UMP, a mis la main à la poche (dans les faits dans celles des contribuables français)  pour  financer le  film Hors La Loi,  une nouvelle provocation anti-française sur la guerre d’Algérie. Et que ce gouvernement persiste donc à ne  rien faire  pour   lever le  voile sur les drames de l’après 19 mars 1962 et sur les dizaines de milliers de Pieds-Noirs et Harkis victimes de la haine du FLN.  Sa responsabilité    dans ce massacre  est pourtant avérée…le « devoir de mémoire » serait-il à géométrie variable ?

    http://www.gollnisch.com

  • Ni “excuse”, ni “repentance” ?

    Ni « excuse » ni « repentance »  ne seront formulées par l’Etat Français a affirmé hier François Hollande  au premier jour de sa visite d’Etat en Algérie,  à la tête d’une délégation de 200 personnes, dont  de nombreux chefs d’entreprises.  Bien  sûr la question du Mali en proie à la déstabilisation islamiste sera au menu des discussions,  au même titre que  la construction près d’Oran d’une usine de montage de Renault susceptible de produire en  2014 au moins 25.000 véhicules par an. M. Hollande  a précisé   qu’il entendait dire  la « vérité  sur le système colonial », et  « préparer l’avenir ». « Préparer l’avenir »  quitte cependant à travestir la vérité historique comme  le président socialiste l’a  fait le 17 octobre dernier en donnant foi aux bobards propagés alors (toujours) par le FLN et le parti communiste sur le pseudo massacre  à Paris, le 17 octobre 1961, de centaines d’Algériens lors d’une manifestation FLN  interdite -http://www.gollnisch.com/2011/10/17/11647/

      Le chef de l’Etat a affirmé à Alger  son souhait d’ouvrir  « un nouveau chapitre », un « nouvel âge », dans la relation entre  les deux pays. Il a signé avec son homologue Abdelaziz Bouteflika ont mercredi soir une « Déclaration d’Alger sur l’amitié et la coopération entre la France et l’Algérie », notamment  pour distribuer des visas supplémentaires,  ouvrir  encore plus, à  nos frais,  l’accueil des étudiants algériens sur notre sol

     Une invitation à dépasser les vieux antagonismes  a-t-il précisé,  qu’il formulera de nouveau aujourd’hui devant les parlementaires algériens. D’ores et déjà  une dizaine de partis politiques algériens, dont quatre islamistes, ont dénoncé « le refus des autorités françaises de reconnaître, excuser ou indemniser, matériellement et moralement, les crimes commis par la France coloniale en Algérie. »

     Le Nouvel Obs le rapporte, une large majorité d’Algériens souhaite désormais une normalisation des relations avec  notre pays, 57% se disent favorables à une relation « exemplaire »  avec la France. En France une même enquête  d’opinion indique que  35% des sondés estiment que François Hollande ne devait pas présenter d’excuses à l’Algérie, 13% jugent qu’il devait le faire et 26% y était favorables à « condition qu’Alger présente des excuses au sujet des pieds noirs et harkis ».

     Alors Premier secrétaire du PS, M. Hollande avait déclaré que notre pays  devait « encore des excuses au peuple algérien ». Interrogé sur France 2 mercredi sur  le refus qui est désormais le sien d’en présenter,  il a répondu : « moi je suis président de la République, j’engage la France, je n’engage pas le parti (socialiste) ».

      PS qui lui, par a voix notamment d’Elisabeth Guigou, présidente de la commission des affaires étrangères de l’Assemblée a déclaré « qu’en Algérie, le colonialisme a produit des tragédies qui ont broyé des gens. Je pense   que c’était en effet un système condamnable »

     Des relations pacifiées et normalisées avec l’Algérie sont du ressort des intentions  louables a déjà rappelé Bruno Gollnisch, mais on ne bâtit rien de solide et de viable sur le mensonge et sur la haine.

    Haine de l’œuvre accomplie par la France en  Algérie  qui est encore enseignée, martelée aux jeunes Algériens dés l’enfance et à l’école du FLN au pouvoir. FLN  sous le règne duquel  200 000 algériens ont  tués pour avoir refusé le parti unique,  rappelons le au passage, FLN   que M. Hollande s’est engagé à aider   à intégrer l’Internationale socialiste… « l’organisation mondiale des partis sociaux-démocrates, socialistes et travaillistes… »

     Et il serait  stupide de nier que cette éducation-propagande  là n’est pas non plus sans incidence,  en France même,  sur  la « mentalité » de beaucoup d’Algériens  qui constituent la  plus forte communauté étrangère  vivant sur notre sol.

     La vérité c’est que la conquête française en 1830 a permis de chasser   d’Algérie  le colonisateur ottoman,  de mettre fin  aux raids de la piraterie barbaresque, de   libérer des dizaines de milliers d’esclaves. La vérité  c’est que la présence française a permis de soigner sa population  -un million en 1830 à plus de 10 millions d’habitants  en 1962 – de construire des  hôpitaux (160 en 1962), de multiplier les écoles sur tout le territoire, d’alphabétiser la population, de  transformer   ce pays  en friche en une  terre agricole riche et prospère. La France en Algérie ce fut aussi l’irrigation du  pays, la   construction de  12 barrages, de  23 ports, 23 aéroports, 34 phares,  la création d’un réseau routier de 54 000 kms.

    Au nom de la réconciliation franco-algérienne,  M. Hollande rendra hommage aujourd’hui au militant indépendantiste  Maurice Audin dont une place  porte le nom à Alger  (comme  à Paris).  Jeune prof de maths  de 25 ans, marié père de trois enfants, Audin était  membre  du   Parti communiste algérien (PCA)  qui soutenait et aidait  les poseurs de bombes  qui tuèrent, mutilèrent  des dizaines de nos  compatriotes  civils, hommes, femmes et enfants pendant la bataille d’Alger   en 1957.   Arrêté à son domicile  par les paras à Alger le 11 juin de cette même année,  Maurice Audin ne fut jamais retrouvé.

     Certes,  rappelons le,  le drame des Français d’Algérie n’est pas de la seule responsabilité du FLN mais aussi du pouvoir gaulliste et des partis du Système dont les héritiers tiennent toujours aujourd’hui les rênes du pouvoir.  Un De Gaulle qui  en plein déni du réel et/ou d’une insensibilité criminelle, quasi pathologique,  à l’égard de la souffrance de ses compatriotes, affirma crânement  en public le 14 juin 1963 que l’exode des pieds noirs « s’est passé sans heurt,  sans drame et sans douleurs » !

     Un De Gaulle rapporte Alain Peyrefitte dans son livre de témoignage sur le « grand homme »  -« C’était De Gaulle », Arthème Fayard- qui,  après mars 62, alors  que  les  troupes  françaises  encore présentes ont l’ordre de  ne pas intervenir pour empêcher les massacres  de  civils,  cite un vers du poète latin  Lucrèce : « il est doux, quand les vents tourmentent les vagues sur la vaste mer, de contempler les épreuves d’autrui du haut d’un promontoire »…

    Bref, le devoir de mémoire réconciliation ne  sauraient être  à sens unique. Et Bruno Gollnisch constate que si  l’Algérie FLN ne s’est jamais repentie pour les 150 000 harkis sauvagement torturés puis assassinés, ils ont été   livrés aux couteaux des égorgeurs  par  la    République Française et la fausse paix des Accords d’Evian.

     Faut-il rappeler notamment  le  témoignage du  révérend Père Michel de Laparre –voir le dernier numéro de La lettre de Veritas- sur la tuerie d’Oran le 5 juillet 1962, avec la complicité passive des autorités françaises. Une  journée au cours de laquelle « des centaines d’Européens » furent « étouffés dans des fours, gelés dans des frigidaires, crochetés aux Abattoirs, vendus dans des boucheries, sciés dans des menuiseries, découpés et mangés par des Mauresques arborant des ceintures de peaux. Des enfants ont  été ficelés dans des sacs de pommes de terre, jetés sur la chaussée, écrasés   par des camions ou aplatis contre des murs. Et combien de femmes et de jeunes filles ont subi les pires sévices, presque toujours jusqu’à la mort ! »

     L’Algérie FLN et  la France gaullo-socialiste de ces cinquante dernières années se sont entendues pour mettre une chape de plomb  sur l’assassinat de  13 000 pieds-noirs, victimes civiles,   disparues ou massacrées (lire l’ouvrage du capitaine M.L Leclair, « Disparus en Algérie » , aux éditions Grancher) dont plus de la moitié    après le 19 mars 1962, date théorique de la fin des hostilités.

    Autant dire que Bruno Gollnisch ne se satisfait pas plus aujourd’hui  qu’hier,  des vrais mensonges des uns et les demi-vérités des autres.

    http://www.gollnisch.com

  • Prix de la Carpette Anglaise 2012

    L’Académie de la Carpette anglaise vient de décerner son prix annuel dit d’« indignité civique ». Cette académie parodique réserve son prix à un membre des élites françaises qui, selon le jury, s’est distingué par son acharnement à promouvoir la domination de l’anglais en France et dans les institutions européennes au détriment de la langue française. Toujours selon l’Académie de la Carpette anglaise, ce prix « distingue plus spécialement les déserteurs de la langue française qui ajoutent à leur incivisme linguistique une veule soumission aux puissances financières mondialisées, responsables de l’abaissement des identités nationales, de la démocratie et des systèmes sociaux ». (Source Wikipedia)
    En 2011, le prix a été décerné à Jean-François Copé, à l’époque secrétaire général de l’UMP, pour promouvoir avec vigueur l’usage de la langue anglaise de la maternelle aux grandes écoles et pour faire de la télévision publique en anglais aux heures de grande écoute (sous-titré en français) un des enjeux de son parti et de la prochaine élection présidentielle.
    L’Académie nous prie de publier le communiqué diffusé au lendemain de l’événement. Polémia accède volontiers à cette requête.
    Polémia

    PRIX 2012 DE LA CARPETTE ANGLAISE

    COMMUNIQUÉ DE l’ACADÉMIE DE LA CARPETTE ANGLAISE

    L’académie de la Carpette anglaise* s’est réunie le 12 décembre 2012. Le jury, présidé par Philippe de Saint Robert, était composé de représentants du monde associatif** et littéraire. Au premier tour de scrutin, par cinq voix sur neuf, la Carpette anglaise 2012 a été décernée à M. Frédéric Cuvillier, ministre délégué chargé des Transports, de la Mer et de la Pêche, pour avoir déclaré, selon Le Parisien, que, dans le domaine du transport, « l’anglais devrait être la langue et de rédaction des documents officiels harmonisés ».

    Le prix spécial du jury à titre étranger*** a été décerné au premier tour de scrutin, par cinq voix sur neuf, à l’Agence française pour les investissements internationaux (AFII) et l’Institut national de la propriété industrielle (INPI) pour la campagne publicitaire « Say oui to France – say oui to innovation », qui promeut la France à l’étranger en utilisant l’anglais comme seul vecteur de communication, au lieu de s’adresser dans la langue des pays visés par cette campagne.

    Anne Cublier, Hervé Bourges, Benoît Duteurtre, Alain Gourdon, Yves Frémion et Dominique Noguez sont membres de cette académie.

    Notes :

    * La Carpette anglaise, prix d’indignité civique, est attribué à un membre des « élites françaises » qui s’est particulièrement distingué par son acharnement à promouvoir la domination de l’anglo-américain en France au détriment de la langue française.
    ** Association pour la sauvegarde et l’expansion de la langue française (Asselaf), Avenir de la langue française (ALF), Cercle des écrivains cheminots (CLEC), Courriel (Collectif unitaire républicain pour la résistance, l'initiative et l'émancipation linguistique), Défense de la langue française (DLF) et Le Droit de comprendre (DDC).
    *** Le prix spécial à titre étranger est attribué à un membre de la nomenklatura européenne ou internationale, pour sa contribution servile à la propagation de la langue anglaise.

    Contact : Marc Favre d’Échallens, secrétaire de l’académie de la Carpette anglaise.
    Courriel : parlerfranc@aol.com
    Académie de la Carpette anglaise, chez Le Droit de Comprendre, 34 bis, rue de Picpus, 75012 Paris.

    http://www.polemia.com/

  • Qu’on vire les pédagogistes !

    Tous les cinq ans, une étude internationale, le Programme International de Recherche en Lecture Scolaire (PIRLS), évalue les performances en lecture des enfants de dix ans dans 45 pays. Pour la deuxième fois consécutive, le score des élèves français est en déclin, confirmant d’autres études (PISA par exemple). Ils sont en-dessous de la moyenne européenne.

    M. Peillon, ministre de l’Éducation nationale, s’appuie sur ces piètres performances pour justifier son « pacte de refondation de l’école », notamment son plan de recrutement massif. Plus d’enseignants, serait-ce la solution ? S’il est vrai que la diminution du nombre de professeurs depuis cinq ans est durement ressentie sur le terrain, on sait que la question des moyens n’est pas la principale. D’autres pays font mieux avec, proportionnellement, moins de personnel. Comment, dès lors, remédier à ce désastre ? En tirant les leçons de décennies d’errements pédagogistes.

    L’Éducation nationale a été le terrain d’expérimentation de dangereux docteurs Folamour qui ont pris nos enfants pour cobayes. Au nom de fumeuses théories, ils ont obligé les instituteurs à abandonner des méthodes d’apprentissages éprouvées par des générations de maîtres. Ces méthodes empiriques parvenaient à apprendre à lire, écrire et compter à nos aïeux, parfois à 45 par classe. Aujourd’hui les méthodes prétendument scientifiques échouent dans 25% des cas (rapport Ferrier, 1998) avec des effectifs de 25 par classe. « Prétendument » car la prétention à la scientificité de ces Diafoirus ne va pas jusqu’à mesurer leur efficacité. C’est pourtant en favorisant les méthodes les plus efficaces que le National Reading Plan a réussi à améliorer les performances des écoliers américains en lecture. Faire la même chose en France devrait permettre une amélioration similaire sans coûter un centime à l’État.

    Une autre cause du désastre éducatif de la France est la diminution dramatique du nombre d’heures consacrées à l’enseignement du français tant en primaire qu’au collège. Entre 1967 et 2001, les élèves de primaire ont perdu plus d’une année de français. Au collège, entre 1972 et 2002, c’est également une année de français qui a été perdue. Cela au profit d’activités « d’éveil » ou de « découverte du monde » : informatique, langue vivante, éducation à la santé, au développement durable, et bientôt lutte contre les stéréotypes sexistes. Cela au gré des modes et des lubies de ministres de rencontre. Là encore, la suppression de ces gadgets et le retour à des horaires décents pour étudier le français améliorerait le niveau des enfants de notre pays sans coûter un euro aux contribuables.

    Mais pour faire cela, il faudrait déloger de leurs postes les experts auto-proclamés de l’éducation qui se sont infiltrés dans tous les rouages de l’enseignement. Eux qui, de leur propre aveu, se sont trompés — Philippe Mérieux reconnaissant avoir eu tort de vouloir apprendre à lire à partir de modes d’emploi ; Jean Hébrard estimant que ce qu’il a écrit dans les années 70 ne vaut rien — et qui continuent pourtant à pontifier… Virer ces responsables du désastre culturel subi par la jeunesse de France serait une vraie refondation de l’école. Les finances du pays comme les enseignants ne s’en trouveraient également que mieux.

    Boulevard Voltaire via http://www.actionfrancaise.net

  • Le livre noir du libéralisme (P. Larrouturou)

    Je suis membre de l’association d’Alain Soral, « Egalité et Réconciliation ». Du coup, je fréquente des gens de gauche. Du coup, ils me font lire des bouquins écrits par des gens de gauche. Du coup, j’ai lu « le livre noir du libéralisme », de Pierre Larrouturou (PL).

    Surprise : c’était une lecture vraiment intéressante. Il reste de la vie intelligente à gauche, finalement.

    PL est un ancien du cabinet Andersen. Un moment proche de l’UDF, passé par le PS au temps du rocardisme, en était parti après la mise au placard de Rocard, y revint après le 21 avril 2002 sur l’invitation de F. Hollande (qui préférait le savoir à l’intérieur de la structure plutôt qu’à l’extérieur, au moment où le PS vacillait). PL vient de fonder « Nouvelle Gauche », une association qui se propose de « réveiller le PS » (tout un programme…)

    « Le livre noir du libéralisme » est divisé en trois parties : le constat (le néolibéralisme nous conduit au désastre absolu), la solution (un New Deal européen), et le blocage (l’état tragicomique du PS français).


    PLAN

    1.1 - La fausse croissance américaine

    1.1.1 - La dette, moteur d’une fausse croissance
    1.1.2 - L’immigration, remède temporaire aux inégalités

    1.2 - Du désastre américain à la récession mondiale ?

    1.3 - Du rêve chinois au cauchemar belliciste ?

    1.4 - L’arnaque Sarkozy

    1.4.1 - Retraites : le faux médicament
    1.4.2 - Chômage : la fausse guérison

    2 - LA SOLUTION

    2.1 - Abandonner les illusions rassurantes

    2.1.1 - Pas de miracle de la croissance
    2.1.2 - Pas de miracle sur le chômage
    2.1.3 - Pas de miracle protectionniste

    2.2 - Faire naître une nouvelle société

    2.2.1 - Un nouveau modèle européen
    2.2.2 - Une Europe sociale
    2.2.3 - Un nouveau Bretton Woods

    3 - LE BLOCAGE

    3.1 - Le PS est autiste

    3.1.1 - Zéro débat
    3.1.2 - Zéro projet
    3.1.3 - Zéro ambition

    3.2 - Vers un nouveau mai 68 ?

    4 - MES CRITIQUES

    4.1 - Une vision trop limitative

    4.1.1 - Tout l’Occident est en crise
    4.1.2 - La question identitaire
    4.1.3 - Une crise de civilisation

    4.2 - Une certaine ignorance des rapports de force


    RESUME ET CRITIQUES


    1 - LE CONSTAT

    PL démonte pour commencer quelques-uns des mythes contemporains. Cette partie du bouquin en fait la valeur : beaucoup d’informations, des analyses parfois péremptoires, mais en tout cas dérangeantes.

    1.1 - La fausse croissance américaine

    Pour PL, la croissance américaine n’est due qu’à deux moteurs : la dette et l’immigration.

    1.1.1 - La dette, moteur d’une fausse croissance

    Les USA connaissent, depuis 25 ans, une phase de concentration des richesses très marquée. Les 5 % les plus riches sont de plus en plus riches, le reste de la population s’appauvrit. D’où la dette des particuliers : pour pouvoir continuer à consommer, il faut que les pauvres s’endettent. Voilà la voie « néolibérale » vers laquelle veut nous entraîner une partie de notre classe dirigeante euromondialiste.

    Cette voie est à long terme une impasse. La dette totale américaine (privée et publique y/c secteur financier) se monte à 340 % du PIB. A titre de comparaison, à la veille de la grande récession de 1929, la dette totale n’était « que » de 140 % du PIB. Il y a un risque sérieux de crise majeure à brève échéance.

    La bonne santé de l’économie américaine est totalement artificielle. On nous parle de plein emploi : en réalité, le nombre d’heures travaillées moyen par emploi est plus faible aux USA (33,7 heures) qu’en France (36,2 heures). S’il y a moins de chômeurs aux USA, c’est parce que toute une Amérique survit d’une fiche de paye à l’autre, en travaillant 10 heures par semaine sur des emplois de service sous-payés.

    Le contenu de la croissance américaine est malsain. Le PIB par tête est gonflé par de faux revenus, qui sont aussi de vrais déficits. Par exemple : les frais de santé par tête sont deux fois plus élevés aux USA qu’en France et pourtant, l’espérance de vie est plus faible là-bas qu’ici. Pourquoi ? Entre autres choses, parce que les « frais généraux » du système de santé américain sont très lourds. C’est l’endettement des plus pauvres qui, pour l’instant, permet de financer ce système inefficient, dont le gonflement artificiel crée optiquement de la « croissance ».

    En somme, la crise des subprimes n’est que la partie émergée d’un formidable iceberg de dettes non provisionnées. Comme les pauvres, de plus en plus pauvres, ne peuvent plus consommer qu’à crédit pendant que les riches, de plus en plus riches, ont besoin de faire tourner la machine économique pour rentabiliser leurs placements, l’Amérique doit fabriquer constamment de nouvelles bulles spéculatives pour cacher chaque dette avérée sous une nouvelle cascade d’emprunts. C’est exactement le mécanisme qui conduisit jadis à la crise de 1929 : tôt ou tard, on ne peut plus continuer à dissimuler la faillite collective, et donc, ça craque.

    1.1.2 - L’immigration, remède temporaire aux inégalités

    Une échappatoire, cependant…

    Pour continuer à faire croître leur marché intérieur alors que les inégalités croissantes empêchent les pauvres de consommer, les USA ont de plus en plus recours à un subterfuge : l’immigration, qui permet d’augmenter la consommation totale alors que les salaires stagnent. Voici en effet un fait peu commenté par les thuriféraires du modèle américain : hors croissance démographique lié à une immigration clandestine d’abord, régularisée ensuite, le PIB américain augmenterait moins vite que celui de l’Europe. Et cela, malgré son financement par la dette !

    En somme, le modèle américain contemporain, eh bien ça ne marche pas. Tout simplement.

    1.2 - Du désastre américain à la récession mondiale ?

    Le capitalisme dérégulé des Chicago boys fabrique des bulles financières à répétition depuis 25 ans (envolée boursière pré-1987, mirage de la nouvelle économie dans les années 90, bulle immobilière des années 2000, bulle sur les matières premières en voie de formation…).

    Le triomphe de ce capitalisme-là risque au final d’être de courte durée : il en train de crever de sa victoire. Partout, des montagnes de cash s’accumulent, mais il n’y a plus d’investissement productif, faute de marché solvable. Le ratio investissement sur PIB est à son plus bas niveau historique dans les pays du G7. Il y a un risque sérieux de déflation mondiale soudaine.

    1.3 - Du rêve chinois au cauchemar belliciste ?

    En pendant ce temps-là, hors d’Amérique…

    En Chine : la situation de l’empire du Milieu version 2007 rappelle celle de l’Allemagne des années 30, avec un cocktail explosif de force extrême (développement industriel, croissance très rapide des capacités militaires) et de faiblesse extrême (déséquilibre social, dépendance envers l’investissement étranger).

    La Chine est en état de grande tension : le soi-disant « miracle chinois » n’a été possible que grâce à l’esclavagisation d’une grande partie de la population (main d’œuvre au rabais). Chaque année, 24 millions de personnes supplémentaires arrivent dans les villes pour trouver du travail, et la moitié n’en trouve pas ou peu. Pour l’instant, ce pays au bord de l’explosion se rééquilibre grâce à un développement rapide mais malsain, tiré par la demande américaine. Moralité : si les USA cessaient d’importer, la Chine devrait piloter un atterrissage douloureux.

    Or, l’Amérique va réduire ses importations. Assise sur une montagne de dettes, Washington va déprécier le dollar, c’est inéluctable. D’où le scénario catastrophe : comme la croissance chinoise dépend d’une consommation américaine financée par la dette, l’implosion financière des USA provoquera l’implosion sociale de la Chine, et cette implosion poussera les dirigeants chinois à la guerre – parce qu’ils n’auront pas d’autre porte de sortie.

    1.4 - L’arnaque Sarkozy

    En pendant ce temps-là, hors d’Amérique et loin de la Chine…

    En France, la réaction des « élites » est de présenter la crise française comme une conséquence des carences de notre pays. Ce discours n’est, selon PL, que poudre aux yeux. Les carences supposées de notre économie ne sont pas le vrai problème. Le discours officiel ne sert qu’à justifier l’alignement de la France sur un modèle néolibéral qui est, lui, le vrai problème.

    Pour PL, la crise du modèle français n’est due qu’à la collision entre notre modèle et le désastre social mondialisé. Certes, un RMIste aujourd’hui gagne autant qu’un travailleur à temps partiel sur un emploi précaire. Mais qu’est-ce que ça prouve, sinon que les revenus du travail doivent être réévalués ?

    La rigidité française est un mythe : le taux de rotation de la main d’œuvre est plus élevé en France (23%) qu’en Allemagne (16 %), et il est presque aussi élevé qu’aux USA (24 %). Nous sommes les champions des horaires atypiques, ce qui nous permet une durée d’utilisation des équipements dans l’industrie de 54 heures par semaine, record du monde.

    En 25 ans, en France, la part des salaires dans le PIB est passée de 79 % à 67 %. Voilà concrètement ce qui provoque la crise française. Et ce phénomène n’a rien d’exceptionnel : au niveau de l’économie occidentale, la part des salaires vient d’atteindre un plus bas depuis… 1929.

    1.4.1 - Retraites : le faux médicament

    Pour cacher la véritable nature de la crise, à l’UMP, le mensonge est de rigueur. Fillon se vante d’avoir réussi la réforme des retraites : en fait, l’âge moyen de départ à la retraite, qui était de 62 ans en 2001, vient de passer sous la barre des 61 ans. C'est-à-dire que tout en allongeant la durée de cotisation, le pouvoir a laissé s’installer une situation où les gens sont poussés à prendre leur retraite de plus en plus tôt (d’où, bien sûr, la baisse prévisible du pouvoir d’achat des retraités).

    1.4.2 - Chômage : la fausse guérison

    Autre exemple du mensonge UMP : les chiffres du chômage sont bidonnés. En réalité, il reste 3,3 millions d’inscrits à l’ANPE en catégorie « immédiatement disponibles », 0,4 million en catégories « chômeurs en formation » ou « emplois aidés », 0,2 million de chômeurs Outre-Mer, 0,4 millions de plus de 55 ans dispensés de recherche d’emploi, 1,2 millions de RMIstes (dont la moitié n’émarge pas à l’ANPE). Au final, il y a en France au moins 4,5 millions de chômeurs. On est loin des 2 millions officiels… En fait, la « baisse du chômage » officiellement proclamée ne résulte que du basculement d’une partie des chômeurs vers des catégories non comptabilisées dans les statistiques. On a caché la poussière sous le tapis, c’est tout.

    Les chiffres de création d’emplois sont également faussés : en fait, l’intérim et les boulots précaires explosent. C'est-à-dire qu’une France est en train de naître, où l’on vit d’une feuille de paye sur l’autre, avec 15 heures au SMIC par semaine. PL estime que c’est là le vrai problème français, celui qui risque effectivement d’avoir un jour des conséquences politiques très graves. Les émeutes de novembre 2005 furent d’ailleurs, si l’on en croit les RG, la conséquence de ce désastre social, alignement sur la société inégalitaire en voie de formation aux USA.

    Un alignement mondial, bien sûr : au Japon aussi, par exemple, la proportion d’emplois à temps partiel explose. En Allemagne, 6 millions de salariés survivent avec 400 euros par mois. 7 millions d’Allemands vivent sous le seuil de pauvreté… Ce que nous venons de dire pour la France est vrai pour toutes les économies développées.

    C’est la marche au désastre.

    2 - LA SOLUTION

    Pour PL, la solution passe d’une part par la prise de conscience collective de la situation réelle (nous sommes au bord du gouffre), d’autre part par la naissance d’une nouvelle société.

    2.1 - Abandonner les illusions rassurantes

    2.1.1 - Pas de miracle de la croissance

    Tout d’abord, savoir que : l’Europe, toutes choses égales par ailleurs, ne peut dans les décennies qui viennent que connaître une croissance faible (moins de 1 % par an), pour des raisons structurelles, démographiques en particulier. Savoir en outre qu’une récession est très possible, sachant que le prix du baril de pétrole pourrait dépasser 300 $ en 2015, si l’épuisement des gisements est confirmé (risque à ce stade mal connu). Ensuite savoir que : le type de mesure envisagé par Sarko relève :

    • soit du court-termisme (par exemple le déblocage de l’épargne salariale, qui a fait bondir le PIB d’un demi point sur un trimestre, puis entraîna une baisse compensatoire le trimestre suivant),
    • soit du financement par la dette des ménages, comme aux USA (ce que Sarkozy appelle une France de propriétaires, c’est en réalité une France de surendettés).

    Moralité : il n’y a pas de croissance miracle à espérer.

    2.1.2 - Pas de miracle sur le chômage

    La réduction du chômage par l’effet de la démographie est une simple illusion d’optique. On ne fera que vider le problème « chômage » en remplissant le problème « retraites ». En pratique, l’allongement de la vie active est inévitable, donc il n’y aura pas de baisse de la population active, donc pas de baisse du chômage réel. La baisse de la population active, vu la pyramide démographique, ne devrait commencer vraiment qu’en 2050, quand la population totale commencera à diminuer sensiblement.

    Moralité : l’effet « baisse du chômage » n’existe que dans les discours de nos hommes politiques.

    2.1.3 - Pas de miracle protectionniste

    La tentation protectionniste doit, estime PL, être repoussée. Le déficit de l’UE avec la Chine est de 110 milliards d’euros en 2006, ce qui commence à devenir vraiment préoccupant. Pour continuer à gagner des parts de marché à l’exportation, la Chine ne cesse de faire baisser ses salaires réels (c'est-à-dire que le développement de l’économie chinoise en volume est financé par l’appauvrissement des Chinois ordinaires). Comment éviter cette mise en concurrence avec une Chine dont le modèle de développement est malsain ?

    Un protectionnisme pur et dur ouvrirait la porte ouverte à une crise terrible en Chine. Donc à moins de trouver une autre voie, nous avons le choix entre :

    • regarder l’Europe se désindustrialiser (ce qui impliquera tôt ou tard une catastrophe chez nous)
    • ou regarder la Chine exploser (avec à la clef une guerre mondiale).

    A priori, la situation est sans issue.

    2.2 - Faire naître une nouvelle société

    L’issue existe pourtant, estime PL, mais elle suppose une véritable réforme. Une société nouvelle doit naître, dit PL. S’il y a crise, c’est justement parce que le « Nouveau » est empêché de naître.

    Les remèdes sont en réalité bien connus : hausse des salaires (fordisme), protection sociale (Beveridge), soutien de l’Etat (Keynes). Contrebalancer la concentration morbide des richesses par un système de redistribution : voilà la solution, en France et dans le monde (y compris en Chine). Et si cette solution n’est pas appliquée, c’est tout simplement, juge PL, faute de volonté politique.

    2.2.1 - Un nouveau modèle européen

    L’Europe doit montrer la voie en conduisant une véritable révolution du travail. Il faut prendre acte de la formidable hausse de la productivité opérée ces dernières décennies pour réduire enfin sérieusement et mieux partager le temps de travail ( la France possède probablement la plus forte productivité au monde par heure travaillée). PL propose de mettre en place la semaine de 4 jours / 32 heures (son cheval de bataille). D’après lui, cette mesure serait finançable assez facilement (il propose de dispenser de cotisations chômage les entreprises ayant mis en place la semaine de 4 jours – cette partie du livre fait un peu « réclame pour la méthode Larrouturou », alors je vous passe les détails).

    PL en appelle également à une grande politique publique de recherche développement. Il faut que les commandes publiques décuplent dans ce domaine pour que l’Europe rattrape les USA (recherche publique : 250 milliards de dollars par an). Le financement doit être rendu possible par un impôt européen – un simple alignement de la fiscalité européenne sur celle des USA dégagerait des recettes fiscales considérables, car l’impôt sur les bénéfices est de 40 % aux USA, paradis supposé du libéralisme, contre 25 % en Europe, enfer supposé du fiscalisme !

    (Au passage, une remarque : PL fait observer qu’aucun pays européen ne peut remonter son taux d’imposition de manière isolée, puisque les entreprises fuiraient son sol. Cela n’est vrai que parce que l’Europe constitue une zone économique unifiée. C'est-à-dire qu’en créant un espace économique unifié sans créer de fiscalité européenne, l’Europe de Bruxelles a mis les Etats européens en concurrence fiscale. De là le différentiel d’imposition entre l’UE et les USA en matière de bénéfices, et de là, donc, entre autres choses, le déficit de financement public de la recherche en Europe. Cela dit pour ceux qui n’auraient pas encore compris ce qu’est en réalité l’Europe de Bruxelles…)

    Outre un nouveau modèle du travail et une grande politique de recherche, PL propose diverses mesures. Par exemple : que le fonds de réserve des retraites soit utilisé à la construction de logement social, un « placement » plus efficace à long terme que la bourse (qui va imploser à partir de 2010 au plus tard, quand les baby-boomers vendront les actions destinées à financer leurs retraites). Dans la même optique (privilégier l’économie réelle contre l’économie financiarisée), il suggère des investissements massifs dans une grande politique de l’énergie.

    Bref, ce que nous propose PL, c’est un nouveau New Deal, à l’échelle de l’Europe. Ni plus, ni moins.

    2.2.2 - Une Europe sociale

    Ce New Deal européen ne sera possible que si l’Europe se fait pour de bon. PL est manifestement favorable au type de solution proposé par l’Allemand Joschka Fischer en 2000 : une fédération d’Etats-nations, avec un parlement européen souverain pour toutes les questions nécessitant une action commune (monnaie, défense, affaires étrangères) – les parlements nationaux ne conservant que les attributions relatives aux matières locales (instruction publique, urbanisme, par exemple). C’est à peu de choses près la structure des USA – curieusement, PL ne semble pas se rendre compte qu’il propose de décalquer ici, en Europe, les solutions institutionnelles dont il dénonce la faillite économique et sociale outre-Atlantique…

    PL estime la construction de ces Etats-Unis d’Europe incontournable, puisque, dit-il, nos problèmes viennent d’abord de l’Allemagne, laquelle a fortement baissé ses coûts salariaux et augmenté sa TVA (d’où baisse de la consommation, donc des importations). Une Allemagne de plus en plus néolibérale et de moins en moins européenne, qu’il faut « encadrer » par un traité européen (un de plus !), un traité fait pour obliger les économies de l’Euroland à converger vers le haut en matière sociale.

    2.2.3 - Un nouveau Bretton Woods

    Pour que cette convergence de l’Europe vers le haut en matière sociale n’entraîne pas un nouveau mouvement de délocalisation vers la Chine, et sachant qu’il refuse tout protectionnisme « hard », PL préconise un nouveau Bretton Woods. Il s’agit de négocier avec la Chine un système de montants compensatoires qui permettrait de gérer la transition progressive de l’empire du Milieu vers un modèle de développement autocentré. C’est la généralisation à l’échelle du globe du mode de fonctionnement de l’Europe monétaire dans les décennies qui ont précédé la mise en place de l’Euro, tout bonnement.

    3 - LE BLOCAGE

    Ces remèdes rooseveltiens, nous dit PL, sont bien connus. Comment se fait-il alors que le PS ne les propose pas ? – Réponse : parce que le PS, c’est zéro débat, zéro projet, zéro ambition.

    3.1 - Le PS est autiste

    3.1.1 - Zéro débat

    Le PS n’a aucun débat d’idées au plus haut niveau. Les dirigeants se bunkérisent dans un autisme déconcertant. PL raconte qu’un ponte du PS (dont il tait le nom, hélas) lui a déclaré, avant le référendum de 2005, que ça ne servirait à rien de demander un complément social au traité européen, parce que de toute façon, « le politique ne peut rien faire sur le chômage, sur le logement ou sur l’illettrisme. » D’où l’on peut effectivement déduire, avec Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, que le rôle du politique, c’est de remplir les pages people…

    3.1.2 - Zéro projet

    Dans ces conditions, et PL le dit explicitement, le but de la direction du PS est de donner l’impression qu’elle fait quelque chose, alors qu’elle ne fait rien.

    Absolument rien.

    Où l’on reparle de la pathétique querelle de ménage Hollande – Royal, etc. Je vous épargne cette partie du bouquin, parce qu’on ne tire pas sur une ambulance en panne.

    3.1.3 - Zéro ambition

    En fait, le choix du PS est tout simplement de gagner les collectivités locales (fromages, assiette au beurre, yabon copinage) tout en laissant la droite d’affaire gérer l’implosion de la société française. Le PS, c’est un parti centré sur la lutte des places. Au point que PL juge possible qu’un jour, l’UDF de Bayrou remplace le PS comme « force de gauche » – conclusion qui, je l’avoue, me ferait bien rire…

    3.2 - Vers un nouveau mai 68 ?

    PL voudrait que le PS porte un projet de société, et même qu’il travaille avec le SPD pour construire un véritable projet européen. Pour sortir ce parti cataleptique de son sommeil, il appelle de ses vœux une sorte de « mai 2008 bis » – avec, en arrière-plan, l’idée qu’une gauche « remise en mouvement » pourrait enfin surmonter ses divisions. Au besoin, il envisage de lancer un mouvement sur le modèle du très drôle « Vaffanculo day » inventé par l’acteur italien Beppe Grillo (chaque semaine, des milliers de personnes s’assemblent pour dire à la classe dirigeante d’aller se faire f… Une sorte de manif anti-CPE permanente, si vous voulez).

    Une suggestion en forme de provoc à deux balles, à mon avis bien révélatrice de la crise de nerfs qui guette le Parti Socialiste !

    4 - MES CRITIQUES

    PL est un économiste visiblement sérieux, qui creuse ses sujets et sait de quoi il parle. Mais je formulerais deux critiques lourdes : une vision trop limitative, une certaine ignorance des rapports de force.

    4.1 - Une vision trop limitative

    4.1.1 - Tout l’Occident est en crise

    Tout à sa volonté de rédiger un « livre noir du libéralisme », PL a tendance à oublier que le modèle d’économie mixte à la Française reproduit largement les errements du néolibéralisme mondialisé (à petite échelle, il est vrai). Remarque : la dette publique française est de 70 % du PIB officiellement, probablement 160 % si l’on réintègre les retraites par répartition (et il faut les réintégrer, parce que c’est bel et bien une traite sur l’avenir, donc une dette). Par des voies différentes de celles des USA (endettement caché par les retraites plutôt que dette privée), nous avons en fait pratiqué à peu près la même politique qu’eux.

    Au fond, c’est toute une civilisation qui est en crise, et cette crise ne renvoie pas seulement à la question du libéralisme. Cela, le mondialisme néolibéral, ce n’est que la forme principale prise actuellement par une crise beaucoup plus globale (au sens de : qui concerne tous les domaines en tous lieux).

    4.1.2 - La question identitaire

    Limitatif, PL l’est aussi en ignorant complètement la question identitaire en France et en Europe. Son monde semble peuplé d’ « homo economicus » mathématiquement égalisés. Cet angle mort lui fait, parfois, manquer des éléments de diagnostic cruciaux. Par exemple, il s’étonne du différentiel de performance entre le système éducatif finlandais et le système français. Mais à aucun moment, il ne s’intéresse à la diversité ethnique respective des deux pays…

    PL semble persuadé que l’homme est indéfiniment modelable par le système social. Il croit que le niveau de compétence académique moyen a fortement augmenté en France, puisque, dit-il, les effectifs de l’enseignement supérieur ont augmenté. Et de toute évidence, il s’imagine qu’une nouvelle hausse ferait semblablement monter le niveau. Tout cela paraît bien théorique, déconnecté du réel. PL vit dans un monde économétrique, mathématisable – le monde de Jacques Attali, la conscience en plus.

    PL ne semble pas remarquer que la catastrophe qu’il décrit prend forme au moment précis où l’Occident comme civilisation implose démographiquement, culturellement, politiquement. Il ne pose à aucun moment la question du lien éventuel entre la « mauvaise croissance » étatsunienne et l’individualisme organique américain, paroxysme de la modernité bourgeoise. Il y a, de toute évidence, un refus chez PL de voir dans sa globalité la question contemporaine, d’élever cette question jusqu’à remettre en cause la finalité même de l’expérience sociale, telle que le matérialisme contemporain la formule.

    4.1.3 - Une crise de civilisation

    PL ne voit que l’aspect économique des problèmes. La question civilisationnelle n’est qu’effleurée dans son essai – il constate que l’un des blocages en matière de réduction du temps de travail, c’est que le travail est devenu un des divertissements qui permettent à l’homme occidental contemporain de se fuir. Mais comment faire cesser cette fuite ? – A cette question, PL ne tente même pas de répondre.

    C’est pourquoi, s’il a bien vu que le néolibéralisme est une pathologie, il ne cherche pas à remonter jusqu’à la cause profonde de cette pathologie. PL parle du point de vue de quelqu’un qui veut continuer à faire fonctionner un système sur le point d’entrer en crise fatale – mais mon avis, mon avis à moi, je l’avoue, c’est que ce système est la crise. En lui-même.

    Derrière la catastrophe prévisible qui marquera l’implosion cataclysmique du modèle mondialiste néolibéral, il y a, à mon humble avis, la faillite d’un mode de pensée systématique et désincarné (Hobbes), individualiste et dualiste (Descartes), matérialiste et amoraliste (Adam Smith). La reproduction presque trait pour trait du désastre de 1929, reproduction qui semble bel et bien être au programme de la prochaine décennie, confirme que la crise du modèle occidental moderne est structurelle, qu’elle ne pourra que se reproduire à intervalles réguliers, et que seule l’existence d’un contrepoids puissant (l’URSS entre 1945 et 1985) a permis temporairement de borner les tendances auto-amplificatrices de ce système incohérent, spontanément porté à opérer une division de l’humanité entre détenteurs du capital et masses aliénées.

    4.2 - Une certaine ignorance des rapports de force

    La vision limitative adoptée par PL l’empêche de formuler une réponse à sa propre critique en termes de rapports de force effectifs. PL pense, ou affecte de penser, que la catastrophe latente qu’il décrit dans la première partie de son essai n’est que l’incidence fâcheuse d’une politique conduite par des inconscients. Vision rassurante, mais que rien ne vient étayer…

    Il existe une vision alternative à celle de PL. Selon cette vision, la violence faite aux peuples par le mondialisme néolibéral n’est pas le prix à payer pour le déploiement du système économique en tant que finalité : c’est le système économique qui est au contraire le moyen, et la violence qui est le but. Dans cette optique, l’idéologie mondialiste néolibérale est un outil, outil qui permet d’exercer une violence délibérée sur les peuples, violence qui constitue la fin dernière du pouvoir.

    Cette question du caractère volontaire de la crise, question que PL refuse d’aborder, est pourtant centrale. Si l’optique alternative est la bonne, alors il ne sert à rien d’expliquer à la classe dirigeante euromondialiste que sa politique nous conduit au désastre : ça ne sert à rien, parce que dans cette hypothèse, la classe dirigeante veut le désastre. Donc, dans cette hypothèse, il ne s’agit pas de convaincre les dirigeants de l’utilité d’une politique réformiste, il s’agit de préparer leur renversement, ou tout au moins de construire un rapport de forces qui les obligera à des concessions.

    Enfermé dans son positionnement d’économiste perturbateur au sein de la gauche dite réformiste, PL s’interdit de poser les vraies questions, en particulier dans la troisième et décisive partie de son bouquin. D’où vient en réalité le blocage qu’il dénonce ? Et si, en avouant que le politique est impuissant, les hiérarques du PS ne faisaient que dire la vérité ?

    Avec la disparition de la menace soviétique et la déconstruction méthodique des faits nationaux, donc des nations, donc des peuples, donc des masses populaires en tant que collectivités soudées capables de prendre conscience d’elles-mêmes comme forces agissantes, avec aussi le déplacement des capacités d’intégration logistique depuis les organisations territoriales vers les organisations non territoriales, les mondialistes néolibéraux se retrouvent en situation de toute puissance : voilà le vrai problème.

    PL ne se demande pas ce qu’est l’Europe de Bruxelles, ce qu’est sa nature. C’est quoi, cette Europe de Bruxelles qui ne réagit pas quand les USA organisent, par leur politique de change, la désindustrialisation de leur principal concurrent géostratégique ? Les USA se sont auto-désindustralisés, et à présent ils exportent leur modèle... Est-ce que cette Europe de Bruxelles est une expression de la souveraineté européenne ? Ne serait-ce pas plutôt un proconsulat de l’empire mondialiste ? – Poser la question, c’est y répondre. En proposant de renforcer l’échelon européen avant d’avoir traité cette question de la souveraineté, PL prend le risque de renforcer l’ennemi qu’il croit combattre. A quoi ça sert de faire enfin fonctionner l’Europe, si l’Europe n’est pour finir qu’un auxiliaire de l’empire ?

    Faute de poser ces questions fondamentales, PL se condamne à tourner autour du pot, sans jamais s’en approcher vraiment. Son « mai-68 bis » ne convaincra personne. Qu’est-ce qui se passerait si le peuple de France descendait dans la rue ? – Ma foi, il y trouverait sans doute le sous-prolétariat violent qui s’est déjà défoulé lors des manifs anti-CPE, en 2006, et dans l’hypothèse où cela ne suffirait pas à faire sagement rentrer la classe moyenne inférieure à la maison, on peut supposer que l’oligarchie n’hésiterait pas à faire monter le niveau de violence interethnique jusqu’au point où une reprise en main autoritaire du pays deviendrait possible – au nom, bien entendu, de la tolérance et des Droits de l’Homme.

    PL se croit en démocratie alors qu’il n’y a plus de peuple : voilà son problème. PL veut sauver la gauche réformiste, alors que le Capital n’a plus aucune raison de se réformer : voilà son impasse. PL veut croire que la classe dirigeante souhaite l’égalité, alors qu’elle veut l’inégalité, l’injustice même. PL veut réveiller le PS, lui enseigner ce qu’il ne sait pas. Mais je crains, moi, que les dirigeants du PS n’aient hélas compris, de leur côté, quelque chose que PL, malgré toute sa science, malgré toute sa finesse, n’a fait qu’entrapercevoir…
    Michel Drac http://www.scriptoblog.com

  • Yvain ou le Chevalier au Lion

    Un roman mythologique

    Du merveilleux au mythe, la distance n'est pas très grande d'autant que les deux domaines procèdent d'un même univers originel. Le Chevalier au lion est riche d'épisodes mythiques dans le sens le plus immédiat du mot. La mythologie peuple ses récits d'êtres monstrueux, de combats prodigieux contre des géants, d'exploits hors du commun réservés à des êtres d'élite. Yvain accomplit justement les épreuves héroïques classiques du héros parfait. Il affronte des adversaires multiples ou des personnages monstrueux avec une déconcertante énergie. L'adversaire est unique lorsqu'il s'agit du géant Harpin de la Montagne, sombre brute sanguinaire et perverse. L'adversaire est double lorsqu'il s'agit des deux fils du netun, les invincibles champions du seigneur de la Pire Aventure. L'adversaire est triple enfin lorsqu'il s'agit des trois chevaliers félons qui ont injustement accusé Lunette d'un crime qu'elle n'a pas commis.

    Ces exploits tirent leur caractère mythique de la nature même des adversaires affrontés. L'adversaire monstrueux ou triple est typique des mythes d'initiation à la guerre dans la mythologie indo-européenne. Le mythologue Georges Dumézil a montré l'importance du motif du combat contre trois adversaires. Il y voit un thème fondamental dans l'initiation guerrière du héros indo-européen. Dans le cas des netuns, les adversaires monstrueux ne sont que deux mais leur nature mythique est bien rappelée par leur nom : netun vient peut-être de Neptunum. Dans le sillage de ce nom, il faut placer les rites en l'honneur de Neptune (les Neptunalia dont parle Georges Dumézil) et qui concernent précisément les eaux dangereuses et caniculaires qui sont apparues au début du roman avec la furieuse tempête. Avec Harpin de la Montagne, réapparaît une figure classique de monstre mythique et prédateur : un géant dont le caractère ogresque est renforcé par le fait qu'il vient régulièrement chercher une pâture humaine pour satisfaire ses appétits pervers. On songe naturellement au Morholt de la légende tristanienne ou au Minotaure grec.

    On notera que ces trois combats sont concentrés dans la deuxième partie de l'oeuvre. Lors de ces luttes, le chevalier est toujours assisté de son lion qui semble faire corps avec lui. De ce fait, Yvain et son lion ne font qu'un. Il s'agit de deux personnages en une seule et même figure : l'un est la métaphore de l'autre. Les miniatures médiévales n'auront aucun mal à déduire la nature héraldique de ce lion : Yvain est toujours représenté avec un écu au lion. Dans l'adaptation islandaise du Chevalier au Lion, le lion d'Yvain est qualifié de berserkr. C'est dire qu'il est un guerrier-fauve, un guerrier "à chemise d'ours", pour reprendre une expression classique de la littérature scandinave que traduit justement le terme berserkr. En fait, Yvain tient lui-même du guerrier-fauve, ce parfait animal de combat, comme le soulignent les métaphores du texte, mais la présence d'un lion à ses côtés vient humaniser et relativiser la violence de son comportement en reportant sur la bête la terrifiante force aveugle qu'il a su désormais maîtriser. L'épisode de la folie sauvage d'Yvain témoigne sans doute de l'état de fureur propre au guerrier-fauve. Les récits mythologiques représentent cette colère et cette fureur transfigurantes caractéristiques du héros indo-européen. Cette frénésie qui correspond réellement à la folie d'Yvain constitue une étape importante dans l'initiation guerrière du héros. Dans sa période de rage et de fureur, le futur héros se confond littéralement avec l'homme-fauve. Il échange sa nature contre celle d'un ours, d'un loup ou d'un chien dont il prend directement l'apparence.

    Dans la première partie du roman figure un autre épisode dont le caractère mythique est évident. Il s'agit de la coutume de la fontaine. On a depuis longtemps souligné le caractère traditionnel de cet usage qui s'apparente à de vieux rites pour obtenir la pluie, particulièrement lors des périodes de grosse chaleur. Verser un peu d'eau sur la pierre qui borde la fontaine entraîne un véritable déluge et un orage terrifiant. Le rite pratiqué autour de la fontaine de Barenton dans la forêt de Brocéliande est probablement un reste de vieux cultes néolithiques, antérieurs au monde indo-européen. Il confirme le lien d'Yvain avec la mythologie de la canicule puisque c'est la période au cours de laquelle les orages sont les plus dangereux. Mais la canicule est aussi la période zodiacale du Lion, signe emblématique d'Yvain. 

    Chevalier-lion

    En posant d'emblée la figure du lion comme emblème de son héros Yvain, Chrétien de Troyes privilégie une figure symbolique riche de sens. Incarnant traditionnellement la bravoure, la fierté et la force, le lion résume bien les vertus que l'on s'accorde volontiers à reconnaître à Yvain. Compagnon d'armes du chevalier, le lion se confond avec lui au point que les deux êtres échangent leurs personnalités. D'une part, Yvain est comparé à un lion. D'autre part, le lion tient parfois le rôle d'Yvain. Il devient même un personnage à part entière, pourvu des mêmes réactions et sentiments qu'un humain, par exemple lorsqu'il tente de se suicider. Le lion d'Yvain est sans nul doute le premier modèle d'un personnage animal humanisé dans la littérature française : audacieuse tentative d'un écrivain inventif. Il faut relire les passages où apparaît le lion pour comprendre comment Chrétien a su humaniser cet animal a priori terrifiant.

    Dans le roman, le lion est un animal guerrier qui s'apparente et se substitue à la figure plus archaïque de l'ours. Comme l'a montré Michel Pastoureau, spécialiste de l'héraldique, c'est vers le milieu du XIIè siècle que se produit une mutation importante dans l'histoire des symboles : l'ours qui est alors considéré comme le roi des animaux est remplacé par le lion. Le roman de Chrétien de Troyes se place donc au moment où l'ours tend à devenir lion sous l'influence de modèles antiques gréco-latins. Avant d'être un chevalier au lion, Yvain a sans doute été un chevalier à l'ours, à l'instar d'Arthur qui porte justement le nom celtique de l'ours (art). Rappelons en effet qu'en ancien français le nom du roi est Artu(s) et on n'aurait aucun mal à trouver des héros antiques qu'une relation archaïque au lion a pour ainsi dire portés vers un statut mythique. Le plus célèbre de ces héros est sans conteste Héraclès, toujours associé au lion qui rappelle l'un de ses exploits. Il revêt sur ses épaules en effet la peau du lion de Némée qu'il a tué dans un de ses célèbres travaux. À travers cette peau qui lui sert d'emblème, il s'est approprié la force mythique du lion. Il est devenu un homme-lion. Yvain est une sorte d'Héraclès celtique. Lui aussi accomplit des exploits sans toutefois tuer le lion qui va devenir son emblème. Au contraire, le lion deviendra son compagnon après avoir été sauvé de l'étreinte mortelle du serpent. Notons ici que, dans la langue médiévale, serpent désigne plutôt un dragon qu'un simple serpent (c'est bien ainsi que le représentent les miniaturistes du Moyen Âge). Son analogue serait plutôt la tarasque vaincue par sainte Marthe dont le nom rappelle celui de l'ours (art dans les langues celtiques) et dont la fête tombe le 29 juillet en pleine période caniculaire. Si le Chevalier au Lion tue le dragon en présence d'un lion, on peut assurément traduire cet épisode en termes de calendrier : Yvain est bien un héros de la canicule. Il accomplit son exploit lorsque le soleil est dans le signe du Lion et il tire de cet exploit son surnom. La mythologie chrétienne du Moyen Âge conserve dans le calendrier la mémoire du mythe celtique fondateur sur lequel est construit le roman de Chrétien. C'est ce que Nathalie Stalmans appelle avec raison les "affrontements des calendes d'été dans les légendes celtiques". Ce mythe se retrouve aussi bien dans les légendes hagiographiques que dans plusieurs récits hérités du monde celtique.

    Le lien entre Yvain et le lion serait ainsi de nature zodiacal. Il soulignerait le caractère solaire du héros qu'il partage d'ailleurs avec Gauvain dont il est le cousin germain mais il renverrait aussi à sa date de naissance. Il existe un texte irlandais racontant la naissance mythique d'Yvain/Owein. On y apprend que le héros a été engendré, près du gué de l'Aboiement, lors d'une nuit de Samain (autrement dit le 1 novembre). Par conséquent, il naît neuf mois plus tard, le 1er août, jour de Lugnasad (fête du dieu solaire Lug) dans le calendrier celtique. Ainsi, le signe du Lion (du 22 juillet au 23 août) est le signe zodiacal d'Yvain. Natif du Lion, Yvain est un enfant du soleil car le soleil possède son domicile astrologique dans le seul signe du Lion. La présence d'un lion aux côtés d'Yvain n'est plus alors un simple hasard. Il rappelle le caractère solaire du héros. Il préfigure aussi son destin héroïque et royal. Il est admis en effet dans la tradition astrologique que le signe du Lion est un signe d'excellence puisqu'il est lié à l'astre le plus puissant : le soleil.

    Dans l'interprétation traditionnelle de l'Antiquité, le signe du Lion est le signe royal par définition. Macrobe (que Chrétien de Troyes connaissait fort bien puisqu'il le cite au v. 6730 d'Érec et Énide) était un grammairien latin du début du Vè siècle après Jésus-Christ. Il était l'auteur d'un commentaire à la fois mathématique, astronomique et mythologique sur le Songe de Scipion de Cicéron. Ce Commentaire sur le Songe de Scipion développe une idée essentielle que les érudits du Moyen Âge devaient méditer. La Voie Lactée (dont on sait qu'elle apparaît lorsque le soleil est dans le signe zodiacal du Lion) est la voie des héros. Tout personnage qui aurait un lien avec cette Voie Lactée ne pourrait être que prédestiné à un destin d'exception. C'est bien le cas d'Yvain porté vers sa destinée royale par ce signe exemplaire. De très nombreuses sculptures de l'époque romane illustrent les thèmes de cette mythologie solaire où les figures bibliques et gréco-romaines rejoignent les grands thèmes celtiques.

    À partir d'une mythologie qu'il hérite du monde celtique et qui exploite quelques grands motifs mythiques liés à la période de la canicule (signe zodiacal du Lion), Chrétien de Troyes livre dans le Chevalier au Lion un nouveau mythe adapté au monde chrétien et courtois du Moyen Âge. Ce mythe est celui du chevalier-roi, modèle de toute perfection, qui s'élève vers une souveraineté royale et amoureuse à la fois. Dans l'évolution de l'écriture romanesque de Chrétien de Troyes, ce roman expérimente une véritable esthétique du symbole, comme l'a montré Daniel Poirion. À partir des éléments que lui livre la tradition orale des Celtes, Chrétien cherche à créer un personnage qui serait une référence suprême en matière d'héroïsme. Le symbolisme zodiacal lui sert à suggérer l'image d'un héros solaire capable de rivaliser avec ses glorieux ancêtres antiques. Yvain, sous les traits du héros, incarne la perfection de la chevalerie courtoise : ardent défenseur des faibles et des opprimés, il est le chevalier sans reproche qui donne désormais à la chevalerie une mission morale qui prépare de loin la chevalerie céleste des futurs romans en prose du Graal. En s'imposant comme l'un des meilleurs chevaliers du monde, il devient un repère mythique pour la chevalerie courtoise car il relève un défi nouveau. Si, dans la tradition occidentale, le héros est surtout un être qui ne s'accomplit que dans une mort exemplaire, à travers Yvain, c'est la vie qui est exaltée. La fatalité inhérente à la figure héroïque (et que Tristan assume dans sa mort d'amour), Yvain l'exorcise en s'engageant sur une voie qui éloigne le pessimisme tragique du destin pour rechercher l'optimisme radieux de la volonté. Séduit par l'éclat du symbole léonin, le romancier champenois réalise ainsi une synthèse magnifique du héros qui concentre toute la richesse de la tradition mythologique résumée dans un double héritage celtique et gréco-latin. En même temps, il élabore une réflexion originale sur l'héroïsme chevaleresque et courtois en incarnant le modèle troubadouresque du fin amant dans une figure où "avec le Lion, le soleil et la raison brillent sur l'héroïsme".

    Professeur à l'université de Grenoble