
L'assassinat de l'Archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, dont les conséquences ensanglantèrent l'Europe pendant quatre ans, faillit échouer. Le 28 juin 1914, un hasard fit basculer l'histoire.
L'une des principales objections au sens de l'histoire tel que le conçoivent les marxistes, tient à l'importance que revêt parfois un aléa, une coïncidence, un détail qui entraîne des conséquences considérables. Ainsi, le 28 juin 1914, à Sarajevo, si l'automobile dans laquelle se trouvaient l'Archiduc François-Ferdinand, héritier de l'empire austro-hongrois, et son épouse, la duchesse Sophie de Hohenberg, ne s'était pas inopinément arrêtée à l'endroit où se trouvait posté Gavrilo Princip, l'attentat qui provoqua la Première Guerre mondiale, avec pour conséquences la révolution russe, la disparition de l'empire austro-hongrois, celles de l'empire allemand et de l’empire ottoman, enfin la Deuxième Guerre mondiale, aurait échoué.

En 1897 Péguy épouse civilement Charlotte Beaudouin à la mairie du cinquième arrondissement de Paris. Recalé à l'agrégation de philosophie, il achète avec l'argent de sa belle-famille une librairie près de la Sorbonne - à l'angle des rues Cujas et Victor-Cousin - où il compte certes vendre des livres, mais également en éditer et réunir ses amis, au sous-sol, afin de discuter de la jeunesse du monde. Bergson et Jaurès compteront parmi les visiteurs les plus prestigieux. Dans ce haut lieu du dreyfusisme, Péguy publie les frères Tharaud, Romain Rolland, Charles Andler, mais il ne réussit pas à imposer le roman d'Antonin Lavergne, Jean Coste, témoignage dénué de parti pris sur la misère que vivent les instituteurs : le curé y est dépeint comme un « brave homme », un « honnête homme », et le parti radical ne semble pas plus glorieux que celui de la réaction.
Ce ne sont-là qu'apparentes contradictions : Péguy ne juge pas tant la forme d'un régime que la France elle-même à l'aune de l'être mystique, fût-il républicain ou royaliste. L'interrogation fondamentale ? « Savoir ce que serait que le roi » : « le premier des barons, ou le premier des maîtres », « le chevalier mystique ou le rusé politique », « le roi de croisade et de chrétienté » ou l'exécuteur des Templiers, saint Louis ou Philippe le Bel, un roi de grâce et de courtoisie ou « un roi homme d'affaires et [...] de courtage », « un roi de justice » ou « un roi commerçant », « un roi de guerre » ou « un roi de tremblements »?