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entretiens et videos - Page 601

  • TV Libertés • Hilaire de Crémiers : « Macron et ses horizons chimériques »

    TV Libertés [19.03] : Olivier Pichon reçoit Hilaire de Crémiers directeur de la publication de Politique Magazine et de la Nouvelle Revue Universelle. Nous ne saurions trop recommander l'écoute de ce remarquable entretien et, plus généralement, de cette excellente chaîne qu'est TV Libertés.  LFAR

     Entretien : env. 49'

    1. Les dessous de l’économie avec Natasha Königsberg.

    2. Olivier Pichon reçoit Hilaire de Crémiers, directeur de publication de Politique Magazine. (A partir de 7'40")

    Sommaire de cet entretien

    A. La France paysanne et l’Europe selon Macron.

     Une mort programmée pour la paysannerie.
     Une agriculture en chiffres. Que sont les paysans devenus ?
      Où est l’enracinement ?
      Centralisation contre proximité.
      Les collectivités territoriales asphyxiées.
      Ces réformes qui plaisent mais qui visent un autre but.
      Projet européen ou projet allemand ?
      Macron refondateur de l’Europe ?
      Davos et la gouvernance intelligente de Macron .
      Les peuples de l’Europe sont entés en dissidence.
      Macron arrive trop tard.
      Hollande a encore perdu une occasion de se taire.

    B. L’Europe en échec et les projets institutionnels de Macron.

      Politique Magazine de mars, comment se le procurer ?
      PM le site : politiquemagazine.fr
      Les élections italiennes.
      Le refus de la politique des quotas d’immigrés.
      Les oligarques vivent-ils dans les mêmes quartiers ?
      Le refus des listes transnationales, Macron en échec au parlement européen.
      Le Grand Paris et la métropolisation mondiale.
      Centralisation de la justice.
      Zones de non droit et quartiers privilégiés, une préfiguration des guerres futures, la Ghouta et Damas, Molenbeck et Bruxelles.
      Economie : crise ou pas crise ?
      Les institutions, le problème de la représentation confisquée par les partis.
      Macron et LREM un scenario déjà vu dans l’histoire française.
      La république déifiée alors qu’elle n’est qu’un concept.
      Une divinité qui nous impose sa loi.
      Il est interdit de penser autrement.

    C. La religion républicaine et la réforme des institutions.

      Les incroyants de la religion républicaine : là est la véritable liberté de penser.
      Les institutions sont-elles efficaces ?
      Les propositions de Macron soumises à la critique : réduction de la fonction parlementaire.
      Droit d’amendement, réduction du nombre des députés etc.
      La vraie question : de quel droit les partis se sont-ils emparés de la représentation ?
      La circonscription : un devoir de représentation .
      Ces réformes couvrent des arrières pensées macroniennes : jacobinisme et mondialisme.
      Le problème corse, une exception particulière ne saurait faire une loi générale, demain les bretons et les alsaciens.
      Macron « en même temps » veut le beurre et l’argent du beurre et… toute la crémière !

    http://lafautearousseau.hautetfort.com/

  • Marcel Gauchet : « Le non-conformisme est globalement passé du côté conservateur »

    Philosophe et historien, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS), le rédacteur en chef de la revue “Le Débat” est un intellectuel complexe. Penseur de gauche, héritier du libéral Raymond Aron, critique du marxisme, ainsi que de Pierre Bourdieu et de Michel Foucault – idoles de la gauche contemporaine –, Marcel Gauchet ne peut pas faire l’unanimité. Radicalement anticapitalistes, au Comptoir, nous ne nous retrouvons pas dans le réformisme du philosophe. Pourtant, nous considérons que le père de l’expression « fracture sociale » fait partie des intellectuels qui aident à mieux comprendre notre époque, notamment grâce à l’analyse de la modernité développée dans “Le Désenchantement du monde. Une histoire politique de la religion” (Gallimard, 1985). Nous avons mis de côté nos divergences pour discuter avec lui de sujets aussi vastes que la démocratie représentative, la modernité, les droits de l’Homme, ou encore le libéralisme. 
    Le Comptoir : Depuis trente ans, le taux d’abstention ne cesse de progresser, principalement au sein des classes populaires. Est-ce dû à l’aspect aristocratique d’un système représentatif qui ne favorise que les élites ? 
    Marcel Gauchet : Deux choses dans votre question : le pourquoi de l’abstention et la grille d’explication que vous évoquez. Elle ne convainc pas sur le fond, même si elle touche à quelque chose de juste. Pourquoi voter quand l’offre ne propose plus d’opposition tranchée ? “Tous pareils”. L’Union européenne limite fortement la gamme des choix. Elle accentue l’effet de la mondialisation, en créant le sentiment que les gouvernants, de toute façon, ne peuvent pas grand-chose. “Ils causent, mais ils ne peuvent rien faire.” Enfin, cerise sur le gâteau, la politique est faite pour les gagnants de la mondialisation. Pourquoi les perdants iraient-ils approuver le fait qu’ils sont sacrifiés sur l’autel de la bonne cause? “Ils se foutent des gens comme nous.” La mondialisation, c’est l’alliance des riches des pays riches avec les pauvres des pays pauvres contre les pauvres des pays riches. Voilà les trois faits qui me semblent largement expliquer la montée de l’abstention, en particulier dans les milieux populaires. Il y a d’autres facteurs, plus diffus, comme la dépolitisation générale. 
     
    Quant au rôle du système représentatif lui-même, en le qualifiant d’“aristocratique”, vous faites sans doute allusion à l’analyse de mon ami Bernard Manin. Je ne crois pas que ce soit le mot le plus approprié. La représentation, c’est effectivement un processus de sélection de gens supposément pourvus de qualités spéciales, dont celle de la représentativité. Mais cette représentativité peut très bien s’exercer contre les privilégiés. C’était le grand argument contre le suffrage universel pendant longtemps. Il était présenté comme le moyen pour les masses de faire fonctionner le pouvoir à leur profit grâce à de dangereux démagogues. Le système représentatif a été, de fait, le moyen pour réformer socialement nos régimes en d’autres temps. Il faut se demander comment il s’est retourné sur lui-même. Le problème est ailleurs, en un mot. Il ne faut pas confondre l’instrument et les conditions de son usage. 
    Peut-on, dans ce cas, dire que le clivage gauche-droite n’a plus de sens et que le vrai clivage s’opère aujourd’hui entre défenseurs et pourfendeurs de la nation ? 
    Pas du tout. Il y a une nation de droite et une nation de gauche. Il y a une anti-nation de droite, libérale, et une anti-nation de gauche, libertaire. Il y a la nation d’hier et la nation d’aujourd’hui. La nation de 2015 n’est pas, et ne peut pas être, celle de 1915. Et puis, il y a l’Europe : nation de substitution ou autre chose, mais quoi exactement ? La vérité est que le brouillage est complet. Tout est à redéfinir. 
    Vous avez analysé la modernité comme la « sortie de la religion » associée à la montée de l’individualisme, que vous avez toutes les deux liées au christianisme. Or, selon-vous, l’« individu total » tue la démocratie. Un renouveau du politique passe-t-il nécessairement par un retour du religieux ? Une redécouverte du paganisme peut-elle être utile ? 
    Aucun retour d’aucune sorte ne nous sera d’une quelconque utilité – il faudrait d’ailleurs qu’ils soient possibles, ce qui, en l’état, n’est pas le cas. Nous sommes condamnés à inventer. Cela commence par nous mettre en position de comprendre ce qui nous est arrivé pour nous retrouver dans cette impasse, sans anathèmes, exorcismes et autres “dénonciations”. Qu’est devenu le politique, par exemple, et pourquoi ? C’est le genre de travail auquel l’individu “total”, comme vous dites, n’est pas spontanément très disposé. Pourtant, il va falloir qu’il s’y mette, et il s’y mettra ! Les cures de désintoxication, c’est dur. Christianisme et paganisme sont des sujets très intéressants en soi, ce n’est pas moi qui dirai le contraire, mais ils ne nous aideront pas beaucoup pour ce travail, si ce n’est indirectement, pour nous aider à mesurer ce qui nous sépare de leurs univers. C’est là qu’est le sujet principal.  
    Vous critiquez les droits de l’Homme, tout en défendant la démocratie libérale : n’y a-t-il pas là une contradiction ? Comment critiquer les droits de l’Homme et leur universalisme abstrait sans pour autant tomber dans le relativisme culturel typiquement moderne ? 
    Je ne critique pas les droits de l’Homme, je critique les applications qui en sont faites et les conséquences qu’on prétend en tirer, ce qui est fort différent. Il n’y a pas grand sens à critiquer les droits de l’Homme si on y réfléchit un peu sérieusement : ils sont la seule base sur laquelle nous pouvons établir cette chose essentielle dans une société qu’est la légitimité. Que pourrions-nous mettre d’autre à la place pour définir la norme des rapports entre les gens ou la juste source du pouvoir ? La seule alternative valable, ce sont les droits de Dieu. C’est d’ailleurs ce qu’ont bien compris les fondamentalistes. Il faut donc faire avec les droits de l’Homme. La question est de savoir s’ils ont réponse à tout. C’est là qu’est l’égarement actuel. Ils ne rendent pas compte de la nature des communautés politiques dans lesquelles ils s’appliquent. Ils doivent composer avec elles. Le politique ne se dissout pas dans le droit. Ils ne nous disent pas ce que nous avons à faire en matière économique, etc. La démocratie libérale, bien comprise, consiste précisément dans ce bon usage des droits de l’Homme qui leur reconnait leur place, mais qui se soucie de les articuler avec ce qui leur échappe et ne peut que leur échapper. C’est en ce sens qu’elle est le remède au droit-de-l’hommisme démagogique. 
    De  la même façon, cette vision de l’équilibre à respecter entre droit et politique permet d’échapper au relativisme culturel, qui fait d’ailleurs système avec le droit-de-l’hommisme. S’il n’y a que des individus et leurs droits, alors toutes les expressions culturelles émanées de ces individus se valent. Mais s’il existe des communautés historiques qui ont leur consistance par elles-mêmes, alors il est possible de les comprendre pour ce qu’elles sont, d’abord, en faisant aux cultures singulières la place qu’elles méritent et, ensuite, en les distinguant au sein d’une histoire où nous pouvons introduire des critères de jugement. C’est, de nouveau, une affaire de composition entre des exigences à la fois contradictoires et solidaires. La chose la plus difficile qui soit dans notre monde, apparemment. La conférence de l’Unesco, qui a adopté la Convention sur la protection et la promotion des expressions culturelles en 2005, souligne expressément, selon ses mots, « l’importance de la diversité culturelle pour la pleine réalisation des droits de l’Homme et des libertés fondamentales ». 
    Pour Hannah Arendt et Karl Marx, les droits de l’Homme consacrent l’avènement d’un homme abstrait, égoïste et coupé de toute communauté. De son côté, Simone Weil estimait que « la notion de droit, étant d’ordre objectif, n’est pas séparable de celles d’existence et de réalité » et que « les droits apparaissent toujours comme liés à certaines conditions ». On peut donc se demander si les droits de l’Homme peuvent vraiment avoir vocation à être universels. Marx pensait également qu’il aurait mieux valu un modeste Magna Carta, susceptible de protéger réellement les seules libertés individuelles et collectives fondamentales, plutôt que ce « pompeux catalogue des droits de l’Homme ». La logique des droits de l’Homme ne transforme-t-elle pas la politique en simple procédure au détriment des libertés réelles ?  
    Ne tirons pas de conclusions définitives sur l’essence des droits de l’Homme depuis ce que nous en observons aujourd’hui. Il est vrai que beaucoup de gens de par le monde trouvent grotesques les prétentions occidentales à l’universalisation des droits de l’Homme – non sans raison, étant donné les contextes sociaux où ils sont supposés s’appliquer. D’un autre côté, la débilité de nos droits-de-l’hommistes n’est plus à démontrer. Mais cela ne prouve rien sur le fond. Il a fallu deux siècles en Occident pour qu’on prenne la mesure opératoire du principe. Il est permis de penser qu’il faudra un peu de temps pour que leur enracinement s’opère à l’échelle planétaire. De la même façon, le mésusage de ce principe tel que nous le pratiquons actuellement dans nos démocraties peut fort bien n’être qu’une pathologie transitoire. C’est ce que je crois. 
    Je pense que les droits de l’Homme ont une portée universelle en tant que principe de légitimité. Ils représentent la seule manière de concevoir, en dernier ressort, le fondement d’un pouvoir qui ne tombe pas d’en haut et ne s’impose pas par sa seule force, à l’instar, par exemple, des dictatures arabes. Ils sont également le seul étalon dont nous disposons pour concevoir la manière dont peuvent se former des liens juste entre les personnes dès lors qu’ils sont déterminés par leur seule volonté réciproque et non par leurs situations acquises. De ce point de vue, je suis convaincu qu’ils sont voués à se répandre au fur et à mesure que la sortie de la religion, telle que je l’entends, se diffusera à l’échelle du globe – c’est en cours, c’est cela la mondialisation. 
    Maintenant, ce qui légitime ne peut pas se substituer à ce qui est à légitimer : l’ordre politique ou l’action historique. En Europe, c’est la folie du moment que d’être tombé dans ce panneau. C’est ce qui produit ce dévoiement que vous résumez très bien : la réduction du processus politique à la coexistence procédurale des libertés individuelles. Mais ce n’est pas le dernier mot de l’histoire, juste une phase de délire comme on en a connu d’autres. Elle est en train de révéler ses limites. Il y a un autre emploi des droits de l’Homme à définir. Ils n’ont pas réponse à tout mais ils sont un élément indispensable de la société que nous avons le droit d’appeler de nos vœux. 
    Dans De la situation faite au parti intellectuel (1917), Charles Péguy écrivait : « On oublie trop que le monde moderne, sous une autre face, est le monde bourgeois, le monde capitaliste. » La modernité est-elle nécessairement capitaliste et libérale ? 
    C’est quoi au juste “libéral” ? C’est quoi “capitalisme” ? Il serait peut-être temps de se poser sérieusement la question avant de brailler en toute ignorance de cause. 
    Libéraux, nous le sommes en fait à peu près tous, que nous le voulions ou non, parce que nous voulons que tous soient libres de parler, de se réunir, mais aussi de créer des journaux, des radios, des entreprises pour faire fructifier leurs idées. La raison de fond de ce libéralisme qui nous embrigade, c’est que le monde moderne est tourné vers sa propre invention et que cela passe par les libres initiatives des individus dans tous les domaines. Et capitalistes, du coup, nous sommes amenés à l’accepter inexorablement parce que pour faire un journal, une radio, une entreprise, il faut des capitaux, des investissements, des emprunts, des bénéfices pour les rembourser, et ainsi de suite. Préférons-nous demander à l’État, à ses bureaucrates, et à ses réseaux clientélistes ? 
    Ce sont les données de base. Après, vient la question de la manière dont tout cela s’organise. Et sous cet angle, nous ne sommes qu’au début de l’histoire. Nous avons tellement été obsédés par l’idée d’abolir le libéralisme et le capitalisme que nous n’avons pas vraiment réfléchi à la bonne manière d’aménager des faits premiers pour leur donner une tournure vraiment acceptable. Voilà le vrai sujet. Il me semble que nous pouvons imaginer un capitalisme avec des administrateurs du capital qui ne seraient pas des capitalistes tournés vers l’accumulation de leur capital personnel. De la même manière, nous avons à concevoir un statut des entreprises qui rendrait la subordination salariale mieux vivable. Après tout, chacun a envie de travailler dans un collectif qui a du sens et qui marche. Mais il faut bien que quelqu’un prenne l’initiative de le créer et de définir sa direction. Arrêtons de rêvasser d’un monde où tout cela aurait disparu et occupons-nous vraiment de le penser. 
    Dans son ouvrage majeur, La grande transformation, l’économiste Karl Polanyi montre que notre époque se caractérise par l’autonomisation progressive de l’économie, qui, avant cela, avait toujours été encastrée dans les activités sociales. Si on définit le libéralisme comme une doctrine qui tend à faire du marché autorégulateur – aidé par la logique des droits individuels –, le paradigme de tous les faits sociaux, est-il vraiment possible de l’aménager ? N’existerait-il pas une “logique libérale”, pour reprendre les mots de Jean-Claude Michéa, qui ferait que le libéralisme mènerait à une “atomisation de la société” toujours plus grande, qui elle-même impliquerait un renforcement du marché et une inflation des droits individuels, pour réguler la société ? 
    Autonomisation de l’économie, soit. Mais jusqu’où ? Il ne faut surtout pas se laisser prendre au piège du discours libéral et de son fantasme de l’autosuffisance du marché autorégulateur. La réalité est que ce marché est permis par un certain état du politique, qu’il repose sur le socle que celui-ci lui fournit. Il en a besoin, même s’il tend à l’ignorer. Sa logique le pousse en effet à vouloir aller toujours plus loin dans son émancipation du cadre politique, mais cette démarche est autodestructrice et bute sur une limite. Elle suscite en tout cas inévitablement un conflit avec les acteurs sociaux à peu près conscients de la dynamique destructrice à l’œuvre. Nous y sommes. C’est en fonction de cette bataille inévitable qu’il faut raisonner, en rappelant aux tenants frénétiques du marché ses conditions même de possibilité. Non seulement la place du politique demeure, mais plus le rôle du marché s’amplifie, plus sa nécessité s’accroît, en profondeur. Nous ne sommes pas à la fin de l’histoire ! 
    Votre conférence inaugurale aux Rendez-vous de l’histoire de Blois de 2014, qui avait pour thème “Les rebelles”, a fait couler beaucoup d’encre, et a notamment été suivie d’un boycott de l’événement par l’écrivain Édouard Louis et le philosophe Geoffroy de Lagasnerie. La sacralisation post-68 de la culture de la transgression a-t-elle accouché d’une société faussement subversive et terriblement conformiste ? Être rebelle aujourd’hui ne consisterait-il justement pas à défendre une forme de conservatisme ? 
    La réponse est dans la question ! Évidemment que les roquets qui m’ont aboyé dessus représentent la quintessence du néo-conformisme actuel, qui prétend combiner les prestiges de la rebellitude avec le confort de la pensée en troupeau. Les commissaires politiques “foucaldo-bourdivins” d’aujourd’hui sont l’exact équivalent des procureurs et des chaisières qui s’indignaient hier des outrages aux bonnes mœurs. Par conséquent, le non-conformisme, dans cette ambiance, est globalement passé du côté conservateur, vous avez raison. C’est un fait, mais ce n’est qu’un fait. Car le conservatisme n’est pas exempt pour autant de pensées toutes faites, de schémas préfabriqués et de suivisme. Le vrai non-conformisme est dans la liberté d’esprit et l’indépendance de jugement, aujourd’hui comme hier. Il n’est d’aucun camp. 
    Pierre Bourdieu et Michel Foucault ont-ils remplacé Karl Marx dans le monde universitaire français ? Le “foucaldo-bourdivinisme”, comme vous l’appelez, est-il selon vous le nouvel “opium des intellectuels”, pour reprendre la formule de Raymond Aron ? 
    N’exagérons pas les proportions du phénomène. Comme vous le remarquez vous-même, il reste confiné à la sphère universitaire. Contrairement au marxisme, il n’a pas le mouvement ouvrier derrière lui. Mais il a, en revanche, un relais public assez important avec la complicité de l’extrême gauche présente dans le système médiatique. Il fournit au journalisme de dénonciation une vulgate commode. Foucault voit le pouvoir partout, Bourdieu détecte la domination dans tous les coins. Voilà du grain à moudre pour la “critique” à bon marché. C’est d’une facilité à la portée des débiles, mais avec une griffe haute couture. Que demander de mieux ? 
    Il y a, depuis quelques années, un retour sur la scène publique des idées de Cornélius Castoriadis avec, notamment, la publication d’actes de colloque ou la grande biographie de François Dosse. Quel est votre rapport à l’œuvre de ce « titan de la pensée », comme le qualifiait Edgar Morin ? 
    J’espère que vous avez raison sur le constat et que la pensée de Castoriadis est en train de trouver l’attention qu’elle mérite. Elle est autrement consistante que les foutaises qui occupent le devant de la scène. Cela voudrait dire que les vraies questions sont peut-être en train de faire leur chemin dans les esprits, en dépit des apparences. Je ne peux que m’en réjouir. Je dirais que nous étions fondamentalement d’accord sur la question, justement, et en désaccord sur la réponse à lui apporter. Nous étions d’accord, d’abord, sur le brouillage intellectuel et politique dans lequel nos sociétés évoluent à l’aveugle. Et au-delà de ce constat critique, nous étions unanimes sur la voie pour en sortir : il faut ré-élaborer une pensée de la société et de l’histoire – seule à même de permettre de nous orienter efficacement – en mesure de prendre la relève du fourvoiement hegelo-marxiste. De ce que les pensées antérieures en ce domaine ont erré, il ne suit pas que toute pensée en la matière est impossible, comme nous le serinent les insanités postmodernes. C’est sur le contenu de cette pensée que nous divergeons. Si j’apprécie la part critique de l’idée de l’institution imaginaire de la société, je suis pourtant peu convaincu par la philosophie de l’imaginaire radical que développe Castoriadis, ce qui ne m’empêche pas d’admirer l’entreprise. Elle ne me semble pas éclairer l’histoire moderne et ses prolongements possibles. C’est pourquoi je me suis lancé dans une autre direction en élaborant l’idée de sortie de la religion. Le but est précisément d’élucider la nature de ce qui s’est passé en Occident depuis cinq siècles comme chemin vers l’autonomie et les difficultés présentes sur lesquelles butent nos sociétés. Pour tout dire, j’ai le sentiment que l’idée d’imaginaire radical est avant tout faite pour sauver la possibilité d’un projet révolutionnaire, plus que pour comprendre la réalité de nos sociétés. Elle empêche Castoriadis de mesurer la dimension structurelle de l’autonomie qui rend possible la visée d’autonomie. 
    Cela dit, ces divergences de vue se situent à l’intérieur d’un même espace de questionnement et c’est pour moi ce qui compte au premier chef. La discussion a du sens, elle n’est pas une dispute avec du non-sens. C’est l’essentiel.

  • Hebdo Politique - Nicolas Sarkozy sous le contrôle des juges avec Régis de Castelnau

  • Entretien avec Marine Le Pen : « Je ne suis pas prête à me laisser abattre »

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    Mayotte, la crise migratoire, la déception de la présidentielle, les alliances… Le FN a-t-il encore un avenir ? Marine Le Pen a reçu Caroline Parmentier et Samuel Martin du journal Présent dans son bureau de l’Assemblée nationale.

    — La basilique Saint-Denis envahie, neuf centres d’accueil qui vont ouvrir en Ile-de-France pour faire face à l’arrivée de 500 migrants par jour, est-ce qu’il est encore temps d’inverser le processus ?

    — Oui. Il est toujours temps d’inverser le processus, même si chaque jour qui passe rend la situation de plus en plus difficile à maîtriser. D’autant que les données démographiques de l’Afrique dans le cadre des 35 prochaines années, rendent la pression migratoire de demain extrêmement puissante. 1,3 milliard d’Africains aujourd’hui, 2,5 milliards d’ici à 2050. On sent bien que l’absence totale de politique mise en œuvre aujourd’hui va susciter la submersion migratoire de demain. Le gouvernement ne donne pas le moindre signal, non seulement d’arrêt de l’immigration clandestine, ni a fortiori d’arrêt de l’immigration légale. Mais il donne le signal d’un laxisme terrifiant, à l’égard du processus d’immigration mais aussi du comportement qu’osent avoir un certain nombre de migrants dans notre pays. Poussés il faut bien le dire comme d’habitude, par l’extrême gauche.
    — Quelles mesures faudrait-il prendre ?

    — Il y a toute une série de mesures à mettre en œuvre que je propose d’ailleurs dans le cadre de l’équivalent d’un état d’urgence pour Mayotte. Je dépose la semaine prochaine un projet de loi pour Mayotte afin de renverser une situation qui, si on ne la maîtrise pas, sera notre futur : d’abord la suppression du droit du sol immédiatement, la suppression de l’intégralité des aides qui sont accordées aux clandestins, l’interdiction de toute régularisation – celui qui ne vient pas de manière légale sur le territoire ne peut pas espérer se voir accorder des papiers. La mise en œuvre du renvoi de ces clandestins dans leurs pays d’origine et le bras de fer avec les pays d’origine si c’est nécessaire. Notamment en agissant sur les fonds de développement mais aussi sur les transferts d’argent massifs qui sont envoyés dans ces pays-là par ceux de leurs compatriotes qui travaillent en France. Ce sont des sommes qui sont, d’après les études, trois fois supérieures au montant des aides aux développements. Il y a des moyens de se faire respecter. Encore faut-il le dire et le faire. Et avoir le courage de renverser totalement la philosophie de la politique migratoire dans notre pays.

    — Comme dans de nombreux pays européens, les droites seront appelées à s’unir en France. Vous êtes donc prête à des évolutions sur les projets et à des accords ?

    — Je ne crois pas à la droite et la gauche, vous le savez. Je crois que le Front national a contribué à mettre en place le clivage : mondialistes contre nationaux. Aujourd’hui il est en place et la dernière étape de l’installation de ce nouveau clivage qui traverse le monde et l’Europe va être les élections européennes. Il y a une recomposition de la vie politique, nous devons participer à cette recomposition et même en être les acteurs principaux. Emmanuel Macron rassemble sur le mondialisme, nous devons rassembler les nationaux. Dans ce rassemblement il y aura sûrement des gens qui viennent de la droite, de l’ancienne droite mais aussi des gens qui viennent de la gauche, de l’ancienne gauche. Continuer à s’inscrire dans ce clivage gauche-droite m’apparaît obsolète et restrictif. C’est la raison pour laquelle je suis opposée à cette idée de l’union des droites parce que l’union des droites restreint en réalité le grand rassemblement de tous ceux qui veulent défendre la nation et qui est de notre responsabilité. Nous sommes aujourd’hui la formation leader de la défense de la nation contre les mondialistes.

    — Précisément, quelle est la marge de manœuvre de votre parti à l’Assemblée nationale ? Sur quels amendements, quels projets pouvez-vous peser et vous faire entendre ? Est-ce que ce n’est pas léger pour incarner la première force d’opposition dont vous rêviez au soir du second tour ?

    — Il est évident que lorsque l’on regarde le nombre de députés obtenus par nos amis de la Ligue en Italie, le nombre de députés obtenus par nos amis autrichiens, on s’aperçoit du drame démocratique que représente ce scrutin majoritaire à deux tours. Son objectif principal est précisément de maintenir en place des forces politiques qui sont représentées à l’Assemblée nationale de manière absolument disproportionnée par rapport à leur poids dans le pays. Et de faire quasiment disparaître des courants politiques qui sont extrêmement forts dans l’opinion. Nous subissons cette situation, ça ne nous empêche pas de dire ce que nous avons à dire mais nous le disons dans des conditions beaucoup plus difficiles que ceux qui bénéficient d’un groupe. Nous sommes cependant montés au créneau partout, sur tous les dossiers, sur tous les sujets, aujourd’hui sur la loi de programmation militaire, hier sur la loi dite de sécurité intérieure si mal nommée, demain sur la loi asile et immigration. Nous serons évidemment extrêmement présents lors des débats, nous avons d’ailleurs présenté un contre-projet sur l’asile et l’immigration, pour démontrer à nos compatriotes qu’il n’y a pas de fatalisme dans ce domaine. L’immigration massive est la conséquence de choix politiques. L’arrêt de l’immigration massive serait la conséquence d’un autre choix politique, celui que nous portons et que nous défendons. Je pense que notre voix compte au sein de l’Assemblée. Même si nous sommes peu nombreux, disons que nous contrebalançons l’absence de quantité par la qualité.

    — Qu’est-ce qui n’a pas marché aux dernières présidentielles ? Alors que la situation migratoire, terroriste, sociale, vous donnait chaque jour raison…

    — On ne fonctionne pas dans une méthode de compétition loyale en France, on l’a bien vu. Les grandes puissances financières, les grandes multinationales ont fait pour la première fois dans une élection présidentielle, non pas le choix d’un candidat, mais elles ont créé un candidat. Elles l’ont fabriqué de toutes pièces. Aidées par l’ensemble du système médiatique, qui non seulement a soutenu le candidat Macron main dans la main avec les puissances d’argent, mais qui a également discrédité tout au long de la campagne ceux qui pouvaient être des adversaires sérieux pour lui. Dans ces conditions, ça n’a effectivement pas été simple pour nous, même si je persiste à penser que le résultat obtenu à la présidentielle est loin de l’échec que l’on nous présente. Nous avons réussi envers et contre tout, envers et contre tous, à réunir un Français sur trois. Ça nous donne en même temps la marge de ce qu’il reste à conquérir. Nous avons pris des décisions dès le lendemain de l’élection, en tenant compte du fait que le big bang institutionnel que nous proposions dans le cadre de notre vision européenne, avait inquiété. Qu’il fallait persister sur la défense de la souveraineté nationale mais l’intégrer dans un calendrier, sur un quinquennat, en commençant par les frontières parce que c’est ce qu’il y a de plus urgent et en terminant par la monnaie. Et puis nous avons aussi constaté la difficulté qu’il y a à gagner sans alliance. Nous avions déjà touché du doigt cette difficulté aux élections régionales : nous avons perdu la PACA, les Hauts-de-France, à quelques points. Dans le système actuel que nous contestons, il est ardu de gagner une élection sans pouvoir compter sur la mise en œuvre d’alliances.

    — Que faudra-t-il de l’autre côté pour que l’on s’allie à vous ?

    — Leurs électeurs se sentent plus proches de nous que de Macron. Quand j’appelle à voter à Mayotte pour le candidat LR de Mansour Kamardine et que Virginie Calmels dit : « Nous préférons perdre les élections », je crois que c’est un discours que les électeurs Les Républicains ne supportent plus d’entendre. C’est quelque chose qui leur donne la nausée aujourd’hui. Et une grande partie d’entre eux, comme une grande partie des élus de terrain, se sentent incontestablement plus proches de nous que d’Emmanuel Macron, dans toute une série de domaines. Les dirigeants resteront peut-être arc-boutés sur leurs petites boutiques mais je pense que la pression de la base leur expliquera que, notamment aux élections municipales, il est quand même possible de trouver des éléments de projets communs pour les villes et de passer au-dessus de nos divergences. C’est vrai avec eux, ça peut l’être aussi avec des gens qui sont issus de la gauche et qui partagent le même constat que le nôtre.

    — Pour le moment c’est seulement des gens issus de la droite, c’est Mariani, c’est Poisson, c’est Dupont-Aignan qui envisagent de s’allier avec vous.

    — Dans le Pas-de-Calais, près de 60 % de mes électeurs, de mes adhérents et de mes militants viennent du Parti socialiste et du Parti communiste. Je ne veux pas m’enfermer dans une seule vision d’alliance. Nous sommes là pour défendre tous les Français. Avec tous les Français qui pensent que la nation est mise en danger par le gouvernement et la politique d’Emmanuel Macron, soutenus par Alain Juppé et un certain nombre d’autres, Edouard Philippe, Darmanin et j’en passe et des meilleurs.

    — Vous travaillez à une liste de rassemblement pour les européennes, à qui tendez-vous la main ?

    — A tous ceux qui, dans le cadre du combat européen, sont conscients que l’Union européenne est une structure carcérale, profondément antidémocratique puisque profondément antinationale. Il faut sauver nos nations car c’est en sauvant nos nations que nous allons sauver l’Europe. Le meilleur moyen de tuer l’Europe c’est de laisser l’Union européenne massacrer tout sur son passage : notre identité, notre sécurité, notre prospérité, notre culture, nos libertés. On peut trouver des gens venant de tout le spectre politique qui partagent cette opinion-là. Le parti LR est dans une situation difficile, d’affaiblissement considérable. Entre le pôle des mondialistes et le pôle des nationaux que nous représentons, il n’y a rien. Qui va être la tête de liste de Laurent Wauquiez ? Virginie Calmels ? Guillaume Peltier ? On voit bien l’extraordinaire différence de positionnements qui existe entre ces deux personnalités. Ça veut dire qu’intrinsèquement le parti LR est totalement fracturé. Une partie a déjà rejoint l’entreprise Macron mais je pense que la fracturation n’est pas finie et qu’il n’en restera qu’un mouvement très affaibli. Or il y a des gens chez Les Républicains qui ont envie de mener un combat victorieux et qui seront tentés d’aller vers ce rassemblement qui leur apparaît susceptible demain de participer à la constitution d’une majorité au Parlement européen. L’objectif n’est pas seulement national, l’objectif est européen. Il s’agit de constituer au Parlement européen soit une minorité de blocage, soit même une majorité d’eurosceptiques pour arrêter l’avancée annoncée comme inexorable de l’Europe fédérale contre laquelle les peuples s’élèvent de manière massive : Visegrád, le Danemark, la Finlande, la Suède, l’Italie, la France, l’Allemagne…
    — Qui va conduire la liste du Rassemblement national aux européennes ?

    — Ça n’a pas tellement d’importance en réalité. Autant c’est important pour Laurent Wauquiez car ça va déterminer de quel côté il tombe, autant chez nous ça ne pose pas de difficultés. Plusieurs personnes pourraient conduire la liste. Je pense que la nationalisation de l’élection rend la tête de liste moins importante. Ça va être une élection portée par les mouvements politiques et donc par les chefs de parti et les cadres des mouvements qui vont mener les campagnes. La tête de liste est moins importante qu’elle pouvait l’être lorsque les listes étaient régionalisées.

    — Pourquoi fallait-il changer le nom du Front national ?

    — Parce que nous sommes entrés dans une nouvelle phase de l’existence du Front national. Parce qu’on fait front contre quelque chose ou contre quelqu’un. Je pense qu’aujourd’hui il faut définitivement que nous terminions notre mue de parti d’opposition en parti de gouvernement. Il nous faut acquérir cette culture des alliances, du respect des sensibilités, des parcours et des différences qui existent entre les alliés. Ce n’est pas intrinsèque au Front national. Nous devons insuffler cette culture de gouvernement à notre mouvement. Non plus seulement s’opposer de la manière la plus juste qui soit – ce que nous savons très bien faire – aux politiques qui sont menées, mais être capables de présenter aux Français des projets aboutis : ce qu’est une gestion municipale Front national, une gestion régionale Front national. Et la vision précise de ce que nous avons appelé cette Union des nations européennes que nous voulons voir remplacer l’Union européenne. Elle a vocation à réunir des nations, librement, sur la base de projets communs mais tout en conservant ce droit de veto qui permet à une nation de dire : « Je ne participe pas à ce projet-là parce qu’il va à l’encontre de mes intérêts nationaux. »

    — Laurent Wauquiez a anticipé en disant que, changement de nom ou pas, il ne s’allierait jamais aux Le Pen.

    — Ce n’est pas un argument d’une très haute volée. En même temps, il nous a habitués à être un peu ras des pâquerettes. Il est au bout de sa logique. Je pense que ses électeurs vont se rendre compte que tout cela n’était donc qu’une succession d’arguties et d’excuses. Au départ ça a été l’immigration puis l’Europe et maintenant c’est le nom de Le Pen. La réalité c’est que M. Wauquiez a peur. Il a peur d’être avalé par la dynamique et la force de conviction du Front national et pour pouvoir préserver sa boutique de plus en plus petite, il ne sait faire qu’une chose, c’est dire du mal de la concurrence.

    — On sent les gens extrêmement déçus et désabusés, notamment sur les réseaux sociaux. On vous ressort le « débat » attaché à votre nom, brandi mille fois comme une incantation magique, un peu comme « le détail » de votre père. Est-ce qu’il y a un désamour de Marine Le Pen ?

    — S’il y avait un désamour de Marine Le Pen, ça se serait senti au congrès. Moi je veux bien entendre tout ce que j’entends et tout ce que je lis. Mais en l’occurrence le congrès c’est la démonstration par le vote. Je pense qu’une immense majorité d’électeurs me conservent leur confiance parce qu’au-delà de ce rendez-vous raté, comme je l’ai dit très simplement, au-delà de ce débat, ils jugent les dirigeants politiques sur l’ensemble de leur parcours. Ils m’accordent le courage, la pugnacité, la solidité aussi, nécessaire pour faire face à ce type d’attaques. Je pense qu’il y a une guerre psychologique qui est menée au Front national. L’un des premiers actes de la subversion c’est la décrédibilisation du chef. Il n’y a que les imbéciles qui pensent qu’un organisme, à part peut-être le canard, peut survivre plus de 30 secondes quand on lui a tranché la tête. Mes adversaires veulent trancher la tête du Front national pensant que son organisme s’affaiblira puis mourra. Sauf que je ne suis pas prête à me laisser abattre. Toute cette agression, toute cette brutalité, toute cette violence ont plutôt tendance à me renforcer, ça doit être familial ! Ils ne sont pas près de se débarrasser de moi ni de se débarrasser du Front national.

    Propos recueillis par Caroline Parmentier et Samuel Martin

    Article paru dans Présent daté du 24 mars 2018

    https://fr.novopress.info/210129/entretien-avec-marine-le-pen-je-ne-suis-pas-prete-a-me-laisser-abattre/#more-210129

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  • MARINE LE PEN : « L’AFFILIATION DE CES JUGES AU SYNDICAT DE LA MAGISTRATURE NE PERMET PAS LES CONDITIONS DE NEUTRALITÉ NÉCESSAIRES ! »

    Dans un tweet, Marine Le Pen a mis en doute l’impartialité du juge chargé du dossier libyen de Nicolas Sarkozy, lui prêtant des accointances avec le Syndicat de la magistrature, syndicat ayant exprimé par le passé des positions politiques extrêmement fermes contre Nicolas Sarkozy et contre elle-même. Pour Marine Le Pen, il est dérangeant qu’un responsable politique tombe systématiquement sur le même juge d’instruction, surtout lorsque celui-ci soutient le Syndicat de la magistrature.

    Vous avez mis en doute l’impartialité du juge s’occupant du dossier de Nicolas Sarkozy en lui prêtant une accointance avec le syndicat de la Magistrature.
    Nicolas Sarkozy aura-t-il droit à un procès équitable ?

    J’ai posé une nouvelle fois le problème de l’affiliation d’un certain nombre de magistrats au syndicat de la Magistrature. Ce syndicat a exprimé des positions politiques extrêmement fermes. Ce fut le cas contre Nicolas Sarkozy lors de la campagne de 2012, et contre moi lors de la dernière campagne présidentielle.
    Or, certains de ces magistrats sont au pôle financier. Ils ont été positionnés à cet endroit par les politiques. Il m’apparaît que leur affiliation à ce syndicat ne permet pas de remplir les conditions de neutralité nécessaires.
    Nicolas Sarkozy ou nous d’ailleurs tombons étrangement toujours sur le même juge. N’y a-t-il que trois juges d’instruction en France ?
    Il me semble tout de même dérangeant qu’un responsable politique tombe systématiquement sur le même juge, surtout quand ce juge exprime un soutien au syndicat de la magistrature.

    Votre mise en cause pour avoir dénoncé les agissements de l’État islamique relève-t-elle de la même logique ?

    Cela obéit à une autre logique. Aucune affaire nous concernant n’a été engagée sans demande du Parquet, c’est à dire à la demande du pouvoir politique. C’est une preuve que la justice est manifestement instrumentalisée par le pouvoir politique contre l’opposition. C’est extrêmement grave. Dans cette affaire de tweet, c’est le ministre de l’Intérieur lui-même qui avait annoncé publiquement qu’il allait réclamer des poursuites contre moi.
    En France, un député de l’opposition n’a pas le droit de condamner les exactions de Daech en tweetant les photos de ses exactions. Il est pour cela traîné devant un tribunal correctionnel.
    Nombre de pays étrangers regardent évidemment cela avec des yeux ronds.

    Comment réagissez-vous à la volonté affichée de la majorité parlementaire de vouloir réduire la parole des députés sans groupe parlementaire ?

    Cela a suscité une levée de boucliers cet après-midi dans le cadre des questions au gouvernement. L’opposition, dans sa quasi-intégralité, a quitté l’hémicycle à la suite d’une réponse de la Garde des Sceaux. Elle a indiqué avec un ton péremptoire qu’ils se considéraient capables de juger du fond des amendements déposés par les députés.
    Ceci est d’abord une grave violation de la séparation des pouvoirs. Cela exprime par ailleurs la volonté mainte fois réitérée de la part du gouvernement de museler l’opposition et d’agir de manière autoritaire. Il tente ainsi d’empêcher les millions de Français qui ont voté pour les députés d’opposition d’avoir une voix et d’être défendu dans l’hémicycle.
    Sous d’autres républiques, ceci aurait entraîné probablement des incidents plus lourds que celui symbolique qui s’est déroulé cet après-midi.
    J’espère donc que le gouvernement va reculer sur cette atteinte très lourde au droit constitutionnel des députés et plus particulièrement des députés d’opposition.

    Vous sortez du congrès du Front national. Dernièrement vous avez apporté votre soutien au candidat Les Républicains des législatives à Mayotte. Maintenez-vous ce cap d’ouvrir le Front national à d’autres alliés de droite ?

    J’ai surtout apporté mon soutien au candidat soutenu par Mansour Kamardine qui est un député LR ayant, sur la situation de Mayotte, un discours de lucidité et de vérité. Son discours rejoint sur beaucoup de points celui que nous tenons.
    Lorsque la situation est grave et qu’il en va de l’intérêt de nos compatriotes, nous sommes capables de passer au-delà de nos étiquettes partisanes.
    C’est ce que nous avions fait en Nouvelle-Calédonie lorsque nous avions appelé, lors des dernières législatives, à voter pour Monsieur Gomès. Il était alors confronté à un indépendantiste. C’est ce que j’ai cru bon de faire à Mayotte. Il me semble que l’avenir du nos compatriotes mahorais vaut mieux que les batailles de boutique.
    Je note qu’un certain nombre de membres du parti Les Républicains n’arrivent eux pas à sortir de cette vision boutiquière. J’en veux pour preuve le tweet de Madame Calmels qui a rappelé qu’ils préféraient être battus plutôt que d’être élus avec les voix des électeurs du Front national. Ceci sent le Juppé à plein nez.

    http://www.bvoltaire.fr/laffiliation-de-juges-syndicat-de-magistrature-ne-permet-conditions-de-neutralite-necessaires/

  • Carl Lang favorable à l'abrogation des lois liberticides (Gayssot, Pléven, Perben, Taubira)