RIVAROL : Dans votre dernier livre "Égarés" vous nous offrez un véritable trousseau de clefs pour ouvrir les portes dérobées de l'Orient compliqué et en ce moment, convulsionnaire. Vous apportez en effet des outils historiques et conceptuels inédits permettant de démonter la machine infernale idéologique et militaire qui est en train de ravager le Levant, notamment la Syrie. D'abord un mot sur ce conflit, qu'en dire, qu'en penser, que faire?
Jean-Michel VERNOCHET : Que dire de la Syrie ? Que la guerre aurait dû, en principe, avoir commencé ce samedi 31 août, hors de toute légalité internationale... Si Mister Obama ne s'était pas dégonflé à la dernière minute. Et c'est tant mieux ! Décision que les média, experts es euphémismes, appellent "temporiser" ! En fait une misérable reculade - dont évidemment, pour l'heure, nous nous félicitons — qui se superposera au dégoût qu'inspire déjà la classe politique euratlantiste, de Hollande à Obama via Cameron et sans oublier Martin Schulz... l'actuel prétendant au trône de Barroso, ci-devant président de la Commission européenne ! Obama pour se déjuger - se déculotter - de façon aussi pitoyable devait quand même avoir de bonnes raisons : une opinion majoritairement hostile à tout nouvel engagement militaire au Proche-Orient - idem en France, pays cependant où le peuple compte pour du beurre - et des militaires plus que réticents. D'abord parce que la Syrie n'est pas la Libye. Après deux ans de conflit, aguerrie, celle-ci devrait se montrer plus coriace, en outre l'incertitude demeure quant aux armes dont dispose Damas. Peut-être des missiles russes Yakhont, des armes supersoniques anti-surfaciers à longue portée ? D'autant qu'il existe un précédent : en juillet 2006 un missile antinavire du Hezbollah avait touché un bâtiment de guerre israélien, un mauvais souvenir. Dans la mesure où les Syriens disposeraient de tels engins, resterait à savoir si Moscou leur permettrait de les utiliser dans une offensive non terrestre et de courte durée... Et puis les Syriens auraient-ils l'estomac d'en user ? Bachar el-Assad n'est pas Bonaparte, c'est uniquement un ophtalmologue monté en graine dans les champs de ruines d'un pays ravagé.
Ajoutons que si Lavrov, le ministre des Affaires étrangères de Vladimir Poutine, a bien précisé qu'en cas de frappes américaines la Russie ne bougerait pas, la fermeté de Moscou face aux Américains est proprement impressionnante. Certes Poutine n'est pas non plus Genghis Khan, mais c'est un patriote et un politique averti qui se trouve le dos au mur : la Syrie est pour Moscou une ligne rouge à ne pas franchir. Pour quelles raisons ? Si la Syrie tombe dans l'escarcelle des oligarchies judéo-protestantes - en cheville avec les pétromonarchies wahhabites - c'en sera fait de l'Iran, avec ou sans guerre... et au-delà, c'est le Caucase qui tombera. Cela les Russes ne peuvent ni l'accepter ni le permettre, et ce, à aucun prix. Poutine, qu'il le veuille ou non, est donc condamné à faire front.
Récemment, fin juillet, le Prince Bandar, patron des Service de renseignements de Riyad, s'est rendu à Moscou pour y rencontrer le président Poutine. L'éminent Séoudien aurait proposé à l'homme du Kremlin le marché suivant : « Vous nous abandonnez la peau d'Assad, en contrepartie nous vous garantissons la pérennité de votre base navale syrienne de Tartous et la sécurité des Jeux olympiques d'hiver de Sotchi, lesquels s'ouvriront de facto sous la menace d'attaques terroristes de la part des islamistes radicaux tchétchènes »... Étrange marché, bien peu diplomatique, en forme de chantage à peine déguisé. Poutine ne s'y est d'ailleurs pas trompé y voyant l'aveu - cynique - d'un soutien au terrorisme tchétchène. Faut-il préciser que l'entretien russo-séoudien a rapidement tourné au vinaigre ? En conséquence de quoi, ces derniers jours, les chancelleries ont bruissé de la rumeur selon laquelle, en cas de tirs de missiles américains sur la Syrie, Moscou pourrait à son tour frapper des objectifs sur le territoire de l'Arabie séoudite... Effectivement de quoi faire réfléchir le Pentagone et engager la Maison-Blanche à "temporiser"'.
R. : Mais n'est-ce pas reculer pour mieux sauter ?
J.-M. V. : La réponse est renvoyée au 9 septembre et au vote du Congrès américain. D'ici là un peu d'eau aura coulé sous les ponts. La Conférence du G20 aura eu lieu les 5 et 6 septembre à Saint-Pétersbourg, mais comme d'habitude il ne devrait rien en ressortir de tangible. Quant aux résultats de la Commission d'enquête des Nations Unies sur la véracité d'une utilisation de gaz de combat à Gouda, à proximité de Damas, les résultats ne seront pas connus avant plusieurs semaines et, de toute façon, ne diront rien sur l'identité du présumé coupable. Le coupable désigné contre toute logique par les préposés à la diffamation géopolitique - les Fabius, les Hague, les Kerry - est Bachar el-Assad et nul autre... au demeurant les tambourinaires de la grande presse décérébrée et servile n'en sont pas à un mensonge près, rien ne leur fait moins peur qu'une contre-évidence de plus. Une accusation finalement qualifiée « d'absurdité totale » par Poutine quelques heures avant la décision d'Obama de surseoir aux frappes... Affirmation qui confirme d'ailleurs que le Russe « n'est pas un démocrate » sinon il ne mettrait pas les pieds dans le plat avec un tel manque d'élégance !
Pour revenir à votre question précédente, si l'attaque américaine intervient - ce qui semble pour le coup un peu moins sûr maintenant - ce sera sans doute une guerre des « 72 heures ». Une grosse salve de frappes ciblées destinée à affaiblir le régime à l'instar du picador qui saigne le taureau à son entrée dans l'arène. Au reste le Nobel de la Paix Obama ne devant pas totalement désobliger ses commanditaires, nous devrions nous trouver en fin de compte dans une situation semblable à celle du 17 décembre 1998... lorsque Clinton le parjure, empêtré dans les jupes maculées de Monica Lewinski et afin d'échapper à la procédure d'impeachment dont l'étau se resserrait à ce moment-là, ordonne des frappes dévastatrices sur l'Irak. Le seul problème est que nous ne sommes plus en 1998 avec une Russie dépecée par ses oligarques. Qu'à présent le monde unipolaire surplombé par la suprématie américaine n'est plus tout à fait le même. Or on sait toujours où commence un engagement militaire, on ne sait jamais ni où, ni quand ni comment il se termine...
R. : Mais une pluie de missiles de croisières sur les centres de commandement et de communication syriens est-elle, malgré tout, encore évitable ?
J.-M. V. : Oui et non ! Notez que de nos jours on ne fait plus la guerre par nécessité pressante, pour défendre des intérêts vitaux immédiats, mais uniquement parce qu'on a décidé de la faire. La formule est un peu lapidaire mais elle est reflète bien la réalité. En Syrie l'intérêt de renverser le régime ne peut se comprendre que dans le cadre d'une vaste stratégie régionale et globale à long terme... C'est ce dont on s'aperçoit dès que l'on s'écarte des prétextes humanitariens et des indignations vertueuses pour les cent mille morts - dans les deux camps rappelons-le - qui ont jalonné ces deux années de guerre.
Vous constaterez avec moi qu'au fur et à mesure que la tension s'accroît, les rangs de la coalition s'éclaircissent de plus en plus : exit le Royaume-Uni âme damnée de Washington avec la défaite du Premier ministre Cameron mis en minorité et désavoué dans ses propres rangs, ceux des Tories. Notons que chez les Anglais la guerre fait encore l'objet d'un vote à la Chambre, mais pas dans la France des Droits de l'Homme... Pays où le Secrétaire général du Parti au pouvoir, M. Désir, dénonce « l'esprit munichois » de ceux qui ne montrent pas assez de zèle à l'idée d'aller casser du nationaliste arabe. Pire, quelques audacieux commencent à trépigner pour obtenir un vote du Parlement après un débat prévu le 4 septembre !
Exit la Turquie pourtant en tête des ennemis déclarés du régime de Damas, soutien inconditionnel des Frères musulmans en Syrie, en Égypte et en Tunisie. Ankara a disparu des écrans radars ! Étrange non ? En fait la colère gronde au sein des masses turques lassées de l'islamisme envahissant du gouvernement Erdogan. À cela s'ajoute l'irréductible minorité alévi longtemps persécutée - principalement turkmène, représentant 10 à 20 % des 75 millions de Turcs — solidaire des Arabes alaouites de Syrie.
R. : Revenons à votre livre qui jette un éclairage focalisé sur les catastrophes en cours au Proche-Orient... et sur celles prévisibles qui frapperont une Europe victime de l'idéologie multiculturaliste et où le cauchemar d'une substitution générale de population se fait chaque jour plus oppressant.
J.-M. V. : L'Europe, hier encore chrétienne, rejette massivement et à juste titre l'islam que nous côtoyons et qui nous est imposé par les idéocrates d'un mondialisme niveleur, éradicateur de toutes les identités, notamment religieuse, autrement dit de tous les héritages. Cette mémoire collective effacée nous a fait oublier qu'au IXe siècle, Charlemagne se voyait remettre des mains du Calife abbâsside Haroun Al Rachid, par le truchement de son missi dominici à Bagdad, la protection des Églises chrétiennes d'Orient. Communautés aujourd'hui abandonnées en Syrie à la vindicte des djihadistes, ces brutes sanguinaires dont M. Hollande recevait à l'Élysée la semaine passée les représentants et commanditaires séoudiens et qataris.
Laissons ici de côté le vaste débat sur la progression de l'islam en Europe de l'Ouest. Débat qui escamote trop souvent les causes premières d'un phénomène particulièrement préoccupant mais qui en vérité en occulte beaucoup d'autres d'une gravité extrême. Si l'on veut comprendre ce qui se passe en Europe et ne pas tomber dans les pièges tendus - celui d'éventuels affrontements inter-communautaires - par ceux qui cherchent à exploiter à leur profit les peurs ou les angoisses légitimes que suscite l'islamisation de nos sociétés, il faut d'abord comprendre ce qui se passe exactement dans les pays du Printemps arabe. À ce propos, ne comptez surtout pas sur les gens de presse et leur cohorte d'experts pour vous en expliquer les tenants et les aboutissants.
R. : Mais en quoi cela nous concerne-t-il directement ?
J.-M. V. : En gros, les derniers événements d'Égypte, et ceux certainement à venir en Tunisie et au Maroc, les mobilisations populaires de Turquie, ne sont pas l'expression d'une simple opposition de modernistes et des barbus rétrogrades, de progressistes et de réactionnaires, de laïcs et de religieux obscurantistes. Une telle explication n'est bien entendu pas fausse, mais elle est insuffisante. Il faut admettre que les mots n'ont pas le même sens ici et là-bas : en Orient laïc ne signifie pas athée car les sociétés musulmanes, au contraire de l'Europe, sont encore profondément religieuses...
En bref, à l'heure actuelle, nous assistons au Maghreb et au Machrek à un combat de Titans entre deux "islams" antagonistes et même antinomiques. Le premier est l'islam traditionnel et populaire, lequel, c'est indéniable, a connu ses phases de fanatisme, de puritanisme, mais cela n'a jamais été au cours de l'histoire que la conséquence de poussées de fièvre spasmodiques, des accès en quelque sorte essentiellement conjoncturels. Le second, l'islam politique, le salafo-wahhabisme est lui structurellement fondé sur la violence... l'une de ses obligations majeures et cachées étant la conversion par la force, le fer et le feu. Ses premières victimes sont a priori les musulmans eux-mêmes lorsqu'ils ne pratiquent pas la nouvelle vulgate et sont à ce titre considérés comme des kafir, des mécréants. Le wahhabisme qui vise à détruire de fond en comble ce que nous avons nommé être l'Islam, traditionnel et populaire, est en un sens un "contre-Islam" !
Et c'est parce que le wahhabisme entend éradiquer l'ancienne religion et toutes autres croyances, qu'il saccage les mausolées des saints intercesseurs, abat les mosquées impies, tout comme il l'a fait pour les Bouddhas de Banian et le ferait demain pour les Pyramides s'il le pouvait... Du passé faisons table rase ! Entre l'athéisme forcené des Bolcheviques et le fanatisme wahhabite, la distance est mince, presque imperceptible. Là se trouve l'explication des grands carnages qui ont ensanglanté l'Algérie au milieu des années quatre-vingt-dix. C'est cet islam barbare — vide et négateur de tout contenu spirituel - qui tend à s'imposer graduellement dans le monde musulman, et demain chez nous si nous n'y prenons pas garde... Ceci avec la bénédiction des élites anglo-américaines !
La guerre gronde à nos portes. L'orage tourne autour de nous, l'horizon est couleur de plomb : hier la Bosnie, le Kossovo, l'Irak, la Libye, la Syrie maintenant. Constatons que nous sommes toujours dans le mauvais camp, celui qui se situe aux antipodes de nos intérêts les plus élémentaires. L'islam prétendument moderniste, en réalité fondamentalement rétrograde, que le Qatar promeut dans nos banlieues, à travers ses programmes « Young Leaders » - compléments et corollaires des programmes du Département d'État - prépare l'Hexagone communautarisé de demain, afin d'établir par la force injuste de la Loi, un multiculturalisme aussi utopique que meurtrier. Ce sont en effet Doha et Riyad qui financent la construction de ces mosquées qui ne seront jamais de simples « lieux de prière », mais des centres d'endoctrinement à l'islamisme radical et de recrutement pour les guerres périphériques. Notez que des centaines de jeunes ressortissants français issus de l'immigration - quelques milliers pour l'Europe - combattent déjà, à l'heure actuelle, en Syrie dans les rangs de la "rébellion".
R. : Comment est-ce arrivé et où cela conduit-il ?
J.-M. V. : Le Wahhabisme a commencé à se propager dans le monde arabe, à la fin de la Première Guerre Mondiale, sur les décombres de l'Empire ottoman, grâce aux armes et aux fonds de l'Empire britannique. En 1928 Londres finance en Égypte la créa-don de la Confrérie des Frères musulmans. À présent l'islamisme radical a fait alliance avec le grand capital cosmopolite et oligarchique qui règne dans les maisons mères de Londres et New-York... En février 1945 un "pacte" est scellé, au retour du Partage du monde à Yalta, entre Roosevelt et Ibn Séoud a bord du croiseur Quincy ! Quant aux autres, métastases de ce fléau, il serait trop long de les énumérer...
Un dernier mot, les masses arabes et musulmanes se sont soulevées et se soulèveront encore contre la tyrannie d'un wahhabisme devenu conquérant par la vertu des pétrodollars et de la Grande Amérique. Une fausse "religion" vidée de tout contenu spirituel avons-nous dit, mais en tous points compatible avec l'anarcho-capitalisme sans foi ni loi qui déferle sur la planète... un matérialisme dévastateur qui voyage dans les fourgons du malheur, ceux de la démocratie universelle. Dans les ruines de villes syriennes, les salafistes d'Al Nosra soutenus par l'Arabie, les Frères musulmans soutenus par le Qatar et la Turquie, sont en fait les missionnaires de cet horrifiant monothéisme du marché - si vanté et loué par le triste sire Attali - qui s'impose chaque jour davantage à nos vies et s'insère toujours plus avant dans nos existences. Aussi le combat des masses arabes, exaspérées et meurtries, contre une religion étrangère à ses traditions, à sa culture et in fine à sa Foi, ne doit pas nous être indifférent. Il doit même urgemment devenir le nôtre. Comprendre les enjeux des affrontements qui se déroulent sous nos yeux, au sud et à l'est de la Méditerranée devrait d'ailleurs nous aider à ne pas nous tromper d'ennemi.
Propos recueillis par Jérôme Bourbon. Rivarol du 5 septembre 2013
« Les Égarés » le wahhabisme est-il un contre-islam ? éditions Sigest, 157 pages. 15 euros. « De la Révolution à la Guerre... Printemps et automnes arabes » 522 pages - Les éditions de l'Infini - 61, rue du Jard - 51100 Reims.
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Jean-Michel Vernochet : « L’islam radical, arme de guerre du cosmopolitisme mondialiste »
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Serge Ayoub : « Arrêtons ce discours de pleureuse, les Français veulent des gens fiers »
Serge Ayoub est le chef de file du « courant solidariste » en France. Lors de la mort de Clément Méric, il a été propulsé sur le devant de la scène médiatique. Cette affaire avait conduit à la dissolution de ses deux mouvements, Troisième Voie et les Jeunesses Nationalistes Révolutionnaires.
Quel constat, aussi bien politique que médiatique, avez-vous pu tirer de « l’affaire Méric » ?
Au niveau médiatique, on ne peut qu’être effaré par l’ampleur que prend ce fait divers. 3 ans auparavant, la mort de Yann Lorence, lynché à mort par un groupe d’antifas d’Auteuil en marge d’un PSG-OM n’avait pas suscité le millième de cet emballement.
Mais ce sont évidemment les politiques qui ont donné le ton. J’ai surtout été surpris par l’incapacité du gouvernement à garder la tête froide. La position de tout ministre aurait due être de condamner la violence en attendant les premiers éléments de l’enquête. Je crois qu’il a dans leur réaction à la fois énormément de cynisme, consistant à récupérer immédiatement un mort pour nuire, par amalgames successifs, au FN montant, et aussi un effroi sincère : ils ont perçu la mort de Clément Méric comme celle de l’un des leurs, car que ce soit socialement ou idéologiquement, Méric avait tout du futur cadre de la gauche morale, multi-culturaliste et mondialiste. C’est ce qui explique aussi l’intensité de leur haine contre moi et Troisième Voie.
Enfin, je crois que si la décision de dissoudre est prise sous le coup de l’émotion et pour donner l’impression d’agir, l’opiniâtreté dans la procédure de dissolution contre le JNR, puis Troisième Voie, le Local, et les pressions exercées sur le Conseil d’État sont l’indice qu’ils avaient parfaitement identifié que les idées de Troisième Voie était dangereuses pour eux. Il y a une volonté de casser cette vague populiste, ce courant très social du patriotisme français dont Troisième Voie faisait partie. D’ailleurs, Valls qui singe ce même populisme depuis des semaines a récemment dit que « République rimait avec, laïcité, Nation, autorité de l’État ». Il aurait pu le sortir d’un de nos textes, d’ailleurs, rien ne dit qu’il ne l’est pas fait en même temps qu’il « instruisait » notre dissolution !
Comment expliquez-vous l’intérêt des médias pour votre personne après l’annonce de la mort de Clément Méric ?
Les médias sont un théâtre, qui à la mort Méric ont fait jouer la pièce de l’antifascisme. Ils ont certainement cherché un client pour jouer le rôle du méchant, et ils ont certainement cru que je jouerais ce rôle. Cela m’a permis d’y avoir accès et de défendre les personnes inculpées, ainsi que mes idées que l’on caricaturait à tout bout de champ. Évidemment cela n’a pas duré, dès qu’ils ont compris que je ne jouais pas le rôle du grand méchant facho, et sur demande de la porte-parole du gouvernement, je n’ai plus eu aucun direct. D’ailleurs les médias eux-mêmes ont enterré l’histoire après le coup de la vidéo SNCF sortie par RTL.
Finalement, avez-vous vu cela comme une chance pour vous de vous exprimer ?
Ni, sur le moment, ni avec du recul, on ne peut parler de chance. Ce n’est pas une chance pour Esteban et Samuel, qui sont en prison. Pas une chance pour Méric, qui y a laissé sa peau sans gloire. Quant à moi, mon mouvement a été dissout et mon local fermé, on peut difficilement parler de tribune. En revanche, le point positif est que beaucoup de Français ont compris à quel point leur gouvernement était capable de manipulation et de mensonge. Beaucoup de gens dans la rue me serrent la main en me disant que, même s’ils ne sont pas toujours d’accord avec moi, j’ai été la première personne à se comporter dignement dans cette affaire.
Comment réagissez-vous au sort qui est aujourd’hui réservé à Esteban ?
Je pense toujours qu’il s’agit d’une nouvelle affaire Dreyfus. Deux gamins qui n’ont fait que se défendre sont jetés en prison, pas pour ce qu’ils ont fait, car on est dans un cadre de légitime défense, avec un coup rendu (mortel certes) pour un coup donné, par derrière en plus ; mais pour leurs opinions. Écoutez la gauche, écoutez ces gros neuneus d’experts, vous entendrez toujours cette idée que l’extrême-droite mène à la violence. Leurs fantasmes et leurs préjugés sont tellement enracinés dans leur esprit qu’ils ont été incapables de regarder le déroulement détaillé des faits.
Comment avez-vous vécu votre rencontre avec Dieudonné et quelles ont été les retombées ?
Je connaissais déjà Dieudonné, c’est un homme ouvert qui prend la liberté d’expression au sérieux. C’est dans cet esprit qu’il m’a proposé cette interview, et j’ai accepté. En ce qui concerne les réactions, elles ont été globalement positives.
En quoi consiste votre activité actuellement ? Quels sont vos projets ?
Je suis en train d’écrire un livre sur l’affaire Méric, qui devrait sortir le 14 septembre, à l’occasion de la manifestation contre la dictature socialiste, le même jour. Je suis en train de mettre sur pied un nouveau site, solidarisme.fr qui rassemblera revue de presse et textes théoriques, et qui nous permettra également de mettre en œuvre l’action la plus pertinente pour servir nos idées.
À l’époque, par vos sulfureuses actions, ne pensez-vous pas avoir discrédité votre cause ; et marquez-vous, aujourd’hui, une rupture avec ce passé ?
Je ne me souviens pas d’actions sulfureuses et encore discréditantes pour moi ou mes idées lorsque je défendais la liberté de pensée en général et d’expression du FN en particulier en assurant la sécurité de leurs meetings. À l’époque nous étions peu à risquer de prendre des coups pour défendre non pas le parti, dont je n’étais pas membre et à qui je ne devais rien, mais la libre expression.
À propos de « souffre », je vais vous raconter une anecdote : en 92, lorsque sur le plateau de Bilalian, j’ai dit qu’une figurine de soldat de la seconde guerre mondiale ne tuait pas, mais que par contre le socialisme, le gouvernement, et Jean Marie Le Guen (qui était en face de moi), tuaient des hommes en bombardant l’Irak. Ils ont tous regardé leurs chaussures et le caméraman m’a montré son pouce en signe d’approbation.
Il faut arrêter ce discours de pleureuse qui consiste à nous excuser pour des T-Shirts ou des propos tenus il y a 20 ou 30 ans. Il faut arrêter de se faire mettre à l’amende quand on nous parle de nos « écarts de conduite » ou de ceux d’un pote qu’on aurait pu connaître il y a 20 piges. Réveillez-vous ! En face de nous on a des criminels ! Des gens qui désindustrialisent le territoire français et jettent des centaines de milliers de gens au chômage ! Des gens qui insultent nos traditions, nos valeurs, qui rognent sur les libertés publiques, qui mentent, qui manipulent l’opinion, qui planquent de l’argent en Suisse et deviennent ministre ; on a un DSK qui a déshonoré la France et qui se permet de donner des cours d’économie au Sénat, un BHL qui nous fait faire des guerres parce qu’ « il le vaut bien », un Hollande qui couvre tous les pourris du PS depuis 15 ans et qui devient Président, des socialistes qui disent un jour « le nationalisme c’est la guerre » et qui décident de bombarder la Syrie le lendemain !
Ce qui me discréditerait vraiment, ce serait de commencer à m’expliquer sur mon passé auprès de mes ennemis. Ça ce serait me discréditer, parce que ce serait le début de la défaite, d’accepter le système de valeurs, les petits amalgames et les points Godwin de ceux que je combats.
Où vous situez-vous politiquement ?
Pour mon pays, et avec mon peuple.
Quelle est votre position à propos du monarchisme et du bonapartisme ?
Je ne crois pas à un retour de l’Ancien Régime, ni à une résurgence du bonapartisme, qui pour moi a muté en gaullisme. J’en retiens surtout la réduction des intermédiaires entre la volonté du peuple et leurs dirigeants. Quand à la monarchie parlementaire, je ne crois pas qu’elle puisse protéger la nation. Regardez l’Angleterre, la famille Royale ne peut ni ne veut rien faire contre l’immigration de masse, la destruction du mariage et les écarts de richesses qui explosent avec la mondialisation. Je crois davantage à une République refondée sur l’intérêt du peuple et au recours à la démocratie directe. C’est pour moi le moyen le plus simple d’exercer un contrôle permanent sur les élites gouvernantes, et de les virer au besoin.
Et concernant les forces républicaines patriotes comme, par exemple, Debout la République ou le Front National ?
DLR ce n’est rien, c’est le machin d’un député qui est prisonnier de son mandat. Tant qu’il a son mandat et peur de le perdre, il ne peut faire d’alliance avec le FN et donc fait beaucoup pour s’en distinguer. Sa sortie sur l’obsession identitaire du FN était grotesque. Pourtant, les positions du FN sur cette question sont à la gauche du gaullisme dont il se revendique. DLR c’est le gaullisme sans les couilles, désolé mais je le pense.
Quant au Front, la ligne est globalement bonne, même s’il lui manque un vrai sens de l’État pour proposer une réforme institutionnelle efficace. Les institutions de la Vème sont obsolètes, l’oligarchie en connait trop les rouages et elles n’imposent plus le même respect qu’à leur création. Il faut une refondation de la République, pas seulement une réorientation patriotique de celle-ci. Troisième Voie proposait par exemple de transformer le sénat en chambre représentative des travailleurs. Même sur la démocratie directe, les FN ne va pas assez loin. Nous proposions des mandats impératifs et révocables par l’initiative populaire. Nous avons proposé une refondation de la Nation sur un principe moral : la solidarité. Le FN, lui, n’a pas élaboré de principe philosophique sur lequel il appuie son patriotisme.
Ensuite, je trouve le FN de Marine trop prisonnier de sa logique de dédiabolisation. Je vais me répéter, mais vraiment, arrêtons de nous excuser, les Français s’en foutent. Ils veulent des gens fiers. En plus c’est une erreur tactique : car c’est avouer une faiblesse. Du coup, à chaque élection, le système part dénicher son lot de maladroits étiquetés FN pour contraindre Marine à parasiter son discours en explications, dénégations, excuses, qui sont d’ailleurs systématiquement perçues par les militants comme des trahisons, et nuisent à l’action du Front. Il faut balayer ces amalgames d’un revers de main, car pour les Français, ça ne compte pas au regard de la situation de leur pays.
On vous a accusé récemment de demander la tête du journaliste Frédéric Haziza et d’être à l’origine d’une « campagne antisémite » ; qu’en est-il ?
Haziza représente tout ce qu’un patriote peut détester : journaliste partisan du système, dur avec les faibles comme Jacques Cheminade, flagorneur avec les puissants comme Valls ou Harlem Désir.
Il s’agit en fait une campagne d’autovictimisation organisée par Haziza lui-même pour faire se faire mousser sur les réseaux sociaux : provoquer la colère des patriotes par des accusations outrancières et un chantage odieux à l’antisémitisme, puis crier à l’antisémitisme lorsque ceux-ci protestent.
Il m’avait déjà provoqué sur Twitter au moment du décret de dissolution des JNR. Il a réitéré ses insultes suite à l’interview que j’ai donnée à Dieudonné. Demander sa démission en relayant une pétition, qui n’avait rien d’antisémite, au motif qu’un tel manque de professionnalisme et de neutralité n’a pas sa place sur une chaîne du service public comme LCP, me semblait parfaitement justifier. D’ailleurs nos échanges sont accessibles publiquement sur Twitter, et aucun de mes messages ne relève de l’incitation à la haine. En réalité Haziza, c’est un peu l’histoire du garçon qui criait au loup.
Selon vous, pourquoi l’État français fait-il tout pour intervenir en Syrie ?
Il y a depuis longtemps une volonté de l’Occident de nuire à Assad, comme à tous les régimes laïcs du Moyen Orient qui s’appuient sur une classe moyenne éclairée, et dont la tendance naturelle et légitime au patriotisme est un obstacle à l’acquisition par les multinationales du contrôle total de la région. Il y a également une volonté atlantiste manifeste de nuire aux intérêts stratégiques de la Russie dont la Syrie est l’alliée et de retarder l’émergence d’un monde multipolaire.
En ce qui concerne l’élan belliciste soudain de notre gouvernement, je pense que l’on a simplement affaire à une bande d’incapables qui surréagissent à un attentat chimique qui, s’il est avéré, est très probablement imputable aux rebelles, dont Carla del Ponte, enquêtrice de l’ONU, avait affirmé qu’ils possédaient et avaient utilisé du gaz sarin en mai. Je ne crois pas qu’il s’agisse d’une grande manœuvre coordonnée, car à part la Hollande, personne n’a l’air d’être motivé.
Quelles sont vos solutions vis-à-vis du « grand remplacement » de population ? Croyez-vous à une « réconciliation nationale » ?
Tout d’abord, je dirais que cette discussion est oiseuse tant qu’on n’a pas pris le pouvoir. Intégrer le problème de l’immigration dans un programme plus vaste visant à refonder cette nation et à permettre à son peuple d’être heureux et prospère, très bien. Mais faire de cette question du grand remplacement un point de passage obligé pour tout programme, c’est idiot : tout d’abord parce que la prise du pouvoir changera déjà la donne. La suppression des pompes aspirantes non seulement réduira considérablement les entrées, mais provoquera aussi énormément de départs. Énormément de gens vivent de la générosité et du laxisme de ce pays, cessons, d’être laxistes, la France cessera d’être un eldorado pour le reste du Tiers-monde.
Dans un deuxième temps, la lutte contre l’oligarchie mondialiste doit évidemment se faire en partenariat avec les autres pays du monde, et en l’occurrence, les pays d’émigration qui se vident de leurs forces vives avec le système actuel. Une coopération économique plus juste rendra certainement ces pays plus attractif pour les immigrés originaires de ces pays. Mais je suis confiant, si nous prenons le pouvoir, tout sera beaucoup plus facile. Ces minorités dont la croissance démographiques inquiètent tant certains de nos concitoyens verront leurs effectifs se réduire et se stabiliseront d’elles-mêmes en adoptant des mœurs françaises. Elles cesseront alors d’être un objet d’anxiété pour le reste de la communauté nationale, leur présence ne posera alors plus de problème au sentiment identitaire des Français.
Peut-on encore sauver la France ?
Pour moi ça ne fait aucun doute.
Propos recueillis par Christopher Lings
http://www.lebreviairedespatriotes.fr/10/09/2013/politique/serge-ayoub-arretons-ce-discours-de-pleureuse-les-francais-veulent-des-gens-fiers/ -
ENTRETIEN exclusif avec KAREN KHANLARI, un chrétien au parlement iranien
La République islamique d’Iran fait l’objet de critiques récurrentes, y compris dans nos colonnes, où l’on regrette le shah. Aujourd’hui, la parole est à la défense : Karen Khanlari, député au parlement iranien, plaide en faveur d’un régime qu’il juge ouvert aux chrétiens.
PAYS majoritairement musulman, de rite chiite, l’Iran procure la liberté de culte à l’ensemble de ses citoyens, y compris aux chrétiens, hélas persécutés dans d’autres pays d’Orient et parfois victimes de violences, après l’émergence de courants fondamentalistes encouragés, notamment, par les salafistes (de rite sunnite). Cet État, quasi théocratique, préserve la foi chrétienne des dérives de la laïcité outrancière des sociétés de consommation. En effet, le chiisme a toujours été tolérant, ouvert et peu dogmatique. L’enseignement de l’imam Ali, recueilli dans Les Dictons de sagesse, en témoigne. L’actualité le démontre aussi : nous avons en mémoire l’accueil chaleureux que la communauté chiite, y compris le Hezbollah, avait réservé au pape Benoît XVI lors de sa visite au Liban. De même, faut-il rappeler que la chaîne du Hezbollah, Al Manar, s’interdit la diffusion de programmes profanes les vendredis saints ? Afin de mettre en lumière la situation des chrétiens en Iran, nous avons interrogé un député chrétien au parlement iranien, M. Karen Khanlari. Docteur en ingénierie de construction à l’université Azad islamique (Ouloum va Tahghighat) à Téhéran, docteur en histoire de l’Institut d’histoire de l’Académie nationale des sciences d’Arménie, il a collaboré, au sein du gouvernement iranien, à l’optimisation de l’usage de l’énergétique et à l’élaboration des règlements en vigueur.Député depuis 2012, il représente les chrétiens arméniens au parlement iranien. ❑ E.H.
❏ L’Action Française 2000 - Quelles sont les communautés chrétiennes établies en Iran, combien comptent-elles de membres et comment ceux-cisont- ils répartis ?
❏ Karen Khanlari - Il existe principalement deux communautés établies en Iran : les Arméniens et les Assyriens. Au sein de chacune de ces communautés, il existe des rites spécifiques. Ainsi, 98 % des Arméniens iraniens font partie de l’Église nationale arménienne, dite Église des compagnons d’Arménie, et environ 2 % font partie de l’Église catholique arménienne, ainsi que de l’Église évangélique arménienne. La plupart des Assyriens font partie de l’Église nationale assyrienne (dite Église assyrienne d’Orient). Mais il existe également deux autres rites assyriens : l’Église catholique assyrienne ainsi que l’Église évangélique assyrienne. Selon les derniers recensements, on dénombre cent vingt mille chrétiens en Iran.
À Téhéran, il existe huit églises nationales de rite arménien. Par ailleurs, à Djolfa d’Ispahan, par exemple, il existe treize églises. Dans les autres villes, à l’instar de Tabriz, Arak, Ourmieh, Rasht et Anzali, il existe une église. Les messes sont célébrées régulièrement avec un grand afflux de fidèles. Il existe aussi des cathédrales qui constituent des monuments historiques : il y en a trois dans la province d’Azerbaidjan et une, affiliée au rite national arménien, à Ispahan. Enfin, il existait une vie monastique il y a quelques années. À Djolfa, en Ispahan, il y avait un couvent arménien. Néanmoins, en raison de la baisse des vocations, les activités de ce monastère ont été modifiées. Elles sont principalement d’ordre caritatif.
❏ Qu’en est-il de la situation des chrétien au sein de la société iranienne ? En général, les communautés chrétiennes au Proche et au Moyen–Orient sont marginalisées. Parfois, elles sont menacées par la violence, comme en Irak ou en Égypte. Dans les pays du Golfe, l’exercice de leur culte est même proscrit. Quelle comparaison peut-on établir avec la République islamique d’Iran ?
❏ L’Iran a été, depuis la Perse antique, un pays ouvert aux croyants de différentes religions. Les conceptions fondamentales inscrites sur le cylindre de Darius le Grand, relatives à la liberté religieuse, mais aussi les enseignements d’Ali Ben Abi Taleb sur la tolérance religieuse, y ont été propagés tout au long de l’histoire. Les chrétiens bénéficient de ce climat qui a contribué à leur dynamisme. Ils ont ainsi participé activement à toutes sortes d’activités politiques, économiques et surtout culturelles, éducatives et artistiques aux côtés des musulmans, des zoroastriens et des juifs.
Selon la constitution de la République islamique, les minorités religieuses jouissent de la liberté totale relativement à leur état civil, l’exercice de leur culte et de leurs activités religieuses et communautaires. Par ailleurs, les Iraniens chrétiens disposent de leurs propres établissements d’enseignement, de leurs associations culturelles et sportives... De même, ils disposent d’une liberté d’expression et de presse. Ainsi, la communauté arménienne publie un quotidien, plusieurs mensuels ainsi que des sites Internet en langue arménienne. Il en est de même pour les autres communautés, aussi bien chrétiennes assyriennes que zoroastrienne et juive. Toutes ces communautés sont respectées tant par la société que par le gouvernement.
En Iran, les principes de la liberté ont été conjugués avec les traditions et les convictions nationales et religieuses. Les fondements juridiques de la tolérance et du respect des diversités religieuses ont été édictés, il y a plus d’un siècle, par la constitution iranienne. Ils ont été préservés et sont appliqués jusqu’à présent. Selon la constitution de la République islamique, les minorités religieuses et ethniques jouissent non seulement de la liberté en ce qui concerne leur état civil, où ils peuvent appliquer librement leurs règles confessionnelles et religieuses, mais ils disposent également de leurs propres députés au sein du Parlement.
Ces députés bénéficient de prérogatives et de responsabilités équivalentes à celles des autres députés. Ils siègent dans les différentes commissions, participent au processus de légifération et de surveillance du gouvernement. Parmi les deux cent quatre-vingt-dix députés du parlement iranien, cinq appartiennent à des communautés non musulmanes. Les autres députés, musulmans, sont composés de chiites et de sunnites. À ma connaissance, la situation des chrétiens en Iran est incomparable avec les pays que vous venez de citer. Cela a toujours été ainsi. Au début du XXe siècle, alors que les Arméniens et les Assyriens étaient victimes du génocide en Turquie ottomane, l’Iran accordait l’asile aux survivants arméniens et assyriens de cette tragédie.
❏ L’Iran est frappé d’un embargo par l’Occident. Comment le qualifiez- vous ? Quelle est son étendue ? Quelle en sont les répercussions sur les Iraniens ?
❏ Au début de l’adoption de la politique des sanctions, l’Occident prétendait que ces dernières visaient uniquement l’État iranien et qu’elles n’étaient pas édictées contre le peuple. Mais, très rapidement, une fois que les sanctions "globales", et particulièrement les sanctions pharmaceutiques, voire académiques, furent appliquées, il est devenu évident que l’Occident ne faisait aucune différence entre l’Etat et le peuple.
Naturellement, ces sanctions ont eu des effets sur la vie sociale et économique de l’Iran. Mais ces conséquences ne sont pas de nature à engendrer de grands changements politiques. Devant cette situation, nous avons adopté un mode de vie économique spécifique. Cette pratique s’appelle « l’économie de résistance » ou « la résistance économique ». Nous avons établi, à cet égard, des programmes et des stratégies avec l’aide de spécialistes.
❏ Étant donné les sanctions pesant sur votre pays, y a-t-il un message que vous souhaiteriez adresser à l’Occident ?
❏ La politique des sanctions n’est pas un langage conforme et adéquat pour dialoguer avec la République islamique d’Iran. L’Iran a une civilisation, une histoire et une culture millénaires. Ce n’est pas un pays qui capitule facilement devant la guerre, la violence, le terrorisme, les cyberattaques ou la politique de sanctions économiques. Je souhaite voir, très prochainement, l’Occident adopter une position plus conforme à l’image qu’il entend donner de lui.
Au lieu de faire pression sur l’Iran sous prétexte d’accusations infondées telles que le soutien au terrorisme, la transgression des droits de l’homme (leitmotiv occidental) ou les questions liées à l’arme nucléaire, j’appelle les pays occidentaux à adopter une politique plus utile pour arriver à un compromis avec la République islamique d’Iran, pour le maintien d’une paix durable dans la région. ■
Propos recueillis par Élie Hatem pour L’AF 2869
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Pierre Vial « Assurer la survie des nôtres »
Pierre Vial est depuis longtemps dans l'action politique et idéologique. Militant à quinze ans dans les rangs de Jeune Nation, puis de la Fédération des Etudiants Nationalistes (FEN) et d'Europe Action, il a été, en 1968, un des fondateurs du GRECE, dont il a été le secrétaire général de 1978 à 1984, tout en dirigeant la revue Eléments. Il a adhéré en 1987 au Front National, où il est devenu membre du Bureau Politique, et qu'il a représenté, en tant qu'élu, au conseil municipal de Villeurbanne et au conseil régional de Rhône-Alpes. Il a participé au MNR de Bruno Mégret, avant de s'en séparer rapidement pour incompatibilité de ligne politique. Fondateur du mouvement Terre et Peuple en 1995, il en est le président.
RIVAROL : Comment analysez-vous la situation politique actuelle ?
Pierre VIAL : Si l'on s'en tient aux épi-phénomènes, les gesticulations gouvernementales n'empêchent en rien que les Français soient de moins en moins dupes, en comprenant qu'il n'y a pas de pilote dans l'avion. Les indices de popularité du pitoyable Hollande sont, à juste raison, en chute libre, Ayrault essaye désespérément de faire croire qu'il existe, l'étrange créature censée être garde des sceaux se bouffe le nez avec un Valls qui est la risée de ces racailles contre lesquelles il n'ose pas sévir, de peur d'être traité de raciste, Moscovici nie l'évidence en criant sur les toits que la relance est pour demain matin... J'en passe, et des meilleurs. La France est la risée des observateurs internationaux (la lecture de la presse étrangère, en particulier allemande et anglo-saxonne, est édifiante) mais à part ça tout va très bien madame la marquise.
En fait - et pour parler sérieusement, au-delà des points de détail (aïe !) que je viens d'évoquer - le fond du problème est que le Système en place est en crise profonde, ce qui évidemment me réjouit. Un Système dont droite et gauche institutionnelles sont parties prenantes et sont, de fait, au-delà du verbiage destiné à amuser les gogos, solidaires car elles profitent grassement l'une et l'autre de la grande escroquerie réinstallée en 1945 mais dont les racines plongent bien en deçà puisque c'est l'idéologie des « droits de l'homme » qui en est responsable, avec ses conséquences mortifères dont la plus grave est, sous nos yeux, l'invasion raciale de l'Europe que l'on appelle pudiquement immigration.
R. : Mais alors, quelles solutions ?
P. V. : Elles vont s'imposer d'elles-mêmes mais il faut préparer la voie et accélérer le processus de décomposition du Système par tous les moyens. La destruction du Système, cela s'appelle une révolution. Mais il faut procéder par étapes, méthodiquement, comme ont su le faire nos ennemis. Tout d'abord, prendre conscience et faire prendre conscience à d'autres, autour de soi, de la réalité. Cette prise de conscience est en route et il nous appartient, à nous, révolutionnaires identitaires, de l'accélérer, malgré l'anesthésie de nos peuples que le Système développe et qui est sa seule chance de survie. En sachant que la route sera longue. Mais nous en avons l'habitude et des signes récents, qu'avait salués Dominique Venner dans son dernier éditorial de la Nouvelle Revue d'Histoire, montrent qu'une évolution positive est en cours, qui confirme que, selon la parole de Rivarol, « Quand les peuples cessent d'estimer, ils cessent d'obéir ». En l'occurrence, le Système a commis - et c'est tant mieux - une faute majeure en voulant faire passer en force l'officialisation du mariage homosexuel.
R. : Précisément, comment interprétez-vous cette officialisation du mariage homosexuel et des réactions qu'elle a provoquée ?
P. V. : Le régime en place a pris la lourde responsabilité de devenir la République des invertis, qui plastronnent en prétendant tenir le haut du pavé et imposer leur déviance comme nouvelle norme. Ce qui - soit dit en passant - accentue le mépris, déjà grand, qu'ont les Maghrébins et les Noirs pour des Blancs qui se conduisent comme des flottes, jusqu'au plus haut niveau des responsabilités politiques. Et qui se disent : le fruit est mûr, il va tomber. Comment leur donner tort ? Mais, comme le disait Bernard Antony, lorsque je partageais avec lui cassoulets et verres d'Armagnac sur son stand des BBR, il arrive que le diable porte pierre... En l'occurrence, le mariage des invertis a provoqué un salutaire éveil chez nombre de braves gens qui ne s'étaient jamais mobilisés pour grand-chose mais qui, là, on trouvé que la coupe était pleine. D'où ces formidables manifestations, regroupant des centaines de milliers de femmes, d'enfants et d'hommes de tous âges, venus exprimer leur ras le bol de l'ignominie. Ce fut, en somme, le début du réveil du pays réel, à la grande surprise d'un pays légal persuadé qu'il pouvait en toute impunité faire tout et n'importe quoi. Les hiérarques du Système, ébahis, découvraient que le peuple pouvait leur dire non. Bien entendu, cette hirondelle qui annonçait le printemps doit ouvrir la porte à une contestation en profondeur, organisée et cohérente, du Système en place. Mais tout est devenu possible, avec des garçons et des filles qui ont découvert que la rue appartient à ceux et celles qui y descendent, comme dit un vieux chant de combat... Comme l'a souvent dit Dominique Venner, l'Histoire est ouverte, tout reste toujours possible. Il faut avoir l'espérance, toujours, au fond du cœur.
R. : On voit que les régimistes sont prêts a tout pour essayer d'endiguer les forces saines du pays, en interdisant des mouvements (Troisième Voie, Jeunesses Nationalistes, l'Œuvre française) et en essayant de tuer financièrement RIVAROL par des amendes et des procédures judiciaires nuques.
P. V. : La bête est aux abois... L'interdiction des mouvements que vous citez est scandaleuse et stupide. Scandaleuse, parce que ces gens qui se drapent dans de grands principes et qui n ont que le mot de liberté à la bouche exercent en fait une véritable dictature Mais cela ne peut étonner ceux qui connaissent un peu d histoire, car les jacobins qui gouvernent aujourd'hui sont les héritiers de ceux qui déclenchèrent la Terreur de 1793 Ils devraient pourtant réfléchir : la plupart de ceux qui ont fait fonctionner la guillotine exterminé Vendéens et Lyonnais insurgés ont fini de misérable façon.
Cette interdiction est par ailleurs stupide car on peut interdire une organisation mais on ne peut tuer des convictions et faire disparaître des militants aguerris, bien décidés à continuer leur combat et moralement renforcés par l'injustice dont ils sont victimes. Certes, nous ne sommes pas d'accord, sur certains points, avec les mouvements interdits. Mais cela ne nous empêche pas d'affirmer la nécessité d'une totale solidarité avec eux. Quand on est en guerre - et nous sommes en guerre, pour la survie de nos peuples - il faut choisir son camp. Nous avons choisi le nôtre. Sans état d'âme.
C'est pourquoi, aussi, nous affirmons notre totale solidarité avec RIVAROL. J'ai découvert ce journal, alors que j'étais tout gamin, quand mon père l'apportait à la maison. J'y ai lu, avec passion, Pierre-Antoine Cousteau, Rebatet, Pierre Dominique et d'autres grandes plumes. Ils m'ont ouvert les yeux sur bien des sujets et contribué à ma vocation de soldat politique. Depuis, RIVAROL a continué son combat, difficile, tenace. En étant un carrefour de sensibilités auxquelles il apporte une liberté d'expression devenue rare, donc précieuse, de nos jours. Sa survie est un enjeu vital.
R. : Au plan de la situation internationale, comment juger les évolutions récentes ?
P. V. : Quelques grandes tendances s'affirment. Tout d'abord, contrairement à ce que croient ceux qui ont une vision trop simpliste de l'islam, celui-ci affiche ses divisions, en Syrie, en Irak, en Egypte, en Tunisie... en attendant d'autres explosions. Les enjeux de ces affrontements échappent bien souvent aux Occidentaux et les Yankees, comme toujours, ne voient que trop tard qu'ils ont joué les apprentis sorciers, eux qui se considèrent comme maîtres du monde mais qui sont d'une myopie politique effarante. Les Russes observent tout cela avec un certain sourire, en bons joueurs d'échecs qu'ils sont. La Chine, sans faire de bruit, développe vite et fort son potentiel économique et n'a pas fini de nous réserver des surprises. En Afrique noire les tensions ethniques démentent tous les jours la vision irénique des benêts de l'humanisme bêlant, tandis que la Réalpolitique impose sa loi, comme le démontre, dans ses ouvrages, mon ami Bernard Lugan. Quant à l'Europe de Bruxelles elle fait de plus en plus la preuve de sa nocivité. Contre elle, il faut lutter avec vigueur pour le droit des peuples. Là aussi une prise de conscience est en marche. Ainsi les Grecs ont compris quel plan d'étranglement ont mijoté contre eux le FMI, la BCE et les réseaux du mondialisme capitaliste animés par des gens comme ceux issus de Lehman Brothers, qui sont parmi les plus nocifs. D'où la naissance et le succès d'un mouvement nationaliste-révolutionnaire comme l'Aube dorée, dont l'expérience va servir à d'autres mouvements-frères à travers l'Europe. Les peuples d'Europe doivent se libérer du carcan capitaliste, du social-libéralisme, du culte de l'argent-roi dans lequel communient gauche et droite, qui ne veulent surtout pas la fin d'un Système dont elles vivent.
R. : Nous voilà au seuil des questions économiques et sociales ?
P. V. : Elles ont trop souvent été négligées par ce qu'il est convenu d'appeler la droite (un mot qui recouvre à vrai dire tout et n'importe quoi, mais passons...). Or les questions économiques et sociales jouent un rôle déterminant tout simplement parce qu'elles conditionnent la vie quotidienne des gens. Ignorer ou minimiser cela est totalement irresponsable. Quant à nous, nous plaçons ces questions en première ligne de nos préoccupations et nous incitons nos camarades à s'engager dans le cadre du syndicalisme.
J'appartiens à une famille de pensée où le national et le social ont toujours été indissolublement liés. Ce qu'avaient compris, dans la première moitié du XXe siècle, des hommes comme Déat, Doriot et quelques autres, aujourd'hui diabolisés (mais je n'en ai rien à faire). Ces hommes prenaient d'ailleurs en compte un héritage datant du XIXe siècle, avec des hommes comme Proudhon, Blanqui, Sorel, Toussenel. Et des exemples de mouvements insurrectionnels dont je célèbre le souvenir, comme ceux des Canuts lyonnais de 1831 et 1834 et des Communards parisiens. Certains diront peut-être que tout cela est bien ancien. Pour moi, c'est une mémoire vivante, qui est source d'inspiration.
Bien entendu cet héritage doit être actualisé, mais certains thèmes proudhoniens comme le localisme, le mutuellisme, la subsidiarité sont d'une totale actualité. Tout comme la définition de l'entreprise comme communauté de travail, avec une claire répartition, entre les acteurs économiques, des droits, des devoirs et des bénéfices issus de la production.
Aujourd'hui la révolution identitaire que nous voulons doit fixer des priorités économiques et sociales et nous publierons dans les mois qui viennent une série de propositions à cet égard.
R. : Et l'immigration, dans tout cela ?
P.V. : Précisément, l'immigration est une arme du capital, comme le disent nos camarades du MAS et de la revue Réfléchir et Agir. Elle est utilisée comme un moyen de chantage pour faire baisser les salaires des travailleurs d'origine européenne, les patrons misant par ailleurs sur le fait que des immigrés accepteraient plus facilement, contraints et forcés, des conditions de vie et de travail misérables. Ils doivent maintenant déchanter mais ils ont joué les apprentis-sorciers. Un mot sur l'islam : il sert de justification, de caution religieuse pour couvrir, en fait, un phénomène de conquête territoriale et de remplacement d'une population européenne par une population africaine, qu'elle vienne du Maghreb ou d'Afrique noire. C'est d'une invasion ethnique qu'il s'agit. Ceux qui en ont pris la responsabilité, qu'ils aient un rôle politique, économique ou culturel, sont des traîtres, en tant que collaborateurs des envahisseurs. La résistance identitaire leur demandera des comptes. Mais de toute façon ils seront victimes, eux aussi, de la guerre raciale qui s'annonce. S'ils croient sauver leur peau en se soumettant aux envahisseurs ils se font des illusions.
R. : En fin de compte, quels sont le rôle et l'ambition de Terre et Peuple ?
P. V. : C'est d'être en première ligne de la résistance identitaire qui s'organise partout en Europe (j'ai été le premier à utiliser, il y a dix-huit ans, le mot "identitaire" et je me félicite de son succès car il résume parfaitement notre combat). Avec des objectifs très concrets : 1) assurer la formation idéologique de nos amis, afin qu'ils aient une claire conscience des enjeux de notre combat et qu'ils sachent en faire prendre conscience autour d'eux, dans leur famille, auprès de leurs voisins, de leurs collègues de travail, etc. Sur le thème : « Ouvrez les yeux ! ». Ce travail se fait dans le cadre de journées de formation et par la diffusion de notre revue Terre et Peuple Magazine 2) Constituer une communauté de travail, de combat et de foi (telle est la définition que nous donnons de Terre et Peuple) dont le premier souci est d'assurer la survie des nôtres au sein des événements tragiques qui se préparent et qu'il faut appeler par leur nom : la guerre raciale. Ceux qui trouvent que je dramatise et négligent l'avertissement auront un jour à pleurer des larmes de sang (les hommes de terrain, policiers, pompiers, professions de santé, gardiens d'immeubles et d'autres savent que j'ai raison).
Nous rappellerons cela lors du grand rendez-vous annuel qu'est notre Table Ronde, qui se tiendra le 1er décembre à Rungis sur le thème : « Sommes-nous en 1788 ? Vivement la révolution ! ».
R. : Une dernière question : vous êtes engagé depuis longtemps dans l'action. Quelle est votre principale motivation ?
P.V. : Effectivement, j'essaye d'apporter ma pierre depuis cinquante-cinq ans. C'est un long chemin, dont le bout n'est peut-être pas loin. Mais peu importe. Ma motivation ? C'est une certaine conception du monde, de la vie, de l'homme, de l'Histoire qui se résume par un mot : Fidélité. Je ne suis pas le premier à avoir fait ce choix et je sais que je ne serai pas le dernier, ce qui m'apporte une totale paix de l'âme, car je suis ainsi en communion avec une Grande Armée dont les siècles à venir se souviendront.
Propos recueillis par Robert SPIELER. Rivarol du 5 septembre 2013
Pour tous renseignements : Terre et Peuple BP 38 04300 Forcalquier et www.terreetpeuple.com et contact@ terreetpeuple.com. -
Notre époque ne peut que favoriser le conspirationnisme…
Complot jésuite, complot franc-maçon ou « judéo-maçonnique », complot synarchique, complot bolchevique, complot néonazi, complot islamiste, ne mettrait-on pas le complot à toutes les sauces ? Et d’où viennent toutes ces théories du complot ?
A. de Benoist Il n’y a pas de théories du complot. Il y a d’une part une mentalité conspirationniste et, de l’autre, une série d’interprétations complotistes d’un certain nombre d’événements. J’avais publié, en 1992, une étude sur la psychologie du conspirationnisme. Depuis lors, Pierre-André Taguieff a consacré à ce sujet une série d’ouvrages qu’on peut considérer comme définitifs. La mentalité conspirationniste consiste d’abord à considérer de manière systématique que tout discours officiel est mensonger, que tout ce qui est important est dissimulé, bref que « la vérité est ailleurs ». Et, dans un deuxième temps, à affirmer que les vrais auteurs des événements sont des puissances malignes, des « forces obscures » tapies dans l’ombre, qui « tirent les ficelles en coulisses » et agissent de façon souterraine pour parvenir à des fins inavouables. On désigne ainsi un bouc émissaire intemporel, transhistorique, omniprésent – « Ils sont partout ! » –, qui poursuit son intérêt particulier au détriment de l’humanité. Ces puissances ténébreuses s’incarnent généralement dans une catégorie d’hommes qu’il suffirait d’éliminer pour que les choses retrouvent leur cours normal. Cette catégorie répulsive correspond à ce que Claude Lefort appelle très justement les « hommes en trop ».
Il n’est pas difficile d’apercevoir les soubassements religieux de cette mentalité. Ces « hommes en trop », quelle que soit l’étiquette qu’on leur attribue, sont une figure du Diable, dont ils ont d’ailleurs tous les attributs. Mais dans la mentalité conspirationniste, on observe aussi l’écho du mythe de la « Caverne » chez Platon : ce que nous voyons autour de nous, et que nous croyons bien réel, n’est qu’illusions et tromperie. C’est un théâtre d’ombres. D’où cette coupure dualiste qui double le monde réel, décrété illusoire, d’un arrière-monde où s’activent les « chefs d’orchestre invisibles ». Le discours conspirationniste est un discours de l’apparence et du masque.
S’interroger sur le conspirationnisme, ne serait-ce pas d’ailleurs déjà prêter le flanc à l’accusation de complotisme ?
Critiquer le conspirationnisme vous fait en effet placer immédiatement au nombre des complices ou des idiots utiles. Pour la mentalité conspirationniste, rien n’est neutre. Il y a d’un côté les agents du complot, de l’autre les affidés et les crédules. Toute contradiction, tout démenti, devient alors une preuve supplémentaire de l’existence du complot. Les thèses conspirationnistes, autrement dit, font un usage systématique du soupçon freudien : la dénégation confirme le symptôme. C’est bien connu, la ruse suprême du Diable est de faire croire qu’il n’existe pas ! De même, dans l’histoire, rien pour les conspirationnistes ne relève du hasard. L’action sociale-historique est débarrassée de tous ses aléas grâce à une théorie linéaire de la causalité qui est censée tout expliquer : les événements sont produits mécaniquement par des agents cachés, qui manipulent les hommes comme on appuie sur un bouton pour obtenir l’effet désiré. Ni marge d’erreur ni zone d’incertitude : tout a été prévu, tout a été « orchestré ». Ce simplisme fait bon marché de ce que Jules Monnerot appelait l’hétérotélie, les « effets pervers », l’accident, l’exception, les dynamiques systémiques, etc., bref tout ce qui fait la complexité de la vie sociale-historique réelle.
Quant aux conspirationnistes, ils se posent d’emblée comme une élite d’initiés, d’experts autoproclamés, titulaires d’un savoir qui surplombe le savoir caché de ceux contre lesquels ils se dressent. Magiquement exemptés de l’aliénation où baignent leurs contemporains, ils sont ceux qui « savent » (on ne sait par quel miracle), dès lors fondés à regarder de haut les « naïfs » qu’on « mène par le bout du nez ».
L’histoire de l’humanité abonde néanmoins en vrais complots. Il y a d’abord les assassinats politiques, réussis (Henri IV, John Fitzgerald Kennedy ou Anouar el-Sadate) ou manqués (Ronald Reagan, Jean-Paul II ou Jacques Chirac). Mais comment faire la part des choses entre « vrais » et « faux » complots ?
Bien sûr qu’il y a de vrais complots. Tout comme il y a des secrets d’État, des mensonges d’État, des actions secrètes menées par les services de renseignement, des lobbies, des groupes d’influence, des attentats sous « faux drapeau », etc. Si le conspirationnisme se bornait à vouloir faire toute la lumière sur tel ou tel événement, ou à s’interroger sur ce qui se passe à l’arrière-plan de la vie politique et sociale, il n’y aurait rien à lui reprocher. Ce qu’on peut en revanche critiquer, c’est son systématisme obsessionnel, sa « logique » paranoïaque, ses interprétations fantasmatiques, ses bouffées délirantes.
À propos des attentats du 11 septembre 2001, Roland Dumas, ancien ministre des Affaires étrangères, assure ne pas croire en la version officielle des événements pas plus qu’à son avatar conspirationniste. Y aurait-il une sorte de troisième voie, fondée sur le principe d’opportunité ?
La position de Roland Dumas me paraît assez sage. Il n’y a pas besoin d’être conspirationniste pour constater que la version officielle des attentats du 11 septembre laisse pour le moins à désirer, ou pour penser que Lee Harvey Oswald n’était sans doute pas le seul homme impliqué dans le complot pour tuer Kennedy. Il y a une vertu du doute, et le « dubitationnisme » va souvent de pair avec l’esprit critique. Mais ce qui frappe chez les conspirationnistes, c’est qu’ils ne sont capables de douter que d’une manière unilatérale. Hypercritiques vis-à-vis des « versions officielles », ils sont d’une crédulité sans bornes pour toutes les « versions alternatives ». Or, comme l’esprit critique ne se partage pas, il faut examiner les unes et les autres avec la même rigueur. Cela dit, nous sommes à une époque qui ne peut que favoriser le conspirationnisme : à un moment où les gens « ne comprennent plus ce qui se passe », parce que leurs repères se sont effondrés, les « explications » simplistes, qui prétendent rendre intelligible ce qui paraît incohérent, ne peuvent que trouver une oreille complaisante chez un public toujours plus grand. -
L'Education nationale contribue à la falsification historique
Valeurs actuelles - 22/12/2011
Réponses de Jean Sévillia à un entretien sur les manipulations de l'histoire et les ravages de l'historiquement correct.
Toutes les époques sont-elles concernées par la falsification historique ?
Toutes les époques sont concernées, mais les raisons de ces maquillages varient selon les dominantes idéologiques. Pour faire court, l’histoire est instrumentalisée, en Occident, depuis les Lumières : encyclopédistes et philosophes tressent une légende noire de l’Église, dont ils combattent le pouvoir. Au XIXe siècle, le roman national, tel que l’enseigne l’école jusqu’aux années 1950, s’inscrit dans une veine républicaine qui glorifie la Révolution et caricature l’“Ancien Régime”. L’après-guerre est dominée, jusqu’à la fin des années 1960, par l’histoire marxiste, ce qui s’explique par l’hégémonie culturelle du Parti communiste.
Et par l’influence de l’école des Annales ?
À ceci près que Lucien Febvre et Marc Bloch, les fondateurs des Annales, étaient des hommes d’une très grande science, de grands historiens dont les travaux n’ont pas toujours été assimilés par ceux qui les diffusaient ensuite dans les établissements scolaires. Les Annales se sont démarxisées au fil du temps, et bon nombre d’historiens issus de cette école (Georges Duby, Emmanuel Le Roy Ladurie, François Furet, Jacques Le Goff…) sont revenus à une vision classique de l’histoire, parfois à la biographie, voire à l’“histoire-bataille”. Quoi qu’il en soit, le marxisme s’effondre dans les années 1980. Un autre paradigme lui est substitué – les droits de l’homme – , et c’est encore à l’aune de ce paradigme qu’on interprète le passé. C’est cela, l’“historiquement correct” : passer l’histoire au crible de l’idéologie du moment. Ce faisant, on commet un anachronisme préjudiciable à la connaissance historique.
Comment définiriez-vous l’idéologie dominante que vous évoquez ?
Elle relègue la nation dans les limbes de l’histoire, condamne les frontières, rejette tout enracinement géographique et spirituel. Elle fait l’apologie du nomadisme. Elle élève l’individu au rang de valeur sacrée et proclame son libre arbitre comme ultime référence. Est considéré comme juste celui qui respecte les droits de l’homme, comme injuste – donc immédiatement condamné – celui qui les viole. Alors que l’histoire est un domaine éminemment complexe, on cède à la facilité manichéenne (les bons et les méchants) et l’on procède à des réductions abusives en braquant le projecteur sur certains événements, au risque d’en laisser d’autres dans l’obscurité. Anachronisme, manichéisme, réductionnisme : ce sont les trois procédés de la falsification historique, qui sont beaucoup plus subtils que ce qui se faisait en Union soviétique…
Un exemple ?
La Première Guerre mondiale. On ne perçoit plus ce conflit qu’à travers la vie des combattants de base. Ce qu’ils ont vécu fut atroce, mais on insiste tant sur cet aspect qu’on oublie la dimension géopolitique de la guerre. Comme nous sommes attachés par-dessus tout à nos droits individuels, comme nous sommes dans un moment de concorde européenne, nous ne comprenons plus ce qui les animait, ni qu’ils aient largement consenti à ce sacrifice. Nous ne comprenons plus l’expression “faire son devoir”.
Plusieurs controverses ont éclaté sur des sujets de recherche historique, par exemple sur l’esclavage, après la parution d’un livre de l’historien Olivier Pétré-Grenouilleau, les Traites négrières. Essai d’histoire globale (Gallimard). Est-ce aussi l’effet de l’historiquement correct ?
Absolument. En 2004, cet historien – dont l’ouvrage a reçu plusieurs prix – démontre que l’esclavage n’a pas été seulement le fait des Occidentaux. En 2005, il déclare, au détour d’un entretien à la presse, que « les traites négrières ne sont pas des génocides ». La condition des esclaves était certes atroce, mais l’intérêt des négriers n’était pas de les laisser mourir puisqu’ils tiraient profit de leur vente. Aussitôt, diverses associations lancent une procédure judiciaire et nourrissent une campagne si violente qu’elle provoque la réaction de nombreux historiens : un millier d’entre eux signeront un appel rappelant que l’histoire n’est ni une religion ni une morale, qu’elle ne doit pas s’écrire sous la dictée de la mémoire et qu’elle ne saurait être un objet juridique. C’est à cette occasion qu’est née l’association Liberté pour l’histoire, à l’époque présidée par René Rémond.
De nombreux historiens considèrent que le Parlement n’a pas à s’emparer de ces questions. Qu’en pensez-vous ?
Les lois mémorielles entretiennent une concurrence victimaire, indexée sur la tragédie que fut la Shoah. Elles ont aussi nourri des revendications d’ordre politique, de sorte qu’on peut craindre une instrumentalisation de l’histoire. Il est tout à fait légitime d’entretenir la mémoire des tragédies, de toutes les tragédies, mais la mémoire n’est pas toute l’histoire.
Autre polémique, celle qu’a provoquée le livre de Sylvain Gouguenheim, Aristote au mont Saint-Michel (Seuil), en 2008…
Agrégé d’histoire et docteur ès lettres, Sylvain Gouguenheim enseigne l’histoire médiévale à l’École normale supérieure de Lyon. Il souligne dans son livre que l’Occident médiéval n’a jamais été coupé de ses sources helléniques pour au moins trois raisons. Tout d’abord, il a toujours subsisté des îlots de culture grecque en Europe. Ensuite, les liens n’ont jamais été rompus entre le monde latin et l’Empire romain d’Orient. Enfin, c’est le plus souvent par des Arabes chrétiens que les penseurs de l’Antiquité grecque ont été traduits dans les régions passées sous la domination de l’islam. Conclusion : si la civilisation musulmane a contribué à la transmission du savoir antique, cette contribution n’a pas été exclusive ; elle a même été moindre que celle de la filière chrétienne. Ce livre a rapidement déclenché la mise en route d’une machine à exclure visant non seulement à discréditer son auteur comme historien, mais à l’interdire professionnellement !
Pourquoi ?
Parce qu’il est couramment admis que l’Occident n’aurait eu connaissance des textes antiques que par le truchement du monde islamique. L’essor de la culture occidentale ne pourrait donc pas s’expliquer sans l’intermédiation musulmane. Quiconque n’épouse pas cette thèse – enseignée dans les collèges – est voué aux gémonies. Il était naguère impossible de critiquer le communisme, il est aujourd’hui presque interdit d’évoquer l’islam. Il est quand même symptomatique que deux journaux français seulement – Valeurs actuelles et le Figaro Magazine – , aient parlé du livre de Christopher Caldwell, Une révolution sous nos yeux, qui explique que les populations musulmanes sont en train de redessiner l’avenir de l’Europe… Le système médiatique français reste politiquement très homogène.
Les programmes d’histoire n’échappent pas à la polémique. L’Éducation nationale est-elle à l’abri de la falsification historique ?
Je suis navré de le dire, mais l’Éducation nationale est au coeur de ce système. Les commissions des programmes sont constituées d’enseignants qui, pour beaucoup, sont inspirés par le “pédagogisme” ambiant, donc en accord avec l’idéologie dominante. Le retour à la chronologie est infime, l’histoire est toujours enseignée de façon thématique aux enfants. Qu’un agrégé d’histoire fasse du comparatisme entre les sociétés ou à travers les siècles est très intéressant, mais cela n’est guère adapté à des enfants qui n’ont ni les connaissances ni les repères chronologiques nécessaires. Le problème est d’autant plus important que le système scolaire français est très concentré.
Mais l’école de la République, celle d’Ernest Lavisse, diffusait elle aussi un message idéologique…
L’histoire républicaine était nationale. Parfois caricaturalement, mais cette approche avait au moins la vertu de donner aux enfants, qu’ils soient bretons ou provençaux, un patrimoine commun, presque un héritage spirituel. “Nos ancêtres les Gaulois”… Les choses étaient scientifiquement contestables, mais elles avaient un sens. L’histoire, telle qu’on l’enseigne aujourd’hui, sort de ce cadre national, car le credo politique actuel est de mettre à bas les nations. D’où le bannissement des grands hommes de notre histoire.
Comment expliquez-vous que la France doute à ce point d’elle-même ?
La nation française est une construction de l’État. Or, l’État a été dépossédé – démocratiquement, c’est vrai – des attributs de sa puissance. Au profit de quoi, de qui ? On ne sait pas très bien : de Bruxelles ? De Francfort ? La crise de la nation est évidemment liée à celle de l’État.,
Les choses peuvent-elles évoluer ?
Bien sûr. Les générations passent, les idéologies aussi. Mais ne me demandez pas de prédire l’avenir : nous avons assez à faire avec le passé !
Propos recueillis par Fabrice Madouas
http://www.jeansevillia.com/index.php?page=fiche_article&id=199 -
L'écologie sans idéologie (arch 2008)
Le Figaro Magazine - 31/05/2008
Les menaces sur la planète sont bien réelles, assure Patrice de Plunkett, dans une enquête sur l'écologie. Mais pour sauver notre environnement, il faudra changer nos mentalités.
Le Figaro Magazine – Vous publiez une enquête sur l'écologie aujourd'hui. Pourquoi commencez-vous par mettre en cause la Bible ?
Patrice de Plunkett - Aujourd'hui on accuse la Bible d'avoir pollué les mentalités. On dit que le livre de la Genèse, avec sa parole célèbre « croissez et multipliez », a poussé l'homme occidental à violenter la nature, donc à créer les dégâts écologiques. On présente ça comme une évidence... Mais est-ce exact ? J'ai voulu tirer les choses au clair. J'ai décortiqué les textes : la Genèse, le Deutéronome, le Cantique des cantiques, les prophètes, Job, les évangiles. J'ai aussi regardé ce qui se passait dans le reste du monde antique et les autres civilisations. Et je suis allé de surprise en surprise. J'ai découvert ce que pense réellement la Bible : c'est le contraire de ce qu'on croyait savoir ! Au lieu de dire à l'homme de régner selon son bon plaisir, la Bible donne un sens surnaturel à la nature. Tout ce qui entoure l'homme prend une signification. Loin de pouvoir en faire tout ce qu'il veut, l'homme devient le berger et le « prêtre » de la Création vis-à-vis du Créateur... C'est très poétique, et ça ouvre des horizons pour notre temps. L'autre surprise, c'est de découvrir que les dévastations de l'environnement ont commencé partout et dès l'aube de l'histoire. Plusieurs siècles avant notre ère, en Grèce, Platon a des accents écolos pour protester contre la surexploitation de la nature, la déforestation et l'érosion des sols ! Dans le vieil empire chinois, les catastrophes écologiques se succèdent. Sur l'île de Pâques, deux cents ans avant l'arrivée des Occidentaux, les autochtones avaient tout déboisé pour leur culte païen (les chantiers de statues), ce qui avait provoqué la ruine de l'île et les guerres tribales… D'où une nouvelle moisson de questions sur lesquelles il fallait enquêter aussi : pourquoi la culture occidentale moderne accuse-t-elle le « monothéisme biblique » d'être la cause des dégâts écologiques ? Que s'est-il passé en Europe entre les Lumières et la révolution industrielle ? Quel fut le rôle du voltairianisme, puis du darwinisme social, dans les esprits des élites économiques au XIXe siècle ?
Et aujourd'hui, les menaces sur la planète sont bien réelles ?
Les faits sont là. On ne peut pas esquiver le problème en disant qu'il y a « toujours eu des problèmes » ! Nous sommes dans une situation inédite : la puissance de la machinerie industrielle mondiale est sans précédent, et elle a un impact sur la biosphère dont dépend notre avenir. Mieux vaut évaluer lucidement les enjeux ; certaines probabilités peuvent faire peur, ce n'est pas une raison pour les nier a priori... J'ai donc voulu savoir d'où venait le souci du réchauffement climatique : pourquoi la plupart des climatologues (seuls compétents dans ce domaine) disent-ils que la menace est réelle ? Même question à propos des OGM : pourquoi des biologistes disent-ils : « ne jouons pas aux apprentis-sorciers » ? Devant la virulence des polémiques qui divisent la droite comme la gauche, j'ai voulu savoir ce qu'était l'agriculture transgénique, et si sa diffusion était vraiment un service à rendre à l'humanité. J'ai également enquêté sur les agrocarburants, sur la « maladie des océans », la crise du pétrole, les atteintes à la biodiversité. Tous les dossiers brûlants.
Vous appelez à ne pas confondre l'écologie et les Verts…
L'écologie est une chose trop importante pour être laissée aux Verts ! Ce parti a d'ailleurs dérivé loin de l'écologie sincère, ce qui explique largement son naufrage électoral. Et il est devenu ultra-minoritaire dans le paysage écologiste, à force de vouloir mettre l'écologie au service de la politique (politicienne)… Au contraire, les écologistes « vrais » veulent mettre le politique au service de l'écologie : une nouvelle vision de l'homme dans le monde vivant. Un homme conscient de faire lui-même partie de ce monde. Une économie à la mesure de l'homme. Un nouvel art de vivre : plus sobre, en harmonie avec la condition humaine.… Vue ainsi, la responsabilité du politique devient décisive pour l'avenir de la Terre et des Terriens.
Nous vivons à l'ère industrielle, dans un système économique mondialisé. Alors comment mener une politique écologiste sans verser dans l'utopie ?
L'utopie était de croire que le système allait durer. C'était une parenthèse. Elle va se refermer, sous la pression de réalités nouvelles. Le pétrole cher, le déclin des réserves d'hydrocarbures, condamnent l'orgie des transports à travers la planète et rendront de moins en moins rentables les délocalisations. Les émeutes de la faim dénoncent la politique agricole « globale », et disent l'urgence de l'autosuffisance alimentaire. Voyez aussi la démesure des agrocarburants, développés au détriment des cultures vivrières, et les fonds spéculatifs faisant flamber le prix du blé : symptômes d'un capitalisme «devenu fou », selon le mot du prix Nobel Joseph Stiglitz… Ce système est condamné parce qu'il nuit à l'économie, aux hommes et à la nature. Face à lui, le social, l'écologique et l'économique vont s'allier. Les (vrais) écologistes sont en phase avec les économistes qui demandent la réforme du système, et avec les sociologues qui appellent à redécouvrir le facteur humain. C'est le camp du réalisme, non celui de l'utopie. C'est aussi le camp de l'avenir.
Jean-Paul II et maintenant Benoît XVI multiplient les avertissements au sujet de l'environnement. Sont-ils écoutés ?
Deux papes écologistes : encore une surprise ! Jean-Paul II appelait l'homme à assumer sa responsabilité, et prononçait des réquisitoires écologiques fulgurants. (J'en donne des exemples). Benoît XVI appelle à changer le système global : dans ses allocutions de la place Saint-Pierre, il mobilise la Vierge Marie dans le combat contre les structures d'injustice et de dégradation. Le Saint-Siège plaide pour une réforme de la politique mondiale... Les catholiques entendent-ils ce langage ? Les jeunes, oui, en masse : on va le voir cet été à Sydney. D'autres sont déconcertés : ils évaluent mal la question écologique, n'ayant pas eu l'occasion de l'examiner. C'est beaucoup pour eux que j'ai écrit cette enquête, pour faire bouger les idées.
Propos recueillis par Jean Sévillia
L'écologie de la Bible à nos jours, de Patrice de Plunkett, L'oeuvre. -
La finance dérégulée nous condamne aux krachs
Pour l’économiste André Orléan, dans un univers boursier par essence spéculatif, la transparence ne sert à rien. Le seul moyen d’éviter les crises à répétition engendrées par les bulles est de définanciariser l’économie.
Un bureau grand comme un mouchoir de poche, grignoté par des piles de dossiers et des rayonnages de livres. Et un pupitre pour tout meuble, surplombé d’une affiche au titre ironique : Manifeste des “sagesses boursières”… jamais respectées.
Justement, les folies financières et les bulles de marché, André Orléan, professeur à l’Ecole d’économie de Paris, les scrute et les dissèque depuis longtemps à la façon d’un biologiste. Apparemment, pour l’auteur de L’Empire de la valeur (Seuil) et de De l’euphorie à la panique (Editions Rue d’Ulm), la série des krachs entamée depuis une douzaine d’années risque de se poursuivre.
Mouvements erratiques des actions, chute de l’or, recul des marchés émergents, bulle sur quelques obligations d’Etat… Cette situation d’extrême nervosité sur tous les marchés – et non pas quelques-uns – est-elle inédite dans l’histoire?
Non. Dans les situations de forte incertitude, les investisseurs se replient fréquemment sur les actifs réputés sans risque, quitte à les faire mécaniquement monter au-delà du raisonnable. Aujourd’hui, majoritairement, ce sont quelques emprunts d’Etat, en l’occurrence ceux émis par l’Allemagne, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et dans une certaine mesure la France, qui profitent de ce flight to quality alimenté par le déluge de liquidités que les banquiers centraux déversent sur les marchés financiers.
Cette situation est fort risquée. Plus la période est troublée, plus les marchés réagissent de façon binaire, rejetant tous les titres à l’exception des plus sûrs.
Cette absence de discrimination dans les risques n’est en rien une nouveauté. Déjà, en 1931, la faillite de la banque autrichienne Kreditanstalt provoqua une ruée… sur les banques allemandes. La question fut alors soulevée de savoir si les créanciers américains faisaient bien la différence entre l’Autriche et l’Allemagne. De même, en 1994, le krach des emprunts mexicains se propage à l’Argentine, dont l’économie est pourtant dans une situation très différente.
Ces phénomènes de contagion psychologique donnent aux actifs un “faux prix”, trop élevé pour les produits les plus sûrs, trop bas pour les autres. Franchement, l’emprunt italien est-il vraiment huit ou dix fois plus risqué que l’emprunt allemand, quand il y a cinq ans il fallait croire que ces deux pays se valaient sur les marchés ? “Le marché boursier est un vote et non une juste évaluation”, disait l’économiste Benjamin Graham.
Les marchés boursiers nous condamneraient alors à passer d’une bulle spéculative à l’autre, sans répit…
Les successions de bulles et de krachs depuis trente ans, mais plus particulièrement depuis 2000, sont la conséquence directe de la financiarisation et de la dérégulation. L’ère du capitalisme fordien (1945-1970), quant à lui, ne connaît ni crise bancaire ni crise financière : les marchés étaient moins puissants, plus régulés, et les banques finançaient directement l’économie.
La financiarisation de l’économie, qui commence au début des années 80, repose sur l’idée qu’en matière financière il faut laisser faire la concurrence. Or ce précepte fonctionne à peu près bien partout, sauf… en Bourse.
Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce paradoxe?
Sur les marchés ordinaires – ceux des automobiles, des chaises de bureau, des ordinateurs -, quand le prix augmente, la demande décroît. Par ce simple mécanisme, la libre-concurrence fait son oeuvre et réalise à peu près l’équilibre entre l’offre et la demande. Elle empêche que les prix montent à des niveaux absurdes. Or, sur les marchés financiers, la hausse des prix ne provoque pas nécessairement la fuite des capitaux.
Tout au contraire, un titre dont le prix augmente peut parfaitement attirer de nouveaux investisseurs, qui y voient le signe de hausses futures. C’est de cette manière que les bulles se forment. Sur les marchés des biens ordinaires, la logique est tout autre : la hausse des prix produit immédiatement des forces de rappel, parce que les consommateurs refuseront ces marchandises devenues trop chères.
L’univers très mimétique des marchés financiers produirait donc par nature des bulles et des krachs?
Absolument. C’est inhérent à la finance dérégulée. Elle nous condamne à l’instabilité. D’ailleurs, quand les Néerlandais inventent les grands marchés, au XVIIe siècle, les bulles font immédiatement leur apparition, comme celle sur les bulbes de tulipe, en 1636 et 1637.
Mais pourtant, depuis la faillite de Lehman Brothers, de sommets du G20 en normes de Bâle, de déclarations du FMI en directives européennes, le pouvoir politique multiplie les tentatives pour réguler ce système incontrôlable…
Le problème, avec le diagnostic du G20, c’est qu’il entretient l’idée fausse selon laquelle les marchés financiers seraient la bonne solution pour allouer le capital à l’échelle planétaire. Pour le G20, la crise ne résulte pas des mécanismes financiers eux-mêmes, mais de l’opacité des produits. Il suffirait de rétablir la transparence et tout irait mieux. Erreur. La transparence ne va pas empêcher les bulles d’apparaître. Il n’est que de penser à la bulle Internet, qui a pu se développer dans la plus parfaite transparence des produits et des mécanismes. Celle-ci peut même, en rassurant les marchés, favoriser la spéculation.
Mais alors, que proposez-vous?
De définanciariser l’économie. Si on se place dans le court terme, nous aurions dû couper nettement les banques en deux, avec, d’un côté, les établissements de crédit qui distribuent des prêts et des produits d’épargne, et, de l’autre, les activités financières. Cela aurait été un premier pas. Nos sociétés n’ont pas encore pris toute la mesure des risques que la spéculation nous fait courir.
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Les Syriens vivent sous la terreur des « rebelles » ! Manuel Ochsenreiter, reporter
Manuel Ochsenreiter est reporter et rédacteur en chef du mensuel « Zuerst ! » (« D’abord ! ») qui se définit comme « le magazine des intérêts allemands ». On pourrait classer ce journal quelque part entre « Minute », « Valeurs actuelles » et « Éléments ». Il a effectué cette année plusieurs reportages en Syrie (à gauche sur la photo en Une). Revenant de Damas quelques jours avant les accusations d’attaque chimique par le régime de Bachar El-Assad, il nous livre un témoignage particulièrement intéressant. Et Manuel Ochsenreiter n’a manifestement pas vu les mêmes choses que nos nombreux confrères qui savent tout… sans y avoir mis un pied.
Minute : Vous étiez encore il y a quelques semaines à Damas. Que pouvez-vous nous dire de l’ambiance générale ? Comment la population vit-elle le conflit ?
Manuel Ochsenreiter : La situation générale paraît assez stable, en tout cas bien plus stable que ce que la plupart de nos médias rapportent. Les habitants de Damas vivent leurs vies et continuent d’aller travailler par exemple. Mais ils font tout cela sous la menace permanente des violences, des crimes et de la guerre.
A Damas, vous pouvez en tendre les bruits de la guerre au loin. Il y a des affrontements dans plusieurs banlieues de la capitale syrienne. Parfois un obus de mortier tombe quelque part dans la ville, en général dans un quartier chrétien ou un secteur où vivent des Alaouites. Les « rebelles » s’efforcent de maintenir ces zones sous le feu des bombes. Dans la nuit, on peut parfois entendre des accrochages ou des tirs de mitrailleuse. Ce la arrive surtout lorsqu’ils tentent d’entrer dans la ville et attaquent des check-points de l’armée syrienne.
Mais à Damas ce qui semble encore plus dramatique que la guerre elle-même, ce sont ses effets collatéraux, avec le développement de la criminalité et en particulier des enlèvements. Les bandes locales de criminels profitent de la guerre dans le pays pour kidnapper des gens. Ils « revendent » ensuite leurs victimes aux groupes rebelles qui essaient d’en tirer profit auprès des proches. Parfois les personnes kidnappées sont relâchées… et parfois elles disparaissent.
Les habitants de Damas sont terrorisés par cette situation. Quasiment tous mes amis ou collègues syriens ont au moins une histoire d’enlèvement dans leur famille ou leur entourage. J’ai eu l’occasion de parler avec un homme qui avait été enlevé par des terroristes et son histoire était déchirante. Il a passé plus de trois semaines entre les mains d’un groupe criminel islamiste se con sidérant comme « l’opposition armée » au pouvoir. Les fameux amis de l’Occident l’avaient kidnappé uniquement pour obtenir une rançon, sans aucun autre motif politique. Il y a des régions de Syrie où cette situation est encore pire, mais là-dessus vous n’entendrez pas de protestations chez les politiciens occidentaux.
« L’Armée syrienne libre n’existe pas ! » : Que voulez-vous dire ?
Les habitants d’Alep souffrent du siège imposé par la prétendue « opposition ». Les terroristes ont établi un « blocus de la faim » autour de la ville et ce sont deux millions de civils qui souffrent sous leur joug. Les habitants qui essaient de fuir se font tirer dessus, des bus sont attaqués et – là aussi – des gens sont enlevés. La route pour sortir d’Alep est devenue une véritable route pour l’enfer. Dans la ville d’Al-Raqqa, les « rebelles » ont établi une sorte de petit Etat islamiste et font vivre les habitants dans la terreur.
A Damas, on nomme Al-Raqqa « little Kandahar » (en référence à la capitale spirituelle des talibans d’Afghanistan). Il y a quelques semaines, un massacre de Kurdes y a été perpétré : près de 450 personnes, parmi lesquelles des femmes et des enfants, ont été massacrées par des combattants islamistes. Dans le secteur autour de Latakia, les islamistes ont attaqué plusieurs villages et tué des centaines de civils. Le camp occidental continue de se taire. Manifestement, ni Washington, ni Paris, ni Londres ne voient de raisons de freiner leurs amis armés qui – eux – mènent la guerre au peuple syrien.
Avez-vous rencontré des hommes de l’Armée syrienne libre ? Comment est-elle organisée ?
Non, je n’ai pas rencontré de combattants de l’ASL. Mais votre question illustre parfaitement la façon dont l’opinion occidentale perçoit la situation sur le terrain syrien. Nos politiciens et médias traditionnels nous donnent l’impression qu’il y aurait les rebelles « gentils et modérés », avec l’Armée syrienne libre, et les rebelles « méchants et extrémistes », les groupes de combattants islamistes liés à Al-Qaida. La logique occidentale devient donc : « Nous devons armer l’ASL pour qu’elle domine le champ de bataille. » Mais cette idée ne peut pas fonctionner.
« Je n’ai pas vu l’ombre d’un graffiti réclamant la démocratie » : Pourquoi ?
Parce que l’Armée syrienne libre n’existe pas ! Nous sommes simplement face à des milices utilisant ce label « ASL », mais le terme d’armée est faux : il n’y a aucune structure ni hiérarchie. Même les communiqués de presse de la fameuse ASL se contredisent. J’ai parlé à de nombreux témoins de la guerre, à des réfugiés et à des soldats de l’armée syrienne régulière. Tous rapportent la même chose : sur le terrain les unités de l’ASL et les « extrémistes » coopèrent étroitement. Des groupes de l’ASL recevant des armes des Etats étrangers n’hésitent pas à les revendre à des extrémistes comme le Front Al-Nosra. Dans des zones contrôlées par l’ASL, ces groupes « modérés » installent des tribunaux coraniques, jugent selon la charia et n’hésitent pas à persécuter les chrétiens, les alaouites, les chiites et même les sunnites jugés désobéissants. Les unités de l’Armée syrienne libre se comportent avec la même agressivité et le même sectarisme que les « extrémistes ».
A Damas, j’ai rencontré des réfugiés qui étaient pourtant des sunnites conservateurs. Ils avaient fui des zones contrôlées par les rebelles. La population fuit ces zones que l’on nous présente pourtant ici comme « libérées » pour rejoindre des secteurs sous contrôle gouvernemental, c’est-à-dire « dictatorial » selon le vocabulaire employé en Occident.
Le commandant rebelle que l’on a vu dévorer les organes d’un soldat syrien était un « modéré », pas un « extrémiste »… Après avoir coupé le foie et le cœur sur le cadavre, il a été filmé en tenant les organes dans sa main et s’est adressé à la caméra : « Je jure devant Allah que nous allons manger vos cœurs et vos foies, vous les soldats de Bachar le chien. »
Une brigade s’appelle « Brigade Oussama Ben Laden », elle appartient au bataillon « Souqour Dimashq » (« les faucons de Damas ») de l’Armée syrienne libre.
La vérité est simple, peut-être trop simple pour que nos médias traditionnels la relaient : vous ne pouvez pas livrer des armes en Syrie et prétendre que ces armes ne seront utilisées que « pour la bonne cause ». Si vous prétendez cela, alors vous êtes soit un crétin, soit un menteur, soit les deux à la fois.
Quand j’ai visité des secteurs contrôlés par l’ASL, je n’ai pas vu l’ombre d’un graffiti réclamant la démocratie, la liberté, ou les droits de l’homme. Au lieu de ça, tous les graffitis de l’ASL « informaient » la population sur l’identité des « chiens » : les chrétiens, les alaouites, le président Al-Assad et son épouse Asma et, en fait, tous ceux qui n’embrassaient pas la « révolution ». A côté de ces slogans était peinturluré le drapeau rebelle noir-blanc-vert et ses trois étoiles rouges. Ce sont ces zones que les habitants fuient pour rejoindre celles qui sont sous contrôle de l’armée syrienne. Là encore, les médias occidentaux ont omis d’en parler.
Des terroristes venant de plus de 25 pays !
Dans plusieurs entretiens et articles, vous avez parlé de « guerre par procuration » en Syrie. Il ne s’agit donc pas pour vous d’une révolution ou a minima d’une guerre civile ?C’est l’un des points cruciaux. Jusqu’ici, les médias occidentaux évoquent une « guerre civile » faisant rage en Syrie. Les politiciens de leur côté parlent de l’armée syrienne – « les forces d’Assad » comme ils l’appellent – faisant la guerre « contre la population ». Mais la réalité est très différente.
Des milliers de mercenaires et de djihadistes venant du monde entier combattent l’armée syrienne régulière. Des terroristes venant de plus de 25 nations sont actifs en Syrie ! Les autorités de l’Union européenne estiment que plus de 1 000 combattants viennent de pays de l’Union et plus de 100 terroristes arrivés d’Allemagne se battent actuellement en Syrie [Ndlr : les chiffres sont sensiblement les mêmes pour la France comme l’a confirmé Manuel Valls sur Europe 1 dimanche]. A Alep, ce sont des djihadistes tchétchènes qui sont à l’œuvre.
En juillet, les talibans afghans ont annoncé que leurs soldats venaient d’arriver en Syrie. Lorsque j’ai visité des soldats blessés à l’hôpital militaire de Damas l’an dernier, ils me disaient : « Le monde entier nous combat ! » Et ces mêmes soldats m’ont évoqué des insurgés ne parlant même pas arabe.
Nous ne devons pas oublier ce point important : les insurgés ne respectent généralement aucune loi dans la guerre. Par définition, ce sont des criminels. Ils tuent, torturent et terrorisent les populations. Même la pire des armées régulières possède des ressorts et des mécanis mes pour freiner les criminels de guerre dans ses propres rangs. Des standards sont fixés quant au sort des prisonniers ou à la préservation des civils et de leurs biens. Mais aucun mécanisme de cette sorte n’existe dans des groupes comme ces milices liées à Al-Qaïda. Ce sont les « bulldozers » de la guerre, et les pays qui les soutiennent peuvent ainsi se présenter comme « innocents ».
Venons-en au sujet brûlant : Pensez-vous que le régime de Bachar El-Assad soit à l’origine des attaques chimiques qu’on lui reproche ?
Ces allégations sont profondément discutables. L’utilisation d’armes chimiques ne présenterait aucun bénéfice militaire ou politique pour l’armée syrienne. C’est en revanche dans l’intérêt des forces « rebelles » et de tous ceux qui espèrent une intervention pouvant faire avancer leur combat contre le pouvoir.
J’ai suivi la conférence de presse de John Kerry au cours de laquelle il a annoncé détenir la « preuve » que le gouvernement syrien avait perpétré cette attaque chimique. J’ai lu en détails le document « Rapport du gouvernement des Etats-Unis sur l’utilisation par le gouvernement syrien d’armes chimiques le 21 août 2013 ». Vous pouvez le lire en cinq minutes, le document fait quatre pages. Je suis rédacteur en chef d’un magazine : si un auteur osait entrer dans mon bureau avec un article de ce genre, je serais forcé de lui demander s’il ne s’est pas trompé de métier ! Ce rapport est ridicule.
Celui qui prétend trouver dans celui-ci la preuve d’une attaque chimique par le gouvernement syrien la trouverait alors tout autant dans le manuel d’une machine à laver.
Propos recueillis par Lionel Humbert http://fr.novopress.info
Article de l’hebdomadaire “Minute” du 4 septembre 2013 reproduit avec son aimable autorisation. Minute disponible en kiosque ou sur Internet.
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« Il ne faut jamais exclure l’hypothèse de la bêtise »
C’était un appel au secours, un cri d’incompréhension, un parmi les milliers d’autres qui nous sont parvenus, émanant de Syriens de toutes confessions et minorités. «Je voudrais que tout le monde sache qu’en soutenant les révolutionnaires, l’Occident soutient les extrémistes religieux et aide à tuer les chrétiens». « Avec cette attitude, il ne restera pas un seul chrétien dans ces zones ». Telle était la réaction début juillet du responsable régional des franciscains de Syrie, Halim Noujaim, après l’assassinat par des miliciens islamistes du père François Mourad, dans le couvent de Ghassanieh, près de Homs, qui a été entièrement pillé et en partie détruit. De simple dégâts collatéraux pour Washington qui il est vrai, n’avait pas hésité à tuer des centaines de milliers d‘enfants irakiens dans les années 90 pour punir par un embargo inhumain un pays alors dirigé par Saddam Hussein.
Fort du soutien de la plupart des dirigeants républicains et démocrates, Barack Obama (prix Nobel de la paix!) a obtenu mercredi, le feu vert de la commission des affaires étrangères du Sénat qui a voté le projet de résolution autorisant une agression militaire en Syrie.
Devant la Chambre des représentants, le secrétaire d’Etat John Kerry a précisé que les principaux soutiens aux extrémistes salafistes que sont l’Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, mais aussi la Turquie et plus largement des pays de la Ligue arabe, pourraient constituer l’ossature d’une coalition internationale pour briser le régime laïc syrien et épauler Paris et Washington.
M. Kerry a montré à cette occasion toute l’étendue de sa mauvaise foi et le fait qu’il ne reculera comme ses prédécesseurs devant aucune énormité. Il n’a pas craint d’affirmer qu’il n’y avait aucun d’éléments d’al-Qaida dans les rangs de l’opposition syrienne…pointés pourtant notamment par les rapports des services de renseignements américains ! John Kerry est un « menteur » a constaté Vladimir Poutine. Difficile de lui donner tort.
Si MM. Hollande et Fabius semblent bien disposés à jouer les supplétifs de Washington, les atlantistes de l’UMP ont du mal à être audibles…et crédibles, loin de l’unité et de la cohérence du FN dans son analyse de la crise syrienne.
Le Monde le rapportait, « l’UMP ne sait plus où elle habite sur le dossier syrien. Guidée par des considérations tactiques –qui pourraient la pousser à voter NON à une intervention de la France en cas de vote à l’Assemblée, NDLR-, elle apparaît comme déboussolée. Son incapacité à parler d’une seule voix illustre l’absence de leadership à la tête d’un parti de culture pourtant bonapartiste, habitué à s’aligner sur la position de son chef. »
« Sa difficulté à adopter une position claire met également au jour un manque de repères en matière de politique étrangère. Depuis le 27 août, date à laquelle François Hollande a exprimé sa volonté de punir le régime de Bachar el-Assad, l’UMP a ainsi affiché ses divisions sur l’opportunité d’une intervention militaire et sur la nécessité d’un vote préalable au Parlement. »
Alors que débute aujourd’hui dans sa ville natale de Saint-Pétersbourg le sommet du G20, Vladimir Poutine incarne plus que jamais aux yeux de millions d’Européens la voix de la sagesse et de la mesure.
Il expose les conséquences potentiellement « catastrophiques » d’une attaque sur la Syrie et défend une résolution politique et non militaire de ce conflit, les principes du droit international, notamment celui de non-ingérence. Depuis mars 2011, la Russie, en tant membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies, a fait usage à trois reprises de son droit de veto pour bloquer des projets de résolution qui auraient condamné le régime de Bachar el-Assad.
Hier, le chef de l’Etat russe a immédiatement réagi aux manœuvres bellicistes en cours dans les allées du pouvoir à Washington en estimant que le blanc-seing donné par Congrès américain à une attaque contre la Syrie équivaudrait « à une agression. Car tout ce qui se fait en dehors du Conseil de sécurité de l’ONU est une agression, à l’exception de l’autodéfense. Mais la Syrie, comme on sait, n’attaque pas les Etats-Unis, il ne peut donc être question de défense ».
En signe d’apaisement et de bonne volonté, la Russie a pourtant suspendu ses livraisons d’un matériel sophistiqué à Damas, des batteries sol-air S300. Le président russe a par ailleur subordonné son accord à une intervention militaire à la preuve de l’implication du régime syrien dans l’horrible massacre au gaz toxique du 21 août dernier.
« Pour nous convaincre, a-t-il déclaré, il faut nous présenter une étude approfondie du problème et l’existence de preuves évidentes permettant d’identifier ceux qui ont utilisé des armes chimiques ainsi que la nature des armes employées. Après cela, nous serons prêts à agir de la façon la plus résolue et la plus sérieuse possible. »
M. Poutine, fort des informations recueillies par les services de renseignements russes, serait-il a priori certain que lesdites preuves évidentes n’existent pas…ou qu’elles accusent les milices djihadistes ?
Dans un entretien accordé hier à l’Afp, le vice-ministre des affaires étrangères syrien, Fayçal Moqdad, s’est félicité de « la position russe », «une position responsable (d’un pays) ami qui est en faveur de la paix ».
« La Syrie, en vertu de la charte de l’ONU, aura le droit de riposter (à l’ agression militaire en préparation, NDLR) qui n’a aucune justification dans le droit international » a-t-il indiqué. Il a déploré que Paris soit « inféodé » à Washington. «Il est honteux que le président français (dise) si le Congrès (des Etats-Unis) approuve, je vais en guerre, sinon je n’irai pas, comme si le gouvernement français n’avait pas son mot à dire »
« Si la France veut soutenir al-Qaida et les Frères musulmans comme elle les a soutenus en Égypte et dans d’autres régions du monde, elle va vers un échec en Syrie », a répété le diplomate syrien.
Pour celles et ceux qui n’en ont pas encore pris connaissance, nous publions ici à la suite de cette article l’entretien de Bruno Gollnisch sur la Syrie mis en ligne le 3 septembre sur le site d’Egalité & Réconciliation.
Alimuddin Usmani : Bruno Gollnisch, les événements à propos de la Syrie s’accélèrent. Le président François Hollande a annoncé qu’une action militaire en Syrie serait prise « dans les prochains jours ». Il a également reçu jeudi dernier, en grande pompe, l’opposition au gouvernement syrien à l’Élysée. Quelle est votre réaction face à cette prise de position ?
Bruno Gollnisch : Je pense qu’il s’agit d’une ingérence inacceptable dans les affaires intérieures d’un État souverain, dont naguère encore nous recevions le chef d’État, Bachar el-Assad, à la tribune officielle du 14 juillet.
Il y a dans ce pays une guerre civile, alimentée pour une bonne part depuis l’étranger. Le principe de non-ingérence, principe traditionnel du droit international, peut paraître insatisfaisant. Il a pour but cependant d’éviter les contagions et les extensions de ce genre de conflits.
Un peu comme le commandant d’un navire qui ferme les portes étanches d’un compartiment gagné par l’incendie ou par une voie d’eau, afin d’éviter que le sinistre n’entraîne tout le navire à sa perte. Les atteintes portées à ce principe ces dernières années, toujours sous des prétextes « humanitaires », ont révélé des conséquences désastreuses la plupart du temps. Il faut en revenir au droit international classique, et rompre résolument avec cet interventionnisme brouillon dont les peuples ne mesurent, ni les causes réelles, ni les conséquences possibles.
Alimuddin Usmani: L’inquiétude d’une intervention militaire américaine gagne une grande partie de la population syrienne. La population chrétienne craint notamment qu’un changement de régime n’amène à une catastrophe d’une ampleur sans précédent. Quel message souhaitez-vous adresser aux chrétiens de Syrie ?
Bruno Gollnisch : Le régime syrien respectait indiscutablement leur liberté. Peut-être cependant leur faut-il éviter de paraître liés à un camp dans cet affrontement. Je crois qu’il leur faut être prudents. Je salue leur courage et leur volonté de garder leur foi et leur identité. La disparition des chrétiens du Proche-Orient (Syrie, Irak, Liban, Jordanie, Égypte, etc.) serait un recul en arrière de trois mille kilomètres pour notre civilisation.
Alimuddin Usmani : Les critiques de la politique extérieure américaine pensent que les États-Unis mènent des guerres d’agressions sous prétexte de venir en aide à la population civile. Un document datant de 1983 démontre que Washington a assisté Saddam Hussein dans le gazage des troupes iraniennes. Où vous situez-vous par rapport à ces critiques ?
Bruno Gollnisch : Il est certain que les Occidentaux ont puissamment aidé l’Irak dans sa guerre contre l’Iran. Dans le cas présent, en Syrie, il semble bien qu’il ait été fait usage de gaz Sarin, mais par qui ? On peut penser ce qu’on veut de Bachar el-Assad, mais c’est un homme rationnel.
Il était en train de gagner sur le terrain. Et c’est ce moment qu’il aurait choisi pour utiliser le gaz, alors que toutes les déclarations occidentales, et américaines en particulier, avaient annoncé à l’avance que c’était la « ligne rouge », autrement dit, un casus belli ? Cela me paraît incohérent.
Un adage latin nous dit : « Is fecit cui prodest. » En français on dit également : « Cherche à qui le crime profite. » Ce qui est certain, c’est qu’il ne profite pas à Bachar. Certes, il détient des gaz de combat. Mais on sait que leur emploi est très facile.
Au Japon, une petite secte, Aum Shinrikyô, en a fabriqué pour son compte et utilisé en 1995 dans le métro de Tôkyô, faisant douze morts et cinq mille cinq cents blessés. La police japonaise en a alors retrouvé cinquante tonnes, de quoi tuer six millions de personnes.
Je ne dis pas pour autant que l’usage vient de la rébellion ; je dis qu’à l’heure actuelle nous n’avons pas de certitudes. En tous cas, je pense que le gouvernement de Washington, qui a fait périr de faim des centaines de milliers d’enfants irakiens par l’effet d’un blocus impitoyable durant des années, n’est pas qualifié pour donner des leçons de morale sur ces sujets.
Alimuddin Usmani : Jean-Marie Le Pen a participé en tant qu’officier à la guerre de 1956 en Égypte et à la guerre d’Algérie (1954-62). Il s’est farouchement opposé à la guerre contre l’Irak, la Serbie ou la Libye. BHL ou Kouchner, qui n’ont jamais pris les armes, ont toujours poussé la France à intervenir militairement partout dans le monde (notamment au Kosovo, en Irak, en Afghanistan, au Darfour, en Libye et en Syrie). Que vous inspirent de tels personnages ?
Bruno Gollnisch : C’est une constante de ces personnages. Ils ne sont jamais avares du sang des autres. Et ceci, toujours au nom des grands sentiments. Quitte, le reste du temps, à restreindre les crédits de la défense, à critiquer les valeurs militaires, etc.
Ce qui me choque aussi, c’est la prétention à « punir » Assad, par des « frappes limitées ». On présuppose donc que la Syrie n’aura d’autre choix que de subir ? Il n’y aura pas de riposte possible ? Et quand Bachar répond que cela portera atteinte aux intérêts français, ils s’indignent de ses « menaces ».
De qui se moque-t-on ? Ces histoires de « guerre limitée » me font penser à juillet 1914. L’empire austro-hongrois a voulu « punir » la Serbie, dont le gouvernement était selon lui coupable de complicité dans l’assassinat de son archiduc héritier, à Sarajevo. Ce devait être une guerre « limitée ». En août, l’Europe entière s’embrasait, et c’était le début de la guerre mondiale !
Alimuddin Usmani : Alain Soral pense que l’oligarchie bancaire mondialiste joue à un jeu pervers, qui consiste à désigner les groupes salafistes comme ennemis tout en assurant leur financement, notamment via le Qatar ou l’Arabie Saoudite. Cette stratégie aurait déjà été utilisée avec Hitler lors de la Deuxième Guerre mondiale. Quel est votre regard en tant qu’historien sur cette analyse ?
Bruno Gollnisch : Je me garderai bien de prendre position sur ces sujets, car je ne dispose pas d’informations en qualité et nombre suffisants. C’est une hypothèse intéressante.
Ce qui est certain, c’est que les politiques occidentales sont parfaitement incohérentes. On a détruit le régime baasiste en Irak, et d’une façon plus générale le nationalisme arabe, qui était un rempart contre l’islamisme radical, au nom de la lutte contre ce même islamisme, dont les bases se trouvaient plus à New York, à Londres et à Hambourg qu’à Bagdad!
On invite Kadhafi à Paris, puis on participe en direct à l’organisation de son assassinat. On prétend combattre le salafisme, et l’on reste au mieux avec l’Arabie Saoudite et le Qatar, qui en sont les principaux bailleurs de fonds. Est-ce qu’il s’agit d’erreurs grossières, ou de machiavélisme ?
Avons-nous affaire à des éléphants piétinant avec lourdeur ce magasin de porcelaine délicat qu’est l’Orient ? Ou à des comploteurs subtils qui y jouent un coup de billard à trois bandes ? J’hésite encore. La fréquentation des milieux politiques depuis un quart de siècle m’a appris qu’il ne faut jamais exclure l’hypothèse de la bêtise. Dans la deuxième hypothèse, celle des calculs cyniques, il faut reconnaître que ces combinaisons savantes et ces stratégies tortueuses ont généralement manqué leur but. Mais à quel prix pour les peuples !
(Fin de l’entretien).
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