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géopolitique - Page 500

  • L'arrivée de Trump change la politique étrangère des USA par Alain Benajam et Tepa - Meta TV 2/3

  • L'arrivée de Trump change la politique étrangère des USA par Alain Benajam et Tepa - Meta TV 1/3

  • «Le système de la globalisation néolibérale craque de toute part»

    Interview de Natacha Polony accordée à Figarovox

    N.Polony.com_.Orwell-588x330.jpgA l’occasion de la sortie de l’essai collectif du Comité Orwell, Bienvenue dans le pire des mondes, sa présidente, Natacha Polony a accordé un entretien fleuve au Figarovox. Pour cette éditorialiste et essayiste française, il existe aujourd’hui une forme de totalitarisme soft.

     Figarovox : Vous publiez avec le Comité Orwell que vous présidez l’essai Bienvenue dans le pire des mondes. On pensait après 1991 être débarrassé des totalitarismes idéologiques. Sommes-nous plongés de nouveau dans les mondes de George Orwell et d’Aldous Huxley?

    Natacha Polony : Les concepts qu’ont mis en place Orwell [«1984»] et Huxley [«Le Meilleur des mondes»] permettent de penser un monde qui en apparence est totalement différent. Evidemment, notre monde n’a rien à voir avec celui de «1984». A la limite, avec toutes les manipulations de l’être humain permises par les avancées scientifiques, il a peut-être plus à voir avec celui d’Aldous Huxley dans «Le Meilleur des mondes». 

    En revanche, nous sommes bien dans des concepts forgés par Orwell utilisés à l’époque dans des contextes différents. Il ne s’agit pas de dire que le totalitarisme que nous vivons serait aussi violent et comparable aux véritables totalitarismes soviétique, maoïste ou nazi, bien sûr que non. C’est justement ce que nous appelons dans le livre le soft totalitarisme parce qu’il ne repose pas sur la coercition. Pour autant, il est tout aussi aliénant par certains côtés. Il faut absolument remettre en vigueur ces concepts marxistes d’aliénation et d’émancipation. Le système auquel nous faisons face remet en cause l’émancipation des peuples et des individus.

    Quel est ce système dont vous parlez?

    Nous avons cru être débarrassés des idéologies, mais nous avons aujourd’hui à l’œuvre quelque chose qui se présente sous les habits de l’évidence, parfois de la science économique, en tout cas du pragmatisme, mais qui relève bel et bien de l’idéologie. C’est celle du libre-échangisme qui s’est développée à partir des années 1970 et qui a remis en cause petit à petit tous les acquis sociaux non seulement des classes populaires mais aussi des classes moyennes, notamment en France les acquis sociaux du Conseil national de la résistance (CNR).

    Cette idéologie s’est mise en place à partir de Reagan et Thatcher mais elle a vécu son ère de toute-puissance lorsque des sociaux-démocrates sont arrivés au pouvoir, aux Etats-Unis avec Bill Clinton, en Angleterre avec Tony Blair, des élus qui ont libéralisé les flux de capitaux, ont remis en cause la séparation des banques de dépôt et des banques d’investissement, toutes ces mesures qui permettaient de protéger les citoyens contre le capitalisme prédateur.

    Le capitalisme est-il forcément prédateur?

     Pour le dire simplement, tout au long du XXe siècle, le capitalisme a été contenu par le fait qu’il avait un ennemi: le communisme. Il fallait alors que les classes dominantes nouent un contrat avec les classes populaires, c’est-à-dire qu’elles abandonnent une part de leur domination – ascenseur social, règles de protection, bref, modèles sociaux qui étaient ceux des pays occidentaux – pour que ces classes moyennes adhèrent à la démocratie libérale. A partir du moment où le capitalisme n’a plus eu d’ennemi quand le mur de Berlin est tombé en 1989, on a vu réapparaître le vrai visage d’un capitalisme déconnecté de l’économie réelle, qui n’existe plus que pour lui-même. Il ne sert plus à financer l’économie, mais il sert seulement à produire encore plus de capital. Ce système a abouti finalement à la crise de 2008. Avec le comité Orwell, nous disons qu’il s’agit d’un soft totalitarisme car il s’impose contre la volonté des peuples, tout en gardant les apparences de la démocratie. Nous rappelons dans le livre la phrase de David Rockefeller, fondateur du groupe Bilderberg et président de la Commission Trilatérale, deux groupes d’influences au service des multinationales, dans Newsweek en 1999: «Quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privé me semble l’identité adéquate pour le faire.»

    On peut comprendre la logique d’un «capitaliste» à préserver un tel système… mais qu’est-ce qui fait que les citoyens l’acceptent bon gré mal gré? Pour reprendre le langage d’Huxley, quel est le somma qui peut endormir les citoyens?

     Il y a d’abord la société de consommation et son pendant, la société du bien-être. Elle agit à travers une idéologie du progrès qui est totalement détachée de l’idée de progrès moral de l’humanité, de progrès de la liberté, de progrès de l’émancipation. Cette idéologie s’est entièrement consacrée au progrès du bien-être. C’est ce droit des peuples à disposer d’un écran plat et d’un iPad qui permet l’assentiment.

    Et y a-t-il une «novlangue»?

     Oui, elle est efficace parce qu’à travers une forme de manipulation du langage, tout ceci est présenté sous les aspects de l’objectivité pure et s’est détaché de tous les attributs habituels de l’idéologie. Il suffit d’ailleurs de regarder comment sont présentés les débats idéologiques dans les médias. On ne dit pas «libre-échange» contre «protection». On dit «ouverture» contre «fermeture». Qui serait contre l’ouverture? Evidemment, dit ainsi, l’«ouverture», c’est bien, la «fermeture», c’est mal. Tout le langage est manipulé pour essayer de faire croire que les tenants de régulation de ce système veulent revenir à la nation, au renfermement des peuples sur eux-mêmes. Ils n’aimeraient pas l’Autre parce que – grande manipulation suprême – tout ça se fait finalement au nom de l’Autre, au nom du sympathique migrant. C’est une instrumentalisation du sort de malheureux qui fuient la misère, mais qui permet d’imposer aux classes moyennes et populaires des pays développés un système creusa les inégalités. Il suffit de voir comment a été reçu notre livre. Immédiatement, on nous a accolé des adjectifs comme «identitaire», «populiste» et même «complotiste»…

    Quel est le rôle des médias dans la transmission de cette novlangue? Dans les salles de rédaction, il n’y a pas de grand marionnettiste qui tire les ficelles et impose ce système libre-échangiste à tendance softement totalitaire!

    Il y a ce qui relève de ce que Pierre Bourdieu appelait un «procès sans sujet», c’est-à-dire que personne n’est coupable immédiatement. Chacun de leur côté, les journalistes tentent de faire leur travail au mieux, mais il se trouve que chacun, malgré lui, participe à ce processus sans sujet. Nous avons fondé le comité Orwell avec Jean-Michel Quatrepoint, Alexandre Devecchio, Emmanuel Lévy, Gérald Andrieu, des journalistes qui venons de différents médias et qui n’avons pas les mêmes opinions politiques et venons d’horizons différents (Le Monde, Marianne, Le Figaro, Causeur).

    Mais nous l’avons fondé parce qu’il nous semblait que certains sujets n’étaient jamais traités dans les médias ou étaient totalement sous-traités ou seulement selon un prisme qui était au service de cette seule idéologie libre-échangiste et qui ne laissait jamais apparaître les problématiques à l’œuvre en profondeur. Là aussi, revenons-en à Marx et à la différence qu’il établit entre infrastructure et superstructure. On nous vend toujours un débat quasiment moral, sur l’immigration, sur l’ouverture, sur le protectionnisme, et on ne va jamais voir les infrastructures, c’est-à-dire les questions économiques qui fâchent: à qui profite ce système? Le système profite évidemment aux grandes multinationales qui ont confisqué l’économie à leur seul profit, multinationales qui sont en grande majorité anglo-saxonnes et même américaines, en particulier ce que l’on appelle les «GAFA»: Google, Apple, Facebook, Amazon, dont la capitalisation boursière atteint les 600 milliards de dollars. Google dispose aujourd’hui d’à peu près 250 milliards de dollars en cash dans des paradis fiscaux.

    Ces problèmes ne sont absolument pas abordés dans les médias parce qu’il y a aujourd’hui une concentration des médias dans les mains de groupes capitalistes qui achètent de l’influence. Les journalistes sont aujourd’hui soumis à un pouvoir économique. Ils subissent une pression pour traiter leurs sujets trop rapidement, selon un rythme qui est celui des chaines d’information en continu, qui ne leur permet pas d’adopter un point de vue éclairé. On pourrait d’ailleurs multiplier les analyses sur le monde médiatique, parler ainsi de la déstructuration dans beaucoup de journaux des différents services. Auparavant, les journalistes étaient des spécialistes de leurs sujets, ils pouvaient parler d’égal à égal avec leurs interlocuteurs et avec leurs sources. Tout ceci a été démantelé au profit d’un journalisme qu’on a voulu axer dans les années 1990 vers ce que l’on appelle l’investigation, avec un roulement dans les services qui les empêche d’acquérir un recul historique.

    Traditionnellement, dans les totalitarismes, la propagande, les médias, sont importants, mais il y a aussi un autre levier qui est celui de l’éducation. Comment l’Education nationale par exemple, qui est encore un organisme étatique, peut-elle être imprégnée par cette globalisation idéologique libre-échangiste?

    On nous présente l’éducation comme l’un des derniers domaines régaliens, ce qui signifierait d’ailleurs que l’échec absolu de l’école française relèverait finalement de la défaillance de notre système étatique trop élitiste. C’est une idée fausse. Il y a depuis trente ans un mouvement d’uniformisation des systèmes éducatifs sous les conseils des grandes instances internationales qu’il s’agisse de l’Union européenne ou de l’OCDE, à travers notamment les textes qui accompagnent les fameuses études PISA.

    Ces textes dictent aux différents pays ce que devrait être un bon système éducatif. Ces recommandations vont toujours dans le sens d’un utilitarisme qui ferait de l’éducation – pour reprendre d’ailleurs une phrase d’un lobby européen – un «service rendu aux entreprises». On veut faire des élèves de futurs salariés, employables à volonté et pour cela adaptables. On oublie totalement la dimension culturelle, patrimoniale, civilisationnelle de l’éducation. Et évidemment la dimension essentielle de l’éducation qui est l’émancipation des individus. Les connaissances, le savoir sont vus dans cette idéologie seulement comme un capital que chaque individu va pouvoir faire fructifier pour participer à la croissance globale. On ne se rend pas compte qu’on détruit ainsi ce qui fait la richesse de l’école, sa capacité à transmettre des savoirs universels qui donnent cette capacité aux individus de lire le monde. C’est ce qui a fait autrefois la grandeur de l’école française et qui a permis de perpétuer l’histoire des nations, une certaine idée de la France, comme il y avait une certaine idée de l’Angleterre ou une certaine idée de l’Allemagne. Il y a bien une globalisation à l’œuvre dans l’éducation, au service de ce système économique.

    Qu’en est-il de l’hyper-individualisme? A la fin de l’ouvrage, la victoire du «minoritarisme» est évoquée. Comment cette propension à accorder des droits individuels participe à alimenter ce totalitarisme soft?

    Il ne s’agit évidemment pas de nier les avancées nécessaires des droits telles qu’on les a connues depuis la Révolution française. Nous sommes bien d’accord que la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen est une avancée majeure dans l’humanité – encore ne faut-il pas oublier le terme de citoyen … Mai 1968 a apporté des droits absolument fondamentaux pour les êtres humains. Il était nécessaire que cette avancée se fasse dans certains domaines, notamment en matière d’égalité homme-femme. Mais ce que l’on observe aujourd’hui est différent.

    C’est l’idée que la démocratie se réduirait au progrès indéfini des droits individuels. Ce faisant, on détourne la démocratie de son véritable rôle qui est de permettre l’expression de la souveraineté des peuples et, à travers cela, de la souveraineté de chaque individu en tant que citoyen, qui permet à ceux-ci de décider en commun de leur destin.

    Cette avancée des droits individuels se fait sous l’apparence du beau, du bien et du bon. Là encore, qui serait contre accorder davantage de droits? Si on le présente ainsi, bien sûr que ce processus apparaît comme la victoire du camp du bien. Sauf que là encore, c’est une façon très particulière de présenter les choses puisqu’il s’agit avant tout de découper la communauté nationale de chaque pays en tranches d’individus ou de petites communautés qui vont être traités comme un cœur de cible marketing. Les individus sont ainsi empêchés de se forger une volonté citoyenne nécessaire à la lutte contre les grands intérêts privés. En démantelant la pensée majoritaire qui est l’essence même de la démocratie, on tue la capacité à lutter contre l’appropriation de l’espace public par des intérêts privés.

    Donald Trump aux Etats-Unis, Brexit au Royaume-Uni, explosion des différents «populismes» en Europe … Ce monde du totalitarisme soft que vous décrivez n’est-il pas gravement secoué? N’y a-t-il pas dans tous ces phénomènes politiques récents un même rejet d’une globalisation néolibérale qui augmente les inégalités socio-économiques et qui uniformise culturellement le monde?

    Bien sûr! Il y a dans ces insurrections par le vote quelque chose qui ressemble à une fronde contre un système dont les citoyens de tous les pays occidentaux voient bien qu’on le leur a imposé. Ce n’est pas forcément pour le meilleur d’ailleurs… Car personne ne peut trouver formidable Donald Trump avec ses excès, avec tout ce qu’il peut dire d’absolument consternant. Mais justement, sortons des fausses alternatives! De même que ce n’est pas parce que nous sommes attaqués par un totalitarisme bien plus dangereux, frontal et brutal qu’est le totalitarisme islamiste qu’il faut refuser de voir ce soft totalitarisme dont nous parlons. Ne serait-ce que parce que ce soft totalitarisme fait le lit du totalitarisme islamiste. D’abord parce qu’il déstabilise les Etats-nations, ensuite parce qu’il détruit tous les anticorps des individus qui permettent de lutter contre la radicalisation. Encore parce que cette mondialisation financière et néolibérale s’appuie sur le consumérisme, sur l’abrutissement généralisé des populations et finalement sur leur enfermement dans la simple consommation et dans une misère sociale de plus en plus grande.

    Sous prétexte qu’il y a un danger islamiste, il ne faut pas refuser de remettre en cause le système tel qu’il est. C’est la raison pour laquelle l’insurrection par le vote que l’on observe un peu partout est une des formes de la colère des peuples. Il faudrait mieux que l’on prenne en compte cette colère, qu’on la comprenne et qu’on y réponde, plutôt que de laisser bouillir la marmite.

    Au lieu de cela, la réaction depuis quelques années consiste à transformer petit à petit nos institutions pour tenter de verrouiller le système démocratique. On voit très bien comment le système a exclu Bernie Sanders, comment l’establishment démocrate a d’ailleurs ouvertement triché pour favoriser Hillary Clinton. Ça leur a évidemment explosé à la figure, mais pour autant il y a bien là une forme de confiscation de la démocratie. De même en France, on voit comment le mécanisme des primaires essaie de contenir tout ce qui pourrait remettre en cause le système.

    N’y a-t-il pas lieu d’être optimiste puisque François Fillon par exemple n’était pas le candidat de l’establishment et a fait mentir les prévisions tant politico-médiatiques que sondagières?

    Oui, effectivement, on a François Fillon d’un côté. On a de l’autre Jean-Luc Mélenchon qui refuse d’entrer dans le cadre des primaires. On voit bien que ce système ne marche pas et qu’il craque de tous les côtés. Mais le tout est de savoir si l’on arrivera à remettre en cause ce qui est la base de ce soft totalitarisme, à savoir le pouvoir des multinationales à travers l’idéologie libre-échangiste.

    Les peuples peuvent s’exprimer par leur vote, mais encore faut-il ensuite que les élus puissent agir conformément à leur mandat. Dans un monde de plus en plus complexe, global, rapide, interconnecté, n’y a-t-il pas une impuissance naturelle du politique? Est-ce à l’échelon national que le politique peut être vraiment en prise avec le réel?

    Ce n’est pas à l’échelon national que les problèmes se règleront, mais l’échelon national sert prioritairement à exprimer la volonté des peuples. Pour le reste, nous avons laissé faire cette impuissance politique, elle a été organisée. Notre rôle de citoyen est d’imposer à nos politiques une obligation de puissance. Il s’agit pour nous de choisir les politiques qui auront la volonté de lutter contre ce système. Ça s’appelle la souveraineté. Lutter contre cette globalisation qui privatise la démocratie, cela peut se faire grâce à des politiques qui sauront refuser ce qui leur semble inacceptable, par exemple refuser les traités de libre-échange dans la mesure où ceux-ci sont une renonciation totale au modèle civilisationnel européen.

    Et pardon, ce n’est pas si compliqué de le refuser! J’ai le souvenir des propos du Général De Gaulle cité par Alain Peyrefitte dans «C’était De Gaulle». Ce dernier lui parlait du Traité de Rome et lui faisait remarquer que rien n’était prévu pour en sortir. De Gaulle répondait en substance: «C’est de la foutaise. Avez-vous déjà vu un grand pays être couillonné sous prétexte qu’il n’y a rien de prévu pour qu’il arrête d’être couillonné?». Il continuait en disant: «Quand on est couillonné, on dit «je suis couillonné, je m’en vais. C’est tout». C’est une question de volonté. Ça ne veut pas dire de se renfermer dans ses frontières comme on veut nous le faire dire. Mais ça veut dire réguler ce système. Il s’agit d’une juste régulation pour préserver les intérêts des citoyens.

    Votre ouvrage se conclut par un appel à passer d’une gestion globale des choses à une gestion locale. Le Small is beautiful publié en 1979 par l’économiste Ernst Schumacher est-il encore vraiment possible à l’heure des grandes ruptures technologiques que nous connaissons? N’est-ce pas utopique?

     C’est non seulement pas utopique, mais ce sont même les nouvelles technologies dans ce qu’elles ont de positif qui peuvent nous aider. C’est par là qu’on peut retrouver une pleine souveraineté sur notre façon de vivre, de consommer, de nous mouvoir, etc. Tout achat est un acte politique. Par ces choix de consommation, on choisit de soutenir un système ou un autre. C’est par le retour à une échelle locale que nous allons de nouveau pouvoir maitriser les flux économiques et retrouver un poids qui nous permettra de décider de notre avenir, de faire face à ce qui jusqu’à présent n’est qu’une concurrence déloyale. Reprendre une échelle locale permettra au citoyen d’avoir une prise et de répondre ensuite aux grands enjeux internationaux.

    Le système craque et l’on voit tout à coup l’Europe imposer à Apple une amende de 13 milliards d’euros pour tout ce dont elle a bénéficié comme largesses fiscales de la part de l’Irlande. Ça ne s’est fait que pour une raison: parce qu’il y a eu le Brexit et parce qu’il y a eu la remise en cause populaire des traités de libre-échange. C’est la voix des peuples qui a permis à l’Europe de retrouver son rôle. Il faut que l’Europe retrouve ce pour quoi elle a été fondée, à savoir la préférence communautaire. Au départ, il s’agissait de créer un marché intérieur, d’échanger entre pays qui auraient les mêmes conditions et qui œuvreraient ensemble parce qu’ils auraient la même vision et la même culture de ce que seraient les droits sociaux. Ceci a été complètement brisé en élargissant l’Europe de façon folle, en ouvrant les frontières au nom d’une idéologie libre-échangiste que ne pratiquent pas les autres grands ensembles du monde. Avec le Comité Orwell, nous avons voulu mettre des mots sur ce que les citoyens ressentent, parce qu’ils savent qu’on est en train de leur confisquer leur liberté, leur voix, leur souveraineté.

    Natacha Polony 25/11/2016

    Propos recueillis par Alexis Feertchak, www.lefigaro.fr, (25/11/16)

    Sources : Le Figaro.fr  et Horizons et Débats ( 23/01/2017)

    Voir aussi : Comité ORWELL, Natacha POLONY, Bienvenue dans le pire des mondes / Le triomphe du soft totalitarisme, Plon 17/11/2016, 216 pages.

    http://www.polemia.com/le-systeme-de-la-globalisation-neoliberale-craque-de-toute-part/

  • Envoyé spécial : « Otages d’Etat »

    Cette enquête apporte les preuves que la France a versé près de 40 millions d’euros à AQMI pour la libération des otages d’Arlit. Il met également en lumière les « guéguerres » entre services et le rôle trouble de certains « privés » dans les négociations qui ont conduit à la libération des otages et à l’assassinat de deux journalistes de RFI à Kidal en 2013. 

    Un an durant, Envoyé spécial a enquêté sur une affaire d’Etat : la question des négociations qui ont rendu possible la libération des otages d’Arlit, enlevés au Niger en septembre 2010. Signée Geoffrey Livolsi, Michel Despratx, Antoine Husser, Loup Krikorian et Marielle Krouk, cette investigation aux révélations explosives, explore les liens qui existent avec une seconde affaire : l’enlèvement et l’assassinat de deux journalistes français de RFI, Ghislaine Dupont et Claude Verlon, à Kidal, au Mali.


    Envoyé spécial. Otages d'Etat

    http://www.contre-info.com/

  • L’Allemagne, 2017 et le retour de l’histoire

    Les tumultueux événements de 2016 ont rétrospectivement contribué à faire la lumière au sein de l’obscurité au sujet des ingérences géopolitiques globales, en particulier en ce qui concerne le rôle douteux des Etats-Unis. Dans mes livres, «Wiederkehr der Hasardeure» [Le retour des hasardeurs] et récemment «Die Akte Moskau» [Le dossier Moscou], j’ai résumé les développements et fourni des perspectives sur ce qui nous attend en 2017.

    David Fromkin a rédigé une «Bible» du Proche-Orient. Son ouvrage mémorable sur la fin de la Première Guerre mondiale est inégalé. Il porte toujours le titre de: «The peace to end all peace». Au niveau international, les événements et les développements ayant mené à la Première Guerre mondiale et à sa conclusion, ne pouvaient manquer de ressurgir, immédiatement après la paix qui s’en est suivie, la guerre froide. Cette dernière fut quasiment solennellement portée en terre en novembre 1990 avec la célèbre «Charte de Paris».

    Les frontières de l’OTAN ont été repoussées jusqu’au seuil de la Fédération de Russie

    Après la fin de la guerre froide, le monde a changé. La division de l’Europe fut apparemment éliminée, pour renaître presque 25 ans plus tard avec le territoire de l’OTAN élargi jusqu’aux frontières et la Fédération de Russie, selon le mot de Lord Ismay sur le sens de l’union militaire occidentale à l’égard de la Russie. L’OTAN, dominée par les Anglo-saxons, a selon lui l’unique sens «de garder les Américains [en Europe], de tenir les Russes à l’écart [de l’Europe] et d’abaisser les Allemands».

    Cependant, la période ayant suivi immédiatement la fin de la guerre froide a été déterminée par trois mouvements: selon la «Charte d’Helsinki», il s’agissait d’utiliser les possibilités des Etats libres existant à présent dans l’Europe entière. Le processus, portant le nom de la capitale finlandaise et doté de «trois paniers», pouvait déterminer le destin de l’Europe libre; ce dernier devait, à l’aide d’un «dividende de paix», mettre fin à la course aux armements de l’époque de la guerre froide, mettre en œuvre l’intégralité des droits de l’Homme et des droits civils, et faire avancer le développement économique en faveur des peuples et des Etats.

    Cela se heurta de façon notoire à de grands obstacles, car les Etats-Unis empêchèrent toujours le développement, s’ils ne pouvaient en contrôler seuls et exclusivement le déroulement. L’Allemagne dut en faire l’expérience à l’occasion de la collaboration résolument engagée avec les Etats riverains de la mer Baltique, de même qu’avec les Etats membres de la Convention Rhin-Main-Danube. Les Etats-Unis sont intervenus partout où les Etats européens ont initié une collaboration régionale et s’y sont associés. Il n’y eut bientôt plus de pourparlers entre les Etats européens sans que Washington ne s’assoie à la table de discussion et n’en prenne la direction. Habituellement, on reconnaissait et rattachait de tels procédés aux Etats membres du «Pacte de Varsovie» – qui venait juste d’être dissout – où l’omniprésence de l’Union soviétique faisait en sorte que, lors des discussions, aucun dialogue direct entre les Etats membres ne soit plus possible.

    Conséquences non résolues de la Première Guerre mondiale

    La Hongrie a donné un autre signal. Tout comme les Polonais, les Magyars avaient brandi l’étendard de la liberté en Europe dans les jours les plus sombres de l’antagonisme européen et mondial, au prix de nombreuses victimes. Avec l’abandon des zones d’influence allemandes au-delà de l’Oder, l’Allemagne avait accompli un douloureux sacrifice résultant de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Mais, avec la Hongrie et les autres Etats voisins, et avant tout avec le développement des Balkans, un fait se dégageait clairement et avait des répercussions sur l’entreprise qu’exigeait la fin toute récente de la guerre froide: Versailles et les «Traités secondaires de Paris» ont déterminé l’ordre du jour entre Budapest, Bucarest et Ankara parce qu’on pouvait enfin parler librement des conséquences du Traité de Versailles affectant l’«Europe centrale». Ce fut la Turquie qui leva le voile de l’ignorance européenne au sujet des traités secrets anglo-français de 1916 sur un foyer juif en Palestine et qui fit le lien entre le tournant crucial de la Première Guerre mondiale et les effets plus tardifs du Traité de Versailles sur une partie essentielle de l’Europe.

    Pendant que, dans les années 1990, le foyer d’incendie des Balkans se transforma de plus en plus en braises belliqueuses, tout débat sérieux au sujet des problématiques qu’on voulait en principe surmonter après la fin de la guerre froide, tomba à l’eau. Dans ces années-là, les Etats-Unis avaient défini, en cavalier seul, leurs priorités politiques. Les signaux ne se manifestaient plus en direction de «Helsinki» – et donc de la collaboration –, mais uniquement en direction de «Lord Ismay». L’actuelle période de faiblesse de la Russie devait être utilisée pour élargir vers l’Est le territoire d’influence américaine de la partie européenne du continent. Pour cette raison, une coopération sérieuse des Etats européens avec la Russie devait être sabotée dans tous les domaines et les relations traditionnellement bonnes de la Russie avec les Etats côtiers de la mer Adriatique éliminées. Le déroulement des évènements de la guerre des Balkans sur décision du Congrès américain à partir de 1990 l’a confirmé – le «vestige» le plus impressionnant en est le «Camp Bondsteel» au Kosovo, la deuxième et très importante base militaire américaine en Europe. Il n’est pas à exclure que les pouvoirs anglo-saxons aient voulu à tout prix empêcher les travaux sur «Versailles» car cela aurait mis en évidence leurs responsabilités essentielles dans un siècle effroyable.

    Deux guerres mondiales: conséquences d’une controverse sur la Russie?

    A l’examen objectif des développements s’étendant sur des décennies, s’impose l’impression que tous les problèmes que nous devons affronter en Europe sont à mettre en rapport directement avec les questions fondamentales: Versailles et les traités secondaires déjà mentionnés est de nouveau au centre de l’attention générale. En est témoin la spectaculaire commémoration de l’éclatement de la Première Guerre mondiale en Europe, il y a cent ans, les souvenirs de l’Europe de 1914. Cela n’avait rien de l’histoire des vainqueurs, comme cela s’est manifesté par la suite en Allemagne chez ceux-là mêmes dont le passé nazi était sans équivoque, tel l’historien Fritz Fischer. Ces derniers en avaient rejeté l’entière responsabilité sur leur pays pour tout et n’importe quoi. Jusqu’à présent, les historiens britanniques ont gardé le contrôle sur l’interprétation de notre histoire en Allemagne. Certainement pas pour provoquer une remise en cause critique de la responsabilité anglaise.

    Il y a deux ans, il fallut le stratège américain George Friedman, lui-même ancien dirigeant d’un important poste de commandement du complexe militaro-industriel américain, pour attirer l’attention sur l’alignement stratégique de la politique américaine – depuis la fondation de l’empire allemand en 1871 – contre l’Allemagne et la Russie. Puis Christopher Clark [historien australien, auteur de «Les somnambules. Eté 1914: comment l’Europe a marché vers la guerre», ndt.] a bien expliqué dans «Les somnambules» la responsabilité européenne générale dans le déclenchement de la Première Guerre mondiale, attirant cependant la curiosité concernait le rôle de la Grande-Bretagne, par son silence sur la responsabilité centrale britannique dans le développement européen de la guerre. Quels étaient donc les mécanismes ayant amené à développer – bien avant la Première Guerre mondiale – des projets de blocus maritime contre l’Empire allemand?

    Les processus historiques ont-ils des répercussions sur l’avenir?

    Le signal actuel vient, et comment pourrait-il en être autrement, de l’Est et cela de deux façons. Dans son dernier «Discours sur l’état de la nation» du 12 décembre 2016, le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine, a indiqué les dates historiques des années à venir pour nous en Europe. En 2017, seront commémorés les deux processus révolutionnaires de 1917, celui de février et celui d’octobre, parce que le développement actuel dans la Fédération de Russie trouve une raison essentielle dans ces deux événements. C’est certainement vrai, et ces jours derniers nous avons pris connaissance du complément approprié, lorsque d’éminents représentants ukrainiens de nationalité polonaise ont demandé une autonomie économique pour l’Ouest de l’Ukraine avec la capitale de Lemberg, car ils espèrent de meilleures perspectives de développement économique uniquement au travers d’une alliance avec la Pologne. Ceci remet à nouveau sur la table les Accords secrets Sykes/Picot et la question juive au Proche-Orient ainsi que leurs conséquences sur la Première Guerre mondiale – connus des Européens comme les «14 points du président américain Wilson» jusqu’au Traité de Versailles et aux traités secondaires de Paris avec leurs répercussions sur l’histoire actuelle.

    Une idée longuement mûrie: diviser la Russie en vingt Etats séparés

    Ce qui est par contre moins connu du public intéressé, c’est d’une part la manière ciblée par laquelle certains cercles britanniques des plus influents ont – longtemps avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale – contourné leur gouvernement et le Parlement pour mettre sous pression l’Etat et la société à succès de l’Allemagne concurrente. D’autre part, il s’agit des plans qu’avait le Colonel [Edward Mandell] House – diplomate et très influent conseiller en politique extérieure du Président américain Woodrow Wilson – lors de sa visite en 1916 chez l’empereur allemand Wilhelm II, jusque là victorieux sur le plan militaire. Il fallait en finir avec la guerre contre les puissances occidentales qu’étaient la France et l’Angleterre, et ce, pour des considérations exclusivement politiques, comme le mentionna le Colonel House lors de son entretien avec l’empereur.

    Le plan était d’aller, en lieu et place, écraser la Russie tsariste. Car il était prévu de diviser la Russie en vingt Etats distincts, en rapport avec les possibles résultats de la Première Guerre mondiale. Pas étonnant donc que les personnalités compétentes soient fondamentalement convaincues – indépendamment si nous Allemands sommes prêts à l’accepter ou pas: l’actuelle vue historique occidentale au sujet des deux derniers siècles est «une œuvre d’art globale britannique». Ainsi, on remonte aux guerres de Napoléon et à la proposition britannique faite aux alliés autrichiens et aux royalistes français. Il fallait saisir l’occasion et vaincre l’allié russe par une énorme conjonction de forces armées, comprenant l’Autriche impériale, la France royaliste et l’Angleterre, afin de le détruire sur ses propres terres. Notez bien: cela se passait peu après la vaine et audacieuse entreprise de Napoléon, ayant déjà tenté sa chance à Moscou.

    Ce n’est qu’en Allemagne que l’histoire a commencé en 1945

    Il se peut bien qu’ici, nous rattachons la République fédérale d’Allemagne dans son existence nationale à l’empire allemand. Ce n’est cependant en aucune façon valable pour une compréhension raisonnablement historique et donc, politique, et les générations futures en paieront un prix élevé. Tous les autres peuples et leurs gouvernements vivent dans l’intégralité de l’histoire de leur peuple et de leur nation, et non dans un fragment limité. Alors, les erreurs sont commises chez soi, même si les facteurs en sont imputables aux autres.

    Il devient cependant de plus en plus évident que nos partenaires occidentaux nous ont à l’évidence attribué toujours le même rôle dans l’histoire, quand les choses deviennent sérieuses: soit voir notre position dans la destruction de la Russie ou disparaître. 1914 nous a rattrapé en 2014, et il en sera ainsi avec 1917, 1918 et 1919 à 1922. Peu de temps plus tard, l’attaché militaire américain à Berlin s’est occupé à Munich de la situation financière d’un certain politicien émergent du nom Adolf Hitler. Pour les Allemands, de telles situations étaient assez courantes, puisqu’ils avaient auparavant fait la même chose pour un certain monsieur Lénine. N’oublions pas ceux qui à New York, à peu près en même temps, avaient financièrement mis le pied à l’étrier d’un certain Trotski.

    Déploiement de forces contre la Russie

    La question se pose, maintenant et à l’avenir: voulons-nous nous laisser saigner à blanc? D’une part, dans la confrontation avec la Russie, mise en œuvre presque en cachette. On en parle un peu, mais ce qui se prépare réellement, brille par l’absence d’images parlantes dans nos émissions d’information. Ces jours-ci, ce ne serait pas bien compliqué à démontrer, il suffit de se rendre au port militaire de l’OTAN à Kiel où environ 2000 véhicules de combat d’une brigade américaine se déplacent vers le front de l’Est, avec le consentement du gouvernement fédéral. Naturellement, sous le prétexte de la défense.

    D’autre part, avec la situation selon laquelle les Etats-Unis mènent autour de nous des guerres successives, en protégeant leurs propres frontières et en n’acceptant aucun réfugié de guerre. Les personnes derrières certaines prétendues «organisations non-gouvernementales» et autres torpillent la protection efficace de nos frontières à travers leur réseau organisé. Des flux migratoires sont utilisés pour éliminer notre ordre juridique national, et nos jeunes sont sacrifiés dans les guerres des autres. Où sont les gouvernements qui protègent nos intérêts? Où est la politique allemande prenant en compte les intérêts nationaux et se consacrant aux relations de bon voisinage en Europe? Qu’en est-il de ce qui figure dans notre Loi fondamentale, selon lequel l’Allemagne doit contribuer à la paix dans le monde? •

    (Traduction Horizons et débats)

    Source

    http://www.voxnr.com/7872/lallemagne-2017-et-le-retour-de-lhistoire

  • « Interrompre ce processus sera une excellente chose »

    Marine Le Pen, invitée hier de la matinale d’Europe 1, a rappelé que l’euro, monnaie unique dont l’échec a été acté par « 140 économistes dont quatre ou cinq qui sont Prix Nobel d’économie » avait «  entraîné une augmentation spectaculaire des prix », « une baisse du pouvoir d’achat »,  un véritable «  dumping monétaire ». « (Selon le FMI) l’euro est sous-évalué de 6% pour l’Allemagne et sur-évalué de 15% pour la France, cela veut dire qu’il y a un différentiel de 21% de compétitivité du fait de cette monnaie unique. Cela nous tue ». Autre dogme des  Bruxellois qui refusent de voir la réalité économique et sociale quand elle ne valide pas leur idéologie supranationale, l’ultra libre-échangisme, cheval de Troie du mondialisme,  est lui aussi aujourd’hui battu en brèche dans la Mecque même  du capitalisme libéral, à savoir les Etats-Unis. Au début du mois, dans un entretien accordé au média suisse RTS, la candidate du FN à la présidentielle notait que « le Brexit et l’élection de Donald Trump, c’est le refus du laisser-faire, du laisser-aller et du laisser passer » , d’une « mondialisation qu’on nous avait présentée comme heureuse et qui en réalité est sauvage, qui entraîne des migrations massives, qui entraîne une désindustrialisation catastrophique et un bouleversement pour les peuples qui la subissent ».

    Ultra libre-échangisme auquel Donald Trump a donné un coup d’arrêt, qui en annonce certainement d’autres, en signant « lundi dans le Bureau ovale un document mettant fin à la participation des Etats-Unis au traité de libre-échange transpacifique (TPP». « Durant sa campagne, Donald Trump avait dénoncé un accord terrible et promis de s’en retirer au plus vite. L’administration Obama le présentait au contraire comme le nec plus ultra de tous les traités de libre-échange, car cet accord va bien au-delà de la simple levée des barrières douanières. Il prévoit aussi la levée de barrières non tarifaires, comme l’ouverture des appels d’offres nationaux par les pays membres aux entreprises étrangères sans avantages indus pour leurs propres entreprises publiques, ou encore le respect du droit du travail selon les normes de l’Organisation internationale du travail (OIT). De nombreuses ONG dénonçaient cependant les effets pervers d’un texte jugé opaque sur les droits des travailleurs, l’environnement, la perte de souveraineté ou encore l’accès aux médicaments ».

    Interrogé sur le site francophone  de Russia Today,  Bruno Gollnisch était invité à réagir le 23 janvier à cette décision du nouveau président des Etats-Unis. Nous reproduisons ici in extenso cet entretien.

    RT France : Donald Trump a ordonné le retrait des Etats-Unis de l’accord de partenariat transpacifique (TPP) signé par Barack Obama. Selon vous, quelles seront les conséquences politiques et économiques de cette décision ?

    Bruno Gollnisch : Cela montre que Donald Trump ne croit pas aux vertus du libre-échange à l’échelle mondiale. Les relations commerciales entre les nations sont une bonne chose, mais il doit y avoir, selon des intérêts nationaux, des mécanismes correcteurs qui s’appelaient autrefois les droits de douane. Ils permettent de compenser, par exemple, le dumping social que pratiquent un certain nombre de pays avec de très bas salaires et en privant des salariés de toute protection sociale, d’assurance maladie ou pension de retraite.

    Je crois que Donald Trump envoie un signal très fort, comme celui qu’il avait envoyé en prévenant Ford que si cette entreprise restait localisée au Mexique, les voitures fabriquées au Mexique et réimportées aux Etats-Unis payeraient des droits de douane élevés. Monsieur (Mark) Fields a immédiatement annoncé sa délocalisation. Je souhaiterais que ce soit la même politique que la France adopte, ce n’est pas une politique déraisonnable. Ce qui est à mon avis déraisonnable, c’est d’étendre au monde entier le libre-échange, des marchandises, des personnes et des capitaux, parce que cela a des effets destructeurs sur les prospérités, sur les niveaux de vie, sur les identités des peuples. Je crois qu’on assiste à une lutte entre le mondialisme et les identités nationales. Donald Trump se situe indiscutablement du côté des identités nationales.

    RT France : Est-ce qu’on doit s’attendre à la fin d’autres traités de libre-échange comme le TTIP (traité transatlantique) ?

    B.G. : Je l’espère vivement. Ce traité était en réalité très désavantageux pour des secteurs entiers de l’agriculture européenne, il ne présentait pas de garanties sur le plan sanitaire de la qualité des produits. J’aurais été de toute façon, avec beaucoup de mes collègues l’adversaire de ce traité, mais nous sommes minoritaires. Je pense que Donald Trump va interrompre ce processus, ce sera une excellente chose.

    RT France : A quelle réaction doit-on s’attendre de la part de la communauté internationale, notamment des pays censés faire partie du TPP ?

    B.G. : Sans doute des réactions très défavorables, des hurlements, des protestations. Mais le TTIP, par exemple, était à l’étape des négociations. Par conséquent, en droit international, il n’a aucune valeur obligatoire, car il n’a même pas été ratifié, pas signé. Il n’est obligatoire qu’à compter du moment où il est ratifié, et même à compter du moment où les ratifications ont été échangées entre les signataires.

    RT France : Pourquoi y aurait-il une réaction défavorable à la dénonciation d’un traité qui n’est même pas entré en vigueur ?

    B.G. : Ce sont des intérêts des mondialistes qui sont extrêmement puissants sur le plan d’un certain nombre de financiers qui contrôlent une grande partie des médias, et qui, par conséquent, s’en servent pour influencer l’opinion publique.

    https://gollnisch.com/2017/01/26/interrompre-processus-sera-excellente-chose/

  • Le monde va vers une crise financière majeure, bien pire qu’en 2008

    Menace d'une très lourde amende aux États-Unis - elle pourrait atteindre les 14 milliards de dollars pour son implication dans la crise des subprimes en 2007, Deutsche Bank fait depuis plusieurs mois les titres de l'actualité. Mais qui est cette banque auprès de laquelle le gouvernement allemand refuse - du moins officiellement - de venir en aide ? Pendant plus d'un siècle, rétablissement fondé par Adelbert Delbrück, étroitement lié aux fleurons industriels allemands, a régné en maître sur le capitalisme rhénan. Lorsque la Deutsche Bank a racheté Morgan Grenfeld en 1989 puis dix ans plus tard l'Américain Bankers Trust, elle s'est transformée en un fonds spéculatif géant (ou « hedge fund »). Sa division Global Market est devenue un pilier majeur de la banque. La Deutsche Bank se plonge dans le jeu des paris risqués et devient un des acteurs principaux des plus grands scandales financiers au monde : manipulation de taux, de devises ou de certificats de CO2, crédits "subprime", qui le rattrapent aujourd’hui avec la menace d'amende ci-dessus mentionnée.

    La qualité incertaine des bilans des services de cette banque liés aux activités spéculatives est la source première de l'inquiétude qu'elle suscite. Deutsche Bank, ce sont des pertes de 6,8 milliards d'euros et une capitalisation boursière qui a fondu de moitié depuis le début de 2016. Son action, qui valait 102 euros en 2007, n'en vaut plus que 12 actuellement. ; c'est aussi 72 000 milliards d'euros de produits dérivés, tels les « Coco Bonds) »(1) que Warren Buffet, l'investisseur le plus riche au monde, a déjà qualifiés « d'armes de destruction financière massive ».

    Le cas de la Deutsche Bank est emblématique de la situation financière internationale actuelle : la crise de 2008 n'a pas calmé les ardeurs spéculatives : c'est tout le contraire qui s'est passé. La dette globale des gouvernements, des entreprises, des ménages et ai monde financier a augmenté de - 57 000 milliards de dollars entre 2007 et 2014 pour atteindre 200 000 milliards de dollars, soit 286 % du PIB mondial (selon le cabinet Mac Kinsey), le tiers de cette augmentation étant imputable aux États. La valeur des actifs financiers dépasse 250 000 milliards de dollars tandis que les produits dérivés hors bourse - les OTC (cf. ci-après) dont les transactions se font directement entre les courtiers (traders) et pour lesquels il n'existe pas de comptabilité transparente - sont de l'ordre… de 630 000 milliards de dollars ! On estime que 40 % des transactions boursières aux États-Unis se font hors de la bourse contre 16 % en 2008. De même, les établissements traditionnels de dépôt ne représentent plus que 20 % des marchés de crédit.

    Quel est l'état des lieux et que peut-on envisager dans un avenir relativement proche ?

    Des réglementations toujours plus contournées

    Certes, depuis 2008, les Etats et les institutions officielles ont pris de multiples mesures d'assainissement. l'augmentation des fonds propres des banques afin de réduire les risques liés à leur exposition et tes tests de solvabilité sont tes plus connues de ces mesures. Plus de 14 000 mesures de régulation du secteur bancaire et financier ont été édictées le Dodd Franck Act voté en 2010 avec ses 2 300 pages dont l'objectif est de mettre de l’ordre dans la finance en est une pièce maîtresse ainsi que son annexe, la règle de Volker de 2010 visant à limiter les investissements spéculatifs (2) ; le ratio structurel de liquidité à long terme (NSFR) des accords Bâle III (3), Mifid II de 2014/16 (ou Directive des marchés d'instruments financiers révisée visant à réformer les marchés financiers dans l'Union européenne et à réguler les marchés de capitaux).

    Or l’activité financière et bancaire contourne de plus en plus les circuits réglementés elle se déplace vers des lieux et des pratiques pour le moins opaques, que l'on désigne sous l'appellation générique de « finance de l'ombre » (en anglais Shadow banking). Celle-ci représente, selon le Conseil de stabilité financière (CSF), organe créé par le G20 en 2009 pour surveiller les risques financiers, plus de 80 000 milliards de dollars d'actifs, soit plus que le PIB mondial estimé à 78 000 milliards de dollars.

    Par surcroît, ce secteur connaît une croissance supérieure au secteur bancaire traditionnel, visible et soumis aux règles officielles : plus de 30 % de progression entre 2007 et 2014. Il représente plus de 25 % du système financier, les banques traditionnelles voyant leur part réduite à 45 %, celle-ci diminuant sans cesse. En 2016, aux États-Unis, 75 % des crédits accordés aux entreprises le sont par des sociétés non bancaires : fonds spéculatifs, sociétés de leasing, sociétés d'assurances. En Europe, si les banques comptent encore pour les deux-tiers dans les fournisseurs de crédits aux entreprises, cette part ne cesse de diminuer, et cela rapidement.

    Cela signifie qu'une part croissante de l'endettement échappe aux règles bancaires édictées par les États et les organismes internationaux. Ces affaires sont traitées par des fonds spéculatifs spécialisés dans les activités de crédit, par des fonds de capital-investissement.

    En outre, ces crédits reposent sur du financement à court terme selon le mécanisme suivant les prêteurs empruntent sur le marché monétaire à des taux très bas puis investissent ces liquidités en gagnant sur la différence entre le coût de leur emprunt et les bénéfices de leurs placements. En outre, à côté des bourses officielles, apparaissent des bourses non réglementées - les dark pools - (ou fonds communs noirs), créées par de grandes banques et des sociétés de courtage pour des cercles d'investisseurs, au sein desquels s'échangent toutes sortes de produits financiers (actions, obligations, produits dérivés) de manière non transparente, c'est-à-dire sans publicité des prix annoncés d'achat et de vente.

    Autrement dit, la spéculation ne s'est jamais aussi bien portée que depuis la crise de 2008 née elle-même de pratiques spéculatives. Surtout, une part croissante de la finance échappe à toute régulation tout se passe comme si, au fur et à mesure que les États voulaient établir - sinon rétablir - leur autorité sur le monde de la finance, celui-ci se dérobait toujours plus. Plus les États imposent légalement des règles de prudence, plus l'activité financière déserte les circuits "officiels" Lorsque des contraintes réglementaires entravent l'expansion des marchés, les affaires émigrent dans des zones nouvelles, non réglementées. L'inventivité financière semble ne pas avoir de limites. Les seuls acteurs financiers qui sont sous contrôle sont comme toujours, les moins dangereux, les petites institutions bancaires qui n'ont pas les moyens, ou l'occasion, de se soustraire. Cela présente un accroissement considérable, quasi exponentiel, des risques qui pèsent sur l'économie réelle, sur les comptes des particuliers, des entreprises, surtout les petites et moyennes.

    La troubles connivence des autorités publiques

    Néanmoins, à l'origine de ces dérives, se trouvent les pouvoirs publics, en l'occurrence les banques centrales qui, en espérant relancer l'activité économique, pratiquent une politique de crédit gratuit et même, maintenant de crédit subventionné en ce sens que leurs taux d'intérêt sont négatifs : en clair, cela signifie que les emprunteurs ne paient plus de taux d'intérêt mais au contraire reçoivent des banques centrales de l'argent lorsqu'ils empruntent. Autant dire que ce jeu malsain ne pourra durer indéfiniment.

    Ce n'est pas tout : la mise en place des réglementations est anormalement longue. Certes, l'obstruction de groupes d'intérêts joue son rôle. Mais les organes de régulation trouvent un intérêt au développement de cette finance de l'ombre (fonds spéculatifs, sociétés de private equity liées aux précédents)(4). Selon le CSF, il s'agit d'une source de diversification des risques pour le système bancaire et cela offre une saine concurrence aux banques.

    L'inflation de crédit est telle que le fait de remonter les taux d'intérêt tant soit peu risque de provoquer une crise, comme lorsque la Réserve Fédérale américaine (FED a entre 2004 et 2007 relevé son taux directeur à plus de 5 %. Mais nous y reviendrons - c'est une pratique constante dans l'histoire financière lorsque ceux qui détiennent les leviers de la finance veulent provoquer une crise, ils laissent la spéculation se développer sur un fond de facilités de crédits puis, à un moment jugé propice, ils font remonter les taux, provoquant inévitablement une crise. Celle de 1929 a été provoquée ainsi par le relèvement des taux le 6 août 1929, l'effet se produisant en octobre.
    Par ailleurs, la lutte contre les paradis fiscaux, affichée par les différents États occidentaux, est antinomique du développement de cette finance de l'ombre puisque l'objectif de cette dernière est de rendre invisibles les traces de ces transactions. L'un concerne une sorte de marché noir boursier, l'autre concerne un marché noir fiscal il s'agit de rendre le moins identifiables possibles ces transactions et surtout leurs auteurs. En établissant les transactions dans des zones extra-territoriales, derrière des façades juridiques et des prête-noms, des fortunes entières échappent à tout contrôle et taxation de la part des États. L'évasion fiscale serait de Tordre de 30 000 milliards de dollars, selon Tax Justice Network (Le Monde, 04/04/2013).

    En outre, étant donné que les activités financières s'évadent dans un monde opaque, comment les autorités publiques peuvent-elles les réguler lorsque la plupart des informations nécessaires à cela leur échappent ?

    Depuis longtemps, le principe fondamental qui guide la finance est la spéculation, notamment en se finançant à court terme pour créer des produits à long terme. Les taux bas facilitent ce jeu pervers et dangereux. Tout cela ne peut que développer de manière vertigineuse ce que l'on appelle les « risques systémiques ». Mais quels sont les pratiques et les acteurs de cette dérive ? Nous allons maintenant donner quelques éléments de réponse.

    Les fonds spéculatifs

    Les fonds spéculatifs (FS.) sont des fonds ; d'investissement non cotés fondant leur activité sur la spéculation. Ils recherchent des rentabilités élevées et usent des produits dérivés(5) tout autant que de « l'effet de levier » (en anglais LBO Leveradge Buy Out), c'est-à-dire l'achat d'actifs ou de sociétés avec un maximum d'endettement et un minimum de fonds propres. Les fonds spéculatifs (ES) présentent l'intérêt d'offrir une diversification supplémentaire aux porte-feuilles "classiques" car leurs résultats sont en théorie déconnectés des performances des marchés d'actions et d'obligations réglementés. Or, avec les réglementations qui renchérissent et compliquent les transactions, les entreprises se financent de plus en plus sur ces circuits, au point que l'essor de la dette d'entreprises sous forme d'obligations a marginalisé le crédit bancaire, principalement en ce qui concerne la dette de faible qualité qui ne cesse de croître (cf., ci-après). Alors que les banques doivent reconstituer des fonds propres pour répondre aux nouvelles réglementations pour couvrir ; les risques de trading et de crédit, que la . spéculation est encadrée, les fonds spéculatifs (FS), qui n'ont pas ces contraintes, ont pu se développer à leur aise.

    De fait, depuis 2008, les fonds spéculatifs (FS) ont commencé à pratiquer l'activité bancaire. Certes, ce ne sont pas des banques dans la mesure où ils ne prennent pas de dépôts mais leur rôle s'y assimile. D'ailleurs, en 2008, ils avaient bénéficié des crédits des banques centrales tout comme les banques. Aujourd'hui, l'essentiel du crédit d'entreprise passe par rémission d'obligations sur le marché des capitaux, notamment aux États-Unis, la part du crédit bancaire, est passée de 25 % à moins de 10 % entre 1980 et 2014 tandis que celle des obligations est passée de 37 % à 59 % durant la même période. En Europe, cette part est descendue sous les 60 %. Les fonds spéculatifs (FS) sont ainsi devenus des créanciers majeurs des entreprises dans la mesure où ils achètent leurs titres et les gèrent pour le compte de celles-ci.

    Or, par l'importance des fonds investis et les risques pris dans leurs stratégies d'investissement peu ou pas réglementées, ils développent des risques potentiels élevés, d'autant plus qu'ils n'ont pas d'obligation de les publier seule une faible part de leur activité est connue lorsqu'elle passe par les circuits régulés.

    En fait, ils veulent bénéficier du statut bancaire sans en avoir les contraintes. Au-1 dace dans la prise de risque, informations proches du délit d'initiés font la force de ces fonds spéculatifs (FS). Parmi eux figure George Soros.

    Les activités de "Private equity"

    Plus encore, l'activité de conseil sur les marchés des capitaux est passée en grande partie des banques aux fonds traitant des affaires de private equity. Ceux-ci conseillent les opérations de fusion-acquisition. Les actifs de private equity sont de Tordre de 3 800 milliards de dollars (dont 2 800 milliards de dollars pour les fonds spéculatifs). Ils ont nom Blackstone, Carlyle, KKR (Kohlberg Kravis Roberts). On les retrouve dans le financement de la Silicon Valley, dans celui de Uber Technologies qui a défrayé la chronique avec ses taxis. Ce sont des fonds de capital-investissement qui jouent d'égal à égal avec les banques sans en avoir les contraintes. Les risques encourus sont élevés d'autant plus qu'ils ne peuvent se refinancer auprès des banques centrales.

    Jusqu'à présent, cela leur réussit.

    Blackstone, qui a racheté en 2015 le fonds immobilier Stratégic Hotels & Resorts, est devenu au fil de ses opérations le premier propriétaire immobilier des États-Unis à travers sa société Invitation Homes LP division. Ce même Blackstone a ainsi été au centre des opérations de restructuration de la dette à la suite de la crise de 2008. Alors que les banques se défaisaient des titres de dette douteux, les fonds spéculatifs (FS) les rachetaient pariant sur des revalorisations d'actifs futurs.

    Leur rôle s'est développé car les courtiers (traders) chevronnés des banques quittaient les salles de marché de celles-ci pour rejoindre les bureaux des fonds spéculatifs (FS) et cela, d'autant plus qu'ils bénéficient de rémunérations plus élevées. Leur souplesse et leur faculté d'adaptation les rendent beaucoup plus aptes à réagir à la volatilité de la finance. Mais, soi-disant "ennemis", tous sont en quelque sorte complices car les banques perçoivent de juteuses commissions versées par les fonds spéculatifs (FS) à travers leurs services de « prime brokerage » (courtage, prêts en LBO - levéraged buy-out, c'est-à-dire achats à effet de levier - etc.). Parmi ces fonds citons Blackrock, Citadel, Frallon Capital, Cerebus, le groupe Carlyle. En outre, ces groupes sont domiciliés pour les deux tiers dans les paradis fiscaux ou réglementaires, les « off shore » (les Caïmans, Guernesey, Des Vierges, Bermudes etc.).

    Leur recette consiste à lancer des paris conjointement longs pour les acheteurs et courts pour les vendeurs, ce qui leur permet de gagner lors des hausses comme des baisses de marchés. Ils peuvent avoir un levier îâe 9 (pour investir un dollar, ils empruntent 9 dollars. Aussi, lorsqu'ils ont une exposition de ! 30 000 milliards de dollars, c'est-à-dire un volume de 30000 milliards de pertes potentielles, ils gèrent en réalité 3 000 milliards de dollars. Blackrock (créé en 1988) gère plus de 4 600 milliards de dollars de fonds de placement, soit bien plus que le bilan des plus grosses banques !

    L'influence de certains fonds spéculatifs (FS) a également la capacité d'influencer les marchés car ils représentent environ 15 % des transactions sur Nyse Euronext et le London Stock exchange. Sur le marché de là dette d'entreprises en difficultés, ils représentent 80 à 90 % du courtage (ou trading) et le quart des échanges de la dette « High Yeld » (c'est-à-dire les emprunts risqués qui, en contrepartie, offrent un fort rendement). Sur le marché des dérivés de crédit, leur part atteint 55 % et 20 % sur le marché des bons du Trésor américain. Le risque potentiel est donc toujours plus grand.

    Evidemment, mises en danger, les banques ont réagi : elles ont développé des pratiques similaires, mais en usant de leur privilèges de banques ! Elles ont donc développé plus largement la spéculation...

    Signalons aussi les activités d’asset management (gestion de fonds privés et institutionnels et étant à l'origine des activités de gestion d'actifs immobiliers) gérés par des sociétés (Blackrock, Fidelity, Vanguard, Prudential Financial, Franklin Templeton, Northen Trust) aussi puissantes que les banques. Elles gèrent près de 90 000 milliards de dollars, Blackrock gère plus de 4 600 milliards de dollars de fonds de placement, soit bien plus que le bilan des plus grosses banques. Les asset managers évoluent certes dans le respect des règles officielles mais développent leur activité dans l’intermédiation de crédit en prêtant directement aux entreprises à travers l'emprunt obligataire. Les compagnies d'assurance (tel Axa en France) font de même, tout comme les fonds spéculatifs (FS). Pour ce faire, ils travaillent avec des marchés peu ou pas régulés et manipulent des produits financiers titrisés.

    Le financement repo

    Repo signifie « Repurchage agreement » se financer à court terme moyennant une garantie (un collatéral) sous forme de titres. Ainsi, ce marché permet d'utiliser comme garantie des litres financiers en échange de prêts à faible taux et de courte durée. Comme il n'est pas régulé et peu cher, il s'est développé fortement depuis quarante ans. Ce marché engendre une dette à court terme très volatile et les risques sont accrus d'autant plus qu'un même collatéral est utilisé plusieurs fois pour de multiples transactions. C'est la principale source de financement des fonds du marché monétaire (Précisons que le marché monétaire est le marché des capitaux à court terme, à la différence du marché financier qui est le marché sur lequel sont émis et échangés les titres à moyen ou à long terme, comme les actions et les obligations). Ce marché est de l'ordre de 10 000 milliards de dollars.

    Ce marché repo est alimenté par la Réserve Fédérale (FED) qui fournit des liquidités contre le nantissement de collatéral à une vingtaine de grands établissements bancaires qui prêtent à leur tour ces fonds sur le marché repo. Son opacité fait qu'il participe à la nébuleuse financière de l'ombre.

    En réalité, avec les très bas taux d'intérêt actuels, le marché Repo permet d'assurer des financements malsains dans la mesure où l'on y finance des emprunts à long terme (plusieurs années) avec des effets à court terme (quelques jours ou semaines). Mais que survienne une crise de liquidités, à savoir une détérioration des actifs, et le système se bloquera très vite. Il suffirait que les taux de base bancaire remontent quelque peu significativement ! Le sauvetage du marché immobilier états-unien après 2008 s'est réalisé largement à travers ce marché repo sans qu'aucune mesure ne soit prise pour tenter de le réguler. Actuellement, les bons du Trésor américain et les titres des agences Fannie Mae et Freddy Mac, à l'origine de la crise de 2008, représentent plus de 80 % du collatéral du marché repo. On imagine comment une nouvelle crise de l'immobilier pourrait à nouveau provoquer une crise majeure immédiatement sur les marchés.

    Une dette de toujours moindre qualité

    Quant à la qualité des dettes, elle est de plus en plus médiocre. En 2013, plus de 70 % des émissions de dette étaient classées B par les agences de notation, ce qui signifie qu'elles étaient de très mauvaise qualité cette catégorie ne représentait que le tiers de la dette vingt ans auparavant. Pire encore, en 2016, se négocient des dettes de la catégorie C, celle des dettes "pourries". Mais la spéculation offre de belles perspectives de rendement sur ces titres et cela suffit pour attirer investisseurs qui ne vont pas voir plus avant. Cette dette dite « High Yield » (à haut rendement) est en fait une dette à très haut risque. « Aux États-Unis, le marché du "high yield" est composé d'environ 20% de titres liés au pétrole et au gaz. Certains analystes n'hésitent pas à faire le parallèle avec les crédits immobiliers "subprime" qui avaient déclenché la crise financière de 2007-2008. En effet, les obligations "high yield" se sont glissées discrètement dans de nombreux produits et fonds vendus par les réseaux bancaires au grand public, qui n 'est pas forcément tenu au courant des risques encourus... » (Boursier, com 16/01/2016)

    Il va sans dire que la qualité des bilans des banques se détériore en proportion de ce pourrissement, tandis que, répétons-le, l'activité du monde financier tend à passer de plus en plus dans l'ombre, voire dans le fuligineux. Voilà une situation hautement malsaine.

    Les dark pools

    Comme il faut bien se retrouver pour pratiquer ces activités de l'ombre, ont été créées des plateformes d'échange alternatives, à savoir les « Dark Pools ». Là encore, ces marchés ont été à l'origine encouragés par les Etats qui y voyaient un moyen de casser le monopole des bourses traditionnelles. Mais ils se sont retrouvés pris à leur propre piège car elles servent à contourner les places boursières officielles et donc réglementées. C'est ainsi que celles-ci se retrouvent de plus en plus marginalisées depuis quelques années. Actuellement, selon l'agence Bloomberg, 18 % des volumes de trading passent par ces places (plus de 40) mais 40 % des transactions. Si en Europe, les volumes sont moindres, ils connaissent un rapide développement.

    Il est évident, là encore, que l'opacité de ces places de marché fait qu'elles recèlent des potentialités de risques très élevées.

    Que dire des marchés de produits dérivés qui constituent le secteur le plus important du monde financier ? Autant dire qu'ils permettent de spéculer sur des sous-jacents comme les matières premières, les taux d'intérêt... bref, n'importe quel actif, même les plus "exotiques". Or, par surcroît, la plupart des dérivés s'échangent sur les marchés de gré à gré, dits O.T.C. (pour over-the-counter), à savoir des marchés hors bourse. Les volumes de transaction y sont beaucoup plus importants que ceux qui sont enregistrés sur les marchés organisés. Selon la BRI., en décembre 2011, les montants notionnels étaient de plus de 700 000 milliards de dollars sur les marchés O.T.C, contre 58 000 milliards de dollars sur les marchés organisés.

    Les dérivés sont la figure emblématique de la finance virtuelle, celle qui est la plus déconnectée de l'économie réelle. Certains dérivés comme les CDS (Crédit défault swaps) qui sont comme une sorte d'assurance contre les défaillances de titreront joué un rôle majeur dans le déclenchement et le développement de la crise grecque à partir de 2010.

    Or ce marché non réglementé, opaque par essence, aux risques très mal provisionnés est plus important que le marché bancaire officiel, réglementé qui échappe aux règles prudentielles édictées depuis 2010 comme le Dodd Frank Act aux États-Unis. Une vingtaine de banques et fonds spéculatifs, tels JP Morgan, Goldman Sachs, City Group, Bank of America, dominent ce secteur. Le gouvernement américain a promis d'établir rapidement des règles de surveillance : mais ne seront-elles pas de nouveaux coups d'épée dans l'eau à l'instar des mesures antérieures ? Tout porte à le penser au vu de l'expérience récente.

    Où cela peut-il nous conduire ?

    Aussi longtemps que les taux d'intérêt restent bas, la pratique d'un tel équilibrisme (absence de gestion des risques ou couverture des risques très insuffisante) paraît sans danger. Les différences sont peu sensibles entre bons et mauvais débiteurs et la prise de risque est de facto encouragée. Mais au fil du temps, les funambules deviennent de plus en plus lourds sur un fil de plus en plus mince.

    Lorsque les taux remonteront, les différences de qualités de titres de dette vont se manifester rapidement et les taux de défaut et d'insolvabilité vont très vite augmenter. En outre, la logique financière est subvertie avec des taux bas, voire négatifs, il est plus avantageux de s'endetter que d'épargner !

    Quant aux dettes publiques, elles ne pourront jamais être remboursées, ne serait-ce qu'à cause du vieillissement des populations et de l'absence de croissance forte en rapport avec l'endettement... d'autant plus que ces dettes financent moins les investissements que les transferts sociaux.

    Or cette dette publique et privée qui se monte à plus de 200 000 milliards de dollars est, en dernier ressort, détenue par quelques groupes parmi lesquels on retrouve les Rockefeller, Rothschild et autres établissements. Il suffit qu'ils décident, comme en 1929, ainsi que cela a été énoncé précédemment, de relever les taux d'intérêt et empêchent le refinancement de la dette, provoquant une crise de liquidité, pour que le système financier vacille, voire s'effondre, provoquant une panique généralisée et une crise dès plus graves qui soit.

    L'effondrement du marché du crédit asséchera l'économie. Les États ne seront plus en mesure de rétablir le courant de signes monétaires comme cela s'est produit en 2008-2009. D'ailleurs, qu'on en juge les fonds propres de la FED représentent moins de 13 % de son bilan. Il y aura des défauts comme cela s'est produit en Grèce, des annulations de dettes comme en Irlande, des confiscations comme à Chypre ou au Portugal (avec l'affectation obligatoire des pensions publiques).

    L'un des moyens utilisés pour remédier à une telle situation sera de faire financer l'économie par le recours aux DTS, ces Droits de tirage spéciaux, inventés en 1969 et qui constituent un panier de monnaie international la monnaie mondiale par excellence et cela, d'autant plus que curieusement, le yuan (ou renminbi) a été accepté ce mois d'octobre dans le panier constitutif des DTS alors que sa monnaie n'est pas encore entièrement convertible. Nous pouvons supposer que ces financiers mondialistes de la City et de Wall Street vont être assez altruistes pour inciter à leur large mise en circulation et les compenser avec des actifs réels. Ils auront ainsi réussi un coup de maître en conduisant à l'instauration d'une monnaie mondiale et, par récurrence, à pousser à l'instauration d'une gouvernance mondiale.

    Toutefois, l'imprévu étant ce qui caractérise le mieux l'histoire, rien ne garantit que les événements se déroulent ainsi. La téléotélie est toujours l'invitée surprise des événements. Les nationalistes doivent se préparer en vue de cela. Et une mesure cardinale consistera à interdire la spéculation sur les marchés à terme, les paris sur les variations de litres financiers. C'était la règle jusqu'au milieu du XIXe siècle ; elle pourra être rétablie le moment venu.

    André Gandillon, Président des Amis de RIVAROL

    Rivarol du 12 janvier 2017

    1) Coco Bonds (obligations convertibles conditionnelles) qui font qu'en cas de crise, elles sont immédiatement convertibles en actions ; mais leur principal peut aussi être liquidé. Les risques sont donc grands, La Deutsche Bank, qui inquiète tout le monde, notamment à cause des amendes qui pèsent sur elle, a vu ainsi ses Coco Bonds baisser.

    2) La règle Volcker, partie intégrante du Dodd-Frank Act, interdit aux banques le trading pour compte propre et limite l'investissement dans certains actifs tels que les fonds spéculatifs et les activités de private equity menées par les banques commerciales et leurs filiales.

    3) Le ratio structurel de liquidité à long terme (NSFR, Net Stable Funding Ratio) est l'un des éléments essentiels des réformes du Comité de Bâte visant à accroître la résilience du secteur bancaire. Le NSFR exigera des banques qu'elles maintiennent un profil de financement stable s'agissant de la composition de leurs actifs et de leurs activités de hors-bilan. Une structure de financement viable est censée réduire la probabilité que des difficultés qui perturberaient les sources de financement régulières d'une banque érodent sa position de liquidité au point d'accroître le risque d'une défaillance et, potentiellement, d'engendrer des tensions susceptibles de s'étendre à tout le système. Le NSFR limite un recours excessif aux financements de gros à court terme, encourage une meilleure évaluation du risque de financement pour l'ensemble des postes de bilan et de hors-bilan et favorise la stabilité des financements. Le présent document décrit la norme NSFR et son calendrier de mise en œuvre.

    4) Private equity ou investissements dans des sociétés non cotés en bourse, selon le principe qui consiste à acheter une entreprise, puis à la revendre ultérieurement en ayant auparavant reversé une part de l'emprunt grâce aux revenus de l'entreprise.

    5) Les dérivés sont des instruments financiers construits à partir d'un titre ou d'un indice "sous-jacent" permettant à un agent de réaliser des opérations sur le futur pour se couvrir contre les risques de défaut ou en tirer parti.