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international - Page 1393

  • Printemps arabe : l’échec de la démocratie en Orient ?

    Printemps arabe : l’échec de la démocratie en Orient ? L'armée égyptienne est finalement intervenue pour déposer le président Mohamed Morsi, pourtant premier président démocratiquement élu du pays. Le printemps arabe, né en Tunisie fin 2010, a atteint l’Egypte dès le début 2011 et a abouti au départ du président Moubarak qui dirigeait l'Egypte depuis trente ans.

    Les revendications d’une grande partie de la jeunesse égyptienne qui a mené cette révolution dite du Nil ou du Papyrus sur la place centrale du Caire (la place Tahrir) ont abouti à des élections libres qui ont vu une déferlante islamique.

    En effet, aux premières élections législatives de l’après Moubarak, qui a vu une participation de 55%, les frères musulmans ont obtenu 44.6 % des voix, concurrencés seulement par les plus radicaux qu’eux, les salafistes, qui ont obtenu 22,5% des voix, le premier parti pseudo libéral obtenant seulement 7,8% des voix. A l’élection présidentielle de 2012, la scission du pays en deux (Islamo-conservateurs contre réformistes) était palpable et l’élection s'est résumée à un duel politique entre un homme de l’époque Moubarak et le candidat des frères musulmans, le scientifique Mohamed Morsi, qui a notamment étudié aux Etats-Unis. Celui-ci remportera l’élection avec 51,73 % des voix (la participation s’élevant à seulement 45%) et sera investi en juin 2012.

    Un an plus tard, il sera donc déposé par l’armée après de nouvelles et immenses manifestations (plusieurs millions de personnes) place Tahrir et ailleurs en Egypte. Les opposants lui reprochent principalement sa piteuse gestion de la situation économique du pays. Ce Week-end, plusieurs centaines de milliers de partisans du président déchu sont eux aussi descendus dans la rue, invoquant eux à juste titre le respect des urnes et la démocratie. Les manifestations ont tourné à l’affrontement entre partisans de Mohamed Morsi et l’armée et en ce 10 juillet 2013 on parle déjà de dizaines de morts et de centaines de blessés.

    Il y a là des dilemmes visiblement insolubles pour l’Egypte, pour les pays du printemps arabe et pour la communauté internationale.

    La démocratie du printemps arabe a vu l’émergence et la prise de pouvoir de mouvements islamo-conservateurs (principalement les frères musulmans) qui étaient soit interdits, soit tenus à l'écart de la vie politique par les anciens pouvoirs laïcisants issus de la guerre froide. Ce retour au pouvoir des clergés et d’un Islam politique a accentué les batailles d’influences trans-territoriales entre confréries, menant à la situation que l’on connaît par exemple en Syrie. Ce pays fait en effet face à une guerre au niveau régional et confessionnel, ou le courant sunnite régional le plus radical tente de mettre à mal le croissant chiite en s’attaquant à sa composante la plus hérétique selon lui mais aussi la plus laïque selon les critères occidentaux. La Syrie est ainsi devenue le champ de bataille par ricochet d’une coalition Russo-chiite qui est en conflit ouvert avec un axe Occidentalo-sunnite.

    Le mythe d’un Islam compatible avec la démocratie semble remis en cause.

    Les victoires électorales des Frères musulmans en Egypte, en Tunisie ou en Libye, qui auraient pu amener à des cohabitations entre charia et démocratie, ne semblent plus viables. Il y a une crise culturelle profonde qui traverse les sociétés arabo-musulmanes. Les nouveaux régimes issus des élections semblent avoir du mal à bien intégrer la pluralité, qu’elle soit ethnico-culturelle, religieuse ou comportementale. Hormis en Tunisie ou les islamistes composent, la situation économique de tous les pays concernés par ces nouveaux régimes est d’ailleurs plus que catastrophique et qui semble inévitablement génératrice de protestations dans un avenir proche, comme c’est le cas en Egypte aujourd’hui.

    Les coups d'état militaires et les juntes au pouvoir ont toujours été fermement condamnés par les pays occidentaux, que ce soit en Birmanie, en Grèce ou en Argentine. La mollesse des réactions occidentales face au coup d'état militaire en Egypte démontre bien le dilemme, entre armée et islamisation. Le chef de la diplomatie turque Ahmet Davutoglu a lui tenté d’empêcher une intervention de l’armée contre le président égyptien, en avertissant les capitales européennes hébétées mais cela a échoué.

    L’armée apparaît pourtant de plus en plus comme un nouveau pouvoir (ou contre pouvoir) seul à même de maintenir une forme d’équilibre national et de protéger l’équilibre communautaire (et les minorités) face à une islamisation à outrance des pays concernés. Cette tendance n’est pas nouvelle. En Algérie, la victoire des islamistes fut annulée en 1991, plongeant le pays dans une guerre civile de 10 ans durant laquelle l’Armée affronta, jusqu'à sa victoire en 2002, divers groupes islamistes. En Turquie, Recep Erdogan, depuis son élection en 2003, a lui mené d’intensives campagnes pour désactiver l’armée et faire mettre en prison les officier qui auraient pu s’opposer à l’islamisation lente que le pays connaît, entrainant l’inquiétude des minorités et des laïcs qui ont manifesté récemment. En Syrie, l'armée parait être aujourd’hui le seul garant du rétablissement de l’ordre constitutionnel mis à mal.

    Parmi les nombreux manifestants Egyptiens place Tahrir, certains brandissaient aussi des drapeaux syriens et des portraits de Bashar-El-Assad, traduisant ainsi leur bonne compréhension des événements géopolitiques régionaux mais aussi peut être leur profonde intuition que Syrie et Egypte doivent être unis et non en guerre. Il faut se souvenir qu’historiquement, Egypte et Syrie ont déjà été un seul et même état, pour faire face a la menace communiste d’un coté (qui n’existe plus aujourd’hui) et américaine de l’autre. Est-ce la raison pour laquelle de nombreux manifestants place Tahrir brandissaient également des pancartes dénonçant le soutien américain au candidat Morsi ?

    Il est certain que des groupes radicaux ne vont pas tarder à menacer l’armée Egyptienne d’un conflit pour le rétablissement du pouvoir islamique arrivé au pouvoir par les urnes. On peut se poser la question de savoir si l’Egypte va désormais connaître une guerre civile larvée sur le modèle de l’Algérie quand les élections de 1991 ont été annulées par l'armée.

    Alors que le monde arabo-musulman risque de traverser au cours de ce siècle sa grande guerre interne, politique, confessionnelle et générationnelle. Pour les américains, il semble que l’agenda de remodelage du grand moyen orient soit remis aux calendes grecques. Il faut maintenant essayer d’imaginer quelles seront les conséquences directes des ces bouleversements pour les états de la région, et les conséquences possibles et imaginables pour la France, l’Europe et la Russie.

    Alexandre Latsa http://www.voxnr.com

  • Belgique, où es-tu ?

     

    Carrefour séculaire, la Belgique est devenue ce trou noir occidental, un trou noir plutôt rose, rose étasunien, rose comme ses ballets, rose comme la "gôche", le "pink-state" ex-gaulois s'est déguisé en folle et nous casse les biscottes.

    Trou noir, parce que Bruxelles avale tout, elle avale toute la propagande accentuée "patate-dans-la-bouche" des aristocrates "Tex-mex", rêve de chapeau de cow-boy, d'ailleurs, dans le Hainaut (Wallonie), et plus particulièrement dans le "Borinage" (Mons), la culture résistante des charbonnages est assaillie d'Églises protestantes, de clubs de danse "Country", d'exhibitions de "Monster Trucks" et de galas de "Catch", non, ça n'est pas une mauvaise blague belge, c'est le quotidien bariolé de votre serviteur, 40 ans de PS et de "Culture jamming" , ça se paie en culture du nivellement par le bas Monsieur !

    Bref, la Belgique, en tant que laboratoire du "Fétichisme de la marchandise" devrait produire son lot de "dissidence", mais cet équilibre nécessaire, ne nous leurrons pas, au bon fonctionnement de la matrice n'est même pas respecté au pays de Tintin, le logiciel est vicié, aucun nuage dans cette horizon bleu Magritte pour les dirigeants belges du "Vanillia sky" et les affairistes mondialistes de l' "Américan psycho" de passage dans les hôtels bruxellois... Pour un pays où la pluie est une coutume, c'est là encore un surréalisme belge. Ici devrait s'exprimer un orage de radicalité. Milou devrait se transformer en loup. Mais les revenus alcooliques aidant à l'asociabilité empêchent sans doute la révolte des Hobbits, devenus des golems individualistes... Finalement, la question de, explosion ou implosion de l'illusion ?, importe peu, car nous, nous percevons des failles dans le rideau du spectacle de la marchandise et nous y voyons la Nuit...

    La dissidence du plat pays se limite aux discours de l'honorable universitaire Jean Bricmont et aux indignations du notable stalinien Michel Collon. Ni négligeables, ni méprisables, mais qui restent sur le terrain du "Que Faire ?" dans le cadre uniformisant de La disputation interne sur la gestion du Libéralisme triomphant entre progressistes, exit la radicalité et la Tradition.

    Dissident, où es-tu ?

    En attendant la formation effective et opérative d'un Mouvement Eurasiste Belge - et plus largement francophone et européen -, j'exhorte et me permets de conseillers à mes compatriotes de se rapprocher - de préférence - de "La Dissidence Française" - "les résistants à l'empire" - où une antenne "Belgique" peut être fondée, l'antenne Nord-Pas-De-Calais pouvant être une option pour les frontaliers.

    Nos camarades du "M.A.S" - qui "s’affirme comme un centre de radicalité dynamique composé d’hommes et de femmes libres, fiers de leurs racines, amoureux de leur terre et au service de leur peuple" - sont également actifs pour le Hainaut côté France.

    Nous savons qu'une antenne d' "Égalité et Réconciliation" - "gauche du travail, droite des valeurs" - existe aussi pour le Nord-Pas-De-Calais.

    Il ne vous est pas demandé de vous "encarter" mais de vous intéresser, de dialoguer avec ces mouvements, où un de ces mouvements selon vos sensibilités, et éventuellement de participer à leurs événements, leurs conférences; ainsi qu'il est possible de nous contacter pour nous aider à développer "L'Heure Asie"...

    L' Eurasisme - ou De la construction philosophique d'une théorie politique autre que le communisme et le fascisme pour regarder le "Libéralisme triomphant" dans les yeux -, sujet d' "avant-garde" dans la dissidence elle-même, qui participe à la réflexion sur ce fameux "Que faire ?", n'interfère pas avec l'idée de dissidence mais l'enrichit, elle est une étape sans doute supérieure dans cette réflexion. Il s'agit donc de ne pas mettre la charia avant l'hébreu et de remplir des objectifs simples, modestes, mais respectables et abordables, et surtout, sur le terrain du réel...

    Nous, Hobbits, avons un rôle à jouer puisque le grand œil sovietoïde de l'UE est sur notre terre, saurons-nous nous redresser, délaisser la bière et l' herbe-à-pipe un moment pour affronter notre destin ?

    "La seule chose que l'on puisse décider est quoi faire du temps qui nous est imparti." JRR Tolkien - extrait du "Seigneur des anneaux"

    Source: L'Heure Asie

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

  • Valls contre l’asile politique d’Edward Snowden en France car les Etats-Unis sont nos amis

    Alors que la France accorde le statut de réfugié politique à une Femen, poursuivie pour avoir vandalisé un cimetière en Ukraine; le très sioniste Manuel Valls nous fait part de son opposition à ce que la France, pays dont il n’est même originaire, accorde l’asile politique à Edward Snoden.

    Il faut admettre que si l’on est poursuivi pour avoir vandalisé un cimetière (un cimetière goy, ça va de soi), on est poursuivi pour ses opinions politiques, et on mérite l’asile en France, enfin d’après Valls. Par contre si l’on dénonce les crimes commis par les Etats-Unis contre la France, on ne le mérite pas, toujours d’après Valls.

    Valls nous rappelle que les Etats-Unis sont une nation amie (d’Israël, seul pays à ne pas être touché par le scandale des écoutes, pas de la France; mais ça il oublie de le spécifier), que les États-Unis sont un pays démocratique avec une justice indépendante. Les martyrs de Guantanamo doivent aprécier son jugement.


    Ni Français par ses origines, ni par son allégeance, mais Français de papier, même si il faut reconnaitre qu’il maitrise fort bien notre langue; il n’est pas vraiment Espagnole non plus. Par contre son attachement à Israël ne laisse planer aucun doute.

    http://fr.altermedia.info/

  • Révolution et crise politique en Egypte : état des lieux et perspectives

    Le 30 juin 2013, les Égyptiens sont descendus en masse dans la rue pour réclamer le départ du Président Morsi. Le 3 juillet, l’armée le destitue et confie le pouvoir à Adly Mansour, présenté comme un inconnu. Les récents événement survenus en Égypte et ayant amenés au départ de Mohammad Morsi démontrent que la révolution égyptienne n’est pas terminée et que le peuple égyptien est déterminé à voir ses revendications aboutir. Pour bien comprendre la portée des événements et leur place dans la révolution égyptienne, ainsi que la nature des principales forces politiques (ici les Frères Musulmans et l’institution militaire), il est nécessaire de revenir, même brièvement, sur l’Égypte et sur les début de la révolution égyptienne de 2011. Explications.

    L’Égypte, bon élève du FMI et de l’impérialisme américain

    La fin des années 70 voit l’émergence d’un nouveau paradigme dans la vision américaine du monde. La lutte contre l’islamisme succède à la lutte contre le communisme comme argument justifiant toutes les agressions de l’impérialisme américain contre les peuples. Après avoir utilisé les Frères Musulmans pour affaiblir les organisations syndicales et les militants de gauche, le régime égyptien, largement dominé par l’institution militaire depuis le coup d’État de Nasser, fait sien cet argument pour entreprendre une féroce répression du peuple égyptien cherchant à s’organiser pour obtenir de meilleures conditions de vie et plus de démocratie. Les accords entre l’armée égyptienne et l’État fédéral américain aboutissent en 1978 à la signature des accords de Camp David (accord de paix avec l’État d’Israël), sous l’égide de l’administration américaine. Depuis, l’état major égyptien à reçu 27 milliards de dollars d’aide militaire américaine et continue à recevoir un milliard de dollars par an. En 1991, l’Égypte s’engage auprès de la coalition américaine dans la première guerre du Golfe. Suite à cela, une importante partie de sa dette militaire vis à vis des États-Unis est annulée. En contre partie, le FMI exige l’application en Égypte de Plans d’Ajustement Structurel (PAS), véritables entreprises de pillage et de vassalisation des pays du Sud. Un premier plan aboutit à la privatisation de plus de 150 entreprises publiques. Ce qu’il restait de socialisant dans le régime égyptien vole en éclat: répartition équitable des revenus, subventions et embauche systématique des diplômés de l’Université par l’État. Le FMI dicte, l’État égyptien applique, le peuple paie et les proches du pouvoir se remplissent les poches. Le plan quinquennal 1992-1997 poursuit sur la même voie et accentue les privatisations des secteurs rentables. Le taux de population vivant sous le seuil de pauvreté atteint 40%. Un rapport de l’OCDE de 1997 consacré à l’Égypte rapporte :

    au cours des années 1990, ce pays a adopté avec succès des politiques de stabilisation macro-économique et engagé les programmes de réforme structurelle nécessaires pour entrer sur le chemin d’une croissance forte, tirée par les exportations. La principale contrainte reste d’introduire les changements à un rythme qui ne mette pas en danger la stabilité politique (1)

    Le lien entre le tournant néo-libéral de la politique économique égyptienne et le mécontentement populaire est donné par l’OCDE elle même. En effet, les années 1990 et 2000 verront se multiplier les mouvements de grèves qui rassembleront, entre 2004 et 2008, plus de 1,7 million d’ouvriers dans plus de 1900 grèves. Ces mouvement de contestation contre les dirigeants égyptiens expriment l’opposition radicale du peuple à l’ordre voulu par l’impérialisme américain, au « Grand Moyen-Orient« . Cet ordre, c’est celui de la remise en cause des barrières douanières, de la déréglementation, de la privatisation et de l’instauration d’un dispositif militaire sous contrôle américain. Cet ordre, c’est celui dans lequel s’est engagé, entre autres, le régime égyptien depuis la fin des années 1970, sommé par le FMI d’aller plus loin dans les réformes. La Tunisie et Égypte, dont les partis dirigeants étaient membres de l’Internationale socialiste, sont les pays qui ont le plus avancé dans ce sens, provoquant la réaction des populations.

    De la contestation à la révolution : le peuple face à Moubarak, à Tantaoui et à Shafiq, le peuple face à la subordination à l’impérialisme américain.

    Les vagues de grèves et les soulèvements populaires contre les politiques anti-ouvrières et anti-démocratiques du régime égyptien ont eu raison du dirigeant de celui là, Hosni Moubarak. Pour autant, le régime à survécut, en premier lieu grâce à l’intervention de l’armée. Il est évident, depuis la publication de télégrammes par Wikileaks, que l’administration américaine à financé la formation de cyber-dissidents dans le monde arabe. Néanmoins, le déroulement des événements en Egypte comme en Tunisie, ont montrés que les peuples étaient déterminé à s’affranchir de la domination américaine et que la principale intervention américaine ne se situait pas dans la formation de blogueurs, mais à travers l’institution militaire égyptienne. Mansouria Mokhefi, responsable du programme Maghreb/Moyen-Orient de l’Ifri, rappelle :

    S’il est vrai que lors des soulèvement tunisien et égyptien, on n’a guère vu ou entendu de slogans antiaméricains, le ressentiment s’est exprimé dès mars 2011 à la fois en Tunisie et en Égypte lors de la visite d’Hillary Clinton. Celle-ci a été accueillie à Tunis par des manifestants aux slogans hostiles tels que: « Tunisia is free – America get out » et les Jeunes Égyptiens de la coalition du 25 janvier ont tout simplement refusé de s’entretenir avec elle. (2)

    Toujours Mansouria Mokhefi, à propos de l’attitude américaine face aux révoltes arabes :

    Après quelques hésitations , il était apparu nécessaire et urgent de s’assurer de la fidélité de l’armée égyptienne – qui reçoit l’essentiel de son équipement des États-Unis – et de convaincre les Israéliens que la stabilité de la région ne serait pas remise en cause par l’arrivée au pouvoir de cette armée. [...] Les commentaires arabes de la rue et dans la presse ainsi que les blogs font remarquer qu’il n’y a rien de nouveau dans le fait que les États-Unis aient lâché la Tunisie, où leurs intérêts étaient moindres, ou qu’ils aient négocié la stabilité égyptienne avec une armée qu’ils savent fidèle, qu’ils financent à hauteur de 1,3 milliard de dollars par an, qui est au pouvoir depuis 60 ans et qui détient plus de 40% de l’économie du pays. (3)

    Les soulèvements égyptiens ont eu raison de Moubarak, puis du général Tantaoui et du premier ministre Ahmed Shafiq. Après la chute de Moubarak, jamais les mobilisations n’ont faiblis, les égyptiens restant déterminés a voir leurs revendications satisfaites. Des dizaines de milliers d’ouvriers et d’ouvrières se sont mis en grève dans l’industrie pétrolière, les arsenaux, l’autorité du canal de Suez, les transports, le textile, le ciment, la métallurgie, les hôpitaux, les universités, les télécommunications etc. Les revendications avaient une forte charge économiques et sociales: augmentation de salaire, salaire minimum à 1200 livres égyptiennes (150 euros), fin des disparités salariales et de meilleures conditions de travail et surtout, la liberté syndicale (4). Le mouvement des travailleurs s’est ainsi joint au soulèvement général du peuple autour de la revendication d’une Assemblée Constituante.

    Moubarak est destitué et remet le pouvoir au Conseil suprême des forces armées (CSFA). les grèves se multiplient et les « Morsi dégage » deviennent des « Tantaoui dégage« , « le peuple veut la chute du régime » (Mohamed Hussein Tantaoui préside le Haut Comité militaire issu du CSFA). Le CSFA s’empresse de rassurer les américains et affirme sa volonté de maintenir l’Égypte dans le cadre des accords passés: les accords de Camp David, les PAS du FMI et le remboursement de la dette. Une fois élus, c’est ce que feront également les responsables des Frères Musulmans. La base d’une union nationale entre l’armée et les Frères Musulmans se réalisait alors, à la grande satisfaction de l’administration américaine

    Troisième secousse de la révolution égyptienne : entre mobilisations populaires et coup d’Etat

    En commentant la dernière de mobilisation en Égypte qui a aboutit à la chute de Morsi, Ibrahim al-Amin, rédacteur en chef du quotidien libanais Al-Akhbar souligne :

    C’était une révolte contre l’échec assourdissant dans la gestion des affaires du peuple, la suppression continue des droits individuels et collectifs, sans mentionner une incapacité à introduire quoique ce soit de nouveau à même de reconsidérer le rôle de l’Égypte dans les mondes Arabe et Islamique.

    La Confrérie (Frères Musulmans) ont échoués dans tout cela et plus encore. Ils n’ont réussis qu’une seule chose, nettoyer la bureaucratie de l’ancienne garde et la remplacer par leurs propres partisans dans l’intention de maintenir les institutions étatiques sous le contrôle de leur clan. Ils ont fait cela sans compromis – la majorité des Égyptiens n’ont rien eu dans ce processus, pas même un sentiment d’espoir qu’un changement était à l’horizon.

    Quant à leur performance dans le domaine des relations extérieures, les perspectives de la Confrérie n’étaient que des copies de celles de Moubarak. Ils ont d’abord couru vers les Américains, croyant que la bénédiction de Washington leur garantirait la survie et leur procurerait une immunité contre une destitution. Et sans aucun doute, beaucoup d’Egyptiens n’ont pas vu d’un très bon oeil que leur gouvernement joue les seconds violons des volontés du Qatar et de l’Arabie Saoudite en échange d’un patronage économique et financier douteux. (5)

    Les Frères Musulmans n’auront pas tenus plus d’un an face à la détermination populaire à en finir avec un système d’exploitation ne promettant que misère et souffrance. Les conditions de vie se sont encore plus détériorées sous leur administration. Le 30 juin 2013, dans la continuité des mobilisations de 2011, plus de 10 millions d’Egyptiens sont descendus dans les rues pour exiger le départ de Mohammad Morsi. Les Frères Musulmans ont pu exposer à la face de 80 millions d’Égyptiens leur véritable nature: une organisation en quête de pouvoir, inféodée à la bourgeoisie nationale et déterminée à maintenir l’ordre capitaliste internationale. L’excellent article de Gilbert Achcar publié dans Le Monde Diplomatique de février 2013 le souligne bien :

    Le principal obstacle à la collaboration de la confrérie avec le capitalisme égyptien, la répression qu’elle subissait sous M. Moubarak, est maintenant levé. Les Frères musulmans s’efforcent de prendre exemple sur l’expérience turque en créant une association d’hommes d’affaires s’adressant en particulier aux petites et moyennes entreprises, l’Egyptian Business Development Association (EBDA). A l’instar du Parti de la justice et du développement (AKP) et du gouvernement de M. Recep Tayyip Erdogan, la confrérie et M. Mohamed Morsi estiment toutefois représenter les intérêts du capitalisme égyptien dans toutes ses composantes, sans exclure la plupart des collaborateurs de l’ancien régime qui, par la force des choses, en constituent une partie importante, surtout au sommet.

    Ainsi, une délégation de quatre-vingts hommes d’affaires a accompagné M. Morsi en Chine en août 2012. Le nouveau président souhaitant, à la manière des chefs d’Etat occidentaux, jouer les commis voyageurs du capitalisme national, plusieurs chefs d’entreprise liés à l’ancien régime furent invités à faire partie du voyage. (6)

    Cela fait échos aux analyses de Mansoor Hekmat, homme politique iranien, sur l’Islam politique (2001) :

    A mon avis, l’Islam politique est un mouvement réactionnaire contemporain qui n’a rien à voir, si ce n’est dans la forme, avec les mouvements islamiques de la fin du XIXème siècle et du début du XXème siècle. Quant à son contenu social et aux objectifs socio-politiques et économiques, ce nouveau mouvement est complètement enraciné dans la société contemporaine. Ce n’est pas une répétition du vieux même phénomène. C’est le résultat de la défaite – ou de l’avortement – du projet de modernisation à l’occidentale dans les pays musulmans dans les années 60 et au début des années 70, ainsi que du déclin du mouvement laïc et nationaliste, qui était l’agent principal de cette modernisation économique, administrative et culturelle. La crise idéologique et gouvernementales dans la région s’est accrue. Avec ce vide idéologique et politique et la confusion de la bourgeoisie locale, le mouvement islamiste s’est imposé comme une alternative de droite pour la réorganisation de la domination bourgeoise et pour affronter la gauche et la classe ouvrière, qui avait émergé avec l’avènement du capitalisme. (7)

    Le 3 juillet 2013, l’armée destitue le Président. Le lendemain, des responsables des Frères Musulmans, dont le désormais ex-Président, sont arrêtés. D’aucun diront qu’il s’agit d’un coup d’État contre le premier président démocratiquement élu de l’Égypte. Ce n’est pas faux. Les Frères Musulmans ont bénéficié d’une vague de sympathie populaire due d’une part, à un légitimité venue de leurs activités sociales sous l’ancien régime et de leur ancrage dans la scène politique égyptienne et, d’autre part, à la terrible répression à laquelle ils ont fait face de Nasser à Moubarak. Dans le tumulte de la révolution, ils constituaient aussi l’une des forces politiques les mieux organisé. Mais en inscrivant leur politique dans une parfaite continuité avec celle de Moubarak, dans tous les domaines, ils ont provoqués la colère et la sanction irrémédiable d’un peuple qui décidé à prendre son destin en main. Le CSFA vient de nommer Président par intérim Adly Mansour, présenté par la presse comme un « inconnu ». Sa mission est de diriger l’Etat le temps de réviser la Constitution et d’organiser de nouvelles élections. En réalité, il n’est pas si inconnu. L’homme est un juriste ayant connu une brillante carrière sous le régime de Moubarak. Exerçant dans des tribunaux religieux encadrés par l’Etat, il intègre le conseil d’Etat, en gravit les échelons avant de devenir vice-président du Conseil constitutionnel en 1992. En 2012, il est nommé par Mohammad Morsi président du Conseil Constitutionnel.

    Certaines lectures un peu trop optimistes font apparaître l’intervention de l’institution militaire comme allant dans le sens de la révolution. Julien Salingue, doctorant en science politique à l’Université Paris 8 et membre de l’observatoire critique des médias ACRIMED, précise:

    Telle est en effet la faiblesse des lectures trop enthousiastes qui voient dans l’intervention de l’armée une nouvelle étape de la révolution, alors que l’objectif de l’état-major est précisément d’y mettre un terme. Le paradoxe n’est pas des moindres : les événements de ces derniers jours sont l’expression simultanée de l’existence d’une dynamique populaire et révolutionnaire et de rapports de forces politiques très défavorables pour les révolutionnaires. Ces derniers n’ont pas réussi jusqu’à aujourd’hui à se doter de structures suffisamment unifiées, fortes et légitimes pour jouer le rôle que l’état-major joue aujourd’hui, laissant dès lors l’initiative à une force sociale qui est essentiellement préoccupée par le retour à la normale et non par la satisfaction des revendications de la révolution. (8)

    Sous les coups de la révolution du peuple égyptien, le régime n’en finit pas de s’enfoncer dans la crise politique. Moubarak, Tantaoui, Shafiq et Morsi sont tombés. Adly Mansour, promut par Moubarak, par Morsi et aujourd’hui par l’armée, à le profil de la mission qui lui est confié: s’assurer de la transition, c’est à dire de la sauvegarde du régime en attendant la mise en place d’une nouvelle gouvernance. Il n’y a aucune perspective pour le peuple égyptien dans le coup d’Etat militaire, pas plus qu’il n’y en avait par le gouvernement de transition mis en place par Moubarak, pas plus qu’il y en avait dans le gouvernement des Frères Musulmans.

    Loin « d’apprendre la démocratie » ou de se faire « confisquer sa révolution », le peuple égyptien à démontré et démontre qu’il à très bien compris les ressorts de la lutte pour la démocratie et pour l’émancipation. Le coup d’Etat militaire ne doit pas faire oublier que c’est avant tout la mobilisation populaire qui à amené à la chute de Morsi. Sans la mobilisation populaire, l’entente entre les Frères Musulmans et l’armée se serait perpétué, dans le cadre fixé par l’impérialisme américain et par le FMI. Plutôt que de dire que l’Egypte vit une nouvelle période de transition, il est plus juste d’affirmer que s’ouvre une nouvelle phase dans la période de transition que constitue la révolution égyptienne. Celle-ci continue, autour de la revendication d’une Assemblée Constituante, seule force capable de prendre les mesures urgentes de sauvegarde de la population, contre l’exploitation, contre la guerre et contre l’impérialisme américain. Nous faisons notre la conclusion de Julien Salingue :

    Depuis 30 mois, la population égyptienne a en réalité fait la démonstration qu’elle n’entendait pas laisser qui que ce soit, civil ou militaire, lui confisquer sa révolution. Et rien n’indique, bien au contraire, que cette dynamique populaire soit brisée. (9)

    Il revient aux d’Europe et d’Amérique du nord de s’organiser et de poursuivre leur lutte contre leurs propres dirigeants, qui organisent guerres et exploitation sur les cinq continents. C’est le meilleur hommage et coup de main que nous pouvons rendre au peuple égyptien.

    Simon Assoun http://www.cercledesvolontaires.fr

    Références

    (1) http://www.oecd-ilibrary.org/docserver/download/5lgsjhvj7clw.pdf?expires=1372942088&id=id&accname=guest&checksum=BF0A2F39123A8DBEECC1C30CC20973ED (page 7)

    (2) Mokhefi Mansouria « Washington face aux révolutions arabes », Politique étrangère, 2011/3 Automne p.12

    (3) Ibid. p 9 et 12

    (4) quelques exemples (non exhaustif): Dans les banques, les grèves furent si massives que la Banque centrale d’Egypte a décidé unilatéralement de fermer toutes les banques du pays pendant une semaine en février 2011. Dans l’usine minière Abu Hamda, 200 ouvriers en grève contre les bas salaires, l’augmentation du nombre d’heures travaillées et des conditions de travail déplorables. 70 employés des magasins Omar Effendi manifestent pour les mêmes raisons. A Mahalla al-Kubra, 15 000 ouvriers et ouvrières de l’usine de tissage et filature Misr se mettent en grève.

    (5) http://english.al-akhbar.com/content/warning-against-exaggerated-hopes-egypt

    (6) Gilbert Achcar, « Le capitalisme extrême des Frères Musulmans », in Le Monde Diplomatique, février 2013. Aussi accessible sur l’espace abonné du site duMonde Diplomatique : http://www.monde-diplomatique.fr/2013/02/ACHCAR/48742

    (7) en anglais : http://www.marxists.org/archive/hekmat-mansoor/2001/misc/rise-fall-islam.htm

    (8) http://resisteralairdutemps.blogspot.fr/p/mefiez-vous-de-larmee-et-si-on-arretait.html

    (9) Ibid.

  • L’accord de libre-échange USA-Europe est peu probable

    Alors que les négociations ont débuté entre Etats-Unis et Europe sur un accord de libre-échange, l’économiste Jean-Pierre Lehmann reste très prudent sur les chances d’aboutir et sur les opportunités pour la Suisse.

    Quelques heures après la signature de l’accord de libre-échange entre Chine et Suisse, Européens et Américains viennent de se mettre à table pour discuter d’un accord du même type entre eux.
    Plombé ces dernières semaines par les débats sur l’exception culturelle française, les enjeux des politiques agricoles américaines ou l’affaire Snowden, ces négociations auraient, selon l’économiste Jean-Pierre Lehmann, professeur à l’IMD Lausanne, très peu de chances d’aboutir à un accord ayant du sens.

    Mais ces discussions bilatérales marquent surtout pour lui un nouveau constat d’échec et de renoncement à la voie des négociations multilatérales. Près de douze ans après la conférence interministérielle de Doha sous l’égide de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), les négociations régionales ou de bloc à bloc semblent les seules à faire avancer la cause des échanges commerciaux.

    Le Matin – Dans quel contexte s’inscrivent ces négociations entre Europe et Etats-Unis?

    Jean-Pierre Lehmann – Il faut rappeler que depuis l’échec en 2003 de l’OMC à Cancun, le commerce international a vu fleurir nombre d’accords régionaux et bilatéraux. Ces derniers ont souvent mis aux prises des pays émergents entre eux, ou des pays émergents avec des pays industrialisés. Mais, avec l’exception du Canada et des Etats-Unis dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA), il n’y a pas eu d’accord entre zones ou pays industrialisés.

    Or, quand on observe le commerce mondial de 1947 à 2000, on se rend compte qu’il a été très largement dominé par le Japon, le Canada, les pays d’Europe occidentale et les Etats-Unis. Or, depuis une quinzaine d’années, de nouvelles économies ont rejoint ce cercle: Chine, Brésil, Mexique, Turquie, Indonésie…
    Le round de négociations qui s’ouvre aujourd’hui contient une dimension discriminatoire, car il vise à garantir des échanges préférentiels en excluant les pays émergents, la Chine en particulier.

    En cela, il marque une nouvelle étape dans cette nouvelle donne internationale: le commerce se définit désormais d’état à état ou de bloc à bloc, mais plus de façon multilatérale. Il est devenu extrêmement improbable d’assister, dans les prochaines années, à un nouvel accord global. D’ailleurs, les effectifs en poste à Genève diminuent: les états concentrent leurs forces sur les négociations bilatérales, plus sur l’OMC.

    – Quelles sont les chances d’aboutir à un accord entre l’Europe et les Etats-Unis?

    – Ces négociations vont sans doute occuper beaucoup de temps et d’énergie. Mais je doute que l’on aboutisse à un accord. Et si jamais accord il y avait, il serait sans nul doute vide de sens. Car les points d’achoppement sont bien trop nombreux.
    Dans le détail, il y a évidemment l’exigence française d’exception culturelle qui va se trouver confrontée aux produits américains. Mais le dossier agricole sera sans nul doute au moins aussi ardu, avec des exigences a priori inconciliables de part et d’autre. Enfin, le dossier de la propriété intellectuelle devrait aussi constituer un point chaud.

    Mais ce qui est plus grave, c’est que ces négociations s’inscrivent dans un contexte de méfiance réciproque. Après l’échec de Doha, le commerce international a continué, mais de nombreuses barrières mercantilistes et protectionnistes ont été érigées, qui ne facilitent pas les échanges.

    Et l’affaire Snowden, avec les révélations sur l’espionnage à grande échelle mené par les Etats-Unis jusque dans les organes de l’Union européenne, ne va pas faciliter les choses. Bien au contraire. Je ne sais pas si cette affaire pourra être utilisée par les Européens pour obtenir des concessions américaines. Mais ce que je sais c’est que cela empoisonne le climat des négociations.
    Tous ces obstacles pourraient être levés si l’on avait une véritable détermination politique. Mais qui pourrait la porter? Pas les gouvernements européens, englués dans leurs problèmes. La Commission européenne est attaquée et fragilisée depuis des mois. Et en face, l’administration Obama est très faible en ce moment.

    – Dans ce jeu qui met aux prises les principaux partenaires commerciaux de la Suisse, notre pays a-t-il une carte à jouer?

    – Je ne pense pas qu’il y ait une carte à jouer pour la simple et bonne raison que je ne crois pas à la signature d’un accord. Et même en cas d’accord, il sera tellement vide de sens que cela ne devrait pas perturber les échanges extérieurs de la Suisse.

    Dans ce domaine des échanges commerciaux, quels domaines auraient à s’inquiéter en cas d’accord international? L’agriculture sans doute. Mais les chances d’aboutir sur ce point sont tellement faibles que, si j’étais un agriculteur suisse, cela ne m’empêcherait pas de dormir.

    Personnellement, je ne suis pas en faveur de ces accords bilatéraux qui nuisent à la signature d’accords multilatéraux. Mais pour la Suisse, comme pour d’autres pays de taille modeste (Chili, Singapour), il y a tout intérêt à continuer dans cette voie bilatérale pour mettre en avant ses besoins. C’est ainsi que des négociations sont engagées avec l’Inde ou l’Australie.

    Lancer par contre dès maintenant une offensive pour un accord avec les USA serait une erreur: les Américains sont engagés sur deux fronts majeurs que sont l’Union européenne et le Pacifique. Des négociations maintenant avec la Suisse reviendraient à laisser nos représentants à la porte des échanges les plus cruciaux.

    Le Matin

    http://fortune.fdesouche.com/

  • La thérapie de choc ou la maïeutique néolibérale

    « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres »
    Antonio Gramsci

    Nous sommes les témoins et les acteurs d'une époque charnière caractérisée par l'éclipse des repères et par l'éfritement des échelles de valeurs. C'est ce vide insupportable régi par le chaos que viennent investir avec la violence d'un ouragan les obsessions mortifères de tous ces hallucinés de la pureté originelle. Nous vivons en effet une drôle d'époque où les tenants du néolibéralisme le plus sauvage se détournent des pseudo-valeurs décrépites de l'idéologie libérale et s'appuient de plus en plus sur les fanatismes religieux devenus plus porteurs, donc plus propices aux manipulations. Mais cette alliance apparemment contre-nature ne constitue en fait qu'un paradoxe formel. Comme le souligne Marc Luyckx Ghisi, l'intégrisme religieux est ce sacré de séparation qui impose à l'homme de dédaigner son vécu pour retrouver le chemin de dieu . Dans le même ordre d'idées, la modernité, avec toutes ses nuances idéologiques, n'a cessé pendant voila plus de deux siècles de déconnecter totalement l'homme de sa place dans le monde en le soumettant aux pulsions d'un ego inassouvissable. Deux visions du monde , diamétralement opposées mais qui se rejoignent en déniant à l'homme sa véritable identité, cette dimension duelle, tout à la fois matérielle et spirituelle, seule en mesure d'assurer à notre espèce un équilibre salvateur.

    Le rouleau compresseur néolibéral qui a entamé depuis 1973 sa course macabre au Chili puis en Argentine n'a épargné ni la population britannique sous Thatcher ni américaine sous Reagan et a fini par écrabouiller l'économie de l'ensemble du bloc communiste. Avec l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak, l'hystérie reprend de plus belle et tente non seulement de mettre la main sur les ressources naturelles mais de disloquer irrémédiablement le tissu social et d'anéantir les états de ces pays. Voilà qu'aujourd'hui, tous ces peuples révoltés du Maghreb et du Proche Orient s'éveillant de leur euphorie, se retrouvent eux aussi pris dans le pire des cauchemars : Les chicago-boys islamistes assaisonnés à la sauce friedmanienne poussent à la vitesse d'une Caulerpa taxifolia et envahissent soudainement l'espace sous le soleil revivifiant du printemps arabe. Un tel enchainement de violences a retenu l'attention de la journaliste canadienne Noami Klein qui en 2007 écrit "la strategie du choc" et s'inscrit ainsi en faux contre la pensée ultralibérale de Milton Friedman et de son école, "l'école de Chicago". Noami Klein s'est probablement inspirée, pour mieux le contester, du leitmotiv friedmanien "thérapie" ou encore "traitement" de choc. Cela n'est pas sans nous rappeler la crise économique de 1929 qui sans laquelle Roosevelt ne serait jamais parvenu à imposer le New Deal à l'establishment de l'époque. C'est donc à la faveur d'une crise que le keynésianisme à pu s'installer au sein d'une société ultralibérale. S'inspirant probablement de ce schéma, Friedman a pensé que seuls les moments de crises aiguës , réelles ou provoquées , étaient en mesure de bouleverser l'ordre établi et de réorienter l'humanité dans le sens voulu par l'élite.

    C'est donc à partir des années soixante dix que selon la thèse de Noami Klein le monde s'installe dans ce qu'elle appelle « le capitalisme du désastre » . Cataclysmes naturels ou guerres sont autant de chocs permettant d'inhiber les résistances et d'imposer les dérégulations néolibérales. La stratégie du choc s'appuie tout d'abord sur une violente agression armée ,Shock and Awe ou choc et effroi , servant à priver l'adversaire de toute capacité à agir et à réagir; elle est suivie immédiatement par un traitement de choc économique visant un ajustement structurel radical. Ceux du camp ennemi qui continuent de résister sont réprimés de la manière la plus abominable. Cette politique de la terreur sévit depuis voilà quarante ans et se répand un peu partout dans un monde endiablé par l'hystérie néolibérale. Des juntes argentine et chilienne des années soixante dix en passant par la place Tiananmen en 1989, à la décision de Boris Eltsine de bonbarder son propre parlement en 1993, sans oublier la guerre des Malouines provoquée par Thatcher ni le bombardement de Belgrade perpetré par l'OTAN, ce sont là autant de thérapies de choc necessaires à l'instauration de la libre circulation du capital. Mais avec l'attentat du 11 septembre 2001, l'empire venait de franchir un nouveau palier dans la gestion de l'horreur. Susan Lindauer, ex-agent de la C I A (1) affirme Dans son livre Extreme Prejudice que le gouvernement des Etats Unis connaissait des mois à l'avance les menaces d'attentats sur le World Trade Center. Elle ajoute que les tours ont été détruites en réalité au moyen de bombes thermite acheminées par des camionnettes quelques jours avant les attentats. Le traitement de choc ne se limitait plus à susciter l'effroi dans le camp ennemi mais aussi dans son propre camp dans le but de terroriser sa propre population et de lui imposer les nouvelles règles du jeu. C'est ainsi qu'en un tour de main furent votées les lois liberticides du Patriot Act et les budgets nécessaires à l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak.

    Cependant, Quarante ans de pratique de la dérégulation n'ont pu dynamiser l'économie mondiale et la dégager du marasme dans lequel s'est englué le capitalisme productif. Mais cherche-t-on vraiment à dynamiser quoi que ce soit?! La financiarisation de l'économie au lieu d'être la panacée tant escomptée a au contraire plongé le monde dans une crise systémique couronnée par le fiasco retentissant de 2008. Cette domination de la finance libéralisée a démontré en définitive que les mar­chés sont incapables de s’autoréguler. La crise a prouvé par ailleurs que la financiarisation n'est en fait qu'une dépravation de l'idée d'investissement, de projet, de projection dans l'avenir qui a toujours caractérisé le capitalisme productif. Ce qui se pratique aujourd'hui c'est essentiellement une économie usuraire, obsédée par l'immédiateté du profit et convaincue du fait que l'argent rapporte à lui seul et sans délai de d'argent. C'est donc dans ce tourbillon de l'autoreproduction du capital que le monde se trouve pris. Le néolibéralisme n'est en fin de compte qu'une vaste opération spéculative visant le transfert massif des richesses vers une grande bourgeoisie atteinte de thésaurisation compulsive, obnubilée par ses pulsions de destruction, ayant perdu définitivement la foi dans l'avenir.

    L'agonie du capitalisme productif s'accompagne d'une déliquescence du politique. En effet, après la sécularisation du religieux, il semble aujourd'hui que c'est au tour du politique de subir le même sort. C'est bien en effet depuis le 19ème siècle que le politique s’est emparé progressivement de la gestion du sacré. L’État a fini par exiger de ses sujets la même allégeance que l’Église imposait à ses fidèles. La citoyenneté et la nation sont sacralisés et la patrie va jusqu'à exiger de l'individu le don de sa vie. Le vingtième siècle a été le témoin de ces "religions séculières" qui ont fait du politique un objet de foi et le fascisme a été la forme exacerbée de ce culte voué au politique. Mais avec l’effondrement du communisme et du keynesianisme l'institution politique commence à s'ébrècher et semble complètement se déliter de nos jours. Les prérogatives de l'Etat se réduisent comme une peau de chagrin et le politique a fini par être totalement vassalisé par l'économique . En effet, l'Etat n'a pour fonctions aujourd'hui que de promouvoir l'économique et d'assurer sa sécurité, encore que dans un pays comme les États Unis une bonne partie de l'armée soit tombée entre les mains de sociétés privées. Ainsi, les derniers remparts contre la déferlante subjectiviste viennent de s'écrouler et la mort de l' État en sonnant le glas des transcendances annonce le triomphe insolent d'une modernité ayant atteint son faîte.

    L'ego ainsi libéré de toute transcendance succombe à ses pulsions destructrices. La fièvre de la dérégulation qui s'empare du monde n'est pas synonyme de libéralisation comme le prétendent les ultralibéraux mais d'abolition systématique des règles et des lois qui ont toujours régi et organisé la société des hommes. Si le clivage traditionnel gauche/droite tournait autour du partage de la plus-value au sein d'une société régulée même si elle soufrait d'injustice, le clivage actuel oppose régulation et dérégulation et laisse présager l'avènement d'un monde chaotique. Mue par la pulsion narcissique de la toute puissance, l'oligarchie mondialiste nie toute altérité et s'engage frénétiquement dans un nihilisme destructeur parachevant de la sorte la trajectoire d'une modernité fondée entre autre sur la divinisation de l'ego, la compétition et la chosification de l'humain. Ce narcissisme délirant, pur produit du messianisme inhérent à l'histoire et à la culture nord-américaine a toujours caracterisé l'élite anglo-saxonne étasunienne. Une élite qui ne cesse depuis le milieu du 19ème siècle d'arborer son Manifest Destiny. A la fin de la première guerre mondiale, Wilson affirmait : « Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté » et George W. Bush d'ajouter en s'adressant à ses troupes au Koweit en 2008 : « Et il ne fait pour moi pas un doute que lorsque l’Histoire sera écrite, la dernière page dira « la victoire a été obtenue par les États-Unis d’Amérique, pour le bien du monde entier » Depuis deux decennies, l'élite ploutocratique en versant dans le néolibéralisme semble irrémédiablement atteinte de perversion narcissique où se mêlent haine et mépris de l'altérité, volonté de puissance, sadisme et manipulation. Une interview du cinéaste américain Aaron Russo(2) enregistrée quelques mois avant sa mort permet de mesurer le degré atteint par une telle perversion. Les guerre menées contre le monde arabe et les restrictions des libertés en Occident annoncent l'univers stalinien dont rêve la ploutocratie étasunienne. Un univers qui rappelle bien "1984" de Georges Orwell que d'aucuns considèrent comme prémonitoire. Il serait plutôt plus pertinent d'y voir la source d'inspiration des think tank américains dans leur quête totalitaire.

    Avec le néolibéralisme, nous passons d'une économie de l'exploitation du travail à une économie de la dépossession. La combinaison de l'endettement public, de l'endettement privé et de la spéculation financière constitue l'outil privilégié de ce hold-up du millénaire. En effet les conditions de remboursement sont arrangées de telle sorte qu'elles ne puissent aboutir qu'à la faillite des débiteurs, qu'ils soient individus ou états. Pratique systématique de l'usure, plans d'ajustement structurel, paradis fiscaux, délocalisations, compétitivité, flexibilité sont autant d'armes pour casser tous les acquis des travailleurs et démanteler les frontières nationales au profit d'une minorité avare de banquiers et de multinationales. Face à une telle escalade, la gauche européenne semble totalement hypnotisée n'ayant probablement pas encore digéré l'implosion de l'URSS. Mais quelle alterntive pourrait bien proposer une gauche qui a toujours hésité à mettre en doute le projet ambigu de la modernité et qui a toujours souscrit au développementisme! En se battant uniquement sur le front du partage de la plus-value, la gauche, de compromis en compromission, a permis au système d'atteindre sa phase finale avec le risque d'ine déflagration tous azimuts.
    Face à cette capitulation, l'oligarchie mondiale a renforcé encore plus sa domination en récupérant tout en les pervertissant un ensemble de valeurs libertaires. Elle a su si adroitement profiter du concept cher à Gramsci, celui de guerre de position. En effet, dans les pays Occidentaux, le démantèlement du politique s'effectue non par la coercition mais par l'hégémonie, cette "puissance douce" permettant une domination consentie, voire même désirée. C'est ainsi que l'idéal anarchiste, égalitaire et antiétatiste fut complètement faussé par l'idéologie néolibérale. Les anarcho-capitalistes en rejoignant les anarchistes dans leur haine de l'état, considèrent par contre que le marché est seul en mesure de réguler l'économique et le social. Déjà à partir des années soixante l'idée du marché autorégulateur commençait à prendre de l'ampleur. Le néolibéralisme naissant , rejeton du capitalisme sauvage du 19ème siècle, s'allie paradoxalement à l'anticapitalisme viscéral des soixante-huitards pour s'élever contre l'autoritarisme et prôner une société ouverte et libérée de toutes les formes de contraintes. Ainsi du mythe d'une société sans classes des années soixante dix on succombe au nom de la liberté aux charmes d'une société éclatée faite d'individus atomisés. Ce culte de l'ego, synonyme de désintegration de toutes les formes de solidarité, constitue la pierre angulaire de la pensée anarcho-capitaliste et se reflète dans les écrits de théoriciens tels que Murray Rothba ou David Friedman. Ces derniers n'hésitent pas de prêcher le droit au suicide, à la prostitution, à la drogue, à la vente de ses organes...et vont jusqu'à avancer que l'enfant a le droit de travailler, de quitter ses parents, de se trouver d'autres parents s'il le souhaite...C'est ce champs de la pulsuonalité débridée qui commande désormais les liens sociaux et ruine les instances collectives ainsi que les fondements culturels construits de longue date. Comme le souligne Dany-Robert Dufour (3), Dans une société où le refoulement provoqué par le " tu ne dois pas " n'existe plus, l'homme n'a plus besoin d'un dieu pour se fonder que lui même. Guidé par ses seules pulsions, il n'atteindra jamais la jouissance promise par les objets du Divin Marché et développera ainsi une addiction associée à un manque toujours renouvelé. Aliéné par son désir, excité par la publicité et les médias, il adoptera un comportement grégaire, la négation même de cette obsession égotiste qui le mine. Ayant cassé tous les liens traditionnels de solidarité, l'individu s'offre aujourd'hui pieds et poings liés à une ploutocratie avide, sure de sa surpuissance. Si la stratégie néolibérale triomphe de nos jours, c'est bien parce qu'elle a su gagner cette guerre de position en menant à bien son offensive... idéologique.

    Mais cette entreprise de désintégration du politique suit tout un autre cheminement lorsqu'elle s'applique aux pays de la périphérie. Le plan du Grand Moyen Orient mis en oeuvre depuis l'invasion de l'Irak et qui continue de fleurir dans les pays du printemps arabe combine à la fois la manipulation et la coercition. Si dans les pays du centre, la stratégie s'appuie sur l'atomisation post-moderne, dans le monde arabe, on tente par la fomentation des haines ethniques et religieuses de désintégrer ces sociétés et de les plonger dans les affres d'une pré-modernité montée de toute pièce. On essaie ainsi de les emmurer comme par magie dans un passé hermétique et prétendument barbare. Voici donc que le monde arabo-islamique se trouve soudainement embarqué à bord de cette machine à remonter le temps tant rêvée par Jules Verne. Egotisme post-moderne et tribalisme barbare formeront ainsi les deux pôles de cette dichotomie diaboliquement orchestrée qui est à l'origine de la pseudo fracture Orient Occident. C'est à l'ombre de ce show du choc des civilisations que s'opère la stratégie du chaos créateur.

    Quelques actes terroristes spectatulaires par ci, campagne islamophobe surmédiatisée par là et le décor est dressé. Perversion narcissique et déni de soi, réminiscences de la déshumanisation coloniale, se font écho et s'étreignent. Les invasions occidentales deviennent d'autant plus légitimes qu'elles se prétendent garantes d'une civilisation menacée. A la violence répond paradoxalement la haine de soi et l'autodestruction. Celle-ci se manifeste par des réactions individuelles souvent suicidaires, témoignant d'un malaise social exacerbé face au désordre politico-économique régnant. Dans un pays traditionnellement paisible comme la Tunisie, le nombre des immolés par le feu et par l'eau se compte par centaines. Appeler la mort à son secours devient l'ultime alternative qui s'offre à tous ces désespérés. C'est sur ce fond pétri d'échecs cumulés depuis les indépendances que vient se greffer le rêve morbide de tous ces hallucinés régressifs fuyant la domination d'un Occident mégalomaniaque. L'aube de l'islam, devenue ce paradis perdu de la prime enfance constituera le refuge par excellence car situé derrière le rempart infranchissable et sécurisant des siècles. C'est ainsi qu'une irrésistible quête régressive ne souffrant aucune entrave et se dressant violemment contre toute alternative embrase depuis plus de deux ans le monde arabe. Or ce salafisme aveugle, impuissant face à la domination occidentale, préfère s'adonner à l'autoflagellation. L'Empire n'a pas mieux trouvé que de tourner le couteau dans la plaie narcissique de populations aliénées depuis longtemps par l'oppression coloniale. Il s'agit de raviver cette névrose du colonisé par des menées médiatiques où se mêlent l'offense et le mépris. Tout l'art consiste ensuite à orienter cette explosion de haine vers les présumés avatars locaux de l'Occident et de tous ceux qui de l'intérieur freinent cette marche à reculons. Les gourous islamistes à la solde des monarchies du Golfe et des services secrets américains se sont bien acquittés de cette tâche en poussant au Jihad contre leurs propres nations des dizaines de milliers de fanatiques survoltés. Un superbe gâchis qui en quelques années a fini par ruiner la majorité des pays arabes. Le chaos, faute d'être créateur resplendit par sa cruauté et sa gratuité, mais l'Empire ne fait aujourd'hui que s'enliser de plus en plus dans les sables mouvants de Bilad el-Cham. La forteresse syrienne ne semble pas ceder, cadenassant ainsi la route de la soie et le rêve hégémonique des néoconservateurs. Les dirigeants étasuniens, tout aussi prétencieux qu'ignorants de la complexité du monde arabo-musulman ont cru naïvement pouvoir tenir en laisse tous ces pays en louant les services de la confrérie des frères musulmans.

    Après le grandiose mouvement de révolte égyptien et la destitution de Morsi, après la correction infligée à Erdogan et le renversement honteux de Hamad, les frères semblent irrémédiablement lâchés par leur suzerain. Un leurre de plus? Ou alors, comme le souligne le politologue libanais Anis Nakach, les frères musulmans n'ont été hissés au pouvoir que pour mieux dégringoler eux et leur idéologie islamiste devenue totalement contre-productive..pour les néolibéraux. Il s'agit maintenant de remettre le Djinn dans la bouteille et de le plonger dans la mer de l'oubli après qu'il se soit acquitté honorablement de sa tâche. Les masses arabes, après deux ans de désordre sous la direction des frères finiront par se jeter sans hésitation dans les bras des libéraux. Mais une autre raison a certainement réorienté la politique étasunienne : c'est cette ténacité des russes à défendre leur peau coûte que coûte. La prochaine conférence de Genève sur la Syrie changera fort probablement la donne au Moyen Orient en accordant plus d'influence à la Russie dans la région. Le thalassokrator américain, balourd sur les continents, préfère apparemment tenter sa chance ailleurs, sur les eaux du Pacifique...

    En attendant, l'incendie qui embrase le monde arabe n'est pas près de s'éteindre de si tôt et les apprentis sorciers, épouvantés par l'agonie de leur vieux monde, continueront d'écraser, dans ce clair-obscur de l'histoire, tout ce qui contrarie leur folie hégémonique. ..

    Dans la théorie du chaos, soit le système se transforme, soit il s'effondre totalement. Un simple battement d'aile peut changer le monde semble-t-il...

    Fethi GHARBI http://www.alterinfo.net

    1) http://www.reopen911.info/News/2011/12/22/11-septembre-susan-lindauer-et-les-bandes-video-manquantes-du-world-trade-center/
    2) http://www.dailymotion.com/video/xddh2k_aaron-russo-interview-sur-nicholas_news#.UZTAf7WEOdA
    3) Dany-Robert Dufour ; Le Divin Marché - La révolution culturelle libérale

  • Le sort de Morsi préfigure t-il celui des Frères musulmans ?

    Bien que surpris par la rapidité des événements, Thierry Meyssan célèbre la destitution du gouvernement des Frères musulmans. Alors que la presse atlantiste soutenait Mohamed Morsi et conspuait Bachar el-Assad, il tenait le discours opposé et dénonçait le « printemps arabe » comme une manipulation. Le peuple égyptien et son armée ont tranché.

    Sur 84 millions d’Égyptiens, 33 sont descendus dans les rues fêter le coup d’État militaire.

    À l’issue de cinq jours de manifestations géantes réclamant le départ du président Morsi, l’Armée égyptienne l’a destitué et a désigné le président du Conseil constitutionnel pour assurer l’intérim jusqu’à la convocation de nouvelles élections.

    Pour mesurer l’importance de l’événement, il convient de le resituer dans sa propre narration.

    Une agitation politique a gagné une partie de l’Afrique, puis du monde arabe, à partir de la mi-décembre 2010. Les deux principaux pays concernés ont été la Tunisie et l’Égypte. Ce phénomène s’explique d’abord par des causes profondes : un changement générationnel et une crise alimentaire. Si l’aspect démographique échappe largement au contrôle humain, l’aspect économique a été partiellement provoqué en pleine connaissance de cause, en 2007-08, puis à nouveau en 2010.

    En Tunisie et en Égypte, les États-Unis avaient préparé la « relève de la garde » : des leaders neufs à son service à la place de leaders démonétisés. Le département d’État avait formé de jeunes « révolutionnaires » pour qu’ils se substituent au pouvoir en place. Aussi, lorsque Washington a constaté que ses alliés étaient dépassés par la rue, il leur a intimé l’ordre de céder la place à l’opposition qu’il avait préfabriquée. Ce ne sont pas la rue, mais les États-Unis qui ont chassé Zine el-Abidine Ben-Ali et le général Hosni Moubarak. Et ce sont toujours les États-Unis qui ont installé les Frères musulmans pour leur succéder. Ce dernier point est moins évident puisque les deux pays ont organisé des élections, mais la tenue d’un scrutin ne signifie pas sa sincérité. Cependant, une étude minutieuse montre que les dès étaient pipés.

    Il ne fait aucun doute que ces événements avaient été anticipés par Washington et qu’ils ont été guidés par lui, même s’ils auraient pu aussi survenir dans d’autres États, comme au Sénégal et en Côte d’Ivoire.

    Précisément, des troubles surviennent alors en Côte d’Ivoire à l’occasion de l’élection présidentielle. Mais ils ne sont pas reliés dans l’imaginaire collectif au « printemps arabe » et s’achèvent par une intervention militaire française sous mandat de l’ONU.

    Une fois l’instabilité installée en Tunisie et en Égypte, la France et le Royaume-Uni ont lancé un mouvement de déstabilisation de la Libye et de la Syrie, en application du Traité de Lancaster. Si quelques micro-manifestations pro-démocratie se sont tenues et ont été grossies par les médias occidentaux, les troubles étaient organisés par des Forces spéciales occidentales avec l’appui de meneurs takfiristes.

    À grand renfort de manipulations, l’opération en Côte d’Ivoire a été exclue du « printemps arabe » (il n’y a pas d’arabes dans ce pays au tiers musulman), tandis que la Libye et la Syrie y ont été inclus (alors qu’il s’agit d’opérations coloniales). Ce tour de passe-passe a été d’autant plus facile à réaliser que des manifestations survenaient au Yémen et au Bahreïn dont les conditions structurelles sont bien différentes. Les commentateurs occidentaux les ont d’abord inclues sous l’étiquette « printemps arabe », puis les ont escamotées de leur raisonnement, tant les situations sont peu comparables.

    En définitive, ce qui fait le « printemps arabe » (Tunisie, Égypte, Libye, Syrie), ce n’est pas l’instabilité, ni la culture, mais la solution prévue par les puissances impérialistes : l’accès au pouvoir des Frères musulmans.

    Cette organisation secrète, prétendument anti-impérialiste, a toujours été politiquement contrôlée par Londres. Elle était représentée au cabinet d’Hillary Clinton, par le biais d’Huma Abedin (épouse du député sioniste démissionnaire Antony Weiner), dont la mère Saleha Abedin dirige la branche féminine mondiale de la confrérie. Le Qatar a assuré le financement des opérations (plus de 15 milliards de dollars par an !) et la médiatisation de la confrérie auquel elle a confié la chaîne Al-Jazeera depuis fin 2005. Enfin, la Turquie a fourni le savoir-faire politique avec des conseillers en communication.

    Les Frères musulmans sont à l’islam ce que les Trotskistes sont à l’occident : un groupe de putschistes, travaillant pour des intérêts étrangers au nom d’un idéal toujours remis au lendemain. Après avoir tenté quantité de coups d’État dans la majorité des pays arabes au cours du XXe siècle, ils ont été surpris de leur « victoire », en 2011. Ils ne disposaient en effet d’aucun programme de gouvernement en dehors des instructions anglo-saxonnes. Ils se sont donc rattachés aux slogans islamistes : « La solution, c’est le Coran », « Nous n’avons pas besoin de constitution, nous avons la Charia », etc…

    En Égypte, comme en Tunisie et en Libye, leur gouvernement a ouvert leur économie au capitalisme libéral. Il a confirmé l’entente avec Israël sur le dos des Palestiniens. Et a cherché à imposer, au nom du Coran, un ordre moral, jamais inscrit dans ce livre.

    Les privatisations thatchériennes de l’économie égyptienne devaient atteindre leur apothéose avec celle du Canal de Suez, joyau du pays et source de revenus, qui devait être vendu au Qatar. Face à la résistance de la société égyptienne, Doha finança un mouvement séparatiste de la région du Canal, comme jadis les États-Unis avaient créé le mouvement d’indépendance du Panama en Colombie.

    En définitive, la société égyptienne n’a pas supporté ce traitement de choc. Comme je l’écrivais dans ces colonnes, il y a trois semaines, elle a ouvert les yeux en observant la révolte des Turcs contre le Frère Erdogan. Elle s’est rebellée et a lancé un ultimatum au président Morsi. Après s’être assuré par téléphone auprès du secrétaire US à la Défense, Chuck Hagel, que les États-Unis ne tenteraient rien pour sauver l’agent Morsi, le général al-Sissi a annoncé sa destitution.

    Ce point mérite une explication : Mohamed Morsi s’est présenté, lors de son avant-dernier discours à la Nation, comme un « savant ». C’est en effet un ingénieur spatial ayant fait carrière aux USA, ayant acquis la nationalité états-unienne, ayant travaillé à la NASA et disposant d’une accréditation US secret-Défense. Cependant, si Morsi a été lâché par le Pentagone, il a par contre été soutenu —jusqu’à son arrestation— par le département d’État, que ce soit par l’ambassadrice au Caire Anne Patterson, par les porte-parole Patrick Ventrell et Jan Psaki, ou par le secrétaire d’État John Kerry. Cette incohérence manifeste le désarroi de Washington : d’un côté la raison interdisait toute possibilité d’intervention, d’un autre les liens trop étroits de Morsi avec les Frères musulmans l’ont privé de toute solution de rechange.

    La chute de Mohamed Morsi marque la fin de la prééminence des Frères musulmans dans le monde arabe. Et ce, d’autant plus, que l’Armée a annoncé sa destitution en s’entourant des forces vives de la société, incluant les « savants » de l’Université al-Azhar.

    L’échec de Morsi est un coup dur pour l’Occident et ses alliés, le Qatar et la Turquie. Dès lors, on peut logiquement se demander si elle ne marque pas la fin du « printemps arabe » et de nouveaux bouleversements en Tunisie, en Libye, et bien sûr en Syrie.

    Thierry Meyssan http://www.voltairenet.org via http://aucoeurdunationalisme.blogspot.fr/