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tradition - Page 88

  • Grand Texte XXXVIII • Charles Maurras : : « Une patrie, ce sont des champs, des murs, des tours et des maisons ... »

    Le texte de Maurras que nous publions aujourd'hui date de la fin de sa vie. Il est extrait d'un livre - Votre bel aujourd’hui - publié après sa mort. L'époque à laquelle il l'écrit est la France de Vincent Auriol, de la IVe République, des lendemains de la Libération. C'est aussi le temps de son ultime captivité, où il songe à l'avenir de la France et des idées qui ont été la matière de toute sa vie.

    Justement, le texte qui suit nous parle ; il tombe, si l'on peut dire, à point nommé, au moment précis où toutes les composantes du Système s'emploient à nous prêcher, à nous seriner même, en tout cas à nous imposer, les dogmes mondialistes, européistes, immigrationnistes, consuméristes ... Pour construire une France hors sol, une société liquide, multiculturelle et diversitaire, noyée dans le grand marché mondial.

    Maurras oppose à cette « politique » une conception radicalement autre. Il leur oppose la France réelle, fait d'histoire, fait de naissance et, avant tout, dit-il, phénomène de l'hérédité. Ici, nous sommes au cœur du débat d'aujourd'hui. Ce débat est maintenant largement ouvert. En Europe même, les patries ne s'effacent pas, nombre de nations resurgissent, s'opposent au nivellement. Comme sur les autres continents. En ce sens, c'est le triomphe de  Maurras.  Lafautearousseau        

    Charles Maurras, Votre bel aujourd’hui, Paris, Librairie Arthème Fayard, 1953

    « Une patrie, ce sont des champs, des murs, des tours et des maisons ; ce sont des autels et des tombeaux ; ce sont des hommes vivants, père, mère et frères, des enfants qui jouent au jardin, des paysans qui font du blé, des jardiniers qui font des roses, des marchands, des artisans, des ouvriers, des soldats, il n’y a rien au monde de plus concret.

    Le patriotisme n’est pas seulement un devoir. C’est un plaisir. « Pour ma part, disait Ulysse aux bons Phéniciens, je ne sais rien de plus agréable à l’homme que sa patrie. » Il le disait d’un pauvre rocher sur la mer. Comment parlerons-nous de la nôtre ? En est-il de plus belle, plus digne d’être défendue ? Qui, un jour se penchant dans l’embrasure d’une haute colline ou vers quelque vallon ouvrant sur le fleuve et la mer, ne s’est pas arrêté, suspendu, presque sidéré par un chœur imprévu de couleurs et de formes demi-divines ?…

    La patrie est une société naturelle ou, ce qui revient absolument au même, historique. Son caractère décisif est la naissance. On ne choisit pas plus sa patrie – la terre de ses pères – que l’on ne choisit son père et sa mère. On naît Français par le hasard de la naissance. C’est avant tout un phénomène d’hérédité.

    Les Français nous sont amis parce qu’ils sont Français ; ils ne sont pas Français parce que nous les avons élus pour nos amis. Ces amis sont reçus de nous ; ils nous sont donnés par la nature… Rien ne serait plus précieux que d’avoir des Français unis par des liens d’amitié. Mais, pour les avoir tels, il faut en prendre le moyen et ne pas se borner à des déclarations et à des inscriptions sur les murs.

    Certes, il faut que la patrie se conduise justement. Mais ce n’est pas le problème de sa conduite, de son mouvement, de son action qui se pose quand il s’agit d’envisager ou de pratiquer le patriotisme ; c’est la question de son être même, c’est le problème de sa vie ou de sa mort… Vous remercierez et vous honorerez vos père et mère parce qu’ils sont vos père et mère, indépendamment de leur titre personnel à votre sympathie. Vous respecterez et vous honorerez la patrie parce qu’elle est elle, et que vous êtes vous, indépendamment des satisfactions qu’elle peut donner à votre esprit de justice ou à votre amour de la gloire. Votre père peut être envoyé au bagne : vous l’honorerez. Votre patrie peut commettre de grandes fautes : vous commencerez par la défendre, par la tenir en sécurité et en liberté.

    Le patriotisme n’a pas besoin d’un idéal, socialiste ou royaliste, pour s’enflammer ; car il naît de lui-même, du sang et du sol paternels. Ce qu’il faut saluer, c’est le suprême sacrifice de la vie fait sur le sol qu’il s’est agi de défendre. Ce sol sacré serait moins grand, moins cher, moins glorieux, moins noble et moins beau si les Français de toute origine et de toute obédience n’y payaient pas en toute occasion nécessaire la juste dette de leur sang. Plus haut que l’armée et que le drapeau, plus haut que la plus fière conscience de la patrie, vit la patrie même, avec les saintes lois du salut public. Ce sont elles qui font consentir à de durs sacrifices pour défendre l’intégrité du reste et préserver son avenir. Qu’elle vive d’abord ! »  

  • Alexandre Gabriac (Civitas) prendra la parole le dimanche 13 mai à 10 h lors de la Jeanne d'Arc de la Dissidence française

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  • Samedi 21 avril, Avignon : HOMMAGE À CHARLES MAURRAS

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  • Ce que nous sommes – « Europe rime avec civilisation »

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    Par Aristide Leucate, Docteur en droit, journaliste et essayiste 

    Ce que nous sommes, bien davantage qu’une simple interrogation identitaire, est devenu un topos proprement existentiel. Conscient de cet état de fait, l’institut Iliade pour la longue mémoire, présidé par l’historien Philippe Conrad et cofondé avec l’ancien député européen Jean-Yves Le Gallou et l’africaniste Bernard Lugan, s’est proposé de revenir précisément « aux sources de l’identité européenne » à travers un petit livre de moins de 200 pages dressant l’état de lieux de ce que nous sommes réellement.

    Servi par une kyrielle d’historiens, philosophes, journalistes, linguistes provenant d’horizons divers et, notamment, de l’excellente revue Éléments, l’ouvrage ne constitue nullement un « catéchisme politique » ou une quelconque plate-forme programmatique. Ne posant aucun dogme, aucune vérité définitive, ne définissant aucun « sens de l’Histoire », il appelle, plus amplement, les Européens à s’éveiller en prenant pleinement conscience de leur identité, non seulement à partir de la mémoire de leurs origines, mais surtout en assumant hic et nunc une manière spécifique de voir et de façonner le monde.

    Organisé autour de trois chapitres selon un schéma vaguement inspiré du paradigme triparti dumézilien, ce viatique des origines commence d’abord par remonter jusqu’aux plus hautes cimes de la lointaine Histoire, de l’héritage indo-européen à la chrétienté médiévale, en passant par les legs grecs et romains. Dans un deuxième temps, les auteurs nous invitent à réinvestir, dans une perspective à la fois esthétique et éthique, la cité, les arts et la nature aux fins de déjouer cette irrésistible et incompréhensible pulsion de mort à ne vouloir consciemment plus transmettre et qui enchaîne les Européens à la déréliction de leur race comme de leur civilisation.

    Puis vient, enfin, l’heure des combats. Partis des origines du sens (indo-européen, gréco-romain et chrétien), il nous faut recouvrer le sens de nos origines primordiales. Il faut déconstruire le déconstructivisme et désarraisonner le monde européen de l’infernale mégamachine turbo-capitalistique. Le « grand ressourcement » que nos contributeurs appellent de leurs vœux, non sans avoir fidèlement et méthodiquement emprunté les sentiers patiemment creusés depuis Homère et les sages antiques, est à ce prix. Il importe, en effet, de re-territorialiser – de ré-enraciner, si l’on préfère – nos plus fondamentales libertés, à commencer par celle de demeurer foncièrement ce que nous sommes, conformément à notre matrice ethnoculturelle et physiognomonique originale et originelle.

    Il en résulte, dès lors, le droit, tout aussi essentiel et vital, pour ne pas dire viscéral, à ne pas demeurer impuissants, impassibles et impavides face aux assauts, mêmes légaux, de ce que Renaud Camus, cette ultime grande conscience européenne – avec Alain de Benoist et quelques rares autres –, appelle le « remplacisme global », consistant, à un rythme industriel effréné, à substituer les descendants de nos pères par des peuplades antipodiques aux mœurs et aux coutumes orthogonalement antagonistes aux nôtres.
    La lecture de ce livre une fois achevée, on mesure combien Europe rime avec civilisation.

    Aristide Leucate

    http://www.bvoltaire.fr/livre-sommes-aux-sources-de-lidentite-europeenne-linstitut-iliade/

  • Livres & Culture • Le Puy du Fou : un rêve d'enfance

    PAR LAURENCE DE CRÉMIERS

    « Le bonheur est un rêve d'enfant réalisé dans l'âge d'adulte ». Il n'est pas besoin d'être Sigmud Freud pour le savoir.

    « Une reconnaissance et une réparation.» À vingt-sept ans, Philippe de Villiers veut dire merci à la Vendée de son enfance, et aussi se charger d'une dette envers tous ces morts sans sépulture sur qui le monde officiel prétend se taire. Voici qu'il trouve « le lieu sorti de son rêve », un vieux château en ruine caché parmi les hêtres - les « fouteaux » en vieux français - dont il a appris l'achat par le département. Il veut y lancer un hymne à la Vendée, un projet à lui : « Ce sera plus grand que le théâtre, plus vivant que le cinéma, plus moderne qu'un son et lumière, plus populaire qu'un opéra », et avec des textes bien écrits !

    Au départ, l'idée même d'un spectacle devant ces ruines ne suscite que des ennemis, à commencer par les maires du pays, sollicités pour trouver « des volontaires qui s'ignorent ». Et le monde associatif se comporte comme les officiels. Alors la dernière chance est de convoquer la population en plein hiver à un premier échantillon de spectacle nocturne de trois minutes où la voix de Jean Piat, enregistrée sur un petit magnétophone amateur, habite le château « embrasé », c'est-à-dire éclairé par les phares de plusieurs 2 CV ! Qu'importe, les gens peuvent imaginer ; ils sont touchés directement. Ce n'est pas sans rappeler le mot de Noureev à l'un de ses élèves à l'Opéra : « toi pas parler, faire ».

    Une fois passée la « nuit du déclic », tout est à construire. Et, selon l'auteur, «quand on n'est rien, qu'on ne connaît rien et qu'on n'a rien, on ne se refuse rien». Alors commence une épopée « à contre-courant du bon sens » avec quelques amis indéfectibles, car il s'agit de voir loin et de voir grand. Un Disneyland français ? Non pas. Des spectacles vivants où l'amour de la France pénètre les coeurs. Il s'agit de « recréer le Roman national. [...] On y viendra se ressourcer, se réaffilier, chercher à cultiver ses racines ».

    La suite, on la connaît. Le livre décrit tout le processus qui a amené en quarante ans le Puy du Fou à ce qu'il est aujourd'hui, et Philippe de Villiers explique son succès croissant (plus de deux millions de visiteurs en 2017) : « parce que l'Idée ne s'est pas affadie, parce que le feu créatif ne s'est pas éteint et parce que nous avons gardé nos ferveurs ».

    Il faut lire ce livre pour apprendre que les fauves n'aiment pas être en contrebas, qu'un pianiste peut jouer tout en sortant de l'eau avec son piano, que les chevaux d'un quadrige courent à des vitesses dont la différence va jusqu'à Io km/h, qu'on affaite les chouettes et les vautours en musique, qu'on peut même « supplier la Comédie française » : les difficultés vaincues sont surprenantes et la performance cultivée.

    Le Puy du Fou se veut être « un haut lieu de la Mémoire vivante de la France ». Cela se transmet : les vingt-neuf écoles de l'Académie junior forment au plus haut niveau des jeunes qui deviendront maîtres en techniques de combat, en équitation ou en enluminure, et depuis la rentrée 2015 Puy du Fou Académie a ouvert ses portes aux enfants pour le travail scolaire le matin et la pratique des arts du spectacle l'après-midi jusqu'en CM2. Le collège est prévu prochainement. Espérons que l'État n'y verra pas d'inconvénient, mais tant d'obstacles ont déjà été franchis...

    Espérons aussi que, grâce à des lieux comme la « colline des hêtres », les Français apprendront à connaître et aimer leur histoire. Alexandre Soljenitsyne, venu au Puy du Fou en 1993 pour le bicentenaire du soulèvement et du massacre de la Vendée, dira à cette occasion : « un peuple qui retrouve la mémoire et qui la cultive est sauvé. Se couper de sa mémoire, c'est se perdre ». 

    PUY DU FOU
    Philippe de Villiers,
    Puy du Fou Editions, 300 p, 16 €
    La magie au service de l'Histoire.

    http://lafautearousseau.hautetfort.com/

  • Créer une contre-société chrétienne pour résister au déluge moderne | ROD DREHER

  • L’alternative catholique face au Nouvel Ordre Mondial (Alain Escada, Civitas)

    L’équipe d’E&R Aquitaine a reçu Alain Escada, président de Civitas, le 18 février 2018 à Escos pour une conférence intitulée « L’alternative catholique face au nouvel ordre mondial ».

  • DIMANCHE 13 MAI à 10 h : ROLAND HÉLIE À L'OMMAGE À JEANNE D'ARC DE LA DISSIDENCE FRANÇAISE

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  • Une formidable leçon

    Analyse politique. Après ce qui s’est passé à Trèbes, il devrait y avoir une réflexion de fond pour engager une politique de salut national. 

    Le meurtrier de Carcassonne et de Trèbes, Radouane Lakdim, était connu de la justice, des services de police et des renseignements.

    Né au Maroc en 1992, il était devenu français à la suite de l’obtention de la nationalité française par son père qui en avait formulé la demande. Il avait été condamné en 2011, il avait 19 ans, pour port d’arme, mais comme c’est la pratique habituelle de la justice en pareil cas, à 1 mois avec sursis, c’est-à-dire pour un garçon comme lui : rien ; recondamné pour trafic et usage de stupéfiants en 2015, cette fois-là, il écope d’un mois ferme, c’est-à-dire presque rien. Il s’arrange pour ne pas se faire remarquer.

    Il reprend sa vie ordinaire en ne faisant rien de toute la journée que mener, comme ses camarades, ses petites activités dans une cité où il n’y a plus de vie normale en dehors des trafics illégaux et où aucun service d’État ne peut pénétrer de manière assurée, coutumière et continue. La cité Ozanam – c’est ainsi qu’elle s’appelle, du nom du grand chrétien qui fut un apôtre de la charité ! – selon un langage devenu courant, « vit sur elle-même » ; trois cités de ce genre « prospèrent » dans les mêmes dispositions selon les mêmes « lois », « mœurs » et « habitudes », autour de Carcassonne ; personne ne l’ignore ni dans la population ni dans les services d’État. « Les étrangers » – entendez évidemment les personnes extérieures à la cité – sont rejetés, comme l’ont éprouvé violemment les journalistes qui ont essayé d’y faire un reportage après l’évènement, et les forces de l’ordre qui y sont intervenues non sans difficultés.

    Il est plus que probable qu’une fois passée l’émotion, tout y redeviendra comme avant, c’est-à-dire comme dans des centaines, voire des milliers de cités et de quartiers en France, ce qu’on appelle pudiquement « les territoires perdus de la République ». Qui peut-on ? Et qui y pourrait quelque chose ? Hors, jusqu’à aujourd’hui, des discours. Et des discours, Dieu sait s’il y en a et s’il y en aura après l’affaire de Carcassonne et de Trèbes !

    Il était repéré !

    Radouane Lakdim était suivi par les renseignements, mais ce n’était que par intermittence, tantôt en haut du spectre, tantôt en bas pour reprendre les termes d’usage, ce qui se comprend – explique-t-on – puisque c’est maintenant près de 10 000 personnes – certains disent le double – qui sont susceptibles en France de mener des actions terroristes.

    Selon les précisions officielles bien connues et cent fois répétées, comme il est difficile de discerner le degré de radicalisation d’un si grand nombre de personnes, il apparaît qu’il est impossible d’exercer une surveillance totale et continuelle sur l’ensemble des criminels potentiels. De fait ! C’est parfaitement compréhensible ! Mais, soit dit entre nous, quel aveu !

    Toutefois, lui avait fréquenté un groupe sur Carcassonne en lien avec une cellule d’islamistes radicaux venus d’ailleurs. Il avait donc été, dès 2014, fiché S ; ainsi que, plus tard, sa compagne, une « convertie » à l’islam, âgée de 18 ans, dont les enquêteurs constatent aujourd’hui l’islamisme farouche ; elle ne regrette rien et approuve l’action de son compagnon.

    Radouane Lakdim ne cachait pas sa radicalisation sur les réseaux sociaux, mais selon encore l’expression consacrée – car tout dans ce domaine est affaire d’expression –, rien ne laissait prévoir « qu’il allait passer à l’acte ». Il a agi seul – expression pareillement convenue et resservie à chaque fois. Il s’était procuré – vraisemblablement seul ! – une arme de poing, trois engins explosifs artisanaux et un couteau de chasse pour signer son acte : le lieutenant-colonel Beltrame est décédé de l’égorgement perpétré rituellement et non des balles qui l’ont atteint.

    L’homme a manifesté la plus décidée des intentions, comme tous ceux qui ont commis les précédents attentats. Pour voler une voiture à Carcasonne, il a blessé gravement le conducteur et tué le passager ; il a tiré sur une équipe de gendarmes, car – apprend-t-on de source autorisée (!) – il détestait la police et les gendarmes ; puis, survenant à Trèbes, cherchant à faire une prise d’otages dans le Super U, il a tué, au cri d’Allah akbar, encore deux personnes, le boucher et un client du magasin ; il s’apprêtait vraisemblablement à tuer une autre otage prise comme bouclier humain et peut-être à commettre d’autres tueries si le lieutenant-colonel Beltrame ne s’était interposé en proposant de se substituer à l’otage et sans doute – car il faut le faire ! – en impressionnant le meurtrier par son autorité, sa parole, son attitude et son courage, puisque Lakdim a accepté cette étrange substitution. Leur face à face en huis-clos a duré près de trois heures. Arnauld Beltrame ayant laissé exprès son téléphone portable ouvert sur une table, il fut possible d’entendre les propos de Radouane Lakdim qui ne différaient guère de ceux de ses prédécesseurs en pareil genre de crimes, revendiquant son acte, récitant des sourates du Coran, parlant de la Syrie et de Daech, réclamant la libération de Salah Abdeslam, le survivant du commando de Saint-Denis et du Bataclan.

    C’est lorsque trois coups de feu retentissent que le GIGN de Toulouse se décide à intervenir et met hors d’état de nuire Lakdim. Le lieutenant-colonel gît dans son sang ; il décèdera à l’hôpital de Carcassonne dans la nuit du vendredi au samedi, assisté par le père Jean-Baptiste des chanoines de La Mère de Dieu de l’abbaye de Lagrasse, devenu son ami, qui lui administra l’extrême-onction.

    La politique s’en mêle

    Le président Macron a voulu rendre un hommage national à celui qui est devenu à titre posthume le colonel Beltrame. La France émue et admirative ne peut qu’approuver. Elle l’a montré par sa présence. Il y a là une union nationale qui se réalise autour d’une personnalité exceptionnelle, un vrai fils de la France, qui a témoigné par son sacrifice de la noblesse de son âme et de la grandeur de sa vocation. Son nom est déjà donné à des rues de France et c’est tant mieux.

    Reste qu’il s’agit encore d’un attentat islamiste. Les télévisions, les radios, les réseaux sociaux ont été saturés de déclarations et de commentaires. L’essentiel est perdu de vue. À écouter Gérard Collomb, rien n’était prévisible et c’est la faute à personne. Le président Macron chante l’union nationale mais estime que sa loi contre le terrorisme suffit à préserver la République pourvu qu’elle soit rigoureusement appliquée.

    Laurent Wauquier réclame la restauration de l’état d’urgence. Marine Le Pen pense qu’il est grand temps que le fichier S serve à quelque chose de plus précis que de simples surveillances qui se révèlent n’être, de plus, qu’occasionnelles – et elle n’a pas tort !

    Cependant, les autorités compétentes nous assurent que les services français font bien leur métier ; ce qui est certainement vrai. Pour un attentat qui s’est malheureusement concrétisé, ce sont cinquante projets d’attentats qui – nous confirment les experts – ont été déjoués dans les derniers mois ! On reste pantois. Tant que ça ! Et qu’en est-il alors de tant de potentiels criminels ? Les experts nous certifient encore que les différentes directions des services vont mieux se coordonner. La justice se réveillerait : le 8 mars dernier, la commission d’expulsion – dite la comex –, composée de magistrats de l’ordre judiciaire et de l’ordre administratif, a consenti au renvoi en Algérie d’un iman salafiste de Marseille, El Hadj Doudi, dont la mosquée As-Sounna a été fermée, il y a trois mois, pour prédication islamiste et terroriste et activisme salafiste. Le quartier tout entier a été infecté par une radicalisation intolérable. La procédure entamée par la préfecture de police de Marseille aurait enfin une chance d’aboutir. Ce n’est pas fait. Le ministère de l’Intérieur doit prendre la décision de l’arrêté d’expulsion. Combien d’arrêtés pris, depuis trois ans que les attentats se multiplient ? À peine une quarantaine…

    Le sens d’une vraie politique

    Qui ne voit qu’une telle politique se contente seulement de répliquer – et comme elle peut – aux attaques d’un adversaire acharné et prêt à évoluer selon les circonstances et l’actualité qui l’inspirent. Cet adversaire – non déclaré comme tel – dispose sur notre sol de territoires, de quartiers, de cités. Certes, la France a à sa disposition des hommes remarquables et des services de haut niveau comme le montrent – et que trop, malheureusement ! – tous les évènements récents. Mais, en raison des politiques suivies, il est clair que la France ne cherche en fait que des réponses à des problèmes qu’elle s’est elle-même créés. Elle ne fait jamais que répondre aux agressions de toutes sortes qu’elle subit ; et elle est contente et fière d’elle-même quand elle oppose une réponse efficace ou héroïque, comme ce fut le cas à Trèbes.

    Cependant, il est facile de comprendre qu’une telle politique ne suffit pas. Que ce soit pour le terrorisme, que ce soit pour la criminalité, pour l’immigration ou toutes les questions politiques, sociales, économiques, pendantes. L’État français demeure toujours dans la réponse ou la réplique, même quand il donne et se donne l’impression d’anticiper.

    Aujourd’hui, plus aucun État ne peut se permettre une telle conception, surtout dans les graves matières de sécurité. La France se devrait d’avoir une énergique politique de redressement, toute d’initiative, qui recompose le tissu national déchiré et redonne aux Français le goût de vivre – et pas seulement de se défendre ! C’est ce qu’ils attendent. Des faits et non des discours. Une indépendance nationale recouvrée qui les sorte de leurs sottes querelles intestines. Macron est-il capable de porter un tel projet ?  

    Hilaire de Crémiers

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