l'information nationaliste - Page 7293
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Vae Victis - Héligoland
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Manuel Valls, les intellectuels et l'inculture triomphante
Plus de trente ans après Max Gallo, Manuel Valls se plaint du silence des intellectuels. Pour Vincent Trémolet de Villers les politiques ne les lisent pas et les utilisent comme des outils de communication.On ne devrait jamais imiter Mitterrand. François Hollande n'est pas Tonton et Manuel Valls n'est pas Max Gallo. En 1983, l'historien, alors porte-parole du gouvernement, publiait à la fin du mois de juillet une tribune de très bonne facture dans Le Monde : «Les intellectuels, la politique et la modernité.» Il y déplorait l'abandon par la gauche de la bataille des idées et le silence des penseurs et des philosophes retirés «sur l'Aventin». Le 5 mars dernier, Manuel Valls lançait à son tour «Où sont les intellectuels ? Où sont les grandes consciences de ce pays, les hommes, les femmes de culture qui doivent monter eux aussi au créneau ? Où est la gauche ?» C'est le même qui, pourtant, rejetait dans les rayons de l'enfer un essayiste, un romancier et un philosophe dont les œuvres cristallisent une large partie des angoisses contemporaines et qui à eux trois vendent des centaines de milliers de livres. Le Suicide français, d'Éric Zemmour, selon Manuel Valls, ne méritait pas d'être lu. La France ça n'est pas «celle de Houellebecq» a-t-il affirmé. Enfin, il s'est embrouillé dans ses fiches, sur Europe 1, en estampillant, malgré lui, Bernard-Henri Lévy comme penseur officiel du régime et en tatouant sur le bras de Michel Onfray le signe infâmant de l'extrême droite.Si l'on comprend bien le Premier ministre, le silence des intellectuels est révoltant quand ils sont issus de la gauche morale mais impératif quand ils ont emprunté d'autres chemins. Pour savoir qui doit parler et qui doit se taire, s'adresser à l'hôtel Matignon. Cette approche enfantine illustre la place qu'ont véritablement les intellectuels dans l'esprit du gouvernement (et disons-le de la plus grande part de la droite) : des pions noirs ou blancs que des communicants, plus ou moins incultes, placent sur le damier. L'ouvrage de François Bazin, Les Ombres d'un président (Plon), détaille avec cruauté cette paresse et cette indifférence chez François Hollande.La littérature et la vie de l'esprit établissent pourtant des liens indestructibles entre l'homme public et la population. Plus encore que la séance du marché le samedi matin, la lecture de Balzac expose toutes les nuances de l'âme humaine et de l'ambition, celle de Proust des vanités sociales et des intermittences du cœur. Les Particules élémentaires ou Soumission offrent un tableau de la classe moyenne que les sociologues mettront dix ans à établir dans leurs rapports. Mais ceux qui nous gouvernent ou souhaiteraient le faire considèrent le livre comme un meuble. L'ornement secondaire d'une ambition accomplie. Le chef de l'État assume son ignorance et se fait prendre en photo, sourire ravi, avec L'Histoire de France pour les Nuls. Manuel Valls ne sait pas qui est Hélie de Saint Marc, Fleur Pellerin se fout de Modiano, Frédéric Lefebvre confond Zadig et Voltaire, Nicolas Sarkozy s'est longtemps demandé à quoi pouvait bien servir La Princesse de Clèves.Les journalistes, reconnaissons-le, ne sont pas en reste. Ils classent eux aussi les auteurs chez les blancs ou chez les noirs sans même prendre la peine d'ouvrir leur livre. Christophe Guilluy, géographe de gauche qui ne cesse d'essai en essai d'établir les causes de la dérive identitaire, est qualifié de «pousse» de la droite la plus réactionnaire. L'auteur de L'Insécurité culturelle, Laurent Bouvet, alerte la gauche sur ses impensés : il est renvoyé sur l'autre rive parce qu'il a osé évoquer la crise de l'intégration. L'œuvre d'Alain Finkielkraut, maître de l'inquiétude et de la nuance, est réduite au rang de tract pour le Front national. Leurs noms remplissent les listes noires. Contre eux, le lexique olfactif, «rance», «moisi», est exploité jusqu'à la nausée. Tous sont coupables du même crime : plutôt que de peindre une surréalité heureuse, ils livrent par fragments les peurs et les espérances de l'inconscient collectif. En un mot, ils appellent un chat, un chat. Ce que les sondeurs voient venir, à la veille des élections départementales, ils l'annoncent et le déplorent depuis des années. Ils ne se sont pas contentés de publier des essais et d'attendre «sur l'Aventin». Ils supportent les ricanements, les couleurs criardes des studios de télévision, les comiques pas drôles, les critiques jaloux. En vain. Certes, les politiques les reçoivent, les écoutent, les raccompagnent, leur tapotent l'épaule, mais l'idée ne leur est pas encore venue de jeter un œil sur leurs livres. Pas le temps : le rappeur Joey Starr, fondateur de l'inoubliable Nique ta mère, vient dîner à l'Élysée. -
Francis Cousin - 'Nos enfants ne verront plus les nations'
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Départ d'un ministre purement symbolique
Dans une société comme la nôtre, dans le cadre de ce qu'on appelle le modèle social français, s'il est un ministère purement symbolique, c'est bien celui du Travail. La personnalité de Rebsamen convenait parfaitement à la tâche : après Sapin, son rôle consistait à commenter les statistiques du chômage, en promettant qu'elles s'amélioreraient un jour ou l'autre. On nous assure aujourd'hui que ce qui tient lieu de président de la républqiue aurait tenté de le retenir. En vain.
Sa démission nous est annoncée pour le 19 août. Il aura exercé ses fonctions pendant seize mois. Au bout de son long calvaire, le pays compte officiellement 200 000 chômeurs de plus.
Faut-il, comme je suis tenté de le penser, considérer que la législation sociale et fiscale, ce fameux "modèle social français", plombe l'embauche dans le secteur productif et concurrentiel… et, par conséquent qu'aucun ministre ne saurait y remédier sans une refonte totale du droit social, et sans l'institution d'une réglementation identique, là où il y a marché commun, libre circulation des biens, des personnes et des capitaux.
Faut-il, au contraire, imputer la dégradation des statistiques à cet aimable dilettante ?
Si l'on devait se fier aux réseaux sociaux et aux remugles médiatiques, le jugement tombe, sans appel. Il s'agissait d'un courtois incapable, pensent, à la fois, ses adversaires de droite et, fielleusement, ses excellents camarades de gauche.
Hollande, dont le maire de Dijon semble proche, prétend pourtant conditionner sa candidature à la prochaine élection présidentielle à une "baisse crédible du chômage."
Mais qu'ont-ils fait les deux compères ? Rien ou presque en réalité. Uniquement de la communication.
Que pouvaient-ils faire ? Dans le contexte actuel de la démocratie française, et de la compétition économique, pas grand-chose.
Écoutons le fourbe Bartolone à propos de son camarade de parti. Le président de l'Assemblée nationale excelle à l'enfoncer : "Il part avec des résultats qui sont ceux que l'on connaît. (...) Un bilan entre deux. (...) Nous ne sommes pas encore au moment du résultat, je le regrette mais je suis sûr que ça va venir (…) Nous n'avons pas encore réussi à inverser cette courbe mais ça viendra compte tenu des dispositions présentées par Rebsamen qui permettent de muscler nos entreprises". (1)⇓
Ministre, François Rebsamen a parfaitement pu mesurer le pouvoir de nuisance de l'assemblée et de sa présidence : "Mon bilan c'est aussi le sien", a-t-il donc répondu, un peu plus tard dans la journée, apprenant les circonlocutions hypocrites de ce vénéneux commentateur.
Se voulant plus amène, mais peut-être plus pervers encore, Bruno Julliard, premier adjoint socialiste à la mairie de Paris fait mine de croire que le ministère du Travail crée d'autres emplois que ceux qu'il multiplie dans ses propres services : "dommage pour lui, qu'il parte juste avant la baisse du chômage, mais tant mieux pour son successeur." (2)⇓
En l'occurrence le camarade Julliard se fait l'écho d'une croyance, fort répandue dans la classe politique, et selon laquelle les statistiques françaises de l'emploi, qu'ils postulent indexées sur l'idée qu'ils se font de la conjoncture européenne et mondiale, repartiront toutes seules vers une hausse mécanique.
Les déclarations de Rebsamen ont cependant le don d'irriter le public : "Je pars avec le sentiment d'avoir bien fait mon travail et avec l'estime des partenaires sociaux." (3)⇓
Le mot est lâché : l'estime des partenaires sociaux.
L'estime de l'opposition, en revanche n'est pas acquise.
Le député des Alpes-Maritimes, Éric Ciotti, résume ainsi son rôle et son bilan : "Rebsamen aura plus été le ministre du chômage que du travail". Pendant 48 heures on s'est interrogé sur la date exacte de sa démission du ministre : "Aussi peu claire que les méthodes de comptabilisation du chômage" souligne Ciotti (…) avant de conclure : "En tout cas, il n'aura pas laissé une grande trace". (4)⇓ Plus laconique, l'éditorialiste de Présent titre tout simplement : "Tchao pantin !" (5)⇓
Au moins lui ne s'inscrira pas à Pôle emploi.
Ce n'est en effet qu'un au revoir. Le 10 août il était réélu maire de Dijon. Il avait conquis cette municipalité en 2001. En 2012, confronté au problème du non-cumul des mandats il n'avait pas caché ses préférences : "J'ai toujours dit que, si le choix m'était posé et si j'étais obligé d'abandonner mes fonctions locales, je choisirais Dijon". En 2014 sa liste avait encore recueilli 52,84 % des voix. Dans le cadre émouvant du palais des Ducs de Bourgogne, il obtenait 46 voix de conseillers municipaux, contre 2 pour le candidat FN et 11 votes blancs, ceux de la droite classique. Ayant retrouvé ce qu'il appelle "le plus beau des mandats", il allait retrouver en fin de journée le siège de président du Grand Dijon.
Fini pour lui le temps des déclarations maladroites qui lui valaient les hauts cris des éléments marxistes de la gauche. Fini les velléités de réformer un code du travail qui n'a été ni allégé ni libéralisé.
Voilà pourquoi, on a dépassé en mars le seuil des 3,5 millions de chômeurs toutes catégories, en mai, celui des 2,5 millions de chômeurs depuis plus d’un an et enregistré au total une hausse de 200 000 du nombre de demandeurs d’emploi, catégorie A, n’ayant pas du tout travaillé, etc.
JG Malliarakis
Apostilles
1) sur RTL le 10 août. ⇑
2) sur le plateau d'iTélé ⇑
3) Dans les colonnes du Parisien le 10 août. ⇑
4) sur Europe N° 1 ⇑
5) cf. Présent N° 8415 en ligne le 11, daté du 12 août 2015. ⇑
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Comment Sarkozy a sauvé la chaîne LGBT Pink TV
Georges-Marc Benamou a été conseiller de Nicolas Sarkozy pour la culture juste après son accession à l’Élysé. Il en parle dans un essai paru chez Fayard : "Comédie-Française". Il raconte sur France Info comment "une chaine homosexuelle été sauvée sur un simple coup de fil" :
Le journaliste : Vous racontez qu'au dessus du Ministre des Finances, il y a un "super Ministre des Finances auculte" qui a un bureau à l’Élysée, c'est François Pérol. Vous racontez le pouvoir qu'il a sur un coup de fil.
GMB : Oui, pour sauver une chaine homosexuelle. Je lui passe un coup de fil, il me dit "d'accord, c'est bon"
Le journaliste : Est-ce que c'est légal, ça ? On passe un coup de fil, et bing ! il y a de l'argent qui tombe ?!?
GMB : Tout le monde n'a pas la chance d'avoir des relations comme ce garçon qui dirigeait une chaine homosexuelle...
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Sarkozy à la une de Paris Match : l’abdominable homme des plages
Les photos qui illustrent le reportage sur les vacances de M. Sarkozy, loin d’avoir été dérobées, ont été posées, léchées et choisies en commun par le reporter et son modèle.
Il y a quinze jours, on s’en souvient, Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti faisaient la couverture de Paris Match. Sans leur consentement. Les deux misérables photos volées à quoi se réduisait tout le « reportage » que leur consacrait le magazine n’étaient pas vraiment à leur avantage. L’ancien ministre du Redressement productif, mollement étendu sur une chaise longue, y apparaissait plus disposé à faire la sieste qu’à parler de la VIe République. Quant à l’ancien ministre de la Culture, l’heureux événement qu’elle ne pouvait se cacher d’attendre n’était visiblement pas la visite d’un journaliste ou d’un paparazzi.
Or, voici que l’hebdomadaire de choc (des photos) récidive cette semaine et ne craint pas de s’attaquer à un plus gros poisson, celui-là même qui, fou furieux après la révélation, par le même Paris Match, de sa naissante idylle et de son escapade au Proche-Orient avec la chanteuse Carla Bruni, avait quelques mois plus tard obtenu et fait rouler dans la sciure la tête d’Alain Genestar, directeur de la rédaction et auteur de ce crime de lèse-majesté.
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Gérard Delépine - Comment sauver la sécurité sociale - 3/3 Meta TV
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Gérard Delépine - Comment sauver la sécurité sociale - 2/3 Meta TV
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Gérard Delépine - Comment sauver la sécurité sociale - 1/3 Meta TV
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Islamisme/Etats-Unis : des ennemis si intimes
Les pays d’islam, par leur explosion démographique, par leur vocation supra-nationale à conquérir le monde partagé pour eux entre le dar-el-islam : terre d’islam, et le dar el harb : terre à conquérir à l’islam par le carcan coranique favorable à la stagnation intellectuelle et économique, semblent justifier la sombre prédiction de Samuel Huntington, selon lequel, au XXIe siècle, succéderaient, aux guerres idéologiques, les chocs de civilisation.
Que les Etats-Unis, première puissance mondiale, prétendent, jouant les apprentis sorciers, instrumentaliser l’islam, et la vielle Europe déclinante, qui semble sortie de l’histoire par ses abandons de souveraineté, risque de leur être inféodée, et de devenir pour les terres d’islam le « continent complémentaire », selon l’expression du Général Gallois.
C’est ce drame qui se joue sous nos yeux qu’a étudié, dans un livre dense et foisonnant, Alexandre Del Valle.« La façon dont le public a été systématiquement pilonné par les médias presque unanimes sur les événements de Yougoslavie, écrit Vladimir Volkoff, fournit un bon exemple de l’imprudence de la désinformation contemporaine, auprès de laquelle la désinformation soviétique était un modèle de subtilité ».
Tous ceux qui n’ont été anesthésiés, naguère ni par la propagande anti-irakienne ni, aujourd’hui, par la propagande anti-serbe, et qui s’interrogent sur la cohérence de la politique étrangère des Etats Unis, écrasant tour à tour, à coup de bombes et d’embargos, un pays souverain majoritairement sunnite, et un pays majoritairement slave-othodoxe, seront passionnés par le livre d’Alexandre Del Valle, Islamisme et Etats Unis : une alliance contre l’Europe, que les éditeurs de l’Age d’Homme, après celui du Général Gallois, Le soleil d’Allah aveugle l’Occident, s’honorent de publier.
George Bush apôtre du Nouvel Ordre Mondial, avait affirmé qu’ « il n’existait pas de substitut au leadership américain ». L’Amérique se veut unique superpuissance mondiale, puissance prosélyte, militairement et politiquement présente dans la vielle Europe, ce qui suppose un ennemi. Le communisme soviétique l’avait été, et son implosion ne doit pas grand chose à l’Amérique, ni à l’Europe. Lucide, Alexandre Del Valle remarque : « Ennemi réel, le communisme n’en était pas moins fort utile pour Washington, qui empêcha le général Patton d’en finir avec la menace soviétique. Le « péril rouge », devait en effet rester bien vivant, afin de servir « d’épouventail-ennemi » justifiant l’hégémonie protectrice américaine dans le monde ».L’alliance objective avec l’islamisme
À l’heure où les chocs de civilisation ont remplacé la guerre froide, l’islamisme est pour les Etats Unis le nouvel ennemi utile, « allié » à eux, en quelque sorte, contre l’Europe. Pragmatiques et opportunistes, ils ont vu dans le mouvement islamique une « lame de fond », et ont choisi de jouer la carte musulmane pour mieux contrôler les artères de l’or noir. Cet allié dangereux qu’est l’islamisme, ils l’avaient pressenti bien avant l’implosion du communisme. Depuis la fin des années 1970, les Etats Unis ont soutenu les extrémistes islamistes, des frères musulmans syriens aux islamistes bosniaques et albanais, des talibans à la gamaa islamyya égyptienne, et ont choyé les Wahhabites, a la tête de la monarchie pro-américaine d’Arabie Saoudite qui finance la quasi-totalité des réseaux islamistes dans le monde. Ils ont joué les apprentis sorciers, et les mouvements fondamentalistes qu’ils croyaient manipuler se sont parfois retournés contre le « grand Satan » comme le 11 septembre 2001 à New York.
En revanche, les Etats Unis ont abandonné ou écrasé les pays musulmans susceptibles d’acquérir une puissance politique et une relative autonomie. L’exemple de Carter abandonnant le Chah, alors que l’Iran était en train de devenir maître de son pétrole et pouvait se vanter du haut niveau de ses universités, pour favoriser l’obscurantisme de Khomeyni, l’exemple de Bush, Clinton puis Bush fils, écrasant l’Irak sous les orwelliennes « frappes chirurgicales », alors que l’invasion du Koweït avait été encouragée par la CIA, sont significatifs. « L’Irak, affirme Alexandre Del Valle, est l’exact antithèse politique de la stratégie confessionnelle pro-islamique des Etats Unis. »
Car le monde musulman doit rester pour l’Amérique un monde riche en pétrole, exploitable à volonté, mais pauvre en matière grise et maintenue dans une totale situation de dépendance technologique ; un marché d’un milliard de consommateurs incapables d’autonomie politico-militaire et économique. Le carcan coranique est favorable à l’indigence intellectuelle comme en témoigne la fatwa promulguée voici quatre ans par la suprême autorité religieuse d’Arabie saoudite : « La terre est plate ; celui qui déclare qu’elle est sphérique est un athée méritant punition. »
Mais le nationalisme irakien était une tentative d’aggiornamento de l’islam. Comme le Chah d’Iran se référait à la dynastie des Achéménides, Saddam Hussein se montrait fier du passé préislamique babylonien et chaldéen de l’Irak. Se réconcilier avec leur identité antique est aussi, pour les musulmans, retrouver une civilisation méditerranéenne commune et des passerelles entre les civilisations européenne et orientale. C’est pourquoi les islamistes veulent supprimer toute trace d’identité préislamique et, en Egypte par exemple, considèrent la visite des vestiges pharaoniques comme un acte d’impiété, ce qui est sans doute une des clés du terrorisme non éradiqué dirigé contre les touristes.Le grand échiquier
Dans son livre « Le grand échiquier, l’Amérique et le reste du monde », publié en 1997, Brzezinski, ancien conseiller de Carter, et très écouté dans l’Amérique de Clinton, révélait avec une franchise cynique les raisons profondes de la stratégie islamique des Etats Unis. Selon lui, l’enjeu principal pour les Etats Unis est l’Eurasie, vaste ensemble qui va de l’Europe de l’Ouest à la Chine via l’Asie centrale : « Du point de vue américain, la Russie paraît vouée à devenir le problème Les Etats Unis manifestent de plus en plus d’intérêts pour le développement des ressources de la région et cherchent à empêcher la Russie d’avoir la suprématie. » La politique américaine doit donc, viser à la fois l’affaiblissement de la Russie et l’absence d’autonomie militaire de l’Europe. D’où l’élargissement de l’OTAN aux pays d’Europe centrale et orientale, afin de pérenniser la présence américaine, alors que la formule de défense européenne capable de contrer l’hégémonie américaine sur le vieux continent passerait par « un axe anti-hégémonique Paris-Berlin-Moscou. » Les Etats Unis s’emploi donc à le casser en jouant systématiquement Berlin et Sarajevo contre Paris et Moscou. Ainsi s’explique la politique américaine en ex-Yougoslavie, qui prolonge à la fois la stratégie de Tito visant à affaiblir les Serbes, et celle de l’Allemagne : « Grande victoire diplomatique pour l’Allemagne », déclarait l’ancien chancelier Kohl, à propos de la dislocation de la Yougoslavie.
Politique accompagnée d’une bataille médiatique qui diabolise et angélise, où les champions des droits de l’homme à géométrie variable, chérissant des bourreaux privilégiés et ignorant les victimes inintéressantes, branchent et débranchent à volonté les prises de consciences universelles et homologuent les épurations ethniques.
Le Général Gallois explique l’acharnement à punir Belgrade et à favoriser l’irrédentisme islamique en ex-Yougoslavie par le désir de diviser le monde orthodoxe et l’Europe de l’Ouest au moyen d’abcès de fixation islamiques. « Les Serbes, comme les Irakiens, ajoute Alexandre Del Valle, paient le prix de l’extension de l’OTAN et de la politique étrangère américaine de l’après-guerre froide. »
Les nouvelles enclaves musulmanes, « Israël islamique » au cur de l’Europe, justifient la domination militaire et politique des Etats Unis, qui se font ainsi, en outre, pardonner leur présence en Arabie et leur soutien à l’Etat d’Israël, et leur permettent de tester la dilution identitaire de l’Europe, qui apparaît désormais, par ses abandons de souveraineté, comme sortie de l’histoire. Ces communautés musulmanes d’Europe, dont les premiers pourvoyeurs d’armes ont été, pour la Bosnie l’Iran et pour le Kosovo la Turquie, constituent l’embryon d’une future société européenne islamisée, modèles pour les communautés immigrées d’Europe de l’Ouest, que « le levier légitimateur de l’anti-racisme » interdit de maîtriser. Compte tenu de son implosion démographique, l’Europe de l’Ouest apparaît, selon le général Gallois, comme le « continent complémentaire », et la Bosnie comme « l’antichambre de l’eldorado ».
De l’alliance objective à l’alliance subjective
Le général Gallois et Alexandre Del Valle, lorsqu’ils fondent leur analyse de l’alliance objective de l’islamisme et des Etats Unis sur un foisonnement de faits et de déclarations des maîtres penseurs américains, emportent l’adhésion du lecteur. Mais la part à la fois la plus discutable et la plus originale d’Alexandre Del Valle est son étude de leur alliance subjective.
Entre d’une part, le puritanisme américain, le fondamentalisme des droits de l’homme, le désir d’édifier « le village mondial » anglophone sur les ruines des cultures et des souverainetés nationales, et d’autre part la oumma islamique, conquérante, édifiée sur l’éradication des cultures plurimillénaires qui l’ont précédée, il y a connivences et affinités, même si elles sont inconscientes.
Islam et puritanisme protestant sont issue l’un et l’autre de sectes judéo-chrétiennes hétérodoxes et choisissent entre « l’étroitesse ritualise » et la « transgression jouissive des interdits », quand ils ne les conjuguent pas. Tous deux prétendent conquérir le monde au nom d’une « idéologie ultra monothéiste » et du « Verbe divin non pas incarné mais calligraphié » ; tous deux s’affirment contre l’Europe. Bill Clinton, le 15 Mars 1995, a donné tout son poids à cette alliance subjective : « Les valeurs traditionnelles de l’islam sont en harmonie avec les idéaux des meilleurs de l’Occident. » Et les attentats du 11 Septembre 2001 ne démentent pas cette idée, Georges W. Bush ayant bien pris soin de prévenir de l’amalgame entre terrorisme, Islam et islamisme.À cela s’ajoute, en Amérique, la conscience d’être le nouveau monde révolté contre ses propres racines, le désir de déraciner la veille Europe sur le modèle du déracinement américain. L’ambassadeur Richard Holbrook affirmait : « Nous sommes une puissance européenne. L’histoire de ce siècle démontre que lorsque nous nous désengageons, l’Europe verse dans une instabilité qui nous oblige à retourner. » L’Amérique deviendrait alors l’Europe puissante, à laquelle la veille Europe déclinante serait inféodée.
On peut dire avec Péroncel-Hugoz, auteur de la postface, qu’on fait avec ce livre dense et foisonnant, « une véritable cure d’anti-conformisme, de novation, grâce au regard cru mais non cruel » de son auteur, dont la thèse donne la clé de bien des évènements qui déchirent le monde. Elle reste ouverte cependant. Malgré les conférences interislamiques de Tirana, de Khartoum, de Téhéran, qui voulaient faire croire à un embryon d’internationale islamiste, le « bloc » musulman n’est pas uni. Les Etats Unis s’aperçoivent que l’instrumentalisation de l’islam West pas sans péril pour eux-mêmes, particulièrement par la violence anti-occidentale des talibans qu’ils ont pourtant choyés ? Enfin, le masochisme ouest-européen n’est pas sans remède et il n’est pas dit que la vieille Europe renonce à jamais à la maîtrise de son propre destin. L’imprévisible, c’est-à-dire la liberté humaine, capable de relever les défis les plus audacieux.
Islamisme et Etats-Unis : une alliance contre l’Europe, Alexandre Del Valle, L’age d’homme, 1997.
http://www.polemia.com/islamismeetats-unis-des-ennemis-si-intimes/
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