LE MAL, en détruisant nécessairement l'autorité du père (de la majorité des pères) qui aujourd'hui n'est plus digne de ce nom sociologiquement parlant, a donné une voie inattendue vers le changement social. Ne peut-on pas se réjouir qu'un père aujourd'hui sans repères, sans valeurs solides, sans principes, sans foi transcendante, ne possède plus l'autorité nécessaire à la reproduction culturelle de sa progéniture ? C'est encore Paul Bourget qui, dans son roman L'Etape, montre l'effondrement moral qui touchait la petite bourgeoisie cultivée des années 1900 et la réaction vive des fils de "boursiers" déterminés à retrouver leurs racines, une communauté, et des valeurs imprescriptibles. Ces fils ont personnellement franchi l'étape métaphysique pour entrer dans l'état "organique" et "positiviste" (dans un sens maurrasso-comtien).
« J'ai cru que la Démocratie s'accordait avec la Science » (15) fait dire Bourget à Jean Monneron, le personnage principal de son fameux roman.
« Voilà cent ans poursuit-il que chacun dans ce pays se fait juge de toute la société au nom de ce qu'il appelle sa conscience et qui n'est que sa passion dominante. Et c'est le secret de l'agonie de la France...»
Comment "penser" la société ? « Je veux la traiter comme la physiologie nous apprend à traiter un corps vivant, par l'expérience, dit Jean. Nous avons une expérience instituée par la nature, c'est la tradition, sous toutes ses formes. Nous avons une patrie, acceptons-la ; une famille, acceptons-la ; une religion... » (16)
Dans cette fiction littéraire, c'est le père de Jean, Joseph Monneron, qui représente la génération sacrifiée, celle ayant expérimenté l'anarchie intellectuelle, "subie" les ambitions, un enseignement acharné, inassouvissable, inapaisable. Mais s'il ne peut "passer", dépasser l'étape, son fils, Jean, le fait non sans efforts mais d'une manière irrévocable.
Pourtant profondément sensible à l'affection que lui porte son père (qui ne vit que pour ses idées), Jean, convaincu de l'"erreur" libérale, décide de rompre brutalement et définitivement avec les dogmes progressistes qui avaient pourtant bercé toute son enfance et adolescence. Car c'est au nom de la raison que le jeune Jean fait le choix du traditionalisme. L'étape du père fut douloureuse mais utile pour le fils raisonneur et intelligent, qui a eu cependant la "chance" de rencontrer l'homme du « vrai progrès », le « gardien de la mémoire », l'"arche" de la connaissance traditionnelle. Sans lui, l'étape du père aurait-elle pu être profitable ? N'aurait-elle pas été plutôt selon Bourget un funeste sinistre humain ? Le reste de la fratrie, seul devant les dogmes du père, sombre dans le désespoir, l'esprit de lucre et la malhonnêteté, faute d'avoir "digéré" l'étape".
Si elle n'est pas très originale, l'histoire de Paul Bourget constitue en quelque sorte une allégorie, à l'échelle atomique, du développement possible ou en cours de la société française. Dans son roman, Jean présente la troisième génération d'une famille dont l'histoire débute véritablement avec la naissance de son père Joseph. Ce dernier s'arrache de la paysannerie qu'il exècre en secret, et de ce fait, se détache avec énergie des règles, coutumes et traditions qui régulaient depuis des siècles la vie de ses ancêtres. Joseph entre symboliquement dans le second état (la deuxième étape) explicité par Auguste Comte (postulant, répétons-le, que le développement de la société passe par trois états). Le premier état, nous le savons, est théologique, c'est-à-dire essentiellement religieux et donc "naturellement" reliant. Selon Comte et Bourget, parce qu'il est le "produit" de l'institutionnalisation de croyances objectivement irrationnelles, il était inéluctablement condamné à disparaître.
Le deuxième état est métaphysique et abstrait, représente l'adolescence du monde occidental. Il correspond dans une certaine mesure à l'étape relatée par Bourget dans son roman éponyme.
Le troisième état, explicité d'une manière assez équivoque par Comte (en raison de ses téméraires anticipations ou prédictions) est celui où l'acteur social accepte un ordre social nouveau et paradoxalement "réactionnaire", en fait, "post-individualiste".
Pour Jean qui accepte cet état, il s'agit d'un choix "avant-gardiste", "précoce" et donc incompris par son camarade juif Crémieux-Dax, "embourbé" dans le stade romantique et "mortifère".
« — Va jusqu'au bout, dit Crémieux-Dax avec une violence extraordinaire, et ose prétendre que tu dois être catholique scientifiquement.
— Scientifiquement, oui, répondit Jean. Entendons-nous : la foi n'est pas une géométrie ni une chimie. Elle ne se démontre pas. Mais non seulement la science ne s'y oppose pas, et au contraire elle indique cette solution comme la plus raisonnable. Et c'est aussi celle où j'ai résolu de me ranger. Oui, insiste-t-il avec plus de fermeté encore, je me suis décidé à me faire catholique, comme tous les miens l'ont été pendant des siècles et des siècles. Je ne peux pas vivre sans mes morts... J'ai retrouvé leur foi et je ne la laisserai plus périr... » (17)
Lisons tout de suite la très intéressante suite de cette discussion :
« Leur foi ? S'écria Crémieux-Dax. Te faire catholique ? Toi ? Ne me dis pas cela. Voyons, ce n'est pas possible. On ne se fait pas catholique avec ton cerveau. »
« C'est avec lui pourtant que je le suis devenu, dit Jean Monneron, et il ajouta : et que je le resterai. » (18) Ainsi est-ce par le parti de l'intelligence (et il est difficile de ne pas faire un lien avec l'école de l'Action française d'avant la Première Guerre Mondiale) qu'une fraction de la jeunesse (et certainement de la jeunesse la plus brillante, celle qui fut quasiment exterminée en 14-18 par une "élite" inquiète) retrouva le chemin de la tradition et de l'autorité. Car le nationalisme est avant tout une Action logique dont la nécessité est démontrée par l'histoire. C'est aux nationalistes et à eux seuls de restaurer le principe crucial d'autorité, car « si le peuple a besoin de chef comme un homme de pain » (Maurras), il a besoin d'un dirigeant honnête, charismatique et galvanisé par son œuvre de restauration nationale.
François-Xavier ROCHETTE. Rivarol du 9 décembre 2011
15) Paul Bourget, L'Etape, Hachette, 1929 (1902), P. 353.
16) Ibid, page 353.
17) Ibid, page 354.
18) Ibid, page 354.
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Je veux un régime fort !
Je n'aime pas la politique. Si vous pensez que le fascisme consiste à faire défiler des garçons bottés en chemises brunes ou noires, dites-vous que ce n'est pas ma définition du fascisme. J'ai défendu les fascistes, c'est tout différent : parce que j'ai connu des fascistes et parce que je déteste le mensonge. J'ai protesté contre une falsification des faits et contre une entreprise de dénaturation des âmes et de confiscation des volontés, fondée sur cette falsification. Je reste convaincu que j'avais raison.
On nous a menti et on continue à nous mentir : parce que ce mensonge est indispensable aux politiciens en place. Mais ce mensonge s'effrite aujourd'hui, il s'effondrera demain. On finira par regarder les expériences fascistes comme des expériences politiques qui ont été obérées et défigurées par les nécessités dramatiques de la guerre, mais qui ont pour caractère essentiel l'exaltation de certaines valeurs morales : le courage, l'énergie, la discipline, la responsabilité, la conscience professionnelle, la solidarité, dont la disparition est le drame des sociétés qui ont suivi. Etre fasciste aujourd'hui, c'est souhaiter que ces mots aient un sens pour les peuples.
[...] Avant de détester le fascisme, il faudrait essayer de le comprendre. Le fascisme est né, historiquement, de la colère des anciens combattants contre les politiciens. Mais il a été, plus profondément, une opposition spontanée contre la démoralisation de la guerre et de l'après-guerre qui accompagna la transformation d'une société rurale stable, économe, patiente, courageuse, attachée à l'honnêteté et au civisme, en une société de salariés ayant pour horizon l'augmentation des salaires, pour guide l'idéologie, pour instrument la politique.
Les mouvements fascistes sont nés d'une réaction contre cette dénaturation des peuples. Cette réaction eut partout le même point d'appui. Dans leur désarroi, ceux qui refusaient ce monde nouveau de l'après-guerre se sont reportés à une image-type de la grandeur passée de leur peuple, pour l'Italie celle des légions de Rome, pour l'Allemagne celle des Germains d'Arminius qui avaient vaincu l'armée du consul Varus, pour la Roumanie ou la Hongrie celle de leurs paysans combattants, pour l'Espagne l'image de l'honneur castillan : non pas une idéologie, mais un modèle moral, celui qui incarnait le mieux ce qu'ils étaient ou ce qu'ils avaient voulu être dans les tranchées où ils s'étaient battus.
En détruisant, après la Seconde Guerre Mondiale, cette renaissance de la conscience nationale sous prétexte d'anéantir l'idéologie raciste, on a détruit une solution politique originale qui permettait à la fois de briser les idéologies destructrices de l'unité nationale et les excès du capitalisme sauvage.
Or, le racisme constitué en idéologie ne fait pas partie de la définition du fascisme ni même de la définition du national-socialisme. Comme les autres idéologies, il part d'une idée juste qui a été outrée et déformée en devenant un système. Ses excès ont été les excès auxquels aboutit toute pensée systématique.
En réalité, les régimes fascistes n'ont pas été des régimes de contrainte pour les individus. Ils ont généralement respecté les libertés individuelles et n'ont réprimé que le sabotage, le parasitisme et la spéculation. En revanche, ils ont assuré aux peuples la plus précieuse des libertés, celle d'être eux-mêmes et non pas ce qu'on a décidé qu'ils sont : liberté que nous ne connaissons plus.
[...] Les régimes fascistes ont été ou ont essayé d'être des régimes de solidarité et de justice sociale, qui ont été ensuite déformés par les contraintes de la guerre. Tout régime de solidarité et de justice sociale exige un Etat fort : mais un Etat fort n'a pas besoin d'idéologie : il a besoin seulement de bon sens et de générosité.
Je ne crois pas à l'histoire des régimes fascistes et de la Seconde Guerre Mondiale telle qu'on la présente aujourd'hui. Cette histoire n'est pas encore faite : et ce qui en a été fait, on nous le cache. Le dossier des falsifications est copieux : il porte sur les faits, les documents, les omissions. Je laisse à chacun la tâche d'en dresser ce qu'on aperçoit, dès maintenant, de ce catalogue. Tout homme qui réfléchit devrait prendre conscience de nos illusions : nous broutons comme des bêtes sans raison le mensonge de notre victoire, le mensonge de la Résistance, le mensonge de notre liberté. Ces mensonges ont nourri des idéologies d'autodestruction, l'antiracisme, la lutte des classes. Et cette nourriture frelatée est le secret de notre impuissance.
Très bientôt, dans vingt ans, dans dix ans peut-être, la race blanche en Europe devra lutter pour sa survie. Cette bataille suprême exigera des régimes forts, des gouvernements de salut public. Elle ne pourra être conduite que dans le dépérissement des idéologies et par le recours aux qualités viriles que je disais. Il ne faut pas se demander aujourd'hui si ces régimes forts sont possibles, il faut savoir qu'ils sont inévitables: sous quelque nom qu'on leur donne. Car ils sont la condition de notre salut.Maurice Bardèche http://www.voxnr.com
Texte paru dans la revue Le Crapouillot, N° 77, septembre-octobre 1984
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« Le temps des avant-gardes » de Jean Clair
Ancien directeur du Musée Picasso et écrivain de haut parage, Jean Clair est sans doute la personne la plus à même de juger l’art contemporain, qu’il observe depuis bientôt un demi-siècle. A son retour des Etats-Unis et aux débuts du Centre Beaubourg, Jean Clair, comme tant d’autres, assiste avec enthousiasme aux premiers happenings en se gavant de « concepts ». C.G.
Il est souvent le premier à écrire sur Boltanski, Buren, Sarkis ; il rencontre avec déférence des artistes pour les revues qu’il anime alors et donc les textes sont aujourd’hui réédités. Puis, l’historien d’art prend peu à peu conscience que l’avant-garde, défunte depuis la fin des années 30, se mue sous ses yeux en « art contemporain », une arme au service du colonialisme culturel des Etats-Unis. Comme le remarque avec finesse Colette Lambrichs, qui préface ce précieux recueil, cet art d’importation, imposé par le vainqueur de 1945, pénètre en Europe par la Belgique des sixties, qu’elle définit justement comme « une porte dépourvue de serrure dans un territoire au pouvoir politique inexistant ». L’art contemporain constitue bien l’une des machines de guerre de l’hyperpuissance, dont la cible est la suprématie politique et culturelle de la vieille Europe. Les enfants de l’après-guerre seront les dindons de cette farce machiavélienne, victimes consentantes d’une gigantesque lessive, « la dernière humiliation de la défaite, la pire car celle de l’esprit ».
En un mot comme en cent, Jean Clair décrit comment les oripeaux d’une avant-garde mythifiée servent le capitalisme américain, lancé à la conquête d’une Europe divisée et dévastée. Derrière l’imposture, une marque, « un art qui est à l’oligarchie internationale et sans goût d’aujourd’hui, de New York à Moscou et de Venise à Pékin, ce qu’avait été l’art pompier du XIXe ».
Jean Clair pousse plus loin son analyse pour aborder aux racines de notre déclin. N’est-il pas le témoin direct, et compétent, d’une métamorphose qui débute avec Marcel Duchamp ? La quête du vrai, du juste et du beau cède la place à la subjectivité profane, voire profanatrice ; la fidélité au patrimoine ancestral se voit diabolisée et remplacée par le terrorisme de la nouveauté. Or, la beauté, le bonheur, ne sont-ils pas, souvent, dans la répétition ? Aujourd’hui encore, cette seule question suffit à projeter le naïf dans la géhenne tant sont gigantesques les intérêts financiers et métapolitiques en jeu.
Paradoxe suprême pour un directeur de musées comme pour l’organisateur d’expositions célèbres, Jean Clair prône la fin des musées, qu’il décrit comme des nécropoles où s’entassent les parodies, des mouroirs pour œuvres vidées de tout sens - quand elles en ont un. Servi par un magnifique sens de la formule, surtout assassine, Jean Clair déconstruit à sa façon maintes mythologies obsolètes en posant la question qui tue : plutôt que de braire sur tous les tons qu’il faut « démocratiser la culture », une foutaise de la plus belle eau, ne faut-il pas plutôt cultiver la démocratie ?
Christopher Gérard http://www.polemia.com
Archaïon
3/12/2012Jean Clair, Le Temps des avant-gardes. Chroniques d’art 1968-1978, La Différence, novembre 2012, 318 pages, 25€.
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Pour François Hollande il n’y a pas d’« islamistes » au Mali
BAMAKO (NOVOpress) – Le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a annoncé jeudi que 1 400 militaires français étaient désormais engagés dans les opérations contre les islamistes armés au Mali. Mardi, François Hollande a estimé que « cette décision était nécessaire. Si ce choix n’avait pas été fait, il serait trop tard puisque le Mali aurait été conquis entièrement », en ajoutant que cette mesure était « légitime et nécessaire ».
Dès le 12 janvier, l’hôte de l’Elysée déclarait : « La France, à la demande du président du Mali et dans le respect de la Charte des Nations unies, s’est engagée pour appuyer l’armée malienne face à l’agression terroriste qui menace toute l’Afrique de l’Ouest ».
Dans la bouche de François Hollande (photo), pas question d’appeler un chat un chat : la France ne combat pas des « islamistes », mais des « terroristes ». Une rhétorique qui plaît au Conseil français du culte musulman. Son représentant, Mohammed Moussaoui, s’est félicité que le chef de l’Etat évite « à juste titre (…) de qualifier d’islamistes les éléments terroristes visés par l’intervention ». Ajoutant : « Le CFCM salue cette précaution utile et nécessaire du Président de la République dans le choix des mots, écartant ainsi tout amalgame et toute confusion entre islam et terrorisme ».
Pour le journaliste, Ivan Rioufol, « la République n’ose donc pas dire clairement qu’elle fait la guerre à des terroristes islamistes, de crainte de froisser la susceptibilité de musulmans français et notamment d’un Conseil qui s’aveugle volontairement sur le profil des jihadistes du Mali. Cette réticence de l’Etat à appeler par son nom un ennemi identifié laisse voir un pouvoir intellectuellement prisonnier du politiquement correct et de ses accusations en islamophobie. L’islam radical en est le scandaleux bénéficiaire ».
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Culture de l'otage
On sait que les peuples n'accordent pas tous la même valeur à la vie. Certains à la leur-propre, d'autres à celle d'autrui. Des peuples se sacrifient pour la survie de l'espèce (ou de leur nation), d'autres sont prêts à tous renoncements pour sauver une vie chez eux. Quelque soit le cheminement, à la fin on compte et recompte : il n'est pas rare que les scores soient comparables dans les deux approches, la seconde ajoutant un léger différé. On en vient donc à la "culture de l'otage".
Parmi les grandes nations, la Russie, l'Iran, la Chine considèrent que l'otage est individuellement mort quand il est pris ; s'y ajoute un soupçon de culpabilité au sens où il est socialement un désordre. Souvenons-nous que la doctrine d'emploi des états-majors soviétiques étaient de rayer du tableau des disponibilités tout régiment engagé au combat, quelle qu'en soit l'issue. Deux mille types étaient "morts" en recevant l'ordre de route ! Ces nations intègrent plus que nous la précarité de la vie et cette approche influe beaucoup sur la dépense allouée pour sa préservation. Dans le cas qui va nous occuper, la prise d'otage ne fait que déplacer le curseur du pronostic caché en hâtant la réalisation. Le malheureux meurt simplement plus tôt.
L'Algérie a été influencée par l'Union soviétique dans son cadre étatique et ses forces d'intervention anti-terroriste intègrent le concept du curseur. Aussi dans le cas de l'affaire de Tiguentourine, on pouvait prédire presque à coup sûr que le dénouement ressemblerait à la libération de l'opéra de Moscou (23.10.2002) ou celle de l'école primaire de Beslan (01.09.2004). La presse se fait très largement l'écho des récriminations occidentales et japonaises sur le carnage avéré d'hier pour qu'il ne soit pas nécessaire d'user ce clavier à réciter le déroulé de l'opération. Par contre on peut analyser la "politique anti-terroriste" de l'Etat algérien qui met en cause la nôtre.
garde-frontière algérien
La guerre civile algérienne (1992-1994) fut une rude école de contre-terrorisme pour les commandements de terrain à deux motifs : la fracture sociale était verticale et remontait des communautés de base jusqu'au sommet de l'Etat. Les jeux de pouvoir en période troublée ont considérablement compliqué le travail des forces de l'ordre. Secondement, l'ennemi avait embrassé une culture de mort qui se traduisait par la mise en massacres de la terreur territoriale pour capturer vivres et soutiens des villageois, culture qui immunisait l'instinct de conservation des djihadistes en leur promettant la lune au-delà du péril. Il s'en est suivi une déshumanisation de l'adversaire considéré comme une "bête féroce" et donc un gibier en soi !
Les quarante otages occidentaux (mais pourquoi fait-on ce genre de tri ?) ne se doutaient pas que le curseur de leur avenir venait de raccourcir leur vie, habitués qu'ils sont à ce que leurs gouvernements se couchent et transfèrent les sous après une période de latence convenable ; sauf peut-être certains plus accoutumés aux moeurs sécuritaires algériennes, comme les Français. Restent les motifs du Cheikh borgne¹.
Il est certain que le raid d'AQMI a été préparé depuis plusieurs semaines dans un district incontrôlé du Fezzan libyen (sinon sur le plateau du Tinrhert au sud). Former la colonne, l'armer, prend du temps et se sait. Il y a eu aussi un déficit de renseignement de base sur toute la zone qui va avoir des conséquences sur le tableau d'avancement.
Pourquoi choisir le site protégé de Tiguentourine, à seulement trente kilomètres derrière les gardes-frontière algériens qui patrouillent entre Ghadamès et Ghat ? Sachant que l'Etat ne se pliera pas aux exigences - il ne l'a jamais fait - on peut raisonnablement avancer que le choc devait paralyser les opérations pétrolières et gazières au Sahara, effrayer les majors occidentaux qui les conduisent, déconsidérer les garanties de sûreté qui leur étaient données par Alger. L'horreur de quelques décapitations filmées aurait atteint son but. Répété une ou deux fois sur d'autres sites industriels, ce type de raid devait entraver gravement les rentrées d'exportation, puisque 97% proviennent des hydrocarbures. Il était permis d'en prédire l'augmentation du mécontentement populaire qui couve toujours sous la braise apparemment éteinte, préludant un embrasement du type printemps arabe propice aux fondamentalistes. La revendication de la libération de cent djihadistes détenus par Alger ou la requalification de l'opération en représailles de l'engagement français au Mali, c'est du pipeau.
Il est trop tôt pour savoir si la mise en insécurité des exploitations pétrolières du Sahara algérien a été atteinte. Il faut attendre les décisions des majors de la profession. Elle sera certaine si un deuxième Tiguentourine arrive dans quelques semaines. Les autorités algériennes s'en doutent !
http://royalartillerie.blogspot.fr/
(1) Belmokhtar, alias «Belaouar», ou «Khaled Abou El Abbès», ou encore «Laouer», est né le 1er juin 1972 à Ghardaïa, dans le Nord de l’Algérie. En 1991, à l’âge de 19 ans, il part se former au combat en Afghanistan. C’est là qu’il aurait perdu son œil gauche, qui lui a valu le surnom de «cheikh borgne». A son retour, il participe à la guerre civile au sein des Groupes islamiques armés (GIA) algériens. Sa vie son oeuvre, grâce à Paris-Match.
Le chef de groupe qui a attaqué la base-vie du site gazier s'appelle Tahar ben Chened. -
Décadence, misère et grandeur de l'autorité
« L'esprit confronté à sa propre immanence se découvre promis à un néant dont plus rien ne semble dorénavant le séparer »
Victor Nguyen
Ces quelques mots de Victor Nguyen résument l'effroyable position intellectuelle dans laquelle se trouvait enfermée une fraction considérable des hommes de lettres de la fin du dix-neuvième siècle, la fraction la plus visible, la plus célèbre et indubitablement la plus talentueuse.
On doit à ce chercheur tragiquement disparu un ouvrage monumental (tant du point de vue des éléments nouveaux qu'il apporte aux historiens qu'à sa qualité littéraire). Aux Origines de l'Action française (1) (publié la première fois il y a exactement 20 ans), au début duquel on trouve une centaine de pages denses et lumineuses dans lesquelles Nguyen traite d'un thème récurrent à l'époque étudiée, La décadence. Véritable cancer moral touchant en premier lieu le microcosme des Lettres et des intellectuels. Et parmi ceux-là, tout particulièrement, ceux qui paradoxalement se relèveront plus tard avec le plus de ferveur au crépuscule de leur vie.
NIHILISME ET DÉCADENCE
Nous savons que la notion de nihilisme fut empruntée par Nietzsche à Paul Bourget, créateur de celle-ci alors qu'il débutait son immense œuvre de reconstruction morale, initialement toute personnelle, via l'étude psychologique de ses contemporains (2) On comprend à quel point ce terme est étroitement lié au concept, certes équivoque, de décadence. Cependant, et c'est là un point commun qui unit un grand nombre d'écrivains de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, Bourget lui-même souffre davantage du reflux brutal de la vigueur romantique qui aurait jeté dans la plus noire déréliction la "populace" contemporaine, composée d'individus vaniteux et incroyants, véritable heimatlos étiquetés ; « français et catholiques » mais en réalité, imperméables à toute transcendance. Pourtant, Bourget lui-même a longtemps espéré que la Révolution pourrait procéder encore en son temps à une régénération morale élitiste comme populaire.
« Républicain, Paul Bourget l'a été et l'est encore à l'heure où il procède à ce bilan. Aux derniers jours de l'Empire, jeune bourgeois du Quartier latin, il a détesté le régime de Napoléon III, il a applaudi à sa chute. Puis il a rêvé d'un grand râle littéraire dans la régénération française qui s'annonçait : Rétablir la République par le drame, évoquer Saint-Just, porter la Révolution sur la scène, quel trait de génie. » (3) Mais son désenchantement est à la mesure de cette exaltation. « Paradoxalement, l'attitude de Bourget se modifiera, dans la mesure où il était éminemment un moderne, un artiste particulièrement sensible aux courants qui traversent son époque. » (4). Observant peut-être l'absence de dynamique révolutionnaire, l'inertie politique des forces républicaines soucieuses de se maintenir au pouvoir via le conservatisme, Bourget rejette enfin ces épuisantes ardeurs qui lui donnaient l'impression de vivre, de participer personnellement à la construction d'un "Tout" en se surpassant et pour se surpasser.
PESSIMISME UNIVERSEL
« Bourget qui vit de sa plume, a conscience de n'avoir pas donné encore sa mesure. Il ne pénètre aussi intensément l'inquiétude de ses contemporains qu'en analysant la sienne et, en la portant au grand jour, il saisit (ou croit saisir) quasi expérimentalement sur sa propre personne les progrès du mal. » (5)
Ce mal serait le pessimisme universel, le sentiment de l'impuissance finale de l'homme face à son destin.
« Et en 1880, l'analyse gagne en précision : par le mot décadence, on désigne volontiers l'état d'une société qui produit un trop petit nombre d'individus propres aux travaux de la vie commune. » (6) Le mal est identifié. Et il prolifère. La cause de cette désaffection résiderait dans la généralisation de l'individualisme faisant disparaître paradoxalement les fortes individualités au profit des unités "atomiques" interchangeables. Un individualisme qui se nourrit essentiellement de l'implosion de l'autorité.
« La vie moderne, impuissante à les créer, conduit au nihilisme, parce que l'homme contemporain découvre avec angoisse que rien en lui, ni hors de lui, ne l'a préparé à affronter virilement son destin. » (7)
Ce sentiment diffus contaminant un Renan, un Taine, un Huysmans, un Villiers de l'Isle-Adam, un Baudelaire (s'en délectant) ne découle pas d'une source définie, que l'on pourrait facilement dégager mais d'un ennui, lourd et pesant succédant à une euphorie collective provoquée par les "folies" de la Révolution et de ses prolongations, de la grande épopée napoléonienne, sujet romantique par excellence, des soubresauts de 1830 et de 1848. Après trop d'excitation, n'est-il pas naturel de subir douloureusement ou mélancoliquement une phase dépressive qui ne serait que l'antithèse obligée des excès passés ? Lorsque l'Histoire ne semble plus se dérouler suffisamment rapidement pour les âmes s'étant habituées à la "célérité", et à l'audace, l'utopiste, de leurs dirigeants, celles-ci n'apprécient plus, dans toute sa mesure la "grave" et prétendue sagesse de cette République qui souhaite renouer avec ses "bases", d'un Thiers pour qui « la science de gouverner est toute dans l'art de dorer les pilules » (sic).
LA DÉFAITE DE 1870 : UN EFFET DE LA DÉCADENCE
Ce décadentisme, souvent perçu d'une manière hyperbolique, n'est pourtant pas né ex nihilo. Il est en effet aisé d'appréhender la crise d'identité rongeant jusqu'à la névrose (notion déjà éminemment moderne) les individus, engagés peu ou prou, ayant vécu les grands drames historiques comme des épreuves toutes personnelles. Même si ce phénomène s'est aussi transmuté en une mode littéraire à travers laquelle la dénonciation du mal n'était pas toujours évidente, ou pis où l'on pouvait y découvrir une certaine complaisance ou une morne désinvolture devant l'objet étudié, force est d'admettre que ce sentiment d'agonie interminable s'enracinait à travers toutes les franges de la population. Argument expérimentalement vérifié en 1870 quand le corps même du pays et non plus seulement son "esprit" semblait désormais affecté par le mal.
« Sans surgir, loin de là, de la défaite de 1870, la décadence en a reçu un surcroît de postulation. Jusque-là image ou idée, elle s'est cristallisée alors au plan collectif. »(8)
Sur ce point Nguyen cite la mise en garde d'Alexandre Dumas fils :
« En mars 1873, dans la préface de La Femme de Claude, qu'il dédie au vieil Orléaniste Cuvillier-Fleury, Alexandre Dumas fils s'adresse au pays tout entier.
"Prends garde ! Tu traverses des temps difficiles ; tu viens de payer cher, elles ne sont même pas encore payées, les fautes d'autrefois ; il ne s'agit plus d'être spirituel, léger, libertin, railleur, sceptique et folâtre ; en voilà assez pour quelques temps au moins. Dieu, la Patrie, le travail, le mariage, l'amour, la femme, l'enfant, tout cela est sérieux, très sérieux. »(9)
Représentent-ils les postulats premiers à partir desquels la science politique devrait bâtir toute "idéologie", toute action et toute représentation de notre société ?
La traumatisante défaite de 1870 est ainsi considérée non comme la cause essentielle de la décadence mais, pis, comme son effet.
« Elle signifie une angoisse que le relèvement rapide ne suffira pas à calmer : une possible Finis Franciae. » (10)
Emile Montégut pense saisir les racines profondes du mal qui seraient principalement politiques, les plus douloureux malheurs de la nation pouvant être expliqués par l'hypertrophie étatique, l'ultra-centralisation jacobine faisant de la Patrie un colosse aux pieds d'argile, où l'autorité nécessaire et vitale s'est évaporée.
« Tous les éléments sociaux, c'est-à-dire ce qui donne à un pays fixité et continuité, ont été tour à tour déracinés : il n'y a plus qu'un amas de poussière désagrégée et impuissante. Dans un tel milieu social, l'Etat seul a volonté, faculté de commander, et chance d'être obéi ; malheureusement, dès que le ressort de l'Etat se brise, toute direction disparaît, et les destinées de la nation sont soumises à l'intelligence du hasard ». (11) Derrière le constat de ces "décombres", on relève l'alternative politique de l'auteur, implicitement dévoilée, décentralisation, il oppose et chérit le patriotisme et les pays charnels. « Montégut qui dresse ce bilan tout renanien, politiquement s'entend, remarque que révolution et patrie sont deux nouons contradictoires : "Le jour même où la France sacrifia l'idée de patrie à l'idée d'humanité, l'ancienne maison royale tomba". » (12)
NOMBREUSES CONVERSIONS AU PROTESTANTISME
La décadence apparaissant désormais comme une réalité incontestable, c'est la Révolution en bloc qui est dans la ligne de mire d'une certaine élite littéraire considérant ses principes comme funestes ou, au moins, fondés sur une douteuse métaphysique détachée de toute scientificité dont les conséquences seraient de provoquer l'instabilité permanente dans le Pays. « Peut-être va-t-on percevoir que depuis cette date (1789) notre existence n'a été qu'une suite de hauts et de bas, une suite de raccommodages de l'ordre social, forcé de demander à chaque génération un nouveau sauveur. Au fond, la Révolution française a tué l'abnégation de l'individu, entretenue par la religion et par quelques autres sentiments idéaux. » (13)
Devant ce spectacle éloquent, deux solutions d'importance s'offrent à ceux qui en souffrent. La première convient aux intellectuels restés fidèles aux principes individualistes et libéraux, et qui, par ailleurs, ne sont pas des "nostalgiques" mais des utopistes inconscients et égoïstes : la conversion au protestantisme. « Puisque l'Eglise se repliait sur elle-même dans une anxiété obsidionale, écrit Nguyen, le protestantisme parut pouvoir se muer en religion de remplacement. Ne paraissait-il pas, partout dans le monde, facteur de progrès et de liberté autant que d'ordre et de stabilité ? N'y avait-il pas une essence commune à la Réforme et à la Révolution, également protestation de la conscience individuelle ? Déplus le protestantisme semblait mieux se concilier avec la science et la raison modernes qu 'un catholicisme suranné et attaché aux valeurs d'obéissance et d'autorité. »
Mais « défaite militaire, soucis politiques et sociaux, inquiétudes intellectuelles et religieuses convergent alors pour faire du protestantisme dans la République cet Etat dans l'Etat que la polémique de droite (elle n'est pas seule) se plaît à généraliser et à dénoncer ». (14)
La deuxième solution connue pour sortir de cet état de déréliction est, au contraire, l'acceptation des "lois" sociales régissant d'une manière organique la société entière, et par conséquent le rejet de l'individualisme et du libre, examen protestant. On comprend en outre : que les multiples conversions au protestantisme d'individus représentant l'élite intellectuelle d'une nation recréée et imaginée exaspèrent ceux qui ont fait un choix "spirituel" diamétralement opposé et alimentent de fait la somme argumentaire des antilibéraux. La France des "organicistes", nourrie des réflexions des grands auteurs contre-révolutionnaires, représente en effet une "totalité" à laquelle on ne peut rien retrancher. La société bourgeoise ayant échoué à se transfigurer, l'alternative maistrienne gagne alors en crédibilité pour les patriotes de droite, fatigués, privés d'être par l'effacement de toute transcendance.
L'AUTORITÉ BAFOUÉE DU PATER FAMILIAS
En utilisant la grille de lecture socio-historique élaborée par Auguste Comte, nous pouvons dire que la France en particulier est passée brutalement de l'état théologique et traditionnel à un état métaphysique où les anciennes autorités ont été sapées voire physiquement exterminées. L'état métaphysique est le stade de la spéculation intellectuelle et de l'individualisme triomphant, celui dans lequel tout doit disparaître, la religion des pères, la patrie, les communautés, la famille, les principes transcendants. Un état, qui s'appuie sur une rationalité et un cartésianisme arrogants, postulant arbitrairement que l'atome unique de la société, son seul composant, est l'individu brut et ses intérêts les plus égoïstes. Cette étape métaphysique, qui n'en finit plus, est donc en premier lieu la matrice du désenchantement du monde, celle ayant rendu et rendant encore les masses "axiosceptiques" (imperméables à tout principe transcendant), incrédules et surtout sourdes aux propos tenus par les émissaires de la vérité.
Il est bien évident que l'étape métaphysique, sur le plan strictement intellectuel (précisons-le), était une phase inévitable. L'expansion de la science et de la philosophie grandiloquente a subjuguâtes masses comme le microcosme intellectuel du pays. Un phénomène violent qui s'explique également dans une certaine mesure, par l'ancienne routinisation du monde "ancien" dont l'autorité ne découlait principalement que du pouvoir traditionnel, d'un pouvoir qui manquait, à son terme, de la puissance d'une saine et nécessaire domination charismatique. Mais aussi par une centralisation qui ne cessait de s'amplifier avant-même la Révolution. Comme l'indique le sociologue conservateur américain Robert Nisbet, « ce qui sépare les rétrogrades (Maistre, Bonald auxquels nous, pouvons ajouter Burke) des révolutionnaires, c'est essentiellement leur attachement respectif aux philosophies du pluralisme et de la centralisation. Par essence la doctrine, rétrograde, fondée sur les valeurs médiévales, prône la distribution des centres politiques, c'est-à-dire le pluralisme des sources d'autorité — communauté locale, famille, corporation et toutes les autres institutions d'où émanent la coutume et la tradition. »
Et l'on saisit aisément avec Burke la supériorité du système, médiéval sur la centralisation jacobine : « Nul n 'a jamais été lié par un sentiment de fierté, de prédilection ou de véritable affection à une description de surfaces géométriques. [...] C'est au sein de la famille que naissent les affections publiques [...]. Puis elles s'étendent au voisinage et à ceux que nous avons coutume de rencontrer dans notre province. » Pour Bonald, la monarchie reconnaît l'autorité exercée par les différents groupes sociaux et religieux qui existent au sein de la société, ce que ne fait ni ne peut faire la démocratie qui repose sur la doctrine révolutionnaire de la volonté générale. L'intérêt de la démocratie est de dissoudre toute forme d'autorité locale et de dévaluer le symbole suprême de cette autorité, le père. « Dans les aristocraties, écrit Tocqueville dans De la démocratie en Amérique, le père n'est pas seulement le chef politique de la famille ; il y est l'organe de la tradition, l'interprète de la coutume, l'arbitre des mœurs. On l'écoute avec déférence, on ne l'aborde, qu'avec respect, et l'amour qu'on lui porte est toujours tempéré par la crainte. »
De fait, le père représente le premier élément social qui exerce une pression salvatrice sur l'individu. Une pression salvatrice, en effet, car comme l'a démontré, Emile Durkheim (avec de nombreuses données, éléments factuels, statistiques), « libérer l'individu de toute pression sociale, c'est l'abandonner à lui-même et le démoraliser ».
François-Xavier ROCHETTE. Rivarol du 2 décembre 2011
1.) Victor Nguyen, Aux Origines de l'Action française, Intelligence et politique à l'aube du Vingtième siècle, Paris, Fayard, 1991.
2.)Paul Bourget, Essais de psychologie contemporaine, Paris, Lemerre, 1886.
3.)Ibid, page 36.
4.)Ibid, page 36.
5.)Ibid, page 37.
6.) Ibid, page39.
7.) Ibid, page 39.
8.) Ibid, page 40.
9.) Ibid, page40.
10) Ibid, page 42.
11) Cité-par Victor Nguyen P. 57.
12)Texte des Goncourt cité par Nguyen (page 72) qui ne précise pas ses références.
13), Ibid, page 89. -
Des comptes très opaques : La paix sociale a un prix un milliard d'euros archive 2008
Jamais les syndicats n'ont eu aussi peu d'adhérents et jamais ... ils n'ont eu autant d'argent : ils dépenseraient chaque année un milliard d'euros ! Dont les trois quarts ne proviennent évidemment pas des cotisations. L'État, comme les entreprises, alimentent les caisses, libèrent du temps syndical. Les salariés y gagnent peu. La paix sociale beaucoup ...
Le numéro 2 du Medef, patron de la très puissante Union des industries et métiers de la métallurgie (UlMM) pris la main dans le sac, retirant des fonds en liquide pour les verser... aux syndicats ! L'affaire Gauthier-Sauvagnac, débutée au mois d'octobre dernier et en cours d'instruction, est tombée à point pour tempérer quelque peu leurs ardeurs belliqueuses. Et pour cause ! Il est assez difficile de prétendre à l'indépendance, quand on se laisse graisser la patte par son interlocuteur privilégié... Certes, les responsables confédéraux ont nié ; mais combien de Français les croient-ils ? Le bon peuple y trouve, au contraire, une confirmation de ce qu'il savait déjà : les syndicats font partie intégrante du système et en « croquent » en veux-tu, en voilà !
Dispensés de payer l'impôt et de publier leurs comptes !
La question récurrente de leur financement est, du coup, redevenue d'une brûlante actualité. Philippe Cochet, député UMP du Rhône, a déposé une proposition de loi visant à imposer plus de transparence ; et la commission Attali s'est aussi emparée du sujet. Le parlementaire et la commission s'accordent sur la nécessité d'obliger les syndicats à tenir une comptabilité précise. Si elle aboutissait, cette réforme introduirait une révolution dans le Landerneau social : car la loi Waldeck-Rousseau de 1884, qui régit encore ces organisations professionnelles, les dispense à la fois de payer l'impôt et de publier leurs comptes !
Comme le confirmait, dans un rapport remis au gouvernement en mai 2006, Raphaël Hadas-Lebel, président de section au Conseil d'État : « Le financement des organisations syndicales est caractérisé par une grande opacité : aucun document public ou administratif porté à notre connaissance ne présente de synthèse des ressources financières des syndicats en France, ni même des mécanismes de financement. » Dès lors, il est impossible de connaître exactement l'ensemble des fonds que perçoivent les syndicats, ni leur origine.
Reste une certitude, déjà soulignée par une enquête du Nouvel Observateur publiée en février 2002 : « En vingt ans, le syndicalisme français a perdu la moitié de ses troupes. Et pourtant jamais les centrales n'ont été aussi riches. » En effet, le taux de syndicalisation parmi les salariés français est aujourd'hui inférieur à 8 %. En regard, selon Dominique Labbé, chercheur, spécialiste du syndicalisme, la CGT disposerait de 10 000 permanents ; la CFDT de 8 000 à 10 000 ; Force ouvrière, de 7 000 ; la CGC et la CFTC de 3 000 chacune. Au total, une trentaine de milliers d'emplois à temps plein. Qui paie ?
Certainement pas les cotisations des adhérents. La CFDT, seule centrale à publier des comptes sur internet, avance le chiffre de 65,11 millions d'euros de cotisations perçues et prétend, comme chaque année, qu'« en 2006, cotisations et autres ressources internes assurent près des trois quarts du budget confédéral ». Des affirmations battues en brèche par les experts : pour Bernard Vivier, directeur de l'Institut supérieur du travail (IST), les cotisations des syndiqués couvrent au maximum 20 % des ressources des syndicats.
Le trou de la Sécu n'est pas perdu pour tout le monde
Pour le reste, les organisations font leur miel dans des champs très différents : à la manne qu'elles recueillent contribuent l'État, les collectivités territoriales, le Conseil économique et social, les organismes sociaux, les organismes de formation professionnelle, les entreprises privées...
Tout est bon pour remplir la gamelle syndicale ! « Les subventions publiques, les prélèvements sur les organismes paritaires et les avantages tirés des "droits syndicaux" constituent les trois sources principales auxquelles s'abreuvent les syndicats », écrivait Guillaume Desanges dans un article paru clans Valeurs actuelles le 19 octobre dernier. Exemples à l'appui : au chapitre des subventions, en 2005, le ministère du Travail a octroyé quelque 29 millions d'euros à l'ensemble des centrales. Le ministère de l'Agriculture distribue une dizaine de millions aux syndicats agricoles. Le ministère du Budget octroie aux organisations professionnelles quelque 300 millions d'euros, sous forme d'abattements fiscaux, exonérations d'impôt et déductions des cotisations syndicales du revenu imposable...
Au total, combien l'État met-il au pot ? « Si l'on met bout à bout toutes ses subventions, c'est au bas minimum 472 millions d'euros qui passent chaque année de la poche des contribuables aux caisses des syndicats, » estimait en mai 2002 le mensuel Capital, dans un dossier consacré à « L'Argent secret des syndicats ». Il n'y a guère de chance que ce chiffre ait diminué.
Côté Sécu, retraites et formation professionnelle, le gâteau est d'autant plus tentant que la gestion paritaire permet d'y accéder facilement. À elle seule, la Direction générale du Travail attribue chaque année 30 millions d'euros aux centrales, au titre de la formation des syndicalistes. Et Capital constatait déjà en 2002 que « les caisses de retraite et la Sécu prélèvent sur les cotisations une bonne cinquantaine de millions d'euros pour les syndicats. » Le fameux « trou » n'est pas perdu pour tout le monde... Encore ne s'agit-il sans doute là que de la partie émergée de l'iceberg.
Organismes de droit privé cogérés par les centrales et le patronat, les caisses de retraite complémentaires ont besoin de l'accord des syndicats pour prélever des cotisations sur les feuilles de paye des salariés. Elles font donc assaut de séduction pour s'attirer les bonnes grâces des organisations : subventions couvrant les « frais de paritarisme », achat de pages de publicité dans la presse syndicale ou de stands dans les congrès, rémunération de « conseillers techniques » ou de permanents syndicaux, fourniture de matériel informatique, etc.
Les organisations syndicales (et patronales... ) complètent ces gains en recourant à quelques « trucs » : par exemple en trafiquant les justificatifs ouvrant droit aux subventions octroyées par les caisses de retraite au titre de la formation de leurs administrateurs, ou en ponctionnant les cotisations salariales...
Les avantages liés aux « droits syndicaux » concernent en particulier les locaux et moyen matériels qu'entreprises et administrations sont tenues de mettre à la disposition des syndicats, mais aussi et surtout les délégations de personnel, les emplois détachés, décharges de service et autres autorisations d'absence. Selon l'Institut supérieur du Travail, 20 000 emplois équivalent temps plein sont payés par le secteur public, ce qui représenterait une « aide » de plus de 500 millions d'euros par an ! La SNCF mettrait à la disposition des syndicats quelque 1700 cheminots, l'Éducation nationale 2 500 personnes, et le ministère de l'Intérieur, pas moins de 1 400 agents, soit un policier sur cent. Parmi les « stars », Jean-Claude Mailly, le patron de FO, est payé par la Sécu, et Bernard Thibaut salarié par la SNCF.
Pour 750 millions d'euros, t'as la paix sociale !
Les entreprises privées ne sont pas en reste. Mise à disposition des syndicalistes de Laguna (Renault), gains d'ancienneté, congés supplémentaires et heures sup (Véolia), fournitures de véhicules de fonction, avec cartes d'essence et de péage (Eiffage) : les exemples cités par Capital dans une « Enquête sur l'argent noir des syndicats » publiée en décembre 2007 ne laissent entrevoir qu'une faible partie de la réalité. L'affaire Gauthier-Sauvagnac permet de mieux l'appréhender : une caisse noire de 600 millions destinée aux bonnes œuvres en faveur des salariés grévistes et des entreprises victimes de conflits sociaux, 18 à 20 millions d'euros en liquide tirés entre 2000 et 2007 pour servir « au financement de différents organismes qui font partie de notre vie sociale », a indiqué l'ancien patron de l'UIMM. Qui dit mieux ?
D'autres sources de financement viennent encore gonfler la tirelire. Au Conseil économique et social, par exemple, siègent 67 syndicalistes (CFDT, CGT, FO, CFTC, CGC et Unsa) qui abandonnent leur indemnité (entre 2 838 et 3 129 euros nets mensuels) à leur syndicat. Par ce biais, les six organisations concernées se partagent, au prorata du nombre de leurs conseillers, une manne comprise entre 2 282 000 et 2 516 000 euros par an. Les Comités interprofessionnels du logement (CIL), cogérés par le patronat et les syndicats, et financés par le 1 % logement, absorbent en « frais de fonctionnement » un tiers du 1,3 millions d'euros qu'ils récoltent annuellement. Une partie de cette somme alimente les caisses des syndicats et du patronat.
Les Comités d'entreprise apportent aussi leur écot au financement des fédérations. L'affaire de la Caisse centrale d'activités sociales (CCAS) d'EDF, en 2003, a illustré les dysfonctionnements auxquels donne prise ce système. Totalement contrôlé par la CGT, le comité d'entreprise d'EDF est financé sur les factures payées par les consommateurs. Disposant d'un budget de 400 millions d'euros, il emploie 3 500 permanents. L'enquête diligentée après la révélation des tripatouillages de la CGT et du PCF par le nouveau directeur de la CCAS a fait état d'emplois fictifs, de surfacturations de contrats passés avec des sociétés complices, de subventions distribuées à des organismes amis, du financement de la sono de la campagne présidentielle de Robert Hue en 2002, etc.
Et la liste est loin d'être exhaustive. Capital pose le problème de fond : les dépenses totales des syndicats sont estimées à un milliard d'euros ! Leurs ressources officielles, entre les cotisations, les subventions et la vente des produits dérivés, ne dépassent pas 250 millions. Il faut bien trouver le reste (750 millions d'euros donc !) quelque part...
Or. l'écart entre les ressources considérables des syndicats et la minceur de celles provenant des cotisations des adhérents a des conséquences sur l'esprit même du syndicalisme. « Cela a conduit à une professionnalisation des activités syndicales, à la multiplication des postes de permanent (alors même que le nombre des adhérents s'effondrait), à la perception d'aides, de subventions, d'indemnités de nature diverse, de mises à disposition de personnels, rendant en fin de compte le recrutement de nouveaux adhérents moins important pour l'équilibre des recettes et des dépenses », analysent les chercheurs Dominique Labbé et Dominique Andolfatto sur le site de l'Institut supérieur du travail. « Au passage, les nouvelles tâches institutionnelles ont pu sembler plus nobles que la "rencontre" exigeante avec les salariés de base. Cela a creusé une certaine distance doublée de méfiance réciproque entre les salariés et les syndicats. » Le syndicalisme français mourra-t-il de subventionnite ?
Pierre-Jean Rivière Le Choc du Mois Février 2008 -
Apprendre à lire, écrire et compter dans les petites écoles d’Ancien Régime (XVIIe-XVIIIe)
Lire, écrire et compter sont les trois rudiments élémentaires enseignés dans les petites écoles de l’Ancien Régime, qui ont vu naître la pédagogie moderne (utilisation des images, du jeu comme moyen d’apprentissage). Si le catéchisme, la prière et les leçons de civilité tenaient la première place dans ces petites écoles, la lecture et l’écriture n’étaient pas oubliées.
L’école est alors à la charge de l’Église, et tenue soit par un maître – voire une maîtresse – nommé par le curé de la paroisse avec la communauté des habitants, soit par une congrégation enseignante, soit quelquefois par le curé lui-même. Dans les campagnes, les habitats destinés spécifiquement à l’éducation des enfants sont extrêmement rares, la communauté décidant de se lancer dans cette coûteuse entreprise devant obtenir l’accord de l’intendant qui menait enquête sur le besoin scolaire. De ce fait, la salle de classe est installée dans le logement du maître (dans la grande majorité des paroisses), parfois dans une grange ou sous le porche de l’église. Rappelons enfin qu’une infime minorité des élèves scolarisés dans ces petites écoles accèdent au collège : la petite école n’est pas une passerelle, et d’ailleurs bon nombre d’enfants la quittent avant la fin de l’apprentissage.
I. L’encadrement des élèves
Tenir sa classe n’est pas chose aisée sous l’Ancien Régime, d’autant qu’il n’est pas exceptionnel que le maître d’école ait plus de cent élèves, tous niveaux confondus, à gérer ! A une certaine anarchie qui caractérise les petites écoles du XVIe se substitue une discipline de fer à partir du XVIIe. L’espace est quadrillé : les élèves sont classés en fonction de leur niveau, avec un espace pour les nouveaux, et un pour les cancres (le « banc d’infamie » avec le bonnet d’âne ou un âne peint). Garçons et filles sont séparés dans deux salles différentes, parfois simplement sur des bancs différents.
L’enfant est constamment surveillé. Le pédagogue Jacques de Batencour, dans l’Escole paroissiale (1654), va jusqu’à conseiller au maître, si sa chambre est au-dessus de la classe, d’installer un treillis de bois d’où il pourra observer les écoliers sans être vu. Mais le maître à surtout recours à des relais pour la surveillance puisqu’il ne peut pas surveiller seul ce qui peut être une centaine d’élèves. Batencour conseille au maître de déléguer la surveillance à deux observateurs qui noteront sur un bout de papier le nom des enfants indisciplinés : ceux qui parlent, ceux qui poussent les autres, ceux qui ne sont pas dans le rang. Ces deux observateurs doivent être choisis parmi « les plus fidèles et les plus avisés ». A chaque coin de l’école, un admoniteur doit annoncer tout haut le nom des élèves qui parlent, n’écrivent pas ou badinent, le maître pouvant alors punir. Deux intendants sélectionnés parmi « les plus grands, les plus zélés et affectionnés à l’école » ont la surveillance de tous les autres officiers.
Jean-Baptiste de La Salle (auteur de la Conduite des écoles chrétiennes, 1706) reprend la hiérarchie politique romaine antique mise en place par les Jésuites dans leurs collèges avec les titres d’empereur, censeur, préteur, consul, prince des décurions, maîtres des prodécurions, sénateurs, décurions et prodécurions. L’unité de travail est le banc, chaque officier ayant en charge l’un des bancs ; les officiers supérieurs font réciter les officiers inférieurs. Cette structure pyramidale est une manière de tenir la classe et de récompenser les meilleurs élèves par l’octroi de titres qui devaient les rendre fiers !

Carte tirée de L’éducation en France du XVIe au XVIIIe siècle (R. Chartier, D. Julia, M.-M. Compère ; cf. sources), p. 17.La France scolaire du baron Dupin : Le baron Charles Dupin réalisa la première carte du tissu scolaire en France, plus précisément de la fréquentation scolaire (1826). Il y voit deux France : une France du Nord-Est instruite et une France du Sud et de l’Ouest « obscure » séparées par une ligne reliant Saint-Malo à Genève. Cette démarcation est valable sous l’Ancien Régime, le nombre d’individus sachant, à la fin du XVIIe et au XVIIIe, signer dans les registres paroissiaux (seul moyen pour les historiens d’évaluer l’alphabétisation des Français) étant plus élevé au Nord de la ligne Saint-Malo – Genève. En 1827, Dupin publie les Forces productives et commerciales de la France où il établit un lien direct de cause à effet entre l’instruction des masses et le développement économique, contre l’avis des philosophes des Lumières. La France du Nord-Est abrite alors les régions les plus riches et industrieuses tandis que les régions où le tissu scolaire est le moins dense sont souvent pauvres et mal-payantes (Bretagne, Massif central, Loire,…).
II. Lire

Abécédaire provençal
du début du XVIIIe.L’apprentissage de la lecture est l’activité essentielle des petites écoles et la seule que certains enfants connaîtront : ils ne resteront pas assez longtemps pour apprendre à écrire. Cet apprentissage dure normalement trois ans. L’Escole paroissiale de Jacques de Batencour indique un apprentissage divisé en plusieurs étapes. D’abord, il faut enseigner aux enfants à connaître les lettres ; puis leur apprendre à assembler ces lettres pour former des syllabes et enfin épeler les syllabes pour en faire des mots. Jean-Baptiste de La Salle quant à lui décrit pas moins de neuf degrés dans l’apprentissage : successivement « Carte d’alphabet » (2 mois), « Carte des syllabes » (1 mois), « le Syllabaire » (5 mois), « Épellation dans le 1er livre » (3 mois), « Épellation et lecture dans le 2e livre » (3 mois), « Lecture seule dans le 2e livre » (3 mois), « Lecture dans le 3e livre » (6 mois), « Lecture en latin dans le Psautier » (6 mois) et « Lecture dans la Civilité » (2 mois).
L’épellation fait l’objet de débats. Les pédagogues Arnauld et Lancelot écrivent dans la Grammaire générale et raisonnée de 1660 qu’il vaut mieux apprendre aux élèves les lettres par leur prononciation. Cette méthode gagne rapidement du terrain face à la précédente. Les Frères Tabourin dans les classes qu’ils ouvrent au début du XVIIIe nomment les consonnes en y ajoutant seulement un « e » muet et non un « é » (par exemple « be » au lieu de « bé », « me » au lieu de « ém »).
III. Écrire
L’apprentissage de l’écriture suppose un certain matériel : du papier, de l’encre (mise dans des cornets de plombs fixés sur la table) et un canif et deux plumes d’oie apportés par l’élève. La taille de la plume est déjà un exercice en soi que l’auteur de l’article consacré à ce sujet dans l’Encyclopédie décrit avec détail. L’élève doit apprendre à bien positionner son corps : ni trop penché, ni trop droit avec le bras gauche posé à l’aise sur la table. Jean-Baptiste de La Salle écrit que le maître doit mettre lui même l’écolier dans la bonne posture et chaque membre au bon endroit. L’élève doit enfin apprendre à bien tenir la plume. Pour leur apprendre à bien la tenir, Jean-Baptiste de La Salle propose de substituer au départ à la plume un bâton de même grosseur avec des crans marquant l’endroit où poser les doigts. L’élève apprend d’abord à former certaines lettres : les lettres C, O, I, F, M pour La Salle. Après ces rudiments, l’écolier apprend les notions de hauteur, largeur et pente des écritures, la distance des lettres et des lignes.
Le maître ne doit faire remarquer à l’élève que deux ou trois fautes à la fois, même s’il en a fait davantage sans quoi il serait embrouillé « comme un estomac à qui on donne trop de viandes » (La Salle) : l’élève oublierait tout dans sa confusion. Certaines techniques conseillées par les pédagogues aident à l’apprentissage comme l’utilisation de transparents ou de papiers rayés par ligne et par largeur que l’on place sous la feuille.
IV. Débats pédagogiques et évolution de l’enseignement
● Enseigner le latin ou la langue vulgaire ?
Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, la première langue apprise n’est pas le français mais le latin ! Plusieurs arguments sont avancés à cela : le latin permet de répondre aux offices et de lire l’Écriture et l’on pense que l’apprentissage du latin est plus facile que celui du français, le latin étant à la base du français. D’autre part, un grand nombre d’élèves pratiquent, hors de l’école, les parlers patoisants, qui sont d’une extrême diversité, pouvant varier d’un village à l’autre. Il paraît donc plus judicieux d’apprendre la langue de l’Église, langue universelle et stable.
Saint Jean-Baptiste de La Salle provoque à la fin du XVIIe de vifs débats lorsqu’il propose d’enseigner d’abord à lire la langue maternelle. La Salle renverse l’argument de la facilité en estimant qu’il est plus motivant pour des élèves d’apprendre à lire dans leur langue usuelle qu’en une langue qu’ils ne comprennent pas tout de suite. A cet argument, il ajoute que le latin est vite oublié et d’aucune utilité dans la vie future sauf pour quelques exceptions. La Salle fait publier sans permission un syllabaire français en 1698, le premier du genre si l’on excepte les ABC calvinistes et l’Alphabet francoys, latin et grec de Jean Behourt paru en 1620 et resté sans réédition. Si l’apprentissage dans la langue vernaculaire progresse, certaines écoles continuent d’enseigner l’apprentissage en latin jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
● Enseigner le français plutôt que le patois ?
Au XVIIIe siècle, l’idée fait son chemin chez une fraction des pédagogues d’enseigner le français plutôt que le patois local. Après tout, la langue française stabilisée n’est-elle pas la langue de la législation, des rapports et des injonctions des autorités provinciales dont on doit prendre connaissance ? Ne paraît-il pas anormal que le français soit davantage maîtrisé par les élites européennes que par les Français eux-mêmes ?
Dans son testament pédagogique de 1752, un vieux régent du Praz (Savoie), qui a enseigné pendant 48 ans, conseille à ses collègues d’apprendre à leurs élèves à « parler français, qui est la langue dont on se sert canoniquement et civilement dans ce pays, et qui s’étend dans presque toutes les contrées du monde, outre que la chose la plus essentielle est que les instructions qui se font dans l’église et ailleurs se font en cette langue ; on la pratique en se confessant et lorsque l’on est obligé de parler à un juge, à un intendant et à toutes personnes dont on est obligé de se servir de cette langue générale pour se faire entendre. ».
L’apprentissage du français tend à se répandre dans les provinces où l’on parle majoritairement un patois même s’il semble rester largement minoritaire à la veille de la Révolution.
● Apprendre en jouant (XVIIIe siècle)
A partir du XVIIIe siècle, les pédagogues insèrent du jeu dans les méthodes d’apprentissage. Les enfants peuvent avoir à disposition des lettres découpées, peintes sur des cartes ou gravées sur des boules pour former des syllabes en s’amusant. En 1773, le baron de Bouis propose une méthode où il associe lettres et couleurs et lui donne le titre révélateur de Méthode récréative pour apprendre à lire aux enfants sans qu’ils y pensent. « On peut nommer cette méthode syllabaire joyeux puisque l’enfant est toujours gai ». L’abbé Berthaud propose dans le Quadrille des enfans publié en 1744 d’associer les sons à des images montrant des objets courants. L’enfant apprend à nommer le son avec l’objet qui lui est lié : le son « i » est associé à l’objet « lit », « une » à la lune, « in » au moulin, « cau » à l’abricot. Ces associations de son et d’images se trouvent sur 84 figures coloriées groupées sur des planches insérées dans un livre mais peuvent être aussi découpées et collées. Dans les éditions tardives, ces 84 cartes se présentent sous la forme de fiches mobiles à placer dans des boîtes à compartiments. L’appel à l’image, jugé susceptible d’éveiller l’intérêt de l’écolier, se répand rapidement et est promis à un bel avenir.
Illustrations issues du Roti-cochon ou méthode très-facile pour bien apprendre les enfans à lire en latin & en francois (vers 1680 ?) :




Le Rôti-cochon, peut-être plus célèbre aujourd’hui qu’en son temps (du fait de ses rééditions successives à partir de 1890), est représentatif de cette vague de livres illustrés du XVIIIe, conçus pour accroître l’intérêt de l’élève.
V. Compter
Compter est la dernière étape de l’apprentissage scolaire et nombre d’enfants quittent l’école avant d’apprendre les rudiments du calcul (on n’apprend pas à compter en même temps que l’on apprend à lire ou écrire, mais après). Dans les écoles des Frères des écoles chrétiennes, on apprend successivement l’addition pendant deux mois, la soustraction deux autres mois, la multiplication durant trois mois et la division pendant quatre mois. L’apprentissage des quatre opérations de base est complété par celui de la règle de trois, de la preuve par neuf et des fractions. Cet enseignement n’est néanmoins par présent partout : bon nombre de maîtres ne savent pas aller au-delà de l’addition.
On ne dissocie jamais l’aspect utilitaire : on apprend à compter en livres, sols et deniers et on repère l’intérêt de chaque opération pour chaque profession. Parfois, dans des manuels plus développés, s’ajoutent des règles de conversion des mesures de capacité, ou pour les futurs commerçants le calcul de l’intérêt des sommes prêtées.
Bibliographie :
CHARTIER, Roger ; JULIA, Dominique ; COMPÈRE, Marie-Madeleine. L’éducation en France du XVIe au XVIIIe siècle. Société d’édition d’enseignement supérieur, 1976.
GROSPERRIN, Bernard. Les petites écoles sous l’Ancien Régime. Ouest France, 1984.
LEBRUN, François ; VENARD, Marc ; QUÉNIART, Jean. Histoire de l’enseignement et de l’éducation. 2 – 1480-1789. Perrin, 2003.Gallica (le Rôti-cochon) http://histoire.fdesouche.com
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Mali – Opération Serval : Konna reprise aux islamistes, Diabaly évacuée par les jihadistes
La ville de Konna, à l’est du delta intérieur du Niger, a été reprise cette nuit aux islamistes du Mujao qui la tenaient depuis le 10 janvier. Durant la journée, Diabaly a été évacuée par les jihadistes. La bataille du delta intérieur du Niger est gagnée, une nouvelle phase de l’opération Serval commence.
Au nord de Sévaré, à Konna, ce soir, aucune résistance islamiste n’est visible, selon une information diffusée sur la télévision malienne. Tous les assaillant semblent s’être regroupés bien plus à l’est, sur la ville sahélienne de Douentza. Ce sont les hommes du colonel Didier Dakouo, le chef des opérations militaires de l’armée malienne dans la région de Mopti, qui sont entrés les premiers dans la ville (renforcés par des milices d’autodéfense), appuyés par les troupes françaises. Les principaux combats ont eu lieu cette nuit, la ville étant conquise vers 01h00, heure de Paris. Les troupes françaises ont largement été mises à contribution après la prise en embuscade d’une colonne motorisée du Mujao par les forces maliennes. Des frappes aériennes et des attaques héliportées nocturnes ont été nécessaires pour détruire la colonne de pick-up armés.
A Niono, de l’autre côté du delta intérieur du grand fleuve, le préfet local a mobilisé dès hier soir de jeunes gens d’une vingtaine d’années pour patrouiller et déceler d’éventuelles tentatives d’infiltrations des groupes islamistes. Trois individus armés, selon les autorités locales, auraient été arrêtés et remis aux services de sécurité (source). La peur des infiltrations islamistes gagne au sein de l’opinion malienne. A Bamako, les forces de police et de gendarmerie sont plus présentes en ville selon les habitants. Pour des raisons de sécurité, les écoles françaises de Niamey, Nouakchott et Bamako vont rester fermées toute la semaine.
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Subversion / Oranges bruns : les Britanniques préparent de nouveaux coups d’Etat en Ukraine, en Géorgie et en Moldavie
Les Britanniques prédisent de nouvelles révolutions en Ukraine et n’excluent pas une telle éventualité pour la Moldavie et la Géorgie, selon le pronostic des auteurs d’un compte rendu de l’Institut royal britannique des relations internationales. A leur avis, à l’issue des révolutions, la société ne s’est pas mise à participer plus activement à la politique, ce qui entraîne la corruption, le mécontentement vis-à-vis des autorités, et de ce fait, les révolutions sont inachevées.
Les auteurs du compte rendu « Comment terminer la révolution : la société civile et la démocratie en Géorgie, en Moldavie et en Ukraine » sont convaincus que tôt ou tard la société explosera pour « achever » ces processus. La révolution des roses géorgienne en 2003, la révolution « orange » en Ukraine en 2004 et la relève du pouvoir en Moldavie en 2009 ont montré que les citoyens de ces pays aspiraient à des changements. Cependant, ces événements accentuent la corruption, le mécontentement dans le contexte de l’accès limité des citoyens à la vie publique. Pout « achever » les révolutions les chercheurs britanniques conseillent aux organisations non commerciales d’entraîner plus activement les citoyens dans les protestations, de coopérer plus étroitement avec les médias et sur les réseaux sociaux ».

