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30/11/2013

Hervé Ryssen vs Licra

Gauchistes et racailles contre Marine à Sens (89)

Lettre ouverte aux Bonnets rouges, par Serge Ayoub

 

La crise a rattrapé la Bretagne. La riche Armorique connaît à son tour la pression des marchés internationaux et les effets du dumping social. Par-dessus cette précarisation économique, il a fallu que la gauche, qui gouverne aussi bien qu’un capitaine de paquebot aveugle au milieu d’une forêt d’icebergs, rajoute l’écotaxe. De l’iceberg, c’est la face émergée, le symbole d’une gouvernance économique antipopulaire, anti-française, et suicidaire.

Bonnets rouges Jadis la gauche luttait contre la violence du capitalisme. Elle s’est ensuite contentée d’en atténuer les effets, puis s’est résignée à s’excuser de ne pouvoir le faire, sous Mitterrand et Jospin. Aujourd’hui, tout au contraire elle accentue cette violence, et espère s’en sortir en souriant bêtement. L’écotaxe est à l’image de nos socialistes : une stupidité et une honte.

Celle-ci découle initialement du principe de la taxation du réseau routier secondaire dans une perspective écologique. De prime abord il est difficile de concevoir qu’une taxe puisse être écologique, mais les gouvernements successifs de la France n’ont trouvé que cette option pour renflouer les caisses de l’État chroniquement vides. Pour se faire ils réclament toujours plus aux mêmes, les travailleurs français, au point d’épuiser encore davantage leur base fiscale. Cette nouvelle taxe, officiellement, à pour premier objectif de « responsabiliser » les Français en les incitant par le porte-monnaie à moins se servir de leurs véhicules polluants. De plus l’écotaxe devrait financer l’entretien et le développement du réseau routier. Elle devrait encourager l’usage de transports alternatifs via les réseaux ferroviaires et fluviaux nationaux pour substituer au « tout camion » qui règne en France l’instauration d’autoroutes ferroviaires et fluviales. Malheureusement, ce projet généreux qui veut réduire le taux de pollution et la facture énergétique de la France se heurte au principe de réalité. En effet, il paraît difficile techniquement de demander à un transporteur routier de déposer son camion sur un wagon plat et d’engager un autre camionneur à la réception ou de payer le billet au premier pour suivre son camion. Les coûts seraient plus élevés, et malgré la réduction de la facture énergétique, les habitudes actuelles semblent réticentes à ce projet.

Plus que les belles et grandes déclarations d’intentions qui cachent mal l’alourdissement de la fiscalité sur les transporteurs et les producteurs, il faut saisir l’impact de cette taxe sur la France et les Français.

Tout d’abord il s’agit d’un double mensonge fait à nos concitoyens. En effet, les impôts et le Service des ponts et chaussées (la DDE) sont déjà destinés à payer et à entretenir nos routes. Cela fonctionne depuis toujours plutôt bien, et de ce point de vue l’écotaxe apparaît comme un impôt-doublon imposé aux professionnels. Ensuite, contrairement à ce que les Français croient, ce doublon ne sera pas assumé uniquement par les transporteurs et les producteurs. Il est évident que cette nouvelle taxe sera inévitablement répercutée sur le consommateur dans le prix de revient des marchandises. C’est une taxe qui coûtera de toute manière une fortune aux entreprises, à cause des multiples passages sous les fameux portiques qui augmenteront d’autant la facture à régler pour les consommateurs que nous sommes. Le doublon est même un « triplon » ! Lorsque l’on pénètre un peu plus les raisons financières de cette écotaxe, c’est-à-dire l’entretien et le développement du réseau routier, on s’aperçoit que les péages des autoroutes et les taxes sur le carburant remplissent également cette fonction. Il s’agit donc ouvertement d’une surtaxe sur des taxes ! De surcroît, cette taxe carbone nouvelle version se rajoute aux 80 nouvelles taxes et sur-taxations créées en 18 mois par le gouvernement Hollande. On comprend mieux l’énervement des contribuables qui assimilent en une même « pompe à fric » cette écotaxe et les radars. Fait révélateur de cette fronde antifiscale, et encore plus inquiétant pour notre gouvernement, les agences de notations ont récemment pris en compte ce phénomène de ras-le-bol des Français, considérés jusqu’à ce jour comme d’excellents payeurs d’impôts, en dégradant la note du pays AA+ à AA. Ce qui signifie que le malaise français est palpable jusque de l’autre côté de l’Atlantique. L’incompréhension et l’écœurement pour nos concitoyens sont d’autant plus vifs que cette écotaxe est perçue par une société privée, étrangère de surcroît, qui empoche 20% de cette taxe pour son propre compte. On comprend que les révoltés de Bretagne aient choisi le nom de Bonnets rouges, car ce système de perception privée des impôts nous replonge des siècles en arrière, sous l’Ancien régime et le règne des fermiers généraux honnis. Ancien régime est un mot bien choisi car il ne faut pas se leurrer, le système de perception par portique va s’étendre rapidement à l’entrée des grandes villes où tous les véhicules, professionnels et privés, seront soumis à un octroi, un péage. Puis, dès que la pilule sera avalée, le régime se déploiera sur tout le territoire et les Français devront systématiquement payer pour se déplacer. Ce jour-là, notre pays sera sous surveillance totale et tous seront tracés par les cartes de crédits, réseaux sociaux, Smartphones, GPS, et maintenant ces portiques vidéo.

Voilà donc toutes les bonnes raisons de refuser cette écotaxe et de soutenir la lutte des Bonnets rouges.

Mais s’il est important de soutenir, il est surtout urgent de proposer. Nos Bonnets rouges, assez forts par eux-mêmes, n’ont pas besoin de soutiens extérieurs mais de solutions pour arrêter ce conflit. Aussi inique que soit cette taxe, il est néanmoins évident que le gouvernement ne lâchera rien qu’il ne pourrait récupérer ailleurs, autrement, car il est aux abois et cherche de l’argent partout où sa récolte ne gène pas les intérêts des grands groupes qui ont financé son élection. Il serait bon de rappeler à l’UMPS qu’il est responsable de cet état lamentable de nos finances. En ce qui concerne le réseau routier, ce sont notamment Jospin et Fillon qui l’ont bradé aux grands groupes comme Vinci, Eiffage et Albertis. Ce sont eux qui ont vendus pour une misère les autoroutes que les Français avaient payées de leurs poches. Il est temps de prendre des mesures de salut public et d’intérêt général. Il faut renationaliser les autoroutes françaises, d’abord parce qu’elles appartiennent aux Français qui les ont financées, ensuite parce qu’il est inadmissible que des intérêts privés s’arrogent le pouvoir de contrôler les moyens de communications nationaux. Surtout, les autoroutes ont institué un péage dans le cadre de l’entretien et du développement de ce réseau. Les milliards de bénéfices engendrés seraient donc les bienvenus dans les caisses de l’État plus que dans celles des actionnaires. Au lieu de taxer le réseau secondaire, il faut redistribuer les revenus des autoroutes. C’est là que le terme de solidarité prendrait tout son sens, en l’appliquant aux grands groupes et pas seulement aux petites gens. Je ne parle pas d’une expropriation mais d’une réappropriation. Étrangement, Ayrault, premier ministre, décide au même moment de prolonger d’encore trois ans les concessions d’autoroutes à ces organismes privés alors que leurs bénéfices seraient estimés à plus de dix milliards par an. On est en droit de se demander pour qui travaille Ayrault. En faisant un pont d’or au grand capital, il roule sur l’autoroute de la colère du peuple qui travaille.

Mais le point de fixation qu’est l’écotaxe ne doit pas cacher les raisons du désarroi breton et du malaise national. La Bretagne allait déjà mal avant cette mauvaise idée. La composition des bonnets rouges est révélatrice de l’ampleur de la crise. Des pêcheurs, des ouvriers, des entrepreneurs, des artisans, des commerçants, des producteurs et des agriculteurs. C’est cette foule hétéroclite et « contradictoire » pour Mélenchon qui lui fait déclarer avec mépris qu’à Quimper « les esclaves manifesteront pour les droits de leurs maîtres ». Le chef du Front de gauche est d’une mauvaise foi qui dépasse le supportable. Il ne comprend pas (ou fait semblant de ne pas comprendre) que la lutte des classes a évolué depuis la fin du XIXème siècle, et que les petits patrons sont tout aussi précarisés que leurs employés par l’exploitation du capitalisme global. En Bretagne s’opère une autre solidarité que l’hermétique et obsolète communauté de classe, comprise au sens stricte. Ces nouvelles solidarités privilégient l’humain et son environnement régional, et transgressent les lois du marché international. Ces Bretons veulent travailler chez eux, avec leurs familles, leurs habitudes et refusent de se délocaliser comme leurs entreprises, d’être aussi flexibles que les cours de la bourse et aussi mobiles que les marchandises.

Mais à cette revendication populaire qui unit petits patrons et ouvriers dans une défense de leur identité commune de travailleurs, de Bretons et de Français, il faut en ajouter d’autres, plus strictement économiques. En effet Bruxelles, Paris, les banques et les marchés ont demandé des investissements considérables ces dernières années aux producteurs et éleveurs de Bretagne comme à ceux de toute la France. Traçabilité, modernisation, conditions moins stressantes et meilleure alimentation pour les animaux ont coûté une fortune aux éleveurs français. Pour pouvoir suivre, ceux-ci ont dû emprunter massivement. Les banques ont accepté parce que les contrats pris avec les grands groupes industriels garantissaient la vente totale de la production. C’est une réalité économique : les éleveurs français ont souvent un seul client, un grand groupe industriel qui fournit la marchandise, les œufs fécondés, les poussins, qui sortent tout droit de leurs usines ou coqs et poules se reproduisent. Les éleveurs français sont donc complètement dépendants de leur unique client. Simultanément la pression de la concurrence étrangère et européenne s’est accrue sur le marché national. Par exemple, de manière tout à fait légale, l’Allemagne importait des poulets élevés en Europe de l’Est. Les poulets de ces élevages aux conditions d’exploitation plus que douteuses, sans contrôle ni traçabilité, étaient vendus en Europe à des prix défiant toute concurrence. Ainsi, aujourd’hui nous avons peut-être dans nos assiettes un poulet élevé à Tchernobyl… Une fois en Allemagne ils sont transformés dans des abattoirs où des employés qualifiés se voient payer des salaires inférieurs à 400€ par mois. Pour terminer la production est acheminée en France par des transporteurs qui contrairement à nous ne connaissent ni Smic, ni 35 heures, ni charges sociales. Ultime coup de grâce : l’inégale taxation des carburants qui renforce encore l’effet dumping dont ces pays bénéficient.

La conséquence de cette concurrence faussée et que le marché national de Rungis n’a aucune raison de se fournir en France. Les grands groupes qui fournissent la production à nos éleveurs n’y trouvent plus le moindre intérêt et rompent tout partenariat avec eux. Les éleveurs français n’ont, comme je l’ai écrit plus haut, souvent qu’un seul client, ce grand groupe, et si celui-ci les lâche, ces éleveurs ne peuvent plus payer leurs crédits et se retrouvent en cessation de paiement. Il en est de même pour la filière porcine, céréalière et pour la pêche.

Pour cette dernière, la solution ne peut venir que d’une véritable volonté politique nationale et européenne. Il faut, lorsque le marché est en situation de surpêche, interdire l’achat de production étrangère qui inonde le marché et dilue les prix. C’est cette situation de monopole qu’ont instituée les grands groupes de distribution que l’on doit briser. Il faut une loi antitrust à la française. Quoiqu’il en soit se contenter de détaxer le gasoil comme le fait le gouvernement ne saurait suffire. Il faut structurer un réseau de petits et moyens producteurs, recréer un réseau de distribution alternatif, de véritables centrales d’achats indépendantes, et aider le commerce indépendant qui pourra se fournir sur ce second marché.

D’une manière générale, pour lutter contre cette concurrence déloyale qui détruit nos entreprises et nos emplois, nous proposons de créer au niveau européen une taxe sociale sur les produits de provenance extra-européenne. Cette taxe prendra en compte toutes nos exigences en matière de production et de qualité. Au niveau national il faut réorganiser notre marché avec un différentiel par estampillage d’un label made in France véritable qui garantisse et encadre la production, l’élevage, l’abattage et la transformation. Ce label fixera les normes françaises de production et de traçabilité et s’appuiera sur une charte qui tiendra compte des obligations qui sont imposées à nos entrepreneurs et éleveurs. Cette charte de qualité devra à terme se généraliser sur toute l’Europe et deviendra l’étalon de la taxe sociale instaurée à l’entrée de notre espace européen.

Pour terminer et donner un second souffle aux petits et moyens producteurs de l’agriculture, de la pêche ou de l’élevage, il sera institué des coopératives de production et de distribution des Indépendants sous contrôle de l’État. Utopie, me direz-vous ? Non, ce n’est que la reformation de l’ancien marché national avant qu’il ne soit dévoyé par les grands groupes industriels mondiaux. Mieux, ce grand projet prend en compte ce qui a fait la fortune de la France, les coopératives de productions agricoles et de distribution. Ironie de l’histoire, ce sont celles-ci, victimes de leurs succès, qui furent rachetées par les grands groupes. L’éthique initiale de l’esprit des coopératives se vit détournée vers une logique de profit maximum.

Ce que nous voulons, nous solidaristes, c’est l’instauration d’un marché français équitable pour le producteur comme pour le consommateur. Ce second marché n’exclura pas le premier, bien au contraire il en ouvrira un nouveau, il permettra aux consommateurs un choix différent, responsable. Quel libéral pourra nous accuser de bafouer le principe de la concurrence, puisque ce projet la renforce ! L’arbitrage de l’État garantira le respect des grands principes défendus par ce second marché. Stratégiquement et de manière planifiée, il investira vers les différents secteurs de ce marché pour lui permettre de s’épanouir. C’est tout le contraire de cette fuite en avant fiscale qu’on veut nous faire passer pour une politique de redressement national. Pour accomplir cet effort, il ne faut pas se contenter de changer les hommes, il faut aussi de nouvelles règles. Ces règles, je les ai décrites : coopération, libre concurrence maîtrisée et un État capable d’assumer son rôle d’arbitre. Ces règles ont un principe : l’esprit de solidarité nationale.

Serge Ayoub le 29 novembre 2013

http://www.altermedia.info/france-belgique/uncategorized/...

Anti-FN : l’agit-prop fait pschitt

Le ressort de la contre-propagande anti-FN semble vraiment cassé.

 

 

 

 

Ce n’est pas faute de se donner du mal. Tous les partis « républicains », toutes les officines médiatiques ou presque s’y mettent pourtant de bonne foi, celle du charbonnier.

 

Vous avez les ex-candidats UMP qui, à peine entré au Rassemblement Bleu Marine, s’en échappent horrifiés de ce qu’ils ont vu.

 

C’est Nadia, la franco-algérienne, candidate en Haute-Garonne, à laquelle un homme délicat, d’après elle cadre du parti, aurait dit « toi et tes enfants, vous êtes bons pour le four ! » Pas mal ! Et à peine caricatural. On espère au moins qu’il était habillé en S.S.

C’est encore mieux avec l’ex-candidat de l’UMP Arnaud Cléré, lequel semble sorti d’un programme de manipulation mentale de la CIA style MK Ultra…

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Campagne choc contre l'avortement en Espagne

A l'initiative du Centre pour la réforme bioétique et du site Internet AbortoNo.org (âmes sensibles, s'abstenir de cliquer), un bus recouvert d'images géantes de bébés avortés à 10, 11 et 24 semaines de gestation circule dans les rues de Madrid pour montrer la réalité de l'"IVG" et réveiller les consciences (photo du bus). Le secrétaire général adjoint du PSOE (parti socialiste) dénonce le "terrorisme" d'une telle campagne de publicité, délaissant, comme à l'acoutumée, la question de fond pour celle de la forme.

http://www.lesalonbeige.blogs.com/

26/11/13 - Euthanasie - sentinelles (veilleurs debout) devant le sénat à Bruxelles

9 décembre : les mères veilleuses devant le Champ de Mars

« Que toutes les mères se lèvent et rejoignent les mères veilleuses ! Lundi 9 décembre de 12 heures à 14H devant le mur de la Paix, sur le Champ de Mars à Paris
    Et nous serons nombreuses à aller ensemble remettre une lettre à Madame Bertinotti pour lui proposer d’être entendue. Montrons à la France et à la ministre que nous ne baissons pas les bras devant ce projet de loi. Oui nos actions sont utiles, défendre la famille vaut bien 2 heures de mobilisation Rejoignez nous, venez avec des amies de tous les âges lundi 9 décembre à 12h »

Les mères veilleuses

CONCEPTION DE L’HOMME ET RÉVOLUTION CONSERVATRICE : HEIDEGGER ET SON TEMPS

HEIDEGGER ET SON TEMPS

(article paru dans "Nouvelle école", n°37, 1982; je n'aborderai plus Heidegger exactement de la même façon aujourd'hui, sans pour autant renier les idées forces qui structurent le présent article)
Dans l’œuvre de Heidegger, 2 types de vocabulaires se juxtaposent. D’une part, il y a celui, très concret, qui exalte la glèbe, le sol, la forêt, le travail du bûcheron, et, d’autre part, le plus apparemment rébarbatif des jargons philosophiques. Heidegger réalise donc ce tour de force d’être à la fois un doux poète bucolique et un philosophe universitaire excessivement rigoureux, auquel aucun concept n’échappe. Comment ces 2 attitudes ont-elles pu cohabiter dans un seul individu ? Y aurait-il 2 Heidegger ? L’article qui suit entend répondre à ces questions.
Il peut paraître banal de dire que Martin Heidegger est né le 26 septembre 1889 à Messkirch. C’est qu'une appréciable part de son œuvre sera déterminée par ce "quelque part". Heidegger reste, en effet, très attaché à son enracinement alémanique. L'enracinement, pour lui, est une des conditions essentielles de l'être-homme. « L'homme véridique ne sera pas enraciné par accident et provisoirement (en attendant mieux) ; il l’est essentiellement. L'homme qui perd ses racines se perd en même temps » [1].
Il ne serait pas arbitraire de résumer la pensée anthropologique de Heidegger en quelques mots : être homme, c'est bâtir (fonder) et habiter un monde (s'y enraciner). De fait, toute l’œuvre de Heidegger porte l’empreinte du terroir natal, de cette Souabe qui vit naître Schiller, Schelling, Hegel et Hölderlin. Le murmure, les palpitations de ce pays de forêts, silencieusement présents dans la philosophie heideggérienne, différencieront Heidegger de Sartre, le disciple parisien qui s'est efforcé d'utiliser à son profit le même outillage conceptuel. Sartre, a remarqué Jean-Paul Resweber, subira toujours l’influence anonyme ou frénétique des cités bourdonnantes, où il est impossible de saisir la densité et l’unité originelles des choses et de la nature [2].
Le jeu de l’enracinement et de la désinstallation

La terre, lieu de notre séjour, est aussi le miroir de notre finitude, le signe d’un impossible dépassement. Elle rappelle à l'homme qu'il est irrémédiablement situé dans le monde de l’existant. Elle est le sol même sur lequel prend pied (Bodennehmen) notre liberté. L’acte libre, poursuit Resweber, n’est pas un pur jaillissement créateur ; le dépassement qu'il inaugure est, en fait, une reprise de notre être enraciné dans le monde, à la manière de possibilités nouvellement découvertes. Toute œuvre d’art est un resurgissement, une transfiguration de la terre ; celle-ci est l’élément primordial à partir duquel toute création (Schaffen) devient un "puiser" (Schöpfen). Dans L’origine de l’œuvre d’art (texte repris dans le recueil intitulé Holzwege) [3], Heidegger écrit que l’art fait jaillir la vérité. Si l’œuvre sauvegarde une vérité, c’est celle de l’étant : l’art est la "conclusion" de l’étant. Mais l’art ne se manifeste aussi que par la médiation de l’artiste, c'est-à-dire de l'homme.

« L'existence humaine, ce lieu de ressourcement poétique, est essentiellement tragique, parce qu’elle est tendue entre un donné irréductible (la terre) et une exigence de dépassement jamais satisfaite, déchirée entre l'appel de la terre et celui du monde… L'homme humanise la terre avant de la dominer, et l'horizon qu'il déploie pour la pénétrer, c’est le monde. La réflexion philosophique est précisément la mise en dialogue de ces 2 pôles complémentaires de l’existence qui, dans une expérience unique, se découvre à la fois enracinée dans la terre et dépassée vers le monde » (Resweber, op. cit.).
C’est ce double jeu de l’enracinement et de la désinstallation que Heidegger nomme la transcendance. Le rôle de l’homme sera d’amener sa terre à l’éclosion d’un monde. Ce geste, cette tâche sont éminemment poétiques parce que le mystère profond de la terre reste toujours inépuisable et présent, parce qu'il s’exprime en mythes et en images, mais surtout parce que c’est l’homme, par son intelligence et son action, qui fait surgir (poïeïn) le monde. Avec un vocabulaire différent, on dira que l’homme est un être qui inaugure la dimension culturelle tout en restant lié à la nature. La tension qu’implique cette tâche de construire un monde est tragique, car jamais il n’y aura totale adéquation entre l’origine tellurique et le monde instauré par la geste humaine. La finitude que nous assigne la terre nous condamne à rester "inachevé". À nous d’accepter joyeusement cette destinée !
Si, pour Heidegger, l’enracinement dans le pays de la Forêt noire constitue la dimension spatiale primordiale, nous devons aussi nous intéresser au contexte historique de son œuvre de philosophe, réponse aux interrogations de ses contemporains. Heidegger — nous l’avons vu — est indubitablement l’homme d’un espace ; il est également l’homme d’une époque. Un grand nombre des questions que se posent les philosophes trouvent leur origine dans l’œuvre d’Aristote. Heidegger lui-même reconnaît cette dette [4].
Au Gymnasium de Constance et à celui de Fribourg, où il étudia de 1903 à 1909, le futur archevêque de Fribourg, le Dr Conrad Gröber, l’incita à lire la dissertation de Franz Brentano, Von der mannigfachen Bedeutung des Seienden nach Aristoteles, publiée en 1862 et consacrée aux multiples significations du mot "étant" chez Aristote. Cette première initiation à la philosophie produisit, dans l’esprit du jeune étudiant, une interrogation encore imprécise : si l’étant a tant de significations, qu’est-ce qui en fait l’unité ? À partir de cette interrogation, Heidegger apprit à manier les concepts du langage philosophique et put percevoir toutes les potentialités de la méthode scolastique.
La période qui va de 1916 à 1927 constitue, dans la biographie de Heidegger, un silence de maturation. Rien, pendant ces 11 années, n’est très clair. On tâchera néanmoins de repérer quels furent les contacts personnels et intellectuels qui influeront sur l’élaboration de Sein und Zeit (Être et temps, 1927) d’abord, des cours, des essais et des conférences ensuite. C’est à cette époque, notamment, que Heidegger a travaillé avec Edmund Husserl (1859-1938), ce qui lui a permis d’acquérir complètement la discipline mentale et le vocabulaire de la phénoménologie.
Cette discipline philosophique avait été investie, au XIXe siècle, d’un sens nouveau. Auparavant, elle désignait la simple description des phénomènes. Husserl, lui, eut la volonté de faire de la phénoménologie une science philosophique universelle. Le principe fondamental de cette "science" était ce que Husserl a appelé la réduction phénoménologique ou eïdétique. Cette réduction a pour but de concentrer l’attention du philosophe sur les expériences fondamentales qui n’ont jamais reçu d’interprétation, sur la description des vécus de conscience, sur la découverte des racines des idées logiques et sur la nécessité de rechercher les essences des choses. Husserl partira donc de ces idées logiques pour montrer leur enracinement dans la conscience vécue et, ensuite, découvrir dans l’ego transcendantal le fondement ultime du réel. L’influence de cette démarche philosophique se retrouvera dans le vocabulaire de Heidegger.
Husserl a commis le péché du géomètre
Pourtant, la première œuvre magistrale de Heidegger, Sein und Zeit, marque un tournant radical par rapport à l’héritage husserlien. Heidegger reproche à son maître de réinstituer une métaphysique dégagée de tout vécu. L’ego transcendantal, à l’instar du modèle cartésien, se pense objectivement en face du monde. Ce face-à-face implique un arrachement du sujet au non-sens du monde. L’humanité réelle, seul sujet historique, devient l’ego transcendantal. Vicissitudes, événements, enracinements, histoire se voient donc dépouillés de toute validité.
Pour échapper à cet idéalisme rationaliste, Heidegger propose une phénoménologie postulant qu’il n’y a pas, à la racine des phénomènes, une réalité dont ils dérivent. Il écrit : « Au-dessus de la réalité, il y a la possibilité. Comprendre la phénoménologie veut dire saisir ses possibilités ». Ces possibilités présentes dans l’immanence, c’est ce que Heidegger appelle l’être de l’étant.
Pour lui, ontologie et phénoménologie ne sont pas 2 disciplines différentes : il est impossible de sortir du plan des phénomènes, car ce serait s’exclure de la sphère de la révélation de l’être. En d’autres termes, refuser de tenir compte des phénomènes, c’est s’interdire l’accès à l’essentiel. Heidegger renverse la perspective de la philosophie traditionnelle : il voit l’essentiel dans l’intervention sur la trame des phénomènes et non dans une position de distance prise vis-à-vis d’eux.
Le moi transcendantal, chez Husserl, s’érige contre la phénoménalité des phénomènes, exactement comme dans la plupart des perspectives philosophiques classiques. Il est la cause qui explique les phénomènes, le lieu à partir duquel ceux-ci sont dominés et justifiés. L’homme, dans une telle perspective, est un découvreur et non un créateur de sens. Sa position est contemplative et non active. Pour Heidegger, au contraire, la réflexion philosophique ne doit pas se borner à expliquer (à décrire ou à recenser) la réalité statique des phénomènes, mais elle doit en expliquer, par le moyen de l’herméneutique, les possibilités, c'est-à-dire ce qui, en eux, est susceptible de se développer, d’évoluer vers la production de nouveauté.
On ne décrit complètement et avec assurance que ce qui est statique, figé, sûr. De ces choses statiques, les philosophes avaient déduit les essences. Hélas pour eux, les essences étaient rarement adéquates aux existences. De cette inadéquation naissent tant le pessimisme, qui s’en désole, que bon nombre de totalitarismes qui veulent, coûte que coûte, réaliser l’adéquation définitive. Heidegger pense que la possibilité est le mode d’être propre à l’existant parce qu’on ne peut reconnaître aucune entité métaphysique comme fondement de l’existence, et parce qu’il faut -enraciner l’être dans les phénomènes, dans la "facticité" [5]. Résolument, Heidegger affirme que c’est le néant qui sous-tend l’existence. Il ne remet rien à la place des anciens absolus métaphysiques.
Husserl, avec son moi transcendantal, a fini par commettre le péché du géomètre : la nature qu’il postule est préalablement posée, en dehors de toute limitation spatiale et temporelle, derrière l’écran des contingences et des particularités. Cette nature est comme créée ex nihilo. Où faut-il alors placer le travail de l’homme ? Le moi transcendantal travaille-t-il ? Le moi transcendantal produit-il ce que recèlent les possibilités ? Ces questions, Heidegger y répond dans son œuvre, en une sorte de dialogue inavoué avec Husserl.
Le monde de l'existence, ce chantier où œuvre l'homme, est, sans pour autant être nié, mis "entre parenthèses" par Husserl. L'herméneutique heideggérienne voudra, elle, décrire la facticité pour, ensuite, la retourner vers son sens ontologique, ce sens qui annonce l’être dans le monde. La description ne vise ici qu’à repérer ce qui peut être actualisé — ce qui peut se manifester dans le monde, ce que nous pouvons faire surgir. Le savoir a toujours été conçu comme un "voir" passif ; un tel point de départ trahit un platonisme tenace.
Or Heidegger veut dépasser toute les attitudes passives qu'impliquent les enseignements des vieux philosophes. C’est pourquoi il juge que l'ego (le moi) transcendantal de Husserl reste, lui aussi, « un pur regard, assuré de son immortalité, glissant à travers l'éther du sens pur » [6]. Husserl n'a pas perçu que toute présence, jetée au regard de l’observateur, montre au philosophe attentif une temporalité dissimulée, oubliée ou déformée. Toute présence est à la fois spatiale (l’opposition de l’absence) et temporelle (son caractère d’instant). L’être et le temps sont liés dans la présence, et la reconnaissance de cette naïve évidence est la condition sine qua non pour échapper à l’illusion métaphysique.
Cette découverte de l’imbrication être-temps, Heidegger la doit à l’intérêt qu’il porte à la théologie depuis 1923. Cet intérêt a de multiples aspects. Sa rencontre avec l’œuvre de Rudolf Bultmann (1884-1976), philosophe connu pour s’être assigné la tâche de "-mythologiser" le Nouveau Testament en l’interprétant à la lumière de l’existentialisme, est, sur ce plan, capitale [7]. Bultmann a voulu dégager le message du Nouveau Testament en expliquant le contenu éthique des expressions mythiques employées dans la rédaction des textes évangéliques. Pour la Bible, l’homme est, d’une certaine manière (et de façon provisoire), historicité.
Heidegger a scruté, avec la plus grande attention, la tradition chrétienne pour comprendre le rôle que joue la temporalité dans le phénomène humain. Il a médité Kierkegaard et, selon Bultmann, « ne s’est jamais caché d’avoir été influencé par le Nouveau Testament, spécialement par Paul, ainsi que par Augustin et particulièrement par Luther » [8]. « L’homme, écrit Bultmann, existant historiquement dans le souci de lui-même, sur le fond de l’angoisse, est chaque fois, dans l’instant de la décision, entre le passé et le futur : veut-il se perdre dans le monde du donné, du "on" ou veut-il atteindre son authenticité dans l’abandon de toute assurance et dans le don sans réserve au futur ? » (Kerygma und Mythos, I, 33). Chez Paul, le terme kosmos ou monde n’est pas un état de choses cosmique, mais l’état et la situation de l’être humain, la façon dont celui-ci prend position envers le cosmos, la façon dont il en apprécie les biens. Chez Augustin, mundus signifie la totalité du créé, mais aussi, et surtout, habitatores mundi ou encore, plus péjorativement, dilectores mundi (ceux qui chérissent le monde), impii (les impies) ou carnales (les charnels) [9].
Au Moyen Âge, Thomas d’Aquin reprendra cette distinction et fera du terme mundanus l’antonyme de spiritualis. Pourtant, malgré cette perception post-évangélique du monde, où celui-ci n’est pas appréhendé dans sa stabilité ontique, la tradition occidentale est restée prisonnière du vieux substantialisme immobiliste platonicien. Le protestantisme luthérien, toutefois, a eu le mérite de -actualiser le dynamisme propre à la saisie existentielle du Nouveau Testament. En ce sens, la révolution noologique amorcée par la Réforme constitue une première étape dans la sortie hors de ce que Heidegger appelle l’oubli de l’être. L’homme ne vit authentiquement que s’il projette des possibilités, s’il s’extrait du monde de la banalité quotidienne.
L’existence, selon Heidegger, ne doit plus se comprendre à partir de l’étant, mais de l’être. Or, écrit André Malet [10], l’être n’est jamais une possession ; il est un destin historique qui rencontre l’homme d’une manière toujours nouvelle. L’homme est en définitive sa propre œuvre. En cela, Heidegger dépasse et refuse l’eschatologie vétérotestamentaire : il ne reconnaît pas la totale impuissance de l’homme à l’endroit de son ipséité.
Chaque génération doit réécrire l’histoire
Pour l’historien grec Thucydide, l'élément permanent de l’histoire, c’est l’ambition et la recherche du pouvoir, dont le but est de donner des instructions utiles pour les décideurs à venir. Thucydide perçoit le mouvement de l’histoire comme analogue à celui du cosmos, de la nature. Plus tard, Giambattista Vico (1668-1744) a repris le thème antique du mouvement cyclique de l'histoire en le complétant : il y inclut l'idée d’une progression en spirale, grâce à laquelle la phase première du cycle I est autre que la phase première du cycle II. En Allemagne, Herder relativisera aussi l’histoire grâce au thème romantique du Volksgeist : chaque peuple, chaque époque a son éthique propre, ce qui implique en corollaire que ce ne sont ni la permanence ni l’éternité des choses qui importent, mais l’Erlebnis (le vécu).
Au XXe siècle, enfin, Oswald Spengler systématisera cette perspective organique de l’histoire. Les civilisations, pour lui, seront isolées les unes des autres et leurs productions (scientifiques, mathématiques, philosophiques, théologiques, etc.) leur seront absolument propres. De Thucydide à Spengler, on a donc interprété l'histoire sur le modèle des faits naturels ; l’événement historique est considéré, selon cette perspective, comme une réalité finie, comme une chose. Nul ne songerait, bien évidemment, a nier la validité épistémologique de cette démarche. Mais Heidegger nous exhorte à ne pas en rester là. Il veut nous faire saisir l’événement historique comme un événement qui n’est jamais achevé. Dans la perspective antérieure, l’invasion des Gaules par César ou l'acte de rébellion de Luther étaient des faits définitivement morts. En fait, ils ne l’étaient que du strict point de vue spatio-temporel. Leur sens, lui, n’est nullement "mort". Il n'a pas été encore déployé dans toute son étendue ni toute sa profondeur. Ces sens subsistent à l’état de latence et restent susceptibles de se manifester dans notre existence. Les conséquences d’un événement constituent le futur de l’acte jadis posé tout autant que le présent qui appelle nos décisions pour forger l’avenir.
Bultmann écrit à ce propos : « Les phénomènes historiques ne sont pas ce qu’ils sont dans leur pur isolement individuel, mais seulement dans leur relation au futur pour lequel ils ont une importance ». L'être se voit ainsi historicisé, et les hommes se retrouvent responsables de l'à-venir du passé. Les hommes, autrement dit, doivent décider hic et nunc de la signification de leur "avant" et de leur "après". (Malheureusement, la plupart des hommes s'attachent aux soucis du monde et, quand ils sont appelés à la décision, ils s'y refusent).
Faisant abstraction des idéologèmes misérabilistes et intéressés du christianisme, d’autres penseurs tels que Dilthey, Croce, Jaspers et Collingwood, se sont également efforcés de souligner l'originalité des faits historiques par rapport aux faits naturels, et, ipso facto, celle de l’histoire au regard des sciences de la nature. Heidegger a beaucoup réfléchi, en particulier, sur la tentative de Dilthey de définir les relations véritables entre la conscience humaine et les faits historiques. C’est de Dilthey, par ex., qu'il tire sa distinction fondamentale entre les vérités techniques (ontiques), propres aux sciences exactes et appliquées, et les intuitions authentiques, visées par les sciences historiques et humaines (Geisteswissenschaften).
Sein und Zeit reprend d’ailleurs le contenu de la dispute philosophique entre Dilthey et Yorck von Wartenburg. Ce dernier reprochait à Dilthey de ne pas rejeter de manière suffisamment radicale une vision de l’histoire basée sur l’enchaînement causal. Heidegger insiste, lui aussi, sur la détermination temporelle de l’homme : l’identité humaine, dit-il, se découvre dans l’histoire. George Steiner, dans le bref ouvrage qu’il a consacré à Heidegger [11], rapproche cette position de celle du marxisme hégélien et révolutionnaire. De fait, comme le philosophe marxiste hongrois Georg Lukàcs, Heidegger insiste sur l’engagement des actes humains dans l’existence historique et concrète. Cette perspective conduit à adopter une attitude strictement immanentiste.
Pour le Britannique R.G. Collingwood (1889-1943), chaque génération doit réécrire l’histoire, chaque nouvel historien doit donner des réponses originales à de vieilles questions et réviser les problèmes eux-mêmes. Cette pensée est résolument anti-substantialiste. Elle pose la pensée comme effort réfléchi, comme réalisation d’une chose dont nous avons une conception préalable. La pensée, pour Collingwood, est intention et volonté. Elle doit être perçue comme une décision qui met en jeu tout l’être [12].
La plupart des conceptions de l’histoire jusqu’ici, font fausse route. La raison de ces échecs réside dans une mauvaise compréhension de ce que on entendait autrefois par "science de la nature humaine" ou "sciences des affaires humaines". Au XVIIIe siècle, l’étude de la "nature humaine" s’est bornée à élaborer une série de types, s’apparentant ainsi à une recherche de caractère statique et analytique. Au XIXe siècle, l’étude des "affaires" humaines a provoqué la naissance des "sciences humaines", que Herbert Spencer appela plus justement social statics ; on catalogua alors toutes les forces irrationnelles à l’œuvre dans la société [13].
Mais la nature humaine, qui, selon Collingwood, est historique, ne peut s’appréhender à la manière d’un donné, par perception empirique. L’historien n’est jamais le témoin oculaire de l’événement qu’il souhaite connaître. La connaissance du passé ne peut être que médiat : Comment la connaissance historique est-elle alors possible ? La réponse de Collingwood est simple : l’historien doit -actualiser le passé dans son propre esprit [14]. Cette attitude a d’importantes conséquences. Lorsqu’un homme pense historiquement, il a devant lui des documents ou des reliques du passé. Il doit re-découvrir la démarche qui a abouti à la création de ces documents. L’étude historique n’est possible que parce qu’il reste des survivances de l’époque où les documents ont été fabriqués ou rédigés. Dès lors, le passé qu’étudie un historien n’est jamais un passé complètement mort.
L’histoire, écrit Collingwood, ne doit donc pas se préoccuper d’ "événements" mais de "processus". Se préoccuper de processus fait découvrir que les choses n’ont ni commencement ni fin, mais qu’elles "glissent" d’un stade à un autre. Ainsi, si le processus P1 se mue en processus P2, on ne pourra pas déceler de ligne séparant l’endroit, le moment où P1 finit et où P2 commence. P1 ne s’arrête pas, il se perpétue sous la forme de P2 — et P2 ne débute jamais, car il a été en gestation dans P1. L’historien qui vit dans le processus P2 devra savoir que P2 n’est pas un événement clos sur lui-même, pur et simple, mais un P2 mâtiné des survivances de P1.
Comme Collingwood, Heidegger sait que les gestes passés persistent, soit en tant que structures établies (avec le danger de sclérose), soit, après un échec, en tant que possibilités refoulées. Penser les événements historiques comme finis, comme confinés dans un "espace" temporel limité, revient, selon lui, à "objectiver" l’histoire à la manière dont les platoniciens et les scolastiques avaient "objectivé" la nature. Par opposition aux métaphysiciens, Heidegger entend donc expérimenter la vie dans son historicité, c'est-à-dire la vie non pas figée dans le "présent-constant", mais bien plutôt comme essentiellement "kaïrologique", ce qui signifie à la façon d’une mise en jeu, d’un engagement, d’une "folie". Ce jeu d’engagement et de "folie" constitue l’authenticité, dans la mesure même où il échappe aux petits aménagements de ceux qui souhaitent que le monde corresponde a leurs calculs. Les hommes qui souhaitent un tel monde sont déclarés inauthentiques.
L’homme intégral ou celui qui vise l’intégralité est toujours menacé par les mystifications idéologiques et doit toujours demeurer vigilant pour se maintenir dans une attitude de liberté et d’ouverture véritables. Les mystifications idéologiques pétrifient le temps — ce temps toujours susceptible d’ébranler leurs certitudes réconfortantes. La "réalité" n’est pas, chez Heidegger, donnée une fois pour toutes, depuis toujours et de toute éternité. Elle est "question" & "jeu" ; elle "joue" à ouvrir et à relancer sans fin le jeu inépuisable de l’être et du temps, de la présence et de l’ "ouvert", de l’enracinement et de la désinstallation. Le jeu de l’être est sans justification ni raison, il se déploie à travers le destin, l’errance et les combats du temps. Il est sans origine ni fin(s), sans référence aucune à un centre fixe et substantiel qui commanderait et garantirait son déploiement [15]. Ce rejet de toute pensée figée implique l’acceptation joyeuse de la pluri-dimensionnalité du cosmos, une pluri-dimensionnalité que le "penser" et le "dire" n’auront jamais fini d’explorer et de célébrer en toutes ses dimensions.
L’attitude de celui qui a fait sienne cette conception du monde est la Gelassenheit : impassibilité, sang-froid, sérénité. La Gelassenheit permet de supporter une existence privée de totalité rassurante. La finitude de l’homme nous place en effet dans (et non devant) un mystère inépuisable, qui ne cesse d’interpeller la pensée pour l’empêcher de se clore sur ses représentations.
Un remplacement radical de toutes les ontologies
Heidegger nous propose donc son histoire de la philosophie, sa perspective sur l’œuvre des philosophes qui se sont succédés depuis Platon jusqu’à Nietzsche. Platon est celui qui a inauguré le règne de la métaphysique. Tandis que les Présocratiques concevaient l’être comme une unité harmonieuse qui conjugue stabilité, mouvance et jaillissement, Platon, brisant l’harmonie originelle de la nature, distingue la pensée de la réalité. Désormais, seul l’être saisissable par la pensée se verra attribuer la qualité d’être. Seul ce qui est non devenu, ce que le devenir ne corrode pas, ce qui est stable, limité dans l’espace, qui ne change pas, qui persiste, est. Tout ce qui est polymorphe, saisissable par les sens, tout ce qui devient et s’évanouit dans la temporalité et la spatialité, tout cela n’est, pour la tradition platonicienne, que du paraître.
Cette radicale césure implique que l’esprit (noûs) ne fasse plus un avec la phusis. Au domaine de la vérité -limité par le champ de vision de l’esprit, Platon oppose le règne du sensible atteint par la perception (aïsthêsis). Chez les Présocratiques, le langage exprimait le surgissement de la réalité. Après Socrate et Platon, le langage devra ajuster la pensée à l’expression d’une proposition logique, "épurée" sémantiquement de toute trace de devenir. La démarche logique qui résulte de cette involution produit également la naissance de l’axiologie, de la morale. En effet, s’il faut rechercher toujours l’ajustement, il est évident que l’on finira par postuler un Ajustement suprême, que l’on nommera le Souverain Bien, l’Agathon. Sous l’influence de théologèmes proche-orientaux, ce divorce platonicien entre l’incomplétude du monde immanent et la complétude du monde des idées, recevra progressivement la coloration morale du bien et du mal.
Le monde a mis longtemps à triompher de la maladie dualiste. Heidegger le constate en interrogeant les grands philosophes qui l’ont précédé : Aristote, qui nuance, par sa théorie de l’acte et de la puissance, la pensée de Platon, mais qui ne le dépasse pas ; Thomas d’Aquin, qui personnalise le moteur premier sous les traits d’un Dieu chrétien déjà différent du Iahvé biblique ; Descartes, qui cherche une garantie en Dieu et n’analyse que les rapports "logiques" entre l’homme, coupé de la phusis, et cette même phusis, conçue comme étendue (res extensa) ; Leibniz et Kant, qui tentent difficilement de sortir de l’impasse ; Hegel, qui ne réhabilite que très partiellement le devenir, et enfin Nietzsche. De ce dernier Heidegger dit qu’il est le plus débridé des platoniciens, parce qu’à la place du trône désormais vacant de Dieu, il hisse la Volonté de puissance. Ce renversement (Umkehrung) n’est pas, pour Heidegger, un dépassement (Ueberwindung). La puissance remplace seulement la raison. Nietzsche, autrement dit, n’a pas suffisamment réfléchi à la façon d’extirper les illusions qui rejettent l’homme dans le règne du "on". Nietzsche a été un pionnier. Il faut le continuer et le compléter.
La Fundamentalontologie (ontologie fondamentale) de Heidegger se veut, elle, un remplacement radical de toutes les ontologies. Elle veut répondre à la question : Was ist das Seiende in seinem Sein ? (Qu’est-ce que l’étant en son être ?) Das Seiende, c’est l’agrégat "ontique", c'est-à-dire l’agrégat des étants, des phénomènes constituant le fond-de-monde. Un seul de ces étants est manifestement privilégié : l’homme. L’homme cherche l’être, la signification fondamentale de cet étant qui rassemble tous les étants. C’est pourquoi l’homme, seul étant a poser cette cruciale question de l’être, est un Da-Sein, un "être-là". Qu’est-ce que ce "là" ?
La métaphysique occidentale avait placé l’essence de l’homme en dehors de la vie — alors que Heidegger veut remettre cette essence "là", c’est-à-dire replonger la vie dans l’immanence, dans le monde des expériences existentielles. Le résultat concret de cette "négligence" de la métaphysique occidentale avait été d’abandonner l’étude de l’homme aux social statics évoqués par Spencer. L’homme, objet d’investigations utiles et pratiques, s’était alors vu "compartimenté". Sa perception faisait l’objet de la psychologie ; son comportement faisait réfléchir la morale ou la sociologie ; enfin, la politique et l’histoire abordaient sa condition de citoyen, de membre d’une communauté organisée. Aucune de ces disciplines ne prenait en compte l’homme complet, intégral. Le "là" impliqué dans le Dasein, c’est au contraire le monde réel, actuel. Être humain, c’est être immergé, implanté, enraciné dans la terre. (Dans homo, "homme" en latin, il y a humus, "la terre").
In-der-Welt-Sein : telle est l’expression par laquelle Heidegger exprime la radicale nouveauté de sa philosophie. Depuis Platon, il s’agit, pour la première fois, d’être vraiment dans ce monde. Nous sommes jetés (geworfen) dans le monde, proclame Heidegger. Notre être-au-monde est une Geworfenheit, un être-jeté-là, une déréliction. Cette banalité primordiale nous est imposée sans choix personnel, sans connaissance préalable. Elle était là avant que nous n’y soyons ; elle y sera après nous. Notre Dasein est inséparable de cette déréliction. Nous ne savons pas quel en est le but — si toutefois but il y a. La seule chose dont nous soyons sûrs, c’est qu’au bout, il y a, inéluctable, la mort. Dès lors, notre tâche est d’assumer la Faktizität (facticité) au milieu de laquelle nous avons été jetés. Si l’angoisse est bien ce qui manifeste le lien entre la dimension de l’être-jeté et le projet, le Dasein doit le reprendre dans l’horizon de sa finitude, ouvert sur l’avenir.
La philosophie traditionnelle s’est bornée à considérer le monde comme Vorhandenes, comme être-objet. La pierre, par ex., est un être-objet pour le géologue : la pierre est jetée devant lui et il la décrit ; il reste détaché d’elle. La science de la nature détermine d’avance, a priori, ce que l’étant doit être pour être objet de savoir. Mais l’homme est plus qu’un spectateur-descripteur. En tant qu’être-au-monde, il sollicite les choses relevant, de prime abord, du Vorhandensein : l’ouvrage projeté oriente la découverte de l’outil et l’inclut en un complexe ustensilier. En les sollicitant, il les inclut dans son Dasein, il en fait des outils (Werkzeuge). Devenant "outils", ces choses acquièrent la qualité de Zuhandensein, d’être-en-tant-qu’objet-fonctionnant.
Tout artiste, tout artisan, tout sportif saura ce que Heidegger veut dire : que l’homme, grâce à l’outil qu’il s’est approprié, devient un plus, ajoute "quelque chose" au "là", façonne ce "là" ; dans cette perspective, l’outil fait moins sens par son utilité que par son inscription dans un complexe de relations qui le rend bon pour tel usage, renvoyant en définitive à ce quoi le Dasein aspire. La vision strictement théorique de la philosophie platonicienne et post-platonicienne (Heidegger étant, lui, plutôt "transplatonicien", car il dépasse radicalement cet ensemble de prémisses) se concentrait sur l’élaboration de méthodes, sans percevoir ou sans vouloir percevoir le type immédiat de relation aux choses que constitue le Vorhandensein. Le Vorhandensein implique qu’il y ait d’infinies manières d’agir dans le monde. Quand il n’y a pas un modèle unique, tous les modèles peuvent être jetés dans le monde. L’homme devient créateur de formes et le nombre de formes qu’il peut créer n’est pas limité.
Jeté dans un monde qui était là avant lui et qui subsistera après lui, l’homme se trouve donc face à une sorte de "stabilité", face à ce que les philosophes classiques nommaient l’être, le stable, le non-devenu et le non-devenant. Heidegger, nous l’avons vu, reproche à cette démarche de ne pas percevoir la temporalité sous-jacente au sein même de tout phénomène. Vouloir "sortir" du temps est, de ce fait, une aberration. L’ontologie fondamentale postule que l’être est inséparable de la temporalité (Zeitlichkeit). L’être sans temporalité ne peut être expérimenté.
Le souci (Sorge), qui est ce mode existentiel dans et par lequel l’être saisit son propre lieu et sa propre imbrication dans le monde comme être-en-avant-de-soi, devant utiliser le temps pour aborder les étants, car ce n’est que dans l’horizon du temps qu’une signification peut être attribuée aux réalités ontiques, aux choses de la quotidienneté. Heidegger dit : « La temporalité constitue la signification primordiale de l’être du Dasein ». C’est là une position résolument anti-platonicienne et anti-cartésienne, car, tant chez Platon que chez Descartes, le temps et l’espace sont idéalisés, géométrisés. En revanche, cette position semble évoquer l’idée chrétienne d’incarnation de Dieu dans le temps. Dans un texte contemporain de Sein und Zeit, écrit lui aussi en 1927 et intitulé Phänomenologie und Theologie, Heidegger explique effectivement l’intérêt de la théologie pour comprendre ce qu’est le temps [16].
Mais l’imperfection humaine posée dans la théologie augustinienne se mue, chez lui, en une incomplétude, en un "pas-encore" (noch-nicht) qui oblige à vivre mobilisé, comme pour une croyance. L’homme doit se construire dans une perpétuelle tension, à l’instar du croyant qui vit pour mériter son salut. Mais ici, il n’y a pas de récompense au bout de cet effort ; il n’y a que la mort. Heidegger refuse donc totalement les espoirs consolateurs de la praxis chrétienne. L’augustinisme postulait que l’homme devait vivre de manière irréprochable, morale, dans l’histoire momentanée. Pour Heidegger, l’histoire s’écoule, mais cet écoulement n’est pas momentané. L’écoulement (panta rhei) s’écoulait avant nous et s’écoulera après nous. L’intérêt que porte Heidegger au temps des théologiens n’est pas du christianisme. Il est resté disciple d’Héraclite : son temps "coule", mais nullement pour, un jour, s’arrêter. Quel intérêt, d’ailleurs, y aurait-il à vivre hors de cette tension qu’implique la temporalité ? Le souci est antérieur à toute détermination biologique et rompt avec la définition de l’homme comme animal rationale car la conscience de réalité n’est jamais qu’une modalité de l’être-au-monde et non un complexe hétérogène d’âme et de corps.
Les trois modes d’être selon Heidegger
Penchons-nous maintenant sur la "déréliction" personnelle de Heidegger. Né en 1889, Heidegger passe son enfance et son adolescence dans ce que l’écrivain Robert Musil, parlant de l’Autriche-Hongrie de la Belle Époque, appelait la "Cacanie" (Kakanien). Qu’entendait-il par là ? Simplement l’incarnation de la décadence : une société affectée par un bourgeoisisme à bout de souffle. Pour Musil, l’Autriche-Hongrie du début du siècle incarnait la fin de toutes les valeurs. Le philosophe Max Scheler, plus optimiste, écrivait : « Là où il n’y a pas de place pour les valeurs, il n’y a pas de tragédie. Ce n’est qu’où il y a du "haut" et du "bas", du "noble" et du "vulgaire", qu’existe quelque chose qui laisse deviner des événements tragiques » [17].
C’est dans un climat analogue que Nietzsche avait placé ces mots lourds de signification dans la bouche de son Zarathoustra : « Inféconds êtes-vous ! C’est pourquoi il vous manque de la foi ». Par là, il voulait signifier que le manque de foi menait à la stérilité des connaissances et de la création. Mais de quelle foi s’agissait-il ? Heidegger nous apprend que la foi post-chrétienne ou, pour être plus précis, l’intérêt pour le temps (valorisé par les chrétiens dans la mesure où il conduit à Dieu) et pour l’histoire (eschatologique chez les chrétiens) doit se retrouver demain dans la philosophie après la longue éclipse que fut l’oubli de l’être en tant qu’imbrication de la terre et du temps. Dans la mesure où les espoirs eschatologiques déçoivent, où l’objectivation implique une norme immuable, les sociétés sombrent dans le nihilisme. Les hommes, pour paraphraser le titre du roman de Robert Musil (Der Mann ohne Eigenschaften), deviennent sans qualités.
Dans quel monde vit alors l’homme sans qualités ? Comment Heidegger va-t-il cerner, par son propre langage philosophique, ce monde où gisent les cadavres des valeurs ? Dans quel paysage idéologique Sein und Zeit va-t-il éclore ? Quels rapports sommes-nous autorisés à découvrir entre Sein und Zeit et le Zeitgeist (l’esprit du temps) qui échappe, dans le tourbillon des événements et des défis, à la rigueur philosophique et au regard pénétrant de cet éveilleur que fut Martin Heidegger ?
La philosophie heideggérienne de l’existence se veut une ontologie. Mais une ontologie qui a pour particularité de poser la question de l’être après plusieurs siècles d’ "oubli". La métaphysique, on l’a vu, a été l’expression de cet oubli depuis Platon. L’oubli est la racine même du nihilisme qui afflige la société européenne, et notamment la société allemande après la Première Guerre mondiale. Or, tout le mouvement de ce que l’on a dénommé Konservative Révolution (Révolution conservatrice) est marqué par une recherche de la totalité, de la globalité perdue. L’essayiste anglais Peter Gay parle de Hunger for wholeness [18], ce que nous traduirons par "soif de totalité", une soif qui implique un jugement très sévère à l’encontre de la modernité. Le chaos social et spirituel provoque alors une recherche fébrile de "substantialité" ou, plutôt, d’ "intensité". Cette volonté de donner une réponse à la quiddité est corrélative d’un questionnement sur le "comment", sur le mode d’être qui se traduira dans la réalité tangible.
Il y a, pour Heidegger, 3 modes d’être : l’être-objet (Vorhandenes), l’être-en-tant-qu’objet-fonctionnant (Zuhandenes), l’être comme Dasein, c'est-à-dire comme être-conscient, être-qui-s’autodétermine, être-homme. Or, on ne peut parler de "substantialité" pour les 2 premiers de ces modes. Seul l’homme en tant que Dasein est susceptible d’acquérir de la "substantialité". Sa spécificité l’oblige à être ce qu’il est de manière complète, effective et totale. Cependant, le Dasein en tant qu’existence court toujours le risque de sombrer dans le non-spécifique (Uneigentlichkeit), c'est-à-dire dans un type de situation caractérisée par l’ "anodinité" de ce que Heidegger appelle l’Alltäglichkeit (la banalité quotidienne).
De telles situations évacuent de l’existence des hommes et des communautés politiques l’impératif des décisions, nécessaires pour répondre aux défis qui surgissent. La banalité quotidienne est fuite dans le règne du "on" (Man-Sein). L’homme, souvent inconsciemment, se perçoit alors comme objet soumis à des règles banalement générales. Il trahit sa véritable spécificité, dans la mesure où il refuse d’admettre ce qui, d’emblée, le jette dans une situation. Comme un navire privé de gouvernail, il n’est plus maître de la situation, mais se laisse entraîner par elle.
Heidegger distingue ici 2 aspects dans le mode d’être qu’il attribue au concept d’existence : l’aspect individuel (propre à un seul homme ou à une seule communauté politique) et l’aspect ontologique stricto sensu qui est l’être-effectif, l’être-qui-n’est-pas-que-pensé. Ces 2 aspects diffèrent de ce que la philosophie occidentale qualifiait du concept d’essentia. L’essence, depuis le platonisme, était perçue comme ce qui est au-delà des particularités et des spécificités. Cette volonté d’ "alignement" sur des normes non nécessairement dites, constituait précisément la structure mentale qui a permis l’avènement du nihilisme, où les personnalités individuelles et collectives se noient dans le règne du "on". Nier les particularités, c’est oublier l’être qui est fait de potentialités. Le culte métaphysique de l’essentia chasse l’être du monde. Le monde dont l’être est banni vit à l’heure du nihilisme. Et c’est un tel monde que les contemporains de Heidegger observaient dans l’Allemagne de Weimar.

La révolution philosophique du XXe siècle se réalisera lorsque les Européens s’apercevront que l’être n’est pas, mais qu’il devient. Heidegger, pour exprimer cette idée, recourt à la vieille racine allemande wesen, dont il rappelle qu’elle a donné naissance à un verbe. Il écrit : Das Sein an sich "ist" nicht, es "west". L’être est pure potentialité et non pure présence. Il est toujours à appeler. L’homme doit travailler pour que quelque chose de lui se manifeste dans le prisme des phénomènes. Une telle vocation constitue son destin, et c’est seulement en l’acceptant qu’il sortira de ce que Kant nommait son "immaturité". L’impératif catégorique ne sera plus alors la simple constatation des phénomènes figés dans leur présence (en tant que non-absence), la reconnaissance pure et simple des objets et/ou des choses produits par la création "divine" des monothéistes. Il sera le travail qui fait surgir les phénomènes. L’attitude de demain, si l’on veut trouver des mots pour la définir, sera le réalisme héroïque [19], sorte de philosophie de la vigilance qui nous exhorte à éviter tout "déraillement" de l’ "être" dans l’Alltäglichkeit.

Seul l’homme authentique opère des choix décisifs
Si une règle, une norme s’applique impérativement à tous les hommes, à toutes les collectivités, dans tous les lieux et en tous les temps, l’homme ne peut qu’être empêché de poser de nouveaux choix, d’élaborer de nouveaux projets (Entwürfe), de faire face à des défis auxquels ces normes (qui ne prévoient, dans la plupart des cas, que la plus générale des normalités) ne peuvent répondre. Pour Heidegger, la possibilité de choisir — et donc de faire aussi des non-choix — se voit donc investie d’une valorisation positive. La marque du temps se perçoit très clairement dans ces réflexions. L’Allemagne, en effet, se trouve alors devant un choix. Par ce choix, elle doit clarifier sa situation et rendre possible le "projeter" (Entwerfen) et le "déterminer" (Bestimmen) d’une nouvelle "facticité".
On a qualifié cette démarche heideggérienne de philosophie de Berserker, ces personnages de la mythologie scandinave, compagnons d’Odin, qui avaient le pouvoir de commettre des actes habituellement défendus. De fait, les détracteurs de la conception heideggérienne de l’existence prétendent souvent qu’elle constitue une justification de tous les excès du subjectivisme. À cette abusive simplification, on peut répondre en constatant que la volonté de légitimer l’éternité des normes traduit un simple "désir" de régner sur une humanité dégagée de toute responsabilité, sur une humanité noyée dans le monde du "on".
Pour Heidegger, l’homme, en réalité, ne choisit pas d’agir pour ses propres intérêts ou pour ses caprices, mais choisit, dans le cadre de la situation où il est jeté ou enraciné, ce que l’urgence commande. Une action ainsi absoluisée n’a rien d’égoïste ; elle a vocation d’exemplarité. Qualifier une telle conception de l’existence d’ "ontologique", comme le fit Heidegger, a peut-être constitué un défi philosophique. Il n’empêche qu’une telle conception de la décision représente un dépassement radical du fixisme métaphysique issu du platonisme.
On a alors raison de faire de Heidegger le philosophe par excellence de la Révolution conservatrice. Loin d'être une fuite dans le pathétique, la philosophie de Heidegger cherche à comprendre sereinement l'ensemble des potentialités qui s'offrent à l'existence humaine. Cette philosophie est révolutionnaire, parce qu'elle cherche à fuir le monde du "on", marqué par le répétitif et l’uniformité. Elle est conservatrice, parce qu’elle refuse d’exclure la totalité des potentialités qui restent à l’état de latence. Autrement dit, ce que la pensée heideggérienne conserve, ce sont précisément les possibilités de révolution, que l’ontologie traditionnelle avait refoulées.
Les contemporains ont fortement perçus ce que cette philosophie leur proposait. Sans apporter de remèdes consolateurs, Heidegger affirme que l'inéluctabilité finale de la mort oblige les hommes à agir pour ne pas simplement passer du "on" au néant. La mort nous commande l'action. En cela, réside un dépassement du nietzschéisme. Chez Nietzsche, en effet, la "vie" reste quelque chose en quoi l'on peut se dissoudre ; la "puissance", quelque chose par quoi l’on peut se laisser emporter. La décision face au néant est totalement non-objet, non-substance, non-produit. Elle est pure attitude jetée dans le néant, pure attitude privée de sens objectif. Dans une telle perspective, l’adversaire n’est jamais absolu. Néanmoins, l'ennemi désigné est le monde bourgeois du "on". L'idéologie conservatrice acquiert ainsi, avec Heidegger, la tâche de gérer l'aventureux. Elle prend en charge le dynamisme qu’auparavant on attribuait aux seuls négateurs. La négativité n'est plus l'apanage des penseurs de l'École de Francfort.
La négativité heideggérienne se fixe pour objectif de mettre un terme au déclin des valeurs, résultat de l’ "oubli de l’être". Face au monde banal qui s’offre à nos regards, Heidegger affirme que la mise en doute constitue un moyen pour tirer l’humanité de l’indolence dans laquelle elle se trouve, et pour lui dire qu’il y a urgence. Heidegger est aussi l’héritier de la tradition pessimiste allemande, mais il se rend parfaitement compte que le pessimisme constitue une attitude insuffisante.
« La décadence spirituelle de la terre, écrit-il, est déjà si avancée que les peuples sont menacés de perdre la dernière force spirituelle, celle qui leur permettrait du moins de voir et d’estimer comme telle cette décadence (conçue dans sa relation au destin de "l’être"). Cette simple constatation n’a rien à voir avec un pessimisme concernant la civilisation, rien non plus, bien sûr, avec un optimisme ; car l’obscurcissement du monde, la fuite des dieux, la destruction de la terre, la grégarisation de l’homme, la suspicion haineuse envers tout ce qui est créateur et libre, tout cela a déjà atteint, sur toute la terre, de telles proportions, que des catégories aussi enfantines que pessimisme et optimisme sont depuis longtemps devenues ridicules. » (Intr. Mét.)
Pour Heidegger, il n'y a pas évolution historique, mais involution. Ce sont les origines des mondes culturels qui sont les plus riches, les plus mystérieuses, les plus enthousiasmantes. L’être-homme, aux âges primordiaux, connaît son intensité maximale. Cet être-homme consiste à être sur la brèche, là où l’être fait irruption dans le monde de l’immanence. Mais c’est bien l’homme qui reste le maître du processus. Les époques de décadence sont à cet égard capitales, car elles appellent les hommes à remonter sur la brèche, à ressortir de l’abîme où l’oubli de l’être les a conduits. Dans cette perspective, le succès ou l’échec sont secondaires. Le héros qui échoue peut être quand même exemplaire. Rien n’est réellement définitif. Rien n’arrête la nécessité de l’action. Rien ne démobilise définitivement — car une démobilisation définitive impliquerait de retomber dans le nihilisme.
Cette conception heideggérienne de l’existence renoue avec une éthique présente dans la vieille mythologie nordique. Évoquant la claire perception de sa situation éprouvée par le héros de l’épopée germanique, Hans Naumann (Germanische Schicksalsglaube) a montré, par ex., que celui-ci est très conscient de sa propre déréliction. Le héros sait qu’il est jeté dans une appartenance temporelle, spatiale, sociale, politique et familiale ; il sait qu’il appartient à un peuple. La figure d’Odhinn-Wotan est l’exemple divinisé de l’attitude qu’adopte celui qui n’hésite pas à affronter son destin. Le concept heideggérien de Sorge (repris de Kierkegaard), voire celui d’Entschlossenheit (détermination, résolution), correspond au contenu psycho-éthique investi dans le personnage d’Odhinn. Naumann perçoit même, dans cette "danse avec le destin" un élément d’esthétisme, de "dandysme" qui échappe à Heidegger, malgré son indéniable présence dans les cercles de la Konservative Revolution et surtout chez Ernst Jünger [20].
De son côté, le professeur G. Srinivasan, de l’université de Mysore, en Inde, a publié un ouvrage (The Existentialist Concepts and The Hindu Philosophical Systems, Udayana, Allahabad, 1967) dans lequel il souligne les analogies existant entre la religion indienne et les traditions existentialistes européennes du XXe siècle. L’analyse existentialiste du choix, notamment, peut être comparée au récit d’Arjuna dans la Bhagavad-Gîta, ou encore à celui de Sri Rama dans le Ramayana. La mystique indienne permet aux hommes, elle aussi, de choisir entre une existence monotone et mondaine et une saisie plus "héroïque" du monde.
Le mode de vie nommé dukha est l’équivalent indien de l’Alltäglichkeit heideggérienne. Le sage est invité à ne pas se laisser emporter par les séductions sécurisantes de cette situation et à "contrôler", à "transcender" l’existentialité inauthentique. Comme chez Heidegger, l’inévitabilité de la mort ne saurait empêcher l’homme authentique d’opérer, en cas d’urgence, un choix décisif. Une étude approfondie des analogies existant entre l’éthique indienne et celle de l’Edda d’une part, les enseignements de la philosophie heideggérienne d’autre part, serait d’ailleurs, probablement, des plus enrichissantes. Un trait commun est certainement la saisie unitaire (non dualiste) de l’existence.
Heidegger se trouve donc en rupture avec la conception dualiste du monde liée à l’idée biblique du péché originel et à la façon dont certains Grecs assignaient des limites au cosmos, posant ainsi, dans l’histoire des idées, l’avènement du substantialisme. Cette Grèce-là était elle-même en rupture avec une saisie de l’univers conçu comme épiphanie du divin. Pour Thalès de Milet, par ex., l’élément primordial "eau" est l’Urbild de tout ce qui s’écoule, de tout ce qui se transforme inlassablement, de tout ce qui ne cesse de vivre, de tout ce qui crée et maintient la vie. « Tout est plein de dieux » : cette sentence de Thalès constitue l’affirmation de l’unité totale cosmique. L’apeiron d’Anaximandre, qui est l’ "illimité", la solitude tragique de Héraclite, cherchant à tirer ses contemporains d’un sommeil qui les rendait aveugles à l'unité du monde, comptent aussi parmi les premières manifestations conscientes de la "vraie religion de l’Europe" et elles ne s'embarrassent d'aucun dualisme [21].
La lecture de ces Présocratiques, conjuguée à celle du poète romantique Friedrich Hölderlin, a fait comprendre à Heidegger quelle nostalgie est demeurée sous-jacente dans toutes les interrogations philosophiques, y compris celle de la tradition substantialiste occidentale : un désir d’unité à la totalité cosmique.
« Être un avec le tout, voilà la vie du divin, voilà le ciel de l’homme, écrit Hölderlin. Être un avec tout ce qui vit, dans un saint oubli de soi, retourner au sein de la totalité de la nature, voilà le sommet des idées et de la joie, voilà les saintes cimes, le lieu du repos éternel où la chaleur de midi n’accable plus et où l’orage perd sa voix, où le tumulte de la mer ressemble au bruissement du vent dans les champs de blé... Mais hélas, j’ai appris à me différencier de tout ce qui m’environne, je suis isolé au sein du monde si beau, je suis exclu du jardin de la nature où je croîs, fleuris et dessèche au soleil de midi » (Hypérion).
Ce texte ne doit toutefois pas faire passer Hölderlin pour le chantre d’un idéal d’harmonie ou d’une unité cosmique qui se résumerait dans un pastoralisme douceâtre. Les souffrances que Hölderlin a endurées ont permis chez lui l’éclosion d’une terrible volonté, qui refuse de fermer les yeux devant les réalités. La force de l’âme qui dit "oui" au monde, même devant l’abîme où aucune idéologie sécurisante ne saurait être un recours, est bien évidemment déterminante pour les réflexions ultérieures de Heidegger, dont l’anthropologie dynamique et tragique restitue de façon radicale une religiosité que l’Europe, depuis 3 millénaires, n’avait jamais vraiment perdue.
Le "réalisme héroïque" de la Révolution conservatrice
En 1922, sous la direction de Moeller van den Bruck, paraissait un ouvrage collectif intitulé Die neue Front, dans lequel il était fait mention d’une attitude héroïco-tragique nécessaire au dépassement de la situation qui régnait alors en Allemagne. L’idée heideggérienne de connaissance claire de la situation y était déjà présente. L’expression "réalisme héroïque" ne faisant pas encore partie du vocabulaire, on y employait l’expression d’ "enthousiasme sceptique". Toutefois, s’il y avait convergence, dans l’analyse de la situation politico-culturelle, entre les amis de Moeller van den Bruck et Heidegger, en qui germaient alors les concepts de Sein und Zeit, les premiers avaient le désir affiché d’intervenir dans le fonctionnement de la cité, tandis que Heidegger se préparait seulement à scruter les textes philosophiques traditionnels afin d’offrir au monde une philosophie de l’urgence — la philosophie d’un "être" qui se confondrait avec l’intensité du vécu.
Le discours de Moeller van den Bruck et de ses amis, plus politisé, désignait le libéralisme comme l’idéologie incarnant le plus parfaitement l’Alltäglichkeit, postulée par ce que, quelques années plus tard, Heidegger nommera le monde hypothético-répétitif. Ernst Bertram, auteur de Michaelsberg, estimait, lui, que l’esthétique du monde à venir ressemblerait à l’architecture romane, avec sa clarté, sa sobriété, sa formalité sans luxuriance. De son côté, le poète Rainer Maria Rilke déplorait que le monde moderne ne possédât plus cette simplicité toute tangible qui offrait à l’esprit (Geist, équivalent, dans le langage de Rilke, à l’Être de Heidegger) une assise stable.
"L'américanisme", poursuivait Rilke, produit des objets amorphes où rien de l'homme n’est décelable, où aucun espoir ni aucune méditation n’est passée. Ces réflexions poétiques rilkéennes sur les objets de notre civilisation ont été souvent considérées comme des vers écrits par pur esthétisme, comme de l'art pour l'art. Rien n’est plus faux. Rilke a aussi participé à la redécouverte de la religiosité européenne. Pour le Dieu de Rilke, il y a une aspiration à "habiter" en l'homme et dans la terre. Comme Maître Eckart, la lumineuse figure du Moyen Âge rhénan, Rilke voulait voir le divin, la Gottheit naître dans l’intériorité même de l’homme. Dieu "devient" (wird) en nous. Il ne devient lui-même que dans et par l'homme. L'Adam de Rilke, modèle de sa conception anthropologique, accepte la vie difficile de l’après-Eden ; il dit "oui" à la mort qui clôt une existence où le travail signifie plus que le bonheur satisfaisant d’une existence répétitive. Aussi est-il possible, avec Jean-Michel Palmier [22], de comparer le Zarathoustra de Nietzsche au Travailleur de Jünger et à l'Ange de Rilke. 
Métaphysiquement, ils sont les mêmes. Ils indiquent le passage où l'intensité (l'être) surgit dans un monde où l' "amorphe" a tout banalisé.
L’évocation de ces quelques contemporains de Heidegger ne se veut nullement exhaustive. Il était cependant nécessaire de présenter ces auteurs pour avoir une idée des courants idéologiques qui ont formé l’arrière-plan sur lequel Sein und Zeit s'est élaboré. Dans ses arguments, la Révolution conservatrice mêle en effet une aspiration à retrouver un monde stable, philosophiquement marqué d’un certain substantialisme, et une aspiration à détruire, à extirper révolutionnairement les derniers restes du monde substantialiste.
On a parfois pu dire que le nazisme montant a repris à son compte quelques-uns des arguments de la Révolution conservatrice. Toute propagande a toujours fait feu de tout bois. La Russie soviétique, par ex., a toléré, au début de son existence, toutes les formes de modernisme. Quelques années plus tard, il n'en restait plus rien. La situation fut analogue, en Allemagne, pour la Konservative Revolution. Hitler n’a pas hésité à utiliser à son profit tout argument dirigé contre le libéralisme ou le marxisme, mais, en fait, les éléments philosophiques ou idéologiques qui pouvaient contribuer à révolutionner la philosophie occidentale lui étaient profondément indifférents. Sa praxis politique restait liée à une Realpolitik d’inspiration impérialiste commune à tout le XIXe siècle finissant. Sa vision du monde n’était qu’un mélange confus de darwinisme primaire et de nietzschéisme banalisé [23].
En Allemagne, les représentants de ce qu’il convient d’appeler le "réalisme héroïque" ont été principalement Josef Weinheber, Ernst Jünger et Gottfried Benn. Ces auteurs se sont mis à la recherche d’un nouvel "impératif catégorique", dégagé de tous les reliquats du bourgeoisisme de 2 derniers siècles. Radikal "unbürgerlich" : tel était pour eux le programme du XXe siècle. L'anti-bourgeoisisme avait pour but de tirer les peuples européens de leur "indolence" ontologique — cette indolence dans laquelle les actes des hommes sont incapables de s’accomplir de façon strictement "formelle", d’être en eux-mêmes et par eux-mêmes une "structure", une "forme" ou une "attitude" (Struktur, Gestalt, Haltung).
Cela revenait à dire que le monde se "justifie" par l'esthétique et non par l'éthique. Dans cette perspective, même si l’attitude héroïque peut se comprendre comme dotée d’une valeur éthique, c’est surtout pour la beauté du geste qu’elle se trouve appréciée. Dès lors, toute "substantialité" se dissout. Le geste porte sa valeur en lui-même et ne se justifie plus au départ d'un système ou d’une ontologie. Le réalisme héroïque, selon Walter Hof [24], se définit comme un existentialisme esthétique ou comme un esthétisme existentiel. Le terme "esthétisme" a pourtant une mauvaise réputation. On croit trop souvent qu'il exprime une sorte de fuite hors du monde, "dans la tour d’ivoire de la beauté ésotérique". Mais en réalité, ce n'est pas hors du monde que veulent se placer les contemporains de Heidegger. Ils veulent au contraire percevoir le monde, mais exclusivement sous l'angle esthétique.
 Josef Weinheber, Ernst Jünger et Gottfried Benn
Comment Weinheber, Jünger et Benn ont-ils, chacun, "arraisonné" l’existence ? Des trois, Josef Weinheber est le plus "conservateur". L'élan vers l’avant, le Durchbruch nach vorne, est jugé par lui trop dynamique et, partant, trop instable. L’intensité existentielle que déploie l’ "homme sur la brèche", l’unité totale avec le monde immanent qu’il acquiert en ces rares moments, lui semblent trop fugaces. L'art est pour lui la seule valeur indubitable, le seul impératif catégorique. L’art se saisit des choses, des douleurs, pour les transformer en "chants" (Lieder). Weinheber, dans son œuvre, chante la fierté du créateur solitaire, la tragique folie quelque peu titanique de l’idéaliste qui poursuit, sans espoir, ce qui lui restera inaccessible. La création, elle, dure. Comme Heidegger, Weinheber déplore la disparition du monde hellénique archaïque, l'éviction des dieux hors du monde, le dessèchement des forces démoniques, la chute de l’inauthentique où aucune "forme" n’est plus perceptible.
Contrairement à Weinheber, le jeune Ernst Jünger, lui, ne déplore pas le nihilisme. Dans ses premiers écrits, aucune mélancolie ne transparaît — mais aucun sentiment de joie non plus. L'action des "aventuriers", des hommes qui vivent dangereusement en s’imposant une implacable discipline personnelle est, à ses yeux, un modèle. Le réalisme héroïque de Jünger peut s’énoncer en quelques maximes : faire face à l'épreuve, s'endurcir à la douleur, vivre dangereusement. En dictant de tels préceptes de conduite, Jünger montre sa volonté de poser les bases d’un nouveau nihilisme qui sera révolutionnaire et actif. À son sujet, Marcel Decombis écrit : « Le travail de destruction s’achève par la découverte d’une réalité capable de servir de base à l’édification d’un système. Il a eu pour effet de mettre en évidence l’existence des forces élémentaires, contenues aussi bien dans le monde physique que dans le cœur de l’homme... » [25]
Mais Jünger constate que les forces élémentaires de l’enthousiasme ne suffisent plus. La Première Guerre mondiale a démontré qu’un simple servant de mitrailleuse pouvait décimer une troupe entière d’hommes héroïquement convaincus de leur cause. L’expérience militaire de Jünger lui a fait constater le rôle implacable de la machine. L’homme, cependant, ne peut plus reculer. Il faut aller de l’avant, obliger la machine à vivre, à son tour, l’aventure. L’idéal vitaliste doit s’incarner dans le militant politique moderne. La "substantialité" doit se re-découvrir dans le dynamisme déployé par les existences les plus fortes.
Dans Der Arbeiter (1932), ouvrage que Walter Hof considère comme la "Bible" du réalisme héroïque, Ernst Jünger entend précisément tracer l’ébauche de l’homme de l’époque à venir. Cet homme doit incarner l’unité des contraires. L’ordre absolu de l’avenir dépassera les types d’ordre bourgeois en ceci qu’il n’exclura pas le risque ; il sera, dit Jünger, le fruit des nouvelles épousailles de la vie avec le danger. La tâche de l’homme nouveau ne sera pas de lutter contre le monde en marche, avec la nostalgie des stabilités perdues, mais d’être le Vabanquespieler, le "joueur qui risque le tout pour le tout", du nouvel âge. Jünger transpose ainsi, dans l’arène politico-idéologique, la philosophie de l’acte et de la décision.
Jünger extériorise dans la politique son dépassement du nihilisme passif et du substantialisme, et ce dépassement réside dans l’action. Gottfried Benn, lui, choisit une voie intérieure (Weg nach Innen), une voie vers le spirituel et l’artistique. Inaccessible à la décadence, le monde des formes artistiques permet de penser et de vivre une restitutio du vieux monde précapitaliste et du cosmos antique. Ce monde peut être vécu grâce au travail qu’opère l’esprit constructivement par le moyen de l’art ; en tant qu’univers intérieurement re-créé, il doit transmettre au monde purement présent de l’extérieur l’idée d' "attitude maintenante" (Haltung), laquelle correspond à une impulsion de résistance, à un refus de fuite, que ce soit vers la sécurité ou vers l’action désespérée. L’image anthropologique qui ressort de l’œuvre de Benn est celle d’un homme qui reste stoïque au milieu des ruines. On connaît à ce propos le livre du penseur traditionaliste italien Julius Evola, Les hommes au milieu des ruines [26]. Écrit en 1960, cet ouvrage n’a pas été connu de Benn, qui, par contre, a préfacé en 1935 l’édition allemande d’un autre livre d'Évola, Révolte contre le monde moderne [27].
On constate, à lire cette préface, que le nihilisme désespéré de l’Allemand diffère fondamentalement de la confiance que, malgré tout, conserve l’Italien. Le rejet de tout substantialisme au profit des "formes" créés par l’artiste traduit d’ailleurs, chez Benn, un oubli du facteur "temps" que Heidegger avait découvert dans tout étant, dans tout phénomène. Benn, comme Evola, déplore l’usure que le temps impose à toutes choses. Ce qui le rend mélancolique ou pessimiste, c'est l’impossibilité de contrecarrer la fatale érosion des formes. Julius Evola, on le sait, s’est d’abord jeté dans l’aventure dadaïste, avant de rêver, dans Révolte contre le monde moderne, à une très problématique restauration des idéaux médiévaux.
La révolte d’Evola, comme celle de Benn, est principalement dirigée contre le monde bourgeois. Mais cette révolte est ambiguë. Elle prône l’existence de 2 règnes : chez Benn, le règne de l’art et celui de la puissance ; chez Evola, le règne de la transcendance et celui de l’immanence. Chez l’un comme chez l’autre, cette ambiguïté reste toutefois postérieure à une saisie fougueusement polymorphe, typique de cette époque où l’esprit oscillait dans tous les sens. Les poètes des années 30 décidaient de se faire communistes, fascistes, nationalistes. Certains descendaient même dans la rue. Benn, lui, choisit simplement de rester artiste. Il exige, pour l’Allemagne, l’abandon des motifs épuisés de l’époque théiste et le report de toute la charge de nihilisme dans les forces constructives et formelles de l’esprit, afin d’instituer une sévère morale et une métaphysique de la forme. On repère ici, immédiatement, les similitudes et les dissemblances par rapport à Heidegger.
Au mépris de toute vraisemblance, certains adversaires acharnés de la Révolution Conservatrice n’ont pas hésité à prétendre que celle-ci avait, en quelque sorte, "préparé le terrain" au national-socialisme. Les mêmes ont fait reproche à Heidegger d’avoir accepté, en avril 1933, la responsabilité du rectorat de l’université de Fribourg — tout en se gardant bien d’évoquer le contexte dans lequel cette nomination est intervenue, et en passant sous silence, notamment, l'hostilité que le régime hitlérien, en la personne de ses philosophes "officiels", Ernst Krieck et Alfred Baeumler, n’ont cesse, dès 1934, de témoigner à l’auteur de Sein und Zeit. Ce dernier, on le sait, s’est expliqué de façon très précise sur cette question dans un célèbre entretien publié après sa mort par Der Spiegel [28]. Figure de proue de la Konservative Revolution, Heidegger partage en fait, dans une large mesure, le jugement critique de ce vaste mouvement d’idées à l’endroit du national-socialisme. Mais quel fut ce jugement critique ? C’est ce qu'il vaut la peine d’examiner.
le "fascisme" de la catholicité latine
Ce jugement, tout d’abord, n’est pas monolithique. La Konservative Revolution n’est pas un mouvement dans lequel une seule direction est jugée "bonne". Elle réunit plutôt, de façon informelle, un ensemble de penseurs qui ont constaté l'échec du type libéral et bourgeois de société et qui, se dispersant dans différentes directions, ont entrepris de rechercher des solutions de rechange. Les alternatives proposées varient selon les itinéraires individuels, les amitiés, les provenances idéologiques. Le national-socialisme, qui mit fin brutalement au foisonnement intellectuel du mouvement, est tantôt critiqué comme "plébéien", tantôt comme "réactionnaire" et "catholique".
Cette dernière opinion est exprimée not. par le "national-bolchevik" Ernst Niekisch. Sans aucune nuance, Niekisch se fait l’avocat de l’alliance germano-russe contre un Occident jugé en "décomposition", et prône la formation d’un bloc germano-slave ayant pour objectif la "liquidation" de l’héritage "roman". Dans le feu de la polémique, il écrit dans Widerstand (n°3, 1930) : "Nous sommes la génération du tournant du monde... Si nous nous pénétrons de la conscience de ce tournant, nous aurons le courage de l’exceptionnel, de l’extraordinaire, de l’inouï... Le monde ne peut tourner sans que bien des choses ne volent en éclats..." [29].
Or, pour Niekisch, ce qui doit voler en éclats, c’est le "fascisme" de la catholicité latine, si ancrée en Bavière et en Autriche, ces terres qui ont vu naître Hitler. « Qui est nazi sera bientôt catholique... » : par ces mots, Niekisch veut dire qu’il considère comme romain, catholique et fasciste le fait de flatter les bas instincts des masses, de leur dispenser l’illusion de la facilité, de répandre, enfin, une véritable « croyance aux miracles », s’opposant en tous points à l'attitude de l’Homo politicus prussien et protestant. Pour Niekisch, le retour au « giron catholique » est un gâchis des énergies allemandes, une voie de garage, qui ne vaut pas mieux que la torpeur politique propagée par les idées illuministes et bourgeoises de l’Occident libéral. Chez lui, l’expression d'« Occident libéral » est presque synonyme de l'Alltäglichkeit heideggérienne.
Le libéralisme ne veut rien de grand. Il est une idéologie d’esclaves, en ce sens qu'il endort les énergies et refoule tout grand sentiment. Le catholicisme fasciste allemand est une idéologie de la distraction, visant à réaliser un homme moyen, qui habitera des immeubles préfabriqués, roulera en Volkswagen et, après une période difficile, finira par mener une vie dégagée de tout souci. Pour Niekisch — comme pour certains historiens qui, aujourd’hui, font profession d’antifascisme, tel Reinhard Kühnl [30] — l’hitlérisme se borne à vouloir réaliser vite les idéaux de bonheur de l’humanitarisme libéral. De telles positions ont certes aujourd'hui de quoi étonner. Cependant, même si elles ne correspondent pas entièrement aux realia, on peut y voir éventuellement l'indication de tendances qui auraient peut-être pu se révéler effectivement.
À l'inverse, « l’extraordinaire », « l’inouï » dont parlait Niekisch dans l’article cité plus haut pourrait bien correspondre à l'existence authentique dont parle Heidegger. Le tournant du monde n’inaugurerait-il pas l’ère ou les hommes s’apercevraient de l’inanité des idéaux libéraux, et n’y verraient que de pâles émanations des principes substantialistes ? Il est certes hardi de comparer le langage polémique et simplifié d’un théoricien politique au langage philosophique si rigoureux (mais passionné tout de même) de Heidegger. Néanmoins, l'objet essentiel de la critique de Niekisch est bien la mortelle tiédeur de l'Alltäglichkeit.
Et quant à la hargne parfois obsessionnelle de Niekisch envers la latinité catholique, avec sa valorisation corrélative de la liberté individuelle protestante, elle s’explique, au moins en partie, quand on met en parallèle la persistance, dans les idéologies politiques imprégnées de catholicisme (Maurras, Salazar, Franco, etc.), du vieux substantialisme, et l'édulcoration, par le luthéranisme et les idées de Herder, de ce même substantialisme dans la sphère protestante.
Les slogans jetés dans le débat politique par Niekisch démontrent en tout cas l’originalité si pertinente de son antifascisme. Heidegger aurait-il en secret souscrit à des vues de ce genre ? Cela pourrait expliquer certains silences. Mais en fin de compte, c’est un exercice assez vain que de vouloir donner une étiquette partisane à Heidegger. L’auteur de Sein und Zeit a été un iconoclaste pour les philosophes qui entendaient en rester à la métaphysique occidentale classique. Niekisch, lui, a conjugué les paradoxes et interpellé tous les mouvements politiques. Il fut ce qu’on appellerait aujourd’hui un "extrémiste" tandis que Heidegger nous apprend à être sereinement radical. Soyons, donc, comme ce dernier, des radicaux sereins.
Robert Steuckers, Nouvelle École n°37, 1982.
◘ Notes :
  1. P. Bouts, Modernité et enracinement. Nécessaire Heidegger, in Artus n°7, 1981.
  2. JP Resweber, La pensée de Martin Heidegger, Privat, Toulouse, 1971.
  3. M. Heidegger, Holzwege, V. Klostermann, Frankfurt/M., 1949 (tr. fr. : Chemins qui ne mènent nulle part, 1962).
  4. M. Heidegger, Frühe Schriften, V. Klostermann, Frankfurt/M., 1972.
  5. Cf. Arion L. Kelkel et René Schérer, Husserl, PUF, 1971 ; Henri Arvon, La philosophie allemande, Seghers, 1970, pp. 139-149 et 160-169 ; Jean-Paul Resweber, op. cit., pp. 59-63.
  6. Pierre Trotignon, Heidegger, PUF, 1974, pp. 9-12.
  7. André Malet, Mythos et logos. La pensée de Rudolf Bultmann, Labor et Fides, Genève, 1962 et 1971, p. 277-311.
  8. A. Malet, op. cit., p. 305-306.
  9. Cf. Heidegger, Wegmarken, Klostermann, Frankfurt/M., 1967-1978 (et not. Vom Wesen des Grundes, p. 123-175).
  10. A. Malet, op. cit., p. 311.
  11. Heidegger, Albin Michel, 1981. Cf. aussi Lucien Goldmann, Lukàcs et Heidegger, Denoël, 1973.
  12. André Malet, op. cit., p. 75.
  13. Cf. E.W.F. Tomlin, R.G. Collingwood, Longmans, London, 1953 et 1961.
  14. Cf. R.G. Collingwood, The Idea of History (1946) et An Autobiography (1939) p.96-100, Oxford University Press.
  15. Cf. F. Guibal, ...Et combien de dieux nouveaux. Approches contemporaines I, Heidegger, Aubier-Montaigne, 1980.
  16. Wegmarken, op. cit. (cf. Phänomenologie und Théologie, pp. 45-79).
  17. Cf. V. Horia, Der neue Odysseus. Studie über den Verfall der Autorität in Criticon, IV, 25, sept-oct 1974, 233-236.
  18. Peter Gay, Weimar Culture. The Outsider as Insider, Penguin, Harmondsworth, 1968, p. 79-106.
  19. Walter Hof, Der Weg zum heroischen Realismus. Pessimismus und Nihilismus in der deutschen Literatur von Hamerling bis Benn, Lothar Rotsch, 1974.
  20. Cf. Walter Hof, op. cit., p. 235. On consultera aussi Gerd-Klaus Kaltenbrunner (Hrsg.), Konservatismus International, Seewald, Stuttgart, 1973 (et plus particulièrement le texte d'Otto Mann, Dandysmus als konservative Lebensform, p. 156-170).
  21. Cf. Sigrid Hunke, Europas andere Religion. Die Ueberwindung der religiösen Krise, Econ, Düsseldorf, 1969.
  22. Les écrits politiques de Heidegger, L'Herne, 1968.
  23. Les historiens des idées se sont maintes fois penchés sur le problème de la vision du monde d’Adolf Hitler. Parmi quelques ouvrages récemment parus, signalons celui de William Carr, Adolf Hitler, Persönlichkeit und politisches Handeln, Kohlhammer, Stuttgart, 1980. Le 4ème chapitre de ce volume (Hitlers geistige Welt) évoque principalement l’influence des vulgates darwinistes qui avaient cours au début du siècle. Malheureusement, l’auteur applique trop souvent et à mauvais escient les stéréotypes freudiens. En français, on peut consulter l’étude du professeur Franco Cardini, de l’université de Florence : Le joueur de flûte enchantée (messianisme hitlérien, mythopoiétique national-socialiste et angoisse contemporaine), in Totalité, 12, été 1981.
  24. Walter Hof, op. cit., p. 240.
  25. E. Jünger, L’homme et l’œuvre jusqu’en 1936, Aubier-Montaigne, 1943.
  26. Les hommes au milieu des ruines, Sept Couleurs, 1972.
  27. Erhebung wider die moderne Welt, Deutsche Verlags-Anstalt, Stuttgart, 1935.
  28. Trad. fr. : M. Heidegger, Réponses et questions sur l’histoire et la politique, Mercure de France, 1977.
  29. Sur E. Niekisch, voir la monumentale étude de Louis Dupeux, Stratégie communiste et dynamique conservatrice. Essai sur les différents sens de l’expression "national-bolchevisme" en Allemagne, sous la République de Weimar (1919-1933), Honoré Champion, 1976. Plus récent et plus "militant" est le livre d’Uwe Sauermann, Ernst Niekisch zwischen allen Fronten, Herbig, München, 1980.
  30. Reinhard Kühnl, Formen bürgerlicher Herrschaft. Liberalismus-Faschismus, Rowohlt, Rein beckbei Hamburg, 1971. Cet ouvrage se fonde surtout sur la "littérature secondaire" et va rarement aux sources. Ce qui lui confère de l’intérêt, c’est l’intention de l’auteur.

18:01 Écrit par pat dans culture et histoire, tradition | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |

Les scenarii de dissolution de l’euro

Note introductive de la Fondation Res Publica :

La Fondation Res Publica conduit, depuis 2008, un programme de recherche exigeant sur la crise économique et financière internationale, et plus particulièrement sur la crise de la zone Euro. Plusieurs colloques et séminaires ont été organisés par la Fondation, et de nombreuses notes publiées sur ce thème.

C’est toujours dans la perspective d’irriguer le débat et d’éclairer les politiques publiques à partir d’une pensée républicaine moderne que s’inscrit la publication de cette nouvelle étude réalisée par les économistes Jacques Sapir et Philippe Murer. La situation économique et sociale et les défis qui se dressent face à la France et face à l’Europe nécessitent en effet une réflexion prospective pluraliste.

La monnaie unique rassemble dans un même cadre des économies de structures très différentes, de niveau de développement inégal, dont les langues, les cultures et les options politiques diffèrent. Dès le départ, la zone Euro était loin d’être une zone monétaire « optimale », selon l’expression de l’économiste canadien Robert Mundell. De plus, il est douteux qu’une monnaie unique sans gouvernement économique, interdisant par construction les ajustements monétaires, puisse se maintenir durablement en s’en remettant uniquement aux évolutions du marché pour éviter les distorsions de salaires, de prix, de compétitivité, d’endettement, etc.

Certes, à son début, le système de l’Euro a semblé fonctionner, mais l’excédent commercial allemand créait une illusion d’optique en absorbant les déficits des autres pays. Des déficits commerciaux qui, dans le cas de la France, de l’Espagne, de l’Italie et de bien d’autres pays, traduisaient un mouvement profond de désindustrialisation et une perte considérable de compétitivité par rapport à l’industrie allemande, et que la surévaluation de l’Euro a encore accélérée.

Loin de converger comme les pères de l’Euro en avaient l’ambition, les économies de la zone ont massivement divergé. La construction même de l’Euro s’est révélée mortifère pour les pays du sud de la zone, et par extension la France, dont les systèmes productifs sont organisés sur un modèle différent du célèbre « modèle allemand », avec des exportations très sensibles aux taux de change.

La part de la France dans le marché mondial a ainsi régressé de 5,1% en 2002 à 3,8% aujourd’hui, et la zone Euro dans son ensemble et sur la dernière décennie a subi une croissance bien plus lente que celle des Etats-Unis ou de pays européens n’ayant pas adopté la monnaie unique comme le Royaume-Uni ou la Suède. De sommet de la dernière chance en sommet de la dernière chance, la monnaie unique semble vouée à l’éclatement, et de nombreux économistes ou acteurs financiers l’envisagent ouvertement.

Pour éviter une dissolution sauvage, il y aurait potentiellement une perspective : la transformation de l’Euro de monnaie unique en monnaie commune. Ce scénario serait à priori préférable à un éclatement sauvage de la zone Euro et à un retour chaotique aux monnaies nationales. Mais est-il possible ?

L’étude qui suit détaille l’impact sur l’économie de la France – et celle des principaux pays de la zone Euro – de différents scénarios de dissolution de la zone Euro – procédant de différentes hypothèses de coopération monétaires – et de différentes options de politique économique pour la France. Elle envisage également l’impact de cette dissolution de l’Euro sur le système monétaire international et examine la possibilité d’une construction d’une monnaie commune après une phase préalable de retour aux monnaies nationales. Enfin, les auteurs analysent les conséquences de cette dissolution sur l’industrie européene, sur les institutions monétaires et de coordination macro-économiques européennes, sur le système bancaire et financier, et son impact général sur l’économie française.

Sans nécessairement reprendre à son compte l’ensemble des analyses des auteurs, la Fondation Res Publica remplit sa mission en versant au débat public un tel document. La Fondation est consciente des fragilités de ce type d’études mais elles contribuent à éclairer le débat nécessaire sur des questions déterminantes pour l’avenir de la France et de l’Europe.

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Hausse de la TVA : à quand le ras le bol des tartuffes UMPS ?

Hausse de la TVA : à quand le ras le bol des tartuffes UMPS ? La gauche augmente l’impôt, la droite le baisserait. Ah bon ?
À quelques semaines de la mise en œuvre de la hausse de la TVA prévue au 1er janvier 2014, il est tout de même nécessaire de remettre les pendules de la fiscalité politique à l’heure.
Les Français ont la mémoire courte, mais quand même… L’ancienne majorité UMP n’avait-elle pas voté une hausse de la TVA à 21,2 % avec une entrée en vigueur dès septembre 2012 si Nicolas Sarkozy avait trompé une seconde fois les électeurs ?
« Aujourd’hui, les entreprises n’en peuvent plus de l’impôt, il faut savoir arrêter de matraquer », martèle avec culot Christian Jacob, chef de file de l’opposition à l’Assemblée, qui rappelle à François Hollande son engagement de campagne de marquer une pause fiscale.
L’UMP qui a soutenu les Bonnets rouges bretons refusant l’écotaxe, se moque du monde, car si cette taxe n’est pas juste, c’est un peu tard pour le découvrir, puisqu’issue du Grenelle de l’environnement en 2009, ses parlementaires l’ont adoubé… Sa condamnation en 2013 sous prétexte que le gouvernement Ayrault a trop alourdi par ailleurs la fiscalité des Français, c’est reconnaître que ce n’était finalement qu’un impôt de plus, sans légitimité particulière, décidé sous un quinquennat précédent déjà fort aux abois… N’est-ce pas le Premier ministre d’alors, François Fillon, qui avait reconnu que les « caisses étaient vides »… déjà ?
Quant à la hausse prochaine des taux de TVA, elle serait différent de celle du quinquennat précédent, a précisé le ministre du Travail, Michel Sapin sur Europe 1 «La précédente TVA sociale ne touchait qu’au taux principal de TVA, qui passait de 19,6 % à 21,2 %. La TVA “socialiste” augmente ce taux à 20 %, le taux intermédiaire passe de 7 % à 10 %, et diminue le taux réduit, qui concerne les biens et services de première nécessité de 5,5 % à 5 %… »
C’est dit : la TVA socialiste ne touchera pas les ménages les plus modestes, comme il est convenu désormais de nommer les très pauvres de nos concitoyens.
Dommage pour les milliers de cavaliers (et de poneys) qui défilaient dimanche dernier à Paris qui n’entrent pas les critères socialistes de pauvreté… Tant pis alors, si, comme le dénonce un dirigeant de centre équestre, la « hausse socialiste » de 7 à 20 % qui concerne (entre autres) cette activité « va entraîner la fermeture de 2 000 centres équestres sur 7 000, la perte de 6 000 emplois directs et envoyer 80 000 chevaux à l’abattoir ».
Diantre ! Si cette prédiction n’est pas exagérée, ça laissera presqu’autant de nos concitoyens sur le tapis que le dépôt de bilan du transporteur Mory Duclos dont on a tant parlé ces derniers jours. Quelques milliers de futurs « ménages des plus modestes » supplémentaires, en quelques sortes !
Mais heureusement, le gouvernement a assuré qu’il comptait « sauver la filière ». Pour cela, Valérie Fourneyron, ministre des Sports, se dit prête à « activer tous les leviers » pour : « que l’on puisse réviser cette directive (européenne) TVA et pouvoir emmener d’autres pays qui n’y sont pas favorables à ouvrir légalement un taux de TVA réduit pour les centres équestres. »
Après l’exception culturelle française, voici envisagée l’exception équestre française ! Et combien d’autres exceptions encore seront-elles envisagées avant que l’UMP ne revienne aux Affaires ? Afin de lever de nouvelles taxes que les socialistes, revenus dans l’opposition, ne manqueront pas de combattre sans être le moins du monde gêné.
Le ras le bol fiscal est d’actualité, à l’évidence. Mais ne serait-il pas grand temps d’assister enfin au ras le bol des tartuffes ?

Philippe Randa http://www.voxnr.com/cc/politique/EFlVZEZyFAJUHqyAQg.shtml

Halal ou pas : islam, première religion carcérale de France

On fait ses prières, mais on peut tuer pour une cigarette. On sanctifie la famille, mais on fait pleurer sa mère tous les matins.

Inutile de se voiler la face, l’islam est la première religion carcérale de France, avec des taux de 70 % dans les prisons d’Île-de-France, sans compter d’autres métropoles, genre Marseille. Triste réalité que le site musulman SaphirNews reconnaît sans ambages. Nulle islamophobie, donc, dans ce qui n’est rien qu’un simple constat.

Et Samia El Alaoui Talibi, secrétaire de l’aumônerie musulmane des prisons de rappeler à nos confrères de SaphirNews : « Malgré ses murs, la prison est une microsociété, avec ses travers, comme toute société. » La nôtre, celle du dehors, est ainsi agitée par de multiples revendications ; la tyrannie des minorités étant tout, hormis un vain mot. Militantisme religieux et alimentaire, lobbying d’ordre sexuel et sociétal touchant même jusqu’à la langue de Molière : dire « auteure » et surtout pas « mademoiselle », « personne à verticalité différée » plutôt que « nain », « homme à compréhension contrariée » au lieu de « con », etc. Le tout sur fond de compétition victimaire et de pleurniche à tous les étages.

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Le malaise de la France des «petits Blancs»

Aymeric Patricot s'est attaqué dans son livre à un tabou, celui des conditions de vie des «petits Blancs» dans les quartiers pauvres de la République. Il répond sans ambages aux questions du Figaro.

Sorti le mois dernier, le livre d'Aymeric Patricot Les Petits Blancs (Plein Jour) s'inscrit dans cette nouvelle approche intellectuelle qui entend porter un autre regard sur des pauvres longtemps oubliés. Dans son livre, ce diplômé d'HEC, de l'EHESS, agrégé de lettres et professeur en banlieue parisienne, s'intéresse à la double peine souvent ressentie par les «petits Blancs», méprisés des élites et se sentant parfois étrangers dans leur propre pays. Afin de mieux comprendre la portée de ses recherches, Aymeric Patricot a bien voulu répondre aux questions du Figaro.

LE FIGARO. - Que vous inspire le succès en librairie des livres sur la question de l'identité et sur l'histoire de France ?

Aymeric PATRICOT. - Ils me paraissent traduire une certaine inquiétude. Certes, l'«identité de la France» n'est pas chose figée. Mais on la présente aujourd'hui comme un simple réceptacle à d'autres cultures, d'autres populations. Sans doute faudrait-il trouver un juste milieu entre sa dimension universelle, ouverte, et le fait qu'elle présente une épaisseur, celle de l'histoire, celle des régions, celle des «territoires».

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Peillon et la gauche ou la haine de l’excellence (II)

Après les professeurs des classes préparatoires, c’est à l’agrégation elle-même que Peillon et la gauche, dans leur haine de l’excellence, veulent s’attaquer. Comme le tyran de Syracuse : pour être sûr de conserver le pouvoir, faucher tout ce qui dépasse !

Réforme de l’agrégation : le brouillon qui fait peur

Il suffit parfois de peu de choses pour déclencher une vive polémique. Une feuille, quelques mots… pas plus. Depuis quelques jours circule dans le petit monde de l’éducation une sorte de présentation « powerpoint » de ce qui pourrait être une réforme des missions des professeurs agrégés et du concours de l’agrégation.

Sans savoir quel était précisément le statut de ce document, qui en était l’auteur - parfois sans même l’avoir eu entre leurs mains ! -, des organisations d’agrégés se sont insurgées contre la « casse » de l’agrégation. C’est dire si le sujet est explosif…La feuille en question – que Le Monde s’est procuré et que le ministère de l’éducation nationale assure être un « document interne » issu de ses « services », pas du cabinet de Vincent Peillon -, donne des pistes d’évolution. Non pas des propositions concrètes, mais de simples interrogations.

S’agissant de la formation des agrégés, elle propose de développer un « volet professionnel », avec des « périodes de stages en établissement scolaire : quatre semaines au cours du master ». Si le ministère a réformé, l’an dernier, le capes – justement pour introduire une plus forte dose de pratiques professionnelles dans la formation des professeurs certifiés -, il n’a pas encore touché à ce monument historique qu’est le concours de l’agrégation.

"Débuts de carrière" au collège

Sur le concours justement, les auteurs proposent de substituer à l’épreuve « Agir en fonctionnaire de l’Etat » une « autre épreuve », et d’introduire « un entretien fondé sur un dossier construit par le candidat » durant son master. Enfin, ils envisagent des « débuts de carrière » au collège – alors que les agrégés enseignent pour la plupart au lycée ou à l’université -, ou encore de leur attribuer « un rôle particulier dans l’animation pédagogique » d’un établissement scolaire.

Il n’en fallait pas plus pour réveiller les soupçons d’une « dévaluation » de l’agrégation ; pour faire resurgir les craintes de voir l’agrégation se transformer en « capes bis ». De fait, augmenter la part de formation professionnelle et de stages dans la préparation du concours revient, pour certains, à restreindre la part de connaissances théoriques. Or, c’est précisément sur le haut niveau de savoirs disciplinaires que repose la spécificité de l’agrégation.

Renommée mondiale

« Réduire la part de la formation disciplinaire dans la préparation des concours est une erreur et porte atteinte au niveau d’exigence qui fait de l’agrégation un concours de qualité », prévient le syndicat Snalc. « La spécificité de l’agrégation repose sur son haut niveau de connaissances requis ; c’est le seul critère valable, fiable et reconnu qui doit intervenir lors de la sélection », renchérit Blanche Lochmann. La présidente de la Société des agrégés craint une perte de la renommée mondiale de l’agrégation : « J’ai des adhérents recrutés partout dans le monde. L’agrégation est considérée comme un concours de l’enseignement supérieur qui donne des garanties de bonne maîtrise des connaissances. »

Le ministère assure que « la réforme de l’agrégation n’est pas d’actualité ». Mais l’on soutient, parmi les agrégés, que des idées de réforme commenceraient à circuler entre les jurys d’agrégation, les services de l’éducation nationale, ceux de l’enseignement supérieur et les inspections générales. Les organisations d’agrégés s’inquiètent d’une réforme élaborée en catimini. « L’an dernier, personne n’a vu venir la réforme du capes. On est passé directement de pistes de réflexion à des textes précis ! », rappelle Mme Lochmann. Pas question, pour elle, de se laisser surprendre.

Aurélie Collas - Le Monde

http://www.actionfrancaise.net/craf/?Peillon-et-la-gauche...

11 décembre : Grenelle de la famille à Lille

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Conférence d'Adrien Abauzit : Qu'est ce que l'anti-France ?

Bijoutier de Sézanne : cette France qui ne se laisse plus faire…

Le « contrat social » que les politiques prônent à tout va n'a plus les charmes d'autrefois. C'est le peuple qui vous le dit.

Tout le monde se souvient du « bijoutier de Nice » qui avait abattu l’un de ses braqueurs et déclenché une immense vague de soutien populaire. Cette affaire, survenue peu après la mort du « retraité héroïque » Jacques Blondel, dans le contexte tendu d’un débat sur la réforme pénale de Christiane Taubira, avait achevé de cristalliser le mécontentement des Français.

Ce 28 novembre, c’est un bijoutier de Sézanne (Marne) qui a abattu un malfrat de quatre coups de feu. Cette fois, la légitime défense serait bien plus avérée, le fait s’étant déroulé pendant le braquage, et non après.

Le vœu de la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, qui se plaignait de la passivité des gens après s’être fait voler sa carte bleue en pleine rue (« le premier problème de l’insécurité, c’est la lâcheté collective »), est en passe d’être exaucé : commerçants affranchis, citoyens justiciers… tout indique qu’une Génération Blondel est en train de se lever. Celle-ci ne voit plus l’intérêt de se reposer sur l’épaule frêle d’un État chancelant et c’est tout naturellement qu’elle entend se passer de ses piètres services.

Dans une France moderne qui s’est construite sur un « contrat social » engageant réciproquement l’État et le peuple, on n’avait pas vu tel désamour depuis longtemps. Désamour pour les élus, désamour pour les institutions, désamour pour un système que l’on voyait dépérir comme une vieille bagnole tout en s’imaginant que l’on n’avait pas les moyens de la remplacer. Disons-le simplement, l’on s’était résignés à subir l’incompétence politique.

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"L'antiracisme en échec"

Pierre-André Taguieff interrogé par Sébastien Le Fol (Le Point)

Le Point : Dans une tribune au Monde, le journaliste Harry Roselmack a dénoncé "le retour de la France raciste". "Ce qui me chagrine, écrit-il, c'est le fond de racisme qui résiste au temps et aux mots d'ordre, pas seulement au sein du FN, mais au plus profond de la société française. C'est un héritage des temps anciens, une justification pour une domination suprême et criminelle : l'esclavage et la colonisation (...). Si on était capable de lire l'inconscient des Français, on y découvrirait bien souvent un Noir naïf, s'exprimant dans un français approximatif, et dépourvu d'histoire ou, tout du moins, d'oeuvre civilisatrice." Qu'inspire ce diagnostic à l'auteur du Dictionnaire historique et critique du racisme ?
Pierre-André Taguieff : Il s'agit là de déclarations si générales qu'elles auraient pu être publiées telles quelles il y a dix, vingt ou trente ans. L'annonce du "retour de la France raciste" est régulièrement faite depuis l'épisode poujadiste, en référence à Vichy ou aux années trente. Dans ces diagnostics fabriqués sur le modèle du "retour du racisme" ou de sa "résurgence", on reconnaît aussi la thèse, très répandue dans les milieux antiracistes organisés, du "racisme institutionnel", postulant que la société tout entière est intrinsèquement raciste, en raison de sinistres héritages dont la persistance serait irrémédiable. On n'a donc pas à s'étonner de tels "retours". Aussi sincère soit-il dans l'expression de son émotion, ce journaliste croit pouvoir dénoncer une nouvelle poussée de racisme anti-Noirs en s'appuyant sur une base factuelle plus qu'insuffisante. Ces propos relèvent d'un genre de discours impressionniste très répandu, qui consiste à dénoncer un "climat" ou une "atmosphère" idéologique. Ceux qui dénoncent une nouvelle poussée de racisme anti-Noirs ne font que réagir avec émotion à l'actualité. Aucune étude fondée sur des enquêtes récentes ne permet de conclure dans ce sens.
Il n'y a pas, aujourd'hui en France, une vague de racisme anti-Noirs. Dans son dernier rapport publié en mars 2013, la Commission nationale consultative des droits de l'homme a établi qu'en 2012, si l'on considère à la fois les actes et les menaces, la violence antisémite a considérablement augmenté (+ 58 %), la violence antimusulmane poursuivant sa hausse (+ 28 %), tandis que "le racisme et la xénophobie connaissent une relative stabilité, avec une augmentation de 2 %", les "personnes d'origine maghrébine" en étant "les principales victimes". L'analyse de l'évolution des faits anti-Juifs (actions violentes et menaces confondues), recensés en France de 1999 à 2012, montre une augmentation brutale de la judéophobie au début des années 2000, avec des "pics" en 2000, 2002, 2004, 2009 et 2012. En 1999, on recensait 82 faits anti-Juifs, en 2000, 744, en 2009, 815, en 2011, 389, et en 2012, 614. Sur la base de ces données, certains observateurs pourraient déplorer un "retour de la France antisémite". Il s'agit, plus exactement, de l'apparition d'une nouvelle vague anti-juive, alimentée par un endoctrinement "antisioniste" provenant de diverses sources.

Et Christiane Taubira ? N'est-elle pas victime d'un racisme anti-Noirs ?
Victime d'injures racistes aussi odieuses que grossières, Christiane Taubira est moins visée en tant que "Noire" qu'en tant que ministre devenue emblématique de la gauche au pouvoir, frappée d'une impopularité croissante. Ce qui est vrai, c'est que les vieux stéréotypes anti-Noirs jouant sur la métaphore simiesque ressortent régulièrement. C'est de l'insulte toute faite, du genre de celle qui se diffuse massivement sur le Web. Mais on constate que ces attaques racistes sont unanimement condamnées, à quelques marginaux extrémistes près. Parmi les nombreux Français qui jugent Mme Taubira incompétente et irresponsable, donc "dangereuse", il en est très peu qui approuvent les attaques racistes contre elle. Si la société française était sous l'emprise de passions négrophobes, la situation serait fort différente.

"Je préfère la voir dans un arbre après les branches que l'avoir au gouvernement", a déclaré une tête de liste FN aux municipales, depuis suspendue, à propos de Christiane Taubira. Quelques jours plus tard, la ministre de la Justice s'est fait traiter de "guenon" par une gamine de douze ans lors d'une manifestation contre le mariage pour tous. Enfin, l'hebdomadaire Minute l'attaque grossièrement à la une en reprenant les mêmes thèmes ("singe", "banane"). N'y a-t-il pas une "banalisation de la parole raciste"?
Quelques injures racistes flagrantes, aussi intolérables soient-elles, ne permettent pas d'établir un tel diagnostic. La dénonciation de la "libération" ou de la "banalisation de la parole raciste" est un lieu commun de la rhétorique antiraciste, et ce, depuis longtemps. De tels modes de stigmatisation sont régulièrement constatés, et parfois sanctionnés, notamment depuis la loi du 1er juillet 1972. Il n'y a ici rien de nouveau, hormis la fonction de la cible, garde des Sceaux, ministre de la Justice. Encore y a-t-il des précédents. Faut-il rappeler les violentes attaques antisémites lancées contre Pierre Mendès France à l'époque du poujadisme ou contre Simone Veil au moment des débats sur la dépénalisation de l'IVG, qui se sont poursuivies longtemps après la promulgation, le 17 janvier 1975, de la "loi Veil" ? Ou encore, à la une de Minute le 4 novembre 1992, exploitant l'affaire du sang contaminé, la caricature antisémite de Laurent Fabius, représenté en vampire au nez crochu et aux griffes sanguinolentes ? L'opération infâme de l'hebdomadaire Minute, titrant à la une "Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane", doit être condamnée et sanctionnée. Elle ne saurait cependant être assimilée à un appel au lynchage par une version française du Ku Klux Klan. Ni même à un lynchage médiatique, qui suppose la participation de la quasi-totalité des organes de presse à l'opération. Ce qui n'est pas le cas, et l'on s'en réjouit pour la ministre.

Christiane Taubira estime que les insultes dont elle est l'objet relèvent d'une "attaque au coeur de la République"...
C'est également un cliché, auquel recourent tous les élus ou les membres de l'exécutif lorsqu'ils sont attaqués. Le président de la République, face aux huées qui le poursuivent, déclare ainsi que "c'est la République que l'on vise". Méthode d'autotransfiguration : "Moi, la République". C'est supposer qu'on ose s'attaquer au sacré à travers lui. C'est en même temps suggérer que toute critique de sa politique relève du sacrilège. Le 12 novembre 2013, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault, oubliant la spécificité raciste de l'attaque contre la ministre de la Justice, a déclaré à l'Assemblée nationale : "Quand on s'attaque à Christiane Taubira, c'est sûrement une blessure personnelle, mais c'est aussi une fonction que l'on attaque et c'est la République que l'on abîme." Il aurait dû dire : "Quand on s'attaque de cette manière à Christiane Taubira..." Mais il a mis en cause toute attaque contre elle, la transformant en personne située au-delà de la critique, faisant d'elle une intouchable, une icône vouée à l'admiration, voire à la vénération. Comme si les critiques contre les ministres de son gouvernement étaient par nature racistes, assimilables à des sacrilèges. On croyait qu'une telle vision était le propre des islamistes les plus obtus et les plus fanatiques.
La réalité est autre, plus prosaïque : les injures et les huées visent un gouvernement de plus en plus impopulaire, en raison des effets de sa politique. Ce rejet de la gauche au pouvoir, les violences sociales l'expriment d'une façon plus significative. Les "Bonnets rouges" et les mouvements contestataires du même type témoignent de l'orage, fait d'inquiétude, de désespoir et de colère, qui balaie la société française. S'attaquent-ils, eux aussi, à "la République" ?

L'acharnement contre la ministre de la Justice a suscité dans un premier temps une molle indignation dans la classe politique. Dans un éditorial intitulé "Taubira, la banane et les dérives du politiquement incorrect", le directeur du Monde des livres, Jean Birnbaum, écrit : "Quelqu'un, quelque part, prononce une parole raciste, misogyne ou homophobe ; or, témoin de tels propos, chacun préfère la boucler ; l'ouvrir, ce serait s'exposer au grand ricanement de l'époque : "Marre du politiquement correct ! ; protester, ce serait risquer le pilori". Au nom de la dénonciation du politiquement correct, ne tolère-t-on pas les pires discours ?
C'est une dérive qu'on peut craindre et un travers socialement observable. Toute vertu, toute idée noble peut devenir l'instrument d'un terrorisme intellectuel. On connaît le principe de la dérive : au nom de la liberté d'expression et de la tolérance, refuser toute limite de l'une ou de l'autre, et, en conséquence, donner dans l'intolérable, ou l'accepter. Certains se couvrent du rejet justifié du politiquement correct pour faire du politiquement incorrect une orthodoxie. Ce qui est inacceptable. Mais on n'en peut conclure logiquement que la censure et l'autocensure, que visent à établir les tenants du politiquement correct, sont d'excellentes choses. Encore moins qu'une chasse aux sorcières lancée contre les anti-Taubira et les anti-Hollande les plus bruyants ou les plus virulents constitue un bon traitement du malaise social. Cette affaire, à l'évidence orchestrée et exploitée par une gauche sur la défensive, pourrait finir en pantalonnade.
La République n'est pas aujourd'hui menacée par des ligues factieuses, comme elle le fut entre 1934 et 1936. Ce qui se banalise, en France, ce n'est pas "le racisme", qui tout au contraire s'est débanalisé dans la période post-nazie, ni "la parole raciste", qui n'a jamais cessé de se raréfier, à chaque génération, depuis qu'elle est devenue socialement visible et culturellement identifiable, et bien sûr condamnable. Dans le paysage médiatique français, ce qui frappe, c'est la banalisation de l'indignation, qui est pour beaucoup une indignation de complaisance et de convenance. Une indignation antiraciste aussi consensuelle qu'hyperbolique, mue par une surenchère permanente. Mais une indignation sélective, visant un petit nombre de cibles, toujours les mêmes. Avec un effet pervers caractérisé : la répétition des mêmes cris d'indignation dans un consensus sans faille engendre une perte de force rhétorique. Ce discours répétitif mobilise de moins en moins. C'est qu'il n'incite à rien d'exaltant (une pétition, un manif ou un meeting de plus). Il sombre dans le bruit de fond du temps qui passe, et s'efface dans le brouillard du conformisme idéologique. La récitation du catéchisme des indignés provoque l'ennui, suscite une lassitude même chez les récitants, et cela se perçoit, s'entend dans les déclarations figées, se lit dans les formules sloganiques. L'indignation convenue meurt des effets de sa monotonie.

Jean-François Copé a reproché à Christiane Taubira de ne pas l'avoir soutenu lorsqu'il a été l'objet d'attaques antisémites. N'assiste-t-on pas à une surenchère dans la victimisation ?
Ce n'est pas la première fois que Jean-François Copé, comme Nicolas Sarkozy avant lui, est victime d'attaques antisémites. Or, elles ne provoquent aucune indignation médiatique, comme s'il y avait de bonnes et de mauvaises victimes des haines à base ethnique. L'inégalité dans le traitement médiatique des deux affaires est flagrante. On a là une parfaite application du principe "deux poids, deux mesures". Faut-il en conclure que l'antisémitisme paraît moins inacceptable que le racisme anti-Noirs ? Ou bien qu'à droite, on se soucie moins de se mettre en scène en tant que victime et objet de compassion ? Ou encore, que la droite est moins versée dans l'art d'exploiter politiquement les injures racistes ?

Le discours antiraciste n'est-il pas devenu inopérant ?
Il a le mérite de rappeler des principes, des idéaux, des normes, ceux des sociétés "ouvertes" et des démocraties pluralistes. Mais, en se figeant, en devenant une langue de bois, il perd une grande partie de sa crédibilité. Le moulinage rhétorique de clichés et de slogans n'est guère attractif. Les mobilisations antiracistes ressemblent à des fièvres de courte durée. Le temps d'une manif, d'un meeting ou d'un concert gratuit. Depuis 1983-1984, les organisations antiracistes répètent que leur objectif est de faire disparaître le Front national de la scène politique. Leur échec est aussi flagrant que révélateur. Leurs dénonciations diabolisantes ne sont pas seulement inefficaces, elles paraissent participer à la construction du mouvement lepéniste et renforcer son dynamisme. En outre, les militants qui ont professionnalisé l'antiracisme, ou plutôt tel ou tel antiracisme, tendent à remplacer la réflexion critique, l'analyse des situations, la volonté d'argumenter et le souci pédagogique par des appels à la répression et à la sanction. Le policier et le juge chassent le sociologue et le pédagogue. Quand on a dit que le racisme était un délit, on croit avoir tout dit. Enfin, l'action antiraciste, en érigeant le "racisme" en problème social et politique majeur, engendre une racialisation du débat politique, qui provoque une rivalité mimétique pour le monopole de la parole antiraciste, ainsi qu'une radicalisation des projets répressifs risquant de limiter abusivement le champ de la liberté d'expression. Paradoxe tragi-comique : le combat contre l'intolérance finit par se retourner en lutte pour élargir indéfiniment le champ de l'intolérable. Donc en combat pour l'intolérance. Voilà qui risque de donner à l'expression du racisme un parfum d'interdit.

Dans votre Dictionnaire historique et critique du racisme, vous allez jusqu'à parler des "conséquences indésirables d'un antiracisme devenu machine à exclure et à tuer socialement". L'antiracisme serait donc un racisme inversé ?
Non, mais dans certains cas, l'antiracisme fonctionne de la même manière que le racisme qu'il prétend combattre. Notamment comme mode de stigmatisation qui, même si l'accusation n'est pas bien établie, entraîne la mort sociale du stigmatisé. L'accusation de "racisme" permet de disqualifier facilement un contradicteur, sans prendre la peine de répondre à ses arguments. En outre, depuis les années 1980, les instrumentalisations politiques de la "lutte contre le racisme" se sont banalisées. Chaque parti, chaque groupe de pression, voire chaque groupe religieux, culturel ou ethnique ("communauté") a son "racisme" qu'il dénonce de préférence à tous les autres, jugés négligeables, insignifiants ou inexistants. Ceux qui privilégient la lutte contre l'"islamophobie" ne sont pas les mêmes que ceux qui sont particulièrement sensibles aux nouvelles formes de la haine anti-juive et veulent les combattre. Cette fragmentation conflictuelle de l'antiracisme favorise la rivalité ou la concurrence entre les organisations antiracistes, qui ont tendance à voir le racisme dans l'oeil de l'autre et à s'attribuer une pratique authentique des exigences antiracistes.

Vous montrez dans votre dictionnaire que l'antiracisme a toujours hésité entre plusieurs discours. Aujourd'hui, n'est-il pas tiraillé entre l'éloge des différences et le refus de celles-ci ?
L'idéologie antiraciste, surtout depuis les années 1960, oscille en permanence entre l'appel à respecter ou célébrer les différences de groupe et le rappel de l'impératif d'assimilation, impératif anticommunautariste qui est celui de la tradition républicaine d'origine jacobine. Elle se caractérise également par une tension interne entre l'idéal du métissage, biologique et culturel, qui va dans le sens de l'uniformisation ou de l'indifférenciation, et l'idéal de la "diversité", qui bétonne et sacralise les différences groupales. Enfin, l'idéologie antiraciste ne cesse d'hésiter entre la lutte contre les inégalités et, au nom du "respect de l'autre", la défense des identités ethniques, des spécificités culturelles, etc. S'ajoutent à ces contradictions les divisions liées à des allégeances politiques ou religieuses incompatibles, sources de conflits insurmontables (par exemple, entre antisionistes et pro-israéliens). C'est pourquoi un "front antiraciste" unifié est impossible.

Certains estiment que l'antiracisme actuel est utilisé pour neutraliser toute critique de l'immigration. Qu'en pensez-vous ?
C'est là en effet l'une des fonctions idéologiques négatives que remplit l'antiracisme contemporain : il fait pression pour interdire le libre examen des questions délicates ou sulfureuses, par exemple celle de l'immigration, et exerce en permanence une censure suspicieuse dans l'espace des débats publics. D'une façon générale, à quelques nuances près, les antiracistes communient dans l'adhésion à ce que j'appellerai l'immigrationnisme rédempteur, qui consiste à ériger l'immigration en fatalité intrinsèquement bénéfique, ou en méthode de salut pour une vieille nation épuisée. C'est sur la base d'une telle immaculée conception de l'immigration que certains antiracistes assimilent abusivement toute critique des flux migratoires incontrôlés à un indice de racisme ou de xénophobie. Au point de laisser entendre que les 69 % de Français qui estiment qu'il y a "trop d'immigrés" en France (enquête CSA, décembre 2012) sont à classer parmi les racistes ou les xénophobes. En outre, comme ce pourcentage a progressé depuis 2009 (+ 22 points), on en infère que le racisme et la xénophobie "montent". Ces interprétations abusives des résultats de sondages alimentent une vision catastrophiste de l'évolution de la société française, qui serait saisie par les "vieux démons" du racisme. Il reste à se demander qui a intérêt à diffuser cette vision d'une "France raciste", et de plus en plus "raciste".

"Tant que la droite et la gauche se contentent du thème de la République, sans prendre en compte les diversités de notre société, ethnicisée, il y aura des poussées de l'expression raciste", estime le sociologue Michel Wievorka. Qu'en pensez-vous ?
Partisan du multiculturalisme, qu'il pense être "la solution", Michel Wieviorka répète la même formule sentencieuse depuis plus de vingt ans. Il semble y croire. Ce qu'il ne voit pas, ou refuse de considérer, c'est que le surgissement de multiples formes de racismes ou d'ethnismes est une conséquence de la fragmentation multicommunautariste de la société française et du relatif épuisement du modèle républicain d'assimilation. La "diversité" n'est qu'une désignation euphémisante de la société multiraciale ou pluriethnique, société multiconflictuelle qui alimente les rivalités et les haines communautaires. Une fuite en avant dans la politique des identités ou dans l'illusion multiculturaliste ne peut qu'aggraver la situation. Il reste une voie, certes pavée de difficiles problèmes à résoudre : "régénérer" la tradition républicaine, ce qui implique de cesser d'invoquer "la République" comme une idole et de la repenser comme un projet collectif, orienté vers le bien commun, lui-même à redéfinir à l'époque de la mondialisation. Et le bien commun ne se réduit pas à un "vivre ensemble" de consommateurs normalisés et de membres de groupes ethniques qui se surveillent, se jalousent, se méprisent ou se haïssent. La citoyenneté est à réinventer.

À gauche, l'antiracisme n'est-il pas en train de remplacer l'anticapitalisme ?
Depuis le ralliement subreptice, sous Mitterrand, de la gauche non communiste à l'économie de marché et l'irruption du Front national sur la scène politique, facilitée par cette même gauche, l'antiracisme tend à se substituer au vieil antifascisme, centré sur les "résurgences" plus ou moins fantasmées du nazisme. L'antiracisme ne remplace pas l'anticapitalisme, il fait couple avec lui. Chacun de ces deux "ismes" a un contenu suffisamment flou pour pouvoir s'adapter aux situations nouvelles en se redéfinissant. Aujourd'hui, à gauche, l'anticapitalisme politiquement correct vise la seule financiarisation de l'économie, et l'antiracisme en vogue est celui qui privilégie la lutte contre certaines catégories de victimes (Maghrébins, Arabes, Africains ou "Noirs", Roms, etc.), en en oubliant d'autres, les Juifs au premier chef, mais aussi les "Blancs" (Européens, chrétiens, "Français de souche", etc.). En outre, lorsqu'elle est fortement contestée, la gauche gouvernante n'hésite pas à utiliser l'appel à lutter contre le racisme ou l'extrême droite comme tactique de diversion, non sans jeter la suspicion sur la droite.

Au printemps dernier, suite à un vote au Parlement, la France a supprimé le mot "race" de sa Constitution... tout en réaffirmant qu'elle "interdit et condamne le racisme". N'y a-t-il pas là une contradiction ?
La contradiction est flagrante, et l'opération contre-productive. C'est le mariage de la bonne volonté antiraciste et de l'aveuglement, sous l'égide d'une tendance à légiférer frénétiquement et d'un moralisme autoritaire. Les deux principaux arguments avancés par les "éliminationnistes" sont les suivants : 1° le mot "race" est dénué de sens, car, dans l'état actuel des connaissances scientifiques, il ne correspond pas à une réalité génétique définissable ; 2° le mot "race" est dangereux, car il reste chargé de préjugés et de stéréotypes qu'il est susceptible de transmettre ; ce mot serait donc à jamais souillé par les usages racistes qu'on en a fait dans le passé, pour justifier l'esclavage moderne, le colonialisme et l'impérialisme occidental, le nationalisme xénophobe et la politique génocidaire nazie. "Race" serait donc un mot en lui-même impur et contagieux, à éviter : vision naïve du langage. Une idée fausse s'ajoute à ces deux arguments douteux : l'idée que toute différenciation et toute catégorisation des groupes humains alimenterait le racisme. C'est faire le choix de l'obscurantisme.

Que peut-on attendre de cette suppression ? Un recul du racisme ?
Si l'on pose la question de l'efficacité, on voit mal en quoi supprimer le mot "race" du texte de la Constitution française (ou dans les manuels scolaires, par exemple) contribuerait à la lutte contre le racisme. Tout d'abord, le mot "race" a de nombreux synonymes ou quasi-synonymes qu'il faudrait aussi supprimer. Il en va ainsi des mots "ethnie" ou "groupe ethnique", "nation", "culture", "communauté", etc. Et il y a un racisme sans référence à la "race", que j'ai appelé naguère le néoracisme différentialiste et culturel. C'est la racialisation des représentations qui est le vrai problème, non l'usage d'un mot. Les mots "juifs", "musulmans" ou "chrétiens" peuvent prendre un sens racial et désigner des "pseudo-races" ou des "quasi-races" à mépriser, rejeter ou exterminer.
Ensuite, en supprimant des mots, on ne supprime pas les idées qu'ils évoquent : s'interdire d'employer un mot ne revient pas à éliminer les représentations qui lui étaient associées, car elles le sont également à un grand nombre d'autres mots ("origine" ou "origine commune", "filiation", "hérédité", "parenté", "ascendance", "ressemblance", etc.). Un raciste n'a nul besoin du mot "race" pour exprimer sa haine ou son mépris. Il lui suffit de puiser dans le stock des images, métaphores et analogies qui bestialisent ou diabolisent certains groupes humains. Jouer de l'implicite et du sous-entendu a plus de force polémique que recourir à une catégorisation raciale explicite (du type "race inférieure"). Enfin, pour lutter contre le racisme, c'est-à-dire contre des attitudes, des comportements, des formes institutionnelles (discriminatoires, ségrégationnistes, etc.), ainsi que des dogmes idéologiques, il faut bien pouvoir les désigner et les qualifier en tant que "racistes". On conservera donc le mot "racisme", alors même qu'il dérive du mot "race" qu'on a prohibé. Inconséquence. Pour être cohérents, les "éliminationnistes" auraient dû proposer aussi la suppression des mots "racisme" et "antiracisme" dans les textes officiels. Ils ont su s'arrêter à mi-chemin sur la voie de l'absurdité.
Pierre-André Taguieff, "Dictionnaire historique et critique du racisme" (Puf)

6 décembre : Grenelle de la famille à Toulouse

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La Marche pour la vie aujourd'hui à Lyon : on en parle !

1467430_671077386270830_1774437370_n3La Marche pour la Vie d'aujourd'hui à Lyon trouve un écho dans la presse et sur le net : 
Et si chez vous aussi, ce cri silencieux des enfants avortés trouve de l'écho, venez le dire aujourd'hui à 14h à Lyon !

L’accord de gouvernement allemand CDU/CSU de droite et SPD de gauche, donne des idées à l’UMPS

PARIS (NOVOpress/Bulletin de réinformation) – En Allemagne, les deux partis qui alternent au pouvoir depuis l’après-guerre, la CDU/CSU, de droite, et le SPD, de gauche, ont conclu un accord de gouvernement.

Et cette « Grosse Koalition » donne des idées à la classe politique française. Ainsi, pour le député PS Pascal Terrasse, qui affirmait hier dans Le Figaro « Le temps de l’union nationale est venu en France ». Pascal Terrasse qui emboîte donc le pas du député UMP Benoit Apparu, qui avait proposé en avril dernier un gouvernement de dix ministres de droite et de dix ministres de gauche.

Entre l’UMP et le PS, la différence est fort mince

Il y a certes des différences, mais il faut utiliser un microscope électronique pour les mettre en évidence. Sur l’immigration, Valls s’est ainsi aligné sur la même politique laxiste que Sarkozy, avec l’entrée de quelque 200.000 immigrés par an. C’est le même Sarkozy qui a aboli ce que l’extrême-gauche appelait la « double peine », à savoir le renvoi dans son pays à sa sortie de prison, d’un étranger condamné. Une mesure que la gauche ne s’était pas risquée de prendre lorsqu’elle était au pouvoir. Sur le racket fiscal, il convient de rappeler qu’entre 2011 et 2013, Sarkozy et Hollande ont créé à eux deux plus de 80 impôts nouveaux. Chacun des deux présidents est responsables de la moitié des hausses d’impôts, soit quelque 30 milliards pour la droite et 30 milliards pour la gauche.

On entend souvent dire : « sociétalement, l’UMP et le PS sont différents »

Eh non. Sur le mariage homosexuel par exemple, on a vu des caciques de l’UMP prendre en marche le train de La Manif Pour Tous. Mais dès que la loi a été votée, ces messieurs « fort en gueule » de la droite se sont gentiment alignés, déclarant que si l’UMP revenait au pouvoir, il était hors de question d’abroger la loi Taubira. C’est une illustration du fameux « effet cliquet » : la gauche légifère, la droite se couche. Si Sarkozy avait battu Hollande en 2012, il aurait fait voter la même loi Taubira – à quelques variantes près – puisque depuis 2003, on ne compte plus les condamnations infligées à la France par la Cour européenne des droits de l’homme, au sujet du « droit des homosexuels »

L’ « union nationale » est donc possible en France ?

Droite et gauche ont abdiqué la souveraineté nationale et leur seule politique est celle que leur dicte la Commission européenne. Au parlement européen, UMP et PS adoptent de conservent 97% des textes, selon l’Observatoire de l’Europe. Quant à l’Assemblée nationale, elle n’est plus que la chambre d’enregistrement des décisions prises à Bruxelles. La fusion des deux groupes UMP et PS aurait l’avantage de la clarté : les Français constateraient ainsi qu’il n’y a que deux types d’hommes politiques : les européistes UMPS et consorts d’un côté, les patriotes du Front national de l’autre.

http://fr.novopress.info/147001/laccord-de-gouvernement-allemand-cducsu-de-droite-et-spd-de-gauche-donne-des-idees-lumps/#more-147001

Lettre ouverte à Mme Feral Schuhl, Bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris

De Maître Frédéric Pichon, avocat au barreau de Paris :

"Madame le Bâtonnier,

Dans un communiqué partisan vous avez cru bon devoir vous fendre d'un appel à manifester le 30 novembre dans le cadre de la grande marche contre le racisme en soutien à Mme Taubira. Ca n'est pas la première fois que l'ordre des avocats sort de son rôle pour prendre des positions politiques contestables. Déjà en 2002, le conseil de l'ordre avait cru bon joindre sa voix au cœur des vierges effarouchées lors de la qualification de Jean Marie Le Pen au second tour des élections présidentielles oubliant peut être que certains de ses confrères avaient pu voter différemment.

Ce communiqué m'attriste comme de nombreux confrères qui refusent d'être instrumentalisés dans le cadre d'une grossière opération de diversion de la part d'un pouvoir politique aux abois et qui ressort opportunément la carte de l'anti-fascisme et de l'anti-racisme pour faire oublier les terribles problèmes de chômage et d'insécurité. Un commentaire potache et maladroit sur un compte facebook, une remarque déplacée d'une fillette de 10 ans et un premier de couverture d'un journal satirique et la République serait prétendument en danger. Il ya là à l'évidence une démesure entre les faits dénoncés et la réaction disproportionnée du pouvoir politique qui n'est pas innocente.

J'ajoute qu'étant l'avocat du journal Minute (qui en l'espèce a fait ni plus ni moins du Charlie hebdo de droite) et de son directeur de Publication qui font l'objet de poursuites judiciaires, votre sortie est d'autant plus choquante qu'elle a pour effet de fragiliser la défense. Cette prise de position est d'autant plus choquante qu'elle est sélective. Vous avez pris position en faveur de Madame Taubira en saluant notamment ses engagements. Or, le garde des Sceaux a adopté une posture particulièrement partisane dans le cadre du " mariage pour tous " qui fut un sujet de société particulièrement clivant.

Où étiez vous Mme Feral Schuhl lorsqu'avec mon confrère Triomphe nous intervenions devant le Palais de justice pour faire libérer de jeunes gens qui portaient le sweet shirt de la manif et embarqués dans une sinistre fourgonnette par deux commissaires de police ? On ne vous a pas entendu pour dénoncer les 600 gardes à vue abusives et les milliers de contrôles d'identité de jeunes gens parce qu'ils manifestaient contre la loi Taubira ou contre la condamnation scandaleuse de Nicolas Bernard Buss.

Je ne peux en tant qu'avocat, attaché à l'indépendance de notre profession, que dénoncer cette indignation sélective et m'attriste que vous ayez cru bon devoir solliciter une motion de l'Ordre - dont les délibérés sont tenus secrets - afin d'apporter de la sorte et au nom de vos confrères, votre concours à une opération politicienne de diversion du parti au pouvoir. Veuillez croire, Madame le Bâtonnier en l'assurance de ma considération respectueuse mais néanmoins déçue."

http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2013/11/lettre-ouverte-%C3%A0-mme-feral-schuhl-b%C3%A2tonnier-de-lordre-des-avocats-de-paris.html

Les Bonnets Rouges gagnent la Belgique

Les Bonnets Rouges semblent avoir gagné nos voisins belges. Attention si même nos amis belges s’y mettent, c’est que cela ne rigole plus ! En effet une page Facebook « Bonnet Rouge Belgique » a été créée le 10 novembre. Dix neuf jours après sa création, la page revendique 1.603 « j’aime ». Elle s’inspire directement de nos Bonnets Rouges bretons . La page s’élève clairement contre la pression fiscale et les abus des politiques. Elle a son propre manifeste:

Bien sûr, elle incite tous ses fans à acheter le fameux bonnet rouge mais belge sur le site Belgoshop.com (1):

Lire la suite http://medias-presse.info/les-bonnets-rouges-gagnent-la-belgique/3109

1) http://fr.belgoshop.com/Bonnet-Belgique-p-11-c-2.html#fp

Zone euro : en sortir pour s’en sortir.

par Pierre Marchand

Une étude concluant aux effets positifs d’une sortie de l’euro a été récemment publiée. Peu médiatisée, elle offre pourtant un contenu solide et des postulats cohérents pour conclure à la nécessaire sortie de l’euro. Nécessaire mais insuffisante.

Il y a bientôt deux ans, alors que la Grèce était sur le point de sombrer dans le chaos et que la sortie de l’euro devenait de moins en moins taboue, l’institut Montaigne publiait une étude catastrophiste sur le coût supposé d’une telle hypothèse pour la France. Abondamment relayée par les media – le journal Les Echos en fit sa une et les journaux généralistes en firent, plus que des recensions, de bons résumés approbateurs – cette étude fut donc accueillie comme la vérité incontestable que tous les politiques ou presque attendaient. Il est vrai que l’idée selon laquelle sortir de l’euro serait économiquement pénalisant pour la France fait consensus dans le paysage politique. Alors que Nicolas Sarkozy la qualifiait de « folie » et François Bayrou de « drame », les jeunes socialistes ne prenaient même pas la peine d’employer le conditionnel en annonçant purement et simplement que la sortie de l’euro « entraînera une dévaluation du Franc de 30 à 60% », aboutira à « faire exploser le prix de l’essence », « plomber la consommation », « progresser le chômage », « ruiner les comptes publics » et nous en passons. Même Mélenchon joue les mijaurées (« Il y a des partisans de la sortie de l’euro à gauche, ce n’est pas mon cas »). Mais revenons à la sacro-sainte étude de l’Institut Montaigne, pour en rappeler les principales conclusions : destruction de plus d’un million d’emplois, appauvrissement de 9000 euros par salarié, destruction de 6 à 19% du PIB, et l’effondrement de l’agriculture française. Enfin, la dette publique gonflerait « automatiquement » jusqu’à plus de 100%. Rappelons encore que l’Institut Montaigne estimait à 1 sur 5 la fiabilité de ces prévisions : plus c’est gros plus ça passe ! Surtout quand des conclusions similaires émanent de deux grandes banques (UBS et Crédit Suisse), ainsi que d’économistes connus faute d’être unanimement reconnus (Patrick Artus chez Natixis pour ne citer que le plus médiatique).

C’est donc une étude salutaire que la Fondation Res Publica (mouvance chevènementiste) vient de publier sous la plume de Philippe Murer et Jacques Sapir. Les scenarii de dissolution de l’euro étudient en effet l’impact de la fin de la monnaie unique pour les différents pays européens à partir de calculs macroéconomiques que leurs auteurs prennent la peine d’expliquer en détail, contrairement à leurs confrères de Montaigne. Outre la qualité de ses auteurs, c’est tout l’intérêt de cette étude, qui explore plusieurs cas de figure en fonction d’hypothèses raisonnables et clairement posées, sans exclure par exemple le coût qui devrait être supporté par le secteur bancaire. Trois scenarii sont ainsi analysés : dissolution contrôlée décidée d’un commun accord, scission de la zone euro en deux zones (une zone Nord sous influence allemande et une zone Sud, essentiellement méditerranéenne, sous influence française), et dissolution non contrôlée. Dans le prolongement de chacune de ces hypothèses, l’étude teste trois grandes orientations économiques : une option pro-consommation, une option pro-investissement et une option pro-réduction des déficits. L’étude débutait sur un diagnostic opportun : l’impossible solution fédéraliste et l’illusion des plans de sauvetages et autres bricolages obligataires, qui ne font que reporter et donc accroître les problèmes ; elle termine par une conclusion sans appel : quel que soit le scénario retenu, et moyennant certains effets négatifs à court terme (valeur du patrimoine des ménages par exemple), la dissolution de l’euro aurait des effets économiques très positifs pour la France (croissance, emploi et même dette publique !)

On pourra reprocher aux auteurs de ne pas évoquer le cas de l’agriculture par exemple ou de ne pas tester de stress scenario (scénario du pire). Ce serait leur faire un mauvais procès : l’économie n’est pas une science exacte et les auteurs ne prétendent pas répondre à toutes les questions posées par la chute de l’euro. Quant au scénario du pire, nous estimons que c’est celui que nous vivrons si une telle décision n’est pas prise. La sortie de l’euro ne résoudra pas tout, mais elle apparaît comme un préalable indispensable. Car ce qui est à craindre, c’est que la fin de l’euro ne soit pas choisie mais subie, par explosion pure et simple ou par décision de l’Allemagne dès lors qu’elle n’en aura plus un besoin vital. Il importe donc de prendre au plus tôt cette décision politique certes difficile. C’est ainsi que Sapir, dans l’un de ses récents articles, cite l’exemple historique du Grand Condé, qui « sacrifia sa gloire immédiate au salut de son armée », si bien qu’après l’avoir dénigré on « on finit par le louer pour le courage moral dont il avait fait preuve ». En appelant nos gouvernants à un tel courage politique, Jacques Sapir formule peut-être un vœu pieu. Mais c’est aussi une autre manière de dire, comme l’Action française, que sortir de l’euro, c’est entrer dans l’histoire.

Pierre Marchand - L’AF 2874

Les scenarii de dissolution de l’euro – Fondation Res Publica, septembre 2013.

http://www.actionfrancaise.net/craf/?Zone-euro-en-sortir-pour-s-en

29/11/2013

Et maintenant, Vincent Peillon s’attaque aux prépas !

Le peuple que nos dirigeants aiment, c'est celui qui reste à sa place, tout en bas, et qu'on endort.

Dans le cadre des discussions sur le « métier enseignant », Vincent Peillon a proposé de baisser le nombre d’heures de cours pour les enseignants en ZEP (Zone d’Éducation Prioritaire). On ne peut qu’approuver l’idée de soulager le service des professeurs intervenant dans les établissements les plus difficiles. À situations différentes, conditions différentes. Sauf que les finances de l’État étant ce qu’elles sont, ce qu’on donne à l’un doit être pris à l’autre. Le ministre de l’Éducation nationale propose donc d’augmenter de fait les obligations de service des professeurs des CPGE (Classes Préparatoires aux Grandes Écoles) : en clair, alourdir leur travail ou diminuer leur salaire.

Les CPGE sont les fleurons de notre système éducatif. Elles reçoivent les meilleurs bacheliers de France, les font travailler dur pendant deux ans (trois en cas de redoublement) pour leur permettre d’intégrer les écoles prestigieuses qui forment l’élite de notre pays : Polytechnique, École Normale Supérieure, HEC (Hautes Études Commerciales), etc.

La suite ici http://www.bvoltaire.fr/pierrevanommeslaeghe/et-maintenant-vincent-peillon-sattaque-aux-prepas,42933

La négation des identités : principe originel du cosmopolitisme

« Et ce monde comprend la réalité nationale. C’est elle qu’il faut sauver ! »
Voici un texte de fond d’Yvan Blot présenté à la XXIXe Université annuelle du Club de l’Horloge consacré au « Cosmopolitisme, idéologie dominante mondiale », le 24 novembre 2013.
Polémia
La nation démocratique est composée de citoyens qui ont le droit de vote, ce qui présuppose une identité nationale sur le plan administratif. Chaque citoyen voit cette identité reconnue dans la carte nationale d’identité ou dans le passeport. Il n’y a pas, en effet, pour l’instant de citoyenneté mondiale, ce qui serait le désir ultime des cosmopolites, citoyens du monde.
1/ – Sens profond et limites d’une « carte d’identité »
La carte d’identité a des composantes qui sont : la République française, le nom et la filiation, la nationalité juridique, le visage (photo) et les caractéristiques physiques. On retrouve ici les quatre causes d’Aristote :
– la cause finale de la carte est la République française qui émet cette carte ;
– la cause matérielle exprime l’origine physique : celle-ci est exprimée par le nom de famille qui témoigne d’une filiation, d’une lignée, le prénom précisant l’individu dans la lignée ;
– la cause formelle incluse dans l’identité : la nationalité française est précisée car elle est une donnée juridique source de droits et de devoirs ;
– la cause motrice, l’humanité même de la personne, est incarnée par son visage et d’autres caractéristiques physiques, sexe, taille, couleur des yeux, date de naissance.
La carte d’identité française ne comporte pas de mention religieuse. Il faut savoir que la Grèce a supprimé en 2000 cette mention critiquée depuis 1993 par le Parlement européen : le ministre socialiste de la Justice Stathopoulos était alors un professeur et non un élu. En 2001, l’Eglise orthodoxe réclame un référendum sur le sujet avec 3 millions de signatures et le gouvernement refuse de consulter le peuple le 5 novembre 2001. En 2000, une plainte est déposée auprès de la CEDH (Cour européenne des droits de l’homme) qui la rejette au nom de la liberté de « pensée » (sic !). En 2010, la Turquie se voit interdire de même cette mention religieuse sur les cartes d’identité au nom de la liberté de pensée par la CEDH.
Il est intéressant aussi d’évoquer la question des CV anonymes sous prétexte d’antiracisme à l’embauche. Le CV anonyme ne comporte ni photo, ni nom et prénom, ni adresse ni sexe ni date de naissance ni nationalité. La loi du 31 mars 2006 l’impose aux entreprises de plus de 50 salariés. Mais elle demande un décret en Conseil d’Etat pour son application, décret qui n’a jamais été pris. Le CREST (Centre de recherche en économie et statistique) a montré dans un rapport de 2009 que le CV anonyme n’apportait rien. Le MODEM de Sciences-po (président Vincent Chauvet) a annoncé qu’il saisirait le Conseil d’Etat et le Conseil constitutionnel sur la non-application de la loi. Des pays ont testé le CV anonyme et ont renoncé à le mettre en œuvre : Royaume-Uni, Pays-Bas, Suède, Suisse notamment. Mais, en Allemagne, une expérimentation de 2010 a été testée et se serait révélée favorable aux Turcs à l’embauche. Mais partout, personne ne s’indigne de cette réification de l’être humain. Seule l’efficacité professionnelle doit compter, dit-on : formule typique du Gestell faisant de l’homme une matière première interchangeable pour l’économie.
De toute façon, la carte d’identité, telle qu’elle est, est partielle et partiale. L’âme de l’homme (religion, langue, connaissances d’histoire) est exclue de ce modèle administratif. Mais cette carte est encore « trop identitaire » pour les extrémistes du cosmopolitisme.
2/ – L’identité de l’homme : dimension physique mais aussi mentale, juridique et sociale
L’identité de l’homme est une notion qui déborde l’individu au sens strict. L’identité a une dimension physique mais aussi mentale, juridique et sociale. L’homme n’est homme que parce qu’il vit au sein d’un « monde » existentiel, ce qui n’est pas le cas de l’animal, prisonnier de son monde restreint (voir la tique de Jakob von Uexküll).
Priver l’homme de son monde est donc le mutiler gravement. L’identité d’un homme ne peut ignorer son environnement culturel et social qui détermine, en interaction avec sa volonté, ce qu’il est dans son essence. Ainsi, un officier prussien n’a pas le même « monde » qu’un agriculteur zoulou ou qu’un marchand chinois. Les coordonnées de l’identité sont données par ce que Heidegger appelle le quadriparti inspiré par les quatre causes d’Aristote : la terre, le ciel, les mortels et la Divinité.
L’identité française selon ce quadriparti est définie par la terre et la lignée, une histoire de France, de son droit et de sa morale sociale, une langue et une culture, une religion historique. De Gaulle a dit à Peyrefitte cette phrase devenue célèbre : « Le peuple français est tout de même avant tout un peuple de race blanche, de culture gréco-latine et de religion chrétienne. »
Une chanson identitaire typique est la marche de la 2e DB, qui combattit l’occupant allemand pendant la deuxième guerre mondiale. Elle évoque successivement le sol, l’idéal (gloire militaire), Dieu (la Croix de Lorraine chrétienne) et les hommes (division de fer ; les gars de Leclerc). C’est une marche moins idéologique que la Marseillaise qui vise le combat contre les « tyrans » dont il faut faire couler le sang. Là, il n’est pas question de haine mais du seul amour de la patrie qui justifie le combat intensif.
Voici les paroles :
Après le Tchad, l’Angleterre et la France, le grand chemin qui mène vers Paris (c’est la terre),
Le cœur joyeux tout gonflé d’espérance, ils ont suivi la gloire qui les conduit (le ciel, donc l’idéal)
Sur une France, une Croix de Lorraine, écusson d’or qu’on porte fièrement, c’est le joyau que veulent nos marraines,
c’est le flambeau de tous nos régiments (le christianisme, la transcendance),
Division de fer, toujours en avant, les gars de Leclerc, passent en chantant, jamais ils ne s’attardent, la victoire n’attend pas, chacun les regarde saluant chapeau bas. Division de fer, toujours souriants, les gars de Leclerc, passent en chantant, DB, vive la 2e DB ! (ce sont les hommes, la cause motrice).
Cette chanson militaire incarne un monde au sens le plus humain qui soit : les hommes sont engagés dans le monde, ils ne sont pas jetés dans un monde absurde mais ont une mission : libérer la France et pour cela combattre au mépris de sa vie. Ce monde est structuré par une terre et un idéal. Ils font l’histoire, à la différence de l’animal, au nom d’une référence sacrée symbolisée par la Croix de Lorraine. La 2e DB est une institution laïque mais, si la France n’avait pas 1500 ans de chrétienté derrière elle, aurait-elle adopté une croix comme symbole ? Selon De Gaulle, c’est le capitaine de corvette (et futur amiral) Georges Thierry d’Argenlieu, par ailleurs moine du Carmel, dit le moine soldat ou carmel naval, qui lui a proposé, le 28 juin 1940, la Croix de Lorraine comme symbole de la France libre (**). Thierry d’Argenlieu voulait aussi appeler l’ordre de la Libération « les Croisés de la Libération » mais cette formule, d’abord adoptée par De Gaulle, s’est heurtée à l’opposition de René Cassin. Le collier du grand maître a été réalisé à partir du modèle de l’Ordre de Saint-Michel. Lorsque De Gaulle nomme l’amiral Haut-commissaire de France et commandant en chef pour l’Indochine avec pour mission de rétablir l’ordre et la souveraineté française dans les territoires de l’Union indochinoise, il lui envoie un message qui se termine ainsi : « On peut dire que l’honneur du drapeau français et celui de la chrétienté sont là-bas entre vos mains. Je vous embrasse ». Le ciel (l’honneur), les hommes et Dieu, la terre (là-bas) : on retrouve le quadriparti en une seule phrase !
Pour Heidegger, justement, l’homme pleinement homme « habite », c’est-à-dire s’enracine dans le quadriparti. Il voit la terre comme le lieu du combat de l’existence, il voit le temps, non seulement comme ce qui passe mais comme ce qui arrive, donc comme une ressource, ce qui conduit à évaluer de façon différente l’héritage et les traditions. Il assume la triple finitude qui caractérise l’homme (finitude de la naissance, finitude de la mort, finitude due à nos pouvoirs limités) et, enfin, il est ouvert à la sensation du Sacré au sein de laquelle, seule, le mot Dieu peut avoir un sens. L’homme déploie son identité comme identité mémorielle, sociale, nationale et existentielle.
3/ – L’arraisonnement utilitaire du monde : fondement du cosmopolitisme
Face à ce monde enraciné, on a le « Gestell » ou arraisonnement utilitaire, qui est le fondement métaphysique du cosmopolitisme. Ce Gestell remonte au XVIIIe siècle mais ne se développe qu’avec la révolution industrielle. Les deux axes du Gestell sont les suivants : l’axe horizontal, qui va des droits de l’homme (qui remplacent Dieu) à l’égalitarisme (qui s’oppose aux personnes différenciées). Il y a aussi l’axe vertical qui va de la destruction des traditions morales, et qui met l’argent sur le trône, au cosmopolitisme, qui renie les racines et ne connaît plus que la technique. L’homme est considéré comme « la plus importante des matières premières », précise Heidegger et il doit être le plus possible interchangeable pour satisfaire le système économique et technique d’arraisonnement utilitaire. Le cosmopolitisme avec l’égalitarisme, l’argent-roi et le « droit-de-l’hommisme » sont les instruments majeurs du Gestell.
Le monde « im-monde » du Gestell :
Argent, amoralité

Droits de l’homme ← Gestell (arraisonnement utilitaire) → égalitarisme

cosmopolitisme
Dans son livre « Essais et Conférences » (*), Heidegger, au chapitre « Dépassement de la métaphysique », écrit : « Le signe de l’abandon de l’être est la proclamation des idées et des valeurs (subjectives ) : les guerres mondiales sont des suites de l’abandon de l’être. L’homme y est incorporé comme la matière première la plus importante. Sujet de l’utilitarisme, il est objet de l’abandon de l’être. Les guerres mondiales sont la forme initiale de la suppression de toute différence entre la paix et la guerre, preuve que le monde est devenu un im-monde. » La puissance pour la puissance règne et la paix prolonge la guerre comme utilisation de l’Etant. « De même, la distinction entre le national et l’international disparaît. » On assiste au nivellement des nations et aussi des formes de gouvernement. On va vers la dévastation de la terre dans l’uniformité. L’action humaine a perdu toute signification dans ce règne de la puissance pour la puissance.
4/ – Cosmopolitisme : destruction de la lignée, éradication du patriotisme, édification de l’homme masse, religion des droits de l’homme
Le cosmopolitisme est donc un aspect majeur du Gestell. Ses quatre aspects complémentaires sont : la destruction des lignées familiales et l’immigration de masse, l’éradication du patriotisme (mourir pour la patrie), l’édification de l’homme de masse interchangeable, la religion séculière des droits de l’homme universels comme arme antinationale. Il s’agit d’éradiquer la patrie, comme le communisme à ses débuts l’avait rêvé. Il s’agit là d’un combat politique. La patrie comporte plusieurs critères identitaires : le sol, la langue et la culture, la souveraineté, la religion.
– La lutte contre le sol, c’est la suppression des frontières, donc la liberté de migrer sans limites et sans égards pour les habitants déjà présents sur le territoire. L’économiste Gary Becker a montré que l’immigration illimitée n’a rien à voir avec le libre-échange des marchandises car les marchandises ne se déplacent pas elles-mêmes, à la différence des hommes. Si elles se déplacent, c’est à la suite d’un contrat où l’envoyeur et le receveur sont d’accord. Dans l’immigration, on ignore le point de vue de celui qui reçoit, sauf si le référendum d’initiative populaire sur l’immigration est admis, comme en Suisse, dans les faits ou dans certains Etats des Etats-Unis symboliquement (Californie). La suppression des frontières sans accord direct des citoyens est une insulte à la démocratie.
– La lutte contre la langue et la culture est aussi un aspect important du cosmopolitisme. Celui-ci promeut une langue globale (globish) qui est de l’anglais basique. Cette langue envahit les banlieues (voir les chansons avec des paroles anglaises) et devient aussi la langue des élites, économique et scientifique. Quant à la culture, elle est laminée par l’égalitarisme dans l’éducation et elle est marginalisée comme « culture générale (grec, latin, histoire, philosophie, belles lettres) » qui permet à l’individu de se situer. L’individu comme matière première du système technico-économique n’a pas à avoir de personnalité culturelle enracinée dans l’histoire. Cela limiterait son interchangeabilité. Cela lui donnerait aussi une capacité de résister au pouvoir, ce qui est inadmissible au sein du Gestell. Souvenons-nous que les plus grands résistants au totalitarisme comme à l’invasion étrangère étaient des hommes de haute culture, souvent militaire et chrétienne, tels le général de Stauffenberg en Allemagne ou l’amiral Thierry d’Argenlieu en France ou l’amiral Koltchak face aux Bolcheviks.
– La lutte contre la souveraineté politique convient aux oligarchies transnationales qui veulent remplacer la démocratie que l’on vide de son sens au profit d’une gouvernance bureaucratique.
– La lutte contre l’identité religieuse fait aussi partie du combat cosmopolite. Les pays religieux résistent, comme la Pologne ou l’Irlande l’ont montré au cours de leur histoire. En URSS même, Staline décide de cesser la persécution pour mieux motiver les soldats à défendre la Sainte Russie. Alexandre Nevski, le général résistant russe contre les Suédois puis contre les Chevaliers teutoniques, a été canonisé. En 2008, un sondage a montré qu’il était plus populaire que Stolypine (2e) et Staline (3e) parmi les personnages historiques russes. Encore Staline est-il populaire en tant que vainqueur de la grande guerre patriotique et non comme idéologue communiste, ce que les Occidentaux, surtout ceux qui n’ont pas eu à combattre Hitler, comprennent mal.
Le combat contre le cosmopolitisme est donc plus global qu’on ne le croit à première vue et c’est même un combat pour l’humanisme de ce qui est humain dans l’homme et pour la civilisation.
5/ – Reconstruire un monde à habiter
Le cosmopolitisme oublie l’essence de l’homme et ruine son existence authentique. Le Gestell contribue à la disparition des nations comme il contribue aussi à la disparition de la famille et de la religion et à niveler les cultures. Le nivellement des cultures se fait par l’imposition de l’anglais « globish » et par la disparition de la culture générale enracinée dans la Grèce, Rome et les littératures nationales.
Si ce qui est humain dans l’homme, si ce qui est l’essence de l’homme, c’est « d’habiter dans le quadriparti », la destruction de la terre, l’obscurcissement du Ciel, la fuite du Sacré et la réduction des mortels à des animaux raisonnables correspondent à la déshumanisation de l’homme. En effet, l’homme seul a une nationalité. L’homme seul est capable de mourir pour la patrie et non l’animal. Le Gestell associe l’animalité de l’homme à la raison comme machine à calculer. Or, ce schéma, qui exclut le cœur de l’homme, est celui de la barbarie. Pol Pot ou Robespierre, c’est la raison calculatrice au service du cerveau reptilien à l’agressivité déchaînée. C’est la barbarie. Le cosmopolitisme, comme outil du Gestell, est la barbarie en marche.
L’homme aux prises avec le Gestell a-t-il un avenir ? « Du danger viendra ce qui sauve » (poème Patmos de Hölderlin, cité par Heidegger). Selon Heidegger, il y a une histoire de l’être que l’homme ne maîtrise pas mais dont il peut avoir l’intuition. Le meilleur exemple que l’on puisse donner de ce phénomène qu’est l’histoire de l’être est la chute du Rideau de fer. Cinq ans plus tôt, s’attaquer à cette frontière aurait déclenché une guerre mondiale. Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’histoire mûrit à son propre rythme que l’homme ne dicte pas. C’est là où la dévastation est la plus grande que la prise de conscience est la plus forte. C’est celle-ci qui libère alors l’homme de l’emprise du Gestell. Les hommes confrontés à l’oubli de l’être sont confrontés à la dévastation de leur monde qui met en péril leur existence en tant qu’hommes. La dévastation est pire que la destruction. La destruction ne touche que le matériel. La dévastation touche les âmes.
Ceux qui prennent conscience de ce qu’il faut faire pour reconstruire un monde sont ceux qui souffrent le plus de la dévastation du monde, de l’emprise de l’im-monde. « Français, il nous faut une France ! » dit la chanson La Royale. Il nous faut en effet un monde à habiter. Et ce monde comprend la réalité nationale. C’est elle qu’il faut sauver !
Yvan Blot, 24/11/2013
Note :
(*) Martin Heidegger, Vorträge und Aufsätze, Klett-Cotta Verlag, 2009, p. 87 à 94.
Note de la rédaction :
(**) L’origine du choix de la Croix de Lorraine comme symbole emblématique de la France libre est contreversée : pour certains, l’auteur en serait le vice-amiral Muselier qui a fait cette proposition au général De Gaulle le 1er juillet 1940 en présence du capitaine de corvette Thierry d’Argenlieu, pour lutter contre la croix gammée ; pour d’autres, c’est Thierry d’Argenlieu qui serait à l’origine de la proposition de la Croix de Lorraine comme symbole de la France libre.
http://www.polemia.com/la-negation-des-identites-principe-originel-du-cosmopolitisme/

Une poignée de compagnies contrôle l’industrie alimentaire

Les centaines de marques que nous retrouvons sur les tablettes des supermarchés nous donnent l’impression que notre argent va à un nombre aussi grand de compagnies différentes. Or, ça n’est pas le cas: une grande majorité de ces marques appartiennent à une poignée de compagnies. Le graphique suivant donne un aperçu d’où notre argent va réellement (cliquez ici pour une version pleine résolution):

Pourquoi cette convergence est-elle néfaste?

Cette question est légitime: en quoi le fait que ces marques soient contrôlées par si peu de compagnies est-il une mauvaise chose ? N’est-ce pas simplement le résultat fonctionnel de notre système économique ?

En fait, nous croyons que cette convergence est néfaste pour diverses raisons, à plusieurs niveaux qui sont tous plus ou moins interreliés. En voici cinq:

1 – Ces compagnies sont si grosses qu’elles ont un pouvoir politique dangereux

Cette raison est celle qui, d’une certaine façon, englobe toutes les autres. Les profits engendrés par ces compagnies sont gargantuesques: à elle seule, Nestlé a engendré plus de 37 milliards de dollars de profit en 2010. Or, cet argent se convertit rapidement en pouvoir politique. De fait, dans notre système politique, des groupes de pression font sans relâche des efforts afin de faire passer ou bloquer des projets de loi. En général, plus les groupes de pression sont bien financés et organisés, plus ils ont les moyens d’avoir une grande influence sur les décisions prises au final.
L’industrie alimentaire mène des activités de lobbying à toutes les échelles: internationale, nationale et locale. De plus, de grands montants sont investis par ces compagnies dans les campagnes référendaires de plusieurs candidats politiques, tous partis confondus. Il serait naïf de croire que ces compagnies investissent tout cet argent (en 2010, Kraft a dépensé un demi-million de dollars en contributions à des candidats politiques américains; Nestlé a, à elle seule, donné près de 300,000$ à la campagne de Schwarzenegger en Californie) sans rien attendre en retour: elles souhaitent avoir leur mot à dire sur les lois qui seront ou ne seront pas adoptées.

Quant à savoir pour ou contre quels projets elles feront de la pression, le seul critère qui semble s’appliquer dans leurs choix est celui du profit. Cela est logique et semble légitime, puisqu’il s’agit de compagnies qui, après tout, ont pour mission de faire du profit. Cependant, la pression politique exercée en vue du profit entre souvent en conflit avec l’intérêt de la population, pour qui les politiciens devraient pouvoir travailler sans pressions contraires. Il est néfaste pour tous que l’intérêt de compagnies passe avant celui de la population, surtout lorsqu’il s’agit de domaines aussi importants que celui de la santé publique.

Le dossier de l’étiquettage des produits qui contiennent des organismes génétiquement modifiés (OGM) en est un bon exemple: à ce jour, il est impossible de savoir si les OGM ont un effet dangereux sur la santé ou non. Malgré cela, une majorité des produits disponibles sur les tablettes des supermarchés contiennent déjà des OGM. L’État américain de l’Oregon a tenté, en 2002, d’introduire une loi pour obliger les compagnies à indiquer lesquels de leurs produits contiennent des OGM. On ne parle pas ici de bannir les OGM, ou même d’en réduire l’utilisation, mais seulement d’informer les consommateurs sur leur présence dans les produits achetés, et de leur laisser le choix d’en acheter ou non.
Un immense lobby représentant les géants de l’alimentation s’est alors formé, chaque compagnie y contribuant à coups de dizaines de milliers de dollars (Pepsico y a investi 127,000$, Procter & Gamble, 80,000$). Au final, le projet de loi n’est pas passé.

Les élus, qui devraient en principe protéger la population, deviennent vite impuissants, surtout si leur élection dépend de fonds avancés par ces mêmes compagnies. Cela devient une forme détournée et légale de corruption, et il est facile de croire que si cela était possible, ces multinationales utiliseraient des moyens plus directs.
Unilever a d’ailleurs admis au New York Times avoir donné des pots-de-vin, ou “facilité des paiements” à l’endroit de membres de gouvernements dans certains pays en voie de développement. Unilever a affirmé ne pas encourager ce genre de pratique, mais la tolérer lorsqu’elle est une « coutume locale ». Autrement dit: si les politiciens en place sont corruptibles et reçoivent déjà des pots-de-vin, aussi bien en profiter!

2 – Impacts sur la santé

C’est logique: notre santé passe en très grande partie par les aliments que nous consommons, c’est d’eux que finit par se constituer notre corps. Dans la mesure où une grande majorité des aliments que nous achetons sont fournis par un très petit nombre de compagnies, chacune d’elles a une immense part à jouer sur notre santé, qui repose en partie entre leurs mains. Or, contrairement à ce qu’elles pourront bien affirmer à travers diverses publicités, notre santé ne fait pas partie de leurs préoccupations sincères, bien au contraire.
En 2005, à peu près toutes les multinationales de l’alimentation se sont réunies pour mettre de la pression sur le gouvernement français, qui s’apprêtait à faire passer une loi interdisant les distributrices de sodas et de collations de type « junk food » dans les écoles, ainsi qu’à modifier le genre de publicité entourant les aliments néfastes pour la santé. Une grande partie du projet dût être abandonnée suite aux pressions de l’industrie alimentaire.

Pire, malgré des études de l’Organisation Mondiale de Santé et de l’UNICEF démontrant que l’utilisation d’un substitut au lait maternel pour nourrir les bébés contribue à la mort de 1,5 millions d’enfants par année dans les pays sous-développés. Nestlé, le plus grand fabriquant de substituts de lait maternel au monde, fait ouvertement la promotion du choix d’utiliser ses substituts même si la mère est en mesure d’allaiter. Ils vont jusqu’à financer les cliniques médicales de pays sous-développés qui acceptent de faire la promotion de leurs subsituts au lait maternel. Ces pratiques sont directement responsables de la mort ou de la santé fragile de millions d’enfants; un boycott international de Nestlé a d’ailleurs cours depuis les années 80 en raison de cette controverse.

3 – Impacts sur l’économie

Économiquement, le nombre restreint de compagnies sur le marché de l’alimentation nous place en situation d’oligopole. Deux conséquences majeures en découlent:

Premièrement, un marché contrôlé par un petit nombre de compagnies présente des « barrières à l’entrée », c’est-à-dire que toute nouvelle compagnie qui tente d’entrer sur ce marché aura la vie difficile, sinon impossible. Par exemple, si un nouveau producteur est assez chanceux pour que son supermarché local accepte de vendre son produit, c’est souvent sur des tablettes quasi inaccessibles que son produit sera placé, ce qui encourage très peu les gens à l’acheter, car de fait, les endroits bien en vue sont réservés aux multinationales, qui payent cher pour avoir ce privilège. Un petit producteur n’a simplement pas le budget pour rivaliser avec elles.
De plus, les gens sont habitués aux marques des grandes compagnies, et ont d’emblée le réflexe d’acheter ces marques (qui bénéficient aussi d’appui publicitaire massif), ce qui rend la compétition avec elles beaucoup plus difficile. Et si finalement un producteur réussit à percer le marché avec un produit qui intéresse les gens, il est fort probable qu’il soit vite racheté par l’une des multinationales, et sa marque n’en deviendra qu’une autre parmi les centaines qu’elles possèdent déjà. Tout ceci empêche la saine concurrence du marché.

Deuxièmement, un oligopole mène souvent à un cartel, c’est à dire un petit groupe de compagnies qui fixe les prix à un montant plus élevé que ceux du marché, afin d’augmenter leurs profits sur le dos des consommateurs. C’est une pratique qui est généralement illégale et relève de la collusion, mais cela n’empêche pas les compagnies de s’y adonner.
En avril 2011, Procter & Gamble a dû payer 211 millions d’euros d’amende après avoir été reconnu coupable d’un cartel de fixation des prix en Europe avec Unilever et Henkel. Henkel, la plus petite compagnie des trois (et donc celle qui en profitait le moins), n’a pas été pénalisée, car c’est elle qui a dénoncé le cartel aux autorités.

4 – Impacts sur l’environnement

Les compagnies qui contrôlent l’industrie alimentaire n’ont, en général, pas un dossier environnemental reluisant. En 2001, Kraft a décidé d’investir massivement dans une entreprise de lobbying auprès de l’administration Bush afin de militer contre le protocole de Kyoto. En Chine, Pepsico et Nestlé ont été condamnés pour pollution de cours d’eau. Unilever ont, quant à eux, illégalement déversé 7,4 tonnes de déchets contaminés au mercure à l’entrée de la forêt Pambar Shola en Inde, juste à côté d’une ville à forte densité de population. Unilever a été forcé de fermer cette usine de mercure pour cette raison.
C’est aussi sans surprise que Procter & Gamble a milité afin d’affaiblir des projets de lois environnementaux européens à l’endroit des produits chimiques. En raison des pressions de P&G, la loi adoptée au final en 2003 par le parlement européen ne protège que très peu les citoyens et l’environnement de substances toxiques présentes dans les produits ménagers.

Ce “militantisme” anti-environnementaliste dont font preuve ces compagnies n’a qu’un but: s’assurer que la production soit la moins chère possible à court terme. Les dommages causés à plus long terme à la population globale de notre planète, incluant celle des animaux, n’a aucun poids, sinon celui de bien paraître.

Mais l’impact le plus considérable que ces compagnies ont sur l’environnement est peut-être relié à l’utilisation massive d’huile de palme dans leurs aliments. En effet, les impacts dévastateurs (déforestation à grande échelle, délocalisation de communautés locales menant à des situations violentes, extinction d’espèces animales, émission de gaz à effet de serre) de l’industrie de l’huile de palme ont été révélés dans les dernières années, mais l’huile de palme est toujours massivement utilisée dans un foule de produits transformés, principalement en raison de son coût très bas et du fait qu’elle représente un substitut (tout aussi malsain) aux gras trans.

5 – Impacts humains

La réputation de plusieurs multinationales quant aux conditions de travail qu’elles imposent à l’étranger n’est plus à faire. Au fil des ans, des compagnies opérant dans de multiples domaines ont été sur la sellette, au centre de plusieurs scandales. Le fait que l’industrie alimentaire se comporte aussi de la sorte n’aura donc probablement rien de surprenant. Malgré cela, la sévérité des actions de certaines de ces compagnies risque d’en surprendre plus d’un.
En 2005, Nestlé a été poursuivie par l’ILRF (International Labor Right Fund) pour trafic d’enfants. Ces enfants sont amenés en Côte d’Ivoire à partir des pays environnants pour travailler sur les plantations de cacao utilisées par la compagnie. Malgré plusieurs avertissements lancés à l’endroit de Nestlé afin de les informer de ces pratiques, Nestlé n’a jamais vraiment réagi sur la question avant la poursuite.

Une autre poursuite a été lancée aux États-Unis, où Nestlé est accusé de complicité pour esclavage, enlèvement et torture d’enfants dans plusieurs pays d’Afrique de l’ouest. C’est sans parler du meurtre d’un dirigeant syndical en Colombie. Ce dernier avait publiquement dénoncé une stratégie sournoise qui permettait à Nestlé de changer l’étiquettage de poudre de lait importée pour qu’elle paraîsse être un produit local. La poudre, souvent passée date, était importée à rabais de pays voisins. La plainte mena à une enquête policière qui confirma les faits et traduit Nestlé en justice pour avoir miné la santé publique. Plusieurs autres meurtres ont mystérieusement frappé les travailleurs qui ont déposé des plaintes contre Nestlé. Mais ce genre de pratiques n’est pas le monopole de Nestlé: le dossier de Coca-Cola n’est pas plus reluisant.
Comment réagir ?

Difficile de ne pas se sentir impuissant face à des multinationales qui disposent de budgets aussi immenses, d’une grande influence politique et qui peuvent systématiquement se payer les meilleurs avocats pour contrer toute poursuite.
Mais les revenus exorbitants de ces compagnies, qui maintiennent ces pratiques, ne poussent pas dans les arbres… ils proviennent de nos poches! Ce sont nous qui leur donnons lorsque, chaque semaine, nous achetons les centaines de produits qu’ils nous offrent au supermarché.

L’alimentation représente un marché gigantesque: chacun de nous doit se nourrir pour rester en vie, et ce, à répétition! Nos visites au supermarché sont régulières et représentent, à la somme, une grande partie de nos budgets. Il serait donc erroné de croire que l’impact que chacun de nous a sur cette industrie est minime. Faites l’exercice, et calculez combien d’argent vous consacrez à l’épicerie par année. Mieux encore, tentez de remarquer, à votre prochaine visite, quel pourcentage des produits que vous achetez sont vendus par ces quelques multinationales: vous pourrez ainsi calculer environ combien d’argent vous leur donnez. Le résultat risque d’être surprenamment élevé. Ainsi, même si un seul de nous coupe sa contribution, l’impact sera de plusieurs milliers de dollars!

Deux obstacles se posent cependant :

- Il est difficile d’éviter les produits vendus par cette poignée de compagnies. Ils sont partout, et parfois il peut sembler qu’aucune alternative ne s’offre: si on n’achète pas le produit de Nestlé, alors on achète celui de Kraft ou de Pepsico. Mais des alternatives existent, il suffit de les rechercher. Elles demandent parfois un effort supplémentaire, surtout l’effort de faire un peu de recherche sur la provenance des produits que nous choisissons d’acheter (et sur la compagnie qui les fabrique). Cet effort se voit toutefois récompensé au niveau individuel par la conscience de faire un bon choix, et au niveau collectif par de l’argent investi ailleurs que dans ce système oligopolistique.

- Les marques détenues par ces compagnies font partie de nos vies depuis longtemps, elles sont partout. Nous y sommes habitués, parfois attachés. La publicité nous encourage sans cesse à les acheter. Très souvent, il est très difficile de s’imaginer les bannir toutes de nos vies, tout d’un coup, et de changer entièrement nos habitudes en un tournemain; ça n’est tout simplement pas réaliste.

Mais ces obstacles ne doivent pas nous arrêter! D’abord, il peut être pratique d’imprimer notre grand graphique et de le traîner à l’épicerie pour faire le diagnostic de nos habitudes, mais aussi pour regarder les produits disponibles qui n’appartiennent pas à ces compagnies: on prend ainsi conscience des alternatives possibles.
Ensuite, il est possible d’essayer les produits qui s’offrent à nous comme alternatives, peut-être que plusieurs nous plaîront, et que nos habitudes seront ainsi plus faciles à changer. Il peut aussi être profitable de tenter de changer nos habitudes une par une: au fil du temps, notre impact s’agrandira de plus en plus, et nous ne serons pas aussi déstabilisés. Cette façon de faire est du moins plus réaliste qu’un boycott soudain et inflexible, même si celui-ci est idéalement souhaitable.

Informons-nous !

Ne nous laissons pas manipuler par la publicité, car c’est par l’ignorance que ces compagnies réussissent à avoir un si grand pouvoir. De fait, si tous étaient au fait de leurs agissements, leurs profits seraient en baisse constante: très peu de gens accepteraient d’endosser leurs actions. Une foule d’informations et d’articles sont disponibles sur internet, qui n’attendent que d’être recherchés. Pour ceux que ce sujet intéresse, nous recommendons aussi l’excellent documentaire Food Inc. qui dresse un portrait très large de l’industrie alimentaire aux États-Unis (la situation américaine est fortement similaire à la nôtre).

Finalement, n’hésitez pas à consulter les pages que nous avons créées sur quelques-unes des compagnies, où nous dressons une liste sommaire (et incomplète) de faits intéressants sur chacune. Nous y avons inclus ConAgra, qui ne se trouve pas dans le grand graphique du fait qu’elle est une moins grosse compagnie. La décision d’y consacrer une page relève de son bulletin éthique scandaleux: nous vous invitons à consulter sa page pour en juger par vous-mêmes.

Convergence Alimentaire

Sézanne/bijouterie braquée : "Le braqueur avait le type maghrébin" (RMC)

http://www.youtube.com/watch?v=OTE6zptC1ME

Victoire judiciaire pour les opposants à la loi Taubira

Communiqué de l'AGRIF :

"Après la manifestation de la Manif pour tous du 23 avril 2013, plusieurs opposants pacifiques au gouvernement avaient été interpellés, gardés à vue 48h, et déférés devant le procureur après une nuit supplémentaire dans les cachots du Palais de justice, pour une prétendue infraction de non-dispersion d’un attroupement après de prétendues sommations de dispersion que personne n’a jamais entendues.

Ce matin venait l’un de ces procès devant le tribunal. Les prévenus, une femme enceinte et son mari, déjà parents de 5 enfants, étaient soutenus financièrement par l’AGRIF et défendus par notre avocat Maître Jérôme Triomphe qui a soulevé une question prioritaire de constitutionnalité autrement appelée QPC. Cette QPC, élaborée en concertation avec d’autres avocats intervenant dans des dossiers similaires, mettait en cause l’inconstitutionnalité de l’infraction de non-dispersion.

En effet, les textes qui punissent cette infraction d’un an d’emprisonnement et de 15.000 € d’amende permettent à un simple officier de police de porter atteinte à la liberté individuelle et à la liberté de manifestation en décidant unilatéralement, sans même le contrôle d’un juge judiciaire, pourtant gardien constitutionnel de la liberté individuelle, de mettre fin à un rassemblement quelconque au motif totalement subjectif qu’il pourrait être « susceptible » de troubler l’ordre public.

De même, la loi ne définit en rien quelles sont les modalités d’avertissement des manifestants d’avoir à se disperser, renvoyant à un simple décret, en violation de l’article 34 de la Constitution qui ne permet qu’à la loi de définir les termes d’un délit.

La défense a notamment rappelé la spectaculaire résolution n° 1947 de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe du 27 juin 2013 qui a condamné fermement les répressions policières arbitraires commises tant en Turquie qu’en France à l’occasion des manifestations anti-loi Taubira. Cette résolution a rappelé le droit fondamental de manifester y compris si les manifestations sont non déclarées ou interdites et a rappelé que le rôle de la police est de protéger les manifestants. Cette résolution a réclamé que notamment la France mette son droit en conformité avec ces exigences.

C’est ici tout l’objet de cette QPC à laquelle le procureur de la République s’est associé devant son caractère particulièrement fondé. Le Tribunal de grande instance a ainsi fait droit à cette requête qui va être examinée dans les 3 mois par la Cour de cassation. Si cette QPC aboutit, elle permettra de renforcer la liberté fondamentale de manifestation tout en mettant fin à un certain nombre d’abus policiers."

http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2013/11/victoire-judiciaire-pour-les-opposants-%C3%A0-la-loi-taubira.html

Qui défend la vie défend l'avenir !

Communiqué de Bruno Gollnisch, Député français au Parlement européen, Membre du Bureau Politique du Front National

La traditionnelle « Marche pour la Vie » lyonnaise aura lieu ce samedi 30 novembre 2013 dans les rues de la capitale des Gaules. Au moment où les agressions de ce que le regretté Pape Jean-Paul II appelait « la culture de mort » se font plus vives, cette marche 2013 revêt un caractère particulier. Elle a lieu un an tout juste après le premier rassemblement -déjà lyonnais d’ailleurs !- des défenseurs de la famille naturelle, et après une année de mobilisation et d’ardeur face au régime liberticide.

Pris dans une autre région, je ne pourrai me joindre à cette mobilisation, mais je lui apporte mon soutien. Je suis sûr en particulier que les jeunes participants récolteront demain le fruit de ces combats qui ne sont jamais vains : qui défend la vie défend l’avenir !

http://www.frontnational.com/2013/11/qui-defend-la-vie-defend-lavenir/

Journal de Bord de Jean-Marie Le Pen n°341

http://www.youtube.com/watch?v=WKgIU5qVSCw