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actualité - Page 5157

  • Proche-Orient, Ukraine : la France paye son inertie diplomatique

    « Il n’y a pas de problème dont l’absence de solution ne finisse par venir à bout ». »

    ♦ Le crash du vol de la Malaysia Airlines abattu par un missile au-dessus de l’Ukraine orientale et l’offensive israélienne contre le Hamas à Gaza montrent, à quel point les pays européens ne peuvent plus prétendre rester à l’abri des conflits qui se multiplient dans leur environnement le plus proche.


    Jusqu’à récemment, l’Europe se considérait comme un havre imprenable de prospérité et de stabilité. Elle ne pouvait que susciter l’envie de ses voisins. La force de l’exemple tenait lieu de politique étrangère.  La crise de la zone euro a sonné le glas de cet âge d’or. Bousculée par les marchés financiers, l’Union a perdu son pouvoir de séduction. Mais sa fragilité n’est pas seulement d’ordre  économique. Elle est aussi à la merci d’un environnement international qui se dégrade inexorablement.  A ses frontières, la déstabilisation de l’Est et du Sud fait désormais sentir ses effets au sein même de chacun des pays du continent.

    L’émotion suscitée par la mort de 211 passagers européens (sur 298) du vol MH 17 parti d’Amsterdam, pour la plupart néerlandais, confère une proximité nouvelle à la guerre civile qui s’installe en Ukraine. Quelles que soient les responsabilités exactes des uns et des autres dans le drame, nul ne peut ignorer, ou même minimiser, le conflit entre pro-Russes et pro-Occidentaux aux portes de l’Europe. Il y a urgence à au moins rechercher une solution qui aille au-delà de l’imposition de sanctions contre le Kremlin, décidées à contrecœur, faute de meilleure option.

    De la même manière, les émeutes de Barbès et de Sarcelles confirment combien le conflit israélo-palestinien nous est proche. Il y a longtemps que l’impasse au Proche-Orient est instrumentalisée par les éléments les plus radicaux de la communauté musulmane. Chaque flambée de violence là-bas, toujours pour les mêmes raisons, suscite une montée de plus en plus forte des tensions ethniques en France, le pays d’Europe où juifs et musulmans sont les plus nombreux.

    Peu importe que les islamistes du Hamas ciblent les civils israéliens tout en prenant en otage la population de Gaza, la violence de la réaction de Tsahal est prétexte à un déchaînement de haine qui sert les artisans de la radicalisation des banlieues et des quartiers difficiles. Inutile de clamer que le conflit israélo-palestinien « ne doit pas être importé », comme l’a promulgué François Hollande le 14 juillet, le mal est déjà fait ; depuis longtemps.

    Les actes terroristes et antisémites commis par Merah, à Toulouse, et Nemmouche, à Bruxelles, participent de cette « importation » galopante des conflits moyen-orientaux. Ils rappellent combien il serait absurde de croire l’Europe à l’écart du chaos qui se propage de la Libye à l’Irak en passant par la Syrie, où sévissent des milliers de djihadistes venus de ce côté-ci de la Méditerranée. Comme les attentats, mais de façon plus collective, les émeutes « pro-palestiniennes » donnent la mesure de l’échec de l’assimilation de larges segments de la population musulmane en France. Il serait temps d’en tirer des conséquences volontaristes sur le plan interne et, aussi, de s’engager à bras le corps dans la recherche d’une stabilisation du Proche Orient, en privilégiant clairement la lutte contre les islamistes radicaux.

    Le conflit israélo palestinien n’est plus aussi central qu’il a pu l’être pour l’avenir de la région, mais ce qui se passe à Gaza montre qu’il n’a rien perdu de sa capacité à mettre le feu aux poudres. Personne ne peut se voir reprocher de n’avoir pu imposer un accord, mais le fait d’avoir abandonné tout effort pour amener les deux parties à retrouver le chemin d’un processus de paix digne de ce nom est une lourde responsabilité pour les diplomaties européenne et française. Cela ne peut qu’encourager le travail de sape des intégristes.

    Cette inertie diplomatique est générale. Elle se paye aussi dans les relations avec Moscou. Si l’adoption de sanctions européennes contre le Kremlin à l’instigation de Washington peut semer le doute à Moscou, elle a aussi ses limites. Ne faudrait-il pas œuvrer davantage à un accord acceptable par la Russie comme par l’Ukraine ? L’affaire des Mistral donne à la France une responsabilité particulière.  Plutôt que de nous mettre dans une situation bientôt intenable à l’égard de nos alliés, cette livraison d’armements, dont la dimension symbolique est évidente, ne pourrait-elle pas servir de moyen de pression ? Par exemple, s’il était exigé, en retour de garanties raisonnables, que la Russie cesse d’armer les séparatistes ? Là encore, la solution n’est certainement pas simple. Encore faudrait-il se montrer déterminé à la rechercher. Voilà ce que l’on attend de la diplomatie française.

    « Il n’y a pas de problème dont l’absence de solution ne finisse par venir à bout ». L’aphorisme célèbre du petit père Queuille semble être devenu la devise de notre politique étrangère. Elle s’applique au conflit israélo-arabe comme aux relations avec la Russie. Dans les deux cas, des intérêts nationaux sont en jeu sans que la France ne soit en mesure de défendre une position claire. L’attentisme ne nous mettra pas à l’abri des périls de ce monde.

     Pierre Rousselin
    Directeur adjoint de la rédaction du Figaro chargé de l’International depuis 2004,

    24/07/2014

    Source : http://blog.lefigaro.fr/geopolitique/2014/07/proche-orient-ukraine-la-franc.html

    http://www.polemia.com/proche-orient-ukraine-la-france-paye-son-inertie-diplomatique/

  • Hollande et l’économie : surtout ne rien dire pour s’absoudre de ne rien faire

    Depuis le temps qu’il marche au bord de la récession, le pays a fini par basculer du mauvais côté.   

    L’économie française va mal. Très mal. Depuis le temps qu’il marche au bord de la récession, le pays a fini par basculer du mauvais côté. Pas de reprise à l’horizon, un chômage en croissance perpétuelle, une dette chaque seconde plus abyssale et un déficit qui crève le plafond.

    On a attendu les pluies du 15 août pour nous faire ces révélations qui n’en sont pas. En effet, quiconque s’intéresse un tant soit peu à la chose économique le sait : la France continue de s’enfoncer quand ses voisins commencent à relever la tête.

    Avec des minauderies et en serrant les fesses, on nous dit que le déficit de la France – qui devait, c’était sûr, revenir dans la fourchette « contractuelle » de 3 % – « pourrait finalement frôler les 4 % ». On se fout évidemment de notre gueule puisque le chiffre réel, soit 4,4 %, est en réalité connu depuis un bon mois. Quand il a fait sa petite causette du 14 juillet, Hollande connaissait déjà ces chiffres, mais chut ! Comme la Périchole qui chante « Je suis un peu grise, un peu grise… Mais chut ! Faut pas qu’on le dise ! Chut ! Faut pas… Faut pas ! Chut ! », il était urgent de ne rien dire pour s’absoudre de ne rien faire.

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  • « Objectif 51 % » pour le Front National

    Le Front National  met en place sa stratégie de conquête guidée par le slogan «Objectif 51% pour le second tour de la présidentielle». Pour y arriver, le FN mise notamment sur des collectifs destinés à émettre de propositions sectorielles.

    Le FN avait déjà présenté le collectif Racine, destiné aux enseignants et  et le collectif Marianne, destiné aux étudiants. A partir de septembre, au rythme d’une par mois, quatre nouvelles structures feront leur apparition. Les jeunes actifs, cadres et créateurs d’entreprises seront la cible du premier nouveau collectif qui  sera présentée à Fréjus lors de l’université d’été du FNJ les 4 et 5 septembre. Ensuite, en novembre, le Front national prévoit un collectif consacré aux professionnels de l’espace maritime français. En décembre, un autre collectif visera l’écologie et à la transition énergétique.

    Début 2015, le FN devrait inaugurer un collectif supplémentaire dédié au champ social.

    Cette stratégie de Marine Le Pen et Florian Philipot est néanmoins contrecarrée en ce moment par l’effet désastreux des propos des ténors du parti à l’égard de la Ligue de Défense Juive.

    http://medias-presse.info/objectif-51-pour-le-front-national/14171

  • Réformer la France : Justice, au nom de qui ?

    Exclusivité du Salon Beige: la diffusion des différents articles du dossier dePolitique Magazine consacré à l'indispensable réforme nationale. Aujourd'hui, Jacques Trémolet de Villers.

    La justice, pour être « juste », doit être sacralisée. Une réforme dans ce domaine régalien ne peut venir que du fait du Prince. Lui seul est capable de conférer aux magistrats une légitimité qui est aujourd’hui, plus que jamais, discutée.

    La justice dont dépendaient les réformes nécessaires au bon ordre du royaume était elle-même la première institution à réformer ». Ainsi parlait Louis XIV à son fils, en lui décrivant ce que ces historiens ont appelé plus tard sa « prise du pouvoir », en 1661. La justice, sur laquelle a été fondé le royaume de France, a connu peu de réformes spectaculaires.

    Citons Charlemagne, avec les « missi dominici», saint Louis, avec « les établissements », Louis XIV, Napoléon, après la tourmente révolutionnaire, Napoléon III, à qui nous devons nombre de palais de justice, De Gaulle, avec l’ordonnance de 1958.

    Chacune de ces réformes s’est faite par ordonnance du chef de l’État, qu’il fût roi, empereur ou président de la République. La justice est vraiment une institution régalienne, oeuvre du Prince. Toutes ont eu comme but avéré – mais jamais atteint – une plus grande célérité dans la solution des litiges entre particuliers, une plus grande efficacité dans la répression des crimes et des délits, la recherche d’une impartialité toujours plus impeccable, et, par voie de conséquence, la lutte renouvelée contre les influences de toutes sortes (d’idéologies, d’argent, de passions, de négligences ou d’incompétences) qui peuvent corrompre ou entraver la mission du juge.

    Qu’il soit royal, impérial ou républicain, le monarque qui s’applique à améliorer, corriger ou perfectionner l’oeuvre de justice ne doute pas de ce qu’elle est dans son essence : rendre à chacun ce qui lui est dû, tant au plan civil qu’au plan pénal.

    Il sait aussi que les hommes, au milieu des litiges ou des infractions, n’ont pas trouvé de meilleure méthode pour découvrir où est le bon droit que celle du procès.

    Procès où l’un doit dire tout ce qu’on peut dire « pour » et, l’autre, tout ce qu’on peut dire « contre », afin que le juge, éclairé par ce débat contradictoire, ait tous les éléments pour forger, dans sa conscience, sa droite conviction qui fera le jugement.

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    Paula Corbulon

  • Aux larmes citoyens !

     La façon grotesque dont les médias de propagande nous présentent la réalité ferait sourire si elle ne travestissait pas bien souvent des faits tragiques.


    Ainsi, par exemple, le drame de Dolomieu où des malfrats ont tué de sang-froid lors d’un hold-up un témoin qui tentait de s’interposer, Hugo Villerez.

    Il est vraiment intéressant de lire la façon dont on nous présente cette lugubre affaire. (*)

    Un crime odieux de plus ? Mais pas du tout, si vous lisez l’article signé Angélique Négroni dans le site duFigaro, figaro.fr, du 3 août 2014 !

    Chère Angélique

    Car Angélique, elle, ne voit pas les choses comme cela. Non : elle a surtout remarqué que le coupable présumé était «en pleurs» samedi, lors de ses aveux après sa garde à vue. Le pauvre, vous comprenez, il a «paniqué».

    En effet, elle nous explique que la victime n’a pas obéi à «l’ordre de s’arrêter» (sic) lancé par l’auteur du coup de feu mortel, ce qui a «contraint» ce dernier à «descendre l’escalier du bureau de tabac à reculons». «Le braqueur a alors pris peur et tiré une fois», conclut Angélique. Bref, c’est presque un drame de l’autodéfense !

    Car si on comprend bien notre journaliste, si le témoin avait gentiment respecté «l’ordre» donné par le braqueur il ne serait pas mort. C’est donc un peu de sa faute, n’est-ce pas ?

    Pauvre braqueur

    Le braqueur a, lui, droit à bien plus d’égards journalistiques.

    Pauvre petit braqueur, si émotif sous sa cagoule qu’il tire si on le contraint de descendre un escalier à reculons ! D’ailleurs, le procureur de la République, interviewé dans l’article, nous dit aussi que le tireur «exprime des regrets et a pleuré». C’est dire si le pauvre était choqué ! Un conseil : la prochaine fois que vous voyez un procureur, pleurez à chaudes larmes, cela vous aidera sûrement.

    Angélique nous dit aussi qu’il s’agit en outre d’un «braqueur repenti» car il a indiqué aux enquêteurs où il avait jeté son arme. Ah le brave garçon !

    Des jeunes sans histoire

    Mais, au fait, qui sont donc ces braqueurs sanglants ?

    On découvre quand même que ces jeunes si émotifs ont eu des démêlés avec la justice : deux condamnations pour l’auteur du coup de feu mortel, douze condamnations pour son complice. On ne nous dit rien du troisième complice, celui qui aurait fourni l’arme.

    Mais pour le procureur de la République tout cela ne prouve rien : non, ce ne sont que «de jeunes délinquants qui ont agi avec une absence totale de préparation». Les braqueurs étaient cagoulés et armés mais ils n’étaient pas «préparés» : tout est dans la nuance judiciaire !

    Ils se sont seulement essayés au vol à main armée (on écrit «vama», cela fait plus cool), renchérit Angélique. C’était donc de la formation professionnelle, en quelque sorte ! Ce n’est donc pas vraiment de leur faute si ce «vama» a «tourné au braquage mortel».

    Un dernier détail

    Ah ! Pour conclure, petit détail : Angélique nous dit que l’auteur du coup de feu est «le fils d’artisans d’origine étrangère et dont les parents, des gens sans histoire, ont divorcé». Vous suivez Angélique ? Encore un drame social : le pauvre petit, sans doute déjà victime du racisme ambiant et qui a dû supporter la séparation de ses parents. Décidément, pauvre braqueur !

    Pleurez, braves gens, le Figaro vous y invite. Mais pas sur la victime, cela ferait trop peuple.

     Michel Geoffroy, 4/08/2014

    (*) Note :

    Dolomieu : les aveux d’un jeune braqueur «paniqué»4/08/2014

    http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2014/08/03/01016-20140803ARTFIG00158-dolomieu-les-aveux-d-un-jeune-braqueur-panique.php

    http://www.polemia.com/aux-larmes-citoyens/

  • De Marx à Heidegger

    On a reproché beaucoup de choses à Karl Marx : le caractère systématique de sa pensée, son économicisme (surtout sensible chez ses épigones, car chez lui le primat de l’économie se situe beaucoup plus dans l’ordre des causes que dans l’ordre des fins), sa définition quasi métaphysique de la classe sociale, son incapacité à sortir de la philosophie de Hegel, dont il prétend seulement « remettre sur ses pieds » l’interprétation dialectique, sa philosophie de l’histoire où le communisme primitif prend la place du jardin d’Éden et la société sans classes celle de la Parousie, son attitude ambivalente vis-à-vis de la bourgeoisie (d’un côté ennemi à combattre, de l’autre classe ayant joué dans l’histoire un rôle « éminemment révolutionnaire »), son adhésion à l’idéologie du progrès – idéologie typiquement bourgeoise elle aussi, comme le rappellera Georges Sorel –, qui l’amène à lire l’histoire comme Révélation progressive, et à voir dans la colonisation un « progrès de la civilisation », etc.

    Certains de ces reproches étaient sans nul doute fondés. Au moins serait-il honnête de ne pas discréditer la pensée de Marx en la réduisant à l’usage que ceux qui s’en sont réclamés (les « marxistes ») en ont fait : en toute rigueur, nul ne sait comment Marx aurait jugé Lénine ni ce qu’il aurait dit du Goulag.

    Il y a au moins deux bonnes raisons d’examiner à nouveaux frais l’œuvre de Marx. La première est que le « marxisme » est largement passé de mode, ce qui permet d’en parler sans passion. La seconde est que les rapports sociaux propres au capitalisme sont aujourd’hui devenus dominants dans le monde, de façon telle que le propos de Marx retrouve une certaine actualité. En triomphant à l’échelle planétaire, le capitalisme n’a en effet pas seulement retrouvé la brutale agressivité qui fut la sienne au XIXe siècle. Il semble aussi avoir épuisé ses effets positifs – à défaut d’avoir épuisé son champ de développement. On a beaucoup critiqué ce que Marx a pu dire sur la baisse tendancielle du taux de profit, en lui reprochant de n’avoir pas tenu compte du caractère productif du capital constant. Or, toutes les études disponibles confirment à l’heure actuelle une baisse du taux de profit dans les pays capitalistes. C’est précisément pour remédier à cette érosion de la rentabilité du capital que le capitalisme tend aujourd’hui à briser tous les équilibres sociaux nés du compromis fordiste, à libéraliser totalement les marchés financiers, à intégrer les pays émergents dans une nouvelle division internationale du travail, à découvrir sans cesse de nouveaux marchés. D’où la marche accélérée vers une globalisation sous l’égide de la Forme-Capital, véritable réorganisation planétaire des processus productifs de la valeur, laquelle va de pair avec un retour de l’impérialisme (néo)colonial, dont l’occupation de l’Irak n’est que le plus visible aspect.

    L’ancien capitalisme prétendait satisfaire des besoins exprimés par la demande, le nouveau vise à satisfaire des désirs stimulés par l’offre. Dans tous les cas, le capitalisme se définit par une dynamique d’accumulation par dépossession – une dynamique de l’illimité –, et c’est pourquoi il ne peut que s’étendre à toute la terre en détruisant tout ce qui risque d’entraver la logique du capital. Or, Marx n’a pas seulement montré que les lois économiques, loin d’être « naturelles », sont le produit d’une histoire sociale. Disons-le tout net : en soulignant que le capitalisme vise par nature à l’accumulation infinie de la valeur, puisque le capital n’est que l’abstraction de la valeur en mouvement, il a mieux compris qu’aucun autre la nature profonde du capitalisme, son essence prométhéenne et sa force démiurgique. C’est ce que montrent son analyse de la marchandise et sa théorie de l’aliénation.

    Pour Marx, le travail n’est pas la source, mais la substance de la valeur. Il convient dès lors de s’interroger sur l’origine des valeurs surajoutées aux valeurs existantes. Marx a très bien compris que le problème essentiel n’est pas la propriété, mais la marchandise. En tant que valeur, la marchandise n’est que du travail humain cristallisé, mais en tant que marchandise le travail devient qualitativement autre chose que ce qu’il était auparavant. Derrière le double aspect de toute marchandise (valeur d’échange et valeur d’usage) s’exprime d’un côté le caractère différenciateur du travail concret et, de l’autre, le travail anonyme et abstrait qui égalise tous les travaux. La forme monétaire revêtue par les échanges aboutit alors à la réification ou « chosification » (Verdinglichung) des rapports sociaux, ce que Marx appelle le « fétichisme inhérent au monde marchand ».

    L’aliénation va donc très au-delà de ce que la simple critique socialiste dénonce comme « exploitation sociale ». L’aliénation signifie que, sous le règne de la marchandise, l’homme devient étranger à lui-même. « L’argent, écrit Marx, réduit l’homme à n’être qu’une abstraction ». Il réduit l’être à l’avoir, la qualité à la qualité. Lorsque l’argent, médiateur de toute chose, devient le seul critère de la puissance, le travailleur et le patron, en dépit de tout ce qui les oppose, sont l’un et l’autre aliénés. Qui n’a pas d’argent est prisonnier de ce manque, qui possède de l’argent est possédé par lui.

    Pour Marx, toute production est une appropriation de la nature par l’homme dans une forme déterminée. Le moteur de l’histoire, de ce point de vue, n’est pas tant l’économie elle-même que la technique, dont l’évolution modifie sans cesse les formes de travail, d’appropriation et de production. Mais ici Marx reste en chemin, car il ne s’interroge pas sur l’essence de la technique. Il ne saisit la technique que dans un sens instrumental, comme simple mode de la praxis, entendue comme « travail humain », sans voir qu’il se pourrait bien que la technique soit elle-même le sujet dont « bourgeoisie » et « prolétariat » ne sont que des prédicats. Pour penser véritablement la technique, et comprendre que l’essence de la technique n’a, elle, rien de technique, il faudra attendre Heidegger.

    Mais c’est précisément la pensée de Heidegger et celle de Marx que l’on pourrait comparer. Car ce que Marx appelle « Capital », Heidegger l’appelle Ge-stell : arraisonnement de tous les étants en vue de la production généralisée, c’est-à-dire déploiement planétaire de l’inauthentique. Ce que dit Marx de l’argent évoque pareillement ce qu’écrit Heidegger sur le règne de l’« on » : d’un côté, la « fausse conscience », de l’autre la « facticité » (Faktizität). Marx cherche à restituer à l’homme son « être générique », tandis que l’herméneutique heideggérienne propose de faire retour à l’« ek-sistence », laquelle désigne « l’habitation ek-statique dans la proximité de l’être ». Les deux démarches critiquent le capitalisme à partir de prémisses distinctes, mais se rejoignent dans un même appel à se libérer de l’inauthentique (Selbstentfremdung).

    « Ce que Marx, partant de Hegel, a reconnu en un sens important et essentiel comme étant l’aliénation de l’homme plonge ses racines dans l’absence de patrie de l’homme moderne », écrit Heidegger (Lettre sur l’humanisme). « C’est parce que Marx, ajoute-t-il, faisant l’expérience de l’aliénation, atteint à une dimension essentielle de l’histoire, que la conception marxiste de l’histoire est supérieure à toute autre historiographie ». Le compliment n’est pas mince. C’est pourquoi Heidegger cite comme l’une des tâches de la « pensée à venir » ce qu’il nomme un « dialogue productif avec le marxisme ». Essayons d’engager ce dialogue.

    Robert de Herte, Éléments n°115, 2004.

    http://grece-fr.com/?p=3774

  • La France ne peut rester inactive face au drame irakien.

    Depuis le mois de juin, la République commémore, non sans quelques bonnes raisons, des événements guerriers, du débarquement allié en Normandie de juin 1944 à la déclaration de guerre d’août 1914 en passant par l’assassinat de Jaurès à Paris le 31 juillet d’il y a un siècle, et c’est l’occasion pour le président Hollande d’en appeler au devoir de mémoire, à la paix éternelle et aux grands principes démocratiques, parfois sans beaucoup de respect pour l’histoire elle-même, beaucoup plus complexe que ne le laissent supposer les discours officiels. Il n’est pas inutile de se rappeler l’histoire mais cela ne doit pas être dans le même temps l’alibi ou la couverture pour ne rien voir ou ne rien faire au présent : l’histoire n’est pas un champ de ruines ou de gloire, elle est aussi ce vaste champ d’expériences qui devraient nous inciter à la prudence ou, au contraire, à l’audace ; elle est ce livre des hommes et de leurs combats, de leurs passions et de leurs injustices, du pire comme du meilleur ; elle est aussi cette vie des espaces politiques, des sociétés et des hommes qui les composent, cette vie qui peut s’avérer mortelle pour les uns comme pour les autres…L’histoire est cruelle et elle se joue souvent des bons sentiments et de la justice !

    Au début des années 1990, certains néoconservateurs états-uniens annonçaient la fin de l’histoire : après la chute du communisme, le monde, pris dans le grand mouvement d’une globalisation désormais sans limites, accédait au stade final de son évolution qui ne pouvait être que la démocratie sur le modèle anglosaxon, les Droits de l’homme étendus à la planète bientôt « une et indivisible » et le libre-marché obligatoire avec son corollaire, le libéralisme mâtiné d’un esprit libertaire et consumériste dans lequel on pouvait « jouir sans entraves »… Le 11 septembre 2001 mit un terme à cette illusion millénariste, et pourrait être évoqué comme la naissance d’une guerre de cent ans, même s’il me semble que c’est l’invasion occidentale de l’Irak baassiste de 2003 (alors refusée avec panache par la France de MM. Chirac et Villepin, dans une posture capétienne et gaullienne…) qui ouvre véritablement une boîte de Pandore apparemment impossible à refermer aujourd’hui.

    L’invasion menée par les Etats-Unis de M. Bush et ses alliés au début de 2003 a détruit une dictature laïque qui, malgré ses aspects terribles (la politique de terreur à l’égard des opposants politiques et des Kurdes indépendantistes) et ses injustices flagrantes, avait au moins le mérite de maintenir une certaine paix civile entre des communautés fort différentes (musulmanes sunnites et chiites, chrétiennes, etc.), obligées de s’entendre dans le cadre politique d’un nationalisme d’Etat qui sublimait les différences en un seul corps national. La logique démocratique a permis aux diverses communautés d’exercer une forme de « principes des nationalités » qui s’avère destructrice de la nature de l’Etat, le « vote ethno-religieux » prenant le pas sur le « vote politique » et assurant la « revanche » de la majorité chiite sur la minorité sunnite, provoquant en retour une radicalisation extra-électorale des perdants, celle-là même qui va favoriser, aujourd’hui, le ralliement d’une part importante de la population sunnite locale à l’Etat islamique nouveau qui se proclame califat… Dans cette affaire, les Etats-Unis ont commis les mêmes erreurs qu’en 1917-1919 en Europe, au nom des mêmes principes que la Révolution française et ses années républicaines comme impériales avaient mis en avant… avec les mêmes et sanglants résultats, comme sur notre continent quelques années seulement après les traités de paix de Versailles et des environs ! L’histoire oubliée ou négligée se venge durement de ceux qui ont cru pouvoir la modeler ou la contourner sans la respecter ou, du moins, l’écouter et en tirer les leçons…

    Mais le drame des minorités chrétiennes, des yézidis ou des Chabaks en Irak ne doit pas être regardé de loin, avec quelques larmes de crocodile versées par ceux-là mêmes qui sont responsables de cette situation tragique, ou avec la bonne conscience de « ceux qui savent mais ne font rien pour ne pas aggraver les choses »… : au-delà de la bienvenue aide alimentaire et de l’accueil des plus faibles, la France peut agir aussi par une aide militaire appropriée qu’elle apporterait aux combattants kurdes et aux chrétiens désireux de protéger leurs terres et leurs familles, mais surtout en armant et entraînant les armées libanaise et jordanienne avant que les choses n’empirent et que les « califistes » ne déstabilisent toute la région par leurs violences et leurs offensives. Encore faudrait-il que la France ait une stratégie claire et sur le long terme, et une véritable politique étrangère qui ne soit pas dépendante des seuls choix états-uniens ou « européens » (l’Union européenne, d’ailleurs, brillant par son absence totale d’engagement sur ces questions orientales alors même que le Califat compte de nombreux combattants venant de celle-ci et, donc, « de citoyenneté européenne »…) : mais, au regard des hésitations et des revirements fréquents de la diplomatie hexagonale ces dernières années, on peut s’inquiéter de l’actualité tragique de la formule d’Anatole France qui, il y a un siècle déjà, expliquait en quelques mots que la République, par principe, n’avait pas et, surtout, ne pouvait pas avoir de politique étrangère digne de ce nom et inscrite dans la durée et dans l’histoire…

    Sans doute serait-il utile d’engager quelques Rafales dans la bataille pour desserrer l’étreinte des troupes du Califat et protéger les minorités persécutées désormais réfugiées dans les montagnes du Sinjar ou dans la capitale du Kurdistan irakien : après tout, M. Hollande n’a pas hésité à lancer les troupes françaises contre les islamistes au Mali ou en Centrafrique, ce qui a évité au premier de ces pays et à ses voisins de connaître le sort que connaît aujourd’hui l’Irak ! De plus, la France, dans son histoire, a toujours été la protectrice des chrétiens d’Orient : en cette période de commémorations, comment pourrait-elle l’oublier ?

    Pour l’heure, la France apparaît bien timide dans sa réaction à ce que de nombreux observateurs signalent comme un génocide des minorités chrétiennes, yézides, chabakes ou chiites turcomanes, et à la disparition programmée, après deux millénaires d’existence, de la présence et du patrimoine chrétiens, destinés à finir en gravats et cadavres par les califistes. Sans doute faut-il y voir aussi une des conséquences du « désarmement français » initié il y a déjà quelques années pour des raisons budgétaires mais aussi au nom de principes généreux mais bien imprudents, des raisons et des principes qui risquent bien, si l’on y prend garde, de mener à de nouveaux « Mai 1940 »…

    Jean-Philippe Chauvin

    http://www.actionroyaliste.com/articles/actualites/1395-la-france-ne-peut-rester-inactive-face-au-drame-irakien

  • Les néoconservateurs à la française

    Le néoconservatisme pourrait se caractériser par un attachement aux « valeurs traditionnelles » et un rejet de l’islam sur le plan identitaire et géopolitique. C’est du moins sous cet aspect qu’il s'est popularisé aux Etats-Unis, parfaitement symbolisé par l’administration Bush. En France, de nombreux articles, plus ou moins bienveillants, se penchent désormais sur le sujet. Il est un fait désormais acquis qu’il existe un néoconservatisme à la française. C’est un avatar de l’américanisation de notre pays, qui touche non seulement les modes de vie, mais aussi les modes de pensée et donc la politique. Si l’existence du FN, et dans une moindre mesure, du Front de gauche, peuvent limiter à la marge le caractère bipolaire de la vie politique française, cela ne signifie pas que le néoconservatisme ne se développe pas, principalement à droite. Les récents événements autour du mariage pour tous et les positions sécuritaires et anti-islam qui se développent en politique vont tout à fait dans le sens d’un néoconservatisme à la française qui pourrait devenir le nouveau fond « idéologique » de la droite, qui serait opposé aux projets de la gauche sur la famille et le multi-culturalisme. Cet article ne nie pas les aspects positifs des mobilisations ayant eu cours ces derniers mois et nous faisons une très nette distinction entre le militantisme acharné, souvent courageux, et respectable de nombreuses personnes, souvent jeunes, et les leaders qui n’ont jamais fait de mystères sur les basses volontés de récupération politique. Alors qu’Aymeric Chauprade vient de publier une tribune déroutante et que LMPT reprend ses activités en octobre, il m’a semblé nécessaire de publier ce texte que j’avais initialement destiné à être mis au rebut de mon ordinateur et que j’ai actualisé à la lumière des derniers événements.

    Les catholiques français, des protestants américains ?

    Pas de néoconservatisme américain sans protestants, pas de néoconservatisme à la française sans catholique.

    Autant le préciser d’emblée, les lignes qui vont suivre ne sont ni antichrétiennes, ni anticatholiques, ni même, d’ailleurs, antiprotestantes. Nous allons tenter d’établir un parallèle entre les WASP et les catholiques français. Exercice périlleux ? Surement. Mais regardons de plus près.

    La Manif pour tous, sur laquelle nous reviendrons plus bas, a été l’occasion de faire « renaître » la France catholique sur le plan politique. Si nous autres, militants politiques, n’étions pas étrangers à la présence d’activistes catholiques, il s‘agissait bien souvent de catholiques « tradi », fortement liés aux idéologies nationalistes (maurrassienne, entre autre). Mais nous n’avions pas vraiment l’habitude de côtoyer les « autres », cette masse catholique, majoritaire, qui se mêlait alors peu de politique à l’exception de quelques associations ridicules, comme celle de Christine Boutin destinée à faire interdire le festival métal de Clisson, le Hellfest (combat prioritaire, n’est-ce pas ?).

    Ces échanges furent assez « édifiants » sur une partie de la population alors présente : obsédés par les questions sociétales et par les « mœurs » elle est autant prompte à se mobiliser contre le mariage homo qu’elle est muette et absente contre l’immigration de masse ou pour soutenir les français qui perdent leurs emplois. A l’instar des protestants américains, en première ligne sur l’avortement, l’homosexualité et le genre, certains catholiques français ne se mobilisent pas, dans une immense majorité, sur d’autres thèmes. Tout comme les WASP qui font de la victoire des « Républicains » contre les « Démocrates » leur unique cheval de bataille politique, certains catholiques français mettent un point d’honneur à faire dégager Hollande alors que nombreux sont ceux qui garnissent les officines umpistes pro-Sarkozy ou des partis centristes à tendance européiste.

    Principalement issus de la bourgeoisie, le programme pour les enfants est déjà tracé : filières internationales et écoles de commerce. La réussite avant tout. Comme nos protestants pour qui la réussite sociale par le « travail » est un impératif social, moral et eschatologique. La réussite dans le système capitaliste serait-elle une preuve de la bienveillance de Dieu ? La philosophie personnaliste au service du dieu argent. Ils sont loin nos « catho tradi », pétris de culture savante et antique, lecteurs  d’Homère, d’Aristote ou de Platon, fiers officiers de l’armée française. Aujourd’hui c’est JMJ pour la bourgeoisie blanche catholique post conciliaire. Le catholicisme qui a forgé Primo de Rivera, Codreanu, Bernanos, Jünger ou encore Bloy et Péguy laisse place aux drapeaux roses et bleu ciels de LMPT.

    La LMPT, un Tea party à la française ?

    Il est fréquent d’entendre dire que LMPT est un « Tea Party » à la française. C'est-à-dire une sorte de lobby conservateur qui tente d’influencer la droite mais dont la forme se veut assez moderne et « jeune ». C’est vrai que c’était quand même déroutant cette Manif pour tous, drapeaux roses et bleu ciel, musique techno, « happening », tous les modes de séduction et de communication issus des « shows » à l’américaine ont été déployés pour s’opposer au mariage homo ou garnir les manifs anti-avortement. Festivus festivus (Muray) contre la « culture de mort » et la reprogrammation du cerveau de nos gosses. Curieux. On a du mal à voir comment on pourrait œuvrer contre la destruction de la famille et de l’enfant sous fond de musique pop et techno. LMPT est le fruit pourri du système, en cela il se meut selon les codes du système, notamment le bougisme et la festivité. Or c’est précisément l’américanisation de notre pays qui détruit notre âme.

    L’américanisation de la vie politique pose au moins deux problèmes.

    D’une part elle implique l’impossibilité de bâtir notre propre alternative au système en essayant de trouver les solutions au sein même du système, en l’influençant par un lobbying important (comme la fameuse charte de LMPT). Dans le cadre de LMPT on pourrait voir cela comme ça : plutôt que de créer nos écoles, on fait du lobbying sur l’école républicaine. Bien que je sois partisan du fait de ne pas lâcher de terrain au système, notre prise sur les événements est à peu près nulle et ce qu’il faut c’est assécher le système. A ce titre les théories anarchistes seront bien plus intéressantes au militant de l’ultra-droite que les littératures nostalgiques ou les manuels de marketing (politique). D’ailleurs l’anarchisme chrétien a un temps d’avance dans la réflexion (sur l’éducation, la monnaie, par exemple). Relisez Anarchie et Christianisme de Jacques Ellul.

    D’autre part, elle renforce le cadre bipolaire, opposant un projet « de gauche » à un projet « de droite » alors qu’il a été mainte fois démontré que s’il existe probablement une « droite des valeurs », il n’y a pas de différence de fond entre la droite et la gauche dans l’avancement de l’offensive du Capital. Il est donc difficile d’édifier un front révolutionnaire, anti-système, si nous devons composer avec une droite attachée à ces privilèges de classe. Il ne s’agit pas ici de rhétorique marxiste mal dégrossie, mais d’un constat. Le vote de droite est encore largement animé par des intérêts de classe. Il y a encore un bon tiers de français qui votent « à droite » uniquement car ils sont contre la politique économique « de la gauche » : taxation des hauts revenus, taxations du capital, taxation des retraités, augmentation des minima sociaux et des avantages des fonctionnaires. Pourtant les politiques de droite et de gauche font essentiellement peser le coût de la dette sur les classes moyennes et Hollande mène une politique anti-sociale.

    Si derrière ce grand mouvement de plusieurs centaines de milliers de personnes, certains ont pu y voir une mobilisation du peuple français contre les plans de l’oligarchie, le temps leur aura donné en grande partie tort. A l’exception du Printemps Français qui a musclé le discours et embrassé une grande diversité de thème, une bonne partie de LMPT n’est devenue qu’une excroissance de la droite molle de gouvernement, comme le montre le ralliement de nombres d’entre-eux à l’ancien parti de Jean-François Copé et ce malgré les annonces comme quoi l’UMP ne reviendra pas sur le mariage pour tous. D’autres se sont lancés en politique, et se sont présentés aux européennes pour le mouvement de Christine Boutin pour défendre les « valeurs ». De quoi aider à recomposer la droite, mais certainement pas de quoi mettre à mal le système. On comprend mieux la distance critique du FN à ce sujet qui très vite a surement compris ce qui se tramait. Aucun discours sur la reprise de la souveraineté. Aucune attaque contre l’oligarchie mondialiste. Par contre chez certain, un rejet sans nuance de l’islam, partagé par l’ensemble du spectre des droites et qui est dans la ligne du néoconservatisme américain qui a historiquement activé et nourri cette opposition. Ajoutons à cela les drapeaux européens qui flottent au vent alors que certains drapeaux régionaux ou nationaux sont interdits. Un beau cocktail pour constituer la droite forte systèmo-compatible, ou cette droite qui veut l’économie capitaliste sans la marchandisation des femmes et des gosses. Au même titre que la gauche veut la marchandisation des femmes et des gosses avec la GPA et la PMA mais sans le capitalisme d’entreprise. Ou ceux qui veulent l’immigration sans l’islam. Comme les autres veulent la fin du dumping-social tout en encourageant l’immigration. Tout cela parait bien incohérent.

    L’islam et l’insécurité, les deux mamelles du reniement ?

    Il faut également constater que le discours sur les valeurs et la civilisation s‘accompagne d’un discours sur l’islam. L’islam a remplacé dans la mythologie de droite et d‘extrême-droite les communistes. Or il a été mainte fois démontré la collusion entre l’Occident et les pétro-monarchies ou encore le rôle trouble de la CIA dans l’émergence d’Al-Qaida (n’est-ce pas Aymeric Chauprade qui utilisait l’expression islamérique ?). Il est certain qu’un danger ne peut qu’exister si on fait tout pour le renforcer et lui donner un corps. Au même titre que le « péril communiste » n’était que le fruit de la stratégie des alliés de choisir l’URSS au détriment de l’Axe n’en déplaise à nos tartuffes patriotards. Et à ce jeu là le système a été très fort, même pour nous qui sommes sur une ligne qui ne confond pas l’islam et l’islamisme et qui fait la part des choses, il devient de plus en plus évident que cette distinction s‘atténue à mesure que les musulmans se soudent contre les discours simplistes des vipères du choc des civilisations. Plus les anti-islams (qui ne sont pas forcément issus du camp national) s’évertuent à lutter contre l’islam de façon caricaturale, plus l’islamisme se renforce et recrute chez les jeunes en rupture avec le système. C’est ainsi qu’en Irak, des anciens baassistes se sont ralliés à l’EIIL, que le Hamas a pris le contrôle à Gaza et que l’islamisme progresse dans nos banlieues et nos prisons. Ainsi aujourd’hui la plupart des discours sur l’islam sont orientés sur la laïcité et sur l’immigration choisie. Alors que le problème de fond demeure le même : la submersion migratoire. Mais comme l’immigration demeure utile au patronat et qu’une partie du système convient à en former une partie pour être les relais zélés du Capital dans leur communauté, il n’est pas décidé à combattre le problème.

    A ce discours sur l’islam s’adjoint un discours sur l’insécurité. Là aussi, au lieu de remettre en cause le système, on lui demande de nous aider : et vas-y que je te vote une loi « contre la burqa » qui est aujourd’hui plus utilisée contre les manifestants masqués que contre les salafistes. Et vas-y que je veux des caméras de sécurité histoire que la population soit bien fliquée. Et vas-y que ça se plaint de pas pouvoir consommer tranquillement ces merdes américaines à cause des méchantes racailles. Trop dur de pas pouvoir faire les soldes pénard. C’est vrai ça ! Merde quoi ! On peut pas acheter des fringues de merde fabriquées par un gosse indien de 6 ans à cause des arabes. Trop dur la life ! Puisque depuis 68 il faut jouir sans entrave, la racaille est devenue une entrave pour l’hédoniste de droite. Alors que le problème est tout autre : c’est le grand remplacement.

    Et là aussi, vous croyez que notre néo-con va vous parler remigration ? Va vous parler de la barbarie du capitalisme, mais non, mais non : plus de police, plus de caméra, plus de lois répressives. Le paradis sur Terre. Le bonheur à la Big brother.

    Le choix d’Israël… et de la Russie, vers un néoconservatisme sans les Etats-Unis?

    Pour lutter efficacement contre « ses musulmans qui nous emmerdent », le néo-con patriotard a eu une autre idée de génie : et s'il devenait pro-israélien ? En voila une idée qu’elle est bonne. Le simple fait que  des organisations dirigées par des binationaux franco-israélien aient œuvré depuis 40 ans à empêcher toute révolte identitaire et à favoriser la submersion migratoire, cela ne semble pas lui avoir traversé l’esprit. Non, ce que voit le néo-con patriotard c’est que Tsahal nous la joue « plomb durci » et « bordure protectrice » sur les arabo-musulmans. Mais si, vous savez, les potes de ceux qui cassent tout quand ils manifestent au lieu de demander tranquillement avec des fleurs qu’on arrête de bombarder des écoles. En plus casser, c’est mal. Sauf quand c'est ceux qui ont le droit, comme l'armée ou la police. En plus Israël c’est la démocratie. On peut aller à la plage, porter des mini-shorts, discuter de sujets futiles dans des débats télévisés et aller en boîte. Y a pas à dire, c’est le poste avancé de la civilisation !

    Mais Israël n’est pas le seul pays à susciter l’admiration de nos amis, la Russie de Poutine est source de fantasme à faire passer Sasha Grey pour une vieille morue. Poutine, c’est le mec qui voulait buter les Tchétchènes jusque dans les chiottes. En plus il pose avec des armes à feu, fait des sports de combat et tous ces trucs bien virils qui plaisent à l’Occidental qui de son côté baisse les yeux et courbe l’échine. En plus Poutine est contre le mariage homo ! C’est mieux que Hollande quand même ! Là où ça devient intéressant, c’est que cette alliance doit nous permettre d’être indépendant des Etats-Unis, nous allons y revenir plus bas. Notre ami a encore une idée de génie : puisqu’on est soumis aux USA, ce qui est tout à fait juste et démonte au moins un esprit gaullien, pourquoi ne pas devenir dépendants de la Russie ? Devenir dépendant d’un pays qui nous approvisionne en gaz et en pétrole et qui peut boycotter sans sourciller notre agriculture déjà moribonde, en voila une idée ! Là encore : la simple idée de sortir de la société du pétrole, de repenser notre consommation d’énergie et de se questionner sur les énergies du futur n’est pas au programme puisque l’écologie, c’est un truc de gauchiste !

    Et ce qui ne manque pas de sel c’est ce qui va suivre. Alors que Chauprade nous écrit dans sa tribune :

    "Certes Israël est aujourd’hui encore très lié aux États-Unis mais ceux-ci commencent à s’en détourner et Israël adopte une posture multipolaire en construisant des relations fortes avec la Russie, l’Inde, la Chine."

    Je lis dans la même journée au détour de mes pérégrinations un texte d’Israël Shamir où ce dernier écrit ça :

    "La semaine dernière [en juin 2014], l'historien militaire israélien Martin van Creveld est passé par Moscou. En 2003, il s'était rendu célèbre en menaçant l'Europe d'anéantissement nucléaire (l'option "Sanson") en disant: "Israël a la capacité de couler le monde entier avec nous, et c'est ce qui va se passer, avant qu'Israël se soumette à d'autres". Cette fois-ci il a expliqué aux Russes la nouvelle politique israélienne: tandis que les US entrent dans leur déclin, Israël doit diversifier et consolider ses projets en se rapprochant de Moscou, de Pékin et de Delhi, a-t-il écrit dans le quotidien Izvestia."

    Et là, comme qui dirait, la boucle est bouclée. Si Chauprade et Shamir disent la même chose à deux mois d’intervalle, on peut considérer que cette dynamique est à prendre en considération.

    Voila ce qu’écrivait Arnaud de Robert en mars :

    « Il s'agit ici de comprendre chers camarades que ce qui entoure la crise ukrainienne n'est un enfumage de première bourre. Le scénario qui nous est joué a déjà été scellé par avance. Vladimir Poutine, les serbes, les chinois et autres non-alignés de circonstances sont dans le Système. Leur apparente opposition qui s'habille de conservatisme et de valeurs morales (à la George Bush finalement) n'a qu'un objectif : faire reconnaitre leur place par l'Oligarchie. Partout dans le monde, le seul système qui s'instaure est celui de l'autoritarisme libéral, ligne partagée par notre futur président Nicolas Sarkozy. »

    Le fait que Poutine incarne un néoconservatisme à la russe (avec l’orthodoxie comme socle religieux) est d’ailleurs tout à fait probable. Avec le même acharnement à combattre les « nationalistes » que ne le font les néo-cons partout où ils sont. Poutine défend une ligne à la fois libérale sur le plan économique, conservatrice sur le plan des mœurs et autoritaire sur le plan politique.

    Guillaume Faye avait déjà préconisé cette alliance à la fois israélienne et russe.

    L'union des droites ou le tombeau du nationalisme

    In fine ce qui se trame chez nous c’est surement l’union des droites (ou des patriotes) impliquant des individus allant de la droite forte au mouvement identitaire en passant par le FN et d’autres officines plus confidentielles autour des éléments suivant : la lutte contre l’islam, l’immigration choisie et la remigration des indésirables (criminels, jihadistes, etc…), l’alliance avec Israël et avec la Russie, la défense des « valeurs » familiales.

    L’union des droites, ce n’est pas le nationalisme. D’ailleurs la lutte contre le mariage homo, la GPA et la PMA ce n’est pas non plus du nationalisme en tant que tel. La nation c’est d’abord un projet avant d‘être une succession de rejets. La nation doit défendre l’intérêt général et l’intérêt général passe par des familles « traditionnelles » qui font des enfants sans recourir à des mères porteuses (rencontre du Marché, de la Science et de la Technique). Car la nation doit non seulement limiter les effets du Marché, mais aussi ceux de la Science et de la Technique. Rien de rétrograde là-dedans. Pas d’économie au service des hommes sans primat du politique, pas de science sans conscience et pas de technique sans contrôle.

    La principale inquiétude que nous pouvons formuler c’est l’incapacité pour les nationalistes révolutionnaires à avoir su définir un projet qui soit dépassionné des questions morales et qui ne soit pas Réactionnaire. Le nationalisme ce n’est pas la morale. Ou alors seulement la morale au sens de Kropotkine (entraide et coopération) ou Orwell (décence commune). Ensuite les nationalistes ont été incapables d’être jusqu’à présent autre chose que les supplétifs de la droite. Service d’ordre, agitation, actions coup de poing, mais jamais sur la tribune pour défendre notre vision de la nation. Je ne veux pas d’une union des droites où la bourgeoisie tient les manettes parce qu’elle possède le Capital et où le prolétariat nationaliste révolutionnaire ne sert que de « gros bras » avec pour hochet une lutte contre l’islam et l’insécurité.

    Le point positif des derniers événements aura surement été le ralliement d’une partie de la jeunesse a des mouvements plus radicaux et d’avoir su dépasser le cadre de la lutte balisée par le système.

    Conclusion :

    Si le néoconservatisme à la française paraît bel et bien exister et s’inspire de ce qui se fait aux Etats-Unis dans son idéologie de base comme dans ses méthodes. La tribune d'Aymeric Chauprade reprend la plupart de ses points: le socle catholique, la lutte totale contre l'islam, l'orientation vers Israël et la Russie. Le nationalisme révolutionnaire quant à lui semble toujours bien morne. Nous ne devons pas être la queue de comète « ultra » d’une union des droites ou de néoconservateurs quelconques mais affirmer notre projet, nos principes et nos idées. Radicalement anti-capitalistes, pleinement français et européens.

    Jean/C.N.C

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/archive/2014/03/08/les-neoconservateurs-a-la-francaise.html

  • Panne de croissance et bientôt déflation pour la France

    L’UMPS a l’avantage de ne pas brusquer l’économie : l’un et l’autre donnent le même résultat d’une économie en berne et sans croissance. Les agitations de Sarkozy puis de Valls n’y ont rien changé, et pour deux raisons :

    -          en réalité la marge de manœuvre du gouvernement français est quasiment nulle, celui-ci ayant abandonné toutes ses prérogatives en matière économique à Bruxelles. Que ce soit au niveau de la politique monétaire ou douanière, ces deux leviers décisionnels ne sont plus commandés par les pouvoirs nationaux.

    -          la logique de ces gouvernants répondant au nouvel ordre mondial, ils s’inscrivent dans un carcan financier mondiale, incapable de considérer le bien commun du pays qu’ils sont sensés dirigés. Ils sont donc ballottés par les velléités des grandes puissances financières dont ils sont incapables aujourd’hui de se protéger.

    Si la croissance est nulle au 1er et 2ème trimestre 2014, la déflation n’est plus très loin, notamment grâce aux sanctions prises contre la Russie. En effet, les produits alimentaires français n’ayant plus leur place sur le marché russe, ils se retrouvent en surnombre en France. L’offre étant supérieur à la demande sur le marché national, les prix vont baisser, entraînant un manque à gagner important pour tout un pan de l’économie française avec en première ligne les agriculteurs.

    Puis viendra l’application du rapport Attali visant à libéraliser toujours plus d’autres secteurs de l’économie française, les livrant à la guerre économique. Ce rapport visant plus particulièrement les professions réglementées et les professions libérales, il contribuera de façon importante à supprimer un peu plus la classe moyenne et donc, affaiblira un peu plus l’équilibre économique du pays.

    Dans ce contexte morose, les politiques nous expliquent qu’ils veulent rendre du pouvoir d’achat pour relancer la croissance par la consommation : pourtant, ils semblent oublier que l’Etat absorbe aujourd’hui plus de 57 % de la richesse crée chaque année, ce qui représente 209 jours par an, l’assistanat pesant lourdement dans les dépenses publiques.

    A un tel stade il devient mécaniquement impossible de créer de la croissance.

    Xavier Celtillos

    http://medias-presse.info/panne-de-croissance-et-bientot-deflation-pour-la-france/14174

  • Analyse du système de santé français

    Entretien réalisé au mois de juin, dans lequel Nicole et Gérard Delépine décryptent le fonctionnement opaque du système de santé français.

    Liens complémentaires :

    Site de l’Institut National du Cancer

    Le site des docteurs Delépine ainsi que la liste de leurs publications.

    Pour signer la pétition : cliquez ici

    http://fortune.fdesouche.com/