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culture et histoire - Page 1824

  • De l’idéologie hippie au mariage pour tous, par Jean-Luc TARI

    Mai 68 marque l’apogée d’un mouvement de libération contre un ordre moral étouffant et un jaillissement d’utopies politiques. Les sociétés révolutionnaires présentées dans les années 60 comme l’avenir de l’humanité (maoïsme, communisme, castrisme...)  sont passées de mode car elles ont échoué lamentablement partout où elles ont été instaurées.

    Peace and Love !
    La gauche s’est convertie à l’ultra-libéralisme en matière de flux migratoires et de  mœurs avec le mariage homosexuel. Le pouvoir socialiste n’est ni socialiste ni social, mais seulement opportuniste et moralisateur. L’idéal de paix et d’amour ne s’applique manifestement pas aux opposants au pouvoir socialiste !
    Toutefois le mouvement soixante-huitard continue de prospérer sur le plan de la morale. En effet, les idéaux hippies ont été recyclés par l’idéologie « bien-pensante » actuelle.
    L’obligation d’être tolérant et de s’ouvrir aux autres est martelée quotidiennement par les médias politiquement corrects. Dans les années 70, le mouvement hippie était une contre-culture minoritaire. Mais aujourd’hui, cette contre-culture cherche à devenir la doxa universelle.
    Cette idéologie considère les différences de races, de religions et de nationalités comme secondaires. Tous les hommes doivent vivre d’amour et d’eau pure, et former une communauté fraternelle universelle : Peace and Love !
    L’idéologie socialiste actuelle a intégré cette utopie dans son discours au prix d’une trahison. En effet, le socialisme est à l’origine un mouvement prolétarien. Mais aujourd’hui l’application du principe de fraternité universelle impose de défendre les intérêts des immigrés. Ce  sont eux les nouveaux damnés de la Terre qui méritent l’attention des théoriciens socialistes.
    Ceux-ci ignorent que l’afflux constant d’immigrés provoque une pression à la baisse sur les salaires des ouvriers. Les socialistes ignorent aussi que l’immigration favorise le chômage des travailleurs français les moins diplômés ; ceux-ci étant en concurrence avec des migrants prêts à travailler au noir pour un faible salaire. Les socialistes se moquent également que les Français soient en concurrence avec les immigrés pour obtenir une place en HLM ou dans une crèche. Les intellectuels de gauche se vengent ainsi de la classe ouvrière qui n’a pas fait la révolution qu’elle aurait dû réaliser selon la théorie socialiste !
    La gauche s’est convertie à l’ultra-libéralisme en matière de flux migratoires. Il faut laisser les immigrés de toutes les nationalités entrer en France en application du principe de fraternité universelle. De plus, le regroupement familial est mis en œuvre afin de créer une société multiculturelle et multiraciale. Les différences culturelles et raciales étant insignifiantes selon la doxa socialo-hippie, ce métissage ne doit pas poser de problèmes. Les intellectuels de gauche déçus par l’échec du communisme retrouvent même une nouvelle utopie : la société multiculturelle et multiraciale est le nouveau paradis à construire pour l’humanité !
    La gauche s’est convertie à l’ultra-libéralisme en matière de  mœurs avec le mariage homosexuel. Mais elle ne propose rien au peuple français dans son ensemble, elle s’engage dans des réformes qui ne concernent que certaines minorités : droit de vote pour les immigrés, gestation pour autrui et procréation médicalement assistée.
    Ces réformes sociétales permettent de cacher la vacuité du discours socialiste sur le plan économique et social. Le pouvoir socialiste n’est ni socialiste ni social, mais seulement opportuniste et moralisateur. Il s’est transformé en un clergé condescendant qui cherche à empêcher la libre expression des opinions contraires à la doxa socialo-hippie. Des inquisiteurs au service de cette doctrine commencent par stigmatiser les opposants aux réformes du gouvernement.
    Ensuite le pouvoir n’hésite pas à gazer les manifestants dont le seul tort est d’être trop nombreux. L’idéal de paix et d’amour ne s’applique manifestement pas aux opposants au pouvoir socialiste !
  • Communiqué : Courrier d'informations de l'Union Royaliste Bretagne Vendée Militaire

    Chers amis,

    Comme vous le savez, le Centre Royaliste d’Action Française présidé par Stéphane BLANCHONNET et la Restauration Nationale co-dirigée par Bernard PASCAUD et Hilaire de CREMIERS (Directeur de Politique Magazine et de la Nouvelle Revue Universelle) se sont rapprochés.

    L’URBVM, organe de la Restauration Nationale en Bretagne et Vendée, issue de l’école d’Action Française, a également entrepris ce rapprochement. C’est ainsi que notre ami Amaury de PERROS, Délégué Général du CRAF pour la Loire Atlantique, a accepté de prendre la Vice-Présidence de l’URBVM.

    Créée en 1972, l’Union Royaliste Bretagne Vendée Militaire (URBVM) s’efforce de démontrer la pertinence de la pensée d’Action Française au sein de notre région. Hier sous l’égide de l’infatigable Jean-Richard d’AMPHERNET et aujourd’hui présidée par Jean-Christophe VISOMBLAIN avec l’aide précieuse de Julien de COURCELLES (Secrétaire Général), l’URBVM poursuit et développe son action.

    Comme certains l’ont constaté depuis quelques mois en Loire Atlantique, plusieurs de nos cadres d’Action Française ont été aux avant-postes de la contestation de la loi Taubira par le biais de tous les collectifs de défense de la famille sans exclusive aucune (LMPT 44, Veilleurs, Printemps Français, Unions des Enfants Nantais, Hommen, Croquant Nantais, Nantais Pour la Famille…).

    Les Jeunes nantais d’Action Française (Action Française Etudiante) ont été aussi le fer de lance de cette contestation sous la houlette de notre jeune ami salarié FANCH, puis dans le Morbihan sous la direction du dynamique Augustin DEBACKER (responsable de la communication AF/URBVM sur les réseaux sociaux et Internet dont notre site s’enorgueillit de plus de 700 connexions par semaine).

    Action réfléchie et formation doctrinale ont toujours été les maitre-mots de l’école d’Action Française. Il nous appartient de démontrer aujourd’hui (plus qu’hier peut être, étant donné le climat propice), l’inanité de notre système politique. Comment et par quel processus, sommes-nous arrivés à cet état de délabrement moral, spirituel et politique en France. Comment des lois iniques ont pu être votées au mépris de toutes les valeurs civilisatrices et anthropologiques ?

    Certes, l’esprit révolutionnaire de mai 1968 est en partie responsable de ce délitement, mais nos institutions ne sont-elles pas, elles aussi à pointer du doigt ? Plus clairement, le système de représentation nationale n’est-il pas responsable ? En d’autres termes, c’est bien le parlement qui est à l’origine du vote des textes de loi. Et ces lois (anti-famille par exemple, car l’exemple ici est particulièrement criant) sont bien d’inspiration idéologique ? Et l’idéologie d’où vient-elle ? Des partis, n’est-ce pas ? Alors si nous pensions autrement. Si nous commencions à jeter les bases d’une nouvelle organisation de la cité où les partis n’auraient plus le monopole de la représentation nationale. Voilà un des préalables à mettre en avant dans le cadre d’une refonte institutionnelle française.

    En 1789, les organes de représentation du peuple français (états généraux, ordres et parlement) étaient devenus obsolètes mais l’esprit idéologique et révolutionnaire soufflait. En 2013, la remise en cause du système représentatif est également criante mais le souffle de l’esprit et de la jeunesse est d’essence chrétienne et non-révolutionnaire. Alors, tout est espérance même si d’autres problèmes cruciaux persistent, liés à notre identité face à ces poussées migratoires particulièrement importantes.

    C’est la raison pour laquelle, nous tenions à vous informer de la mise en place de cercles d’étude à destination des jeunes (lycéens, étudiants et professionnels) qui se dérouleront le 4ème samedi de chaque mois en vue d’apporter une formation politique, économique et doctrinale à nos jeunes générations. Le premier cercle d’étude se tiendra le samedi 28 septembre 2013 à 15h00. Le lieu de la réunion sera précisé ultérieurement. Parallèlement, le Conseil d’Administration de l’URBVM composé de huit administrateurs se réuni également mensuellement pour définir les actions, la ligne directrice de notre journal « PRO » et la stratégie de diffusion de nos idées dans notre région Bretagne, Vendée et Loire Atlantique.

    Nous vous rappelons que nous avons repris tout dernièrement l’association l’INSTITUT NANTAIS HISTORIQUE ET LITTERAIRE qui était présidée par feu notre ami Bernard MALLET. Elle permettait de réserver les salles pour les conférences de l’URBVM, y compris celles d’associations amies qui souhaitaient bénéficier d’une location de salles sur Nantes. Elle conservera bien évidemment cette vocation.

    Dans l’attente de vous retrouver,

    Nous vous prions d’agréer, chers amis, l’expression de nos cordiales salutations d’Action Française.

    Amaury de Perros, Délégué Général du CRAF, Vice-Président de l’URBVM Julien de Courcelles, Secrétaire Général de l’URBVM, Président de l’INHL Jean-Christophe Visomblain, Président de l’URBVM, Vice-Président de l’INHL

    http://www.actionfrancaise.net

  • Mai-68, bulldozer de la mondialisation (archive oct 2009)

    Le Club de l’Horloge tiendra sa XXVe université annuelle samedi 17 et dimanche 18 octobre 2009. Le thème en sera : « Crise économique : la responsabilité de la super-classe mondiale ». Jean-Yves Le Gallou y traitera du thème : « Les convergences paradoxales de l’extrême gauche et de la super-classe mondiale ». Voici, en avant première, quelques extraits de son intervention sur « Mai-68 bulldozer de la marchandisation ».
    Conduit par l’extrême gauche sociétale et libertaire, le mouvement de Mai-68 a été puissamment utile au mondialisme libre-échangiste. Il a largement contribué à l’établissement d’une société marchande en lieu et place des sociétés traditionnelles.

    La courte échelle entre grands patrons et extrême gauche
    Apparemment opposés, grands patrons et extrême gauche se sont fait la courte échelle au cours des quarante dernières années.
    C’est dans le domaine de la transmission des valeurs à travers l’école ou la famille que l’héritage – curieux mot pour une entreprise de destruction – de Mai-68 reste le plus fort. Il suffit de relire les slogans des affiches ou des graffitis pour constater qu’ils sont devenus programmes : « Il est interdit d’interdire », « Le respect se perd, n’allez pas le chercher ! », « Professeur, vous êtes aussi vieux que votre culture », « Oubliez tout ce que vous avez appris ». Fondamentalement, Mai-68 est une révolution de rupture avec les permanences et les racines : permanences culturelles, racines identitaires.

    Ouvrir de nouveaux champs à la production et à la consommation marchande
    La « libération sexuelle », le féminisme militant et la valorisation des sexualités déviantes ont aussi été bien utiles au capitalisme marchand. Car en affaiblissant la famille ces idéologies ont ouvert de nouveaux champs à la production et à la consommation marchande :
    - une main-d’œuvre féminine salariée nouvelle, plus nombreuse et plus disponible, y compris le soir et le dimanche ;
    - des activités nouvelles à mettre sur le marché, comme les soins aux jeunes enfants ou aux personnes âgées, devenues des « services à la personne », commercialisables, rentables et intégrables dans le produit intérieur brut.

    Nier les frontières et les particularités : un préalable au grand marché mondial
    Conduit par l’extrême gauche internationaliste, notamment la Ligue communiste révolutionnaire, LCR, d’Alain Krivine, le mouvement de Mai-68 nie les frontières et les particularités. Affirmer « Nous sommes tous des juifs allemands », c’est renoncer à être français et catholique, alsacien ou breton, humaniste gréco-latin ou fidèle à l’héritage celtique. En ce sens c’est une mutilation, c’est une négation de soi.
    Dans cette même ligne d’attaque, on trouve aussi la dévalorisation de la nation, dévalorisation qui est l’antichambre de toutes les repentances ; quant au discours immigrationniste qui s’imposera dans les décennies qui suivront, il se rode dans les slogans et les affiches de Mai-68 : « Travailleurs français/immigrés : Unis », « Français/immigrés : même combat », « Frontière = répression », pour le plus grand profit des marchands de sommeil et des nouveaux négriers ! Les industriels, d’abord, y trouveront une main-d’œuvre bon marché leur permettant de pratiquer une « délocalisation à domicile » ; les classes aisées y trouveront, quant à elle, des domestiques à bas coût.
    Un soixante-huitard lucide avait d’ailleurs écrit sur les murs de la rue de Vaugirard la phrase de Napoléon (ou prêtée à Napoléon !) : « Dans la révolution, il y a deux sortes de gens : ceux qui la font et ceux qui en profitent ». Pour 68, merci pour eux, ceux qui l’ont faite en ont bien profité : n’est-ce pas, Serge July, Roland Castro, Bernard Kouchner, Blandine Barret-Kriegel, Alain Finkielkraut, Edwy Plenel, Denis Kessler ? Pardon pour ceux que j’oublie !

    Cohn-Bendit a bien mérité du grand capitalisme mondial
    Mais certains de ceux qui n’ont pas fait la « révolution de 68 » en ont aussi bien profité : les partisans de la mondialisation à marche forcée, les adeptes du libre-échange généralisé et les bénéficiaires du conditionnement des esprits par le pilonnage publicitaire ont pu opérer avec une plus grande efficacité encore en agissant sur des cerveaux préalablement lavés et vidés de toute référence culturelle. Les grandes multinationales avaient besoin de voir disparaître les frontières et les grandes surfaces commerciales souhaitaient l’effacement des références culturelles : Mai-68 les y a bien aidées !
    De ce point de vue-là, Daniel Cohn-Bendit, le héros épigone de Mai-68, a bien mérité du grand capitalisme mondial. Il en est d’ailleurs conscient et joue désormais ouvertement dans les enceintes européennes le jeu du grand marché mondial.
    Jean-Yves Le Gallou, 11/10/2009 http://www.polemia.com

  • Hitlérisme, stalinisme, reaganisme

    ♦ John GALTUNG, Hitlerismus, Stalinismus, Reaganismus. Drei Variationen zu einem Thema von Orwell, mit einem Vorwort von Dieter S. Lutz, Nomos Verlagsgesellschaft, Baden-Baden, 1987, 169 p.
    10969810.jpgOuvrage pour le moins étonnant, ce livre de John Galtung, inspiré des visions de George Orwell, se veut une critique tous azimuts des grandes options politiques de notre siècle. Ces grandes idéologies ont toutes cherché à domestiquer le psychisme humain, à créer les conditions de leur propre non-dépassement, à effacer les souvenirs légués par l'histoire, à forger des loisirs sur mesure, à se décréter infaillibles, à manipuler mots et concepts pour les détourner de leur sens premier. 
    Pour retrouver les racines de ce phénomène totalitaire, propre à notre époque, Galtung procède à une « analyse cosmologique » comparative et résume ses thèses dans 2 tableaux. Le premier de ces tableaux juxtapose les caractéristiques de l'homo occidentalis (HO), de l'homo teutonicus (HT) et de l'homo hitlerensis (HH), où l'homo teutonicus, imprégné de cette autorité théologienne de facture luthérienne, est l'homo occidentalis in extremis et l'homo hitlerensis, l'homo teutonicus in extremis. Si l'HO place l'homme au-dessus de la nature, l'HT voue un culte romantique à la nature et l'HH conçoit une unité mystique entre l'homme et la nature. Après la disparition de l'HH, le monde a été dominé par l'homo sovieticus (HS), dont la forme extrême est l'homo stalinensis (HSt) et par l'homo americanus (HA), dont la forme extrême est l'homo reaganensis (HR). 
    Cette classification peut apparaître spécieuse, empreinte de naïveté américaine ; mais la conclusion de Galtung, c'est d'affirmer que toutes ces façons de mal être homme en ce siècle sont des variantes perverses de l'homo occidentalis expansator (HOEx), qui doit son existence au christianisme, lui-même dérivé de la Bible, réceptacle d'autoritarisme, de mentalité inquisitoriale, d'intolérance, d'esprit de vengeance. Certes, ce sont là les caractéristiques de la version dure du christianisme, non de la version douce, incarnée par ex. par un François d'Assise. Mais dans la sphère politique, ce sont les laïcisations de la version dure qui se sont seules affirmées, si bien que celui qui prend ce christianisme-là pour modèle de comportement, finit par se prendre pour un dieu unique et omnipotent et par devenir une menace pour autrui. Celui qui s'imagine être un instrument du Dieu judéo-chrétien et fait appel à des récits bibliques fortement intériorisés par la population, finit par devenir aussi une menace pour autrui (cf. Reagan). Le résultat politique contemporain du christianisme dur, c'est un monde de type orwellien, comme dans 1984 ou dans Animal Farm, avec des oripeaux idéologiques variables mais un égal résultat stérilisateur.

  • Une géographie pittoresque par Georges FELTIN-TRACOL

    Les bizarreries géographiques seraient-elles devenues le nouveau fond de commerce de l’édition ? Après le Dictionnaire des États éphémères ou disparus de 1900 à nos jours de Jean-Claude Rollinat et Mais qu’est donc devenu le Tanganyika ? de Harry Campbell, voici Le Seuil qui publie Le mont Blanc n’est pas en France ! d’Olivier Marchon.

    Sous ce titre intriguant, l’auteur traite de trente cas étranges dont la valeur peut être géopolitique et qui résultent souvent des effets de l’histoire sur les territoires. L’intitulé général est déjà en lui-même une surprise. Le point culminant de l’Europe fait l’objet d’un conflit de souveraineté entre la France et l’Italie toujours en cours. Si une carte française localise le mont Blanc en France, une carte italienne indique, elle, qu’il est partagé entre les deux États. Juristes, géographes, historiens et diplomates des deux pays ne sont toujours pas parvenus à trouver un accord satisfaisant pour tous.

    Un exemple contraire existe entre la France et la Confédération helvétique dans la vallée des Dappes en Franche-Comté. S’y trouve « la principauté d’Arbézie […] 1000 m2 de terre jurassienne sur laquelle sont installés un hôtel – restaurant et ses bâtiments attenants, véritable pied de nez à la motion de frontières et aux “ administrations traumatisées ” (p. 162) ». Cette « principauté » correspond à une maison construite en 1863 à cheval sur la frontière franco-suisse ! L’endroit possède un nom français et un nom helvétique avec, par conséquent, deux adresses, l’une en France et l’autre en Suisse. « Évidemment, sur place, c’est cocasse : dans certaines chambres, la frontière passe au milieu du lit, dans le hall, seules les quatre premières marches de l’escalier qui mènent à l’étage sont en France, dans la salle du restaurant, on trouve une table offrant aux convives la possibilité de dîner chacun dans un pays différent… et bien sûr, le zinc binational permet aux piliers de bar des deux pays d’échanger sur la vie politique de Franche-Comté ou du canton de Vaud (p. 161) ». Sous l’Occupation, le propriétaire, Max Arbez, profite de la situation et, membre de la Résistance, transforme son établissement en lieu de passage clandestin.

    Cette particularité hôtelière n’est pas unique. Olivier Marchon rappelle que le 17 juillet 1945, la Suite 212 de l’hôtel Claridge’s de Londres devint une journée territoire yougoslave afin que le prince héritier Alexandre puisse un jour prétendre au trône. L’auteur évoque aussi des particularités territoriales plus connues comme Moresnet-Neutre entre l’Allemagne, la Belgique et les Pays Bas, la République soviétique juive de Birobidjan en Extrême-Orient, la tentative de Nueva Germania au Paraguay (une colonie allemande, aryenne et végétarienne fondée en 1887 par Bernhard Förster et son épouse Elisabeth Nietzsche, sœur du Grand Éveilleur) ou bien la fameuse principauté maritime et métallique de Sealand, 550 m2 occupés par Roy Bates.

    Olivier Marchon signale aussi quelques héritages historiques incongrus. On sait peut-être que le président de la République française est chanoine honoraire de Saint-Jean-de-Latran à Rome, de l’église parisienne de Saint-Germain-des-Prés et proto-chanoine de la cathédrale d’Embrun. On ignore en revanche que « la République française possède des Lieux saints en Terre sainte. Et il convient de préciser que ces quatre domaines ne constituent pas des “ territoires ” français au sens strict, elles ne sont que des propriétés de l’État français; ce qui veut dire que c’est bien la loi israélienne qui s’y applique, et que la France y est considérée par les autorités locales comme n’importe quel propriétaire privé. […] On apprend que le consul de France prend chaque année part à une trentaine de “ messes consulaires ” pour la République française, organisées dans ces mêmes établissements. Au cours de ces cérémonies, les ecclésiastiques présentent Évangiles et eau bénite au consul de France, avant de l’encenser. Et c’est par la très officielle Prière pour la République en latin que s’achèvent systématiquement les célébrations : “ Domine, salvam fac rem publicam, Seigneur, sauve la République ! (p. 59) » Qu’en pensent donc Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Nicolas Dupont-Aignan et Manuel « Gaz » ?

    Dans ce petit ouvrage sont aussi étudiés l’île de Sercq, proie de l’hyper-classe mondialiste, ce « Tibet chrétien » interdit aux femmes qu’est la République monastique autonome du Mont Athos ou le Triangle égypto-soudanais de Bir Tawil qui serait la seule terra nullius (territoire non revendiquée) au monde ! L’auteur ne pouvait pas ne pas mentionner la situation originale de l’île de la Conférence. Située au milieu de la Bidassoa, l’île est depuis 1659 un condominium franco-espagnol interdit au public. Administrée par Madrid du 1er février au 31 juillet, elle passe ensuite sous l’autorité de Paris du 1er août au 31 janvier. C’est au commandant de la base navale de l’Adour qui revient d’y représenter la France en tant que « vice-roi de l’île de la Conférence (p. 132) » comme le fut l’écrivain Pierre Loti.

    L’ouvrage traite aussi des enclaves. Celle de Llivia est assez connue. C’est 12,84 km2 d’Espagne et 1388 habitants situés à quelques kilomètres de la frontière. Cette situation est finalement simple. Aujourd’hui divisée entre Grecs et Turcs, l’île de Chypre doit aussi composer avec deux bases militaires : Dhekelia et Akrotiri. Mais « il existe, au milieu des terres gérées par les S.B.A. [Sovereign Base Aeras], quatre morceaux de terre chypriotes : deux villages, ainsi que la centrale de Dhekelia et son lotissement dédié (pp. 37 – 38) ». « Le fonctionnement de ces Sovereign Base Aeras est des plus étranges. Leur administration est militaire, mais leur police et leur justice sont civiles et appliquent une loi calquée sur la loi chypriote en lieu et place de la loi britannique. Elles ne font pas partie de l’Union européenne, alors que la République de Chypre et le Royaume-uni en sont tous les deux membres. Et l’euro, monnaie en cours à Chypre mais pas au Royaume-Uni, est la devise qu’on y utilise (p. 38). »

    La situation demeure toutefois relativement facile à comprendre et à cartographier à grande échelle. Dans les Émirats arabes unis existe l’enclave de Madha qui appartient au sultanat d’Oman. C’est 75 km2 et environ 2000 habitants. Or Madha possède en son sein une contre-enclave émiratie : Nahwa (7 km2 et 40 habitants) qui bénéficie, elle, des retombées de la manne pétrolière… En Europe aussi, on découvre un enchevêtrement d’enclaves et de contre-enclaves, en particulier entre les Pays-Bas et la Belgique. Ainsi, « Baarle est un village néerlando-belge. Baarle-Hertog, partie belge de Baarle, est composée de quatre morceaux en Belgique, le long de la frontière entre les deux pays, et de vingt-deux enclaves en territoire néerlandais, au milieu du morceau principal de Baarle-Nassau, qui est la partie néerlandaise de Baarle, elle-même composée d’un morceau principal, de sept contre-enclaves dans deux des vingt-deux enclaves de Baarle-Hertog et d’une enclave dans un des morceaux de Baarle-Hertog en Belgique… (p. 18) ». Cette complexité administrative territoriale remonte au Moyen Âge et a toujours été approuvée par les habitants !

    Le contexte belgo-néerlandaise n’est pas compliqué en comparaison avec le Cooch Behar sur la frontière entre l’Inde et le Bangladesh. Existe là « une terre indienne, située au milieu d’un territoire bangladeshi, lui-même au milieu d’un territoire indien, se trouvant lui aussi en terre bangladeshie (p. 23) ». Bonjour les formalités douanières d’autant que le passage des frontières est souvent meurtrier du fait des tensions entre Delhi et Dacca. Toujours en Asie a existé jusqu’en 1997 l’endroit le plus densément peuplé au monde : Kowloon Walled City à Hong Kong alors britannique avec 1,4 million d’habitants au km2 puisque 35 000 personnes occupaient 2,5 ha ! La Kowloon Walled City fut longtemps un espace soumis aux Triades chinoises qui y développèrent toutes leurs activités illégales. Olivier Marchon aurait pu aussi parler de ces enclaves étatsuniens en France depuis 1945, les cimetières militaires et certains lieux du débarquement allié en Normandie.

    La Normandie précisément. Pourquoi trouve-t-on une immense statue du roi des Belges Albert Ier à Sainte-Adresse ? Tout simplement parce que la ville balnéaire fut pendant la Grande Guerre la capitale de la Belgique libre. Ce fut dans cette ville qu’on avait installé les ministères belges, d’où le maintien d’une boîte aux lettres rouges typiquement belge. Encore un autre motif pour que les Normands s’intéressent à la Belgique !

    Georges Feltin-Tracol http://www.europemaxima.com/

    • Olivier Marchon, Le mont Blanc n’est pas en France ! Et autres bizarreries géographiques, Le Seuil, Paris, 2013, 188 p., 14,50 €.

  • Lordon progressiste, Michéa conservateur

    Euh... J'ai pô tout compris !

    Frédéric Lordon, très pertinent quand il se limite aux sujets économiques, vient de pondre deux petites analyses critiques de la pensée de Jean-Claude Michéa, qui ne décevront que les naïfs et confirment juste qu'en réalité, l'auteur du Complexe d'Orphée a décidément raison de distinguer la vraie gauche, à laquelle il appartient sans aucun doute, de la fausse, dernièrement épinglée, qui inclut manifestement Lordon et ses pareils, ces derniers étant pourtant en général bien plus médiocres que celui-ci.
    C'est à lire et ici.
    Au plan social, Lordon se déclare clairement progressiste, là où Michéa est conservateur, ce qui déplaît grandement à nos bonnes consciences degôche, électoralement dépendantes de leur clivage artificiel d'avec une droâte tout aussi fausse que leur gôche, et inconsciemment bourgeoises (à l'appellation bobo, bourgeois bohème, je préfère bourgeois tout court, beaucoup plus signifiant en profondeur).
    Mais si, dans l'analyse du progressisme, Michéa est intelligent, Lordon, ultra-conformiste (Bourdieu à la rescousse), n'est qu'un intellectuel, aux arguments aussi faux que tarabiscotés.
    Au point qu'en lisant un autre article récent de sa part (passons sur quelques critiques relativement fondées du FN qu'on y trouvera aussi, ce n'est pas le sujet ici), je me dis que décidément, les gauchistes, même sympathiques, culturés, la langue et le clavier bien pendus, restent d'indécrottables agents du « Système ».
    Classiquement, comme Mélenchon l'apparatchik rabatteur du PS, ces extrémistes républicains affirment, contre toute réalité historique et juridique (cf. les textes constitutionnels), que la Révolution aurait érigé en principe l'immigrationnisme et l'indistinction ethnique. Ils seraient bien sûr dans l'impossibilité de le prouver, on est donc prié de les croire sur parole.
    Il est piquant de voir le principal penseur antilibéral français attaqué par l'une des icônes de la gogôche anticapitaliste à la Mélenchon, dont le plus pressé est la régularisation des immigrés clandestins, comme si l'indéniable déflation salariale par l'immigration était principalement le fait de ceux-ci...
    Au passage, le sieur Lordon se garde bien, du haut de sa science tout universitaire, d'aller demander aux ouvriers autochtones ce qu'ils en pensent, comme de remarquer que bien des libéraux partagent sa sympathie, voire son idée. Au contraire, souligner l'adhésion du MEDEF à l'idéologie du vivre-ensemble lui sert, via une contorsion mentale grotesque, à accuser le patronat de servir au FN la soupe de la xénophobie économique !
    Mais là où il culmine dans la mauvaise foi et le conformisme les plus répugnants, c'est lorsqu'il s'élève contre le « fixisme » social de l'ordre ancien, sans jamais observer que la sécurité et la protection de l'emploi étaient souvent bien plus forts sous l'Ancien Régime, société organique avec son système des corporations, que dans la mondialisation néo-libérale, que pourtant il condamne, société éclatée et atomisée où les syndicats ne sont que des garanties d'exploitation politiquement correcte.
    Lordon, en définitive, se montre incapable de dépasser ses parti-pris idéologiques.
    Quand il finasse interminablement pour essayer de démontrer que Michéa ne saurait pas ce qu'est la common decency, la décence commune chère à Orwell, laquelle ne serait qu'un concept creux, il ne fait que tomber dans le relativisme le plus minable et le plus artificiel, en niant à grand renfort de poncifs bien-pensants ce qui est une évidence culturelle et anthropologique pour le commun des mortels enraciné dans la morale européenne plurimillénaire.
    Quand il fait l'éloge du « bougisme », voire du nomadisme modernes, on croirait lire de l'Attali...
    J'ai la flemme de dresser la liste de toutes les pâles critiques lordonesques, comme par exemple celle consistant à reprocher à Michéa de ne pas accorder aux prétendues solutions prônées par Marx et Engels la même valeur qu'à leurs analyses économiques et sociales, ou encore celle par laquelle il prétend imputer au populo les mêmes perversions et responsabilités qu'aux élites, sans réaliser qu'il rejoint par là, dans une conception universaliste et très pessimiste de la nature humaine, les penseurs libéraux du moindre mal...
    Non, décidément, ce Lordon-là, faible penseur caché derrière une rhétorique alambiquée qui ne peut faire illusion que sur les gogos, est un piètre Lordon, un Lordon de commande, un Lordon aux ordres de sa chapelle plus ou moins mélenchoniste, une fade décalcomanie du Lordon brillant et décapant en guerre contre la Bourse et le capitalisme débridé.
    Lordon, merde quoi ! Tu vaux mieux que ça. Tes attaques contre Michéa ne prouvent qu'une chose : il a raison, et ça vous dérange, vous les bourgeois degôche.

    Boreas

    Source et compléments: Vers la révolution

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/