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culture et histoire - Page 1825

  • Vers un nouveau militantisme (Partie 2)

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    Personne ne prétend ici révolutionner le nationalisme français, la dissidence révolutionnaire et le militantisme en général. Nous n’inventons rien. Nous n’avons pas de solution magique. Et si nous en avions une, encore faudrait-il qu’elle soit appliquée patiemment, méticuleusement, systématiquement, et sur le long terme.

    Plutôt qu’une doctrine militante, nous proposons ici un ensemble de reflexes organisationnels et militants, qui peuvent éventuellement contribuer à changer la donne et à surprendre le système totalitaire auquel nous faisons face.

    UNE DISPOSITON MENTALE
    Avoir un objectif clair et commun.

    Le militant doit savoir ce qu’il veut. Assez précis pour être énoncé clairement, assez commun pour ne pas être sectaire et pouvoir englober plusieurs tendances. Par exemple :
    « Je milites pour :

    - le renversement, par tous les moyens, de la Vème République

    -l’instauration en France d’un Etat fort, indépendant, contrôlant l’économie, basé sur le mérite et la responsabilité politique des français, respectant et préservant l’identité et l’unité de la France. »
    C’est là une définition dans laquelle presque tous les nationalistes, et beaucoup de français peuvent se retrouver, quel que soit leur tendance.
    [Cela a été le succès de la doctrine communiste, qui a connu des dissensions parmi ses intellectuels, mais presque jamais parmis ses militants. L’ouvrier chinois et le guérillero péruvien étaient capables de résumer, en quelques phrases, la même idéologie et les mêmes objectifs (l’instauration d’une société communiste-collectiviste, l’abolition des classes, etc).]
    L’avantage d’un objectif clair, c’est que vous pouvez militer librement avec tous ceux qui partagent essentiellement le même objectif final que vous, même énoncé différemment. Il ne faut jamais confondre la ligne politique et l’étiquette politique. Certains « communistes » ou militants de « gauche » peuvent avoir une ligne politique beaucoup plus proche de la nôtre, contrairement à certains « patriotes » atlantistes et libéraux, et il faut éviter de se faire berner par leur étiquette.

    Au final, une parade au sectarisme mental et à l’enfermement dans le « ghetto faf ».
    Il faut avoir l’esprit le plus large possible et envisager la scène politique, associative, culturelle, économique, comme un échiquier comportant autant de pions qui sont des véhicules de nos idées, de notre vision du monde, de notre combat et de notre victoire.
    Autrement dit, si vous refusez de parler ou de travailler avec tous les gens qui ne sont pas ultranationalistes français, blancs, catholiques et habillés en militaires, vous n’accomplirez jamais rien. 

    Réserver ses cartouches pour l’ennemi :

    -La personne ou l’organisation en question est elle réellement nuisible, dans les faits, à notre but, à nos objectifs?
    -Si non, foutez-leur la paix à défaut de mieux. C’est le Statut Quo.

    -Si oui, est-ce par définition (le NPA trotskyste est par définition mondialiste) ou par récupération (la CGT ou certains mouvements patriotes) ?
    -Si c’est par nature, combattez ce mouvement.
    -Si c’est par récupération, allumez des contre-feux ou réinvestissez ce mouvement vous-même.

    UNE ORGANISATION DIFFERENTE

    On peut imaginer des alternatives aux éternels partis nationalistes traditionnels ::

    -Penser des structures qui se construisent du bas vers le haut (une section de nationalistes locaux, qui s’organise sur une base de coopération locale et de travail concret avec des objctifs de solidarité, quitte à fédérer cette section avec sa voisine, dans la ville voisine ou encore dans la région la plus proche).
    Fini les petits chefs autoproclamés et leurs ultimatums.

    -Si chef il y a, il doit se désigner sur le mérite, c'est-à-dire à la fois sur son efficacité, sur ces accomplissements, et sur l’unanimité du groupe qui décide de le suivre.
    Un intello ne fait pas forcément un bon chef. Un bon organisateur n’est pas forcément un grand théoricien. Il faut donc répartir les tâches selon les capacités de chacun. Çà peut paraître naturel, mais les nationalistes ne le font presque jamais.

    Une autre solution consiste, pour échapper au caporalisme, à se diviser en cellules non officielles (donc inexistantes sur le papier) de 4 ou 5 membres maximum. Ces cellules autonomes peuvent décider plus facilement, par unanimité, avec qui elles travailleront, ou, quand, comment. Moins de membres = moins de conflits de gestion et plus de transparence.
    La transparence, dans le travail de groupe, est essentielle.
    Une ligne de conduite, définie par notre camarade Lénine, résumait bien le fonctionnement idéal :
    « Liberté complète dans la discussion, discipline complète dans l’action ».
    A l’exemple de la section normande de 3ème Voie, toute action ou décision politique était débattue lors de la réunion mensuelle. Il y avait des règles strictes.
    Un chef de réunion proposait un ordre du jour. Personne ne parlait en même temps, chacun son tour. On arrivait finalement à l’unanimité générale, car toutes les questions avaient trouvé une réponse, toutes les suggestions avaient été écouté. Le militant qui désaprouvait radicalement annonçait d’avance qu’il ne participerai pas, et on savait dés lors sur qui compter, exactement, pour telle ou telle action.
    Une fois que l’on s’était mis d’accord, il n’y avait plus de place pour le manque de discipline, l’improvisation, la déconnade. Le militant indiscipliné, provocateur, bourré, en retard, etc, n’avait aucune excuse, et il ne pouvait pas dire « le chef ne m’aime pas ».
    Il faut se rappeler qu’un militant ne sera jamais un soldat. Il n’est pas payé, il est volontaire, et sur le côté, il a le plus souvent un emploi et une vie de famille. On ne peut donc le traiter éternellement comme de la merde et l’obliger à participer à des coups de buzz dont il sera la victime, ou à des actions qui ne le concernent pas.
    Un mouvement révolutionnaire se souciant du peuple, construit localement, và privilégier la mobilisation sur des thèmes qui impliquent directement les travailleurs français sur le plan local. Et ce seront le plus souvent des thèmes socio-économiques, licenciements, etc.
    Avec un petit nombre d’hommes déterminés, des structures de collecte, de distribution de bouffe ou de solidarité diverses peuvent être mis en place. C’est moins romantique que de défiler en uniforme paramilitaire, mais le vrai nationalisme commence comme cela.
    Concernant l’idéologie : un groupe de travail local, à objectif social, ne doit pas, ne PEUT pas être sectaire, ni ridiculement folklorique. L’idéologie ne doit pas passer en premier. D’abord la mobilisation, ensuite le message. Sinon c’est du prosélytisme, et le français déteste cela.

    Pour autant, cela est loin d’être suffisant.
    Deux organisations nationalistes ont fait le pari de s’organiser différemment. Le MAS (Mouvement d’Action Sociale) et les Nationalistes Autonomes.

    Le MAS survit tel un réseau fantomatique à l’origine de très bonnes initiatives. Mais ce n’est pas suffisant. La revue Rébellion ou la radio Méridien Zéro sont de bons outils, mais il s’agit d’intellos fafs qui parlent à des intellos fafs avant tout. Bref, peu de prise sur le populo et peu de capacité de nuisance ou de contre-attaque face au système.
    Les nationalistes autonomes, très bon concept qui voulait copier les black blocks, ont eux aussi soufferts de l’arrivée de petits chefs qui ont mené à des querelles. Leur amateurisme, leur indiscipline et leurs limites géographiques ont réduit leur marge d’action.
    Ces deux mouvements ont toutefois été des expériences très intéressantes, et il faut s’en inspirer.
    Une organisation de nationalistes sans partis, sans chefs, divisée en cellule, doit faire face à plusieurs dangers :
    -se désagréger faute de ciment idéologique (d’où l’utilité d’un programme clair, court et commun).
    -sombrer dans le n’importe-quoi.

    -sombrer dans l’invisibilité et l’inaction.
    -devenir sectaire

    Pour illustrer un peu, on peut imaginer une sorte de « MAS » national, non-existant officiellement, au programme social et national clair, compréhensible et assez large pour englober de droite à gauche des ultranationalistes charnels (tendance Œuvre Française) et des syndicalistes ouvriers, comme des français lambdas…
    Cette organisation se mobiliserait avant tout dans le quotidien, rebâtissant des organisations sociales qui prendraient le relais d’un Etat disparaissant et démissionnaire (exemple du Hezbollah, le parti chiite libanais et premier fournisseur d’emplois dans son pays, possédant une branche militaire et ses propres hôpitaux, crèches, écoles, ateliers, etc).
    Au-delà, les membres de ce parti investiraient au maximum toutes les manifs et les champs de revendication politiques, sur le terrain. En s’y rendant naturellement, de manière autonome, car se serait non un ordre venu d’en haut mais un réflexe militant, une part de leur formation.
    Ainsi, quelle que soit la manif (contre le mariage gay ou contre la réforme des retraites), il s’y trouverait un bloc « rouge & noir » solide, combattif, autonome mais aussi discipliné et lucide, qui serait présent pour combattre et non pour se défouler. Ce serait l’ébauche d’une vraie force révolutionnaire et réellement dangereuse pour le système en place.

    Guillaume Lenormand http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

    Source: Rouge & Noir

  • Découverte en Écosse du plus ancien calendrier connu au monde

    Les archéologues ont découvert un calendrier lunaire dans l’Aberdeenshire, en Écosse, qui est vieux de près de dix mille ans.

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    Le plus vieux calendrier du monde, constitué de fosses ayant pu maintenir des poteaux, aurait été découvert dans le Nord de l’Écosse.

    Leurs résultats montrent que leurs auteurs avaient développé une pensée sur le temps et avaient trouvé un moyen de le suivre à une période de l’histoire qui était encore à l’âge de pierre.

    La découverte est considérée comme à la fois surprenante et importante car ce calendrier est deux fois plus vieux que le calendrier qui était auparavant considéré comme le premier calendrier officiel, créé en Mésopotamie il y a 5000 ans.

    Mais ici [en Ecosse], il a été découvert une construction permettant de suivre les phases de la lune il y a près de 10.000 ans.

     

    Les scientifiques appellent maintenant cette construction en Ecosse qui semble imiter les phases de la lune pour suivre les mois lunaires le plus ancien calendrier connu au monde.
    « Ce que nous voyons ici est une étape majeure dans l’apparition du concept de temporalité dans l’humanité, c’est peut-être le début de l’histoire elle même », a déclaré Vincent Gaffney, professeur d’archéologie du paysage à l’université de Birmingham, qui a dirigé l’équipe qui a analysé les fosses et leurs fonctions.

    On parle aussi du « calendrier du champ Warren », en référence à la superficie des terres dans l’Aberdeenshire où le calendrier a été trouvé, la découverte consistant en un réseau de 12 fosses et arcs. Ces fosses et arcs semblent représenter les phases de la lune, passant de la croissance et la décroissance à l’arc central, correspondant aux mois lunaires de l’année.

    Cependant, a déclaré le professeur Gaffney, puisque l’année lunaire ne correspond pas à l’année naturelle, la séquence a dû être calibrée annuellement, et le site semble s’aligner sur le solstice d’hiver, ce qui indique que chaque année, il a été calibré et maintenu au bon moment. [...]

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    Vue aérienne de Warren field.

    Les créateurs du calendrier sont identifiés comme un groupe mésolithique, se référant à un groupe de cultures entre Paléolithique et le Néolithique. Les trois groupes appartiennent à l’âge de pierre, et le mésolithique était un groupe de transition qui a réussi à s’adapter à la cueillette et à la pêche ainsi qu’à l’économie de la chasse. La question demeure : pourquoi ces chasseurs-cueilleurs suivaient les phases de la lune ? Aux fins de la chasse ? Pour étudier les corps célestes ?

    Une théorie vient du membre du projet, le Dr. Christopher Gaffney, archéologue de l’Université de Bradford :
    « Pour les communautés préhistoriques de chasseurs-cueilleurs, sachant que les ressources alimentaires étaient disponibles à différents moments de l’année, les suivre a été cruciale pour la survie. Ces communautés s’appuyaient sur les animaux migrateurs pour la chasse et manquer les passages de ces animaux était une cause potentielle de famine. Ils avaient besoin de noter soigneusement les saisons pour se préparer au passage de ces ressources alimentaires, donc de ce point de vue, notre interprétation de ce site comme un calendrier saisonnier prend tout son sens. »

    Phys.org (traduction fdesouche) http://histoire.fdesouche.com

  • Vers un nouveau militantisme (Partie 1)

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    LE SYSTEME EN PHASE DE TRANSITION

    J’écris cet article au moment ou le conseil des ministres prononce la dissolution de l’œuvre Française, une structure âgée de 50 ans, pierre angulaire du nationalisme français d’après-guerre. Que ce soit dit clairement, je ne partage que très peu de choses avec les aspirations, la doctrine et les objectifs de l’œuvre. En réalité, cette dissolution est emblématique, puisqu’elle s’inscrit dans une période de répression généralisée et de durcissement visible du système totalitaire français (et par delà mondialiste) à toute opposition nationaliste (mais aussi syndicale, anti-impérialiste, écologiste…). La dissolution de l’œuvre Française intervenant juste après celle de 3ème Voie, des JNR, de l’association Envie de rêver (mouvements opposés à l’œuvre, pourtant), le tout basé sur un motif déconnecté et futile, on est en devoir d’en tirer des conclusions.
    L’Etat, plus que jamais, est aux abois. Plus que jamais, la situation française est instable. En conséquent, de ‘’’la main de fer dans le gant de velours » », il ne reste plus que la main de fer, pour nous nationaliste et dissidents. La brutalité de la répression du mouvement pourtant fort présentable du « « printemps français » », les flics qui plaquent les mains sur les bouches des gens qui huent le Président le 14 Juillet, les tabassages, les escadrons de la milice de Paris, l’arrestation du père de famille Varg Vikernes sur une base de soupçon injustifié, sont autant d’éléments qui prouvent que :
    -le système a peur

    -le système est parano

    -le système tape sur tout ce qui bouge, et se fout de plus en plus que ce soit visible

    -le système peut même désormais taper « préventivement ».
    C'est-à-dire que virtuellement, nous pouvons être arrêtés et emprisonnés, dissous, interdits, neutralisés, à n’importe quel moment.
    Autrefois nous étions dans une « dictature molle ». Aujourd’hui nous allons vers une dictature assumée.
    On peut rajouter la collusion à visage quasi-découvert entre le gouvernement et des groupes d’actions comme les FEMEN, les antifas, ou encore les salafistes. Et peut être demain des faux patriotes ou des militants récupérés, manipulés dans des partis pro-système.

    On a ainsi vu que tout mouvement construit et déclaré, même s’il est le plus légal, le plus irréprochable possible, est passible de dissolution arbitraire. Même quand la raison officielle de cette dissolution est complètement déconnectée de la réalité (un militant de 3V se défend contre une agression = un mouvement pétainiste ennemi de 3V est dissout). Que ce mouvement ne soit pas réellement dangereux pour le système n’est même pas une garantie. La conjoncture politique peut faire qu’un ministre soit obligé de taper sur les « fachos », les « rouges » ou « les bougnouls » pour répondre à l’actualité du moment. Nul ne peut prévoir les raisons et les exigences de la politique.
    Cela ne servant à rien de créer un mouvement officiel si ce n’est pour lutter et grandir, et tout mouvement de ce type qui connaît le succès (ou pas) étant condamné à être dissout un jour ou l’autre, il nous faut repenser tout notre militantisme.

    BILAN RAPIDE DES METHODES NATIONALISTES FRANCAISES

    . Si je me démarque aujourd’hui du milieu nationaliste français (définition trop limitée à mon gout), les propositions que je ferais ici lui sont destinées en premier lieu, car j’ai pu observer et vivre ses traditions militantes.
    En quoi se résume essentiellement l’activité des nationalistes français ? (hors-FN)
    -Des partis hiérarchiques dont la tête est souvent fixée à Paris.

    -Un chef charismatique, un intellectuel ou un militant historique.
    -Chez les groupuscules plus réduit, une implantation géographique limitée à une seule région (NB dans le sud, Autonomes en Lorraine, etc).

    -une doctrine (que le militant de base ne connaît pas souvent).

    -un sigle et une esthétique (esthétique parfois contraire à la doctrine, et toujours sujette à conflit et à critique de la part des autres nationalistes qui confondent les deux).
    -des sections publiques, avec des membres. Sois on « en est » et on prend sa carte, sois on « en est pas ».
    -Des ordres qui tombent d’en haut, et souvent sans explication (même quand ils sont intelligents).

    Par ailleurs, ces partis nationalistes n’ayant aucune visée électorale, leur militantisme consiste en :

    -coller et tracter, de manière irrégulière, avec des textes dénonciateurs, mais sans solutions ou alors très vagues.
    -des actions romantiques (amusantes et parfois utiles, mais toujours aléatoires et déconnectées de toute stratégie globale) : baston contre les « ennemis », trollage de conférence, contre-manifestation bordeliques, actions symboliques visant à faire le buzz et toujours en réaction à l’actualité.

    -organisation de conférences (déjà plus intéressant), mais trop souvent réservées aux intellos fafs, en langage imbitable, ou alors encore une fois sur des thèmes romantiques très généralistes et déconnectés du quotidien).

    -« manifestations » ou plutôt défilés nationalistes, soit pour commémorer (un mort, un évènement historique) soit pour s’opposer à quelque chose (l’islamisme, l’immigration ou la mondialisation dans les cas les plus audacieux). Malheureusement, les thèmes de ces défilés (sauf quelques tentatives audacieuses, mais isolées) restent conscrits au même domaine culturel et civilisationnel, rarement à l’économie ou au social.

    -participation déclarée ou non à des manifestations générales, très rares et toujours sur un thème culturel et « de droite ». Fait exceptionnel résumé par la mobilisation contre le mariage homosexuel, qui reste malheureusement encrée « à droite » et dont les nationalistes ont été la chaire à canon et non le cerveau.

    L’IMPASSE

    L’opposition radicale et révolutionnaire actuelle, quelle qu’elle soit, est dans une impasse, comme nous l’a montré l’exemple nationaliste. Le groupe politique non-électoral mais déclaré n’a que ces options peu ragoutantes :
    -Il peut servir d’idiot utile par le gouvernement pour taper sur les vrais dissidents (à l’intérieur de son propre courant politique, tel les antifas attaquant Michel Colon, ou en face), ou encore pour mener des actions inutiles mais choquant l’opinion publique (et justifiant des lois répressives ou autres mesures dictatoriales).
    -Il peut végéter sur le long terme avec un effectif stagnant et une relative discrétion, se bornant à des activités culturelles.
    -Dans les deux cas il peut être dissout à tout moment, sans justification, et ses membres persécutés sans raison, de manière « préventive ».
    Conclusion : même si parfois, ces partis accomplissent un réel progrès idéologique ou militant, ils sont tous condamnés à l’écroulement ou à la disparition le plus aléatoire et le plus imprévisible. Le travail est perdu, les militants se dispersent, se regroupent dans un autre parti, parfois même opposé à celui de la veille, sans trop savoir pourquoi. Certains se complaisent à ne plus rien faire, d’autres virent vers l’intellectualisme.
    Le système a parfaitement compris que la dissidence (nationaliste ou sociale) a un boulevard face à elle. Il a donc établi un solide barrage pour l’empêcher de prendre ce boulevard, et elle se retrouve donc enfermée dans une impasse.
    Puisqu’on ne peut pas briser le barrage, il faut le contourner ou arriver par d’autres rues.

    Guillaume Lenormand http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

    Source : Rouge & Noir

  • Jean Raspail : « La hache des steppes »

    Avec sa moustache arverne et sa prunelle wisigothique, Jean Raspail évoque irrésistiblement ces grands guerriers dont le poil blond virait au roux à la lueur des incendies joyeusement allumés. Surgis de leurs forêts et de leurs marécages, ils ne brûlaient des monastères que pour élever des cathédrales… Leur sang bouillonnant et contradictoire incite leur héritier à se proclamer « catholique romain » tout en se découvrant – et un peu plus chaque jour – « mystique- païen ».

    Curieux personnage que ce Languedocien qui fêtera cette année, avec ses cinquante ans, son treizième livre. Au lendemain de la guerre, il ressemble à ces jeunes gens impatients du film de Becker, Rendez-vous de juillet : il veut devenir explorateur. Comme on prétend que tous les paysages sont inventoriés, il s’intéresse aux tribus. Le voici ethnologue. Mais pas du genre pontifiant. Il ne dissèque pas la mentalité primitive au bistouri freudomarxiste. Il se contente de vivre au milieu des populations parquées à l’écart de la société industrielle. Il n’en conclut pas à leur supériorité ni à la nôtre. Il découvre seulement une évidence : prenant les peuples dits « sauvages » pour ce qu’ils sont, on ne peut que désirer soi-même redevenir ce que l’on est. Jean Raspail, sur le terrain, à la dure, loin de Saint-Germain-des-Prés et de l’UNESCO, découvre que l’homme universel et partout semblable n’est qu’une dangereuse fumisterie. L’éminente dignité de la personne humaine, c’est, au contraire, l’individualisme irréductible des ethnies et des hommes. Jean Raspail s’élève donc contre la colonialisation de l’univers « sauvage » par notre civilisation. Mais il dénonce tout autant la colonialisation du monde civilisé par la « sauvagerie », ce qui est certes un péché capital aux yeux des renégats de l’Occident. « Défenseur de toutes les races menacées, y compris la race blanche » voici une bien explosive étiquette à coller sur sa carte de visite !

    Connu pour des romans, des nouvelles et des récits de voyage, Jean Raspail fait scandale, il y a deux ans, avec Le camp des saints. Il faut bien avouer que cet ethnologue romantique reste un incorrigible naïf. Poser clairement le problème qui, selon lui, va dominer les décennies futures, dérange tous les conformismes. S’il n’a que sarcasme pour les progressistes de salon, Jean Raspail n’éprouve que mépris pour les néo-racistes de brasserie : le monde des sectaires et des idéologues lui est étranger.

    Ce voyageur solitaire nous donne dans son dernier livre, La hache des Steppes1, une nouvelle approche de son univers sentimental.

    Autant Le camp évoquait quelque épopée dérisoire et hallucinante, autant La hache s’en tient à l’univers intime de l’auteur. C’est dire que l’on y voyage autour de sa chambre et que l’on y vagabonde à travers le vaste monde. En quelque sorte, ce roman foisonnant est une sorte de riposte individuelle à l’invasion du délire universel. Il nous montre où se trouve véritablement notre prochain : non pas dans le monde horizontal qui nous enchaînerait à quelques milliards d’humanoïdes, mais dans le monde vertical qui nous unit à nos ancêtres. Ils ne sont pas si nombreux que nous puissions ignorer leur présence et leur message.

    Jean Raspail s’attache à la pérennité de l’homme : « Vers l’avenir, c’est le vide sidéral, peuple de foules en suspens, livré aux plèbes… Tandis qu’à l’opposé, combien la chaîne se révèle solide, si toutefois on veut bien s’aviser de son existence ». Il s’interroge sur cette chaîne qui unit chaque homme à ses ancêtres : « En cinquante générations seulement, nous avons rejoint Charlemagne et ses successeurs immédiats, le Débonnaire, le Chauve et le Bègue, et nous ne sommes pas encore des Français ! Cinquante ancêtres dont le petit homme ni personne ne savent rien et vous allez me dire qu’il a toutes les excuses ! Il est inexcusable. Cinquante, c’est peu, avouez-le. Dans sa vie quotidienne, le petit homme connaît au moins cinquante personnes par leur nom, avec quelque chose autour, métier, famille. Et pourquoi pas cinquante ancêtres ? Pour une mémoire normale, je ne vois pas la différence ».

    Ce passage illustre bien le propos de Jean Raspail et la « philosophie » de son livre. Il n’est pas possible de le raconter ni de le résumer. Il suffit de savoir qu’il se passe en différentes parties du monde et qu’on y retrouve une certaine hache qui est bien aujourd’hui le plus nécessaire des bâtons de pèlerins.

    Jean Mabire, Éléments n°8-9, 1974.

    1. Jean Raspail, La Hache des Steppes, Robert Laffont, 1974.

    http://grece-fr.com

  • Des « fractures françaises » à la guerre civile ?

    Etudiant les Fractures françaises  et leurs conséquences, le géographe Christophe Guilluy écrit dans son dernier livre : « La “guerre civile” n’est pas l’horizon le plus probable, en revanche le retour du “conflit” paraît, lui, assuré. » Une thèse qui a suscité une levée de boucliers.
    C’est un réflexe pavlovien : chaque fois qu’un chercheur aborde sans œillères la question de l’immigration, les bons esprits l’accusent de « faire le lit du Front national ». Ce fut hier le cas avec le sociologue Sébastien Roché, puis la démographe Michèle Tribalat coupable d’avoir fustigé dans un livre paru en mars dernier chez Denoël ceux qui veulent garder Les yeux grands fermés devant la substitution de population (la France abriterait 15 millions d’allogènes selon l’ancien ministre chiraquien Azouz Begag) et ses conséquences. C’est donc aujourd’hui Christophe Guilluy qui se trouve sous les feux du lobby antiraciste.

    La mondialisation, matrice de l’insécurité sociale et … du populisme
    Il est vrai que dans son nouveau livre, Fractures françaises (1), ce géographe né en 1964 et déjà coauteur avec Christophe Noyé d’un édifiant Atlas des nouvelles fractures sociales françaises en France / Les classes moyennes oubliées et précarisées, ne mâche pas ses mots. Appuyé sur une solide documentation, il accuse de manipulation ceux qu’il nomme les « prescripteurs d’opinion », et de « gâtisme » les prétendues élites qui « chaussent les lunettes des années 1970 » pour analyser la situation des banlieues. Lesquelles ne relèvent plus de la question sociale comme ce fut longtemps le cas pour la « ceinture rouge ». Leur « fonction principale » est au contraire d’être devenues « des sas entre le Nord et le Sud », un « constat que les politiques répugnent à assumer ».
    Sans doute parce qu’ils acceptent tous peu ou prou l’inévitabilité, voire la nécessité, de la mondialisation libérale alors que, loin de la traditionnelle opposition gauche-droite, pour Christophe Guilluy — qui adresse ses conseils aux dirigeants socialistes mais, il est vrai, monte sur ce point un vieux cheval de bataille du Front national — « les questions de la mondialisation et du multiculturalisme sont les plus socialement clivantes ».
    La mode est à la dénonciation du populisme. Mais qui ne voit que celui-ci prospère en Europe au rythme de la mondialisation ? Or celle-ci, en détruisant les emplois industriels, ce qui ruine les autochtones, et en encourageant l’immigration — y compris sauvage car elle fournit à très court terme une masse corvéable — favorise « les fractures sociales et culturelles » et multiplie donc les sources de « conflits ». « L’accentuation de l’insécurité sociale et plus généralement la dégradation des conditions de vie des couches populaires des pays développés », écrit-il, « aboutit inexorablement à une critique majoritaire d’un modèle de développement mondialisé et sous influence du capitalisme financier. La mise en concurrence des couches populaires “d’ici” avec les travailleurs de “là-bas” et le dumping social exercé par l’immigration sont en train d’atteindre leurs limites ». D’autant que « les évolutions démographiques vont également aider à cette prise de conscience ».

    Substitution de population : finie la douceur angevine
    Ces évolutions sont en effet vertigineuses. Toujours pour citer notre géographe, « entre 1968 et 2005, la part des jeunes d’origine étrangère est passée de 22 à 76% à Clichy-sous-Bois, de 23 à 75% à Aubervilliers, de 22 à 74 % à La Courneuve » etc., mais la trop célèbre Seine-Saint-Denis n’est pas la seule concernée. Le phénomène est également sensible dans le Rhône (« à Vaulx-en-Velin, la part des jeunes d’origine étrangère est passée de 41 à 61% ») mais aussi dans la France profonde, nullement épargnée par ce que Valery Giscard appelait « l’immigration-invasion ». Ainsi la progression de la part des jeunes allogènes « dépasse en moyenne les 40 % dans les régions du Grand Ouest ». Mieux, ou pis, qu’en aurait pensé le poète Joachim du Bellay qui, de Rome, disait aimer « Plus mon Loire Gaulois que le Tibre Latin/Plus mon petit Liré que le mont Palatin/Et plus que l’air marin la douceur Angevine » ? Près de cinq cents ans plus tard, « plus de 7 % des jeunes Angevins sont d’origine maghrébine et un peu plus de 4% d’origine subsaharienne (soit à peu près comme à Lyon) ». De même, « très présents en Alsace, Lorraine, Franche-Comté, Rhône-Alpes et dans le sud de l’Ile-de-France, les jeunes d’origine turque voient leur part sensiblement augmenter dans le Limousin et en Bretagne».

    Comment naît la conscience ethnique
    Ce mitage du territoire, et les nuisances qu’il engendre (délinquance, baisse du niveau scolaire, discrimination étatique des indigènes dans la course à l’emploi toujours soumis à la « discrimination positive ») finissent, déplore Ch. Guilluy dans un chapitre drôlement intitulé « Comment je suis devenu blanc », par donner « une existence ethnique à une “minorité invisible”, celle qui tend à disparaître des quartiers les plus sensibles ». Non par racisme comme le répètent les chantres de l’immigrationnisme, mais par simple attachement à des valeurs séculaires, bien antérieures aux tant serinées « valeurs de la République » et aussi parce qu’appartenir à une minorité est très inconfortable. Or, cette « ethnicisation de l’autre », dont les « Blancs » — ou « Gaulois », voire « Colons » comme les nomment les « lascars » — ne sont en rien responsables, se produit très précisément au « moment où le sentiment d’appartenance à la Nation recule ».

    Les petits Blancs, orphelins de la république
    Ce recul du sentiment national s’explique évidemment par l’afflux croissant de « primo-arrivants » exotiques qui ne voient dans la France qu’une pompe à phynances et à aides sociales mais aussi par la doxa martelée depuis des décennies par l’Ecole et l’Eglise aux nouvelles générations — « le nationalisme et même le patriotisme, c’est la guerre et d’ailleurs c’est ringard ». On y verrait volontiers une autre cause : la conviction de plus en plus de nos compatriotes que la mère patrie n’est en fait qu’une marâtre, préférant toujours l’Autre à ses enfants. On arrose de pleurs — et de subventions — les « quartiers » paraît-il délaissés, mais que dire des communes de province ? Ch. Guilluy se réfère à une étude comparative du sociologue Dominique Morin entre une banlieue de Verdun et la cité ultra-sensible de Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne, théâtre d’émeutes endémiques), les Hautes-Noues. Alors même que le revenu par habitant y est « de 20 % supérieur à celui de Verdun », « le programme de réhabilitation dont bénéficie le quartier des Hautes-Noues prévoit une dotation de 12 450 euros par habitant tandis que le contrat de ville mis en place dans les quartiers de Verdun n’alloue que 11,80 euros par habitant ».
    Devant cet « ordre social inégalitaire et communautariste », comment les « Gaulois » ne se sentiraient-ils pas orphelins, et petits Blancs avant que d’être français ?

    La grande misère des classes moyennes
    Ajoutée à la prolétarisation croissante des classes dites moyennes dans une régression telle que la France n’en avait jamais connu, à l’obligation qui leur est faite par un marché immobilier surtendu de s’exiler toujours plus loin des villes (et donc des réservoirs d’emplois), l’ethnicisation découlant du multiculturalisme imposé par ceux-là mêmes qui, tels Nicolas Sarkozy et ses ministres, feignent de condamner et de combattre le communautarisme, « contribue mécaniquement à la résurgence d’une France populaire que tout oppose aux choix des élites », conclut Ch. Guilluy. « Ce retour ne sera pas le fruit d’un messianisme révolutionnaire mais d’abord d’une instabilité sociale et culturelle que le système ne peut plus occulter sous peine d’un ébranlement de la société tout entière » et donc d’un conflit.
    Celui-ci sera-t-il seulement social, ou également racial ? Au terme d’un état des lieux foncièrement pessimiste puisqu’il rejoint et confirme celui établi depuis des décennies déjà par les plus lucides de nos compatriotes (systématiquement décrédibilisés comme réactionnaires et xénophobes), l’auteur ne se prononce pas, estimant de manière assez sibylline que « qu’on le veuille ou non, le peuple détient les clefs de l’avenir ».
    Reste à savoir si, atomisé, réduit à une minorité sur des pans entiers du territoire, lobotomisé dès la crèche par les « prescripteurs d’opinion », privé de relais médiatiques sauf lorsqu’il s’agit de revendications sur les retraites ou autres questions subalternes, « le peuple » a encore conscience de la puissance. Et comprendra-t-il enfin que les « clefs de l’avenir » sont tout bonnement celles de la survie de la nation française, au sens originel du terme ?
    Claude Lorne http://www.polemia.com
    18/12/2010
    (1) Ch. Guilluy, Fractures françaises, Bourin Editeur coll. Politique, octobre 2010, 206 pages, 19 €.

  • Comment la France est devenue moche

    Échangeurs, lotissements, zones commerciales, alignements de ronds-points… Depuis les années 60, la ville s’est mise à dévorer la campagne. Une fatalité ? Non : le résultat de choix politiques et économiques. Historique illustré de ces métastases périurbaines.

    L’urbanisme raconte ce que nous sommes. Le Moyen Age a eu ses villes fortifiées et ses cathédrales, le XIXe siècle ses boulevards et ses lycées. Nous avons nos hangars commerciaux et nos lotissements. Les pare-brise de nos voitures sont des écrans de télévision, et nos villes ressemblent à une soirée sur TF1 : un long tunnel de publicité (la zone commerciale et ses pancartes) suivi d’une émission guimauve (le centre muséifié).

    Avec un formidable coup d’accélérateur depuis les années 1982-1983 et les lois de décentralisation Defferre. Partout, la même trilogie – infrastructures routières, zones commerciales, lotissements – concourt à l’étalement urbain le plus spectaculaire d’Europe : tous les dix ans, l’équivalent d’un département français disparaît sous le béton, le bitume, les panneaux, la tôle.

    Cette périurbanisation vorace s’opère en silence – les revues d’architecture l’ignorent. Elle a été peu visitée par le roman, le documentaire ou la fiction.

    Un gros bourg et des fermes perdues dans le bocage, des murs de granit, des toits d’ardoise, des tas de foin, des vaches… Et pour rejoindre Brest, à quelques kilomètres au sud, une bonne route départementale goudronnée.

    C’était ça, Gouesnou, pendant des décennies, un paysage quasi immuable. Jean-Marc voit le jour dans la ferme de ses parents en 1963. Il a 5 ans lorsqu’un gars de Brest, Jean Cam, a l’idée bizarre d’installer en plein champ un drôle de magasin en parpaing et en tôle qu’il appelle Rallye.

    Quatre ans plus tard, les élus créent un peu plus au nord, à Kergaradec, un prototype, une ZAC, « zone d’aménagement concerté » : les hangars y poussent un par un. Un hypermarché Leclerc s’installe au bout de la nouvelle voie express qui se construit par tronçons entre Brest et Rennes. Puis viennent La Hutte, Conforama et les meubles Jean Richou… 300 hectares de terre fertile disparaissent sous le bitume des parkings et des rocades. Quelques maisons se retrouvent enclavées çà et là. La départementale devient une belle quatre-voies sur laquelle filent à vive allure R16, 504 et Ami 8. Un quartier chic voit le jour, toujours en pleine nature, qui porte un nom de rêve : la Vallée verte…

    C’est à ce moment-là que ça s’est compliqué pour les parents de Jean-Marc. Avec l’élargissement de la départementale, ils sont expropriés d’un bon bout de terrain et ne peuvent plus emmener leurs vaches de l’autre côté de la quatre-voies. Ils s’adaptent tant bien que mal, confectionnent des produits laitiers pour le centre Leclerc, avant de se reconvertir : la jolie ferme Quentel est aujourd’hui une des salles de réception les plus courues de Bretagne. Les fermes voisines deviennent gîte rural ou centre équestre.

    La Vallée verte, elle, se retrouve cernée de rangées de pavillons moins chics : « Nous, on a eu de la chance, grâce à la proximité de l’aéroport, les terres tout autour de la ferme sont restées inconstructibles. » Aujourd’hui, quand il quitte son bout de verdure préservé pour aller à Brest, Jean-Marc contourne juste la zone de Kergaradec, tellement il trouve ça moche : « C’est à qui fera le plus grand panneau, rajoutera le plus de fanions. Comme si tout le monde hurlait en même temps ses messages publicitaires. »

    Ça s’est passé près de chez Jean-Marc, à Brest, mais aussi près de chez nous, près de chez vous, à Marseille, Toulouse, Lyon, Metz ou Lille, puis aux abords des villes moyennes, et désormais des plus petites.

    Il n’y a rien à comprendre, a-t-on jugé pendant des années, juste à prendre acte de la modernité à l’œuvre, une sorte de chaos naturel et spontané, prix à payer pour la « croissance » de notre bien-être matériel. Les élites intellectuelles de ce pays oscillent entre répulsion (« c’est moche, les entrées de ville »), fascination (« vive le chaos, ça fait Wim Wenders ! ») et indifférence : elles habitent en centre-ville…

    Rien à comprendre, vraiment ? En 2003, l’architecte urbaniste David Mangin prend le temps d’y réfléchir quelques mois et sort un an plus tard son formidable bouquin, La Ville franchisée, qui reste l’analyse la plus pertinente des métastases périurbaines. Il faut en finir, dit Mangin, avec l’idée que ce « chaos sort de terre tout seul ». Il résulte au contraire « de rapports de forces politiques, de visions idéologiques, de cultures techniques ».

    Lorsque apparaissent les premiers supermarchés, au début des années 60, la France ne compte que 200 kilomètres d’autoroutes, un morceau de périphérique parisien, aucune autre rocade, pas le moindre rond-point… et un architecte-urbaniste visionnaire, Le Corbusier !

    Celui-ci a compris très tôt l’hégémonie à venir de la voiture, à laquelle il est favorable. Dès 1933, avec des confrères qu’il a réunis à Athènes, il a imaginé de découper les villes de façon rationnelle, en quatre zones correspondant à quatre « fonctions » : la vie, le travail, les loisirs et les infrastructures routières. L’État s’empare de l’idée, on entre dans l’ère des « zones », ZUP, ZAC, etc. (1) Et puis il faut « rattraper » l’Allemagne et son insolent réseau d’autoroutes ! Du pain bénit pour notre illustre corps d’ingénieurs des Ponts et Chaussées.

    La France inscrit dans la loi (loi Pasqua, 1998) que tout citoyen doit se trouver à moins de quarante-cinq minutes d’une entrée ou d’une sortie d’autoroute ! Des itinéraires de contournement des villes sont construits, le territoire se couvre d’échangeurs, de bretelles et de rocades. Vingt ans plus tard, les enfilades de ronds-points à l’anglaise, trop nombreux et trop grands, parachèvent le travail : ils jouent, constate Mangin, « le rôle de diffuseurs de l’étalement dans le nouveau Meccano urbain qui se met en place ».

    L’empire du hangar

    Ceux qui ont vite compris le potentiel que leur offrait ce quadrillage de bitume – foncier pas cher et abondant, accessibilité et visibilité formidables –, ce sont les nouveaux opérateurs du commerce. Ils s’appellent Leclerc en Bretagne, Auchan dans le Nord, Casino dans la région stéphanoise. Leur stratégie : se faire connaître sur leur terroir d’origine, saturer un territoire pour étouffer la concurrence, puis s’étendre à d’autres régions. « Localisations et accès sont repérés et négociés en amont, explique Mangin, auprès des propriétaires privés, des élus, des aménageurs de ZAC et des directions départementales de l’Equipement. » Conçus à l’américaine – « no parking, no business » –, les hypermarchés raisonnent en termes de « flux » de voitures et de « zones de chalandise » : ils commencent par aspirer les consommateurs des centres-villes en attendant que les lotissements viennent boucher les trous du maillage routier… Aujourd’hui, la France, championne mondiale de la grande distribution – elle exporte son glorieux modèle jusqu’en Chine – compte 1 400 hypermarchés (de plus de 2 500 mètres carrés) et 8 000 supermarchés… Et pour quel bilan !

    « En cassant les prix sur quelques rares mais symboliques produits, les grandes surfaces se sont enrichies en ruinant les pompes à essence, les commerces de bouche, les drogueries, les quincailleries, des milliers de commerces indépendants spécialisés ou de proximité, des milliers d’artisans, et même des milliers de producteurs et fournisseurs. Les résultats sont objectivement inacceptables. Avec, en plus, des prix supérieurs à ceux de nos voisins européens ! »

    Ce n’est pas un dangereux contestataire qui dresse ce constat, mais Jean-Paul Charié, député UMP du Loiret (décédé en novembre dernier), dans un rapport sur l’urbanisme commercial rédigé en mars 2009. La logique des grandes surfaces a vidé les centres-villes de leurs commerces, a favorisé la malbouffe, contraint de nombreuses entreprises à délocaliser. Elle a fabriqué des emplois précaires et des chômeurs. C’est une spécificité très française – 70 % du chiffre d’affaires commercial est réalisé en périphérie des villes, contre 30 % en Allemagne.

    L’homme le plus riche de France ? Gérard Mulliez, fondateur du groupe familial Auchan. Une nébuleuse d’entreprises dont le poids estimé en fait le premier annonceur publicitaire et le troisième employeur du pays. Difficile de résister à son influence, ou à celle des Leclerc, Carrefour, Intermarché, aménageurs en chef de l’Hexagone. Jusqu’à la loi de modernisation de l’économie votée en 2008, l’implantation des grandes surfaces n’était d’ailleurs pas soumise au droit de l’urbanisme, mais au seul droit commercial. Aucune règle n’était édictée quant à la forme ou à l’aspect des bâtiments, seule la surface comptait, donnant lieu à des marchandages peu reluisants avec les élus : laisse-moi construire mon supermarché, je financerai ton club sportif…

    « L’aménagement du territoire soumis aux puissances financières débouche toujours sur des effets pervers», poursuit le rapport Charié. « Comment un élu peut-il facilement refuser un projet parasite si c’est par ailleurs une source de financement pour le budget communal ? »

    A fortiori s’il est maire d’une petite ville, désormais en première ligne. Car l’hypermarché de première génération s’est « fractionné ». Decathlon, Norauto, Leroy-Merlin, Kiabi, Cultura… c’est aussi le groupe Auchan ! Autant de MSS (moyennes surfaces spécialisées) qui investissent de nouvelles petites ZAC, où McDonald’s côtoie désormais Biocoop…

    Pas un bourg qui n’accueille le visiteur par un bazar bariolé : « C’est partout le même alignement de cubes et de parallélépipèdes en tôle ondulée, le même pullulement de pancartes et d’enseignes », se désole Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste du même Loiret, qui a déposé une proposition de loi à l’automne dernier. Son objectif : que « tous les documents d’urbanisme assurent la qualité urbaine, architecturale et paysagère des entrées de ville ». Plein de bonnes idées, le texte a été adopté il y a deux mois par la majorité sénatoriale UMP, qui l’a vidé de sa substance – plus aucune mesure contraignante.

    Le rêve pavillonnaire

    Tandis que nos compatriotes s’accoutumaient à naviguer le week-end d’un parking à l’autre, les quartiers pavillonnaires ont fleuri. Il faut dire qu’ils n’ont pas vraiment eu d’autre choix, les Français, face à une crise du logement qui sévit depuis la Seconde Guerre mondiale. Alors que la population du pays était stable depuis le milieu du XIXe siècle – 40 millions d’habitants –, le baby-boom, l’accélération de l’exode rural, le recours à l’immigration puis l’arrivée des rapatriés d’Algérie changent la donne : il faut construire, vite, pour éradiquer les taudis urbains. Ce sera, pendant vingt ans, la politique des grands ensembles, à laquelle la circulaire Guichard de 1973 met brutalement fin. Place au rêve pavillonnaire !

    Certes, dans les années 20, les débuts de l’exode rural avaient donné naissance aux premiers lotissements – les fameux pavillons Loucheur des faubourgs parisiens. Mais cette fois, on change d’échelle. Rêve de tous les Français, le pavillon ? C’est ce que serinent, depuis Valéry Giscard d’Estaing, tous les gouvernements, qui appuient leur politique sur le rejet des grands ensembles et sur « notre mémoire rurale » – souvenons-nous de l’affiche bucolique de François Mitterrand en 1981, la force tranquille du clocher.

    « Pourtant, le pavillon, c’est avant tout un choix contraint », constate David Mangin. Les centres-villes étant devenus inabordables, les familles pas très riches – elles sont la grande majorité – sont condamnées à l’exil périurbain. Et elles le resteront tant que manquera une bonne offre résidentielle collective. Alors, comme l’a observé l’urbaniste Bruno Fortier, « on tartine du lotissement au kilomètre », c’est facile et pas cher.

    Conçue par un promoteur-constructeur, la maison est un « produit », à commander sur catalogue. Où que l’on aille, le marché ne sait fournir que des lotissements avec des rues « en raquette », des parcelles de même taille, des maisons posées sur leur sous-sol de béton ; tant pis pour le raccord visuel avec la ville ancienne. Les plantes des jardins sont achetées en promotion à la jardinerie du coin ; tant pis pour la flore locale et le paysage.

    La puissance publique y met du sien : incapable d’assurer la continuité urbaine, elle croit compenser en imposant les règles draconiennes des Plans locaux d’urbanisme (PLU). Les Directions départementales de l’Equipement (DDE) imposent leurs normes, et les architectes des Bâtiments de France (ABF) homogénéisent à coups de pastiches régionalistes. Allez essayer de construire une maison en bois ou un peu personnalisée dans un lotissement ! « Les gens qui essaient se font flinguer, dit David Mangin. Ils doivent s’expliquer avec le maire, déposer trois permis, il y a des recours… Ils sont découragés. »

    Les dégâts de la décentralisation

    « Pendant très longtemps l’urbanisme a été une affaire d’État en France », rappelle Thierry Paquot, philosophe de l’urbain et éditeur de la revue Urbanisme. Mais, à partir des années 80, les gouvernements, de droite ou de gauche, ont délégué à d’autres la fabrication de la ville. L’État s’est mis au service du privé : « Le meilleur exemple, c’est Laurent Fabius, qui “offre” à Eurodisney une ligne de RER que les habitants de Marne-la-Vallée réclamaient sans succès depuis des années ! »

    En 1983, les lois de décentralisation donnent tout pouvoir aux maires en matière de permis de construire « et la catastrophe commence, estime Thierry Paquot. La plupart des élus sont totalement incompétents en matière d’urbanisme, et de plus ont un goût exécrable ». Ils se reposent sur les promoteurs pour produire du clés en main. « L’habitat se banalise et conduit à cette France moche qui nie totalement l’esprit des lieux. »

    Frédéric Bonnet, architecte-conseil de l’État en Haute-Vienne, confirme : « Dans un rayon de 40 kilomètres autour de Limoges, tous les villages ont construit dix, quinze, vingt maisons pour des habitants qui ne se rendent jamais dans le centre-bourg, puisqu’ils travaillent tous… à Limoges. »

    Le mécanisme est simple : pour lutter contre l’exode rural, pour éviter la fermeture de l’école, la commune fait construire un lotissement, qui amène de nouveaux arrivants. Mais les enfants scolarisés grandissent et s’en vont. Il faut créer un second lotissement pour attirer de nouvelles familles. C’est la fuite en avant. Le mitage du paysage est renforcé par la spéculation foncière. Difficile pour le maire d’une petite commune de refuser à des voisins agriculteurs la constructibilité sachant que le prix du terrain à lotir est alors multiplié par dix ou vingt. Et voilà comment la France consomme pour son « urbanisation » deux fois plus de terres agricoles que l’Allemagne : « Il faut en finir avec la politique urbaine coordonnée au niveau de la commune, ce n’est pas la bonne échelle », conclut Frédéric Bonnet.

    Un développement pas durable

    En France, il manque un Balzac contemporain pour décrire la comédie urbaine. « La ville n’est pas objet de débat, analyse Annie Fourcaut, historienne de la vie citadine. On débat de l’école, pas de la ville, sans voir que la seconde conditionne la première. Peut-être parce que les Français ne sont pas un peuple urbain. Il a fallu attendre 1931 pour que la population des villes égale celle des campagnes, des décennies après les Anglais et les Allemands. »

    Alors, il n’y aurait pas d’autre modèle de vie que celui qui consiste à prendre sa voiture tous les matins pour faire des kilomètres jusqu’à son travail, par des routes saturées et des ronds-points engorgés, pour revenir le soir dans sa maison après être allé faire le plein chez Carrefour ?

    « L’inflexion, sur le plan des idées, a commencé, se réjouit Bruno Fortier. Depuis trois ou quatre ans, tout le monde dit : on arrête les conneries, on se calme, on redensifie, on réurbanise intelligemment, on cesse de dévorer les terrains agricoles… Mais fabriquer un urbanisme plus évolué, avec un rapport à la nature plus riche, comme ce que l’on voit aux Pays-Bas, au Danemark ou en Allemagne, ça va coûter un peu plus cher ! »

    L’impératif écologique supplantera-t-il l’impéritie politique ? Durant l’été 2008, quand le prix de l’essence s’est envolé, le chiffre d’affaires de certaines zones commerciales s’est effondré. Affolés, les habitants des lotissements ont réclamé des lignes de bus à leur maire. « Depuis la fin des grands ensembles, la France n’avait plus de projet urbain collectif, rappelle Annie Fourcaut. Le développement durable pourrait en constituer un. »

    Alors rêvons un instant à ce que pourrait être une « ville passante », comme l’appelle David Mangin, une ville désintoxiquée de la voiture, désenclavée, oublieuse des artères qui segmentent et des zones privatisées et sécurisées, une ville de faubourgs dont les fonctions – habitat, travail, commerce, loisirs – seraient à nouveau mélangées, une ville hybride, métissée, où chacun mettrait un peu du sien… Trop tard ?

    Le pavillon, un choix ?

    Sur la carte du Comité du tourisme de la Haute-Vienne, les villages dessinés ressemblent tous à celui de l’affiche du candidat Mitterrand en 1981. Et en vrai ? Au sud-ouest de Limoges, au-delà de la zone commerciale, Boisseuil s’est couvert de lotissements. L’un d’eux se termine. Des dizaines de pavillons bas, parfois pas loin du cabanon amélioré. Il est loin « l’éco-quartier », dernière marotte de nos élus. C’est la France qui se lève tôt, qui fait des heures sup, mais n’a pas de quoi s’offrir plus.

    A 5 kilomètres de là, à Pierre-Buffière, vieux bourg de 1 200 habitants, on tombe sur 21 parcelles, au bord des champs. Anne, « nounou », et son mari, fonctionnaire, sont venus « pour la qualité de vie ». De toute façon, « Limoges, c’était bien trop cher ». Bien sûr, « 80 % des gens qui habitent ici travaillent à Limoges. Il faut tout faire en voiture ». Même son de cloche à Eybouleuf, 400 habitants à peine, à 16 kilomètres au nord. Le manque d’argent, toujours…

    « Avec la crise, les gens sont mutés et obligés de revendre », dit Louis, ancien routier. « Construire, c’est meilleur marché que de louer », explique quand même Fernand, retraité des abattoirs, qui a eu sa maison dès 1982. Depuis, combien ont poussé autour ? « Une, deux… neuf ! » Et d’autres plus loin. Tous les commerces ont coulé. « Les campagnes, maintenant, c’est des dortoirs. Mais les gens y sont plus heureux qu’en ville.»

    http://fortune.fdesouche.com/

    Notes :

    (1) La ZUP (zone à urbaniser en priorité), procédure d’urbanisme créée en 1959 , a permis la construction des grands ensembles. La ZAC (zone d’aménagement concerté) s’est substituée à la ZUP en 1967, pour faciliter la concertation entre collectivités publiques et promoteurs privés.

    (2) Reprenant les attributions des Ponts et Chaussées (réseaux routiers, règlements d’urbanisme, etc.), les Directions départementales de l’Equipement (DDE) ont été créées en 1967. Depuis les lois de décentralisation, elles relèvent des conseils généraux. Le 1er janvier, elles ont fusionné avec les Directions départementales de l’Agriculture et de la Forêt, devenant DDT (Directions départementale des territoires). Elles sont donc désormais censées se préoccuper de développement durable…

    Télérama (Xavier de Jarcy et Vincent Remy – Photos Patrick Messina – Télérama n°3135 – février 2010)

  • Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend

    Le 8 août 2012, nous avons eu la surprise de découvrir dans Charlie Hebdo, sous la signature d’un de ses journalistes réguliers traitant de l’international, un article signalé en « une » sous le titre « Cette extrême droite qui soutient Damas », dans lequel (page 11) Le Grand Soir et deux de ses administrateurs sont qualifiés de « bruns » et « rouges bruns ». Pour qui connaît l’histoire des sinistres SA hitlériennes (« les chemises brunes »), c’est une accusation de nazisme et d’antisémitisme qui est ainsi tranquillement proférée.
    Cet article est erroné sur le fond (on s’en doute) et dans plusieurs détails.
    Depuis, par le truchement d’amis communs et via des contacts directs (mails, coups de téléphone) avec le directeur de publication de Charlie Hebdo (Charb) et l’auteur de l’article (Eric Simon), nous avons tenté d’obtenir, non pas un « droit de réponse », mais un simple correctif, afin qu’une meute sans morale qui s’acharne sur LGS depuis le mois de mars 2011 ne puisse se prévaloir de Charlie Hebdo pour poursuivre sa cabale diffamatoire accompagnée d’actions pour nous empêcher de participer à des salons du livre ou de donner des conférences, sous peine de « coups de manche de pioche.
    Après 15 jours de réflexion, un discret entrefilet (22 août, p. 3) de Charlie Hebdo qualifie l’accusation infamante de simple mise « en cause » qui « n’était pas une attaque » contre les deux administrateurs du GS, mais une simple « mise en garde contre la porosité qui existe trop souvent entre les sites fachos et les sites de gauche ».
    Bref, l’accusation de rouge-brunisme n’est pas retirée, les informations erronées de l’article d’Eric Simon sont validées et l’adjudant auto-chargé de la revue de détail invite LGS à faire « le ménage ». Cette corvée étant « parfois difficile » nous bénéficierons du renfort (non sollicité) d’une escouade. En effet, nous avons appris par ailleurs que M. Propre (Eric Simon) a monté à Charlie Hebdo une équipe (diplômée es-plumeaux et balayettes) renforcée d’éléments extérieurs « en France et à l’étranger » (sic) pour continuer à débusquer la poussière sous les tapis du GS.
    C’est d’autant plus inutile que, dans un mail à un des administrateurs diffamés, Eric Simon ne voit plus en LGS un site rouge-brun : « Pour le moment, j’en reste au confusionnisme. », dit-il, contredisant (en privé) ses écrits ( publics).
    Dans ce contexte de « confusionnisme » avéré de Charlie Hebdo, il nous est malheureusement impossible de différer plus longtemps notre propre mise au point.
    L’article que vous allez lire est le premier d’une série qui vise, non pas à entretenir une querelle de cour de récréation, mais (au-delà même de Charlie Hebdo) :
    - à poser des questions de fond, relatives au droit à publier sur Internet des analyses sur l’impérialisme,
    - à défendre notre liberté d’expression qui ne peut, n’en déplaise aux modernes Torquemada, être plus limitée pour nous que pour l’ensemble des autres médias et en premier lieu que celle des incultes politiques qui nous dénigrent.
    Au passage, nos assaillants apprendront que nous ne comptons pas nous cantonner dans une posture de défense, mais que nous sommes fondés à jeter un oeil dans leurs poubelles.
    LGS
    Le fascisme reviendra sous couvert d’antifascisme - ou de Charlie Hebdo, ça dépend
    Charlie Hebdo, c’est comme les couches-culottes : à une certaine époque de sa vie, on trouve ça bien et on est content que ça existe.
    Rappel historique
    Mais je me souviens qu’en juin 2002, le rédacteur en chef du journal satirique français Charlie Hebdo nous expliquait comment la gauche pouvait s’en sortir. Dans un article fleuve publié en plusieurs parties et intitulé « Pour aller à gauche, c’est par où ? », Philippe Val avait décidé dans la deuxième partie de s’en prendre à Noam Chomsky. Ici, les contre-vérités se sont enchainées au rythme d’un scandale boursier à New York. Chomsky y fut qualifié « d’amoureux des sectes », « il est gaga, (...) il empoisonne la réflexion de gauche en nourrissant une théorie du complot ne flattant que les instincts fascistes et visant à faire porter à un ’Autre’ les responsabilités des malheurs du monde ». Ou encore « il est évident que jamais, contrairement à ce que pense Chomsky, les citoyens n’ont disposé d’autant d’informations ». Pas mal. Sauf que Chomsky est, et dit, à peu près tout le contraire. Sans oublier ce bijou : « le style (de Chomsky) est à l’usage des enfants du CM2 ». Pas mal pour le rédacteur en chef d’un journal qui fait dans le pipi-caca-prout.
    En septembre 2007, dans sa chronique radiophonique sur France-Inter, Philippe Val – sous l’emprise de la jalousie ? – revient encore à l’attaque et lance « Chomsky-Ben Laden, même combat ! ». Non, ce n’était pas de l’humour.
    Participant à un colloque du patronat en 2007, il se défendra en proférant ce Voltairisme à l’usage des enfants de CM2 : « dialoguer ou débattre, ce n’est en aucun cas être complice », et que l’essence même du dialogue était de réunir deux interlocuteurs de points de vue différents. (cf Wikipedia). On en pleurerait, tellement c’est beau.
    Voilà tout le style de Philippe Val : pondre des articles supposés étaler une connaissance encyclopédique mais qui ne font en réalité que clapoter dans un jacuzzi.
    Défenseur ardent de toutes les guerres de l’OTAN, toutes, il a quand même fini par être récompensé pour sa fidélité légendaire. Et c’est ainsi qu’il fut promu en mai 2009 (« bombardé » aurais-je envie de dire...) à la direction de France-Inter. Car ce n’est pas le tout que d’être un vendu, encore faut-il savoir se vendre.
    Deux heures après sa nomination à France Inter, il renvoyait Frédéric Pommier qui faisait la revue de presse. En juin 2010, les humoristes Stéphane Guillon et Didier Porte sont licenciés de France Inter. Quatre mois plus tard, l’humoriste Gérald Dahan est licencié à son tour, au lendemain d’une chronique critique envers Michèle Alliot-Marie.
    France-Inter est donc actuellement dirigée par un type capable de balancer à la fois « Chomsky-Ben Laden, même combat » et les derniers intervenants qui présentaient un quelconque intérêt sur cette radio (à l’exception de l’émission Là-bas si j’y suis, évidemment). Comment la situation pourraient-elle être pire que ça ?
    Philippe Val a dirigé Charlie Hebdo de 1992 à 2009, soit 17 ans. 17 ans de propagande gaucho-impérialiste. 17 ans de complicités avec toutes les opérations d’assassinat à ciel ouvert de l’OTAN. 17 ans qui n’ont apparemment pas gêné plus que ça le reste de cette joyeuse équipe de soudards (à quelques rares exceptions près).
    Mais Charlie Hebdo, c’est comme les couches-culottes : à une certaine époque de sa vie, on trouve ça bien et on est content que ça existe. Puis un jour on grandit et on est plutôt content de s’en passer.
    Retour au présent
    Pourquoi parler de Charlie Hebdo ? Dans le numéro daté du 8 août 2012, un article intitulé « Les soutiens bruns de Damas », annoncé en couverture (« Syrie. Cette extrême droite qui soutient Damas ») et signé Eric Simon, nous refait le coup de désigner Le Grand Soir, et nommément ses deux administrateurs, comme des relais de l’extrême-droite.
    Sont également citées « des personnalités » telles que Michel Collon (salut Michel, ça va ? Qu’est qu’on rigole, non ?) qui, « avec l’intellectuel Jean Bricmont se sont fourvoyées à tel point que la CGT les a interdit de conférence à Paris en novembre 2011. »
    Voilà une technique que l’on reconnaît immédiatement : le "petit" mensonge qui vient se glisser, ni vu ni connu. Bricmont n’a jamais été "interdit", et Michel Collon, qui devait donner une conférence à la Bourse de Travail de Paris, en fut empêché suite à une campagne d’affiches émanant de milieux "anarchistes". On commence déjà à deviner les sources d’inspiration de Charlie Hebdo. Avec Ornella Guyet, les anticonspis-truc et Rudy Machin-chose, et maintenant Charlie Hebdo, ce n’est même plus une technique, c’est devenu un style.
    « Si l’analyse anti-impérialiste permet de débusquer les raisons cachées des guerres « justes » ou « humanitaires » du camp occidental, elle peut facilement dérailler si elle défend l’innommable commis par le camp d’en face. Si, en outre, elle laisse reprendre ses thèses par les sites d’extrême-droite, jusqu’à finir par s’inviter les uns chez les autres, la messe est dite. C’est ce qui est arrivé à des sites comme legrandsoir.info de Maxime Vivas et Victor (sic) Dedaj, qui publient aussi bien des articles d’Infosyrie que des (sic) contributions de Ginette Skandrani (…) voire des discours de Kadhafi ou Bachar el-Assad... »
    Le journaliste de Charlie Hebdo n’a même pas su orthographier correctement mon prénom, c’est vous dire si son enquête fut méticuleuse. Même pour calomnier ? Surtout pour calomnier, tu rigoles ou quoi ? Mais faire du copier/coller, Eric, c’est pas bien, même pour un journaliste de Charlie Hebdo. Si vous pouviez faire corriger la coquille à ceux (et celle) qui vous ont inspiré, merci d’avance.
    Figure imposée : la vérité, rien que la vérité
    LGS n’a jamais défendu « l’innommable commis par le camp d’en face ». A l’heure où le camp occidental n’avait pas sifflé le signal de l’hallali, à l’heure où Bashir Al Assad jouissait de la considération de notre gouvernement (et donc de notre presse), LGS dénonçait un deal « innommable » passé entre les USA et les tortionnaires au pouvoir en Syrie.
    Par ailleurs, LGS « laisse reprendre ses thèses par les sites d’extrême-droite » ? Oui, et par des sites inconnus de divers pays et par pas mal de sites de la vraie gauche. Charlie Hebdo sait comment interdire la reproduction d’articles en copyleft ? Est-ce qu’Eric Simon ne serait pas en train de nous dire : « Taisez-vous et faites taire » ?
    Alors voyons-voir : le nombre phénoménal d’articles d’Infosyrie repris par le Grand Soir s’élève à 2 (si j’ai bien compté) et dont le contenu est irréprochable – à mes yeux. Les (ah, un pluriel ?) contributions de Mme Skandrani s’élèvent à... 1 (au contenu irréprochable - oui, oui, nous sommes au courant maintenant, merci). Quant aux « discours de Kadhafi ou Bachar el-Assad », réunis il doit y en avoir 3 ou 4 (en comptant les interviews). Ces « discours » n’ont pas été publiés « comme ça », pour le fun, mais en pleine période d’agression militaire ouverte contre la Libye et la Syrie. Charlie Hebdo voudrait que l’on s’abstienne de donner la parole aux dirigeants en exercice de pays en proie à une agression militaire, ou de reprendre des informations qui contre-balanceraient un tant soit peu le rouleau-compresseur médiatique. Où est la surprise pour un hebdomadaire qui a soutenu toutes les guerres de l’OTAN ?
    Charlie Hebdo ne dit rien sur les articles repris par Le Grand Soir (et qui se sont révélés plus exacts que pas, soit-dit en passant), mais nous sert un laïus sur l’administrateur du site Infosyrie. Ancien du GUD (« ancien », c’est bien, non ?) et autres affirmations qui demanderaient toutes à être vérifiées, vu la qualité et la précision habituelle de ce genre d’article. Mais tout ça au final pour dire quoi ? Rien. Aucun commentaire sur le contenu, sinon que le patron, ben il est pas de « notre bord » (en ce qui concerne l’anti-impérialisme, il me semble que Charlie Hebdo non plus n’est pas de « notre bord », en tous cas pas du mien). Mais Charlie annonce quand même une bonne nouvelle : Le Grand Soir et l’extrême-droite « s’invitent les uns chez les autres ». C’est une bonne nouvelle parce que ça voudrait dire que l’ « extrême-droite » se gauchise au contact du Grand Soir. Sacré service que nous rendons à l’humanité, qui en sera certainement reconnaissante, et Charlie avec sans doute.
    Pardon, on me souffle dans l’oreillette que c’est forcément le contraire. Mince, la contagion à sens unique (je parle évidemment d’une poignée d’articles sur une dizaine de milliers, mais quitte à jouer à ce petit jeu, jouons le jusqu’au bout...).
    Et par la grâce de ces mêmes lois mystérieuses, Charlie Hebdo, soutien indéfectible à toutes les guerres impérialistes et violations du droit international, ne saurait être, et en aucun cas, taxé de passerelle avec les fascistes néoconservateurs américains, parce que là, ça ferait « confusionniste ».
    Si tu cherches de l’eau dans un désert, il te faut marcher jusqu’au puits (dicton arabe, mais pas vraiment parce que je viens de l’inventer)
    Les lecteurs (vous comme moi) n’auraient donc pas le droit de savoir ce que pourraient bien avoir à répondre les dirigeants des pays bombardés par nos forces militaires « humanitaires ». Donner à lire une intervention d’un responsable syrien ou libyen est « rouge-brun ». Pour ne pas être rouge-brun, il faut donc s’abstenir de donner à lire. Et pour celui qui « oserait » le faire (car on en est là...), il y a une punition à la clé.
    La situation est donc celle-ci : lorsque l’Occident attaque ou menace d’attaquer un pays dirigé par un salaud, toute information émanant peu ou prou du pays en question sera interprété comme un signe de ralliement au salaud en question et, par association, fera de vous un salaud. Donc un rouge-brun. Donc un antisémite. Donc une cible. Bonjour l’ambiance « USA post 11/9 ».
    Encore un peu, et Charlie Hebdo dira qu’on est des mauvais Français et nous reprochera notre manque de patriotisme. Philippe Val n’est plus à la tête de Charlie Hebdo, mais son esprit rôde encore dans les locaux. Suis-je le seul à ressentir des frissons ?
    Énoncée à voix haute, claire et intelligible, voilà ce que ça donne :
    1) Lorsqu’un pays est attaqué par l’Occident, il est interdit de donner la parole aux agressés.
    2) Lorsqu’un pays est attaqué par l’Occident, il faut imposer un black-out sur toutes les informations ou interventions en provenance du pays ciblé – sauf celles qui vont dans le sens ou servent le discours dominant.
    3) Lorsqu’un pays est attaqué par l’Occident, le seules « informations » issues du pays sont celles qui seront sélectionnées, filtrées, charcutées et commentées par les commentateurs officiels et attitrés du pays agresseur.
    4) Lorsqu’un pays est attaqué par l’Occident, toute tentative de relayer in extenso, sans tripatouillages ou coupures, des informations provenant du pays agressé ou toute tentative de contre-balancer a minima la campagne de propagande sera qualifiée de rouge-brunisme (en attendant le jour où ils emploieront le mot « trahison »).
    5) Pour toutes les raisons qui précèdent, lorsqu’un pays est attaqué par l’Occident, toute la presse – y compris « rebelle », « anar », etc. – s’alignera.
    Check-list : Irak, Afghanistan, Libye, Syrie... oui, ça marche et ça se vérifie à tous les coups. En une seule formule : 1) + 2) + 3) + 4) + 5) = propagande.
    Voilà : nous ne sommes même plus dans une situation où un journal nie faire de la propagande (ce qui est de "bonne guerre", ha, ha !), mais dans une situation où il la réclame, l’exige, tape du pied et se roule par terre devant ceux qui refusent de s’y plier.
    Suis-je le seul à ressentir des frissons ?
    Faites ce que je fais, pas ce que je dis que je fais
    Le plus cocasse est que tous ces donneurs de leçons et moralistes n’ont et n’auraient - allez, soyons honnêtes - n’oseraient rien dire si le Monde ou Libération ou tout autre média appartenant à un grand groupe capitaliste hyper-soucieux du pluralisme publiaient des interventions de Kadhafi ou Bashir el-Assad ou Dieu sait qui. Non, non : eux seuls sont habilités à le faire, à décider lesquelles, à décider quels extraits, à commenter des phrases choisies sorties du contexte et à décider quand et où... Oui, on connaît la musique. Mais pas nous et pas vous. Pourquoi ? Parce que. Parce que quoi ? Parce que, quoi.
    Alors, Charlie Hebdo : votre conception effarante et effrayante de "l’information", gardez-la pour vous, roulez-la en forme de suppositoire et mettez-la où vous voulez.
    Guerre humanitaire : une éruption soudaine, inattendue et violente de bonté ?
    Sans oublier une certaine loi de la nature : dans tout conflit, c’est plutôt l’agresseur qui recourt au mensonge. Pourquoi ? Parce que l’agresseur veut la guerre et cherchera donc des raisons pour la faire, quitte à les inventer. En réalité, l’agresseur est pratiquement obligé de les inventer. Pourquoi ? Et bien parce que les justifications pour une guerre d’agression – selon le Tribunal de Nuremberg et selon le droit international – sont au nombre d’un chiffre très très proche de zéro. Et lorsque la loi ne convient pas, il y a pas trente-six solutions : il faut la respecter, la changer ou la violer. L’Occident, en particulier, est un adepte de la troisième.
    Oui, je sais : il y a la « guerre humanitaire ». On ferait des guerres « humanitaires ». Comme d’autres feraient de la « torture thérapeutique » ?. Risible, bien-sûr, mais pour la beauté du débat, admettons un instant ce concept de « guerre humanitaire ».
    Par conséquent : Il existerait un espace-temps (ici et maintenant apparemment) où des pouvoirs politiques seraient « forcés » par des événements « particulièrement tragiques » à faire une guerre pour des « raisons humanitaires ». La cavalerie légère volant au secours de la veuve et de l’orphelin. Le petit garçon au fond de moi aime bien cette image. L’adulte, lui, lève un sourcil en entendant que les responsables politiques actuels seraient prêts à commettre le « crime des crimes » (toujours selon Nuremberg et le droit international) pour venir au secours d’une population (« étrangère » qui plus est) dont jusqu’à présent ils se fichaient éperdument.
    Etrange « charge émotionnelle » et « application de principes » de la part de dirigeants politiques qui sont par ailleurs incapables de prendre la moindre mesure « humanitaire » lorsqu’il s’agit des sans papiers, des Palestiniens, des personnes âgées, de qui vous voulez. Ils sont pourtant là, sous leurs fenêtres, ou pas très loin. Ces mêmes responsables politiques qui pourraient sauver pour des raisons « humanitaires » les 10.000 enfants qui meurent de faim par jour et pour un prix inférieur à un seul missile de croisière. Nan, trop compliqué. Allons plutôt bombarder un pays pour montrer toute l’étendue de notre « bonté ».
    En résumé : les salopards qui nous gouvernent auraient des crises d’humanisme tellement fortes qu’ils sont capables de tout, y compris de commettre l’irréparable, pour accomplir le bien. Elle est étrange, cette détermination - si soudaine, si inattendue, une véritable révélation - qui n’apparaît que lorsqu’il s’agit de faire la guerre, loin de préférence, dans un rapport de forces totalement déséquilibré de préférence (parce qu’il y a des limites chez eux, même aux principes), là où personne ne peut vraiment contrôler ce qui se passe, et qu’on ne retrouve jamais en temps de paix...
    Oui, soudain, les voilà qui sont « bons », et « attentionnés », et « inflexibles », et « soucieux » du bien-être d’une population. Tellement soucieux qui si un membre de la population se présente à la frontière pour un bout de pain, ils le renverront chez lui avec ces mots d’encouragement : « rentrez chez vous, on va bientôt vous envoyer des secours » (sur la gueule).
    Oui, soudain, dans toutes les tribunes, les mots « intolérables » et « inadmissibles » leur sortent de la bouche, comme des colombes de la manche d’un prestidigitateur.
    Oui, une véritable métamorphose. Mais qui ne dure, hélas, que le temps d’une guerre. Et qui disparaît, comme par enchantement, une fois la bête repue. A croire que toute leur posture n’aura été créée et tenue que pour la circonstance.
    Mon Dieu que je suis mauvaise langue !
    Le tout par des gens qui vous expliqueront avec tout le sérieux du monde et la main sur le coeur - de préférence autour d’un dîner bien arrosé - combien ils sont contre la peine de mort, critiquant au passage les pays qui l’appliquent encore (jusqu’à là, tout va bien) et qui enchaînent aussitôt qu’il faut faire la guerre, c’est-à-dire appliquer la peine de mort à une échelle industrielle, mais cette fois-ci sans procès, sans jugements, sans discrimination, contre une population très majoritairement innocente de tout crime.
    Mon Dieu que je suis pinailleur !
    Soutenir le fascisme suprême au nom d’un antifascisme de salon
    Le Grand Soir ferait trop dans l’anti-impérialisme ? Comme peut-on être trop contre le crime des crimes ? Comment peut-on être trop contre « le stade suprême du capitalisme » ?
    Le gant de velours du marché ne marchera jamais sans une main de fer derrière - McDonald ne peut prospérer sans McDonnell Douglas, le fabricant (de l’avion de guerre) F15. - Thomas L. Friedman "A Manifesto for a fast World" - New York Times Magazine, 28 Mars, 1999
    Je croyais que la guerre était plutôt de droite et la paix plutôt de gauche. Je croyais que le respect du droit (y compris international) était plutôt de gauche et sa violation plutôt de droite. Je croyais que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes était plutôt de gauche et l’ingérence plutôt de droite. Je croyais que la censure était plutôt de droite et la liberté d’expression plutôt de gauche. Je croyais que l’aveuglement idéologique était plutôt de droite et l’ouverture d’esprit plutôt de gauche. Je croyais que c’étaient nos actes et nos prises de position qui définissaient notre positionnement politique. Je croyais que s’endormir dans son lit et se réveiller dans un monde où toutes les valeurs étaient étrangement inversées n’arrivait que dans les romans de science-fiction.
    Je trouve même totalement indécent que l’on n’ait rien d’autre à nous opposer, sinon que le président syrien ne serait pas l’Abbé Pierre (comme si nous ne le savions pas. Comme si n’avions pas nous-même rappelé que la Syrie, il y a encore peu, servait de centre de torture décentralisé pour les Etats-Unis - pas très reconnaissants, comme à leur habitude) ou que le responsable de tel site ne serait pas du même bord politique. Remarquez, ça pourrait être une autre bonne nouvelle parce que si ce n’est que ça, on va arranger ça ici et maintenant : « Le président de la Syrie est un salaud et le patron d’Infosyrie pue de la gueule. » Ca vous va ? Tout le monde est content ? On peut aller à la manifestation maintenant et tenter d’arrêter le massacre - où allez-vous encore nous trouver une autre excuse à la con ? Genre : l’ancien du GUD a l’haleine fraîche. Eric Simon pourra trancher puisqu’il se vante d’avoir discuté avec lui (il a le droit ! Pourquoi ? Parce que la Sainte Inquisition a tranché ainsi : à Charlie Hebdo, on peut, au Grand Soir, ce serait sacrilège).
    L’extrême-droite ferait de l’entrisme ? De l’entrisme dans quoi ? Le désert laissé par la gauche ? Et ce serait la faute du Grand Soir ? On entre dans une salle d’autant plus facilement qu’elle est vide. C’est plus difficile lorsqu’elle est pleine à craquer.
    En réalité, ce n’est pas le Grand Soir qui alimente des « passerelles vers l’extrême-droite », mais des journaux comme Charlie qui se la jouent « contestataires/libertaires » à longueur de semaine et qui, au moment le plus crucial, tombent - presque « naturellement » - du côté le plus sombre, laissant le champ libre, et même ouvrant la voie, à d’autres. Charlie Hebdo fait partie de cette presse, à l’instar de Libération, qui est devenu au fil du temps une véritable fabrique de « gauche réactionnaire » et qui fait dire à un de ses journalistes (conversation téléphonique avec un des administrateurs du Grand Soir) : « l’anti-impérialisme me fait gerber ».
    Heureusement que le Grand Soir est là pour sauver (un peu) l’honneur de la gauche française. Mais nous ne sommes pas seuls. Nous avons avec nous la quasi-totalité de la gauche latino-américaine, nord-américaine, asiatique et africaine. Alors, être « isolés » au sein de la gauche française, appelons ça « une position pas très confortable », mais sans plus.
    Ce qui me fait penser à ce qu’Ignacio Ramonet (que j’apprécie beaucoup) avait écrit lors de la guerre contre la Libye – intervention qu’il a soutenue (eh oui...). En référence à l’opposition de la gauche latino-américaine à cette intervention, il a écrit que cette dernière avait commis « une erreur historique ». Curieux qu’il ne se soit pas demandé si, a contrario, ce n’était pas la gauche française, et lui avec, qui avait commis l’erreur historique en question.
    Lorsque Charlie Hebdo se promène la braguette ouverte
    Mais revenons à nos moutons (sic) de Charlie Hebdo : Charlie Hebdo, n’a apparemment rien à dire sur le fond de ce que nous publions et serait bien incapable de trouver un seul texte, une seule ligne, qui aille à l’encontre de notre ligne rédactionnelle – qui est ce qu’elle est, que ça plaise ou non. Nous, nous parlons de guerre et de paix, eux nous parlent du slip d’untel ou untel qui dépasserait alors qu’eux-mêmes se promènent la braguette grande ouverte. Exemples ?
    Acrimed rappelle que (extraits) :
    Une brève du 18 avril 2007 signale que « sur 38 collaborateurs de Charlie Hebdo : 18 votent Royal , 9 votent Voynet, 3 votent Buffet, 3 votent Besancenot, 3 votent Bayrou , 1 vote Bové, 1 vote blanc. » Soient 21 collaborateurs qui votent à « droite » et 16 à gauche. Charlie Hebdo, de droite ? Oui, si l’on en croit Philippe Val lui-même, puisque ce dernier, en juin 1998 écrivait que « la vraie droite aujourd’hui, c’est le PS. » Neuf ans plus tard, le 9 février 2007, il lâche chez Pascale Clark sur Canal+ (« en aparté ») : « Je voterai pour le candidat de gauche le mieux placé. » Le mieux placé ? Comprendre Ségolène Royal.
    (...) Sur les principales questions internationales, Charlie hebdo reproduit peu à peu les positions dominantes. Ainsi sur le Kosovo. Alors que dans les années 70, Cabu s’insurgeait « contre toutes les guerres » et collectionnait les procès intentés par l’armée, en 1999, il soutient, avec toute l’équipe de Charlie Hebdo, exception faite de Siné et Charb, l’intervention militaire de l’OTAN au Kosovo. Dans le n°361 de Charlie Hebdo (19 mai 1999), en lieu et place de la chronique de Charb, un texte de Riss (qui n’écrit pas d’ordinaire) reproche même aux pacifistes d’être des collabos ! De même sur le traité constitutionnel européen : si d’autres voix que celle de Philippe Val se font entendre, c’est lui qui conduit une campagne véhémente et caricaturale contre les partisans du « non » au référendum.
    (...)
    Ce glissement politique de gauche à droite, de la paix vers la guerre, de la subversion vers l’orthodoxie, s’est fait progressivement, mais sûrement. On voit ainsi disparaître, dans le silence quasi-général, des signatures talentueuses (Cyran, Camé, Boujut,…) au profit de plumes conventionnelles et/ou médiatiquement plus « reluisantes » : le dessinateur Joan Sfar, l’ex-patron de France Inter Jean-Luc Hees, le sociologue médiatique Philippe Corcuff (lui même acculé à démissionner [16]), Renaud Dély venant de Libération, Philippe Lançon du même, Anne Jouan du Figaro, etc.
    (...)
    ...l’évolution conjointe des positions politiques et du positionnement médiatique n’a pas été sans effet sur les pratiques journalistiques de l’hebdomadaire, et, au premier chef, de Philippe Val lui même : calomnies et mensonges (notamment sur Noam Chomsky), fausses rumeurs (par exemple sur le Forum social européen), diffamations de membres de l’Observatoire français des médias, refus des droits de réponse, que nous avons plusieurs fois relevés ici-même ...
    (...)
    Charb a estimé, le 16 juillet 2008, que Siné avait porté – c’est un comble - « atteinte » aux « valeurs essentielles » de Charlie Hebdo. Et c’est pourtant le même Charb qui dans sa chronique « Charb n’aime pas les gens » datée du 30 juillet 2008 écrit : « Personne n’a dit que Siné était antisémite (…) parce que ça n’a jamais été le sujet du débat. Aurait-on travaillé durant seize ans avec un antisémite ? Moi, non. » Si cela n’a jamais été le sujet du débat, alors pourquoi Philippe Val, dans son éditorial du même jour se pose la question et ressort une affaire vieille de 26 ans ? « Antisémite, Siné ? Ce n’est pas à moi d’en juger. Mais au lendemain de l’attentat de la rue des Rosiers, en 1982, c’est lui-même qui déclarait sur la radio Carbone 14 : "Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer. Je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs… Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s’il est pro palestinien. Qu’ils meurent." »
    (...)
    Une histoire de Charlie Hebdo http://www.acrimed.org/article2960.html
    Etc.
    Lorsque le dessinateur "de gauche" Plantu touche officiellement un chèque de 10.000 euros de la dictature brune-brune islamiste du Qatar, tout le showbiz, chasseurs de rouges-bruns et Charlie Hebdo réunis regardent ailleurs. Vous appelez ça de la pudeur, de la honte ou de la complicité ?
    (Tiens, et soudain je pense à cet autre ancien dessinateur vedette du journal le Monde, Konk, qui a fini par rejoindre l’extrême-droite.)
    Lorsque Charlie "de gauche" Hebdo publie à trois reprises et interviewe à domicile une des sommités du "rouge-brunisme" en France, membre du FN qui plus est à l’époque, vous appelez ça du journalisme, de l’autisme ou de j’aurais-mieux-fait-de-fermer-ma-gueule-isme ?
    Et on trouve tout ça sans même vraiment chercher.
    Le problème, Charlie, c’est que vous ne savez même plus où vous en êtes pour venir faire les marioles autour de Grand Soir. On en rirait si ce n’était pas aussi pathétique. Alors le jour où Le Grand Soir examinera à la loupe certains médias comme ces derniers aiment tant le faire pour nous, il va y avoir de sacrées surprises. En attendant, Charlie Hebdo a bien fait de ne pas employer le mot « confusionnisme » parce que là, ils auraient eu l’air vraiment ballots...
    Eh oui, Charlie Hebdo, c’est comme les couches-culottes : à une certaine époque de sa vie, on trouve ça bien et on est content que ça existe. Puis un jour on grandit et on est plutôt content de s’en passer. Et avec le recul, même si on n’en a pas honte, on n’en est pas forcément fiers pour autant.
    « alors, on rajoute une couche ou on en reste là ? »

    Viktor Dedaj  http://www.voxnr.com

    Source : Le Grand soir :: lien