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culture et histoire - Page 1978

  • Du délire du droit d'auteur à la mort

    C'est un combat qui ne finira jamais, celui des droits intellectuels d'auteur. Pour avoir pillé à visage découvert des travaux scientifiques universitaires de la base JSTOR en passant par le portail du MIT de Cambridge (Ma), Aaron Swartz¹ a été poursuivi par les services fédéraux du Procureur des Etats-Unis au Massachusetts, qui se sont acharnés à ses basques lui promettant 35 ans de prison et un million de dollars d'amende, alors que JSTOR, conscient de la disproportion de la réaction judiciaire, avait retiré sa plainte. Stupéfait du suicide de ce génie informatique, JSTOR vient d'ouvrir ses archives à qui en veut. Beaucoup de chercheurs dans le monde en font autant des leurs, ce qui n'ôtera jamais chez les fonctionnaires de la justice américaine qui semblent parfois chercher la caméra du regard, la certitude d'avoir agi à bon droit. Ils allaient "se payer" Internet et l'hacktiviste emblématique, de quoi faire la Une ! C'est raté, il ne leur reste que la honte tant l'émoi est grand sur le Web. Une pétition pour révoquer le procureur Carmen Ortiz a été ouverte par les internautes sur le site de la Maison Blanche. Le Massachusetts Intitute of Technology, penaud, lance une enquête interne sur cette affaire vécue comme une grosse tache sur sa réputation.

    Protéger toute création de l'esprit comme en dispose le Code de la propriété intellectuelle m'a toujours paru un péché d'orgueil, sinon la criminalisation d'un accaparement normal des idées circulantes par tout homme vivant en société. L'esprit se nourrit des données qui l'environnent en permanence, s'imprègne de toute interactivité qu'il provoque, en construit des thèses et synthèses, concepts, et parfois en matérialise une création sous forme d'un objet ou d'un procédé nouveau. Avant que cette matérialisation n'intervienne, il est a priori très discutable de vouloir "breveter" des idées ou une chaîne d'idées comme une oeuvre littéraire ! Or c'est bien ce domaine intellectuel qui est protégé par les lois au motif simple que l'on doit pouvoir vivre de son cerveau, même en l'absence de matérialisation d'une idée ! Les intellectuels purs revendiquent un niveau de vie bien supérieur à celui du manuel quelle que soit l'utilité de leurs travaux, réputés souvent "progrès de la connaissance" alors que leur jus de crâne n'est jamais mis à l'épreuve de la Vie.
    Matérialiser une idée devient dans ce système moins que jamais nécessaire si le marché existe pour acheter du concept stérile encore. Combien d'inventeurs ont voulu breveter des dessins techniques ? Combien d'informaticiens, des bribes de code ? Combien d'universitaires, de laborieuses compilations ? Cela nous paraît normal puisque nous baignons dès l'enfance dans le "copyright", le ®, le © ! Mais à la fin quelle vanité, si l'on pense que tout préexiste !

    Aaron Swartz, infatigable chevalier du Libre, n'avait malgré ses gènes et son intelligence qu'un seul et sympathique défaut : peu doué en affaires ! Il s'est battu pour la diffusion gratuite (ou presque) des connaissances à tous. Dans sa croisade il heurtait beaucoup d'intérêts mercantiles et la suffisance des auteurs installés. Il n'a pu supporter leur énorme pression, 35 ans c'était le minimum, le tarif étant à 50 ! RIP.
    « Aaron a combattu pour un système politique plus démocratique, ouvert et rendant des comptes ; et il a aidé à créer, bâtir et préserver une variété étourdissante de projets scientifiques qui ont étendu la portée et l'accessibilité de la connaissance humaine » a dit sa compagne à la presse.
    L'eulogie d'Aaron Swartz, au hasard, sur PCImpact en cliquant ici.
    En attendant la destruction de ce droit bourgeois, sont entrés dans le domaine public au premier janvier 2013 ceux dont les noms suivent et bien d'autres encore : Léon Daudet, Stefan Zweig, Victor Margueritte, Apollinaire..

    http://royalartillerie.blogspot.fr/

    (1) Swartz c'est de lui-même ou en collaboration :
    - la licence Creative Commons
    - le fil RSS (version 1.0)
    - le site d'actualités partagées Reddit
    - le collectif Demand Progress (anti PIPA/SOPA)
    - ...
  • Paul Déroulède (1846-1914)

    Paul Déroulède, homme politique et poète sous la IIIe République, fondateur et chef de la Ligue des patriotes, est aujourd’hui oublié, y compris dans les milieux patriotes, alors qu’il fut une figure emblématique du nationalisme français jusqu’à sa mort en 1914. La mémoire a oublié ce « premier nationalisme » auquel il se rattache pour le second incarné par Charles Maurras et Maurice Barrès qui se développa dans les années 1890. Pourtant, malgré ses contradictions, son intransigeance et une obstination parfois incompréhensible dans ses erreurs, Déroulède fut un personnage hardi, sincère, opiniâtre mais sans haine. Au-delà de la thématique de la Revanche tombée en désuétude, son courage et sa ténacité qu’il a incarné dans son Quand même ! peuvent interpeller.

    I. Le parcours

    Paul Déroulède naît à Paris le 2 septembre 1846, fils d’un père juriste et catholique convaincu. Le cousin du futur fondateur de la Ligue des patriotes est Ludovic Trarieux, futur fondateur de la Ligue des Droits de l’Homme (1898) ! Après une scolarité passable, il obtient son baccalauréat en lettres en 1863. Son père le pousse à l’inscrire à l’Ecole de Droit et il y obtient péniblement sa licence en 1868 et n’aura jamais un seul client au barreau. Il déteste l’Empire et se décrit alors comme pacifiste, antimilitariste, humanitariste voire internationaliste. La guerre de 1870 va le bouleverser.

     

    Déroulède devient soldat quand il apprend la défaite de Reichshoffen. Le 1er septembre 1870, il reçoit son baptême du feu à la bataille de Bazeilles, avec son frère André. Ce dernier reçoit une balle prussienne et se trouve gravement blessé. En allant secourir son frère, il est fait prisonnier par les Prussiens et envoyé à Breslau. Evadé de sa prison déguisé en juif polonais, il rentre en France et repart très vite au combat en sous-lieutenant de tirailleurs algériens (les « turcos »). A leur tête, il s’illustre par un fait d’armes à Montbéliard qui lui vaudra la légion d’honneur. Quand, à Marseille, il apprend le soulèvement des Parisiens, il s’engage sans hésitation du côté des Versaillais et participe à la Semaine Sanglante pour mater la Commune, où il faillit perdre un bras sur une barricade. Ayant horreur de l’anarchie, il n’exprimera jamais le moindre regret pour cet épisode qui lui sera reproché au cours de sa carrière politique.

    La guerre semble l’avoir converti au patriotisme. Dans ses souvenirs, il rapporte que le 27 ou le 28 juillet 1870, il croise, près de la Croix-de-Berny, un vieux paysan dont le fils est soldat et qui lui demande quand les troupes partiront. Déroulède répond qu’il n’en sait rien. « Le regard de mépris que me lança cet homme entra dans mes yeux comme un éclair. [...] Je sentis que je venais de manquer à la solidarité qui m’unissait, avant tout et malgré tout, aux hommes de mon pays [...] La cruauté de ma réponse se révéla à moi dans toute sa vilenie. » Après la paix, il n’a qu’une idée en tête : la Revanche. Il reste dans l’armée jusqu’à sa démission en 1874, alors handicapé par un accident de cheval.

    Chants du soldat - Déroulède

    Il publie les Chants du soldat en 1872, grand succès (plus de 100.000 exemplaires vendus) dont le Clairon reste le poème le plus connu. Les Nouveaux Chants du soldat (1875), l’Hetman (pièce de théâtre, 1877) et Marches et Sonneries (1881) et La Moabite (pièce de théâtre la même année) connaissent un certain succès mais qui s’essouffle et non comparable aux Chants. Ses pièces de théâtre sont l’occasion d’exprimer ses idées politiques. Il fonde sa Ligue des patriotes en 1882, expliquant qu’il faut agir contre « le flot montant des doctrines cosmopolites, qui désagrègent les Etats » (1885), et dont le journal Le Drapeau devient le moniteur officiel (Maurice Barrès en sera un des éphémères directeurs en 1901). Il regroupe républicains, bonapartistes et même royalistes. Sur le journal figure la devise, répétée jusqu’en 1914 :

    « Républicain, bonapartiste, légitimiste, orléaniste, ce ne sont là chez nous que des prénoms. C’est Patriote qui est le nom de famille. »

    Jusqu’à sa mort, il dirigera sa Ligue d’une main de fer, jaloux de son autorité et peu enclin aux concessions. Purges et démissions forcées se succéderont pour les membres s’éloignant trop de la ligne déroulédienne. Ainsi, attaché personnellement à l’amitié anglaise, il purge en 1903 la Ligue des éléments « anglophobes » à l’occasion de la venue à Paris d’Edouard VII (l’Entente cordiale devient alors un dogme officiel de la Ligue).

    Déroulède voue un culte à Gambetta et se réclamera toujours d’un gambettisme idéalisé. A l’inverse, il entretient une haine féroce à l’égard de Jules Ferry qui le remplace. S’il se montre favorable aux lois scolaires, il l’attaque durement sur sa politique coloniale, l’accusant de répandre le sang français inutilement dans des expéditions lointaines alors que la priorité est la récupération de l’Alsace-Moselle. En 1882, Déroulède lui lance sa célèbre réplique :

    « J’ai perdu deux enfants et vous m’offrez vingt domestiques. »

    A partir de 1888, il se range clairement derrière le général Boulanger « porte-drapeau du parti national ». « Je bois à celui qui nous délivrera des chinoiseries parlementaires et des bavards impuissants [...] à celui qui nous délivrera de ceux qui se soumettent humblement aux altières exigences de l’étranger provocateur, après avoir prodigué le plus pur sang français en expéditions lointaines. » (toast du 9 février 1889). La Ligue a alors à ce moment 25.000 à 40.000 membres dont le dixième est militant (le Drapeau revendique plus de 100.000 membres, chiffre totalement bidonné). Plus grand soutien à Boulanger en terme d’effectifs, la Ligue tente de noyauter les comités boulangistes sans grand succès. Déroulède est élu député de la Charente en 1889 (jusqu’en 1893) et sera à nouveau député de 1898 à 1901. La mémoire a surtout gardé comme souvenir de son premier mandat son duel au pistolet contre Clemenceau, attaqué à la Chambre sur le scandale du Panama (six balles échangées le 22 décembre 1892 sans conséquence). Après les déconvenues de Boulanger (fuite en Belgique le 1er avril 1889, échec aux élections d’automne) et son suicide (1891), Déroulède tente en vain de rassembler l’armée battue sous sa bannière. Malgré ses échecs, il garde espoir quand même !

    Déroulède
    Déroulède et sa devise personnelle.

    Les années 1890 sont marquées par le retour à la poésie et aux pièces de théâtre : Les Chants du paysan en 1894, Messire Du Guesclin en 1895, La Mort de Hoche en 1897 et La Plus Belle Fille du monde en 1897. Lorsqu’éclate l’affaire Dreyfus, il se range parmi les antidreyfusards même s’il doute fortement en privé de la culpabilité de Dreyfus ; ce qu’il ne supporte pas sont les attaques contre l’armée. Déroulède n’est pas antisémite : il est l’une des rares grandes figures a avoir condamné sans ambiguïté La France juive d’Edouard Drumont lors de sa parution ; il déclare en 1890 que « L’antisémitisme est la honte de notre siècle ». De ce fait, il supporte mal la mainmise des antisémites sur le mouvement anti-dreyfusard et est décontenancé par la nouvelle génération de la Ligue qui crie « A bas les juifs ! ». S’il trouve l’influence des juifs trop forte en France (il parle plusieurs fois de les remettre à leur juste place), il comprend mal les motivations de l’antisémitisme et lorsqu’il s’exprime sur ce sujet, il n’y voit qu’une résurgence des guerres de religion.

    A la fin des années 1890, constatant que toutes les voies pour imposer ses idées s’avèrent être des impasses, Déroulède songe au coup d’Etat. Lorsque, à Nice, il apprend la mort de Félix Faure (16 février 1899), il rentre immédiatement à Paris dont l’atmosphère est agitée. Pensant que le peuple de Paris est avec lui (le nouveau président Loubet est hué), il approche plusieurs généraux : beaucoup lui assurent qu’ils suivront mais aucun ne veut marcher en tête, sauf un : Pellieux. Le 23 février, selon le plan prévu, Pellieux devait passer place de la Nation avec sa troupe tandis que Déroulède devait l’attendre avec ses ligueurs puis marcher sur l’Elysée. Les événements ne se passent pas comme prévu : les ligueurs sont en trop petit nombre (environ 500) et Pellieux se défile au dernier moment. C’est le général Roget qui se présente (un des conjurés mais ne voulant pas prendre la tête du coup d’Etat), rentrant à la caserne avec ses hommes. Déroulède s’élance quand même, attrape la bride du cheval du général et lui lance :

    « Mon général, sauvez la France ! Vive la République ! A l’Elysée ! A l’Elysée ! »

    Roget est inflexible et rentre à la caserne… avec Déroulède. Le coup de Déroulède paraît grotesque (une « subite hallucination » pour La République française, une « rêverie de poète » pour Les Débats). Déroulède, lors de son procès, clame que s’il est acquitté il recommencera : il est acquitté et tente de recommencer. Le nouveau plan est plus élaboré mais la police découvre le coup en préparation. Cette fois, la Haute Cour le bannit du territoire pour dix ans (4 janvier 1900).

    duel Jaurès Déroulède
    Le Petit Journal, supplément illustré
    du 18/12/1904.

    Il s’exile en Espagne, à Saint-Sébastien, localité qui devient un lieu de pèlerinage pour les nationalistes. Depuis sa maison d’Espagne, Déroulède continue à diriger la Ligue par le biais de son lieutenant Galli. Il n’est autorisé à rentrer provisoirement en France (pour 24h) par le gouvernement que pour un duel face à Jean Jaurès qui devient la principale cible de la Ligue (l’Espagne ne voulant pas d’un tel duel sur son territoire). L’Humanité avait égratigné un hommage rendu à Jeanne d’Arc par la Ligue dans un article intitulé « La Bataille des Pyramides » (28 novembre 1904). Deux balles sont échangées à 25 pas le 6 décembre au matin, cela sans conséquence, devant une foule curieuse.

    Il rentre en 1905 en France à la faveur d’une amnistie votée par l’Assemblée. Suite à son échec aux législatives de 1906 en Charente, il renonce à la carrière politique et refuse de se présenter à l’Académie française en 1908 malgré l’insistance de Maurice Barrès. Lors des dernières années, la politique intérieure est délaissée pour la politique extérieure : l’Alsace et la Moselle reviennent au premier plan. Déroulède s’en prend surtout au pacifisme, à l’antimilitarisme, à l’internationalisme portés par ceux qu’il appelle les « émigrés de l’intérieur » coupables du « crime de lèse-patrie ».

    « les apostats de la France et les renégats de nos traditions ont inventé toute une série de paradoxes ayant pour but d’acheminer petit à petit la Nation vers l’indifférence pour la Patrie. [...] En voici deux des [formules les] plus répandues, des plus accréditées mais non pas des moins nuisibles : « Tous les peuples sont frères. Je suis un citoyen du monde. »
    J’ai déjà dit souvent, mais le répéterai mille et mille fois s’il le faut, que la fraternité des peuples n’a rien en soi à quoi je sois formellement contraire, à la condition que notre premier frère soit le frère français. Ce n’est qu’après avoir fait pour ce frère-là tout ce qui est « humainement » possible de faire que nous aurons le droit d’examiner ce qui pourra être fait « humanitairement » pour les autres. Belle conception de vouloir former les Etats-Unis d’Europe, alors qu’après quatorze siècles d’existence commune, nous ne sommes même pas capables chez nous d’organiser les Etats-Unis de France !
    L’évidente ineptie de l’idée suffit à faire douter de la bonne foi de ses prosélytes.
    Il en est de même pour la pompeuse déclaration de ces soi-disant citoyens du monde. Ils seraient bien embarrassés, je suppose, s’il leur fallait désigner l’emplacement de leur cité mondiale. car enfin, c’est la cité qui fait le citoyen et qu’est-ce qu’un citoyen sans cité sinon un sauvage ?
    [...]
    A vrai dire, l’effet de la propagande humanitaire commence à s’user. Aussi, la secte qui s’évertue à démilitariser et à décatholiciser les Français afin de les opprimer plus sûrement a eu recours à une autre maxime. Ils l’ont retrouvée toute faite dans les
    Rêveries d’un promeneur solitaire : « Heureux les peuples qui n’ont pas d’Histoire ! » [...] Ils savent pourtant bien, ces sophistiqueurs d’idées, ces professeurs d’oubli et d’abdication, que c’est à coups de sabre que la France s’est taillée sa place dans le monde et que c’est faute d’avoir tenu son épée assez aiguisée qu’elle a perdu deux de ses plus belles provinces et avec elles et en même temps qu’elles, une partie de cet apanage sacré sans lequel un peuple n’a plus sécurité ni fierté : l’Indépendance ! » (extrait du discours du 10 juin 1909)

    II. Le déroulédisme

    ● La république plébiscitaire

    Déroulède se veut profondément républicain : il est hors de question pour lui qu’une restauration monarchique ou impériale ait lieu. En revanche, il combat pour une autre république qu’il qualifie de plébiscitaire et qu’il oppose à la république parlementaire laquelle confisque la parole du peuple et est considérée comme source des maux de la France. Sa République idéale est centralisée, dispose d’un pouvoir exécutif fort et base sa légitimité sur le recours aux consultations populaires (référendums qu’il nomme plébiscites). Son vœu le plus cher est l’élection au suffrage universel du président de la République, lequel disposerait d’un mandat de cinq ans toujours renouvelable. Le Parlement est réduit à n’être qu’un organe de contrôle et n’empiéterait pas sur l’exécutif.

    L’épithète « plébiscitaire » met mal à l’aise ses propres alliés (sauf bonapartistes) qui le passent sous silence lors de leurs campagnes, y voyant un repoussoir idéologique (cela rappelle trop le Second Empire). Déroulède pourtant n’en démord pas, pensant qu’expliquer rationnellement ses idées suffira à les faire accepter. Il ne se résoudra qu’à plus ou moins abandonner la formule tardivement, après 1903, après les nombreuses pressions de ses amis.

    ● Questions économiques et sociales

    Déroulède n’a eu aucune formation économique, ses idées restent assez vagues et sont largement inspirées par Eugène Deloncle, l’un de ses éphémères lieutenants. Au niveau industriel, sa préférence va à la petite entreprise et à l’artisanat contre les grandes usines et manufactures. Il éprouve une grande méfiance vis-à-vis du monde des affaires et de la Bourse : « les hommes d’argent n’ont, pour la plupart, d’autre patrie que leur coffre-fort » (1907). Il condamne la lutte des classes (bien qu’il dise la comprendre) et se prononce en faveur d’une redistribution des richesses. Il vote systématiquement toutes les propositions de loi visant à réduire la durée du travail et à améliorer le sort des enfants dans l’usine ; il se montre favorable à l’accroissement du poids des syndicats ouvriers et soutient les grévistes. En 1890, il dépose une proposition visant à créer une caisse nationale des retraites et appuie l’année suivante le contre-projet Constans (« le progrès social […] je suis prêt à l’accepter même de M. Constans »). Au niveau fiscal, il reste extrêmement flou, se contentant de demander une réforme en 1885 dont il se garde de préciser le contenu (sauf la suppression des octrois). Sa seule originalité en la matière a été de se prononcer en faveur de l’impôt sur le revenu, impôt qu’il juge juste (instauré en 1914).

    Il se déclare protectionniste et met en avant cette thématique dans les années 1880. Il entend lutter contre la concurrence déloyale et la main d’oeuvre étrangère : « La première défense nationale à organiser est la défense du travail national contre les travailleurs étrangers ; la défense de l’industrie et du commerce français contre la concurrence et la contrefaçon étrangère, la défense des colonies françaises contre leur exploitation par des étrangers […]. L’heure est venue d’un égoïsme national. » (1883). Il vote la loi Méline en 1892, instaurant un tarif douanier protectionniste sur l’agriculture, et s’en déclarera satisfait.

    ● La religion et l’Etat

    Déroulède se montre modéré en matière religieuse. Personnellement, il se dit catholique mais n’est en réalité pas croyant (il est plutôt déiste). Ses ennemis l’accusent tout au long de sa carrière d’être clérical, accusation dont il se défend. Il renvoie dos à dos « le gouvernement des curés » et l’anticléricalisme, « cette guerre à Dieu qui n’est qu’une autre foi » (pièce La Moabite). En 1891, quand le député Camille Dreyfus réclame la séparation de l’Eglise et de l’Etat, Déroulède prend la parole : « Je suis surpris qu’un débat semblable soit précisément ouvert devant vous non pas par un des 36 millions de catholiques mis en cause, mais bien par un des 500.000 ou 600.000 israélites ». Dreyfus proteste en se qualifiant de libre-penseur et Déroulède lui répond « Je proteste quand je vois que l’on veut déchristianiser la France pour la judaïser peut-être ! ». En 1905, il condamne fermement la Séparation mais reste à l’écart des manifestations contre les inventaires.

    Ses relations avec la franc-maçonnerie évoluent. Au cours des années 1880, les francs-maçons étaient nombreux à la Ligue des patriotes et le leader se montre plutôt bienveillant, les liens se distendent à partir du virage boulangiste et après 1900, Déroulède tient des propos durs vis-à-vis des loges sans afficher une hostilité de principe.

    ● Position par rapport à l’Allemagne

    La priorité de Déroulède est la récupération des territoires perdus dans la guerre de 1870. Dans ses discours, il parle rarement de l’Allemagne mais de la Prusse ; il se dit dépourvu de toute haine à l’égard des autres provinces germaniques et affirme qu’une fois l’Alsace-Moselle récupérée, pas un centimètre carré de territoire allemand ne sera pris. Le chef de la Ligue se défend d’aimer la guerre pour la guerre : « Je ne suis pas un monomane de la guerre, je sais trop ce qu’elle coûte aux individus, aux familles et aux Etats, je ne suis même pas un ennemi acharné de notre ennemi. » (1912).

    * * *

    A la fin de sa vie, Déroulède se retire à Langély où il rédige ses Feuilles de route (ses souvenirs) dont le premier volume paraît le 15 janvier 1907. Peu à peu, le chef de la Ligue se rapproche du pouvoir déporté à droite par l’accroissement du poids des socialistes : Clemenceau, ancien ennemi, finit par gagner son estime et il porte de grands espoirs en Poincaré. La Ligue des patriotes voit son poids s’affaiblir du fait de la modération de son chef, que certains de ses membres ne comprennent pas, et du fait de l’irrésistible ascension de l’Action française d’une part et de l’Action libérale d’autre part. Barrès déclare le 14 juillet 1913 que la Ligue est victorieuse puisqu’elle a « nationalisé » ses adversaires. Déroulède tombe malade en février 1913 (tachycardie, tension). A Champigny, le 7 décembre 1913, il prononce son dernier discours qui est un adieu à la Ligue et décède le 30 janvier 1914 avec la bénédiction papale. Le lendemain, lors des obsèques, les témoins parlent d’une foule extrêmement dense comparable à celle qui avait suivi les obsèques de Victor Hugo, et d’un silence total. De nombreuses personnalités suivent le cortège dont Millerand, Léon Daudet et Maurras. Six mois plus tard éclate la Revanche pour laquelle le chef de la Ligue avait tant combattu.

    Archives de la parole : Déroulède, fragment du panégyrique d’Henri Regnault puis poème « En avant ! ».

    Bibliographie :
    DÉROULÈDE Paul, Qui vive ? France ! « Quand même ! ». Notes et discours, 1883-1910, Paris, Bloud et Cie, 1910.
    JOLY Bertrand, Déroulède. L’inventeur du nationalisme, Paris, Perrin, 1998.

    http://histoire.fdesouche.com

  • Les décroissants : Être et ne plus avoir…

    Fatigués de la course au “toujours plus”, ils ont choisi de vivre mieux avec moins. Une nouvelle éthique de vie qu’ils mettent en actes au quotidien. Témoignages.

    Qu’on les baptise « décroissants », « créatifs culturels », « consomm’acteurs », que l’on range le mouvement dans un tiroir intitulé « simplicité volontaire » ou « downshifting », peu importe… Car la dynamique est bien là : de plus en plus de personnes, en Amérique du Nord comme en Europe, veulent cesser de se laisser déborder par une vie qui ne leur convient plus.

    Pour l’instant, impossible de chiffrer avec exactitude l’ampleur de la vague, mais des instituts d’études en marketing évoquent déjà une « tendance significative et en expansion (1) ». Aux États-Unis, environ 20 % de la population serait concernée, et plus de dix millions d’Européens auraient déjà modifié profondément leur manière de vivre. « On peut parler d’un étouffement des individus dans cette société dévorée par les objets et la technologie », souligne le psychanalyste Jean-Pierre Bigeault.

    Prise de conscience et passage à l’acte

    Surconsommation, course à la réussite sociale, ravages de la pollution et diminution des ressources… les décroissants font le même constat que beaucoup d’entre nous : leur vie ne tourne pas rond. Mais eux passent à l’acte. Une montée de conscience qu’explique la psychanalyste Luce Janin-Devillars : « Pour endiguer les ravages de la pollution, certains comprennent qu’il y a une noblesse à réparer ce qui peut l’être, à inverser la tendance du jetable pour préserver l’avenir des générations futures. »

    Une fois le processus du « désengagement » enclenché, la diminution des besoins matériels est remplacée, peu à peu, par une grande richesse intérieure. Un peu comme si l’espace « dégagé » laissait entrer une autre dimension, spirituelle, presque mystique. Il ne s’agit pas de renouer avec de vieilles traditions contemplatives religieuses, retiré du monde, à la recherche d’un dieu. Cette spiritualité-là, au contraire, va à la rencontre des humains, chacun se sentant partie intégrante d’un tout, et non plus maître arrogant de la planète.

    Luce Janin-Devillars en est persuadée : « L’éducation, la socialisation, le vivre avec les autres, le religieux au sens premier de religare, “relier”, sont là pour nous humaniser, nous conduire vers une créativité aussi propre que possible. » En tout cas, c’est ainsi que les décroissants que nous avons rencontrés cherchent un nouvel équilibre. Des fous ou des avant-gardistes ?

    Qui sont-ils ?

    Les « décroissants »

    Ils contestent la société de consommation, réduisent leur pollution, mangent bio. S’y retrouvent écologistes, altermondialistes, déçus de l’action politique… et bien d’autres, d’aucun bord en particulier.

    Les consom’acteurs

    Des « décroissants » particulièrement impliqués dans la consommation de produits équitables.

    Les downshifters (ou « désengagés »).

    L’expression existe aux États-Unis depuis 1986. Ils veulent ralentir dans tous les domaines, mais surtout dans le travail.

    Les slow food et les slow life

    Ils participent, de près ou de loin, au mouvement international, créé en Italie, qui promeut les « vrais » produits, la « vraie » nourriture, la convivialité, en opposition à la fast food et à la fast life.

    Et aussi…

    Le Mouvement de la simplicité volontaire lancé par Duane Elgin, essayiste canadien ; les No Logo, qui refusent le diktat des marques et de la publicité ; les Soho-Solos, qui travaillent seuls ou en toutes petites unités.

    Témoignages: “nos amis se fichaient de nous. Maintenant, ils nous envient

    Francis, 41 ans, marié, deux enfants. Lui et sa femme ont quitté Paris il y a quinze ans pour vivre en lisière de la forêt de Fontainebleau, dans une maison construite de ses mains.

    « On a longtemps vécu à Paris. On y a fait nos études aux Arts déco. En 1991, je me suis installé ici quatre jours par semaine, dans une cabane construite par mon grand-père, au milieu du jardin. Mes parents venaient de mourir d’un cancer, à peine âgés de 50 ans, à quatre ans d’intervalle. Les voir mourir comme ça… On ne pouvait plus envisager notre vie de la même façon. Passer son temps à travailler, comme eux, ne pas profiter de la nature, de la vie… Charlotte est venue me rejoindre. Tous nos amis se fichaient de nous !

    J’ai commencé à travailler le bois. Puis, après la naissance de nos filles, l’idée d’une maison en rondins s’est imposée : des matériaux naturels ne nécessitant aucune énergie, 100 % recyclables, une isolation naturelle parfaite. Je l’ai construite en deux ans. Ce choix correspond absolument à nos désirs de simplicité, d’harmonie, de protection de l’environnement. Nous élevons nos enfants dans cet esprit : respect de la nature, vie avec les saisons, pas de gaspillage…

    Je construis une cuve et un bassin de récupération de l’eau de pluie. On pratique beaucoup le voisinage : je te donne des tomates, tu me prêtes la main. Financièrement, ce n’est pas toujours facile. Charlotte est free-lance pour des magazines, je cultive des légumes… Mais on est tellement plus heureux ! Le plus marrant, c’est que nos amis qui nous prenaient pour des dingues nous envient et nous demandent des conseils pour en faire autant ! »
    Sans mes enfants, je serais prête à lâcher encore plus

    Laurence, 43 ans, mariée, trois enfants. Ex-architecte, elle a créé une boutique de design écologique et équitable en région parisienne.

    « Je suis de nature révoltée. Enfant, je voulais être avocate, chirurgien, sauver des vies. Je suis devenue architecte, pour créer de beaux endroits pour les gens. Mais la quarantaine arrivant, rien ne me convenait plus : ni notre mode de vie, ni mon boulot. Surtout, l’environnement me posait une grande question : qu’est-ce que nous allions laisser à nos enfants ? Tout ce gaspillage, ce déséquilibre…

    La mort de mes parents, à très peu de temps d’intervalle, m’a mise debout. J’ai compris qu’ils s’étaient épuisés à travailler. Il n’y avait plus de temps à perdre. Il nous a fallu deux ans pour concrétiser notre projet : vivre ailleurs, autrement, changer d’activité professionnelle.
    Le premier pas a été l’achat de notre espace au sein de ce que l’on appelle “l’usine”, à Ivry-sur-Seine, en région parisienne. Aujourd’hui, elle est devenue un lieu de vie en commun, où nous habitons à une quinzaine de familles, partageant le jardin, des objets, des repas…

    Ensuite, j’ai arrêté l’architecture et ouvert ma boutique de design écologique. On a revu nos dépenses à la baisse, on recycle, on bricole. Sans mes enfants, je serais prête à lâcher encore plus, y compris ma maison. A vivre de très peu. A renoncer vraiment à “l’avoir” pour laisser la place à “l’être”. On me dit souvent que mon magasin, c’est un truc de bobos, de privilégiés… je m’en fiche. Les comportements, les sociétés ont toujours changé grâce aux classes les plus favorisées. Tout le monde doit s’y mettre, on n’a plus le choix… »

    Nos ressources ont baissé de 25 %, et alors ?

    Robert, 40 ans, marié, trois enfants. Anglais, il a quitté son entreprise d’agroalimentaire pour s’installer dans le Gers et devenir consultant indépendant en marketing.

    « En 2001, nous avons décidé de quitter Bristol, en Angleterre, où je travaillais pour une entreprise d’agroalimentaire. Je voulais sortir de la vie d’entreprise dans laquelle j’évoluais depuis quinze ans, reprendre mon activité en main. Je ne supportais plus de vivre dans cet environnement de performance financière, de penser sans cesse au profit des actionnaires… Ma femme est française, nos enfants, bilingues, cela a facilité la décision.

    Ma femme a pu intégrer l’Éducation nationale comme professeur d’anglais. Et nous nous sommes installés à dix kilomètres d’Auch, le Sud-Ouest. Nos ressources ont baissé d’environ 25 %, et alors ? Nous avons tellement gagné en contrepartie : du temps pour les enfants, les amis, du plaisir… Je suis plus créatif. Je travaille pour moi, et surtout je maîtrise tout ce que je fais, de A à Z… Ce qui ne veut pas dire que je vois le monde de l’entreprise comme le grand méchant loup : je n’exclus pas d’y entrer de nouveau. Mais je pense qu’il faut envisager d’autres types de relation au travail.
    Les Soho-Solos (2) que je côtoie ici ont tous ce même désir de modifier les rapports avec l’entreprise. C’est un vrai mouvement qui s’amorce.
    »

    Je voulais travailler pour vivre et non l’inverse

    Marc, 40 ans, marié, deux enfants. Ancien cadre supérieur chez Elf-Aquitaine, il est aujourd’hui enseignant en éthique des affaires à Barcelone.

    « A ma sortie de Sup de Co, j’ai été engagé chez Elf- Aquitaine comme cadre supérieur dit “à haut potentiel”, très bien payé. Pourtant, il me manquait quelque chose…

    Je voulais m’enrichir intellectuellement, travailler pour vivre et non l’inverse. J’ai démissionné. En même temps, Sybille, ma femme, quittait son travail de directrice commerciale pour commencer un DEA en économie de l’environnement.

    J’ai alors repris des études à l’Institut européen des affaires. Nos ressources ont été divisées par deux mais, de nouveau, j’étais libre. A la fin de mon doctorat, j’ai choisi délibérément un poste moins prestigieux que d’autres, à l’université de Barcelone où j’enseigne l’éthique des affaires. Nous vivons très simplement, sans télévision ni radio, avec ce même désir d’être le plus possible en accord avec nous-mêmes, avec notre famille. Depuis quelque temps, j’ai entamé un nouveau processus : me détacher de “l’avoir”, de la reconnaissance sociale flatteuse, pour aller vers “l’être”.

    Aujourd’hui, j’essaie même de me détacher du “faire” pour aller encore plus vers “l’être”. Je quitte peu à peu le domaine de la compréhension intellectuelle pour me diriger vers une
    plus grande contemplation, une capacité à m’émerveiller de ce que je ne comprends pas, comme les émotions, ou simplement la beauté d’un paysage. Abandonner les “objectifs”, déverrouiller la porte, laisser entrer les “autres”. Auparavant, j’étais à la recherche du bonheur, maintenant, je suis davantage à la recherche de ma vie.
    »

    Notes

    1- Trends Research Institute (institut américain de recherche sur les tendances).

    2 – Le Soho-Solo est un programme européen destiné à faciliter l’installation des travailleurs indépendants dans les régions de l’Ouest de l’Europe. Site : www.soho-solo.com

    Psychologies

    http://fortune.fdesouche.com

  • Théorie du genre : Au cœur des sphères politique, culturelle, scientifique et médiatique, une idéologie à combattre fermement et par tous les moyens

    Comprendre la visée politique des philosophies du genre, par Alexis Aguettant*

    Aujourd’hui, les philosophies du genre gagnent du terrain. Les philosophies dominantes en la matière peuvent être définies comme des idéologies en ce qu’elles posent que l’être humain doit systématiquement revendiquer le droit de construire librement son identité, cela en raison, semble-t-il, du fondement même de la démocratie moderne : l’individu roi et souverain.

    Cette thèse se développe dans la recherche moderne de l’égalité et de la parité par la lutte contre toute forme d’exclusion et de discrimination, de la liberté des orientations sexuelles choisies et de la libération d’une hétérosexualité fabriquée par les hommes pour mieux exercer leur domination masculine. Tous ces concepts font partie des discours actuels sur le genre, mêlant considérations scientifiques, raisonnements philosophiques et politiques (1).

    Les 4 critères de la méthodologie des études de genre

    La méthodologie (2) des études de genre s’appuie sur quatre critères très orientés philosophiquement : « faire éclater les visions essentialistes », « prôner une approche relationnelle des sexes », « appréhender les relations sociales entre les sexes comme un rapport de pouvoir », « ne pas analyser les rapports de genre indépendamment des autres rapports de pouvoirs ». Ce dernier critère explique que les études de genre soient en relation avec les études sur le racisme, le colonialisme, l’antisémitisme, le sexisme, les discriminations au travail, etc.

    1. Faire éclater les visions essentialistes

    La première démarche des études sur le genre est donc de « faire éclater les visions essentialistes » de la différence des sexes. Une vision essentialiste consiste à attribuer aux femmes et aux hommes des caractéristiques immuables en fonction de leurs caractéristiques biologiques. Or effectivement, la psychologie, la sociologie semblent montrer qu’il n’y a pas de déterminisme à partir du biologique. Les caractéristiques homme-femme ne seraient donc pas immuables puisqu’elles peuvent changer selon les individus, les sociétés. Les sciences humaines et sociales questionnent les identités masculine et féminine, jusqu’à un certain point ce questionnement est légitime. Cependant il apparaît que nier les caractéristiques biologiques propres à chaque sexe pour asseoir une approche exclusivement culturelle de nos identités est un écueil à éviter. Écueil auquel n’échappent pas les pro-gender. [...]

    La suite sur NdF

    http://www.actionfrancaise.net

  • Albert Algoud parle de Charles Maurras


    Albert Algoud parle de Charles Maurras par viveleroi3


    Albert Algoud parle de Charles Maurras (2) par viveleroi3


    Albert Algoud parle de Charles Maurras (3) par viveleroi3

  • Florian Rouanet - Doctrine du Nationalisme français (à l'AFS)


    Florian Rouanet - Doctrine du Nationalisme... par Floriano75011

  • Chantal Delsol : "Une minuscule coterie mène en bateau tout un pays"

    Le Figaro Magazine - 12/01/2013
    Mariage homosexuel, droit à l'adoption pour les couples de même sexe, extension de la PMA aux lesbiennes, transformation de la parentalité et de la filiation. Quelles conséquences anthropologiques et culturelles pour toute notre société ? Réponse d'une philosophe *.
     Propos recueilllis par Jean Sévillia

    Le Figaro Magazine - En premier lieu, pouvez-vous nous rappeler le sens et le but du mariage civil...
    Chantal Delsol - Le mariage est une institution faite pour garantir et protéger ces manifestations de l'existence humaine que sont la procréation, l'accueil de l'enfant et l'éducation/transmission. Le but essentiel du mariage est la protection du faible, c'est-à-dire de l'enfant. Celui-ci a besoin pour grandir d'un milieu stable, d'où l'institution. Le mariage est un contrat tissé par les deux futurs parents autour de ce projet.
    L'expression « mariage pour tous » a été abandonnée dans le projet de loi, mais elle a été initialement utilisée par les promoteurs du mariage gay. En quoi est-elle contradictoire avec l'idée du mariage ?
    C'est contradictoire en raison de la définition même du mariage. Celui-ci n'est pas fait pour tous, mais pour ceux qui souhaitent fonder une famille. L'expression « mariage pour tous » est une divagation. Au départ elle signifie que les couples hétérosexuels ne sont pas les seuls à pouvoir se marier. Elle détourne le mariage de son but : on ne se marie plus pour protéger les futurs enfants du couple, mais parce que l'on s'aime. Tous ceux qui s'aiment pourraient donc se marier. Dans ce cas, on pourrait assister à toutes sortes de mariages étranges, dont ne voudraient pas même les partisans du texte : entre un père et sa fille, entre deux enfants, voire entre un humain et son animal de compagnie. Ce n'est pas sérieux.

    Que vaut le concept d'« égalité » brandi par les partisans du mariage homosexuel ?
    Nous voyons bien là que la passion de l'égalité engendre des âneries. Tout ne peut pas être donné à tous. Il y a des destinations aux choses, aux institutions, des projets spécifiques auxquels tous ne peuvent pas prétendre, simplement parce que nous sommes différents les uns des autres. Aujourd'hui la différence est devenue une discrimination, ce qui signifie que toute différence serait injuste : il suffit de voir le crétinisme profond qui s'exprime dans la Halde (Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité). Or l'homme est un être de relation, et il n'y a pas de relation du même au même : on n'entretient de complicité qu'avec la différence. Vouloir effacer toutes les aspérités, les bigarrures, les contrastes, c'est vouloir nous réduire à l'état d'éponges.

    Ouvrir le droit à l'adoption pour les couples homosexuels, ce serait un bouleversement anthropologique...
    D'une manière générale, je crains toujours d'abuser de l'idée de « nature ». On a prononcé tant d'exagérations à ce sujet que ce n'est plus guère crédible. Chaque fois qu'un changement social se produit, certains arguent que l'on va contre la « nature ». Certains textes du début du XXe siècle disaient que laisser les filles faire des études supérieures produirait des catastrophes, parce qu'elles ne sont pas faites pour cela. Comme la nature a bon dos ! Ne nous précipitons pas sur cet argument. Pourtant, dans le cas présent, la question est légitime. Où est la « nature », dira-t-on ? Regardons les deux projets de loi actuellement en route : celui sur l'euthanasie et celui sur le mariage gay. L'euthanasie a toujours existé partout, sauf dans les sociétés chrétiennes : partout on laissait mourir les enfants contrefaits et les vieillards trop fatigués ; là où l'infanticide a été interdit, comme sous Mao en Chine, c'était pour être « moderne », c'est-à-dire pour ressembler à l'Occident... Ce qui signifie que le projet de loi sur l'euthanasie n'est pas une rupture anthropologique, mais une rupture culturelle : un retour aux civilisations préchrétiennes. Tandis que pour le mariage gay, c'est autre chose. Aucune société n'a jamais mis en place une affaire pareille ! Nous ne trouvons des idées de ce genre - je dis bien des idées, jamais des réalisations - que chez certains esprits révoltés contre la société, à des périodes rares. Je citerais Diogène le Cynique, qui réclamait que l'on couche avec sa mère et que l'on mange son père, ou bien Sade et Shelley qui, après la saison révolutionnaire, exaltaient tout ce que l'époque considérait comme des perversions. Ces beaux esprits pouvaient amuser certains salons, mais aucune société n'aurait voulu légitimer ces comportements par des lois ! Car les sociétés savaient bien qu'il s'agissait là de subversion anthropologique, ou de nihilisme. Pour le mariage gay, il s'agit bien de cela ; mais pour la première fois, il y a tentative de réaliser ces délires.

    Les députés socialistes veulent aller plus loin que le projet présidentiel en imposant la PMA (procréation médicalement assistée) pour les couples de femmes. Quelles en seraient les conséquences ?
    C'est clairement une rupture anthropologique et une expression du nihilisme, au sens où l'on tord le cou à la filiation et à la transmission. On va faire croire à l'enfant qu'il a deux mères, alors qu'il est bien né, même grâce à la médecine, d'un père et d'une mère ! L'enfant sait quand on lui ment. Il a besoin de la vérité, et le souci de ses origines est primordial pour lui. Pourquoi a-t-on si peur de fabriquer des OGM et ne craint-on pas de fabriquer des enfants fous ? Les enfants me paraissent plus importants que les maïs... C'est ici qu'on n'a plus du tout envie de rire, mais de se mettre en colère : on ne joue pas avec les enfants ! Un enfant, ce n'est pas juste le fruit de mon envie, de mon désir, le jouet, qu'on fabrique comme ça et à qui on va raconter n'importe quoi. Un enfant, c'est sérieux, c'est une personne et à ce titre un seigneur, un roi, qui a droit à notre respect infini, et qui doit grandir alors que l'existence est truffée de difficultés. L'enfant n'est pas le produit de notre caprice, mais il n'est pas non plus le produit de notre révolte sociale : on ne le met pas au monde pour emmerder les hétéros ! Ça ne marche pas ainsi, la transmission de la vie et plus tard la transmission de la culture : c'est une oeuvre, un travail d'humilité et non de revanche ni de puissance... Je dois dire que la communauté homosexuelle ne manifeste pas l'esprit de sérieux requis. Dès qu'elle se montre, c'est dans l'esprit des bacchanales ! Je n'ai rien contre les bacchanales, mais que l'on ne mette pas d'enfants au milieu ! Tout le monde comprend cela.

    Si le droit de la PMA est modifié, une deuxième étape pourrait être la légalisation de la gestation pour autrui (les mères porteuses). C'est alors tout l'édifice de la filiation qui serait ébranlé...
    La gestation pour autrui n'est que la suite. Mais naturellement, c'est encore plus indigne parce qu'en plus on loue des ventres, ce qui n'est pas admissible. Qui gagnera ici : les homosexuels masculins qui exigeront de satisfaire leurs désirs, ou les homosexuelles qui s'indignent qu'on loue des ventres ?
    Toutes les religions représentées en France se sont prononcées contre le mariage homosexuel.

    L'expression de ce refus constitue-t-elle un viol de la laïcité ?
    Selon la définition française de la laïcité, oui ! Car la tradition française a tendance à penser que la laïcité, c'est la vie dans la neutralité absolue - c'est bien ce que dit notre ministre de l'Education quand il prépare pour l'école des cours de morale universelle, c'est-à-dire complètement exempte des particularités culturelles... Cela n'existe pas ! Les principes qui nous font vivre, et surtout les principes qui nous structurent et que nous n'inventons pas, sont tous ancrés dans des particularités : des morales religieuses ou non, des sagesses, des traditions locales ou nationales, des mythes civilisateurs, etc. Vouloir vivre dans le neutre ou l'universel, c'est se prendre pour des esprits désincarnés. En réalité, les principes des sociétés occidentales sont nourris aux racines du judéo-christianisme, et il est bien cohérent que ce soient les religions qui les rappellent, ces principes, puisqu'elles en sont pour ainsi dire les tabernacles.

    Mais il y a aussi des non-croyants, des citoyens votant à gauche et des homosexuels qui sont hostiles au projet gouvernemental...

    Naturellement ! Enormément de gens ! Et beaucoup d'homosexuels ! Pourquoi ? Mais parce que le nihilisme n'est pas un projet de société : il ne convient qu'à quelques bobos qui amusent la galerie cinq minutes, mais dont il est criminel de réaliser les projets (Diogène était le premier bobo de notre histoire, et les Athéniens disaient déjà, en regardant ses vêtements de SDF branché, qu'on « lui voyait la vanité par les trous », mais la société dans laquelle il vivait n'a jamais essayé de mettre en place ses élucubrations, elle n'était pas folle). En réalité, nous nous trouvons en face d'une minuscule coterie qui mène en bateau tout un pays : une gauche qui a peur de son ombre dès qu'on lui parle d'une inégalité, une droite qui a encore trop souvent peur de la gauche, et un Président falot. Cette minuscule coterie parvient à se faire entendre en se faisant plaindre (« nous sommes les seuls à n'avoir pas droit au mariage »), et dans une société où le héros, c'est la victime. Alors ça marche. Cependant, la plupart d'entre nous ne sont pas dupes de cette arnaque, et je suis sûre que beaucoup d'homosexuels ont honte : ils sont assez lucides pour comprendre que la très grande majorité de leurs collègues archiminoritaires n'ont aucune envie de se marier, que s'ils le font, ce sera par provocation, et que leur essentielle motivation est de subvertir des institutions qu'ils maudissent (si le mariage est partout, il n'est nulle part). Ce qui est bien clair dans l'un des slogans utilisé par des militants du « mariage pour tous » dans une manifestation : « Un(e) hétéro, une balle ; une famille, une rafale. » Non désavoué par les organisateurs, ce slogan traduit bien le nihilisme dont nous parlons. Le débat, ici, n'est pas entre croyants et non-croyants, entre gauche et droite, entre hétéros et homos, mais entre humanistes et nihilistes.

    « C'est une réforme de société et on peut même dire une réforme de civilisation », a affirmé Christiane Taubira. Cette réforme ne serait-elle pas plutôt une révolution ?
    Ce n'est pas une réforme de société, puisqu'elle vise à défaire cette société (par le bouleversement de la filiation) et non pas à la réformer. Ce n'est pas une réforme de civilisation, puisque aucune civilisation nouvelle ne peut sortir de là - cela n'a jamais existé nulle part. Je n'utiliserais pas le mot révolution, parce qu'une révolution vise au retour à un état précédent, soit historique (la révolution américaine), soit mythique (la révolution russe). Ici, aucune idéologie ne soutient ce projet. C'est juste une pantalonnade d'anarchistes pédants et tapageurs, et d'autant plus pédants et tapageurs qu'on a pris l'habitude de les prendre au sérieux.

    Si la manifestation des opposants au projet, le 13 janvier, est un énorme succès, quelle issue politique y aura-t-il pour François Hollande ? Le recours au référendum ?

    Dans ce cas, François Hollande pourrait faire voter la loi en précisant bien qu'il ne sera jamais question de PMA (ce qui signifie qu'il en sera question dans quelque chose comme deux ans). A priori, on n'imagine pas qu'il puisse retirer sa loi : il est trouillard ! Toutefois, il faut se souvenir de 1984 : personne n'espérait que François Mitterrand allait retirer sa loi, et pourtant... On peut donc espérer. De toute façon, nous ne pouvons pas laisser passer une monstruosité pareille sans nous exprimer clairement : nos descendants nous jugeront là-dessus, comme nous avons jugé nos anciens à leur attitude devant les totalitarismes. Aujourd'hui, la barbarie, c'est ça.
    Propos recueilllis par Jean Sévillia
     * Professeur de philosophie à l'université de Marne-la-Vallée, où elle dirige l'Institut Hannah Arendt, Chantal Delsol est membre de l'Institut. Dernier livre paru : L'Age du renoncement (Cerf).

    http://www.jeansevillia.com

  • Pour sortir de toutes les incohérences…

    Humeurs stratégiques
    Quand c'est urgent, il est déjà trop tard ! (Talleyrand)

    Citation invitée :  Quand ma bouche et mon bras sont en désaccord, je crois à mon bras. Sagesse chinoise

    INCOHÉRENCES

    Est-ce dû à la multiplication des circuits d'information où l'humeur de chacun et les humeurs de tous ("stratégiques" comprises) trouvent tant de résonances, est-ce un refuge de démocrates en mal d'imagination, est-ce, enfin, le fruit d'un sentiment d'abandon, allez donc savoir ? Pourtant, le moindre observateur, serait-il à peine attentif, peut constater que l'incohérence est devenu la caractéristique première de la plupart des expressions publiques ou privées.

    Si les unes prêtent à sourire, les autres à s'étonner, la plupart du temps, elles provoquent l'atterrement.
    Quelles que soient les circonstances, quels que soient les protagonistes, aucun âge, aucun sexe, aucun environnement même, ne sont épargnés.

    Du café du commerce (où il n'est plus question de refaire l'église et l'Etat devant son petit noir, une cigarette à la main) à la plus docte des assemblées, il semble qu'il y ait de la place où chacun, dans une même phrase, adore sans limites et brûle sans émois, le sujet et l'objet qui viennent d'être portés aux nues. Sans états d'âme, sans pudeurs, sans respect pour nous-mêmes, nous nous contredisons à loisir, si contents de nous-mêmes que notre inconséquence nous échappe.

    Ce pourrait n'être qu'un jeu, une manifestation collective d'une autodérision individuelle mais à y regarder de plus près, ne serait-ce pas une expression quasiment universelle d'un malaise profond ? Personne ne croit plus en personne, pas même en soi-même, tout est méfiance au point que le soleil brillant, il n'est perçu que comme le masque passager d'une tempête à l'explosion de laquelle nous sommes promis. Innocents, impuissants, incapables d'en chercher les éventuelles origines, nous oscillons sans cesse entre l'espoir et l'accablement dans un climat de confusion rarement atteint jusqu'ici. Seule convergence quasiment universelle, nous nous consacrons à la recherche permanente des coupables, car il ne se peut qu'il n'y en ait pas. Bref, nous avons adopté cette remarque prêtée à l'épouse du Général par un chansonnier plus perspicace que la plupart : " Charles, n'avez-vous pas remarqué que depuis notre retour aux affaires, les saisons ont réapparu ?"

    Et tant que nous y sommes, presque pour rire afin de n'en pas pleurer, que penser de cette levée de boucliers contre la notation des profs par leurs élèves alors que nous n'hésitons pas à noter nos dirigeants dans des conditions que nous jugerions inacceptables si nous y étions soumis?

    Avant d'examiner quelques incohérences publiques dont l'effet est particulièrement destructeur, un dernier mot sur un registre dont la négligence relève d'une idée reçue. Nous nous gargarisons d'être les héritiers du « siècle des lumières », nous ne manquons jamais d'en appeler aux grands principes, aux grands ancêtres dans un hommage ému et déférent à la Révolution de 1789, attribuant ainsi à la raison une qualité de transcendance. Sommes-nous donc si assurés, à la lumière qui nous éclaire aujourd'hui, que cette protestation d'une dimension qui dépasserait l'être humain n'est pas le fruit d'une arrogance injustifiée ?

    Les massacres de septembre 1793.
    Massacre à la Salpêtrière - gravure du temps

    LE VASE OÚ MEURT…

    Parmi toutes les incohérences, la première qui  nous vient à l'esprit est celle qui nous frappe le moins bien qu'elle conditionne (ou qu'elle conditionnât !!!) nos actes, les quotidiens comme les plus élaborés. Cet abîme qui sépare l'affirmation de l'objet de la République, inscrit sur le fronton de tous nos édifices et rappelé en toute occasion , « liberté, égalité, fraternité », de sa mise en œuvre dans les détails comme dans les grandes lignes.

    Pour laïques qu'ils se prétendent, la République, son système, ses coutumes, ses serviteurs, tout prend racine dans une conception religieuse de l'être humain. De saint Augustin à Rousseau, de Saint-Just à Marx et aux « nouveaux philosophes », la chanson porte des paroles immuables. Dès que nous grattons un peu, l'Homme apparaît comme un être faible, en proie à de multiples pulsions asociales, incapable de choisir entre le bien et le mal (dont les définitions impliquent de croire à la transcendance). Ses censeurs, ses maîtres à penser, ceux enfin qui, par le jeu des coutumes, des influences et de la parole, s'érigent en « conducteurs » de la foule vers le bonheur dont ils ont imaginé le contenu, « Tous les hommes sont égaux » dit la rumeur publique et les mauvaises langues chuchotent :  « … mais il en est de plus égaux que les autres ! »

     

    Ceux-là, celles-là, se prétendent arbitres, guides, gourous mêmes, miraculeusement possesseurs de la vérité et de son mode d'emploi, quitte à tenter de nous l'imposer par la force dès lors que nous restons sourd(e)s à toute persuasion. Oui, entre le slogan, « liberté, égalité, fraternité » et les modalités de sa mise en œuvre, la première de nos incohérences s'installe en maîtresse. Rien n'est plus liberticide, plus inégalitaire, moins fraternel que l'imposition bureaucratique de dispositions nées dans l'imagination de quelques illuminés (ce dernier terme d'ailleurs ne porte aucune valeur péjorative). Au lieu de nous accepter tels que nous sommes et de fonder une construction sociale sur notre réalité, nous avons inventé un être idéal auquel nous avons décrété que nous devions ressembler. Rousseau, plus « optimiste » que d'autres, pensait que cet homme exemplaire ne pouvait s'exprimer soumis qu'il était dès son apparition, à des forces « sociales » qui le transformaient en un monstre.

    Jean-Jacques Rousseau: le mythe du bon sauvage…

    Bref, une civilisation de la rédemption, qu'elle soit de ce monde, … ou de l'autre, … quelles que soient par ailleurs les dispositions particulières inventées par les divers types de bureaucratie nées de l'ingénuité des uns et des autres.

    Qu'il s'agisse d'une fatalité qui serait due au besoin d'inventer des repères ou à une répression affective commune à tous les êtres humains dès lors qu'ils s'assemblent en communautés restreintes ou étendues ou d'une expression utilitaire des conditions de l'évolution des groupes, les justifications importent peu. Ce qui est en jeu, c'est l'ensemble des conséquences que ce regard entraîne. Cette division entre « ceux et celles qui savent », une minorité éclairée, et « celles et ceux qui ne savent pas », une tribu d'analphabètes indisciplinés, de sauvages soumis à leurs pulsions les plus infâmes (se vêtir, se nourrir, se faire plaisir), incapables d'aspirer à un « bien » commun. La mission, des uns étant de « conduire » les autres vers le « bonheur » dont la conception ne peut être que publique, laïque et obligatoire.

    L'image du bonheur…

    L'incohérence initiale consiste tout simplement à tenter de rendre le terrien lambda conforme à l'image que s'en font quelques illuminés dont la bonne fois ne fait d'ailleurs aucun doute. L'idée simple, que les termes de la comparaison sont complètement irréalistes parce qu'ils nient l'être humain au profit d'un mythe, est jugée dangereuse, voire simpliste, car elle menace toute l'architecture sociale.

    Cette incohérence initiale porte en elle les germes de toutes les contradictions qui animent le développement de nos sociétés.  Quelles que soient nos évolutions, les censeurs observent qu'elles sont le résultat d'un combat permanent entre des « forces de progrès » et des « obscurantismes » divers responsables de toute l'injustice du monde. Ainsi, nous ne sommes que les victimes d'une caste de bourreaux dont l'adresse est héréditaire et dont les privilèges perdurent. Une interprétation commode qui permet à chacun de rejeter sur les « deux cents familles » la responsabilité des mille et une difficultés que tout un chacun rencontre dès qu'il accepte de subir et d'afficher par avance une incapacité d'imaginer une solution collective individuellement inventée.

    Souscrire à ces hypothèses implicites où une minorité tire des ficelles qui font de nous des pantins irresponsables et manipulés, c'est reconnaître  publiquement que le monde est divisé en deux; les malins et les stupides, la distinction étant gommée par un échafaudage de considérations tentant à nous faire croire que la stupidité de la plupart est télécommandée par la malice des minoritaires. De là à croire et à faire croire que la guillotine rend le bourreau malin, il n'y a qu'un pas que nous franchissons allègrement à la moindre occasion… sans que nos rapports à nos semblables et à l'évolution du monde semblent se modifier fondamentalement. Seuls changent, parfois, les noms de ceux et celles qui prétendent mener le troupeau que nous sommes.

    Pourtant, au-delà de cette incohérence, nous avons inventé, souvent en votant avec les pieds, de multiples améliorations de nos existences quotidiennes. Nous avons construit des objets en séries suffisamment grandes pour que leur possession devienne abordable à beaucoup, sinon à tous. Nous avons inventé des médicaments, des interprétations du monde, bref, dans l'ensemble, nous avons imaginé de manière permanente les meilleures solutions du moment pour améliorer nos conditions d'existence. Nos excès mêmes se sont, dans la plupart des cas, révélés porteurs d'évolutions imprévisibles.
    C'est constater qu'au de-là de professions de foi théoriques, à l'intérieur même de nos incohérences, les contradictions révélées ont quand même permis d'étonnants progrès.
     Il faut en voir les raisons dans la distance qui sépare les paroles des actes quotidiens. Certes cette opposition, souvent la totale inadéquation des paroles aux gestes, sont autant de freins que les pieds, oui nos pieds, finissent toujours par vaincre.

    DE LA SOURCE Á LA MER
    L'incohérence initiale étant caractérisée, il devient facile de suivre le courant dans sa descente vers la mer et de relever au passage quelques incohérences dérivées, les contradictions qui les accompagnent et les conséquences que tout cela entraîne.

    Les exemples sont nombreux, aussi n'en retiendrons-nous que quelques-uns qu'une actualité exceptionnellement riche nous offre en abondance. Directement suggérée par cette curieuse lecture de l'abc de la République, nous cherchons à atteindre cet objectif du bonheur individuel, collectivement assuré. Notre conception de la solidarité est mêlée, allez dont savoir pourquoi, à l'énoncé des « Droits de l'Homme », cette charte si constamment mise à jour, qu'il n'est de proposition, même la plus anodine, qui n'en réclame le patronage.

    C'est déjà une incohérence que de citer sous forme de « droits » des notions bien souvent purement abstraites dont la réification bouleverse des organisations souvent naturelles. Avec le temps; nous avons peu à peu oublié le « pourquoi » qui nous a conduit à nous organiser en société et qui relève d'une expérience quotidienne fondamentale : il est plus facile de survivre en groupe que tout seul. Vérifiée chaque jour, cette remarque nous entraîne immédiatement sur le terrain de l'appartenance et de la participation. Pour que le groupe « vive mieux » encore faut-il que chacun de ses membres apporte sa contribution.

    Cette contribution est multiforme, elle devrait être le fait de toutes et de tous, y compris de celles et de ceux qui, passagèrement, ne participent pas à l'apport traditionnel (dans l'état actuel, un emploi rémunéré et son cortège d'impôts, de taxes, etc..). Notre monde, ayant matérialisé cet édifice virtuel qu'est la société, rend cette virtualité responsable de l'état de chacun, oubliant que le mouvement est inverse. Ce n'est pas la société qui est responsable de la situation de chacun mais chaque sociétaire qui est responsable de la situation de la société en général. Les notions d'exclus, de « sans-ceci » ou de « sans-cela », de laissés pour compte sont autant de créations artificielles qui tirent leur origine d'une conception élitiste du groupe. Les « nantis » n'ont aucun respect pour les « démunis » dans la mesure où ils les considèrent comme irresponsables de leur état et incapables d'en sortir.

    L'intervention de l'appareil social, quel que soit le vocabulaire prétendument « humaniste » déployé en toute occasion, transforme une participation en charité publique. Donner sans personnaliser, prendre en charge plutôt que d'aider et, surtout, ne rien exiger en échange, c'est dénier toute existence sociale à ceux sur le sort desquels « on » se penche.

    Il n'est de solidarité que d'échange. Ne rien demander à celui, à celle que l'on aide, c'est leur interdire une existence sociale. Ce mépris de la valeur éventuelle d'une participation, même la plus modeste, au fonctionnement sociétal est l'acte fondateur de l'exclusion. Balayer la ville, ramasser des papiers gras, faire traverser des enfants ou des personnes physiquement diminuées, n'importe quoi plutôt que de n'être plus qu'une victime, la main tendue.

    D'incohérences en incohérences, nous atteignons d'abord toutes les fonctions fondamentales qui assurent le fonctionnement quotidien de la société, justice, enseignement, santé, transports collectifs, transformation et distribution de l'énergie puis nous passons à la création des richesses sans lesquelles, il ne serait plus de groupe possible. Dans tous les cas, chaque fois qu'on tente, à conditions économiques constantes, d'améliorer la situation d'une minorité, c'est dans la poche de son voisin qu'on fouille. L'Etat, en l'occurrence, c'est vous, c'est nous, c'est le gréviste lui-même bien qu'il ne semble pas s'en apercevoir. Tous, les mendiants comme les rentiers, nous sommes la société. La prise de conscience de cette appartenance serait un premier pas vers la disparition d'une justification collective de l'incohérence.

    La Sécurité sociale : cette idée sublime qui repose sur une maxime complètement irréaliste : « puisque les riches ont le droit d'être malades, la démocratie la plus élémentaire exige que l'on étende ce droit aux pauvres. » Le corollaire immédiat sur les finances de notre système de soins est que la démocratie exige le déficit de la Sécurité sociale qui devient ainsi un critère de démocratie. Mais le discours ne devient cohérent qu'à la condition que le terme « santé » remplace le terme « maladie ». La situation nous échappe. Face à la maladie, nous sommes passifs alors que la santé demande une participation de chacun. Structurellement, la Sécurité sociale a le devoir de rembourser le sérum, il lui est interdit de rembourser le vaccin. Dans le premier cas, le domaine concerné est la maladie, dans le second, la santé. Notre prévention ne consiste pas à éviter la maladie mais à la dépister le plus tôt possible. Toute autre démarche serait non réglementaire. C'est ce qui saute aux yeux à la lecture du code.

    L'enseignement, la justice ?

    Honoré Daumier…

    Les mêmes maux : dans l'un et l'autre cas, le citoyen à l'origine de la demande de formation, de l'exigence de repères pour un comportement social harmonieux, est exclu de toute intervention sur le fonctionnement de l'une et de l'autre. Dans l'un et l'autre cas, la réussite à un concours qui ne contrôle que les savoirs, sans jamais se préoccuper de l'exercice quotidien du métier, exclut toute réévaluation dont l'origine serait extérieure au corps. Les « usagers », même s'ils sont compétents par ailleurs, n'ont aucun droit à la parole. Ces métiers où toute critique semble relever d'un crime de lèse-majesté. Autre incohérence dont le règne se traduit par l'effondrement de deux des principaux piliers du fonctionnement socio-sociétal.

    Incohérences encore dans les relations entre consommateurs et fournisseurs d'une part, entre fournisseurs, d'autre part, entre les personnels et les dirigeants, enfin.

    Nous n'en finirions pas, si nous voulions être exhaustifs.

    NI YAKA, NI FAUKON, JUSTE UN PEU DE BON SENS

    Si nous nous contentions de nous comporter dans le droit fil de ces incohérences, cette analyse irait rejoindre les revendications inutiles et les colloques de tous les cafés du commerce et de la république réunis. Ce qui paraît intéressant, c'est d'observer que, ci et là, des gens (citoyens, utilisateurs, habitants, résidents avec ou sans papiers…) « s'arrangent ». En effet, notre recours à la réglementation n'est bien souvent qu'une manifestation de paresse et parfois de manque d'imagination. La coutume, ici, est d'autoriser tout ce qui n'est pas explicitement interdit et, dans cet ordre d'idées, notre conception traditionnelle de la loi lui attribue un caractère liberticide. Sous prétexte de réglementer, nous interdisons. Nous explicitons ainsi une méfiance générale de chacun envers tous… et réciproquement. Pourtant, est-il à ce point inconcevable d'envisager avec son voisin, son collègue, son concitoyen, une solution à l'amiable de problèmes limités dans leur acception ?

    Est-il réellement impossible d'obtenir une explication franche avec un enseignant dans un climat où les uns et les autres ne se soupçonneraient pas de désirs de règlements de comptes. Les parents sont-ils à ce point stupides qu'ils ne peuvent saisir l'intérêt de certains choix opérés par des professionnels ? Une institution judiciaire se sentirait-elle amoindrie si elle prenait le temps d'expliquer, sans se croire elle-même jugée, voire condamnée, ce qu'est une jurisprudence et en quoi l'intime conviction est nécessaire à l'exercice d'une bonne justice ? L'hôpital est-il à ce point menacé qu'il ne puisse écouter et entendre l'inquiétude des patients ? Les médecins sont-ils à ce point suspicieux de leur propre pratique pour éviter d'en expliquer les méandres au patient vulgaire.

    Et si c'est possible, comment se fait-il qu'ici ou là des hommes et des femmes de bonne volonté se vivent en collaborateurs alors qu'ailleurs règne un climat de suspicion, d'incompréhension, voire de haine ? Il n'est pas question d'adopter un comportement fait d'angélisme béat mais de saisir que la surdité organisée débouche, un jour ou l'autre, sur l'émeute, éventuellement sur l'agression physique. Quels regrets dans la bouche de ce professeur qui, blessée, victime, trouve encore suffisamment de sagesse pour exprimer une condamnation du système plus définitive et plus totale que les plaintes quotidiennes. Quel exemple d'indifférence et d'irresponsabilité de l'administration que d'avoir ignoré des mises en garde, des appels ? Quelle honte aussi de refuser d'en assumer les conséquences ?

    Cela vaudrait-il pas d'en tenter l'expérience ? Qu'en pensez-vous ?

    Romain JACOUD http://www.lesmanantsduroi.com

    humeurs.strategiques@free.fr

  • Nouveau livre de Bernard Lugan : Mythes et manipulations de l’histoire africaine

    Sortie du nouveau livre de Bernard Lugan : Mythes et manipulations de l’histoire africaine, mensonges et repentance.

    IMPORTANT : Ce livre édité par l’Afrique Réelle n’est pas disponible dans les librairies ou les sites de commandes en ligne. Seule l’Afrique Réelle le distribue.

    Présentation de l’ouvrage

    L’indispensable outil de réfutation des mythes qui alimentent la repentance.

    Depuis un quart de siècle les connaissances que nous avons du passé de l’Afrique et de l’histoire coloniale ont fait de tels progrès que la plupart des dogmes sur lesquels reposait la culture dominante ont été renversés. Cependant, le monde médiatique et la classe politique demeurent enfermés dans leurs certitudes d’hier et dans un état des connaissances obsolète : postulat de la richesse de l’Europe fondée sur l’exploitation de ses colonies ; idée que la France devrait des réparations à l’Algérie alors qu’elle s’y est ruinée durant 130 ans ; affirmation de la seule culpabilité européenne dans le domaine de la traite des Noirs quand la réalité est qu’une partie de l’Afrique a vendu l’autre aux traitants ; croyance selon laquelle, en Afrique du Sud, les Noirs sont partout chez eux alors que, sur 1/3 du pays, les Blancs ont l’antériorité de la présence ; manipulation concernant le prétendu massacre d’Algériens à Paris le 17 octobre 1961 etc. Le but de ce livre enrichi de nombreuses cartes en couleur, est de rendre accessible au plus large public le résultat de ces travaux universitaires novateurs qui réduisent à néant les 15 principaux mythes et mensonges qui nourrissent l’idéologie de la repentance. [...]

    Pour le commander ici

    http://www.actionfrancaise.net