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culture et histoire - Page 1989

  • LA FEMME AU MOYEN-AGE

    C’est pendant la période féodale que la femme conquiert décidément la place qui lui appartient dans la société chrétienne. « Il faut tenir compte à la femme, dit un poète du Moyen-âge, de ce que Marie a été femme. » Eh bien ! Là est l’explication des extraordinaires hommages que reçoit la femme féodale. La Vierge Mère associe, pour ainsi dire, tout son sexe à sa fortune.
    Au Moyen-âge, la femme quelle que soit sa condition sociale reçoit une instruction religieuse, mais également scolaire. Ce qui est le plus frappant d’ailleurs en terme d’éducation en générale à l’époque médiéval, c’est que le seul traité d’éducation écrit très exactement entre 841 et 843 nous vienne d’une femme laïc et mère de famille prénommée Dhuoda. Les moniales, mais également des femmes laïcs, apprennent aux jeunes filles à lire et à compter. Pour les plus douées, l’apprentissage des lettres à savoir le latin et le grec est possible et courant. Cécile, par exemple fille de Guillaume le Conquérant suit sur les bancs de la Trinité de Caen, les leçons de grammaire d’Arnoul Mauclerc, qui fut l’un des principaux orateurs de son temps. Que dire également de Christine de Pisan qui a quatorze ans connaît aussi bien le latin que les hommes d’Eglise. La poésie tient également une place prépondérante dans la formation des jeunes femmes. Mais l’éducation des femmes ne se limitent pas aux connaissances intellectuelles. L’éducation des femmes, peut comprendre également le maniement des armes. Raimbeau de Vaquerias, troubadour de la fin du XIIe siècle, surprit un jour Béatrix, sœur du Marquis de Montferrat, jouant avec une épée que son frère, au retour de la chasse, a laissé dans sa chambre. Quand elle se vit seule, Béatrix ôta sa longue robe, ceignit l’épée, la tira du fourreau, la jeta en l’air, la reprit, et espadonna de droite et de gauche. Et ce jeu se transforme parfois en nécessité ou en volonté propre. On peut citer l’écrivain arabe Ibn-Alatir « pendant le siège de Saint-Jean d’Acre, en 1189, il se trouva trois femmes qui avaient combattu à cheval, et qui furent reconnues après qu’on les eut dépouillées de leur armure ». On évoquera enfin pour terminer les exemples de ce registre, l’histoire des femmes de Beauvais qui participèrent en 1472 à la défense de la ville face au Duc de Bourgogne. Leur engagement fut si déterminant dans la bataille, que le Roi ordonna que chaque année le 10 juillet il y ait une procession solennelle dans laquelle les femmes auraient préséances sur les hommes.
    On le voit l’éducation des femmes ne les cantonne pas dans des rôles préétablis, comme cela sera le cas par exemple au XIXe siècle.
    A l’époque féodale, la majorité est de douze ans pour les filles, deux ans plus jeune que les garçons. Ce droit coutumier issu des traditions germaniques, permet à l’enfant d’acquérir très jeune une véritable autonomie, sans que, pour autant, la solidarité de la famille lui soit retirée. Mais cette autonomie n’est pas une figure de style. Elle se concrétise pour certaine par l’adoption de responsabilités qui aujourd’hui seraient considérées comme précoce. A titre d’exemple, on peut évoquer Pétronille de Chemillé, qui a 22 ans lorsqu’elle préside au destinée de l’abbaye de Fontevrault, Jeanne d’Arc qui a 17 ans lorsqu’elle délivre Orléans à la tête de son armée et Anne de Bretagne qui a 22 ans lorsqu’elle exerce pleinement le gouvernement sur son Duché.
    L’époque médiévale de par ses origines germaniques du moins sur le plan social va permettre durant presque mille ans d’offrir aux femmes une place dans la société qu’elles ne retrouveront pas.La place de la femme dans le mariage, est toute particulière. Vincent de Beauvais disait de la position de la femme par rapport à l’homme : « nec domina, nec ancilla, sed socia (ni maîtresse, ni servante, mais compagne) » . Socia ayant le sens qui s’est conservé dans le terme associé. Un fait illustre d’ailleurs bien cette situation, ce n’est qu’au XVIIe siècle, que la femme prendra normalement et obligatoirement le nom de son époux.
    Sur le plan juridique, la femme mariée demeure propriétaire de ses biens propres ; le mari en a généralement l’administration mais il ne peut en disposer ; les biens de sa femme sont totalement inaliénables. En revanche, la femme mariée participe de droit à tout ce que le ménage peut acquérir et, en cas de décès de son époux, elle a la jouissance d’une partie des biens propres de celui-ci. La femme jusqu’à la fin du XV e détiendra ce qu’on appelle la capacité juridique.
    Sur le plan politique, elles vont par exemple réellement exercer le pouvoir lors des régences. Et contrairement a ce que pourrait nous laisser croire une fausse interprétation de la Loi Salique ; dés le règne de Childéric Ier (561-584) l’Edit de Neustrie prévoit que les filles succèdent à défaut de fils et les sœurs à défaut de frères. D’ailleurs dans le bailliage de Troyes en Champagne entre 1152 et 1284 sur les 279 possesseurs de fiefs, on relève entre autre 104 seigneurs, 48 dames et 10 demoiselles. Dans toutes les régions de France, c’est par centaines, par milliers, qu’on relèverait, de même cette parité de fait existant entre hommes et femmes dans l’administration des domaines ; par exemple, à propos de femmes qui rendent ou reçoivent hommage étant entendu que la cérémonie d’hommage est celle par laquelle on jure fidélité à son seigneur. Ainsi on peut citer dans le Roussillon Isabeau de Harcourt recevant hommage de ses vassaux. L’exercice du pouvoir ne les empêche pas d’être pleinement femmes. Elles n’ont aucunement le souci d’imiter ou de copier un modèle masculin. Dans leur comportement, même lorsqu’elles agissent sur le terrain politique ou militaire, elles restent femmes. Citons cet exemple de Blanche de Castille arrivant au siège du château de Bellême en 1229 et constatant que l’armée est littéralement paralysée par le froid ; elle fait aussitôt tailler du bois et réchauffe ses gens qui retrouvent du même coup leur ardeur pour terminer le siège. Toutefois leur féminité ne les empêche pas d’administrer au pied levé ou par leurs fonctions propres des domaines très vastes.
    Par ailleurs, les femmes exercent de nombreux métiers au sein de la cité, dont on ne se doute pas forcément, tant ils sont devenus par la suite synonyme de masculinité. Les documents d’époque nous permettent de découvrir des haubergières qui façonnent des armures où des maréchales qui ferrent des chevaux. En Angleterre, on observe à l’époque médiévale que le brassage de la bière a été presque entièrement aux mains des femmes. Enfin signalons les barbières qui en plus de s’occuper de la barbe exerçaient également la fonction de médecins. A ce propos on sait que Saint Louis et Marguerite de Provence emmènent à leur usage, pour la croisade, une doctoresse nommée Hersent.
    Dans le domaine littéraire, la femme devient le centre de l’inspiration des auteurs de l’époque médiéval. Appelé lyrique courtoise, c’est à la fin du VI e siècle que ce manifeste cette première expression avec Fortunat futur évêque Poitiers qui adresse à Radegonde, fondatrice du monastère de Sainte-Croix à Poitiers, ainsi qu’à l’abbesse Agnès, des vers latins où s’exprime déjà les sentiments qui animeront la poésie des troubadours et des trouvères du XII e siècle. Cette inspiration provient essentiellement d’un regard nouveau posé sur la femme à qui l’on s’adresse désormais avec une tendresse pleine de respect.
    Plus tard dans le courant du Moyen-âge, la femme deviendra « le seigneur » du poète, la suzeraine ; la fidélité, elle l’exigera ; elle suscitera un amour qui commande aussi le respect. A la Dame , le poète vouera une sorte de culte fervent, constant ; elle est sur lui toute-puissante ; l’amour qui vit entre eux demeure comme un haut secret qu’il ne saurait trahir.
    Cette période de notre histoire voit les femmes occuper naturellement, pratiquement toutes les fonctions qu’une société possède. Sans être un homme bis, dans une société reconnaissant l’inégalité naturelle(le fort protège le faible) et ayant toute son organisation basé sur des rapports hiérarchiques la femme trouve sa place avec une réelle harmonie. D’un côté elle n’est pas recluse et contenue uniquement dans les tâches domestiques, et d’un autre les fonctions de direction où à responsabilité qu’elle exerce ne se font pas au détriment de son rôle d’épouse et de mère. Une anecdote illustre d’ailleurs bien ce fait. Blanche de Castille n’avait pas voulu confier à une nourrice mercenaire le soin d’allaiter son fils. Mais un jour qu’elle souffrait d’un violent accès de fièvre, une dame de sa suite crut devoir présenter le sein au petit prince. La reine ne s’en aperçut pas sur-le-champ, mais quand elle fut remise de son accès, Blanche vit avec étonnement que l’enfant refusait de prendre le sein. Soupçonnant ce qui s’était passé, la reine mis le doigt dans la bouche de l’enfant et lui fait rejeter le lait qu’il a pris. « Hé quoi ! Dit-elle avec vivacité en s’apercevant de la surprise de son entourage, prétendez-vous que je souffre qu’on m’ôte la qualité de mère dont Dieu m’a investie ».
    La femme ne prend pas de revanche sur l’homme et l’homme n’est pas dépossédé de sa virilité. Autre anecdote symbolique lors du procès de Jeanne d’Arc, on ne lui reproche pas de porter les armes, mais de s’habiller comme un homme. D’ailleurs l’Egalité homme-femme à cette époque n’avait aucun sens et la complémentarité de l’homme et de la femme semblait être la règle. Malheureusement, le retour du droit romain durant le XVIe siècle va considérablement bouleverser cette harmonie sociale au détriment de la femme. En effet la majorité de la femme va tout d’abord passer de 14 ans à 25 ans, puis l’autorisation parentale pour le mariage redevient la règle alors que l’Eglise l’avait écarté dés le VIII e siècle. En 1593 un arrêté du parlement écarte explicitement les femmes de toute fonction dans l’Etat. Au temps classique, elle est reléguée au second plan ; elle n’exerce plus d’influence que clandestinement. Elle est même tenue, et cela surtout dans les pays latins, pour incapable de régner, de succéder et finalement, selon le Code Napoléon d’exercer un droit quelconque sur ces biens personnels ; et d’aboutir finalement au XIX e siècle à la disparition totale du rôle de la femme, en France surtout. A quelle autre époque que celui du Moyen-âge Sainte Jeanne d’Arc aurait pu obtenir l’audience et susciter la confiance qu’en fin de compte elle obtint ; si ce n’est par le biais de la foi qui était vécue et par la place que pouvait occuper une femme à cette époque.
    Edouard Bodin http://unvoyageauliban.bafweb.com/controverses.htm

  • Une repentance empoisonnée

                Une fois encore, la France s’est excusée. Unis dans la repentance, confits dans la culpabilité, les Français ont été invités à suivre par procuration le nouveau chemin de croix qui leur était imposé par François Hollande à Alger, accueilli par un Abdelaziz Bouteflika qui avait tout organisé pour que cette journée de la repentance française soit en tout point celle du triomphe d’une Algérie unie face au sombre passé colonial.

    Bouteflika pouvait-il rêver plus grand triomphe ? Après avoir sévèrement matraqué l’opposition, organisée de façon embryonnaire à l’occasion d’un printemps algérien qui n’a jamais vraiment existé, l’inoxydable chef d’Etat algérien a tranquillement traversé la tourmente, essuyant à peine quelques embruns, alors que ses anciens amis ou rivaux, Ben Ali, Moubarak, Kadhafi ou Assad, ont été presque tous balayés par la nouvelle tempête du désert qui a soufflé sur le monde arabe.

    Non seulement Bouteflika a survécu, et même mieux que survécu, mais voici que l’éternel oppresseur, l’indispensable objet du ressentiment, l’inusable colonisateur, vient s’agenouiller à ses pieds et lui demander pardon. L’initiative ne peut pas mieux tomber. Elle intervient au moment le plus opportun pour renforcer le pouvoir et la crédibilité du président algérien, depuis quatorze ans maintenant au pouvoir, dans un pays toujours affligé d’une économie souffreteuse en raison de l’incurie et de la corruption des dirigeants, incapables de tirer profit des immenses ressources naturelles de l’Algérie pour favoriser son développement, mais toujours aussi prompts à s'enrichir en vertu d’une avidité insatiable. En venant présenter ses excuses au nom de la France, Hollande est venu avant tout légitimer un système corrompu qui nuit en tout premier lieu aux Algériens eux-mêmes.

    Le président français pensait-il lui aussi au pétrole algérien en venant à Alger se plonger dans le bain de foule préparé par Bouteflika ? Alors que le problème énergétique semble plus que jamais déterminer les soubresauts de la géopolitique mondiale, il pourrait sembler important de garder la main sur le très raffiné Sahara Blend[1] algérien, du moins tant que les sociétés publiques algériennes qui exploitent cette manne seront encore en mesure d’en extraire les dernières gouttes du désert, pour le plus grand mais le plus éphémère profit des dirigeants algériens qui confisquent les ressources en même temps que l’avenir de leur pays. Par-dessus les visages rieurs et les manifestations de joie des algériens amenés ce jour-là par bus entiers pour acclamer son acte de contrition, le regard de François Hollande était-il fixé sur l’horizon du Sahara, là où se trouvent les principales installations d’extraction et de raffinage d’un pays qui est le troisième producteur de pétrole en Afrique ?

    La repentance a un prix et les larmes, fussent-elles de crocodiles, se monnayent. Au-delà du sempiternel combat anticolonial que Bouteflika a besoin de rappeler de temps à autre pour faire oublier aux Algériens sa gestion calamiteuse, l’Algérie a désespérément besoin des subsides que l’ancien colonisateur est seul en mesure de lui accorder pour maintenir en vie une économie de rente placée sous perfusion et une industrie gazière et pétrolière bien peu compétitive. Etrange paradoxe qui voit donc le président français venir s’excuser au nom de l’histoire tout en cautionnant le pouvoir corrompu d’un dirigeant qui pourrait symboliser à lui seul l’égoïsme crapuleux d’une caste représentant tout ce qui peut maintenir à l’heure actuelle l’Algérie dans le sous-développement chronique. Bouteflika n’hésite pas en tout cas à pratiquer toutes les formes de chantage pour solliciter régulièrement l’aide de ceux à qui il demande de s’excuser. Ainsi, pendant que les bonnes âmes entrent en pâmoison et s’enivrent de grandes déclarations, de dignité retrouvée et d’amitié recouvrée, le jeu de dupes se renouvelle entre la France et l’Algérie : je continue à profiter des richesses de mon pays sans rien faire pour en assurer le plein développement mais tu m’accordes, mon ami François, avec ta repentance inespérée, un formidable soutien politique et financier qui me permet d’apparaître une fois de plus aux yeux de mon peuple comme un héros de l’anticolonialisme. Je te fais miroiter un accès privilégié aux ressources pétrolifères de mon pays et toi tu accepte d’acheter ce gaz que je n’arrive plus à écouler à un tarif qu’aucun autre pays ne m’accorderait. Bien sûr je reste le garant de la lutte contre l’islamisme qui vous terrifie tant de l’autre côté de la Méditerranée et puis j’accorde de vagues promesses de politique de développement économique afin d’offrir à ma jeunesse un avenir et de ne pas la pousser à choisir la voie de l’émigration, ce qui reste une arme politique à l’efficacité indéniable, n’est-ce pas cher François ?, tandis que cette main d’œuvre immigrée représente une appréciable armée de réserve qui permet de limiter les délocalisations et d’accentuer à loisir la pression salariale sur vos propres travailleurs selon des principes éprouvés… Et puis comment lui en vouloir d’ailleurs à cette jeunesse de choisir l’exil ? Grâce à l’oligarchie que je représente, on ne peut pas dire que vingt ans soit le plus bel âge de la vie en Algérie. Il vaut mieux émigrer dans ton pays, mon cher François, qui a de moins en moins à offrir d’ailleurs et qui met tellement d’application à se détester que ceux qui y débarquent ne comprennent pas cet acharnement tandis que leurs enfants, pour une partie d’entre eux, mépriseront les « Gaulois » encore plus violemment qu’eux-mêmes se méprisent…

    Comme le rappelle fort justement Bernard Lugan, le geste de Hollande, et les exigences des Algériens, mettent en avant la compétition mémorielle au détriment du traitement historique de la colonisation. Car, des controverses autour du bilan positif de la colonisation à la surenchère de la repentance dont Christine Taubira s’est fait une spécialité, l’histoire des vainqueurs et des vaincus se fait à coups de bilans comptables ou se soumet à l’interprétation victimaire, conjuguant le pathos aux exigences discrètes d’intérêts plus sordides. Il n’est pas certain que l’Algérie ou la France tirent vraiment des bénéfices de cette repentance tardive et surjouée.

    Il existe au Timor une jolie fable qui explique la formation de l’île actuelle et dit à peu près ceci : un jour, un garçon aperçut un bébé crocodile en train de mourir de soif alors qu’il tentait vainement de passer d'une lagune à la mer. Le malheureux crocodile n'était pas assez fort pour avancer en dépit de la chaleur et était condamné à mourir. Le garçon, pris de pitié, le ramassa et le porta jusqu'à la mer. Le crocodile, très reconnaissant, promit qu'il se souviendrait de cette bonté et pourrait l’aider à voyager, s’il prenait au garçon l’envie de l’appeler pour le porter sur son dos. Le garçon fit ainsi beaucoup de voyages avec le crocodile, mais un jour, ce dernier eut envie de manger le garçon. C'était son instinct animal qui le guidait en cela. Mais sa conscience le tourmentait et, avant d’agir, il prit conseil auprès des autres animaux de la forêt. Tous n’eurent pas de mots assez durs pour condamner son ingratitude. Le crocodile, honteux, prit alors le garçon sur son dos et ne pensa plus jamais à le manger. Ayant atteint un âge avancé, il lui dit alors, au seuil de sa mort: "Ami, il n'existe pas d'assez grande récompense pour la bonne action que tu as faite pour moi. Je dois maintenant mourir. Je vais me changer en une terre, un pays où toi et tes descendants vivrez de ma substance."Et le crocodile devint l'île de Timor ou les gens sont bons et s’exclament toujours, quand ils traversent une rivière : "Crocodile, je suis ton petit-fils, ne me dévore pas."

    La force des mythes réside dans leur universalité. Quelle que soit la manière dont on puisse adapter celui-ci à la relation entre la France et l’Algérie, il n’en reste que, dans la fable timoréenne, le garçon qui aide le crocodile à traverser le désert et le crocodile qui fait de même pour aider l’enfant à voyager sur les mers se prêtent mutuellement assistance dans une entreprise initiatique qui consiste pour l’un et pour l’autre à dépasser la pesanteur de leur condition pour, en un mot, grandir. La France et l’Algérie, depuis l’indépendance de 1962, ont toujours échoué à accomplir ce geste mutuel et un gouffre bien plus vaste que la mer et le désert réunis les séparent. La relation entretenue par les deux pays est toujours faite de haines plus ou moins rentrées, de jalousies d’apothicaire et des mensonges que l’on se raconte à soi-même pour oublier la misère de sa condition. Comme les dieux dogons, pour citer un autre beau mythe, qui tissent la toile de l’univers, la France et l’Algérie continuent chacune de tisser le récit de leur grandeur nationale en se servant l’une de l’autre pour broder chacune un  conte séduisant.

    En allant présenter un pardon qu’il n’est plus l’heure de quémander, F. Hollande raconte encore la fable du génie français de l’universalisme compatissant, toujours un peu paternaliste et ridicule dans ses manifestations de générosité. Aujourd’hui mis à l’heure du politiquement correct, ce même universalisme était brandi, en d’autres temps, par Jules Ferry ou Victor Hugo pour justifier la colonisation de l’Afrique et la rendre « maniable à la civilisation »[2]

    En réclamant la reconnaissance de la faute commise depuis que l’Algérie est passée de la domination ottomane à la française en 1830, Bouteflika veut faire revivre encore une fois la geste héroïque de l’indépendance à un pays qui n’a pas réussi depuis celle-ci à bâtir d’autre épopée que celle de son émancipation.

    Quels que soient les intérêts économiques ou politiques servis par ces deux mensonges, leur puissance symbolique emprisonne les nations qui s’y abandonnent dans une relation mortifère et une dangereuse sclérose idéologique. Mais ceci reflète aussi la médiocrité conjointe des dirigeants français et algériens, incapables de concevoir un autre avenir commun que celui, inlassablement, promis par ce pardon empoisonné.

    http://idiocratie2012.blogspot.fr/

    [1] Le « Sahara Blend », nom donné au pétrole algérien produit notamment dans les raffineries sahariennes d’Adrar, Arzew ou Hassi Messaoud, est l’un des plus chers au monde en raison de sa qualité et de sa très faible teneur en souffre.

    [2]Victor Hugo. « Discours sur l’Afrique ». Actes et paroles – Depuis l’exil. 1879

  • Cauchemars et rêves elfiques.

    Cauchemars et rêves elfiques,

    L’apparition de la Mahr. 

    Elfes et nains prennent aussi parfois l’aspect d’esprits nocturnes et de démons incubes, venant tourmenter les bonnes gens dans leur sommeil en leur faisant faire des cauchemars. Dans le nord de l’Europe, ces esprits étaient  nommés mahr (mahren au pluriel), nom qui forme la racine de tous les mots qui, dans les différentes langues européennes, désignent le sommeil accompagné d’oppression et agité de rêves malsains : maren en danois, nightmare en anglais, Nachtmar en allemand, cauchemar en français ; mot forgé à partir du terme néerlandais mare, "fantôme", et de l’ancien verbe français chaucher, "peser" ; le cauchemar est donc un fantôme qui pèse sur le dormeur, qui l’oppresse. Chez les Latins, le cauchemar se disait phantasma, mot qui a donné "fantôme" et "fantasme".

    La Mahr est souvent considérée comme l’esprit d’un mort malfaisant qui revient hanter le sommeil des vivants, comme le démontre cette anecdote du XIIème siècle : "Après son décès, un homme est enterré par les soins diligents de son épouse et de ses proches, selon la coutume. La nuit suivant son inhumation, le mort entre dans la chambre de son épouse, la réveille et l’écrase de son poids qu’elle peut à peine supporter". (Guillaume de Newbury : Historia rerum Anglicarum)

    Dans les pays scandinaves, une légende affirme que la Mahr prend plaisir à tirer l’homme par les cheveux, comme les lutins de l’ouest de la France s’amusent à tirer les crins des chevaux. Un témoignage datant du Xème siècle en apporte un sinistre exemple : "Après avoir épousé Drifa en Finlande, le roi Vanlandi regagne Uppsala. Avant son départ, il promet à sa femme de revenir dans un délais de trois ans, mais dix années s’écoulent sans qu’il songe à tenir sa promesse. Drifa convoque la magicienne Huld et lui remet une somme d’argent afin que, par ses sortilèges, elle fasse revenir son époux ou le tue. La magie de Huld provoque chez Vanlandi un vif désir de revoir sa femme, mais ses amis et ses conseiller le mettent en garde : ce désir est dû aux maléfices des Finnois, disent-ils. Vanlandi est alors pris de sommeil – réaction typique d’un homme qu’un esprit attaque ou visite – ; il va se coucher et s’endort. Il s’éveille peu après en criant que la Mahr l’a piétiné. On saisit alors la tête du roi, mais la Mahr se met à écraser ses jambes. On prend ses jambes, mais la Mahr empoigne la tête de Vanlandi et le tue". (Snorri Sturluson : L’Orbe du monde)

    Il existe aussi une maladie dans laquelle les cheveux prennent la consistance du feutre, et que l’on appelle marlock en suédois, mahrenzopf en basse Allemagne et mahrenflicht en allemand, mots qui désignent une chevelure tressée et bouclée par la main de la Mahr.

    En allemand, cauchemar se dit également Alp, mot dérivé de "elfe". C’est ainsi que les Allemands surnomment le cauchemar Alpdruck (pression de l’elfe) ou Alptraum (rêve elfique).

    Paul Sébillot confirme la part que prennent les élémentaux dans les terreurs nocturnes des hommes : "La visite d’une catégorie assez nombreuse d’esprits, généralement de petite taille, est au contraire redoutée ; il en est qui pénètrent dans les demeures des hommes ou des bêtes que pour y exercer leur malfaisance ou tout au moins leur espièglerie : des lutins s’asseyent sur la poitrine des gens endormis, les oppressent et leur donnent le cauchemar ; d’autres s’amusent à tresser la crinière des chevaux pour s’en faire des étriers ou des balançoires, ou ils les tourmentent de telle sorte qu’au matin ils ruissellent de sueur. Les paysans emploient, pour les chasser, sans compter l’eau bénite et les talismans catholiques, des procédés variés. Le plus habituel consiste à placer, dans un récipient en équilibre, des pois, du millet ou de la cendre : le lutin, en arrivant à l’étourderie, le heurte et le renverse, et comme il est obligé de ramasser une à une ces innombrables graines, il est si ennuyé de cette besogne qu’il ne se risque plus à revenir. En Auvergne, il suffisait de déposer des graines de lin dans un coin ; le drac s’en allait plutôt que de les  compter ; dans le même pays, on étendait des cendres sur le passage du betsoutsou, qui essayait en vain d’en savoir le nombre". (Paul Sébillot : Le Ciel, la nuit et les esprits des airs)

    C’est également le cas du lutin nommé chaufaton dans la haute vallée d’Aulps, en Haute-Savoie, qui prend un malin plaisir à fouler de ses pieds les hommes et les femmes endormis : "D’autre fois, quand ils étaient couchés sur le foin à deux ou à trois, le chaufaton venait les oppresser et les paralyser sous un poids très lourd, comme s’ils avaient eu une pierre sur eux, les uns après les autres". (Christian Abry et Charles Joisten : De lutins en cauchemars)

    Selon Claude Lecouteux (Les nains et les Elfes au Moyen Âge), ce génie domestique se transformant en cauchemar est une réminiscence du culte des ancêtres : "Nous croyons que les traditions populaires gardent le souvenir des temps anciens ; il nous semble en effet très significatif que ce soit justement un génie domestique, le chaufaton qui puisse jouer le rôle du cauchemar, car de tel génies sont souvent la forme que prend le bon ancêtre décédé, et leur culte se confond avec celui des morts bien-veillant, tutélaire". En effet, le révérend Kirk indique : "Il existe beaucoup d’endroit appelés monts-de-fées que les habitants des montagnes croient impie de saccager ou de découvrir en enlevant la terre et le bois, croyant par superstition que les âmes de leurs ancêtres vivent là. Et ils disent que dans ce but un monticule ou petit mont était élevé à côté de chaque cimetière pour recevoir les âmes jusqu’à ce que les corps qui reposent là soient ressuscités ; et ce monticule devenait ainsi mont-de-fées". (Robert Kirk : La République mystérieuse)

    L’apparition de la Mahr, spectre d’un mort malfaisant, correspond donc certainement au moment historique où le culte des ancêtres tombe en désuétude. Les vivants n’honorent plus leurs défunts comme ils le devraient ; et ces derniers reviennent donc les hanter pour les punir de leur oubli et de leurs manquements. 

    Edouard BRASEY ( http://edouardbrasey.com/ )  

    Enquête sur l’existence des Fées et des Esprits de la Nature.(Filipacchi 1996). 

    Voir également, du même auteur : http://lapres-mididesmagiciens.hautetfort.com/archive/201... 

     http://fierteseuropeennes.hautetfort.com/

  • Guerres injustes et criminelles...Irak Inglourious bastards*

    Qui ne se souvient des mots « mission accomplie » prononcés par le matamore (1) G.W. Bush depuis le porte-avions USS Abraham, le 1er mai 2003 au lendemain de la chute de Bagdad ? Si la mission était de renvoyer l'Irak à l'âge de pierre, d'y semer chaos et dévastation, et bien la mission est alors en effet pleinement accomplie !
    TOUT CELA POUR QUOI ?
    Aujourd'hui, huit ans et neuf mois après le début de l'Opération Iraqi Freedom (autrement nommée Choc et Effroi) les Américains ont achevé de se retirer d'Irak en traversant à l'aube du dimanche 18 décembre - presque à la sauvette - la frontière koweïtienne. Alors que reste-t-il de neuf années d'occupation ? Rien, si ce n'est une ambassade à la soviétique dans la zone verte, au cœur de Bagdad, avec ses 16 000 personnels qui y seront rattachés... un corps étranger sur une terre qui rejette avec dégoût et mépris ceux qui prétendaient les délivrer d'une odieuse dictature et leur apporter la démocratie et ses bienfaits.
    Que reste-t-il de neuf années de bruit et de fureur ? Rien, si ce n'est des monceaux de cadavres et l'exaspération de haines inexistantes du temps de l'épouvantable dictature baasiste, nationale, socialiste et laïque. L'Amérique rappelle aujourd'hui ses troupes dans la honte et le déshonneur, lesquels ont éclaté dans l'ultime descente de la Bannière étoilée le 15 décembre, dans l'arrière-cour d'une zone aéroportuaire sécurisée... c'est le dos à un mur vaguement masqué par un filet de camouflage usagé que Léon Panetta, secrétaire américain à la Défense, a prononcé l'éloge funèbre d'une entreprise qui restera dans l'histoire comme une extraordinaire foirade achevée en apothéose avec le refus de Bagdad d'accorder une quelconque immunité aux soldats américains qui auraient été chargés de poursuivre la formation de l'armée indigène. C'est sur ce cinglant camouflet que le président Obama s'est en vérité résigné à signer le 21 octobre le retrait total des troupes... Désormais, ne subsistent plus de la formidable armée de 171 000 hommes et de leurs 505 bases que 157 soldats devant poursuivre la formation des officiers irakiens et un contingent de Marines pour la protection de l'ambassade !
    Précisons que lors de cette pitoyable cérémonie d'adieux aux armes, ni le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki ni aucun autre ministre n'avait cru nécessaire de se déplacer, déléguant la représentation du gouvernement au seul le chef d'état-major de l'armée irakienne, le général Babaker Zebari. Quelle humiliation pour l'Amérique et pour l'Occident embarqué tout entier, volens nolens, dans la faillite de l'impérialisme mégalomaniaque et irresponsable des néoconservateurs judéo-protestants américains... À moins, bien entendu, que semer le chaos n'ait été le véritable objectif pour la faction de schizophrènes, ou de grands initiés, qui - tel l'emblématique Michael Leeden(2) - se font adeptes et chantres de la théorie du chaos constructif et ont trouvé dans l'Irak martyr, pour leur psychopathie messianique, un terrain d'expérience grandeur nature.
    UN BILAN CONSTERNANT, OU PIRE, EFFRAYANT !
    Un bilan consternant au regard des fleuves de sang versés et de l'infini cortège de misères et de douleurs. Un avis d'ailleurs assez largement partagé dans le camp des vainqueurs si l'on en croit les réflexions publiées par Le Figaro [16 décembre 2011] du colonel John Nagl, président du Center for a New American Security et proche du général David Petraeus, lui-même ancien commandant en chef des forces de l'Otan en Afghanistan et actuel patron de la Central Intelligence Agency… « Cela fait plus de vingt ans que nous nous battons en Irak si vous remontez à la première guerre du Golfe. Le prix payé dans ce pays par nos forces a été gigantesque, bien supérieur à tout ce que les militaires américains auraient pu imaginer. Nous avons mis à bas un dictateur qui était une menace pour la sécurité du monde, mais le prix payé pour organiser l'après-Saddam a été incommensurable... ». Ajoutons, un fiasco total !
    Ceci étant, cet homme du sérail ne peut s'empêcher de se payer de mots lorsqu'il déclare -  et  semble  (ou  feint  de) croire - que la Grande Amérique a « mis à bas un dictateur qui était une menace pour la sécurité du monde ». Une bien dérisoire menace après douze années de blocus, une armée dépenaillée et des pertes humaines - depuis février 1991 et avant mars 2003 - estimée au-delà du million par les organisations  spécialisées  des  Nations unies que sont la FAO, l'UNICEF, l'OMS. Même si les chiffres produits ne sont pas vérités d'Évangiles, et même fortement minorés, ils donnent malgré tout la mesure de l'état de santé d'un pays déjà saigné à blanc en 2003 avant même le premier assaut. Que pouvait peser alors un pays de 23 millions d'habitants face au bloc démographique de quelque 400 millions d'âmes face à la coalition initiale associant les États-Unis, le Royaume-Uni et l'Australie avec son gigantesque potentiel en terme de puissance militaire, économique et industrielle(3) ?
    Au final, un bilan officiel corrigé et maquillé qui n'en demeure pas moins désastreux pour ces presque dix années de conflit : officiellement 4481 GI's morts, 32 000 blessés et mutilés, 802 milliards de $ évaporés en pure perte - pas pour tout le monde ! - et sans doute près de 600 000 Irakiens passés ad patres ou au fil de l'épée pour leur apprendre - une fois pour toutes - à vivre en bons démocrates(4) ! On pourra toujours dire que ce départ « la queue entre les jambes »(5) est un succès pour la présidence Obama puisque se promesse de rapatrier les guys aura été tenue... Oui mais à quel prix ? Reste le goût amer des mensonges éhontés relatifs aux armes de destruction massives ou à la complicité irakienne avec Al Qaïda, des tortures avilissantes infligées aux détenus sans jugement d'Abou Grahib - qualifiées de « mauvais traitements » dans les colonnes du Figaro - ou encore les Chasses du Comte Zaroff façon Blackwater (6)… une impressionnante série de meurtres et de viols perpétrés par l'armée et ses mercenaires - contractants - qui ne sont pas sans rappeler certains comportements qui accompagnèrent en 1944 l'avancée des "Libérateurs"...
    Sans oublier l'exode des chrétiens d'Irak soumis à des persécutions inédites depuis l'avènement de l'islam, et contraints à chercher leur salut dans l'exil. Mais qui en a cure à Washington sachant que la majorité des 4 ou 500 000 chrétiens qui vivaient en Irak encore en 1991 [moins de 200 000 aujourd'hui] est composée de "papistes", c'est-à-dire d'Assyro-Chaldéens catholiques...
    DE MORTELLES "ERREURS" ?
    Des « erreurs qui ont altéré le prestige des États-Unis dans le monde arabe et leur influence mondiale » nous dit encore le quotidien de M. Dassault, et c'est peut dire... Car c'est tout l'héritage civilisationnel de l'Occident qui sort avili d'une guerre livrée pour le pétrole certes, mais plus encore pour assurer les arrières de l'État hébreu, lequel prétend ne pas devoir survivre hors d'une culture obsessionnelle du complexe obsidional de l'assiégé permanent.
    À l'issue d'un calvaire de vingt et un ans, l'Irak s'apprête donc à assurer désormais seul sa sécurité, mais, comme disent les commentateurs, la capacité de ses forces armées à assurer la stabilité du pays pose question ! Car l'Irak, en dépit des 900 000 membres de ses forces de sécurité formés à grand frais, est loin d'être "pacifié" quoi qu'en dise Barack Obama qui parle à son endroit, certainement sans savoir, de "stabilité" ! Qu'attendre en effet d'un État majoritairement chiite dans l'actuel contexte de tension régionale et de désignation comme cibles de la Syrie et de l'Iran, lequel pays est également chiite, eu égard à la volonté affichée des mousquetaires occidentalistes [Royaume-Uni/France/Allemagne/États-Unis] d'en découdre avec la Syrie baasiste, socialiste et nationale ? À Bagdad, les signes avant-coureurs d'épuration - ou à tout le moins de règlements de comptes - se multiplient entre les forces régulières à majorité chiite et les milices sunnites notamment la Sahwa - le Réveil. Celle-ci, forte d'une dizaine de milliers d'hommes, a été constituée par le Pentagone vers la fin 2006 dans les zones tribales sunnites afin d'y contrer la montée en puissance des islamistes radicaux soutenus et armés par l'Arabie séoudite. Or, l'intention annoncée du Premier ministre Nouri al-Maliki de démanteler ces milices - devenues inutiles selon lui - est de fort mauvaise augure, d'autant que ces dernières semaines quelque 600 personnes soupçonnées d'appartenir à l'ex-Parti Baas ont été arrêtées !
    ET UN AVENIR IMMÉDIAT PASSABLEMENT INQUIÉTANT
    Sur le fond, les Américains laissent - faut-il dire abandonnent ? - un pays plongé dans une crise politique profonde avec la décision du bloc laïc Iraqiya de suspendre sa participation aux séances du Parlement. Cette formation politique - celle de l'ancien Premier ministre Iyad Allaoui - forme le second groupe parlementaire avec 82 députés contre 159 pour la coalition des partis religieux chiites de l'Alliance nationale. Aujourd'hui, Iraqiya dénonce sans ambages « l'exercice solitaire du pouvoir » de Nouri al-Maliki. Celui-ci a d'ailleurs demandé au Parlement de démettre son Vice-Premier ministre sunnite, Saleh Moutlak, appartenant à Iraqiya et accusé d'avoir appartenu au Baas ! Celui-ci ne s'est d'ailleurs pas gêné pour déclarer à la chaîne CNN que « Washington laisse maintenant l'Irak aux mains d'un dictateur pire que Saddam Hussein, qui ignore totalement le partage du pouvoir, contrôle étroitement les forces de sécurité et a fait procéder ces dernières semaines à plusieurs centaines d'arrestation » !
    Pour ne pas conclure, disons que le retrait d'Irak intervient dans un contexte régional de plus en plus volatile, celui des soulèvements populaires et des velléités maintes fois annoncées au plus haut sommet des États, en France, au Royaume-Uni, aux États-Unis et en Israël par la bouche du président Pérès, de frapper l'Iran de façon préventive et sans exclure a priori l'emploi de l'arme nucléaire... Capacité de rétorsion ou assurance vieillesse que la « Communauté internationale » reproche vertement à Téhéran de vouloir acquérir ! En fin de compte, l'enjeu et l'issue véritable de la guerre d'Irak se situe à n'en pas douter en Syrie car sans changement de régime à Damas, l'axe irano-syro-libanais se maintiendra et alors, selon toute vraisemblance, l'Irak s'agglomérerait naturellement à un bloc chiite dominant la région. Une perspective et une hantise indicibles pour les pétromonarchies au premier rang desquelles l'Arabie séoudite et le Qatar qui savent que dans ce cas de figure leurs jours seraient comptés !
    L.C. Rivarol du 23/12/2011 au 5/1/2012
    * Inglourious Basterds 2009. Titre du film "culte" de Quentin Tarentino, douze fois oscarisé et awardisé trente-sept fois nommé et Palmé d'or en 2009 au Festival de Cannes pour ses descriptions de boucheries innommables, de sacrifices humains esthétisants. Titre qui comporte deux altérations orthographiques par rapport à l'écriture commune : lnglorious Bastards. Film de dément ou de démon (scènes voluptueuses de mutilations d'une rare obscénité dans la violence), montrant que l'histoire fantasmée supplante désormais l'histoire réelle... interdit aux moins de 12 ans en France où les préadolescents se trouvent ainsi légalement conditionnés précocement à la folie meurtrière, laquelle devrait un jour ou l'autre, sans doute, se retourner contre ses promoteurs... les mêmes qui en tirent gloire et fortune. Film qui constitue au demeurant un symptôme de dépérissement civilisationnel et de l'engloutissement de nos sociétés dans la démence collective, soit la déconstruction traumatique de l'imaginaire collectif - et partant du psychisme individuel - car il n'est pas ici seulement question d'un banal retour à la barbarie, mais d'un angoissant glissement vers les limbes de l'infrahumain.
    1) C'est sous un calicot géant portant la mention « Mission accomplie » et barrant les superstructures du porte-avions nucléaire USS Abraham que le 43e président des États-Unis prononça le 1" mai 2003 un discours retentissant annonçant la fin en Irak des « opérations de combats majeures » mais non l'achèvement de « la guerre au terrorisme ».
    2) Michael Ledeen, rédacteur de la néo-conservatrice National Review, fut le conseiller pour les affaires internationales de Karl Rove, éminence grise jusqu'à sa démission en 2007 du président G.W. Bush. Ledeen occupe la « chaire de la liberté » au sein du think tank American Enterprise Institue où il œuvre aux côtés de Richard Perle. Ancien collaborateur des services secrets américains, israéliens et italiens, son nom est associé à l'attentat qui fit en 1980,85 morts à la gare de Bologne dans le cadre de ce qui s'est appelé la « stratégie de la tension », laquelle visait à barrer la route du pouvoir au PCI. Il est également l'un des membres fondateurs du Jewish Institutefor National Security Affairs et consultant du cabinet de relations publiques Benador Associates, grands spécialistes du viol des foules par la propagande de masse.
    3) Au total ce sont vingt nations qui se coaliseront successivement pour gérer la paix impossible d'Irak où la situation devient rapidement intenable. Notons que ni la France, ni le Canada, le plus proche allié des États-Unis, ne participeront à une guerre qu'ils peuvent a posteriori se féliciter d'avoir évitée... et à une occupation incomparablement plus coûteuse en vies humaines et en exactions de toutes sortes que ne l'aura jamais été l'occupation allemande en Europe de l'Ouest. Les échelles de classement dans la barbarie seraient décidément à revoir !
    4) Selon les sources l'évaluation du nombre de victimes irakiennes varie de 1 à 10. Wikileaks s'appuyant sur ses interceptions de données militaires américaines fait état de 109 032 morts : 60 % des décès concerneraient des civils, soit 66 081 personnes. Quelque 23 984 insurgés, 15 196 membres des forces gouvernementales irakiennes et 3 771 autres membres de la coalition complètent ce sinistre tableau. En octobre 2006 cependant, la revue médicale britannique de renommée internationale, The Lancet, évaluait le nombre de morts irakiens dus à la guerre à 655 000. Celle-ci avait comparé les taux de mortalité dans les foyers interrogés en 2006 à des chiffres officiels de 2003. D'autres bilans font monter le nombre de morts au-delà du million, ainsi l'Institut de sondage britannique Opinion research était parvenu à évaluer le nombre de morts entre mars 2003 et août 2007. Remarquons que les pertes subies par les contractants, personnels civils armés, ne sont pas répertoriées.
    5) Le 25 mars 2003, l'ancien inspecteur de la Commission d'enquête des Nations unies pour le désarmement, et ancien officier du corps des Marines, Scott Ritter, déclare sur l'antenne de la radio TSF : « Les États-Unis vont quitter l'Irak la queue entre les jambes, sur une défaite. [...] À chaque fois que nous affrontons les troupes irakiennes, nous pouvons gagner quelques batailles tactiques, comme nous l'avons fait pendant dix ans au Vietnam, mais nous ne serons pas capables de gagner cette guerre, qui est à mon avis perdue ». Jugement vérifié même si Ritter s'est trompé quant au calendrier de la débâcle. Ce "patriote", comme il aime à se présenter, eut le courage de révéler que, lorsqu'il œuvrait au sein de l'Unscom - United nations spécial commission dont il a démissionnée en 1998 voir supra -, il y œuvrait pour le compte conjoint de la CIA et du Mossad israélien.
    6) À la fin du premier semestre 2009, le nombre de contractuels travaillant en Irak pour le compte du Pentagone est estimé à 132 610, soit l'équivalent en nombre de soldats américains déployés. Afin de faire la lumière sur les fraudes massives étant intervenues dans les contrats attribués par le Pentagone en Afghanistan et en Irak, un rapport officiel du 7 juin 2009 rédigé par une Commission bipartite - Commission on Wartime Contracting in Iraq and Afghanistan associant Démocrates et Républicains - avance le chiffre de 250 000 pour les personnels contractuels - mercenaires - présents sur les deux fronts. En Afghanistan, les 68 197 mercenaires sont aussi nombreux que les hommes sous l'uniforme ! Le recours au mercenariat ayant au demeurant été dopé par l'élection du Prix Nobel de la Paix, Barak Obama.
    7.    Si la violence est en baisse après le pic sanglant des années 2006 et 2007, les attentats, les exécutions sommaires et les enlèvements restent fréquents dans le pays : en novembre 2011,187 Irakiens, dont 112 civils, 42 policiers et 33 soldats ont trouvé la mort lors d'attaques ; le mois précédent ce sont 258 personnes qui avaient perdu la vie dans des circonstances analogues.

  • Histoire : Les premières prévisions économiques

    1941: en pleine guerre, étaient publiées au Royaume-Uni les toutes premières prévisions économiques modernes. Cette étude portait sur le calcul de la croissance du PIB, améliorant ainsi les bases de l’analyse empirique économique.

    Les auteurs du rapport, James Meade et Sir Richard Stone, recevront tous deux le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques (équivalent du Prix Nobel d’économie), l’un en 1977 et l’autre en 1984.

  • In tenebris, lux, par Hilaire de Crémiers

    Une sorte d’euphorie a régné en fin d’année dans le gouvernement et les milieux politiques dirigeants. Malgré tous les couacs intergouvernementaux, malgré le chômage galopant, la baisse et l’arrêt d’activités en tous domaines, la vie politique continue, elle prospère, à gauche et à droite, et François Hollande poursuit son programme imperturbablement.

    Il croit dans son étoile. En fait, les ténèbres s’épaississent. Où donc est la lumière ?

    Que veut-on ? Des bonnes nouvelles ? En voilà à la pelle. Le président de la République et le gouvernement en sont prodigues. à les en croire, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Rien n’arrête l’optimisme de nos gouvernants.

    La peur financière, encore si prégnante ces derniers mois, s’éloigne. François Hollande l’a répété à Bruxelles, à Oslo ; il le redit sans cesse : la crise est derrière nous et la croissance, grâce à lui, grâce à ses justes orientations, est devant nous. Reste à la mettre en musique : en créant l’union bancaire, en consolidant les dettes, en les mutualisant, en renforçant les organes de contrôle bancaire et budgétaire aux niveaux européen et national, en surveillant la finance, en assagissant les banques, en demandant aux riches leur quote-part de richesse, cette juste surtaxe qu’ils doivent à la société, en amorçant par de judicieux investissements européens et nationaux la relance de l’économie, en mettant en place les institutions financières adaptées, MES, BPI, etc, en évitant les conflits et les heurts inutiles, en ramenant la confiance, bref en jouant le jeu de la sortie de crise. à force d’y croire, le salut viendra. Hollande s’en porte garant.

    Hollande l’Algérien

    Ne vient-il pas de l’annoncer en Algérie, sa terre de prédilection ? [...]

    La suite sur Politique Magazine  via  http://www.actionfrancaise.net

  • 11 janvier 1923 Les Français occupent la Ruhr

    Le 11 janvier 1923, 60.000 soldats français et belges pénètrent dans le bassin de la Ruhr, en Allemagne.

    Ces troupes qui occupaient la Rhénanie allemande depuis la fin de la Grande Guerre étendent ainsi leur zone d'occupation. Elles agissent sur ordre du président du Conseil français Raymond Poincaré.

    Les troupes françaises occupent la Ruhr en janvier 1923
    Dettes de guerre et réparations

    La République allemande, en proie à de graves difficultés, avait réclamé l'année précédente un moratoire dans le paiement des réparations de guerre prévues au traité de Versailles. De leur côté, les Britanniques et les Américains avaient demandé à la France de régler ses dettes de guerre à leur égard !

    Poincaré subordonne assez logiquement le remboursement des dettes de guerre de la France au versement des réparations et comme l'Allemagne renâcle, il décide d'occuper la Ruhr, sa principale région industrielle.

    Le chancelier allemand Wilhelm Cuno proteste et appelle ses concitoyens à la «résistance passive». Mais les Français ripostent en faisant tirer sur des grévistes et en instaurant une barrière douanière entre la Ruhr et le reste de l'Allemagne. Le versement des réparations n'en est pas amélioré pour autant tandis que grandit l'humiliation des Allemands.

    L'Europe en 1923

    Cliquez pour agrandir
    Des traités de paix avec chacun des pays vaincus concluent la Grande Guerre de 1914-1918. La carte du continent européen en sort complètement transformée avec la disparition de quatre empires, l'allemand, l'austro-hongrois, le russe et l'ottoman, au profit de petits États nationalistes, souvent hétérogènes, revendicatifs... et impuissants.

    Désastre monétaire et hyperinflation

    Depuis la défaite de l'Allemagne, ses partenaires économiques avaient eu tendance à se méfier de sa monnaie, le mark. L'occupation de la Ruhr accentue la baisse de son taux de conversion en or ou en dollar. En Allemagne même, les particuliers et les entrepreneurs perdent confiance dans leur propre monnaie. Ils n'ont d'autre souci que de s'en défaire au plus vite, ce qui accentue sa dévalorisation.

    Loin de freiner le mouvement, le gouvernement allemand contribue à son emballement en faisant marcher la planche à billets, autrement dit en inondant le pays de monnaie non gagée. C'est sa manière de riposter à l'occupation de la Ruhr et de faire obstacle au prélèvement des réparations.

    Il s'ensuit un très brutal effondrement de la valeur du mark allemand, au point qu'il faut à l'automne 1923 plusieurs dizaines de milliards de marks pour un dollar ! Cette hyperinflation ruine les rentiers et tous les bénéficiaires de revenus fixes. Elle fait le lit des mouvements révolutionnaires et antiparlementaires comme le parti communiste et le jeune parti nazi de Hitler.

    Sortie de crise

    Le président de la République Friedrich Ebert et le chancelier Gustav Streseman imposent l'état d'urgence le 26 septembre 1923. Puis, le 20 novembre 1923, le nouveau commissaire à la Monnaie du gouvernement, le docteur Hjalmar Schacht, stabilise la monnaie en remplaçant le mark par le Rentenmark sur la base d'un Rentenmark pour 1000 milliards de marks ! 

    Les Britanniques réclament  à la France plus de souplesse à l'égard de l'Allemagne et pour faire entendre raison à leur ancienne alliée, jouent contre le franc en bourse. La devise française perd en moins d'un an la moitié de sa valeur et Poincaré est bientôt contraint d'appeler à l'aide les financiers anglo-saxons et de renégocier les réparations allemandes.

    Aux élections législatives suivantes, le 11 mai 1924, la victoire du Cartel des gauches consacre l'échec de sa politique.

    Dans le même temps, le banquier américain Charles Dawes élabore le plan qui porte son nom. Le plan Dawes va plutôt bien fonctionner jusqu'au plan Young qui prendra sa suite en 1929. L'Allemagne va payer l'essentiel des réparations mais la crise économique de 1929 et la montée des tensions politiques enterreront définitivement le reliquat dès 1932.

  • Le système scolaire français « produit 15 % à 20 % d’élèves » en grande difficulté scolaire

    Le Centre d’analyse stratégique (CAS) vient de publier quatre notes d’analyse formulant des propositions sur l’école de la République face à l’hétérogénéité de ses publics. L’école de la République, malgré ses efforts, ne répond aujourd’hui pas à la logique d’inclusion et de réussite de tous les élèves. Face au principe d’égalité de traitement, et à la nécessité de répondre aux besoins particuliers, les défis sont immenses. Le Centre d’analyse stratégique s’est ainsi penché sur quatre sujets clés de « l’école pour tous ».

  • GRECE est de retour archive 1993

    • Dans l'équipe - qui après le départ de Serge de Beketch et de Vincent Acker, va animer la nouvelle formule de Minute (retour à l'ancien format, liquidation du titre La France, etc.) les rédacteurs venus du GRECE, ou sensibies à son influence, ne manquent pas : Jean-Claude Valla, directeur de la rédaction, Michel Marmin, chargé de coordonner les différents problèmes du groupe « Pencio », Jean-Jacques Moureau, Dominique Venner, proche du GRECE. (1)
    Le maître à penser du GRECE se nomme Alain de Benoist. Je l'ai connu vers 1968, alors qu'il appartenait à Europe-Action, groupe nationaliste dirigé par Dominique Venner, et qu'il dirigeait sous le pseudonyme de Fabrice Laroche un modeste bulletin, L'Observateur Européen. Modeste, mais bourré de renseignements, un peu comme l'Encyclopédie politique de Ratier. De renseignements internationaux, car à vingt-cinq ans, le jeune de Benoist avait déjà constitué un réseau international, où figuraient quantité d'universitaires ou intellectuels de nombreux pays.
    Après la dislocation d'Europe-Action, l'essor d'Alain de Benoist commence. Il lance une revue très fortement documentée, Nouvelle Ecole, puis Eléments, et le GRECE. Il devient un chef d'école et, autour de lui, gravitent des hommes comme Jean-Claude Valla, Michel Marmin, Patrice de Plunkett, Alain Lefebvre, Philippe Conrad, Yves Christen, etc.
    L'idée de de Benoist n'est pas seulement de constituer une école de pensée, mais d'infiltrer et de contrôler tout le secteur culturel, stupidement abandonné par les gaullistes à la gauche, essentiellement à la gauche communiste.
    De Benoist a lu le communiste italien Gramsci. La thèse de Gramsci, c'est qu'avant de s'emparer du pouvoir politique, il faut d'abord s'emparer du secteur culturel, contrôler les élites. C'est une thèse non orthodoxe, que les directions communistes n'acceptent pas officiellement, mais que, dans Ia pratique, elles développent parfois.
    Alain de Benoist veut être un Gramsci français de droite.
    A mon avis, il oublie une chose ; c'est que l'investissement du secteur culturel, l'Education nationale, les journaux, les maisons d'édition, le cinéma, le théâtre, la musique etc. suppose une structure terriblement hiérarchisée, telle que, par exemple, les bureaux politiques dans différents partis communistes. Les divisions, les divergences sont en effet constantes, et il faut une volonté dé fer pour maintenir la « ligne ».
    La Nouvelle Droite n'a pas ces capacités.
    Il reste qu'Alain de Benoist et ses amis commencent à affirmer leurs idées, qu'ils prennent en main les pages culturelles de Valeurs Actuelles et de Spectacle du Monde. Puis, à la fin des années 70, nouveau bond en avant. Ils investissent Le Figaro Magazine et Pauwels devient, en quelque sorte, leur « gourou » officiel
    Percée trop rapide. Faute tactique. La gauche ne s'était intéressé que de loin en loin à la Nouvelle Droite, au GRECE, à Nouvelle Ecole, etc. Mais la gauche a toujours besoin de « monstres». Viennent les élections européennes de 1979. La liste de droite avec à sa tête Michel de Saint-Pierre n'a pu se constituer, faute d'argent. La gauche a besoin d'un succédané. Avec horreur (feinte, bien sûr), elle découvre que « la bête immonde » renaît au Fig-Mag « avec l'ancien nazi Hersant et le néo-nazi Alain de Benoist ».
    La suite est quasiment automatique.
    Hersant craint sans doute de perdre des marchés publicitaires. Il invite Pauwels à régler ce problème au plus vite. Le contrôle du GRECE à la tête du Fig-Mag s'effondre.

    L'échec de Magazine-Hebdo

    Les « grecistes » vont tenter de prendre leur revanche en lançant une publication luxueuse: Magazine-Hebdo avec Alain Lefebvre, Valla, Marmin. L'objectif est de porter un coup sévère au Fig-Mag et de « manger » des lecteurs au Point et à Minute.
    L'argent ne manque pas. On trouve des panneaux publicitaires jusqu'à Bobigny avec ce slogan : « A Droite tranquillement ».
    Derrière ce financement, il y aurait eu Chirac qui vient d'ailleurs au coktail d'inauguration.
    Il faudrait 80 000 à 100 000 acheteurs pour que Magazine-Hebdo tienne la route. On n'atteint pas cet objectif. Et puis, il y a quelques papiers qui déplaisent (pourquoi ?) au lobby publicitaire, qui coupe les crédits.
    Sur la fin, le pauvre Lefebvre est contraint de publier une pub pour la vodka soviétique.
    Après la chute de Magazine-Hebdo  : le GRECE va se disperser. Est-ce la fin de l'aventure ? Non. Alain de Benoist continue à garder des contacts avec ses anciens compagnons. Il rédigerait, sans le signer, un des éditoriaux de La Lettre de Magazine-Hebdo.
    Bizarrement aussi, on le verra participer à un colloque où figurent des personnalités communistes qui ne bronchent pas.
    L:attitude des communistes français apparaît moins étrange si l'on sait qu'Alain de Benoist a pris contact - selon Le Monde Diplomatique de janvier - avec les « conservateurs » russes.
    Il convient, avant tout, de savoir ce que désigne le terme de conservateurs en Russie : tout simplement les anciens bolcheviks (faut le faire !) et des nationalistes russes type Pamiat, cette organisation antisémite qui était financée par le KGB sous Brejnev, ce que j'ai révélé dans un article de Minute de la fin des années 70.
    Dans la revue russe" Dien" on défend les putschistes emprisonnés. Un des objectifs. communs aux nationalistes et aux communistes est de recréer une grande Russie impérialiste.
    Dans ce milieu Alain de Benoist fait un peu figure de « gourou ».
    C'est le même Alain de Benoist qui, dans une longue interview accordée à la revue Les Dossiers de l'Histoire, prié de donner son opinion sur les thèses du Front national, répondait - ce que nous avons relaté dans notre numéro du 6 août :
    « Les thèses du Front National, personnellement, me soulèvent le cœur ».
     (1) Par contre, Jean-Pierre Cohen n'appartient pas à cette école de pensée.
    Roland GAUCHER National Hebdo du 4 au 10 février 1993

  • Heidegger et l'écologie

    Heidegger : Précurseur de l’Ecologie Moderne ? (par Pierre Ndong Meye)
    (pour un contrepoint intéressant à cette analse on se reportera à l'excellent article de Janicaud dans le Cahier de l'HERNE Martin Heidegger)
Résumé :
    Il y a une actualité de la pensée de Heidegger qui, à travers « la question de l’être », surgit au milieu de nos préoccupations contemporaines et des problèmes les plus concrets de la vie. En effet, Heidegger explicite la détresse des « Temps modernes », ère de la parfaite absence de sens, « du non sens d’une action humaine pensée comme absolue ». En analysant le déclin de la terre et de la vie dans le règne d’une technique étrangère au sens, en s’attachant au dénuement suprême de notre monde, Heidegger conceptualise et annonce les grands sujets de l’écologie contemporaine. Toutes les résonances à partir des nombreux problèmes examinés par Heidegger, les questions soulevées par son éthique environnementale autorisent à affirmer qu’il a nommé d’une manière indirecte mais précoce une science post moderne : l’écologie.

    Comment absoudre l’amour heideggérien pour la terre et la nature ? Comment refuser le sens cryptique que comporte l’ « habiter » chez l’auteur de Etre et Temps ? Comment définir l’ « habiter » et l’entendre, lui qui est sans voix ? Ne faut-il pas une ouïe particulière, une ouïe qui ne dépend pas seulement de l’oreille mais aussi de l’appartenance de l’homme à ce qui est arrimé à son être, et qui s’accorde avec lui ?
    L’ « habiter » reste chez Heidegger ce qui rend possible l’ouverture à la nature, tout ce qui s’ouvre à la terre et la reprend comme telle. Qu’est-ce que cela donne à voir, si ce n’est le fait que cela exprime l’idée selon laquelle l’ « habiter » est ce qui fait qu’un corps terrestre demeure opaque, impénétrable, inaccessible à notre perception, à notre action et à nos calculs. Ce corps est terrestre en tant qu’il demeure essentiellement étrange et étranger à toutes nos prises, irréductible à toute image.
    L’ « habiter » est, ce qui rend une chose indocile, la réserve en laquelle toute chose terrestre est mise au secret. C’est par lui que l’essence se renferme en soi, il est une réserve qui s’est toujours déjà réservée. Comme on peut le retenir, la réflexion heideggérienne s’est donnée dans ses écrits de maturité un nouvel objet : « L’ habiter ». Il n’est rien d’autre qu’un étonnement sur les rapports entre les étants et le milieu dans lequel ils vivent.
    Dans l’ « analytique existential », qui constitue la première partie de son ouvrage majeur Etre et Temps, Heidegger affirme que les choses sont, l’homme ek-siste : « l’essence de l’être humain réside dans son ek-sistence » [1].
    Le Dasein est cet étant qui se dépasse vers un au-delà de soi, « être des lointains », excédant tout ce qui est pour s’avancer vers ce qui n’est pas ou n’est pas encore. Là réside la transcendance du Dasein, par laquelle ce dernier dépasse le simple monde des étants. Et c’est parce qu’il transcende les étants qu’il peut se poser la question de l’être de l’étant et par-là avoir un monde ; il est cet être toujours au-delà de lui-même, projeté vers un avenir. Ainsi, pour Heidegger, la réalité humaine ne relève pas d’une nature, ne se décrit pas comme un ensemble de propriétés, mais se tient au devant d’elle-même, échappe à toute définition qui voudrait l’enclore. La réalité humaine est originellement rapport à l’altérité, une réalité vers laquelle elle se porte et se transcende. Elle n’est pas une monade qui préexisterait isolément à l’extériorité : elle ne peut se saisir indépendamment de cet « être auprès du monde » qui régit notre existence la plus triviale et la plus quotidienne. Cette structure fondamentale, c’est « l’être-dans-le-monde ».
    Mais l’homme n’est pas un englobé dans un englobant, le monde. Seul, à la différence de l’animal, il a un monde. Mais il ne s’agit pas d’une relation désincarnée de l’ordre de la connaissance, il se rapporte à lui dans une quotidienneté affairée et soucieuse : il est « auprès du monde ». Et celui-ci est d’abord un univers d’outils qui tissent sa vie. Est c’est à partir de ce complexe d’outils qui renvoient les uns aux autres qu’il comprend le monde, comme un univers de significations données. Simultanément, la réalité humaine n’est pas isolée, elle se déploie dans la coexistence : l’être du Dasein est un Mitsein. L’analyse existentiale se porte dès lors du côté de la réalité intime qui constitue le Dasein et qui détermine son appréhension du monde.
    Heidegger éclaire, à partir de la question de l’être, certaines des préoccupations les plus essentielles de notre temps. Quelle est la finalité de cette civilisation technicienne, qui fait vivre l’homme de manière « inauthentique », où l’homme est cerné par des puissances qui débordent sa volonté et ne procèdent, en fin de compte, pas de lui ?
    La pensée de Heidegger explicite la détresse des Temps modernes, ère de la parfaite absence de sens, « du non-sens d’une action humaine posée comme absolue » [2]. En analysant le déclin de la terre et de la vie dans le règne d’une technique étrangère au sens, en s’attachant au dénuement suprême de notre monde, Heidegger, sous un certain angle, conceptualise et annonce les grands sujets de l’écologie contemporaine. Il scrute et sonde les Temps modernes, où l’homme ne peut plus qu’errer à travers les déserts de la terre ravagée.
    Ce que Heidegger nomme - dans Essais et conférences - la « question de la technique » [3] n’est nullement un appendice d’actualité ajoutée à son œuvre. Cette question s’enquiert en effet de l’ « essence », c’est-à-dire de l’ « aître », de la « technique moderne » portée à son comble, qui caractérise notre époque. Or, cet « aître de la technique » engage à la fois une mise « en péril » sans précédent du « séjour » de l’ « aître » de l’homme, et implique en lui toute une modalité, et une inflexion singulière de la dispensation même de la « vérité de l’être » au sein de l’ « Evènement » qui y a toujours « lieu » - et donc « aître » - de façon à chaque fois différente, à travers toutes les phases de l’ « histoire de l’être ». Les faits et gestes de l’homme à l’ « époque de la technique », la « planification calculatrice » qui tend à lui tenir lieu de pensée, le « péril » auquel les choses et l’homme se trouvent par là exposés comme jamais, tout cela ressortit à une figure énigmatique (et probablement éphémère) de l’ « entrappar-tenance de l’homme et de l’être ».
    Heidegger précurseur de l’écologie moderne ? A première vue la question pourrait heurter. Et pour cause ! [4] Répondre par l’affirmative peut paraître périlleux dans la mesure où Heidegger lui-même eût probablement récusé cette assimilation. Sans vouloir faire dire à l’auteur de Etre et Temps ce qu’il n’a pas dit, encore moins lui prêter des intentions qui s’éloigneraient de ses objectifs philosophiques, notre modeste et approximative lecture du penseur ne nous l’autorise d’ailleurs pas- nous prenons tout de même le parti de cette symétrie entre les thèses heideggériennes sur la nature, la terre, la technique... et les préoccupations actuelles du mouvement écologique, même si Jean Beaufret [5] pense que Heidegger n’a jamais établi formellement un lien entre ses thèses et les principaux centres d’intérêt de l’écologie, même si l’auteur lui-même ne fait jamais usage du terme « écologie ».
    Le parallélisme écolo-heideggérien impose de démontrer que la pensée de Heidegger et nos conceptions actuelles de l’environnement ont des points d’attache incontestables. En effet, il y aurait à lire une actualité de la pensée du philosophe de la Forêt Noire en ce qu’elle met en branle et dénonce la chosification de la terre et la domination de la nature. Ce rapprochement conduit ensuite à voir que toutes les résonances à partir des nombreux problèmes qu’il a examinés, les questions soulevées par son « éthique environnementale » nous autorisent à affirmer que Heidegger à nommé d’une manière indirecte mais précoce une science post-moderne comme on le verra dans la suite de ce texte.
    I - DE L’ECOLOGIE
    I.1. Définition
    Science de l’environnement, l’écologie concerne au sens propre l’habitat ; mieux, elle détermine en valeur et en rapport les relations que les hommes entretiennent avec leurs systèmes ambiants. Mais, c’est vers la fin du XIXe siècle que l’écologie va se constituer en discipline scientifique et va définir ses concepts majeurs. Ses méthodes d’analyse s’affirmeront et s’enrichiront considérablement entre les deux guerres mondiales.
    Multidisciplinaire dans son principe, l’approche écologique s’est nourrie des développements récents de l’analyse systémique. Elle connaît aujourd’hui un regain d’actualité et de visibilité au-delà du cercle des spécialistes à la faveur de l’intérêt croissant que portent les opinions publiques et les décideurs aux problèmes de l’environnement.
    Au sens large, le champ d’étude de l’écologie comprend tous les niveaux d’organisation supérieurs à l’individu, depuis les populations jusqu’à l’ensemble de la biosphère de notre planète. Son objet privilégié demeure l’écosystème, qui peut être défini comme l’ensemble d’une association locale de peuplement appartenant à plusieurs espèces végétales et animales et le milieu où vivent ces organismes.
    I.2. Ethique environnementale
    Les problèmes écologiques tiennent au caractère très particulier des relations que l’homme entretient avec son milieu. Par ses techniques d’action, tant sur la matière que sur les autres êtres vivants, il assure son adaptation aux environnements les plus hostiles, les plus variés, en les modifiant à son profit (la ville reste un biotope humain par excellence, en même temps le milieu le plus artificiel au regard de l’écologie « naturelle »).
    Une « éthique écocentrée » [6] s’impose-t-elle alors à nous ? Elle nous incite à attribuer une valeur, une fortune dans des proportions inestimables à la nature. D’emblée, la nature prend un sens et un statut nouveaux.
    Elle n’est plus un milieu neutre, réceptacle des actions humaines. Elle n’est plus un topos où les représentations individuelles et collectives assouvissent leur dessin effroyable, produisant la pollution atmosphérique, détruisant la couche d’ozone, provoquant des pluies acides, les destructions des forêts tropicales et des nappes phréatiques, l’érosion de la biodiversité. Avec l’avènement de l’écologisme, il s’agira plus précisément de re-définir les rapports de l’homme et de la nature afin de ne plus voir les écosystèmes comme de simples réservoirs de ressources à mettre en exploitation.
    Il s’agira d’établir un net refus du développement scientifique et technique incontrôlé, d’œuvrer pour la protection de l’environnement naturel, de choisir des modes de consommation plus économes, et de rechercher un meilleur équilibre entre l’homme et la nature. Ces inquiétudes de l’homme authentique nous recommandent d’établir un contrôle normatif de nos activités.
    II - DU RAPPROCHEMENT A HEIDEGGER
    II.1. De la question de « l’arraisonnement » [7] comme écho à l’écologie
    Il y a entre la pensée de Heidegger et notre époque un point d’attache incontestable. Il y a une actualité de Heidegger qui a, à travers « la question de l’être », surgit intempestivement au milieu de nos urgences politiques et des problèmes les plus concrets de la vie.
    En effet, loin de se limiter au domaine réservé de la pensée abstraite, la question de l’être telle qu’abordée par Heidegger trouve de nouveaux points d’attache avec notre temps, tant le philosophe ne réfléchit pas sur des choses abstraites, séparées de la vie, des « choses fantomales ».
    Au moment où « les objets » envahissent notre quotidienneté, une préoccupation nouvelle se fait jour qui met en question notre mode de vie, la civilisation dans son ensemble : « l’écologie » régnante de la domination de la terre, l’objectivation à outrance de l’Etant.
    Commençons d’abord par noter que, même si elle n’est pas encore telle, la faillite du « progrès » pénètre tous les domaines de la vie : les sociétés industrielles sont prises au piège de leur croissance. La domination de l’homme sur la nature n’a pas devant elle l’avenir radieux que lui proposait la science à l’aube des temps modernes. Bien au contraire, ce qui frappe, c’est le danger que l’industrialisation à outrance fait courir à la nature, à la terre, aux conditions de la vie sur la planète, à toute vie.
    Pour ces nouvelles notions, ces urgences inattendues, l’écologie se présente comme l’arme qui pourrait permettre d’endiguer cette hécatombe à venir.
    En effet, l’écologie permet de nommer à la fois la technique d’une protection de la nature contre la pollution que la croissance industrielle anarchique engendre, et la révolte de la vie contre le cadre d’oppression que la société industrielle entend lui prescrire.
    Heidegger serait-il ou aurait-il été enfin de compte celui qui a préfiguré, là où maintenant elle affleure, la question la plus actuelle ? Heidegger, l’un des premiers théoriciens de la lutte écologique ?
    Voilà qui, de prime abord, pourra paraître saugrenu ou futile pour ceux qui mettent la dignité des choses philosophiques dans le mépris pour le journalistique et le quotidien banal et anodin.
    Mais, l’incongruité disparaît dès que nous nous ouvrons à des résonances frappantes avec l’œuvre du penseur, et les problèmes que suscite l’information écologique, jusqu’au détail de son langage.
    En juin 1972, s’est tenue à Stockholm (Suède) une Conférence des Nations Unies sur l’environnement. Y furent évoqués les dangers pour l’avenir de la vie sur terre, la pollu-tion de l’atmosphère par les effets nucléaires, la transformation de la guerre, par les armes chimiques et bactériologiques, en guerre « écocide ».
    La menace globale, la « dévastation de la terre » [8], la mise en relation du « danger et du déchaînement chaotique de la volonté de puissance », sont des thèmes qui reviennent constamment dans l’œuvre de Heidegger. En effet, dès 1946, dans une Conférence à la mémoire de Rainer Maria Rilke, Pourquoi les poètes ? [9], le « danger atomique » est cité et, systématiquement depuis lors, pris comme motif déterminant de la réflexion philosophique.
    On lit dans le Principe de la raison (1957) : « le nom d’ère atomique donné à notre époque atteint probablement ce qui est ». En 1951, dans des notes jointes à celles rédigées pendant la guerre sous le titre de Dépassement de la métaphysique, Heidegger écrit que le temps qui est le nôtre ne peut envisager de paix réelle, car il est celui de la « suppression de la différence entre la guerre et la paix » [10].
    Ces quelques exemples permettent déjà d’entrevoir que c’est bien du monde actuel que Heidegger tire une incitation à philosopher, à penser. Non pas de tel ou tel aspect du monde, mais de l’intime connexion qui unit les dangers qui menacent le plus cruellement sans doute, mais épisodiquement, les hommes : la guerre, la bombe atomique, et ceux, inaperçus de prime abord, qui prennent au contraire l’allure d’une incertitude quant à la sauvegarde de la sécurité collective : l’expansion technique, la domination universelle de la terre.
    Ce danger que nous nommons ici, Heidegger s’en est fait l’écho très tôt, comme un précurseur d’une pensée qui se généralise aujourd’hui et tend à devenir l’une des préoccupations majeures du siècle finissant et du siècle à venir. Les mouvements écologiques ne cessent de se multiplier, qui appellent à la défense et à la protection de la terre et de toute forme de vie.
    C’est pour avoir dénoncé la « détresse » dans la conjonction sans issue de la volonté de puissance et de la technique qui « arraisonne » la terre, mais pour la dévaster, que Heidegger peut être perçu comme l’un des précurseurs de la lutte écologique.
    Lisons encore plus avant dans l’œuvre pour comprendre comment elle peut nous suggérer de penser en direction de cette « écologie » encore conceptuellement indistincte qui désigne bien précisément, dans sa racine grecque, l’habitation on oikion ou l’oikoumene : la terre habitable, par opposition au « désert » de la terre « dévastée ».
    « Penser » ; « habiter » ; « la terre dévastée ou le désert » : ce sont là trois thèmes fondamentaux et profondément liés chez Heidegger, qui prend pour motif des « Leçons de 1952 » Qu’appelle-t-on penser ? [11], une proposition de Nietzsche : « Le désert croît » [12].
    La réflexion sur le danger de la bombe atomique nous renvoie à la technique comme mode d’environnement général de l’homme moderne, celle-ci a la raison comme principe agissant dans les sciences. Mais les sciences à leur tour ne sont possibles que parce qu’elles se déploient dans un champ où le réel, en tant que « nature objective » est « provoqué », c’est-à-dire « mis en demeure » de livrer son énergie pour qu’elle puisse être extraite et accumulée.
    C’est à partir de sa réflexion sur « La question de la technique », elle-même corrélative de « l’oubli de l’être » par la métaphysique, que Heidegger préfigure comme nous le notons, les préoccupations de l’écologie contemporaine.
    « La question de la technique » est le prolongement de toute la méditation heideggérienne sur notre condition d’hommes modernes. Elle aboutit à la mise en cause de la prétention de la science à se poser comme explication ultime et totalisante de l’Etre. Consommant la séparation de la science et de la pensée, « la technique n’est pas seulement un moyen, elle est un mode du dévoilement » [13], selon Heidegger. Mode qui tend à se vouloir unique donateur de sens et qui confond vérité et exactitude, réduisant la nature à l’objectivité mathématique. C’est désormais à partir de ce projet technicien que l’être des étants est pensé, conçu et manipulé. La terre est arrachée à son secret, rassemblée, mobilisée par la technique, sommée de fournir ses ressour-ces, « mise en demeure de se montrer comme un complexe calculable et prévisible » [14]. Simple « fonds » exploitable qui réunit l’humanité et la nature et auquel l’homme n’échappe pas, mobilisé de fait (la technique n’étant pas un moyen auquel il resterait extérieur), devenant à son tour « forces productives, ressources humaines ».
    La technique moderne est « pro-vocation » (herausforden) au double sens d’appel à comparaître et de violence à l’égard de la nature et de l’humanité de l’homme. « Planétaire, elle dévaste la terre » et accomplit tout le mouvement de la métaphysique initié depuis Descartes, à travers son rêve prométhéen de « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature » par la Raison. En même temps qu’elle « découvre la terre », exhibant ses secrets, modifiant ses processus, elle l’occulte, n’interprétant les phénomènes que depuis son point de vue hégémonique, poursuivant un rêve de dévoilement intégral de l’univers, oubliant que la terre est tout autre chose qu’un milieu ou un réservoir, mais un site, une présence mystérieuse que la représentation technicienne n’épuise pas. Paradoxe d’une civilisation prométhéenne et démiurgique qui, en même temps qu’elle croit dévoiler la nature, ne fait que la dissimuler, la recouvrir du voile illusoire de l’objectivité. « Le naturel de la nature est tout autre que le monde de la science », écrit Heidegger qui ajoute, dans « Science et méditation » : « le mode scientifique de représentation, de son côté, ne peut jamais décider si, par son objectivité, la nature ne se dérobe pas plutôt qu’elle ne fait apparaître la plénitude cachée de son être » [15].
    C’est la conjonction de ces trois éléments à savoir technique, raison et science qui menace tout ce qui constitue pour l’homme son « pays natal » et qui lui enlève tout sol et tout terrain permettant un enracinement, c’est-à-dire cet attachement au terroir, cette proximité aux choses, au monde. Il s’agit plus généralement de la relation essentielle de la terre aux choses dont la science et la technique nous rendent à jamais les énergies que l’homme a perdu la capacité « d’habiter ».
    II.2. Du sens de « l’habiter » ou comment sortir de la « crise »
    Pour sortir de la crise, nous devons réapprendre le sens « d’habiter », car la menace qui pèse sur nous ne provient pas en premier lieu des machines et appareils de la technique, dont l’action peut éventuellement être mortelle. La menace véritable a déjà atteint l’homme dans son être. Le règne de « l’arraisonnement » nous menace de l’éventualité que l’homme, pour être, refuse de revenir à un dévoilement plus original et d’entendre ainsi l’appel d’une vérité plus initiale.
    Comment envisager ce retour à « l’habiter », afin de sortir de la crise ? S’agirait-il pour résoudre ce problème, d’abandonner toute technique pour revenir à la nature pure et simple ? C’est là une tentative qui apparaît en notre temps, et certains la caressent très fortement. Mais elle est une utopie nostalgique. La résolution du problème consiste non pas à nous donner un monde pur, mais à ramener l’homme à la culture du simple.
    Pour Heidegger, penser le retour à « l’habiter » tient en la reconsidération complète du rapport de l’homme avec les choses et avec lui-même. Que veut dire « habiter » ? Comment « habiter » peut-il être entendu en un sens essentiel ?
    « L’habiter » n’est pas une donnée de fait. C’est précisément pour l’homme de l’errance, l’objet de la pensée qu’il a à former, c’est cela qui est tout d’abord à penser. Dans sa Conférence de 1951 « Bâtir, habiter, penser » [16], Heidegger prend pour thème la crise du logement. Il montre que la véritable solution pour cette crise ne consiste pas en la construction d’une multitude de logements, car la crise est ailleurs. Elle est la conséquence de ce que l’homme ne sait plus ce qu’habiter veut dire. La vraie crise consiste ou réside en ceci que les mortels en sont toujours à chercher l’être de l’habitation et qu’il leur faut d’abord re-apprendre à habiter. Et c’est bien ce qu’affirme Heidegger : « habiter est le trait fondamental de l’être, en conformité duquel les mortels sont » [17].
    Apprendre à habiter implique pour l’homme d’aujourd’hui une reconsidération radicale non seulement de ses fins, mais aussi de son rapport aux choses. C’est la possibilité de se tenir auprès des choses, d’avoir auprès d’elles séjour. Cet « habiter » est l’essence de « l’être-dans-le-monde ».
    Lorsqu’on se réfère aux « Conférences sur Nietzsche » données par Heidegger dans les années trente et quarante, on voit comment l’auteur de Etre et Temps intègre petit à petit le messianisme dionysiaque à une entreprise qui vise à franchir le seuil de la pensée post-moderne à travers un dépassement immanent de la métaphysique. La réflexion heideggérienne connaît alors un « tournant » (die kehre) [18], s’engageant sur la voie d’une déconstruction de la métaphysique occidentale et tentant de frayer une approche nouvelle de la question centrale de celle-ci : la question de l’être, en tant que celle-ci demeure la tâche même de la philosophie, celle que la Techno-science ne prend pas à son compte. Pour Heidegger, le destin spirituel de l’Occident s’identifie au destin de la métaphysique. Avec celle-ci se prépare, en effet, l’avènement d’une science planétaire qui réduit le réel à n’être que l’objectivité manipulable qu’elle met à jour : l’être devient l’être calculable de la physique moderne.
    La métaphysique que certains attribuent à tort ou à raison à Aristote a été forgée par Andronicos de Rhodes [19], compilateur des textes anciens du premier siècle avant notre ère.
    La métaphysique serait alors la catégorie philosophique de l’évasion, de l’abstraction et de la généralité ayant pour objet essentiel l’élucidation de la question de l’Etre. En d’autres termes, nous dirons que cette discipline qu’on localise après la physis étudie les objets qui ne tombent pas sousnos sens à savoir : Dieu, l’âme,la liberté... La métaphysique désignerait aussi les quatorze livres du stagirite qui viennent juste après les huit livres de la physique où le fondateur du Lycée étudie les réalités naturelles en devenir.
    Après avoir explicité les différentes causes et avoir traité du mouvement et du temps, Aristote achève son œuvre par des analyses métaphysiques. L’existence du mouvement implique un premier moteur immobile : Dieu, que Aubenque, commentateur lucide de l’œuvre aristotélicienne, appelle la « cause incausée » [20].
    Si donc la métaphysique se constitue au-delà de la physique, comment procède-t-elle ? Autrement dit, existe-t-il un problème spécifique à la métaphysique et comment le reconnaîtrait-on ? De même, si la métaphysique est une expérience intime de la vie individuelle, de l’esprit, en fonction des préoccupations quotidiennes de l’homme, au nom de quoi cette expérience doit-elle être partagée ou s’ériger en terme d’universalité ?
    Une certitude demeure plus certaine que nos hésitations : la métaphysique en ce qu’elle se distingue de la physis non en degré mais en nature, en ce qu’elle dresse le sujet contre le monde, calomnie, dévalorise, technicise, manipule la terre et l’arrache à ses secrets, est aux antipodes de la pensée de Heidegger.
    Soumise à des exploitations agressives, la terre révèle la consécration des dessins métaphysiques à travers la techno-science et les dégâts effrayants qu’elle produit.
    Aussi, assistons-nous à la pollution atmosphérique, à la destruction de la couche d’ozone, à la provocation des pluies acides, à la déperdition des forêts tropicales. Voilà « le grand désert qui nous menace » comme l’avait déjà vu Nietzsche [21].
    La réorientation heideggérienne consiste à dissoudre d’abord le dualisme métaphysique du monde vrai/monde apparent, et à en finir avec la primauté de la subjectivité, constamment définie comme substance pensante chez Descartes, entendement avec Kant, savoir absolu avec Hegel, (l’Etre est ramené au sujet, le sujet à l’ego individuel, la pensée à la psychologie ou à une vision du monde).
    Autrement dit chez Heidegger, l’homme ne s’identifie plus à l’idée claire et distincte dans laquelle se trame et se joue l’avènement d’une technoscience planétaire.
    Détrôné, l’homme cesse ici d’être un sujet face à la nature et à la terre. Il devient une partie du tout et partage le destin de toutes choses. L’homme et la nature ne se trouvent plus en opposition ; ils sont désormais en harmonie. Ce qui se passe en l’un et en l’autre ne saurait être irréductible.
    Comme il y a lieu de le comprendre, avec Heidegger, l’homme tourne le dos à la prédestination cartésienne, qui faisait de lui le « maître et possesseur de la nature ». Il reviendrait plus explicitement à l’homme de redéfinir ses rapports avec la nature, d’exprimer le besoin d’une philosophie de la nature ou, pour mieux dire, de « régler les rapports de la philosophie et des sciences » [22]. Il s’agirait précisément pour lui de poser un net refus à tout développement scientifique et technique incontrôlé, d’œuvrer pour la protection de l’environnement naturel, de choisir des modes de consommation plus économes et de rechercher un équilibre entre l’homme et la nature.
    La condition de toute philosophie authentique est alors d’établir un « contrôle » normal de nos activités par des techniques moins agressives tant sur la matière que sur les autres êtres vivants.
    En ce qu’il a compris que la philosophie est d’abord et avant tout un comportement, et en ce qu’il a pris conscience du cadre d’oppression que la société technicienne a prescrit à notre civilisation, Heidegger pense que l’homme moderne gagnerait à s’interroger sur la manière de (re)-penser la terre.
    Penser la terre, c’est recueillir alors la force qui nous introduit dans une vie pleine de puissance. En se présentifiant et en se dévoilant, la terre semble déléguer à l’homme la force et la volonté d’achever sa création. Il incombe à ce dernier de répéter sans cesse le geste créateur de la terre. Comme elle, l’homme s’empare de la chose dans son humidité première, il doit saisir le réel dans sa totalité et l’exprimer de façon particulière.
    Toutes les résonances faites à partir des nombreux problèmes évoqués par Heidegger, et les questions soulevées par l’éthique écologique nous permettent d’affirmer que Heidegger a nommé d’une manière indirecte l’écologie.
    De même que Heidegger a perçu un impensé chez les Anciens [23], de même nous soupçonnons chez l’auteur de Etre et Temps des préoccupations d’ordre écologique. Heidegger inspire ainsi les « verts » car il perçoit, à travers la technique et « l’arraisonnement », le voile qui occulte notre capacité à désirer le simple, le nécessaire.

    par Pierre Ndong Meye   http://web.archive.org/web
    Bibliographie
    Martin HEIDEGGER, - Etre et Temps, Paris Gallimard, 1986.
 Essais et Conférences, Paris NRF-Gallimard, 1958.
 Chemins qui ne mènent nulle part, Paris Gallimard, coll. « Tel », 1986.
 Nietzsche, Paris, 1971. 
  Lettre sur l’Humanisme, Paris Aubier, 1964. 
  Questions IV, Paris Gallimard, 1976. G. STEINER, Martin Heidegger, Paris, Champs-Flammarion, 1980. 
A. BOUTOT, Heidegger, Paris, P.U.F., « Que sais-je ? » 1989.
Jean BEAUFRET, Dialogue avec Heidegger, Tome 4, Paris, Ed. Minuit.
Catherine LARRERE, La philosophie de l’environnement, Paris, P.U.F., 1997.
E. RENAULT, Les philosophies de la nature d’aujourd’hui et la nature philosophie d’hier, Paris, l’Harmattan, 1995.
Jules. CHAIX-RUY, Connaître la pensée de Nietzsche, Paris, Nouvelle Edition Bordas, 1977.
Pierre AUBENQUE, Le problème de l’Etre chez Aristote, Paris, P.U.F., 1962. 
Revue Internationale de Philosophie, « Heidegger (1889-1989) », 1/1989, N° 168.
    Notes :
    [1] Martin HEIDEGGER, Etre et Temps, Gallimard, 1986.
    [2] M.HEIDEGGER, Essais et Conférences, NRF-Gallimard, 1958, p. 115.
    [3] Pour Heidegger, la technique qui ne désigne pas seulement les différents secteurs de l’équipement par machines, mais l’équipement du tout de l’étant, manifeste le vide ontologique le plus total, la métaphysique coupée de l’être. Donc, la technique devient expression d’une abolition de la différence ontologique. Pourquoi cet arrachement de l’homme à son cadre ? Pourquoi cette organisation sans racines de l’homme normalisé ? La technique n’est rien d’autre qu’une époque de l’histoire de l’être. Nous prenons ici « la technique » en un sens si essentiel qu’il équivaut à « celui de métaphysique achevée ». M. Heidegger, « Dépassement de la métaphysique », Essais et Conférences, NRF-Gallimard, p. 92
    [4] Les Ecologistes actuels (généralement de gauche) auraient certainement quelques réticences à se reconnaître en Heidegger compte tenu du passé militant de celui-ci.
    [5] Cf. Jean BEAUFRET, « Le chemin de Heidegger », Dialogue avec Heidegger, Tome 4, Paris, Ed. Minuit.
    [6] Cf. Catherine LARRERE, La philosophie de l’environnement, Paris, P.U.F, 1997, p. 37.
    [7] Cf. M.HEIDEGGER, « Dépassement de la métaphysique », op. cit.
    [8] Heidegger montre clairement que « La dévastation de la terre est le résultat de la métaphysique », cf Essais et Conférences p. 82.
    [9] M. HEIDEGGER, « Pourquoi des poètes ? » (1946), Chemins qui ne mènent nulle part, Paris, Gallimard, coll. ²Tél², 1986, p. 323.
    [10] Cf. M. HEIDEGGER, Essais et Conférences, op. cit.
    [11] Ibid.
    [12] M. HEIDEGGER, Nietzsche, trad. P. Klossowki Paris, 1971, t. II, p. 265.
    [13] M. HEIDEGGER, « Dépassement de la métaphysique », op. cit.
    [14] Ibid.
    [15] M. HEIDEGGER, « Science et Méditation », Essais et Conférences, Gallimard, p. 70.
    [16] Cf. M. HEIDEGGER, Essais et Conférences, op. cit.
    [17] Ibid.
    [18] M. HEIDEGGER, « Le tournant », trad. Par J. Lauxerois et C. Roël, Questions IV, Gallimard, 1976.
    [19] Cf. ARISTOTE, La métaphysique, trad. Barthélemy-Saint Hilaire, Paris, Agora, Les classiques, 1991, p. 32.
    [20] Pierre AUBENQUE, le problème de l’Etre chez Aristote, Paris, P.U.F., 1962.
    [21] Cf. E. RENAULT, les philosophies de la nature d’aujourd’hui et la nature philosophie d’hier, Paris, l’Harmattan, 1995.
    [22] Jules CHAIX-RUY, Connaître la pensée de Nietzsche, Paris, Nouvelle Edition Bordas, 1977, p. 162.
    [23] Presque tous les Anciens ont produit un traité sur la nature. Ils ont tenté ainsi de saisir le mystère de cette présence des choses, cette éclosion qu’Heidegger appelle Ereignis, évènement ou mieux avènement que l’homme se doit de laisser advenir et qui ne se limite pas à la représentation construite par la pensée, mais recueille la présence inépuisable, mystérieuse des choses. C’est pourquoi Heidegger retourne au sens premier du mot nature, celui que la Grèce, avec le mot physis, nous a légué : non un milieu inerte, mais un principe de croissance qui porte à la lumière les phénomènes dans un mouvement de déploiement qui retire ceux-ci de l’obscurité, le fond et le fonds originels d’où tout procède.