Cela va peut-être surprendre certains lecteurs : il est clair que la science extrême conduit à la ruine publique tout en luttant contre l'idée de Dieu.
Dans un livre qui va paraître incessamment, le célèbre astrophysicien britannique Stephen Hawking exclut toute intervention divine dans la création de l'univers, la force gravitationnelle suffisant selon lui pour expliquer qu'il y ait quelque chose plutôt que rien ! D'autre part un magazine vient de sortir un numéro intitulé : « Dieu existe-t-il ? (ce que les scientifiques en disent) ». Il a interrogé huit chercheurs, sur leurs recherches certes, mais principalement sur leur attitude vis-à-vis de l'existence de Dieu. Ces faits sont l'occasion de montrer comment la science extrême ruine les nations et les gens tout en se donnant des objectifs métaphysiques discutables.
DES RÉALISATIONS PHARAONIQUES
Elle conduit à des réalisations pharaoniques ainsi qu'à un florilège de projets moindres mais inutiles.
Le LHC. Retenez bien ces initiales. C'est le nom résumé du plus grand collisionneur de hadrons, ce qui, évidemment, ne dit rien à la plupart d'entre nous. Imaginons que l'on envoie se rencontrer à des allures folles des particules infiniment petites pour observer ce qui se passe lors de leurs innombrables collisions. Après 20 années d'études et de travail acharné, le premier faisceau de protons a été récemment injecté avec succès dans cette énorme machine. La propagande officielle célèbre l'événement et, pourtant, on doit s'interroger sur la pertinence de cette fabuleuse création.
Selon les projets des physiciens, la machine va tenter de reconstituer en une fraction de seconde les conditions qui prévalaient il y a 13,7 milliards d'années juste après le supposé big-bang. Nous disons le "supposé", car ce big-bang est une simple hypothèse reposant sur des calculs purement mathématiques. Les collisions doivent se produire dans un anneau de 27 kilomètres de circonférence enfoui à 100 mètres sous terre à cheval sur la Suisse et la France. Sa construction a mobilisé 7 000 chercheurs et ingénieurs depuis 15 ans. Plusieurs objectifs sont énoncés. Par exemple : « savoir d'où l'humanité vient, où elle va, et si l'univers à une fin ». D'autres parlent de percer les secrets de la matière ou de connaître la vraie vérité sur la naissance du monde (sic). Nous verrons plus loin ce qu'il faut penser de tels objectifs.
Pour plus de précision, il nous est dit qu'il s'agit de résoudre quatre grandes énigmes de la physique dans les détails desquelles nous n'entrerons pas, tellement c'est compliqué.
Pour justifier ce qui risque de sembler injustifiable, l'on ajoute un argument classique : il y aurait des retombées scientifiques à attendre dans des domaines plus pratiques. En fait, toute recherche quelle qu'elle soit et dans n'importe quel domaine peut conduire à des retombées multiples et imprévues.
Parlons maintenant « gros sous ». Le coût de l'immense appareil est évalué officiellement à 3,9 milliards d'euros, répartis entre plusieurs pays, la France comptant pour 16 %. En fait, c'est un faux calcul. L'on ne tient pas compte du phénomène du temps ; les travaux ont commencé depuis de longues années et il est nécessaire de prendre en compte des agios considérables se cumulant par le phénomène des intérêts composés ; en outre, l'on n'aura pas de résultats palpables avant de très longues années, ce qui déclenchera d'autres agios.
Comme dans toute opération étatique il faut aussi intégrer le foisonnement des organismes qui s'en occupent au sein des gouvernements, avec l'immense gaspillage de temps et d'argent habituel dans toute la pyramide étatique des pays participants.
Il est probable que le coefficient "10" appliqué aux 3,9 milliards officiels correspond bien à la réalité : il faut donc parler de 39 milliards d'euros répartis dans les divers pays. L'on n'ose pas chiffrer le nombre de chômeurs qui vont le devenir ou le rester dans ces pays par l'effet des impôts nécessaires, ni mesurer les pauvres qui le deviendront ou le resteront pour la même raison.
Si les divers pays partenaires de ce projet dantesque n'étaient pas, à des degrés divers, gangrenés par le socialisme, ils ne s'occuperaient pas au niveau de l'État de recherches de ce type mais laisseraient aux mécènes le soin de se livrer aux recherches fondamentales si l'envie leur en prend ; de tous temps la recherche fondamentale a été le fait de particuliers soit très peu argentés, soit très riches. Il se trouve en plus que la planète ne manque pas, fort heureusement, de milliardaires ayant les moyens de se payer ce caprice.
Si la recherche était libérée du poids et des chaînes insupportables de l'État, elle s'orienterait vers des objectifs pratiques pouvant rendre service à l'humanité d'aujourd'hui, et ceci selon les indications du libre marché.
Il est évident que dans l'ardeur des divers États à se lancer dans ce type de projet le "panurgisme" joue un rôle : d'autres le font pourquoi pas nous ! Des politiciens qui refuseraient que leur pays participe seraient facilement considérés comme "ringards" par la presse aux aguets.
Le lobby des physiciens joue à plein pour satisfaire leur curiosité ; ils s'appuient sur les industriels qui conçoivent ou diffusent des machines de plus en plus compliquées.
À lire les objectifs officiels, on peut penser que derrière cette opération et d'ailleurs bien d'autres semblables, il y a une curiosité parfaitement inappropriée, car elle cache mal une offensive contre Dieu et le désir de se passer de Lui. Une des particules que l'on cherche à repérer dans la machine, le Boson de Higgs, est appelée couramment la « particule de Dieu » par les chercheurs et les journalistes. Les hommes de bonne volonté savent que, seul, Dieu sait comment il a créé le monde et quand il décidera de lui assigner sa fin.
ITER. C'est une autre chimère. La machine est aussi gigantesque et située depuis 2005 à Cadarache dans le Lubéron ; elle a pour objet d'essayer de maîtriser les réactions de fusion thermonucléaire qui s'opèrent dans le cœur du soleil. Si l'essai venait à être concluant, un autre appareil devrait voir le jour pour nous délivrer une énergie apparemment gratuite. Nous avons été invités à lutter contre le soleil par la chimère du réchauffement et nous voici conviés à le copier grâce à une autre chimère.
Il est particulièrement difficile d'évoquer ces faits car l'on est ignorant des aspects scientifiques qu'il comporte. Les décideurs politiques, qui ruinent les populations en s'y engageant pour leur seul bon plaisir, sont tout aussi ignorants et c'est un danger de plus. Ils ressemblent à ces banquiers qui ont coulé leurs banques en avalisant des projets qu'ils ne comprenaient pas.
Cette fabuleuse expérience a sa première origine dans les années 1980. Après beaucoup de péripéties, elle devait démarrer en 2015 ; puis il fut question de 2019 et de 2026 ; maintenant les journaux parlent de 2060 ou de la fin du siècle. Cela reflète une autre difficulté dans l'analyse : les seules informations que l'on reçoit sont celles des journalistes qui, selon leurs habitudes, ne sont pas clairs ni complets ou, comme d'autres, ignorants.
Sur le plan du coût c'est un emballement sans limite. Au départ il était question de 4,6 milliards d'euros pour dix ans de construction. Les délais se sont envolés et aussi le prix des matériaux. Aux dernières nouvelles il serait question de 15 milliards. Grosso modo les Européens supporteront 45 % ; le reste se répartira entre la Chine, la Corée du Sud, les Etats-Unis, l'Inde, le Japon et la Russie. Le nombre total de pays contributeurs est de 34.
Comme toujours dans les projets publics, et nous sommes peut-être les seuls à le montrer, c'est le coût sec qui est annoncé et pas du tout le coût véritable. Deux éléments manquent toujours. D'abord les dépenses adjacentes ; dans chacun des 34 pays partenaires une foule de dépenses adjacentes se déclenchent pour gérer l'immense projet avec des créations d'organismes et de fonctions, sièges de fructueux fromages.
En outre, plus les projets sont chimériques plus ils s'étalent dans le temps et les intérêts composés partent alors en fusée. Il faudrait pouvoir établir le calcul du coût total prévisible à la fin du siècle avec un taux raisonnable d'intérêt de 3 %. Les chiffres publiés par la presse ne sont pas assez précis pour établir ce calcul essentiel. Notons en outre qu'il s'agit d'une simple expérience pour montrer la faisabilité de la copie du soleil : en cas de succès et après le "copier" il faudra le "coller", soit pourquoi pas un siècle de plus !
Pour mesurer l'étendue du travail, quelques chiffres probablement assez exacts ont été publiés. Pour niveler le site de 40 ha il a fallu déplacer 2 millions de m³ de terre soit autant de volume que la pyramide de Khéops. L'édifice sera de 60 mètres de haut et pèsera 23 000 tonnes.
Venons-en aux écolos qui sont les grands gagnants de l'incroyable entreprise. Ces personnages sont des fumistes, mais ils ont une immense qualité : ce sont des vendeurs de l'impossible ; leur champion est Nicolas (le grand, pas l'autre), car Hulot a fait sa fortune sur l'art de vendre à la terre entière la chimère du réchauffement.
Pour la chimère de l'ITER, ces écolos s'appuient en partie sur une route à grand gabarit qui a dû être bâtie au sud du Lubéron pour faire passer 300 convois exceptionnels pendant cinq ans. Cette route avec son trafic futur est une vraie insulte aux paysages du Lubéron et aux populations environnantes ; elle restera pendant longtemps la signature visible du pouvoir dictatorial mondialiste en place.
Ils ont obtenu de la région PACA que pour chaque euro affecté au réacteur un autre euro serait affecté aux énergies "durables" et à la maîtrise de l'énergie. Comme ces fumistes sont arrivés à domestiquer un grand nombre d'États, l'exemple de cette compensation peut être suivi ailleurs qu'en France : il y a de quoi frémir car le coût total pourrait s'envoler plus haut encore.
Parmi les projets décidés en PACA, citons : l'isolation thermique des bâtiments, 100 000 panneaux solaires sur le toit des lycées, 40 chaufferies à bois, une cinquantaine de centres culturels subventionnés pour l'amélioration de leurs performances environnementales, 30 000 chèques énergies renouvelables donnés aux particuliers. Cette énumération n'est pas limitative ; ces projets sont tous ruineux car reposant tous plus ou moins sur des subventions publiques ; c'est donc une nouvelle cause de ruine résultant du mariage incestueux entre ITER et les écolos et s'ajoutant à la cavalcade des coûts.
Devant cette fabuleuse et magnifique farce internationale qu'est le projet ITER, interrogeons-nous sur l'étrangeté de son apparition au niveau mondial. Comment est-ce possible ? Au départ se trouve la mise en place accélérée de la dictature mondialiste qui fait fi de la liberté des personnes et des États et intervient dans tous les domaines jusqu'aux plus inattendus. Le jeu des lobbies s'engouffre alors avec allégresse. Observons ici le lobby des scientifiques déjà cité plus haut, celui du bâtiment, celui des banquiers. D'une bizarre façon se trouve aussi celui des écolos, qui y trouvent, comme signalé, une magnifique occasion de faire fructifier leur business.
Ensuite, s'ajoute la cupidité solidaire des politiques de tous niveaux et de tous pays : un projet de cette ampleur génère partout de fructueux fromages avec la rivière argentée de l'argent public.
Pour lancer et entretenir la chimère, il fallait cependant pour les décideurs politiques s'abriter sous une apparence de bonne compagnie. Le rêve insensé d'une énergie gratuite arrive à point nommé et le tam-tam médiatique le répète à l'envi ? En outre, pour des ignorants, il est toujours élégant de se rassurer en jouant au faux savant.
Le résultat le plus certain est la ruine pour des États, en majorité surendettés, la ruine allant par une chaîne de conséquences inéluctables fracasser d'abord les plus pauvres de la planète.
Un pouvoir français soucieux du bien commun arrêterait la catastrophe pendant qu'il en est encore temps en révélant au peuple la vérité et en dénonçant les traités correspondants.
La NASA : Un mot de cette machinerie américaine. L'objectif de l'expédition sur la planète Mars est clairement l'espoir de trouver des traces d'eau supposées être la signature d'une vie anciennement éteinte. Ainsi se trouverait la confirmation d'une vie antérieure à sa venue sur terre accréditant l'idée que l'homme et pourquoi pas le cosmos entier seraient arrivés par hasard ici ou là. Il est vrai qu'aux USA où les électeurs sont moins dociles qu'en France la NASA doit batailler dur pour garder ses privilèges et son financement.
Il y a beaucoup d'autres dépenses générées par la science extrême et qui bien que plus modestes forment des totaux respectables.
Toutes ces dépenses extravagantes ont un trait commun signalé pour le LHC : tenter de se passer de Dieu.
L'EFFET DE RUlNE
Par le canal de cette science extrême, la ruine se répand à grande allure pour plusieurs raisons. D'abord les dépenses sans limite ; ce sont quasi exclusivement des dépenses publiques, lesquelles conduisent aux impôts et à l'endettement public dont l'effet sur la paupérisation est connue ; s'ajoute l'assèchement corrélatif des fonds destinés aux recherches utiles et avec résultats applicables.
La ruine vient aussi par le processus de décision ; aucun des électeurs qui alimentent ces machines fantastiques par leur sueur n'est convié à décider. Les décisions sont prises dans des bureaux cadenassés par les gouvernements des divers pays partenaires : c'est l'arbitraire d'autant plus que les décideurs politiques ne comprennent pas plus que nous autres les données scientifiques ; ils sont en fait terrorisés par la crainte de paraître timorés ou démodés. Evoquer l'effet de ruine c'est, bien entendu, montrer comment, par conséquences successives, l'on arrive à la désolante prospérité des restos du cœur.
Au final, ce sont les lobbies qui décident : ceux des physiciens, des industriels, des travaux publics et d'autres. Dès lors que les contribuables acceptent d'apporter gentiment leur argent, pourquoi se gêner ?
Certains objecteront que la science extrême conduit à des retombées dans la vie courante et ils trouveront toujours un exemple ; fatale erreur : tout travail scientifique, surtout quand il se déroule dans des entreprises privées, aboutit quelque part à des résultats tangibles ailleurs et souvent imprévus. D'autres avanceront le nombre d'emplois créés pour construire, entretenir et exploiter : erreur aussi car la recherche privée crée de multiples emplois.
L'EXISTENCE DE DIEU
Finalement, quant à l'existence de Dieu, le numéro du magazine évoqué plus haut est très révélateur. Il apparaît que l'on ne peut pas faire carrière dans ce milieu si l'on s'affiche vraiment croyant. Certains des chercheurs interrogés se disent timidement chrétiens mais avouent qu'il est difficile de professer ouvertement le créationnisme dans le métier qu'ils exercent : Or, peut-on être vraiment chrétien sans croire ouvertement à la création de l'univers par Dieu dans un acte de sa Miséricorde infinie ? D'autres déclarent sans ambages que tout est venu par hasard sans s'apercevoir que la notion de hasard ne peut exister que dans le cadre de la création. De même si la force gravitationnelle explique tout jusqu'à l'homme et jusqu'aux plus grands savants, c'est repousser le problème car la loi de la gravitation universelle ne peut exister que dans le cadre d'une création.
En fait il apparaît que la raison principale de tous ces travaux avec la ruine en conséquence est bien la lutte de certains contre l'idée de Dieu dont on aimerait bien se passer. Il y a donc conjonction entre la ruine et la lutte ouverte contre Dieu.
Cela s'explique. Quand après la chute, l'homme fut chassé du jardin d'Eden, il découvrit un univers hostile. Mais Dieu dans sa Miséricorde lui avait laissé l'usage de la raison pour lui permettre de dominer la nature. Une multitude de grands saints ont célébré la Providence divine, laquelle a tout disposé non seulement pour le salut éternel de l'homme mais aussi pour ses besoins matériels ; c'est si vrai que, malgré ce que dit la propagande officielle, des milliards d'hommes auraient tout ce qu'il faut pour se nourrir, se vêtir, se former, etc, si des pouvoirs dictatoriaux et abusifs ne captaient pas la richesse de leurs peuples, ceci pour leur avantage personnel.
Sainte Catherine de Sienne, qui reçut des dictées directement de la Sainte Trinité, a écrit : « La science est bonne en soi mais elle peut être dépravée par le mauvais usage que le savant en peut faire ».
Il est donc essentiel que les hommes ne gaspillent pas leurs talents en se livrant à une offensive contre Dieu.
Michel de PONCINS, Rivarol
< micheldeponcins@orange.fr >.
économie et finance - Page 883
-
La ruine par la science extrême
-
Éric Zemmour : « Merkozy est mort, vive Merkeron ! »
Merkel et Cameron sont faits pour s’entendre. Tous deux de droite, politiquement conservateurs, économiquement libéraux, partisans du libre-échange… Le grand large est l’âme de l’Angleterre et depuis que l’Allemagne s’est réunifiée, elle a renouée avec sa grande politique mondiale d’antan...
-
Le colbertisme, un mercantilisme louis-quatorzien
A la fin du XVIIème siècle, la mutation de l’agriculture française permet de subvenir aux besoins d’une population française en constante croissance. Elle devient même la population la plus nombreuse d’Europe avec environ 22 millions d’habitants, loin devant les autres pays. Cependant, l’économie française étant essentiellement agricole, la préoccupation majeure des différents surintendants des finances des XVII et XVIIIème siècles fut de diversifier cette économie afin de la rendre moins dépendante des aléas climatiques.
Colbert en tenue de l’ordre du Saint-Esprit,
par Claude Lefèbvre (1666).Le colbertisme en tant que pratique économique est une application du mercantilisme théorisé bien avant Colbert, notamment par Bodin, Garrault, Laffemas ou encore Montchrétien, des économistes réputés de cette époque.
Jean-Baptiste Colbert arrive donc à la surintendance des finances, sorte de ministère des finances et de l’économie, en septembre 1661, au moment de l’arrestation de Fouquet.
L’idée phare qu’il a défendu tout au long de sa carrière a été que l’économie devait être au service de l’Etat et de la politique qu’entendait mener le Roi. Pour cela il se basa sur deux principes qui sont, d’une part la maîtrise des flux monétaires et d’autre part une vue statique de l’économie.
Ces deux principes voulaient que l’augmentation de l’argent dont disposait le pays se faisait aux dépends d’un autre pays. Il fallait donc le retenir par tous les moyens. Pour schématiser, plutôt que de faire entrer et sortir l’argent du pays, il vaut mieux fixer le flux entrant de capitaux dans des investissements sur le sol français (Par exemple dans des entreprises) et faciliter les flux sortants de biens manufacturés au sein des usines françaises. Le but ultime étant d’avoir une réserve de capitaux importante à l’intérieur ainsi qu’une balance du commerce extérieur en excédent. Colbert mit donc en place des contrôles douaniers sévères pour éviter une fuite des capitaux mais aussi pour favoriser le marché intérieur aux dépends de l’offre étrangère.
Dans la vision de Colbert, seul l’Etat a une vue d’ensemble sur l’économie du pays plutôt que de laisser faire les différentes professions qui défendent leurs intérêts uniquement.
L’action de Colbert sur l’économie de notre pays s’est portée suivant deux axes : l’économie tournée vers l’intérieur et celle tournée vers l’extérieur.
En France, il choisit de donner une impulsion à l’industrie car il compte sur elle pour rivaliser avec les grandes puissances économiques que sont, à l’époque, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas. Il décide d’unifier le marché intérieur pour faire circuler de manière équitable les marchandises. Il crée les manufactures royales pour attirer les ouvriers qualifiés et favoriser l’innovation.
La mise en place progressive d’une uniformisation des différents règlements sur la fabrication de produits manufacturés pour obtenir une montée en gamme généralisée de la production française.
La création des manufactures participe de ce bouleversement en soumettant les entreprises à un contrôle direct de leurs pratiques.Versailles étant un des endroits les plus fréquentés par la noblesse du monde à l’époque, Colbert s’en sert comme d’une vitrine pour exporter l’excellence française sur la planète. C’est un plan simple et redoutable à la fois : d’une part, il valorise la production intérieure en empêchant autant que faire se peut les produits étrangers de rivaliser avec ceux fabriqués en France, d’autre part il favorise la demande étrangère pour les produits manufacturés français. Cela permet une croissance de l’importance de la France dans le commerce international et surtout, ce qui est le coeur de la stratégie colbertiste, c’est l’enrichissement du trésor royal qui augmente de façon considérable. Colbert poursuit ce but depuis son accession au poste de surintendant des finances. Cet enrichissement du trésor permet à Louis XIV de mener les nombreuses guerres.
A l’étranger, Colbert mise en grande partie sur la flotte de commerce pour concurrencer le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Il favorise la constitution des grandes compagnies de commerce sur le modèle hollandais et facilite leurs implantations outre-mer par la création de comptoirs de commerce dans les colonies.
Le système qu’il établit en France continue son oeuvre malgré sa mort prématurée en 1683. Le corps des inspecteurs devient un véritable corps au service de la valorisation de la production française.Cependant, le colbertisme se trouve confronté à la montée du libéralisme, poussé par les Lumières. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, reprenant le vocabulaire faisant « l’éloge de la liberté », des économistes et chefs d’entreprises poussent le pouvoir pour qu’il abandonne les règlements qui uniformisaient la production de chaque objet sur tout le territoire national.
La révolution se chargea de raser ce que les rois n’avaient pu se résoudre à complètement abolir: par le vote du 27 septembre 1791, les Constituants décidèrent l’abolition des règlements de fabrication et de l’Inspection des manufactures.Loin de résoudre les problèmes soulevés par un dirigisme un peu trop appuyé de l’Inspection des manufactures, l’abolition décrétée par l’assemblée constituante en crée de nouveaux: elle frappe d’infamie toute idée d’appliquer une règlementation quelconque dans la production d’un produit.
Cela supprime aussi le rôle d’intermédiaire entre les entreprises et l’Etat que jouait l’Inspection et oblige l’Etat à légiférer de manière générale et non par branche comme le bon sens le voudrait. De plus le corollaire de la suppression de l’Inspection a amené celui des corporations, ce qui empêche le développement de réelles organisations sociales. Nos syndicats français n’en sont que la pâle imitation. La conséquence de cette suppression est une organisation des syndicats sur une base politique et non professionnelle, contrairement à l’Allemagne par exemple.Sans pour autant idéaliser ou de dénigrer l’action, il faut reconnaître à ce grand homme le mérite d’avoir toujours voulu mettre l’économie au service de la grandeur de la France et, cela de manière volontariste. Le problème de l’Etat aujourd’hui serait son incapacité à déterminer une politique économique claire, enchaîné qu’il est par le libéralisme issu des Lumières. De plus le destin de l’économie française échappe aux mains des politiques. L’économie n’est donc plus subordonnée au politique. Ce changement est conjugué au transfert à l’Union européenne de nombreuses prérogatives capitales dans le domaine économique, notamment dans le domaine monétaire.
Bibliographie :
MINARD, Philippe, La fortune du colbertisme, État et industrie dans la France des Lumières, Paris, Fayard, 1998. -
Sécurité alimentaire : Bruxelles autorise les farines animales pour les poissons
BRUXELLES (NOVOpress) – Alors que le scandale de la viande chevaline dans les barquettes surgelées de lasagnes Findus a remis au premier plan la question de la sécurité alimentaire au sein d’un système agro-alimentaire mondialisé de plus en plus difficilement contrôlable, la Commission européenne vient d’annoncer qu’elle autorisait à nouveau l’utilisation de farines animales pour l’alimentation des poissons d’élevage.
Les poissons d’élevage pourront donc à nouveau être nourris avec des farines de porc et de volailles à compter du 1er juin.
On se souvient que ce mode d’alimentation totalement anti-naturel avait conduit à la crise de la « vache folle », l’épidémie d’Encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) qui avait entraîné l’abattage d’un nombre considérable de bovins transformés de force en carnivores.
Cette autorisation d’usage pour les poissons ne serait que la première étape d’une réintroduction plus générale des farines animales dans les circuits d’élevage industriels. En effet la Commission «entend proposer une autre mesure pour réintroduire l’utilisation des PAT – farines animales – de porc et de volailles pour les volailles et les porcs, seul le cannibalisme à l’intérieur de mêmes espèces étant interdit. »
«Cette réintroduction des farines animales améliorera la durabilité à long terme du secteur de l’aquaculture, car ces PAT pourraient être un substitut précieux aux farines de poisson, qui sont une ressource rare», indique notamment la Commission dans un communiqué.
Cette décision montre une fois encore que les exigences économiques des lobbys de l’industrie agro-alimentaire s’imposent à la fois au « principe de précaution » et aux exigences de protection de la santé publique.
Une nouvelle invitation à privilégier le local, l’artisanal et le biologique pour résister à cette inquiétante dérive.
-
DSK ET LA PAUPERISATION
Les signes de la paupérisation du peuple français s'accumulent de plus en plus. Les statistiques officielles montrent qu'en 2009 8,2 millions de personnes, soit 13% de la population, vivaient en dessous du seuil de pauvreté. En 2008, c'était moins : 7,84 millions. Un Français sur deux vit avec moins de 1580 € par mois. Certes ces statistiques doivent être lues avec prudence : il est plus évident d'être pauvre à Paris lorsque l'on a peu de revenus qu'en province avec les mêmes revenus, si par ailleurs on dispose d'une maison et d'un jardin.
Des indices plus sûrs et évidents existent comme la « prospérité » des restos du cœur et celle du secours catholique. Les politiques qui pilonnent l'économie française, soit pour détruire les industries et services, soit pour les chasser ailleurs, ont au moins une production qui marche bien c'est justement celle des restos du cœur.
Au même moment, DSK fait un retour quasi triomphal à Paris et les médias le montrent avec gourmandise pénétrant dans son magnifique logis de la place des Vosges. Ses innombrables camarades et amis de la fausse droite et de la vraie gauche sont, certes, fort embarrassés par ce retour. La présomption d'innocence existe dans le domaine pénal, ce qui n'empêche pas les rumeurs et les chuchotements.
UNE INCOMPETENCE MANIFESTE
Pour sauver l'honneur, les voici chantant ses prétendus talents et sa prétendue compétence. Mais il se trouve que la présomption d'innocence n'existe pas dans le domaine économique.
Dans les multiples fonctions qu'il a rempli au plus haut niveau en France, il a décidé et orchestré les plus grandes calamités : semaine de 35 heures, retraite à 60 ans, enrichissement fabuleux des politiciens, déluge fiscal, dépenses publiques illimitées, endettement en folie. Le résultat pitoyable est connu : chômage, crise du logement, délocalisations des entreprises, retraites insuffisantes, panne de la croissance et bien d'autres manifestations qui ont conduit précisément à la paupérisation rappelée ci-dessus.
Certes, pour sa défense, il pourrait dire qu'il n'était pas le seul et que ses amis sont étroitement solidaires de la catastrophe générale. Il ajouterait que la fausse droite, en dehors de quelques aménagements, a poursuivi la course folle et n'a nullement arrêté le double bolide des impôts et de l'endettement.
S'il avait, au tribunal de l'histoire, un avocat aussi talentueux que celui qui lui a permis d'éviter d'être jugé, il pourrait aussi affirmer qu'il était ignorant du mal qu'il créait par ses actions. Étant donné le degré élevé d'intelligence de ces gens, la présomption d'ignorance n'a aucun sens. Il y a eu agression contre l'économie française et agression volontaire.
Une autre ligne de défense pourrait être d'évoquer le consentement du peuple français s'exprimant par les votes ; cela voudrait dire qu'il n'y a pas eu de viol, comme cela aurait pu se produire dans la suite 2806 du Sofitel de New-York, si la victime n'était pas consentante.
L'ORCHESTRE MEDIATIQUE
Que se passe-t-il dans l'isoloir ? C'est là qu'intervient dans l'analyse un autre facteur, à savoir l'orchestre médiatique. Les médias en France sont à la fois créateurs et complices des calamités publiques ; ils sont étroitement imbriqués avec les politiques et forment avec ces derniers un ensemble cohérent, imposant une censure d'autant plus impitoyable qu'elle est apparemment douce. La situation est donc étrange : il n' y pas eu viol puisque le peuple a voté. Mais le consentement a été obtenu grâce à la complicité de l'orchestre médiatique, lui-même arrosé généreusement par les impôts arrachés aux victimes-contribuables-électeurs.
La même propagande célèbre le rôle de DSK à la tête du FMI. Les tribulations récentes ont permis d'admirer sur les écrans la magnificence de cette organisation qui, avec ses 14 000 employés, n'est que l'une des multiples et luxueuse succursales du pouvoir totalitaire mondial en voie d'édification rapide.
Au même moment, nous avons le spectacle de la misère que ce FMI impose cruellement au peuple grec, soi-disant pour le « sauver ». C'est une pratique courante de cette organisation. Là aussi la présomption d'ignorance n'existe pas.
Comment ce personnage incompétent est-il arrivé à la tête du FMI ? Peu de gens se souviennent que pendant plusieurs mois les affaires étrangères de la France ont été mises au service de sa nomination et, de même, récemment de celle de Madame Christine Lagarde. Dans les affaires étrangères rien n'est gratuit et tout se paye ; personne ne peut connaître les contreparties que la France a du donner pour ces deux nominations correspondant aux caprices et intérêts du pouvoir en place.
LES IMPOTS FRAPPENT SURTOUT LES PAUVRES
La paupérisation évidente du peuple français met en évidence un fait que peu admettent, à savoir que les impôts frappent en priorité les pauvres. En effet, ces derniers deviennent pauvres précisément à cause des impôts qui détruisent les créateurs de richesse, ceux qui font tourner la machine.
Les simples précaires, qui arrivent seulement à vivoter risquent à leur tour de tomber dans la trappe de la pauvreté. A mesure que les gens s'élèvent dans la richesse, l'impôt devient de moins en moins pesant. S'ils accèdent à la grande richesse, l'impôt n'existe plus puisqu'ils peuvent s'évader parfaitement légalement pour échapper à l'enfer fiscal.
La France en ruine, le désastre du FMI : décidément les camarades ont bien de l'audace à essayer de redonner du lustre à leur encombrant ami. En fait, ce n'est que le reflet de leur propre solidarité à la fois dans l'incompétence et dans ses résultats.
Michel de Poncins. http://libeco.net/ -
Les illusions perdues des maîtres du monde
Le changement de ton est désormais palpable chez les dirigeants occidentaux, impuissants à retrouver la prospérité. Le découplage du monde entre vieilles économies qui stagnent et émergents qui avancent s’accentue.
Avant la dégringolade de 2008, les capitaines de la finance et de l’industrie pouvaient vanter les vertus de la mondialisation, de la technologie et de la libéralisation des services financiers, supposées ouvrir une ère de croissance sans fin. Une croissance au bénéfice de tous, à condition de faire « les bons choix ». Nous n’en sommes plus là.
Il est tout à fait symptomatique de constater que ce qui a rassemblé les dirigeants réunis récemment à Davos est le sujet des inégalités économiques. Le changement de thème par rapport à il y a seulement un an est spectaculaire. Personne n’ose plus avancer l’idée que ce qui est bon pour les riches finit par profiter aux pauvres.
Le discours de Christine Lagarde, la dirigeante du FMI, a été de ce point de vue un moment clef de la rencontre de Davos. Elle a souligné les changements profonds au sein de son institution, au moins au sommet de la pyramide : une véritable préoccupation pour le droit des femmes, l’accent mis à nouveau sur le lien entre inégalité et instabilité, et la reconnaissance du rôle essentiel de la négociation collective et d’un salaire minimum dans la réduction des inégalités. Si seulement les programmes du FMI en Grèce et ailleurs reflétaient réellement ce discours !
La session organisée à Davos par l’Associated Press a été révélatrice de ces nouvelles préoccupations : un pays, notamment dans le monde développé, peut-il créer des emplois (notamment des emplois bien payés) quand la technologie moderne remplace les travailleurs par des robots et des machines pour toutes les tâches qui peuvent être automatisées ?
Dans l’ensemble, depuis le début de ce siècle, en Europe comme aux Etats-Unis, le secteur privé est incapable de créer en nombre des emplois correctement rémunérés. Même en Chine et dans d’autres pays dont le secteur manufacturier est en croissance, c’est essentiellement l’augmentation de la productivité – souvent liée au remplacement des travailleurs par des processus automatisés – qui est à l’origine de la hausse de la production. Les premières victimes en sont les jeunes, qui voient leurs perspectives d’avenir compromises par de longues périodes de chômage.
La majorité des participants du Forum de Davos a surtout célébré la survie de l’euro. Le sentiment dominant était l’autosatisfaction, voire l’optimisme. La stratégie de Mario Draghi, c’est-à-dire la promesse que la BCE, avec tous les fonds dont elle dispose, pourrait et ferait tout ce qui est nécessaire pour sauver l’euro et secourir tous les pays en crise a semblé efficace, au moins pendant un temps.
Le calme temporaire que cela a engendré donne a posteriori raison à ceux qui appelaient en priorité à rétablir la confiance. L’idée était que la promesse en forme de menace de Draghi rétablirait la confiance sans débourser un sou, car elle n’aurait jamais à être mise à exécution.
Des voix se sont cependant élevées pour rappeler que les contradictions fondamentales n’étaient pas résolues et que la survie à long terme de l’euro impliquait l’existence d’une union budgétaire et bancaire, ce qui suppose une union politique que la plupart des Européens sont prêts à accepter. Mais beaucoup de ce qui a été dit à Davos, tant lors des réunions qu’en aparté, traduisait un profond manque de solidarité.
D’une façon générale, si les dirigeants occidentaux insistent sur la croissance et l’emploi, ils ne proposent pas de mesures efficaces pour y parvenir. Les prévisions de croissance du FMI mettent du reste en évidence le découplage croissant du monde : cette année, la croissance du PIB dans les pays industriels avancés devrait être de 1,4 %, contre au moins 5,5 % dans les pays en développement.
Et pendant que les Européens martèlent la nécessité de l’austérité en se félicitant des progrès accomplis et réaffirment leur volonté de poursuivre dans la voie qui a plongé toute l’Europe dans la récession, les pays émergents nous apportent une note d’optimisme. Ceux qui réussissent le mieux sont ceux qui sont parvenus à gérer la mondialisation pour maintenir leur croissance malgré les échecs de l’Occident.
Devant des Etats-Unis paralysés politiquement par l’agitation puérile des républicains et face à une Europe absorbée par la survie de l’euro en raison de son défaut de conception, le manque de leadership mondial est de plus en plus patent. Au cours des vingt-cinq dernières années, nous sommes passés d’un monde dominé par deux superpuissances à un monde où il n’en existait plus qu’une, et maintenant à un monde multipolaire dépourvu de leadership.
Nous pouvons discuter du G7, du G8 et du G20, mais il faudrait évoquer le G0 ! Nous devons apprendre comment vivre et prospérer dans l’ère nouvelle qui s’ouvre.
-
La guerre contre la finance a-t’elle commencé ? (CSOJ – 12/02/2013)
Frédéric Taddeï reçoit Myret Zaki et Olivier Berruyer dans Ce Soir Ou Jamais pour évoquer la séparation des banques de dépôts et des banques d’affaires; la lutte engagée par les États-Unis contre Standard & Poor’s; l’exemple de l’Islande.
-
La zone euro s'enfonce dans la récession
La croissance de la zone euro sera plus mauvaise que prévu en 2013. Elle a vu ses principales économies plonger. Au quatrième trimestre 2012, le produit intérieur brut (PIB) s’est replié de 0,6% a indiqué, ce jeudi 14 février, l’Office européen des statistiques, Eurostat. L’Office européen des statistiques Eurostat confirme une fois de plus le repli de l’activité économique en Europe. Le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro a diminué de 0,6% au dernier trimestre 2011, une tendance quasi identique pour l’ensemble de l’Union européenne avec une baisse de 0,5%.Ces données font de 2012 une année particulièrement difficile pour la monnaie unique : pour la première fois, la zone euro n’aura même pas connu un seul trimestre de croissance.Les principales puissances économiques européennes sont touchées par ces mauvais résultats, y compris l’Allemagne. Ces chiffres pourraient donner des arguments supplémentaires aux pays membres, comme la France, qui avouent ne pas être en mesure de tenir leurs engagements de réduction de déficit.Pour l’instant, la Commission européenne se refuse à tout commentaire. Elle prépare surtout la présentation la semaine prochaine de ses prévisions économiques pour la période 2013-2014. Ces estimations porteront sur le PIB, l’inflation, l’emploi et le déficit public. Une façon pour l’institution de donner sa réponse politique aux difficultés annoncées par plusieurs pays.Avec RFI http://www.francepresseinfos.com/ -
« Cafouillage industriel, oeuvre d'Etat » archive 2007
En cinq ans, le gouvernement Jospin (1997 - 2002) a largement ouvert au « privé » le capital des entreprises qui relevaient de l’Etat. La démagogie électorale permanente de la Vème République dévoyée implique l’appauvrissement et l’affaiblissement de l’Etat.
Les médias ont endoctriné l’opinion afin qu’elle s’élève contre « trop d’Etat ». Paradoxalement, alors que les Français veulent « moins d’Etat, ils ne lui ont jamais demandé de leur répartir autant de ressources et de les assister dans toutes les activités, de la crèche à la maison de retraite.
En somme, plus l’Etat est affaibli (par la « construction européenne ») et appauvri par les lois du marché (et les privatisations) plus les Français en exigent les magnificences, largesses et libéralités dont seul serait capable un Etat souverain, riche et puissant.
Les gouvernements successifs de la Vème République se sont révélés incapables de faire la différence entre les activités nationales qui gagnent à relever du « privé » et celle qui assurant un service public essentiel, doivent être la propriété de tous les Français et donc dépendre du gouvernement qu’ils se sont donné.
Poursuivant la politique de privatisation des gouvernements Chirac (1986–1988), des socialistes (de Rocard à Bérégovoy 1988 – 1993) de la droite avec Balladur et Juppé (1993 – 1997), le gouvernement Jospin (1997 – 2002) a non seulement ouvert au privé le capital d’une demi-douzaine de banques, préparé la privatisation d’importantes entreprises publiques (France Télécom, Air France, GDF, EDF, autoroutes du sud de la France…) mais bradé l’industrie aérospatiale de la France.
S’il est bien une activité scientifique, technique et industrielle qui devrait relever uniquement de l’Etat, c’est bien celle qui conçoit et forge les armes de la France. Il est d’ailleurs malsain que les armements offrent au secteur privé l’occasion de réaliser d’importants profits. Compte tenu de la culture particulière de la France et de ce qu’attendaient les ressortissants de ses gouvernements successifs, non seulement les armements mais l’énergie, les infrastructures terrestres, ferroviaires, maritimes, aériennes, spatiales – et pourquoi pas, l’eau indispensable à la vie – devraient être gérés par l’Etat. Le libéralisme économique, les lois du marché, devenus en France également prioritaires, ont transformé ses équilibres politiques, financiers, économiques, l’Etat, c’est-à-dire la représentation nationale n’y étant plus qu’une symbolique représentation du passé.
Au cours des années 1998 et 1999 le gouvernement Jospin a été emporté par la générosité. Générosité facile aux dépens des Français.
Rappelons d’abord qu’en 1996 les activités de la société nationale « Aérospatiale » dans le domaine des satellites (6 % de son chiffre d’affaires) avaient été transférées à Thomson CSF. En revanche, l’Etat cédait à « l’Aérospatiale » les 45,7 % du capital de Dassault aviation qu’il détenait. C’était un réarrangement industriel qui préparait le désengagement de l’Etat, car au cours des années suivantes, des interventions comptables auront pour effet de mettre en question la rentabilité de « l’Aérospatiale »: augmentation de ses charges de recherche et de développement et aussi du remboursement des aides de l’Etat, accroissement des provisions pour aléas de change, Airbus vendant en dollars mais payant ses factures en euros. Au privé de s’en accommoder, l’Etat se désintéressant d’une de ses missions prioritaires : l’armement de la nation.
En 1999, sa hotte bien emplie le gouvernement Jospin peut jouer les pères Noël.
En février, Jean-Luc Lagardère est l’heureux bénéficiaire d’un cadeau fastueux. En échange de l’apport de « Matra Haute Technologie » (MHT) il reçoit 31.45 % du capital de la future entreprise « Aérospatiale Matra ». Cependant Lagardère verse à l’Etat 850 millions de francs, soit moins de 2 % du capital de la nouvelle entreprise. Toutefois, il avait été stipulé dans le contrat qu’une somme maximum de 1.150 millions de francs, variant avec les performances boursières évaluées sur 2 ans pourrait compléter l’apport de « Matra ». Mais si le cours du titre – après privatisation – monte de 10 % par rapport à sa valeur au CAC 40, cette dette serait annulée. (Ce qui fut, parait-il le cas).
Les méchantes langues ont estimé qu’au nombre des opérations préparant la privatisation de l’ « Aérospatiale » figurait un échange de bons procédés : au somptueux cadeau fait à J.L. Lagardère, celui-ci répondrait en faisant campagne pour le PS dans les médias qu’il contrôlait. De surcroît, l’accord du 3 mars 1999 donnait à Lagardère plus de 20 % de droits de vote de la nouvelle entreprise. Il avait licence d’acquérir les actions cédées par l’Etat si celui-ci réduisant sa participation, passait à moins de 20 % du capital. Ce qu’il fit.
Mais en octobre 1999, le gouvernement français se surpasse. C’est un cadeau impérial qu’il fait à l’Allemagne. Celle-ci pressait Paris pour qu’il « privatise » son industrie d’armement, menaçant même d’exclure la France de toute entreprise européenne si son gouvernement ne cessait pas de contrôler les activités nationales d’armement. Toujours à la remorque de Berlin, Paris obtempéra.
Le 13 octobre 1999 « l’Aérospatiale-Matra » privatisée largement et la firme automobile Daimler-Chrysler annoncèrent leur fusion afin de former un groupe aérospatial européen capable de rivaliser avec chacune des plus puissantes firmes correspondantes des Etats-Unis.
La nouvelle entreprise portera une désignation britannique « European Aeronautic, Defense and Space », ou « EADS » en abrégé. Elle rassemble près de 100.000 techniciens et son chiffre d’affaires devrait être de l’ordre de 22 à 23 milliards d’euros. Elle siégera aux Pays-Bas, sera de droit hollandais et l’anglais y sera la langue de travail.
Le gouvernement français a accepté de réduire de 47,5 % à 15 % sa participation au capital de l’entreprise. Et dans un élan de générosité supplémentaire, M. Raffarin annoncera même qu’il était prêt à renoncer à ces 15% ainsi que le réclamaient les Allemands, qui avaient admis de patienter jusqu’en 2003.
Autre cadeau et non des moindres, la nouvelle entreprise contrôlera à 80 % le consortium « Airbus Industrie ». Des quatre partenaires du consortium, la France, l’Allemagne, l’Espagne et la Grande-Bretagne, les trois premiers acceptèrent la fusion, « British Aerospace » affichant ses réticences et se détournant de l’accord de 1997 spécifiant que France, Allemagne et Grande-Bretagne formeraient une seule entité aérospatiale et de défense en Europe. Et voici l’Allemagne un des quatre participants à Airbus, devenue à demi propriétaire de l’entreprise.
Et le 14 octobre 1999 Lionel Jospin, Dominique Strauss-Khan et Jean-Luc Lagardère rencontrent à Strasbourg Gerhard Schröder et Jurgen Schremp, directeur de la DASA, filiale aéronautique de Daimler-Chrysler – Dasa étant une bien modeste entreprise au regard de « l’Aérospatiale » et dont la firme automobile allemande souhaitait se délester grâce à la création d’ « EADS ».
« A ne pas oublier… »http://www.lesmanantsduroi.com/articles/article3374.phpAux ordres, les médias célèbrent l’opération. Le « Nouvel Observateur » daté du 21-27 octobre présentait cette capitulation française comme « un retournement inespéré ». A peu près seul, l’économiste Elie Cohen disait la vérité.
« Le seul point fort de la spécialisation industrielle de la France qui était l’aéronautique (voir Annexe) est en train d’être bradé ». Mais pour le « Nouvel Observateur » à Strasbourg la « France avait raflé la mise » et J.L. Lagardère, principal bénéficiaire et Dominique Strauss- Khan qui avait négocié la reddition de la France étaient les « gagnants ». Et Claude Imbert écrivait dans le « Point » du 22 octobre 1999 : « dans le trousseau de l’Europe on ne peut trouver plus français ». Ainsi désinformée, l’opinion française souscrivit à la démarche de son gouvernement.
On est en droit de se demander par quelle aberration Paris a accepté, et favorisé, la mainmise à plus de 30 % du groupe « Lagardère-Matra »sur « l’Aérospatiale » Celle-ci a été l’aboutissement des travaux des bureaux d’études et des usines de Sud Aviation, Nord Aviation, Centre et Sud Ouest Aviation qui avaient conçu la « Caravelle », « l’Airbus » et, en coopération avec les Britanniques, « Auparavant, ou parallèlement, avaient été étudiées et construites les séries d’avions de transport militaire « Noratlas », « Transall » et une cinquantaine d’appareils subsoniques et supersoniques.
En outre « l’Aérospatiale » étudia et fabriqua des hélicoptères, des engins stratégiques et tactiques, des satellites, des systèmes de défense. On saisit mal à quel titre la très modeste firme « Matra » obtint officiellement le droit de détenir la majorité de blocage de « l’Aérospatiale » privatisée et…. bradée à la DASA allemande, société ne présentant d’autre intérêt que d’être une filiale du groupe automobile « Daimler-Chrysler ». La « Deutsch Bank » détenait à l’époque, 12 % de son capital, le Koweit, 7 % et Dubaï 2 %. Quant à la participation de Lagardère elle demeurait dépendante des attraits politiques et financiers des techniques de communication et du pouvoir qu’elle exerçait sur le gouvernement en mettant l’opinion publique « en condition ».
Le gouvernement français se désintéressant des armes de la France, et de son avenir spatial, il ne faut plus compter sur ses cadres politiques pour réfléchir aux impératifs de sa défense et même de sa sécurité. Et pour entreprendre les travaux de recherche fondamentale sans rapport financier immédiat. Désormais c’est à « la corbeille » de pourvoir aux besoins de la sécurité du pays.
A l’évidence, ainsi qu’elle venait d’être structurée « EADS » se souciera comme d’une guigne de l’intérêt national et ne recherchera que le profit commercial afin de satisfaire ses actionnaires.Comme pour toutes les entreprises menées en coopération avec l’Allemagne, avec « EADS » la France perd de sa substance au profit de son partenaire. Elle lui a apporté l’ « Airbus », ses succès en matière d’hélicoptère, son savoir en engins stratégiques en ce qui concerne les lanceurs de satellites grâce aux travaux nécessités par la force nucléaire de dissuasion. Elle lui a aussi abandonné le marché des avions de combat qu’elle avait conquis au cours des « vingt glorieuses » 1955-1975. (Voir annexe).
Les média ont encore amplifié les témoignages de satisfaction en spéculant sur la complexité de « l’arrangement » EADS et des cadeaux – ou renoncements nationaux – qu’il a imposé.
La presse a insisté sur les mérites d’un groupe industriel censé être capable de rivaliser avec les firmes américaines. Or, lors de la signature de Strasbourg, la capitalisation boursière des entreprises concurrentes d’outre-Altantique atteignait 1500 milliards de dollars et celle de EADS moins de 10 milliards. L’« effet de taille » recherché n’était guère évident. D’ailleurs avec moins de 20.000 cadres et ouvriers une entreprise aéronautique française avait gagné plus de la moitié du marché mondial des avions de combat. Avec des effectifs cinq fois plus nombreux « EADS » l’a irrémédiablement perdu. Ce qui réjouit, outre-Atlantique et outre-Rhin.
« La plus récente campagne que le Pentagone ait menée cette année est celle qui a forcé les industriels européens de l’armement à se fondre dans un ensemble transatlantique avec les firmes des Etats-Unis au lieu de s’en tenir à la notion de forteresse Europe », a écrit Jim Hoagland dans le « Herald Tribune » du 25 octobre 1999. A l’ « effet de taille » raté, s’ajoutent le cheval de Troie américain et la fin du rêve européen, du moins en ce qui concerne l’aviation militaire définitivement conquise par les constructeurs d’outre-Atlantique.
Qu’il s’agisse du montage financier ou de l’organisation fonctionnelle d’EADS les mesures adoptées en 1999 étaient contraires à l’intérêt national.Le montage financier d’abord :
-Daimler-Chrysler et Dasa ont été tirés d’affaire par la mise sur pied d’EADS. La firme automobile germano-américaine s’est attribuée 30,2 % de l’actionnariat.
-l’Etat espagnol y figure pour 5,52 %.
-J.L. Lagardère y détient, initialement 11,1 % mais doit recevoir la participation temporaire de la Banque BNP Paribas et d’Axa, soit 3,9 %, ce qui portera à 15 % la part officielle de Lagardère à parité avec l’Etat français. Plus intéressé par les médias que par l’aéronautique et l’espace, Lagardère pourrait céder tout ou partie de son actionnariat s’il en vient à douter de la rentabilité d’une organisation administrative et technique défaillante. Ce qu’il fera, à hauteur de 7,5 % en 2006. Quant au marché, il était initialement de 34,26 % du capital et ses variations permettent de modifier les rapports de force au détriment de la France qui annonce son intention de se désengager des affaires d’armement, Raffarin dixit.
L’Allemagne l’emporte à nouveau grâce à une firme automobile en difficulté et une modeste entreprise aérospatiale, Dasa, la voici contrôlant l’ « Aérospatiale » qui, en Europe, détient le secteur des avions de transport militaires et civils, 80 % du consortium « Airbus », 100 % d’Eurocopter, 45 % du projet d’avion de combat « Eurofighter », 37,5 % de la société de missiles « MBDA. »Le montage politico-administratif :
I il repose sur un principe défini lors de la création d’ « EADS » : une stricte parité franco-allemande devra être respectée. Bicéphale la présidence du conseil d’administration, bicéphale également le comité exécutif.La politique a escamoté l’efficacité et l’on imagine mal une entreprise aussi ambitieuse qu’ « EADS » devenue l’objet de rivalités de personnes, d’intérêts nationaux divergents alors qu’il eût fallu qu’à sa tête gouverne une équipe homogène menée par un « patron » compétent, appuyé par un gouvernement fort. EADS a été une « construction européenne » caractérisée, et ses difficultés de gestion ont démontré, une fois de plus, les carences de cette politique européenne. Au cours des six dernières années, les désaccords sur le partage des responsabilités, les intrigues entre nationaux et internationaux, les ambitions individuelles et nationales ont secoué l’organisation, inquiété les actionnaires, déconsidéré l’ensemble de l’entreprise.
A l’issue du conseil d’administration réuni le 29 avril 2005 à Amsterdam, la présidence d’Airbus a fait l’objet de profonds désaccords entre Allemands et Français.
Aussi, en Comité exécutif, les Allemands ont imposé Thomas Enders, l’adjoint de Manfred Bischoff lorsque celui-ci dirigeait Daimler-Chrysler. On voulait, outre Rhin, équilibrer ainsi un Noël Forgeard qui avait dirigé Airbus, qui était devenu le représentant français au Comité exécutif et qui aurait volontiers cumulé ses fonctions au Comité et à Airbus. Ce que les Allemands ne pouvaient admettre, le pacte d’actionnaires précisant qu’un dirigeant du groupe ne peut diriger une filiale, Airbus en l’occurrence. (L’année suivante Mme Merkel exigera l’éviction de Forgeard et la France s’inclinera).
Quant à Thomas Enders, ancien parachutiste, membre de la CDU, étudiant la stratégie aux Etats-Unis, il affiche son « atlantisme » si bien qu’il est également un gage donné par l’Allemagne à l’Amérique quant à la gestion future d’EADS – notamment dans le domaine des activités militaires que la firme européenne entend développer afin de moins dépendre des avions de transport commerciaux.
Airbus, en effet, assurait à EADS 60 % de son chiffre d’affaires et 78 % de ses bénéfices, ce qui inquiétait le Comité exécutif sachant que le coût du développement de l’A 380 de 555 places avait augmenté de 1,5 milliard d’euros, que la série des A 340 subit le choc de l’accroissement du prix du pétrole au profit du 777 américain tandis que le nouveau 787 de Boeing surclasse, en consommation le futur A 350 de EADS.
Dès le mois de décembre 2004 la Bourse sanctionne la gestion hasardeuse de la direction bicéphale d’EADS.
Et au début du mois de mars 2006, il n’est question que du retrait de Lagardère, cédant partiellement sa participation (en accord avec le groupe allemand afin de maintenir la fameuse parité).Toutefois, le 8 mars 2005, Noël Forgeard et Thomas Enders annoncèrent les succès commerciaux de l’année 2005 : une hausse de 8 % du chiffre d’affaires et un niveau exceptionnel de prises de commandes d’avions. Mais cet optimisme de commande avait sans doute eu pour objet de masquer les effets de l’« allègement » au capital d’EADS , la part cédée en Bourse pouvant atteindre 6 et même 10 %. Du côté allemand c’était le redressement de Daimler-Chrysler (Mercedes et Smart) qui devait justifier ces ventes d’actifs. Lagardère se tournait vers la « communication » négociant l’achat de 20 % de Canal Plus et de Time Warner Book récupérant 3 milliards d’euros de ses 15 % dans EADS.
Ainsi se prépare la débandade des stock-options par Noël Forgeard et les chefs des départements techniques J.P. Gut, Francis Auque et Jussi Itavuori, l’action EADS perdant près de 8 %, l'ensemble représentant une perte de 5,8 milliards d’euros.C’était la sanction d’une avalanche de mauvaises nouvelles, que n’avait pas effacé le bilan enchanteur présenté le 8 mars par Noël Forgeard, la veille de l’affaire des stock-options et qui rassemblées, inclinaient au pessimisme :
-Désengagements financiers des grands actionnaires.
-Retrait des Britanniques cherchant à céder leur participation (20 %) dans Airbus.
-Echec commercial de l’A 350 à redessiner et devenant l’A 370 au prix de 8 milliards d’euros d’études et de reconstruction.
-Dépassement du coût de l’industrialisation de l’A 380 de 555 places.
-Retards réitérés des livraisons de l’A 380 aux compagnies aériennes qui en avaient passé commande. Le 13 juin 2006 les Singapour Airlines apprenaient qu’elles devraient attendre 6 ou 7 mois la livraison des premiers A 380 (ce qui décide Singapour à acquérir 20 Boeing Dreamliner pour 4,52 milliards de dollars).
-La certification de l’A 380 n’est pas acquise, outre-Atlantique l’on s’efforce de compliquer l’ « accueil » de l’A 380 sur les aérodromes nationaux.- Les acquéreurs de l’appareil réclament des réacteurs moins bruyants, plus économes en carburant et toutes sortes d’installations censées attirer la pratique et qui exigent des câblages nombreux, d’autant plus malaisés à connecter que les tronçons de fuselage sont fabriqués dans diverses usines. D’où un retard général des fabrications et des livraisons tardives qui, outre les indemnités réclamées par les acquéreurs, représenteront un manque à gagner de 500 à 600 millions d’euros annuellement jusqu’en 2010/2012.
- Le 12 mai 2006 est annoncée la fermeture de la Sogerma à Mérignac. Cette société employait plus d’un millier de spécialistes de l’entretien des matériels aériens de transport (alors que l’usine EADS de Dresde croule sous la charge de travail). Relevant de l’Allemand Gustave Humbert, alors président d’Airbus la Sogerma fortement endettée est condamnée dans le même temps que Tom Enders déclarant qu’en 2005 l’industrie aérospatiale allemande avait créé 6000 emplois et que ses revenus avaient augmenté de 6 %. La CFTC protesta contre le bilan social d’Airbus : « la filiale allemande dilapide impunément, et sans vergogne les efforts draconiens d’économie réalisés par la filiale française ».
Le gouvernement français est indigné », déclara M. Gérard Larcher, oubliant que c’est ce gouvernement qui a préféré passer à une firme portugaise l’entretien des Lockheed C 130 de l’armée de l’air privant ainsi de travail les spécialistes de la Sogerma. EADS s’est engagé à réindustrialiser le site en préservant ainsi la moitié des effectifs.Au début de janvier 2006 la presse annonce que EADS supprimerait 670 emplois dans son département « Défense Aéronautique », cela après avoir déclaré qu’il était envisagé d’assembler des Airbus en Chine (avec les suppressions en Europe des emplois correspondants).
On comprend qu’entre le 15 et le 20 mars les cadres français d’EADS aient vendu quelque 520.000 actions qu’ils détenaient et ce serait en humoriste qu’Arnaud Lagardère a déclaré au « Monde » daté du 16 juin 2006 : « Nous avons été Manfred Bischoff, co-président d’ EADS et moi très surpris par la réaction aux retards, avec la chute du titre… Notre décision de vendre 7,5 % du capital de EADS a été prise à la rentrée de 2005… ». (L'action EADS a plongé de 26,32 %, mercredi 14 juin 2006. Note des Manants du Roi).
« Nous n’étions pas informés » plaident les coupables pourtant largement rétribués pour bien connaître le bilan de leur gestion… EADS est un exemple de la politique industrielle communautaire à éviter. Avant que les exigences de la « construction européenne » conduisent à une pareille aberration, les industriels de l’armement avaient su concilier coopération et efficacité. Ils s’en étaient remis au principe des « maîtrises d’œuvre croisées ». Un maître d’œuvre – national – des sous traitants étrangers associés et, à titre de compensation, d’autres nations assurant la maîtrise d’œuvre de projets semblables.
Ainsi ont été éliminées les rivalités de personnes et écartées les prétentions nationales.
Aux Etats, qui entendaient se désengager politiquement et financièrement, de venir à la rescousse d’une entreprise qu’ils ont mise en perdition.
Général Pierre Marie Gallois
Juillet 2006*********
Annexe à la note relative à EADS
- Au cours de ces trente dernières années la Vème République a pratiquement renoncé à exercer la plus régalienne des ses missions : assurer dans l’indépendance, la Défense et la Sécurité de la nation. Elle n’a pas soutenu son industrie d’armement sans laquelle, dans l’indépendance, il ne peut y avoir recours aux armes, ou même à la menace d’en user.

-Elle a démantelé son industrie aérospatiale en privatisant la « société nationale aérospatiale » et en la transformant en une société germano-française, au siège hollandais, et dont la quête de profit est le principal objectif.
-Elle a perdu le marché des avions de combat qu’elle avait quasi mondialement conquis au cours des « vingt glorieuses » (1955 - 1975).
-Elle a laissé aux constructeurs d’outre-Atlantique les approvisionnements en matériels terrestres notamment en réduisant les activités de GIATT Industries.
Aux origines de ce désengagement en matière de Défense et de Sécurité se trouvent la « construction européenne », qui vise à effacer la nation, des Institutions démagogiques et une surprenante carence politique et technique du pouvoir.
La crise profonde dont souffre aujourd’hui EADS est justifiée par les erreurs des gouvernements successifs ignorant les conséquences du progrès technique notamment en matière aéronautique, discipline à évolution rapide, dont les responsables politiques n’ont su en tenir compte.
Un certain nombre de données techniques et opérationnelles ont pourtant été déterminantes :
1° - Après qu’une vitesse double de celle du son eut été franchie (en juillet 1956, soit près de 700 mètres/seconde à 15° centigrades) tous les avions de combat piétinent devant le mur de la chaleur, la chaleur de friction.
2° - Avant cette performance, chaque année ou presque, les ingénieurs gagnaient quelques kilomètres/heure périmant rapidement les appareils moins rapides, la vitesse étant le critère essentiel au combat. D’où le nombre élevé des bureaux d’études, la multiplication des programmes, les générations d’avions se succédant à une cadence rapide.
3° - Depuis que le « mur de la chaleur » aligne les appareils sur la même performance de vitesse, la vie opérationnelle d’un même appareil a été considérablement prolongée, le progrès visant l’équipement et l’armement et non plus un gain de vitesse.
C’est ainsi que conçu en 1956, le Mirage III est encore en service outre-mer. Soit un demi siècle au lieu d’une quinzaine d’années de vie opérationnelle effective.
4° - Hier, entre la conception d’un nouvel avion et sa mise en service en unité, six ou sept années de travail étaient nécessaires. Valable dix ou quinze ans, l’appareil devait être remplacé par un matériel plus performant si bien que les bureaux d’études et que les usines ne demeuraient pas sans travail. Aujourd’hui c’est sur 40 ou 50 ans que se renouvelle le matériel.
5° - Les industriels pallient les inconvénients de cette nouvelle réalité par une longue gestation de leurs projets – de plus en plus complexes – et par l’exportation en spéculant sur l’étalement des commandes, les gouvernements étrangers ayant des besoins spécifiques à des moments différents.
En France, dès le début des années 80 il n’a été tenu nul compte de cette mutation dans la durée d’utilisation des avions de combat.
6° - Soucieux de donner des successeurs aux familles Mirage III et Mirage IV, en décembre 1976, M. Marcel Dassault se rendit à l’Elysée y proposer le lancement de deux nouveaux prototypes :
-un monomoteur, le Mirage 2000 version très améliorée des Mirage III et F 1.
Mirage 2000
-un bimoteur (Mirage 4000) à long rayon d’action éventuel successeur du Mirage IV.

Mirage 4000
L’industrie prendrait à sa charge le développement du monomoteur, l’Etat finançant les mêmes opérations pour le bimoteur qui eût été l’avion de la projection de la force à distance de la nouvelle stratégie française.
M. Giscard d’Estaing inversa la proposition prenant à la charge de l’Etat le développement du Mirage 2000 et s’en remettant aux ressources de M. Dassault pour réaliser la mise point et l’industrialisation du bimoteur Mirage 4000.
C’était condamner ce deuxième appareil trop coûteux pour l’industriel. En dépit de ses très hautes performances le 4000 sera envoyé au Musée de l’air, y demeurant à l’état d’unique prototype.
Prise en 1977, la décision relative au Mirage 2000 assurait à la France, pendant une quarantaine d’années – c’est-à-dire jusqu’en 2010/2015 un excellent monomoteur de combat.
Mais en 1981, Charles Hernu devient ministre de la Défense et cherche à attacher son nom à un nouveau programme. C’était devancer d’au moins une vingtaine d’années la satisfaction des besoins de l’Armée de l’air, c’était bousculer le projet de MD 2000 en cours de réalisation, la France n’ayant pas les moyens de conduire simultanément deux programmes d’études et de fabrication de deux appareils voisins.
Hernu voulait prendre l’initiative d’un projet européen avec la participation de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne, du Benelux, voire de l’Italie et de l’Espagne.
C’était ne pas tenir compte des réalisations antérieures de l’Allemagne et du Royaume Uni. Allemands et Anglais voulaient que le nouvel appareil soit propulsé par les réacteurs de l’avion « Tornado », réacteurs développés par les 2 pays et réacteurs à la forte poussée qui eussent équipé un avion plus lourd jugé trop coûteux pour les Français. De surcroît, c’eût été un coup fatal porté à la SNECMA qui, en liaison avec General Electric étudiait un réacteur à la mesure du projet français d’avion Rafale.
Mais Londres et Bonn s’assurèrent la coopération de Rome et de Madrid, soit la commande de plus de 600 appareils fabriqués en 3 tranches. Ainsi est né l’avion Eurofighter anglo-allemand, concurrent du Rafale commandé en France, en petit nombre, faute de crédits. De surcroît, EADS fait campagne pour l’Eurofighter au détriment du Rafale français. Et l’Etat détient encore 15 % du capital d’EADS si bien qu’il finance un avion concurrent de celui qu’ont payé les contribuables français et qui correspondait aux futurs besoins de l’Armée de l’air.
Ainsi a été perdu le vaste marché des avions de combat gagné jadis par la France. Ses matériels aériens étaient utilisés dans de nombreux pays, cités pêle-mêle ci-dessous : Allemagne, Afrique du Sud, Argentine, Belgique, Brésil, Inde, Irak, Israël, Libye, Maroc, Pakistan, Pays-Bas, Turquie etc…
Ainsi ont été privés de travail des centaines de milliers de spécialistes et mis en sommeil un des meilleurs bureaux d’études aéronautiques.
Et EADS et le mythe européen ne sont pas étrangers à ce sinistre de notre avenir aérospatial.
Le Rafale a été dessiné en 1982 - 1983. Il devait être initialement l’ « avion européen » des années 1995 - 2000. Il avait été défini comme avion de combat polyvalent (supériorité aérienne et attaque au sol) remplaçant les versions différentes du Mirage 2000 lancé vingt ans plus tôt. C’est dire qu’il se superposait au programme 2000. Le premier vol du prototype eût lieu en 1991 et il était envisagé de produire 294 Rafale en 30 ans, 59 ayant été commandés en décembre 2004. Faute de crédits, la mise au point de l’appareil aux équipements sans cesse perfectionnés a été fort longue si bien que l’Armée de l’air a attendu plus de vingt ans la mise sur pied d’une première unité de Rafale (mai 2006).
En 2003, le Ministère n’a pu financer que la fabrication de deux Rafale dans l’année. Tous les programmes qu’ils soient français ou européens traînent en longueur.
- Le GPS européen a 30 ans de retard sur l’américain. Et encore ce sont des fusées russes qui mettent ses premiers satellites sur orbite.
- Le besoin d’un avion cargo militaire a été manifesté en 1990. Seize ans plus tard le premier prototype n’avait pas encore effectué son vol initial.
- La mise au point de l’avion Eurofighter n’a pas été aisée non plus (alors que, d’emblée, le Rafale s’est révélé particulièrement réussi).
-Les constructions navales travaillent également au ralenti. Peut-être commandé en 2009, après des années de tergiversation, le porte-avion destiné à remplacer le Foch n’entrera guère en service qu’en 2015 après un chantier de 5 à 6 ans (et une vie opérationnelle d’une quarantaine d’années). Il emportera une trentaine de Rafale Marine qui remplaceront les Super Etandard (dont le prototype remonte à 1957) et qui, modifiés, auront servi près de deux tiers de siècle.
L’armée de terre n’a pas été mieux servie.
La triste déconfiture de GIATT Industries accompagne le renoncement en matière aérospatiale.
Canon GIAT
A partir de 1990 le gouvernement entama la liquidation de GIATT Industries : arrêt des commandes d’artilleurs, réduction de production annuelle des chars Leclerc (de 100 à une vingtaine), baisse des commandes de munitions.

Canon de 120 mm –faible recul-
- Liquidation de Métal Europe.
- Mainmise norvégienne sur Alstom - St Nazaire.
- Contraction d’Eromet et d’Embert et Duval (alliages spéciaux).
- Mainmise sur Péchiney par Alcan, de Mittal sur Arcelor.
- Suppression de 3750 emplois à GIATT Industries et de 1000 emplois chez Schneider Electric.- 3000 emplois en moins chez S.T Micro Electronique qui délocalise en Chine

- En 10 ans la France a perdu 60.000 emplois dans la chimie.
-
Le libéralisme réellement existant d’après Michéa
Le libéralisme réellement existant d’après Michéa
L’aboutissement logique de la modernité libérale est, pour Jean-Claude Michéa, l’extension indéfinie des droits.Selon lui, la modernité libérale fabriquerait un homme politiquement correct et procédurier. L'appel aux avocats pour trancher les conflits lui sert de substitut au bon sens et à la morale commune d'antan. De manière contradictoire, la maxime soixante-huitarde selon laquelle « il est interdit d’interdire » a muté en un « besoin forcené d’interdire ». L’État s’y soumet, en censurant, contrôlant et interdisant les opinions « incorrectes ».
Mais l’extension des droits, faute de limite morale, est sans fin. Le Droit se soumet à la force des revendications, et l’on assiste, selon le mot de Michéa, à mai 68 portant plainte contre mai 68. (1) Sans référents symboliques communs ni limites transcendantes (ou relevant du simple bon sens), les libertés rivales entrent fatalement en collision.
Conséquemment, les conditions de la guerre de tous contre tous seraient à nouveau réunies. En fin de compte, le libéralisme réellement existant représenterait, la mort de la société. Son idéal d’équilibre serait lui-même porteur d’injustice. Ainsi, « tous les animaux sont égaux, mais certains le sont plus que d’autres » (Orwell) est pour Michéa la meilleure définition de la discrimination positive. (2) Celle-ci, idéal de substitution, masquerait en outre « la réconciliation pratique de la gauche avec l’économie de Marché. » (3) L’égalité économique serait ainsi écartée au profit de la lutte contre les discriminations de toutes sortes, forcément infinies puisque la société est diverse.
Au bout du compte, l’extension se poursuit jusqu’à l’atomisation sociale. Peu importent les inégalités économiques, vive la diversité, l’horizontalité s'est substituée à la verticalité. Un pauvre appartient est un simple élément du paysage de la diversité. A ce titre, rien n’empêche de voir émerger des revendications loufoques. Depuis le milieu des années 1970, nous apprend Michéa, une Bald Pride est organisée chaque année par ceux qui considèrent l’alopécie comme une grave forme de discrimination. (4)
Orwell a théorisé cette contradiction sous le nom de double-pensée, concept que reprend Michéa, à savoir deux propositions incompatibles formulées concomitamment. Dans les cas de lutte contre toutes les discriminations, rappelons au préalable que discriminer signifie distinguer. Refuser la distinction serait donc, en somme, comme refuser la diversité d’une société, puisqu’à moins d’aspirer à une homogénéisation totale, chacun serait perpétuellement potentiellement discriminé par rapport à autrui, d’une manière ou d’une autre. Cette demande de reconnaissance de diversité serait donc en même temps le refus, la mort de cette diversité.
Du point de vue éthique, les conséquences seraient désastreuses. Rien ne s’oppose, note Michéa, à ce que la prostitution soit considérée comme un métier normal. Pour le justifier, il suffirait d’invoquer la liberté de disposer de son corps comme chacun(e) l’entend. Mais, ajoute-t-il ironiquement, si l’école est destinée à orienter le futur travailleur vers le Marché et que la prostitution est un métier comme un autre, le diplôme adéquat doit être prévu, tout comme ses conditions d’examen et de validation théorique et pratique. Dans le même ordre d’idées, il mentionne l’anecdote, malgré tout paradigmatique, des ouvrières licenciées pour cause de fermeture d’usine mais qui se sont vues proposer un reclassement en tant qu’hôtesses de charme dans un Eros Center. Tout comme a fait jurisprudence, en 2003, l’affaire où l’on jugea bon de se demander si des rapports cannibales entre personnes consentantes pouvaient être autorisés. (5) En refusant de moraliser, le libéralisme est ainsi condamné à une perpétuelle fuite en avant. L’altérité même se noie dans la réduction de l’Autre à un pur objet à usage unique de consommation touristique. Le potentiel humain à découvrir et avec qui tisser des liens est évacué. (6)
Le nécessaire Marché total
Pour éviter toute perte de contrôle, cette fuite en avant des droits a besoin, poursuit Michéa, de s’appuyer sur le Marché, lieu où les intérêts s’équilibrent et s’harmonisent prétendument, par un « ordre spontané ». Pour continuer à faire tourner celui-ci, la propagande publicitaire, « sans laquelle le dressage capitaliste des humains resterait un vain mot » (7) est déterminante, car promotrice masquée des modèles à respecter et admirer. La domination sur les esprits est, de la sorte, plus insidieuse. Le néolibéralisme fonctionne davantage à la séduction qu’à la répression. La main invisible matriarcale, pour reprendre Michéa, a remplacé la main visible patriarcale. Et dans sa fuite en avant, le libéralisme se doit d’opérer une marchandisation complète, étendue à tous les domaines. Particulièrement attaché au football, Michéa a étudié les conséquences de la logique marchande sur ce sport, devenu une industrie. Le football serait devenu conforme lui aussi à la recherche libérale du moindre mal. L’argent, devenu le principal enjeu, aurait de ce fait vidé ce sport de sa substance. Il ne serait plus question désormais, tactiquement, « (…) de construire pour gagner, mais de détruire pour ne pas perdre. » (8) Le tournant décisif, l’arrêt Bosman de 1995, augmenta le nombre des transferts. Surtout, le devenir du football représenterait la transformation engendrée par la marchandisation de la société : « soumission des clubs au pouvoir de l’oligarchie financière […], médiatisation grotesque de l’événement sportif, lui-même trop souvent « commenté » par des experts incompétents, généralisation de la corruption et du dopage, […] multiplication des efforts pour substituer au joyeux public traditionnel des stades, connaisseur et gouailleur, la figure bariolée et nettement plus manipulable du supporter. » (9) L’argent prime sur l’attachement, au nom du professionnalisme. (10) Enfin, dans La double pensée, Michéa évoquait encore cette direction industrielle libérale du football, en citant Aimé Jacquet, ancien sélectionneur de l’équipe de France, qui déclarait que « le beau jeu est une utopie ».
Le football ne serait qu’un des innombrables exemples de la même veine démontrant que la culture populaire, désormais, serait devenue une culture de masse, une standardisation des créations selon les lois de l’industrie destinées à pérenniser le système marchand. Une extension inévitable, pour Michéa, où l’homme, suite à la destruction du symbolisme par l’anthropologie capitaliste, est réduit au stade de « machine dévorante », ingurgitant ce qu’il appela ailleurs des « niaiseries œdipiennes ». (11) Le mécanisme psychologique à l’œuvre en serait la jouissance grégaire de biens inutiles mais perçus comme la condition d’accès à la jouissance, de préférence sans effort. Cette mutation, que Lasch a analysée dans son essai Culture de masse ou culture populaire ?, préfacé par Michéa, a été initiée aux Etats-Unis dès les années 1930. Baptisée le sloanisme (du nom d’Alfred Sloan, président de General Motors), elle a marqué le début de la révolution culturelle libérale. Une révolution consumériste qui, si nous reprenons les propos d’Orwell, vise au retour « vers l’animalité ». (12)
De l’accélération anthropologique à l’ingénierie sociale
Le « dispositif historique compliqué » du libéralisme lui confère une « ambigüité constitutive ». (13) L’École républicaine, par exemple, destinait à l’intégration au nouvel ordre marchand. Pourtant, des savoirs, vertus et attitudes contraires aux implications de cet ordre étaient encore enseignés, notamment par la culture classique. Pour Michéa des survivances de l'ancienne époque, notamment civiques, ont perduré, d'où le maintien de certaines valeurs contraires aux intérêts économiques, dont l’institution scolaire est un exemple. Mais malgré cela, l’Économie y devient toujours plus imposante, notamment grâce à un précédent ayant offert le contexte politico-culturel favorable pour que l’École mute. Cet infléchissement fut le passage par le mai 68 étudiant, cette transition libérale-libertaire.
Le moment libéral-libertaire
Historiquement pourtant, cet avènement du néolibéralisme n’était pas gagné d’avance. D’après Michéa, le modèle libéral a montré ses limites dans les années 1970, où il est entré en crise. Pourtant, il n’en est pas moins resté la seule voie envisageable pour les dirigeants. A ce moment, les côtés politico-culturels et économiques du libéralisme se seraient réellement imbriqués pour former le néolibéralisme. Dans cette symbiose, mai 68 a joué un rôle déterminant. Michéa insiste toutefois sur la nécessité d’éviter la confusion et l’essentialisme sur cette période. D’une part, expose-t-il, il y eut le mai 68 des travailleurs. Celui-ci fut, à l’en croire, la plus grande grève ouvrière du pays. Son but était d’élaborer des propositions alternatives au monde du Spectacle-Mode-Communication, dans une optique populiste. Ses idées s’avéraient donc irrécupérables par le libéralisme-libertaire – d’où les moqueries suscitées à l’encontre du baba-cool aspirant campagnard et éleveur de chèvres. Nous pourrions le résumer sous le slogan « A bas la marchandise ». De l’autre côté, la régression œdipienne du mai 68 étudiant se traduisait au contraire par « Vive la marchandise », et contribua à faire de la jeunesse, simple moment de la vie, un marché. (14) Où l’on assista donc, pour Michéa, à une libéralisation des mœurs, mais nullement à leur libération effective. (15) Ce qui explique entre autres facteurs, d’après lui, les fréquentes références du système marchand à l’imaginaire de mai 68 pour vendre ses produits. Et faire passer l’idée qu’en consommant, on était forcément un révolutionnaire luttant contre l’ordre bourgeois. En 1983-84, la Gauche au pouvoir dut proposer à la jeunesse un idéal de substitution mais compatible avec la mondialisation libre-échangiste. L’idéologie anti-raciste – non le fait de ne pas être raciste, mais de se proclamer anti-raciste (16) – permit ce glissement. A partir de là, toute critique de l’économie fut évacuée. Tout sujet gênant fut, dans le même ordre d’idées, accusé de faire le jeu du Front national.
Le libéralisme-libertaire de mai 68 permit la promotion d’un modèle social atomiste, celui de l’individualisme libéral. Les survivances anciennes furent balayées comme bourgeoises et l’homme nouveau invité à vivre sans temps morts et jouir sans entraves. La famille traditionnelle, avec son modèle patriarcal, devenait le foyer du libertarisme. Indistinctement, toutes les figures symboliques immémoriales furent déclarées comme également archaïques. La Consommation, quant à elle, accéda au rang de métaphysique du désir et du bonheur. Les produits du Marché constituaient la condition de l’épanouissement. Les injonctions libérales-libertaires représentaient alors, pour Michéa, les « commandements les plus sacrés des Tables de la loi moderne ». (17) A condition, bien entendu, de pouvoir se permettre d'être le parasite qui échappe au processus de production. Celui-ci, aliénant et ne rétribuant que chichement les salariés, ne leur donne pas les moyens d’ériger le consumérisme en mode de vie. De plus, tenus par leur emploi, ils ne pouvaient pas se permettre de rester oisifs. Sans oublier que cette atomisation libérale est contraire aux formes de socialité traditionnelles encore présentes à ce moment sur le lieu de travail. Mais comme le précise par ailleurs Michéa, la société de consommation n’implique pas que tous aient les moyens de consommer.
École & ingénierie sociale
Dès lors, le système néolibéral n’a nullement besoin d’aiguiser la capacité critique des élèves. Au contraire, il doit créer une école en adéquation avec ses dogmes, ce qui expliquerait la crise de l’institution. D’après Michéa, l’Ecole n’a pour but que de former à « la guerre économique mondiale du 21ème siècle ». (18) L’ignorance, nous expose-t-il, serait devenue nécessaire à l’expansion de notre société. Précisons que ce qu’il entend ici par ignorance n’est pas tant le savoir que le déclin de l’intelligence critique : « L’expérience nous apprend qu’un individu peut tout savoir et ne rien comprendre. » (19) L’enseignement ne s’est donc pas démocratisé mais adapté aux vœux de l’ingénierie sociale. Brezinski, en 1995, a proposé le tittytainement, sorte de panem et circenses post-moderne. Après calcul – dans les cercles fermés – que deux dixièmes de la population mondiale suffisent à assurer la production, il proposa d’encadrer la population surnuméraire en la dérivant vers un abêtissement généralisé. Les principes libéraux se sont donc étendus à l’École, par l’influence des lobbies industriels et financiers européens, relayés par l’OCDE et la Commission européenne. (20) La double transformation nécessaire fut, dès lors, effectuée : l’enseignant dispensateur de savoirs s’est mué en animateur – d’où son besoin de théâtralité toujours grandissant – et l’École s’est changé en lieu de vie, une garderie citoyenne mais néanmoins ouverte aux marchandises et nombreuses associations municipales et « citoyennes ».
Si l’École se soumet à cette orientation, il en est de même pour les autres secteurs. Il est question d’enseigner aux élèves un « illogisme politiquement utilisable ». (21) Les vrais savoirs et comportements civiques de base représentent, quant à eux, une menace pour le système, qui a davantage intérêt à produire un « consommateur incivil ». (22) La panacée restant toutefois, si l’on suit Michéa, la transformation de l’élève en crétin militant, l’anti-système piloté par le système, le faux marginal en réalité dans la norme. (23) La culture jeune est par exemple présentée comme une attitude rebelle, mais il s’agit en fait d’une rébellion rentable. Avec, en exemple paradigmatique, la « Caillera ». Michéa critique l’analyse essentialiste et strictement positiviste de la sociologie officielle, qui voit les délinquants comme des rebelles à l’ordre établi, des révoltés face à l’exclusion. La Caillera, pour lui, n’est pas intégrée à la société, car la société suppose le don et l’échange symbolique. En revanche, elle est intégrée au système capitaliste. Souhaitant juste devenir les « golden-boys des bas-fonds », les « Cailleras » ne feraient que recycler l’imaginaire capitaliste dont ils ont intériorisé les codes et les axiomes. Mais il ne s’agit pas, ajoute-t-il, d’une cause exclusivement sociale, car la délinquance aurait explosé au début des années 1970, en pleines Trente Glorieuses. Il s’agirait au contraire de la manifestation en actes de cet homme nouveau créé par l’axiomatique libérale, ne poursuivant que la recherche de son intérêt bien compris. Ceci, même aux dépens de toute décence et du sens humain des limites à ce qui se fait et ne se fait pas, en l’absence de montages normatifs arbitraires. L’impulsion libérale-libertaire, relayée par une École aux ordres de l’ingénierie sociale, a donc en fin de compte mis en place les conditions favorable à l’accélération de la mutation anthropologique induite par la mécanique libérale. (24)
Thibault
Notes:
(1) Michéa (J.-C.), in Lasch (C.), Culture de masse ou culture populaire ?, préface, pp.18-19.
(2) La double pensée, p.109.
(3) Ibid., p.241.
(4) Ibid., p.43n.
(5) L’empire du moindre mal, respectivement scolie [D] du premier chapitre « L’unité du libéralisme », pp.60-61 pour les deux premières anecdotes, et p.98n pour la seconde.
(6) Ibid., p.83.
(7) Ibid., p.189.
(8) Michéa (J.-C.), Les intellectuels, le peuple et le ballon rond, p.28.
(9) Ibid., pp.25-26.
(10) Orwell éducateur, pp.115-116. Nous y apprenons sous la plume de Michéa que « le gardien de but de l’Olympique lyonnais, Grégory Coupet, ayant commis la faute d’évoquer son rapport au Club en termes d’« attachement », il était logique que Jean-Michel Aulas, PDG de l’entreprise « Olympique lyonnais » le corrige aussitôt : « J’ai trouvé ses remarques étonnantes, parce que, quand on est professionnel, on ne parle pas d’amour mais d’argent, et ça n’a rien de choquant » (France Football, 11 juillet 2003) ; comme quoi, à Madelin, Madelin et demi. »
(11) L’enseignement de l’ignorance, p.37.
(12) Orwell (G.), Essais, articles, lettres, volume IV, 19, « Les lieux de loisirs », p.104.
(13) L’enseignement de l’ignorance, p.32.
(14) Ibid., [E] « A propos de mai 68 », p.95n2.
(15) Dans Orwell éducateur, Michéa pointe ainsi « la différence entre une libération authentique (qui accroît, par définition, notre puissance de vivre humainement) et une simple libéralisation des mœurs, qui, selon la formule de Lasch, n’autorise les individus à s’émanciper de la Tradition que pour les soumettre aussitôt à la tyrannie de la Mode. », scolies II, [E], p.48. C’est Michéa qui souligne.
(16) « Quant aux fondements psychologiques réels de l’ « antiracisme » perpétuellement affiché par les stars du showbiz ou les professionnels des médias, Rousseau, dans l’Emile, avait déjà tout dit : « Défiez-vous – écrivait-il – de ces cosmopolites qui vont chercher au loin dans leur livre des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares pour être dispensé d’aimer ses voisins. » Quiconque a fréquenté de près ces gens-là ne peut avoir aucun doute là-dessus. », L’empire du moindre mal, p.83n. C’est Michéa qui souligne.
(17) Ibid., p.36.
(18) Ibid., p.39.
(19) Ibid., p.15n.
(20) Impasse Adam Smith, pp.28-29.
(21) L’enseignement de l’ignorance, p.47n1.
(22) Ibid., p.48.
(23) Michéa (J.-C.) in Lasch (C.), La révolte des élites – et la trahison de la démocratie, preface, p.12.
(24) Ibid., [C] « La Caillera et son intégration », pp.79-86.
Source: Scriptoblog
