économie et finance - Page 920
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La BCE illégitime : monstre technocratique sans contrôle
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Golgota Picnic : La métamorphose du blasphème en art
Ce qu’on appelle « l’avant-garde » en art est apparu dans les années 1900 ; le mouvement « conceptuel », lui, est né en 1917 quand Marcel Duchamp a présenté comme une « œuvre » un simple urinoir. Un siècle plus tard, l’art contemporain (?) peine à se renouveler. Ses partisans cherchent à étendre le champ de leurs provocations. Le sacré est cible. Mais un seul sacré est visé : le sacré d’inspiration chrétienne. Car l’attaquer présente un double avantage : c’est une transgression mais une transgression politiquement correcte…
Les « avant-gardistes » (?) ne poussent pas l’audace jusqu’à s’en prendre au sacré juif ou musulman. Piss Christ, Le concept du visage du Fils de Dieu et Golgota Picnic (1) sont des œuvres (?) encensées, subventionnées, médiatisées et protégées par la… police. Torah-caca, Mahomet Saucissonnade ou Shoah Picnic seraient dénoncées, correctionnalisées et interdites par la… même police. Les tenants du non-art contemporain, qui n’est souvent rien d’autre qu’un art financier, sont de parfaits cyniques : faux provocateurs mais vrais calculateurs. Polémia livre ici la fine analyse du graveur et essayiste Aude de Kerros.Polémia.
Les transgresseurs subventionnés
Blasphème ? Pas blasphème ? C’est la question ! Nouveauté en France, trois « événements » – Piss Christ, Le concept du visage du Fils de Dieu et Golgota Picnic – défraient la chronique la même année pour motif de blasphème.
Il en faut pourtant beaucoup pour choquer les Français. Au pays des Incohérents, de Dada, des Surréalistes, des anti-calotins et des mœurs légères, le puritanisme n’est pas une tradition. Jamais le Carnaval ou la Fête des fous n’ont été interdits. Depuis la nuit des temps, on se moque des puissants et des princes de l’Eglise. Les « goliards » (2) trouveraient aujourd’hui un peu tristes nos transgresseurs subventionnés. Romans et gothiques ne sculptaient pas seulement des saints et des vierges, mais aussi des scènes assez crues sur frontons et chapiteaux.
Ces pratiques ont joué le rôle de contrepouvoirs récurrents et attendus d’un « Grand Art » et d’une grande spiritualité. Elles sont des garde-fous contre toute tentation totalitaire. C’est leur fonction mais aussi leur limite. En raison de cela, en France, nous n’avons connu ni le maccarthisme, ni les « guerres culturelles » des années quatre-vingt-dix, comme aux Etats-Unis.
Or soudain, cela ne passe plus. Cela fait pourtant un demi-siècle, que la mutation du blasphème en art a eu lieu…
Ce n’est plus l’hostie que l’on poignarde, ou autres pratiques anciennes relevant d’actions individuelles, ou de sectes sataniques. Aujourd’hui la transgression du sacré prend d’autres formes : c’est de l’ « Art Contemporain » (AC)…
L’essence de la pratique de l’AC (3), art officiel et subventionné, est la transgression. Sa finalité est de miner le « contexte », de faire exploser le sens des choses et cela par le biais du détournement duchampien. Mais si jadis l’on brocardait l’art officiel, c’est impossible aujourd’hui. C’est devenu un service public ! Depuis trente ans l’Etat dirige bureaucratiquement l’art en France. Les grands médias ne se font jamais l’écho d’une dissidence intellectuelle, par ailleurs reconnue. C’est pourquoi dans l’affaire Castellucci, face à un public mécontent et incontrôlable, « populiste » dira-t-on, le maire de Paris, le ministre de la Culture se sont indignés publiquement, les évêques ont admonesté leurs fidèles, la force publique a brutalement pourchassé les protestataires, les magistrats les ont condamnés, les médias les ont catalogués « fondamentalistes ! », « terroristes » donc.
Un transfert de sacré
Toutes ces réactions étant prévisibles, on comprendra pourquoi l’AC s’attaque avec tant d’ardeur et de bénéfice au christianisme. C’est une nécessité artistique – il n’y a plus grand-chose qui soit encore à la fois transgressable et politiquement « correct ». Attaquer le sacré chrétien est à la fois permis, accessible, visible et fort. Le blasphème a la vertu d’opérer un transfert d’ « aura » et de « sacré » de l’Eglise à l’AC. Il produit de l’effroi et de la légitimité. On constate sa réussite en voyant le public monter sur scène pour prier le chapelet, mettre fleurs, bougies et cierges devant le théâtre. Pratiques parfois mal vues dans les églises.
C’est ainsi que l’AC est aujourd’hui « sanctuarisé » grâce à l’Etat, grâce à l’Eglise.
L’Art contemporain a pendant des décennies provoqué une sorte de stupeur, de terreur sacrée. L’interrogation qu’il suscitait restait sans réponse, le public ignorant se montrait révérencieux. Pour le bourgeois cultivé ou le pauvre illettré, la situation était la même. Le gouffre entre la nullité ou la trivialité de ce qui était perçu et la reconnaissance financière et sociale qui y était attachée imposait le silence. Le comble fut atteint lorsque quelques autorités ecclésiastiques virent « d’authentiques œuvres d’art chrétiennes ! » là où le public, non initié, ne percevait que dérision ou blasphème.
Un produit financier dérivé
L’ordre régna cependant pendant quelques décennies jusqu’à ce que l’Internet fît apparaître d’autres points de vue et même une analyse cultivée de tous ces phénomènes. Le débat public sur l’art, évité par les médias en France, s’intensifia à partir de 2005 et prit beaucoup de relief à partir du krach financier d’octobre 2008. Le voile du mystère de la valeur de l’AC se déchira et le grand public comprit enfin : la valeur de l’AC n’a rien à voir avec les fondamentaux comme la beauté et la vérité. L’AC est autre chose que de l’art et, à part quelques transgressions « vertueuses » (4) fondées sur une authentique critique sociale, il est destiné à devenir un produit financier dérivé, fabriqué en réseau par la vertu du délit d’initié.
L’état de stupéfaction a cessé. L’Internet et la rue manifestent désormais…
Que faire ? Sûrement pas une loi de censure de plus pour compléter la loi Gayssot et quelques autres lois qui punissent les opinions. Une loi contre le blasphème finirait d’accomplir le déclin intellectuel de la France, de plus cette question du blasphème a été réglée au XVIIIe siècle.
Si la religion catholique est vulnérable en raison de ses images et de ses sacrements, elle jouit en revanche d’une immunité par rapport au blasphème. L’identité du chrétien n’est pas atteinte car celui-ci s’identifie au Christ outragé, source de son Salut. Grâce à cela, il est en mesure de ne pas se laisser entraîner par le mécanisme mimétique et fatal de la violence. Il peut oser courir le risque de la liberté, donc de l’art et de la pensée. Mais il faut avoir le courage de la défendre. La solution est simple. Il faut intellectuellement reconnaître l’existence actuelle de deux définitions du mot « art ». C’est la source de la confusion. Ce sont deux pratiques qui n’ont rien de commun :
- l’Art qui par l’accomplissement de la forme délivre le sens, assume le mal et la contradiction par la grâce de la beauté ;
- l’AC dont la finalité est de détruire le contexte et de perturber le « regardeur ». Il prétend être un contre-pouvoir, mais sa pratique de la transgression est financée par l’Etat et défendue par la police !
L’Etat, avec l’argent du contribuable, devrait s’abstenir de promouvoir des œuvres quand elles s’en prennent aux convictions religieuses des citoyens. Cela doit être laissé aux mécènes du secteur privé. La reconnaissance de ce schisme est une urgence intellectuelle, elle permet la liberté du choix.
Aude de Kerros http://www.polemia.com
graveur, essayiste.
13/12/2011
auteur de L’Art Caché - Les dissidents de l’Art contemporain (Ed.Eyrolles).Notes :
(1) 80% des recettes du Théâtre du Rond-Point viennent de subventions. Son directeur, Jean-Michel Ribes, est le metteur en scène et le réalisateur de Musée haut, musée bas, une pièce de théâtre et un film assurément drôles mais dont le ressort comique est le mépris des visiteurs des musées. (NDR).
(2) Les « Goliards » étaient des clercs itinérants qui écrivaient des chansons à boire et des poèmes satiriques en latin aux XIIe et XIIIe siècles.. Ils protestaient contre les contradictions grandissantes au sein de l'Eglise, telles que l'échec des Croisades et les abus financiers. Ils s'exprimaient en latin à travers la chanson, la poésie et la représentation théâtrale. (NDR- selon Wikipédia)
(3) AC, acronyme de « Art Contemporain » utilisé par Christine Sourgins dans Les Mirages de l’Art contemporain (Table ronde). Cela permet de comprendre que cette pratique conceptuelle, malgré le mot contemporain, ne représente pas « tout l’art d’aujourd’hui ».
(4) Citons les performances des « Yes Men » ou de Chantal Cottet, les Ready Made de Pinnoncelli, du collectif Présence Panchounette qui vient de reprendre du service, etc. -
Interview d'Etienne Chouard sur la Dette et le projet de Constituante
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Crise ou coup d'Etat - Entretien avec Michel Drac
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Où vont nos sous quand on crache au bassinet ?
EN PLEINE CRISE, POUR NOEL, ALORS QUE TOUS LES FRANCAIS SE SERRENT LA CEINTURE, ILS SE PRENNENT 20 MILLIONS D’EUROS DE PRIMES !
● AYRAULT
Budget primes : 5 850 000 €
nombre de membres de son équipe : 456
Soit 12 829 € en moyenne par personne● VALLS
Budget primes : 1 547 532 €
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Soit 6 141 € en moyenne par personne● TAUBIRA
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Soit 5 817 € en moyenne par personne● TOURAINE
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nombre de membres de son équipe : 64
Soit 13 725 € en moyenne par personne● MONTEBOURG
Budget primes: 679 058 €
nombre de membres de son équipe: 57
Soit 11 913 € en moyenne par personne● BELKACEM
Budget primes: 552 001 €
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Soit 11 745 € en moyenne par personne● MOSCOVICI
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Soit 10 900 € en moyenne par personne● FABIUS
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Soit 7 274 € en moyenne par personne● DUFLOT
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Soit 10 192 € en moyenne par personne● PEILLON
Budget primes : 616 000 €
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Soit 10 098 € en moyenne par personne● Lebranchu,
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nombre de membres de son équipe : 55
Soit 9 884 € en moyenne par personne● Fioraso,
Budget primes : 564 000 €
nombre de membres de son équipe : 58
Soit 9 724 € en moyenne par personne● Lurel
Budget primes : 552 347 €
nombre de membres de son équipe : 63
Soit 8 767 € en moyenne par personne● Aurélie Filippetti,
Budget primes : 642 710 €
nombre de membres de son équipe : 91
Soit 7 063 € en moyenne par personne● Sapin
Budget primes : 500 291 €
nombre de membres de son équipe : 75
Soit 6 671 € en moyenne par personne● Fourneyron
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Soit 10 222 € en moyenne par personne● BATHO
Budget primes : 900 720 €
nombre de membres de son équipe : 173
Soit 5 206 € en moyenne par personne● LE FOLL
Budget primes : 370 457 €
nombre de membres de son équipe : 75
Soit 4 939 € en moyenne par personne● PINEL
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Soit 11 956 € en moyenne par personne● Bricq
Budget primes : 454 052 €
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Soit 11 949 € en moyenne par personne● Le Drian
Budget primes : 967 238 €
nombre de membres de son équipe : 158
Soit 6 122 € en moyenne par personneSource JDN cliquez ici
via Synthèse nationale -
Histoire : Les premières prévisions économiques
1941: en pleine guerre, étaient publiées au Royaume-Uni les toutes premières prévisions économiques modernes. Cette étude portait sur le calcul de la croissance du PIB, améliorant ainsi les bases de l’analyse empirique économique.
Les auteurs du rapport, James Meade et Sir Richard Stone, recevront tous deux le Prix de la Banque de Suède en sciences économiques (équivalent du Prix Nobel d’économie), l’un en 1977 et l’autre en 1984.
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Extraordinaire : l’austérité est une erreur mathématique
C’est une information extraordinaire, dont les conséquences sont immenses, mais qui fait beaucoup moins parler que les dérives pathétiques d’un acteur célèbre. C’est un rapport de 44 pages signé par un économiste en chef du FMI, un Français, Olivier Blanchard. Il dit tout simplement que les plus hautes instances économiques mondiales et européennes se sont plantées en imposant, au nom de la science, l’austérité à toute l’Europe.
Ce que dit Olivier Blanchard, c’est que le modèle mathématique sur lequel s’appuyaient ces politiques visant au désendettement radical, et au retour sacré à l’équilibre budgétaire, comportaient une erreur au niveau, je cite, du multiplicateur fiscal. Pour simplifier beaucoup, ce modèle mathématique, donc incontestable, prévoyait que lorsqu’on retire un euro dans un budget il manquerait un euro dans le pays concerné. Or c’est faux. Pour des raisons qui tiennent à une réalité parfaitement triviale, et qui est que les hommes sont humains, cette austérité a déclenché des réactions collectives qui ont abouti à ce que cet euro retiré a provoqué la perte de trois euros dans les sociétés concernées.
Multipliez par des milliards, et vous comprendrez pourquoi l’austérité imposée à coup de sabre par des troïkas savantes n’a conduit qu’à plus d’austérité, plus de chômage, et plus de récession. (…)
Lire la suite sur un blog Mediapart
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A lire en complément :
- Des responsables du FMI révisent leurs calculs du prix de l’austérité (sur le site du Temps)
- Oups, le FMI s’est trompé sur l’austérité (sur le site de Libération)
- Les commentaires de Jacques Sapir (sur son blog – concernent la même thèse, déjà succinctement évoquée par un rapport du FMI en octobre 2012)
- Austérité en Europe : l’énorme boulette du FMI (sur le blog de Gilles Raveaud, repris par Wikistrike)
- Le FMI s’est-il réellement trompé dans son calcul sur l’impact de l’austérité ? (sur le blog Captain Economics)
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Affaire Depardieu : France 2, Joffrin, Glucksman, Hollande … étrillés par « la Voix de la Russie » (vidéo)
Journal hebdomadaire de Voix de la Russie – 7 janvier 2013
Bienvenue pour cette nouvelle édition du journal télévisé de La Voix de la Russie. Ce rendez-vous hebdomadaire en français vous présente les actualités russes, françaises et internationales sous l’angle de la réinformation.
Contrairement à une vision tronquée et manichéenne de l’information délivrée par le mainstream médiatique français, nous nous efforcerons de vous faire percevoir que la vérité n’est jamais toute entière du même côté…
Au sommaire de cette édition du 7 janvier 2013 :
- Les voeux 2013 : face à la lucidité de l’Allemagne et de la Russie, les voeux utopiques de François Hollande
- Russie : nouvelle terre d’accueil pour les monstres sacrés de la France
Le départ de Depardieu : quand les médias français font étalage de leur mauvaise foi, France 2 s’illustre par sa haine anti-poutine et anti-russe. - Rodin et Massenet : honorés par les artistes russes
- En bref et en détail :
- Vénézuéla : mais qui veut la peau d’Hugo Chavez ?
- Jour de l’an en France : 1500 voitures brûlées, les socialistes veulent interdire les pétards
- G20 : la Russie persiste dans sa volonté de perfectionnement de l’architecture financière mondiale
- 100e anniversaire du tour du monde en Vélo. Deux Russes récidivent !
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Zone Euro : Que réserve l’année 2013 ?
par Jaques Sapir
La zone Euro a connu d’intenses bouleversements durant l’année 2012. Les attaques spéculatives se sont multipliées durant une partie de l’année, tandis que les fondamentaux économiques continuaient de se dégrader.
Et pourtant, un sentiment de soulagement était perceptible chez les dirigeants politiques dès le début du mois de novembre. Le Président Français, M. François Hollande, pouvait affirmer que, selon lui, la crise de l’Euro touchait à sa fin. C’est donc à une situation plus que paradoxale que l’on est confrontée en cette fin d’année 2012. En effet, si les déclarations des uns et des autre se veulent rassurantes, en réalité la zone Euro est actuellement en récession, et devrait le rester en 2013 pour le moins.
Face à la situation désastreuse de la fin du premier semestre 2012, trois changements majeurs ont été annoncés. Le premier fut l’annonce par Mario Draghi, le Président de la Banque Centrale Européenne de défendre « à tout prix » l’Euro. Dans la foulée, la BCE annonçait sa disponibilité à racheter des dettes souveraines des pays en difficultés.
Tout le monde poussa un gros soupir de soulagement, et certains journalistes allèrent jusqu’à prétendre que l’Euro était sauvé (1) . Mais, la réalité fut bien moins flamboyante que ce qui était annoncé. En fait, la BCE s’engage à racheter des dettes d’une maturité inférieure à 3 ans (ce qui va obligé les pays à déformer leur structure d’endettement) et sous la condition de ne pas rajouter de la monnaie dans la zone Euro (2).
C’est ce que l’on appelle le principe de « stérilisation », dont un de mes meilleurs collègues russes, l’académicien V.V. Ivanter dit qu’il est plus adapté aux petits chats qu’à l’économie ! Dans les faits cela implique qu’à chaque fois que la BCE voudra racheter des obligations souveraines, elle devra soit vendre des obligations qu’elle détient déjà pour un montant équivalent, soit réduire fortement ses prêts aux banques. On voit immédiatement que la déclaration de Mario Draghi est en fait une coquille à demi-vide.
Le second changement fut l’annonce d’une « union bancaire », dont la négociation se révéla en fait très difficile. La question de l’Union bancaire est effectivement importante car elle devrait conduire, en théorie, à des règles communes pour l’ensemble des banques de la zone Euro. Mais d’une part, elle se heurte à l’opposition de très nombreux pays dans sa forme la plus efficace (au sommet de Nicosie la France et l’Espagne ont été isolées sur des positions raisonnables mais considérées comme « maximalistes » par les Allemands et leurs alliés) et d’autre part ce projet aurait été important il y a dix ans mais il est en réalité secondaire aujourd’hui.
En effet, si une telle supervision avait existé e 2002, elle aurait peut-être pu empêcher les banques espagnoles, irlandaises et portugaises de faire des folies. Aujourd’hui, cela revient à fermer la porte de l’écurie quand le cheval s’est échappé. Au final, l’Union Bancaire ne verra le jour qu’au premier trimestre 2014, et ne concernera que 200 banques au total, alors qu’il y a plusieurs milliers de banques qui devraient être concernées. Les « banques des Länders » en Allemagne échapperont ainsi à cette supervision européenne.
Les deux annonces majeures du second semestre 2012 se sont donc traduites par des réalités bien décevantes. La troisième annonce a une portée bien plus grande, mais potentiellement désastreuse. C’est le traité dit « TSCG » ou Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (3) qui va emprisonner les budgets nationaux dans un corset de fer européen et qui va conduire l’ensemble de la Zone Euro vers une logique de déflation. Il a été dénoncé par de nombreux économistes, mais imposé par le gouvernement. Les gouvernements vont ainsi perdre toute flexibilité par rapport à une situation économique qui ne cesse de se dégrader.
Car il faut ici rappeler que la « crise de l’euro » dans laquelle nous nous enfonçons est d’abord une crise de compétitivité relative entre les économies de la zone aggravée par l’atonie de la croissance que l’Euro a engendré sur les pays qui y sont soumis depuis maintenant plus de dix ans. L’Euro fut vendu aux peuples européens comme un instrument de croissance (4) .
Or, on constate que la consommation privée a donc été sensiblement plus faible dans la zone Euro sur la période 1999-2011 que pour l’ensemble des pays développés, à l’exception de la Suisse, jusqu’en 2008. Ceci montre l’influence très négative d’une politique monétaire unique qui n’est pas à même de s’adapter aux structures de chacun des pays de la zone.
Ces écarts sont d’autant plus parlants que, dans la période 1987-1997, les pays devant constituer la « future » zone Euro avaient connu une croissance relativement plus forte de la consommation privée, dépassant les résultats de pays comme la Suède et la Suisse, et avec un écart sensiblement plus faible que pour la période 1998-2011 avec la Grande-Bretagne et les Etats-Unis. par rapport à des prédictions annonçant que le seul fait d’avoir une monnaie unique doperait la croissance de 1% par an, la réalité montre ex-post un tableau bien différent.
La croissance de la zone Euro n’a pas été uniquement plus faible que celle des autres pays développés (à l’exception du Japon) mais l’écart de croissance (entre croissance potentielle et croissance vérifiée) y a été largement supérieur de manière cumulée à ce qu’il fut dans les autres pays.
Tous ces facteurs, convergent vers le problème d’une politique monétaire unique appliquée à des économies aux structures très hétérogènes. Ils ont engendré cette situation de très faible croissance. Dans un certain nombre de pays, c’est par la hausse de l’endettement, qu’il soit public (France, Italie, Grèce) ou privé (Irlande, Espagne, Portugal) que les gouvernements ont cherché à desserrer cette contrainte issue de l’unicité de la politique monétaire. Le résultat en fut une dérive de la dette publique et un problème de solvabilité des agents privés qui obligea les États à transférer une partie de la dette privée vers la dette publique.
La crise d’endettement que la zone Euro connaît y trouve alors une de ces sources. Par ailleurs, les écarts de compétitivité entre pays ne pouvant plus se résoudre par des dévaluations, le déficit commercial s’est progressivement aggravé et la désindustrialisation à fait des ravages, que ce soit en Grèce, en Espagne, au Portugal ou en France (5).
Les politiques d’ajustement fiscal et budgétaires qui ont été imposées dans les pays d’Europe du Sud ont désormais des conséquences dramatiques. Le taux de chômage dépasse les 25% de la population active en Grèce et en Espagne, et il est au-dessus de 16%au Portugal et en Irlande. Le chômage continue par ailleurs de progresser rapidement en Italie ainsi qu’en France, ou le nombre de chômeurs augmente de 1500 personnes par jour actuellement.
Ces politiques ne pourront être poursuivies indéfiniment. D’ores et déjà, de nombreux analystes discernent l’émergence d’un « risque politique » qui devrait donner le « la » dans la zone Euro pour 2013 (6). La côte de popularité du Premier-Ministre espagnol, M. M. Rajoy, est tombée à 7%. La Grèce est secouée par des mouvements sociaux qui peuvent à tout moment prendre des dimensions insurrectionnelles. L’Italie elle-même est entrée dans un cycle électoral, et le Premier-Ministre démissionnaire, M. Mario Monti est rejeté par plus de 60% des Italiens. Or, qui dit risque politique dit risque financier. Car, s’il y a une chose que les marchés détestent, c’est bien l’incertitude politique.
L’Euro semble aujourd’hui en relative bonne santé. Mais il ne faut pas se laisser prendre par les apparences. La totalité des problèmes qui ont engendré la crise demeurent, et aucune solution de fond n’y a été apportée. On s’est contenté de parer au plus pressé. La montée du risque politique dans les pays d’Europe du Sud et même en France constituera un nouveau test décisif pour l’Euro en 2013.
Notes :
(1) Jacques Sapir , “À propos d’un article de Sabine Syfuss-Arnaud dans Challenges”, billet publié sur le carnet Russeurope le 30/09/2012, URL: http://russeurope.hypotheses.org/224
(2) Jacques Sapir, “Sur le TSCG”, RusseEurope. Le Carnet de Jacques Sapir sur la Russie et l’Europe (Hypotheses.org), 23 septembre 2012. [En ligne] http://russeurope.hypotheses.org/133.
(3) Jacques Sapir, Mythes et préjugés entourant la création et l’existence de la monnaie unique, Note de synthèse, Centre d’études des modes d’industrialisation (CEMI), EHESS, 14 septembre 2012. Sur RussEurope,URL: http://russeurope.hypotheses.org/126
(4) Jacques Sapir, “Et si le problème de l’industrie c’était… l’Euro ?”, billet publié sur le carnet Russeurope le 13/11/2012, URL: http://russeurope.hypotheses.org/472
(5) Patrick Artus, « ll devient urgent que la stratégie mise en place dans la zone euro donne des résultats positifs, mais ce n’est pas le cas et le risque politique grandit », Flash-Économie, Natixis, n° 872, 18 décembre 2012.
(6) Florange : une occasion manquée de collaboration entre la France et la Russie
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Pour un protectionnisme européen
Le temps du libre-échangisme économique triomphant est fini. Ceux qui dans les médias avaient réduit au silence le prix Nobel Maurice Allais (*) doivent maintenant entrouvrir la porte aux critiques de la mondialisation : localisme, relocalisation, patriotisme économique, protectionnisme national raisonné, protectionnisme européen, tels sont désormais les termes du débat.
Car, aujourd’hui, il y a bien débat. Pour s’en convaincre, s’il en est besoin, il suffit de suivre les tribunes économiques et se reporter, par exemple, au récent sondage IFOP, commandité par une vingtaine d’économistes et intellectuels indépendants, qui montre que les deux tiers des Français sont favorables à une augmentation des droits de douane et pour les quatre cinquième d’entre eux si possible dans un cadre européen. Le site Marianne2.fr y a consacré une très large étude, le 16 juin 2011.
Par ailleurs, il est à signaler une vidéo de l’économiste Hervé Juvin, produite pour le site realpolitique.tv, sur le thème, L’heure est-elle au retour du protectionnisme ?, sans omettre son livre, Le renversement du monde - politique de la crise , dans lequel il pourfend le libre-échangisme.
Une thèse défendue à Rome, dès juillet 2010, par deux économistes de l’Université Montesquieu de Bordeaux. Gérard Dussouy (**), connu des lecteurs de Polémia, et B.Yvars y défendent un protectionnisme autocentré sur une Europe fédérale, identitaire et carolingienne. Un point de vue que nous livrons à l’examen de nos lecteurs qui pourront prendre connaissance de l’introduction ci-après et lire la communication en entier en format pdf (voir en fin de l’introduction). (Source : site web "Chaire Jean Monnet de Bordeaux 4 - Intégration régionale comparée").Polémia
Bien-être et consolidation de l’Etat de droit dans l’UE
dans le contexte de globalisationG. Dussouy et B. Yvars
Université Montesquieu - Bordeaux IVIntroduction:
La prospérité et le bien-être des populations de l’Union Européenne sont désormais en danger sous l’effet des crises engendrées par l’endettement des économies nationales et par les dérives chaotiques d’une économie mondiale dérégulée. Déstabilisé par les flux de la mondialisation, le modèle européen est en crise à tous les niveaux ; il est en voie de marginalisation géopolitique (la décentration de l’économie mondiale vers le Pacifique est un fait de plus en plus admis), de paupérisation et de communautarisation. Sa spécificité et son destin sont d’autant plus en jeu que règne entre les peuples de l’Union une culture d’indifférence aggravée par l’absence de tout progrès dans la formation d’une identité européenne .
Face aux nouveaux défis, la gouvernance mondiale demeurant un vain mot, un slogan, voir une chimère, comme le démontrent tous les « grands sommets » du G8 au G20, la seule issue réside, plus que jamais, dans la réactivation du projet fédéraliste , dans la réalisation de l’Etat européen capable de rassembler les dernières forces vives du continent. Quitte à ce que le processus n’engage, dans un premier temps, qu’un petit nombre de peuples européens, il doit prioritairement renouer avec des logiques de gouvernement qui privilégient les intérêts et les identités de ces derniers. S’il en était autrement tout est à craindre pour la prospérité et la démocratie en Europe.
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G. Dussouy et B. Yvars http://www.polemia.com
Rome Juillet 2010
