Le romantisme, on le sait, a été un mouvement tourné vers les traditions, après les excès rationalistes du siècle des Lumières – et l’on ne saurait trop conseiller aux jeunes Européens d’aujourd’hui d’en explorer les recoins. On lui doit la sauvegarde d’une partie de notre patrimoine architectural médiéval, de nos contes (recensement systématique des frères Grimm), etc. Parmi les manifestations particulières de ce retour aux traditions figure la résurgence du polythéisme gréco-romain et du panthéisme de l’Antiquité tardive. Nous allons nous attarder sur les formes parfois syncrétiques qu’elle a prises chez trois des plus grands poètes romantiques allemands et français : Friedrich Hölderlin, Maurice de Guérin et Gérard de Nerval. Nous verrons qu’elle s’accompagne d’attitudes instructives pour notre époque, de la sacralisation des fleuves et des montagnes d’Europe à la volonté angoissée de préserver le passé.