
Pierre-André Taguieff est depuis plusieurs décennies, le spécialiste incontesté des questions liées au racisme et à l’antiracisme. Nous l’avons interrogé à la fois sur son œuvre immense et sur les évolutions qu’il a très tôt perçues, des thématiques racistes, antiracistes et antisémites, il n'y a pas d'éclaireurs plus pertinent en France sur tous ces sujets. Cet entretien relativement complet, forme une belle introduction à son œuvre. Nous l’en remercions.
Propos recueillis par l'abbé G. de Tanoüarn
En choisissant le racisme comme principal sujet d'études depuis la publication de La Force du préjugé en 1988, vous avez décidé de « penser l'impensable ». Quelle est votre première intuition, celle autour de laquelle, comme dit Bergson, un écrivain tourne toute sa vie ?
C'est une question fondamentale plutôt qu'une intuition directrice, disons la question de l’identité, et qui peut se formuler deux manières. Tout d'abord, comme une interrogation inquiète sur moi-même, en évitant l’écueil du narcissisme : qui suis-je ? Ensuite, sous la forme de la quatrième question kantienne : qu’est-ce que l'homme ? Ou : qui sommes-nous ? On ne saurait répondre directement à de telles questions, qui s'entrecroisent en se présupposant l’une l'autre.





