
La séquence médiatique ouverte à l’approche des élections municipales par Libération et Le Monde autour des candidats du Rassemblement national ne relève pas d’un simple travail d’enquête journalistique. Elle constitue en elle-même un fait politique révélateur. Les articles de Nicolas Massol dans Libération et de Clément Guillou dans Le Monde donnent à voir, bien au-delà des cas qu’ils prétendent documenter, l’impasse stratégique dans laquelle se trouve aujourd’hui la gauche médiatique face à la recomposition électorale en cours. Le point commun de ces deux journaux réside dans le choix assumé d’un angle ad hominem. Les programmes municipaux sont relégués à l’arrière-plan, les dynamiques territoriales à peine esquissées. En revanche, des moyens considérables sont mobilisés pour exhumer des propos anciens, des publications sur les réseaux sociaux, des photographies ou des gestes jugés incompatibles avec le périmètre moral défini par la gauche. Le terme de « brebis galeuses », repris et martelé, opère une naturalisation du soupçon, suggérant que le problème ne serait ni conjoncturel ni circonstanciel, mais constitutif du corps militant et électoral du RN. Cette stratégie discursive traduit moins une volonté de compréhension qu’un réflexe de disqualification. Elle vise à maintenir une frontière morale alors même que la frontière politique a cessé de fonctionner.
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