
Auteur : Huntington Phillips Samuel
Ouvrage : Le choc des civilisations
Année : 1996
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Préface. En été 1993, la revue Foreign Affairs a publié un article que j'avais écrit et qui s'intitulait : « The Clash of Civilizations ?» Selon les éditeurs de cette revue, cet article a suscité en trois ans plus de débats que tous ceux qui ont été publiés depuis les années quarante; en tout cas, davantage que tout ce que j'ai jamais écrit. Les réactions et les commentaires qu'il a entraînés sont venus de tous les continents et d'une foule de pays. Le public a été diversement impressionné, intrigué, choqué, effrayé et déconcerté par ma thèse: les conflits entre groupes issus de différentes civilisations sont en passe de devenir la donnée de base de la politique globale. Quoi qu'il en soit, cet article a touché le nerf sensible chez des personnes appartenant à toutes les civilisations. Vu l'intérêt soulevé, les comptes rendus erronés qu'on en a donnés et les controverses qu'il a fait naître, il m'a semblé souhaitable d'explorer plus à fond les points abordés dans cet article. Une bonne façon de poser une question consiste à partir d'une hypothèse. C'était le sens de mon article, dont le titre comportait un point d'interrogation - ce qu'on n'a en général pas remarqué. Cet ouvrage, quant à lui, a pour but de donner une réponse plus complète, plus approfondie et plus documentée à la question posée par mon article. Je m'efforce ici d'expliciter, d'affiner, de compléter et, le cas échéant, de redéfinir les thèmes que j'avais abordés, de développer de nombreuses idées et de traiter de nombreux sujets laissés de côté ou bien seulement effleurés. Notamment: le concept de civilisation; la question de savoir s'il existe une civilisation universelle; la relation entre pouvoir et culture; l'évolution des rapports de force entre les civilisations; l'adaptation d'une culture autre dans les sociétés non occidentales; la structure politique des civilisations; les conflits engendrés par l'universalisme occidental, le militarisme musulman et l'affirmation de la Chine; les réactions à la montée en puissance de la Chine; les causes et la dynamique des guerres frontalières; enfin, l'avenir de l'Occident et d'un monde devenu civilisationnel. L'influence déterminante de la croissance démographique sur l'instabilité et l'équilibre de la puissance n'était pas traitée dans mon article. Tout comme un deuxième thème important, qui est résumé dans le titre et dans la chute de ce livre : «Les chocs entre civilisations représentent la principale menace pour la paix dans le monde, mais ils sont aussi, au sein d'un ordre international désormais fondé sur les civilisations, le garde-fou le plus sûr contre une guerre mondiale. » Ce livre n'a pas été conçu comme un ouvrage de sciences sociales. C'est plutôt une interprétation de l'évolution de la politique globale après la guerre froide. Il entend présenter une grille de lecture, un paradigme de la politique globale qui puisse être utile aux chercheurs et aux hommes politiques. Pour tester sa signification et son opérativité, on ne doit pas se demander s'il rend compte de tout ce qui se produit en politique internationale. Ce n'est certainement pas le cas. On doit plutôt se demander s'il fournit une lentille plus signifiante et plus utile que tout autre paradigme pour considérer les évolutions internationales. J'ajouterai qu'aucun paradigme n'est valide éternellement. L'approche civilisationnelle peut aider à comprendre la politique globale à la fin du XXe siècle et au début du XXIe. Pour autant, cela ne veut pas dire que cette grille de lecture est pertinente pour le milieu du XXe ni qu'elle le sera pour le milieu du XXIe. Les idées qui ont donné naissance à mon article et à ce livre ont été développées en public pour la première fois dans le cadre d'un cycle de conférences qui s'est tenu à l'American Enterprise Institute de Washington, en octobre 1992. Elles ont aussi été exprimées dans une contribution au projet mené, grâce à la Smith Richardson Foundation, par le John M. Olin Institute sur « The Changing Security Environment and American National Interest ». Après la publication de mon article par Foreign Affairs, j'ai été invité dans tous les États-Unis à nombre de séminaires et de colloques sur « le choc », auxquels participaient des universitaires, des hauts fonctionnaires, des dirigeants d'entreprise et d'autres groupes de personnes. En outre, j'ai eu la chance de pouvoir participer à des débats dans beaucoup d'autres pays, comme l'Afrique du Sud, l'Allemagne, l'Arabie Saoudite, l'Argentine, la Belgique, la Corée, l'Espagne, la France, la Grande-Bretagne, le Japon, le Luxembourg, la Russie, Singapour, la Suède, la Suisse et Taiwan. J'ai ainsi pu me confronter à toutes les civilisations, à la seule exception de l'hindouisme. J'ai donc pu bénéficier du point de vue de ceux qui participaient à ces débats. En 1994 et en 1995, j'ai dirigé un séminaire à Harvard sur la nature du monde d'après la guerre froide; les commentaires enlevés et parfois même critiques de ceux qui y assistaient m'ont beaucoup stimulé. Mon travail pour ce livre doit aussi beaucoup à l'émulation et aux échanges qui règnent au John M. Olin Institute for Strategie Studies and Center for International Affairs de Harvard. Mon manuscrit a été lu entièrement par Miehael C. Desch, Robert o. Keohane, Fareed Zakaria et R. Scott Zimmerman. Leurs commentaires m'ont conduit à beaucoup l'améliorer dans son contenu comme dans sa structure. Pendant que j'écrivais, Scott Zimmerman m'a aidé dans mes recherches. Sans son énergie, sa compétence et son soutien, je n'aurais jamais pu finir ce livre aussi vite. Peter Jun et Christiana Briggs, nos assistants à l'université, ont aussi joué un rôle important. Grace de Magistris a tapé les premières ébauches du manuscrit et Carol Edwards l'a repris avec soin et efficacité tellement de fois qu'elle doit désormais en connaître par cœur de longs passages. Denise Shannon et Lynn Cox chez Georges Borschardt, Robert Asahina, Robert Bender et Johanna Li chez Simon & Schuster ont suivi avec professionnalisme et dévouement le parcours du manuscrit jusqu'à sa sortie. J'ai une dette immense vis-à-vis de toutes ces personnes qui ont aidé à faire exister ce livre. Elles l'ont rendu bien meilleur qu'il ne l'aurait été sans elles. Les défauts qui subsistent sont de ma responsabilité. J'ai pu travailler à ce livre grâce au soutien financier de la John M. Olin Foundation et de la Smith Richardson Foundation. Sans leur aide, finir ce livre aurait pris des années. J'apprécie beaucoup leur assistance généreuse. D'autres fondations se polarisent de plus en plus sur les questions exclusivement américaines; elles deux, au contraire, méritent la louange parce qu'elles continuent à s'intéresser aux travaux sur la guerre, la paix, les questions de sécurité nationale mais aussi internationale, et à les soutenir. Samuel P. Huntington. ...
l'information nationaliste - Page 7283
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Huntington Phillips Samuel - Le choc des civilisations
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La démission de Rebsamen vire au boulet pour Hollande
Le remplacement du ministre du Travail, redevenu maire de Dijon, est un vrai casse-tête politique pour François hollande et Manuel Valls.
Ils s’en seraient bien passé. Mercredi, à l’issue du Conseil des ministres, François Rebsamen remettra sa démission du gouvernement à François Hollande et Manuel Valls. Après plus d’un an passé au Travail, ce proche du Président a choisi de retourner à l’hôtel de ville de Dijon pour reprendre son poste de maire laissé vacant depuis la mort, en juillet, de son successeur Alain Millot. A première vue, trouver un remplaçant rue de Grenelle ne devrait pas poser de problème. Mais entre la crise agricole qui dure, des résultats économiques décevants et une aile gauche prête à reprendre sa guérilla parlementaire sur le prochain budget, le choix du successeur de Rebsamen s’annonce plus compliqué.
Quel timing ?
Selon l’Elysée, «ça va aller vite». La seule chose certaine et annoncée est le jour de la démission de François Rebsamen : mercredi, à l’issue du Conseil des ministres de rentrée. Mais dans l’entourage du ministre du Travail, on ne s’attend pas à faire ses cartons illico : «Il partira quand on lui dira de partir.» Autrement dit : tant que sa démission n’est pas formellement acceptée par le président de la République et que son successeur n’est pas nommé, le maire de Dijon continuera à expédier les affaires courantes à son ministère. D’ailleurs, le ministre a prévu d’être sur le pont (télés, radios…) la semaine prochaine pour l’annonce mensuelle des chiffres du chômage.
Du coup, malgré le «délai court» promis par l’Elysée, au ministère du Travail on s’attend à ce que le remplacement ait lieu début septembre, après la rentrée des socialistes lors de leur traditionnelle université d’été à La Rochelle (du 28 au 30 août). Le scénario est risqué pour l’exécutif : comment laisser dix jours à son poste un ministre démissionnaire quand tout le monde sait depuis plus d’un mois qu’il va falloir le remplacer à la rentrée ? Qui plus est lorsqu’il s’agit du membre du gouvernement ayant pour mission de lutter contre la hausse du chômage, la «priorité» martelée par le chef de l’Etat. La droite et la gauche radicale s’en donneront à cœur joie contre Hollande…
Quelle ampleur ?
La question revient à chaque changement au sein d’un gouvernement : vaste remaniement politique ou simple ajustement technique ? Jusqu’à présent, François Hollande avait en tête d’attendre les résultats des élections régionales des 6 et 13 décembre prochains pour effectuer le dernier chambardement de son quinquennat. L’objectif : rassembler la gauche –écologistes, amis de Martine Aubry, voire les plus à gauche du PS– au sein de son gouvernement afin d’attaquer la préparation de la présidentielle de 2017. Mais ça, c’était avant la démission de Rebsamen.
Forcément, ce remaniement non prévu laisse libre cours aux pronostics des dirigeants socialistes. Un proche de Manuel Valls a le «sentiment» que «ça va remanier plus large», simple «intuition». Selon l’entourage de Rebsamen, le couple exécutif n’a pas tranché. D’autant qu’Hollande pourrait aussi attendre la déclaration de candidature, a priori mi-septembre, de son ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian, prêt à mener les socialistes en Bretagne pour effectuer de plus grands changements. A l’Elysée, on assure que la composition du gouvernement ne sera pas chamboulée à la rentrée, tout en soulignant que seul Hollande «sait ce qui peut se passer».
Quel signal ?
François Rebsamen a défini lui-même la fiche de poste de son successeur : «Cette fonction réclame d’être en contact permanent et en totale harmonie avec l’Elysée et Matignon», a-t-il déclaré la semaine dernière dans le Parisien. D’aucuns y ont vu le profil de l’actuel ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, fidèle d’entre les fidèles de François Hollande. En plus de mettre un très proche en première ligne dans la lutte contre le chômage –et donc récolter les lauriers d’une hypothétique baisse en 2016– sa nomination rue de Grenelle pourrait permettre de faire entrer à l’Agriculture l’ex-ministre de l’Ecologie, Philippe Martin, ou le patron des Radicaux de gauche, Jean-Michel Baylet. Problème : Le Foll est englué depuis des semaines dans la crise porcine. Son exfiltration ne serait pas glorieuse et il arriverait rue de Grenelle lesté d’un lourd handicap. «Il n’est pas question qu’il déserte, veut croire un socialiste qui l’a eu récemment au téléphone. Hollande ne peut pas se permettre d’offrir la tête de son ami aux agriculteurs et à la droite.»
Si ce n’est pas Le Foll, alors qui ? Hollande pourrait se saisir de cette nomination pour envoyer un signal à sa gauche. Dans ce cas, il a toujours l’option Jean-Marc Germain à portée de main. Proche de Martine Aubry, le député PS connaît bien la rue de Grenelle pour y avoir accompagné la future maire de Lille du temps de Jospin. «Ce serait le meilleur choix, défend le député de la Nièvre, Christian Paul. Mais cela voudrait dire prendre ce ministère au sérieux.» Le député des Hauts-de-Seine est aussi spécialiste des questions sociales –il a été rapporteur parlementaire de la loi sur «la sécurisation de l’emploi» en 2012– et rêve de porter son idée de «sécurité sociale professionnelle». Mais si sa nomination plairait aux plus à gauche de son parti, elle serait mal vue par les députés légitimistes car considérée comme une «prime à la fronde».
Autre solution évoquée : Alain Vidalies. L’actuel secrétaire d’Etat aux Transports, précédemment en charge des Relations avec le Parlement, présente l’avantage d’envoyer un signe «social» –il est avocat spécialisé en droit du travail et vient de l’aile gauche du PS– et de «fidélité» –depuis 2012, on ne l’a jamais pris en défaut de critique de la ligne portée par Hollande et Valls. Mais ses camarades n’y croient pas tellement. «Il ne s’est pas montré très brillant sur la question des transports et je ne vois pas pourquoi, après le lui avoir refusé deux fois, Hollande et Valls lui donneraient le Travail», balance un député. Chez Rebsamen, on trouve carrément l’idée «farfelue». Le nom du patron des députés PS, Bruno Le Roux, revient aussi. Mais l’élu de Seine-Saint-Denis se rêve davantage remplacer le Drian à la Défense. Et sa nomination viendrait rebattre les cartes à l’intérieur du groupe à l’Assemblée, pas vraiment malin à quelques semaines des débats budgétaires… Nommer un poids plume bourguignon –Laurent Grandguillaume, Christophe Sirugue… – ne semble pas non plus une option privilégiée par l’exécutif. Comme le dit un député, «Rebs' leur a vraiment fait un coup tordu».
Lilian Alemagna
source : Libération : lien
http://www.voxnr.com/cc/politique/EuFAllEFVuplrBXdgI.shtml
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« La race blanche est en danger », répète Kristiina Ojuland, ex-ministre estonienne des Affaires étrangères, à propos de l’immigration massive
C’est au début du mois de mai dernier que l’eurodéputé Kristiina Ojuland, ex-ministre estonienne des Affaires étrangères, avait affirmé sur son blog que « La race blanche est en danger ».
Kristiina Ojuland constatait que l’immigration massive actuelle représente une « menace raciale » . Une évidence politiquement incorrecte.
L’eurodéputé estonien faisait en l’occurrence référence à l’injonction de la Commission européenne faite aux Etats-membres de l’Union Européenne d’accueillir les flots de réfugiés africains qui arrivent en masse via la Méditerranée.
Quelques mois ont passé mais la polémique persiste et Kristiina Ojuland continue d’être interrogée sur ce qu’elle a écrit. « Je suis estampillée raciste parce que je parle honnêtement de ce que je crains » , a-t-elle répondu ces jours-ci aux journalistes qui revenaient sur le sujet.
Bien consciente que de tels propos peuvent mettre sa carrière politique en péril, elle n’en a cure, et explique posément qu’elle n’a nul besoin d’apparaître tous les jours à la télévision ou dans la presse. Ce qui la pousse à continuer la politique dans ces conditions ? « J’aime l’Estonie et j’ai l’intention de protéger l’Estonie » , répond-elle.
Voici une race de politicien qu’on ne trouve pas en France, sous les projecteurs…
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La Varende Gentilhomme de notre temps
Évoquant l'artiste, l'historien, la foi, l'amitié..., Patrick Delon dessine un portrait expressif de Jean de La Varende, l'écrivain de la terre normande, de l'idéal et des sentiments chevaleresques.
Les éditions Pardès nous adressent, dans leur jolie collection Qui suis-je ?, où parurent, entre autres, les excellents Brasillach de Philippe d'Hugues et Pierre Benoît de Jean-Paul Török, leur nouvelle livraison, un La Varende de Patrick Delon.
Ses deux terroirs
Ce livre vient à point puisqu'il y a juste un demi-siècle, en juin 1959, La Varende nous quittait. Toujours exact, il adressait encore quelques semaines auparavant à Pierre Boutang pour l'hebdomadaire La Nation Française sa dernière chronique, en fidèle collaborateur. Le petit volume de Patrick Delon, très exhaustif sur le sujet, est composé de chapitres concernant chacun un aspect de cette riche personnalité : l'artiste, l'historien, la foi, le terroir, l'amitié ; nous pourrions ajouter "les" fidélités; car ce Normand, né au château de Bonneville au Chamblac, étant né d'une mère bretonne, restera attaché à ses deux terroirs. Patrick Delon dessine un portrait expressif de l'auteur de Nez de cuir, qui était avant tout un esthète, un artiste, doué pour le dessin (il fit les Beaux-Arts à Rennes), la sculpture (n'exécutera-t-il pas plus de deux cents maquettes de bateaux, oeuvres de patience et d'amour, et ce jusqu'à un âge avancé ?), mais aussi l'auteur d'essais, de biographies, de romans, tous nés de sa passion pour la terre normande, de ses paysages, de ses senteurs.
L'auteur est bien placé pour nous parler ainsi de La Varende car, depuis 1960 et la création de l'Association des Amis de La Varende, il en est membre actif. On retrouvait à l'époque, parmi les fidèles, Guy des Cars et Michel de Saint Pierre.
Petit livre tonique
Il ne manque pas d'ailleurs de citer élégamment la première biographie du romancier, publiée en 1993 par Anne Brassié. L'auteur n'omet pas d'évoquer l'attitude courageuse, de La Varende, qui, élu à l'Académie Goncourt, n'hésitera pas à en démissionner en 1947 lorsque celle-ci refusa ses amis René Benjamin et Sacha Guitry, signant désormais ses courrier : « J. d.L.V. Hors Goncourt ».
La lecture de ce livre bien composé, est très tonique. On se plaît à relire l'écrivain de la terre normande, de l'idéal et des sentiments chevaleresques ; un peu de hauteur et d'élévation de l'esprit ne font pas de mal, et on peut sur ce point se fier à La Varende, gentilhomme normand, toujours fidèle à la devise « Pour Dieu et pour le Roi ».
Monique Beaumont L’ACTION FRANÇAISE 2000 3 au 16 septembre 2009
* Patrick Delon : La Varende ; collection Qui suis-je ? ; éditions Pardès, 128 p., 12
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Nihilisme, mal de vivre et crise de la modernité
Nihilisme, mal de vivre et crise de la modernité
Chaque fois qu’un peuple fait sa révolution industrielle et se modernise, il sombre dans un nihilisme de masse, comme en témoigne alors l’explosion des courbes statistiques du suicide et de la dépression. Pourquoi l’entrée dans la modernité s’accompagne-t-elle visiblement toujours de la généralisation du spleen et du mal-être ? En quoi les modes de vie actuels sont-ils susceptibles d’entretenir cet état de déprime ? L’individualisme et la solitude, qui sont désormais le lot quotidien de milliards d’hommes et de femmes à travers le monde, ne forment-ils pas en définitive les contours d’un nouveau mal du siècle ?
Plan de l'exposé :
1/ Etat des lieux : le suicide et la dépression sont des problèmes majeurs aujourd’hui
2/ Le mal-être se développe avec la richesse économique des nations
3/ Les modes de vie modernes favorisent la solitude
4/ Les pauvres souffrent plus que les riches de la modernité, au XXIe siècle
5/ La mondialisation des menaces rend toute action individuelle ou collective impossible et nous déprime
6/ Notre ère se caractérise par le désenchantement et la fin des idéaux
7/ La société de consommation aggrave le processus, en valorisant le présent plutôt que l’avenir
8/ La modernité comporte malgré tout de nombreux mérites, comme le goût pour la réalisation personnelle
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Francis Cousin - 'Informons, mais avec humilité et sans prétention narcissique'
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France : vers une guerre civile?
Le 8 janvier, après les attentats parisiens, Ivan Rioufol écrivait cet article intitulé "une guerre civile menace la France" :
"Car ce mercredi, la France est en guerre. En guerre civile peut-être, demain. Son ennemi est l'islam radical, l'islam politique, l'islamisme djihadiste. «Nous avons vengé le prophète», auraient crié les tueurs. L'ennemi n'est évidemment pas l'ensemble des musulmans, dont beaucoup sont bien sûr horrifiés par ce carnage contre des journalistes.
Mais ceux-là doivent, toute affaire cessante, descendre massivement dans les rues pour se désolidariser enfin clairement de ceux qui ont la même religion qu'eux et qui appliquent ses préceptes à la lettre. En 1954, en Algérie, l'Armée de libération nationale ne comptait pas plus de 800 hommes ; ils ont réussi à faire plier la République huit ans plus tard".
Le 24 avril, Thierry Baudet à son tour signait dans le Figaro : "Le risque de guerre civile paneuropéenne est réel" :
"Ce que nous devons retenir de la situation en Irak, en Syrie, en Libye et autres, c'est qu'une unité politique qui n'est pas soutenue par un peuple doté d'une identité nationale commune est intrinsèquement instable. Les différentes factions ou communautés perçoivent alors la politique comme une compétition gagnant-perdant c'est eux ou nous- et sont toujours enclines à prendre le pouvoir quand l'autre est plus faible. C'est ce que nous avons eu à surmonter en Europe lors des guerres de religions aux 16ème et 17ème siècles qui conduisirent en France à l'assassinat d'Henri IV et à la la Fronde, et en Hollande à l'assassinat de Guillaume le Taciturne et à la Guerre d'Indépendance avec l'Espagne catholique pour finalement aboutir à la formation d'une conscience nationale.
En raison de l'immigration de masse et des aspirations politiques naturelles des musulmans devenus très nombreux, nous prenons le risque d'un retour à l'état de guerre civile paneuropéenne. C'est une raison supplémentaire pour ne pas permettre l'arrivée de ces réfugiés sur nos côtes".
Ce 17 août, Georges Bensoussan se livre dans ce très long entretien :
"Toute une partie de la jeunesse de notre pays se reconnaît de moins en moins dans notre culture. Elle lui devient un code culturel étranger, une langue morte et pas seulement pour des raisons sociales. Nous sommes en train d'assister en France à l'émergence de deux peuples au point que certains évoquent des germes de guerre civile.
Dans le cadre de la préparation d'un nouvel ouvrage, j'ai été frappé en écoutant plusieurs de mes interlocuteurs de voir que l'expression «guerre civile», qui aurait fait ricaner il y a dix ans ou surpris il y a cinq ans, est aujourd'hui dans les bouches d'un grand nombre, tant d'élus de terrain, de policiers, de médecins hospitaliers (service des urgences par exemple) ou de banlieue. Le sentiment que deux peuples sont en train de se former, côte à côte, et qui se regardent souvent avec hostilité, ce sentiment-là est aujourd'hui partagé par beaucoup".
Et la France focalise son attention sur les chats abandonnés sur les routes des vacances...
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Interview à Nicolas Tandler, Les secrets de Lenine
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Huntington et les guerres occidentales contre le reste du monde
Il y a quinze ans, Samuel Huntington publiait son livre sur le choc des civilisations ; livre bien informé, souvent courageux. Huntington avait le mérite de conserver une vision qualitative et non quantitative de l’humanité, une humanité qui selon lui continuerait à se débattre face au marché capitaliste planétarisé en des termes religieux, culturels et moraux. C’est ainsi qu’Huntington voyait, à côté d’une « civilisation » occidentale (USA, Europe occidentale, ex-dominions britanniques), des cultures islamiques, une civilisation orthodoxe (Serbie, Russie et même Grèce) ainsi qu’une civilisation chinoise ou une civilisation indienne.
En réalité, ce livre caricaturé par des journalistes ignares montrait le risque que faisait courir le monde occidental (américanisé) au reste de la planète. Car le problème occidental restait, pour Huntington, fondamental : « L’Occident est la seule parmi les civilisations à avoir eu un impact important et parfois dévastateur sur toutes les autres. »
Huntington enfonçait le clou sur cette capacité méphitique et messianique des Occidentaux, ces ennemis par ailleurs de notre Europe continentale : « L’Occident, en particulier les États-Unis, qui ont toujours été une nation missionnaire, croit que les non-Occidentaux devraient adopter les valeurs occidentales, la démocratie, le libre-échange, la séparation des pouvoirs, les droits de l’homme, l’individualisme, l’État de droit, et conformer leurs institutions à ces valeurs. »
Et Huntington savait que cet Occident – qui est postchrétien et même antichrétien – est surtout un preux défenseur de l’hydre multiculturelle : « Les élites américaines avaient aussi un préjugé favorable à l’égard des Bosniaques, car elles aiment le concept de pays multiculturel, image de lui-même que le gouvernement bosniaque réussit à promouvoir au début du conflit. »
Le culot des Occidentaux n’a plus de limites. L’Occident se confond avec le monde, la « communauté internationale ». Trois ou quatre pays, leurs vassaux, se jugent dignes ainsi de juger et condamner Chine, Russie, Inde, Amérique du Sud, tout le reste du monde.
Huntington : « L’Occident s’efforce et s’efforcera à l’avenir de maintenir sa position prééminente et de défendre ses intérêts en les présentant comme ceux de la “communauté mondiale”. Cette expression est un euphémisme collectif (qui remplace “le monde libre”) censé donner une légitimité globale aux actions qui reflètent en fait les intérêts des États-Unis et des autres puissances occidentales. »
Comme au temps du colonialisme, les peuples menacés, sanctionnés ou sermonnés par tous les Guy Mollet de la télé savent à quoi s’en tenir. Huntington se permet d’ajouter les mots suivants : « En politique, un ennemi commun crée des intérêts communs. Les sociétés islamique et chinoise, qui regardent l’Occident comme leur adversaire, ont ainsi des raisons de coopérer entre elles contre lui, à l’instar des Alliés et de Staline contre Hitler. »
Nicolas Bonnal
source : Boulevard Voltaire :: lien
http://www.voxnr.com/cc/di_varia/EuFAlZFVlAXZvaajrK.shtml
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Roger Koeppel: «Hitler, Staline, la crise ukrainienne et la Suisse…»
La crise ukrainienne envenimée par des perceptions historiques erronées.
Une opportunité pour la Suisse.De Roger Köppel
Le président russe Poutine reste le méchant en Occident. Bien qu'actuellement la chancelière allemande, Angela Merkel, et le président français, François Hollande, tentent une initiative de paix, il reste toutefois clair, selon la vision occidentale, que l'homme de Moscou porte la responsabilité principale du désastre dans une Ukraine déchirée.
J'ai eu l'occasion, voilà quelques mois, de parler de Poutine avec de hauts représentants du gouvernement allemand lors d'un dîner à Berlin. J'ai été effaré par le ton guerrier intransigeant et l'aversion extrêmement dure vis-à-vis du Kremlin. Bien entendu, ces attaques verbales étaient quelque peu en décalage avec la réalité parce que les Allemands n'auraient ni les moyens militaires ni la volonté militaire de mettre leur hostilité à l'épreuve. Tout cela n’est donc pas allé au-delà d’une exaspération sonnant étrangement exagérée, à la limite de l'hystérie.
J'ai essayé de détendre l'atmosphère par une objection apparemment raisonnable, déclarant que les Allemands n'ont, à vrai dire, aucun intérêt à s'aliéner les Russes. Les Russes, quant à eux, sont tributaires du savoir-faire industriel allemand et, qui plus est, les Allemands ont également très bien collaboré pendant des siècles avec les Russes, des personnalités allemandes de premier plan ayant même régulièrement aidé les Russes au cours de leur histoire à civiliser leur pays.
J'avais visiblement commis un impair. Tout à coup, les visages de mes amis allemands se sont assombris, les fentes des yeux se sont transformées en meurtrières. Un ministre m'a lancé que les Allemands ne pourraient jamais parvenir actuellement à un accord avec Poutine. C'était exclu, impossible, absolument impensable. Ce serait une répétition du pacte diabolique qui avait été conclu avant le début de la Seconde Guerre mondiale par Hitler et Staline, l'infâme pacte de non-agression, qui a eu pour conséquence la destruction de la Pologne. Rien que ce poids de l'histoire empêcherait la chancelière de faire un pas vers les Russes. Poutine souhaite revenir à l'Union soviétique, l'Allemagne doit s'y opposer.
Brusquement, j'ai réalisé que la Seconde Guerre mondiale n'était toujours pas terminée dans l'esprit de ces hommes politiques. Le traumatisme persiste. L'Allemagne reste prise au piège de ses expériences historiques qu'elle revit sans cesse mentalement pour absolument éviter de les répéter.
Tout cela est noble, compréhensible. Reste que les analogies historiques peuvent induire en erreur. Le «pacte de non-agression germano-soviétique» du 24 août 1939 entre Hitler et Staline a signifié une trêve temporaire conclue entre deux grands criminels, qui se sont mis d'accord pour reporter de quelques années leur massacre réciproque afin de leur permettre auparavant d'amasser encore un lourd butin. Ce n'était pas une entente pacifique entre des hommes d'État rationnels, mais une sorte d'opération à terme de destruction entre des ennemis mortels qui permettait à chacun de parier secrètement sur le fait qu'il serait bientôt assez fort pour rayer l'autre de la carte. Rien à voir avec ce qui se passe aujourd'hui en Ukraine.
Poutine n'est pas Staline et encore moins Hitler, bien que certains analystes imprudents aient déjà mis cette absurdité sur le tapis. Poutine dirige une ancienne superpuissance qui a dû supporter, durant les vingt dernières années, de voir ses frontières repoussées d'ouest en est d'environ deux mille kilomètres. Les Russes ont laissé l'Allemagne se réunifier pacifiquement et leurs anciennes républiques soviétiques passer aujourd'hui en grande partie dans l'alliance de défense occidentale, l'OTAN.
Mais, comme si cela ne suffisait pas, l'Occident, enivré par l'élargissement à l'Est de l'UE et de l'OTAN, a commencé imprudemment à attirer l'Ukraine dans ses filets, en lui faisant miroiter des alliances et de l'aide économique. Lorsque l'ancien président élu, Victor Ianoukovitch, a été inconstitutionnellement chassé de ses fonctions en février 2014, sans la majorité requise, les politiciens occidentaux formaient une haie sur la place Maïdan. Imaginons ce qui se passerait à Washington si les Russes venaient présenter leurs hommages à un soulèvement populaire au Mexique. Le conflit ukrainien s'est au moins autant imposé à Poutine que l'inverse.
L'histoire peut rendre sage, mais aussi aveugle. Les schémas de la guerre froide et de la Seconde Guerre mondiale ne sont pas adaptés pour évaluer la situation en Ukraine. Ces modèles ne font qu'accentuer les divisions et menacent de détruire complètement la confiance. Malheureusement, toutes les parties sont actuellement un peu aveuglées par l'histoire et elles semblent toutes même avoir de bonnes raisons à cela.
Les Allemands restent comme pétrifiés par Hitler et estiment voir une répétition de la situation avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale. Les Américains croient voir en Poutine une réincarnation de l'expansionnisme soviétique. Les Russes, pour leur part, qui ont payé par des millions de victimes les agressions de Napoléon et des nazis, se défendent contre des peurs ancestrales d'étranglement. La paranoïa des uns attise le délire de persécution des autres. L'histoire mondiale est une chronique des malentendus.
C'est peut-être en cela que réside, précisément aujourd'hui, une valeur particulière de la Suisse qui n'est pas hantée par les démons de l'histoire et très appréciée comme interlocuteur neutre et raisonnable. Notre pays peut-il contribuer à la dédiabolisation et à un rapprochement? Nous ne devrions en aucun cas nous laisser entraîner sous le feu croisé et dans une querelle sous-tendue par des analogies historiques erronées. La Suisse entretient une relation amicale, équidistante, aussi bien avec la Russie qu’avec l'Europe.
Auteur et source : Roger Koeppel, Editorial, Die Weltwoche, 13 août 2015