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l'information nationaliste - Page 7991

  • Analyse apoliticienne : Front National et Système

    La politique et moi, c'est 35 ans de rapports intenses et passionnés. Peut être est-ce ou sera -ce – l'avenir n'est pas encore écrit – l'engagement de toute une vie. Pourtant, de façon paradoxale, je n'aime pas la fréquentation des militants, que ce soit ceux de la mouvance ou d'ailleurs. Je leur reproche – ce qui justement les caractérise – leur engagement partisan. S'il est en effet un domaine ou mauvaise foi et malhonnêteté intellectuelle sont omniprésentes, c'est bien en politique. 

    C'est ainsi que les militants de la majorité défendent le gouvernement au même titre que ceux de l'opposition le fustigent systématiquement. Or, aucune idéologie, aucun gouvernement ne peuvent être considérés comme totalement mauvais ou nocifs.

    On comprendra que la majorité des militants lisent principalement des ouvrages écrits par des essayistes issus du même terroir qu'eux, ce afin de voir conforté leur point de vue. Pourtant, les ouvrages de valeur, tout simplement objectifs voire d'un autre bord, ne manquent pas.

    André Breton ne se trompait peut être donc pas en affirmant « qu'adhérer c'est l'idéal du mollusque ».

    Sur ce qu'est le Front National, mouvement politique connu de tous depuis une trentaine d'années, chacun y va de son petit refrain. Le plus souvent de façon subjective et passionné. On peut néanmoins, sans préjugés, l'étudier de façon rationnelle, quand bien même est-on, comme moi – engagé en sa faveur. Pour ce faire, il suffit de ne pas censurer les informations susceptibles de nous déranger ou contrarier. C'est justement ce que se refuse à faire l'homme d'une seule idée qui picore dans la base de données empiriques, les seuls renseignements justifiant son point de vue.

    Voilà la raison pour laquelle, l'esprit objectif ne peut que dessiner qu'un tableau nuancé de la réalité. Voilà aussi pourquoi, il apparaîtra aux yeux de beaucoup comme peu clair.

    Le Système fustige le Front national de manière caricaturale. Ainsi le fait de le qualifier de fasciste. Lionel Jospin en fut, avant de reconnaître, très tardivement, qu'il ne s'agissait là que mensonge (1)

    Aux élections présidentielles de 1981, les quatre principaux candidats proposèrent aux Français,quatre modèles de société différents. Aujourd'hui, la grande homogénéisation, prélude au totalitarisme à venir, rend la plupart des partis interchangeables : bien peu de différences entre Sarkozy, Bayrou et Hollande. Aujourd'hui, la plupart des partis appartiennent au monde demo-libéral. Ce qui rend le Front National extrémiste aux yeux de beaucoup, c'est qu'il est probablement le dernier parti viscéralement républicain : comme si la République, dont il a existé plusieurs moutures, était extrémiste …

    A lire la presse systémique, on a presque l'impression que le Front National constitue le plus grand des dangers qui menace la France. Attitude d'autant plus surprenante que ce mouvement n'a jamais exercé de responsabilités ministérielles et que donc, par voie de conséquence, il n'est nullement responsable de la situation actuelle. Si le Front National joue bien, force est de constater qu'une bonne partie de son succès, n'est que la conséquence de l'échec des autres. Si le Système veut réellement détruire le Front National, il lui suffit tout simplement de résoudre les problèmes auxquels les Français sont confrontés. 

    A titre d'exemple, on nous assène que la politique économique menée, tant par les gouvernements de « droite » que de « gauche » est incontournable. Il n'en reste pas moins que dans la presse économique, on s'inquiète de l'actuelle situation. Même l'Allemagne, meilleur élève économique de l'Europe d'un point de vue systémique, voit sa situation critiquée par ces mêmes partisans du Système. Il est aussi bien beau de reprocher au Front National de vouloir revenir au Franc. N'en reste pas moins, toujours à lire la presse économique systémique, que la disparition de l'euro y est très sérieusement envisagée. Et que les grandes entreprises ont déjà élaboré des plans afin de s'adapter au retour au Franc.

    Il est aussi bien facile au Système de reprocher au Front National de mettre en exergue le fait délinquance. Si le mouvement de Marine le Pen insistait sur la future invasion des petits hommes verts, il ne ratisserait pas autant de suffrages. Fatalement donc, c'est que ce fait délinquance, existe réellement. Et là encore, objectivité oblige, les statistiques nous indiquent que cette délinquance croît, mais aussi qu'elle est de plus en plus violente.

    Phénomène lié, l'immigration et ses excès, ne sont nullement une invention du Front National : non seulement les faits objectifs l'affirment, mais aussi les Français – qui ont des yeux – le perçoivent objectivement.

    Le chômage voici un demi-siècle, c'était moins de 500 000 personnes. Aujourd'hui, toutes catégories confondues et assimilés, c'est environ vingt fois plus, soit pas très éloigné de 10 millions de Français. On ne peut donc pas dire que ce chômage est le fait du Front National ou que les solutions proposées par ce mouvement politique soient nécessairement mauvaises. Au contraire, on ne peut que constater l'échec des différentes politiques menées en ce domaine et ainsi, prôner une politique alternative. Celle par exemple, proposée par le Front National...

    Ce dont le Système, qu'il ne faut absolument pas limiter à l'actuel gouvernement, ne semble pas avoir conscience, c'est de son impopularité qui va crescendo. En fustigeant le Front National, il ne fait donc, par réaction, que le renforcer. Puisque les Français rejettent les différents gouvernements successifs, ils se tournent tout naturellement vers le mouvement le plus décrié par ces gouvernements : le Front National.

    Alain Rebours

    Note : 

    (1) http://youtu.be/xY3jUuFBWIM

    http://www.voxnr.com/cc/a_la_une/EuEuZZppEpyTvVayqj.shtml

  • Qu’est-ce que le national-socialisme ?

    Figure phare, avant-guerre, de l’Ecole de Francfort, célèbre pour son marxisme hétérodoxe, le grand philosophe Herbert Marcuse (1898-1979) a émigré en 1934 aux Etats-Unis. C’est là, en 1942, qu’il a écrit « Etat et individu sous le national-socialisme », une œuvre visionnaire, décisive pour la compréhension du phénomène nazi. Edité par Douglas Kellner dans « Technologie, guerre et fascisme »(Routledge, New York et Londres, 1998), ce texte majeur reste inédit en français. Son fils, Peter Marcuse, a bien voulu autoriser « Le Monde diplomatique »à en publier quelques extraits, accompagnés d’une présentation du jeune chercheur italien Raffaele Laudani.

    Il n’est plus nécessaire, désormais, de contester l’idée fausse selon laquelle le national-socialisme marquerait une révolution. On sait à présent que ce mouvement n’a pas bouleversé l’organisation fondamentale du processus productif dont la maîtrise reste aux mains de groupes sociaux spécifiques qui contrôlent les outils du travail sans se soucier des besoins et des intérêts de la société dans son ensemble (1). L’activité économique du IIIe Reich repose sur les grands combinats industriels qui, avant même l’ascension de Hitler vers le pouvoir et profitant largement du soutien gouvernemental, avaient progressivement renforcé leur position. Ils ont conservé ce rôle-clé dans une économie de guerre et de conquête. Depuis 1933, leurs dirigeants se sont fondus dans la nouvelle « élite » recrutée au plus haut niveau du parti national-socialiste mais n’ont pas abandonné pour autant leurs importantes fonctions sociales et économiques (2).

    Le national-socialisme n’est pas, non plus, une restauration sociale et politique, même s’il a, dans une large mesure, réinstallé au pouvoir les forces et les groupes d’intérêt que la République de Weimar avait menacés ou contenus : l’armée est redevenue un Etat dans l’Etat, l’autorité du chef d’entreprise s’est vue soulagée de nombreuses contraintes, et la classe ouvrière subit une véritable emprise totalitaire. Pour autant, cela n’a pas restauré les vieilles formes de domination et de hiérarchisation.

    L’Etat national-socialiste, tel qu’il se présente, possède cependant peu de points communs avec l’organisation politique de l’ancien Reich. L’armée, traditionnel terreau du féodalisme et de la prééminence prussienne, a été réorganisée selon des principes de recrutement plus ouverts, tandis qu’un train de mesures pseudo-démocratiques régit les rapports sociaux. Patrons et ouvriers, réunis au sein du Front allemand du travail, sont tenus de participer côte à côte aux mêmes défilés et manifestations et d’observer les mêmes règles de conduite. Nombre de privilèges et de titres honorifiques, vestiges de l’ordre féodal, ont été abolis. Du reste, et c’est plus important, l’ancienne bureaucratie et les plus hautes instances de l’industrie et de la finance ont reconnu le nouveau maître et les nouvelles méthodes de gouvernement. (...)

    Nous développerons, ici, l’idée selon laquelle l’Etat national-socialiste s’est débarrassé des caractéristiques essentielles de l’Etat moderne. Ce régime tend à abolir toute distinction entre Etat et société en transférant les fonctions politiques aux groupes sociaux qui détiennent effectivement le pouvoir. (...)

    L’État moderne - et c’est lui seul qui nous occupe ici - fut construit et organisé en dehors du champ des relations inter- individuelles, domaine considéré comme non politique et répondant à des lois et des modèles propres. La vie privée, la famille, l’Eglise et de larges secteurs de la vie économique et culturelle relevaient de ce domaine. (...) L’Etat reconnaissait que certains droits sociaux spécifiques lui préexistaient, et son intervention ne se justifiait et n’était admise que pour les préserver, les promouvoir, ou les restaurer. (...) Le national-socialisme a aboli cette distinction entre Etat et société. (...)

    L’Etat : une machine. Cette conception matérialiste reflète bien mieux la réalité national-socialiste que les théories sur la communauté de race ou sur l’Etat-guide. Cette machine, qui contrôle partout la vie des êtres humains, est la plus terrifiante de toutes puisque, avec toute l’efficacité et la précision dont elle fait preuve, elle reste totalement imprévisible et capricieuse. Nul ne sait, exceptés peut-être quelques « initiés », quand et où elle frappera. Elle semble n’opérer qu’en vertu de lois qui lui sont propres et s’adapte avec souplesse et diligence au plus léger changement dans la composition des groupes dirigeants. Toutes les activités humaines sont soumises aux objectifs impérieux de contrôle et d’expansion.

    Le national-socialisme a beau prétendre que l’Etat est personnellement dirigé par certains individus tout-puissants, ces individus eux-mêmes sont, en réalité, soumis à la mécanique de l’appareil d’Etat. Ce ne sont ni Himmler, ni Göring, ni Ley (3) qui frappent et commandent effectivement, mais la Gestapo, la Luftwaffe et le Front du travail. Les différentes machines administratives forment un appareil bureaucratique qui sert aussi bien les intérêts de l’industrie que ceux de l’armée et du parti. Répétons-le, le pouvoir suprême ne s’incarne pas dans tel ou tel capitaine d’industrie, général ou chef politique, mais s’exerce au travers des grands combinats industriels, de l’appareil militaire et de la fonction politique. L’Etat national-socialiste est le gouvernement des trois hypostases que sont les pouvoirs économique, social et politique.

    Ces éléments concurrents s’entendent sur un objectif commun précis : l’expansion impérialiste à l’échelle intercontinentale. Pour atteindre cet objectif, le régime exige le recours maximal à la force de travail, l’existence d’une vaste réserve de main-d’oeuvre et la formation intellectuelle et physique nécessaire à l’exploitation de toutes les nouvelles ressources humaines et naturelles conquises. C’est alors - lorsque le bon fonctionnement de l’appareil ne repose plus que sur des facteurs essentiellement subjectifs - que l’oppression terroriste trouve ses limites. Un système social en pleine expansion, fondé sur la plus grande efficacité technologique et industrielle possible, ne peut que libérer, chez l’individu, les compétences et les pulsions qui la rendent possible. L’être humain, source la plus précieuse d’énergie et de pouvoir, devient donc l’enfant gâté du régime national - socialiste. (...)

    Tout cela n’est pas sans rappeler la philosophie individualiste de la grande époque du libéralisme. D’ailleurs, par l’importance conférée à l’individu en tant que source première de la force de travail, le national-socialisme accomplit certaines des tendances fondamentales de la société individualiste. Selon le principe de base de cette société, chacun se voit rétribué conformément à son rôle dans la division sociale du travail et tout acte devrait être motivé par la recherche de l’intérêt personnel. Néanmoins, ce principe ayant finalement accru les inégalités économiques, le gouvernement libéral fut chargé de discipliner le libre jeu des forces économiques.

    On doit toutefois insister sur le fait que l’organisation national-socialiste de la vie publique et économique est fondamentalement différente de celle que l’on connaît ou préconise dans les pays démocratiques. Lorsque, dans ces pays, l’intervention gouvernementale est censée atténuer les effets négatifs de la concentration du pouvoir économique, la discipline national-socialiste tend, elle, à supprimer ou à corriger les mécanismes qui pourraient l’empêcher (4). L’autoritarisme national-socialiste abolit, dans une large mesure, nombre de vestiges du passé libéral, qui avaient eux-mêmes pour fonction d’empêcher l’exercice impitoyable du pouvoir économique. Il s’appuie sur le marché, institution à travers laquelle, de façon aveugle et anarchique, la société dans sa totalité s’est dressée contre les intérêts particuliers. Il s’attaque au gaspillage et au retard entraînés par une compétitivité incontrôlée et l’inefficacité d’usines et ateliers techniquement inadaptés. Il subordonne la rentabilité de l’entreprise individuelle à l’utilisation maximale de l’appareil industriel qui doit générer toujours plus de bénéfices pour ceux qui le contrôlent.

    Devant cette convergence de vues concernant l’expansion impérialiste, une telle subordination pourrait passer pour un triomphe de l’intérêt général sur les intérêts particuliers. Pourtant, cette société, dont le bien-être social est ainsi l’enjeu, est une société fondée sur la permanence de la pénurie et de l’oppression. On pourrait comparer cela à un gigantesque complexe monopolistique qui, ayant réussi à contrôler la compétition économique intérieure et à soumettre les masses laborieuses, se prépare à conquérir le marché mondial. L’avènement du IIIe Reich est celui du plus efficace et du plus impitoyable des concurrents.

    L’Etat national-socialiste n’est pas le contraire de l’individualisme compétitif, c’est son couronnement. Il libère les pulsions brutes de l’intérêt personnel que les démocraties ont essayé de maîtriser et de marier à l’exigence de liberté.

    Comme toute société individualiste, la société national-socialiste se fonde sur la propriété privée des moyens de production et s’organise, en conséquence, autour des deux pôles que forment, d’une part, le petit nombre de ceux qui maîtrisent le processus de production, et de l’autre, le gros de la population qui, directement ou indirectement, en dépend. Avec le national-socialisme, c’est le statut de l’individu évoluant dans cette dernière catégorie qui subit les bouleversements les plus profonds. Pourtant, là encore, cette évolution concrétise - mais ne contredit pas - certaines tendances de la société individualiste.

    A la base très large de la pyramide sociale, l’individu a été, notablement, ravalé au rang de simple élément de la « foule ». Le IIIe Reich est bien un « Etat des masses » dans lequel toutes les forces et intérêts particuliers se fondent en une masse humaine irrationnelle habilement manipulée par le régime (5). Cette masse n’est pas pour autant unifiée par une « conscience » ou un intérêt communs. Les êtres qui la composent ne recherchent, individuellement, que leur intérêt personnel le plus élémentaire, et leur regroupement n’est rendu possible que parce que cet intérêt se confond avec l’instinct brut de conservation, identique chez tous. L’agglomération des individus en une foule a plus exacerbé leur singularité et leur isolement qu’elle ne les a abolis, et leur nivellement ne fait que reproduire le scénario selon lequel leur individualité a été précédemment modelée. (...)

    Le même principe d’efficacité qui, dans l’ordre des affaires, a conduit à la mise au pas de l’industrie - pour le plus grand profit des puissants combinats - entraîne aussi la mobilisation générale de toutes les forces de travail. (...) En effet, l’exercice de sa force de travail est la seule liberté concédée à l’individu situé au bas de la pyramide sociale. Le bien le plus précieux du peuple est sa « force de travail, et la grandeur et la puissance de la nation en dépendent. La préserver et l’accroître est le premier devoir du mouvement national-socialiste et la tâche la plus pressante des entreprises allemandes dont la survie et l’efficacité reposent à la fois sur le nombre et le niveau de qualification des travailleurs (6) ».

    Le national-socialisme a élaboré un système complexe d’éducation morale, intellectuelle et physique dont le but est d’accroître le rendement du travail par le biais des méthodes et des techniques scientifiques les plus élaborées. Le salaire dépend du rendement personnel du travailleur (7). On crée des instituts de psychologie et de technologie pour étudier les méthodes les mieux appropriées à l’individualisation du travail et contrecarrer les effets néfastes de la mécanisation. Usines, écoles, camps d’entraînement, stades, institutions culturelles et de loisirs sont autant de laboratoires de « gestion scientifique » du travail.

    La mobilisation totale de la force de travail de l’individu met à bas l’ultime rempart qui le protégeait de la société et de l’Etat : elle viole le domaine privé de ses loisirs. Au cours de la période libérale, l’individu se différenciait de la société par la distinction établie entre son travail et ses loisirs. Sous le national-socialisme, cette séparation, comme celle qui existait entre la société et l’Etat, est abolie. (...) En enrégimentant aussi le loisir, le national-socialisme s’en prend au dernier rempart protecteur des aspects progressistes de l’individualisme. (...)

    La mobilisation générale de la force de travail n’aurait pu se faire sans que l’individu reçoive des compensations pour la perte de son indépendance. Le national-socialisme en offre deux : une nouvelle sécurité économique et un nouveau privilège. Le fait que l’économie impérialiste du IIIe Reich ait assuré le plein-emploi, offrant du même coup une sécurité économique élémentaire à ses citoyens, est d’une importance cruciale. La liberté dont jouissait l’individu au cours de la période préfasciste était, pour une majorité d’Allemands, contrebalancée par une insécurité permanente. Depuis 1923, la volonté consciente d’instaurer une société réellement démocratique avait laissé place à une atmosphère pénétrante de résignation et de désespoir. On ne s’étonnera pas, dès lors, que la liberté ait peu pesé devant un système offrant une pleine sécurité à chacun des membres de la famille allemande. Le national-socialisme changea le sujet libre en sujet économiquement stable ; la réalité rassurante de la sécurité économique éclipsa le dangereux idéal de liberté.

    Cette sécurité, néanmoins, enchaîne l’individu à l’appareil le plus oppressif que la société moderne ait jamais connu. Bien sûr, la terreur ouverte ne frappe que les ennemis, les « étrangers » et ceux qui ne peuvent ou ne veulent pas coopérer. Mais la terreur sourde de la surveillance et de la mobilisation générale, de la guerre et de la pénurie frappe tout le monde. Le régime ne peut se permettre d’assurer la sécurité économique au point qu’elle devienne le ferment de la liberté. Comme il ne peut améliorer le niveau de vie au point que l’individu trouve, par lui-même, les voies d’une expression propre de ses facultés et la satisfaction de ses désirs. Une telle émancipation serait, en effet, incompatible avec la domination sociale exigée par l’économie impérialiste.

    La rhétorique national-socialiste autour du devoir de sacrifice dépasse la simple idéologie. Ce n’est pas un principe propagandiste mais un principe économique. La sécurité national-socialiste a partie liée avec la pénurie et l’oppression. La sécurité économique, si tant est que ce soit une compensation, doit s’accompagner d’une forme quelconque de liberté que le national-socialisme procure en levant certains tabous sociaux fondamentaux. (...)

    Le régime national-socialiste a révélé leur frustration à ceux qui le soutiennent (...). Ils ont été bousculés, trahis et frustrés dans leurs désirs et leurs aptitudes, mais ils sont à présent les maîtres et peuvent faire ce que leurs anciens maîtres osaient rarement faire. Ernest R. Pope cite un passage éclairant du programme officiel de la fameuse (et orgiaque) Nuit des Amazones : « Ce qui était auparavant strictement réservé et présenté, à l’abri des regards, à quelques initiés soigneusement triés, s’offre aujourd’hui au grand jour à tous dans la magie nocturne du Nymphenburg Park, (...) dans les atours minimalistes des Muses, dans la liberté nue de corps merveilleux. (...) Ceux qui exultent, emportés par l’enthousiasme joyeux de ce à quoi ils participent et qu’ils contemplent, ce sont les jeunes Allemands de 1939 (8)... »

    Tel est le spectacle offert à ceux qu’on autorise à se divertir dans leur prison, à se libérer dans les jardins de leurs anciens rois, à participer et à « contempler » les merveilles autrefois interdites. Le charme, la beauté et la licence des fastes nationaux-socialistes portent en eux les traces de la soumission et de l’oppression. Les belles jeunes filles dénudées et les paysages colorés des artistes nationaux-socialistes répondent parfaitement au classicisme des espaces de réunion, des usines, des machines et des uniformes embellis. Tout s’allie pour changer les pulsions de protestation et de révolte en désir d’unité. Tout vient composer l’image d’un régime qui a non seulement soumis les zones les plus rétives et les mieux protégées de la société individualiste mais qui a aussi persuadé l’individu d’apprécier et de perpétuer un monde au sein duquel il n’est qu’un instrument d’oppression.

    Herbert Marcuse

    notes :

    (1) Les arguments qui autorisent cette interprétation se trouvent dans l’ouvrage de Franz Neumann, Behemoth. The Origin and Structure of National Socialism, Oxford University Press ; New York, 1942.

    (2) Pour le partage du pouvoir entre l’appareil politique et le monde des affaires cf. Arkadji Gurland, « Technological Trends under National Socialism », in Studies in Philosophy and Social Science, 1941, New York, n° 2, et, dans la même revue, Otto Kirchheimer, « Changes in the Structure of Political Compromise ».

    (3) Heinrich Himmler, chef de la SS et de la police, devint ministre de l’intérieur ; le maréchal Hermann Göring fut successivement premier ministre de Prusse, puis commandant des forces aériennes et responsable du plan ; Robert Ley dirigea le Front du travail allemand avant de prendre en mains l’organisation du parti nazi.

    (4) Arkadji Gurland, op cit.

    (5) Cf. Emil Lederer, State of the Masses, New York, Howard Fertig, 1940.

    (6) Robert Ley, « Anordnung über des Leistungskampf der deutschen Betriebe », in Deutsche Sozialpolitik, Bericht der Deutschen Arbeitfront, Zentralbureau, Sozialamt, Berlin, 1937.

    (7) Ibid.

    (8) Munich Playground, New York, 1941.

    Source : Le Monde diplomatique 

    http://www.voxnr.com/cc/dh_autres/EuEuZVFlppfFNyRIaU.shtml

  • Alain Juppé, la tentation de Venise pour la France

    Pourquoi un tel engouement si on veut bien aller au-delà de la rassurante élégance du personnage ?   

    Il est bien, Alain Juppé. Il n’est plus le gendre idéal, certes, mais l’a-t-il jamais été ? Il a cette élégance discrète, une élégance de chat, cet égoïste mammifère qui retombe toujours sur ses pattes et sait si bien ronronner et se lover au creux de son maître. Mais Alain Juppé n’a plus de maître. Sa seule allégeance, désormais, va aux dogmes qui gouvernent le monde. Lui qui, autrefois, était de droite dans ses bottes s’affirme en majesté un parfait candidat à la magistrature suprême pour quiconque pense large, à défaut de penser loin, haut et profond, en clair pense à gauche et au centre gauche en ce pays. Cette élégance discrète plaît tout autant aux descendants des grandes et antiques lignées bourgeoises pour qui tout doit changer afin que rien ne change (on connaît l’histoire) qu’aux adeptes inconditionnels de la dissolution des mœurs et de notre peuple dans un grand ensemble sans foi ni loi.

    Sa parole, très légèrement colorée d’un accent que l’on entend au bord de la Garonne à l’ombre des beaux hôtels particuliers, fait couler un flot ample et rassurant qui n’a plus rien à voir avec le torrent impétueux et menaçant de ses débuts en politique, flot qui s’en va mourir langoureusement dans l’océan des bonnes intentions. Bref, on boit ses paroles comme les meilleurs crus bourgeois, sans modération, d’autant que le millésime est fort respectable. Pour autant, ce vin est-il charpenté ? Oui, si l’on considère que l’ambition personnelle et l’orgueil structurent toute action politique. Rien de bien original, en somme. De ce tonneau on a bu et on boira sans doute encore longtemps.

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  • De la charité à l'humanitaire : Qu'est devenue la "part du pauvre" ?

    La grandeur d'une société n'est pas de nier les inégalités mais de permettre aux hommes de sortir de leur égoïsme, en parlant, plutôt que des droits des défavorisés, des devoirs de ceux qui ont plus à l'égard de ceux qui ont moins... Retour sur la charité dans l'histoire de France.

    Il suffit de parcourir les rues de Paris ou les couloirs du métro pour voir que la clochardisation de notre société ne cesse de progresser. Le pire est que le libéralisme, joint à un hédonisme que la "crise" n'a pas refroidi, ne cesse de favoriser la course au profit sans souci des drames humains, dont celui du surendettement, et entretient chez les Français une mentalité d'assistés alors que les plus défavorisés sont poussés à revendiquer toujours plus de "droits", confondant inégalité avec injustice...

    « Des pauvres vous en aurez toujours parmi vous », dit le Christ dans l'Évangile. La vraie justice n'est pas de ce monde, elle relève du Ciel. La grandeur d'une société n'est donc pas de nier les inégalités mais de permettre aux hommes de sortir de leur égoïsme, en parlant, plutôt que des droits des pauvres, des devoirs de ceux qui ont plus à l'égard de ceux qui ont moins.

    Aumône

    Dans notre France aux origines chrétiennes, c'est l'Église qui a su changer les mentalités en jetant une lumière surnaturelle sur les misères des hommes et en présentant l'amour du prochain comme une voie vers la sainteté.

    Dès le haut Moyen Âge, les pauvres s'attroupaient à la porte des aumôneries monastiques où étaient distribués vivres et vêtements. Dans le déferlement des turbulences féodales dont souffraient surtout les paysans pauvres, les évêques brandissaient le glaive de l'excommunication contre les seigneurs qui n'observaient pas la trêve de Dieu. Tout en luttant pied à pied contre l'anarchie des barons, les rois capétiens donnaient eux-mêmes l'exemple de la charité : souvenons-nous de Robert II le Pieux ouvrant sa salle à manger aux indigents et même nourrissant en cachette de la méchante reine Constance, tel affamé glissé sous la table et... occupé à couper des franges d'or du manteau royal...

    Ordres mendiants

    Au XIIe siècle, la grande pauvreté se porta sur la ville et l'on vit émerger les vagabonds, même les truands, accueillis d'abord par des prédicateurs populaires dans des structures improvisées où pullulaient le meilleur et le pire ; puis, la charité chrétienne s'affirmant, apparurent les ordres mendiants, surtout dominicains et franciscains, créés pour l'accueil des infortunés. De leur côté théologiens et canonistes admettaient que voler un pain dans une situation d'extrême nécessité était légitime. Quant au roi saint Louis, il disait à son fils : « S'il advient que quelque querelle entre riche et pauvre vienne devant toi, soutiens plus le pauvre que le riche, et quand tu entendras la vérité, ainsi fais-leur droit. »

    Les hôtels-Dieu, contrôlés par les évêques, se réservaient alors les malades tandis que les hospices (tel celui des Quinze-Vingts fondé pour les aveugles par saint Louis) accueillaient les pèlerins, les voyageurs pauvres, principalement ceux qui n'avaient pas la force de mendier.

    Les hiérarchies protectrices

    Après les calamités de la guerre de Cent ans, puis les exactions des Routiers et des Grandes Compagnies, les guerres de Religion et la Fronde, il fallut tout recréer pour relancer la charité. Longtemps il revint aux paroisses et aux familles nobles, parfois sous l'injonction des autorités, de contribuer à l'assistance, mais une fois l'ordre rétabli au XVIIe siècle, des figures sublimes apparurent, tel saint Vincent de Paul, osant prêcher aux Grands, quitte à les rudoyer, le sens du service et de la protection des faibles. En somme les hiérarchies avaient vocation à devenir protectrices...

    Cet apostolat auprès des Grands avait plus d'effets que des discours vengeurs tenus aux pauvres à la manière d'aujourd'hui... Les structures de la société s'y prêtaient excellemment. C'était, écrit Marie-Madeleine Martin, une société « unifiée organiquement dans laquelle la dépendance hiérarchique des hommes les uns envers les autres décalquait l'ordre de la nature et de la raison. La charité chrétienne transfigurait cet ordre sur le plan surnaturel, elle l'illuminait par la considération du royaume des âmes également rachetées par le Rédempteur ; elle ne le détruisait pas. Bien au contraire elle se servait de lui et de sa force pour maintenir au maximum parmi les hommes la justice, préface obligatoire et premier échelon de la charité. » (Saint Vincent de Paul et les Grands, éditions du Conquistador)

    Au coeur de l'Île de la Cité, l'Hôtel-Dieu pouvait alors grouper en cas de disette de deux à quatre mille personnes. Partout dans la capitale naissaient de petits établissements, fruits de libéralités privées, confiés au soin des religieuses. Des dames de la société fortunée consacraient leur temps à visiter les malades ; leur dévouement s'ajoutait à celui des Filles de la Charité venues des campagnes à l'appel de "Monsieur Vincent", visitant les malades à domicile, prenant en charge les enfants trouvés, ou les enfants des mères en détresse aujourd'hui tués avant de naître... Un grand bureau des pauvres réunissait les curés de Paris et offrait des secours alimentés par les quêtes ou une taxe versée par les bourgeois de la capitale.

    Le venin de l'individualisme

    Les Lazaristes recevaient à dîner chaque jour vingt-quatre pauvres. Le prieur se plaçait au milieu d'eux et ils étaient servis avec autant de respect que lui. Les Restos du coeur, la médiatisation en moins... Les clochards allaient se présenter à la porte des Célestins où ils recevaient du pain. Les Chartreux, quant à eux, recevaient chaque vendredi ceux qu'on appelait les "pauvres honteux" (cf. Jacques Wilhelm : La Vie quotidienne des Parisiens au temps du Roi Soleil, Hachette-littérature). À signaler encore, la création par édit royal en 1656 d'un hôpital général à Paris, sur le lieu de la Salpêtrière, ancêtre de notre Assistance publique.

    Au XVIIIe siècle apparut hélas le germe de l'individualisme. Ce ne fut pas un progrès ! La Révolution de 1789, au nom de l'individu "libéré", renversa tous les cadres protecteurs et interdit les associations. Le libéralisme se mit à enseigner que de la recherche par chacun de son bien propre devait naître le bien général... La loi de la jungle... Résultat : au siècle suivant les classes laborieuses furent livrées à elles-mêmes sans autre protection que l'action tout à ait insuffisante de quelques industriels au noble coeur. Bientôt les gouvernements allaient se soucier beaucoup plus d'apprendre à cette population miséreuse à penser républicain (lois laïques...) qu'à lui donner les moyens de vivre décemment.

    La charité détournée

    Petitement arrivèrent toutefois à se créer des sociétés de secours mutuels, des caisses de retraites, des oeuvres pour le logement, le soin des malheureux. Faut-il s'étonner de rencontrer, parmi les pionniers des cercles d'ouvriers ou des conférences Saint-Vincent de Paul, des catholiques royalistes : le vicomte de Bonald, le vicomte de Villeneuve Bargemont, Armand de Melun, Albert de Mun, Maurice Maignen, le colonel de La Tour du Pin, marquis de La Charce, sans oublier soeur Rosalie, fille de la Charité, secourant les misères physiques et morales dans l'actuel 13e arrondissement de Paris ?

    Ces fidèles d'Henri V, comte de Chambord, étaient d'autant plus enclins à soulager les misères ouvrières qu'ils en avaient parfaitement décelé la cause : l'organisation sociale issue de l'idéologie des Droits de l'Homme qui contrecarrait l'idée que les hommes sont sur terre pour vivre en société, pour s'entraider, pour s'aimer, et non pour ne penser qu'à s'enrichir. Ils parvinrent assurément à faire avancer la législation (réglementation du travail des enfants, repos dominical, allocation familiales...) mais le meilleur de leurs idées fut bien souvent détourné au XXe siècle au profit de l'État-providence.

    On est loin du temps où les familles riches mettaient un point d'honneur à garder "la part du pauvre"... Chacun participe aujourd'hui à la vie de tous par le fisc de plus en plus paralysant pour les classes moyennes, et reçoit en retour assurances et allocations ; celui qui donne n'a d'autre sentiment que d'entretenir une bureaucratie, celui qui reçoit se sent à l'écart de la société qui se résume pour beaucoup aux Assedic. Tout est impersonnel, seul l'égoïsme y trouve son compte : le riche en se donnant bonne conscience, le pauvre en faisant valoir toujours plus de droits que l'on dit maintenant opposables... Le bien commun reste le grand absent des soucis des uns et des autres.

    Ou alors la charité, médiatisée à l'extrême, se vent comme un produit de consommation, en de tonitruantes campagnes qui foulent au pied la règle d'or de l'action bienfaisante : « Que ta main droite ignore ce que donne ta main gauche »... Les miséreux se trouvent assimilés à une cause militante, ou servent d'instruments de publicité pour telle ou telle vedette. Ainsi se trouvent souvent détournés de beaux élans de générosité.

    La "crise" actuelle, qui met à rude épreuve les utopies du libéralisme, va-t-elle aider les Français à retrouver le sens des vraies solidarités, naturelles, familiales, locales, professionnelles, ces forces vives de la nation légitimant les hiérarchies par les services rendus et sachant remettre à leur place les soucis de rentabilité ? Ordre qui devrait, pour s'épanouir librement - toute l'expérience historique le prouve - être couronné par le justicier suprême qu'est le roi, seul assez indépendant des puissances d'argent pour rappeler aux Grands leurs devoirs au service du bien commun...

    Michel Fromentoux L’ACTION FRANÇAISE 2000 du 18 au 31 décembre 2008

  • Le projet turc ou la plus grande mosquée

    La "bonne" nouvelle apparaissait à la une ce 27 octobre, sur le site du journal kémaliste turc Hürriyet. Le gouvernement d'Ankara, en effet, va bientôt construire en Albanie ce qui deviendrait la plus grande mosquée d'Europe du sud est.

    Les arguments avancés en faveur de cet investissement laissent évidemment un peu rêveur. On dirait une estimation avancée pour justifier la création d'une liaison TGV.

    Tirana, ville de 300 000 habitants, nous dit péremptoirement le journal (1)⇓ , compterait 70 % de musulmans. Ce pourcentage, d'élaboration parfaitement fantaisiste, est couramment indiqué pour l'appartenance religieuse des Albanais.

    Or, déplorent les autorités turques, cette population ne dispose pas des installations cultuelles auxquelles elle peut légitimement prétendre. C'est donc l'administration religieuse étatique turque, la fameuse "Diyanet" qui prendra les choses en main et réalisera ce projet.

    On doit donc s'interroger d'abord sur le rôle que la Turquie étatique s'assigne elle-même, bientôt un siècle après avoir renoncé officiellement au califat. De plus en plus, en effet, elle se pose, et une partie de ses dirigeants se pensent eux-mêmes, en défenseurs des musulmans de tous les pays du monde, jusqu'aux Rohingyas de Birmanie.  

    Le fameux esclandre de Davos du 29 janvier 2009, à partir duquel on a commencé à dépeindre Erdogan, alors chef du gouvernement et aujourd'hui chef d'État, en adversaire d'Israël, n'a pas d'autre origine, le Hamas étant identifié à la cause de l'islam.

    Or, dans le même temps on remarque que le même gouvernement tire parti, aujourd'hui encore auprès de l'occident, de sa réputation, de moins en moins fondée, d'îlot de "laïcité au sein du monde musulman.

    Soulignons à cet égard que par "laïcité" on ne devrait entendre que l'existence d'un "mur de séparation entre la religion et l'État". Cette célèbre formule de Thomas Jefferson est apparue au moment de l'indépendance américaine. Les 10 premiers mots du Bill of Rights interdirent ainsi au Congrès des États-Unis de légiférer pour "établir" aucune confession.  (2)⇓

    Ceci s'appliquait en l'occurrence à un ensemble de colonies qui allaient devenir un seul pays constitué de communautés très disparates. Elles appartenaient toutes aux diverses "dénominations" chrétiennes, ou plus précisément : protestantes. Le Maryland, au départ colonie catholique sous Charles Ier, ne comptait plus que 15 % de "papistes" en 1806, lorsque fut inaugurée la cathédrale de Baltimore. La liberté accordée l'Église romaine par George Washington à la demande du pape Pie VI allait permettre à celle-ci un prodigieux développement dans le cadre de cette "laïcité".

    Or, en Turquie, le schéma inverse s'est consolidé en vertu d'une doctrine nominalement laïciste et pratiquement islamiste.

    La prétendue république "laïque" y a bel et bien "établi" l'islam sunnite, plus solidement encore que sous le régime ottoman.

    Cette prédication s'est certes trouvée favorisée au détriment, d'abord, des confessions non-musulmanes. Cela commence à être mieux connu en occident. Elles ne représentent plus grand-chose aujourd'hui. Remarquons qu'au début du XXe siècle, – avant les massacres massifs des Arméniens, des Grecs "Pontiques", des Assyriens etc. ‑ on comptait environ 30 % de chrétiens en Asie mineure. Ceci appartient au passé. Le président Özal l'a fort élégamment expliqué un jour au parlement de Strasbourg sur le mode "on ne ressuscitera pas les morts". On n'a pas trouvé la force de l'expulser.

    Aujourd'hui la politique religieuse étatique d'Ankara se concrétise par l'existence et les activités de ce que nous appelons en français le/ou la "Diyanet". Cette structure agit aussi dans un pays comme la France. Sur le site internet de sa branche française, les Français peuvent découvrir ses ramifications, constructions, établissements, salles de prières dans leur pays, des bâtiments en général discrets répartis sur tout le territoire, de Gien à Cholet, en passant par Sens, Romorantin, Auray, Le Havre ou Cergy-Pontoise. Une seule photo montre un minaret, sur la mosquée de Nantes. (3)⇓

    Disposant d'un budget de 4,6 milliards de livres turques en 2013, employant plus de 100 000 fonctionnaires cette énorme administration, habilement présidée aujourd'hui par Mehmet Görmez, remonte à un décret de Mustafa Kemal de 1924. Elle s'inscrit donc dès l'origine dans la politique de sécularisation et d'occidentalisation que nous confondons avec l'idée de "laïcité".

    Il se trouve cependant que, dans la constitution actuelle, protégée par l'article 136, cette branche de l'État agit exclusivement en direction de la propagation, de la prédominance et de la consolidation de l'islam sunnite. Les diverses branches du chiisme ne reçoivent aucune sorte de reconnaissance, ni dans l'entretien de leurs lieux de culte, ni dans l'enseignement religieux, ni sous aucune forme de subvention. Or les divers chiites, alevis, bektachis, djaferis, alaouites, etc. représentent probablement plus de 30 % de la population. Ils appartiennent souvent, mais pas toujours, à des groupes périphériques ou centrifuges, kurdes, azéris, syriens, etc. Le seul point commun entre l'idée française de "neutralité religieuse" et la conception turque de la "laïcité" consiste en cette volonté centraliste jacobine. Les jeunes-turcs, d'où les cadres du kémalisme furent issus à 95 %, ne s'en cachaient pas, qui fondèrent leur mouvement à Paris, le 14 juillet 1889.

    Voilà par qui sont gérées les 77 000 mosquées de Turquie

    Or, voici que cette organisation s'étend en Europe du sud est. Elle agit, non plus seulement comme elle le fait en Allemagne ou en France, pour se préoccuper de ses compatriotes et pour dénoncer l'assimilation qui, seront Erdogan serait "contraire aux droits de l'Homme" – mais en considération de l'espace balkanique comme étant par définition "ottoman". L'actuel Premier ministre Davutoglou l'a dit fortement en Bosnie. L'État turc fait constamment pression dans ce sens sur la Grèce et sur la Bulgarie. La Diyanet entend le mettre en œuvre, le couler dans le béton de ce chantier, dans la capitale de l'Albanie.

    Peu lui importe que la majorité des musulmans albanais se rattache à une branche dissidente et syncrétiste de l'Islam, la confrérie des bektachis, qui fut la religion des janissaires, elle-même marginalisée en Anatolie.

    La plus importante mosquée de Tirana y porte le nom de Et'hem Bey. Il s'agit du plus ancien bâtiment de l'actuelle capitale albanaise, où elle est tenue pour emblématique autant que la statue de Skanderbeg, lui-même héros de la résistance européenne aux Turcs. Considérée comme partie importante du patrimoine national cette petite mosquée échappa à la fureur destructrice du régime stalinien d'Enver Hodja. Sa construction remonte à la fin de la période ottomane. Commencée en 1794 elle ne fut achevée, presque 30 ans plus tard, qu'en 1821. Le touriste contemporain peut la visiter en dehors des heures de prières, à condition de retirer respectueusement ses chaussures à l'entrée, bien entendu.

    Fermée au culte pendant cette période communiste, elle fut spontanément réouverte en 1991 par la pression des 10 000 musulmans de la ville. Ceci s'effectua à l'époque avec le soutien des deux autres confessions, elles aussi opprimées, chrétiens-orthodoxes et catholiques-romains. Or, elle ne peut contenir que 60 personnes.

    La nouvelle mosquée "ottomane" que va créer la généreuse Turquie pourra accueillir le vendredi une prédication s'adressant à 4 500 croyants.

    JG Malliarakis
            

    Apostilles

    1.  Le chiffre officiel était en 2005 de 585 756 habitants
    2.  À cet égard, la traduction donnée en français des 10 premiers mots du Premier Amendement pourrait être avantageusement revisitée d'ailleurs. Le texte disait : "congress shall note make law respecting establishment of a religion". Or, on peut lire de façon approximative : "Le Congrès ne fera aucune loi accordant une préférence à une religion ou en interdisant le libre exercice, restreignant la liberté d'expression, la liberté de la presse ou le droit des citoyens de se réunir pacifiquement et d'adresser à l'État des pétitions pour obtenir réparation de torts subis."
    3.  Le mot désigne la religion. Le vrai sigle est "Diyanet İşleri Başkanlığınca" Direction des affaires religieuses. C'est ce qui amène logiquement à préférer l'appeler "la" plutôt que "le". Son siège en France "Fransa Ditib" occupe un imposant immeuble sis 58 rue Lénine (sic) à Bagnolet code postal 93170. Ceux qui lisent le turc consulteront son site avec profit 

    http://www.insolent.fr/2014/10/le-projet-turc-ou-la-plus-grande-mosquee.html

  • Communautarisme: soyons francs, clairs et cohérents

    Double-discours, double-langage, mépris des engagements envers les électeurs pris pour des imbéciles par des donneurs de leçons hypocrites…Le dégoût des Français pour les politiciens du Système ne va pas en s’arrangeant au vu de l’actualité de ces derniers jours. A cette aune, le procès fait au (nouveau) ministre de la Culture n’est pas le plus grave. Invitée du « Supplément « de Canal plus le 26 octobre, Fleur Pellerin qui a « déjeuné » avec le tout nouveau prix Nobel de littérature, le « gardien de la mémoire » Patrick Modiano, a avoué ne pas avoir le temps de lire depuis deux ans. Et même n’avoir jamais ouvert un livre de M. Modiano, pas plus le dernier qu’un autre. Imagine-t-on feu André Malraux nous expliquer ne pas avoir lu un livre pendant vingt-quatre mois ? Une faute professionnelle plus qu’une faute de goût peut être, car quitte à consacrer un peu de temps à la lecture, il peut apparaître secondaire, pourquoi pas,  de se jeter sur les livres de Patrick Modiano, alors que tant de grands classiques, de  génies de la littérature, de grands écrivains Français et étrangers méritent d’être lus et relus.

    Les Français sont en revanche légitimement en colère lorsqu’ils apprennent que le président UMP de la commission des Finances de l’Assemblée nationale, Gilles Carrez, est en délicatesse avec le fisc. Au motif que lui, le spécialiste très affûté, se serait trompé de bonne foi, affirme-t-il, dans le calcul de la valeur de sa maison de Perreux-sur-Marne. Or c’est de celui-ci que découle son entrée dans l’impôt sur la fortune (ISF).

    Il est tout à fait légitime, le débat l’est en tout cas, de juger l’ISF contre productif, son assiette confiscatoire, de douter de son utilité et de ses bienfaits. Mais dura lex, sed lex, la loi est dure mais c’est la loi. M. Carrez, à un devoir tout particulier d’exemplarité au vu des fonctions qui sont les siennes et ne peut s’exonérer du régime commun sans trahir le mandat qui lui a été confié par les électeurs.

    Plus choquant encore, le député PS René Dosière, au vu des annexes du projet de budget 2015, a jugé hier «choquantes» les rémunérations dans les cabinets ministériels de ses amis du gouvernement Valls. Se serrer la ceinture ? C’est bon pour les autres ! «Par rapport au gouvernement Ayrault, a écrit M. Dosière sur son blogue, les rémunérations dans le gouvernement Valls (2014) sont en forte augmentation: +7,1% à 8.201 euros pour la rémunération brute moyenne d’un agent et +4,3% à 2.235 euros pour les indemnités de sujétion» (primes, NDLR).

    «Les cinq rémunérations les plus élevées se trouvent au ministère de la culture (13 744 euros), au ministère de l’intérieur (12 987 euros), au ministère de la décentralisation (12 680 euros), au ministère du redressement productif (12 369 euros) et au secrétariat d’Etat à l’enseignement supérieur (12 222 euros)».

    Si le «communautarisme financier» des membres du Système défraye la chronique, une autre «affaire», bien différente, a été exposée dans de nombreux articles ces derniers jours. Le blogue de Bruno Gollnisch avait réagi le 3 octobre, de manière d’ailleurs très mesurée, à la présence de Pierre Ducarne, 22 ans, candidat aux dernières municipales FN à Nancy (Meurthe-et-Moselle) sur le stand du « Kreuji ». En l’espèce «un collectif de 11 associations qui représentent la communauté homosexuelle bi et transsexuelle (LGBT) à Nancy. Avec le soutien de la ville, elle va prochainement ouvrir une maison LGBT au centre-ville » rapportait le média régional Loractu.

    Nous avions fait état de cette information, redoutant que le message du FN soit brouillé par la présence médiatisée d’un candidat du FN auprès d’associations prosélytes en faveur du mariage, de l’adoption, de la PMA et GPA pour les paires homosexuelles. Et ce, deux jours avant la mobilisation de très nombreux élus, militants et électeurs frontistes dans les manifestations (à Paris et Bordeaux) en faveur de la défense de la famille traditionnelle et contre la loi Taubira.

    Sans nous contacter directement, Pierre Ducarne avait vivement réagi à ce qu’il considérait comme une mise en cause injustifiée de notre part. Il a depuis précisé via les réseaux sociaux être opposé la création de cette maison LGBT, au «mariage pour tous», tout en se disant persuadé, comme Alain Juppé et la plupart des caciques de l’UMP, que la loi Taubira ne pourra être abrogée.

    «On me présente a-t-il dit, comme un militant LGBT alors que je n’ai fait que discuter avec des membres de ce collectif dont je ne fais pas partie». «J’assume totalement a-t-il écrit sur internet, le fait d’avoir visité le stand du Kreuji (ainsi que d’autres d’ailleurs) non seulement pour l’intérêt que suscite ce projet (auprès des Nancéens ?, NDLR) et que j’ai pu ainsi découvrir mais également pour l’amitié que je porte à certaines personnes (de droite comme de gauche) impliqués dans sa réalisation ». Dont acte.

    Le Monde le rapportait avant-hier, «accusé de soutien à une association homosexuelle», de «communautarisme», « le Front National - sans que Bruno Gollnisch la réclame ou soit intervenu dans ce sens, NDLR- avait engagé une procédure disciplinaire » à l’encontre de ce jeune homme.

    Finalement« il a été décidé que la commission des conflits ne se réunirait pas sur son cas» comme il était prévu le 27 novembre, «qu’il n’était pas convoqué et qu’il ne serait pas sanctionné. Le dossier est vide , a dit Florian Philippot à Reuters avant de poursuivre : Pierre Ducarne n’a pas, en tant que responsable du Front National, soutenu une association communautariste, ce qui aurait été contraire aux valeurs du parti. Il n’est pas un responsable du parti et c’était dans un cadre privé. »

    M. Ducarne outre son passage devant la commission des conflits, devait être « également convoqué devant la commission de discipline pour «insultes proférées envers un dirigeant du FN», et plus précisément envers Bruno Gollnisch ont affirmé à la presse Florian Philippot et Bruno Bilde (conseiller de Marine).

    Pierre Ducarne s’est finalement fendu d’un petit mea culpa sur tweeter le 29 octobre : «Que la presse cesse d’instrumentaliser et détourner un quiproquo interne au FN pour alimenter une polémique fondé sur le bruit et la rumeur.» «Clarification faite avec le FN. Malentendu de part et d’autre. Moralité: il vaut mieux privilégier une explication sereine que de réagir à chaud.»

    C’est en effet en réagissant à chaud, mettons cela sur le compte de la jeunesse, que M. Ducarne a commis un message, pour le moins maladroit, effacé par la suite, mais donc jugé insultant par Florian et Bruno (Bilde) – « je ne sais pas si j’ai été insulté…» a voulu temporiser Bruno Gollnisch contacté par Europe 1. « M. Bruno Gollnisch écrivait le jeune homme le 6 octobre, serait bien inspiré de vérifier l’exactitude de ses informations avant de relayer tout et n’importe quoi. De respecter la liberté et la vie privée d’autrui. Mais M. Gollnisch se verra notifier tout cela par écrit et pourra ainsi juger de mon mécontentement. Le Mac Carthysme ça va bien » (sic).

    Le jeune homme a finalement renoncé à «notifier tout cela par écrit » au professeur Gollnisch, qui du haut de son parcours intellectuel et des ses trente ans de militantisme au FN, n’a guère de leçons à recevoir en matière de défense de nos libertés fondamentales. Surtout, est-il nécessaire de rappeler que Bruno a toujours respecté la vie privée de chacun (justement parce qu’elle est privée !) et n’est pas animé par la moindre velléité d’établir une quelconque « police de la braguette » au FN comme dans le reste de la société française ! M. Ducarne a d’ailleurs avoué «qu’il n’y a pas de chasses aux homosexuels » au Front National.

    Mais il s’agit de rappeler que la communication politique répond à des règles de base. La première d’entre elle veut que quand on est candidat à une élection, et si l’on souhaite continuer à l’être, on ne peut échapper dans l’espace public à l’attention médiatique et à l’interprétation de ses faits et gestes, a fortiori dans la commune dans laquelle on milite. En ce sens, si l’on souhaite que sa vie privée soit respectée et la dissocier nettement de sa vie publique, il n’est pas bien malin de poster, comme M. Ducarne l’a fait, une photo ou on le voit enlaçant un jeune homme sur le stand du Kreuji, assortie de la mention ambiguë « pied de nez aux sectaires ». Peut-on s’étonner dans le contexte actuel que cela peut être aussi interprété comme un message politique ? Puisse la leçon être entendue.

    « De toute façon, je me suis mis en retrait du parti depuis plusieurs mois. Et si on doit m’exclure, on m’exclura », a encore déclaré Pierre Ducarne qui vient aussi d’apporter son soutien à Maxence Buttey. « L’acharnement de certains sur ce jeune élu FN converti à l’islam est scandaleux. Laissez le libre de croire ce qu’il veut. Idiots », a-t-il énoncé dans un tweet le 26 octobre…

    Ce jeune élu FN de Noisy-le-Grand (Seine-Saint-Denis), est accusé de prosélytisme islamique par ses camarades de la fédération. Il lui est reproché –voir notre article en date de lundi dernier- d’avoir adressé à des membres du FN  une vidéo (Les miracles du Coran) vantant les mérites de la religion du prophète pour expliquer sa récente conversion. Une vidéo objectivement intellectuellement très médiocre, assez affligeante même, a peu près du niveau de celles que font les Témoins de Jéhovah…

    Sur le site Atlantico, Christophe Bouillaud,  professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble, a été interrogé simultanément sur les affaires Ducarne et Buttey. Contrairement à ce qu’il affirme, le cas Ducarne n’illustre pas «des contradictions au niveau de l’électorat du FN sur cette question. Il y en a un traditionnaliste qui n’arrive pas à normaliser l’homosexualité dans son mode de pensée alors que pour l’autre ce n’est pas important. Au niveau de l’actuelle direction du FN regroupée autour de Marine le Pen il n’y a pas trop de divergences sur le sujet. En revanche Bruno Gollnisch et Jean Marie le Pen pensent différemment mais cela reste un courant minoritaire ».

    Cette analyse assez primaire est surtout fausse car elle confond l’accessoire et l’essentiel. Comme nous l’avons dit, ce que rejette le FN en bloc, et c’est là son positionnement politique partagé par tous, c’est la dérive communautariste et prosélyte, ni plus, ni moins. Le reste est affaire de conscience pour chacun.

    M. Bouillaud, a contrario, est plus lucide quand il rappelle que « le FN n’a jamais été contre la religion musulmane »,  tout en soulignant « le manque de culture politique (de Maxence Buttey). Il n’a pas compris les dynamiques de l’électorat français et ce que signifie politiquement le mot immigration ».

    « Le FN peut accueillir des gens nés musulmans parce que c’est un choix par défaut et qu’on accepte la religion de ses parents. En revanche l’idée de choix est très importante car cela nous engage autour des valeurs. Aujourd’hui on voit la conversion à l’islam comme un rejet de la société française ». C’est en tout cas comme cela qu’elle est perçue par la très grande majorité de nos compatriotes.

    C’est en restant ferme dans sa dénonciation du prosélytisme communautariste, sans excès mais sans faiblesses coupables, que le Front National apportera de la clarté dans un débat politique qui en a bien besoin. C’est aussi sur notre cohérence que nous sommes jugés affirme Bruno Gollnisch, et nous le serons tout particulièrement lors de la grande échéance de 2017 pour porter Marine Le Pen et nos idées au pouvoir.

    http://gollnisch.com/2014/10/31/communautarisme-soyons-francs-clairs-coherents/

  • Le choc de simplification : très simple à comprendre

    François Hollande avait annoncé le grand chantier de son quinquennat : le choc de simplification, un terme générique censé rapporter 12 milliards d’euros en 3 ans ! Mazette ! Quand les socialistes ont des idées pour gagner de l’argent sans prélever plus, c’est que l’affaire est sérieuse !

    Donc rendez-vous cet après-midi à l’Elysée pour assister au grand show du grand choc ! Et là, la quasi-totalité du gouvernement est réuni pour nous annoncer une grande nouvelle : Internet existe ! Et oui !

    Devant le choc d’une si grande découverte, la salle de ce show qui vient de subir ce choc se lève d’un seul homme, choquée, pour applaudir chichement la choquante découverte gouvernementale !

    Allez, ne soyons pas méchant : vous voulez finir ces quelques lignes en sachant réellement ce que cache ce choc ? Ne cherchez pas : dorénavant, il sera possible de faire par Internet ce qui se faisait par papier. Pas forcément idiot, très utile, il était même temps ! Mais il n’y aura aucune simplification, juste une numérisation qui permettra de ne pas renouveler des fonctionnaires.

    Ne soyez pas choqués, il n’y a même pas de quoi être déçus !

    Xavier Celtillos

    http://www.medias-presse.info/le-choc-de-simplification-tres-simple-a-comprendre/17291

  • Demi-mensonges et vraie nuisance de la sécu monopoliste


    Quand on évoque officiellement, dans l'hexagone, matraqué par ses gros moyens de désinformation, la construction historique du "modèle social" et de sa pièce maîtresse, la sécurité sociale, c'est toujours pour entendre répercuter les mêmes incertitudes et répéter les mêmes demi-mensonges.

    Pour parler comme Mme Aubry, il y a plus que du flou dans ce récit parce qu'il y a non pas "un", mais plusieurs "loups", une véritable meute.

    Nous disposons à cet égard d'un mètre étalon. Il est proposé par un site qui s'intitule fièrement "sécurité sociale", avec un trait d'union et sans les accents et un suffixe ".fr". En elle-même, sa prose, – car ce n'est pas de la poésie, – nous renvoie à cette conception d'un universalisme administratif républicain, où l'on finirait presque par croire que Paris légifère, depuis toujours, grâce à la révolution de 1789 sans doute, pour le monde.

    Le site indiqué plus haut se présente sur sa page d'accueil pour le "portail du service public de la sécurité sociale".

    Pour le commun des mortels tout cela semble logique, et on passe aux centres d'intérêts pratiques.

    On y trouve cependant une page qui mérite la visite et pas seulement le ricanement. Elle a été mise en ligne, avec la mention "à la une sur le portail", le 29 octobre 2013 et elle a été mise à jour 6 mars 2014. Elle s'intitule : "Rappel des obligations d’affiliation et de cotisation à la Sécurité sociale". Elle affirme ainsi de façon fort péremptoire :

    "La Direction de la Sécurité sociale tient à rappeler l’obligation de s’affilier et de cotiser à la Sécurité sociale à la suite de différents articles ou émissions de radio annonçant une nouvelle fois à tort la fin du monopole de la Sécurité Sociale."

    Les rédacteurs du site mettent ici des guillemets au concept de monopole. On se demande pourquoi : je les supprime.

    Mais au fait qu'est-ce donc que cette "Direction de la Sécurité sociale" ?

     

    Cette chose anonyme se trouve définie sur un autre site, mieux identifiable juridiquement, puisqu'il dépend, lui, de manière directe, d'une administration précise. Sa page d'accueil place en haut à droite la photo de notre irremplaçable ministre de la Santé "et des Affaires sociales", Mme Marisol Touraine.

    Il nous y est révélé que "la direction de la Sécurité sociale, DSS, est chargée de l’élaboration et de la mise en œuvre de la politique relative à la Sécurité sociale : assurance-maladie, accidents du travail et maladies professionnelles, retraite, famille, dépendance, financement et gouvernance. 
Elle est rattachée aux ministères des "Affaires sociales et de la Santé", d'une part, et au ministère de l’Économie et des Finances, d'autre part. On devient aisément qui porte la culotte et tire les chèques dans ce couple. Son adresse, toutefois se trouve 14, avenue Duquesne à Paris, 7e arrondissement.

    Le siège apparent, l'enseigne est installée par conséquent au bon vieux ministère de la Santé.

    Là aussi le public non averti n'y voit pas malice. Pour lui la "Sécu" c'est tout simplement sa caisse maladie. C'est ce qui émet désormais "la petite carte verte". La carte "vitale" a été instituée en 1997, à l'époque du plan Juppé. Et elle semble permettre de consommer gratuitement des soins, des médicaments, sans rien payer. Cela peut paraître une magnifique – jusqu'au jour où l'on découvre que rien ne coûte plus cher que la gratuité.

    Au fait, qui dirige cet immense organisation dont le budget est supérieur à celui de l'État ? Posez la question pour briller en société. Il s'appelle Thomas Fatome.

    Il n'a pas l'air méchant sur la photo.

    Voilà comment Les Échos le présentaient lors de sa nomination par le gouvernement Fillon en mars 2012 :

    "Un homme de cabinet à la Direction de la Sécurité sociale" (1)⇓

    CV de premier de la classe pour le nouveau patron de la Direction de la Sécurité sociale : HEC, DEA de droit public, ENA, Inspection générale des Affaires sociales (Igas), cabinets ministériels et de la présidence de la République. Thomas Fatome, trente-sept ans à peine, marié et père de trois garçons, est un homme rapide. Ambitieux ? Ce n'est pas un forcené de l'ambition au mauvais sens du terme,(…) Thomas Fatome n'arrive pas en terrain inconnu à la Direction de la Sécurité sociale (DSS), rattachée au ministère du Travail, de l'Emploi et de la Santé, au ministère du Budget et au ministère des Solidarités et de la Cohésion sociale."

    L'essentiel me semble dévoilé dans ces quelques lignes.

    On y découvre notamment le caractère hybride de cette administration molle, rattachée, à la fois, à la citadelle Bercy et la médecine publique. Le "social", et sa "cohésion", en effet pour ces gens-là, ce sont les soins hospitaliers.

    Que la même structure, quasi anonyme, – car M. Fatome me le pardonnera mais son existence n'est pas très "médiatisée", – structure rattachée à la fois à Bercy et à l'avenue Duquesne, règne, en même temps, sur la retraite des Français, sur l'assurance-maladie, et donc sur toutes les professions de santé, mais aussi sur la branche dite "famille", mais aussi sur les accidents du travail, sur l'assurance veuvage, sur l'invalidité, et encore demain sur le risque dépendance, voilà qui pose d'abord un problème de transparence, un problème de démocratie, un problème de liberté.

    Cela soulève certainement aussi un doute sur l'omni-compétence, aussi bien quand on mesure le coût de l'ensemble et son déficit chronique, mais également lorsqu'on prend acte de son refus, refus acharné, de la même structure d'entrer en concurrence.

    JG Malliarakis

    http://www.insolent.fr/2014/10/demi-mensonges-et-vraie-nuisance-de-la-secu-monopoliste.html