IIe Congrès du PDF - Intervention de Roger... par Agence2Presse
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IIe Congrès du PDF - Intervention de Roger Holeindre
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Agressions sexuelles à Salzburg (Autriche) comme à Cologne : des agressions planifiées ?
Selon le Spiegel. Voici une carte des agressions sexuelles (pointez votre souris sur la carte...)
A chaque fois, des dizaines de jeunes femmes sont venues demander de l'aide aux policiers après avoir été agressées d'abord verbalement, puis physiquement et sexuellement par des groupes de jeunes hommes d'Afrique du Nord et/ou des pays arabes qui, profitant de la foule, se sont mis à s'adonner à des attouchements sur les femmes.Il y a une étonnante similitude entre ces faits :
Et si qui s'était déroulé place Tahrir en Egypte, lors du fameux printemps arabe en 2012 :
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Robert Steuckers : « La décision dans l’oeuvre de Carl Schmitt »
Carl Schmitt est considéré comme le théoricien par excellence de la décision.
L’objet de cet exposé est:
– de définir ce concept de décision, tel qu’il a été formulé par Carl Schmitt ;
– de reconstituer la démarche qui a conduit Carl Schmitt à élaborer ce concept ;
– de replacer cette démarche dans le contexte général de son époque.
Sa théorie de la décision apparaît dans son ouvrage de 1922, Politische Theologie. Ce livre part du principe que toute idée politique, toute théorie politique, dérive de concepts théologiques qui se sont laïcisés au cours de la période de sécularisation qui a suivi la Renaissance, la Réforme, la Contre-Réforme, les guerres de religion.
«Auctoritas non veritas facit legem»
A partir de Hobbes, auteur du Leviathan au 17ième siècle, on neutralise les concepts théologiques et/ou religieux parce qu’ils conduisent à des guerres civiles, qui plongent les royaumes dans un “état de nature” (une loi de la jungle) caractérisée par la guerre de tous contre tous, où l’homme est un loup pour l’homme. Hobbes appelle “Léviathan” l’Etat où l’autorité souveraine édicte des lois pour protéger le peuple contre le chaos de la guerre civile. Par conséquent, la source des lois est une autorité, incarnée dans une personne physique, exactement selon l’adage «auctoritas non veritas facit legem» (c’est l’autorité et non la vérité qui fait la loi). Ce qui revient à dire qu’il n’y a pas un principe, une norme, qui précède la décision émanant de l’autorité. Telle est la démarche de Hobbes et de la philosophie politique du 17ième siècle. Carl Schmitt, jeune, s’est enthousiasmé pour cette vision des choses.Dans une telle perspective, en cas de normalité, l’autorité peut ne pas jouer, mais en cas d’exception, elle doit décider d’agir, de sévir ou de légiférer. L’exception appelle la décision, au nom du principe «auctoritas non veritas facit legem». Schmitt écrit à ce sujet: «Dans l’exception, la puissance de la vie réelle perce la croûte d’une mécanique figée dans la répétition». Schmitt vise dans cette phrase significative, enthousiaste autant que pertinente, les normes, les mécaniques, les rigidités, les procédures routinières, que le républicanisme bourgeois (celui de la IIIième République que dénonçait Sorel et celui de la République de Weimar que dénonçaient les tenants de la “Révolution Conservatrice”) ou le ronron wilhelminien de 1890 à 1914, avaient généralisées.
Restaurer la dimension personnelle du pouvoir
L’idéologie républicaine ou bourgeoise a voulu dépersonnaliser les mécanismes de la politique. La norme a avancé, au détriment de l’incarnation du pouvoir. Schmitt veut donc restaurer la dimension personnelle du pouvoir, car seule cette dimension personnelle est susceptible de faire face rapidement à l’exception (Ausnahme, Ausnahmenzustand, Ernstfall, Grenzfall). Pourquoi? Parce que la décision est toujours plus rapide que la lente mécanique des procédures. Schmitt s’affirme ainsi un «monarchiste catholique», dont le discours est marqué par le vitalisme, le personnalisme et la théologie. Il n’est pas un fasciste car, pour lui, l’Etat ne reste qu’un moyen et n’est pas une fin (il finira d’ailleurs par ne plus croire à l’Etat et par dire que celui-ci n’est plus en tous les cas le véhicule du politique). Il n’est pas un nationaliste non plus car le concept de nation, à ses yeux et à cette époque, est trop proche de la notion de volonté générale chez Rousseau.
Si Schmitt critique les démocraties de son temps, c’est parce qu’elles :
– 1) placent la norme avant la vie ;
– 2) imposent des procédures lentes ;
– 3) retardent la résolution des problèmes par la discussion (reproche essentiellement adressé au parlementarisme) ;
– 4) tentent d’évacuer toute dimension personnelle du pouvoir, donc tout recours au concret, à la vie, etc. qui puisse tempérer et adapter la norme.
Mais la démocratie recourt parfois aux fortes personnalités: qu’on se souvienne de Clémenceau, applaudi par l’Action Française et la Chambre bleu-horizon en France, de Churchill en Angleterre, du pouvoir directorial dans le New Deal et du césarisme reproché à Roosevelt. Si Schmitt, plus tard, a envisagé le recours à la dictature, de forme ponctuelle (selon le modèle romain de Cincinnatus) ou de forme commissariale, c’est pour imaginer un dictateur qui suspend le droit (mais ne le supprime pas), parce qu’il veut incarner temporairement le droit, tant que le droit est ébranlé par une catastrophe ou une guerre civile, pour assurer un retour aussi rapide que possible de ce droit. Le dictateur ou le collège des commissaires se placent momentanément —le temps que dure la situation d’exception— au-dessus du droit car l’existence du droit implique l’existence de l’Etat, qui garantit le fonctionnement du droit. La dictature selon Schmitt, comme la dictature selon les fascistes, est un scandale pour les libéraux parce que le décideur (en l’occurrence le dictateur) est indépendant vis-à-vis de la norme, de l’idéologie dominante, dont on ne pourrait jamais s’écarter, disent-ils. Schmitt rétorque que le libéralisme-normativisme est néanmoins coercitif, voire plus coercitif que la coercition exercée par une personne mortelle, car il ne tolère justement aucune forme d’indépendance personnalisée à l’égard de la norme, du discours conventionnel, de l’idéologie établie, etc., qui seraient des principes immortels, impassables, appelés à régner en dépit des vicissitudes du réel.
La décision du juge
Pour justifier son personnalisme, Schmitt raisonne au départ d’un exemple très concret dans la pratique juridique quotidienne: la décision du juge. Le juge, avant de prononcer son verdict est face à une dualité, avec, d’une part, le droit (en tant que texte ou tradition) et, d’autre part, la réalité vitale, existentielle, soit le contexte. Le juge est le pont entre la norme (idéelle) et le cas concret. Dans un petit livre, Gesetz und Urteil (= La loi et le jugement), Carl Schmitt dit que l’activité du juge, c’est, essentiellement, de rendre le droit, la norme, réel(le), de l’incarner dans les faits. La pratique quotidienne des palais de justice, pratique inévitable, incontournable, contredit l’idéal libéral-normativiste qui rêve que le droit, la norme, s’incarneront tous seuls, sans intermédiaire de chair et de sang. En imaginant, dans l’absolu, que l’on puisse faire l’économie de la personne du juge, on introduit une fiction dans le fonctionnement de la justice, fiction qui croit que sans la subjectivité inévitable du juge, on obtiendra un meilleur droit, plus juste, plus objectif, plus sûr. Mais c’est là une impossibilité pratique. Ce raisonnement, Carl Schmitt le transpose dans la sphère du politique, opérant par là, il faut l’avouer, un raccourci assez audacieux.
La réalisation, la concrétisation, l’incarnation du droit n’est pas automatique; elle passe par un Vermittler (un intermédiaire, un intercesseur) de chair et de sang, consciemment ou inconsciemment animé par des valeurs ou des sentiments. La légalité passe donc par un charisme inhérent à la fonction de juge. Le juge pose sa décision seul mais il faut qu’elle soit acceptable par ses collègues, ses pairs. Parce qu’il y a inévitablement une césure entre la norme et le cas concret, il faut l’intercession d’une personne qui soit une autorité. La loi/la norme ne peut pas s’incarner toute seule.
Quis judicabit ?
Cette impossibilité constitue une difficulté dans le contexte de l’Etat libéral, de l’Etat de droit : ce type d’Etat veut garantir un droit sûr et objectif, abolir la domination de l’homme par l’homme (dans le sens où le juge domine le “jugé”). Le droit se révèle dans la loi qui, elle, se révèle, dans la personne du juge, dit Carl Schmitt pour contredire l’idéalisme pur et désincarné des libéraux. La question qu’adresse Carl Schmitt aux libéraux est alors la suivante, et elle est très simple: Quis judicabit ? Qui juge ? Qui décide ? Réponse : une personne, une autorité. Cette question et cette réponse, très simples, constituent le démenti le plus flagrant à cette indécrottable espoir libéralo-progressisto-normativiste de voir advenir un droit, une norme, une loi, une constitution, dans le réel, par la seule force de sa qualité juridique, philosophique, idéelle, etc. Carl Schmitt reconstitue la dimension personnelle du droit (puis de la politique) sur base de sa réflexion sur la décision du juge.
Dès lors, la raison qui advient et s’accomplit d’elle même et par la seule vertu de son excellence dans le monde imparfait de la chair et des faits n’est plus, dans la pensée juridique et politique de Carl Schmitt, le moteur de l’histoire. Ce moteur n’est plus une abstraction mais une personnalité de chair, de sang et de volonté.
La légalité: une «cage d’acier»
Contemporain de Carl Schmitt, Max Weber, qui est un libéral sceptique, ne croit plus en la bonne fin du mythe rationaliste. Le système rationaliste est devenu un système fermé, qu’il appelait une «cage d’acier». En 1922, Rudolf Kayser écrit un livre intitulé Zeit ohne Mythos(Une époque sans mythe). Il n’y a plus de mythe, écrit-il, et l’arcanum de la modernité, c’est désormais la légalité. La légalité, sèche et froide, indifférente aux valeurs, remplace le mythe. Carl Schmitt, qui a lu et Weber et Kayser, opère un rapprochement entre la «cage d’acier» et la «légalité» d’où, en vertu de ce rapprochement, la décision est morale aux yeux de Schmitt, puisqu’elle permet d’échapper à la «cage d’acier» de la «légalité».
Dans les contextes successifs de la longue vie de Carl Schmitt (1888-1985), le décideur a pris trois visages:
1) L’accélarateur (der Beschleuniger) ;
2) Le mainteneur (der Aufhalter, der Katechon) ;
3) Le normalisateur (der Normalisierer).
Le normalisateur, figure négative chez Carl Schmitt, est celui qui défend la normalité (que l’on peut mettre en parallèle avec la légalité des années 20), normalité qui prend la place de Dieu dans l’imaginaire de nos contemporains. En 1970, Carl Schmitt déclare dans un interview qui restera longtemps impublié: «Le monde entier semble devenir un artifice, que l’homme s’est fabriqué pour lui-même. Nous ne vivons plus à l’Age du fer, ni bien sûr à l’Age d’or ou d’argent, mais à l’Age du plastique, de la matière artificielle».
1. La phase de l’accélérateur (Beschleuniger) :
La tâche politique de l’accélérateur est d’accroître les potentialités techniques de l’Etat ou de la nation dans les domaines des armements, des communications, de l’information, des mass-media, parce tout accroissement en ces domaines accroît la puissance de l’Etat ou du «grand espace» (Großraum), dominé par une puissance hégémonique. C’est précisément en réfléchissant à l’extension spatiale qu’exige l’accélération continue des dynamiques à l’œuvre dans la société allemande des premières décennies de ce siècle que Carl Schmitt a progressivement abandonné la pensée étatique, la pensée en termes d’Etat, pour accéder à une pensée en termes de grands espaces. L’Etat national, de type européen, dont la population oscille entre 3 et 80 millions d’habitants, lui est vite apparu insuffisant pour faire face à des colosses démographiques et spatiaux comme les Etats-Unis ou l’URSS. La dimension étatique, réduite, spatialement circonscrite, était condamnée à la domination des plus grands, des plus vastes, donc à perdre toute forme de souveraineté et à sortir de ce fait de la sphère du politique.
Les motivations de l’accélérateur sont d’ordres économique et technologique. Elles sont futuristes dans leur projectualité. L’ingénieur joue un rôle primordial dans cette vision, et nous retrouvons là les accents d’une certaine composante de la “révolution conservatrice” de l’époque de la République de Weimar, bien mise en exergue par l’historien des idées Jeffrey Herf (nous avons consulté l’édition italienne de son livre, Il modernismo reazionario. Tecnologia, cultura e politica nella Germania di Weimar e del Terzo Reich, Il Mulino, Bologne, 1988). Herf, observateur critique de cette “révolution conservatrice” weimarienne, évoque un “modernisme réactionnaire”, fourre-tout conceptuel complexe, dans lequel on retrouve pêle-mêle, la vision spenglerienne de l’histoire, le réalisme magique d’Ernst Jünger, la sociologie de Werner Sombart et l’“idéologie des ingénieurs” qui nous intéresse tout particulièrement ici.
Ex cursus : l’idéalisme techniciste allemand
Cette idéologie moderniste, techniciste, que l’on comparera sans doute utilement aux futurismes italien, russe et portugais, prend son élan, nous explique Herf, au départ des visions technocratiques de Walter Rathenau, de certains éléments de l’école du Bauhaus, dans les idées plus anciennes d’Ulrich Wendt, auteur en 1906 de Die Technik als Kulturmacht (La technique comme puissance culturelle). Pour Wendt, la technique n’est pas une manifestation de matérialisme comme le croient les marxistes, mais, au contraire, une manifestation de spiritualité audacieuse qui diffusait l’Esprit (celui de la tradition idéaliste allemande) au sein du peuple. Max Eyth, en 1904, avait déclaré dans Lebendige Kräfte (Forces vivantes) que la technique était avant toute chose une force culturelle qui asservissait la matière plutôt qu’elle ne la servait.
Eduard Mayer, en 1906, dans Technik und Kultur, voit dans la technique une expression de la personnalité de l’ingénieur ou de l’inventeur et non le résultat d’intérêts commerciaux. La technique est dès lors un «instinct de transformation», propre à l’essence de l’homme, une «impulsion créatrice» visant la maîtrise du chaos naturel. En 1912, Julius Schenk, professeur à la Technische Hochschule de Munich, opère une distinction entre l’«économie commerciale», orientée vers le profit, et l’«économie productive», orientée vers l’ingénierie et le travail créateur, indépendamment de toute logique du profit. Il revalorise la «valeur culturelle de la construction». Ces écrits d’avant 1914 seront exploités, amplifiés et complétés par Manfred Schröter dans les années 30, qui sanctionne ainsi, par ses livres et ses essais, un futurisme allemand, plus discret que son homologue italien, mais plus étayé sur le plan philosophique. Ses collègues et disciples Friedrich Dessauer, Carl Weihe, Eberhard Zschimmer, Viktor Engelhardt, Heinrich Hardenstett, Marvin Holzer, poursuivront ses travaux ou l’inspireront. Ce futurisme des ingénieurs, polytechniciens et philosophes de la technique est à rapprocher de la sociologie moderniste et “révolutionnaire-conservatrice” de Hans Freyer, correspondant occasionnel de Carl Schmitt.
Cet ex-cursus bref et fort incomplet dans le “futurisme” allemand nous permet de comprendre l’option schmittienne en faveur de l’«accélérateur» dans le contexte de l’époque. L’«accélérateur» est donc ce technicien qui crée pour le plaisir de créer et non pour amasser de l’argent, qui accumule de la puissance pour le seul profit du politique et non d’intérêts privés. De Rathenau à Albert Speer, en passant par les ingénieurs de l’industrie aéronautique allemande et le centre de recherches de Peenemünde où œuvrait Werner von Braun, les «accélérateurs» allemands, qu’ils soient démocrates, libéraux, socialistes ou nationaux-socialistes, ont visé une extension de leur puissance, considérée par leurs philosophes comme «idéaliste», à l’ensemble du continent européen. A leur yeux, comme la technique était une puissance gratuite, produit d’un génie naturel et spontané, appelé à se manifester sans entraves, les maîtres politiques de la technique devaient dominer le monde contre les maîtres de l’argent ou les figures des anciens régimes pré-techniques. La technique était une émanation du peuple, au même titre que la poésie. Ce rêve techno-futuriste s’effondre bien entendu en 1945, quand le grand espace européen virtuel, rêvé en France par Drieu, croule en même temps que l’Allemagne hitlérienne. Comme tous ses compatriotes, Carl Schmitt tombe de haut. Le fait cruel de la défaite militaire le contraint à modifier son optique.
2. La phase du Katechon
Carl Schmitt après 1945 n’est plus fasciné par la dynamique industrielle-technique. Il se rend compte qu’elle conduit à une horreur qui est la «dé-localisation totale», le «déracinement planétaire». Le juriste Carl Schmitt se souvient alors des leçons de Savigny et de Bachofen, pour qui il n’y avait pas de droit sans ancrage dans un sol. L’horreur moderne, dans cette perspective généalogique du droit, c’est l’abolition de tous les loci, les lieux, les enracinements, les imbrications (die Ortungen). Ces dé-localisations, ces Ent-Ortungen, sont dues aux accélarations favorisées par les régimes du 20ième siècle, quelle que soit par ailleurs l’idéologie dont ils se réclamaient. Au lendemain de la dernière guerre, Carl Schmitt estime donc qu’il est nécessaire d’opérer un retour aux «ordres élémentaires de nos existences terrestres». Après le pathos de l’accélération, partagé avec les futuristes italiens, Carl Schmitt développe, par réaction, un pathos du tellurique.
Dans un tel contexte, de retour au tellurique, la figure du décideur n’est plus l’accélérateur mais le katechon, le “mainteneur” qui «va contenir les accélérateurs volontaires ou involontaires qui sont en marche vers une fonctionalisation sans répit». Le katechon est le dernier pilier d’une société en perdition ; il arrête le chaos, en maintient les vecteurs la tête sous l’eau. Mais cette figure du katechon n’est pourtant pas entièrement nouvelle chez Schmitt : on en perçoit les prémices dans sa valorisation du rôle du Reichspräsident dans la Constitution de Weimar, Reichspräsident qui est le «gardien de la Constitution» (Hüter der Verfassung), ou même celle du Führer Hitler qui, après avoir ordonné la «nuit des longs couteaux» pour éliminer l’aile révolutionnaire et effervescente de son mouvement, apparaît, aux yeux de Schmitt et de bon nombre de conservateurs allemands, comme le «protecteur du droit» contre les forces du chaos révolutionnaire (der Führer schützt das Recht). En effet, selon la logique de Hobbes, que Schmitt a très souvent faite sienne, Röhm et les SA veulent concrétiser par une «seconde révolution» un absolu idéologique, quasi religieux, qui conduira à la guerre civile, horreur absolue. Hitler, dans cette logique, agit en “mainteneur”, en “protecteur du droit”, dans le sens où le droit cesse d’exister dans ce nouvel état de nature qu’est la guerre civile.
Terre, droit et lieu – Tellus, ius et locus
Mais par son retour au tellurique, au lendemain de la défaite du Reich hitlérien, Schmitt retourne au conservatisme implicite qu’il avait tiré de la philosophie de Hobbes ; il abandonne l’idée de «mobilisation totale» qu’il avait un moment partagée avec Ernst Jünger. En 1947, il écrit dans son Glossarium, recueil de ses réflexions philosophiques et de ses fragments épars: «La totalité de la mobilisation consiste en ceci : le moteur immobile de la philosophie aristotélicienne est lui aussi entré en mouvement et s’est mobilisé. A ce moment-là, l’ancienne distinction entre la contemplation (immobile) et l’activité (mobile) cesse d’être pertinente ; l’observateur aussi se met à bouger […]. Alors nous devenons tous des observateurs activistes et des activistes observants. […] C’est alors que devient pertinente la maxime: celui qui n’est pas en route, n’apprend, n’expérimente rien».
Cette frénésie, cette mobilité incessante, que les peintres futuristes avaient si bien su croquer sur leurs toiles exaltant la dynamique et la cinétique, nuit à la Terre et au Droit, dit le Carl Schmitt d’après-guerre, car le Droit est lié à la Terre (Das Recht ist erdhaft und auf die Erde bezogen). Le Droit n’existe que parce qu’il y a la Terre. Il n’y a pas de droit sans espace habitable. La Mer, elle, ne connaît pas cette unité de l’espace et du droit, d’ordre et de lieu (Ordnung und Ortung). Elle échappe à toute tentative de codification. Elle est a-sociale ou, plus exactement, “an-œkuménique”, pour reprendre le langage des géopolitologues, notamment celui de Friedrich Ratzel.
Mer, flux et logbooks
La logique de la Mer, constate Carl Schmitt, qui est une logique anglo-saxonne, transforme tout en flux délocalisés : les flux d’argent, de marchandises ou de désirs (véhiculés par l’audio-visuel). Ces flux, déplore toujours Carl Schmitt, recouvrent les «machines impériales». Il n’y a plus de “Terre”: nous naviguons et nos livres, ceux que nous écrivons, ne sont plus que des “livres de bord” (Logbooks, Logbücher). Le jeune philosophe allemand Friedrich Balke a eu l’heureuse idée de comparer les réflexions de Carl Schmitt à celles de Gilles Deleuze et Félix Guattari, consignées notamment dans leurs deux volumes fondateurs : L’Anti-Oedipe et Mille Plateaux. Balke constate d’évidents parallèles entre les réflexions de l’un et des autres : Deleuze et Guattari, en évoquant ces flux modernes, surtout ceux d’après 1945 et de l’américanisation des mœurs, parlent d’une «effusion d’anti-production dans la production», c’est-à-dire de stabilité coagulante dans les flux multiples voire désordonnés qui agitent le monde. Pour notre Carl Schmitt d’après 1945, l’«anti-production», c’est-à-dire le principe de stabilité et d’ordre, c’est le «concept du politique».
Mais, dans l’effervescence des flux de l’industrialisme ou de la «production» deleuzo-guattarienne, l’Etat a cédé le pas à la société; nous vivons sous une imbrication délétère de l’Etat et de l’économie et nous n’inscrivons plus de “télos” à l’horizon. Il est donc difficile, dans un tel contexte, de manier le «concept du politique», de l’incarner de façon durable dans le réel. Difficulté qui rend impossible un retour à l’Etat pur, au politique pur, du moins tel qu’on le concevait à l’ère étatique, ère qui s’est étendue de Hobbes à l’effondrement du III°Reich, voire à l’échec du gaullisme.
Dé-territorialisations et re-territorialisations
Deleuze et Guattari constatent, eux aussi, que tout retour durable du politique, toute restauration impavide de l’Etat, à la manière du Léviathan de Hobbes ou de l’Etat autarcique fermé de Fichte, est désormais impossible, quand tout est «mer», «flux» ou «production». Et si Schmitt dit que nous naviguons, que nous consignons nos impressions dans des Logbooks, il pourrait s’abandonner au pessimisme du réactionnaire vaincu. Deleuze et Guattari acceptent le principe de la navigation, mais l’interprètent sans pessimisme ni optimisme, comme un éventail de jeux complexes de dé-territorialisations (Ent-Ortungen) et de re-territorialisations (Rück-Ortungen). Ce que le praticien de la politique traduira sans doute par le mot d’ordre suivant: «Il faut re-territorialiser partout où il est possible de re-territorialiser». Mot d’ordre que je serais personnellement tenté de suivre… Mais, en dépit de la tristesse ressentie par Schmitt, l’Etat n’est plus la seule forme de re-territorialisation possible. Il y a mille et une possibilités de micro-re-territorialisations, mille et une possibilités d’injecter de l’anti-production dans le flux ininterrompu et ininterrompable de la «production». Gianfranco Miglio, disciple et ami de Schmitt, éminence grise de la Lega Nord d’Umberto Bossi en Lombardie, parle d’espaces potentiels de territorialisation plus réduits, comme la région (ou la communauté autonome des constitutionalistes espagnols), où une concentration localisée et circonscrite de politisation, peut tenir partiellement en échec des flux trop audacieux, ou guerroyer, à la mode du partisan, contre cette domination tyrannique de la «production». Pour étendre leur espace politique, les régions (ou communautés autonomes) peuvent s’unir en confédérations plus ou moins lâches de régions (ou de communautés autonomes), comme dans les initiatives Alpe-Adria, regroupant plusieurs subdivisions étatiques dans les régions alpines et adriatiques, au-delà des Etats résiduaires qui ne sont plus que des relais pour les «flux» et n’incarnent de ce fait plus le politique, au sens où l’entendait Schmitt.
L’illusion du «prêt-à-territorialiser»
Mais les Ersätze de l’Etat, quels qu’ils soient, recèlent un danger, qu’ont clairement perçu Deleuze et Guattari: les sociétés modernes économisées, nous avertissent-ils, offrent à la consommation de leurs citoyens tous les types de territorialités résiduelles ou artificielles, imaginaires ou symboliques, ou elles les restaurent, afin de coder et d’oblitérer à nouveau les personnes détournées provisoirement des “quantités abstraites”. Le système de la production aurait donc trouvé la parade en re-territorialisant sur mesure, et provisoirement, ceux dont la production, toujours provisoirement, n’aurait plus besoin. Il y a donc en permanence le danger d’un «prêt-à-territorialiser» illusoire, dérivatif. Si cette éventualité apparaît nettement chez Deleuze-Guattari, si elle est explicitée avec un vocabulaire inhabituel et parfois surprenant, qui éveille toutefois toujours notre attention, elle était déjà consciente et présente chez Schmitt: celui-ci, en effet, avait perçu cette déviance potentielle, évidente dans un phénomène comme le New Age par exemple. Dans son livre Politische Romantik (1919), il écrivait: «Aucune époque ne peut vivre sans forme, même si elle semble complètement marquée par l’économie. Et si elle ne parvient pas à trouver sa propre forme, elle recourt à mille expédients issus des formes véritables nées en d’autres temps ou chez d’autres peuples, mais pour rejeter immédiatement ces expédients comme inauthentiques». Bref, des re-territorialisations à la carte, à jeter après, comme des kleenex… Par facilité, Schmitt veux, personnellement, la restauration de la “forme catholique”, en bon héritier et disciple du contre-révolutionnaire espagnol Donoso Cortés.
3. La phase du normalisateur
La fluidité de la société industrielle actuelle, dont se plaignait Schmitt, est devenue une normalité, qui entend conserver ce jeu de dé-normalisation et de re-normalisation en dehors du principe politique et de toute dynamique de territorialisation. Le normalisateur, troisième figure du décideur chez Schmitt, est celui qui doit empêcher la crise qui conduirait à un retour du politique, à une re-territorialisation de trop longue durée ou définitive. Le normalisateur est donc celui qui prévoit et prévient la crise. Vision qui correspond peu ou prou à celle du sociologue Niklas Luhmann qui explique qu’est souverain, aujourd’hui, celui qui est en mesure, non plus de décréter l’état d’exception, mais, au contraire, d’empêcher que ne survienne l’état d’exception! Le normalisateur gèle les processus politiques (d’«anti-production») pour laisser libre cours aux processus économiques (de «production»); il censure les discours qui pourraient conduire à une revalorisation du politique, à la restauration des «machines impériales». Une telle œuvre de rigidification et de censure est le propre de la political correctness, qui structure le «Nouvel Ordre Mondial» (NOM). Nous vivons au sein d’un tel ordre, où s’instaure une quantité d’inversions sémantiques : le NOM est statique, comme l’Etat de Hobbes avait voulu être statique contre le déchaînement des passions dans la guerre civile; mais le retour du politique, espéré par Schmitt, bouleverse des flux divers et multiples, dont la quantité est telle qu’elle ne permet aucune intervention globale ou, pire, absorbe toute intervention et la neutralise. Paradoxalement le partisan de l’Etat, ou de toute autre instance de re-territorialisation, donc d’une forme ou d’une autre de stabilisation, est aujourd’hui un “ébranleur” de flux, un déstabilisateur malgré lui, un déstabilisateur inconscient, surveillé et neutralisé par le normalisateur. Un cercle vicieux à briser ? Sommes-nous là pour ça ?
Robert Steuckers
Source : Centro Studi La Runa
http://la-dissidence.org/2016/01/05/robert-steuckers-la-decision-dans-loeuvre-de-carl-schmitt/
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Terrorisme : le double jeu de Christiane Taubira
La ministre de la Justice se dit opposée à la déchéance de nationalité. Mais elle va devoir endosser des réformes sécuritaires voulues par le gouvernement.
Fragile caution de gauche de l'exécutif, Christiane Taubira semble plus seule que jamais. Après les attentats meurtriers de janvier, puis ceux de novembre, on l'attendait là où elle a toujours brillé : une vigie des libertés et du progressisme, un bouclier contre les démagogies. Depuis sa prise de fonctions, la ministre de la Justice n'a eu de cesse de vouloir « redonner du sens à la peine » et de faire sauter les verrous idéologiques qui enferment la matière pénale. Aussi, la voir aujourd'hui endosser au nom du gouvernement – alors qu'elle y est parfaitement opposée – une mesure comme la déchéance de nationalité laisse pantois.
Jeudi sur i>Télé, la ministre de la Justice a ainsi tancé une mesure aussi inutile qu'inutilement blessante, à l'efficacité « absolument dérisoire ». Avant, aussitôt, de redire sa loyauté au président de la République et au gouvernement. Une dernière ruade avant de rentrer dans les rangs. François Hollande a jusque-là toujours toléré les libertés que sa ministre de la Justice prenait, au nom de ses convictions personnelles, avec la solidarité gouvernementale, jugeant qu'elle lui apportait les faveurs indispensables d'une partie de la gauche. Mais pour combien de temps encore ? Dans son édition datée du vendredi 8 janvier, Le Monde titrait ainsi : « Taubira assume le virage sécuritaire ». Cruel pour l'icône socialiste.
« Très loyale »
« Elle est surtout très loyale », la défend Jean-Pierre Sueur, vice-président PS de la commission des Lois du Sénat. « Tout cela est de la faute de Hollande, lance un autre parlementaire. Tout le monde lui avait dit : ne fais pas la déchéance de nationalité, ça va mettre un binz pas possible. Résultat, Taubira s'est fait piéger. » De nombreux élus militent aujourd'hui pour abandonner la déchéance, et se prononcent en faveur d'une peine d'indignité nationale, seule capable de rassembler la gauche. Cela consisterait par exemple, à l'occasion d'une condamnation, à priver une personne de ses papiers d'identité, de ses droits civiques, ou encore de son autorité parentale. « C'est le seul moyen de sortir de ce débat très politicien dans lequel on s'est engagés et de résoudre un problème insoluble : on ne peut pas faire d'apatrides », assure Jean-Pierre Sueur.
Christiane Taubira n'a pas fini d'avaler des couleuvres. La déchéance de nationalité n'est rien comparé à ce qui l'attend. Dans les prochains mois, la garde des Sceaux va devoir assurer le service après-vente de textes ultra-sécuritaires, qui transposent en droit commun des mesures inspirées de l'état d'urgence, et destinées à durer dans le temps. Parmi elles, la possibilité pour les préfets d'assigner à résidence des personnes de retour de Syrie et de les soumettre à un tas d'obligations. « Un contrôle judiciaire sans juge », résume le journaliste Franck Johannès. Comprendre : des droits moins garantis. Le gouvernement promet que le texte évoluera dans les prochains jours et sera modifié via des amendements parlementaires. « On n'est pas encore sous Pol Pot, sourit le député PS Dominique Raimbourg. Mais on devra nous laisser du temps à l'Assemblée pour examiner tout cela. »
Un pot-pourri de procédure pénale
Pour pouvoir agir rapidement, le gouvernement se sert d'un texte sur la simplification de la procédure pénale, que Christiane Taubira devait défendre devant le Parlement début février. Le gouvernement l'a largement raboté, pour y ajouter des mesures répressives, issues de deux autres projets de loi : l'un soutenu par Michel Sapin sur la lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme ; l'autre, en cours d'élaboration, sur le renforcement des pouvoirs des préfets, de la police et du parquet. Toutes ces mesures vont accoucher d'une sorte de "pot-pourri de procédure pénale", sans aucune cohérence, qui devrait être distribué aux parlementaires à la mi-février. « Nous devons faire attention, prévient Jean-Pierre Sueur. Nous aurions préféré avoir trois textes différents. Nous ne tenons pas à instaurer en France un état d'urgence permanent. Tout devra se faire sous le contrôle du juge. »
Sous le feu des critiques, Christiane Taubira et Bernard Cazeneuve ont réagi dans une tribune commune publiée dans Le Monde et intitulée : « Non, le gouvernement ne procède pas à une mise à l'écart de la justice ». Il s'agit d'une « contrevérité », affirment les deux ministres, « une offense aux convictions qui n'ont cessé de dicter nos choix dans une période trouble ». Le projet du gouvernement conduit pourtant bel et bien à accroître les pouvoirs des préfets. Mais également ceux des procureurs, qui pourront par exemple avoir recours à des techniques d'espionnage poussées, des prérogatives jusque-là réservées aux juges d'instruction. « Avant d'accroître le pouvoir des procureurs, encore faut-il les rendre indépendants vis-à-vis du pouvoir politique. Il faut enfin mener la réforme constitutionnelle sur l'indépendance du parquet ! » lance le respecté Jean-Pierre Sueur. Une promesse du candidat Hollande que l'on avait presque oubliée. À force d'avaler des couleuvres, Christiane Taubira voit ressurgir les vieux serpents de mer.Marc Leplongeon
Le Point.fr :: lien
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Pierre Jovanovic
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La haine de nos élites
Dire aujourd’hui que nos élites européennes nous ont abandonnés ne relève vraiment plus d’une idée farfelue. Affirmer que nos dirigeants déconstruisent patiemment nos territoires charnels, au nom de l’utopie multiculturaliste, ne peut plus être considéré comme une ineptie. Il faut que nous prenions conscience que le changement ne peut plus venir de ceux qui nous trahissent.
Au niveau du « grand foutage de gueule », nous pouvons reconnaître que l’année 2015 fut un excellent cru ! Les attentats à Paris n’ont fait que confirmer l’échec cuisant de notre « vivre ensemble » symbolisé par un communautarisme de plus en plus sectaire et par une islamisation de plus en plus forte des sociétés européennes. Le mensonge des autorités européennes sur l’invasion de masse que subit notre continent, en faisant passer des clandestins pour des réfugiés, n’est que l’aboutissement d’une logique mise en place depuis plus de trente ans par notre classe politique hors-sol. Assister, sans que cela n’éveille un début d’indignation, au lynchage médiatique du Front National, considéré par certains comme la principale menace pour notre pays et considéré par d’autres comme une formation politique proche de Daesh, fut un moment assez troublant pour comprendre finalement que l’État français est réellement entré en guerre. En guerre non pas contre l’islamisme comme il le laisse trop souvent entendre, mais contre son propre peuple qui a osé voter massivement pour un parti patriote !
Ce fut aussi une année pour comprendre que notre démocratie s’est bien éloignée de ses principes, car aujourd’hui la souveraineté de notre pays n’appartient plus au peuple. Cette souveraineté a été confisquée par une oligarchie mondialiste, capable de balayer d’un revers de main, au nom d’une morale liberticide, toute réaction citoyenne contraire à leurs intérêts. Pour confirmer mes dires, je ne prendrai que l’exemple du Front National devenu en 2015 le premier parti de France, ne disposant pour représenter ses électeurs que de deux députés sans avoir pu remporter aucune région alors qu’il fut en tête dans 6 d’entre elles !2015, ce fut aussi la réaction citoyenne d’Ajaccio. Comme je l’ai déjà dit précédemment, ce fut une bouffée d’oxygène de voir des Européens encore capables de dire non à la loi des racailles. Dans cette affaire, nos politiques ont été fidèles à leurs convictions. Ils ont préféré traiter les citoyens de racistes pour empêcher toute liberté d’expression de peur de voir voler en éclat leur sacro-saint « vivre ensemble ». Cette année fut celle aussi de la justice républicaine partisane, capable de relâcher des multirécidivistes au nom de l’égalité des chances. Ce fut aussi celle des agressions racistes contre les Européens de souche, agressions physiques et verbales en constante augmentation, agressions non reconnues par le système, car, pour celui-ci, le Blanc ne peut être que coupable. Cette réalité, qui n’est pas née du fantasme de cerveaux malades et névrosés, comme le laisse entendre la propagande officielle, s’est encore exprimée avec une grande brutalité à Cologne, Hambourg et Stuttgart, en Allemagne, où plus d’un millier d’hommes, issus de l’immigration récente ou plus ancienne, ont donné la chasse à toutes les femmes allemandes qu’ils rencontraient dans la rue. Avec ces multiples agressions sexuelles dans la même soirée, nous franchissons désormais un nouveau cap !
Face à ces scandales à répétition, quelle est la réponse du système ? Les Européens, égoïstes et racistes, selon nos moralisateurs, doivent impérativement apprendre à vivre avec l’étranger, sans cesse encensé, innocenté, en changeant si possible radicalement leurs habitudes pour ne plus le stigmatiser. L’étranger est venu s’installer chez nous pour notre bien et nous devons, sans aucune condition préalable, lui faire une place au sein de nos sociétés, pour ne pas dire tout simplement lui laisser la place. C’est pour cette raison que les Identitaires et les patriotes dérangent. Pour nos dirigeants, ils doivent disparaître d’Europe, car leur logique de résistance enracinée dans une histoire et une mémoire n’est plus compatible avec le modèle communautariste tant promu par l’élite du moment.
Vincent Revel
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La répression disproportionnée contre la LMPT est bien plus qu’un simple accident de parcours
Le défenseur des droits a épinglé le Ministère de l’Intérieur pour son usage disproportionné de la force contre certains militants de la Manif pour tous en 2013, avec notamment 40 mères de familles encagées pendant 2h alors qu’elles manifestaient pacifiquement sur le Champ-de-Mars. Ludovine de la Rochère déclare à Atlantico :
"La réaction du Gouvernement a été tout à fait disproportionnée et absolument contraire à un certain nombre de libertés fondamentales, et cette propension n’a fait qu’augmenter avec le temps.
Ni le Président de la République, ni le Gouvernement ne souhaitaient débattre et ouvrir un dialogue. Quand François Hollande a reçu la porte-parole de la Manif pour Tous en janvier 2013, il disait trois jours avant « Je les reçois, mais je ne changerai rien au projet », ce qui est quand même un refus explicit de dialogue et un manque de respect total de la démocratie. Nous avons donc dû intégrer dans nos revendications et nos slogans l’appel aux autorités à respecter la démocratie. Au départ on demandait des Etats généraux et un référendum. Non seulement le dialogue a été refusé, mais il y a eu un vrai déni de démocratie face au mouvement de la Manif Pour Tous. Cela a été ressenti très fortement par nos militants. Un autre élément majeur, c’est cette pétition de 700 000 signataires collectée en trois semaines qui a été piétinée et déclarée non recevable. Cela a introduit de grandes difficultés pour nous en termes de manifestations, de liberté d’expression et de circulation de nos militants.
Sur le côté répressif, il y a beaucoup à dire. Un grand nombre d’actions en justice sont en cours, et il y a déjà eu en juillet 2013 un rappel à l’ordre de la France sur cette question-là de la part du Conseil de l’Europe. De plus, le défenseur des droits a déjà par deux fois attesté l’usage disproportionné de la force publique. Dans tous nos évènements, du début de la manifestation jusqu’à la dispersion finale, il n’y a pas eu sur le parcours le moindre problème, pas la moindre poubelle renversée. Même les services de nettoyage nous ont appelés pour nous dire qu’ils trouvaient la voie publique bien plus propre que d’habitude dans le cadre d’une manifestation. Il y a eu en effet des débordements, mais après les manifestations. Le Ministre de l’Intérieur de l’époque, Manuel Valls, a agi de deux manières. Il n’a cessé de faire un amalgame volontaire entre les débordements extérieurs et ce qu’il se passait à l’intérieur, et n’a cessé d’utiliser le vocabulaire de la violence pour pointer du doigt un extrémisme supposé du mouvement. Quand on fait le parallèle avec les dégâts sur le Trocadéro suite à un événement du PSG, la différence est énormissime. Néanmoins, à chaque manifestation, Manuel Valls prétendait que c’était dangereux, que les familles devaient venir sans leurs enfants, etc. Il voulait démobiliser et faire croire à un extrémisme qui n’a jamais existé. Pour faire peur aux sympathisants, la pression n’a cessé d’augmenter. En mai-juin 2013, il y a eu environ 1000 interpellations à Paris, sous prétexte de contrôles d’identités alors que dans 99% des cas, les militants avaient leurs papiers d’identité. Il n’y avait aucune raison de les emmener passer 12 heures ou 20 heures au poste. Par ailleurs, les gens retenus pendant des heures étaient libérés sans le moindre document officiel attestant de ce qui était arrivé. Il n’y a jamais eu de condamnation car il n’y avait tout simplement rien à leur reprocher.
Néanmoins, la pression ne s’est pas relâchée, ils sont allés jusqu’à mettre en prison un jeune qui a été libéré en appel parce qu’il n’y avait rien à reprocher à ce jeune. Je pense qu’il y a eu une volonté sincère de faire croire à la violence et de faire peur au public. Soit une utilisation très politique des possibilités qu’a un Etat d’utiliser la force publique. Un autre cas très emblématique : la question du port du sweat.Celui qui portait le sweat de la Manif Pour Tous était susceptible de se faire interpeller et d’être emmené au poste sans la moindre raison. Porter un simple t-shirt rose a conduit à des interpellations. Il y a donc eu un non-respect des libertés fondamentales que nous avons sans cesse dénoncé.
Enfin, nous avons eu de grandes difficultés à pouvoir organiser des manifestations, avec un nombre stupéfiant d’interdictions. Or, la manifestation n’est pas soumise à un régime de demande d’autorisation, mais à un principe de déclaration. Le pouvoir a clairement usé et abusé des armes à sa disposition pour empêcher au maximum l’expression des opposants à son projet.
Philippe Bilger ajoute :
"Je n’ai participé moi-même à aucune manifestation, l’opinion que je vais formuler est donc celle d’un citoyen informé médiatiquement. A partir de là, il est évident que la Manif pour Tous a été mal traitée lors des manifestations. C’est comme si, à l’égard de ces manifestants qui avaient le droit de protester contre le mariage pour tous qui n’était pas encore voté, l’Etat avait voulu faire preuve d’une autorité, d’une force et d’une rigueur qu’il était incapable de mettre en œuvre dans d’autres circonstances. Autrement dit, des manifestants déterminés, convaincus mais pacifiques lui permettaient d’asseoir plus aisément une autorité qu’avec des brutes ou des voyous. C’est très clair. [...]"
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Une longue déchéance
La «Une» de La Croix le résumait parfaitement mercredi, juste avant l’attaque hier par une fou d’Allah muni d’un hachoir du commissariat la rue de la Goutte-d’Or, dans le très pluriel quartier de Barbès à Paris : «Déchéance de nationalité, l’inutile confusion ». Le quotidien catholique expliquait à juste titre dans son éditorial qu’il est urgent de «sortir d’un débat si mal engagé, devenu incompréhensible pour les Français». Français qui attendent avant toute chose des actes et qui ne comprennent pas que des binationaux ennemis de notre pays puissent rester membres de la communauté nationale. Florian Philippot l’a précisé, le FN souhaiterait pour sa part que ladite déchéance soit étendue «aux fichés S binationaux, qui sont convaincus de radicalisation islamiste, ou dont on sait qu’ils sont partis s’entraîner en Syrie, en Irak ou en Libye pour le djihad ». Fondé en 1983 au début du premier septennat de François Mitterrand, dans la foulée de la Marche des beurs, SOS racisme, pseudopode du PS, s’est pour la première fois de son histoire opposé à un gouvernement socialiste. Sous la pression du Front National, François Hollande a rappelé lors de ses vœux son souhait de voir adopter par le congrès la modification de la constitution nécessaire pour inscrire cette mesure dans le marbre. Ce qui n’est pas du goût des potes qui ont tenu lundi un (très maigrelet) rassemblement aux abords du siège du PS contre cette déchéance jugée « discriminatoire.»
L’opposition à la modification de la Constitution émane plus largement de la vieille garde socialiste, d’ ex ministres emblématiques des années Mitterrand: Jack Lang, Paul Quilès, Pierre Joxe, mais aussi Martine Aubry, Jean-Marc Ayrault, des frondeurs, voire des députés PS non catalogués comme tels, à l’instar de Karine Berger.
«J’ai toujours été contre cette idée de déchéance de nationalité, dès lors que la discrimination entre les nationaux et les binationaux se fait. J’ai toujours été un partisan de la binationalité» affirmait Jack Lang sur Europe 1 dimanche. Mme Berger s’est dite pour sa part favorable –comme Valérie Pécresse– à «la déchéance pour tous les Français coupables d’actes terroristes », laquelle aurait pour effet de créer des apatrides, ce qui serait proprement aberrant. Karine Berger citait dans Le Point, à l’appui de son vœu une phrase du discours d’investiture de François Mitterrand, le 21 mai 1981 : «Il ne peut y avoir d’ordre et de sécurité là où régnerait l’injustice, où gouvernerait l’intolérance. »
La mémoire du défunt président socialiste est aujourd’hui célébré, à l’occasion du vingtième anniversaire de sa mort. François Hollande se rend ce vendredi sur sa tombe à Jarnac (Charente) pour se recueillir sur sa tombe, en compagnie de Pierre Bergé, Jean-Christophe Cambadélis, Bernard Cazeneuve, Harlem Désir Jack Lang, Anne Lauvergeon, Hubert Védrine. Un grand dîner est également prévu ce soir à Paris en présence des mêmes et d’autres figues de la mitterrandie comme Laure Adler, Robert Badinter Dominique Bertinotti, Jean-Louis Bianco, Myriam El Khomri, Pierre Favier, Elisabeth Guigou, Patrick Kanner, George Kiejman, Laurent Fabius, Louis Mermaz, Christiane Taubira, Najat Vallaud-Belkacem…
Que faut-il retenir des années Mitterrand, du personnage lui-même ? L’ancien décoré de lafrancisque qui faisait fleurir chaque année la tombe du vainqueur de Verdun à l’île d’Yeu ? L’homme de grande culture, fin connaisseur de l’histoire de France, l’amoureux de la littérature qui lisait Morand, Drieu, et Chardonne ? L’homme du refus des simplismes historiques, notamment surla douloureuse période de Vichy ? Le président qui, au contraire d’un Chirac qui a tout lâché, disait au crépuscule de sa vie à Jean-Pierre Elkabbach son rejet de la repentance (« dans cent encore » ?), son refus « l’entretien de la haine », d’une inculture fondée sur une mémoire faussée à dessein (« Vous ne savez pas de quoi vous parlez, jeune homme », disait François Mitterrand àGeorges-Marc Benamou) ?
Celui qui confessait au même («Le dernier Mitterrand» , 1997), la «guerre à mort» livrée parWashington à la France ? L’homme qui vaille que vaille, tenta et réussi parfois à faire entendre sur la scène internationale la voix d’une France indépendante ? Ou le président qui contribua à donner son blanc-seing au déchainement du chaos au Proche-Orient en engageant la France dans la première guerre d’agression contre le régime laïque irakien ?
Plus concrètement, pour la très grande majorité de nos compatriotes qui vécurent les deux septennats mitterrandiens, ceux-ci restent attachés aux promesses trahies, à la montée inextinguible du chômage ; à la désindustrialisation du pays ; aux naturalisations et à l’immigration massives ; au rabaissement de facto du rang de la France par sa dilution dans l’Europe du catastrophique traité de Maastricht, qu’il fit adopter d’un cheveu lors du référendum de 1992, jouant sur la corde sensible des Français en révélant sa maladie.
Une Europe dont cet homme qui connu les drames de la terrible guerre civile européenne de 1939-1945 souhaita aussi l’assomption pour des raisons qui pouvaient alors être entendues, notamment celui de la consolidation de la paix et de l’entente franco-allemande.
L’ère Mitterrand fut aussi celle du cynisme le plus éhonté, qui acheva de démonétiser la parole politique, de la duplicité, d’une famille secrète entretenue aux frais des contribuables, des écoutes illégales, des scandales financiers à répétition de ses amis socialistes, de la mise en orbite d’unBernard Tapie, éphémère ministre de la Ville…
Les 14 années du mitterrandisme marquèrent l’activation à grand échelle de l’idéologie culpabilisatrice dite antiraciste. En témoigne bien sûr la création de l’imposture SOS racisme avec les réseaux trotskystes des Dray, Ghebali et Désir à la manœuvre, le milliardaire rose Pierre Bergé dans le rôle du banquier, le soutien du tout-Paris médiatique, publicitaire et pipole comme formidable caisse de résonance.
Il s’agit ici de dissiper la légende tenace du coup de pouce de Mitterrand au FN, même si ce madré politicien a pu y voir un moyen d’affaiblir le camp de la « droite » chiraquienne. Bruno Gollnisch le rappelait sur Radio Courtoisie dimanche, François Mitterrand fut un adversaire résolu de l’opposition nationale qu’il ne ménagea pas, ne s’opposant pas à l’emploi des méthodes les plus ignobles comme l’affaire Carpentras . Ce qui ne l’empêchait pas en privé de reconnaître l’épaisseur, les éminentes qualités et le grand talent de Jean-Marie Le Pen…
A dire vrai, un même fil relie depuis quatre décennies les présidents qui se sont succédés à l’Elysée, c’est celui, du déclin du recul, de la paupérisation, de l’abaissement de notre nation.
Ce que résumait Jean-Jacques Fifre sur boulevard voltaire le 29 novembre dernier : « De Giscardon retiendra la loi sur l’IVG, les premiers déficits budgétaire, l’apparition du chômage de masse et l’émergence de l’immigration mais aussi de l’insécurité. De Mitterrand on retiendra la suppression de la peine de mort, la pagaille économique, le développement continu de l’immigration mais aussi celui de l’insécurité. De Chirac on retiendra la suppression du service militaire, l’explosion des déficits, la poursuite de l’immigration et l’insécurité totale. De Sarkozy nous ne retiendrons rien sinon l’accélération de tous les déséquilibres, une immigration toujours plus forte et une insécurité persistante ».
« De vous, Monsieur Hollande, concluait-il, nous retiendrons la loi sur le mariage pour tous, les déficits et le chômage devenus endémiques, la sacralisation de l’immigration et le paroxysme de l’insécurité. » En ce sens, oui, l’actuel président socialiste est bien fondé à se prévaloir de l’héritage de François Mitterrand, et certes, il n’est pas le seul.
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Suicides dans la police nationale : quel bilan tirer des mesures annoncées ?
Il est plus que temps de se pencher sérieusement sur le recrutement et la formation des cadres de la police nationale en France, afin que cesse l'hécatombe…
Il y a un an, Patricia Cordier nous quittait, victime d’une longue maladie.
Son fils, David, gardien de la paix, s’était suicidé à Dieppe en 2008. Patricia Cordier menait depuis un combat pour que des mesures fortes soient prises au sein de la police nationale, institution au sein de laquelle une moyenne de près de cinquante fonctionnaires, tous grades confondus, décident de mettre fin à leurs jours (478 policiers se sont donné la mort entre 2004 et 2014, dont 55 pour la seule année 2014).
Reçue au ministère de l’Intérieur en novembre 2014, après avoir rassemblé plus de 100.000 signatures sur sa pétition en ligne, Patricia Cordier avait reçu l’assurance d’une meilleure prise en compte de ce phénomène.
Ainsi, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, avait annoncé début 2015 la mise en place d’un plan d’action, qui s’est concrétisé par le renforcement de la prévention des risques psychosociaux (RPS) existant depuis 2010, chaque préfecture devant piloter des réunions regroupant une pluralité d’acteurs : service social, médecins de prévention, psychologues… -
Juppé 2016 et son image d’État fort
L’année 2016 devrait voir, en principe, une innovation dans les pratiques politiques françaises : une campagne de primaires, ouverte aux candidats “de la droite et du centre” en vue du scrutin présidentiel prévu pour mai 2017.
Les électeurs de droite sont fort nombreux à se souvenir de ce que fut la présidence Sarkozy, l’écart entre les promesses et les réalités. Inutile sans doute de revenir sur cette déception : elle assombrit la candidature pour les primaires du président des républicains, apparemment en perte de vitesse, quoiqu’il dirige le parti supposé organiser la consultation.
Curieusement, son principal rival actuellement déclaré, le maire de Bordeaux Alain Juppé semble bénéficier d’un meilleur oubli.
Ceci l’amène à se construire une image de réformateur résolu, publiant un livre d’entretien, avec Natacha Polony, d’une centaine de pages où il plaide pour ce qu'il appelle un État fort.
Or, "L'Humanité" du 30 décembre évoquait avec une pointe de nostalgie un grand moment de l'époque où Juppé se prétendait "droit dans ses bottes". Le journal communiste exalte ici ce que l'on fait mine aujourd'hui encore d'appeler le "mouvement" de 1995. Et il donne ainsi la parole à un représentant un peu oublié du fameux "mouvement" en la personne de Michel Deschamps.
Ce dernier avait été, à partir de 1993 le premier secrétaire général de la FSU. Ce syndicat, avait été créé, deux ans avant ledit "Mouvement" par la minorité proche du parti communiste au sein de la vieille Fédération de l'Éducation nationale, et cette fondation ne doit pas être considérée comme étrangère à l'apparition du fameux slogan "tous ensemble" lors des mobilisations et grèves contre le plan Juppé. Le camarade Deschamps en arrive à considérer cette date comme représentative de "l'irruption des enseignants sur la scène sociale".
Quoi de plus instructif que la chronologie de cette crise qui s'étala exactement sur un mois.
En septembre, la cour des comptes, dans le cadre de la loi Veil de juillet 1994, publie son premier rapport destiné au parlement, relatif à la sécurité sociale. Celui-ci fait apparaître une situation catastrophique, financièrement illégale, alors même que Chirac avait fait à la Sorbonne en septembre une vibrante apologie du système né des ordonnances de 1945, présentées pour fondatrices d'une part de l'identité francaise.
Le 15 novembre 1995, à l'Assemblée nationale le Premier ministre Alain Juppé, celui que Chirac a toujours considéré comme son héritier politique, – le "meilleur d'entre nous" disait-il, – prononce un discours très maladroit. Il lance une vaste annonce de réformes supposées viser la protection sociale en général, ciblant en particulier les régimes spéciaux de retraite mais portant aussi sur l'assurance maladie et divers aspects du régime des fonctionnaires.
Ce plan, qui donne de très mauvaises réponses à de bonnes questions, est très mal reçu par les centrales syndicales et surtout par Force Ouvrière dont les apparatchiks président alors à l'administration de la Caisse nationale d'assurance maladie.
Le 24 novembre les syndicats de cheminots, conduits par la CGT, engagent une grève reconductible pour faire obstacle au projet de loi annoncé mais non encore déposé.
Cette action va durer 3 semaines. On la présentera arbitrairement comme majoritaire dans l'opinion de sorte qu'elle fera plier le chef du gouvernement.
Le 2 décembre, Marc Blondel secrétaire général de Force ouvrière appelle à la généralisation du mouvement. C'est sans doute le moment décisif qui va faire basculer durablement la ligne de FO.
Le 5 décembre manifestation de lycéens et d'étudiants "pour les [privilèges supposés des agents des] services publics". Ces rassemblements auraient réuni entre 700 000 et un million de jeunes.
Au bout de quelques jours, Juppé recule et la CGT imposera l'arrêt de la contestation.
Le premier ministre commence par nommer un médiateur dans le but de résoudre le conflit avec les cheminots.
Le 10 décembre il renonce au contrat de plan, capitule sur le retraite à 50 ans pour les roulants de la SNCF et de la RATP.
Le 11 décembre c'est pour l'ensemble des personnels SNCF et RATP que notre Juppé déclare renoncer à repousser l'âge de la retraite.
Le 12 décembre cependant nouvelles manifestations qui vont rassembler [peut-être] 2 millions de personnes sur toute la France.
Le 15 décembre, après 3 jours supplémentaires de blocage, Juppé annonce qu'il renonce à réformer les régimes de retraite de la fonction publique et les régimes spéciaux.
Il se replie donc sur la seule réforme de l'assurance maladie, qu'il mettra en place en 1996 et 1997 sous forme d'ordonnances signées Barrot, en alliance avec la CFDT.
L'assurance maladie passa alors entièrement sous la coupe de l'État, sous la gestion de Bercy, échappant totalement au contrôle démocratique des cotisants. Devenant de plus en plus coûteuse et remboursant de plus en plus mal, elle en est arrivé aujourd'hui au point de rendre obligatoires les assurances dites complémentaires.
Cette reculade "suffit à la Fédération CGT des cheminots". C'est ce que déplorent aujourd'hui encore les trotskistes du NPA (1)⇓. La centrale communiste envoie alors une circulaire appelant ses militants à "d'autres formes d'action".
"Ce sera un coup de sifflet final pour me mouvement", les secteurs en lutte reprenant peu à peu le travail.
Dernières flammèches, deux journées de manifestations eurent encore lieu: le 16 décembre, dans toute la France, sera l'occasion pour les gauchistes de crier leur colère contre le renoncement des directions syndicales, puis le 19 à Paris seulement.
Le 24 décembre enfin les "partenaires sociaux" se retrouvent pour un "sommet social" à Matignon.
Juppé, roseau peint en fer, appartient donc à une catégorie animale très répandue chez nos hommes politiques: celle des taureaux à cornes d'escargot. Dans le parler de la Guyenne que cet agrégé de lettres classiques aujourd'hui maire de Bordeaux comprend sans doute, on les appelle des cagouilles.
JG Malliarakis
Apostilles