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actualité - Page 4652

  • Vladimir Poutine leur dit merci

    Chacune des actions visant à déstabiliser soit le pays soit son dirigeant s’est transformée en renforcement.

    Depuis quelques mois, une pression très forte a été exercée sur la Russie pour la faire entrer dans le moule occidental, pour qu’elle adopte une conduite conforme au grand marché mondial et à la financiarisation de son économie.

    À y regarder de plus près, chacune des actions visant à déstabiliser soit le pays soit son dirigeant s’est transformée en renforcement.

    Les actions de subversion qui ont conduit au Maïdan ne viennent pas du refus de signer l’accord économique avec l’Union européenne par l’ex-président ukrainien. Bien avant cela, le renouvellement par Ianoukovitch du bail de la base de Sébastopol pour une durée de 40 ans faisait s’envoler les espoirs de l’OTAN de contrôler la mer Noire. Seul un coup d’État pouvait permettre d’expulser la Russie. Mais, au final, celle-ci a troqué le bail commercial d’une base militaire pour la souveraineté sur un territoire : la Crimée.

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  • Nouvelle Droite et mouvement identitaire

     

    Entretien accordé au Prof. J. P. Zuquete
    Né au Portugal, le Professeur Dr. José Pedro Zuquete est historien et politologue, actif au sein de plusieurs universités (Coïmbra, Rome, Bath, Seattle, etc.). Cet admirateur de Louis-Ferdinand Céline s’est spécialisé dans l’étude des mouvements sociaux et politiques contestataires (toutes obédiences confondues). Il a produit un nombre impressionnant d’articles, d’essais et de livres dont la liste est consultable sur : http://scholar.google.com.br/citations?user=TDX0kigAAAAJ&hl=en&cstart=0&pagesize=20 . J’ai répondu à ses questions. En espérant lui avoir été utile. Une première batterie de réponse figure déjà ici : http://robertsteuckers.blogspot.be/2014/10/de-quelques-questions-geopolitiques.html  (RS). 
    Quelle est la principale différence pour vous entre la Nouvelle Droite et le mouvement identitaire ?
    La première chose dont il faut tenir compte pour répondre correctement et intelligemment à votre question, c’est que les deux mouvements ne sont pas nés à la même époque, sont issus de contextes très différents. Quand la « nouvelle droite » (ND), ou la mouvance qui sera baptisée comme telle par les journalistes du « Nouvel Observateur » en 1979, émerge à la fin des années 60, le terme « identité » n’était nullement utilisé en politique, dans le sens que nous lui connaissons aujourd’hui. Vers la fin des années 90, quand le spectre du Rideau de fer a définitivement disparu et que la dualité du partage de Yalta n’est plus qu’un mauvais souvenir du passé, apparaît le mouvement identitaire, qui, notamment sous l’impulsion de Fabrice Robert, deviendra en 2003 le « Bloc identitaire ». Le terme « identitaire » acquiert alors une signification bien précise : il s’agit, pour ceux qui s’auto-définissent par ce qualificatif, de défendre les mœurs traditionnelles des populations autochtones face à des phénomènes qui ont pris une ampleur considérable, ce que l’on ne pouvait pas encore soupçonner à la fin des années 60 et au début des années 70. Ces phénomènes sont l’immigration de masse, l’islamisation réelle ou imaginée des banlieues françaises, d’autres transformations sociales dues aux flux migratoires mais aussi l’homogénéisation idéologique et culturelle qu’impulsent les médias au service des partis dominants qui tiennent le pouvoir. Il faut ajouter aussi d’autres phénomènes, nettement moins médiatisés mais d’autant plus subtils, qui contribuent à bloquer toute évolution et tout changement dans les sociétés française et européennes, comme, par exemple, l’imposition du « politiquement correct », non seulement face à un problème lancinant comme le racisme mais aussi face à une incompréhension manifestée par la population de base pour des importations américaines, telles le gendérisme et ses corollaires.
    On sait qu’entre l’émergence de la ND et l’incubation du futur mouvement identitaire de Fabrice Robert, les grands récits idéologiques se sont érodés puis effondrés (surtout suite à la perestroïka de Gorbatchev et à la chute du Mur de Berlin et du Rideau de Fer), pour être d’abord remplacés par des micro-récits sans prétention universelle puis par des « narratives » fabriqués dans les officines médiatiques d’Outre-Atlantique et, enfin, par les nano-récits que chaque individu désormais isolé, replié sur lui-même, émet via les réseaux sociaux, dont Facebook. Successivement, le philosophe Jean-François Lyotard (1924-1998), les exposants des différents courants postmodernes et, enfin, de nouveaux sociologues inquiets de l’implosion totale d’une société devenue une « dissociété » ont décrit cette involution très problématique. La revendication identitaire est un phénomène qui découle tout naturellement de cette volonté de créer de nouveaux récits, inspirés par la tradition et l’histoire, pour remplacer les récits universalistes anti-traditionnels et a-historiques, véhiculés par les formes libérales, socialistes et communistes du progressisme moderne, en fait pour les remplacer par des récits régionaux ou européens circonscrits dans le temps et dans l’espace de cette région-là et de cette Europe-là (dans la mesure où tout phénomène concret, et par conséquent, toute phénoménalité politique, s’expriment dans un espace particulier, à un moment particulier). Pour affirmer un tel récit, il faut simultanément refuser les anciens grands récits (aujourd’hui évanouis), refuser le discours médiatique occidental forgé dans des officines américaines ou suggéré par elles, critiquer l’inconsistance des récits parcellaires générés par le courant postmoderne et déplorer l’implosion totale qui s’observe dans les sociétés occidentales depuis l’émergence des réseaux sociaux. 
    En France, elle doit aussi combattre les effets du piètre ersatz de récit que les « nouveaux philosophes », surtout Bernard-Henry Lévy (que Fabrice Robert réussira à faire condamner pour diffamation en 2013), ont diffusé en France pour fustiger toutes les traditions politiques françaises (non seulement les formes de nationalisme maurrassien ou barrésien mais aussi le personnalisme d’Emmanuel Mounier, le gaullisme ou les formes particulières de communisme à la française). La revendication identitaire est portée par un mouvement jeune, composé d’hommes et de femmes nés après le gaullisme et après les formes d’antigaullisme où s’étaient activés les fondateurs de la ND. Le mouvement identitaire doit dès lors faire front contre un ensemble de nouveaux phénomènes sociaux sans se référer à des formes mortes, jadis incarnées dans des nationalismes, des néo-droitismes ou des mouvements conservateurs antérieurs. La mouvance doit exprimer, de manière simple et pédagogique, ou par des actions spectaculaires, les sentiments de lassitude, de dégoût, de révolte ou d’incompréhension qu’éprouvent les générations nées, grosso modo, après 1975, après la disparition de la France gaullienne et pompidolienne, au moment même où Lévy prétendait, en 1978, dans Le Testament de Dieu,apporter une formule définitive et incontestable qui combinait un soi-disant judaïsme yahvique (qui n’a rien à voir avec les vraies théologies juives) et le discours des « droits de l’homme » tel que voulait le vulgariser le Président américain Jimmy Carter comme un instrument d’intervention américaine tous azimuts, notamment pour boycotter les jeux olympiques de Moscou en 1984.  
    Ce phénomène, baptisé « identitaire », peut s’interpréter de mille et une façons : nous prendrons appui sur des réflexions qui ne sont absolument pas issues de cette mouvance identitaire mais qui peuvent parfaitement rendre compte du phénomène, bien qu’à leur corps défendant. On peut donc expliquer le mouvement identitaire en explorant tous azimuts le paysage intellectuel français, car celui-ci a généré une contre-culture, même et y compris dans des cénacles apparemment éloignés de toute contestation antirépublicaine, gauchiste ou droitiste. Ainsi, le philosophe et journaliste Jean-François Kahn, représentant d’une gauche française très particulière et très critique à l’endroit des régimes UMPiste ou socialiste en place à Paris, avait théorisé en 2008, dans Où va-t-on ? Comment on y va… Théorie du changement par recomposition des invariances (Fayard, 2008), la permanence d’invariances dans les mentalités et les traditions politiques. 
    Pour Kahn, dans cet ouvrage, les ruptures fracassantes que réclamaient au fond les « grands récits », soumis jadis à l’analyse critique de Jean-François Lyotard, sont impossibles dans toute l’ampleur qu’ils appelaient de leurs vœux. On a fini, à la suite de Lyotard, par percevoir finalement l’impossibilité de toute coupure radicale, par rapport aux acquis du passé, à des traditions ou des modes de vie hérités. La crise du progressisme procède de ce constat. Une société repose donc sur des « invariances spécifiques », qui ne sont nullement figées mais constituent un ensemble d’éléments que l’on peut recomposer de maintes façons pour sortir des ornières politiques où, nécessairement, s’enlise un jour tout pouvoir. Kahn appelle cela la « continuité évolutive », où, pour lui, la notion d’évolution (par recomposition des invariances) remplace celle du progrès linéaire et vectoriel des grands récits qui se figeaient dans la répétition stérile, tout en n’apportant plus aucune amélioration réelle à la vie quotidienne des citoyens. Selon Kahn donc, les invariances se recomposent entre elles, permettant aux sociétés de ne pas se figer, et toute société, qui ne recompose pas les invariances qui constituent son fond, risque l’implosion. Kahn, qui reste ancré à gauche et demeure critique à l’endroit de bon nombre de permanences qui risquent de freiner toute « continuité évolutive », parle également de la « recomposition des mensonges de référence », mensonges qui structurent notamment, à ses yeux comme à ceux de ses compagnons de gauche, les discours nationalistes (ou les « récits non universalistes » ou, pour d’autres encore, les « essences »). En 1989, Kahn, dans Esquisse d’une philosophie du mensonge (Flammarion), plaidait pour un recours au « dire vrai » contre les mensonges des récits fabriqués ou des dogmatismes idéologiques. Le discours identitaire, qui ne fait pas référence à Kahn qui, lui, n’a certainement pas voulu lui donner des munitions idéologiques, est donc les discours d’un mouvement qui veut préserver les invariances fondatrices des sociétés française et européennes, pour s’y référer en permanence, pour les utiliser comme matériaux afin de recomposer une société nouvelle débarrassée des scories progressistes, politiquement correctes, illuministes et pseudo-républicanistes dont les générations nouvelles ne veulent plus parce que celles-ci estiment qu’elles n’apportent plus rien de tangible et de concret pour améliorer, ou du moins conforter, leur quotidien et leur avenir. Les identitaires appellent l’ensemble de ces invariances l’ « identité », terme que ne reprend pas Kahn pour en faire le fondement de sa doctrine et de sa praxis politiques, jugeant sans doute le terme trop figé ou trop susceptible d’être interpréter de manière figée et de générer ainsi d’insupportables « ritournelles ».
     Ensuite, l’autre revendication de Kahn, celle qui consiste à en appeler au « dire vrai », rejoint aussi les préoccupations des identitaires : le fatras idéologico-médiatique dominant, que Kahn nommera ultérieurement « l’horreur médiatique », est alors posé comme un tissu de mensonges grossiers, de blabla idéologique inconsistant, auquel il faut opposer un « parler vrai » que revendiquent aussi les nouveaux adeptes français de la critique orwellienne des médias et de nos sociétés médiatisées, regroupés autour du philosophe Jean-Claude Michéa. 
    Outre Kahn, dont les idées ou les analyses se diffusent sans nul doute bien au-delà des cercles de gauche et des lecteurs des hebdomadaires qu’il a animés ou qu’il anime encore (L’événement du jeudi, Marianne, etc.). A son corps défendant, elles se répandent aussi dans les milieux identitaires ; je pense qu’une lecture attentive de quelques livres du philosophe Pascal Bruckner, dont L’euphorie perpétuelle (Grasset, 2000), s’avère intéressante, en dépit du fait que Bruckner ne s’est jamais vraiment aligné sur des thèses anticipant le discours identitaire : on l’a compté parmi les « nouveaux philosophes » (au même titre qu’André Glucksmann, Bernard-Henri Lévy, Alain Finkelkraut, etc.) ; il a soutenu l’action de l’OTAN contre la Serbie, l’intervention américaine en Irak, la politique de Sarkozy, etc. Pour le Bruckner de L’euphorie perpétuelle toutefois, le « culte du bonheur », cœur de la pensée festiviste selon Philippe Muray, est un « nouveau stupéfiant collectif » dans les sociétés occidentales. Mais l’ensemble des dispositifs mis en place pour imposer ce « stupéfiant collectif » est finalement très coercitif : l’hédonisme est obligatoire, est un dogme, et tout ce qui le contrarie, ou est posé comme « contrariant », est rejeté dans l’opprobre. Tous ceux qui posent l’hédonisme obligatoire comme un édifice mensonger, recourent au « dire vrai » qui le dénigre ; par suite, ces critiques, rappelés à l’ordre par les « chiens de garde du système » (Serge Halimi), sont marginalisés et diabolisés : la France connait à intervalles réguliers des chasses aux sorcières hystériques, forme gauloise du macchartysme qui avait sévi aux Etats-Unis entre le coup de Prague de 1948 et le milieu des années 50. Or cet hédonisme obligatoire est une idéologie « figeante », fausse parce que toute rigidité forcée évacue l’incontournable tragique qui fait la toile de fond du monde, l’Hintergrund de laWeltlichkeit : il n’est pas idoine à servir de ciment pour une véritable société, pour une vraie Cité, conviviale et « fonctionnante », cet hédonisme n’étant que « rideau de fumée » pour les « belles âmes » irresponsables. De même, Bruckner, dans Misère de la prospérité (Grasset, 2002), démontrait que l’économie était passée du statut de science aride à celui d’une religiosité froide mais absolument intolérante, dont on ne peut plus mettre les dogmes en doute. Le discours des économistes néolibéraux est effectivement intangible de nos jours, personne n’est autorisé à le critiquer sauf certains altermondialistes établis qui partagent, avec les têtes d’œuf néolibérales, le culte de l’économie, considérée, par eux comme par leurs adversaires officiels et apparents, comme le seul moteur de l’histoire. Donc double critique du « bonheurisme » et de l’économisme chez Bruckner, comme on les trouvait aussi chez un Guillaume Faye, dans les rangs de la ND, surtout à la fin des années 70.
    Si Kahn et Bruckner ne sont certes pas des auteurs cités et officiellement appréciés par les identitaires, qui ne les mentionnent guère sur leurs blogs, Hervé Juvin, en revanche, est plus abondamment évoqué, suite à ses derniers livres et à quelques entretiens parus dans le quotidien Le Figaro. Il ne vient cependant d’aucune officine classée à tort ou à raison à « droite » de l’échiquier politique français. Il a toutefois publié de nombreux articles sur le site « fr.novopress.info », animé par des identitaires, virtuoses dans l’art de manier le multimédia pour assurer ce que Jean-Yves Le Gallou appelle la « bataille de la ré-information » ou organiser un « pôle de rétivité », comme le voulait Foucault mais sous d’autres signes. En lisant l’ouvrage majeur d’Hervé Juvin sur les questions qualifiables d’ « identitaires », on se rappelle les thèses de Claude Lévi-Strauss (1908-2009) sur les ethnies, les « ethnies premières » (dont il faut préserver la spécificité pour assurer le caractère pluriel de l’humanité), thèses consignées notamment dans Tristes Tropiques, ouvrage autobiographique et plaidoyer pour un ethnopluralisme sainement compris, garant d’un humanisme véritable qui ne saurait s’identifier à l’arasement moderniste qu’impose la civilisation libérale à tous les peuples du monde. 

    De même, si la marque de Levi-Strauss est évidente chez Juvin, celle d’un autre ethnologue français, Robert Jaulin (1928-1996), est plus perceptible encore : en effet, pour Jaulin, l’Occident a imposé une « paix blanche » aux « ethnies premières », qui, de ce fait, sont toutes condamnées à la disparition dans le contexte actuel, disparition qui est également le prélude de la disparition programmée des peuples de la sphère occidentale, jugés comme des archaïsmes anthropologiques, animés par des invariances qui bloquent l’avènement du tout-économique. L’Occident n’est dès lors pas une civilisation, voire LA civilisation, comme il le prétend, mais un vecteur pernicieux de « décivilisation », dans la mesure où il se gargarise de discours universalistes, ennemis de la diversité humaine et, par là même, toujours selon Juvin, « criminels et araseurs ». 
    L’anti-occidentalisme de la ND repose sur cette féroce critique jaulinienne de la « paix blanche », même si cette ND n’a cité Jaulin qu’une seule fois lors de l’un de ses colloques annuels, par la voix de Pierre Bérard, un exposant très fin de cette mouvance, beaucoup plus fin que ses habituelles figures de proue. Juvin articule sa démonstration critique dans La grande séparation (Gallimard, 2013) en évoquant justement deux types de « séparation » : les petites séparations nécessaires, où les peuples, les ethnies, les Etats se donnent des valeurs invariantes bien précises et délimitées, pour se démarquer des autres et pour promouvoir une façon originale et inaliénable d’être hommes (au pluriel !). Ces « petites séparations » sont nécessaires à la survie de l’humanité toute entière car elles offrent  -aux regards (pluriel !) et aux réflexions de tous les hommes inclus dans toutes ces entités séparées qui constituent l’humanité (au sens véritable et donc pluriel du terme), -  des modes originaux d’être et de survivre qui peuvent inspirer les autres ; leur disparition appauvrit le genre humain qui, homogénéisé, dispose de moins de stratégies concrètes et observables pour survivre en cas de catastrophes inattendues. Face aux « petites séparations » nécessaires, accumulées au cours de l’histoire, la « décivilisation » occidentale organise la « grande séparation » qui vise à détacher l’humain (toutes les expressions de l’humain sans exception aucune) du donné naturel et de toutes les productions culturelles particulières et vernaculaires : d’où, en France, les charges continues de Bernard-Henri Lévy contre les racines (assimilées à une résurgence du « nazisme », en dépit du fait qu’une antinazie notoire comme Simone Weil avait prononcé à Londres entre 1940 et 1943 un vigoureux plaidoyer pour l’enracinement), l’hostilité à toutes les formes de populisme qui écornent la sacralisation du néolibéralisme, les réactions hystériques à l’endroit des manifestations de 2014 pour le maintien de la famille traditionnelle et contre l’enseignement des théories du genre, etc. L’opposition binaire, qui se dessine à l’horizon, est ici clairement perceptible : d’une part, il y a ceux qui veulent se maintenir dans une « petite séparation » héritée, puis la consolider et en faire les assises d’une Cité nouvelle, et, d’autre part, ceux qui veulent se débarrasser de tout héritage et même détruire les assises bio-ontologiques de l’homme. 
    En résumé, la mouvance identitaire, à l’intérieur ou à l’extérieur du « Bloc identitaire » qui en est l’institution visible, ancre dans un espace idéologique que l’on situe à « droite » et même à l’« extrême-droite » du champ politique français, plusieurs thématiques qui, au départ, sont nées chez des intellectuels classés à gauche : 
    -     La mouvance identitaire s’oppose donc à tout retour des « grands récits » idéologiques, analysés par Lyotard dans la perspective d’une certaine « postmodernité », qui aurait voulu, avec Armin Mohler, substituer à ces récits nés des Lumières une série de récits différents nés des « autres Lumières », notamment celles de la tradition allemande de Herder ; cette hostilité aux « grands récits » est dérivée de l’option dite de « troisième voie », entre communisme et capitalisme, empruntée par certaines figures historiques du mouvement identitaire dans les années 80, dans le sillon creusé par Jean-Gilles Malliarakis ; cette option de « troisième voie » renoue aussi avec l’ensemble bigarré des « non-conformismes des années 30 » (même dans leur hostilité au fascisme, jugé trop « étatique », et au nazisme, jugé trop « totalitaire »).
    -     Elle estime que les « coupures radicales », préconisées par les progressismes issus des Lumières, sont des dérapages navrants qui font basculer les sociétés dans l’inhumain, les transforment en « dissociétés » (concept forgé par Marcel De Corte).
    -     Elle veut retrouver des « invariances spécifiques », observables et dans l’histoire d’un peuple et dans ses mœurs contemporaines mais, pour elle, ces « invariances » sont temporellement plus profondes et davantage qualifiables d’« essentielles », par l’immuabilité que les identitaires leur prêtent, que celles articulées dans la démonstration de Kahn.
    -     Elle veut réenclencher une « continuité évolutive » sur base de telles « invariances » car, dans sa perspective, elle perçoit un blocage mortifère dans la société française contemporaine. Pour les identitaires, ce blocage a beaucoup de causes mais la cause principale en est évidemment l’immigration de masse, et l’islamisation des banlieues qui en résulte. Immigrés et musulmans raisonnent sur base d’autres « invariances », a priori parfaitement respectables, s’inscrivent dans d’autres « continuités ». La juxtaposition de diverses continuités bloque toutes les continuités et, parfois, les « invariances » sociales des uns et des autres se télescopent violemment : habitudes alimentaires (les identitaires défendent la gastronomie française qui use abondamment de la viande porcine), rôle de la femme dans la société, codes vestimentaires, etc. Résultat final, aucune « continuité » ne peut se déployer à fond, engendrant des lots de frustration dangereux sur le long terme. La radicalisation salafiste s’explique notamment par cette frustration. Pour les identitaires, la présence d’invariances non européennes disloque les dispositifs vitaux de l’humanité européenne, reposant sur des invariances spécifiques à l’homo europaeus. Tout comme pour le militant salafiste novice, les « invariances » européennes, confondues avec les idéologèmes occidentaux que rejettent aussi les identitaires, sont des freins à la pratique sereine de son islamité.
    -     La mouvance identitaire perçoit la culture médiatique, qui formate les esprits selon des méthodes perverses déjà dénoncées par Orwell, comme un gigantesque mensonge surplombant nos sociétés. Elle critique les discours médiatiques, depuis une position marginale et contestatrice. Elle n’est pas seule dans ce combat, le groupe « Polemia » animé par Jean-Yves Le Gallou est sur la même longueur d’onde : pour ce groupe, comme pour les identitaires et toutes les autres forces contestatrices de l’homogénéisation en France, l’information médiatique relève de la « dés-information », anomalie et scandale qu’il faut contrer par un combat permanent pour la « ré-information », afin de contrer les effet de ce que Kahn appelle la « philosophie du mensonge ».
    -     La mouvance identitaire, comme d’autres forces contestatrices dans la France d’aujourd’hui, entend recourir au « parler vrai » ou « dire vrai », soit à un langage idéologique et politique qui soit le contraire du « politiquement correct » ou qui le contourne habilement, le mettant face à ses contradictions ou à ses rigidités. Cela pourrait impliquer ce que j’appelle un « retour à la France rabelaisienne », comme le préconisait le grand spécialiste russe de la littérature française du 16ème siècle, Mikhail Bakhtine. Pour ce philologue russe, le peuple (dépositaire de la légitimité en toute bonne logique socialiste soviétique, du moins officiellement) use de la « langue de la place du marché » pour stigmatiser les errements des élites défaillantes. Les gauches françaises contemporaines, au pouvoir, en alternance avec des droites qui ont intériorisé les « invariances » des discours de la gauche culturelle, représentent ces élites défaillantes qui parlent de socialisme, de convivialité sociale, qui la promettent, et ne plongent la population que dans les misères engendrées par un néolibéralisme outrancier qui détricote non seulement l’Etat social mais aussi, désormais en alliance avec le gendérisme, les linéaments fondamentaux des mœurs populaires voire les assises mêmes de l’ontologie biologique humaine. Pour railler ces errements de la pseudo-élite cafouilleuse, il faut tout à la fois un « parler vrai » moqueur et persiflant, celui de la satire et de l’ironie, et un « dire vrai » dérivé de la brave « common decency » défendue par Orwell et son disciple Michéa, face à l’arrogance des politiciens établis et des intellectuels orgueilleux.
    -     La mouvance identitaire a aussi des côtés sombres, pessimistes, atrabilaires qui surgissent immanquablement devant le spectacle de l’« euphorie perpétuelle » (Bruckner) ou du « festivisme » (Muray) : ce spectacle fâche et dégoûte dans la mesure où, comme je viens de le dire, il évacue le tragique, refuse de penser la logique du pire (Clément Rosset) et nie de ce fait les fondements mêmes du réel, incite à l’irresponsabilité et est, par voie de conséquence, la pensée d’un peuple « ilotisé » par un hegemon qui ne veut pas de challengeurs.  
    -     La mouvance identitaire perçoit dès lors les peuples d’Europe, en butte aux avatars d’une idéologie « politiquement correcte » et aux phénomènes migratoires afro-asiatiques et à leurs effets dont l’islamisation qui conteste des « invariances » de la culture européenne (et de la gastronomie française), comme étant comparables aux « ethnies premières » menacées par la « paix blanche ». Aux « tristes tropiques » risquent de succéder les « tristes zones tempérées ». Elle veut dès lors affirmer tout ce qui fait la spécificité française en France, allemande en Allemagne, etc. sans que ces spécificités gauloises ou germaniques n’aient à céder devant d’autres spécificités importées. D’où l’intérêt pour les racines culturelles de l’Europe, moins présentes à niveau académique ou semi-académique dans les productions des identitaires que dans celles de la ND. La continuité de demain doit donc, aux yeux des identitaires, demeurer sur les mêmes rails qu’autrefois sans modifications dues à des facteurs exogènes.
    -     La mouvance identitaire, pour parler le langage de Juvin, s’active pour annoncer, préparer et instaurer une « petite séparation », après la faillite annoncée de la phase frénétique de la « grande séparation », voulue par les élites défaillantes se réclamant des lumières occidentales. Depuis la crise de l’automne 2008, cette faillite semble inéluctable. 
    Le discours de la mouvance identitaire est certes classé à « droite » voire à l’« extrême-droite » du paysage intellectuel français. Elle est toutefois tributaire, inconsciemment, d’idéologèmes et de thématiques nées dans les cerveaux d’une l’intelligentsia qui s’est toujours située à gauche, depuis l’âge d’or du « sartrisme ». Ce qui doit nous conduire à analyser tout discours idéologique, quelle que soit sa provenance, ou son étiquetage, comme expression d’un discours diffus qui ne connaît pas les cloisonnements et les fermetures que posent les esprits simplistes. Les idées, quand elles sont substantielles, se diffusent dans tous les esprits, comme un gaz subtil dans un espace ouvert, même si ces esprits ne les ont pas directement lues. Cette diffusion fait fi des cloisonnements, des clôtures, que dressent les détenteurs de tout pouvoir artificiel, de tout pouvoir incapable de se mouler sur les changements naturels en cours en utilisant à bon escient les invariances culturelles que Kahn appelait les invariances spécifiques. Dans cette perspective, la mouvance identitaire est une sorte d’opposition extra-parlementaire, comparable à cette APO (Ausserparlementarische Opposition),patronnée par le leader révolutionnaire et soixante-huitard allemand, Rudi Dutschke, figure emblématique de l’extrême-gauche allemande des années 60 et 70. Cette comparaison est d’autant plus intéressante à faire que bon nombre de compagnons de Dutschke se retrouvent aujourd’hui non pas dans une gauche répétitive, enfermée dans ses slogans, mais en marge du mouvement néo-conservateur ou national-conservateur ou néo-droitiste en Allemagne (on songe notamment à l’ancien révolutionnaire devenu « schmittien », Günter Maschke, ou à d’autres, contestataires d’inspiration « situationniste » jadis, devenus aujourd’hui compagnons de route d’un certain conservatisme contestataire faute d’être encore « révolutionnaire »).
    * * *
    La ND, elle, a certainement véhiculé des idées similaires à celles de la mouvance identitaire, au cours de cette dernière décennie, mais, au départ de son itinéraire intellectuel, la question de l’identité n’était pas directement posée. Du moins, elle ne l’était pas dans la même perspective puisque l’immigration de masse n’avait pas encore réellement commencé et que la mondialisation ne battait pas en brèche les mœurs traditionnelles de la France. La ND nait pendant l’effervescence de 1968 et en marge de celle-ci. Elle connaît ses premières années dans une France qui quitte le système mental gaullien, hyperpolitique, citoyen, personnaliste, national et engagé (Malraux !), pour entrer, avec les ères pompidolienne et giscardienne, dans l’âge quiet et trivial de la consommation de masse, comme le reste de l’Europe ou à la suite de certaines sociétés européennes plus cossues. Elle entend, au départ, développer un discours assez aseptisé pour gommer ses origines révolutionnaires et nationalistes (Europe Action, etc.) et amorcer discrètement un travail métapolitique, fait de réflexions, de fondations de clubs et d’entrisme dans les cercles existants, qu’ils soient politiques, culturels ou autres. Son identité revendiquée tout au début de sa trajectoire est « occidentale » ou « européenne », les deux termes étant encore confondus à l’époque dans le langage quotidien (à la suite de Giorgio Locchi, Guillaume Faye fera, vers le milieu des années 70, la distinction entre l’Europe, dont il se revendique au nom d’une impérialité post-romaine, et un Occident américanisé, qu’il perçoit comme un facteur insidieux de déclin). La ND, autour de l’association GRECE, entend dépasser les discours surannés des droites françaises, jugés inadéquats face aux mutations du gaullisme (devenu une option de « tierce voie » sur l’échiquier politique international encore déterminé par le duopole de Yalta et timidement challengé par les non-alignés de la Conférence de Bandoung de 1955). 
    Le régionalisme, forme très vernaculaire de revendication identitaire locale, n’apparaît pas tout de suite dans le discours initial de la ND sauf si l’on veut bien tenir compte d’un fait, très rarement mis en exergue : Louis Pauwels (1920-1997), devenu en 1978 directeur duFigaro Magazine après avoir dirigé les pages culturelles du quotidien Le Figaro, met le pied à l’étrier de la ND en bombardant Alain de Benoist responsable de la rubrique « Idées » de son journal. Or Pauwels avait été l’animateur de la revue et des réseaux Planète entre 1961 et 1971. La revue, originale, au graphisme séduisant, abordait des thèmes que l’on n’aborderait plus aujourd’hui : elle a indubitablement connu un succès international notoire, en étant traduite en une douzaine de langues, en ayant déployé un réseau dans tout l’Hexagone et développé des contacts internationaux. Le « mouvement Planète » organisait des rencontres culturelles, des dîners-débats, des conférences, des forums et des séminaires estivaux. Les animateurs du GRECE (et donc de la ND) espéraient faire rapidement pareil, selon un mode d’organisation similaire (unités régionales, cercles culturels, universités d’été). Quelques thèmes du « mouvement Planète » s’infiltrent dans la ND encore balbutiante dont les thèses biologisantes d’Henri Laborit, le recours à des sciences nouvelles (ou des gnoses nouvelles plus ou moins scientistes comme la Gnose dite de Princeton), etc. 
    Parmi ces thèmes, nous trouvons celui d’un régionalisme nouveau, théorisé par les militants occitans regroupés autour de Robert Lafont (1923-2009). Lafont évoquait l’idée de régions périphériques victimes de la « colonisation intérieure » ou d’un « colonialisme intérieur », des régions historiques, avec leurs particularités linguistiques ou dialectales, à qui on niait le droit au développement endogène au bénéfice de régions jugées plus importantes au sein de l’Etat détenteur de la souveraineté. Lafont campait son combat à gauche. Mais il existait aussi une tradition régionaliste de droite (notamment en Bretagne) ou nationaliste-révolutionnaire. Ici également les idéologèmes de droite et de gauche vont se mélanger : des Bretons adopteront le révolutionisme régionaliste de gauche de Lafont ; d’autres opteront pour un ancrage communautaire traditionnel de droite pour les Occitans. Ailleurs, dans le cadre d’un institut basé à Nice, le penseur fédéraliste, personnaliste et proudhonien Alexandre Marc (1904-2000) plaide pour l’émergence d’un « fédéralisme européen », c’est-à-dire pour une réorganisation du continent européen sur base des régions. Fidèle aux idéaux non-conformistes des personnalistes chrétiens des années 30, Alexandre Marc accueille toutefois dans sa maison d’édition le travail du Breton Yann Fouéré, dont les options autonomistes premières (avant-guerre) étaient plutôt classables à « droite » mais qui s’affineront au contact d’un celtisme irlandais ou gallois où la fusion d’idéologèmes de droite et de gauche est plus concentrée, plus difficilement détricotable. Au sein de la ND, Jean Mabire, militant normand, introduira la notion de « patrie charnelle » chère à l’écrivain Saint-Loup. Nous aboutissons ainsi à un cocktail complexe dont le dénominateur commun est une contestation de l’ordre établi, posé comme abstrait, au nom des réalités charnelles, concrètes, ancrées dans le temps et l’espace. La ND et tous ses avatars -jusqu’à la revue Krisis d’Alain de Benoist, qui a pour objectif premier de jeter des passerelles entre les gauches et les droites, et au mouvement « charnel » Terre & Peuple de Pierre Vial-  retiendront, la première le personnalisme régionaliste de Marc, les seconds l’idée de « patrie charnelle » de Mabire et Saint-Loup. C’est sur la base de cette option fédéraliste plutôt que centraliste que la ND finira par développer un discours sur ce que Kahn, dans son propre camp et dans une optique certes différente, appellera des « invariances », dont le politique doit tenir compte, tout en développant un « dire vrai » qui met à mal l’édifice du mensonge érigé par les dogmatismes coercitifs.  
    Que dites-vous à ceux qui, dans les universités et les médias, disent que la « mouvance identitaire » est une manifestation d'extrémisme ?
    La mouvance identitaire ne se perçoit pas comme « extrémiste » mais comme l’expression d’un « juste milieu », du bon sens populaire, du « common sense » ou de la « common decency », face à une panoplie agressive d’extrémismes que sont, pêle-mêle, le gendérisme (avec les facéties et les outrances des « femens »), le radicalisme islamiste, les dérapages ultra-bellicistes des néoconservateurs américains (et de leurs alliés européens), les « nouveaux philosophes » français (Bernard-Henri Lévy), les tenants du « politiquement correct », parfois les néolibéraux outranciers, etc. La lecture de La grande séparation d’Hervé Juvin est intéressante ici : l’auteur déplore les dérapages des idéologies prônant la « grande séparation » entre les hommes et le donné naturel, d’une part, entre les hommes et leurs créations politiques et culturelles spécifiques, d’autre part. Il décrète ensuite ces idéologies criminelles parce qu’elles éradiquent cruellement la diversité humaine, créant ainsi les conditions d’une implosion générale de l’espèce humaine. La modernité, pour Juvin, n’est pas la civilisation mais, au contraire, l’histoire de la perte de la civilisation, une perte planifié au nom d’une volonté frénétique de vouloir tout réduire au même, de détruire ce qui diffère (et existe en opérant une « petite séparation »). Le monothéisme du progrès, écrit-il dans sa conclusion (p. 366), est une idéologie qui s’attaque à l’essence même de la civilisation, « qui, elle, veut laisser intacte la splendeur du monde tel qu’il est », dans son foisonnement de diversités, d’espèces, de modes d’être. Juvin appelle alors à l’éclosion d’une nouvelle démarche civilisatrice qui aura pour tâche première d’effacer du monde les manifestations de cette idéologie moderniste et progressiste, au nom du salut même de l’humanité toute entière. « Est horreur », écrit-il (p. 367) « ce qui incite à changer le monde » ; « est insoutenable » la réduction de la planète et des hommes à leur utilité » ; « est criminel tout ce qui fait entrer » les peuples « dans l’ordre du développement » (c’est-à-dire de la modernisation outrancière et forcée). L’ennemi des espèces humaines culturellement et politiquement profilées de mille et une façons est désigné : c’est l’ensemble des dispositifs modernisateurs, dénoncées aussi par Heidegger et par Foucault (à la suite de Nietzsche) : il faut, écrit Juvin (p. 370) faire travail de deuil vis-à-vis de ce fatras malveillant qui se donne des allures de droit (on perçoit dans bon nombre de pages du livre un « antijuridisme » de bon aloi qui rappelle certaines critiques de Foucault). Le projet est dès lors de « faire renaître la diversité collective » (p. 372), non pas en revenant à ce qui a hélas définitivement disparu mais par un pari, un choix, une volonté, une volonté constructive, que je comparerai à l’archéofuturisme de Guillaume Faye, qui sera le recommencement qui sauve (de l’étouffoir imposé par les extrémistes araseurs de la modernité). Et ce recommencement (heideggerien) débute par une « autre grande séparation », celle qui doit nous débarrasser, nous faire oublier, l’histoire politique moderne et annonce « les retrouvailles avec l’histoire naturelle de l’homme », par le truchement d’un « polythéisme joyeux » (p. 374). 
    L’extrémisme est donc le fait des vecteurs politiques de la modernité et, ensuite, de ceux qui se présentent comme les antimodernes emblématiques, les salafistes. Ceux-ci sont des produits de la modernité : ils véhiculent des simplismes qui sont tout bonnement l’inversion des simplismes modernistes. Ils disposent d’un principe araseur quasi identique : si les modernistes veulent faire table rase du passé, les salafistes, eux, manient le concept de « djalliliyah », selon lequel tout ce qui a précédé la révélation coranique est entaché d’imperfection et voué à disparaître, par la violence s’il le faut. La démarche identitaire s’autoperçoit donc comme un antidote aux extrémismes qui dominent aujourd’hui la planète.
     
  • Défense de l’histoire comme roman national

    Le géoraphe Michel Lussault, qui préside le Conseil supérieur des programmes (CSP), dénonce la volonté de faire de l’histoire un roman national. Pour Maxime Tandonnet, ce dernier est, au contraire, un bon moyen de faire aimer la France aux élèves.

    Dans une interview donnée au Monde de l’Education, le 13 mai, M. Michel Lussault, président du conseil supérieur des programmes, affirme : « Il y a quelque chose de dérangeant dans l’idée, récurrente, de vouloir faire de l’histoire un « roman national » [...] Cela renvoie à une conception de l’histoire qui ne serait pas un outil de lucidité [...] Or, il s’agit de reconnaître la pluralité de l’histoire de France. »

    Le roman national était pourtant présent dans l’enseignement de l’histoire sous la IIIe République. Celui-ci avait parmi ses objectifs, de contribuer à former les enfants à l’amour de la patrie. Cet état d’esprit se retrouve dans l’introduction du célèbre manuel d’histoire de 1912 d’Ernest Lavisse : « Tu dois aimer la France parce que la nature l’a faite belle et parce que l’histoire l’a faite grande ». L’objectif d’enseigner l’amour de la France était au centre des objectifs de l’instruction publique sous la IIIe République et le roman national a été l’un des outils de l’affirmation de la Nation moderne, de son unité et de la solidarité entre ses membres. C’est en partie parce que les jeunes Français, pendant des générations, sous l’influence de leurs maîtres, se sont identifiés aux mêmes héros, aux mêmes évènements, à ses gloires et à ses tragédies, que la France a pu se constituer en nation moderne et unifiée.

    Ce principe du roman national, porté à sa quintessence par Jules Michelet dont l’oeuvre présente la France à l’image d’une « personne humaine », ne doit pas être confondu avec la propagande (le conditionnement idéologique fondé sur le mensonge) ni être compris comme un obstacle à la lucidité. Promouvoir une histoire nationale n’implique en rien que les personnages qui la peuplent et les évènements qui l’animent soient fictifs, inventés ou magnifiés. Les collégiens et lycéens qui ont connu les manuels de Malet et Isaac comprennent que le roman national n’a rien de fictif ni de mythique. Ils ont appris, à travers cet enseignement, à aimer la France, une France réelle, non inventée et ouverte sur le monde et présentée dans son contexte européen et international. « Il existe, pour le passé, une évidente vérité de l’événement, car le passé est figé, bloqué à jamais. Et une même chose ne peut pas à la fois être et ne pas être » écrit l’historien Jean-Baptiste Durosselle dans Europe, Histoire de ses peuples (Perrin). L’histoire enseignée comme un roman vrai, authentique, un récit chronologique, a suscité la passion pour l’histoire de générations de collégiens et de lycéens. [....]

    La suite sur Le Figarovox

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Defense-de-l-histoire-comme-roman

  • Merci au collectif d’intellectuels de gauche qui s’oppose à la GPA !

    Source : Boulevard Voltaire
    C’est dans Libération que l’on trouve la dernière tribune contre la GPA. On ne s’en plaint pas !

    L’actualité réserve parfois des surprises. Comme celle de ce collectif d’intellectuels de gauche qui signe une tribune dans Libération, le quotidien des bobos qui consomment bio, intitulée « Pour l’arrêt immédiat de la gestation pour autrui ». Eh bien, Mesdames et Messieurs, bravo !
    Bravo de publier cela dans le journal le plus libertaire qui soit, directement issu de Mai 68 et de son libéralisme social absolu. On y trouve plutôt des soutiens au mariage homo, aux revendications individualistes et au consumérisme ambiant – mais toujours éco-responsables ! Mais rarement des tribunes opposées à une pratique que certains justifient au nom de la liberté individuelle.
    Bravo d’oser rappeler, au milieu d’arguments secondaires, « qu’il n’y a pas de différence entre la pratique commerciale de la GPA et la vente et l’achat d’enfants », c’est-à-dire que la GPA est une forme d’esclavagisme moderne qui exploite le corps des femmes et transforme des êtres humains en marchandises. Vous nous rappelez le combat séculaire des chrétiens contre l’esclavage.
    Bravo d’écrire que « le lien biologique entre la mère et l’enfant est indéniablement de nature intime et, lorsqu’il est rompu, les conséquences en sont durables pour les deux parties ». Nous ne disons pas autre chose lorsque nous rappelons qu’un enfant est issu d’une union intime entre deux personnes et a besoin, pour son développement, d’un père et d’une mère.

    Bravo de rappeler que « personne n’a droit à un enfant, pas plus les hétérosexuels que les homosexuels ou les individus ayant fait le choix de rester célibataire ». C’est ce que nombre d’entre nous ont clamé dans des manifestations où vous étiez absents, et qui nous a valu le vilain sobriquet d’homophobes.
    Merci à vous, hommes et femmes de gauche, féministes, altermondialistes, antilibéraux et écologistes, de nous rappeler quelques évidences qui ne relèvent ni de l’idéologie, ni d’une vision partisane, mais de l’anthropologie la plus simple, de l’évidence de notre nature humaine.
    Bien sûr, certains de vos arguments ne nous semblent pas prioritaires : ce n’est pas à cause des risques médicaux qu’il faut interdire la GPA, même si cela n’est pas négligeable. Bien sûr, si vous alliez au bout de votre logique, vous pourriez avoir quelques surprises, de ces remises en cause philosophiques douloureuses pour certains. Évidemment, il est surprenant de la part de féministes de vanter le lien intime entre la mère et l’enfant, qu’elles voient comme un amas de cellules lorsqu’il n’est pas désiré dans un « projet parental ». Mais, quelles que soient les insuffisances de votre argumentation, ce que vous dites est exact : la GPA est une exploitation de la femme par l’homme, au détriment des enfants privés de mère, et fait du corps des femmes une machine commerciale.
    Alors, une fois n’est pas coutume : à vous les Bové, Onfray, Roudy, Agacinski, à vous les avorteuses de la CADAC et autres lesbiennes, signataires avec tant d’autres de cette pétition, il faut dire merci. Peut-être que vos voix « progressistes », que tant d’entre nous combattent par ailleurs, et continueront de combattre lorsqu’il le faudra, porteront plus auprès de nos gouvernants que nos manifestations immenses, mais méprisées.
    Tant mieux pour les enfants.

    http://fr.novopress.info/

  • Un statut officiel pour les combattants chrétiens d'Irak

    Lu dans l'hebdomadaire de la christianophobie :

    "Le gouvernement de Bagdad et le gouvernement régional du Kurdistan irakien semblent sur le point d’accorder un statut particulier aux combattants chrétiens des Unités de protection de la plaine de Ninive (Nineveh Plain Protection Units), branche armée du Mouvement démocratique assyrien (MDA), financée en grande partie par l’American Mesopotamian Organization (Santa Clarita, Californie), pour la lutte commune contre l’État Islamique en Irak et au Levant dans le gouvernorat de Ninive. C’est ce que révèle une récente dépêche de l’Assyrian International News Agency traduite par nos soins:

    Le président du groupe parlementaire Al-Rafidain, Yonadam Kanna, a révélé lundi [4 mai] l’existence d’une concertation entre le gouvernement fédéral [Bagdad] et le gouvernement régional du Kurdistan sur le déploiement de 570 volontaires chrétiens de la région de la plaine de Ninive dans les combats contre les gangs terroristes de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL).

    « Le gouvernement fédéral a donné son accord pour que se tienne une concertation entre la composante des volontaires chrétiens constituant un régiment de 570 volontaires de la population de la plaine de Ninive, et le gouvernement régional du Kurdistan pour les questions d’armement et de répartition sur les lignes de front des combats contre les gangs de l’EIIL », a déclaré Kanna à Shafaq News. Kanna a ajouté que « la force de protection de la plaine de Ninive aura son rôle propre et ne sera incorporée ni dans les Unités de Mobilisation Populaire [force paramilitaire à majorité shiite, mise en place officiellement le 8 mai] ni dans les Peshmergas, lors de ses opérations dans la plaine de Ninive selon l’article 140 de la Constitution ». [Yonadam Kann a également précisé] que « nous sommes présentement en concertation avec Bagdad et le gouvernement [du Kurdistan] sur les tâches de la force de sécurité »."

    Michel Janva  http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • Éric Zemmour Vs Emmanuel Todd : le terminus du prétentieux

    Le brûlot anti-Charlie d’Emmanuel Todd fait hurler ses pairs de la gauche antiraciste. Et si son auteur posait de bonnes questions mais donnait de mauvaises réponses?

    Charlie est un salaud. Un xénophobe, un islamophobe, un raciste. Charlie est un minable. Marche mais ne sait pas vers où et dit le contraire de ce qu’il pense; défend la liberté pour mieux combattre l’égalité; clame «pas d’amalgame» pour mieux écraser l’Arabe. Comme naguère David Vincent dans la série Les Envahisseurs, Emmanuel Todd sait. Devine tout, comprend tout, révèle tout. Emmanuel Todd est un universitaire, un anthropologue, un historien. Il est la Science. L’homme se croit libre, mais il est dans la main de Todd.

    Notre savant a reconnu dans les foules du 11 janvier les groupes sociaux qui avaient voté oui au référendum sur Maastricht. Il sait lire une carte, Todd; mais n’est pas le seul à avoir remarqué que les pays de l’ouest et de l’est de la France, autrefois catholiques et antirévolutionnaires, avaient été les plus fervents européistes. Et que les classes populaires qui votent pour le Front national sont issues des terres historiquement révolutionnaires. Philippe Séguin ne l’avait pas attendu pour deviner que «1992 serait l’anti-1789». Partant de cette intuition juste, Todd règle ses comptes avec la gauche européiste sans mesure ni rigueur scientifique. Bien sûr, la caste se cabre. On compte les coups en attendant que les deux boxeurs s’épuisent.
    Todd estime depuis longtemps que les modèles familiaux déterminent le positionnement politique. Et que les vagues d’immigration ne changent rien à l’affaire. On est de son pays avant que d’être de ses origines. «La terre, elle ne ment pas». Mais Todd est aussi un homme de gauche, un progressiste, qui croit que chaque individu peut s’émanciper de ses déterminismes. Il jongle depuis toujours avec cette contradiction originelle au gré de ses besoins et de ses engagements politiques, avec une mauvaise foi teintée d’arrogance. Pour Charlie, sa religion (!) est faite: «Le droit au blasphème sur sa religion ne doit pas être confondu avec le droit au blasphème sur la religion d’autrui. Blasphémer de manière répétitive, systématique, sur Mahomet, personnage central de la religion d’un groupe faible et discriminé, devrait être, quoi qu’en disent les tribunaux, qualifié d’incitation à la haine religieuse, ethnique ou raciale.»

    (…) Le Figaro

    http://www.fdesouche.com/597623-eric-zemmour-vs-emmanuel-todd-le-terminus-du-pretentieux

  • Lettre à Mme Hidalgo

    Madame la Maire,

    De nombreux adhérents parisiens de nos associations ont eu connaissance par la presse de l’organisation le 20 mai prochain à l’Hôtel-de-Ville de Paris d’une manifestation destinée aux entreprises dites « start-up », en français : « jeunes pousses ».

     

    Leur attention a été attirée sur les conditions de déroulement de cette manifestation, plus particulièrement sur l’utilisation de la seule langue anglaise, cette information figurant notamment dans un article publié le 27 avril 2015 dans la rubrique « économie » du site internet du journal « Le Parisien ».

    De fait, cet événement est présenté sur un site internet « dédié » (http://www.hackinghoteldeville.paris/) sur lequel les entreprises intéressées sont invitées à s’inscrire avant le 1er mai, et qui est entièrement rédigé en anglais. Il y est indiqué que les organisateurs sont l’agence de développement économique de Paris, « Paris & Co », et la Mairie de Paris elle-même. Vous comprendrez, nous en sommes certains, que nous puissions être fort étonnés, voire profondément choqués, par l’absence complète de la langue française de cette manifestation.

    S’il est normal que des facilités soient offertes sur le plan linguistique aux personnes présentes à cet événement ne maîtrisant pas ou pas bien le français, il serait paradoxal d’observer que celles n’ayant pas une connaissance suffisante de l’anglais seraient, elles, désavantagées et victimes d’une forme de discrimination.

    Par ailleurs, sur le plan politique au sens le plus élevé du terme, vous conviendrez avec nous que l’éviction de la langue française d’une manifestation organisée par la Ville de Paris au sein même de l’Hôtel-de-Ville comporte une charge symbolique désastreuse. Comment imaginer que la capitale de la France, à la fois berceau historique de la francité et ville au rayonnement mondial, puisse délibérément éliminer le français d’une manifestation publique soutenue et parrainée par sa Municipalité, aux frais des contribuables parisiens ?

    Le « message » envoyé à tous, Français comme étrangers, est particulièrement négatif, et d’autant plus incompréhensible que vous présidez l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) et avez fêté le 20 mars dernier la journée internationale de la langue française en recevant à l’Hôtel-de-Ville Mme Michaëlle Jean, Secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

    Par ailleurs, sur le strict plan juridique, il importe de rappeler que la loi n° 94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française pose, en son art. 6, notamment les règles suivantes : « Tout participant à une manifestation, un colloque ou un congrès organisé en France par des personnes physiques ou morales de nationalité française a le droit de s’exprimer en français. Les documents distribués aux participants avant et pendant la réunion pour en présenter le programme doivent être rédigés en français et peuvent comporter des traductions en une ou plusieurs langues étrangères ».

    Il est précisé au même article que « lorsqu’une personne morale de droit public ou une personne morale de droit privé chargée d’une mission de service public a l’initiative des manifestations visées au présent article, un dispositif de traduction doit être mis en place ».

    Le Conseil constitutionnel, pour sa part, a constamment réaffirmé dans sa jurisprudence qu’en application de l’article 2 de la Constitution (" la langue de la République est le français ") l’usage du français s’impose aux personnes morales de droit public et aux personnes de droit privé dans l’exercice d’une mission de service public et les particuliers ne peuvent, dans leurs relations avec les administrations et les services publics, être contraints à l’usage d’une langue autre que le français.

    Pour toutes ces raisons, qui nous semblent particulièrement fortes, nous vous demandons – en un recours gracieux - de bien vouloir faire prendre le plus rapidement possible toutes dispositions utiles permettant de traiter le français au moins à égalité avec l’anglais, tant pour la préparation de cet événement (publicité, site internet, inscription) que pour son déroulement proprement dit (faculté d’usage du français, traduction simultanée). Nous sommes certains que notre démarche répond au sentiment de l’immense majorité des Parisiennes et des Parisiens et sommes convaincus que vous serez sensible à notre point de vue.

    Vous remerciant vivement d’avance de votre attention et des suites que vous pourrez donner à ce courrier, nous vous prions de croire, Madame la Maire, à l’assurance de notre haute considération.

    Associations signataires : Alliance Champlain (Nouvelle Calédonie) ; président : Daniel MIROUX ; Association C.O.U.R.R.IE.L. ; président : Georges GASTAUD ; Association des Professeurs de Lettres (APL) ; président : Romain VIGNEST ; Association Francophonie Avenir (AFRAV) ; président : Régis RAVAT ; Association francophone d’Amitié et de Liaison (AFAL) ; président : Jacques GODFRAIN ; Association pour la Sauvegarde et l’Expansion de la Langue française (ASSELAF) ; président : Philippe de SAINT ROBERT ; Avenir de la langue française (ALF) ; président : Albert SALON ; Carrefour des Acteurs sociaux (CAS) ; directeur ; Joël BROQUET ; Cercle littéraire des Écrivains cheminots ; v-président : Maurice LELOUS ; Conseil international de la Langue française (CILF) ; Secrétaire général : Hubert JOLY ; Forum francophone international (FFI-France) ; président : Albert SALON ; Forum pour la France (FPF) ; Secrétaire général : Henri FOUQUEREAU ; France bonapartiste ; président : David SAFORCADA ; Groupe d’études et de recherche sur le français langue internationale (GERFLINT) ; Président : Jacques CORTÉS ; Institut Culture, Économie, Géostratégie (ICEG) ; président : Yves MONTENAY ; Observatoire européen du Plurilinguisme (OEP) ; président : Christian

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Lettre-a-Mme-Hidalgo

  • Crise au Front national : réaction de Pierre Vial

    La réaction de Pierre Vial :

    Le spectacle donné par le Front National est consternant. La façon dont est traité Jean-Marie Le Pen est indigne. Les roquets aboient à qui mieux mieux aux basques du vieux sanglier. Mais ils devraient avoir la prudence de ne pas trop s’en approcher car il a encore de la ressource et, contrairement à eux, une âme bien trempée…

    Cette pitoyable affaire aura eu au moins une utilité : chacun aura pu vérifier qui est qui. Carriérisme, appât du gain (voir les indemnités des élus), lâcheté, trahison… tout y est.

    J’ai, sur certains personnages qui se bousculent aujourd’hui pour cracher plus fort que le voisin sur le vieux chef, des documents d’archives (placés en lieu sûr) datant d’une époque où ils se voulaient des fascistes purs et durs. Amusant, non ?

    Mais il faut penser à l’avenir, surtout pour tous ces braves gens qui ont beaucoup donné — et parfois tout donné — pour un FN en lequel ils voyaient la seule planche de salut.

    C’est pourquoi je propose que se mette en place, avec tous ceux, sans exclusive, qui croient encore que les valeurs fondatrices de notre identité méritent d’être affirmées et promues un FRONT DES PATRIOTES. Car le sort de notre peuple exige de voir au-delà des tristes personnages qui se drapent dans un FN devenu un fromage bien crémeux pour les arrivistes de tous poils. Leur destin est de se retrouver dans les poubelles de l’Histoire.

    Laissons-les dans leur fange et battons-nous pour la seule cause qui vaille : l’avenir de nos enfants et des enfants de nos enfants. Il y a encore dans ce pays des hommes et des femmes qui refusent de se soumettre à un système qui veut tuer l’identité des individus et des peuples. Qu’ils se regroupent et s’organisent et tout deviendra possible.

    http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2015/05/05/crise-au-front-national-reaction-de-pierre-vial-5616664.html

  • Le programme économique du Front national

    Ces derniers temps, Les commentateurs de la presse régimiste se sont intéressés au programme économique du Front national, le qualifiant d'irréaliste ou encore de gauchiste. Plutôt que de pratiquer l'invective ou le dénigrement, étudions le contenu réel de l'actuelle potion économique que le Front national propose aux Français.

    Au fil des ans, le programme du Front national a connu des variations dans ce domaine. Jusqu'à l'assassinat de François Duprat et le départ de militants nationalistes de la première heure comme Pierre Bousquet, Pierre Barthélémy et Jean Castrillo, inquiets de manière prémonitoire des dérives du Front national que nous vivons actuellement, celui-ci défendait un programme de défense des classes moyennes. Puis il vanta au cours des années 1990 la politique ultra-libérale menée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher avant d'évoluer vers une conception plus interventionniste de l'Etat à l'époque où Bruno Mégret en était devenu le numéro 2.

    De nos jours, sous la direction de Marine Le Pen, prétendant faire pièce à la mondialisation, a été adoptée une position d'inspiration socialiste proposant par exemple une augmentation de 20Ô euros pour les rémunérations inférieures à 1,4 fois le SM1C. C'est ce programme économique que nous allons à présent analyser trop succinctement, dans ses grandes lignes.

    Nonobstant les concessions politiques faites au Système afin de se "dédiaboliser", autrement dit de se normaliser, et la part faite entre un programme à vocation électoraliste et la confrontation avec la réalité présente si d'aventure le Front National arrivait aux affaires, il convient tout d'abord de constater que nombre de ses propositions veulent aller dans le sens d'une politique de redressement national. Toutefois, comme nous allons le voir, les moyens affichés pour y parvenir ne permettent pas d'atteindre les résultats souhaités.

    LES PROBLÈMES DEPEUPLEMENT

    Au préalable, abordons ce qui constitue « le fonds de commerce » électoral du Front national, à savoir les questions afférentes à l'immigration. Bien entendu, nous le suivrons dans la suppression du regroupement familial, la remise en cause des accords de Schengen sur la libre circulation des personnes, la suppression du droit du sol,la suppression des « pompes aspirantes de l’immigration » comme PAME (aide médicale d'Etat) pour les immigrés illégaux, la lutte contre l’immigration clandestine (encore qu'il vaille mieux l'appeler "illégale", voire "délinquante") avec, à la clé, leur expulsion systématique.

    Or rien de précis ne figure concernant le retour au pays d'origine des populations installées en France et inassimilables parce que cela leur est impossible ou parce qu'elles le refusent. Il est bien question d'établir des accords de coopération entre la France et les pays d'Afrique, notamment, afin de régler les flux migratoires, mais il aurait été du plus haut intérêt que ce domaine fut développé par le Front National, car nous ne pourrons arriver à des résultats tangibles que lorsque ces populations seront fixées sur leur sol natal parce qu'elles pourront y vivre grâce à un développement économique certain et adapté à leur réalité. Toutefois, nous n'irons pas plus avant sur ce sujet primordial (qui nécessite une sorte de "re-colonisation") car il dépasse le cadre de cet article.

    En outre, il faut être circonspect envers la proposition de « réduction en 5 ans de l'immigration légale de 200 000 entrées par an à 10 000 entrées par an (division par 20) », même « s'il faut privilégier les talents qui permettront le rayonnement de la France et l'innovation ». Pourquoi fixer un objectif quantitatif ? Pourquoi doit-on  maintenir une immigration de 10 000 personnes et non pas de zéro, ou de 1 000, 5 000... ? Les règles de l'immigration doivent être simples : les mouvements migratoires doivent essentiellement être issus des peuples d'Europe, autrement dit concerner des personnes de même civilisation, comme cela a toujours eu lieu, et en petit nombre. Pour le reste du monde, l'obtention d'autorisations de séjour se fera selon une législation appropriée.

    Toutefois, le redressement de la natalité des naturels Français est encore le meilleur moyen d'éviter toute tentation de recourir à l'immigration. Sur ce point, accordons au Front National qu'il propose des mesures natalistes, avec notamment le salaire maternel, qui contrastent avec les politiques anti-natalistes des gouvernements en place. Toutefois, sans en aborder ici le détail — discutable —, elles manquent d'ambition, ignorant par exemple des mesures hautement efficaces comme l'attribution en pleine propriété d'une habitation aux familles françaises ayant quatre enfants.

    LA QUESTION DES RETRAITES

    Le programme du Front National promet de « garantir le financement des retraites sans en faire peser la charge sur les seuls salariés » et de ramener la retraite à 60 ans.

    Les contempteurs du programme dénoncent cette dernière mesure comme étant démagogique et irréaliste. Qu'en penser ?

    Ledit programme veut élargir l'assiette des retraites en l'étendant des revenus du travail aux revenus du capital. Il est sûr que, sous l'effet du néolibéralisme, la répartition de la valeur ajoutée s'est scandaleusement déplacée d'un quart depuis les années 1980 en faveur des revenus du capital au détriment de ceux du travail. Il est donc nécessaire de procéder à un rééquilibrage. Mais cela dépasse le cadre de la France dans un monde où les capitaux se jouent et se rient des souverainetés nationales : généralement, ce type de mesures "attrape" les PME mais rarement les sociétés transnationales. Il faut préalablement œuvrer à modifier le rapport de forces que nous subissons.

    Mais la question fondamentale qui doit être posée est de savoir si la production nationale est suffisante pour satisfaire les besoins des populations. La question est d'ordre physique, matérielle, avant d'être financière. Il existe diverses possibilités de financer des retraites convenables sans repousser inconsidérément l'âge de la retraite — car après 65 ans, ce sera 61 ans, puis 70 ans et ainsi de suite —, tel le système du « crédit social » dont le théoricien fut le Major Douglas au Canada et dont des éléments peuvent être assez rapidement mis en place, pour peu que l’on retrouve une communauté nationale homogène. Mais les idéologues du Front National semblent en ignorer l'existence.

    Dans le cadre du système international actuel, le recours à la capitalisation, c'est-à-dire à la participation à « l'industrie financière » est, aussi longtemps que le système ne s'effondre pas, un moyen d'apporter aux populations les revenus que l'économie ne fournit plus... car lorsqu'il s'effondre, ne serait-ce que partiellement, comme cela s'est déjà produit, les fonds de pension font faillite, les retraites sont réduites à néant, tout autant que dans un système de répartition simple comme celui que nous connaissons actuellement (et mis en place en 1941 lorsque le système de capitalisation d'alors s'est effondré avec la guerre de 1939) lorsque la population vieillit par absence de renouvellement des générations laborieuses. Or, cela n'est pas abordé.

    Le programme du Front national n'envisage rien de tout ce qui vient d'être trop succinctement mentionné et qui nécessiterait des développements à part entière. Il lie le déséquilibre du système des retraites à un « déséquilibre démographique provisoire ». Mais de quel provisoire s'agit-il lorsque l'on sait qu'en termes de simple démographie, tout est déjà joué à trente ans et que les mesures natalistes du Front National sont incapables de faire face à l'enjeu présent ? Il se trouve dans ces propos, pour le moins, une méconnaissance de la question. Certes, proposer de supprimer le minimum vieillesse accordé automatiquement aux étrangers résidant en France sans y avoir nécessairement cotisé et résidé est une mesure qui « va de soi » car de simple bon sens. Toutefois, mettre fin à l'invasion migratoire qui, au bas mot nous coûte 60 milliards d'euros chaque année (l'étude d'André Posokhov — Polemia 13/05/2014 retient 84 milliards d'euros) améliorerait plus sûrement encore les comptes ; mais cet aspect du problème n'est pas traité dans le programme du Front qui se contente de proposer de financer les déséquilibres des retraites par le recours à des « droits de douane sociaux et environnementaux » : cela relève du mirage, surtout lorsque il n'existe aucun indice claire d'une réelle volonté de sortir du système en place. De même, comment « taxer le capital » dans le monde ouvert que nous subissons ?

    Des changements partiels, porteurs d'améliorations, sont possibles ; mais des changements radicaux, permettant de réaliser les buts ambitieux affichés par ledit programme, ne seront réalisables qu'en dehors du cadre du système mondialiste actuel : il faut avoir le courage de le dire et non pas de bercer les gens de promesses démagogiques.

    MONNAIE ET ENDETTEMENT

    Mais continuons. Dans le domaine monétaire, figure un point positif, essentiel, car portant sur un attribut principal de la souveraineté nationale, à savoir la dénonciation de l'enchaînement du financement des politiques publiques aux intérêts des marchés financiers institué de facto par la loi du 3 janvier 1973 qui prive l'Etat de la possibilité de se financer par les avances de la Banque de France, autrement dit, la banque centrale de la France.

    De même, autre bon point, il est prévu de sortir de l'euro, la monnaie unique européenne qui est, comme chacun le sait, l'aiguille utilisée par le mondialisme pour coudre une Europe dénationalisée et intégrée ensuite à un bloc transatlantique dont le traité en cours de discussion est une étape prochaine de constitution. En outre, l'euro est une monnaie inadaptée à la réalité de l'Europe marquée par les fortes disparités économiques existant d’un État à un autre. Les tiraillements internes toujours plus forts, comme le montrent la Grèce, cas limite, mais aussi la situation des Etats de l'Europe du sud permettent de penser que la zone euro éclatera — par délitements successifs ou brutalement —, en dépit de la ferme volonté du mondialisme politique de la maintenir, peut-être même à cause de l'Allemagne qui en sortira tout simplement avant tout le monde — cela sans compter le risque croissant d'effondrement du système financier mondial toujours plus menacé par la fausse monnaie d'endettement qu'il suscite.

    Il est à noter que les attaques contre le programme économique du Front national portent pour une bonne part sur cette sortie de l'euro. Il est symptomatique de constater que, si l’on en croit des études d'opinion, cette proposition est considérée comme un repoussoir pour nombre d'électeurs potentiels. Comme quoi, la propagande médiatique et télévisuelle porte ses fruits. Une telle propagande s'explique tout simplement parce que la sortie de l'euro s'oppose au dogme de l’intégration européenne et, au delà de l’U.E., à l’intégration mondialiste dont l'euro est un premier élément. Pourtant, contrairement aux propos alarmistes diffusés à propos d'un éclatement de la zone euro, il est possible de sortir d'une monnaie unique, comme l’a montré la séparation monétaire au sein de l'ancienne Tchécoslovaquie, pour peu, évidemment, que les acteurs de l'événement ne jouent pas la politique du pire...

    Mais le programme du Front National, prévoit en même temps une « maîtrise de la durée de l'endettement public (inscrite) dans une loi cadre instaurant à terme l'obligation d'un déficit structurel égal à zéro afin qu'aucune mesure budgétaire ne soit gagée par la croissance ». La première remarque qui vient à l'esprit consiste à se demander s'il est nécessaire de recourir à un tel formalisme, d'autant plus que, pour atteindre un tel objectif, il faut repenser l'État et son fonctionnement. Il faut agir et ne pas s'embarrasser de textes qui, comme chacun sait, sont modifiables à tout moment « devant la force majeure » qui se présente toujours opportunément

    Bien sûr, le programme précise qu’un plan d'action volontariste sera mis en oeuvre pour identifier et réduire drastiquement les dépenses inutiles et néfastes pour le pays : fraude sociale et fiscale, niches fiscales inefficaces, coûts de la décentralisation, poids de l'immigration incontrôlée sur les budgets sociaux ».

    Notons ici une redondance : il est écrit « un plan d'action volontariste ». Si l'action n'est pas l'expression d'une volonté qu'est-elle alors ? Ensuite il est étonnant qu'il faille être aux affaires pour identifier les postes de dépenses inutiles et inefficaces. Lorsque l'on prétend gouverner un pays, il est préférable de savoir où se trouve le mal afin d'être prêt à y porter le fer : le Front National n'a-t-il pas d'"experts" pour faire ce travail ?

    LA DECENTRALISATION

    Mais allons plus loin. S'il est évident qu'il faut repenser les « coûts de la décentralisation » dans la mesure où ils pèsent sur les finances publiques, il faut nécessairement, avant tout, repenser cette décentralisation. Le programme apporte sur ce point un ensemble de réponses qui paraissent aller dans le bon sens mais qui demeurent fâcheusement incomplètes, laissant bien des aspects dans l'opacité.

    Que lit-on ? « Une décentralisation non maîtrisée d'abord (lancée en 1981 et accentuée en 2004) a privé l'État de compétences stratégiques : transports régionaux, routes nationales, action économique notamment. Beaucoup, parmi lesquels nombre d'élus locaux, jugent que nous sommes allés trop loin dans le transfert de compétences. Cette décentralisation, c'est un creusement des inégalités entre les territoires et les Français, une complexité accrue de la décision publique, une corruption aggravée, et la reconstitution de féodalités locales dépensières au détriment d'un État stratège. » Le constat est juste. Le Front National préconise en conséquence de rétablir « un État fort qui impose son autorité aux féodalités locales ». Sont alors détaillées un ensemble de mesures techniques dont nous ne pouvons discuter en détail ici. Mais il en ressort qu'elles ne peuvent régler le problème posé. Ainsi, en quoi une baisse de 2 % (et pourquoi 2 % et non 3 %, 10 %?) des dotations de l'État aux conseils généraux et régionaux, assortie d'une interdiction législative d'augmenter les impôts locaux va-t-elle sortir les pouvoirs publics du pétrin dans lequel ils se trouvent actuellement ?

    Les gâchis engendrés par la décentralisation et le « mille-feuille administratif », les déséquilibres territoriaux, en population, en moyens, en fiscalité, bien que constatés et déplorés par le Front National, ne seront en rien résorbés par les mesures préconisées. Pour y parvenir il faut recourir à des mesures bien plus drastiques, à commencer par la refonte de la carte territoriale, qui supprimera les gaspillages (et bien au delà de 2 %) à moyen et surtout à long terme. Bien sûr, cela remet véritablement en cause le cadre du présent régime dans lequel le Front National — qui se proclame "républicain" lorsque l'on sait ce que la "république" signifie en France — ne cesse de vouloir s'insérer avec, finalement, pour seule ambition, de tenter de colmater les brèches d'un édifice aux lézardes multiples et toujours plus élargies au fil du temps. En témoigne le fait que rien n'est prévu afin de réduire de manière significative le nombre de personnels des fonctions publiques de l'État et des collectivités territoriales ; et pour cause le rôle de l'État n'est pas repensé, sauf, comme nous le verrons ci-après, pour lui rendre un rôle de direction économique, renouant alors avec la période 1945-1975.

    Cependant nous ne pouvons que soutenir pleinement la volonté d'arrêter le démantèlement du réseau ferré avec le développement de la complémentarité entre les LGV (lignes à grande vitesse) et les lignes régionales, la restauration du rôle directeur de l'Etat, le rétablissement d'une société de transports ferroviaires intégrée, le développement du transport fluvial. Toutefois, il est à craindre que tout cela demeure en grande partie au stade des vœux pieux car il est précisé, notamment à propos du rétablissement des transports en zone rurale, que ce « sera un objectif du quinquennat dans la mesure où la situation budgétaire le permettra ». Quelle valeur peut-on accorder à un programme d'action qui ne prévoit pas les modalités de son financement ? Il ne semble pas ici, que le programme soit très "volontariste" il tient plus de l'effet d'annonce.

    Tout cela laisse une impression d'amateurisme fâcheux. En fait, répétons-le, de telles mesures ne peuvent être prises que dans le cadre d'une refonte de l'organisation des pouvoirs publics, ce qui n'est nullement envisagé par le Front national.

    POLITIQUE INDUSTRIELLE

    Mais poursuivons. Le présent programme insiste sur la nécessité de réindustrialiser la France et de mettre fin aux dérives et abus des tarifs de certains services publics, comme celui de la distribution d'eau (qui relève souvent du scandale). Nous ne pouvons qu'approuver.

    L'accent est justement mis sur la nécessité de renforcer, sinon de créer, un tissu de PME et PMI qui sont « le fer de lance de l’activité économique et de l'emploi », et donc de favoriser le développement de l'esprit d'entreprise. Sachons à ce sujet que c'est de la création de nouvelles entreprises que vient la création d'emplois. Mais comment y parvenir ?

    Le Front National insiste pertinemment sur la nécessité de se défaire des « contraintes absurdes » imposées par l’UE qui « interdisent, au nom d'une politique de la concurrence dévoyée, toute politique industrielle réelle ». De même souhaite-t-il avec raison rétablir des barrières douanières pour rétablir une équité dans la concurrence internationale qui, au moins dans l’UE. et singulièrement en France, a quasiment disparu.

    Il propose une « planification stratégique de la ré-industrialisation » associant universités, grandes écoles, filières industrielles et représentants de l'État. Il est sûr qu'il faut établir des cadres d'orientation de l'économie assortis des canaux de financement. Cela nécessite de recourir aux principes d'économie orientée. Mais ledit programme n'apporte aucune précision.

    Notons aussi un bon point : le redressement de la part du budget de l'Etat consacré à la défense nationale joint au rétablissement d'une industrie d'armement dont nous avons le rôle moteur dans la recherche et le développement des industries de pointe. De même, nous ne pourrons qu'approuver la volonté de doter la France d'une politique maritime mondiale qui est depuis longtemps un mirage.

    Cependant, une telle ambition nécessite de disposer d'une main d'oeuvre formée et riche d'un savoir-faire de qualité.

    Que propose le Front National ? « L'État stratège reprendra en main la politique de formation professionnelle et instaurera un véritable service public de la formation tout au long de l’existence (chèque formation). Afin de montrer l’exemple, l'Etat et les collectivités locales valoriseront l'expérience des seniors et s'engageront, dans la limite qu'impose la prise en compte du critère de la compétence, à réserver une embauche sur trois dans la fonction publique aux personnes déplus de 45 ans issus du secteur privé. »

    Tout cela est fort inquiétant. Si l’on comprend bien ce texte, il s'agit de continuer sur la même voie qu'actuellement où l'État s'occupe de tout, a dépossédé les corps de métiers et les filières industrielles de la formation. Autrement dit, a dépossédé les corps intermédiaires professionnels de la formation de leurs personnels, avec le peu de succès que nous savons puisque le taux de chômage des jeunes est parmi les plus élevés d'Europe, les formations n'étant pas en adéquation avec les emplois dont l'industrie a besoin, ce qui l'affaiblit encore plus.

    Si l'État doit superviser, il n'a pas à se substituer aux entreprises. En outre, demander aux collectivités locales de donner l'exemple, il faut se demander quel exemple : celles-ci n'ont pas de compétences industrielles particulières et, d'ailleurs, ce n'est pas leur rôle. En outre, embaucher des "vieux" dans l'administration venant du secteur privé n'a aucun sens : s'ils ont une expérience réelle, qu'ils soient reconvertis dans des centres de formation pour transmettre leur savoir aux jeunes générations ! En tout cas, ce n'est pas de cette manière que l'on réduira le nombre des fonctionnaires (mais, répétons-le, ce ne semble pas être la préoccupation du Front National)

    ETAT ET FISCALITE

    Or, pour inciter les entreprises à travailler et de nouvelles à se créer, il faut leur faciliter la tâche. Un indispensable programme de simplification de la paperasse est prévu et est le bienvenu. Toutefois, il n'innove pas car il ne fait que suivre les politiques lancées par les actuels gouvernements, avec des succès contrastés, d'ailleurs, dans la mesure où l'emprise de l'Etat sur la vie des Français ne diminue pas, bien au contraire et le Front National n'apporte aucun démenti à ce sujet. En outre, cette surveillance et cette entrave à l'activité des gens risquent d'être encouragées puisqu'avec le « big data », (à savoir des techniques d'exploitation accélérée des données en tous genres et toujours plus nombreuses recueillies sur les personnes et l'activité humaine), il sera possible de multiplier les contrôles, mais de manière simplifiée, et gageons que la technocratie et la bureaucratie ne se priveront pas de cette possibilité.

    Mais il faut aussi une fiscalité qui n'écrase pas. Or rien, dans le programme du Front National ne va dans ce sens. Et pour cause : une fois encore, répétons-le, il n'y a de la part du Front National aucune réflexion sur la refonte du rôle de l'État.

    Certes, il est précisé que « l'impôt doit rester aussi faible que possible pour que le consentement à l'impôt demeure et que la pression fiscale ne soit pas ressentie comme un véritable fardeau ». Comment y parvenir ? Nous souscrirons à la critique relative à l'opacité de la taxe d'habitation , mais nous pourrions dire la même chose de l'impôt foncier. Justement, le Front National, propose de le remplacer par un impôt progressif sur le patrimoine, fruit de la fusion entre taxe foncière et ISF « sur des bases rénovées ». Lesquelles ? Cela demeure bien flou.

    Or l'ISF constitue une véritable spoliation des patrimoines et les Rétais, souvent de simples paysans, en savent quelque chose ! Son maintien est plus qu'inquiétant. Quant à la suppression des droits de succession, qui était naguère au programme du Fn, il n'en est plus fait mention. Non plus d'ailleurs que de la suppression autrefois envisagée de l'impôt sur le revenu des personnes physiques.

    En outre, il n'y a aucune réflexion sur la question de la progressivité de l'impôt alors que, par nature, ce n'est pas le rôle de la fiscalité de traiter un tel sujet et que, généralement, ce type de disposition se révèle plus préjudiciable a l'activité économique que son abandon. De même, il est indiqué que « la fiscalité doit devenir un outil au service de notre projet économique de redressement ». Or la fiscalité n'est pas naturellement un outil de politique économique. c'est un outil de financement de l'Etat. Il y a là une confusion dommageable. Et si l'on veut quelque progressivité, la variation des taux de TVA est une possibilité (ce qu'envisage d'ailleurs le Front National).

    S'il faut remettre à plat le maquis inextricable de la fiscalité française (avec un Code des impôts de plus de 6 000 pages), s’il faut éviter la surimposition des PME-PMI (le Front National relève cette remarque du Conseil des Prélèvements obligatoires, selon lequel les PME payent presque trois fois plus d'impôt sur leurs bénéfices que les sociétés du CAC 40), la véritable réponse fiscale dont a besoin la France réside avant tout dans la diminution des impôts et non pas dans un réaménagement de ce qui existe. Et pour cela, il faut, répétons-le repenser le rôle de l'Etat et de son organisation. Le Front National n'y est pas prêt. Tout ce qu'il ambitionne, c'est d'assurer un meilleur fonctionnement de leur République en décrassant le moteur. Autrement dit, il ne faut rien attendre de ce parti qui puisse assurer le redressement de la France. 

    D'ailleurs, à lire attentivement les déclarations faites dans les autres domaines politiques par les dirigeants du Front National, nous sommes en présence d'un parti politique qui se veut d'une pureté républicaine plus grande que les autres partis du système et se propose de la rétablir, il précise « l'assimilation, via l'école notamment, doit redevenir la règle et le communautarisme banni. La France inscrira dans sa Constitution « la République « reconnaît aucune communauté » »  ce qui est un vœu pieu ou une malhonnêteté dans la mesure où le communautarisme se développera aussi longtemps que vivront sur le sol de la France des populations inassimilables, de par leur nombre et leur éloignement civilisationnel et que rien ne sera pensé puis entrepris pour les renvoyer dans leur pays d'origine. Tout cela semble loin des préoccupations des actuels dirigeants de ce parti avant tout soucieux de complaire au magistère du système mondialiste et de leur République pour mieux lui servir la soupe, voire d'en récolter une assiettée.

    Il faut choisir : demeurer un parti réformiste, visant à pérenniser de fait le système mondialiste et matérialiste, même amodié de quelques aménagements, ou bien être un parti révolutionnaire, ancré dans une tradition millénaire, préparant l'exploitation de la rupture qui se produira tôt ou tard du fait des contradictions de ce système destructeur qui n'est en aucun cas réformable.

    André GANDILLON, Président des Amis de RIVAROL.

     

    Rivarol du 24 avril 2015