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actualité - Page 5141

  • Location d'utérus : Catherine Dolto tire la sonnette d'alarme

    Catherine Dolto, pédiatre et spécialiste de la relation mère-foetus, répond auTélégramme :

    "On évoque souvent la situation des mères porteuses, l'aspect contestable de la transaction commerciale, mais rarement les conséquences pour l'enfant. Sur quoi vous basez-vous pour recentrer le débat ?

    Sur 30 ans d'expérience clinique en tant qu'haptothérapeute, c'est-à-dire une personne qui accompagne les grossesses en organisant la rencontre entre les parents et l'enfant avant la naissance (...). Je suis très surprise que, dans ce débat, personne ne se pose la question du vécu de l'enfant. La GPA ne peut pas être sans trace, non seulement pour l'enfant mais aussi pour sa descendance (...). L'importance du début de la vie ne fait plus débat. Comment un enfant se construit-il dans le ventre d'une mère qui doit, au terme d'un contrat, s'en séparer ?

    Pourtant cet enfant est lié à la mère porteuse...

    Qu'on le veuille au non, cet enfant est en lien permanent avec elle. Il partage sa vie (...). Le foetus guette tout ce qui fait signe. Il est beaucoup plus poreux qu'on le croit au monde extérieur. (...) Cela laisse des traces très profondes. L'enfant in utero se prépare à entrer dans le monde de sa mère.

    Et cette relation s'arrête brutalement... 

    Le bébé perçoit ce que sa mère perçoit. Cette mère porteuse est essentielle à son stade de développement. Elle est sa planète d'origine. C'est son être même qui s'est construit dans cette relation à cette femme. Et là, on l'oblige à faire un saut héroïque dans le vide, quand arrive la réalisation de ce contrat, la livraison de cet enfant."

    Michel Janva

  • Des milliers de fillettes et de femmes enlevées par les djihadistes de l’EIIL

    rak – A Qaraqosh, la dernière centaine de chrétiens – les plus âgés, les personnes malades ou handicapées, qui n’avaient pas pu fuir à l’arrivée des djihadistes de l’Etat islamique – a été chassée vendredi dernier.

    Dans leur grande « clémence », les djihadistes fanatiques leur ont laissé la vie sauve. Mais ils les ont dépouillés et ont même saisi des fillettes à leurs parents.

    Ces derniers chrétiens de Qaraqosh ont d’abord pris place dans deux bus, puis ont été contraints de terminer leur périple à pieds pour parvenir aux premières lignes kurdes, près du village de Khazir.

    « Tout ce qu’on avait : l’argent, les objets en or, même nos cartes d’identité. Je n’ai plus que les vêtements que je porte. Ils m’ont autorisé à garder seulement 25 000 dinars ! C’est tout ce qui me reste !« , a expliqué Shehmon Berber. 25.000 dinars, l’équivalent d’une quinzaine d’euros.

    Ephraïm, un vieil homme de 74 ans, témoigne lui-aussi : « Ils m’ont tout pris, tout ! Moi je suis fermier et ils ont pris mes moutons, j’en avais 500. Ils ont pris le tracteur, le générateur électrique et en ville ils ont pillé tous les magasins« , témoigne le vieil homme.

    Mais ce n’est rien en comparaison de la douleur Toba Hreler Azor et de son épouse Aïda à qui les djihadistes ont enlevé leur fillette âgée de trois ans à peine. « Ça s’est passé ce matin. Quand ils nous ont mis dans le bus, ils ont vu qu’on avait notre fille avec nous… et ils l’ont prise ! Je les ai suppliés, suppliés pour qu’ils me laissent ma fille, mais il y en a un qui m’a dit : « Non !  Et si tu dis un mot de plus, je te tranche la gorge et on tue aussi ton mari »… Et ils ont emporté ma fille. Je ne sais pas pourquoi. Elle n’a que trois ans ! Aucun être humain ne peut faire ça !« , raconte la maman en larmes.

    Le constat est accablant : l’enlèvement des filles issues des minorités – chrétienne ou yézidi – est devenu la règle. Des milliers de fillettes et de femmes ont déjà été enlevées par l’Etat islamique qui a rétabli l’esclavage.

    http://medias-presse.info/des-milliers-de-fillettes-et-de-femmes-enlevees-par-les-djihadistes-de-leiil/14453

  • La laïcité : un instrument de combat contre toute religion qui n’est pas d’Islam

    Communiqué de Gilbert Collard, Député du Gard :

    "Un laïc, c’est étymologiquement [...] un membre du peuple chrétien qui n’appartient pas au clergé. Drôle de voir les bouffeurs de curé revêtir un mot qui leur va comme une mitre. [...] Aujourd’hui, en même temps que la laïcité est attaquée de toute part, ce mot prend un sens différent, partisan, comme s’il y avait la bonne et la mauvaise laïcité. L’idée de neutralité, chère aux pères fondateurs, n’existe plus. La laïcité n’est plus neutre. Elle n’est même plus historique. Elle veut déraciner les racines judéo-chrétiennes de la France : Jeanne d’Arc, le souvenir que chez nous « La Patrie est née du cœur d’une femme, de sa tendresse et de ses larmes, du sang qu’elle a donné pour nous… », que  Clovis a reçu le baptême en l’an 500, que de Gaulle déclarait : « Pour moi, la France est un pays chrétien » ; nos églises, vieilles pierres des prières de nos pères, s’effondrent dans l’indifférence. Au nom de la laïcité, on interdit ou on tolère, on condamne ou on encense, empêchant l’émergence d’une laïcité apaisée, aboutissant à une laïcité à géométrie variable. Elle est un instrument de combat socialiste contre toute religion qui n’est pas d’Islam, pourquoi ? Alors que chacun a le droit de vivre sa foi, chacun dans le respect, pourquoi ? Une juridiction à Colmar rétablit le délit de blasphème en condamnant Christine Tasin à 3000 euros d’amende parce qu’elle a dit : « l’Islam est une saloperie » ! Voltaire et son « écrasons l’infâme », adressé au christianisme, 3000  louis d’amende ! Condamnera-t-on demain l’outrancière comme elle, qui affirmera : « le christianisme, le judaïsme est une saloperie ! », ce que ne se privent pas, du reste, de beugler des  manifestants pro-palestiniens. Ménard, qui n’a rien d’un maire pénard, organise le 15 août 2014, une messe dans les arènes de Béziers ; scandale ! Soutane ! Satan ! L’inconsumable, Alexis Corbière des ânes trempe sa plume dans son bénitier pour fulminer : « Mépris évident de la laïcité, la féria de Béziers est née en 1968 à l’initiative d’un élu SFIO, laïque reconnu qui n’aurait pas toléré cela. La fausse laïcité version Le Pen et Ménard n’est que le masque d’un racisme institutionnel. » Vous remarquerez, au passage, que le Corbière des Ânes distribue des baptêmes de « laïque reconnu » ! Un nouveau label. Ainsi organiser une messe en faveur des chrétiens d’Orient persécutés par le fanatisme religieux est un acte « de racisme institutionnel » ! Ce même 15 août 2014, comme chaque année, une messe est organisée à Metz, jour de la fête de l’Assomption de la Vierge Marie ; des élus y assistent ! Cette messe commémore un événement tragique de l’occupation.Des militants d’une association « les profanes »,  inconnue jusqu’alors, en profitent pour distribuer des « kits laïcs » avec des bouchons d’oreilles pour dénoncer la présence, profanatrice de la laïcité, des élus… Toute la presse en parle ! Que ne peut –on distribuer des kits anti-connerie pour nous boucher les oreilles. Pourquoi tous ces chantres de la laïcité ne s’indignent-ils pas quand la mairesse de Paris dépense aux frais du contribuable, peut – être laïque, 70 000 euros pour fêter le ramadan, que je respecte ? Pourquoi n’exigent-ils pas qu’on honore dans les mêmes conditions le Vendredi saint où la fête de Kippour? Pourquoi acceptent-ils que Hollande souhaite un bon ramadan ? Pourquoi tolèrent-ils que le premier ministre participe au repas de rupture du jeune ? Pourquoi supportent-ils le communautarisme qui tétanise l’école ? Pourquoi ont-ils admis, sans rien moufter, qu’au sein du conseil du culte musulman existe une commission chargée « de proposer des orientations sur l’enseignement du fait islamique destinées aux établissements scolaires » ?

    Ils ont des bouchons d’oreilles sélectifs ou ils sont bouchés à l’émeri ?

    À quand une laïcité sans discrimination, sans arrière- pensées électoralistes, qui place chacun sur un pied d’égalité devant les divers modes d’emploi de l’accès  à son Dieu !"

    Michel Janva

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2014/08/la-la%C3%AFcit%C3%A9-un-instrument-de-combat-contre-toute-religion-qui-nest-pas-dislam.html

  • Sur les Identitaires, la Tradition et la révolution globale

    Je considère que les Identitaires sont des alliés quand ils refusent la modernité, l’oligarchie globale et le capitalisme libéral mortifère pour les cultures ethniques et les traditions.

    L’ordre politique moderne est essentiellement global et est purement basé sur l’identité individuelle. C’est le pire ordre possible et il doit être totalement détruit.

    Quand les Identitaires militent pour une réaffirmation de la Tradition et des anciennes cultures des peuples européens, ils ont raison. Mais quand ils attaquent les immigrés, les musulmans ou les nationalistes des autres pays (sur la base de conflits historiques), quand ils défendent les États-Unis, l’atlantisme, le libéralisme ou la modernité, quand ils considèrent la race blanche (qui est celle qui a produit la modernité) comme la race supérieure et affirment que les autres races sont inférieures, je suis en total désaccord avec eux.

    Plus que cela, je ne peux défendre les Blancs contre les non-Blancs pour la seule raison que je suis un Blanc et un Indo-Européen moi-même. Je reconnais la différence des autres groupes ethniques comme une chose naturelle et je refuse toute hiérarchie entre les peuples parce qu’il n’existe pas, et qu’il ne peut pas exister, de mesure universelle pour comparer les sociétés ethniques et les systèmes de valeur.

    Je suis fier d’être Russe, exactement comme les Américains, les Africains, les Arabes ou les Chinois sont fiers d’être tels qu’ils sont. C’est notre droit et notre dignité d’affirmer notre identité. Non pas les uns contre les autres, mais les uns à côté des autres, sans ressentiment envers les autres ni remords envers soi-même.

    Je ne peux pas défendre la nation, parce que la nation est un concept bourgeois imaginé par la modernité afin de détruire les sociétés traditionnelles (Empire) et les religions pour les remplacer par de pseudo-communautés artificielles basées sur l’identité individuelle. Actuellement, la nation est en voie d’être détruite par les mêmes forces qui l’ont créée dans la première période de la modernité. Les nations ont remplies leur rôle de destructeur des identités organiques et spirituelles, et maintenant les capitalistes détruisent leurs propres instruments pour rendre possible la globalisation.

    Nous devons attaquer le capitalisme comme un ennemi absolu, responsable tant de la création de la nation comme simulacre de la société traditionnelle que de sa destruction actuelle. La raison de la catastrophe actuelle a ses racines dans les bases idéologiques et philosophiques du monde moderne. Et la modernité qui était blanche et nationale à son origine est devenue globale sur sa fin. C’est pourquoi les Identitaires doivent choisir leur camp réel : la Tradition (ce qui inclue leur propre Tradition indo-européenne) ou la modernité ? L’atlantisme, le libéralisme, l’individualisme sont les formes du mal absolu pour identité indo-européenne, elles sont incompatibles avec elle.

    Si les Identitaires aiment réellement leur identité, ils doivent devenir eurasistes et rejoindre les traditionalistes, les ennemis du capitalisme de tous les camps politiques, races, religions ou cultures. Être aujourd’hui anti-communiste, anti-musulman, anti-Oriental, pro-Yankees, atlantiste, signifie appartenir à l’autre camp, être du côté du Nouvel ordre mondial et de l’oligarchie financière. Mais c’est une attitude illogique parce que les conséquences du globalisme détruisent toutes les identités sauf celles qui sont individuelles et faire alliance avec ceux qui le soutiennent signifie trahir l’essence même de l’identité culturelle.

    Le problème avec la gauche est différent. Elle est positive dans son opposition à l’ordre capitaliste mais elle manque de dimension spirituelle. La gauche se présente habituellement comme une autre voie vers la mondialisation ce qui est la raison de son opposition aux valeurs organiques, aux traditions et à la religion.

    Ce serait donc une bonne chose que de voir apparaître des « Identitaires de gauche » qui d’un côté défendraient la justice sociale en attaquant le capitalisme, et d’un autre défendraient les traditions spirituelles en attaquant la modernité.

    L’ennemi est unique, c’est l’ordre global libéral capitalisme de l’hegemon nord-américain (qui est dirigé aussi contre la véritable identité américaine).

    Nous ne vaincrons que si nous unifions nos efforts.

    Alexandre Douguine

    http://www.voxnr.com/cc/dh_autres/EuplllAFkuJzqCyKYI.shtml

  • Le tandem Hollande-Valls perd toute crédibilité aux yeux des Français

    Selon un sondage de l’IFOP/JDDle Président Hollande perd encore un point dans les sondages avec seulement  17% d’opinions favorables, et le Premier ministre, Manuel Valls, est en chute libre avec 36% de bonnes opinion seulement. 

    Le chef de l’Etat en dépassant pour la cinquième fois les 80% de mécontents est minoritaire dans toutes les catégories y compris chez les sympathisants socialistes (-13%).

    Manuel Valls perd neuf points, sa plus forte baisse depuis qu’il est Premier Ministre, il chute de quinze points en deux mois., mais de 20 en trois mois. Comme Hollande, il perd dans toutes les catégories d’âges et catégories sociales,  y compris au Parti Socialiste.

    Emilie Defresne

    http://medias-presse.info/le-tandem-hollande-valls-perd-toute-credibilite-aux-yeux-des-francais/14425

  • Des Suisses dans les milices chrétiennes en Irak

    Lu ici :

    "Une dizaine de Suisses seraient partis en Syrie et en Irak pour rejoindre les milices chrétiennes qui s'opposent notamment aux djihadistes de l'Etat islamique, selon une enquête du Matin Dimanche.

    Des Suisses se battraient aux côtés de milices chrétiennes en Syrie et en Irak, affirme Le Matin Dimanche. Selon le journal dominical, ils seraient une dizaine et certains exerceraient des fonctions dirigeantes.

    Les auteurs de l'enquête affirment avoir rencontré en Syrie plusieurs Suisses membres du Syriac Military Council, une milice qui défend les populations chrétiennes face aux djihadistes de l'Etat islamique. Cette organisation aurait déjà formé plus de 1000 soldats.

    Parallèlement, les quelque 1500 familles suryoyes - comme se nomment les Araméens, les Assyriens et les Chaldéens - présentes en Suisse se mobiliseraient aussi financièrement."

    A propos de ces milices chrétiennes, voir ce reportage du Monde.

    M

    Michel Janva

  • Une affaire de géométries variables... par Frédéric Lordon Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com L'affaire de l'amende infligée à la BNP Paribas par la justice américaine a suscité de nombreux commentaires au début du mois de juillet. Nous revenons dessus

    Une affaire de géométries variables...

    par Frédéric Lordon

    Ex: http://metapoinfos.hautetfort.com

    L'affaire de l'amende infligée à la BNP Paribas par la justice américaine a suscité de nombreux commentaires au début du mois de juillet. Nous revenons dessus avec cet article incisif de l'économiste Frédéric Lordon, qui aborde cette fois-ci la question non pas sous l'angle géopolitique, des relations entre les Etats-Unis et l'Europe, mais sous l'angle des relations des banques avec la puissance publique, lorsque celle-ci existe... L'article a été cueilli sur La pompe à phynance, le blog de l'auteur.

    BNP-Paribas, une affaire de géométries variables

    On peut bien, si l’on veut, reparcourir l’affaire BNP-Paribas à la lumière de la saga crapuleuse des banques à l’époque de la libéralisation financière. Il faut bien admettre, en effet, que la série a de quoi impressionner, et jusqu’au point de vue défendu depuis le début ici-même, qui tient plutôt la ligne de ne pas céder à la diversion fait-diversière pour maintenir les droits de l’analyse, telle qu’elle doit rendre compte des crises financières non par l’« hypothèse du mal » — Madoff, Kerviel ou qui l’on voudra —, mais par les fonctionnements structuraux, réguliers, intrinsèques, des marchés de capitaux déréglementés. Dans un élan de sensationnalisme irrépressible autant qu’irréfléchi, les médias, toujours pressés de se rendre au plus gros, et au plus bête, se jettent sur tous les délinquants à chemise rayée comme sur des providences — il est vrai que les occasions sont rares de rafler simultanément les bénéfices de la colère populaire, de la belle image du perp walk [1] des puissants — manière d’attester une souveraine indépendance d’avec les « élites » —, et de la critique de la finance. Mais qui ne critique rien.

    La fraude comme business model bancaire ?

    Car il est bien certain qu’un défilé de traders en combi orange et cadènes aux poignets ne dira jamais rien d’intéressant sur la finance. Obnubilation — par l’image —, et oblitération — de tous les mécanismes ordinaires de la finance —, sont donc les produits les plus certains du barnum systématiquement monté par les médias sur les « grandes affaires » dûment étiquetées « en col blanc ». Prendre la mesure de l’inanité analytique du point de vue criminologique-médiatique requiert, par exemple, de se livrer à une simple expérience de pensée contrefactuelle demandant si la crise financière aurait été évitée si Monsieur Madoff-père s’était retiré ou si Jérôme Kerviel avait fait un BEP de plombier-chauffagiste — bref si les fâcheux n’avaient pas été là. Sauf passion du bouc émissaire et paranoïa en roue libre, la réponse est évidemment non, et les individus délinquants par conséquent renvoyés à leur juste statut : même pas épiphénoménal, simplement secondaire.

    Il s’ensuit surtout que comprendre, et puis prévenir, les crises financières exige un peu plus qu’un programme de redressement moral des traders : s’intéresser aux structures mêmes des marchés de capitaux et des institutions bancaires, telles que, dans leur fonctionnement nominal, elles produisent immanquablement ces séquences : surtension spéculative mimétique, renversement brutal des anticipations, crise de liquidité se propageant de proche en proche, pour gagner potentiellement tous les compartiments de marché par le jeu de la course à la réalisation de détresse [2] et de la ruée au cash [3].

    Le fait-divers divertit, donc, mais il faut bien avouer qu’au rayon « banque et finance » la récurrence fait-diversière commence à impressionner. Entre Goldman Sachs (spéculation contre ses propres clients), HSBC (blanchiment d’argent, fraude fiscale), Crédit Suisse (fraude fiscale), Barclays (manipulation du Libor), RBS (Libor également), et l’on en passe, la généralisation des comportements crapuleux finirait presque par faire croire à l’existence non pas de simples déviations récurrentes, idée en soi tendanciellement oxymorique, mais à un véritable business model, où une partie du dégagement de profit est très délibérément remise à l’exploitation de situations frauduleuses. Champion bancaire national, mais fier de sa surface globalisée, il n’était que justice — ou bien nécessité — que BNP-Paribas vînt ajouter son nom à ce très illustre palmarès. Six milliards et demi de prune tout de même — il va y avoir du bain de siège au conseil d’administration.

    Pertes normales, pertes intolérables

    On peut cependant résister à la pente « délictuelle » et considérer l’affaire BNP-Paribas sous un autre angle. Et même deux.

    Le premier interroge la perception extrêmement variable que prennent les entités capitalistes de leurs pertes selon leurs origines. Car il y a bien quelque chose comme une hiérarchie dans l’acceptabilité, ou la « normalité », des pertes, dont le sommet est évidemment occupé par les « pertes de marché », verdict incontestable d’une quasi-nature à laquelle il est à peu près aussi vain d’objecter que de demander une diminution de l’accélération de la pesanteur. On notera au passage que les « pertes de marché » sont assez souvent l’effet de spectaculaires conneries des équipes dirigeantes, mauvais choix d’investissement ou management déplorable — on pense ainsi, mais comme un exemple parmi tant d’autres, à Boeing qui, à la fin des années 1990, avait cru malin de céder à la mode du downsizing et avait largement licencié, pour se trouver confronté à peine quelques années plus tard à un retour de croissance… et devoir ré-embaucher en catastrophe, mais en s’apercevant que tous les salariés précédemment virés étaient porteurs d’une longue et irremplaçable expérience, et qu’il allait falloir consentir longtemps des coûts monumentaux d’apprentissage, de sous-productivité, et de sous-qualité [4]. Et l’on tiendra pour l’un des symptômes les plus caractéristiques du néolibéralisme qu’on y fustige sans cesse « l’incurie de l’Etat », quand celle du capital engage des sommes non moins considérables, et aussi le destin direct de salariés qui payent de leurs emplois perdus ou de leurs revenus amputés — mais les élites privées de la globalisation, à l’image du « marché », ont été déclarées par principe les insoupçonnables instances de la rationalité, en fait les seules [5].

    Or les « élites » économiques sont plus souvent qu’à leur tour à la ramasse, quand elles ne sont pas carrément incapables de comprendre ce qui se passe vraiment dans leurs entreprises, cas d’incompétence spécialement spectaculaires dans le secteur bancaire, comme l’a prouvé la crise des subprimes — des présidents ventripotents, façon Daniel Bouton, n’ayant pas la moindre idée de la tambouille qui se réchauffe dans leurs propres salles de marché [6], ni des risques réels dont ils laissent se charger leurs bilans. Il en est résulté des pertes consolidées pour le système bancaire international dont le FMI avait tenté l’estimation – entre 2 000 et 3 000 milliards de dollars, soit tout de même le plus imposant bouillon de toute l’histoire du capitalisme —, de sorte que « l’élite » s’est révélée nuisance aux intérêts de ses propres mandataires, pour ne rien dire de ceux de la société dans son ensemble.

    Rien de cet exploit retentissant cependant n’a conduit à la moindre remise en question de la compétence générale des banquiers néolibéraux à diriger les banques, et pas davantage à chuchoter à l’oreille des gouvernements, deuxième compétence supposément adossée à la première. Rien non plus n’a perturbé le moins du monde le gros mouvement de glotte qu’a nécessité tout de même d’avaler pertes aussi astronomiques, elles également versées au registre de la loi naturelle du marché contre laquelle il n’y a rien à dire.

    Ainsi lorsque « le marché » lui impose la sanction, fut-elle colossale, de sa propre incompétence, le capital ne moufte pas. Mais qu’on vienne lui arracher 0,1% de cotisation supplémentaire et il hurle à la mort. Car voilà le bas, le tout en bas, de la hiérarchie de l’acceptabilité des pertes, et en l’occurrence simplement des coûts : ceux qui sont imposés par l’Etat. Procédé décidément d’une puissance heuristique incomparable, il faut là encore se livrer à une expérience de pensée contrefactuelle pour en prendre la mesure, par exemple en partant du montant de l’amende à payer par BNP-Paribas, 6,5 milliards d’euros, en considérant ensuite de celui de son impôt sur les sociétés de 2013, 2,5 milliards d’euros, pour mettre l’un en rapport avec l’autre. Et puis imaginer ceci : un gouvernement de gauche est élu et dit : « la responsabilité des banques privées dans la crise de 2007-2008, dans la récession et les déficits publics qui s’en sont suivis, étant manifeste et incontestable, elles s’acquitteront de la dette qu’elles ont contractée envers la société par une contribution exceptionnelle que nous fixons à trois fois (2,6 fois…) leur dernier impôt payé ». A ce moment ouvrir les micros et bien enregistrer le concert : Michel Pébereau hurle à la mise à mort d’un champion national, Pierre Gattaz déclare l’assassinat de l’esprit d’entreprise, Nicolas Baverez annonce la phase finale du déclin, Bernard Guetta bafouille que nous tournons le dos à l’Union européenne, les Pigeons menacent d’un exode définitif de tous les cerveaux entreprenants, Franz-Olivier Giesbert déclare qu’il faut crever l’Etat obèse, Christophe Barbier que le mur de Berlin a été remonté dans la nuit et que nous nous réveillons du mauvais côté, Jean-Marie Le Guen que trente ans de conversion de la gauche à l’économie de marché viennent d’être rayés d’un trait de plume, Laurent Joffrin pas mieux, etc. Et pourtant, rafler d’un coup trois fois l’impôt annuel, soit à peu de choses près la totalité de son profit, d’un des plus grands groupes mondiaux, les Etats-Unis l’ont fait, et sans un battement de cil.

    Puissance publique et puissances privées : la possibilité d’un rapport de force

    Pays du marxisme-léninisme, comme il est connu de soi, les Etats-Unis ont pris un gros bâton et poum. Disons tout de suite qu’il n’y a pas lieu de pousser des cris d’enthousiasme pour autant. La re-régulation des marchés et des institutions bancaires y est aussi en carafe que partout ailleurs, et pour les mêmes raisons que partout ailleurs — l’infestation de la vie politique et des pouvoirs publics par le lobby financier. Aussi le traitement judiciaire à grand spectacle, par amendes faramineuses interposées, n’est-il que le symptôme de cette impuissance mêlée de mauvais vouloir. Mais au moins y a-t-il quelque chose plutôt que rien. Et même en l’occurrence quelque chose assortie d’assez bonnes propriétés révélatrices. La première tient donc à l’aperception des jugements extraordinairement contrastés auxquels peuvent donner lieu les mêmes événements comptables, selon qu’ils sont le fait de la crasse incurie managériale elle-même — rebaptisée « le marché » —, de la pénalité judiciaire — quand elle est étasunienne —, ou du prélèvement fiscal, pourtant légitime.

    La deuxième propriété révélatrice joue formellement d’un semblable effet de contraste, toujours par la simple comparaison avec les Etats-Unis Soviétiques d’Amérique, en remettant d’équerre la nature des rapports, et notamment des rapports de force possibles, entre la puissance publique et les puissances privées du capital. Là encore pour s’en apercevoir, il faut imaginer pareille sanction infligée par la justice ou quelque pouvoir réglementaire français à une très grande entreprise, à plus forte raison étrangère, pour entendre, sans le moindre doute possible, les discours de l’attractivité, ou plutôt de la répulsivité du territoire français, la fuite annoncée des « investisseurs », le devenir nord-coréen du pays. Car il est maintenant reçu comme une évidence que les puissances publiques doivent abdiquer toute velléité de souveraineté, qu’elles ne sont finalement que les ancillaires des seules puissances qui comptent vraiment, les puissances du capital.

    Par un renversement caractéristique de la pensée économiciste, le néolibéralisme a mis cul par-dessus tête les rapports de souveraineté réels, pour finir par ancrer dans les esprits que l’état normal du monde consiste en ce que le capital règne et que la puissance publique est serve : elle n’a pas d’autre fonction, et en fait pas d’autre vocation, que de satisfaire ses desideratas. Assez logiquement, en pareille configuration, la liste de ces derniers ne connaît plus de limite, et ceci d’autant plus que, encouragé par le spectacle des Etats se roulant à ses pieds, le capital se croit désormais tout permis.

    Affirmation ou démission

    Par ce paradoxe bien connu qu’on pourrait nommer « le zèle du converti de fraîche date », c’est probablement en France que cet état des choses fait les plus visibles ravages et, paradoxe dans le paradoxe, à « gauche », on veut dire à la nouvelle droite, où le devoir d’expiation s’élève pour ainsi dire au carré. Que la volonté politique puisse prévaloir contre le marché, qu’elle ne se borne pas à simplement ratifier ses injonctions, qu’elle puisse même avoir l’ambition d’arraisonner les puissances d’argent, ce sont des idées désormais jugées si épouvantables qu’on est coupable de les avoir seulement considérées. Et ce rachat-là est interminable, à proportion de la croyance antérieure, qu’il ne suffit pas de récuser comme une simple erreur mais dont il faut reconnaître, et puis compenser rétroactivement, l’exceptionnelle abomination. Aussi depuis les 3% maastrichtiens de Bérégovoy jusqu’au « pacte de responsabilité », la Gauche repentie, par là vouée à devenir Droite complexée, n’en finit pas de se couvrir la tête de cendre, dans une surenchère de démonstration qui veut prouver à la face du monde l’irréversibilité de sa conversion — et le Medef a très bien compris qu’il pouvait compter sur elle pour en faire plus que n’importe qui.

    Notamment, donc, pour se faire la stricte desservante de l’idée néolibérale par excellence qui pose la souveraineté de « l’économie » — et la subordination à elle de tout ce qui n’est pas elle. Ainsi, par exemple, est-il devenu presque impossible de faire entendre qu’il n’y a rien d’anormal à ce qu’une entreprise de service public soit déficitaire, et endettée, précisément parce que les servitudes de sa fonction, l’universalité par exemple, emportent des coûts spécifiques qui l’exonèrent des logiques ordinaires de l’économie privée.

    L’Etat est donc désormais enjoint d’abandonner toute logique propre pour n’être plus, fondamentalement, que le domestique de « l’attractivité du territoire », entreprise de racolage désespérée, car la concurrence est sans merci sur les trottoirs de la mondialisation, d’ailleurs dirigée aussi bien vers l’extérieur — faire « monter » les investisseurs étrangers — que, sur un mode plus angoissé encore, vers l’intérieur — retenir à tout prix notre chère substance entrepreneuriale. Il est bien vrai que dans les structures de la mondialisation néolibérale qui lui a ouvert la plus grande latitude possible de déplacements et d’arbitrages stratégiques, le capital a gagné une position de force sans pareille, et la possibilité du chantage permanent : le chantage à la défection, à la fuite et à la grève de l’investissement [7].

    Le rapport de force réel cependant ne s’établit pas seulement d’après ses données objectives, mais plus encore peut-être d’après le degré d’amplification que leur font connaître un certain état de soumission et une propension à baisser la tête — à leur maximum dans le cas de la Droite complexée. Si le cas BNP-Paribas, donc, est bien une affaire de géométrie variable, c’est parce qu’en plus de montrer les variations auxquelles peuvent donner lieu les « jugements de pertes », il met en évidence, par la comparaison la plus irrécusable — celle avec les Etats-Unis —, la différence dans les degrés de fermeté, ou d’abdication, des puissances souveraines face aux puissances privées du capital.

    Là où l’Etat de François Holande s’humilie chaque jour davantage devant le patronat français, l’administration étasunienne, à qui on peut reprocher bien des choses mais certainement pas de méconnaître ses propres prérogatives de souveraineté, sait de temps en temps rappeler aux entreprises les plus puissantes à qui vraiment revient le dernier mot en politique. En ces occasions — évidemment exceptionnelles, car on présenterait difficilement les Etats-Unis comme le lieu sur Terre du combat contre le capital… —, en ces occasions donc, le gouvernement US se moque comme de son premier décret des possibles cris d’orfraie, de la comédie de l’Entreprise outragée, de la menace du déménagement et de la porte claquée. Etonnamment d’ailleurs, de cris d’orfraie, il n’y a point. BNP-Paribas s’est fait copieusement botter le train, mais BNP-Paribas s’écrase, relit de près Rika Zaraï, fait des frais d’herboristerie… et n’attend, en se faisant petit, que le moment d’avoir le droit de faire retour à ses chères opérations dollars. BNP-Paribas pourrait bien monter sur ses grands chevaux et promettre le boycott des Etats-Unis, les Etats-Unis s’en foutent comme de l’an quarante, et ils s’en foutraient même si ça leur coûtait. Car il s’agit d’affirmer un primat.

    Ne plus se rouler au pied du capital

    Que les raisons diplomatiques qui ont commandé en dernière instance la décision étasunienne soient les plus critiquables du monde, la chose n’est pas douteuse, mais ça n’est pas là qu’est le problème en l’occurrence. Le problème est de principe, et tient à la réaffirmation de la hiérarchie des puissances. Il n’y a certainement pas que des motifs de réjouissance dans l’affirmation de l’imperium étatique, dont on sait à quel point il peut se faire haïssable, le cas des Etats-Unis étant d’ailleurs spécialement gratiné sous ce rapport. Mais s’il n’y a à choisir qu’entre l’imperium de l’Etat et celui du capital, alors la décision est vite faite. Pour toutes ses distorsions et ses pantomimes, il arrive que la chose appelée (par charité) « démocratie », dans le cadre de laquelle l’imperium d’Etat est contraint de s’exercer, il arrive donc, parfois, que la « démocratie » impose des commencements de régulation, voire laisse passer quelque chose de la voix populaire si celle-ci finit par le dire suffisamment fort. Dans l’espace du capital, en revanche, nul ne vous entendra crier.

    S’il s’agit de capitalisme, tout ce qui vient des Etats-Unis est réputé insoupçonnable, répète en boucle le catéchisme néolibéral. Pour une fois profitons-en. Les occasions de faire jouer en notre faveur les fausses hiérarchies de la légitimité sont trop rares pour ne pas être exploitées jusqu’au trognon. S’il y a bien une leçon à tirer de l’affaire BNP-Paribas, ça n’est pas tant que les banquiers néolibéraux sont des fripouilles, aussi bien au sens du code pénal que de la nuisance sociale, c’est que la puissance publique, pourvu qu’elle le veuille, n’a ni à passer sous le tapis ni à céder à tous les ultimatums du capital. La vérité c’est que les capitalistes sont assez souvent de grosses nullités ; qu’on ne compte plus les désastres privés comme publics auxquels ils ont présidé ; que leur départ outragé aurait assez souvent moins d’une catastrophe que d’un opportun débarras ; qu’il ne manque pas de gens, derrière, pour prendre leur place — et pourquoi pas sous les formes post-capitalistes de la récommune [8] ; que si c’est le capital local lui-même qui fait mine de s’en aller, il y a d’abord quelques moyens juridiques très simples de l’en empêcher ; que si c’est le capital étranger qui menace de ne plus venir, il n’y a pas trop de mouron à se faire pourvu qu’on n’appartienne pas à la catégorie des eunuques « socialistes » : la rapacité du capital sait très bien s’accommoder même des conditions les plus « défavorables » — le cas BNP-Paribas ne démontre-t-il pas précisément qu’on fait la traque aux entreprises qui se précipitent, mais clandestinement, pour faire des affaires en Iran, au Soudan, etc., pays pas spécialement connus pour leurs ambiances business friendly…

    S’il y a un sou de profit à faire plutôt que zéro, le capital ira [9]. Et si, d’aventure, offensé, il prend ses grands airs un moment, il reviendra. L’éternel retour de la cupidité, ne sont-ce d’ailleurs pas les marchés financiers qui en font le mieux la démonstration : là où la théorie économique vaticine, le doigt tremblant, qu’un défaut sur la dette souveraine « ferme à tout jamais les portes du marché », l’expérience montre que les Etats ayant fait défaut font surtout… leur retour sur le marché à quelques années d’écart à peine, et qu’ils sont bien certains de trouver à nouveau des investisseurs pour leur prêter, d’autant plus si les taux sont un peu juteux.

    Sagesse du (très) gros bâton, exemplarité de la saisie

    Que la puissance publique ait ainsi les moyens de réaffirmer le primat de la souveraineté politique et de tendre le rapport de force avec le capital, comme l’atteste spectaculairement la décision des Etats-Unis contre BNP-Paribas, mais contre bien d’autres groupes, étrangers ou pas, bancaires comme industriels, c’est un aspect du dossier qui, curieusement, n’a pas traversé l’esprit d’un seul éditorialiste. On se souvient en revanche de la tempête d’indignation qu’avait soulevée la nationalisation par le gouvernement argentin de YPF, filiale du groupe pétrolier espagnol Repsol. N’étaient-ce pas les lois du marché, peut-être même les droits sacrés de la propriété, qui étaient ainsi foulés au pied ? Indépendamment de toute discussion du bien-fondé de la décision économique en soi, qui est sans pertinence pour le présent propos, on rappellera tout de même que cette nationalisation s’est faite dans les règles, par rachat monétaire de leurs titres aux actionnaires — le droit de propriété n’a donc pas trop souffert. Il n’y a d’ailleurs aucune raison pour qu’il en aille toujours ainsi. Il est des cas où la violation de bien public est telle que la saisie pure et simple est une solution d’une entière légitimité politique — c’est bien ce qu’il aurait fallu infliger au secteur bancaire privé dans sa totalité, responsable de la plus grande crise financière et économique de l’histoire du capitalisme [10].

    Il faut rappeler ces choses élémentaires pour prendre à nouveau la mesure des pouvoirs réels de la puissance souveraine, contre tous les abandons des démissionnaires — vendus ou intoxiqués. Et l’occasion est ainsi donnée d’offrir au paraît-il insoluble problème de la re-régulation financière sa solution simple, simple comme le « dénouement » du nœud gordien, une solution en coup de sabre : les règles — c’est-à-dire les interdictions — de la nouvelle régulation posées [11], toute infraction sérieuse sera aussitôt sanctionnée par une nationalisation-saisie, soit une expropriation sans indemnité aucune des actionnaires.

    Comme l’a définitivement montré la crise ouverte depuis 2007, crise généreusement passée par la finance privée aux finances publiques et à l’économie réelle, et qui s’est payée en millions d’emplois perdus, en revenus amputés et en innombrables vies détruites, la position occupée par le système bancaire dans la structure sociale d’ensemble du capitalisme le met ipso facto en position de preneur d’otages — à laquelle la théorie économique, bien propre sur elle, préfère le nom plus convenable d’« aléa moral » —, et par là même en position d’engendrer impunément, et répétitivement, des dégâts sociaux hors de proportion. La tolérance en cette position névralgique d’un secteur privé, abandonné à la cupidité actionnariale, ne peut avoir moindre contrepartie que la reconnaissance de la très haute responsabilité sociale des banques qui s’ensuit, assortie des sanctions les plus draconiennes en cas de manquement, la saisie-nationalisation en étant la plus naturelle — position en réalité d’une grande, d’une coupable, tolérance, car la conclusion qui suit logiquement de pareille analyse voudrait plutôt que, par principe, le système bancaire soit d’emblée, et en totalité, déprivatisé [12].

    En tout cas, comme le montre à sa manière l’affaire BNP-Paribas, et le profil bas aussitôt adopté par ses dirigeants, le rapport de force a ses éminentes vertus, le seul moyen de faire plier une puissance, comme celle du capital, étant de lui opposer une puissance contraire et supérieure. Il suffit donc de sortir les contondants de taille suffisante pour (re)découvrir que le capital n’est pas souverain, et qu’il peut être amené à résipiscence. Gageons que les conseils d’administration bancaires, dûment informés du nouveau « contexte régulateur » qu’on se propose de leur appliquer, ne manqueraient pas — désormais — de surveiller avec un peu moins de laxisme, peut-être même de très près, les agissements des directions qui sont en fait leurs mandataires. Et que, sous la menace d’une expropriation sans frais, ils se montreraient des plus attentifs au respect par leur banque des nouvelles règles en vigueur.

    Le capital, dit-on, s’y entend comme personne pour trouver les défauts de la cuirasse, tourner les réglementations et faire fuir tous les contrôles. A leur corps défendant sans doute, les Etats-Unis viennent de prouver que non, en montrant en acte qu’il suffit de taper suffisamment fort pour que le capital se tienne tranquille. Nul ne sera assez égaré pour voir dans cette décision à l’encontre de BNP-Paribas autre chose qu’une de ces éruptions réactionnelles de souveraineté étatique [13] sans suite ni cohérence, en tout cas sans le moindre projet politique d’ensemble. Mais peu importe : la démonstration est là, il appartient ensuite à qui voudra de la prolonger en un projet, le projet que le capital ne soit plus le souverain dans la société, le projet d’une déposition en somme.

    Frédéric Lordon (La pompe à phynance, 8 juillet 2014)

    Notes

    [1] Perpetrator walk, ou perp walk, est le nom donné à l’exhibition médiatique des accusés, menottes aux poignets, encadrés par deux policiers.

    [2] C’est-à-dire la vente en panique des actifs vendables.

    [3] Voir à ce sujet André Orléan, Le Pouvoir de la finance, Odile Jacob, 1999, et De l’euphorie à la panique. Penser la crise financière, Editions Rue d’Ulm, 2009 ; ainsi que Frédéric Lordon, Jusqu’à quand ? Pour en finir avec les crises financières, Raisons d’agir, 2008.

    [4] On trouvera un catalogue d’erreurs managériales bien fourni dans l’ouvrage de Christian Morel, Les Décisions absurdes, Gallimard, 2009.

    [5] De ce point de vue le numéro de Marianne en date du 19 juin 2014 qui pose la question « Les grands patrons français sont-ils nuls ? » tranche agréablement.

    [6] Ce qui ne veut certainement pas dire en l’occurrence que Kerviel était seul au monde, l’hypothèse que nul dans sa hiérarchie n’ait rien connu de ses agissements étant proprement rocambolesque.

    [7] Au sujet des prises d’otages du capital voir « Les entreprises ne créent pas l’emploi », 26 février 2014.

    [8] Sur l’idée de « récommune », voir Frédéric Lordon, La crise de trop, Fayard, 2009 ; Capitalisme, désir et servitude. Marx et Spinoza, La Fabrique, 2010.

    [9] En ces temps de capitalisme actionnarial, la formulation la plus juste dirait : « s’il y a une opportunité de passer la barre de la rentabilité financière d’un sou plutôt que de zéro… »

    [10] Voir « Pour un système socialisé du crédit », 5 janvier 2009.

    [11] Dont on pourra trouver les éléments dans « Si le G20 voulait… », septembre 2009.

    [12] Voir « Pour un système socialisé du crédit », 5 janvier 2009.

    [13] Qu’on nous épargne les distinctions en l’occurrence byzantines entre « l’Etat », stricto sensu, et « la Justice ». Ce qui compte ici c’est la puissance publique lato sensu, en tant qu’elle oppose sa logique propre à celle des puissances privées.

    http://euro-synergies.hautetfort.com/archive/2014/08/22/bnp-paribas-une-affaire-de-geometries-variables-5432360.html

  • État islamique en Allemagne et en Suisse aussi ?

    "Et si Al-Qaïda recrutait au marché ?", s’interroge-t-on fort opportunément sur les bords du lac Léman.   

    Des djihadistes en armes de l’État islamique distribuent des exemplaires du Coran, dans les rues des villes irakiennes et syriennes dont ils ont pris le contrôle. La kalachnikov en moins, leurs partisans les imitent, sous nos latitudes européennes, voulant « propager la parole d’Allah dans tous les ménages », comme l’a annoncé pour l’Allemagne l’un de leurs prédicateurs salafistes berlinois. Chez nos voisins d’outre-Rhin, les activistes musulmans ont lancé en 2011 une campagne sans précédent de promotion du Coran.

    L’ambition affichée par la fondation salafiste qui finance cette opération est que dans chaque foyer d’outre-Rhin (25 millions) parvienne à terme un exemplaire gratuit en allemand du « Livre saint ». L’affaire est en bonne voie. 

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  • Démission du gouvernement !

    Manuel Valls a été chargé lundi de constituer un nouveau gouvernement après avoir présenté la démission de l’équipe de « combat » formée il y a moins de cinq mois et qui a implosé en raison de divisions sur la politique économique menée.

    « Sa composition sera annoncée dans la journée de mardi« , précise un communiqué de l’Elysée.

    Les hostilités ont été lancées par le ministre Arnaud Montebourg .  Mercredi, à l’issue du Conseil des ministres, celui-ci avait annoncé : «Dimanche, je passe à l’attaque!» . Dans son discours de la fête de la Rose, dimanche, il a indiqué: «Devant la gravité de la situation économique, le ministre de l’Économie que je suis a le devoir de proposer des solutions alternatives».

    François Hollande avait quelques jours plus tôt dans une interview au « Monde », annoncé qu’il poursuivrait quoiqu’il advienne, la politique qu’il avait entamée.

    Emilie Defresne

    http://medias-presse.info/demission-du-gouvernement/14432