Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

culture et histoire - Page 1758

  • Le Moyen-Âge européen, période de progrès

    Entrevue avec Christian Feyerabend, historien et réalisateur de films

    Les temps modernes semblent avoir oublié ce qu’ils doivent au Moyen Âge. Aujourd’hui encore, nombreux sont ceux pour qui la période comprise entre l’Antiquité et les temps modernes est synonyme de ténèbres et de barbarie. Mise au point.

    Le Moyen Âge est souvent associé à l’obscurantisme. Monsieur Feyerabend, vous réfutez ce préjugé dans un de vos films « Voyage au temps des ténèbres » (2004). Quelles ont été les principales découvertes et innovations faites au Moyen Âge qui perdurent encore aujourd’hui ?
    Commençons par des choses toutes simples : tout à l’heure, je suis allé vider ma boîte aux lettres ; j’y ai trouvé un extrait de compte sur lequel figuraient les termes « crédit, débit, et Girokonto (compte courant en allemand) ». Notre système bancaire moderne, les transactions financières et le commerce sont encore marqués par un grand nombre d’innovations lancées au Moyen Âge essentiellement dans les villes commerçantes du nord de l’Italie, telles Gênes et Venise. Ce qui explique pourquoi de nombreux termes bancaires sont d’origine italienne. Prenons par exemple « Banco » qui vient du mot table en italien, table sur laquelle l’argent était échangé. « Giro » signifie que l’argent effectue un mouvement circulaire.
    Cela me fascine de voir que tant de choses datent du Moyen Âge, comme les instruments de mesure du temps, puisque c’est à cette époque qu’ont été inventées les premières horloges mécaniques. Presque toutes les villes d’Europe ont été fondées au Moyen Âge, exceptées quelques cités datant de l’époque romaine. De même, la pensée scientifique s’est développée au Moyen Âge. Sans oublier l’esprit européen : en effet, l’Europe s’est formée au Moyen Âge, après le déclin de l’Empire romain.

    Avant la création des universités, les monastères étaient les cénacles scientifiques de l’Europe. Dans quelle mesure ont-ils été un moteur d’innovation ?
    Ils l’ont été à de multiples égards. Cela tient également au fait qu’après le déclin de l’Empire romain, il n’existait plus d’organisation centralisatrice, hormis l’Eglise. Les monastères ont alors joué un rôle déterminant, notamment grâce au latin, la langue liturgique qui s’est imposée en tant que langue commune. Le latin était parlé du Portugal à la Lettonie, de la Sicile à l’Ecosse. Par ailleurs, les monastères détenaient le savoir de l’Antiquité. Les moines étudiaient les théories d’Aristote, de Platon, et des autres scientifiques de l’Antiquité. Comme l’imprimerie n’existait pas encore à cette époque, il leur fallait tout recopier, ce qui les obligeait à se pencher de très près sur les sciences.

    Et les moines ont-ils fait progresser les sciences ?
    Oui, parce qu’ils étudiaient les sciences. Notre film illustre très bien ce propos à partir de manuscrits anciens : les moines recopiaient les écrits d’Aristote et ajoutaient leurs commentaires. Ils étudiaient le savoir et les connaissances de l’Antiquité, les vérifiaient et en tiraient leurs propres conclusions. Le rationalisme, qui est né en Europe, vient de la scolastique. Il faut également noter qu’à cette époque, le Nord et l’Est de l’Europe en particulier étaient recouverts de forêts, à l’exception des cités antiques. Puis les monastères ont aménagé des champs, se révélant des pionniers de l’agriculture ; ils ont pratiqué la viticulture, la production fruitière et la distillation, apprise des Arabes. C’est pourquoi les bières brassées dans les monastères sont aujourd’hui encore les meilleures.

    Un grand nombre d’innovations techniques – notamment dans le domaine de l’agriculture – étaient déjà connues en partie à l’époque des Romains, comme les moulins à eau. Pourquoi ces moulins à eau se sont-ils généralisés au Moyen Âge et quelle importance ont-ils alors revêtu dans l’économie en général ?

    Il est un fait que les Romains disposaient déjà de moulins à eau, mais ils ne dépendaient pas tellement de cette technique. Au Moyen Âge, en revanche, comme il n’y avait plus d’esclaves, la main-d’œuvre coûtait cher. De plus, la révolution agraire a entraîné beaucoup d’excédents agricoles qu’il fallait bien transformer, d’où l’utilisation et le perfectionnement des moulins à eau, tout comme des moulins à vent qui nous venaient des Arabes. Les moulins ne se prêtaient pas seulement à la transformation des céréales, ils ont aussi été mis à profit par les premières industries. Jusqu’à l’invention de la machine à vapeur, tout fonctionnait à l’énergie éolienne et hydraulique, notamment les forges à marteaux-pilons. Les moulins servaient aussi au drain pour les mines. Aujourd’hui, les historiens disent même que la première révolution industrielle, que nous associons toujours au XIXe siècle, a en fait déjà eu lieu au Moyen Âge.

    Dans quelle mesure le Moyen Âge portait-il les germes de l’Europe moderne ?
    Quand on se réfère au Moyen Âge, on dit toujours que c’est la période de la naissance véritable de l’Europe. Il est un fait qu’une grande partie de ce qui constitue aujourd’hui notre patrimoine nous vient du Moyen Âge. Cela est dû au fait que les différentes nations, à savoir l’Espagne, la France, l’Empire germanique ou encore l’Angleterre, se sont constituées après le déclin de l’Empire romain. Cela tient également au fait qu’il y avait une langue unique en raison de la religion. A cela s’ajoute le sentiment d’appartenir à une même communauté, d’être des Européens. Il y avait des valeurs fondamentales communes, qui perdurent encore aujourd’hui. Et les fondements de cette Europe, à savoir les droits de l’Homme et la dignité humaine, sont antérieures au Siècle des Lumières.

    Peut-on vraiment dire que l’idée des droits de l’Homme a émergé au Moyen Âge ?
    Parler de droits de l’Homme serait peut-être excessif. Je préfère parler de dignité humaine. L’Antiquité a toujours établi une distinction entre les personnes jouissant de droits civiques et celles qui étaient considérées comme des objets, en l’occurrence les esclaves qui n’avaient aucun droit. Au Moyen Âge, le christianisme a aboli cette distinction et accordé la même dignité à tous. Ce principe est devenu un des fondements de l’Europe.

    Source : arte.tv (via Naïf)
    http://www.fdesouche.com

  • DREYFUS TOUJOURS ACTUEL (arch 1994)

    Il y aura cent ans, en octobre prochain, débutait l'affaire Dreyfus. En avant-première d'un anniversaire qui risque d'être commémoré abondamment et de façon univoque, François Brigneau a pris l'excellente initiative d'éditer un numéro de ses "Cahiers" consacré à l'affaire et proposant un historique concis mais détaillé, ainsi qu'une analyse "vue de droite" des prémisses et conséquences politiques de ce qui fut bien plus qu'un simple problème judiciaire. Il répond ici à quelques questions d"'actualité".

    ❍ National Hebdo : Si l'on pouvait résumer la thèse de votre Cahier, Dreyfus était peut-être innocent du crime de trahison mais les dreyfusards sont eux, à coup sûr, coupables de complot ou d'agression contre la France chrétienne et l'armée. Si complot il y a, qui en a été l'instigateur ?

    ❏ François Brigneau : A mon sens, il y a eu plutôt que complot une exploitation rapidement devenue gigantesque d'une affaire somme toute modeste, au départ. Les premiers à se mobiliser sont les frères du capitaine Dreyfus et à travers eux la communauté juive française. Je rappelle comment dès le 30 octobre 1894 - Dreyfus a été arrêté le 15 octobre - le grand rabbin de Paris, Zadoc Kahn, lié familialement aux Dreyfus, est reçu par le préfet de police, Lépine, qu'il adjure de tout faire pour éviter le conseil de guerre à Alfred Dreyfus sinon, dit-il, on verra « tout le pays coupé en deux, tous mes coreligionnaires debout et la guerre déchaînée entre les deux camps ». Et le grand rabbin ajoute aussitôt : « Quant aux moyens de la soutenir (cette guerre), vous pouvez vous fiez à nous ». Ensuite, à partir de la déportation de Dreyfus en Guyane, à l'île du Diable, la gauche radicale et franc-maçonne monte au créneau, parce qu'elle voit très vite dans cette affaire un moyen à la fois de se refaire une virginité après le scandale de Panama qui l'a abondamment éclaboussée, et d'attaquer les milieux politiques catholiques et nationalistes. C'est toute la démarche d'un Clemenceau, considéré comme fini politiquement après Panama, et à qui l'affaire Dreyfus permettra de redémarrer la carrière que l'on sait.

    ❍ Voyez-vous d'autres instigateurs ?

    Il y a pu avoir le rôle de factions militaires françaises opposées les unes aux autres. La franc-maçonnerie a des relais dans l'armée pourtant largement dominée par le parti catholique ou monarchiste. On ne peut exclure des manœuvres d'intoxication des services secrets allemands, visant à désorganiser l'efficace service de contre-espionnage français mis en place après 1871 .

    Mais à l'évidence ce qui est frappant dans l'affaire Dreyfus c'est le rôle joué par les lobbies progressistes ou juifs pour médiatiser et internationaliser la cause d'un obscur officier français. On peut même dire qu'il s'agit d'une première dans le genre. Je cite dans mon Cahier la réaction exemplaire à ce propos de Wilhelm Liebknecht. Exemplaire car Liebknecht, juif, est le fondateur du parti socialiste allemand et le père du dirigeant révolutionnaire allemand de 1917 Karl Liebknecht - et n'a vraiment pas le profil d'un antidreyfusard. Or, écrivant dans un journal socialiste viennois sur l'affaire en 1899, il dénonce de façon virulente le montage politico-médiatique et les "trucs" du parti dreyfusard, parle d'un « charivari bien répété (...) conduit par un chef d'orchestre au moindre signe duquel tous les exécutants obéissaient (...) Quand, dans tous les pays, cinq cents journaux de partis différents entonnent chaque jour, une fois, deux fois et plus, la même mélodie, il n'est vraiment pas possible de croire à un ''pur hasard", ou à de mystérieuses "sympathies" des nerfs et des âmes. »

    Et Liebknecht, s'il ne nomme pas le "mystérieux chef d'orchestre", ajoute : « Ce qu'il y a de plus laid, de plus répugnant dans "l'affaire", dans ce truc de "l'affaire", c'est l'insincérité intérieure, la mensongère apparence de sainteté donnée à cette comédie de l'indignation, à la plus mensongère des comédies d'indignation ». Comment ne pas penser en lisant ces lignes à certaines récentes campagnes médiatiques ?

    ❍ L'innocence de Dreyfus est-elle à ce jour hors de contestation, ou y a-t-il eu des éléments nouveaux ? Dans votre Cahier vous rappeliez certains faits troublants. Quelle est votre position aujourd'hui ?

    Toute l'historiographie récente reprend et développe la thèse de l'innocence de Dreyfus. Sur le fond, il faut rappeler la similitude de l'écriture de Dreyfus avec celle figurant sur le document trouvé à l'ambassade d'Allemagne et contenant des similitudes attestée par la quasi-totalité des experts graphologues des renseignements importants sur plusieurs aspects de notre défense nationale. Mais surtout il y a l'attitude de Dreyfus lui-même, qui se comportera vraiment, tant au moment de son arrestation que de son premier procès, comme un coupable : lors du test graphologique, il tremble soudain lorsque les enquêteurs lui dictent la liste des renseignements militaires livrés aux Allemands. Puis, décrété d'arrestation, il a cette phrase mystérieuse : « Je sens qu'un plan épouvantable a été préparé contre moi ». Par qui ? Il faut rappeler que Dreyfus était un des quatre ou cinq officiers stagiaires attachés aux quatre bureaux de l'état-major français et pouvant donc avoir accès aux renseignements confidentiels trouvés à l'ambassade d'Allemagne, qu'il lui a même reconnu - quitte à se rétracter ensuite - qu'il l'avait recopié pour son usage personnel certains de ces documents militaires. Enfin, juste après sa dégradation il confiera au garde Despert qui l'escorte : « Pour être coupable, je suis coupable, mais je ne suis pas le seul ».

    Pendant l'affaire, les autorités allemandes défendront la thèse de l'innocence de Dreyfus, mais là il faut penser à ''l'intox'', de bonne guerre dans pareil cas. En ce qui me concerne, j'ai longtemps été convaincu de la culpabilité de Dreyfus mais serais moins affirmatif aujourd'hui.

    ❍ Est-ce que l'on peut dire que le clivage dreyfusards / antidreyfusards correspond absolument à celui opposant gauche et droite, maçonnerie et catholicisme ?

    Il est vrai que des franc-maçons comme le ministre de la guerre Godefroy Cavaignac, le président du conseil Dupuy et jusqu'au président de la République Félix Faure ont été jusqu'au bout convaincus de la culpabilité de Dreyfus et opposés à la révision de ce procès. De même un des meneurs du parti dreyfusard, Waldeck-Rousseau, n'était pas un "frère", non plus que le très chrétien Péguy qui devint un ardent défenseur de Dreyfus. Même un nationaliste comme Urbain Gohier s'indigna des restrictions - il est vrai motivées par des considérations de sécurité militaire - apportées aux droits de la défense de Dreyfus.

    Il est vrai encore que Jaurès s'est tout d'abord désintéressé de l'affaire, estimant même qu'on aurait pu fusiller Dreyfus, et qu'une autre éminente figure du socialisme français ; Jules Guesde, considérait que le petit capitaine ne méritait pas la compassion du mouvement ouvrier.

    Il n'en est pas moins vrai que très vite les institutions maçonniques et les partis de gauche se sont engagés à fond dans la cause dreyfusarde, pour des raisons qui n'étaient toutes inspirées par la défense des droits de l'homme.

    ❍ Quelles ont été les conséquences de l'affaire ?

    Au simple niveau militaire la destruction du service de contre-espionnage français, qui ne sera reconstitué qu'à partir de 1910, la désorganisation de l'état-major et la mise en place d'un "fIicage" franc-maçon et radical dans l'armée, comme en témoignera le scandale du fichage des officiers catholiques par le général progressiste André en 1904. La capitulation de Marchand à Fachoda devant les Britanniques en 1898 s'explique aussi par cette crise paralysant l'armée.

    Sur le plan politique, l'affaire a permis à la gauche radicale et maçonne de faire oublier un passé de corruption, de conjurer la menace nationaliste et de gouverner le pays jusqu'à la guerre de 1914-1918. Elle lui a permis également de préparer l'opinion aux lois anticatholiques promulguées par Waldeck-Rousseau, puis par le "petit père" Combes en 1905.

    Enfin en ce qui concerne le judaïsme, l'affaire a été le détonateur du mouvement sioniste : c'est en observant chez nous, où il était correspondant d'un journal autrichien, le déchaînement des passions et notamment de l'antisémitisme, que Théodor Herzl, juif autrichien d'opinion jusque là classiquement pangermaniste, va concevoir le principe d'un Etat juif accueillant toute la diaspora et résolvant ainsi - en principe - la question de l'antisémitisme des patries d'accueil des Juifs.

    ❍ Voici quelques années, les autorités militaires françaises ont fait un petit scandale en refusant que soit érigée à l'Ecole militaire une statue de Dreyfus sculptée par Tim le dessinateur de l'Express (1). Comment expliquez-vous leur attitude, près d'un siècle après les faits ?

    Si prudents que soient aujourd'hui nos généraux, ils savent que l'armée a gardé de l'affaire Dreyfus avant tout le souvenir d'une agression, d'une mise en accusation de tout un corps. On lui a donné le mauvais rôle. Une telle statue en un tel lieu ne pouvait donc être perçue que comme une provocation et une humiliation.

    (1) La statue se trouve reléguée dans un coin du jardin des Tuileries. Son auteur, Tim, est à l'évidence meilleur dessinateur politique que sculpteur.

    Dans son Cahier François Brigneau relate la visite faite par Waldeck-Rousseau, député républicain de gauche, futur président du conseil et par ailleurs chef de file de la cause dreyfusarde, à Louis Ménard, greffier en chef auprès de la Cour de cassation. Nous sommes en 1898 et tout le parti dreyfusard s'affaire à obtenir la révision du procès de son héros (lequel sera condamné une seconde fois puis immédiatement gracié en 1899). Voilà donc ce que dit à Ménard ce grand défenseur des droits de l'homme et de Dreyfus qu'est Waldeck-Rousseau : « Je viens vous parler de l'affaire Dreyfus, dont vous allez avoir à vous occuper. Ce n'est pas que Dreyfus nous intéresse, mais nous voulons profiter de cette circonstance pour faire une armée républicaine et démolir l'état-major qui n'est composé que de cléricaux, de jésuites et de réactionnaires ( ... ). Nous sommes sûrs de réussir. Ceux qui seront avec nous auront ce qu'ils voudront. Tant pis pour les autres. »

    Les voies de l'humanisme sont impénétrables!

    François Brigneau : Mon affaire Dreyfus, ses causes, ses conséquences.

    A commander aux publications FB : 24 rue de l'Amiral-Roussin, 75015 Paris. 72 pages

    ✍ National Hebdo Semaine du 27 janvier au 2 février 1994

  • Pour un nationalisme permaculturel

     

    Vivre, c'est se protéger

    Un long travail de guerre culturelle a été accompli par l'idéologie dominante en Occident pour culpabiliser dans les populations l'idée de « fermeture », et ses corollaires dans les notions de frontière, de limite et de protectionnisme. Depuis les années 1970, pour être quelqu'un de bien, il faut rester « ouvert », et en particulier souscrire sans conditions au sans-frontiérisme. On pense notamment à l'officine d'influence Open Society Institute de George Soros ainsi qu'au champ lexical du marketing et aux éléments de langage en vigueur dans les médias.

    Or, aucune espèce vivante ne peut survivre physiquement sans un territoire doté de frontières, de limites, de contours. Le premier territoire est le corps, dont l'intégrité est assurée par la peau, ou du moins une membrane protectrice. La vie n'existe pas sans un épiderme qui distingue l'intérieur de l'extérieur, ce qui suppose nécessairement un certain degré de fermeture. L'idéologie dominante de l'ouverture inconditionnelle des frontières et de la levée de toutes les limites est donc une idéologie de mort, l'équivalent de l'ouverture de la peau.

    La notion de « fermeture » mérite ainsi une réhabilitation pleine et entière dans le champ de la praxis politique. Fermer est synonyme de « protéger l'intégrité », « assurer la sécurité et la pérennité ». Pendant des millénaires, pour se protéger des agressions, toutes les places fortes et les cités d'importance étaient fermées par des remparts, des murailles, des reliefs et des plans d'eau naturels ou artificiels, ce qui leur a permis de se perpétuer jusqu'à notre époque. Dans cette perspective de « fermeture positive », l'échelle locale à privilégier de nos jours est celle de l'État-nation, doté de frontières et de limites fixes. Les raisons en sont simples : face au mondialisme, dont la logique est structurellement aliénante, les échelles régionales ou de tailles encore inférieures sont impuissantes à assurer la protection de leurs résidants, et seule l'échelle nationale en est capable. Quant à l'échelle continentale, c'est celle du mondialisme, dont les partisans de l'euro-régionalisme sont en fait les pions.

    Les pathologies de l'ouverture

    Julia Kristeva, psychanalyste et théoricienne du féminisme, publiait en 1998 un livre d'entretiens intitulé Contre la dépression nationale. La 4ème de couverture résumait ainsi le contenu : « Peut-on restaurer la confiance nationale comme on restaure le narcissisme d'un patient déprimé ? Julia Kristeva en prend le parti, forte de son expérience de praticienne et de sa réflexion sur la culture et la révolte. Elle propose un discours contre la « dépression nationale » et le masochisme ambiant. Mai 68 a bouleversé le rapport social au plaisir, à la famille et à la nation, sans pour autant produire la liberté escomptée. Témoin actif et lucide de ces changements, Julia Kristeva montre l'urgence d'une révolte adaptée à notre temps, pour une liberté toujours à conquérir. »

    En une centaine de pages, ce petit ouvrage éclaire la question de l'identité nationale et de ses pathologies par la discipline peut-être la mieux placée pour le faire, puisque la psychanalyse est entièrement construite autour de la question de l'identité et des limites qui la définissent. L'identité suppose nécessairement des limites, des contours. Je ne suis pas « tout », je suis « ceci » à l'exclusion de « cela », et je dois l'apprendre dans mes premières années. Le complexe d'Œdipe, avec son tabou de l'inceste, est le moment où l'enfant comprend qu'il existe des limites – des limites à son désir et des limites identitaires – et qu'il doit donc abandonner ses revendications narcissiques de toute-puissance. Ce complexe fondateur est le point de basculement qui permet d'accéder à une socialisation normale, fondée sur le sens des formes fixes limitées et des contours durables et stables. L'instabilité et la transformation identitaires perpétuelles sont des symptômes de psychose schizophrénique. La figure mythologique de Protée est le dieu de notre époque, le dieu protéiforme du changement et du transformisme, mais le dieu malade. La théorie du Genre, qu'il faudrait renommer théorie de la confusion des Genres, et le « mariage homo » en sont les expressions morbides.

    La vie est toujours localisée, enracinée dans un territoire, une portion d'espace particulier. La géométrie pose que l'espace est partes extra partes : ses parties sont les unes à l'extérieur des autres. L'espace inclut et exclut en même temps. Il n'existe pas d'espace seulement inclusif. La notion de « démocratie inclusive » du politologue Takis Fotopoulos (né en Grèce en 1940) est plus que problématique. Un concept excluant l'exclusion est mortifère. De fait, on ne vit pas « partout » mais bien « quelque part » et à l'exclusion d'« ailleurs ». On ne connaît que des « situations », toute vie est « située ». Qui dit « situation », dit inclusion mais aussi exclusion, donc délimitation d'une permanence, car une limite qui bouge sans arrêt n'en est plus une. Les anciens Grecs distinguaient le principe ontologique du Peras, littéralement le « chemin tracé », avec ses connotations de fixité terrienne, de régularité, de délimitation et de point de repère pour s'orienter, de l'Apeiron, signifiant l'illimité, l'indéfini, l'indéterminé, comme les flots de la mer en changement perpétuel. Cette dualité se reproduit dans le champ éthique et moral par l'opposition entre le Metron, la mesure et la modération, et l'Hybris, la démesure et l'excès.

    La dépression nationale diagnostiquée par Kristeva, mais aussi par des sociologues comme Dany-Robert Dufour et divers cliniciens, vient justement de ce que les frontières nationales passent leur temps à être transgressées, sous prétexte d'ouverture au marché ou aux autres cultures, ouverture indifférenciée imposant un modèle identitaire flou, protéiforme, incluant tout, acceptant tout, donc excluant tout également, donc pathologique. Les nouvelles maladies de l'âme, comme le dit Kristeva, toutes ces nouvelles pathologies mentales apparues dès les années 1970, sont des pathologies de l'ouverture totale et de la levée de toutes les limites, et tournent autour du concept de borderline ou d'état limite. En finir avec l'épidémie contemporaine de pervers narcissiques, de syndromes psychotiques dérivant dans la criminalité, les toxicomanies et les addictions diverses, suppose de rétablir des limites, des frontières, des contours identitaires, suppose donc de ré-oedipianiser la vie. En d'autres termes : relocaliser, ré-enraciner et renationaliser la vie.

    Nationalisme, permaculture et féminisme

    Pour ce faire, l'idée nationaliste a peut-être besoin d'être rénovée ou enrichie. Le mème d'alter-nationalisme circulait à une époque. Pour aller plus loin, proposons aujourd'hui le « nationalisme permaculturel ». Le concept de permaculture, inventé en 1978 par Mollison et Holmgren, est un mot-valise qui condense « permanence » et « culture », dans la perspective de mettre en avant la notion de culture durable, planifiée sur le long terme. Dans un cadre de production agricole ou potagère, la permaculture est une méthode écologique qui consiste à faire avec la nature et pas contre elle. Il s'agit d'aménager l'environnement et non pas de l'artificialiser. La pratique du « design permaculturel » qualifie le travail de conception d'un espace de vie attentif aux relations de proximité entre des éléments divers. Les bordures, les frontières et les limites sont donc objets d'une attention particulière. Par exemple, le plan de culture d'un jardin en permaculture est structuré en zones circulaires concentriques, à commencer par l'habitation placée au centre ; cette configuration du territoire calquée sur les modèles naturels respecte aussi la hiérarchie des priorités concrètes définie par la théorie du « prendre soin ».

    La notion de « prendre soin » en politique a été mise à l'honneur par la théorie féministe du Care (ou take care ; Gilligan, 1982). L'éthique du Care, qui mobilise essentiellement les notions de proximité, de vulnérabilité à protéger et d'attention maternelle portée aux phénomènes de gestation lente, représente la forme mature du féminisme. L'axiologie du Care et du « prendre soin » recoupe ainsi point par point l'axiologie du nationalisme permaculturel. Les valeurs, les mots clés, les idées directrices du féminisme et du nationalisme sont en fait les mêmes : le soin, le long terme, l'amour du prochain et de la biodiversité. Notre nouveau nationalisme, permaculturel et féministe, est ainsi appuyé sur une éthique de vie non partisane : prendre soin du lieu où l'on vit, où que ce soit et avec qui que ce soit, non pas pour des raisons idéologiques ou émotionnelles, mais parce que c'est dans mon intérêt, donc dans notre intérêt, car l'individu n'existe que dans des relations. Mon intérêt consiste à m'aimer, à aimer mes proches, et à prendre soin de moi et de mes proches ainsi que de mon environnement, donc de mon pays. Ce féminisme nationaliste n'est dans son essence ni affectif, ni identitaire au sens lyrique du terme, mais rationnel et pragmatique. Il s'agit de « cultiver son pays », comme on « cultive son jardin ».

    Dans son édition du 12/09/13, la revue « Lys noir » rapportait les propos récents de Bernard Stiegler, philosophe de la technique, affirmant qu'il fallait « prendre soin » des électeurs du Front National : « Il faut prendre soin de ces électeurs comme de tous les Français qui sont aujourd'hui abandonnés face à une puissance du marché qui détruit jusqu'à la possibilité même d'éduquer leurs enfants. Le soin consiste ici à rompre avec le consumérisme, qui a produit une insolvabilité généralisée et dégradé les consommateurs sur les plans physique et psychique. » On le voit, nul besoin de faire appel au patriotisme pour être nationaliste ; il n'est même pas besoin d'être nationaliste pour être nationaliste : il suffit de « prendre soin » du lieu où l'on vit et des personnes qui y vivent. En d'autres termes, pour être nationaliste, il suffit d'agir selon son intérêt. Mon intérêt est que ça se passe bien là où je vis. Mon intérêt est que le lieu où je vis soit bien tenu. Mon intérêt est donc de m'occuper concrètement du pays où je vis pour le faire fructifier. Faire fructifier le pays où je vis, c'est-à-dire lutter contre l'entropie, le désordre et les déséquilibres qui peuvent y advenir, et impulser une dynamique néguentropique, donc structurante et ordonnatrice (fonction du design en permaculture).

    Le nationalisme permaculturel consiste ainsi à accueillir tous les gens de bonne volonté sur un projet national commun : quelles que soient nos origines culturelles, religieuses ou ethniques, notre intérêt à tous est de « prendre soin » de notre pays car c'est là que nous vivons, ici et maintenant. Sous cet angle, la France possède une complexion commune avec le Liban : nos deux pays sont multiethniques et multiculturels. Les nationalistes français peuvent s'inspirer du Hezbollah et de sa doctrine d'intérêt national bien compris permettant aux chrétiens et aux musulmans, ainsi qu'aux divers groupes, de cohabiter pacifiquement en visant un horizon national commun. En ce sens, et aussi paradoxal que cela paraisse pour l'opinion commune, on peut dire que le Hezbollah met en pratique l'éthique permaculturelle du « prendre soin » appliquée à son pays.

    Le séparatisme : méthode mondialiste

    Quand des tensions intercommunautaires apparaissent, en France, au Liban ou ailleurs, un examen attentif montre qu'elles sont généralement provoquées par des puissances étrangères travaillant à produire du séparatisme et de l'entropie sociale dans une perspective de conquête coloniale obéissant au principe du « diviser pour régner ». En effet, le développement des populations et de leurs cultures n'est pas toujours autonome, « naturel », mais est parfois placé « sous influence », pris en charge et tutoré, façonné par des méthodes d'ingénierie dérivées de la cybernétique sociale et de la psychanalyse, et que le management range sous le terme de « conduite du changement ». Dans Gouverner par le chaos – Ingénierie sociale et mondialisation, l'auteur de ces lignes expose une synthèse de ces techniques de pression psychologique et d'induction comportementale qui nous sont appliquées pour nous faire perdre le sens de ce qui est bon pour nous et programmer en nous des comportements qui vont contre notre intérêt, des comportements séparatistes, communautaristes, sans-frontiéristes, libéraux-libertaires, et au final, antinationaux. Cette ingénierie sociale négative cherche à conditionner des prises de décision irrationnelles et autodestructrices. Par exemple, les Français subissent depuis une quarantaine d'années un gros effort de culpabilisation de tous les sentiments protectionnistes et nationalistes ainsi que de la fermeture politique et géopolitique nécessaire que cela suppose. Le caractère artificiel et aberrant de cette haine de soi agissant comme une pulsion de dénationalisation, entropique et séparatiste, modelée sur la pulsion de mort – la mort étant le « séparatisme » des régions ou des organes – apparaît quand on voyage à l'étranger, où les sentiments patriotiques, nationaux et anti-séparatistes sont généralement très vivants et peuvent s'exprimer sans inhibition, ni censure médiatique.

    Des chercheurs en sciences sociales tels que Kurt Lewin (1890-1947) ont posé les fondements du management négatif, à savoir un encadrement comportemental visant à conduire de manière indirecte vers le suicide, l'entropie, le morcellement, la déstructuration. Cette démarche de dislocation intentionnelle des formes vives cherche à nous pousser à ne plus prendre soin de nous-mêmes, ni du lieu où l'on vit. Comment ? En culpabilisant le sens des proximités. Culpabiliser la priorité donnée à la proximité, culpabiliser la priorité nationale, c'est culpabiliser la priorité donnée à soi-même. Cela revient à culpabiliser le fait de s'occuper de soi et de prendre soin de sa propre vie. Le mondialisme veut culpabiliser le peuple de tenir à son pays, à sa vie, à soi-même, et plus largement veut culpabiliser le peuple de tenir à quoi que ce soit. L'idéologie dominante consiste à tout lâcher, y compris notre vie. L'ingénierie sociale négative est une fabrique du consentement à tout lâcher, une fabrique du consentement à la mort, comme en témoigne la désapprobation médiatique de tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la légitime défense, que ce soit contre des Roms ou contre toute forme de délinquance ; faits divers qui sont pourtant des signaux salutaires d'un réarmement au moins psychologique d'une population qui refuse de se laisser génocider.

    Un ami d'origine marocaine nous rapportait un jour une discussion avec un oncle vivant au bled. L'oncle ne cessait de s'étonner de la diabolisation dont le Front National faisait l'objet en France : « Ils sont nationalistes ? Et alors ? C'est quoi le problème ? Ils défendent leur pays ! C'est normal, non ? » Pour l'immense majorité des peuples et des habitants de ce monde, le nationalisme est évident et consiste simplement à « prendre soin » du pays où l'on vit. Pas de pathos excessif. Ce n'est rien d'autre qu'un anti-masochisme naturel et de bon sens. Je m'occupe de moi, je me soigne, je fais en sorte de vivre décemment, donc je prends soin de mon environnement, donc je prends soin du pays où je vis. À notre époque postmoderne où il faut tout réapprendre, y compris les réflexes élémentaires de survie, un combat culturel et politique est donc à mener. Un combat pour – étrangement – re-banaliser le nationalisme. Puisque le nationalisme, en tant qu'expression évidente de la vie des peuples, est au fond banal et élémentaire.

    Lucien Cerise.

    http://www.scriptoblog.com/index.php/blog/actu-site-et-amis-du-site/1147-pour-un-nationalisme-permaculturel-par-lucien-cerise

    Retrouvez Oliganarchy sur notre boutique.

  • Lorànt Deutsch persona non grata dans les écoles de la République

    PARIS (NOVOpress via le Bulletin de réinformation) – Lorànt Deutsch, L’auteur du best‑seller “Métronome” vendu à près de deux millions d’exemplaires et amoureux de la France dans son nouveau titre “Hexagone”, prend la route et descend les fleuves pour raconter 2.000 ans d’histoire française.

    Il s’attire à nouveau les critiques de trois historiens, selon les propos mêmes de Lorànt Deutsch “encartés à l’extrême gauche” (William Blanc, Aurore Chéry et Christophe Naudin) : drôles d’historiens pour qui la bataille de Poitiers devient une référence idéologique ! Ils reprochent à Lorànt Deutsch d’exalter la France des rois et des cathédrales ; c’est sans doute que pour ses détracteurs l’Histoire de France commence en 1789.

     

    D’ailleurs, Lorànt Deutsch a été mis à l’index : il lui a été interdit de parler d’Histoire de France dans les établissements scolaires. Heureusement, ses lecteurs ne sont pas dupes, “Hexagone” caracole en tête des meilleures ventes !

    http://fr.novopress.info/142193/lorant-deutsch-persona-non-grata-dans-les-ecoles-de-la-republique/

  • Olivier Delamarche / Nicolas Cheron: Analyse Technique ou Fondamentale pour les Marchés actuels? 5/5

  • Olivier Delamarche / Nicolas Cheron: Analyse Technique ou Fondamentale pour les Marchés actuels? 4/5

  • Olivier Delamarche / Nicolas Cheron: Analyse Technique ou Fondamentale pour les Marchés actuels? 3/5

  • Olivier Delamarche / Nicolas Cheron: Analyse Technique ou Fondamentale pour les Marchés actuels? 2