Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

culture et histoire - Page 1973

  • De Dieu à la guerre par la Banque : le cas américain

    Le 24 décembre dernier, l’institut de sondages Gallup divulguait sur son site Internet les résultats d’une enquête téléphonique effectuée au cours de l’année 2012 et portant sur l’appartenance confessionnelle et la pratique religieuse chez les adultes américains [1]. L’étude révélait notamment que 77 % des sondés se déclaraient chrétiens, protestants pour les deux tiers d’entre eux.

    Au cours des semaines précédentes, parmi les faits divers qui émaillaient l’actualité, la presse occidentale revint sur le récit de l’affaire Al-Masri (du nom d’un ressortissant allemand d’origine libanaise arrêté, détenu arbitrairement et torturé dans des prisons secrètes de la CIA en Macédoine et en Afghanistan [2]) et, dans un registre plus léger, sur les excuses prononcées par le chanteur pop sud-coréen Psy afin de clore une polémique déclenchée par les paroles d’une chanson vieille de neuf ans, dans laquelle l’interprète de Gangnam Style critiquait de façon incisive la présence militaire américaine en Corée [3].

    Deux faits divers sans lien autre que les bases de l’armée ou les services secrets américains, disséminées aux quatre coins de la planète, comme autant de relais affichés ou masqués de l’impérialisme et de la violence guerrière anglo-saxonne, de la Corée à la Colombie et des Balkans à l’Australie en passant par le Golfe Persique, pour illustrer de manière explicite ce chiffre rappelé par le Stockholm International Peace Research Institute [4] : en 2011, l’Oncle Sam était à l’origine de 41 % des dépenses militaires dans le monde. Surgit alors une contradiction évidente : comment une nation dont 77 % des citoyens revendiquent leur foi en Christ peut-elle occuper le premier rang mondial des dépenses en matière d’armements ?

    Des observateurs sincères mais peu avisés invoqueront aussitôt un messianisme évangélique et une mission civilisatrice dont se croirait investie l’élite néoconservatrice américaine tout comme d’ailleurs sa base électorale (la moral majority). Cette explication, qui satisfait évidemment les éléments les plus laïcards du camp antimondialiste, peut recouvrir quelques parcelles de vérité mais est néanmoins insuffisante à une compréhension du problème dans son ensemble. Les néoconservateurs, dont l’influence est aujourd’hui contrebalancée par celle des conservateurs réalistes à la Brzezinski et des mondialistes à la Soros [5], affichent certes leur bigoterie comme un gage de crédibilité et de respectabilité face à leurs électeurs, mais il est aisé de vérifier que les plus éminents d’entre eux n’ont retrouvé le chemin de l’église que tardivement, une fois écoulée leur jeunesse estudiantine, gauchiste et libertaire.

    L’une des explications, moins divulguée mais plus convaincante, à la contradiction énoncée plus haut réside dans la corruption de l’élite WASP par le pouvoir bancaire associé au complexe militaro-industriel. Traditionnellement associée au monde protestant, la banque sous sa forme actuelle n’est toutefois qu’une lointaine et bâtarde descendante de l’esprit austère et entrepreneurial de la Réforme européenne. À l’aube du XVIIIème siècle, la création de la Governor and Company of the Bank of England [6] (la future banque centrale de l’Empire britannique) marque à la fois la suprématie de la thalassocratie britannique sur sa rivale hollandaise (la Compagnie des Indes orientales étant désormais portée à bout de bras par la banque de la couronne) et le début de l’endettement de l’État par le recours à des créanciers privés (le Tonnage Act, adopté à la même époque et destiné à financer les guerres opposant l’Angleterre à ses rivaux, permettait aux particuliers de s’enrichir sur intérêts par l’achat de bons du Trésor [7]).

    La création de la Réserve fédérale américaine sous le mandat du président Wilson en 1913 constitue de ce point de vue un prolongement de cette mutation du système capitaliste et bancaire, l’essor industriel et le développement des techniques de communication permettant à une Amérique affranchie des menaces sécessionnistes de prendre définitivement le pas, après la Première Guerre mondiale, sur des puissances européennes déjà déclinantes. Le rôle d’une élite économique issue de l’émigration juive aux États-Unis, alliée de circonstance des représentants WASP du pouvoir bancaire, dans la prise du pouvoir par la banque peut être rapproché de celui joué par Edward Bernays dans le développement de la propagande moderne ainsi que dans son application à la manipulation de l’opinion des masses en vue d’une acceptation d’interventions armées extérieures.

    Si la lecture de la Bible dans certaines églises protestantes (notamment américaines) s’avère particulièrement centrée sur l’Ancien Testament (l’Exode, l’esclavage à Babylone et en Égypte, la fuite des Hébreux peuvent parfois faire l’objet d’études bibliques approfondies mais partiales et favoriser chez certains fidèles une identification, même inconsciente, au peuple juif et donc par là même une sympathie presque instinctive pour le projet sioniste, y compris dans ses déclinaisons les moins pacifiques), il est donc nécessaire de ne pas perdre de vue que la violence guerrière américaine est liée à un protestantisme dévoyé, éloigné de l’esprit de la Réforme dont le modèle capitaliste rhénan constitue un descendant bien plus légitime.

    Par Jean C. http://www.egaliteetreconciliation.fr

  • Tugdual Derville : « Derrière ce projet de loi se dessine en perspective un changement de statut de l'enfant »

    Monde et Vie : Tugdual Derville, vous êtes l'un des principaux organisateurs de la manifestation nationale du 13 janvier contre le projet de « mariage » entre personnes du même sexe. Au cours des dernières semaines, certaines annonces ont brouillé l'image de cette manifestation : il a notamment été question d'introduire un char « gay » au sein de la manifestation, d'homo-éducation ou de marche contre l'homophobie... Qu'en est-il exactement ?
    Tugdual Derville: La ligne qu'a choisie la Manif pour tous vise à rassembler très largement et très paisiblement ; d'où la nécessité de trouver un terrain d'unité qui rassemble le plus largement possible, derrière un mot d'ordre unique: la suspension et le retrait du projet de loi. La lucidité politique nous conduit toutefois à laisser au président de la République une porte de sortie en ouvrant un débat qui a été jusqu'à présent escamoté sur la filiation, la famille et sa fragilité dans une société en crise économique, où elle reste le refuge par excellence.
    Par ailleurs, en abordant un sujet aussi sensible que celui de la filiation et de l'engendrement, nous savons que certaines personnes ressentent notre mouvement comme une agression qui s'oppose à leur désir d'engendrer, l'un des plus nobles qui habite l'humanité. Pour échapper à la présomption d'homophobie, mot piégé, mot-amalgame utilisé pour jeter l'opprobre sur notre opposition au mariage entre personnes de même sexe assorti du droit d'adopter des enfants, nous avons choisi de lutter contre « l'homophobie » dans sa terminologie acceptable, qui désigne la stigmatisation des personnes et les discriminations injustes qu'elles peuvent subir. Mon ami Philippe Ariño, lui-même concerné par l'homosexualité, explique ainsi qu'il serait « homophobe » et stigmatisant pour les personnes homosexuelles de prétendre qu'elles devraient toutes militer pour l'effacement des repères hommes-femmes dans la filiation. Nous voulons ainsi à la fois respecter les personnes et déjouer le piège tendu par ceux qui amalgament la stigmatisation avec le légitime refus du mariage entre personnes de même sexe et de cette prétendue « homofiliation » mensongère.
    Comme vous le rappelez, des maladresses ou des incompréhensions ont eu lieu, mais elles ont été corrigées et levées. Xavier Bongibault, qui est l'un des porte-parole de la Manif pour tous et homosexuel, a clairement récusé l'idée, un moment exprimée, d'incorporer à la manifestation un char « gay », en rappelant que l'humanité se compose d'hommes et de femmes, comme le disait l'ancien premier ministre socialiste Lionel Jospin à l'époque de la légalisation du Pacs.
    Un correctif a aussi été apporté aux interprétations concernant les tenues des dignitaires religieux, des prêtres catholiques en particulier. Il a été dit très clairement que ces personnes peuvent venir en portant le vêtement propre à leur état. En revanche, par respect pour les sensibilités diverses qui s'y côtoient, religieuses ou pas, la Manif pour tous a demandé que l'on ne fasse pas de la manifestation un pèlerinage ou une procession. Ce n'est pas le lieu adéquat et c'est le gage du rassemblement le plus vaste et le plus unitaire possible.
    Vous mettez l'accent sur le caractère unitaire de la manifestation. Comment se traduit-il « sur le terrain » ?
    Réussir à lancer, en France, un mouvement unitaire de cette ampleur, était une gageure. Or, sans que les diversités, voire les divergences, soient effacées, cette unité s'est réalisée et la Manif pour tous rassemble aujourd'hui plus de 30 associations, qui diffèrent à la fois par l'ancienneté, la taille et la structuration. On y trouve aussi bien les associations familiales catholiques que les associations familiales protestantes, Alliance Vita, les Enfants du Mékong, des associations de personnes adoptées, des personnes concernées par l'homosexualité, des personnes ancrées à gauche ou à droite de l'échiquier politique, ainsi que des appels, comme « Tous pour le mariage » qui regroupe déjà quelque 150 000 signataires. Les réseaux sociaux par Internet ont aussi joué un rôle déterminant, ce qui explique la rapidité de la montée de la mobilisation.
    Pour parvenir à l'unité tout en respectant la diversité des sensibilités, les associations co-organisatrices de la manifestation ont décidé de s'agréger autour d'un seul logo, d'un seul mot d'ordre et d'une seule tonalité, en sacrifiant ceux qui leur étaient propres. Ces abandons ont permis que se lève un mouvement totalement inédit, qui stupéfie les politiques et les analystes. Je suis émerveillé quand je vois le bon sens de tous ces manifestants, qui ne viennent pas pour défendre leurs intérêts personnels, ni s'opposer à des revendications, mais pour protéger le droit du plus faible afin qu'il puisse accéder à l'une des richesses immuables, les plus universelles et les plus précieuses de l'humanité : être engendré par un homme et une femme. C'est ce droit du plus faible de naître d'un homme et d'une femme plutôt que de se voir imposer une filiation mensongère, que nous défendons; c'est aussi son droit d'être, à cet égard, égal aux autres enfants qui ont un papa et une maman.
    La légitimité de l’État se fonde sur la protection de ce qu'on appelait autrefois la veuve et l'orphelin - autrement dit, le plus faible ; or ce projet de loi laisse transparaître une culture de la toute-puissance qui se croit permis d'effacer les repères intangibles sur lesquels se fonde l’écologie humaine. Lorsque j'entends Najat Vallaud-Belkacem, ministre du droit des femmes, expliquer aux enfants endoctrinés que la devise de la République, liberté-égalité-fraternité, doit les conduire à ouvrir leurs parents à l’homofiliation je réponds que cette devise, comprise dans un sens juste, voire chrétien, nous invite au contraire à défendre la richesse de l'engendrement humain qui procède de la complémentarité entre l'homme et la femme.
    Vous évoquez le christianisme, quelle place occupe-t-il au sein de la Manif pour tous ?
    Le mouvement mérite de rassembler le plus grand nombre de participants, au-delà des croyances légitimes des uns et des autres. C'est pourquoi nous veillons à ce que la Manif pour tous, née de l'initiative de quelques personnes à laquelle se sont agrégées ensuite diverses associations, ne soit pas récupérée par des partis politiques, ni prisonnière de connotations religieuses dans lesquelles ses adversaires cherchent à l'enfermer, ni transformée en un affrontement entre homosexuels et hétérosexuels - termes que je récuse -, mais qu'elle soit avant tout une marche des Français attachés à une réalité qui leur est très chère. Par certains aspects, le mouvement qui se lève aujourd'hui ressemble à l'écologie à ses débuts. C'est en effet le mouvement de l'écologie humaine.
    Il bénéficie à la fois de l'unité entre associations et chapelles diverses - les fameuses tribus gauloises - et d'experts visionnaires qui avertissent que derrière le noble désir d'engendrement, aujourd'hui manipulé par l'idéologie scientiste du « gender », se profile l'illusion dangereuse selon laquelle l'humanité va trouver son bonheur en fabriquant des enfants sur mesure et à la demande. Il ne s'agit donc pas seulement d'une revendication minoritaire chez les personnes homosexuelles ; derrière ce projet de loi se dessine en perspective un changement de statut de l'enfant, qui est en prémisses dans les lois bioéthiques et les dérives liées à ces lois : c'est l'idée d'un enfant que l'on se procure, au lieu de l'accueillir inconditionnellement au sein d'une famille, afin qu'il y acquière sa liberté et y découvre la fraternité. En tant que père de famille, je suis admiratif quand des personnes homosexuelles qui luttent à nos côtés disent qu'elles sont prêtes à sacrifier leur vrai désir d'engendrer et d'éduquer, par respect pour le plus faible et le plus fragile.
    La Manif pour tous a édicté un code d'habillement Pourquoi ?
    La question du code d'habillement, c'est aussi celle de la répercussion et de l'efficacité de notre action. Nous vivons dans une société de l'image et des nouvelles technologies, ce qui n'est en soi ni un bien, ni un mal, mais un fait. Nous utilisons donc tout notre savoir-faire pour que la manifestation soit un beau spectacle, qui exprime notre unité et le caractère joyeux de la famille. En l'occurrence, ce caractère festif et unitaire se traduit par un logo, des chants et un choix de couleurs. Ce n'est pas parce que le sujet est grave que nous sommes invités à faire une marche funèbre.
    Justement, que signifient les couleurs bleu-blanc-rose ?
    Traditionnellement, on habillait souvent un petit garçon en bleu et une petite fille en rose : ces deux couleurs représentent la différence des sexes, cette richesse de l'humanité. C'est une façon d'endosser cette diversité : le père et la mère sont extraordinairement complémentaires pour un enfant. Ça montre aussi que nous avons de l'humour, de la joie de vivre et de bonnes raisons d'en avoir. Toutefois il ne s'agit pas d'un travestissement et personne n'est forcé de s’y conformer : si des personnes préfèrent manifester dans leur tenue de ville, elles sont les bienvenues.
    Le mouvement se poursuivra-t-il après le 13 janvier ?
    Oui, cette grande manifestation nationale ne restera pas sans lendemain. Il nous appartiendra ensuite de faire vivre ce mouvement, en le faisant rebondir sur d'autres échéances, politiques et parlementaires, courant janvier, puis autour de la loi sur la filiation et la procréation médicalement assistée, à partir du mois de mars. Nous n’entendons pas laisser la rue ou le débat à nos adversaires et nous serons tenaces.
    Propos recueillis monde & vie 15 janvier 2013

  • Dictature intellectuelle: le ras-le-bol

    Le patron du Parti sociétaliste, Harlem Désir, a pris les accents les plus graves pour coller la chair de poule à ses potes et dénoncer une « alliance » FN-UMP (sic) ; l’inénarrable « spécialiste-du-FN » au Front de Gauche, le  sans-culotte robespierriste Alexis Corbière a serré ses petits poings et a déploré dans  un communiqué que «pour la première fois des députés UMP et FN font un projet de loi commun» (?).  La raison de cette agitation ? Nous nous en  faisions l’écho vendredi denier, le simple fait que Marion Maréchal-Le Pen ait cosigné une proposition de loi déposée par le député de la Droite Populaire Lionnel Luca demandant « la reconnaissance du génocide vendéen de 1793-1794 ». Une signature de l’élue FN qui ne relève  pas du «calcul politique», mais d’un  juste devoir de mémoire et de vérité.

     Déjà en 1987, le groupe FN à l’assemblée nationale avait déposé un amendement en ce sens, visant à faire reconnaître les exécutions, les massacres planifiés et méthodiques commis en Vendée comme « un crime contre l’humanité ».

     Jean-Marie Le Pen  expliquait alors le souhait de l’opposition nationale, reprenant un vœu de Bruno Gollnisch, de voir « l’inscription dans la liste des crimes contre l’humanité qui sont inexpiables et qu’il est impossible de faire disparaître du souvenir des générations futures, l’abominable crime qui fut commis au nom de la Convention nationale, sous le régime de la Terreur institué par les Robespierre, les Couhon, les Saint-Just, et qui conduisit les Colonnes infernales du général Westermann et du général Turreau à raser les villages, à fusiller les hommes, à massacrer les femmes.»

     Cette fois, la simple présence du nom de Marion au nombre des consignataires de la proposition de loi de M.  Luca, et le tam-tam  martelé par les consciences de gauche à ce sujet, ont entraîné la reculade des grands « courageux » de l’UMP.

     Samedi, le député du Var, Philippe Vittel, a déclaré s’être senti « piégé » (sic) et a annoncé qu’il allait retirer sa signature ; idem pour le député UMP des Bouches-du-Rhône, Dominique Tian. Pour se faire bien voir des commissaires politiques des médias, M. Tian a même précisé au site Marsactu :  «On doit être très clairs avec le FN, il n’y a pas de passerelle, pas d’alliance, pas de connivence, ce ne sont pas nos amis».

     C’est cette lâcheté là, cette soumission à la dictature intellectuelle de la gauche, et plus largement de l’ensemble de la classe politicienne aux vœux et oukases des cénacles mondialistes, que rejettent de manière croissante  nos compatriotes.

     La quatrième enquête du CEVIPOF (baromètre annuel de la « confiance politique »)  réalisée  entre le 5 et le 20 décembre 2012 et publiée le 15 janvier, en partenariat avec l’institut Pierre Mendès-France et le Conseil économique, social et environnemental (Cese),  est en tout cas révélatrice de ce ras-le-bol de l’idéologie dominante.  

     Alors que  68% des Français au terme de cette enquête,  estiment désormais  que « leurs enfants ne réussiront pas mieux qu’eux socialement », c’est le Front national qui représente le mieux l’opposition de droite (pour 35% des personnes interrogées) devant l’UMP du duo Copé-Fillon (33%) et l’UDI de Jean-Louis Borloo ( 23%).

     Parallèlement, dans une France frappée par une crise que les partis du Système ne savent combattre, et dont les dirigeants ont bradé  des pans entiers de notre souveraineté au profit d’entités supranationales, comme l’Europe de Bruxelles,    le crédit des représentants des grandes institutions s’effondre.

     A l’exception notable des maires  (57% des sondés leur font « confiance ») qui, notamment dans les petites communes, sont perçus comme une autorité accessible,  honnête, ancrée dans le réel et les problèmes du quotidien.

      A contrario, le Premier ministre devient  la figure à laquelle les Français  font le moins confiance. Seuls 28% d’entre eux lui accordent leur crédit, c’est moins que pour les députés européens (30%), les députés (40%), les conseillers régionaux (41%), et généraux (43%).

     Enfin, relevons que 52% des Français interrogés se disent en faveur du « mariage homosexuel » (en baisse de 8 points par rapport à 2011),  tandis qu’un électeur de gauche sur quatre y est  opposé.

     45% des sondés (+ 10 points par rapport à l’an dernier) estiment qu’il faudrait « rétablir la peine de mort » ; 65% des personnes interrogées (+16 points que l’an dernier) estiment qu’il y  a « trop d’immigrés en France », opinion partagée par 45% des électeurs de François Hollande du second tour. Là curieusement nous attendons toujours le communiqué d’Harlem Désir  pour s’indigner de ce résultat…

    http://www.gollnisch.com

  • [Vidéo] Homme et femme, si différents ?

    Une conférence de la philosophe Sylviane Agacinski aux Semaines sociales de France 2012 sur la pertinence de la différence homme-femme. Une réflexion de fond pour nourrir le débat sur l’accès des couples homosexuels à la parentalité.

    Depuis quelque temps, la différence sexuelle est mise en cause, au point que la distinction homme-femme serait devenue non pertinente. Sylviane Agacinski retrace l’histoire de cette différence, marquée par une hiérarchisation qui s’efface peu à peu aujourd’hui dans les sociétés occidentales. La subordination de la femme à l’égard de l’homme est en cours de déconstruction, et l’égalité tend à remplacer la hiérarchisation. Dès lors, la philosophe pose la question suivante : Quel est le fondement de la différence ? En quoi consiste-t-elle ? A-t-elle encore un sens ? Et, s’ils sont égaux, les deux sexes sont-ils pour autant équivalents ?

    Sylviane Agacinski montre comment un courant de pensée contemporain, hyperculturaliste, voudrait imposer l’idée que l’être humain est intégralement le produit de sa propre construction, sociale, culturelle et technologique. Il soustrait la condition humaine à toute condition naturelle, et veut promouvoir la différence des sexualités, à la place de la différence des sexes. Or, pour la philosophe, la différence des sexualités n’efface pas la différence sexuelle : on ne peut pas parler d’homosexualité, de bisexualité ou d’hétérosexualité si l’on ne pose pas a priori l’existence d’au moins deux sexes, qui ne sont pas équivalents. La différence sexuelle ne se comprend qu’à partir du schéma de la génération : le sexe, c’est un pouvoir d’engendrer, un pouvoir mâle, et un pouvoir femelle.

    Aujourd’hui, le recours aux procréations médicalement assistées a bouleversé ce schéma. Le recours à l’adoption, aux PMA ou aux mères porteuses pourrait instituer comme couples parentaux des couples homosexuels. Pourquoi ne pas tenir comme équivalents les deux types de couples ? Pour Sylviane Agacinski, la dépersonnalisation et l’organisation d’une procréation secrète (anonymat des donneurs de gamètes, notamment) a de graves conséquences pour les enfants. Les enfants ont besoin de savoir à quelles personnes ils doivent la vie, pour pouvoir s’inscrire dans une histoire humaine, refusant d’être des produits fabriqués. Et, même si la légitimité des liens homosexuels est acquise, cela justifie-t-il le droit d’écarter l’autre sexe de la naissance d’un enfant ? Le problème des enfants à venir, c’est que personne ne les représente dans le débat politique. La philosophe appelle à une réflexion anthropologique et éthique collective.


    S. Agacinski_Métamorphoses de la différence... par Les_Semaines_sociales

    Croire via http://www.actionfrancaise.net

  • L'Occident entre l'Être et le Néant.

    La question de l'être a toujours taraudé l'Occident. Shakespeare fait dire à Hamlet « To be or not ta be » phrase que les lycéens récitent de façon mécanique mais qui ne peut vraiment être comprise dans toute sa plénitude et sa densité qu'après avoir lu Être et Temps de Martin Heidegger.
    Ce philosophe allemand à interrogé et souvent choqué beaucoup d'Européens par son engagement politique qui ne peut sans doute être compris que dans une perception du nazisme, expression de l'Être de l'homme blanc dans toute sa radicalité. La fameuse phrase ; « la grandeur et la vérité interne du national-socialisme » a fait beaucoup réagir Jürgen Habermas.
    Le corollaire de l'Être est le Néant et il a toujours obsédé l'homme blanc. Spengler le prophétisait déjà dans « le déclin de l'Occident ».
    Le Néant aujourd'hui est représenté par la néantisation de la pensée que l'on décèle par la place accordée à l'anti-pensée, la parole donnée de façon presque exclusive à tout ce qui ne pense pas ( hommes et femmes de télé, du spectacle, top-models, chanteurs, hommes politiques qui ne recherchent que le consensuel et les voix ... ).
    La culture occidentale est fondamentalement une culture de l'Être à la différence des cultures africaines qui sont celles du groupe ou asiatiques qui nient le "Moi» ou l'étouffent.
    Les philosophes comme Schopenhauer ou Nietzsche ont été les chantres de l'individualisme, de l'individu comme idéal : « faire de sa vie une œuvre d'art ».
    On a dans le livre « aphorismes sur la sagesse dans la vie » une véritable apologie de la solitude inhérente selon l'auteur à l'épanouissement du «moi» ou de l'individu.
    Après avoir imposé son être au reste du monde, l'Occident est actuellement dans une période de culpabilité qui tient à deux facteurs :
    - la période post-coloniale où l'homme blanc a été accusé d'avoir exploité les indigènes et détruit leurs cultures
    - le rappel incessant de la période nazie qui implique que toute exaltation de l'homme blanc et de ses représentations doit être bannie.
    L'Occident doit même accueillir sur son sol tous les peuples du tiers-monde pour expier on ne sait quelles fautes passées, ce qui a comme conséquence fatale une néantisation de lui-même. Cette culpabilité a été développée par certains penseurs comme Sartre qui avait des raisons plus ou moins troubles de ne pas être fier de son statut de Français ou d'Européen.
    Son engagement politique a sans doute été très lié à son corps disgracieux.
    Tant ce qui vient d'ailleurs est surévalué comme par exemple les musiques africaines qui inondent l'Occident et peuvent provoquer de façon insidieuse une destruction de l'être de l'homme occidental. Ces expressions culturelles privilégient le groupe et nient l'individu. Les jeunes dont l'individualité n'est pas encore structurée sont les plus réceptifs à ce phénomène. Les religions et les philosophies à la mode sont celles qui viennent d'Asie, comme le bouddhisme car elles prônent le néant et offrent la jouissance de ne pas avoir à assumer son existence.
    Tout est dilué dans tout. Elles sont bien sur de façon ridicule vantées par tout ce qui ne pense pas dans notre société ( acteur de cinéma, individus desséchés par une formation trop scientifique ou technique on).
    Avoir de l'être, de la personnalité devient presque obscène à notre époque. On ne peut qu'être écolo, humaniste, pro-immigrés, s'auto-flageller en permanence ...
    La France et sa culture néantisante des droits de l'homme, son passé colonial et sa culpabilité liée à la seconde guerre mondiale pour avoir été une puissance vaincue et soi-disante collaboratrice, est sans doute le pays en Europe le plus au cœur de cette dialectique de l'Etre et du néant.
    Les choix deviennent radicaux. Prôner l'être devient une position fasciste ou fascisante pour certains.
    Dans cette course au néant, l'école ou l'éducation nationale y ont leur part puisqu'elles donnent aux jeunes Français une vision négative de leur identité. Ceci pose la question de la provenance du corps enseignant et pourquoi cette vision du monde est dominante (statut ou prestige de l'enseignant faible aux yeux de la société ? ).
    Le combat de certains révisionnistes peut aussi s'expliquer par la volonté de déculpabiliser l'homme blanc qui puisse ainsi renouer avec son être.
    La critique la plus fréquente faite à l'Occident est celle d'être trop matérialiste mais la matérialité n'est pas incompatible avec la spiritualité. Que veut-elle d'ailleurs dire lorsqu'on meurt de faim ? Les moines d'Occident et d'Orient vivent dans un cadre matériel architectural d'une grande beauté qui est propice au développement de leur spiritualité.
    L'Occident ne retrouvera son être qu'en se déculpabilisant et en donnant la parole à ceux qui pensent l'être de l'Occident et non son néant.
    PATRICE GROS-SUAUDEAU STATISTICIEN-ECONOMISTE

  • Les mots et les actes

    L’actualité internationale, éclaboussée quotidiennement de sang et d’horreur depuis quelques années – et depuis fort longtemps si l’on y pense – a atteint ces dernières semaines des sommets de barbarie inattendue de la part de ceux qui prétendent représenter l’empire du bien en Irak et en Palestine face aux forces du mal incarnées par les terroristes et les « États voyous », au point que certains commentateurs n’ont pas hésité à parler de crimes de guerre ou des crimes contre l’humanité. Ces événements fournissent l’occasion de revenir sur quelques termes issus d’une l’histoire contemporaine qui, loin de se figer dans les musées de la mémoire, comme le voudraient certains utopistes, se poursuit sans relâche. D’autres moyens sont certes mis en œuvre, d’autres objectifs sont avoués, mais les finalités humaines en général, géopolitiques en particulier, restent essentiellement les mêmes et personne n’a apparemment renoncé aux « bonnes vieilles méthodes » d’agression et de défense, de terreur et de contre-terreur sans qu’aucun des camps en présence n’ait le triste privilège de ces pratiques. Le plus gros de tous les mensonges que l’on a essayé de nous faire avaler, parmi l’avalanche de désinformation, était celui de l’immaculée conception d’une Amérique en croisade pour la rédemption du monde. Les récentes scènes de barbarie auront peut-être eu le mérite d’ouvrir les yeux de ceux qui suivaient aveuglément les soi-disant libérateurs. Au cœur même de l’institution médiatique américaine, au New-York Times, on a commencé à reconnaître et à analyser l’énormité de cette tromperie qui a piégé la naïveté et le zèle patriotique de nombreux journalistes honnêtes et avec eux l’ensemble de leurs lecteurs1 Mais attention ! Ne tombons pas pour autant dans le piège de diaboliser les États-Unis à leur tour, d’en faire le nouveau Grand Satan en nous instituant redresseurs de torts à leur place. Cela ôterait toute force à notre argument. Il s’agit de profiter de l’occasion pour les voir tels qu’ils sont : une grande puissance ordinaire, égoïste, vulnérable, souvent dangereuse lorsqu’elle s’ingère chez les autres. Une puissance dont les intérêts et les valeurs ne sont pas identiques à ceux de l’Europe et dont il est urgent de nous détacher, sereinement mais fermement, dans le meilleur intérêt des Européens et de la paix dans le monde.

    Le débarquement médiatique du 6 juin
    Dans l’imaginaire national des Français, les mots « libération » et « résistance » ont encore une résonance symbolique puissante dérivée de notre histoire proche, même s’ils n’ont plus aujourd’hui, par rapport à l’époque où ils ont été éprouvés physiquement, qu’une valeur de « pseudo-mythes »2 instrumentalisé pour légitimer des actes et des idées qui n’ont qu’un rapport éventuel, souvent éloigné, avec leur signification originelle.

    En ce mois de juin, nous avons l’occasion de commémorer ces deux moments historiques : le 6 juin est le 60e

    Mais on n’accorde pas le même poids à ces deux cérémonies, à tort ou à raison, selon la perspective adoptée. La première est une grande commémoration internationale des alliés occidentaux d’alors, qui sont encore, peu ou prou, les alliés d’aujourd’hui, auxquels, pour la première fois, est invité à se joindre le représentant de l’occupant vaincu qui était encore persona non grata pour le 50evigipirate avec un important dispositif policier y est activé dès le 24 mai et que ses préparatifs ont été entamés le 30 mai par la célébration de la fête américaine du Memorial Day avec des cérémonies simultanées des deux côtés de l’Atlantique. Survenant dans l’effervescence printanière, entre le festival de Cannes, Roland Garros et la fête de la musique, elle se place parmi les événements à grand spectacle auxquels tout ce qui compte dans M’as-tu-vu-land ne dédaigne pas d’être convié. Le 18 juin, en revanche, a peu à peu glissé, déclin du gaullisme aidant, en queue de liste des mornes commémorations républicaines (où seul détonne encore un peu, par son panache, le 14 juillet), quelque part entre le 19 mars ou le 8 mai et le 11 novembre sans qu’on ait jugé bon de l’honorer d’un jour férié.

    Mais au-delà de ces considérations sur l’état de nos fêtes nationales et le peu d’intérêt désintéressé qu’elles suscitent, voici l’occasion de dépoussiérer quelques grands mots ressortis pour l’occasion et suggérés par l’actualité brûlante, tels que occupation, résistance, terrorisme, libération. Nous proposons d’examiner leur usage courant d’hier et d’aujourd’hui et les pratiques qu’ils recouvrent et, parfois, dissimulent.

    L’occupant
    L’occupant est toujours perçu négativement, même s’il ne tyrannise pas les populations occupées, car il est l’étranger qui s’est emparé d’un pays par la force et le maintient sous son joug politique. À la domination ou hégémonie qui soumet les dominés au dominateur par des pressions extérieures diverses, allant de la carotte d’une alliance avantageuse au bâton des représailles diplomatiques et économiques, l’occupant ajoute sa présence militaire imposée sur le territoire de l’occupé ou, ce qui revient au même, la possibilité déclarée d’intervenir militairement à tout moment chez le dominé sans que celui-ci ait le pouvoir de s’y opposer. On pense à l’ex-Union soviétique vis-à-vis de ses satellites hongrois, tchécoslovaque, afghan… mais aussi aux États-Unis vis-à-vis de certaines républiques d’Amérique latine (le Panama, le Nicaragua, la République dominicaine, etc.) et à Israël vis-à-vis des territoires palestiniens et de certains voisins arabes.

    Les scènes qui se déroulent en ce moment en Irak où des rebelles légèrement armés résistent courageusement depuis plus de deux mois au cœur de villes saintes, avec l’appui évident d’une grande partie de la population, contre les hélicoptères de combat, les chars et les snipers d’une immense armée d’occupation étrangère dont les geôliers viennent de s’illustrer de la manière la plus odieuse, rappelant toutes les gestapo du monde, devraient arracher le masque angélique de ceux qui moralisent et bombardent simultanément au nom des droits de l’homme et de la lutte contre la terreur ! Mais non, ne rêvons pas : c’est bien cet occupant-là qui vient parader en libérateur dans le décor planté en Normandie pour le 6 juin, avec en prime les congratulations obséquieuses des « collabos » européens, surtout de la part de ceux qui, s’étant opposé à cette agression illégale sans pouvoir l’arrêter, et qui, tout en réprouvant l’appui américain aux crimes de M. Sharon, feront cause commune avec les agresseurs pour la circonstance. Ils laissent ainsi filer une bonne et peu coûteuse occasion de manifester officiellement la réprobation des Européens, par exemple, en envoyant des sous-fifres accueillir Bush, en projetant dans les villes voisines le film critique de Michael Moore primé au festival de Cannes, voire en organisant plus loin une contre-cérémonie à la mémoire des victimes des guerres scélérates menées partout dans le monde par le plus grand État voyou de la planète3. Mais l’Europe à souveraineté limitée qui est la nôtre (ou plutôt, la leur) ne peut se permettre ce genre d’initiative sans en subir les conséquences. Et surtout, sans le courage de les affronter.

    Le résistant et le collaborateur
    Le résistant a toujours le beau rôle même si certains actes de résistance ont atteint le sommet de l’horreur terroriste (le déraillement de trains bondés de civils sous le prétexte qu’ils transportaient aussi des munitions) et si de nombreuses liquidations sommaires dans la période trouble de l’immédiat après-guerre, perpétrées un peu partout en France et cataloguées comme « crimes de la résistance » par des historiens clandestins, ternissent l’image de cette noble cause. Le collaborateur vaincu, en revanche, a toujours la mauvaise part. Quels que soient l’honnêteté et le niveau de réflexion qui sous-tendent sa démarche, celle-ci reste injustifiable aux yeux du camp résistant qui vole sur les ailes de la victoire. Dans l’esprit du peuple libéré, le collaborateur actif est celui qui mérite d’être liquidé, même si les méthodes employées pour ce faire soulèvent parfois le cœur. Des « deux oncles » de Georges Brassens, celui qui aimait les Teutons ne fera sans doute jamais le poids avec celui qui aimait les Tommies. Le glaive de Brennus dans la balance des Romains et son vae victis ont donné la mesure de la soi-disant justice des vainqueurs qui prévaut encore de nos jours : les Irakiens, après les Afghans et les Serbes, sont jugés, médiatiquement, militairement et juridiquement à une aune que les étatsuniens et les israéliens ne sont pas disposés à s’appliquer à eux-mêmes. Cette inégalité de traitement peut sembler aller de soi, à tort ou à raison, lorsqu’on parle de la collaboration de 1940-44 en France, mais qu’en est-il du « collabo » des Américains au Vietnam, ou aujourd’hui en Irak ? Des harkis des années soixante en Algérie abandonnés par les Français à la vindicte des « libérateurs » qui les massacrèrent par dizaines de milliers ? Que penser des « collabos » arabes des Israéliens lynchés par leurs coreligionaires ou exécutés par les autorités palestiniennes dès qu’ils sont découverts ou parfois seulement soupçonnés ? L’histoire nous enseigne que la haine et la vengeance criminelle font partie de toutes les guerres civiles. Réflexion intempestive, car l’esprit du temps, plus que jamais individualiste et partisan, renforce les préjugés qui déforment la réalité des engagements et des comportements en temps de guerre.

    Terrorismes et anti-terrorismes
    « Terroriste » n’est, le plus souvent, que l’étiquette donnée au résistant par ceux qui ne partagent pas ses convictions et subissent les conséquences de ses actes. Répandre la terreur, épouvanter l’ennemi est l’une des méthodes de guerre les mieux éprouvées : les éthologues démontrent sans peine son usage dans le monde animal (qui toutefois, à la différence des humains, en reste dans la plupart des cas au stade de la gesticulation). La Saint Barthélémy et les dragonnades en territoire camisard s’inscrivent dans cette logique. Mais l’emploi systématique du massacre à grande échelle de civils comme méthode de terreur est récent. Son premier théoricien, avant Lénine, fut Robespierre qui déclarait, le 3 février 1794 : « Le ressort du gouvernement populaire en révolution est la vertu de la terreur ; la vertu sans laquelle la terreur est funeste, la terreur sans laquelle la vertu est impuissante »4.

    Cette association entre vertu et terreur est un avatar laïque de l’élection divine qui a conféré aux peuples de tradition monothéiste le droit, sinon le devoir d’exterminer les infidèles comme l’exige du peuple élu, de façon explicite et réitérée, un commandement biblique5. L’autre, en tant qu’ennemi tribal, national ou religieux, puis ennemi de classe, enfin ennemi de la civilisation occidentale (tel que l’a récemment défini Samuel Huntington, entre autres), est le masque changeant selon les modes du temps de l’éternelle agression du péché originel, de l’attentat – et de la tentation – diabolique contre la vertu fondatrice postulée dont l’homme est censé hériter avec la possession de la terre et des ses habitants par l’alliance qu’il a contractée avec Dieu, selon l’orthodoxie judéo-chrétienne6. Depuis la Révolution française, et surtout au XXe siècle, les verrous qui empêchaient ou limitaient les campagnes de terreur contre les populations civiles, notamment le droit des gens, ont sauté. La diabolisation et la déshumanisation de l’ennemi sont devenues courantes depuis l’apparition de la mobilisation idéologique des masses avec la Révolution française. La parenté qui réunit dans l’horreur le génocide des Vendéens, le massacre des Juifs, les bombardements massifs des populations (allemande, japonaise, cambodgienne, vietnamienne, etc.) et les camps d’extermination soviétiques est désormais établie par les divers « livres noirs » récemment publiés sur le sujet7. Pendant les quarante ans de guerre froide, cette forme de terrorisme d’État s’est prolongée à l’abri des alignements de missiles nucléaires stratégiques qui « protégeaient » les peuples enserrés par les dispositifs d’alliance. Il est inutile et indécent d’essayer de prouver que les millions de morts par les bombes, les empoisonnements et la famine résultant des blocus des uns ne pèsent pas aussi lourd que les millions morts dans les camps des autres, ou l’inverse. La guerre froide a épargné au monde le feu nucléaire sans lui éviter les tueries massives, directes ou non, de populations civiles, essentiellement dans le Tiers-Monde, et ses deux protagonistes principaux y ont une part de responsabilité comparable. Cet affrontement « de basse intensité » (sic !) a encouragé de part et d’autre le déploiement de bandes de guérilleros auteurs de la terreur à petite échelle que nous appelons aujourd’hui « terrorisme » lorsqu’elle est infligée par le camp adverse et « résistance » ou parfois « rébellion » lorsque nous y sommes favorables ou indifférents. C’est le moment de rappeler que pour les occupants allemands, les résistants français étaient des terroristes tout comme l’étaient naguère, pour une majorité des Occidentaux, les membres de l’ANC qui posaient des bombes dans les centres commerciaux sud-africains ou comme le sont aujourd’hui les résistants tchétchènes répliquant avec une extrême brutalité à la violence brutale du dominateur russe. Il est à présent notoire qu’avant d’être mis au ban des nations comme les archi-terroristes par excellence, Ben Laden et ses émules ont été formés, financés et armés par les États-Unis pendant de nombreuses années dans le cadre de leur confrontation avec les forces soviétiques8. D’autres mouvements terroristes ont opéré avec un appui logistique étatsunien et européen en Amérique latine (les Contras), en Afrique (l’Unita) ou même en Europe (l’UCK au Kosovo). Bien entendu, dans l’autre camp, on ne s’est pas privé de susciter ou d’appuyer de nombreuses bandes de hors-la-loi ayant pour mission de répandre la terreur chez l’ennemi et ses alliés.

    On peine à croire que ceux qui ont si généreusement usé de l’arme redoutable de la terreur aient aujourd’hui réellement renoncé à l’employer le cas échéant, tout comme on ne peut prendre au sérieux leurs promesses d’interrompre les trafics d’armes si rémunérateurs auxquels ils se livrent en sous-main ou de démanteler l’arme nucléaire sur laquelle repose leur suprématie mondiale incontestée. On ne court pas grand risque à parier qu’il y aura toujours des États dominateurs et répressifs surarmés et, face à eux, des bandes rebelles prêtes à tout pour les contrer, avec l’appui des dominés rétifs, incapables de secouer le joug d’une autre façon. Les rebelles en armes seront toujours les résistants de quelqu’un et les terroristes de quelque autre.

    Un anti-terrorisme efficace s’efforce de prévenir et contrôler le danger autant que possible par les voies politiques et diplomatiques simultanément à la répression. Mais la meilleure des préventions consiste à restaurer un ordre international fondé sur le respect des conventions, des États et des peuples, et non sur la seule loi du plus fort. La poursuite d’objectifs politiques, économiques ou maffieux, par le chantage à la terreur est un phénomène moderne, directement lié à la progression de l’individualisme des sociétés bourgeoises. Le terrorisme est attisé par les sentiments d’injustice et les antagonismes (de classes, d’ethnies, de partis et d’idéologies) qu’ils génèrent, et aussi par la pusillanimité foncière et la corruption des élites contemporaines (la « nouvelle classe ») qui ouvre constamment de nouveaux espaces à toutes les formes de violence sociale. La lutte contre le terrorisme ne peut faire l’impasse sur la nécessité d’une remise en cause radicale du modèle de société où il se répand et prospère.

    L’anti-terrorisme discursif de celui qui, comme G. W. Bush, dit : « ralliez-vous à ma bannière lorsque je bombarde et envahis des États (l’Afghanistan, l’Irak, peut-être bientôt la Syrie, l’Iran…) supposés abriter ou alimenter des nids terrorises que je vais nettoyer », est une dangereuse imposture. Phraséologie d’autant plus nocive qu’elle permet à d’autres États, alliés du soi-disant gendarme du monde, d’employer impunément l’arme de la terreur quand bon leur semble, comme le fit naguère l’Indonésie au Timor oriental, comme le font la Turquie face aux Kurdes, le Pakistan au Cachemire, et surtout Israël dont le propre ministre de la justice, Yossef Lapid, vient de déclarer que les récentes destructions meurtrières à Rafah (40 morts, des milliers d’habitants jetés à la rue par les bulldozers, appuyés par des chars, qui ont rasé leurs logements), lui rappellent les brutalités nazies contre les juifs dont ont été victimes ses parents9. L’anti-terrorisme de propagande, qui tente de masquer la réalité de guerres et de répressions féroces illustrées par la stupéfiante découverte de l’ordinaire carcéral à Abou Ghraïb, Guantanamo, Bagram… ne parvient pas, si l’on en croit les sondages, à empêcher une large majorité des Européens de penser que la principale menace actuelle contre la paix ne provient ni des terroristes ni des États classés par Washington sur « l’axe du mal », mais bien de l’attitude actuelle des États-Unis et d’Israël.

    Face à cet échec relatif, les vendeurs d’idéologie sécuritaire font feu de tout bois en criant au danger islamique qu’ils voient partout, du voile de quelques fillettes dans nos écoles aux prêches de quelques imams qui ne brillent pas toujours par leur civisme républicain ou leur féminisme accompli10. Ils crient au loup face à la nouvelle vague d’antisémitisme qu’ils voient déferler à travers d’opportunes profanations picturales de cimetières et de monuments. Un ministre français, de retour de New York où il se disait fier de s’entendre appelé « l’Américain » devant un parterre d’associations juives s’est récemment prêté à ce petit jeu sur une scène pré-électorale en accusant ses opposants de ne pas avoir assez combattu l’antisémitisme. Monsieur Bush qui, au moment de nos divergences avec sa politique, stigmatisait le prétendu antisémitisme des Français, a du se réjouir de cet appui opportun au moment où son armée s’enlise en Irak, sa politique pro-israélienne court au désastre et sa popularité chute dans les sondages11.

    Le libérateur
    Reste un concept équivoque à examiner : celui de « libération ». La liberté, au sens antique du mot, est indissociable de l’appartenance à une politie, à une cité libre. Elle se perd lors d’une guerre malheureuse dont la légendaire guerre de Troie fournit le prototype. Les nations vaincues payent toujours le prix de la défaite par l’esclavage (passé de mode en Occident), la soumission, la perte ou l’amoindrissement de leur souveraineté, donc de leurs authentiques libertés, par le tribut de guerre qui ruine leur économie. La défaite se paie aussi par cette intériorisation de l’échec, sorte d’humiliation culpabilisante qui encombre encore longtemps les esprits et se traduit par des réactions excessives comme le désir fanatique de revanche ou son contraire, l’auto-accusation qui mène au refus d’assumer sa propre identité, celle de son peuple et de son histoire, encourage la fuite dans les utopies pacifistes. L’ultra-nationalisme des Français après la défaite de 1870 et celui des Allemands tributaires du traité de Versailles, qui ont longtemps retardé la réconciliation inter-européenne, en sont issus. Tout comme en proviennent aussi l’adoration béate du vainqueur, l’imitation servile de ses modes, mythes, images, produits culturels (ou sous-culturels), comme ce fut le cas pour de nombreux Européens de l’ouest, surtout allemands, jusqu’à une période récente dont les américanophiles ont la nostalgie. Comme c’est le cas, hélas, pour de nombreux Européens de l’est qui, de peur de perdre leur liberté à peine recouvrée, sont prêts à la céder au nouveau tyran, armé de dollars et de technologie de pointe, qui se dit prêt à les défendre (contre qui, au fait ?).

    Dans l’histoire des idées, le concept de libération relève de la sociologie de la révolution. Jules Monnerot perçoit une « continuité des apocalypses juives qui florissaient » vers le temps de Jésus « jusqu’aux sectes de la révolution anglaise, et continuité des sectes de la révolution anglaise à la révolution russe »12. Cette continuité, fondée sur la volonté de rédemption ou de transformation du monde, trouve son prolongement dans les idéologies libertaires et pacifistes, mais aussi dans l’utopie libérale : la rédemption par la mise aux normes mondiales du tout-économique, le grand marché totalitaire euphémisé en « mondialisation », dans la mesure où il est supposé abolir les rivalités politiques et le phénomène de la domination considérés comme le reliquat d’une époque barbare.

    Dans le même ordre d’idées, la dérisoire surenchère « libérationiste » (libération sexuelle, libération de la femme, des jeunes, des animaux, etc.) à laquelle se sont livrés divers clans intellectuels dans le sillage des révoltes soixante-huitardes, n’est qu’un bruyant détournement d’enjeux qui cache le recul constant des libertés authentiques, la soumission aux nouveaux pouvoirs économiques, politiques, médiatiques toujours plus envahissants et l’avachissement conformiste de nos élites culturelles incapables ou peu désireuses de se colleter avec les vrais enjeux du siècle. Pour résumer ce point de vue, disons que la liberté, par contraste avec le spectacle toujours renouvelé de la libération que l’on continue de nous monter dans divers registres (libération des Kosovars, des Irakiens, des femmes afghanes, des fillettes musulmanes voilées…), est une qualité de vie et de pensée qui se fait rare, tout comme son porteur, l’homme libre.

    Est-il un seul exemple, dans l’histoire du monde, d’un libérateur venu tout armé de l’extérieur, invité ou non, qui ne se soit comporté, s’il en a eu le pouvoir, en conquérant, puis en tyran ? Napoléon voulait vraiment délivrer l’Europe des tyrans. Pourtant, une fois dissipé le capital d’admiration et de sympathie dont jouissait le brillant général en chef fait empereur (Goethe et Beethoven, entre autres, s’en sont fait l’écho), le souvenir qu’a laissé l’irruption française en Allemagne, en Russie, en Espagne… est celui d’une conquête, d’une domination, d’une oppression cruelles et dévastatrices contre lesquelles tout acte de résistance, quels qu’en fussent les moyens, était justifié aux yeux des peuples opprimés. De semblable façon, en 1941-42, lors de l’opération Barbarossa, les armées de la coalition hitlérienne ont été initialement bien accueillies par de nombreux Ukrainiens, Biélorusses, Baltes et Russes, heureux de secouer le joug de la tyrannie léniniste et stalinienne qui avait décimé leurs populations par la famine, l’emprisonnement et les massacres. Mais l’idylle fut éphémère. Même déception pour les révolutions russe et chinoise qui ont soulevé d’immenses espoirs et armé d’innombrables bras révoltés à travers le monde pour finir écrasées dans les goulags staliniens, broyées par la révolution culturelle maoïste et rejetées comme un symbole d’oppression par ceux-là même qu’elles prétendaient libérer.

    La libération symbolisée par l’opération Overlord entamée le 6 juin 1944 ne fait pas exception à la règle, malgré la ferveur consensuelle dont l’entourent les commémorations officielles. Cette année, pour la première fois, visite du Chancelier oblige, un journal télévisé de vingt heures a montré des alignements de tombes en rappelant que le plus grands des cimetières militaires étrangers en Normandie n’était pas américain mais allemand. Un autre commentaire rappelait que les tapis de bombes anglo-américaines sur les villes pendant la période qui a immédiatement précédé et succédé au débarquement ont tué plus de cinquante mille civils français. Au même moment, outre-Rhin, on ose enfin présenter dans des grands médias13 l’horreur criminelle des bombardements massifs de populations civiles qui firent plus de six cent mille morts, principalement des femmes, des enfants et des vieillards. On précise que cette stratégie d’extermination des non-combattants fut décidée intentionnellement par les chefs de gouvernement alliés dans le but de faire un maximum de victimes, croyant à tort hâter ainsi la reddition de l’ennemi. Aucun tribunal pénal international ne jugera jamais ces criminels-là. Aucun Picasso n’a exposé à New York tous ces Guernica à la puissance dix. À la peine de sa défaite, de l’humiliation et des morts, s’ajoute pour le vaincu la double peine de se voir refuser le statut de victime que d’autres, en face, revendiquaient haut et fort. Si l’on en juge par le traitement réservé par l’occupant en ce moment même aux Serbes (surtout au Kosovo), aux Afghans, aux Irakiens et aux Palestiniens par leurs vainqueurs, rien n’a vraiment changé à cet égard.

    La libération, « qui ne fut pas celle de tout le monde », disait Sacha Guitry pendant son bref séjour en prison pour sa prétendue collaboration artistique, a fait bien d’autres victimes directes, collectives ou individuelles, en fermant les yeux sur les règlements de compte odieux, les viols et les assassinats par milliers, en chassant de leurs terres ancestrales des millions de personnes, en en déportant des centaines de milliers d’autres vers les bagnes de Sibérie où très peu ont survécu. Mais ses effets géopolitiques, suite au partage de Yalta, ont eu des conséquences beaucoup plus graves et durables pour les Européens. C’est cette « libération » qui institua la division du continent en deux grandes zones d’occupation et d’influence. Américanisation d’un côté, soviétisation de l’autre. Être Européen, purement et simplement, librement, n’était plus possible que tout à fait subsidiairement, en tant que supplétif politique, militaire, culturel de la grande Amérique ou du camp soviétique.

    Mais aujourd’hui, alors que l’un des deux occupants s’est largement retiré des terres conquises, l’autre non seulement maintient mais renforce sa présence sur le sol de l’Europe14. Alors que la Russie post-communiste a pratiquement renoncé à toute ingérence hors de ses frontières ou de leur voisinage immédiat, les États-Unis se sont lancés dans une vaste campagne d’interventions militaires et diplomatiques dans le but avoué de maintenir une hégémonie incontestable sur le reste du monde y compris l’Europe.

    Cessons de légitimer les États-Unis : rejoignons la résistance !
    Dans ces conditions, la présence du chancelier allemand et du président français au côté du président étatsunien le 6 juin autour du thème de la libération de l’Europe est non seulement une indigne mascarade mais l’énoncé d’un mensonge flagrant, car l’Europe
    - n’est pas libérée des forces américaines d’occupation sur son propre sol ;
    - reste divisée contre elle-même du fait de l’influence indue des États-Unis à l’intérieur de ses frontières et de leurs intrigues vis-à-vis des nouveaux membres de l’Union européenne ;
    - n’ose pas assumer sa puissance potentielle et ses responsabilités internationales pour contrer le néo-impérialisme agressif des États-Unis.

    Pour recouvrer sa dignité, sa liberté, sa souveraineté, l’Europe doit se débarrasser une fois pour toutes de cette tutelle funeste, cesser de revendiquer l’assistanat à sa propre libération comme un titre de gloire, appeler un occupant par son nom, en Irak, en Palestine mais aussi en Europe et entrer en résistance contre le nouveau système de domination planétaire qui nous est imposé sous prétexte de combattre un péril terroriste largement surfait et souvent manipulé. Un nouvel appel du 18 juin est indispensable. Qui dans notre personnel politique aura la fibre d’un homme d’État pour le lancer vers nos peuples qui ont montré, en manifestant par millions contre l’attaque de l’Irak, qu’ils étaient prêts à l’entendre et à y répondre ?

    Dans son dernier livre, le politologue américain Robert Kagan constate : « C’est là que réside le tragique de l’histoire. Pour s’attaquer aux menaces qui pèsent sur la planète, les Américains ont besoin d’une légitimité que l’Europe seule peut apporter. Mais il n’est pas du tout sûr que les Européens répondent à cette attente »15.

    Nous avons pu constater chaque jour, impuissants, ce que les mensonges sur de prétendues armes de destruction massive et le danger du terrorisme islamique ont permis grâce à notre crédulité, à notre complicité, même réticente. Des pays sont bombardés, envahis, pillés, affamés, détruits. Des prisonniers sont sadiquement torturés. En Irak comme en Afghanistan, les bombes américaines ont tué plus de civils que l’attentat du 11 septembre à New York. En Irak, des dizaines de civils sont tués chaque semaine. D’autres sont jetés sur les routes par milliers, proies faciles pour les trafiquants, les proxénètes et les passeurs qui s’abattent sur ces pays dévastés. Le chaos s’aggrave dans toute la région et une nouvelle menace plane sur l’approvisionnement énergétique du monde.

    Cessons volontairement de légitimer les guerres scélérates des États-Unis ! À Nadjaf, à Kerbala, à Falloudja, à Bagdad comme en Palestine, des petits groupes de résistants courageux tiennent en échec la plus puissante machine de guerre de la planète. Sont-ils des terroristes ? Peut-être, mais la terreur vient d’abord de ceux qui bombardent des innocents, torturent des prisonniers, détruisent les logements, polluent le pays pour les siècles à venir avec leurs armes contenant de l’uranium appauvri ou des explosifs à fragmentation (anti-personnel). On peut ne pas partager les idées d’un Moqtada al Sadr et de ses émules régionales tout en respectant sa ténacité, son courage. Il succombera sans doute mais nous savons, et les étatsuniens savent aussi, que d’autres prendront la relève pour l’honneur de l’Irak occupé. Si le mot « résistance » doit encore signifier quelque chose chez nous, c’est peut-être le moment de nous demander où sont les fronts de résistance aujourd’hui contre la machine à broyer les peuples libres. Le moment de choisir notre camp et de libérer enfin notre continent, nos peuples et notre culture de ceux qui persistent à les coloniser, à les maintenir dans la dépendance.

    2004. http://grece-fr.com

    1. Dans une analyse sans concessions (« To Tell the truth », nytimes.com/2004/05/28), Paul Krugman se demande comment on a pu prendre si longtemps l’actuel président des États-Unis pour un homme droit et sincère alors qu’il était dès le départ un politicien retors, refusant de reconnaître ses erreurs et enclin à mener son monde en bateau. Il donne trois raisons : 1) un patriotisme dévoyé induit par le choc du 11 septembre ; 2) « la tyrannie de l’objectivité » qui poussait les critiques du président à tout faire pour ne pas sembler se ranger du côté de ceux qui lui vouaient une « haine irrationnelle » ; 3) l’intimidation : après le 11 septembre tous ceux qui osaient penser ou dire quoi que ce soit de négatif à propos du président s’exposaient à recevoir une avalanche de lettres insultantes. Deux jours plus tôt, le New York Times du 26 mai 2004 s’excusait formellement auprès de ses lecteurs du manque de rigueur et de vérification dans une série de reportages, notamment à propos des armes de destruction massive censées être en possession de l’Irak juste avant l’invasion anglo-américaine.

    2. En s’inspirant de Kerényi et Eliade, Kurt Hübner explique que « les pseudomythes politiques sont certes structurés comme des mythes mais qu’ils ne naissent pas spontanément, ni ne se développent historiquement, c’est-à-dire qu’ils sont créés en vue d’atteindre certains buts […] Un mythe véritable à l’origine [peut] lui aussi devenir un pseudomythe, notamment lorsqu’il n’est plus vécu, mais doit être maintenu par la violence ou artificiellement réintroduit » (« Mythe et politique. Contribution au concept philosophique de nation », Krisis, numéro 8, avril 1991).

    3. L’ancien fonctionnaire du département d’État américain, William Blum, auteur de la retentissante critique de la politique étrangère étatsunienne sous le titre de L’État voyou, L’Aventurine, Paris, 2002, vient de publier un deuxième ouvrage qui recense avec une grande précision pas moins de cinquante-cinq opérations militaires illégales des États-Unis, ouvertes ou couvertes, à travers le monde entre 1945 et 2003 : Les guerres scélérates, Parangon, Paris, 2004. Sur le même thème de la recherche systématique et la provocation des conflits par la puissance américaine, on consultera avec profit l’ouvrage de Noam Chomsky : De la guerre comme politique étrangère des États-Unis, Agone, Paris, 2001.

    4. Maximilien de Robespierre, 3/02/1794, cité par Jacques Cellard, Ah ! ça ira, ça ira… Ces mots que nous devons à la Révolution, Balland, Paris, 1989.

    5. Notamment dans le Deutéronome (VII-6, VII-16, XX-17).

    6. Thèse défendue, entre autres, par Robert Jaulin, L’univers des totalitarismes, Loris Talmart, Paris, 1995. Sur ce même sujet, également, Jacques Marlaud, « Choc des civilisations ou résistance à la civilisation terroriste ? » in Interpellations. Questionnements métapolitiques, Dualpha, Paris, 2004.

    7. Entre autres, Stéphane Courtois (et al.), Le livre noir du communisme. Crimes, terreur, répression, Robert Laffont, Paris, 1997 ; Joël Kotek et Pierre Rigoulot, Le siècle des camps, J. C. Lattès, Paris, 2000 ; Pin Yathay, L’utopie meurtrière. Un rescapé du génocide cambodgien témoigne, Éditions Complexe, Paris, 1989 ; Christopher Hitchens, Les crimes de Monsieur Kissinger, Saint-Simon, Paris, 2001 ; William Blum, Les guerres scélérates, op. cit.

    8. cf. Richard Labévière, Les dollars de la terreur. Les États-Unis et les islamistes, Grasset, Paris, 1999. Également : Michel Chossudovsky, Guerre et Mondialisation. À qui profite le 11 septembre ?, Le Serpent à Plumes, Paris, 2002.

    9. Mona Chollet, « Rafah : comment rendre un peuple fou », www. peripheries.net/, 26 mai 2004.

    10. Dans une critique sans concession de la revue Cités d’Yves Charles Zarka, consacrée au danger du communautarisme islamique en France et exhibant la caricature grossière d’un musulman sur sa couverture, le journaliste du Monde Diplomatique Alain Gresh écrit : « L’homme au nez crochu, au regard torve, n’a pas la Torah dans la main, mais le Coran. Il est musulman et tourne le dos à la République. Qu’une revue puisse mettre une telle illustration en “une”, que des libraires l’affichent, en dit long sur le climat actuel en France » (« Les nouveaux habits du racisme », diffusion Internet, 29/05/04). Dans le même esprit de phobie anti-islamique, la manchette du Figaro du 28/05/04 attirait l’attention sur « l’inquiétant prosélytisme des associations islamiques », en se fondant sur l’étude d’un Institut des Hautes Études de Sécurité Intérieure (IHESI) qui ne relevait, à la lecture, aucune tendance spécifique à la violence ou au terrorisme, mais fustigeait la tendance au « repli communautaire » des jeunes musulmans. Comme si cette quête d’une identité ethnique et religieuse dans notre société déracinée, ne concernait que cette communauté-là ! Comme si la République devait, à ce moment précis des guerres qui font rage au Moyen-Orient, se sentir menacée de ce côté- là ! Façon subtile, croit-on, d’aligner les Français sur la propagande anti-terroriste de Bush et consorts ?

    11. Henri Korn, dans un article intitulé « Trop commode alibi ? » (Le Monde, 29/05/04), abordait avec courage le fond de la question concernant l’instrumentalisation constante d’un antisémitisme largement surévalué en Europe comme aux États-Unis : « Peut-être serait-il temps d’abandonner l’amalgame entre Israël et un peuple idéalisé, fils du Livre, du Talmud et des Lumières. Il nous empêche de penser en termes politiques ce qui se passe aujourd’hui au Proche-Orient. Il est impératif désormais, pour la survie de la démocratie en Europe, aux États-Unis aussi bien qu’en Israël, que chacun d’entre nous prenne ses distances avec une logique qui inverse la charge de la preuve et qui est assortie d’un chantage. Tous deux nous paralysent. La logique nouvelle est terrifiante, elle postule qu’il appartient à la victime de prouver son innocence alors même qu’elle a été abattue sans autre forme de procès : “Nous l’avons tué, c’était donc un terroriste”. Le chantage consiste à menacer de dénoncer comme un antisémite, alors qu’il s’agit d’un choix politique, toute personne qui conteste cette logique perverse et ses conséquences ».

    12. Jules Monnerot, Sociologie de la révolution, Fayard, 1969.

    13. Spiegel special, NR. 1/2003, « Als Feuer vom Himmel fiel. Der Bombenkrieg gegen die Deutschen ».

    14. Une base américaine gigantesque, nommée Bondsteel, avec une piste pour avions gros porteurs et une véritable ville intérieure, a été construite illégalement sur un territoire arraché aux Serbes au Kosovo. Des contingents étatsuniens se sont établis en Hongrie, en Tchéquie, en Slovaquie, en Géorgie. Le FBI forme la police polonaise à ses méthodes de combat contre le terrorisme. Plus que la valeur militaire de ces établissements, c’est leur signification politique dont il faut tenir compte à la lueur des intentions affichées à Washington d’empêcher l’Europe réunifiée de se doter d’un système de défense indépendant, et de diviser les Européens entre eux pour éviter toute coalition anti-américaine.

    15. Robert Kagan, Le revers de la puissance. Les États-Unis en quête de légitimité, Plon, Paris, 2004.

  • Éducation Nationale : dépenser plus pour avoir moins (archive 2008)

    Cette année, le baccalauréat a soufflé ses 200 bougies. Que de chemin parcouru depuis sa création le 17 mars 1808 par Napoléon Bonaparte ! Or, voici que la récente Palme d'Or « Entre les murs » aborde la question de la scolarité. Ode cinématographique à la société mixte, ce film produit d'ailleurs un effet inverse à celui recherché : sommé par le réalisateur de plaindre les victimes Nassim et autre Souleymane, le spectateur est bientôt gagné par une solide envie de conseiller à ces héros hargneux - qui remercient leurs hôtes doigt levé à l'appui - un prompt retour dans leur savane ou douar.
    Quoi qu'il en soit, examinons à la lueur du film l'état de notre école publique.
    Si l'on se fonde sur la dépense globale d'éducation (cantines, transports, compris, etc.) la France a dépensé 116,3 milliards d'euros pour l'année scolaire 2005-2006. L'Education nationale engloutit la part la plus importante de nos impôts, qu'ils soient récoltés par l'Etat, les régions ou les départements, et encore cela ne suffit pas, puisque, selon SOS-Education, il convient d'y ajouter 11,2 % de la somme, dépensés par les ménages à titre personnel (cahiers, livres, etc.) À raison de 7 401 euros par collégien et par an, 10 000 euros par lycéen, la dépense s'alourdit chaque année. Ces chiffres, tirés d'un rapport d'audit commandé par l'Etat lui-même, montrent une augmentation budgétaire de 33 % pour les collégiens entre 1994 et 2004, et de 50 % pour les lycéens. Pendant ce temps-là, entre 1990 et 2006, le nombre d'enfants et de jeunes scolarisés dans le primaire a décru, passant de 6 953 milliers à 6 644 milliers. Dans le secondaire, le ressac est plus visible encore : on passe de 5 709 milliers en 1990 à 5 418 milliers à la rentrée 2006 (sources : Insee).
    Premier poste de l'Etat, l'Education nationale emploie le chiffre ahurissant de 1 192 600 personnes ; elle est le premier employeur au monde, devançant même les Chemins de fer indiens (population de l'Inde : 1,1 milliard d'habitants). Précision qui ne manque pas de sel, 38 % de cette armée mexicaine, reconnaît benoîtement le ministère, sont affectés à des tâches administratives. Quant aux « fonctionnaires enseignants », leur nombre exact demeure imprécis, mais ils sont officiellement plus de 23 000 à ne pas enseigner du tout, qu'ils soient « détachés » ou « en attente de poste » ; et ce chiffre ne comprend pas les « en stage » ou « souffrants », dont la proportion reste opaque. Rappelons tout de même que l'absentéisme dans le secteur public coûte environ 8,5 % du Budget annuel de l’État.
    Bien entendu, à défaut d'une franche approbation, toutes ces dépenses pourraient être admises, si, en regard de leur absurdité, des milliers de Pic de la Mirandole formaient l'avant-garde de nouvelles générations surdouées. Hélas, il faut déchanter. Le budget de l'Education nationale représente 7,1 % du PIB de la France quand 61,4 % de la population active salariée sont sans diplôme ou titulaires d'un diplôme inférieur au bac. Voilà qui en inquiétera plus d'un, puisque le bac est lui-même un produit dévalué, avec 83 % de reçus. En donnant un hochet à tous les recalés du dernier rang, l’Éducation Nationale a du reste dynamité la filière du secondaire. Pour rappel, il y avait eu 50 % de reçus au Bac général en 1966. Serait-ce que les génies en herbe actuels ont fait de considérables progrès ? Non : ces diplômés de perlimpinpin possèdent à l'usage un bagage étique, une orthographe relevant de l'onomatopée et du tag, et des connaissances souvent fantaisistes, assénées par un encadrement soixante-huitard. Quand on songe qu'à sa création, l'examen se déroulait exclusivement à l'oral et en grande partie en latin ! Et nunc reges, intelligite erudumm, qui judicatis terram (« et maintenant, vous les élites, instruisez-vous, vous qui décidez du sort du monde ») ...
    L'enquête qualitative PISA (Programme International pour le suivi des acquis des élèves), menée par l'OCDE en 2006, confirme le classement médiocre de la France, déjà pointée du doigt par l'organisation internationale dans ses précédentes études de 2000 et de 2003 L'OCDE teste près de 400 000 élèves de 15 ans scolarisés dans 57 pays. Alors que les élèves finlandais caracolent une nouvelle fois en tête du classement, les Français dégringolent. En 2003, la France était a la 10e place pour les sciences. Elle recule au 19e rang en 2006 parmi les trente pays de l'OCDE. Ce décrochage se confirme aussi dans les deux autres domaines étudiés depuis 2000, la compréhension de l'écrit (lecture) et les mathématiques. En lecture, la France a ainsi rétrogradé entre 2000 et 2006 de la 14e place à la 17e place. Même chose en mathématiques, où les Français sont passés en trois ans du 13e au 17e rang. Quant à l'université, c'est kif-kif bourricot : les universités américaines se réservent les 30 premières places du classement de l'enseignement supérieur dans l'évaluation PISA. Le premier établissement français, l'université Paris VI (Pierre et Marie Curie) pointe à une peu enviable 36e place ...
    TABLEAU NOIR ET DJELLABAS
    Venons-en au cœur de la question. Comment expliquer qu'avec un tel niveau de dépenses - aucun autre pays ne consacre un tel budget par élève scolarisé - nous soyons ainsi à la traîne ?
    « La France et le Japon ont vu leurs performances en lecture diminuer, mais pour des raisons diamétralement opposées. En France, c'est la proportion d'élèves en difficulté qui a augmenté », explique Eric Charbonnier, analyste à la direction de l'éducation de l'OCDE. Que signifie ce langage châtié ? Qui sont ces mystérieux « élèves en difficulté » qui se multiplient et plombent nos performances ?
    Une étude menée par la Commission européenne dans le cadre de son programme intitulé « Education et formation 2010 » indique que 40 % des élèves immigrés de la 1ère génération ont des performances moyennes inférieures au niveau 2 (sur les six niveaux possibles de compétences) en Belgique, France, Norvège et Suède. Dans notre pays, ces malchanceux méconnaissent en outre les vertus de la ponctualité : une enquête de 2002 de notre ministère de l’Éducation montre qu'en terminale technologique et générale, seuls 5,2 % des élèves d'origine maghrébine arrivent au cours à l'heure.
    Citons à présent le rapport de la Commission européenne in extenso : « L'analyse des évaluations PISA 2003 montre que, dans la plupart des pays, les enfants qui, à la maison, parlent une autre langue que la langue de l'enseignement ont de moins bons résultats scolaires, et ce dans tous les pays européens de l'étude OCDE. Le décalage entre la langue maternelle et la langue seconde et les difficultés qui en résultent s'expliquent d'une part par la difficulté pour les élèves de s'adapter au langage scolaire, et, plus généralement, par la difficulté à s'adapter à la forme scolaire (compréhension des consignes, des tâches à accomplir). Les effets linguistiques et textuels des consignes scolaires ne peuvent être isolés du contexte socioculturel ou socio-historique (...). L'apprentissage du vocabulaire, la reconnaissance du code, déjà difficiles à appréhender pour les petits autochtones, sont autant de barrières à franchir pour maîtriser l'écriture, la lecture et la résolution de problèmes. » Cette analyse est rejointe par une autre ; selon d'autres experts de l'OCDE en effet, « le fait de parler à la maison une autre langue que la langue d'enseignement est préjudiciable pour les apprentissages des élèves issus de l'immigration et engendre des retards irrécupérables ». Ces experts entérinent donc le fait qu'une classe où les enfants surgis du bilad prédominent est dans l'incapacité de bien fonctionner, puisque le préalable à l'enseignement être entendu - n'est pas rempli. Le sabir qui, dorénavant, tient lieu de novlangue dans de nombreuses régions de France entre en conflit avec la transmission du savoir. Voilà qui est fâcheux, certes, mais doit être exprimé.
    Terminons par quelques chiffres : selon l'Insee, 13 % des immigrés ont moins de 25 ans. La part des immigrés nés au Maghreb a doublé depuis 1962. Le nombre de naturalisations s'élève à environ 150 000 individus chaque année. En 2004, parmi ces nouveaux «Français», 50 % étaient originaires du Maghreb avec une écrasante majorité d'Algériens, 11 % d'un autre pays africain, et 15 % d'Asie.
    Gageons qu'avec un tel apport, augmenté des enfants de "sans-papiers" qui, par convention internationale, ont accès à la scolarité, les disciples de Bossuet ou d'Honoré de Balzac seront bientôt légion.
    Grégoire DUHAMEL. Rivarol 17 octobre 2008

  • Des archéologues ont découvert des puits vieux de 7000 ans en Allemagne

    Les archéologues ont trouvé ce qu’ils estiment être les plus anciens puits d’eau en Europe en Allemagne de l’Est. Vieux de 7000 ans, ils rangent leurs bâtisseurs parmi les premiers charpentiers connus de l’Histoire.

    puis Allemagne 7000 ans

    Excavé plus tôt cette année en dehors de Leipzig, en Saxe, des scientifiques de l’Université de Fribourg ont pu dater le bois utilisé pour l’alignement du puits et le dater entre 5206 et 5098 avant notre ère – le début de l’âge de pierre.

    Les quatre puits, qui atteignent sept mètres dans la terre et ont probablement été utilisés pour fournir un petit village en eau fraîche, ne correspondent pas avec ce que les historiens croyaient l’homme capable de faire à ce moment-là. La découverte semble indiquer que les premiers colons de la région ont travaillé le bois bien avant l’invention des outils en métal, et indique un niveau de vie beaucoup plus élevé qu’on le pensait initialement pour ces premiers colons de l’âge de pierre. Les techniques élaborées de travail du bois rendent ce constat encore plus évident – les coins du puits avaient été tenus assez serrés pour subsister 7.000 années sous terre – « c’était une grande surprise », a déclaré Willy Tegel, l’archéologue qui a dirigé l’équipe.

    Les historiens savaient déjà que la société dans la région avait connu une période de prospérité autour de 5000 avant notre ère, quand les chasseurs-cueilleurs ont commencé à s’installer dans les villages. Mais seules de rares choses de l’époque ont survécu car elles étaient surtout faites de bois. Protégés de l’air et sous le niveau de l’eau, les murs en bois des puits ont cepenant résisté à l’épreuve du temps. Et maintenant, les historiens vont devoir commencer à réviser leurs présomptions entourant l’âge de pierre. « Dans les reconstitutions, les maisons de cette époque ont sans doute été sous-estimée », a déclaré Tegel, dont les conclusions ont été publiées dans la revue académique PIOS ONE cette semaine.

    The Local

    (Traduction)

    http://histoire.fdesouche.com

  • Deux présidents sur la corde raide (archive 2010)

    « Je ne vous trahirai pas, je ne vous mentirai pas, je ne vous décevrai pas », promettait le 6 mai 2007 un président français tout fraîchement élu. Depuis, trahisons (sur l'Afghanistan par exemple d'où devait être retiré notre contingent, si malmené), mensonges et déceptions se sont accumulés au point que, selon un sondage publié le 23 août dans Libération, le chef de l'État obtiendrait 24 % des voix lors de la présidentielle de 2012. À peine plus que le socialiste François Hollande (21 %), le centriste François Bayrou (18 %) et la Verte Eva Joly (16 %), très loin derrière Martine Aubry (31 %) et surtout Dominique Strauss-Kahn (44 %), personnage d'ailleurs aussi ambigu et corrompu que le sortant.
    Certes, il ne s'agit là que d'un sondage pour une échéance encore lointaine, mais la chute persistante de la popularité présidentielle a aiguisé les dents des rivaux de l'Élyséen dans le camp majoritaire, et notamment des trois anciens Premiers ministres de Jacques Chirac.
    Pour se dépêtrer de la vénéneuse affaire Bettencourt-Woerth (voir EdP d'août-septembre) et affronter le mieux possible début septembre la difficile réforme des retraites - tâche d'autant plus ardue que le combat devait être mené par un Eric Woerth plombé par ses casseroles financières -, Nicolas Sarkozy avait très classiquement décidé de s'agiter sur le terrain sécuritaire. En pillant une nouvelle fois, sans avoir bien sûr l'intention de l'appliquer, le programme du Front national, notamment sur la dénaturalisation des voyous avérés. De plus, comme il eût été incongru à l'approche puis pendant la durée du ramadan de manifester la moindre hostilité aux musulmans, il avait concentré son offensive sur une autre communauté également mal vue, celle des Roms. En oubliant, comme le lui a aussitôt rappelé Bruno Gollnisch, que « c'est lui qui, en promouvant le traité de Lisbonne, a ouvert les frontières à tous les ressortissants venant d'Europe Centrale », si bien que « les millions de Roms originaires de Roumanie, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie, Slovénie, ont, comme les autres citoyens de ces pays, acquis en vertu de ces traités le droit d'entrer en France sans visa et sans autorisation, tout comme les Belges, les Italiens, etc. Et ce que nous voyons n'est que le début de cette transhumance. »
    Transhumance encouragée par toutes les belles âmes pullulant dans les nomenklaturas politique, ecclésiastique ou médiatique. Le 18 août, Alain Juppé assurait ainsi que « parfois le gouvernement dérape » de manière « complètement absurde » en ce qui concerne la sécurité. Prenant le relais le 24 août, Jean-Pierre Raffarin dénonçait la « dérive droitière » du parti présidentiel et pressait le Premier ministre de rappeler â la majorité qu'elle « doit avancer avec son cerveau droit mais aussi son cerveau gauche », Et Dominique de Villepin se distinguait bien sûr dans l'outrance en s'indignant dans Le Monde du même 24 août de la « tache de honte » laissée selon lui sur le drapeau tricolore par la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy, notamment à l'encontre des Roms, de la « faute morale collective commise en notre nom à tous, contre la République et contre la France ». Et l'hagiographe de Napoléon de préciser sans crainte du ridicule le « devoir à remplir pour tous les républicains de France, face à l'hydre qu'un président et ses courtisans voudraient réveiller au fond de chacun de nous... Un devoir de refus. Un devoir de rassemblement (...) pour préparer l'alternative républicaine qui s'impose » (autour de lui, cela va de soi) afin de réagir contre « l'indignité nationale ».
    Tout ce qui est exagéré étant insignifiant, on doute que cette diatribe nuise beaucoup au successeur de Chirac auprès de son « cœur de cible » électoral, bien au contraire. Le fait même qu'elle ait pu être prononcée par un encarté de l'UMP témoigne néanmoins de la fragilisation de Sarkozy, qui comptait beaucoup sur le sommet financier qu'il avait convoqué fin août â Brégançon pour se "représidentialiser", Mais l'annonce de la suppression dès cet automne de "niches" fiscales et surtout sociales (aides au logement, à la personne, etc.) à concurrence de 10 milliards d'euros a été ressentie comme une douche froide par beaucoup d'entreprises mais aussi de foyers des classes moyennes, de même que la révision à la baisse de la croissance dont le taux atteindra au mieux 2 % en 2011, un demi-point de moins que ce que faisait miroiter le gouvernement depuis des mois. Si l'on ajoute â cela la disparition de près de 300 000 emplois en 2009, l'activisme des syndicats revigorés par le relèvement de l'âge de la retraite, le marasme s'aggravant dans l'agriculture... et une criminalité en hausse malgré les postures et les déclarations martiales, la reconduction de l'Elyséen n'est nullement acquise.
    ✶ ✶ ✶ ✶
    Nicolas peut toutefois se consoler en songeant qu'à l'approche des élections de mi-mandat, le 2 novembre, l'horizon est tout aussi sombre pour « son copain » Barack, lui aussi embourbé dans une crise économique dont beaucoup redoutent l'aggravation. En moins d'une semaine, à la mi-août, quatre nouvelles banques régionales ont fait faillite aux États-Unis, y compris la ShoreBank de Chicago, fief du couple Obama et, en raison de la récession et donc de la baisse des rentrées fiscales alors que le chômage en constante augmentation accroît l'ampleur des dépenses publiques, les 50 États fédérés font face â un déficit budgétaire cumulé de près de 120 milliards de dollars malgré un dégraissage sévère de la fonction publique - 250 000 postes supprimés ... et autant de mécontents.
    Autre sujet de préoccupation pour celui que les media présentaient en 2008 comme un "messie", les doutes exprimés par un nombre croissant de ses compatriotes sur sa personnalité, son origine raciale et géographique, sa religion réelle, son cursus scolaire et universitaire. Doutes que la Maison-Blanche est incapable de dissiper, faute depuis deux ans maintenant d'avoir produit les documents permettant d'apporter la lumière nécessaire.
    Or, l'échéance du 2 novembre est cruciale puisque seront alors renouvelés un tiers du Sénat, la totalité de la Chambre des Représentants et des milliers d'"offices" dont trente postes de gouverneur. Pour reprendre la main, Barack Husseyn Obama a donc misé sur la politique étrangère.
    Le 1er septembre, il saluait ainsi « un moment historique » : celui du départ d'Irak, comme il s'y était engagé quand il était candidat, des dernières forces combattantes américaines... dont une bonne partie simplement repliée au Koweït voisin. D'où il leur sera facile de revenir pour renforcer les 50 000 GIs encore stationnés en Irak où, comme l'a reconnu Philip Crawley, porte-parole du département d'État, s'accélère le recrutement des mercenaires ou "contractors" étrangers déjà si nombreux dans un pays qui ressent durement la présence de ces incontrôlables armées privées. Surtout depuis la récente relaxe par la justice américaine de gardes de la firme Blackwater Worldwide, accusés d'avoir abattu 14 civils bagdadis en 2007.
    Ce "retrait" après une guerre aussi coûteuse (mille milliards de dollars, près de 5000 GIs et près d'un million d'Irakiens tués) qu'absurde, puisqu'elle n'aura apporté que massacres ethnico-religieux et chaos politique, est donc en trompe-l'œil. Tout comme l'autre gros "coup" diplomatique d'Obama convoquant début septembre Israéliens et Palestiniens à Washington pour y relancer un processus de paix moribond depuis la reprise des implantations juives en Cisjordanie et la meurtrière opération Plomb durci contre Gaza. Offensive dont le généralissime, Yoav Galant, vient justement d'être promu chef d'état-major de Tsahal, au grand scandale des Palestiniens qui y voient â juste titre une nouvelle provocation israélienne, â laquelle a répondu celle de la branche militaire du Hamas (à l'origine financé par Tel Aviv) abattant quatre colons juifs le matin même du sommet de Washington.
    Dans ces conditions et même si la Maison-Blanche parle de « grand espoir » - que feint de partager Benyamin Netanyahou -, les négociations sont très mal parties et l'on voit mal le profit que pourra en tirer Obama. Lequel, pour éviter de perdre la majorité au Congrès, compte d'ailleurs avant tout sur l'appui quasiment inconditionnel aux démocrates du syndicat AFL-ClO qu'il a appelé à la mobilisation, et surtout sur les divisions du camp républicain, éclaté depuis la défaite de la candidature McCain-Palin en 2008 et l'émergence du mouvement des "Tea-Parties".
    Si l'équipe Obama limite les dégâts le mois prochain, ce sera donc moins en raison de ses réussites que des faiblesses du camp adverse. Un suprême recours sur lequel avait compté Sarkozy pour assurer sa reconduction, d'où ses coups de pouce successifs â Olivier Besancenot, à Daniel Cohn-Bendit... et à Dominique Strauss-Kahn. Dont la popularité (avant tout médiatique) acquise â la direction du FMI lui revient aujourd'hui comme un boomerang.
    Camille GALIC. Écrits de Paris octobre 2010

  • Le catholicisme, combien de divisions ?

    Au cours du XXe siècle, les catholiques français ont irrigué les mouvements politiques, de droite comme de gauche, du Sillon au CDS, en passant par l'Action française et le PSU.
    La compréhension du rapport actuel des catholiques français avec la politique nécessite de remonter historiquement au moins au Ralliement de 1893, c'est-à-dire à la possibilité donnée par Léon XIII aux catholiques français, un siècle après la Révolution française, d'accepter le régime républicain, jusque-là logiquement assimilé à la franc-maçonnerie et à l’anticléricalisme par la papauté et la plus grande partie du clergé. Paradoxalement, le Pape du catholicisme social (élaboré par les Légitimistes français) et de l'encyclique Rerum Novarum, cédait ainsi aux sirènes républicaines chères aux catholiques « libéraux » (c'est-à-dire de gauche) héritiers de Lamennais. De nombreux royalistes seront ainsi à l'origine de la démocratie chrétienne en France !
    Action Française contre Sillon
    Ainsi, alors que la grande majorité des royalistes français va se rassembler derrière l'Action française (qui ne fut jamais un mouvement confessionnel) de Charles Maurras, créée en 1899, les catholiques « ralliés », groupés autour des députés Albert de Mun et Jacques Piou, créent en 1901 l'Action libérale populaire (conservatrice), tandis que les plus avancés rejoignent le Sillon de Marc Sangnier, fondé en 1894.
    En 1905, la séparation de l’Église et de l’État cause un nouveau traumatisme chez les catholiques français, les relations diplomatiques entre la France et le Saint-Siège étant suspendues de 1904 à 1921, ce qui n'empêche pas la papauté d'intervenir dans les choix politiques des catholiques.
    Ainsi, saint Pie X condamne le Sillon en 1910, avant que l'Action française ne soit à son tour sanctionnée par Pie XI en 1926 (la condamnation sera levée par Pie XII en 1939). L'Histoire retiendra de cette période la lutte entre le croyant Sangnier et l'agnostique Maurras pour séduire la jeunesse intellectuelle catholique.
    Au lendemain de la Première Guerre mondiale, l'Action libérale cède sa place au centre droit au Parti Démocrate Populaire (PDP), fondé en 1924, qui voit émerger les figures de Francisque Gay ou Georges Bidault. Ne dépassant pas une vingtaine de députés, le PDP diffuse ses idées à travers le quotidien L'Aube et la revue La Vie catholique (devenu de nos jours La Vie). Plus à gauche, pour remplacer le Sillon, Marc Sangnier a fondé dès 1912 la Jeune République, d'obédience socialiste, qui soutiendra ultérieurement le Front populaire.
    L'année 1924, celle de l'arrivée au pouvoir du Cartel des gauches voit aussi la création de la Fédération Nationale Catholique (FNC) du général de Castelnau, très conservatrice mais qui refuse de s'organiser en parti politique et de se prononcer sur la nature du régime. Elle aura pour orateurs, jusqu'en 1940, des députés comme Philippe Henriot ou Xavier Vallat. Pour autant, le général de Castelnau et son bras droit, le colonel Navel, se montreront critiques à l'égard du gouvernement de Vichy et très hostiles à toute forme de collaboration avec l'Allemagne. Le journal de la FNC, France Catholique, paraît toujours aujourd'hui.
    Du MRP à l'UDI : centrisme et construction européenne
    A la Libération, en 1944, le Mouvement Républicain Populaire (MRP), successeur du PDP, devient, toujours au centre-droit, l'un des principaux partis politiques français. Obtenant aux élections législatives jusqu'à 28 % des voix (en juin 1946), il a pour emblème la Croix de Lorraine et le bonnet phrygien.
    Ses chevaux de bataille sont la liberté scolaire (la défense de l'enseignement libre) et la construction européenne, prônée par l'un de ses principaux dirigeants, Robert Schuman, les autres étant Henri Teitgen, Pierre Pfimlin, André Colin et Jean Lecanuet. Le MRP s'effondre après l'instauration de la Ve République en 1958, passant sous la barre des 10 %. Après son succès personnel en 1965 (plus de 15 % à l'élection présidentielle), Lecanuet le transforme en Centre Démocrate, puis en Centre des Démocrates Sociaux (CDS) qui co-fonde l'UDF en 1978, avec le Parti républicain de Valéry Giscard d'Estaing. Les héritiers du CDS se retrouvent aujourd'hui au Modem (François Bayrou), à l'UDI (Jean Arthuis, Pierre Méhaignerie) à l'UMP (Christine Boutin et son parti associé, le PCD).
    Aux sources de la Deuxième gauche
    Du côté socialiste (voire communiste), les catholiques ne sont pas inactifs : ce sont eux (via la Jeunesse Etudiante Chrétienne, ou JEC) qui font basculer à gauche l'UNEF, alors seul syndicat étudiant, au milieu des années 1950. De même, ils font éclater la CFTC en 1964 et fondent le syndicat CFDT.
    De son côté, toujours aussi faible politiquement, le mouvement de Sangnier, Jeune République, intègre en 1957 l'Union de la Gauche Socialiste (UGS), puis en 1960 le PSU de Michel Rocard, parti qui se sabordera en 1990. Toute cette mouvance socialiste autogestionnaire et anticolonialiste animera et irriguera ce que l'on appellera la Deuxième gauche, autour de personnalités intellectuelles comme Jacques Julliard et de journaux comme Témoignage chrétien (qui vient de cesser de paraître). Elle est aujourd'hui en nette perte de vitesse.
    Renouveau à droite ?
    Partis de notables, le CNIP de Pinay ou l'UDR gaulliste n'étaient pas à proprement parler des partis catholiques, même si les catholiques étaient nombreux en leur sein.
    Au Front National s'organisera au milieu des années 1980 une aile nationale-catholique autour du Centre Charlier animé par Bernard Anthony (qui a depuis quitté le FN), de sensibilité traditionaliste. Tout en reconnaissant les racines chrétiennes de la France, Marine Le Pen insiste aujourd'hui sur l'orientation laïque du FN.
    Enfin, le MPF de Philippe de Villiers, fondé en 1994 et qui compte encore aujourd'hui trois parlementaires en Vendée, demeure sociologiquement et par les valeurs qu'il défend un parti catholique.
    Jacques Cognerais monde & vie 15 janvier 2013