
« Réalisation de soi », « épanouissement », « bonheur » sont les déclinaisons ordinaires du réfèrent ultime de la modernité occidentale « moi je ». Cet absolu narcissique, qui a radicalement ébranlé les institutions religieuses et politiques, érode, au-delà, les fondations mêmes de la civilisation occidentale.
L’événement spirituel le plus marquant de notre époque pourrait bien être la fin du communisme. Avec son déclin, c'est la foi révolutionnaire dans l'avènement du Royaume sur terre qui a disparu. Pour le philosophe Marcel Gauchet, « Les années soixante-dix ont entièrement défait les religions politiques fondées sur la transformation sociale et dont l'ambition était de résoudre l'énigme de l'histoire et de la condition humaine. » La sociologue Danièle Hervieu-Léger confirme « de moins en moins associé à l'avènement du Royaume, et même à la transformation graduelle de la société, l'idéal de l'accomplissement est de plus en plus reporté sur l'individu lui-même, dans un mouvement non de disparition, mais de "subjectivisation" de l'utopie, entendue comme alternative radicale à l'expérience du présent. »


Georges Feltin-Tracol
Ils ont tous le même visage, lisse et souriant un teint halé et des lèvres sensuelles, sont toujours photographiés auprès des attributs de la réussite sociale : voiture de sport piscine, dans des lieux réservés à la jet-set. Et ça se termine souvent très mal La pharmacie de l'homme branché regorge de Prozac pour suppléer à la baisse de l'élan vital…