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entretiens et videos - Page 903

  • Paul-Marie Coûteaux : "Je suis le seul qui puisse tenir tête à Marine Le Pen"

    INTERVIEW. La présidente du FN a écrit une lettre de rupture à celui qui lui servait de super-DRH. Mis en cause, Paul-Marie Coûteaux s’explique au Point.fr.

    Comme l’a révélé Le Point.fr, la présidente du FN a décidé de rompre avec Paul-Marie Coûteaux, président de Souveraineté, indépendance et libertés (Siel),...

    ...un petit parti de 600 membres créé pour ceux qui adhèrent au projet politique de Marine Le Pen, mais qui se refusent à prendre leur carte au FN. Mis en cause, l’ancien collaborateur de Charles Pasqua et Philippe Séguin s’explique.

    Le Point.fr : Comment expliquez-vous cette rupture avec Marine Le Pen ?

    Paul-Marie Coûteaux : La chronique de mes accords et de mes désaccords avec Marine Le Pen serait longue à écrire. Personne n’y est vraiment habitué, car tout le monde est carpette devant elle. J’ai essuyé les colères de Philippe Séguin dont j’ai été le collaborateur. Alors les colères de Marine Le Pen ne me font pas peur ! Notre désaccord porte sur la ligne politique : je désapprouve l’accent exagérément mis sur l’option "ni droite ni gauche". En 2011, cette ligne n’était pas si nette, mais elle s’est beaucoup accentuée car Marine Le Pen mise sur les déçus de François Hollande. Sans compter l’un de ses conseillers, Florian Philippot, qui est surtout sur la ligne "ni droite-ni droite". Or, le positionnement du Siel a toujours été de faire battre la gauche. Cela dit, je continue de situer Marine Le Pen à droite.

    Ces divergences stratégiques mettent donc fin à trois ans d’alliance avec le FN...

    À chaque fois que nous nous engueulons, nous renouons. Par SMS, Marine Le Pen m’a assuré qu’elle était désolée que sa lettre de rupture ait été mise sur la place publique. Nous devrions nous revoir bientôt, sûrement la semaine prochaine.

    Vous plaidez pour un gouvernement de salut public. Comment le concevez-vous ?

    La politique ne consiste pas uniquement à gagner les élections. Elle consiste aussi - et peut-être d’abord - à gouverner la France. Le FN est encore loin du compte pour acquérir une psychologie gouvernementale et une culture d’État. Pour cela, il faudrait construire un "shadow cabinet", une architecture solide pour un potentiel futur gouvernement avec le Rassemblement bleu Marine, Debout la République de Nicolas Dupont-Aignan, Philippe de Villiers ainsi que ceux de l’UMP qui sont patriotes. Il faut savoir avec qui nous gouvernerons. Aujourd’hui, le Rassemblement bleu Marine est une coquille vide : il faut penser à une architecture plus large et qui soit gouvernementale.

    Au sein du Siel, le parti que vous avez créé en 2011 pour soutenir Marine Le Pen, certains réclament votre démission de la présidence. Est-ce votre intention ?

    Pourquoi démissionnerais-je ? Non ! Mon mandat sera remis en jeu au congrès prévu en janvier 2015. Je n’ai pas encore décidé si je serais candidat à ma succession. Mais les membres du Siel me demandent de rester : je suis le garant de l’unité et de l’indépendance de ce petit parti. Sans rouler des mécaniques, il n’y a guère que moi qui puisse tenir tête quand il le faut à Marine Le Pen. Sans moi, le Siel deviendrait une sorte de faux nez du FN et il disparaîtrait.

    Le Point.fr

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Paul-Marie-Couteaux-Je-suis-le

  • Renaud Camus : Mon message est simple, je ne « l’adapterai » pas !

    Entretien avec Renaud Camus:

    Renaud Camus, vous venez d’être condamné à 4.000 euros d’amende et à 500 euros de dommages et intérêts pour « provocation à la haine raciale ». Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

    J’ai surtout été dans l’incertitude quant aux suites à donner à cette condamnation. Mon instinct me dictait de ne pas en faire appel. Je peux encore écrire des livres, même si je dois les publier moi-même. Je peux m’exprimer ici ou là, et notamment ici, grâce à votre hospitalité. Le débat, Dieu merci, n’a pas pour seul terrain les cours de justice. En première instance, j’ai été traîné devant les tribunaux par le MRAP, je n’ai pris aucune initiative. Si je fais appel, en revanche, j’ai l’air d’admettre que mon honneur, le point de savoir si j’ai raison ou tort, si ce que je dis est la vérité ou pas, dépend du système judiciaire. Or, ce système, il est partie intégrante du système général, de ce que j’appelle le pouvoir remplaciste. Ce serait une illusion complète que de voir en lui une entité sous vide, soustraite à l’air du temps et au rapport de force, objective, impartiale. Il est mon adversaire, je suis le sien. Il me jugera et rejugera comme tel. 
    Renaud-Camus

    Toutefois il pourrait me juger moins mal : pas forcément avec moins de sévérité, mais moins mal. Les attendus de ce jugement ne tiennent pas debout. Je veux bien être condamné pour avoir dit et pensé que nous sommes colonisés, que les indigènes de France et d’Europe sont les victimes d’un Grand Remplacement, que ce que certains appellent la racaille et moi les nocents, la nocence, les voyous, en somme, sont le bras armé de la conquête que nous subissons. Mais je renâcle à être condamné pour avoir dit que les musulmans sont des voyous, ce que je n’ai évidemment jamais dit, ni pensé une seule seconde ; ou bien pour avoir affirmé qu’ils sont, eux, les musulmans, le bras armé de la conquête, ce qui ne veut strictement rien dire, car alors qui seraient les conquérants ? ou bien pour avoir appelé à la violence, bien que pas un mot de mon texte n’aille en ce sens, mais ce serait implicite parce que je ne présenterais aucun projet politique cohérent : or, je préside un parti qui, certes, n’est pas très large mais qui, en dix ans, a émis deux mille communiqués et dont le programme forme un volume de cinq cents pages, dûment publié.

    Qui pourrait accepter d’être condamné pour de si mauvaises raisons, et si manifestement fausses ? Sans compter que mes compagnons de combat m’adjurent de ne pas laisser se créer un précédent, fatal à la liberté d’expression. Donc, réflexion faite, appel.

    Comment envisagez-vous l’avenir ? Vous allez devoir bon gré mal gré « adapter » votre discours ?

    Non. Mon discours tient en trois mots et je les ai prononcés cent fois : auprès du changement de peuple et de civilisation, les autres problèmes ne sont pas rien mais ils sont secondaires, car l’histoire qui se continuerait ne serait plus la nôtre. Il faut tout faire pour mettre d’urgence un terme au Grand Remplacement. Ce message est la simplicité même : je ne vois pas en quoi il pourrait être adapté.

    Par un procès, on en apprend souvent long sur la nature humaine… Vous êtes-vous senti lâché ou soutenu dans cette affaire ? Avez-vous été déçu ou agréablement surpris par les réactions des uns et des autres ?

    Ni l’un ni l’autre : chacun tient son emploi, comme au théâtre. Les traîtres sont traîtreux, les louvoyeurs louvoient, les calculateurs calculent, les bons sont généreux, les nobles sont altiers, les tendres se font du souci, les va-t-en-guerre ne rêvent que plaies et bosses, les timorés voient partout des abîmes et les sages ne se prononcent pas. De même qu’on a pu dire qu’en art il n’y avait pas de goûts, seulement des états culturels, en politique il n’y a guère d’opinions, seulement des états sociaux, économiques, professionnels, confessionnels, ethniques. Sur ce point, je suis assez marxiste, ou larochefoucaldien, ce qui est souvent la même chose. En tout cas, je n’ai à me plaindre de rien, bien au contraire.

    Source: Boulevard Voltaire

  • La croissance d’abord ? « C’est la plus forte des croyances économiques. »

    La croissance, l’économiste Jean Gadrey, hier « productiviste », ne l’attend plus. Il lui a dit « adieu », même. Et d’après lui, c’est tant mieux.

    Fakir : Je voudrais commencer par une déclaration de François Hollande, c’était au G8 : « J’avais, au nom de la France, l’objectif de mettre la croissance au cœur des débats et de faire que cette dimension de croissance puisse trouver toute sa place dans toutes les réunions. Le président Obama a voulu que la croissance soit évoquée comme une manière de donner confiance aux opinions publiques, et aussi aux marchés. Mais je dois dire que dans le G8, cette volonté de croissance, même si chacun des participants pouvait y mettre ses propres mots, a été partagée. Voilà pourquoi je considère que ce G8 a été utile, fructueux, et permet d’envoyer un double message, un message de confiance et un message de croissance. Il n’y aura pas de croissance sans confiance. Il n’y aura pas de confiance sans croissance. »

    En moins d’une minute, François Hollande prononce huit fois le mot croissance et quatre fois le mot confiance. Là, on est un peu dans l’incantation, l’invocation d’une puissance céleste.

    JG : C’est comme si l’on pratiquait le vaudou pour que la croissance revienne. Mais elle ne reviendra pas.

    Surtout, c’est se tromper sur la crise en cours, sur ses causes. Cette crise est apparue aux États-Unis, puis elle a traversé l’Atlantique, après une période de belle croissance. C’est, d’une certaine façon, une crise de croissance.

    Fakir : Avec cet appel à la croissance, c’est comme si on voulait signer un retour en arrière, simplement à avant la chute de Lehman Brothers. Et pourtant, en 2007 déjà, pendant la présidentielle, on avait Ségolène Royal qui prononçait soixante-dix fois le mot croissance. Elle lançait : « La croissance repartira de l’avant et la France se relèvera. » Alleluia ! Et à peine Nicolas Sarkozy élu, il nous promettait d’aller chercher un point de croissance supplémentaire…

    JG : Avec les dents !

    Fakir : … alors qu’à l’époque, en 2006, en 2007, on avait déjà 2 % de croissance. C’était pas nul. C’est comme si, pour avoir du progrès social, il fallait atteindre et attendre des taux de croissance chinois, de 4, 5, 6 % !

    JG : C’est ça. Nous vivons sur cette image du gâteau, le Produit intérieur brut (PIB), qui doit grossir. Et si ce gâteau ne grossit pas, on ne pourra pas en donner aux plus pauvres, même des miettes… C’est une image excessivement trompeuse.

    D’abord, à qui ont profité les dix années, 1997-2007, de croissance aux USA ? Ça s’est accompagné d’une stagnation, voire d’une régression, pour 90 % des ménages. Une très belle croissance, donc, mais qui ne profitait qu’aux 10 % et surtout aux 1 % les plus riches. Les parts étaient de plus en plus inégales.

    Et surtout, le gâteau qui grossit sans cesse, il est de plus en plus bourré de substances toxiques, d’actifs toxiques. Il est de plus en plus empoisonné. Partager un gâteau empoisonné, qui ça fait vraiment saliver ? Voilà ce que nous cachent les discours enflammés de Hollande, d’Obama et du G8 prônant le « retour à la croissance ».

    Jamais ils ne s’interrogent : n’y a-t-il pas contradiction entre la poursuite dans la voie du « toujours plus » et le règlement des grandes questions, du climat, de la biodiversité, ou de la pauvreté dans le monde ?

    Fakir : On est comme coincés, en ce moment. La droite a tellement entonné le refrain de l’austérité que, par un mouvement de balancier, on prie pour la croissance…

    JG : Mais vous pouvez avoir les deux, et vous l’aurez sans doute : la croissance privée dans l’austérité publique. Le sacrifice des biens communs par rapport aux biens privés. Des restrictions de budgets pour la santé, l’éducation, les retraites, bref, ce qui nous apparaît le plus précieux, et des encouragements à consommer des téléphones 4G. Ou à construire des autoroutes.

    La branche des économistes

    JG : La croissance est la plus forte des croyances économiques, elle traverse presque tous les courants de pensée politiques. Et tous les courants de la pensée économique… Même les copains. Prenez les économistes atterrés. J’ai signé leur manifeste parce que, contre les dogmes libéraux, ils cognent bien. Mais ils sont keynésiens, ils misent sur la croissance… Y compris certains qui disent : « Si on m’enlève la croissance, je ne peux plus rien faire. » Ils se sentent désarmés. Pourtant, il y a deux Keynes. Il y a le Keynes qui dit, en gros, « dans une situation de crise, de chômage, il faut relancer l’économie. » Et puis, il y a le Keynes qui écrit Les Perspectives économiques pour mes petits-enfants. Il estimait que, deux générations après la sienne, les hommes seraient environ huit fois plus riches qu’à son époque et qu’avec cette abondance matérielle, je vous le cite, c’est formidable, « il sera temps pour l’humanité d’apprendre comment consacrer son énergie à des buts autres qu’économiques… L’amour de l’argent comme objet de possession, qu’il faut distinguer de l’amour de l’argent comme moyen de se procurer les plaisirs et les réalités de la vie, sera reconnu pour ce qu’il est : un état morbide plutôt répugnant, l’une de ces inclinations à demi-criminelles et à demi-pathologiques dont on confie le soin en frissonnant aux spécialistes des maladies mentales ! » Mais les keynésiens d’aujourd’hui oublient ce Keynes-là. Je me souviens d’avoir débattu de ça avec Jean-Paul Fitoussi, il y a deux ans. Je lui ai dit : « Mais tu es bien keynésien, Jean-Paul ? Keynes, il a écrit ça… – Oui mais, Keynes, il s’est juste trompé d’un siècle. Dans un siècle on pourra raisonner comme ça. » Évidemment, le Fitoussi de dans un siècle, il dira que c’est valable pour le siècle suivant et d’ici-là, l’humanité aura connu quelques problèmes…

    Fakir : C’est comme s’il y avait un Keynes technicien…

    JG : Voilà, un technicien de court terme, contre un Keynes philosophe… Les économistes de gauche ne retiennent que le premier. Et pour eux, quand c’est la crise, c’est pas le moment de remettre en cause la croissance. Et quand ça va, eh bien, c’est pas le moment non plus ! De toute façon, c’est jamais le moment… Quand je discute avec ces collègues, je leur demande : « Mais, est-ce que vous connaissez un modèle qui permet de diviser les émissions de gaz à effet de serre par cinq d’ici 2050 et de quand même maintenir 2 % de croissance par an ? » Non, mais ils vous parlent des « technologies », qui vont permettre de tout résoudre comme par magie. Je ne leur dis pas comme ça mais, au fond, ils pensent comme Claude Allègre… Un converti contre la croissance

    Fakir : Mais vous aussi, vous êtes économiste. Comment vous en êtes venu, alors, à remettre en cause la croissance ?

    JG : J’ai eu ma période marxiste dur, productiviste, au Parti communiste, la totale. Et puis, dans les années 80, j’ai commencé à me poser des questions sur les indicateurs de productivité, mais pas du tout à partir de questions d’environnement. Je travaillais sur les services, j’étais un spécialiste des services, et pendant des années je me suis dit : « La productivité a un certain sens dans l’industrie, mais quand on l’applique à la santé, à l’éducation, ça signifie quoi ? C’est quoi la productivité d’un toubib, d’une aide à domicile ? Qu’elles s’occupent des personnes âgées en dix minutes au lieu d’une demi-heure ? ça veut dire qu’on laisse complètement de côté les questions de qualité ? » Ç’a été mon premier doute, intellectuellement. Et puis, j’ai viré ma cuti dans les années 2000, via les dommages écologiques.

    C’est la voie qu’empruntent la plupart des gens : la crise environnementale finit par les toucher, les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), le climat, ou l’agriculture… Dans mes recherches, j’ai alors découvert l’indicateur d’empreinte écologique, fondé par des chercheurs écolos. La même année où Chirac a expliqué, au sommet de la Terre, que si tout le monde consommait comme les Français, il faudrait trois planètes. Voilà : il arrive que même des économistes soient touchés par la grâce. Mais ça sera vraiment la dernière profession à changer – puisque, estiment-ils, ils sont assis sur cette branche, la croissance.

    Une histoire du dogme

    Fakir : Est-ce qu’on pourrait faire un historique de comment la croissance s’est installée dans les têtes ?

    JG : Oui, en effet, car c’est une invention…

    Fakir : Première question : quand est-ce que naît la croissance, en tant que réalité économique ?

    JG : En gros, les niveaux de vie moyens dans le monde n’ont presque pas bougé entre l’an 0 et le XVIIe siècle. Le premier pays, d’après les historiens, ayant connu un peu de croissance aurait été les Pays-Bas au XVIIe. C’est la division du travail, à partir du XVIIIe siècle, qu’Adam Smith étudie dans la manufacture des têtes d’épingles, qui va engendrer des gains de productivité, faire exploser les quantités produites. C’est dans cette période, entre 1800 et 1850, que naît l’idée de croissance, à défaut du terme, puisqu’on parle d’« augmentation des quantités », ou de « rendement », de choses comme ça…

    Fakir : Ensuite, deuxième question : quand apparaît la mesure de cette croissance, avec des indicateurs comme le PIB ?

    JG : Ça date du XXe siècle. C’est une invention récente. Les premières mesures de la croissance, non pas dans un domaine, « l’automobile » ou encore « le blé », mais nationales, les premières mesures, ce sont les années 1930 aux États-Unis.

    Et en France, c’est au tournant des années 1950 que la comptabilité nationale s’installe définitivement. Avec un grand consensus entre des catholiques, des gaullistes, des communistes, pour la reconstruction, avec la conviction que, si la France a vécu la débâcle en 1940, c’est qu’elle ne produisait pas assez. L’obsession de ces gens-là, c’est : « La France a perdu la guerre, parce qu’elle n’avait pas les capacités productives. » Mais quand les innovateurs, dans l’après- guerre, allaient présenter ça au ministère, auprès de l’élite de la finance publique, on les prenait pour des rigolos. Il a fallu des années, l’appui de Mendès-France, le rôle de L’Express, pour que cette innovation prenne. On s’inspire alors en partie des méthodes soviétiques, en privilégiant la production matérielle par rapport aux services. Il a fallu trente ans, en 1976, pour que la santé, l’éducation, soient intégrées dans le PIB.

    Fakir : Enfin, quand est-ce que la mesure de cette croissance devient la mesure du progrès ?

    JG : Un fétiche ?

    Fakir : Voilà.

    JG : Il faut le noter, aux États-Unis, en URSS, comme en France, c’est dans une situation de crise ou de guerre, de reconstruction, que les questions de croissance prennent le plus d’importance politique et symbolique.

    On a parlé d’une alliance de la CGT et des polytechniciens. Déjà parce qu’il y avait la reconstruction, l’idée d’une union sacrée, au-delà des divergences de classes. L’ambiance générale était « il faut produire, il faut produire ». C’était « la bataille du charbon », « du logement », et ce n’est pas moi qui vais les critiquer. Vraiment pas. La France est alors à genoux. D’après les historiens, 74 départements ont servi de champs de bataille. La production industrielle ne représente que 29 % du niveau de 1929 ! Après vient la période des Trente Glorieuses, pas si glorieuses à bien des égards. Mais qui a été célébrée, à droite comme à gauche, encore plus à gauche, comme un moment de « partage des fruits de la croissance ».

    Au fond, il y avait une sorte de deal : « D’accord, je continue à t’exploiter, tes conditions de travail ne sont pas terribles, il y a des ouvriers spécialisés, mais les gains de productivité vont être correctement répartis. »

    Fakir : C’est la base d’un consensus social.

    JG : Il y avait des combats, entre autres sur les salaires, mais en effet, c’était le fondement d’un compromis – qui portait sur « le pouvoir d’achat », « le niveau de vie ». Et ces catégories sont devenues des institutions. Quand on les remet en cause aujourd’hui, quand on dit « mais il n’y a pas que le pouvoir d’achat dans la vie. Par exemple, vous pourriez rendre les premiers litres d’eau gratuits, et proposer plus de gratuité pour les transports, pour l’énergie, ça améliorerait la justice sociale, la qualité de vie », les candidats ont l’impression que l’électorat les fuirait.

    La gauche sans la croissance ?

    Fakir : Même dans la gauche critique. Si on regarde le Front de gauche, la revendication mise en avant, c’est « le smic à 1 700 € ».

    JG : Je suis pour. Mais pas besoin de croissance pour ça. Or, il y a deux jours, Jacques Généreux, le « chief economist » du Front de Gauche, expliquait comment il comptait y parvenir. Je le cite : « Pour les petites entreprises, nous ferons en sorte qu’il n’y ait aucun choc en trésorerie, c’est-à-dire que pendant les années de transition nécessaires pour qu’on soit dans le nouveau régime de croissance, de gains de productivité, qui permettent de supporter normalement ce nouveau coût du travail, ça ne coûterait absolument rien à ces petites entreprises… » Ça, c’est préoccupant pour quelqu’un comme moi, parce que Jacques Généreux raisonne encore avec le schéma de pensée du « gâteau qui doit grossir ».

    Je trouve dommage que le Front de gauche ne reprenne pas, au fond, le vieil argument de l’économiste John Stuart Mill, dont je suis fan : « C’est seulement dans les pays retardés du monde que l’accroissement de la production est un objectif important : dans les plus avancés, ce dont on a besoin sur le plan économique est une meilleure répartition. » Et cela date de 1848 ! C’est le grand-père de l’écologie politique. Or, la hausse du salaire minimum, la retraite à 60 ans, on peut le faire sans croissance. Simplement en distribuant mieux. Le Smic brut à 1 700 euros, soit 21 % d’augmentation, c’est quinze milliards d’euros en plus à verser. Les bénéfices non-réinvestis des entreprises, essentiellement des dividendes, c’est cent milliards d’euros. Il y a une marge de manœuvre.

    Avec quelles forces sociales ?

    Fakir : Quel est votre modèle, alors ? Qu’est-ce qu’on fait ?

    JG : Il faut arrêter la voie du « toujours plus ».

    Fakir : Soit, mais encore ?

    JG : On n’en sortira pas tout de suite : on ne peut pas opérer un tournant à angle droit dans un véhicule aussi lourd, avec une pareille inertie, qui roule aussi vite. On n’abandonne pas instantanément l’agriculture productiviste… On ne quitte pas en claquant des doigts le nucléaire… On ne rase pas des maisons qui sont des passoires à calories… mais on peut commencer tout de suite.

    Fakir : Un point aveugle de ce projet politique, il me semble, c’est le « avec qui ? » Quand on lit les ouvrages d’économistes écologiques, Tim Jackson, Lester Brown, on a l’impression qu’ils se prennent pour des Premiers ministres du monde. Donc, oui, s’ils régnaient, ils réduiraient le taux de fécondité dans les pays du Sud, ils renforceraient les aides au développement, etc. Mais ils ne se posent aucune question sur les forces sociales, ils ne proposent aucune analyse de classe.

    Or, l’écologie, ça a la cote dans la petite bourgeoisie intellectuelle – dont nous sommes. Mais ça apparaît souvent, pour les classes populaires, comme une contrainte supplémentaire, voire comme une menace sur les emplois ?

    JG : Oui. Peut-être parce que je suis un ancien syndicaliste, ou parce que ma femme est sociologue, ça compte, mais je suis préoccupé, à peu près en permanence, par la question des alliances.

    La première condition d’une conversion écologique, elle est sociale. Je vais prendre un exemple. Aujourd’hui, les dépenses d’énergie, c’est en moyenne de 15 % pour les 20 % de ménages les plus pauvres, contre 6 % pour les 20 % les plus riches. Donc, si la solution proposée, c’est d’augmenter le coût de l’essence, du gaz, de l’électricité, je le refuse – tout comme je me suis opposé à la taxe carbone : c’est encore un fardeau pour les foyers les plus modestes. Il faut d’abord une réforme fiscale d’ampleur, qui lisse les revenus. De même, pour les ouvriers, la sauvegarde de l’environnement est souvent synonyme de risque, de casse industrielle. Évidemment, il y a des secteurs qu’il va falloir abandonner, mais il faut imposer comme impératif, comme préalable, comme absolu, la protection de l’emploi, la sécurité sociale et professionnelle, des droits à la formation, des offres de reconversion – et pas à cent ou mille kilomètres de chez soi.

    Et je soulignerais ça : l’écologie, au contraire, c’est une chance d’en finir avec le chômage de masse. On peut, certes, et on doit le faire, diminuer le temps de travail. Mais surtout : la décroissance sélective créerait de l’emploi ! Car « produire plus propre et plus social », ça exige plus d’heures de travail. L’agriculture, par exemple, avec moins d’engrais, moins de pesticides, et des circuits courts, c’est un secteur qui recrutera. Tout comme le bâtiment, si on revoit l’isolation de tous les logements, etc.

    Fakir : C’est beau sur le papier. Mais sur le terrain, je me répète, avec quelles forces sociales vous le faites advenir ?

    JG : Près d’ici, dans le Nord, dans le bassin minier, il y a une petite commune qui s’appelle Loos-en-Gohelle, dirigée par un type qui s’appelle Jean-François Caron, un Vert. Il est petit-fils de mineur. C’est une ville sinistrée, avec un taux de chômage énorme, un environnement dégradé… Eh bien, ça fait vingt ans qu’il mène une politique écologique et sociale. Il est réélu avec des scores à faire pâlir d’envie les anciennes démocraties dites populaires. 80 %. Un Vert, dans le domaine des socialistes et du Front national… Pourquoi ? Parce que sa politique environnementale n’est pas perçue comme anti-sociale. À l’inverse, ses réformes apparaissent non seulement « acceptables » par les gens, mais désirables.

    Fakir : Qu’est-ce qu’il fait, par exemple ?

    JG : La réhabilitation thermique des logements. Et il commence par les foyers les plus modestes, pour qu’ils voient leurs factures d’électricité et d’eau diminuer, divisées par deux ou trois. Il donne la priorité aux logements sociaux. On fait ça, et si ça marche on voit si on a les moyens d’aller plus loin. Le « pouvoir d’achat » des gens augmente suite à des mesures écologiques !

    Fakir : Quoi d’autre ?

    JG : Ça fait quinze ans qu’il se bat pour récupérer du foncier périurbain, détenu par des agriculteurs productivistes, type FNSEA. Il vient, après un combat féroce, de récupérer des terres pour y installer des agriculteurs bios, maraîchers, Amap (Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne), etc., avec l’idée de mettre du tarif social aussi. Le combat politique, je ne le vois pas seulement comme l’affirmation de grands principes souhaitables mais comme la généralisation, le soutien, à ce qui naît dans les interstices du vieux monde. Parce qu’il n’y a que comme ça qu’on fait craquer un vieux monde, déjà au bord de la ruine, mais qui l’ignore.

    Les grands projets

    Fakir : Tout à l’heure, en arrivant, vous évoquiez votre grand stade. Mais il n’y a pas qu’ici. Chez nous, dans la Somme, c’est la « ferme des mille vaches » – qui d’après son promoteur va « créer de l’emploi ». Et un projet qui concerne nos deux régions, c’est le canal Seine-Nord, dont le but est de faire passer des plus gros bateaux. Ailleurs, c’est le TGV Lyon-Turin, qui doit permettre d’aller plus vite entre la France et l’Italie, l’aéroport Notre-Dame-des-Landes pour accélérer le trafic aérien, etc. C’est comme si, dans le discours officiel, on avait changé des mots, « développement durable », etc., mais dans la pratique, la bétonneuse tourne comme avant…

    JG : Et pourtant, le cas de l’Espagne devrait nous inspirer. Parce que eux, ils ont foncé encore plus loin et plus vite que nous dans les grands projets inutiles, d’aéroports surdimensionnés, qui restent totalement vides.

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    LA CROISSANCE, KÉZAKO ?

    La croissance est la hausse du Produit intérieur brut. Le PIB additionne l’ensemble des biens et services produits contre rémunération. Engagement social et tâches domestiques ne sont donc pas, ou très peu, pris en compte.

    En 1968, favori pour les primaires démocrates aux États-Unis, Robert F. Kennedy, frère cadet de JFK, prononçait un discours iconoclaste peu avant son assassinat.

    « Notre PIB prend en compte… la publicité pour le tabac et les courses des ambulances qui ramassent les blessés sur nos routes. Il comptabilise les systèmes de sécurité que nous installons pour protéger nos habitations et le coût des prisons où nous enfermons ceux qui réussissent à les forcer. Il intègre la destruction de nos forêts de séquoias ainsi que leur remplacement par un urbanisme tentaculaire et chaotique. Il comprend la production du napalm, des armes nucléaires et des voitures blindées de la police destinées à réprimer des émeutes dans nos villes. Il comptabilise la fabrication du fusil Whitman et du couteau Speck, ainsi que les programmes de télévision qui glorifient la violence dans le but de vendre les jouets correspondants à nos enfants…

    En revanche, le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction, ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie ou la solidité de nos mariages. Il ne songe pas à évaluer la qualité de nos débats politiques ou l’intégrité de nos représentants. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue. »

    Fakir

    http://fortune.fdesouche.com/336061-la-croissance-dabord-cest-la-plus-forte-des-croyances-economiques#more-336061

  • [Entretien] Anne Brassié et Stéphanie Bignon à L’AF 2883 : La foi contre le féminisme

    Respectivement écrivain et ingénieur, Anne Brassié et Stéphanie Bignon expriment d’une plume commune leur hantise du féminisme. Elles ont bien voulu nous présenter leur petit livre.

    À la veille de sa démission, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avait confirmé son engagement « dans la lutte pour l’égalité entre les femmes et les hommes »,...

     

    ...poursuivant un objectif demeuré apparemment consensuel, en dépit des polémiques sur le "genre", ses "études" et sa "théorie". Ici ou là, cependant, quelques voix discordantes se font entendre. « Cessez de nous libérer ! », clament Stéphanie Bignon et Anne Brassié, dans un petit livre paru en février dernier (2014). « L’égalité est une tarte à la crème », écrivent-elles. « Elle n’existe pas. Nous sommes égaux devant Dieu, mais sur la terre nous avons des fonctions distinctes à assumer. »

    LE DROIT AU COCUFIAGE

    De leur point de vue, « nous sommes accablés de mensonges sur la condition féminine ». Les "droits" dont on nous raconte sans cesse la conquête n’en seraient pas vraiment... « Croyez vous que le droit de vote soit un progrès ? », nous demande Anne Brassié ; ce n’est jamais que « le droit de se faire cocufier » ! Au Moyen Âge, nous rappelle-t-elle, « la femme avait son héritage, elle le gérait, et son mari n’avait rien à dire ». Mais en dépit des mystifications républicaines, les inégalités salariales ne sont-elles pas de flagrantes injustices ? « La vérité oblige à dire que ces mêmes femmes » qui en seraient victimes « choisissent des fonctions moins prenantes pour rentrer plus tôt chez elles auprès de la petite famille qui les attend », répondent les auteurs. Stéphanie Bignon nous a rapporté en avoir discuté avec ses collègues de travail. « Ne croyez-vous pas que le salaire est ailleurs ? », leur a-t-elle demandé. Hélas, regrette-t-elle, « notre société ne reconnaît que la valeur financière ». Cela étant, les hommes ne pourraient-ils pas passer eux-mêmes davantage de temps au foyer ? « Il faut aussi apprendre aux chiens à ne pas pisser dans un jardin », rétorque Anne Brassié. « Il y a des choses qui se font depuis toute éternité qu’on ne change pas », affirme-t-elle. « L’éducation n’est pas en cause mais la chimie », est-il précisé dans le livre. « En effet, la biologie est essentielle dans le déterminisme du sexe. »

    « Nous voulons défendre la liberté de chacune et permettre la libre expression des vocations profondes », expliquent les auteurs. Or, celle des femmes peinerait à s’épanouir aujourd’hui. À la différence d’Éric Zemmour, Stéphanie Bignon ne croit pas que la société se soit "féminisée". « C’est l’inverse », nous dit-elle. « Nous vivons dans un monde uniquement masculin, tourné vers la performance, la vitesse, etc. » Travaillant sur des chantiers sous-marins, elle revendique un rôle protecteur à l’égard des ingénieurs qu’elle encadre - ses « petits poussins », comme elle les appelle –, veillant tout particulièrement à la sécurité. « C’est cela être femme ! Je fais mon métier au-delà de la nécessité de gagner de l’argent, pour protéger la mer et les générations futures. »

    L’HISTOIRE PLANIFIÉE ?

    Enthousiaste, passionnée même, elle considère la société actuelle avec une profonde indignation. « Les gens n’ont jamais été aussi emprisonnés, aussi peu libres que sous cette république décadente », déplore-t-elle. « On leur a appris à ne pas vivre de leur travail. Voilà ce dont il faut nous libérer ! Apprenons à faire sans l’État, refusons les aides ! Si les agriculteurs avaient réagi ainsi il y a vingt ans, l’agriculture n’en serait pas là... » Autrement dit, « la libération ne se fera que par le travail de chacun ». Plus précisément, c’est « à l’intérieur de nous-mêmes » que la « reconquête » serait à mener.

    La foi irrigue chaque page de l’ouvrage. Elle inspire même le regard porté sur l’Histoire, qui n’est pas sans rappeler celui d’un Pierre Hillard, par exemple. « Ce n’est pas un hasard si on en est arrivé là », écrivent Anne Brassié et Stéphanie Bignon, fustigeant l’évolution des mœurs. « Certains se sont fixé un tel objectif », affirme-t-elles. « Dans le rôle du chef d’orchestre on trouve, au fil de l’histoire, des francs-maçons. Systématiques dans leurs intentions, efficaces dans leurs actions, ils ont tout annoncé clairement. » Leur motivation ? « Jouir sans entrave », nous souffle Anne Brassié. En effet, nous explique-t-elle, « vous ne pouvez pas jouir librement d’une femme si elle ne prend pas la pilule, si elle ne peut pas avorter ». En réaction, donc, « il nous faut remettre Dieu dans la sphère publique », clament les auteurs. « On nous dit souvent que la France a traversé des périodes difficiles », poursuit Stéphanie Bignon. « C’est vrai, mais la France a toujours été croyante. Sans retrouver Dieu, on ne retrouvera pas de Jeanne, on ne retrouvera rien », prévient-elle.

    MAURRAS EN MER

    « Je suis devenue royaliste en lisant Charles Maurras, dont j’avais emporté les livres en mer », nous a-t-elle raconté. « Ce faisant, j’ai pu découvrir tout un univers. J’ai tiré les fils de la bobine... Je n’avais fait ni ma confirmation, ni ma première communion. Grâce à Maurras, je suis remontée à l’essentiel, c’est-à-dire notre religion catholique. Cela m’est apparu aussi évident que le fait d’être royaliste. » Quoique cela nous éloigne du "politique d’abord", les institutions sont toujours en cause. « L’Ancien Régime et la République fonctionnent différemment, l’un sur l’ordre naturel, la famille, le pouvoir reçu de Dieu et le bien commun, l’autre sur les partis, les luttes d’intérêts et le profit », soulignent les auteurs. « L’un admet l’imperfection des choses de ce monde, l’autre prétend à la perfection et nous impose une marche forcée ver l’utopie égalitariste. » Fussent-ils agnostiques, c’est une analyse que partageront vraisemblablement la plupart des esprits formés à l’école d’Action française.

    Propos recueillis par Grégoire Dubost - L’AF 2883 - Journal d’un eurosceptique désabusé

    Stéphanie Bignon, Anne Brassié, Cessez de nous libérer !, éditions Via Romana, 166 pages, 12 euros.

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Khmers-roses-L-Inter-LGBT-veut

  • Une loi peut en remplacer une autre surtout lorsqu’elle est irréaliste et injuste

    Mgr Tony Anatrella, psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, consulteur des Conseils pontificaux pour la famille et pour la santé, publie un nouveau livre « Mariage en tous genres ». Il répond à Zenit :

    "Vous dites que la loi du « mariage pour tous » n’a pas d’avenir. Comment est-ce possible ?

    Les lois civiles ne sont pas intangibles. Une loi peut en remplacer une autre surtout lorsqu’elle est irréaliste et injuste puisqu’elle fausse le sens du mariage et de la famille.Dans la plupart des pays où cette loi est entrée en vigueur, les chiffres du « mariage » entre personnes de même sexe se sont effondrés pour devenir insignifiants. Pendant ce temps-là, on a quand même modifié le Code civil en redéfinissant le couple, le mariage, la famille et la filiation à partir des orientations sexuelles et de l’homosexualité en particulier.Ce qui est une aberration, c’est-à-dire une attitude en dehors des catégories de la raison et de la logique.[...]

    Le mariage pour tous a-t-il quelque chose à voir avec la théorie du genre et le Care ?

    Sans aucun doute. La théorie du genre n’est pas une rumeur et ses concepts ne sont pas neutres.Elle existe. Je décris dans le livre ce que représentent les études desgenresqui étaient au départ un mode d’analyse sociologique des relations entre les hommes et les femmes pour évaluer les inégalités entre-eux et de leur rôle. Mais très vite, sous l’influence de courants philosophiques français, du féminisme et des mouvements homosexuels, elle est devenue une idéologie comme l’ont montré divers auteurs.Cette idéologie est une mosaïque d’idées empruntées à tous ces courants de pensée qui détourne de nombreux concepts pour leur donner une autre signification en faveur de l’identité de genre et des orientations sexuelles comme par exemple la notion psychanalytique de « bisexualité psychique ».Une idéologie du genre qui a été systématisée en séparant l’identité sexuelle de l’orientation sexuelle : cette dernière serait plus vraie que la première alors qu’il n’y a que deux identités sexuelles. Elle a également établi une opposition entre l’homme et la femme qui devrait se réduire grâce à la « parité » qui n’est pas l’égalité. Il s’agit d’une vision comptable de la relation entre-eux et assez conflictuelle. On veut ainsi enseigner à l’école la similitude et amalgamer la personnalité masculine ou féminine avec des rôles sociaux. Brefl’argumentaire tel qu’il se déploie dans les ABCD de l’égalité est très infantile et entretient la confusion des genres et des sexes.

    Et en ce qui concerne le Care ?

    Le Care (qui signifie prendre soin de soi et de l’autre) est une nouvelle perspective qui se développe depuis quelques années aux USA, et qui arrive en France. Certains veulent comprendre leCareà la lumière du bon samaritain de l’Évangile, ce qui n’a rien à voir. Pour résumer la démarche à grands traits disons quece mouvement d’idées part du principe que nous sommes dans une société individualiste et qu’en ce sens la politique doit partir de l’individu et organiser la société selon ses revendications subjectives et ses intérêts particuliers, et non plus selon le bien commun. D’où le « mariage pour tous ».

    Les concepts du genre et ceux du Care s’associent et vont effectivement dans le même sens, ce qui nous éloigne d’un réel personnalisme, et participe ainsi au morcellement justifié de la société en tribus d’individus.

    Comme vous le constaterez ces mouvements d’idées se recommandent de nobles causes relativement acceptées par tous pour en réalité, comme le Cheval de Troie, révéler un autre univers dans lequel ils entraînent la société. Nous sommes dans la logique du chacun pour soi et ensuite pour ne pas se retrouver dans la solitude, on essaie de rattacher socialement l’autre à l’aune du chacun dispose de sa loi en fonction de sa situation. Une façon de conforter les maximes : « c’est ton problème » ou encore « chacun fait ce qu’il veut » ou enfin « il ne faut pas moraliser » ! Cette fausse compassion, est une fracture sociale qui se creuse, comme je l’avais annoncée dans mon livre :Non à la société dépressive(Flammarion), et une défiance à l’égard de la famille pour en appliquer le concept à toutes sortes d’associations affectives.

    On pourrait vous objecter une vision bien pessimiste de l’avenir de l’humanité ?

    Il n’est jamais facile de dresser des constats et d’affronter la réalité etun certain angélisme n’est pas toujours à la hauteur des enjeux qui nous attendent. Mais, bien au contraire, nous sommes dans l’espérance lorsque nous sommes lucides sur les enjeux conceptuels qui entraînent la société dans des impasses.

    Dans l’individualisme régnant, conforté par la « philosophie » duCare, on se complait à voir se multiplier des « modèles » d’associations affectives interprétés comme de la famille. À la confusion des sexes et des genres on ajoute de l’insécurité familiale qui fragilise les personnalités juvéniles. C’est pourquoi, c’est par les chemins de la famille constituée par un homme et une femme, et leurs enfants que nous pouvons humaniser cette société délétère et en souffrance. Qu’on le veuille ou non, le divorce banalisé comme mode de traitement des problèmes conjugaux a fini par dévaloriser le sens du couple et de la famille. Des jeunes finissent par être inhibés et avoir peur de s’engager. D’où la multiplication de relations précaires et de l’adultère dans le concubinage, voire même une nouvelle forme de polygamie qui apparaît. Le brouillage de la figure de l’homme et de la femme, du père et de la mère, du couple et de la famille ne peut que desservir le lien social. [...]"

    Michel Janva

  • Interview de Renaud Pascani, responsable du projet Entraide – Solidarité – Famille (ESF)

    Interview de Renaud Pascani, responsable du projet Entraide – Solidarité – Famille (ESF)

    au sein de l’association Solidarité Populaire du Réseau MAS,

    dans le numéro 46 de la revue Réfléchir & Agir

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    Ils sont jeunes et ils réinventent le nationalisme-révolutionnaire du XXIème siècle, celui qui s’ancre non pas dans l’intellectualisme, mais dans le réel. Ils ont compris que le préalable à la conquête du pouvoir est d’abord la conquête des esprits par le combat culturel, mais aussi la conquête des cœurs par le combat social.

    1. Qu’est-ce que le projet ESF ?

    Entraide Solidarité Famille, est un projet réalisé dans le cadre de l’association Solidarité Populaire (et fait partie du réseau MAS). Il vise à venir en aide aux familles d’origine européenne en situation précaire. C’est d’abord un groupe de militants, décidés à apporter une aide concrète et durable à une partie de la population trop souvent oubliée dans son propre pays.

    2. Comment en êtes-vous venus à réaliser un tel projet ?

    Nous sommes partis de plusieurs constats alarmants au sein d’une France, et plus généralement d’une Europe en pleine paupérisation. Premièrement, une situation économique et sociale extrêmement défavorable à ces familles, que nous constatons par des indicateurs variés comme la hausse du chômage, du prix des denrées alimentaires et de l’énergie, ainsi que le coût du logement. Tous ces facteurs impactent directement des personnes qui peinent à s’en sortir à la fin du mois, malgré leur volonté de subvenir à leurs besoins. Deuxièmement, c’est le manque de solidarité que nous pouvons constater au sein de notre communauté, là où les extra-européens ont développé de véritables réseaux d’entraide. Je viens d’un quartier très populaire, et c’est effarant de voir le manque de liens entre les Blancs. Enfin, l’Etat français par sa politique immigrationniste suicidaire privilégie une minorité qui n’en est déjà plus une dans nombre de nos quartiers, ceci par le détournement par exemple des prestations sociales. Pour toutes ces raisons, il nous a semblé qu’il était plus que temps de développer notre propre maillage communautaire européen.

    3. Comment vous y prenez-vous ?

    Avant de décrire les modalités de notre action, il est important de décrire la philosophie de ce projet. Nous nous inscrivons dans une logique solidaire, et non pas d’assistanat. Si les familles que nous aidons peuvent être soutenues ponctuellement, elles auront aussi l’occasion de rendre la pareille à une autre famille, lorsqu’elles seront sorties de cette situation. C’est d’ailleurs une demande expresse de toutes les familles que nous suivons, de participer à un réseau, plutôt qu’une simple aide sans suivi. Cela m’amène au deuxième pilier de notre action, à savoir un véritable soutien et l’intégration à un réseau solidaire et réaliste. Nous sommes amenés à organiser des convois de premières nécessités : couches, nourriture, jouets etc. Ensuite nous proposons des solutions à moyen et long termes. Cela peut prendre des formes variées, comme un soutien de compétence (juridique, scolaire etc.), de financement de projet par le microcrédit ou encore de l’aide à la rénovation de bâtiment. Je prends ce dernier exemple car c’est le projet que nous menons actuellement. Nous aidons une famille qui a du quitter sous la pression une cité de banlieue parisienne pour élever leurs trois enfants dans un milieu décent. Malheureusement, la maison qu’ils ont achetée avec leurs maigres économies n’a pas d’isolation. Nous voulions à tout prix éviter que les parents et les enfants dorment dans des chambres avec des températures à un chiffre…

    4. Concrètement ça donne quoi avec cette famille ?

    Au niveau matériel, plusieurs convois chargés de biens de première nécessité, un camion de 20m3 de matériel pour le chantier d’isolation. Mais c’est aussi une aventure sur le plan humain, de nombreux bénévoles sont allés travailler sur ce chantier, et ont partagés des moments très conviviaux avec la famille. C’est aussi ça la solidarité et le social, des liens humains, et des bons moments passés ensembles. Tous les militants qui ont participé à ce genre d’intervention en ont gardé un souvenir ravi, moi le premier.

    5. Justement, tu abordes le terrain politique, qu’ y a-t-il de nouveau dans ce projet ?

    J’ai été militant dans plusieurs groupes avant d’en arriver là. Il y a eu une véritable prise de conscience de l’importance du social dans nos milieux. Casapound bien sûr, mais à mon sens l’exemple de plus probant est à chercher hors de nos frontières. Certains précurseurs ont conçu le social comme une nécessité humaine communautaire, mais aussi comme une arme politique. Je parle ici des Frères Musulmans (et plus tard du Hamas) dans leurs réalisations et leur conception du social. La pensée de leur fondateur (Hassan El-Banna) était impressionnante de clairvoyance pour l’époque. Il ne se leurrait pas dans une hypothétique conquête violente« par le grand soir » de l’État égyptien, ni même une ascension par les urnes qui ne constituaient qu’un point ultime de sa stratégie. Au contraire, il considérait que la lutte politique devait se mener par le bas avec le social. En développant un réseau d’entraide efficace et solidaire qui parait aux défaillances de l’État. L’objectif était de changer profondément les mentalités, afin d’intégrer à un réseau, l’individu, la famille, le peuple (par ses syndicats, associations, villes etc.) puis l’État lui-même. Nous avons pu constater l’efficacité de cette méthode ces dernières années par la montée en puissance des Frères Musulmans en Égypte ou du Hamas en Palestine par exemple. Certes, cette ascension a reposé sur le pilier de la religion, mais la nôtre s’appelle identité française et paneuropéenne, et elle est tout aussi forte. Nous avons laissé depuis trop longtemps le terrain social à l’extrême gauche, qui si elle n’est pas directement au pouvoir, possède une emprise déterminante sur nombre de structures capitales comme l’école ou les syndicats. Cette situation a mené notre continent à la ruine, et il est plus que temps de le réinvestir. C’est aussi une autre vision du militantisme, non plus axé sur la dénonciation ou la contestation, mais au contraire vers une démarche créatrice et positive. Cela suppose un véritable changement d’esprit, nous ne nous contentons pas de coller des affiches ou créer des pages web au contenu enflammé, nous agissons avec sérieux dans le réel pour et par notre communauté.

    6. Comment vous aider ?

    Il est possible de nous aider de plusieurs manières. Le nerf de la guerre reste les dons, qui rendent possible notre activité, mais pas seulement. Sur le plan humain, il est tout à fait possible de nous soutenir selon ses spécialités et envies. Les bonnes volontés peuvent prendre des formes diverses, comme le conseil spécialisé selon les compétences de chacun (bâtiment, juridique etc.) ou encore la participation aux chantiers. Que les lecteurs n’hésitent pas à consulter notre blog, ils peuvent nous joindre par ce biais, nous trouverons une modalité de participation à nos activités plaisante et utile à tout le monde. Dernier point et pas des moindres, n’hésitez pas à nous signaler une famille en précarité qui pourrait bénéficier de notre soutien. Nous les contacterons dans les plus brefs délais, et tâcherons de les aider du mieux que nous pourrons dans la limite de nos moyens et selon leurs besoins.

    Solidarité Populaire

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/archive/2014/04/12/interview-de-renaud-pascani-responsable-du-projet-entraide-s-5345078.html

  • Camille Galic à L’AF 2883 : « Je partage assez largement le pessimisme de Dame Agatha sur ce qu’elle appelle "notre époque dégénérée" ! »

    Camille Galic, directeur et rédacteur en chef de 1983 à 2010 de l’hebdomadaire Rivarol après s’être vouée dès sa prime jeunesse à la politique, a surpris son monde en publiant fin décembre une biographie d’Agatha Christie aux éditions Pardès, dans la collection « Qui suis-je ? ». Un virage assez curieux — à première vue en tout cas — pour qu’on lui demande de s’en expliquer.

     

    L’AF 2883 - On sent que ce qui vous lie à Agatha Christie va bien au-delà d’une simple passion pour les romans policiers...

    Camille Galic - J’écris dans le livre que je l’avais découverte jeune adolescente avec L’Homme au complet marron, qui se déroule pour l’essentiel en Rhodésie, et Rendez-vous avec la mort, situé à Petra en Jordanie, deux endroits qui me firent rêver. Mais c’est surtout à travers son autobiographie, terminée en 1965 mais publiée en 1980 quatre ans après sa mort, que je me suis aperçue que la romancière à l’imagination si fertile dans l’élaboration de ses intrigues policières valait qu’on s’intéresse à elle car c’était une personnalité aussi intéressante qu’attachante.

    D’une part, elle est pleine d’humour et pratique même l’art assez rare de l’autodérision comme le prouve son personnage d’Ariadne Oliver, son double, très sympathique mais parfois ridicule quand elle assaille Poirot d’hypothèses abracadabrantes. Et si elle multiplie les anecdotes sur ses débuts et ses affres de romancière, sa gourmandise ou son étourderie, elle reste extraordinairement réservée sur sa vie privée, se contentant de dire que l’année 1926 où elle perdit sa mère, où Christie lui annonça son intention de divorcer, et où se produisit sa mystérieuse disparition, dont elle ne souffle mot, fut « la plus pénible de sa vie ».

    D’autre part, elle reste modeste quant à son apport à la littérature, elle qui sera jusqu’à sa mort une lectrice « vorace » des grands poètes anglais, qui lui ont inspiré tant de titres de ses romans.

    Enfin et surtout, elle mériterait de figurer dans le « défilé des réfractaires » qu’a brossé Bruno de Cessole tant ses convictions seraient aujourd’hui qualifiées de rétrogrades et de sulfureuses. Elle est salutairement réactionnaire, en ce sens qu’elle voit clairement, dès les années 60, les fléaux qui s’abattront à la fin du siècle : l’hégémonie des nouvelles technologies, l’hyperconsommation qui conduit à l’endettement des ménages et l’hypersexualisation de notre société conduisant à la dissolution de la famille et à la multiplication des viols alors qu’on tympanise le public avec la libération de la femme.

    Comment expliquer le fait qu’elle n’ait connu aucun purgatoire alors même qu’elle semble si éloignée de la mentalité actuelle, notamment du politiquement correct ?

    Si la presse et les pseudo-intellectuels privilégient l’anachronisme pour condamner les opinions d’écrivains d’hier au regard des critères d’aujourd’hui, les lecteurs ne tombent pas dans ce travers. Ce qui les intéresse dans un livre, c’est l’intrigue, les personnages et l’univers dans lequel ceux-ci se meuvent. Or, les intrigues de Christie sont très astucieuses, ses personnages existent charnellement et son univers Old England, avec ses cottages, ses châteaux, ses presbytères, ses vieilles filles et ses avocats de village fait un peu figure de paradis perdu pour ceux qui subissent et la « dissociété », pour reprendre le mot de Marcel De Corte, et la société plurielle. C’est la raison pour laquelle, à mon avis, la vente des romans d’Agatha Christie n’a cessé d’augmenter depuis sa mort. Reste à savoir si l’universitaire Sophie Hannah, qui a été choisie pour ressusciter Hercule Poirot dans un roman à paraître en septembre, mais censé se dérouler vers 1930, restera dans la ligne « christienne » ou cédera à l’air du temps…

    La romancière déplorait l’emprise de « l’émotion » sur les media et donc sur l’opinion publique : cela rejoint le thème de votre livre, signé Claude Lorne, Les Médias en servitude, paru en 2012 chez Polémia...

    En effet, et cela m’a frappée. Elle-même avait été victime de l’acharnement de la presse après sa disparition, consécutive à la décision de son mari Archibald Christie de divorcer, et cette impression d’être un « renard traqué » explique sa méfiance, voire son hostilité, envers les journalistes. Mais, à mon avis, et au-delà de son cas personnel, elle voyait dans cette course au sensationnalisme, même de la part des journaux théoriquement les plus respectables, une autre preuve de notre décadence. Et cela s’est aggravé avec la prééminence des mass-media sur la presse écrite. Et le pire est que si les media surréagisent sous le coup de l’émotion provoquée par tel fait divers, les gouvernements suivent de manière moutonnière en faisant légiférer sur des sujets sans intérêt véritable. Souvenons-nous que l’extension de la loi Gayssot à l’homophobie fut adoptée à la suite de l’« ignoble agression » d’un inverti, en réalité tabassé… par son petit ami comme on l’apprit plus tard !

    Quel regard l’analyste politique que vous demeurez jette-t-elle sur la situation française ? 

    L’immense succès des Manifs pour tous et du Jour de colère, comme la bonne surprise des dernières municipales, montrent qu’un sursaut se dessine. Je voudrais croire qu’il sera durable et se généralisera et que seront dessillés les yeux de ceux qui se sont laissés prendre aux mirages du progrès indéfini, de la mondialisation et surtout de la « France black-blanc-beur » où envahisseurs et envahis sont censés "s’enrichir de leurs différences". Mais les ravages exercés ces dernières décennies sont tels en matière civilisationnelle, avec la faillite de l’Education nationale et des « élites » politiques et parfois -, hélas !, religieuses à la remorque des minorités dites visibles et sexuelles, la dégradation d’une institution judiciaire s’éloignant de plus en plus du droit pour privilégier une éthique d’ailleurs sélective, etc., qu’ils me paraissent irréparables. À vue humaine en tout cas.

    Vous voyez que je partage assez largement le pessimisme de Dame Agatha sur ce qu’elle appelle « notre époque dégénérée » !

    Propos recueillis par François MarcilhacL’AF 2883

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Entretien-Camille-Galic-a-L-AF

  • Lorsqu’une société est attaquée dans ses fondements, le recours à la force peut être juste

    Anne Lorne et Santiago Muzio, co-distributeurs du film Les Cristeros en France avec la société SAJE répondent à l'OSP :

    Vous assurez la diffusion du film « Cristeros » qui doit sortir sur les écrans le 14 mai prochain, pourquoi arrive-t-il si tard en France, puisqu’il a déjà deux ans ?

    Simplement parce que les grandes compagnies de diffusion ne se sont pas montrés intéressées pour diffuser ce film en France, ni en Europe d’ailleurs en estimant qu’il n’y avait pas de public susceptible de se mobiliser par la problématique du film. [...]

    Le moment est-il bien choisi, alors que l’on sent une certaine violence latente en France, comme prête à exploser? Ne craignez-vous pas que ce film puisse être utilisé comme une justification du recours à la force ?

    Nous n’avons pas choisi le moment, nous avons saisi une opportunité. En certains cas le recours à la force est légitime, même s’il n’est pas souhaitable. En droit cela s’appelle la légitime défense. Lorsqu’une société est attaquée dans ses fondements, comme cela était le cas dans le Mexique des années 20 ou dans la Vendée de 1789, le recours à la force peut être juste. Saint Augustin et Saint Thomas ont écrit tout ce qui peut être dit sur le sujet et on encourage ceux à qui ces questions intéressent d’aller lire leurs réponses.

    Par ailleurs, le film montre clairement qu’avant d’arriver à un combat armé, les mexicains ont épuisés toutes les voies de contestation pacifique. Ils ont même réussi à réunir plus d’un million de signatures pour demander l’abrogation des lois Calles, ce qui était un exploit à l’époque dans un pays rural qui n’avait que 15 millions d’habitants ! La pétition a été envoyée directement aux archives du Congrès national sans même être examinée."

    Michel Janva

  • Quand les journalistes prennent les villes FN pour des zoos

    France Info diffusait le 8 avril un reportage titré "les premiers pas du FN". Celui-ci illustrait parfaitement la dérangeante façon dont les médias traitent ce parti et plus encore les Français qui ont osé l'élire.

    Atlantico : Suite à la victoire du Front national dans plusieurs mairies, plusieurs reportages ont commencé à émerger pour tenter de "décrypter" la vie quotidienne des citoyens de Béziers, Hénin-Beaumont ou Mantes-la-Ville, parfois avec beaucoup de distance. N'y a-t-il pas un syndrome de "safari médiatique" dans le traitement de ces localités par les chaînes d'information ?

    Arnaud Mercier : Il est certain que la tentation de tomber dans ce panneau est grande, et ce pour deux raisons. A la fois parce qu'on voit bien que chez un certain nombre de journalistes qui se livrent à ça, on constate une certaine forme d'incongruité idéologique comme sociologique à accepter l'idée que le Front national puisse remporter des villes. Chez certains journalistes, ça reste de l'ordre de l'incompréhensible, de l'inconcevable voire de l'intolérable. C'est, cependant, une problématique particulièrement habituelle du traitement médiatique réservé au Front national : on n'a pas attendu ces municipales-là. Il y a également un deuxième enjeu lié à cette incongruité, c'est qu'elle est tout de même partagée par une majorité de Français. Même si aujourd'hui on assiste à une dédiabolisation du Front national, qu'un certain nombre de nos concitoyens adhèrent en partie aux idées développées par le FN et que beaucoup d'entre eux n'estiment plus qu'il représente une menace pour la démocratie, et en dépit des indicateurs objectifs qui actent cette dédiabolisation, il n'en reste pas moins qu'une majorité de Français pense encore le contraire. C'est donc nécessairement un enjeu que de servir, avec ce regard-là, des reportages sur le Front national. Donner à voir le Front national comme une incongruité à un public qui le voit déjà comme une incongruité, que ce soit en tournant en ridicule certains électeurs ou certains policiers, n'est pas étonnant d'un point de vue de logique médiatique.

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