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entretiens et videos - Page 902

  • Laurent Ozon: « Le localisme est la pierre angulaire de la décolonisation économique, condition indispensable de la souveraineté politique »

    Laurent Ozon est président d’un mouvement français particulier:Maison Commune, un mouvement localiste basé sur des axes écologiques, économiques, sociaux et identitaires. L’objectif prioritaire est l’inversion des flux migratoires dans un cadre politique construit. Nous avons pu interroger Laurent Ozon pour en savoir plus.

    1)    Laurent Ozon, vous êtes président d’un mouvement localiste particulier Maison Commune. Pourriez-vous d’abord nous le présenter ? En quoi consiste le localisme ?

    Maison Commune est un mouvement qui s’est donné comme objectif de former la périphérie politique afin d’anticiper les évènements politiques des années à venir et d’y apporter des réponses efficaces. Nous avons reçu en formation plus de 400 cadres et futurs cadres de cette périphérie politique, issus de mouvements parfois opposés.

    Le localisme est l’un des fondamentaux de notre démarche. Le localisme, c’est donner à chaque peuple la possibilité de subvenir à la part la plus importante possible de ses besoins par ses propres moyens. Le localisme, c’est une volonté de favoriser les circuits économiques courts, et ainsi d’assurer une autosubsistance relative capable de permettre aux populations de garder la maîtrise de leur destin. Prenons un exemple, si chaque jour 1000 comptables quittent les Hauts-de-Seine pour aller travailler en Val-d’Oise et que simultanément 1000 autres quittent le Val-d’Oise pour travailler dans les Haut-des Seine, c’est parce que rien n’incite les entreprise à embaucher selon des critères de proximité. Résultat, vous avez 2000 comptables sur les routes, qui brûlent de l’essence, stagnent dans les embouteillages, dégradent l’air et les infrastructures, pour se croiser. C’est un petit exemple mais il en existe des milliers comme celui-ci.  C’est valable aussi pour les achats et approvisionnement des ménages comme des collectivités. Des solutions comme la détaxation de la proximité en direct ou par crédit d’impôts peuvent permettre d’engager la priorisation locale. Il y a de nombreuses solutions pour sortir de la situation actuelle et elles ne nécessitent pas un grand-soir politique. Elles peuvent être appliquées progressivement, concentriquement, d’abord dans des secteurs dits de subsistance. Le localisme est la pierre angulaire de la décolonisation économique, condition indispensable de la souveraineté politique. Le localisme est une sorte de protectionnisme 2.0. Il est le moyen de favoriser l’embauche locale et les circuits économiques courts, d’accompagner heureusement des objectifs de qualité écologique, de protection sanitaire, de réhabilitation de la vie démocratique, de protection et de rééquilibrage social, d’inversion concertée des flux migratoires et de pacification rapide des relations internationale. Une politique localiste permettra aussi d’anticiper les déstabilisations sociales, économiques à venir.

    2)    On considère souvent Europe-Écologie-les Verts comme le parti écologique de France. Vous présentez l’écologie comme un des axes de votre mouvement. En quoi consiste-t-elle pour vous ?

    L’écologie est une science devenue un mouvement social puis une nébuleuse politique. L’écologie politique est un fourre-tout dans lequel vous pourrez trouver des personnes très différentes. Disons que le point commun de toutes ces personnes est théoriquement une sensibilité accrue aux questions environnementales, à la destruction de la nature. Je dis « théoriquement » car EELV est aujourd’hui une structure gauchiste qui se mobilise plus pour les combats sociétaux de la bourgeoisie interlope occidentale et contre les murs porteurs de la culture populaire que contre les transnationales. Il y reste quelques personnes sincères, je pense à Sandrine Bellier et à quelques autres. On trouve des écologistes sincères, comme elle ou Corinne Lepage, Antoine Waechter dans tout le champ politique. Mais EELV est aujourd’hui anti-écologiste de mon point de vue. Son bilan politique est catastrophique sur à peu près tous les sujets clés. Je pourrais énumérer les fiascos d’EELV en matière d’écologie durant une heure. EELV est un faux-nez du gauchisme utopique dont la faible crédibilité ne repose que sur le soutien que lui apportent les médias.

    3)    Votre objectif prioritaire est d’inverser les flux migratoires dans un cadre politique construit. Serait-ce vraiment réalisable ou bien est-ce un doux rêve ? Dans l’idéal, comment procéderiez-vous pour y arriver ?

    Nous savons une chose : cette société n’est pas viable. Elle va donc se trouver dans les 20 années à venir en face de ses contradictions. A ce moment-là, les temps seront mûrs pour préparer la suite. Les peuples seront attentifs à des solutions qui permettront de résoudre les tensions extrêmes devenues insupportables.  Il faudra des cadres politiques aux idées claires, aux capacités opérationnelles réelles et qui auront des perspectives sur la voie à suivre. Étape par étape, nous devrons accompagner le processus de dislocation et proposer, au milieu de la grande confusion qui régnera, des solutions progressives et réalistes pour résoudre les problèmes causés par la colonisation de peuplement de l’Europe de l’Ouest. Je n’ai pas la place en quelques lignes de vous exposer dans le détail les solutions à mettre en œuvre mais ces solutions existent. Il y a de nombreux précédents historiques. Dans l’attente de ce moment, la meilleure des choses à faire c’est de convaincre toujours plus de Français de l’inéluctabilité de ce moment et du fait que nous devrons bientôt y faire face. Territoires, ressources, reproduction… voici venir le temps du retour des grands stress historiques. Il faudra pour gérer ces temps difficiles moins des idéologues que des hommes d’autorité, intelligents et pragmatiques. Nous en formons.

    4)    Votre mouvement n’a pas de structure particulière, ce qui peut paraître bizarre. Vos membres se rencontrent lors de séminaires ou sont mis en lien lorsqu’ils recherchent de l’aide. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi avoir fait ce choix ? Cela n’affaiblit-il pas votre message ? Comment peut-on rejoindre votre mouvement ?

    Nous sommes très sélectifs dans le choix de nos séminaristes, c’est de notoriété publique. Nous assurons la confidentialité des travaux et nous ne cherchons pas à fabriquer des sociologies artificielles dans un mouvement de plus. Nous prenons les meilleurs, les faisons travailler et les laissons ensuite rayonner dans leurs zones d’influence naturelles (partis, organisations, etc.).  Nous les maillons lorsque c’est nécessaire, pour répondre à des besoins pratiques des uns ou des autres. Pas de contrôle, pas de réunions inutiles, pas d’impératifs catégoriques. Nous laissons libres nos séminaristes sans aucune envie de chercher à résoudre les divergences qui résultent des subjectivités d’engagement, des histoires personnelles etc. Ils savent tous à quelle civilisation ils appartiennent, de quels peuples ils procèdent et en gros, à quoi ils seront confrontés. Nous les outillons pour être capables de faire l’histoire un jour proche. Nous ne recrutons pas. Nous recevons des CV puis recevons les individus, les formons et les aidons à prendre conscience de leurs potentialités et à ne plus perdre leur temps. Après trois années de travail. Il nous reste beaucoup à faire et nos moyens sont limités. Les bonnes volontés sont les bienvenues.

    5)    On constate de plus en plus un écart qui se creuse entre les politiques et les électeurs, comme le montre l’abstention toujours plus forte. Quel portrait brosseriez-vous de la classe politique française aujourd’hui ?

    L’infrastructure sociale, politique et économique dans laquelle nous vivons est le produit d’une bulle reposant sur la dette. Cette généralisation de la dette a alimenté des choix économiques et sociaux irrationnels et non viables sur le long terme, choix qui ne se seraient donc pas généralisés si la dette n’était pas venue les supporter. Ces modèles sociaux irrationnels ont fabriqué et maintenu en vie des idéologies déréalisantes qui se seraient effondrées si elles avaient dû être validées par l’expérience et la raison. Sans le soutien de ce « réel utopique » dans lequel nous vivons encore, le bon sens aurait fait un tri et les décisions aberrantes dont nous subissons les conséquences n’auraient pas été prises. Nous ne serions pas contraints d’emprunter sur les marchés de l’économie-casino et n’aurions pas remboursé plus de 1200 milliards d’intérêts de dettes sur 30 ans. Nous n’aurions pas laissé s’implanter dix millions d’extra-européens en France et plus de 40 millions en Europe occidentale, dans des pays en crise économique, sociale et identitaire. Nous n’aurions pas accepté la transformation du beau projet d’une Europe unie dans sa diversité en un diplodocus technocratique nuisible. Nous n’aurions pas autorisé la mise en vente et en consommation de centaines de substances toxiques dans notre chaîne alimentaire qui ont de lourds impacts sur la santé publique, mais bien plus encore, sur la vitalité même de nos peuples. Nous n’aurions pas laissé les médias, sans contrôle, aux mains des puissances de l’argent, et j’en passe…

    Nous sommes sans doute nombreux à nous être dit qu’il n’était pas croyable que des décisions si stupides soient prises par des hommes qui semblaient pourtant intelligents. Des hommes à ce point hors de tout sens commun pour ne pas voir l’évidente stupidité de leurs choix, de leurs actes, de leurs décisions depuis plus de 40 ans. C’est pourtant bien ce qui a eu lieu. Nous sommes sortis du réel et nos processus de sélection d’élites sont eux-aussi devenus irréalistes, contre-sélectifs. Notre classe politique est le résultat sidérant de plus de quarante années de contre-sélection. Les meilleurs, c’est-à-dire ceux qui pouvaient êtres capable de traiter nos problèmes ont étés éjectés année après année. Malgré quelques exceptions notables, notre classe politique est un ramassis d’opportunistes sans colonne vertébrale, de rusés nuisibles et incompétents. Ils appartiennent à une sociologie en formation, une oligarchie de gestion de notre effondrement. Les plus intelligents sont membres d’une super-classe mondialisée mentalement qui ne sent plus de communauté de destin avec le peuple et les moins intelligents sont les pantins d’intérêts qui les dépassent malgré quelques agitations positives, quelques personnalités courageuses ici et là. Pour conclure, notre classe politique présente des caractéristiques reconnaissables des élites à quelques années de leur renversement. Comme à d’autres époques charnières de notre histoire, la circulation des élites va reprendre.

    http://medias-presse.info/laurent-ozon-le-localisme-est-la-pierre-angulaire-de-la-decolonisation-economiquecondition-indispensable-de-la-souverainete-politique/9032

  • Nos otages en Syrie ? Une classique affaire de « gangsterrorisme »…

    Nos quatre journalistes retenus otages en Syrie sont enfin libres. Qui les a enlevés ? Pour quelles raisons, politiques, religieuses, ethniques ou simplement financières ? Et, surtout, y a-t-il eu rançon versée par la France ?

    D’abord, le fondamental. 

    La guerre civile syrienne est la parfaite prolongation de celle qui sévit au Liban voisin (1975-1990), les fondamentaux de cette guerre civile fondatrice valant toujours aujourd’hui. Or, depuis, une constante – en fait, l’unique bouée de sauvetage du régime alaouite des Assad, de père en fils – est celle-ci : un contrôle systématique, au pire une « influence » sur tout groupe terroriste, guérilla, groupe insurgé opérant dans la région. Ce, grâce aux redoutables et forts experts des services spéciaux du régime de Damas. En son temps, ces services ont manipulé des groupes palestiniens, jihadis sunnites, chiites et chrétiens libanais, arméniens chrétiens (ASALA) – même la « légion étrangère » (commandement des opérations spéciales à l’étranger) du FPLP, avec bien sûr Carlos, mais aussi des Japonais, des Allemands, etc. À l’époque, le responsable de ces « opérations spéciales » était le colonel Haïtham Saïd, du SR de l’armée de l’air syrienne.

    Aujourd’hui, les services d’Assad fils opèrent toujours de même – demandez-vous pourquoi des groupes jihadis, mobilisés pour abattre le régime hérétique des Assad, s’entretuent aujourd’hui avec férocité –, pas vraiment l’effet du hasard. Donc, dans la libération d’otages détenus par des fanatiques sunnites, le régime alaouite laïc des Assad joue aussi un rôle…

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  • Le vrai visage de Manuel Valls : interview choc de 30 minutes d'Emmanuel Ratier

  • Hollande ignore Pâques

    Gérard Leclerc est un journaliste, philosophe et essayiste. Il est éditorialiste à France catholique et à Radio Notre-Dame. Il vient d’être interrogé par "Le Figaro" au sujet du nouvel "oubli" par François Hollande de l’existence de la fête de Pâque, un élément supplémentaire dans l’action cathophobe des milieux dirigeants.

    François Hollande oublie Pâques : faut-il renier les racines chrétiennes de la France ?

     

    François Hollande n’a pas souhaité une bonne fête de Pâques aux catholiques français. Rien d’étonnant à première vue, car la France est un pays laïque. Néanmoins, on se souvient qu’il avait adressé ses « vœux de bonheur, de santé et de réussite aux musulmans de France » pour la fête de l’Aïd qui clôture le ramadan. Que vous inspire ce deux poids, deux mesures ?

    Gérard Leclerc : Le salut aux musulmans de François Hollande est de nature opportuniste et politique. C’est une clientèle électorale essentielle au Parti socialiste, qui est en train de lui échapper à cause des réformes sociétales, et qu’il s’agit de bien soigner.

    Cela témoigne-t-il d’une hostilité particulière que vouerait le président aux catholiques suite à l’affaire du mariage pour tous, ou plus généralement une indifférence de la classe politique française à l’égard des catholiques ?

    Je pense qu’il s’agit d’un problème propre à François Hollande, mais qui rejoint également une tradition et une culture française. Comme l’a souligné Samuel Pruvot dans son livre "François Hollande, Dieu et la République"(Salvator, 2013), François Hollande s’est éloigné du catholicisme, pourtant prégnant dans sa famille, et retranché dans un agnosticisme fermé à l’égard de toute inquiétude religieuse.

    Il rejoint ainsi une tradition française positiviste née avec les Lumières qui ont eu en France une tonalité bien particulière par rapport à d’autres pays européens, celle d’une philosophie antichrétienne et anticatholique qui a débouché sur la déchristianisation entreprise par la Révolution française. De là provient l’ambiguïté fondamentale de la notion de laïcité dont on ne sait pas si elle traduit une neutralité du pouvoir ou la promotion délibérée d’un athéisme d’État.

    De l’autre coté de la Manche, David Cameron s’est fait tacler par des intellectuels pour avoir parlé de l’Angleterre comme d’un « pays chrétien ». Selon vous, David Cameron a-t-il raison d’assumer le caractère chrétien de son pays ?

    David Cameron fait preuve d’indépendance et de liberté en osant rappeler de telles vérités. Il y a fort à parier que, hormis la fronde d’intellectuels et d’artistes qui s’est déclenchée contre lui, l’opinion publique, elle, le suit.

    En France, il serait très difficile pour un homme politique de droite de tenir un tel discours. Il y a une pudeur, pour ne pas dire une gêne à droite sur ce sujet. Le premier à avoir manifesté son hostilité à la mention des « racines chrétiennes de l’Europe », c’est Jacques Chirac, dans la lignée du radical-socialisme plutôt que dans celle du gaullisme (« Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne », disait le Général) dont il se voulait l’héritier.

    Ce rejet des racines chrétiennes est une triste exception française due à notre histoire très conflictuelle et à la rupture de la Révolution française. En Allemagne, Angela Merkel, fille de pasteur, n’hésite pas à employer le langage religieux dans ses discours et plaide pour des « racines chrétiennes de l’Europe ».

    La suite sur le blog de l’Action française Provence

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Hollande-ignore-Paques

  • Entretien avec Sandrine Picot-Deprez, présidente de l’Alliance Royale.

    L’Alliance Royale est un parti royaliste, qui présente des candidats à toutes les élections depuis environ une dizaine d’années avec des fortunes diverses. Autant le dire tout de suite, l’Action française qui milite contre le régime des partis diviseurs de la nation, s’est toujours refusé d’entrer dans cette voie-là.

    C’est donc avec une perplexité bienveillante que nous observons cette formation tenter de résoudre la quadrature du cercle en entrant dans le jeu républicain pour défendre des idées qui visent à faire chuter la République. Non pas que nous soyons contre les élections par principe : le" par tous les moyens même légaux" de Maurras s’applique aussi au mode électoral, et nous ne négligeons pas à l’occasion de soutenir tel ou tel candidat qui répond à des critères correspondant à nos attentes. Parmi ces candidats, certains d’entre eux sont des royalistes.

    Le seul fait de s’affirmer royaliste ne suffit pas à nos yeux. Notre regard porte aussi sur la nation, les intérêts de la France et le bien commun. Un roi, aussi valeureux et sympathique soit-il, n’ayant pas la capacité de gouverner, nous suffirait d’autant moins qu’une instauration de la monarchie qui n’aurait comme seule perspective que d’accompagner la dégradation du pays sous la férule des sectes mondialistes, nuirait à l’espérance monarchique et nous ferait perdre quelques siècles. L’expérience de l’Alliance Royale nous intéresse néanmoins car elle regroupe des fidèles royalistes qui veulent, envers et contre tous, témoigner de cette fidélité au moment des grandes fêtes républicaines, jouant un peu, ici ou là, mais de façon encore très confidentielle, les trouble-fêtes.

    Or à l’Action française nous aimons les trouble-fêtes. C’est pourquoi nous recevons Sandrine Picot-Deprez, énergique présidente de l’Alliance Royale.

    Quel bilan tirez-vous des dernières élections municipales ? 

    Ces municipales étaient un pari, avec l’élection de cinq d’entre nous c’est notre « Yes we can » ! C’est notre façon de dire :oui les royalistes ne sont pas ces exilés de l’intérieur, étrangers à leur temps et leur mode de gouvernement. Obtenir quelques élus nous permet de rompre le sortilège républicain. L’Alliance royale s’est constituée en appareil politique pour donner une réponse politique à la crise institutionnelle que traverse la France. Elle s’appuie sur un maillage (phase 1) pour ensuite partir à la reconquête et proposer une alternative institutionnelle (phase 2). Quelle meilleure tribune que les élections ? Cette stratégie est conforme au terrain social dans lequel nous recrutons : des hommes en activité professionnelle, stables, formés, qui peuvent apporter leur expertise politique Elles nous donnent des salles, des panneaux, une visibilité médiatique…... Pour prendre un exemple récent, durant notre campagne municipale 40.000 Parisiens du 5°ont reçu dans leur boite aux lettres notre profession de foi royaliste ainsi que les 13 000 habitants de Caudry . Je ne connais pas meilleur vecteur de diffusion que les services de la préfecture républicaine !

    Ne pensez-vous pas que choisir précisément les périodes électorales, qui sont des temps de brouhaha, ne risque pas de rendre encore plus inaudible l’idée royale ? N’est-ce pas contreproductif ? 

    « Contreproductif » dites-vous ? C’est tout l’inverse. Les sondages indiquent qu’il y aurait un vivier de 20% de royalistes en France, or ceux-ci ne considèrent pas encore que le royalisme soit une alternative crédible. Depuis que nous avons des élus, adjoint au maire, élu intercommunal, le regard change : cela nous crédibilise et renforce notre expérience politique Bien entendu les résultats sont à la mesure de nos moyens qui sont ceux d’un parti dissident, sans subvention : la politique est un sport de riches ! Certes les résultats semblent modestes si on porte un regard quantitatif et ce n’est pas à vous que j’apprendrai qu’il n’y a pas de rapport mécanique entre l’efficacité d’une force et le nombre. Je répète que nous ne pouvons pas toujours fournir de matériel de vote (profession de foi et/ou bulletin), ce que explique les scores. En revanche, la mobilisation en amont, pendant la campagne est intense, la cohésion de groupe est renforcée, les équipes tournent à plein régime et c’est l’occasion de riches rencontres. Je prétends qu’une campagne électorale nous fait plus avancer que des dizaines de conférences dans un cercle d’étude car les militants deviennent des acteurs, la dynamique de l’engagement fonctionne à fond et constitue un excellent exercice d’application dans notre cheminement vers la reconquête du pouvoir car nous capitalisons nos résultats par une organisation structurée et cohérente.

    Quelle est votre stratégie pour le prochain scrutin européen et où en êtes-vous de votre préparation ? 

    Je ne vous le cache pas : se présenter aux élections c’est attaquer l’Everest par la face Nord, c’est un lourd travail administratif d’une part et c’est une période un peu saturée médiatiquement. C’est aussi là que nous avons un devoir d’intelligence pour savoir nous faire entendre.

    Nous sommes cependant portés par la passion des Français pour le jeu politique : il suffit d’observer leur surexcitation à l’heure des résultats. Les élections sont ce moment rare où la conscience politique s’aiguise, c’est là qu’explosent nos scores de fréquentation.

    Cette mobilisation ne se réduirait-elle pas à une forme de communication visant à faire connaître l’option royale au plus grand nombre ? 

    Notre stratégie est de rendre l’idée monarchiste crédible c’est pourquoi nous travaillons scrupuleusement nos professions de foi. La campagne européenne nous donne des avantages : en terme de propagande, le CSA nous donne un créneau sous forme de clip sur les chaines nationales, nous aurons des milliers de panneaux à coller. En outre c’est la seule élection à la proportionnelle intégrale. Le bémol étant que nous ne pourrons imprimer les 43 millions de bulletins de vote nécessaires : il seront à télécharger sur notre site. L’Alliance Royale présentera huit listes le 25 mai (tout comme en 2004 et en 2009) malgré la dure contrainte de la parité (paradoxe insupportable dans un pays qui promeut la théorie du genre et qui en même temps impose une rigidité normative sexiste pour décourager les insoumis !) Ce sera pour nous l’occasion de développer notre discours sur les éléments clivants que sont l’euro et cette forfaiture qui s’annonce : le traité transatlantique

    Ne serait-il pas plus opportun de soutenir les listes patriotiques qui, de fait auront plus de chance d’avoir des élus, plutôt que de défendre le royalisme, c’est-à-dire une position institutionnelle hors sujet en la circonstance ? 

    La monarchie que nous prônons sera traditionnelle, décentralisée et ne reposera en aucun cas sur les appareils de partis qui fondent leur légitimité sur la soi-disant « volonté générale » alors pourquoi voulez-vous que nous soutenions une liste républicaine ? Les partis républicains acceptent tous le préalable dialectique révolutionnaire et entrent dans la matrice ….Tous cherchent à légitimer leur position en protestant de leur loyauté et en adoptant les postures républicaines issues de la révolution : laïcisme, droits de l’homme, égalitarisme. Même LMPT surjoue avec ses Mariannes, ses bonnets phrygiens et ses drapeaux européens ! Mais n’oublions que la France a besoin d’un sursaut monarchiste plutôt que de spasmes républicains !

    Propos recueillis par Olivier Perceval - L’AF 2884

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Entretien-avec-Sandrine-Picot

  • Jean-Louis Harouel : « La droite cultive des valeurs de durée »

    Professeur de droit à l'Université de Paris II, Jean-Louis Harouel est l'auteur de nombreux ouvrages remarquables. Il publie aux éditions Jean-Cyrille Godefroy un nouveau livre intitulé Revenir à la nation, qui sortira en librairie à la mi-avril.

    Monde & Vie: En politique, la distinction entre gauche et droite a-t-elle encore une signification ? Si tel est le cas, qu'est-ce qui différencie ces deux notions ?

    Jean-Louis Harouel : Leur différence de nature oppose radicalement la droite et la gauche. Obsédée par les valeurs de progrès (moral, matériel, etc.), la gauche plonge ses racines intellectuelles dans les millénarismes, ces mouvements révolutionnaires se réclamant du Christ qui prétendaient instaurer le paradis sur la terre, généralement sous la forme du communisme ou d'un égalitarisme radical. Une fois sécularisé, le courant millénariste a produit la religion démocratique mais aussi les diverses variantes du socialisme et le communisme marxiste, facettes innombrables d'une religion de l'humanité dont l'actuel avatar est le culte intolérant des droits de l'homme, qui détruit les nations européennes au nom de l'amour de l'autre jusqu'au mépris de soi. Tout cela est nourri d'idées évangéliques devenues folles, selon la formule de Chesterton, car détournées de leur sens originel et coupées de la religion. C'est du post-christianisme.

    Inversement, la droite cultive des valeurs de durée. Elles ont assuré la solidité des familles et de la société. Inspirant le droit pendant des millénaires, ces valeurs provenaient de l'Antiquité gréco-romaine, des coutumes germaniques et plus encore du Décalogue. La part décisive dans les valeurs de droite d'une tradition biblique aujourd'hui sécularisée et devenue souvent inconsciente fait que l'on peut parler à leur sujet de post-judaïsme.

    Parmi les grandes idées qui ont été tantôt adoptées par la gauche et tantôt reprises par la droite, figurent la « nation » et le « nationalisme ». Comment a évolué la conception politique de la nation, depuis l'Ancien Régime ?

    En France, la nation fut l'œuvre des rois. À partir du Moyen Age, la royauté a construit la nation autour de l'idée d'une préférence du Christ pour le Capétien - le plus chrétien de tous les princes - et par voie de conséquence pour ses sujets. Le roi de France est assimilé à David. Et la France, nation très chrétienne, est désignée comme le nouveau peuple élu. Dès le XVe siècle, la nation est la mère à laquelle on doit sacrifier sa vie, lorsque le roi l'ordonne. Car l'universalité de la nation s'incarne dans le roi. Elle n'est pas en elle-même source de légitimité politique. C'est la prédilection divine pour la France, exprimée par la sacralité royale, qui fonde le devoir de dévouement à la nation. Réunissant des Flamands et des Provençaux avec des Alsaciens, des Bretons et des Basques, venus s'agglutiner au vieux noyau capétien, la nation s'est construite dans un loyaUsme partagé envers la personne du roi de France. L'institution royale capétienne a été le ciment unificateur de ces éléments divers. Jusqu'au jour où la nation sera suffisamment affermie pour exister par elle-même et se débarrasser de la royauté qui l'a construite.

    Voulant détruire l'autorité royale et révolutionner la société au nom d'idées que l'on peut dès ce moment qualifier de gauche, les hommes de 1789 avaient besoin d'une légitimité à opposer au droit divin du roi. Ils l'ont trouvée dans la nation. L'idée nationale est alors de gauche. Elle laïcise la vieille conviction d'être le peuple élu du Christ en une nouvelle croyance messianique : celle d'être la nation en charge de la rédemption terrestre du genre humain au moyen de la diffusion des droits de l'homme proclamés le 26 août 1789. Ce messianisme sécularisé engendrera l'impérialisme militaire de la France révolutionnaire puis impériale, avec les chocs en retour que l'on sait.

    Pendant l'essentiel du XIXe siècle, l'idée de nation, tout comme celle pratiquement synonyme de patrie, appartient au registre des idées de gauche. Elle s'oppose à la conception traditionnelle héritée de l'Ancien Régime selon laquelle le dévouement envers la communauté nationale passe par l'incontournable loyalisme envers le prince - roi ou empereur - qui en est à la fois l'incarnation et le chef. C'est la conception de droite, selon laquelle on ne saurait invoquer l'idée nationale contre celui qui la personnifie. Au contraire, la gauche, en France comme dans toute l'Europe, ne songe qu'à délivrer les nations des princes qui les gouvernent, par la révolution et au besoin par la guerre. Il est indubitable que le nationalisme est né à gauche.

    L'idée nationale passe brusquement à droite dans les années 1880. On invoque traditionnellement comme explication le traumatisme de Sedan et la perte de l'Alsace-Lorraine. Mais il y a à mon sens une explication plus profonde, qui est le passage au régime républicain. Dès lors qu'il n'y a plus de prince, le vieux loyalisme envers lui ne fonctionne plus, sauf dans le cercle étroit des fidèles aux dynasties exilées. Dans son ensemble, la droite est politiquement orpheline. Ne pouvant plus se réclamer du prince, le peuple de droite se réclame de la nation. Par réaction, autour de 1900, la gauche cesse de se référer à la nation et ne veut plus entendre parler que de patrie. Ce qui ne l'a pas empêché de lancer, notamment grâce à l'école et au service militaire, cet immense programme de nationalisation des masses qui fut l'œuvre majeure de la Bï République. Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, la gauche n'est plus concernée par la patrie. Celle-ci a le grand tort d'être la terre paternelle, alors que la gauche n'aime plus que l'universel.

    Aujourd'hui, la nation peut-elle résister au mondialisme auquel se sont converties de larges fractions de la « droite » et de la « gauche ». La nation française a-t-elle un avenir politique ?

    La nation française a un grand avenir politique, un avenir qui sera très difficile à accomplir, mais qu'elle doit tout faire pour réaliser. Un avenir politique qui passe par le recentrage de l'État sur la nation et l'éclatement de l'Union européenne. Faute de quoi il n'y aura plus de France mais un lamentable Hexagoland à la dérive, noyé dans une prétendue Europe qui ne vise qu'à se dissoudre dans la mondialisation et tue à petit feu les nations européennes.    

    Propos recueillis par Eric Letty monde&vie avril 2014

  • L'Europe a lancé une véritable propagande américaine

    Interview avec Johann Gudenus (Parti de la liberté d’Autriche)Johann Gudenus, chef de file des élus nationalistes du Parti de la liberté d’Autriche (FPÖ) au Parlement du Land de Vienne, décrit pour le quotidien russe Izvestia comment les médias occidentaux présentent les événements en Ukraine aux Européens.

    - Pour l'UE, le mouvement du Maïdan était une manifestation de "démocratie" et exprimait la "volonté populaire des Ukrainiens".

    - En effet pour l’UE, les manifestants prêts à recourir à la force sur le Maïdan étaient considérés comme des activistes qui exigeaient le renversement du président élu Viktor Ianoukovitch car ils étaient préoccupés par la situation dans le pays. La position actuelle de l'Occident, qui traite de "terroristes" les manifestants du sud-est de l'Ukraine, n'est rien d'autre qu'une politique de doubles-standards - bien que les politiciens européens ne reconnaissent pas ces accusations de la part de Moscou. On remarque que la volonté populaire n’est discutée en Europe que quand la population se prononce pour l'UE à l'unanimité.

    - Moscou affirme que la presse occidentale diabolise injustement la Russie et fait de la propagande antirusse. Est-ce le cas ?

    - Malheureusement, la couverture des événements en Ukraine par les médias occidentaux est très unilatérale. Je reconnais que les Russes sont diabolisés. Des éléments historiques, comme le fait que depuis des décennies un grand nombre de Russes vivent en Ukraine ou encore la proximité de Moscou et de Kiev, ne sont même pas mentionnés. Les discours des politiciens occidentaux rappellent une rhétorique d’avant-guerre. Les médias européens ont lancé une propagande purement américaine. Ce n'est pas ce qu'on pourrait appeler une position impartiale.

    - En particulier, La Russie est accusée d'avoir annexé la Crimée et de revenir à la politique agressive de l'Union soviétique…

    - L'Europe cherche à faire passer la Russie et la politique de Vladimir Poutine pour le mal absolu qui, tout en misant sur la paix dans le monde entier, cherche à satisfaire ses propres ambitions d'expansion et à occuper les territoires ukrainiens par la force armée. On cite toujours en exemple le référendum de Crimée, qui se serait déroulé sous la pression des militaires russes. Mais j'étais observateur à ce référendum et peux affirmer que c'est faux. Les Criméens sont allés voter avec bonne humeur, de leur propre gré, sans être forcés. Une ambiance de fête régnait dans les rues le soir du scrutin. Les policiers étaient les seuls représentants des forces de l’ordre que nous avons pu rencontrer.

    - L'Union européenne promet d'adopter de sévères sanctions contre Moscou. Vous ne pensez pas qu'au final, cela puisse nuire à l’UE elle-même ?

    - Je m'oppose aux sanctions et estime que l'UE cherche seulement à offenser Moscou par de telles menaces. La Russie a acquis depuis des années la réputation de partenaire commercial et économique fiable de l'Occident, qui a toujours respecté les accords à la lettre. L'UE droit également comprendre que le renforcement des sanctions contre la Russie, appuyé par des menaces de guerre, serait immédiatement suivi d'une réaction de Moscou. L'UE doit trouver une issue à cette situation par un dialogue avec la Russie et sans les USA qui lui dictent le comportement à adopter. En fin de compte, il ne faut pas oublier que la Russie se situe historiquement et géographiquement bien plus près de l'Europe que l'Amérique.

    - Il vous semble que dans le contexte des événements en Ukraine, l'Europe a complètement perdu son autonomie en politique étrangère et agit sous la dictée des USA ?

    - C'est effectivement le cas, à en juger par le caractère très unilatéral de la politique européenne. Alors que les négociations sur un accord de libre échange entre les USA et l'UE battent leur plein, la politique de Bruxelles est dominée par Washington. Or l'autonomie sur l'arène internationale est un facteur primordial pour l'Europe. Il est nécessaire de créer un axe géopolitique Paris-Berlin-Moscou comme véritable contrepoids politique à l'Otan. L'Autriche, en tant que membre de l'UE mais pas de l'Otan, pourrait ainsi conserver sa neutralité en se réservant le droit de critiquer les actions de l'Alliance.

    - En dépit des récents événements, l'UE reste disposée à un rapprochement avec l'Ukraine et à la signature d'un accord d'association. Ne pensez-vous pas qu'il serait néfaste pour l'UE de se rapprocher d'un pays au seuil de la guerre civile et de la faillite ?

    - Les intérêts de l'UE en Ukraine ne sont pas clairs aujourd'hui. L'Ukraine, un Etat en faillite, n'étant pas membre de l'UE, demande déjà des investissements conséquents. Un citoyen européen ne peut pas le comprendre et ne doit pas le comprendre. On a l'impression que l'Occident cherche à retenir l'Ukraine par tous les moyens, uniquement pour conserver la possibilité d'y déployer à terme de nouvelles bases de l'Otan à proximité des frontières russes. Personne ne doit s'étonner à Bruxelles que la Russie se sente au pied du mur. Le renforcement de l'Otan dans les Etats à l'est de l'Alliance est un flagrant outrage à la Russie.

    Source : http://fr.ria.ru/discussion/20140417/200996780.html

    http://www.voxnr.com/cc/etranger/EFAZAZZkAFxCgGxnsR.shtml

  • Quand les Romains enterraient la foudre…

    Les restes d'un curieux rituel romain viennent d'être fouillés à Pompéi. Entretien avec William van Andringa, professeur à Lille III.

    Vous venez d'achever la fouille d'un lieu très particulier à Pompéi. De quoi s'agit-il ? 

    C'est un lieu où les Romains ont « enterré » la foudre. Pour eux, en effet, la foudre est un prodige, un signe saisissant de l'intervention des dieux − et non des moindres, en l'occurrence Jupiter (et d’autres dieux) si elle tombe de jour, ou Summanus, le dieu qui envoie des éclairs nocturnes, si c'est la nuit. À ce phénomène surnaturel, les hommes devaient répondre, en exécutant un rituel destiné à apaiser la colère divine. C'est le fulgum conditum, l'enterrement de la foudre.

    Comment se déroulait ce rituel ? 

    Les participants récoltaient les débris de ce qui avait été frappé par la foudre − arbre, édifice, corps humain, etc. Puis ils les mettaient dans une fosse et recouvraient cette dernière d'un petit monticule − un tertre. Ils chantaient, à un moment ou à un autre, des chants funèbres. Le tout se faisait sous la supervision des haruspices ou d’un pontife. Ces prêtres étaient requis dès qu'il fallait interpréter un signe des dieux. Mais c'est à peu près tout ce que nous savions sur le rituel lui-même.

    D'où venaient les informations sur ce rituel ? 

    De quelques mentions, et non de descriptions complètes, par des auteurs latins. Elles relatent que pour interpréter les prodiges, les Romains faisaient appel à la science étrusque, consignée dans des livres particuliers, les Livres Fulguraux, aujourd'hui malheureusement disparus. Ils pouvaient y consulter des formules qui les aidaient à interpréter ce signe particulier qu'était la foudre. En fait, la foudre est la marque d'une appropriation par la divinité. Le lieu acquiert un statut juridique spécial : il devient un « lieu religieux ». Mais que se passe-t-il exactement quand la foudre tombe sur un édifice par exemple ? Quels sont les rites qui sont exécutés ? Quel aspect prend alors ce « lieu religieux » ? Il fallait un peu d’archéologie pour l'éclaircir.

    Quelle est la particularité du site que vous avez fouillé à Pompéi ?

    Il est unique car dans le monde romain, c'est à ma connaissance la seule fosse abritant des vestiges touchés par la foudre qui soit parfaitement intacte. Certes, des archéologues ont étudié par le passé d’autres sites similaires. Mais ces fouilles n'étaient pas suffisamment détaillées pour permettre de restituer les gestes et le rituel.

    Quand le site a-t-il été découvert ? 

    En 1938, dans le jardin de la maison des Quatre Styles à Pompéi. Nous avons eu de la chance, car le découvreur, Amedeo Maiuri, le grand Surintendant de Pompéi au XXe siècle, n’a jamais fouillé la fosse. Esprit un peu mystique et curieux, il a demandé à ses ouvriers de creuser les alentours immédiats de la fosse, mais pas plus loin. Il a préféré n’examiner cette dernière que de l’extérieur ! Lorsque nous avons repris la fouille, nous avons donc retrouvé le tertre intact, entouré de ses tranchées, comblées. Il ne manquait que la tuile où était inscrit le mot FULGUR (foudre), insérée à l’origine dans le mortier du tertre. Vu le caractère exceptionnel de ces vestiges, nous avons décidé de ne fouiller qu’une moitié de la fosse. De cette façon, nous laissons la possibilité aux archéologues du futur de reprendre l'étude avec de nouvelles méthodes.

    Comment s'est déroulée la fouille ? 

    Nous avons fait le choix d'une fouille très fine, afin de restituer les gestes du rituel. Nous avons donc numéroté et localisé dans l'espace les mille cinq cents fragments de la moitié de la fosse. Le but était de déterminer, par exemple, dans quel ordre et de quelle manière les vestiges ont été déposés.

    Qu'a montré la fouille sur le déroulement du rituel ? 

    L'analyse est toujours en cours, mais elle nous montre d'ores et déjà que ceux qui ont exécuté le rite n'ont pas versé en vrac les débris ramassés par les haruspices. Ils ont d'abord trié les matériaux. Et ils les ont fait alterner en remplissant la fosse.

    Par ailleurs, ils semblent avoir versé dans cette dernière du mortier. Le « lieu religieux » en question n’est donc pas qu’une fosse : il s'apparente à une structure bâtie. Celle-ci a été installée dans un coin du jardin, à l’écart des passages. Ce lieu, sacré, devait en effet être protégé des piétinements.

    Enfin, nous avons également retrouvé au fond de la fosse les restes d’une crémation. Ceux qui ont exécuté le rituel l'ont donc déposé en premier, avant tout le reste. Qu’a-t-on brûlé ? Là encore, une analyse fine de ces restes cendreux nous donnera sans doute quelques renseignements sur le sacrifice célébré.

    Quand la foudre a-t-elle frappé ? 

    Entre 40 et 79 apr. J.-C., date de l'éruption du Vésuve. Quelques éléments dans la fosse nous suggèrent même que l'événement pourrait s'être produit après le terrible séisme de 62 apr. J.-C. Or, nous savons que c'était alors une période très troublée pour la colonie, à cause des secousses qui annonçaient l’éruption.

    Qu'est-ce qui a été touché par la foudre ? 

    La foudre a touché le toit de la maison. Nous avons en effet retrouvé dans la fosse un nombre important de tuiles plus ou moins brisées. Visiblement, les haruspices en avaient soigneusement récolté les fragments. Certains vont d’ailleurs être expertisés pour détecter d’éventuelles traces de foudre. L'éclair a peut-être également touché l'arête des murs ou un étage de la maison, car il y a également quelques moellons dans la fosse. Mais nous n'avons pas encore retrouvé l'endroit de la maison qui a été foudroyé. 

    Pourquoi vous êtes-vous intéressé à ce rituel ? 

    Parce qu'il aborde plusieurs questions qui me paraissent fondamentales. Et notamment celle de la transmission des connaissances religieuses dans l’Empire romain. Par exemple, comment les différentes populations savaient-elles ce qu'il fallait faire quand la foudre tombait ? Les Pompéiens connaissaient-ils vraiment les Livres Fulguraux conservés à Rome ?

    Plus généralement, le rituel d'enterrement de la foudre se rattache à un autre, fréquent à l’époque romaine. Il s'agit la mise en terre de vestiges considérés comme appartenant aux dieux : restes de repas, offrandes, etc. Or les textes n’abordent jamais ces phénomènes. Grâce à l’archéologie, nous pouvons les décrire de manière bien plus précise. C'est l'une des raisons qui font de Pompéi un formidable laboratoire de la société romaine et son fonctionnement.

    source : 

    http://www.oragesdacier.info/2014/04/quand-les-romains-enterraient-la-foudre.html

  • L’identité européenne et le nordicisme

    Entretien de Stéphane François avec le site La Horde , à propos de la parution de son ouvrage Au-delà des Vents du Nord. L’extrême droite française, le pôle Nord et les Indo-Européens :
    -A la lecture du livre, on ne peut être que frappé par la prédominance du GRECE et de la Nouvelle Droite. Est-ce une volonté de votre part de centrer l’étude sur cette mouvance ou bien sont-ils les seuls en France à s’être intéressés à cette question ?

    Au-delà des Vents du Nord. L’extrême droite française, le pôle Nord et les Indo-Européens :
    Chateau

    Stéphane François : Il est vrai que j’ai consacré plusieurs travaux à la Nouvelle Droite, j’ai donc tendance à privilégier cette école de pensée, mais le GRECE[2] dans les années 70 et 80 s’est effectivement très intéressé à cette question, reprenant un thème de prédilection d’Europe-Action, dont un certain nombre de néo-droitiers proviennent à commencer par « Fabrice Laroche », c’est-à-dire Alain de Benoist[3]. Celui-ci, qui était le secrétaire de rédaction sous le pseudonyme de Fabrice Laroche, Jean-Claude Valla, Pierre Vial[4], Jean Mabire[5], « Julien Lebel » (Dominique Venner) fondèrent en 1968 le GRECE, après être passé par Europe-Action.

    Chateau

    Mais revenons à votre question : La thématique indo-européenne passionne les néo-droitiers depuis la fondation du GRECE en 1968. Nous trouvons parmi eux de très bons connaisseurs du sujet : Alain de Benoist (qui s’est intéressé à cette question dès 1965), Jean-Claude Rivière, Jean-Paul Allard, Jean Varenne et, surtout Jean Haudry. Benoist, Rivière et Allard faisaient partie à cette époque de l’équipe éditoriale de Nouvelle École. Alain de Benoist en est toujours le responsable, Jean-Claude Rivière et Jean-Paul Allard furent des membres de son comité de rédaction, Allard collaborant aussi dans les années soixante-dix à la revue théorique du GRECE, Études et Recherches. Plusieurs séminaires et colloques furent consacrés à cette question durant la première décennie d’existence du GRECE, très souvent animés par Alain de Benoist. Ainsi, un séminaire fut-il organisé à l’école HEC de Jouy-en-Josas le 23 mars 1969 sur l’« Origine et permanence de la civilisation européenne », suivi le 21 février 1971, par un autre à la Faculté libre d’économie et de droit (la FACO) sur « Les Indo-Européens ». En 1975, ces séminaires se transformèrent en journées d’études. Les 8 et 9 mars 1975, plusieurs spécialistes grécistes ou apparentés (Jean Varenne, Giorgio Locchi, Alain de Benoist, Jean-Claude Rivière, Jean-Paul Allard) se réunirent pour débattre de cette thématique. Haudry en 1981 consacra un Que sais-je ? à cette problématique, qui fit scandale, et fonda l’année suivant une revue, Etudes Indo-Européenne. Nous pourrions multiplier les exemples…

    Logo du GRECE:
    Chateau

    Pour répondre à la seconde partie de votre question, ce n’est pas la seule formation extrémiste de droite qui le fit, mais elle le fit de manière systématique, et surtout très poussée : la Nouvelle droite a construit un discours très élaboré, s’appuyant sur la philologie, l’histoire, l’anthropologie, etc., dont l’objectif est de montrer la persistance d’une idée indo-européenne et païenne en Europe. De ce fait, leurs travaux ont servi à d’autres formations ou courants de l’extrême droite…
    -Quel est l’impact des travaux sur le mythe polaire et les indo-européens sur des mouvements d’extrême droite comme le Front National ou les Identitaires ?
    Sur le Front National, l’impact est faible, sauf chez certains militants/cadres ayant eu un parcours précis auparavant (néonazis, identitaires, grécistes). Le militant de base, lambda, du FN ne s’intéresse pas ou peu à ces questions. Par contre, cette thématique a plus d’impact sur les Identitaires, à prendre au sens large comme je l’ai montré dans cet ouvrage. Ce discours raciologique reste confiné dans les marges les plus radicales des milieux de l’extrême droite.
    Malgré tout, il n’en reste pas moins que beaucoup, au sein de l’extrême droite, adhère au postulat d’une origine polaire, ou circumpolaire, de la civilisation européenne. Cette acceptation implique donc une philosophie de l’histoire à fondement ethnique. De cette dernière découle, en outre, une réaffirmation des thèses polygénistes sur les origines des différents groupes « ethniques », « raciaux » humains. Autre conséquence de tels discours, chez les éléments les plus radicaux : l’idée selon laquelle les Indo-Européens furent, et restent au travers de leurs descendants (c’est-à-dire la « race blanche »), des créateurs de civilisations, si ce n’est les créateurs de la civilisation. En effet, il ne faut pas oublier que certains parmi les plus radicaux, comme nous l’avons vu, soutiennent la thèse selon laquelle la civilisation ne s’est diffusée qu’au travers de la dissémination des peuples Indo-Européens depuis l’habitat originel polaire…
    Leurs références dans ce domaine sont les auteurs Saint-Loup[6] et Jean Mabire, ainsi que le raciologue Hans F. K. Günther. Ceux-ci, en particulier Saint-Loup, concevaient l’Europe comme une entité supranationale différentialiste, respectant les pratiques culturelles de régions ou de province à l’identité forte, c’est-à-dire des « peuples », fédérés mais liés par le « sang », par des traditions spécifiques et par un fonds civilisationnel commun. En effet, dans les milieux de l’extrême droite de l’après-guerre, en particulier ceux proches du national-socialisme, le thème de l’« Europe des ethnies » a donné son contenu à l’utopie d’un nouvel empire européen, défini à la fois par la « race blanche » et par l’identité indo-européenne païenne. Cependant, ces groupes cherchaient à préserver une diversité ethnique interne.
    -Quels sont selon vous aujourd’hui les milieux ou groupuscules politiques qui adhérent à ces théories ?
    Principalement la frange völkisch issue de la Nouvelle Droite, que j’ai appelé dans plusieurs travaux les « folkistes », qui se singularise par un discours ethno-différentialiste radical, identitaire, païen et nordiciste. Ce courant de l’extrême droite est en plein essor en Europe depuis le début des années deux mille. En fait, cette thématique, comme je viens de le dire, est plutôt celle de militants qui s’attachent à la notion d’identité européenne, à l’ethno-régionalisme, aux questions raciales. De ce fait, nous les trouvons plutôt au sein de la mouvance identitaire, commeTerre et Peuple, de Réfléchir & agir, des éditions du Lore, etc.
    -L’attrait pour les études sur les Indo-européens, le paganisme nordique ou celte sont-ils forcément des marqueurs d’appartenance à l’extrême droite ?
    Pas du tout, et heureusement. Tous les amateurs de paganisme nordique ne sont pas de dangereux nazis, tous les régionalistes bretons un peu païen ne sont pas des disciples d’Olier Mordrel… Ces thèmes ne doivent être laissés à l’extrême droite et être étudiés de manière universitaire, car ils sont importants pour comprendre l’histoire de l’Europe. D’ailleurs la question indo-européenne n’est toujours pas résolue, bien que la recherche ait beaucoup progressé depuis le début du XXe siècle.
    -Est-ce qu’un parti ou un mouvement politique aujourd’hui peut se structurer sur ce genre de théories ?
    Oui, évidemment, mais il insiste surtout sur l’idée d’une autochtonie des Indo-Européens : comme ceux-ci sont vus comme étant le peuple indigène de l’Europe, ces mouvements ou partis se pose en défenseur à la fois de l’identité culturelle européenne et surtout de l’identité ethnique de celle-ci… C’est une réactualisation de la vieille doctrine de la défense de la « race blanche ». Cette défense se retrouve par exemple, mais de façon édulcorée (ou discrète) chez leBloc Identitaire, qui fustige le métissage et l’« immigration-colonisation », vus comme un ethnocide des Européens. Ainsi, peu de temps après sa fondation, il a mis en place, avec l’aide de Terre et peuple, un Conseil Représentatif des Associations Blanches, sur le modèle du CRAN et du CRIF. Cette structure a fait long feu…
    Si le BI insiste sur l’identité européenne, il ne met pas en avant dans ses discours l’origine polaire des Indo-Européens. Enfin, certains Identitaires, passés à la fois par le GRECE puis par le BI, refusent le nordicisme pour une promotion « basique » de l’identité Européenne. C’est le cas, par exemple, de Richard Roudier, du Réseau Identité, qui considère que la Nouvelle Droite insistait trop sur la thématique nordique… Sinon, nous retrouvons aussi cette thématique, mais dans une optique plus radicale, dans un groupuscule comme le PNFE, qui surfe ouvertement sur cette symbolique de façon récurrente.
    -Vous abordez dans le livre la scène musicale[7] se rattachant à ces questions. Est-ce que ce type de scène existe aujourd’hui en France ?
    Oui, elle est à la fois très discrète et très dynamique, c’est-à-dire avec plusieurs groupes qui produisent beaucoup. Cela reste globalement confiné dans des milieux très précis : scène naziskin, NSBM[8] et surtout scène indus/néofolk[9]. L’un des groupes les plus talentueux dans ce dernier registre était Dawn and Dusk Entwined[10], une entité monocéphale, mais il a cessé de jouer (d’exister ?) pour l’instant. Le discours était peu politique, mais ce groupe a beaucoup insisté sur les thématiques étudiées dans le livre : nordicisme, ésotérisme, identité européenne, paganisme, etc. Il y a d’autres groupes, dont Barbarossa Umtrunk[11], qui insistent plutôt sur l’« occultisme nazi[12] » et l’origine circumpolaire de la civilisation européenne.

    Source : http://tempspresents.com/2014/04/16/stephane-francois-identite-europeenne-et-le-nordicisme/#more-5618
    Notes de La Horde
    [1] Stéphane François, lorsqu’il emploie le terme Identitaires, ne parle pas uniquement du Bloc Identitaire et de Génération Identitaire de Fabrice Robert et Philippe Vardon, mais d’un milieu où l’on retrouve également Terre & Peuple, Réfléchir & Agir …
    [2] Groupe de Recherche et d’Etude sur la Civilisation Européenne. Fondé en 1969 par des anciens de Europe-Action.
    [3] Alain de Benoist, fondateur du GRECE, est considéré comme l’un des principaux responsables de la Nouvelle Droite.
    [4] Ancien membre du Front National et du MNR, il est le fondateur et animateur du mouvement Terre & Peuple, dont l’un des avatars est le groupuscule Europe Identité, proche aujourd’hui de la Nouvelle Droite Populaire.
    [5] Militant d’extrême droite engagé dans le régionalisme normand, il est connu pour ses livres sur les Waffen SS chez Fayard dans les années 70.
    [6] De son vrai nom Marc Augier, cet ancien engagé dans la LVF et les Waffen SS est une référence pour les jeunes néonazis ou la mouvance identitaire avec des livres comme J’ai vu l’Allemagne, Nouveaux cathares pour Montségur.
    [7] Pour plus d’information sur cette scène, nous vous invitons à consulter le livre de Stéphane François La Musique Europaïenne : Ethnographie d’une subculture de droite. Ed L’Harmattan
    [8] National-Socialist-Black-Metal
    [9] On peut citer pour la France des groupes comme Sinweldi, Militia De ou Front Sonore (même si ce groupe semble plus proche des thèses NR ou National-Bolchevik).
    [10] Il existe entre autre un album hommage autour d’Otto Rhan, officier de la SS qui publia deux ouvrages ésotériques La cour de Lucifer et Croisade contre le Graal. Il passa du temps dans le sud de la France, persuadé que le Graal avait été la propriété des Cathares.
    [11] Groupe dont plusieurs albums sont centrés sur des thématiques appartenant à l’ésotérisme nazi.
    [12] Stéphane François Le nazisme revisité : L’occultisme contre l’histoire. Ed. Berg International

    http://www.voxnr.com/cc/dh_autres/EFAZyAFZpAyMWagcUZ.shtml

  • L’Otan agresse la Russie. Un général français témoigne

    Interview avec le général de l’armée française Jean du Verdier
    La France agresse joyeusement la Russie ensemble avec l’OTAN. La mission de cette structure militaire a connu une évolution depuis l’époque soviétique. Nous avons demandé au général de l’armée française Jean du Verdier de nous donner son analyse de l’histoire de l’OTAN qui vient de fêter son 65ème anniversaire.
    Général Jean du Verdier. « A l’origine l’OTAN a été créée comme un organisme militaire pour faire face à la menace soviétique. Nous avions très peur à l’époque d’une attaque de l’armée soviétique. Il y avait une phrase qui courait à l’époque un peu partout : « Les chars soviétiques sont à une étape de Tour de France de Strasbourg ! » A cette époque-là on a accepté l’aide des Américains et il y a eu un accord passé à Lisbonne : les Américains ont donné à l’époque 600 millions de dollars pour équiper l’armée française… Et en échange, ils recevaient des bases en France et un axe de liaison entre l’Atlantique et l’Allemagne. Voilà où on en était à la fin des années 50 ! A ce moment-là arrivait le général de Gaulle qui va vouloir se dégager de l’emprise américaine. Parce qu’il n’acceptait pas que les mécanismes de l’OTAN qui étaient des mécanismes automatiques, puissent engager la France dans une guerre qu’elle ne souhaitait pas. Donc, à partir de 58, la France est complètement dégagée de l’OTAN. Il y avait deux attitudes à ce moment-là : c’est dommage de se séparer des Américains qui sont à la pointe du progrès ; et les autres croyaient que de Gaulle avait raison. Pour moi, personnellement, ce désengagement de Gaulle vis-à-vis des Etats-Unis a eu des conséquences désagréables parce que j’ai été prévu dans le cadre de ces accords pour aller en séjour pour un stage de formation aux Etats-Unis. Mais cela n’a pas marché, je le regrette !
    A ce moment-là tous les Américains étaient partis de France. On a commencé par enlever à l’OTAN des unités françaises, en particulier, navales et petit à petit on a tout retiré… Et on n’a jamais accepté non plus l’arme nucléaire sur le sol français ! Dans les années 60 le retrait à a été terminé. Ainsi les Français étaient dans l’Alliance mais n’étaient plus dans le système militaire. »
    La Voix de la Russie. La France a-t-elle pleinement accepté ce retour dans le dispositif militaire de l’OTAN ?
    Général Jean du Verdier. « Moi, personnellement j’ai été tout à fait contre ce retour au sein de l’OTAN ! A partir du moment de chute du mur de Berlin, on n’avait plus aucun besoin de l’OTAN. Elle avait perdu sa raison d’être. Cela a été une organisation défensive pour les pays de l’Europe de l’Ouest et à partir du moment où les Soviétiques avaient dissous le pacte de Varsovie, la Russie a cessé de constituer une menace pour les peuples occidentaux. Moi et mes camarades, nous sommes devenus complètement anti-OTAN. Parce que cette organisation était devenue offensive dirigée contre la Russie! »
    La Voix de la Russie. Quelle est votre appréciation de l’étape actuelle avec l’envoi de bâtiments de guerre, y compris français, dans la mer Noire ?
    Général Jean du Verdier. « Cette étape est très agressive vis-à-vis de la Russie sans qu’on puisse comprendre d’où est-ce que ça vient. Les Français sont russophiles, mais je pense qu’ils sont intoxiqués par les médias et ils sont méfiants vis-à-vis de Vladimir Poutine. Je pense que telle est la tendance générale.
    Je pense que l’agressivité de l’OTAN s’est révélée au moment de la Guerre du Golfe à laquelle la France a encore participé. C’était la première guerre contre l’Irak. Mais ensuite, en 1995, au moment de la deuxième guerre du Golfe, Chirac a eu une réaction un peu gaullienne et il n’a pas suivi.
    Et après il y a eu une intervention absolument inadmissible au Kosovo. L’OTAN était peut-être investie d’une mission de l’ONU, mais l’OTAN n’a pas été créée pour servir de gendarme au profit de l’ONU. Cette opération du Kosovo était prévue pour casser la Serbie, alliée des Russes aussi ! Historiquement ce pays a toujours été dans l’orbite russe. Alors cela a été peut-être fait pour rétablir l’ordre au Kosovo, mais évidemment il n’était même pas sûr qu’il y avait du désordre au Kosovo ! Mais cela a été aussi fait pour affaiblie les positions de la Russie dans les Balkans. »
    La Voix de la Russie. Comment voyez-vous la politique de Sarkozy qui faisait d’une main ce qu’il défaisait de l’autre avec cette intégration dans le dispositif militaire de l’OTAN et en même temps vente des Mistral aux Russes ? Que ferait-il s’il revenait au pouvoir ?
    Général Jean du Verdier. « Je pense que le retour à l’OTAN a été presqu’imposé pour la participation aux opérations comme celle du Kosovo. A partir du moment où l’on participait à des opérations de l’OTAN, on était déjà obligés de se soumettre aux procédures américaines et on n’en pouvait plus se dégager. Sarkozy a accepté le Kosovo et par ce fait même il a accepté de réintégrer l’OTAN ! Alors pourquoi l’OTAN se montre-t-elle tellement hostile à la Russie ? Cette question, je ne l’ai pas résolue. L’OTAN veut-elle encore affaiblir la Russie… Mais pourquoi ? C’est un élément d’équilibre dans le monde actuel et on n’a aucun intérêt à affaiblir la Russie ! La Russie nous protège sur le plan du Sud-Est contre l’immigration et toutes les menaces islamiques qui peuvent venir de ce côté-là ! La Russie est notre alliée naturelle ! Pourquoi être anti-russe ?
    Je crois qu’il y a une espèce de souvenir de la Guerre Froide qui n’a plus sa raison d’être aujourd’hui. C’est des raisons idéologiques. La Russie est très rattachée à ses traditions et très attachée à sa religion depuis qu’elle est redevenue « Russie ». Et cela ne plaît pas aux idéologues actuels occidentaux. On sent un acharnement contre la Russie que l’on note dans les médias. C’est à l’origine de l’affaire de la Crimée, en particulier. On a interviewé des gens dans la rue qui croyaient que les Russes en Crimée avaient parfaitement raison. Il n’y a que des intellectuels comme BHL qui pensent autrement. Tous les gens que je rencontre autour de moi donnent raison aux Russes. Qu’avons-nous à faire en Crimée, en Ukraine et en Géorgie ? C’est que l’OTAN voulait s’installer en Géorgie, sur le plan Sud-Est de la Russie. »
    La Voix de la Russie. Quel est l’avenir de l’OTAN ?
    Jean du Verdier. « Les liens économiques de la France et de la Russie se développent. La France qui a été le 20ème exportateur en direction de la Russie, est devenue le troisième ! Il y a eu aussi la commande par les Russes des deux bâtiments "Mistral ». On avait l’impression d’aller dans le sens du rapprochement avec la Russie.
    Et maintenant à cause de cette affaire de la Crimée les anti-russes sont en train de nuire aux relations. Mais on constate quand même que l’Europe au fond n’a pas suivi les Américains. Quand Obama est passé, on lui a fait beaucoup de courbettes, mais on n’a pas suivi. Les Anglais et les Français ont dit oui du bout des lèvres, mais ils n’ont pas suivi ! Et cela fait une faiblesse de l’OTAN. »
    La Voix de la Russie. Que pensez-vous de la possibilité de la création de forces armées européennes sans implication américaine, sur la base de la brigade franco-allemande ?
    Général Jean du Verdier. « Je pense que cela serait tout à fait souhaitable ! Mais en revanche, il y a une dizaine d’années l’OTAN a créé une force d’intervention pour intervenir rapidement sur les théâtres où les Américains voulaient faire quelque chose… Alors voilà ce que je vous dis : je serai tout à fait favorable au développement d’une force européenne mais elle sera encore équipée avec du matériel américain. Les Allemands ont des avions américains. Il n’y a que les Français qui ont des avions français ! Il y aura toujours une dépendance parce que l’on n’a jamais réussi à se dégager de l’emprise de l’industrie américaine. Ils ont tout fait pour bloquer le développement des Rafales et pour nous empêcher de devenir indépendants. L’avion de transport militaire est une réussite européenne mais pour les avions de combat c’est du matériel américain !
    En Ukraine on a essayé de dresser les Ukrainiens contre la Russie. On leur a fait miroiter l’adhésion à l’Europe ; mais on n’a aucun intérêt. Leur économie est dans une telle situation qu’ils ne peuvent rien attendre de l’Europe ! Mais on essaie de les détacher de la Russie. L’Ukraine, elle, faisait partie de l’ensemble russe ! Pourquoi l’Ukraine est-elle devenue un Etat indépendant ? Parce qu’au moment de la Conférence de Yalta, Roosevelt était arrivé avec son projet de création de l’ONU… Staline, à l’époque, a dit oui mais à condition que l’Ukraine et la Biélorussie soient considérés comme des Etats à part entière parce que cela lui donnait deux voix de plus à l’ONU ! Et c’est pour ça qu’à l’époque on a créé la fiction d’une Ukraine- Etat indépendant. Au moment de la dislocation de l’URSS on a dit que l’Ukraine était vraiment indépendante. Et c’est pour cela que l’Ukraine fut séparée de la Russie, à la suite de la Conférence de Yalta. »
    La Voix de la Russie. Est-ce qu’il y a une chance que la France quitte l’OTAN ?
    Général Jean du Verdier. « Les rapports avec l’OTAN n’étaient jamais stables. Pour le moment ce détachement de l’OTAN, je ne le vois même pas pointer. Je crois que c’est plutôt le contraire qui est en train de se passer.
    Maintenant sur le plan de la politique internationale, je voudrais aussi noter qu’il y a l’analogie entre la politique de Vladimir Poutine et Karl Schmidt qui a développé l’idée des grands ensembles indépendants les uns des autres et n’intervenant pas les uns par rapport aux autres. Selon cette théorie, la Russie a le contrôle de tous les pays qui l’entourent. Je pense que c’est un point de vue qui est pacifique.
    Il existe quelques grands ensembles qui sont chacun indépendants les uns des autres, mais à l’heure actuelle on est en train d’intervenir dans l’espace russe. Quand on se mêle des affaires en Géorgie, on entre dans l’espace naturellement contrôlé par la Russie ! Donc c’est agressif. Poutine, lui, n’a jamais manifesté d’intention vis-à-vis de l’espace européen ou américain ! Il ne réclame que de contrôler l’espace autour de lui. Ce n’est pas agressif ! Il est normal que la Russie veuille se défendre. La Russie est un pays-martyr depuis les Mongols et les invasions des Polonais, Napoléon et les Allemands ! Elle n’a jamais agressé personne ! Mais elle a toujours été agressée ! Il est normal qu’il se développe au sein de la société russe une volonté de garantir sa sécurité et créer ce glacis autour de son territoire ! Je maintiens que la Russie est un pays-victime! »

    Alexandre Artamonov

    Source : http://french.ruvr.ru/radio_broadcast/67041912/271196745/

    http://www.voxnr.com/cc/etranger/EFAZyAEuuupgusGrwW.shtml