Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

entretiens et videos - Page 905

  • Accord de libre échange transatlantique : les Européens ont la mémoire et la vue courte en croyant aux promesses d’amitié d’Obama

    Obama se rend en Belgique pour un discours sur les relations transatlantiques, dont le traité est de plus en plus critiqué. Et pour cause : il est loin d’assurer une vraie protection et l’Europe a davantage tendance à être lésée.
    ALENA : Accord de libre échange nord-américain. Ce traité, devenant pour l’Europe le TTIP (Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement) dont il est le laboratoire, est entré en vigueur le 1er janvier 1994. Il a créé une zone de libre-échange entre les Etats-Unis, le Canada et le Mexique et a notablement favorisé les exportations canadiennes et mexicaines vers les Etats-Unis, mais la crise économique 2008-2010 les ont fait chuter. Confronté à l’opposition de groupes altermondialistes, ALENA a fait l’objet de nombreuses critiques : dépendance économique du Mexique vis-à-vis des Etats-Unis, agriculture dévastée, effets négatifs des envois de fonds, délocalisations d’emplois…
    Elargir ce type de traité à l’Europe soulève plusieurs questions auxquelles Christian Harbulot répond ci-après dans un article publié par Atlantico.fr et qui nous est communiqué par un de nos correspondants.
    Polémia
    Atlantico : Barack Obama passera la journée du 26 mars en Belgique, à l’occasion d’une rencontre politique avec l’Union européenne. L’unique discours que devrait donner le Président américain concerne les relations transatlantiques. Le traité transatlantique est supposé induire une harmonisation progressive des normes en vigueurs, mais fait l’objet de vives critiques. Pourquoi ? Dans quelle mesure peut-il représenter un danger pour l’Europe ?
     Christian Harbulot : Le traité transatlantique représente un danger pour l’Europe, dans la mesure où le système qui est appliqué dans le cadre de l’ALENA (qui peut apparaitre comme un laboratoire qui sera transposé ensuite dans le cadre européen) est un système qui, de fait, favorise les Etats-Unis. Pour des raisons tant juridiques et financières que normatives. Il faut comprendre que les Etats-Unis se sont préparés à ce type de système et qu’ils sont dominants dans l’application de ces trois types de sujets. Arrêtons-nous un instant sur cet aspect juridique, dont on parle malheureusement trop peu. Il y a là une dimension stratégique du droit, qui s’explique par la taille critique prise par les cabinets anglo-saxons. En France, en 30 ans, ces cabinets sont passés de 15% à plus de 80% des parts de marché. Ces cabinets ont une attitude qu’on peut qualifier d’ambigüe, en cela qu’ils ont une attitude particulièrement critique face aux mesures protectionnistes, voire défensives, que pourraient prendre un pays comme la France (on l’a vu dans le cadre des OPA de l’affaire Florange), tandis que ces mêmes cabinets ne formulent aucune critique à l’égard de mesures similaires, si pas plus protectionnistes encore quand elles ont lieu aux Etats-Unis. Cette ambiguïté est parfois traduit comme une forme d’hypocrisie par certains.
    Prenons aussi l’exemple du tribunal arbitral, présenté comme un risque un peu générique et qui devraient profiter plus aux entreprises qu’à l’intérêt général. Dans les faits, le problème est plus compliqué et ne se limite pas au simple problème entreprise-état. Quand on a bien étudié le fonctionnement de l’ALENA, on réalise que les Etats-Unis font jouer cette masse critique, qu’ils ont bâtie pour défendre leurs intérêts. Autant ceux de firmes multinationales que ceux du système Nord-Américain, au dépend de celui des autres, comme dans le cas du Canada et du Mexique. Il faut craindre une organisation semblable des rapports entre les Etats-Unis et l’Europe.
    Nous Français avons pris l’habitude, en termes de défense des intérêts français, de nous focaliser sur certains dossiers, comme celui de la politique agricole commune. Parce que nous nous focalisons sur ces dossiers, nous en abandonnons d’autres, et pire encore, nous n’anticipons pas sur les dossiers majeurs. Quelle anticipation sur ce monde immatériel, en émergence ? Aucune. Pour la première fois de l’histoire de l’humanité, on va travailler non plus sur un mais sur deux mondes. Il y a les enjeux de l’économie numérique, de celle de la connaissance. Pour l’heure, il y a un déficit très fort de définition de la stratégie qu’un état comme la France devrait avoir, d’abord pour la France et ensuite au sein du débat européen. C’est là que se situe le déficit, dans le sens où les Etats-Unis ont déjà noué certains contacts dans les zones privilégiées (nord de l’Europe, certains pays de l’Est), qui visent à asseoir leur influence. Il n’y a pas nécessairement harmonie, ou même similitude d’intérêt au sein de l’Union Européenne.
    Face à ce danger, comment réagissent les états membres ? Finalement, à qui la faute ? S’agit-il des Etats-Unis qui ne jouent pas franc-jeu, ou bien des membres de l’UE qui n’ont pas de vision politique et stratégique suffisante ? Comment est-ce que cela peut profiter aux USA ?
    Il y a effectivement un double langage du côté des Etats-Unis. D’une part, pour faciliter ce marché transatlantique, ils souhaitent effectivement plus de liens et des liens plus ouverts. D’autre part, ils ne veulent pas perdre leurs avantages acquis ; comme le small business act qui ne rejoindra certainement pas la corbeille de la mariée. Ils feront très attention à préserver un certain nombre de dispositions, qui sont en fait de nature protectionniste.
    Dans le même temps, le problème vient également du fait que nous n’avons pas une position unitaire, en Europe. Chacun va défendre ses propres intérêts et on voit bien certaines divergences qui affectent certains états. La question se pose : comment négocier avec un état qui, lui, a une vision unitaire comme les Etats-Unis, alors qu’en face, nous arrivons en ordre dispersé ? Il n’est pas possible de négocier à part égale, et dès lors il n’est pas non plus possible de tirer notre épingle du jeu.
    Une des questions vitales, c’est de se mobiliser à la hauteur des enjeux. La gouvernance internet est un enjeu stratégique, pas un débat technique. Je crains que, pour l’instant, notre ministre des affaires étrangères n’ait pas pris la mesure de cet enjeu stratégique. Si Laurent Fabius en prend la mesure, il doit se rendre à Ryo, en personne. Et s’il s’y rend, il faut qu’il dise des choses pertinentes : sur cette question, cela signifie que l’Europe et la France doivent tenir compte des contrecoups de l’affaire Snowden et défendre une position face aux Etats-Unis qui ne soit pas une position suiviste. L’Europe doit récupérer son autonomie stratégique.
    Les Etats-Unis ont tout intérêt à signer un traité qui soit le plus linéaire possible, soit un traité qui ne fasse ressortir que des questions d’ordre technique. Un traité transatlantique dans lequel on aborde des questions d’ordre stratégique sous l’angle technique entrainerait un déséquilibre favorable aux USA. Il est clair que nous perdrions du terrain, et pas seulement en termes de marchés : sur des questions essentielles comme la définition de l’intérêt général, ou de rapport aux modes de vies. Nous n’avons pas du tout la même approche que les Etats-Unis sur le rapport entre l’agroalimentaire et la santé publique. Il y a en Europe des critères différents. Ça n’est pas pour autant le type de contradiction qu’on pourrait faire ressortir lors des négociations. Il est même possible, via l’approche technique, qu’on cherche à les lisser, de façon à pouvoir faire passer ces différences comme de simples approches normatives différentes.
    Qu’en est-il des protections annoncées dans le traité ? Barack Obama se fait-il véritablement le blanc chevalier protecteur des marchés et de l’échange Européen ? Le constat brossé est résolument sombre, mais n’avons-nous rien à y gagner ?
    La seule chose que nous avons à gagner à cette entente, c’est une alliance entre Etats-Unis et Europe, face à la Chine. Et sur ce terrain-là, les USA ont compris qu’ils avaient besoin d’un traité transatlantique pour ne pas être laminés par la Chine. Il faudra donc être attentif à ce qui sera négocié, puisque le véritable enjeu se porte contre la menace économique que représente la Chine. Là, effectivement, on peut gagner un certain nombre de choses. Il est très important d’imposer à la Chine des règles qu’elle ne respecte pas forcément. Il n’est pas normal que la Chine continue à laisser contrefaire des produits comme les médicaments (avec tous les risques qui y sont inhérents), ou la contrefaçon de marques de luxe. C’est une nécessité absolue que de les obliger à respecter ces principes. Ce traité pourrait nous aider à, au moins, les amener à un autre type de rapport de force que celui qui prévaut en ce moment.
    Quels sont les moyens dont nous disposons aujourd’hui pour nous protéger de ce traité ? Et, à termes, qui va devoir en payer les frais ?
    Une des manières de ne pas être pénalisé par ce traité sommeille dans les forces de la société civile, qui doivent jouer un rôle de lanceur d’alerte. Pas comme les ONG type Greenpeace : il faut que la société civile s’exprime sur des problématiques où elle est légitime. Dans l’économie de la connaissance, sur les normes éducatives… Il est vital que nous ne soyons pas aussi démunis qu’aujourd’hui. L’Europe doit pouvoir défendre des intérêts précis : la CNIL ne suffit pas face à ce genre d’enjeu. L’Europe devrait développer son propre réseau internet. Il faut s’emparer de ce sujet du monde immatériel, comme on a pu le faire à propos des voies maritimes par le passé. C’est aussi important, et pour l’instant nous n’y avons pas accès. Au travers des sociétés civiles, on pourra passer outre le déficit des politiques et des entreprises pour rendre les états légitimes à porter ces sujets.
    Il est évident, également, qu’une Europe incapable de faire en sorte qu’il y ait un changement nous coûtera cher à nous, contribuable. Qu’il s’agisse de l’éducation de nos enfants, de la notion d’e-commerce ou même d’échange marchands dans ce monde immatériel. Si nous ne réfléchissons pas à ça, c’est notre indépendance qui est mis en danger.
     Christian Harbulot, 26/03/2014
    Source : Atlantico.fr
    Christian Harbulot est historien, politologue et expert international en intelligence économique. Directeur associé du cabinet Spin Partners, il est également directeur de l’Ecole de Guerre Economique, membre fondateur du nouvel Institut de l’intelligence économique. Il est l’auteur de La guerre économique (PUF, Que sais-je ?, 2010).Correspondance Polémia – 30/03/2014
    http://www.polemia.com/accord-de-libre-echange-transatlantique-les-europeens-ont-la-memoire-et-la-vue-courte-en-croyant-aux-promesses-damitie-dobama/

  • Le nouveau capitalisme criminel

    Entretien avec Jean-François Gayraud réalisé par Pierre Verluise
    Jean-François Gayraud est haut fonctionnaire de la police nationale. Il a publié Le nouveau capitalisme criminel, Le Monde des mafias. Géopolitique du crime organisé, Showbiz, people et corruption, La Grande Fraude. Crime, subprimes et crises financières et Géo-stratégie du crime (avec François Thual). P. Verluise est Directeur du Diploweb.com.
    Géopolitique du capitalisme criminel. Le Commissaire divisionnaire Jean-François Gayraud vient de publier un ouvrage remarquable : "Le nouveau capitalisme criminel. Crises financières, narcobanques, trading de haute fréquence", aux éditions Odile Jacob. Il répond aux questions de Pierre Verluise, Directeur du Diploweb.com.
    Pierre Verluise : Quelle est la part de la criminalité dans la crise financière de 2007-2008 ?
    Jean-François Gayraud : Pour comprendre ce qui s’est produit en 2008 avec la crise des subprimes, il faut d’abord diagnostiquer le contexte global. Quel est-il ? Le capitalisme s’est profondément ré-agencé à partir des années 1980, aux Etats-Unis et ailleurs, à partir d’une doxa néo libérale. Le nouveau visage du capitalisme comporte depuis des dynamiques et des vulnérabilités aux comportements criminels particulièrement fortes. Ce capitalisme est devenu excessivement dérégulé, mondialisé et financiarisé. Ces trois caractéristiques font que ce capitalisme est désormais criminogène : il recèle des incitations et des opportunités aux fraudes d’une intensité nouvelle. La crise financière s’est déclenchée aux Etats-Unis à partir d’un petit secteur financier : le marché de l’immobilier hypothécaire. La bulle immobilière fut en partie gonflée par des pratiques de crédit totalement frauduleuses ; des centaines de milliers de prêts furent perclus d’infractions toutes simples : faux en écriture, abus de confiance, escroqueries, abus de faiblesse, etc. Par le biais du mécanisme de la titrisation et d’agences de notation complaisantes ou franchement malhonnêtes, ces fraudes se sont retrouvées dans les fameux « produits financiers innovants » vendus sans devoir de précaution et de conseil sur les marchés à Wall Street. La bulle boursière s’est ainsi à son tour formée à partir de véritables fraudes. C’est pourquoi la crise des subprimes peut être rebaptisée sans exagération de crise des subcrimes . L’analyse criminologique que je propose ne relève donc pas de la métaphore facile par laquelle « fraude » serait simplement le synonyme de « prédation ». Il s’agit de vrais crimes, mais qui n’ont pas reçu de décantations judiciaires sérieuses ! D’ailleurs, le rapport de la grande commission d’enquête du Sénat des Etats-Unis (FCIC) qui est venu ensuite autopsier cette crise utilise le mot « fraude » 147 fois ! Est-ce vraiment un hasard ? J’ai analysé la crise des subprimes sous cet éclairage criminologique dans La grande fraude (Odile Jacob) en 2011. Et je me livre dans Le nouveau capitalisme criminel (Odile Jacob, 2014) à un exercice similaire pour d’autres crises financières issues de la dérégulation : Japon, Mexique, Albanie, etc.
    Pierre Verluise : Votre approche est innovante, me semble t-il ?
    Jean-François Gayraud : Je tente depuis ces dernières années de donner corps à une véritable « géopolitique et géo économie du crime ». Je souhaite que la criminologie sorte d’une certaine torpeur, d’un certain vase clos, afin qu’elle prenne le grand air de la modernité et des grands espaces de la mondialisation. Le crime est désormais une réalité centrale de la modernité et non une marge folklorique. Dans Le nouveau capitalisme criminel, j’entreprends à nouveau d’éclairer des phénomènes de niveau macro économique, en l’occurrence ici des crises financières, avec la lumière criminologique. Je ne sous estime pas combien une telle entreprise peut se heurter à de multiples objections, en particulier en France où la réflexion sur le crime est monopolisée par une sociologie criminelle misérabiliste, obsédée par la « culture de l’excuse » et qui ne sait même plus lever la tête pour s’intéresser aux crimes élitistes : ceux des élites légales mais aussi ceux des élites du crime. Les cloisonnements disciplinaires traditionnels dans les milieux académiques et un positivisme un peu étroit consubstantiel à la pensée économique font que le crime est rarement invité dans la réflexion globale. C’est à mon sens un oubli mortifère car on s’interdit de porter un diagnostic juste sur certaines pathologies issues de la modernité post guerre froide.
    Pierre Verluise : Depuis la crise, la régulation a-t-elle vraiment progressé ?
    Jean-François Gayraud : Non. Toutes les lois votées sont purement cosmétiques. Elles n’ont pas su ou pas pu toucher à l’architecture et à l’économie du système financier international, en particulier dans ce qu’il a de plus déviant et criminogène.
    Les modifications apportées ne relèvent pas du changement de cap. Les législateurs européens et américains se sont contentés de rajouter des canots de sauvetage autour du Titanic. Canots qui bien évidemment ne profiteront qu’aux premières classes lors de la prochaine crises financière. Ce qu’il faut comprendre, c’est que, d’une certaine manière, il n’y a jamais de « crise financière » stricto sensu ; il n’y a que des crises politiques : il faut en effet interroger les dispositifs normatifs et les politiques publiques qui en amont mettent en place des systèmes aussi dérégulés et criminogènes. Et à ce stade du raisonnement il convient alors de comprendre comment sont votées les lois de dérégulation et comment se font les élections ? D’où vient l’argent des campagnes électorales et quel est le poids du lobby de la finance ? Les principes mortifères issus du fameux « consensus de Washington » ne tombent pas de la planète Mars ! La finance impose désormais un rapport de force – feutré en apparence mais violent en coulisse - aux pouvoirs politiques contemporains. Nombre d’Etats sont littéralement « capturés » par les puissances financières. Et ce phénomène ne touche pas que les seuls « paradis fiscaux et bancaires » ! Le phénomène est central aux Etats-Unis. Par exemple, qui est le premier employeur en France des inspecteurs des finances ? Bercy ou les quatre grandes banques universelles qui font habituellement notre fierté ? Cela crée sans nul doute possible, de manière mécanique, de subtiles convergences de vues aux conséquences profondes....
    Pierre Verluise : Pourquoi le trading de haute fréquence pourrait-il provoquer de nouveaux effondrements partiels ou systémiques ?
    Jean-François Gayraud : Sans débat public, à bas bruit, les marchés financiers fonctionnent depuis une vingtaine d’années autour d’ordinateurs et d’algorithmes surpuissants, dans un monde plus proche des romans de Philipp K. Dick que des récits balzaciens. A la très grande vitesse de la nanoseconde, des centaines de milliers de transactions irriguent en continu les plate formes boursières dispersées sur toute la planète. Or cette équation "très grands volumes" et "très grande vitesse" produit de l’invisibilité sur les marchés ; une invisibilité telle que les régulateurs en charge de la police des marchés sont devenus quasi aveugles. Le THF n’est pas qu’un outil ; ou plus précisément, comme tous les outils, il n’est pas neutre. Comme toute technique, quelqu’en soit l’utilisation bonne ou mauvaise, elle transforme profondément tant l’architecture que le fonctionnement des marchés financier contemporains. Les très grandes banques et les fonds spéculatifs, qui sont les acteurs centraux du "THF", expliquent que cette technique est utile et saine. On ne peut que douter, me semble t-il, de l’utilité sociale de cet outil, mais c’est un débat macro-économique hors de mon coeur de sujet. En revanche, le "THF" pose trois séries de problèmes relevant clairement de la sécurité nationale. Et ces trois questionnements ne sont jamais exposés. D’abord, l’outil du "THF" ne peut que développer les fraudes financières à grande échelle : leur invisibilité matérielle et intellectuelle risque en effet d’être un encouragement permanent aux mauvaises pratiques et pour les mauvais acteurs. Ensuite, pour sortir du cadre pénal, on peut s’interroger sur l’économie même de cette technique : n’a-t-on pas légalisé le délit d’initié, encouragé la concurrence déloyale et institutionnalisé la spéculation criminelle ? Enfin, on sait que les marchés financiers fonctionnant avec le "THF" subissent des tensions constantes ; déjà, des effondrements se produisent régulièrement : parviendra-t-on à contenir les suivants ?
    Pierre Verluise : Pourquoi, à ce jour, la lutte contre l’argent sale reste-t-elle un échec flagrant ?
    Jean-François Gayraud : Les Etats ne parviennent à capter que moins de 1% de l’argent sale. Pourquoi ne le dit-on pas ? Pourquoi une telle omerta ? J’essaye de détailler les causes profondes, structurelles, de cet échec, au delà des petites explications ponctuelles et techniciennes que l’on nous assène en général. Il y a me semble t-il trois raisons majeures que je ne vais ici qu’effleurer. L’une est temporelle et historique : ce combat est très récent ; il n’a vraiment pris une certaine consistance que depuis la fin des années 1990. La deuxième est plus géopolitique : l’existence de dizaines d’Etats pirates à travers le monde, de type paradis fiscaux et bancaires, qui constituent autant de trous noirs permanents dans la raquette de la régulation et du contrôle. Enfin, il y a une causalité relevant du droit : nous autorisons ou laissons se développer les instruments juridico financiers d’opacification et d’anonymisation de la propriété du capital que sont par exemple les trusts et autres fiducies.
    La question du blanchiment d’argent est centrale car l’argent recyclé dans l’économie légale permet au crime non seulement de jouir de ses profits mal acquis, mais surtout d’acquérir des parts de l’économie et de la finance légales ; et par conséquent de se doter face aux pouvoirs élus d’une position haute. Contrairement à ce que nous assène la doxa libérale dans sa version la plus fondamentaliste, l’argent du crime n’est jamais neutre : il est faux de considérer que Pecunia non olet. En se blanchissant d’un point de vue formel, en se légalisant, l’argent du crime vient griser voire noircir les institutions légales, quelles soient politique, économiques ou financières. C’est tout le biotope démocratique qui en est bouleversé. Ce qui semble se blanchir noircit en réalité notre monde légal. Ces transformations invisibles sont comme toujours les plus profondes et les plus durables, donc les plus dangereuses.
    Source : Diploweb : http://www.diploweb.com/Le-nouveau-capitalisme-criminel.html
    Jean-François Gayraud, Le nouveau capitalisme criminel. Crises financières, narcobanques, trading de haute fréquence, aux éditions Odile Jacob, 2014, 368 pages. ISBN : 9782738130723
    Financiarisé, mondialisé et dérégulé à l’excès, le capitalisme n’est-il pas devenu criminogène, tant il offre désormais d’opportunités et d’incitations aux déviances frauduleuses ?
    C’est ce qu’indique la dimension criminelle qu’ont prise certaines crises financières, au Japon, en Albanie, en Espagne ou encore au Mexique et en Colombie. C’est ce qu’implique l’extension du trading de haute fréquence, qui permet de négocier à la nanoseconde des milliers d’ordres de Bourse. Et c’est enfin ce qu’induit le blanchiment d’argent sale à travers les narcobanques.
    Éclairant toujours plus profondément la géo-économie et la géopolitique du crime organisé, Jean-François Gayraud montre ici que, sur les marchés financiers, le crime est parfois si systématique qu’il en devient systémique dans ses effets. De curieuses coopérations et hybridations se nouent ainsi entre criminels en col blanc, gangsters traditionnels et hommes politiques corrompus.
    Il s’interroge aussi sur le devenir de la finance : portée par sa seule volonté de puissance, par-delà le bien et le mal, n’est-elle pas en train de s’affranchir de la souveraineté des États ? Dès lors, face à des puissances financières aux arcanes si sombres, quelle liberté reste-t-il ?
    Voir sur le site des éditions Odile Jacob : http://www.odilejacob.fr/
    http://www.voxnr.com/cc/dt_autres/EFAyEuZyZVUhTjTUYd.shtml

  • Isabelle des Antigones: « Les mois et les années à venir verront certainement une diversification progressive de nos actions »

    antigones-300x182.jpgOn parle beaucoup des mouvements féministes et pourtant depuis un peu plus d’un an, un mouvement féminin, sortant du schéma habituel, a fait son apparition sous le nom des Antigones.  Souvent discrédité par les grands médias traditionnels, il tente cependant de proposer une autre voie, basée sur la réflexion et l’action. Isabelle, une membre des Antigones, a bien voulu répondre à nos questions…

    1) Antigones, c’est un nom original, pourquoi l’avoir choisi ?

                Le nom d’Antigones a été choisi pour le symbole qu’il représente : l’héroïne de Sophocle incarne la résistance aux lois positives injustes, en vertu de lois non écrites qui renvoient à une transcendance, et dépassent les contingences de la vie politique d’un lieu et d’un jour. Aujourd’hui, nous nous élevons contre les dérives idéologiques de la vie politique occidentale – on peut penser par exemple aux différentes idéologies du genre, dans l’actualité récente – et souhaitons refonder les débats sur l’homme et la femme dans une anthropologie respectueuse de la nature, du passé et du sacré.

    2) On vous oppose souvent aux Femen à qui vous avez déclaré la guerre, en quoi vous différenciez-vous ? Comptez-vous élargir votre champ d’action ?

                Nous n’avons pas « déclaré la guerre » à Femen, mais notre rassemblement est parti en effet d’une confrontation avec ce groupuscule « sextrémiste ». Iseul Turan, l’initiatrice de notre rassemblement, avait été interpellée et choquée par les actions des Femen. Elle a voulu les comprendre de l’intérieur, les a infiltrées, et a été profondément choquée par les pratiques dont elle a été témoin, la façon dont les militantes étaient traitées, l’idéologie régnante et l’absence de réflexion. Antigones est en partie le fruit de cette expérience : Femen impose à ses membres une idéologie préexistante – nous n’avons pas d’idéologie toute faite, mais construisons ensemble, jour après jour, une réflexion qui se veut au plus près de la vérité. Femen impose son idéologie par la violence et par l’insulte – nous voulons agir dans le dialogue et le respect. Femen prône la guerre des sexes – nous voulons repenser la complémentarité entre l’homme et la femme. Femen profane tout ce qui est sacré – notre discours est ouvert sur le religieux et sur la sacralité. Femen détruit – nous construisons, nous tissons jour après jour nos réflexions, nous voulons élaborer des solutions concrètes et positives pour les femmes. On pourrait multiplier encore ces effets de symétrie inversée.

    Lire la suite

  • « Enquête sur la droite en France Flavien Bertran de Balanda : Se préoccuper du seul intérêt national hors de toute vision partisane »

    Ecrivain, essayiste, journaliste, enseignant-chercheur (Centre de Recherches sur l'Histoire du XIXe siècle, Universités Paris l/Paris IV-Sorbonne), Flavien-Alexandre Bertran de Balanda de Falguière est spécialiste des idées contre-révolutionnaires, et en particulier de Louis de Bonald, à qui il a consacré plusieurs ouvrages et travaux (1).
    Monde et Vie : Les notions politiques de gauche et de droite vous paraissent-elles encore avoir un sens aujourd'hui, ou sont-elles dépassées ? Se différencient-elles ?
    Flavien Bertran de Balanda : Nous connaissons tous l'origine révolutionnaire de ces termes, liés à la géographie des députés de la Constituante. Ils ont donc été forgés dans un contexte précis, rapidement bouleversé, mais auquel ils ont survécu. Par ailleurs, on peut considérer qu'ils ne sont opérants que dans le cadre d'un régime parlementaire, où le principe de bipolarité est inévitable. Du reste, gauche et droite gardent s longtemps une définition assez simpliste, l'une est l'héritière de 89, l'autre demeure synonyme de monarchisme. C'est à la fin du XIXe siècle, avec la consolidation de la IIIe République qui suit l'épisode équivoque de l'« ordre moral » (Broglie, Mac-Mahon), que se crée une droite sinon franchement républicaine, du moins non monarchiste, avec l'échec du comte de Cham-bord et surtout l'apparition du nationalisme et des premières ligues.
    Rappelons que la jeune Action Française n'était pas le moins du monde royaliste. Quant au bonapartisme, qui n'était depuis 1815 qu'une fidélité à l'Empereur mais ne se définit comme idéologie que sous le Second Empire, je ne le considère pas, contrairement à René Rémond, comme une « troisième droite » : son aspect autocratique est largement contrebalancé par ses composantes sociales et méritocratiques. La Libération, enfin, a contraint la droite à se redéfinir face au passé vichyssois, séparant d'un fossé infranchissable droite démocrate et droite dite « extrême », laquelle s'est à son tour recomposée avec la guerre d'Algérie en opposition au gaullisme.
    Depuis la fin du règne mitterrandien, est apparu cependant dans l'opinion un scepticisme croissant quant à la pertinence du clivage binaire, lié à une méfiance envers un personnel politique de plus en plus perçu comme une caste d'énarques corrompus et complices, dont les divergences de façade masqueraient des intérêts et des réseaux de manipulation communs, image en permanence entretenue par une extrême gauche et une extrême droite minoritaires se présentant comme les seules véritables forces d'opposition au système. La solidarité électorale improvisée en 2002 suite aux résultats du premier tour a en quelque sorte confirmé cette idée.
    Cependant, on peut se demander si la présidence de François Hollande n'a pas ravivé cette dichotomie un temps estompée en soulevant des problèmes de société qui devaient inévitablement susciter des prises de positions radicales en fonction de visions du monde opposées. Le débat sur le mariage homosexuel, qui s'élargit aujourd'hui à la question du genre, semble avoir opéré un clivage entre deux France. Mais, de façon inédite, ce dernier est né spontanément de l'opinion, et non de directives politiciennes.
    Vous avez consacré plusieurs ouvrages à Louis de Bonald, qui fut sous la Restauration le principal théoricien du parti ultra et représentait le courant légitimiste que René Rémond, dans sa typologie d'ailleurs sommaire, classait parmi les trois grandes familles des droites, avec l'orléanisme et le bonapartisme. Que reste-t-il aujourd'hui du légitimisme ? Si affaibli soit-il, a-t-il laissé un héritage et des héritiers ?
    Définir le légitimisme implique un choix intellectuel. Au sens strict, la fidélité à la branche aînée des Bourbons demeure une position politique très marginale et souvent dépourvue d'engagement militant, d'autant qu'un nombre croissant de légitimistes s'interrogent quant à la motivation de leur prétendant à prendre le trône. Dans un sens plus large inspiré de René Rémond, même si de nombreux historiens considèrent sa tripartition comme obsolète, il s'agirait davantage d'une posture intellectuelle héritée en effet de l’ultracisme né sous l'éphémère Chambre Introuvable. En ce cas, ce serait moins la droite nationale « officielle », ainsi que l'affirme Rémond, qui en serait l'héritière, qu'une nébuleuse plus vaste dont les mouvements ouvertement traditionalistes et contre-révolutionnaires ne sont qu'une composante.
    Enfin, rappelons qu'historiquement le légitimisme au sens strict n'est pas intrinsèquement hé à la droite, contrairement à l'orléanisme, plus monolithique dans son conservatisme bourgeois ; par réaction contre les valeurs de la Monarchie de Juillet, les légitimistes d'alors ont pu avoir des préoccupations sociales marquées et des prises de position inattendues, en faveur par exemple du suffrage universel. Ce courant prendrait alors une nouvelle définition, celle du refus de l'ordre bourgeois au nom du primat de l'éthique, qui pourrait prendre un sens neuf dans un contexte de mondialisation et de consumérisme triomphant.
    Ce courant légitimiste peut-il apporter sa pierre aujourd'hui à la reconstruction politique des droites, si tant est qu'elle soit possible et souhaitable ?
    L'idée légitimiste part en effet d'une vision fédératrice du monarque, mais qui précisément, au nom d'une cohésion nationale retrouvée et du refus des querelles politiciennes, transcenderait et finalement abolirait les catégories de droite et de gauche. Le succès des conceptions dites de droite ne peut à mon sens se faire que si cette dernière opère un vaste travail de redéfinition identitaire, en cessant de se construire en réaction par rapport à la gauche (j'emploie le terme réaction à dessein, au sens propre comme au sens figuré) pour se préoccuper du seul intérêt national hors de toute vision partisane.
    Par quoi remplacer la droite ?
    Il faudrait d'abord savoir si la droite accepterait d'être remplacée, voire tout simplement de se remettre en question !
    Propos recueillis par Eric Letty monde&vie du 18 mars 2014
    1. Bonald, la Réaction en action, éditions Prolégomènes, 2009, 304 p. Réédition Champ d'Azur, 2010.
    2. Louis de Bonald publiciste ultra, éditions Champ d'Azur, 2010,310 p.
    3. L’Histoire par la Littérature, éditions Champ d'Azur, 2010,112 p.

  • "Lorsque le FN est fort, le PS recule"

    Marine Le Pen est interrogée dans Le Figaro. Extraits :

    "La surprise est le retour du Front national dans des grandes villes, notamment Perpignan, Marseille, Metz, Lille, Strasbourg, Lyon. Ce retour est l'un des grands enseignements. Ensuite, j'observe que le Front national ramène des électeurs aux urnes puisque dans des villes où il est fort, l'abstention est moins importante qu'ailleurs. Le FN est aussi le mouvement capable de faire échouer le PS. À ce titre, le cas de Marseille est absolument emblématique. [...]

    Que ferez-vous au second tour? Quelles seront vos consignes face à d'éventuelles possibilités d'alliances?

    La règle générale est le maintien des candidats. Cela concernera l'immense majorité de ces 315 seconds tours car les électeurs du Front national votent Front national pour avoir des élus Front national. Je crois, d'ailleurs, que c'est ce que l'UMP n'a toujours pas compris. Pour le reste, il y aura peut-être quelques exceptions, mais nous ne sommes pas capables de le dire aujourd'hui. Attendez-vous à ce qu'il y en ait peu car ce seront des exceptions. Je n'ai jamais dit «jamais», et j'ai toujours envisagé cette possibilité de fusions de listes avec, pourquoi pas, quelqu'un qui quitterait par exemple l'UMP puisque qu'ils ont annoncé, à l'UMP, qu'ils les excluraient. Je ne parle évidemment que de situations où nous serions en tête. Il s'agit de faire le rassemblement autour de nous. Ce n'est pas nous qui allons fusionner avec une liste. Cela concerne des listes FN avec des candidats arrivés en tête.

    Craignez-vous le Front républicain du second tour?

    Il est mort. On ne peut donc pas craindre un mort. La pathétique déclaration de Monsieur Ayrault dimanche soir l'a démontré. Il n'y croyait pas lui-même. On aurait dit un disque rayé des années 80! C'était pitoyable. En réalité, il n'y a plus de Front républicain, et le PS le constatera sur le terrain car, évidemment, les candidats PS arrivés en troisième position, sauf à faire une croix sur toute présence au conseil municipal, ne se retireront pas.

    Quels sont les symboles les plus importants de ce premier tour?

    Le premier est Hénin-Beaumont. On n'a pas assez mesuré le caractère extraordinaire d'un Front national vainqueur dès le premier tour, quand on sait qu'il est si difficile de gagner lorsqu'on n'est pas sortant. C'est donc un résultat exceptionnel. Je peux citer aussi Marseille qui montre que, lorsque le FN est fort, le PS recule. Nous avions déjà fait cette démonstration à Hénin-Beaumont et dans l'ensemble du bassin minier du Pas-de-Calais. Ensuite, Perpignan, une ville de 120.000 habitants, incarne notre retour dans les grandes villes. Mais je pourrais encore citer Villers-Coterêt, Forbach… Notre percée dans l'Ouest, avec 17 % à Fougères, une présence au second tour à Laval, même à Nantes, une ville extrêmement difficile pour le FN où nous ratons le second tour à quelques centièmes."

    Michel Janva

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • Le féminisme : le grand destructeur

    Une interview du Dr. William L. Pierce
    Par Kevin Alfred Strom
    K.A.S. : Il y a un débat public continuel sur le rôle des femmes dans notre société et sur les sujets associés du sexisme et du féminisme. Un exemple en fut le tapage qui suivit la confirmation de la nomination de Clarence Thomas à la Cour Suprême. Les féministes et leur claque dans les médias clamèrent que cette confirmation était la preuve du «sexisme» rampant de l'Establishment politique américain. Le remède à ce problème supposé est d'avoir plus de femmes à des postes de pouvoir politique, d'après beaucoup de gens des médias.
    Un autre exemple fut le tumulte fait autour d'une fête bien arrosée il y a quelques années à Las Vegas pour des aviateurs de la Marine, où plusieurs femmes qui se la jouaient un peu furent «tripotées» -- en particulier une femme-aviateur qui se plaignit plus tard de ce traitement devant les médias. L'écho médiatique de la fête de Las Vegas provoqua de la part des porte-parole des médias et des politiciens des demandes pour éradiquer le «sexisme» dans les forces armées et donner aux femmes un rôle égal dans tous les domaines, de l'infanterie de combat aux pilotes d'avions de chasse. Voyez-vous vraiment un sens profond à ce débat ?
    W.L.P. : Oh, c'est certainement un débat important. Son importance n'est peut-être pas exactement celle que les porte-parole des médias voudraient nous faire croire qu'elle est, mais elle existe quand même. Pour trouver la vraie signification, pour la mettre en lumière afin que chacun puisse la voir et l'examiner, il faut néanmoins un peu d'attention. Il y a beaucoup de mauvaise information, beaucoup de tromperie délibérée dans ce débat.
    Prenons le premier exemple que vous avez mentionné. Les médias sous contrôle voudraient nous faire croire que l'approbation de Clarence Thomas par le Comité des Magistrats du Sénat face à la plainte d'Anita Hill démontre une complète insensibilité à la condition des femmes. Mais quels étaient les motifs de la plainte d'Anita Hill? Ils étaient que quand Thomas avait été son patron dans la Commission pour l'Egalité des Chances à l'Emploi, il lui avait demandé plusieurs fois un rendez-vous et qu'en une occasion il avait commencé à lui décrire un film porno qu'il avait vu la soirée d'avant. Elle n'a jamais prétendu qu'il lui avait demandé des faveurs sexuelles, ni qu'il l'avait menacée, ni mis ses mains sur elle. Le motif de sa plainte était qu'il avait montré un intérêt normal et sain pour elle en tant que femme. Il lui avait demandé un rendez-vous.
    Lui avoir parlé d'un film porno peut indiquer un certain manque de raffinement de sa part -- du moins ce serait le cas si tous deux étaient membres d'une société blanche traditionnelle, dans laquelle les gentlemen ne parlent pas de films porno en présence de dames, du moins pas pendant le travail -- mais où est le problème quand les gens qui font une telle histoire à cause du comportement de Thomas sont tous, comme Clarence et Anita eux-mêmes, membres de la brave société du Nouvel Ordre Mondial, qui n'est ni blanche ni traditionnelle. C'est une société dénommée «multiculturelle» dans laquelle il n'y a ni gentlemen ni dames; il y a seulement des mâles et des femelles, et les femelles ne sont pas différentes des mâles: elles sont tout aussi grossières, vulgaires et agressives.
    K.A.S. : Vous pensez donc que toute l'affaire n'était qu'une tempête dans un verre d'eau, que ça n'avait vraiment pas d'importance ?
    W.L.P. : Une tempête dans un verre d'eau, oui, mais tout de même très significative. Un aspect de ce cirque avec Clarence et Anita est qu'il a été simplement récupéré et utilisé par des gens ayant un certain programme politique, et donc bien sûr leur intention était de faire autant de bruit qu'ils le pouvaient avec ça. Mais un autre aspect est que beaucoup des féministes qui hurlaient contre Thomas et contre l'approbation du Sénat étaient en fait indignées que l'homme ait demandé un rendez-vous à Anita Hill. En fait elles étaient indignées qu'il ait montré un intérêt pour elle en tant que femme et qu'il ne l'ait pas traitée simplement comme n'importe quel autre juriste dans son service. Les hommes sont supposés ne pas regarder les femmes comme des femmes, mais seulement comme des gens, et les féministes radicales deviennent enragées si l'on oublie ce simulacre unisexe ne serait-ce qu'une minute. Tenez la porte à l'une d'entre elles et vous serez un sale voyeur; appelez-en une «ma chère» ou parlez-en comme d'une «fille» et vous serez poursuivi en justice.
    Le bruit fait au sujet de cette fête de la Tailhook Association à Las Vegas révèle la même sorte de folie. Je veux dire par là, à quoi pouvez-vous vous attendre quand une bande d'aviateurs de la Navy se livrent à une orgie sauvage et bien arrosée? Ils faisaient cette fête tapageuse à Las Vegas depuis plusieurs années, et leur petite fête avait acquis une certaine réputation. C'était notoire. Tout le monde dans l'aviation de la Navy était au courant. Les femmes de la Navy qui sont allées à cette fête savaient à quoi s'attendre. Elles se sont jointes à l'orgie. Toute femme qui ne voulait pas être tripotée par des aviateurs ivres et se faire baisser sa culotte pouvait rester en-dehors. Certainement, si ces aviateurs avaient attrapé des femmes passant dans la rue et les avaient forcées à subir ces indignités, je serais le premier à appeler à les sanctionner durement. J'irai plus loin et je dirai qu'en fait je désapprouve la soûlerie en toutes circonstances -- bien que je pense qu'il est réaliste d'accepter le fait que les beuveries font partie de la vie militaire. Mais je ne peux pas éprouver beaucoup de sympathie pour une femme qui, sachant à quoi ressemblent les fêtes du Tailhook, prétend qu'elle n'est pas vraiment une femme mais plutôt un aviateur asexué de la Navy et qui se rend donc à la fête du Tailhook sans s'inquiéter pour sa culotte.
    K.A.S. : C'est vraiment irrationnel, n'est-ce pas ? Cela n'a pas de sens d'ignorer ainsi la nature humaine.
    W.L.P. : L'irrationalité semble être la règle plutôt que l'exception dans les affaires publiques ces jours-ci. Le féminisme, bien sûr, n'est qu'une manière de nier la réalité, ce qui est devenu un passe-temps ordinaire. Il y a trop de gens ici qui croient que si nous prétendons que les hommes et les femmes sont semblables, ils le seront réellement; que si nous prétendons qu'il n'y a pas de différences entre les Noirs et les Blancs excepté la couleur de la peau, les différences disparaîtront; que si nous prétendons que l'homosexualité est une chose normale et saine, elle le sera.

    Le féminisme est l'une des aberrations les plus destructrices mises en avant par les médias aujourd'hui, parce qu'il a un effet immédiat sur la quasi-totalité d'entre nous. Il y a de nombreux secteurs de l'économie, par exemple, où le recrutement et la promotion sur quota racial -- la dénommée «discrimination positive» -- n'est pas un réel problème, et donc les Blancs qui travaillent dans ces secteurs restent relativement épargnés par les aspects raciaux de la dépression de l'Amérique, mais le féminisme se répand partout; il y a peu de relations entre hommes et femmes, particulièrement entre jeunes hommes et jeunes femmes, qui ne souffriront pas des effets du féminisme dans le futur proche.

    Lire la suite

  • L'influence de La Manif Pour Tous sur les politiques

    Journaliste au Figaro, Stéphane Kovacs suit La Manif pour tous depuis sa création. Elle décrypte, pour Figarovox, le poids que ce mouvement pourrait avoir sur les élections municipales. Extraits :

    "Afin de «contribuer à éclairer le choix des électeurs», le collectif a proposé aux candidats aux municipales de formaliser leur soutien à ses revendications en signant une charte. Près de 2000 personnes se sont ainsi engagées à réclamer l'abrogation de la loi Taubira, à soutenir - à la présidentielle et aux sénatoriales - des candidats qui s'opposeront à toute légalisation de la PMA et de la GPA pour les couples homosexuels et à exiger que soit reconnue légalement la liberté de conscience des maires. [...]

    Parmi les signataires, on compte 57 % de sans étiquettes, 20 % d'UMP-UDI-Modem, 19 % de FN et 4 % de divers. Quelque 600 têtes de liste et 43 parlementaires [...]. D'autres encore ont fini par accepter, mais en émettant certaines réserves. Il y a aussi ces candidats qui ont signé la charte alors que d'autres membres de leur liste militent pour le mariage pour tous… et ceux qui, tels les colistiers de «Rambouillet pour tous» se présentent contre des figures de l'opposition à la loi Taubira, comme le président du PCD Jean-Frédéric Poisson. De quoi déconcerter bien des électeurs! [...]

    Comment La Manif pour tous compte-t-elle exercer une influence sur les européennes et les échéances à venir (notamment les primaires à l'UMP)?

    Le collectif étudie un «renouvellement du dispositif en l'adaptant pour les prochains scrutins», et d'abord pour les élections européennes. «L'autre victoire des manifestations du 2 février, c'est le changement de l'attitude des députés européens de droite, fait valoir la Manif pour tous. Ils ont finalement voté contre le rapport Lunacek - qui présentait une «feuille de route» contre l'homophobie, NDLR- alors même qu'ils avaient voté pour en commission. Entre temps, il y avait eu la mobilisation du 2 février…». La Manif pour tous est également en train de travailler à l'élaboration d'un réseau européen d'associations partageant les mêmes idées. Quant à d'éventuelles listes LMPT pour les européennes, le collectif «laisse encore la porte ouverte»… [...]"

    Michel Janva

  • Nouvel esclavagisme : la criminalité internationale la plus méconnue

    Entretien avec Xavier Raufer
    Entretien réalisé par Nicolas Gauthier.
    On a coutume de dire que le premier employeur d’immigrés clandestins serait le MEDEF, mais quelle est la part du crime organisé dans cette affaire ?
    Doucement, les basses. Hors des contes de fées, rappelons qu’entre l’auteur d’un crime et celui à qui ce crime profite, le lien est tout sauf mécanique. Secundo, le MEDEF rassemble d’abord des entreprises grandes et moyennes, contrôlées de toutes parts – leur patron et leur DRH risquant la prison pour emploi de main-d’œuvre illicite. Enfin, nombre de ces affaires impliquent de petites entreprises, souvent créées par des immigrés, employant « en douce » des compatriotes.
    Au-delà, les trafics d’êtres humains sont vraiment la forme criminelle internationale la plus méconnue. À vrai dire, on ne sait quasiment rien. Migrants volontaires payant des passeurs pour gagner les pays riches… esclavage moderne… trafics sexuels multiples (prostitution de femmes, garçons et jeunes filles… « escortes » exotiques… personnel pour les vidéos porno, ou pour des « salons de massage »)… trafics sud-nord, ou sud-sud (esclavage agricole). Ajoutons-y des trafics d’organes eux-mêmes licites ou illicites – voire procédant d’homicides.
    Lire la suite

  • Parti du peuple...

     

    Les médias continuent de classer le Front national à droite ou à l’extrême droite de l’échiquier politique. Est-ce toujours pertinent ? D’ailleurs, cela l’a-t-il jamais été ?

    Alain de Benoist :  Le Front national est à l’origine un mouvement d’extrême droite qui s’est mué progressivement en mouvement national-populiste. Le populisme est un phénomène complexe, que les notions de droite et de gauche ne permettent pas d’analyser sérieusement. Non seulement le FN est aujourd’hui une force montante, qui touche les hommes aussi bien que les femmes et marque des points dans toutes les catégories d’âge ou professionnelles, mais il arrive maintenant en tête des intentions de vote aux élections européennes, loin devant le PS ou l’UMP, ce qui revient à dire qu’il est en passe de s’imposer comme le premier parti de France. Par ailleurs, Marine Le Pen est aux yeux de 46 % des Français la personnalité politique qui incarne le mieux l’opposition (sondage CSA/BFMTV). Comme l’a reconnu Jérôme Fourquet, directeur du département opinion de l’IFOP, « il n’y a plus désormais de sympathisants types du Front national ». Dès lors, son assignation à l’extrême droite relève d’une simple paresse intellectuelle ou d’une propagande qui ne vise qu’à le délégitimer (les deux n’étant pas incompatibles). Mais cette catégorisation n’est plus crédible aujourd’hui. Elle repose sur des arguments qui ont fait long feu.

    Un boulevard s’ouvre aujourd’hui devant le Front national, car il n’est pas de jour que les événements ne creusent encore un peu plus le fossé béant qui sépare désormais la Nouvelle classe et le peuple. Dans une telle situation, il n’est plus de « cordon sanitaire » ou de « front républicain » qui tienne. Pas plus qu'on ne fera croire aux Français qu'ils sont devenus « racistes » parce qu'un hebdomadaire a fait une comparaison déplorable qui diffamait stupidement nos amis les singes et les guenons.

    On dit que Marine Le Pen a « dédiabolisé » le Front. Il faudrait plutôt dire qu’elle s’est affirmée comme une véritable femme politique – j’entends par là quelqu’un qui a compris ce qu’est la politique : un moyen d’accéder au pouvoir, pas une façon de « témoigner » ou de rassembler une « famille ». C’est ce qui la distingue de son père, et plus encore du brave Bruno Gollnisch. Personnellement, je porte à son crédit d’être restée sourde aux piaillements des excités de tout poil, des anciens combattants des guerres perdues, des revenants de ceci ou de cela, des nostalgiques des régimes d’avant-hier et des époques révolues. C’est dans cette voie qu’elle doit persévérer si elle veut doter son mouvement de cadres dignes de ce nom.

    Marine Le Pen semble avoir opéré un virage « à gauche ». Certes, dans les années 80, son père se présentait comme le « Reagan français ». mais dès 1972, année de sa création, le Front National publiait un programme économique éminemment « social », voire « socialiste ». Gérard Longuet en fut l'un des principaux signataires. Alors, « virage » ou « retour aux sources » ?

    Alain de Benoist:  Quelle importance ? L’important est que ce tournant « à gauche » ait été pris. C’est dire que je ne suis pas de ceux qui, devant le programme économique et social du Front, parlent de « démagogie gauchiste ». Que le FN semble avoir compris que la priorité est de lutter contre l’emprise du système capitaliste libéral, contre la logique du marché, contre la globalisation libre-échangiste, contre la colonisation des imaginaires par les seules valeurs commerciales et marchandes, est d’une importance que je n’hésiterai pas à qualifier d’historique, après 40 ans « d'orléanisation » des milieux « nationaux ». C'est ce qui lui permet de toucher les classes populaires, les ouvriers, les artisans, les anciens communistes que scandalise le ralliement au système dominant des anciens révolutionnaires « repentis ».  

    Pour s’imposer définitivement, le FN doit en priorité liquider l’UMP. C’est la condition première pour que Marine Le Pen soit présente au deuxième tour en 2017. Notons que, de son côté, François Hollande a lui aussi tout intérêt à affronter Marine Le Pen à la prochaine présidentielle plutôt qu’un Sarkozy, un Fillon ou même un Copé. C’est donc là que les choses se joueront.

    Certains, souvent dans les milieux identitaires, reprochent à Marine Le Pen sa fibre jacobine. Est-ce aussi simple ? Est-ce aujourd’hui une priorité que d’aller chercher un clivage entre régionalistes et colbertistes ?

    Alain de Benoist  Européen et régionaliste, antijacobin dans l’âme, je suis moi-même en désaccord avec Marine Le Pen sur ce point. Mais je suis également conscient que l’Europe politiquement unifiée, l’Europe puissance autonome et creuset de civilisation que je souhaite n’est pas pour demain. L’Union européenne n’est aujourd’hui qu’une caricature d’Europe. À bien des égards, c’est même le contraire de l’Europe. Cela dit, je crois que le souverainisme jacobin demeure une impasse. Voyez la révolte des « Bonnets rouges » en Bretagne : on ne peut rien comprendre à ce mouvement si l’on ne prend pas aussi en compte sa dimension identitaire et régionaliste.

    En 1995, Samuel Maréchal, patron du Front national de la jeunesse, publiait un ouvrage intitulé Ni droite ni gauche, Français ! La présidente du Front national semble avoir fait évoluer ce concept en ce que l’on pourrait résumer par un autre slogan : « À la fois de droite et de gauche, mais Français ! »… Progrès ou régression ?

    Alain de Benoist:  Outre qu’il a déjà une histoire, le slogan « ni droite ni gauche » ne veut pas dire grand-chose. « Et droite et gauche » est bien meilleur. À un moment où de telles notions ne sont plus opérationnelles pour analyser les nouveaux clivages qui se mettent en place, il s’agit de rassembler des idées justes d’où qu’elles viennent.

    Au lendemain de l’élection présidentielle de 2007, j’avais écrit ceci : « L’avenir du FN dépendra de sa capacité à comprendre que son “électorat naturel” n’est pas le peuple de droite, mais le peuple d’en bas. L’alternative à laquelle il se trouve confronté de manière aiguë est simple : vouloir incarner la “droite de la droite” ou se radicaliser dans la défense des couches populaires pour représenter le peuple de France. » J’ajoutai « qu’il reste au FN à apprendre comment devenir une force de transformation sociale dans laquelle puissent se reconnaître des couches populaires au statut social et professionnel précaire et au capital culturel inexistant, pour ne rien dire de ceux qui ne votent plus ». Cette alternative est toujours présente. Le FN n’a de chances de l’emporter que s’il devient le parti du peuple. C’est même le nom que j’aimerais lui voir porter.

    Alain de Benoist, propos recueillis par Nicolas Gauthier (Boulevard Voltaire, 3 déc. 2013)

    Via : ZENTROPA

  • La profanation de la basilique de Montmartre suscite de nombreuses réactions

    20/03/2014 – PARIS (Bulletin de réinformation) - L’information a été révélée mardi par Daniel Hamiche sur l’Observatoire de la Christianophobie : dans la nuit de lundi à mardi, l’entrée de la basilique du Sacré‑Cœur à Montmartre a été couverte de grandes inscriptions à la peinture rouge : « Ni Dieu ni maître ni Etat », « A bas toute autorité », « Feu aux chapelles ». Les tags font aussi référence à deux anarchistes actuellement en détention provisoire sous haute sécurité en Espagne ; ils sont suspectés d’avoir déposé une bombe dans la basilique de Saragosse en octobre.

    Rappelons que la basilique de Montmartre, qui fait l’objet de dégradations récurrentes, est un monument mondialement connu, l’un des plus visités de Paris ; et comme l’a rappelé Jean‑Frédéric Poisson, « s’attaquer au Sacré Cœur de Montmartre, c’est s’attaquer à la France. Érigée à l’issue de la guerre de 1870, plus que toute autre église, cette basilique incarne l’unité de notre nation ».

    Quelles ont été les réactions dans les médias et parmi les politiques ?

    Dans la journée d’hier, une fois n’est pas coutume, les médias parisiens puis les quotidiens nationaux, les hebdomadaires et les radios ont quasiment tous réagi. A quelques jours des municipales, les politiques ont même multiplié les déclarations. Le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë a réagi officiellement et a fait nettoyer les tags dans la journée. A droite, mis à part des réactions molles, seuls Rachida Dati, plusieurs candidats FN ou encore le catholique Charles Beigbeder ont plus vigoureusement fait le rapprochement avec les attaques des Femen et ont réclamé une condamnation officielle du gouvernement.

    Le gouvernement s’est‑il exprimé ?

    Manuel Valls, pour une fois, s’est finalement fendu d’un communiqué condamnant « une offense aux fidèles catholiques » et assurant que « tout est mis en œuvre pour identifier et interpeller les auteurs de ces actes ». Le député Jacques Bompard n’a pas manqué de dénoncer « le deux poids deux mesures dont les chrétiens font l’objet ». Il rappelle qu’entre janvier et septembre 2013, il y a eu 70 actes de vandalisme contre des lieux de culte chrétiens, et qu’il n’y a généralement aucune condamnation de la part du gouvernement, contrairement à ce qu’il se passe en cas d’acte islamophobe…

    http://fr.novopress.info/