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entretiens et videos - Page 905

  • Chantage, magouilles, corruption : le livre noir du syndicalisme français

    Nous avons toujours besoin de syndicats prêts à se battre pour les travailleurs ; pour l’instant cependant, aucun ne remplit ce rôle.

    Au-delà du cas personnel du secrétaire général de la CGT, l’affaire Lepaon révèle la face sombre du syndicalisme français. Le décryptage de Jean-Luc Touly, auteur de Syndicats - Corruption, dérives, trahisons.

    FigaroVox : La CGT aurait déboursé 130.000 euros pour la rénovation de l’appartement de fonction de son secrétaire général, Thierry Lepaon. Cela vous étonne-t-il ? Ce genre de pratiques est-il vraiment inédit ?

    Jean-Luc TOULY : La contradiction flagrante des dirigeants syndicaux que révèle cette affaire ne m’étonne aucunement. On pourrait citer un nombre incalculable de dérives semblables des individus, des organisations syndicales, des fédérations, des confédérations, des comités d’entreprise… On pourrait parler des frais de fonctionnement injustifiés, du Comité d’entreprise d’Air France, d’EDF, de la SNCF de Lyon, où les syndicats ont été condamnés. Les scandales sont légion.

    Evidemment, faire payer la CGT entre 130 000€ et 150 000€ de travaux pour Thierry Lepaon est scandaleux, d’autant plus que les syndicats sont encore financés entre les 2/3 et les 3/4 par les entreprises ou l’Etat : ce sont donc les cotisations et les subventions de l’Etat qui, indirectement, ont payé le logement ! Le manque de transparence des syndicats et leur système anti-démocratique conduisent systématiquement à des dérives. Ces informations ont d’ailleurs probablement été transmises par des adhérents de la CGT, choqués par cette découverte. Il existe ainsi des poches de résistance au sein même de l’organisation, qui dénoncent ces pratiques et ce côté occulte qui détruisent la confiance envers les syndicats. J’ai été moi-même membre de la CGT pendant 30 ans, avant de rejoindre FO, et j’ai bien vu que la dénonciation n’est jamais facile dans ces organisations : elle entraîne pressions, perte de mandat syndical voire perte de l’emploi dans certains cas !

    Au-delà du cas de Thierry Le Paon, cela révèle-t-il un problème plus large de corruption au sein de la CGT ? Quel est l’ampleur de celle-ci aujourd’hui ?

    Je pourrais vous parler de nombreux cas ! Les hauts responsables syndicaux, en fin de carrière, sont souvent nommés à des postes élevés, bien payés, dans des autorités étatiques ou privées. Bernard Thibault a ainsi été élu en juin dernier administrateur du Bureau International du Travail, à Genève, avec l’aide de François Hollande. Les grandes entreprises peuvent faire de même : le directeur de cabinet de Thibault, Bernard Saincy, a été par exemple nommé à un haut poste chez GDF-Suez, après avoir quitté la CGT. Ces nominations sont des cadeaux accordés aux dirigeants syndicaux pour services rendus ; or, quels services rendent-ils vraiment ? Je n’irais pas jusqu’à parler de méthodes mafieuses, mais les secrets et l’opacité de ces nominations posent problème…

    Les syndicats reçoivent des sommes colossales, versées notamment par les entreprises, qui achètent ce faisant une sorte de paix sociale : les organisations leur sont dès lors redevables. On comprend très vite l’ambiguïté de leur action : d’un côté, ils appellent à manifester ; de l’autre, ils maintiennent des relations très étroites avec les patrons…

    Ce nouveau scandale va venir alimenter la détestation du syndicat. Le véritable problème est celui de la transparence, de l’indépendance. Comment faire confiance à ses représentants si ceux-ci ne sont pas francs ?

    La suite dans Le Figarovox

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Chantage-magouilles-corruption-le

  • Louis Aliot : “Je me retrouve dans ce combat de plusieurs générations au service de la France et de notre peuple”

    Dans le cadre du Congrès du Front National se tenant les 29 et 30 novembre prochains, et de l’élection de son nouveau comité central, Novopress a décidé de donner la parole à plusieurs cadres du parti de Marine Le Pen.

    Le premier à répondre à nos questions est Louis Aliot, député français au parlement européen et vice-président du FN.

    Propos recueillis par Renaud Leroy

    Un certain nombre de nos lecteurs seront sans doute aussi électeurs pour le Comité Central du Front National, comment vous décrieriez-vous à eux ?

    Je me présente comme un lepéniste, mariniste, patriote français et nationaliste modéré, qui défend des valeurs et un héritage qui est à la fois européen, gréco-latin, judéo-chrétien mais qui prend en compte aussi l’héritage historique et humain de l’empire colonial que nous avons été avec l’assimilation intrinsèque de tous ses fils fidèles à la France jusqu’aux indépendances.

    Au-delà de notre programme économique et social si nécessaire à notre temps, et de notre opposition frontale à l’Europe mondialiste de Bruxelles, je me bats contre une immigration massive qui prend de plus en plus l’allure d’une immigration de peuplement inassimilable et communautariste, pour un co-développement harmonieux avec l’Afrique dans la perspective de donner un avenir à celles et ceux qui aujourd’hui n’en ont pas afin de desserrer un étau migratoire ravageur pour l’Europe et dramatique pour l’Afrique. Enfin, je défends une fraternelle entente entre les peuples qui permettra une inversion des flux migratoires coordonnée et favorable à toutes les parties dans l’intérêt de chacun d’un point de vue économique, comme d’un point de vue culturel.

    Je me bats contre une immigration massive qui prend de plus en plus l’allure d’une immigration de peuplement inassimilable et communautariste

    On vous présente comme l’un des tenants d’une ligne “historique” au Front National, tout autant que comme un artisan de la dédiabolisation. Vous retrouvez-vous dans cette description ?

    Oui. Le Front National a été diabolisé pour une présomption d’antisémitisme instrumentalisée à l’envie par nos adversaires politiques pour masquer leur bilan désastreux, et persécuté pour cette seule raison. Mais sur tous les autres sujets, Le Pen avait une longueur d’avance comme sur l’immigration de masse et le développement dynamique de l’islam radical. Aujourd’hui c’est Marine qui incarne ce combat en ajoutant à cet acquis historique une dimension économique et sociale, une critique efficace de la mondialisation, une planification de la fin inévitable de l’euro et un soutien sans faille aux plus faibles de nos compatriotes ! Bref, je me retrouve dans ce combat de plusieurs générations au service de la France et de notre peuple.

     

    Quels sont selon vous les chantiers du FN pour les 3 semaines, les 3 mois, et les 3 ans à venir ?

    - Le recrutement de nouveaux adhérents qui deviendront les cadres de demain dans un esprit de rassemblement des patriotes en évitant les caricatures et les obsessions de certains groupes.

    - La formation de nos cadres car nous sommes appelés à gouverner la France et à réussir.

    - La crédibilisation de son programme car nous aurons peu de temps pour prendre les grandes décisions qui permettront la défense et le renouveau de la France.

    Notre projet est national et patriote, entièrement tourné vers la défense, la transmission et la valorisation d’un héritage avec un grand H

    Selon vous, quelle serait la première mesure que devrait prendre un gouvernement réuni autour du Front National et de Marine Le Pen, si celle-ci était victorieuse lors de l’élection présidentielle 2017 ?

    Un sommet européen pour remettre la Nation au cœur du dispositif européen si l’Europe institutionnelle continue d’exister, consacrer la souveraineté de l’Etat comme inaliénable et sacrée. Enfin, retrouver notre liberté de nation indépendante et de peuple libre.

    Comment définiriez-vous le projet politique du FN en une seule phrase ?

    Notre projet est national et patriote, c’est-à-dire entièrement tourné vers la défense, la transmission et la valorisation d’un héritage avec un grand H : historique, culturel, artistique, institutionnel et civilisationnel.

    6) Un dernier mot ?

    Je souhaite que les patriotes, quels qu’ils soient, aient les uns envers les autres un minimum de respect et que les désaccords, nombreux, quelquefois irréconciliables sur les idées, ne dégénèrent pas systématiquement en un déferlement de haine et de noms d’oiseaux, bien souvent anonymes, qui n’apportent rien au débat.

    Louis Aliot, merci.

    http://fr.novopress.info/177556/entretien-exclusif-novopress-louis-aliot-retrouve-ce-combat-plusieurs-generations-au-service-france-notre-peuple/#more-177556

  • 3.000 ans d’idées politiques… à ne pas sortir de leur contexte !

    Entretien avec Éric Branca

    3000 ans d’idées politiques, vaste sujet… Vu de 2014, y a-t-il des choses ayant fondamentalement changé en la matière, ou en sommes-nous condamnés aux mêmes affrontements ?

    C’est justement parce que tout change que j’ai voulu réagir contre la manière dont beaucoup de nos contemporains conçoivent la pensée politique des siècles passés. La culture ambiante conduit à tout juger avec les yeux de notre temps. De même qu’au XIXe siècle, il était illusoire de vouloir analyser la pensée politique de saint Thomas d’Aquin à l’aune des critères marxistes, de même est-il stupide, au XXIe siècle, de juger des idées politiques d’un Richelieu ou d’un Bossuet à partir des critères néo-libéraux d’un Milton Friedman qui estime, par exemple, que la société n’existe pas… Je serais très heureux si j’arrivais à remettre un peu de perspective dans la tête de jeunes générations qui sont sorties de l’école, et même parfois de l’enseignement supérieur, sans posséder de repères très clairs, et parfois sans repères du tout, sur ce qu’il est convenu d’appeler l’histoire des idées.

    Pourquoi n’ont-ils pas ou plus de repères ? Parce qu’on ne leur apprend plus l’histoire de manière chronologique – la chronologie est même devenue un gros mot dans l’enseignement actuel. Or, quand on n’apprend plus la chronologie, on se met en position de ne plus raisonner logiquement.Chronos + logos : le temps et la raison. Ou, si l’on préfère, le temps éclairé par la logique… Le pire des écueils, quand on essaie d’y voir clair dans l’histoire de la pensée et, spécialement, dans celle de la pensée politique, c’est de sortir les idées de leur contexte. De l’ambiance qui les a fait naître, émerger, triompher, ou parfois échouer.

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  • Le coût du travail ? Oui, mais celui du capital ?

    Entretien avec Alain de Benoist

    On parle toujours beaucoup du fameux pacte de responsabilité annoncé par François Hollande le 14 janvier dernier. Demander au grand patronat de se porter garant de la solidarité nationale, n’était-ce pas faire preuve d’une certaine naïveté ?

    La France mène depuis plus de vingt ans une politique de baisse des charges sociales qui n’a jamais empêché le chômage de monter. Souvenez-vous des 22 milliards d’exonérations de cotisations employeurs, des 6 milliards du crédit impôt-recherche, des 6 milliards de baisse de la taxe professionnelle, des 20 milliards du crédit d’impôt compétitivité-emploi, etc. Le pacte de responsabilité est le dernier avatar en date de cette politique. Il consiste à offrir sans contrepartie 40 milliards d’euros de baisses de charges aux employeurs en espérant, en bonne logique libérale, voir se multiplier les créations d’emplois. Le patronat empoche, mais le chômage augmente toujours, tandis que la croissance est nulle, que la dette s’alourdit et que la déflation menace. Échanger des mesures concrètes contre des promesses vagues, cela s’appelle conclure un marché de dupes, doublé d’une mise en scène destinée à faire accepter la politique de l’offre adoptée par le gouvernement.

    Le MEDEF, qui ne cache pas sa joie devant le ralliement du tandem Valls-Macron à la logique du marché, en profite pour pousser encore plus loin son avantage, puisqu’il réclame maintenant 50 milliards supplémentaires, la remise en cause du droit du travail et des acquis sociaux, la suppression des normes et réglementations des marchés, la baisse des seuils sociaux, etc. S’il n’exige pas qu’on renvoie les enfants travailler dans les mines, c’est sans doute que les mines n’existent plus !

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  • "Le vice obscur de l'Occident" par Massimo Fini

    Célèbre journaliste italien depuis plus de 30 ans,  Massimo Fini est l'auteur de 17 livres dont la ligne directrice s’inscrit dans une critique radicale du modernisme. Il y montre les limites du modèle de développement occidental, dénonce ses paradoxes et déconstruit ses mythes fondateurs. Les éditions "Le retour aux sources" ont traduit et publié deux ouvrages en un : Le vice obscur de l'Occident et la démocratie et ses sujets.

    Les équipes des Non-alignés et de Scriptoblog ont rencontré Massimo Fini pour un entretien exclusif : (Traduction et montage : Agence Info Libre)


    "Vice obscur de l'Occident et la démocratie et...par agenceinfolibre

  • Éric de Montgolfier : la désillusion d'un juge

    L'ancien procureur de la République, jeune retraité d'une longue carrière dans la magistrature, dénonce l'arrogance des élites dans son nouveau livre.

    Tous les juges ne sont pas des petits pois. Esprit libre pour certains, donneur de leçons pour d'autres, Éric de Montgolfier ne cherche en tout cas pas à être aimé. Celui qui s'est fait connaître en dénonçant le pouvoir de la franc-maçonnerie s'attaque maintenant à l'arrogance des élites. L'ancien procureur de la République est à la retraite depuis juin 2013. Il raconte les coulisses d'une longue carrière dans un ouvrage au nom qui claque comme une gifle : Une morale pour les aigles, une autre pour les pigeons*. Entretien.

    Le Point.fr : Dans votre livre, vous vous demandez s'il n'y a véritablement rien à espérer des hommes lorsque leurs intérêts sont en cause. Avez-vous trouvé la réponse ?

    Éric de Montgolfier : Je crois que les appétits parlent toujours plus fort que les consciences. Il y a statistiquement peu de personnes prêtes à sacrifier quelque chose qui les avantage. Par exemple, on ne peut pas demander à un ministre membre d'un parti de mettre quelqu'un de son parti en difficulté. La principale qualité de la justice, c'est son humanité. C'est aussi ce qui fait son imperfection. Elle est piégée entre sa nature humaine et la volonté des politiques qui cherchent à en faire un outil servile. La neutralité n'est réclamée que lorsqu'il s'agit d'adversaire. Un jour que je donnais une conférence publique à Saint-Raphaël, je suis accueilli chaleureusement par un des adjoints au maire. Je monte à la tribune et fais mon intervention dans laquelle je dis ce que je pense des élus. En redescendant de l'estrade, le type me dit : "Dites donc, vous n'êtes pas tenu à une obligation de réserve ?" Amusant, non ? À la vérité, j'ai servi la justice pendant quarante ans, et accomplir mon devoir n'a pas soulagé ma conscience. J'aurais aimé quitter l'institution une fois qu'elle serait devenue ce que je rêvais de voir. Hélas, après quarante ans de carrière, je ne suis pas parvenu à avoir une image de l'homme plus valorisante... La justice, je ne l'aime pas pour ce qu'ils en ont fait, mais pour ce que je voudrais qu'elle soit.

    Comment expliquez-vous l'inflation de condamnations d'élus ?

    Longtemps, l'impunité a favorisé la corruption des élus et, maintenant, se faire condamner est devenu un label, que les juges distribuent à tour de bras. Dans les années soixante-dix, il y a eu une volonté de rééquilibrer la justice. Jusqu'ici, ceux qui détenaient le pouvoir étaient libres de leurs mouvements. Historiquement, ils avaient pris de mauvaises habitudes. Fouquet a été puni par où il avait péché. Regardez Richelieu, Mazarin et Jacques Coeur... Nous sommes un pays qui est resté très latin, dans lequel la corruption est un phénomène naturel. Il y en a beaucoup moins qu'il ne pourrait y en avoir. Il existe pourtant le fameux article 40 du code de procédure pénale qui dispose que "toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l'exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d'un crime ou d'un délit est tenu d'en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs".

    Or, le problème des procureurs est précisément que l'information ne leur parvient pas. Bien sûr, nous avons parfois des courriers anonymes, ce qui n'est pas toujours reluisant. Mais c'est comme ça que j'ai découvert un jour que des fonctionnaires de la PAF (Police aux frontières, NDLR) faisaient passer des immigrés clandestins directement dans une machine à rayon X pour les bagages. Lorsque j'en ai parlé aux services de l'État concernés, j'ai découvert qu'on "n'avait pas cru utile" de me déranger pour ça. La justice est sous-informée et les préfets manquent à leurs obligations en conservant des informations dont on pourrait avoir l'utilité, sur des prises illégales d'intérêt par exemple. Il me vient une autre anecdote qui illustre bien le débat moral qui peut freiner l'information : dans les années quatre-vingt-dix, Toyota s'installe à Valencienne, zone sinistrée par le chômage. L'entreprise japonaise achète un terrain et, lors des premiers travaux, on retrouve des vestiges. Cela aurait normalement dû déclencher des recherches archéologiques qui auraient retardé le chantier. Si on me le disait, cela retardait, voire compromettait, la construction de l'usine, et remettait en cause le retour de l'emploi de centaines de personnes... Je l'ai su plus tard par des canaux moins officiels !

    Pourquoi avez-vous fait ce choix - étrange - de juger ?

    J'avais un père chef d'entreprise qui me racontait des affaires de corruption avec une grande décontraction. Il présidait un comité interprofessionnel du logement et dépendait à ce titre des permis de construire délivrés à l'époque par la DDE. Je me souviens qu'un jour, il avait appelé le directeur. Lorsque mon père lui a demandé s'il partait en vacances, le directeur avait répondu : "C'est impossible, au prix où sont les pneus." Mon père lui avait tout simplement fait porter un train de pneus. J'étais adolescent, cela m'avait secoué.

    Selon vous, les élites vivent déconnectées de la réalité ?

    Une bonne partie, oui. Lorsque j'étais en poste à Chambéry, un soir, le représentant de la chambre départementale des huissiers de justice m'appelle et m'explique que l'un de ses confrères a été mis en joue par un fermier alors qu'il venait pour saisir sa dernière vache. Je vais donc sur place et, en arrivant, je vois une Porsche. Je demande à qui elle appartient et on me répond que c'est celle de l'huissier ! Si ça, ce n'est pas un signe de l'arrogance du pouvoir... À Nice, cela m'a toujours frappé, on ne se cache pas. Il y a un restaurant qui jouit d'une grâce extraordinaire : sa terrasse, c'est le trottoir, à tel point que c'est la chaussée qui est devenue piétonne. Cela n'est pas normal. Peut-être que comme Sarkozy et beaucoup d'élus y viennent, le restaurateur s'est senti protégé ? Cela me choque. Tout ce qui est inégalité arrogante est une attaque contre la justice. Et elle nous met mal à l'aise, nous, les juges. Il faudrait que l'on apprenne la déontologie à l'école de la magistrature. Dans Le palais indiscret, Jean-Paul Lacroix raconte cette petite anecdote : le tribunal doit juger une voyante. L'oeil goguenard, le président l'interroge : "Puisque vous lisez l'avenir, dites-moi à quoi le tribunal va vous condamner." Elle répondit : "Le tribunal va me relaxer, car je ne connais pas un magistrat digne de se moquer de celui qu'il va condamner." La liberté de parole du magistrat ne doit pas le dispenser d'exemplarité.

    Qu'est-ce qu'un intouchable ?

    Il y en a beaucoup, du moins le croient-ils. J'ai reçu un courrier d'un parlementaire, ancien magistrat, qui m'écrivait pour "interpeller mon attention" sur la situation d'une de ses connaissances qui s'était rendue coupable de je ne sais quelle infraction... Il attendait que je classe l'affaire. Je lui ai fait une autre faveur : j'ai accéléré la procédure pour la faire comparaître plus vite devant le tribunal ! Autre exemple, je vois un jour arriver dans mon bureau un gros entrepreneur du coin. Il me dit "je sais que vous admirez beaucoup ma maison qui a une vue imprenable", ce que je confirme. Il poursuit : "Il faudra que je vous invite à dîner avec votre épouse." Puis il en arrive au véritable motif de sa visite : il s'était fait arrêter pour excès de vitesse et venait me "demander conseil". Je lui ai donc conseillé de payer son amende, par chèque. Croyez-moi, j'attends toujours mon invitation à dîner !

    Il m'est aussi arrivé d'avoir des amendes. Un jour, je m'étais garé sur une place réservée aux handicapés, je n'avais pas vu la signalisation. J'ai commencé à discuter avec l'agent. Le fonctionnaire me répond : "Adressez-vous au procureur." Il se trouve que j'étais le procureur. Eh bien, j'ai payé mon amende, comme la loi me le demandait.

    Que faut-il changer ?

    Je pense qu'il faut renoncer au modèle d'école de la magistrature. Il a vécu. L'égalité du concours est fictive : la plupart de ceux qui le réussissent sont passés par une prépa payante. Il faudrait aussi un Conseil supérieur de la magistrature (CSM) rénové et doté de moyens réels. Ceux que j'appelle "les soutiers de la magistrature" sont bien peu représentés, alors que les corps d'élite sont, eux, surreprésentés. Par ailleurs, au nom de quoi le président de l'Assemblée nationale, celui du Sénat, ainsi que le bâtonnier peuvent-ils nommer des personnalités ? Il y a peu de respect pour cette trilogie chère à Montesquieu, qui pourtant a plus de sens que jamais. La démocratie ne peut être efficace qu'avec fermeté. La justice ne pourra pas continuer comme cela.

    Retrouvez les chroniques d'Éric de Montgolfier sur Le Point.fr

    * Une morale pour les aigles, une autre pour les pigeons, par Éric de Montgolfier, paru chez Michel Lafon, 296 pages, 19 euros.

  • Immigration : Jean-Paul Gourévitch à L’AF 2895 : " Pour une parole indépendante"

    Consultant international sur l’Afrique et les migrations, docteur en sciences de l’information et de la communication, Jean-Paul Gourévitch vient de publier un ouvrage auquel nombre de nos confrères ont réservé un accueil polémique.

    L’AF 2895 : Vous venez de signer dans la collection Pour les Nuls, qui vise le grand public sans rien lâcher sur l’exigence scientifique, une somme sur les Migrations : en quoi cet ouvrage manquait-il ?

    Jean-Paul Gourévitch : Il existe en France nombre d’ouvrages sur l’immigration, historiques, politiques, sociologiques, démographiques sans compter les témoignages chargés d’émotions des migrants ou de ceux qui vivent auprès d’eux. En revanche l’expatriation reste un domaine peu exploré notamment sur le plan des coûts. L’idée de l’ouvrage était de conjuguer immigration et expatriation sous un seul terme, celui de migrations, et de ne pas se restreindre à la France mais d’ouvrir sur la géopolitique des flux et les exemples étrangers.

    La seconde difficulté propre à cette collection dont le slogan est « Avec les Nuls tout devient facile » c’est de faire un travail de vulgarisation tout en respectant une rigueur méthodologique et scientifique. C’était le défi qui m’était assigné et que j’ai essayé de relever. Il ne faut pas noyer le lecteur sous une avalanche de chiffres mais on ne peut pas non plus les occulter. Il est également important de définir les termes. « Immigrés », « étrangers », « personnes d’origine étrangère » renvoient à des réalités différentes. Une anecdote significative. Lors du débat télévisé de l’élection présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy a mentionné plusieurs fois le « vote des immigrés » alors qu’il s’agit évidemment du vote des étrangers puisque nombre d’immigrés ont acquis la nationalité française et bénéficient donc du droit de vote. Une erreur que son adversaire n’a même pas relevée.

    Enfin, mais c’est plus anecdotique, un ouvrage qui fait 400 pages plus les cartes et les annexes ne doit pas être pesant et comporter des moments plus légers : anecdotes, bêtisier, recension d’ouvrages, de films ou de lieux de mémoire. Reste qu’il n’est pas question de faire de l’humour sur les migrations car le fait de quitter son pays est toujours un déchirement qui peut se terminer de manière tragique comme l’actualité nous le rappelle chaque jour.

    Vous et votre éditeur avez été victimes d’une tentative de déstabilisation. Pourquoi, alors que vous êtes un spécialiste internationalement reconnu de la question ? 

    Comme il était difficile de s’en prendre à l’ouvrage, on a cherché à diaboliser l’auteur, et ainsi à discréditer à la fois le propos et la collection. Cette part d’un seul article très « militant » d’une journaliste de l’AFP qui est repris in extenso le jour même et le lendemain par 51 journaux parmi les plus célèbres qui n’ont ni consulté l’ouvrage ni interrogé l’auteur ou l’éditeur. Cela peut laisser rêveur sur la déontologie d’une certaine presse qui pourtant ne se fait pas faute de donner des leçons.

    Quand mon avocat et moi-même avons demandé à l’AFP comment elle comptait réparer le préjudice subi, l’Agence a répondu qu’elle ne voyait pas où se trouvait ce préjudice. Pourtant 10 millions de lecteurs de cette presse ont bien été « informés » qu’il s’agissait d’un ouvrage écrit par un auteur « très à droite » donc suspect. La preuve : ses thèses avaient été citées par le Front National et des sommités de gauche et d’extrême gauche, les seules interrogées par la journaliste, en contestaient la teneur. Pourtant aucune n’avait lu l’ouvrage puisqu’il était sorti le jour même et qu’elles n’avaient pas reçu de service de presse.

    Bien entendu on s’attardait sur les événements organisés par la droite ou l’extrême-droite au cours desquels l’auteur avait donné des conférences en oubliant ceux organisés par la gauche ou l’’extrême gauche au cours desquels il était également intervenu, voire en niant qu’ils aient existé alors qu’ils sont parfaitement consultables sur Internet et ont donné lieu à des publications.

    On en est même venu à contester ma qualité de consultant international sur l’Afrique et les migrations. Pourtant en 25 ans de carrière dans ce domaine, j’ai fait plus de 35 missions dont certaines ont duré des mois voire des années, notamment en Afrique, pour des organismes aussi divers que l’UNESCO, l’Union Européenne, Le Ministère des Affaires Etrangères, la Banque Mondiale, des ONG ou des cabinets d’expertise. Et mon rapport sur les migrations subsahariennes a été voté par le Conseil de l’Europe à l’unanimité (moins deux abstentions) ce qui n’est quand même pas courant.

    On ne peut résister seul à cette lapidation organisée. J’ai obtenu des droits de réponse de la part de trois journaux qui en avaient rajouté jusqu’à la diffamation. Mais je constate avec amertume que dans un pays profondément divisé et où l’opinion publique n’est plus en phase avec ses représentants, il est difficile sur un sujet sensible et qui pourtant concerne son présent et son avenir, de porter une parole documentée, indépendante, aussi impartiale que possible, qui donne les sources de ses données et explicite sa démarche.

    Est-il impossible de parler des migrations de manière apaisée ? Cet ouvrage n’a-t-il pas précisément pour objet de mettre un terme aux fantasmes sur la question pour l’aborder de manière objective ?  

    Ségolène Royal avait dit un jour qu’il faudrait « dépolitiser la question de l’immigration » et faire asseoir autour d’une même table des gens compétents et de bonne volonté pour chercher des solutions intelligentes aux problèmes qu’elle posait. Nous en sommes très loin. Sans doute l’immigration est-elle plutôt le pré carré de la droite et l’expatriation le cheval de bataille de la gauche. Mais ces deux aspects sont liés géopolitiquement, financièrement et humainement. L’ouvrage prétend lutter contre « les amalgames, les phantasmes et la désinformation ». La campagne de presse dont j’ai été victime montre que le combat est loin d’être gagné. J’ajoute que c’est un combat sur deux fronts. On risque toujours d’être ostracisé par les uns et instrumentalisé par les autres. Mes collègues qui travaillent en Grande-Bretagne, en Allemagne, en Italie, aux Etats-Unis ou au Canada s’étonnent toujours des réactions passionnelles des Français quand on aborde ces thèmes. Chez eux aussi on débat, mais sans insultes ni déformation volontaire des propos de ceux qui ne pensent pas comme vous.

    Ceux qui vantent de manière idéologique les bienfaits de l’immigration hésitent entre deux attitudes contradictoires : vanter ce qu’elle rapporte, ou affirmer qu’il est impossible d’en mesurer le coût... C’est que l’immigration a un impact à la fois économique, social, culturel, voire politique et géopolitique... Comment débrouiller un tel écheveau ?

    En informant de façon contradictoire comme je le fais sur les motivations variées des mouvements migratoires, l’ampleur et l’orientation des flux, les diverses évaluations faites des coûts et des bénéfices, des investissements et de leur rentabilité, et les méthodes utilisées pour les mesurer.

    A titre d’exemple dans « la partie des Dix », une des traditions de la collection, j’ai listé dix débats de fond sur des problèmes complexes comme l’ouverture des frontières, la fuite des cerveaux, la régularisation des personnes en situation irrégulière ou l’aide médicale d’Etat. Chacun est présenté selon un schéma type : historique du débat, arguments des partisans, arguments des adversaires, thématiques des controverses. Il n’y a pas de conclusions. C’est au lecteur de les tirer.

    Pouvez-vous définir quelles devraient être les grands lignes de la politique migratoire d’un gouvernement qui ferait enfin le choix du seul bien commun ?

    Je ne voudrais pas à mon tour me poser en donneur de leçons. Mon souci n’est pas de déterminer quelle est la meilleure politique en matière de migrations mais de permettre à chacun de se faire sa propre opinion en connaissance de cause C’est aussi pour cela que je n’hésite pas à intervenir dans des associations ou mouvements dont les options sont parfois opposées, en essayant de fournir à chacun une information qui soit précise, pertinente, et sourcée, et d’éclairer les enjeux.

    L’AF 2895 - Propos recueillis par François Marcilhac

    Retrouvez ici et ici Jean-Paul Gourévitch lors d’une conférence à l’Action française.

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Immigration-Jean-Paul-Gourevitch-a

  • Crise au PS : le FN va-t-il remplacer la gauche ?

    Alors que la crise d'identité du Parti Socialiste se poursuit, le FN est en embuscade. Christophe Bouillaud décrypte la stratégie de «gauchisation» de Marine le Pen.

    Dans son interview à l'Obs, le Premier ministre a semblé entériner la mort du PS en se refusant notamment à employer le mot «socialiste». Qui profite de cette nouvelle crise au PS? Plus encore que la droite traditionnelle, le Front National est-il le grand vainqueur ?

    Christophe BOUILLAUD: La droite comme le Front National vont en profiter. L'UMP apparaît du coup plus unie, face à un PS divisé et à une UDI qui élit actuellement son président. Le FN, quant à lui, voit cette crise comme la preuve de la validité de leur thèse sur l'UMPS. Manuel Valls, qui veut ôter à la gauche son label socialiste, se déclare progressiste et propose une grande fédération qui mordrait sur le centre, semble confirmer la vision du FN. De plus, les politiques économique et sociale de l'UMP et du PS, sous la direction du Premier ministre, présentent de nombreuses similitudes, et proposent une orientation résolument libérale. L'extrême-droite ne peut que profiter de ces ressemblances. 

    Marine le Pen a beaucoup «gauchisé» le discours économique du FN. La situation actuelle vient-elle valider sa stratégie ?

    Elle le pense. Il y a longtemps, le programme du FN proposait une politique néolibérale très marquée par l'exemple de Reagan aux Etats-Unis ou de Thatcher en Angleterre. Ces dernières années, toutefois, le discours du FN se centre plutôt sur la protection des Français contre l'Europe, la crise, et contre la mère de tous les maux: l'immigration.

    Toutefois, on ne peut pas encore parler d'un programme économique et social gauchisé, ne serait-ce que parce que la protection sociale est fondamentalement liée à la longue histoire de la gauche démocratique. Le FN aura du mal à récupérer ce thème à son avantage, malgré ses tentatives: dans toute l'Europe, les partis d'extrême-droite empruntent cette ligne, et cherchent à récupérer le thème d'une protection sociale pour leurs ressortissants. Ainsi, pour eux, refuser l'immigration est d'emblée une forme de protection sociale, dans la mesure où cela empêchera des étrangers de s'introduire sur le marché du travail, et conservera les emplois disponibles pour les nationaux. On parle alors de welfare chauvinism, autrement dit d'une protection sociale réservée aux citoyens du pays en question.

    Le Front National peut-il prendre la place qu'occupait autrefois le Parti Communiste, voire même le Parti Socialiste des années 1970-1980 ?

    On peut distinguer deux niveaux d'analyse. A l'échelle nationale, le FN essaie d'ores et déjà de reprendre les thèmes de gauche à son avantage, comme on l'a vu dans le cas de la protection sociale. A l'échelle locale, toutefois, les choses se compliquent.

    Avant tout, l'enracinement local du FN, même après ses victoires aux dernières élections municipales, est infiniment plus faible que celui du PC après sa création, dans les années 1920, ou du PS refondé dans les années 1970. Le FN n'est en réalité pas porté par un groupe social en ascension ; autrement dit, il s'adresse aux «perdants de la mondialisation» et le revendique. Ce faisant, il se coupe des classes sociales supérieures, et ce choix explique qu'il n'arrive à conquérir que des villes où la situation économique et sociale est déjà mauvaise, comme Béziers, par exemple. Le FN n'arrive donc à s'installer que dans des endroits plongés dans le marasme socio-économique, dont la situation sera très difficile à améliorer, et n'est pas porté par une dynamique positive.

    La situation du FN est en cela très différente de celles du PS ou du PC dans leurs belles années: les deux parvenaient à conquérir des villes dynamiques par leur industrie ou leurs services et à s'inscrire ainsi dans des dynamiques sociales et économiques locales qui les dépassaient. L'extrême-droite n'a quant à elle pas un discours accrocheur. Sa vision défensive, décliniste, manque d'idéal à atteindre et d'exemple à suivre. Elle n'a aucun modèle à montrer dans le monde d'aujourd'hui pour prouver la justesse de ses idées ; le PC, quant à lui, pouvait se référer à l'URSS, et le PS au modèle socio-démocrate suédois. Ce manque de rêve, d'entrain, explique notamment pourquoi Marine le Pen, qui caracole pourtant en tête dans les sondages, reste une personnalité peu aimée des Français. Elle reste sur l'idée de l'échec de la France, d'une longue descente aux enfers de notre pays, au contraire du Parti Socialiste, dont le slogan des années 1970 était «Changer la vie» !

    Plus largement, sommes-nous en train d'assister à une recomposition du paysage politique ? Le clivage droite-gauche laisse-t-il la place à un clivage libéraux, favorables à l'ouverture des frontières, contre étatistes protectionnistes ?

    Il est vrai que le rapprochement entre les politiques économiques et sociales de la gauche et de la droite est de plus en plus nettement perçu par nos concitoyens. Un sondage récent, ainsi, révélait qu'une majorité de Français considérait que la politique menée par le Président n'était pas de gauche. Le clivage a donc perdu en force.

    Toutefois, si les électeurs le sentent, les responsables politiques, eux, et derrière eux, les militants de chaque camp, ne l'acceptent pas, et se considèrent encore comme très différents. De plus, le mode de scrutin instauré par lors du passage à la Vème République en 1958 rend très difficile toute recomposition du paysage politique, de sorte que je ne pense pas qu'une transformation soit possible si le scrutin n'est pas modifié auparavant. Mais je ne vois pas pourquoi l'UMP et le PS s'accorderaient sur un tel changement de mode de scrutin, qui risquerait de les priver de leur rente de position.

    Les deux grands blocs, dirigé par l'UMP d'un côté, par le PS de l'autre, vont donc à mon sens persister. Valls n'arrivera probablement pas à appliquer son rêve d'un grand rassemblement entre le centre et la gauche. L'opposition droite/gauche reste structurelle: les Français ont beau critiquer les responsables politiques et clamer haut et fort qu'ils n'ont plus confiance en eux, au moment du vote, une très grande majorité d'entre eux continuera de soutenir les partis dits de gouvernement ou préfèreront s'abstenir, par habitude, par tradition ou par peur de l'inconnu. L'électorat, en France, est visqueux: il se déplace très lentement, au contraire de l'Europe de l'est, où les habitudes de vote changent très vite et radicalement.

    Wladimir Garcin

    Notes :  

    Christophe Bouillaud est professeur agrégé de science politique à l'Institut d'Études politiques de Grenoble depuis 1999, agrégé de sciences sociales (1988), ancien élève de l'Ecole normale supérieure.

    Source : Le Figaro

    http://www.voxnr.com/cc/d_france/EuEuFEFVAElpDSqhQZ.shtml

  • Frédéric Pichon : « Le vrai clivage passe entre les tenants du mondialisme et les partisans de l'enracinement »

    Président du Collectif des Avocats contre la répression policière et idéologique, Frédéric Pichon a défendu de jeunes militants du Printemps français et de la Manif pour tous. Il s'est présenté aux dernières élections européennes sur la liste d'Aymeric Chauprade (FN).

    La notion politique de droite et de gauche vous semble-t-elle avoir encore un sens ?

    Non, je pense qu'elle n'en a plus aujourd'hui, compte tenu du phénomène de mondialisation qui s'est développé depuis la chute du mur de Berlin. Aujourd'hui, le vrai clivage me semble passer entre les tenants du mondialisme et du cosmopolitisme - c'est-à-dire du déracinement de tout ce qui crée le lien social : nation, famille, région, entreprise... - et les partisans du réel et de l'enracinement, qui se réfèrent à trois notions incontournables et complémentaires : l'identité, la souveraineté et les valeurs anthropologiques.

    Je vous propose de les considérer l'une après l'autre, en commençant par l'identité. C'est un thème qui soulève la polémique, comme on l'a vu sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Quel sens lui donnez-vous ?

    La conception que je m'en fais n'est pas statique, mais dynamique : c'est un héritage, c'est-à-dire un déterminisme, comme disait Barrés, mais elle suppose aussi un volontarisme, que l'on retrouve chez Renan, et ces deux caractères se complètent : une nation, une communauté, c'est un principe vivant, pas un musée. Aujourd'hui cette notion d'identité se décline à différents niveaux : familial, local, régional, national et plus largement à l'échelle de la civilisation européenne. Elle ne se réduit pas à une dimension ethnique, mais englobe aussi la religion, la culture, la langue, la gastronomie... Le pape Jean Paul II parlait ainsi des coutumes qui permettent à l'homme d'appréhender le monde, non seulement d'un point de vue philosophique, mais aussi plus concrètement, dans la vie quotidienne. Les façons de vivre, de travailler et de manger d'un Européen ne sont pas celles d'un Asiatique ou d'un Africain. L'homme est un être enraciné, qui a une histoire, une filiation non seulement biologique, mais aussi culturelle.

    Concernant la deuxième notion que vous avez évoquée, celle de souveraineté, les approches qu'en ont Nicolas Sarkozy et François Hollande diffèrent peu. Le souverainisme ne serait donc pas plus une idée de droite que de gauche ?

    Sous Sarkozy comme sous Hollande, il n'y a plus de souveraineté politique. Depuis quarante ans, et même depuis la mort de De Gaulle, on assiste au déclin du politique, au profit d'une notion que l'on appelle la « gouvernance ». Une kyrielle d'instituts moraux, para-étatiques, supranationaux, qui ont de plus en plus de pouvoir, visent à se substituer non seulement à l'Etat, mais aussi à la souveraineté populaire, dont le principe est battu en brèche depuis longtemps. Après 1968, la droite a abandonné à la gauche les valeurs, qu'elles soient familiales ou d'identité, pour se concentrer sur les affaires : c'est Pompidou, la banque Rothschild, la loi de 1973 empêchant l'État de se financer auprès de la Banque de France à taux gratuit - mesure qui n'est pas anodine, puisqu'elle contraint l'Etat à emprunter sur les marchés financiers et le rend ainsi dépendant du système bancaire financier... À peu près à la même époque, sous Giscard d'Estaing, le regroupement familial a été mis en place en 1974, et la loi sur l'avortement votée, en 1975.

    Cette concomitance est révélatrice : au moment même où la France et l'Europe renonçaient à défendre la vie, elles conféraient par substitution aux populations étrangères le soin d'assurer le renouvellement des générations. A suivi, en 1976, l'abandon de la notion de préférence communautaire au niveau européen: tout cela s'est passé sous des gouvernements de droite ! Aujourd'hui, on assiste à une convergence entre les « valeurs » nihilistes de la gauche et celles de la finance, ce qui produit l'idéologie libérale-libertaire. C'est ce système qui nous gouverne et c'est pourquoi il n'y a pas beaucoup de différences entre Sarkozy et Hollande, en dépit des discours rhétoriques tenus à six mois des élections, qui ne visent qu'à tromper l'électeur de droite.

    Quelles sont, enfin, les « valeurs anthropologiques » auxquelles vous vous référez ?

    C'est le primat du principe de réalité : la vie, la famille, dans la Cité, commencent par l'union d'un homme et d'une femme. Aujourd'hui, après s'être attaqué à la religion par une conception dévoyée de la laïcité qui est en réalité une conception athée et matérialiste, on tente de dévoyer la nature humaine, c'est-à-dire en quelque sorte la création, en inversant les concepts et en mettant notamment en cause, par le biais d'idéologies comme celle du « genre », la notion d'altérité homme-femme, qui est un élément fondateur et structurant de toute l'humanité.

    J'insiste sur le caractère complémentaire deces trois éléments : identité, souveraineté et valeurs anthropologiques. Dans certains milieuxcatholiques, on se montre intransigeant sur lesvaleurs mais on ferme les yeux sur le travail ledimanche, les délocalisations, ou la mondialisation financière. D'autres, au contraire, mettentl'accent sur la souveraineté, mais une souveraineté froide, étatique, sans identité, sans corpusdoctrinal et qui ne protège pas les valeurs - celane tient pas non plus la route, faute de contenu.Il faut aussi rétablir le politique, car tous cesgens qui souhaitent défendre les valeurs nepourront pas y parvenir concrètement s'ils nes'attaquent pas au système mondialiste marchand, qui vise précisément à saper tous les éléments qui permettent à l'homme d'être enraciné, et qui souhaite détruire la Cité pour établirun monde de consommateurs.

    Propos recueillis par Eric Letty monde&vie