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entretiens et videos - Page 950

  • Discussion sur la ville (entretien avec Pierre Le Vigan)

     Alain de Benoist : L’une des surprises, quand on lit ton livre, c’est de découvrir que si la banlieue va si mal aujourd’hui, c’est entre autres à cause du… général de Gaulle ? « Force est de constater, écris-tu, que de Gaulle ne connaissait et ne comprenait rien aux questions de la ville ». Cela mérite peut-être quelques explications.

     

    Pierre Le Vigan : En France la grande période de construction, c’est 1960-1975. Cela correspond en bonne part à la période où de Gaulle a été au pouvoir.  Or cette période est une période de désastre urbain. Regardons les grands ensembles de la région parisienne. De Gaulle a évidemment une forte part de responsabilité dans ce désastre. De Gaulle, perspicace dans certains domaines comme l’international, n’eut qu’une vision quantitative de la question de la ville et du logement. Il y avait un manque de logements alors que les ruraux de France (ce sont maintenant les immigrés) se ruaient vers les villes. Il fallait construire : on a voulu le faire vite, à coût réduit, avec des profits dans l’immobilier et le bâtiment qui eux ne l’étaient pas, et dans des zones où le terrain n’était pas cher. De Gaulle n’a certes rien inventé puisque qu’il a suivi les impulsions donné par la IVe République dans le domaine des villes, notamment avec les Z.U.P. créées en 1958 (de même que dans d’autres domaines comme le nucléaire tout avait déjà été impulsé sous la IVe République). Il a été suiviste. Cela ne l’exonère pas. Se contenter de poursuivre les lignes déjà tracées par les gouvernants précédents et par les technocrates, c’est aussi et encore être responsable. On « doit » aussi à de Gaulle la néfaste suppression du département de la Seine, avec la création des trois départements de la Petite Couronne et de ceux de la Grande Couronne (1964 – 1968), et le fait que Paris soit à la fois ville et département, ce qui renforce au plan fiscal, politique et institutionnel les effets désastreux de la coupure physique du Périphérique, lui aussi commencé sous la IVe République en 1956, intégré dans les plans d’urbanisme en 1959 avec de Gaulle, et achevé sous Pompidou en 1973. Il suffit de se promener et de comparer le plan actuel de Paris et un plan d’avant 1960 au niveau des limites de la capitale pour comprendre la violence physique du Périph’, les artères bouchées, les impasses crées, les zones déqualifiées, et le charcutage de toute une vie urbaine et sociale piétinée et meurtrie. Telle a été la politique du général Gaulle et de  son premier ministre Georges Pompidou – moderniste assumé lui aussi – qui, ensuite devenu président, poursuivit la même politique jusqu’à, enfin, la fameuse circulaire Olivier Guichard de 1973 sur l’arrêt des barres et des tours.

     

    A.B. : Tu reprends l’antienne sur le manque de moyens de la politique de la ville en citant cette phrase du sociologue Didier Lapeyronnie : « L’argent que l’on donne aux banlieues n’est rien par rapport aux banques ». C’est certainement vrai, mais est-ce aussi simple que cela ? Toujours plus d’argent, est-ce vraiment ce dont les banlieues ont besoin ?

     

    P.L.V. : Il apparaît à me lire que c’est plus complexe que cela. Les banlieues ont bénéficié d’investissements importants, le bâti – entendons par là les immeubles – a été souvent réhabilité mais cela ne porte  guère sur les espaces publics dégradés et les transports qui restent souvent très insuffisants. Par ailleurs – et c’est ce que tu évoques dans ta question – quand sont venus les plans d’aide aux banques, on s’est rendu compte que les sommes destinées aux quartiers de banlieues étaient bien faibles par rapport à ce que l’on avait débloqué pour sauver un système de crédit victime de ses propres tares. Enfin les moyens humains dégagés pour les banlieues difficiles – celles où les gens souffrent pour le dire autrement, et souffrent des agissements d’une minorité de jeunes délinquants tout comme de la crise générale du système capitaliste – sont très faibles en banlieue notamment en matière de police où ces territoires sont sous-administrés.

    Ceci posé, il est bien évident que le « mieux-vivre » des habitants de banlieue passe (ou aurait dû passer) par moins d’immigration et par l’intransigeance quant aux valeurs de respect du pays d’accueil qu’est la France, quant à la valeur du travail, qu’il ne faut pas laisser à un Sarközy, quant à la valeur du respect des ainés. Toutes pérennités culturelles, au sens fort du terme, incompatibles avec une immigration de masse voulue par le patronat des années 60 (et encouragée par de Gaulle et Pompidou) puis par le turbo-capitalisme à une échelle inégalée depuis le regroupement familial.

     

    A.B. : Dans la mesure où, comme tu le rappelles, ils ont été les véritables « pionniers de l’exclusion », travaillant « dans l’égoïsme plutôt que d’imaginer des espaces de vie commune », n’aurais-tu pas dû intituler ton livre « Faut-il brûler les architectes ? ».

     

    P.L.V. : Le livre existe déjà sous le nom de « Faut-il pendre les architectes ? ». Il est de Philippe Trétiack (cf. ma recension sur le présent site) et l’ouvrage est plus nuancé que son titre ne le laisse penser. La responsabilité des architectes existe bien entendu – et elle relève en bonne part d’une idéologie moderniste – mais celle des maîtres d’ouvrages, les pouvoirs publics, l’État, les maires est plus considérable encore. Ceux qui financent jouent un rôle plus décisif que ceux qui imaginent.

    La fascination pour la civilisation de la voiture – et indirectement du pétrole par cher et abondant – a rencontré l’industrialisation du bâtiment et des objectifs politiques de sauter par-dessus les banlieues communistes et de créer des immeubles dans des espaces politiquement et socialement vierges, dans des zones plus lointaines que les anciennes banlieues apparues au XIXe siècle. Tels sont les trois facteurs qui ont été décisifs dans les années 50 à 70.

     

    A.B. : Pour sauver la ville, tu en appelles à la « démocratie du beau ». Il faut démocratiser le beau, le « rendre accessible au peuple ». Vaste programme, comme aurait dit le Général, mais comment le réaliser ?

     

    P.L.V. : Je crois à l’éducation, qui inclut l’éducation au beau. Mais il y a bien sûr plusieurs idées du beau. Le beau en matière de paysage c’est ce qui donne de la force et de la joie au lieu de faire souffrir. C’est donc à la fois abstrait au plan théorique et parfaitement vérifiable au plan pratique.

     

    A.B. : Avant La banlieue contre la ville, tu as publié, à un rythme rapide, toute une série d’autres livres : Inventaire de la modernité, avant liquidation en 2007, Le front du cachalot en 2009, La tyrannie de la transparence et Le malaise est dans l’homme en 2011. Tu y abordes de façon extrêmement pénétrante des sujets très différents, sous des formes également variées (analyses, notes personnelles, « journal de bord »). Y a-t-il un fil conducteur qui relie tous ces travaux, que le lecteur pressé n’aura peut-être pas aperçu ?

     

    P.L.V. : Publié peut-être à un rythme rapide mais écrit sur un long terme. La question est pour moi simple : comment comprendre notre temps, qu’y a-t-il à comprendre de notre époque ? Cela implique à la fois de saisir le contemporain, et de connaître quelque peu d’autres temps pour comprendre justement ce qui a muté. C’est pourquoi l’urbanisme est si passionnant. Les traces d’un passé proche, des pavillons des années 50 par exemple, nous donnent l’idée des mutations les plus profondes et les plus intimes de notre temps, du rapport des gens aux autres, au paysage, à l’espace, au bruit, etc. Avec la ville, c’est la chair du corps social. Et de là bien sûr je suis passé à d’autres observations, politique, sociétales, esthétiques, etc. Comme le fait que les gens sortent presque tous appareillés avec des diffuseurs de musique individuels et avec leur téléphone mobile.

    Ainsi, les souffrances psychiques et les pathologies sont des axes que j’ai exploré dans Le malaise est dans l’homme et là aussi même si elles ont de tous temps existées, elles apparaissent avec des spécificités dans notre époque et elles sont lues de manière symptomatique par notre époque. Toute époque est à la fois un système de lecture et d’écriture du monde. À partir de là, j’ai plus le tempérament du chercheur que du prédicateur. Ce qui n’empêche pas d’avoir des convictions.

     

    A.B. : Nous sommes, de l’avis de beaucoup d’observateurs, dans une époque-charnière – disons au bord de quelque chose. Quels sont à tes yeux les enjeux essentiels de ce moment que nous vivons ? La notion de « monde commun » peut-elle encore avoir un sens ? Quel est le sujet historique de notre temps ?

     

    P.L.V. : La charnière est derrière. Nous sommes déjà dans autre chose mais nous ne savons pas quoi. La question essentielle c’est : peut-on encore être humain ? Les possibilités de prothèses et d’hommes-prothèses, les mutations génétiques, les actions possibles et en cours sur le psychisme par des médicaments, tout ceci met en cause la conception classique de l’homme. L’homme sujet (sujet de lui-même et sujet de l’histoire)  disparait-il, et avec lui assisterons-nous à la fin de toute psychologie comme Nietzsche l’avait annoncé ? L’homme lui-même comme type d’animal un peu évolué (pas tant que cela car les impératifs éthologiques et écologiques continuent de nous gouverner) disparaitra-t-il ? Ce serait en somme assez anecdotique par rapport à la marche de l’univers. Ce serait sans doute l’occasion de nouvelles aventures du vivant. Au-delà de l’homme c’est tout le vivant qui est touché. Exemple : des poissons ne « savent » plus physiologiquement s’ils sont mâles ou femelles compte tenu de ce qu’ils ont ingurgités comme rejets chimiques d’origine humaine.

    En attendant, les mutations démographiques sont considérables, surtout en Europe et particulièrement en France, elles mettent en cause même la possibilité pour les peuples de rester eux-mêmes, de garder sinon leur identité du moins une identité ce qui veut dire historiquement un mélange de changements mais aussi de stabilité. Or le changement est infiniment plus fort et rapide chez nous que la stabilité. La machine à intégrer ne marche plus. Je prends le métro parisien plusieurs heures par jour : on entend de moins en moins parler français. C’est un signe. Quand l’espace public n’est plus irrigué par une langue commune, c’est qu’il n’y a plus de monde commun. À partir de là, la société n’est plus qu’une fiction juridique, avec des ayants droits, un pays n’est plus qu’un parking, ou un hôtel, la démocratie n’est plus qu’une procédure. Beaucoup plaident d’ailleurs pour cette nouvelle réalité, qui n’a pourtant a priori pas besoin de défenseurs puisqu’elle s’impose d’elle-même. À moins que… En tout cas, seule la relocalisation générale des gens, des économies, des flux, peut remédier à cela, qui est un malaise et un malheur anthropologique, que Pier Paolo Pasolini avait bien vu, et dont il souffrait (souffrir aide parfois à voir, peut-on penser sans être chrétien pour autant). « La tragédie, c’est qu’il n’existe plus d’êtres humains » disait Pasolini en 1974. Mais il en est des êtres humains comme des lucioles : ce qui est voilé n’a pas forcément disparu.

     

    • Propos recueillis par Alain de Benoist. http://www.europemaxima.com/

     

    • Entretien paru dans Éléments, n° 143, avril – juin 2012, sous le titre de « Le général de Gaulle ne connaissait et ne comprenait rien aux questions de la ville » dans une version plus courte faute de place.

  • «Les Années Sarkozy» d’Yves-Marie Laulan

      « Nicolas Sarkozy veut furieusement prendre sa revanche sur le destin qui l’a privé d’un second mandat où son immense talent aurait pu s’épanouir à loisir… sur les Français, ingrats, qui ne l’ont pas réélu… et surtout sur ses « amis de l’UMP » qui ne l’ont pas assez soutenu. »

    Entretien avec Yves-Marie Laulan
    Votre livre est un véritable réquisitoire contre Nicolas Sarkozy…
    Il a fait croire aux Français qu’il allait redresser notre pays alors qu’il l’enfonçait encore davantage. Il n’a vécu que par et pour l’image, les « coups » médiatiques et les sondages. Il a été un magicien de l’illusion médiatique, vivant dans l’instant, sans vision d’ensemble ni projet de long terme. Était-il vraiment fait pour être président de la République ? Il incarne malheureusement à la perfection tous les travers de l’homme politique de notre temps.
    Vous dressez un constat radical des « années Sarkozy »… N’y a-t-il rien eu de positif durant celles-ci ?
    Tout a été en trompe-l’œil : la réforme de l’université ? « À côté de la plaque » : le vrai problème est celui de leur gestion beaucoup plus que le « faux nez » de leur indépendance… La sécurité ? L’affaire Neyret, les ripoux de la police marseillaise, le serial-killer Mérah ou encore l’islamisme radical ont mûri sous le mandat Sarkozy… La réforme de la justice ? Parfaitement inutile au point d’en être dérisoire, tout en laissant de côté les vrais problèmes de la justice en France, injuste et partiale, comme jamais au cours de notre histoire… La réforme de l’école ? Toujours en chantier, avec inchangés le collège unique et la méthode globale, d’où en grande partie l’échec scolaire… Les 35 heures ? Malgré un replâtrage, fiscalement coûteux, elles ont été pieusement conservées… La pénible réforme des retraites laissée en jachère ? Il va falloir la reprendre très bientôt sous peine de faillite… Celle de la Sécurité Sociale ? À peine effleurée… Et ne parlons pas, cerise sur le gâteau, de l’immigration clandestine qui déferle toujours…
    Le chantier des réformes Sarkozy ressemble à s’y méprendre à ces friches industrielles du régime soviétique : jonchées d’équipements laissés à l’abandon sous le soleil et la pluie. Oui, Nicolas Sarkozy aura été le champion toutes catégories des innombrables réformes en trompe-l’œil, toujours entreprises, jamais achevées, mais médiatiquement présentées devant l’opinion comme de grandes victoires de l’ex-président. En d’autres termes, il nous a fait prendre des vessies pour des lanternes. J’en apporte la démonstration, preuves à l’appui.
    Aura-t-il été pire que ses prédécesseurs… et que son successeur François Hollande ?
    Oui, pire ! Parce qu’il nous a fait perdre 5 années qui ne se rattraperont pas… Dans peu d’années, l’immigration massive et intense – au rythme infernal de 250 000 entrées par an –remettra en cause, et pour toujours, la survie de la France, de son histoire, dont elle va être dépouillée, de son identité, de ses traditions et de ses valeurs… C’est un crime majeur, impardonnable ! Car un pays peut se relever d’une guerre perdue, on l’a fait ; d’une crise économique, on l’a vu. Il ne se relève jamais d’une guerre démographique perdue. Et nous sommes en train de la perdre, largement en raison de l’ineptie, et des mensonges de Nicolas Sarkozy, lequel passera devant l’histoire comme un des principaux fossoyeurs de notre Patrie.
    Un retour de Nicolas Sarkozy vous semble-t-il envisageable ?
    Par lui-même, certainement. Il ne va vivre que pour cela. Et ceux qui soutiennent le contraire n’ont rigoureusement rien compris au personnage. Il voudra furieusement prendre sa revanche sur le destin qui l’a privé d’un second mandat où son immense talent aurait pu s’épanouir à loisir… sur les Français, ingrats, qui ne l’ont pas réélu… et surtout sur ses « amis de l’UMP » qui ne l’ont pas assez soutenu…
    Une des pierres d’achoppement pouvait provenir de l’UMP elle-même qui se cabrerait contre le chef déchu dans lequel elle ne croirait plus et déciderait que « cela suffit comme cela » pour regarder ailleurs. C’est ce qui est arrivé à Valéry Giscard d’Estaing avec l'UDF… À moins que l’UMP n’existe bientôt plus…

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  • JACQUELINE DE ROMILLY « Notre vrai espoir est dans l'enracinement des valeurs humanistes »

    Jacqueline de Romilly a suivi ses études à Paris. Elle entre ensuite à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm et à la Sorbonne. Agrégée de lettres, docteur ès lettres, elle devient professeur de langue et littérature grecques à l'université de Lille et à la Sorbonne, avant d'être nommée professeur au Collège de France en 1973 (chaire : la Grèce et la formation de la pensée morale et politique). Cette helléniste de renom est élue membre de I'Académie française en 1988. Jacqueline de Romilly est grand officier de la Légion d'honneur et de l'ordre national du Mérite et Commandeur des Arts et Lettres et des Palmes académiques.
    Comment expliquez-vous que le grec soit en train de disparaître de notre enseignement ?
    J. de R. : La première raison, à mon sens, en est le triomphe actuel du matérialisme. Les carrières scientifiques offrent manifestement des débouchés auxquels on a cru devoir sacrifier la formation littéraire, oubliant que pour tout métier un véritable enseignement est formation de l'esprit, du jugement, de l'art de s'exprimer et des valeurs. À cela s'est ajoutée une tendance nouvelle dans la pédagogie qui consiste à laisser l'enfant découvrir le plus de choses possibles tout seul ; cette tendance, qui peut avoir ses bons côtés, aboutit aussi à couper le contact avec le passé, avec les moments où se sont formées les grandes idées et où on les trouve encore de façon simple et immédiatement accessible. Cette double raison ad' abord atteint le grec, dont l'utilité pratique est très peu évidente, mais elle a atteint ensuite l'ensemble des études littéraires et même l'étude de la langue française et des auteurs français. Enfin, il faut ajouter que la multiplication des disciplines nouvelles et l'augmentation soudaine des élèves exigeaient un effort financier qui n'a pas été fourni : c'est souvent par économie que certains enseignements, si importants pour la formation de l'esprit, sont supprimés dans divers établissements.
    Il ne sera pas facile de réagir contre des causes aussi profondes et aussi diverses; mais la crise qui atteint maintenant l'ensemble de l'enseignement littéraire et des valeurs morales est assez sensible pour réclamer un sursaut : il serait temps d'ouvrir aux jeunes les richesses de cet apprentissage qui les relie au passé et les arme pour l'avenir.
    Est-il possible d'affirmer que durant ta période de la Grèce antique, c'est-à-dire païenne, on trouve toute une préparation des interrogations sur l'homme, sur la vie, sur le sens qui est l'essentiel ?
    J. de R. : Plus aucun doute : la réponse sur ce point est tout à fait évidente. C'est même là, à mes yeux, le trait le plus caractéristique de la littérature grecque. On le voit dès le début, dans les poèmes homériques où sont confrontées les volontés de l'homme et les décisions des dieux où se manifeste la souveraineté de ces dieux, mais aussi la dignité que peut garder, en toutes circonstance, l'homme même vaincu. On voit aussi les principaux héros incarner les grands sentiments ou les grandes situations humaines, à telle enseigne qu'ils en sont restés les symboles jusque dans nos littératures modernes. Ce trait est encore plus net quand on arrive au Ve siècle athénien : on voit alors la tragédie poser ouvertement ses problèmes, discuter de la justice divine, s'en inquiéter et s'interroger sur les limites de la vengeance ou du pardon et sur les conduites politiques. D'ailleurs, c'est l'époque où Socrate lance une philosophie centrée désormais sur l'homme, ses devoirs et ce à quoi il doit aspirer. Dans tous les genres, même dans l'Histoire, se retrouve ce souci de dégager des traits importants pour l'homme, en général, importants pour tous les temps.
    Et c'est ce qui fait à mon sens le prix de ces textes dans la formation des jeunes.
    Pourquoi les Grecs ont-ils eu le sens de l'importance de ces questions ?
    J. de R. : Il serait imprudent de donner une réponse trop précise, alors que les tendances naturelles d'un peuple et les diverses circonstances du temps ont pu jouer. Mais une chose est sûre : dès l'origine, les Grecs ont eu tendance à pratiquer le débat, c'est-à-dire à s'exprimer et à confronter leurs idées avec celles des autres, puis à les fixer par écrit de façon à établir un dialogue par-delà les circonstances du débat lui-même. Dans les poèmes homériques, qui coïncident avec les débuts de l'écriture, on trouve déjà des assemblées où les chefs délibèrent entre eux, et même d'autres assemblées où les dieux délibèrent entre eux. On discute, on cherche à convaincre. C'est le même principe qui les a poussés à définir l'importance de la loi et bientôt à inventer la démocratie. Non seulement ils l'ont inventée, mais ils ont cherché à en définir les principes, les beautés et aussi les risques. Pourquoi l'ont-il fait ? Je répète qu'il est impossible de le dire.
    Peut-on dire qu'il existe une continuité qui mène de ces interrogations à la pensée chrétienne, à la religion chrétienne ?
    J. de R. : Le mot de continuité est peut-être un peu fort, car la coupure apportée par le christianisme reste majeure; la prééminence du religieux sur le politique, la prééminence de l'amour sur toutes les vertus en sont les signes bien nets. Cependant, si l'on considère l'évolution progressive de la pensée grecque, on voit s'y manifester avec le temps des traits qui, en effet, préparent le christianisme. Dans le domaine proprement religieux, on assiste à un rejet progressif des légendes du mythe et à une tendance plus nette à considérer le divin sous une forme plus abstraite et plus parfaite. Déjà Homère écarte certaines histoires étranges du mythe. Au Ve siècle, Euripide, dans son théâtre, laisse des personnages les critiquer ouvertement ; et cela aboutit avec Platon à un refus franc accompagné d'une habitude nouvelle de parler du dieu ou de la divinité. Plus tard, on verra, chez les néoplatoniciens en particulier, une relation encore plus personnelle et fervente avec la divinité. Un bon exemple serait celui de Plotin. En tout cas, il est clair que l'on passe sans heurts des mythes effarants du début à ce rapport personnel avec Dieu qui émerge dans les siècles précédant le christianisme. Je voudrais ajouter qu'une même évolution se fait jour dans le domaine moral. Là où régnait avant tout la justice, on voit se développer, progressivement, des valeurs que l'on peut grouper sous le nom de douceur (c'est le mot employé en grec), et qui comportent l'indulgence, le pardon, la tolérance. J'ai consacré un gros livre au progrès de ces idées, progrès qui est continu et très net au cours des siècles. Certes, ces valeurs apparaissaient dès les premières œuvres grecques, où se marquait par exemple la pitié pour les vaincus ; mais elles n'ont cessé de se développer et par là préparaient en ce sens le christianisme. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si le terme de «barbare», signifiant d'abord qui ne sait pas le grec, a pris la valeur qu'il a encore parmi nous aujourd'hui.
    Quelles étaient les relations entre l'homme et les dieux dans la Grèce antique ?
    J. de R. : Ces relations étaient très diverses. Pour simplifier, je distingueras deux aspects. D'abord la religion grecque était un polythéisme, et les dieux -divers pouvaient entretenir avec les hommes des rapports très proches. Jl y avait des enfants nés d'une déesse et d'un mortel ou d'un dieu et d'une mortelle; des dieux pouvaient avoir des mortels pour amis ou pour ennemis; ces dieux pouvaient surgir dans la vie humaine, intervenir sous des formes trompeuses, se mêler à l'action des hommes. Cela sans compter l'existence, non seulement des demi-dieux mais de toutes les petites divinités qui, aux côtés des monstres, introduisaient le sacré dans la vie quotidienne. La vie de l'homme grec était donc pleine de dieux et se trouvait par là comme enrichie par cette présence. Pourtant (et c'est le second aspect), ces dieux qui se mêlent aux hommes restent radicalement différents. Dès Homère, ils sont immortels par opposition aux mortels, et cela change tout. De plus, ces immortels connaissent une hiérarchie : la décision de Zeus est souveraine. L'homme est donc soumis à la décision divine, il la craint ; il tente de se la concilier par des prières. S'il connaît un sort mauvais, il cherche quelle faute il a pu commettre pour irriter un dieu, ou les dieux, ou Zeus lui-même. Le théâtre d'Eschyle est tout plein de ce tremblement devant cette justice de Zeus, dont on s'explique malles manifestations. Le problème des délais de la justice divine a hanté la pensée grecque d'Eschyle à Plutarque.
    Est-il possible d'affirmer que le culte de Zeus était une préfiguration des cultes monothéistes ?
    J. de R. : J'ai déjà indiqué que l'autorité de Zeus, en se précisant, tend à une sorte de monothéisme; mais je ne voudrais pas parler du « culte de Zeus », car cette évolution philosophique ne concerne pas le culte où les sacrifices et tous les rites étaient fort différents, dans leur esprit et dans leur forme, de la religion chrétienne.
    Quelles sont les valeurs humanistes qui vous semblent être encore actuelles ?
    J. de R. : À cette question je répondrai sans hésiter : toutes ! Je pense que le propre des valeurs humanistes est de tenir compte de ce qui est propre à l'homme. Ceci implique le désir de comprendre les autres, de se faire comprendre d'eux et de respecter par rapport à eux des règles précises. Ce principe n'exclut nullement le dévouement à la Patrie et à la Cité, loin de là; mais il implique le respect des règles de la justice et aussi de ces valeurs plus douces dont j'ai parlé et qui englobent pitié, indulgence et tolérance; et, par-delà les règles de la Cité, cela implique les règles valant pour tous, des lois non écrites qui imposent un certain respect des personnes et dont l'autorité vient directement des dieux. On trouve souvent dans les textes grecs des justifications de certaines conduites fondées sur l'idée : « il est un homme comme moi », « il pourrait m'arriver la même chose qu'à lui ». La fierté d'être un homme digne de ce nom anime les textes grecs; mais à la fierté des progrès techniques se mêle toujours le rappel de la règle morale qui commande tout L'ensemble de ces valeurs me paraît essentiel en tout temps, mais peut-être plus que jamais en une époque où l'on voit se développer de façon dramatique la violence, la guerre, et les crimes que l'on appelle justement « crimes contre l'humanité ». Chaque petit texte lu lentement apporte une aide en ce sens.
    Voyez-vous une opposition entre humanisme et enracinement ?
    J. de R. : Je ne crois pas qu'il y ait opposition : cela dépend du sens que l'on donne à enracinement. S'il s'agit d'attachement systématique à des traditions locales et d'hostilité à tous ceux qui ne les partagent pas, il y a opposition; mais les valeurs humanistes sont ce qui peut permettre à l'enracinement de ne pas prendre ce caractère. Elles permettent d'associer ces traditions à une ouverture et à une compréhension des autres. De même que l'on peut être Breton, Français, Européen et comprendre les autres cultures, de même l'enracinement et l'humanisme peuvent être conciliés à condition que celui-ci soit présent. Isocrate n'ignorait pas la lutte profonde, et même l'opposition entre Grecs et sujets de la Perse, mais il définit aussi l'hellénisme comme le fait d'une culture et non pas d'une race. J'aurais donc tendance à retourner le rapport des mots et à dire que notre vrai espoir est dans l'enracinement des valeurs humanistes : c'est là que l'enseignement a son rôle à jouer ; et c'est un rôle capital pour notre avenir.
    ✍ Propos recueillis par François Delancourt Français d'abord! - 2e quinzaine mai 2002

  • Pierre Hillard sur Radio Courtoisie

    Pierre Hillard, chercheur en géopolitique et spécialiste du mondialisme (livres ici), exposait cette semaine ses analyses au micro d’Yves-Marie Laulan, sur Radio Courtoisie.
    A écouter pour se familiariser ou se mettre à jour sur la question mondialiste.


    Libre Journal de Y-M Laulan du 21 novembre 2012... par Super_Resistence

    2e partie :


    Libre Journal de Y-M Laulan du 21 novembre 2012... par Super_Resistence

    http://www.contre-info.com

  • Réponses de Robert Steuckers à la Table Ronde, “Quel avenir pour les peuples d’Europe?” au colloque du Château Coloma, 3 mars 2012

    Q.: Quelles réactions positives voyez-vous aujourd’hui parmi les peuples européens?

    RS: Des réactions positives? Je n’en vois pas beaucoup. J’en retiens deux, marginales sur le plan géographique mais significatives, et, mutatis mutandis, dignes d’être imitées: la mobilisation populaire en Islande et la colère de la foule en Grèce. Il y a d’abord la réaction islandaise, celle de ce petit peuple insulaire de 350.000 habitants, qui a inventé une véritable représentation démocratique dès l’aube de son histoire et forgé la première littérature moderne et profane de notre continent. Dans ce pays, les responsables de la crise de 2008, les infects banksters qui ont commis l’acte abject et méprisable de spéculer, sont traduits en justice, de même que Haarde, le Premier Ministre qui a couvert leurs vilénies, tandis que notre “Commission Dexia” patine et qu’on ne verra pas de sitôt l’incarcération, pourtant dûment méritée, de Dehaene à Lantin ou à Jamioulx. En Islande, ses homologues ès-abjection sont derrière les barreaux ou devant les juges. Parallèlement à cette saine réaction, les Islandais ont refusé de rembourser les banques étrangères qui ont participé à la ruine de leur pays et se sont donné une constitution nouvelle où la spéculation est expressément décrite comme un délit et où tous les transferts de souveraineté sont d’emblée condamnés ou, éventuellement, soumis à référendum. Les Islandais ont fait montre de volonté politique: ils ont prouvé qu’un retour au politique était possible dans un monde occidental où règne la dictature subtile du “tout-économique”. Résultat: l’Islande connaît un redéploiement économique assez spectaculaire.

    Dans le reste de l’Europe, c’est l’apathie.

    En Grèce, nous avons vu, ces jours-ci, des émeutes plus violentes encore que celles qui ont secoué Athènes l’an passé. Le peuple refuse le diktat des banques, du FMI et de l’eurocratie. La RTBF comme la VRT ont interrogé des quidams dans la rue; trois de ceux-ci ont lancé: “C’est bientôt votre tour!”. C’est prophétique et réaliste tout à la fois. En effet, la faiblesse, la lâcheté et la veulerie du monde politique, qui n’ose faire cueillir les escrocs et les banquiers par la police dès potron-minet, en filmant la scène à titre de petite mise au pilori, ne peuvent avoir qu’une seule conséquence à moyen terme: la faillite totale de l’Etat et l’hellénisation/paupérisation de notre société. Malgré cette colère de la rue à Athènes, les Grecs, contrairement aux Islandais, ont dû accepter, tout comme les Italiens d’ailleurs, un gouvernement d’économistes, de banquiers, de technocrates qui n’ont aucun atome crochu avec la population et, forcément, aucune légitimité démocratique. La dictature a donc fait sa réapparition en Europe, non plus une dictature acclamative ou issue des urnes comme il y en a eu dans l’histoire récente de notre continent, mais une dictature sans acclamations populaires, sans légitimité électorale, qui s’apprête à ruiner toutes les familles grecques et italiennes. Mais où sont les protestataires anti-dictateurs, comme ceux qui s’agitaient contre Franco ou contre les Colonels grecs dans les années 60 et 70 ?
    En France, les grandes leçons du gaullisme des années 60 sont bien oubliées. Aucune réaction saine n’est à attendre du sarközisme néo-libéral. En Espagne, le mouvement des indignés est certes fort sympathique, mais quelles seront ses suites? L’Espagne, vient de nous dire Jean David, compte aujourd’hui quatre millions de chômeurs, avec un nouveau gouvernement libéral, qui fera la politique du FMI, et préconisera des mesures anti-populaires comme le font déjà anticipativement, chez nous, un Decroo (le fils de son papa) ou un Reynders (qui, dit-on, brigue un haut poste à la BNP à Paris).
    Le mouvement des indignés espagnols montre que toute contestation juvénile est désormais noyée dans ce que le regretté Philippe Muray nommait le “festivisme”. On transforme une protestation, dont les enjeux sont pourtant vitaux pour l’ensemble de la population, en un happening de style Woodstock, ce qui n’inquiète ni les banksters ni leurs serviteurs néo-libéraux. Le danger du “gauchisme”, comme on disait naguère, ne vient nullement de sa nature “contestataire”, antagoniste à l’égard des pouvoirs en place, mais de ses propensions au “festivisme”, tel qu’il a été défini par Muray. La culture festiviste, envahissante, tablant sur les émotions ou sur les désirs, tue de fait les réflexes politiques, basés sur le sérieux de l’existence, sur l’agonalité (Ernst Jünger, Armin Mohler) et sur la prise en compte, pessimiste et prévoyante, des risques et du pire (Clément Rosset). Les exemples abondent pour signaler le glissement des idées en apparence révolutionnaires de mai 68 dans la farce festiviste: l’itinéraire d’un Daniel Cohn-Bendit le prouve amplement, ce pseudo-révolutionnaire du Nanterre de 1968, qui avait mêlé verbiage pseudo-marxiste et obsessions sexuelles, est aujourd’hui un allié du néo-libéral thatchérien Guy Verhofstadt quand il s’agit, dans l’enceinte du Parlement européen, de vitupérer tout réflexe politique naturel, émanant du peuple réel; ou toute tentative de l’un ou l’autre ponte en place, comme Sarközy, d’utiliser un réflexe populaire naturel pour mener une politique quelconque, par pur calcul politicien et qui, si elle était réellement traduite dans la réalité, serait efficace ou écornerait les intérêts du banksterisme.
    Le philosophe néerlandais Luk van Middelaar parlait, pour la France, d’une culture philosophique du “politicide”, qui s’est développée parallèlement à l’idéologie étatique rigide que la république a toujours tenté de faire triompher dans son propre pré carré. De Sartre aux contestataires de Mai 68, en passant par Michel Foucault ou par le néo-nietzschéanisme exigeant la libération joyeuse et immédiate des “machines à désirer”, par le nouveau néokantisme post-marxisant qui découvrait subitement l’horreur du goulag chez ses anciens alliés soviétiques dans les années 70 ou par l’hypermoralisme hystérique des médias dominants ou par la promotion médiatique d’une “république compassionnelle”, les intellectuels français ont perpétré en permanence un “assassinat du politique” qui ne peut mener qu’à une impasse. Celle dans laquelle nous nous trouvons (Luk van Middelaar, Politicide – De moord op de politiek in de Franse filosofie, van Gennep, Amsterdam, 1999).
    Il faut par conséquent une bataille métapolitique pour éradiquer les affres du festivisme et contrer les effets délétères de l’apathie en laquelle somnolent la plupart de nos concitoyens.

    Q.: A quels dangers serait soumise une Europe redevenue “populiste” au sens positif du terme?

    RS: Dresser la liste des dangers qui nous menacent risque d’être un exercice fort long. Si nous prenons la spéculation en cours contre l’euro, phénomène emblématique de l’absence de souveraineté et de vigueur politiques au sein de l’Europe eurocratique, nous constatons que toutes les spéculations hostiles à la monnaie commune européenne ont une origine outre-Atlantique, proviennent du secteur bancaire spéculatif américain. J’en conclus que la spéculation contre les Etats et les monnaies, dont l’Asie avait connu un précédent en 1997, est un mode (relativement) nouveau de guerre indirecte. Saddam Hussein voulait facturer son pétrole en euro. Ahmadinedjad a envisagé de le faire à son tour pour le pétrole et le gaz iraniens. Les puissances du BRIC (Russie, Chine, Inde, Brésil) emboîtent le pas. L’euro constituait donc le danger le plus grave pour les Etats-Unis à court et à moyen termes, car il était sur le point de détrôner le roi-dollar. L’Europe, puissance civile et pacifique (Zaki Laïdi), aurait, sans coup férir, damé le pion à l’hegemon Il fallait dès lors frapper cet instrument de souveraineté européenne à son “ventre mou” méditerranéen. Les pays méditerranéens, ceux du groupe PIGS (Portugal, Italie, Grèce, Espagne), sont effectivement les plus fragiles, les plus aisés à faire basculer pour entraîner un effet domino et affaiblir simultanément les pays économiquement plus forts de l’ancienne zone mark (oui, la Belgique est menacée, on le sait; l’Autriche a perdu un “A” et les Pays-Bas sont inquiets car ils connaissent leurs points faibles, leurs éventuels talons d’Achille). L’Allemagne est encore en mesure de résister vu ses accords gaziers avec la Russie et les marchés qu’elle développe à grande échelle en Chine. L’Allemagne demeure forte parce qu’elle est davantage liée aux puissances du groupe BRIC, parce qu’elle a misé subrepticement sur une carte eurasienne sans renier avec fracas son option atlantiste officielle. Les anciens chanceliers Schmidt et Schröder se sont hissés à la position “catéchonique” de garants de cet axe énergétique Berlin/Moscou, avatar actuel des accords Rathenau/Tchitchérine, signés à Rapallo en 1922.
    Pour revenir à la Grèce, aujourd’hui ruinée, on évoque fort souvent l’insouciance du personnel politique grec, qui a pratiqué une politique démagogique où l’Etat-Providence était particulièrement généreux et peu regardant (plusieurs centaines d’aveugles disposent de leur permis de conduire...) ou le gouffre financier qu’a constitué l’organisation des jeux olympiques de 2004 mais on omet curieusement de mentionner le coût exorbitant qu’ont entraîné les incendies de forêts et de garrigues que le pays a subi deux années de suite. Le feu a ravagé les campagnes et s’est avancé jusque dans les banlieues des villes dans des proportions hors du commun. De même, la Russie de Poutine, récalcitrante face aux diktats du “nouvel ordre mondial”, a subi sur son territoire des incendies de grande envergure, inédits dans l’histoire.
    Ces incendies sont-ils dû à des hasards naturels, un peu vite mis sur le compte de l’hypothétique “réchauffement climatique”? Ou bien sont-ils les effets d’une nouvelle forme de “guerre indirecte”? La question peut être posée.
    De même, on parle, avec le projet HAARP, de l’éventualité de provoquer artificiellement des catastrophes sismiques ou autres. Le tsunami qui a réduit à néant le nucléaire japonais l’an passé (et conduira à court terme au démantèlement total du secteur nucléaire de l’Empire du Soleil Levant) ou les tempêtes extrêmement violentes que la France a subies il y a quelques années, immédiatement après l’enthousiasme soulevé par la possibilité d’un Axe Paris/Berlin/Moscou, sont-ils des hasards ou non? Telles sont des questions à étudier avec toute l’attention voulue, comme le fait “Kopp-Verlag” en Allemagne.
    L’arme de la grève sauvage a été utilisée contre Chirac en 1995, après des essais nucléaires à Mururoa. On sait que certains syndicats français, noyautés par des éléments trotskistes ou lambertistes, pendants économico-sociaux des “nouveaux philosophes” agissant dans l’espace médiatique, sont soutenus par la CIA (ou l’ont été par l’ex-OSS quand il a fallu mettre les anciens alliés communistes échec et mat). La France vit en permanence sous l’épée de Damoclès d’une paralysie totale, qui pourrait être due, par exemple, à une grève des routiers, qui bloquerait toutes les routes de l’Hexagone et toutes les voies d’accès à celui-ci. Dans de telles conditions, pas besoin de révolution orange en France...
    Reste effectivement le danger des “révolutions colorées”, à l’instar de celle qui a réussi en Géorgie en 2003 et a porté Sakashvili au pouvoir. L’instrument des révolutions colorées est désormais connu et ne fonctionne plus de manière optimale, en dépit d’un personnel très bien écolé, recruté au départ du mouvement serbe OTPOR. En Ukraine, les conséquences de la “révolution orange” de 2004, soit un rapprochement du pays avec les structures atlantistes et eurocratiques, sont annulées sous la pression du réel géographique. L’Ukraine est liée aux espaces déterminés par les grands fleuves (Dniestr, Dniepr, Don) et par la Mer Noire. Elle est aussi liée territorialement à l’espace russe du Nord. La dernière tentative de “révolution orange” en Russie cet hiver, pour faire tomber Poutine, s’est soldée par un échec: les sondages créditent le Premier Ministre russe de 66% des intentions de vote! Pire pour les “occidentistes”, la majorité absolue des voix va non seulement vers le mouvement de Poutine mais aussi, au-delà des deux tiers de votes que les sondages lui attribuent, à des formations politiques d’inspiration communiste ou nationale (Ziouganov et Jirinovski) et non pas vers les tenants d’une ré-occidentalisation de la Russie, avec son cortège de “Gay-Prides” festivistes, d’oligarques et de politiciens véreux et falots.
    Les “printemps arabes”, autre manière de mobiliser les foules pour libérer les marchés potentiels —que constituent les Etats arabo-musulmans—  des structures étatiques traditionnelles et des corruptions claniques, ont fonctionné en Tunisie et, partiellement seulement, en Egypte. En Syrie, cela n’a pas marché et on prépare au pays d’El-Assad un avenir libyen...
    Les pays européens sont finalement à ranger parmi les Etats de faible personnalité politique. Outre la spéculation contre l’euro, quel instrument garde-t-on au placard pour la faire fléchir si jamais il lui prenait de branler dans le manche? L’ambassadeur américain Jeremy Rivkin a été trop bavard: il a révélé la nature de l’instrument dont on ferait usage pour déstabiliser les sociétés des Européens de l’Ouest, si ceux-ci devenaient trop récalcitrants. On leur balancerait les déclassés des banlieues dans les pattes. Jeremy Rivkin évoque, sans circonlocutions inutiles, la possibilité de mobiliser les masses immigrées des banlieues pour faire tomber ou pour désarçonner un gouvernement rebelle, surtout en France. Sarkozy doit savoir mieux que personne qu’il a été porté au pouvoir suite aux émeutes des banlieues françaises de novembre 2005. Elles avaient servi à éliminer Chirac, adepte de l’Axe Paris/Berlin/Moscou. Elles pourraient tout aussi bien servir à le faire tomber, lui aussi, s’il ne reste pas sagement dans le sillage de l’hegemon américain et fidèle à son alliance privilégiée avec la Grande-Bretagne de Cameron. Faye avait prédit, à la grande fureur du président français actuel, que la France ne pourrait pas se payer indéfiniment des émeutes de banlieues, surtout si elles éclataient simultanément dans plusieurs grandes agglomérations de l’Hexagone, non plus seulement dans le fameux département n°93, près de Paris, mais aussi à Lyon, Marseille et Lille. Les réseaux salafistes, comme les réseaux lambertistes, sont prêts à faire le jeu de l’hegemon, au détriment des Etats-hôtes, a fortiori si l’Arabie Saoudite, matrice financière wahhabite des mouvements salafistes, est une alliée inconditionnelle de Washington.
    La méfiance à l’égard de certains réseaux salafistes ne relève donc pas du “racisme” ou de l’“islamophobie”, comme le vocifèrent les médias aux ordres ou le pensent certains magistrats croupions, dont la corporation est dénoncée comme inculte, à l’instar de tous les juristes modernes sans culture générale, par François Ost, ancien recteur des Facultés universitaires Saint-Louis de Bruxelles. Cette méfiance à l’égard des salafistes relève d’une simple analyse du terrain politique, où il faut établir l’inventaire des éléments en place: quelles sont les forces dangereuses qui pourraient, dans un avenir prévisible, disloquer la machine étatique, dont je suis citoyen, et plonger la société, en laquelle je vis, dans le chaos? Quelles sont les forces en présence dans ma société qui pourraient servir de levier, à toutes mauvaises fins utiles, à l’hegemon pour la déstabiliser ou l’affaiblir ?

    Q.: Quels sont les ennemis intérieurs et extérieurs des peuples européens dans le contexte actuel ?

    RS: Commençons par les ennemis extérieurs, les ennemis intérieurs n’étant que des instruments à leur service. L’ennemi extérieur est bien entendu l’hegemon qui refuse de nous élever à son rang, comme on le ferait en toute bonne logique avec des alliés fidèles à la façon romaine, et nous plonge en permanence dans l’assujetissement, brisant chaque fois, à l’aide d’instruments subtils propres aux nouvelles formes de guerre indirecte, tout nouvel élan économique ou politique de notre Europe. Cet hegemon est une thalassocratie, une puissance essentiellement maritime, une puissance qui domine les “res nullius” que sont les océans et l’espace circumterrestre, tout en imposant des règles internationales fluctuantes, chaque fois interprétées en sa faveur. Je veux bien évidemment parler des Etats-Unis d’Amérique, tels que les a décrits une figure comme Carl Schmitt. Ce n’est pas la place ici de rappeler les réflexions profondes et pertinentes que Carl Schmitt a émises sur la fabrication arbitraire et perfide de règles juridiques internationales floues et boiteuses car tributaires de l’esprit “wilsonien”, destinées à faire avancer les pions de l’impérialisme américain dans le monde ou sur le processus délétère de fluidification et de liquéfaction des certitudes et des traditions diplomatiques que ces règles perfides ont fait éclore. Plus accessibles me semblent les directives émises par un stratégiste américain, Nicholas J. Spykman, dans un bref vademecum en annexe de son ouvrage de 1942, America’s Strategy in World Politics.
    Pour lui, l’Europe de son temps possède dix atouts qui la rendent supérieure aux Etats-Unis. Ces dix atouts, que j’énonce par ailleurs (cf. “Panorama théorique de la géopolitique”, in Orientations n°12, été 1990/hiver 1990-91), lui avaient été inspirés par un géopolitologue allemand de l’école de Haushofer, une certain Robert Strauss-Hupé, émigré aux Etats-Unis après la prise du pouvoir par les nationaux-socialistes parce qu’il avait quelque ascendance juive. Les atouts que doit avoir une superpuissance de l’acabit des Etats-Unis pour Spykman ou les atouts que possédait l’Europe sous hegemon germanique selon Strauss-Hupé sont notamment, je n’en cite ici que trois, l’excellence d’un système scolaire et universitaire, la cohésion ethnique et une économie plus ou moins autarcique (ou semi-autarcique auto-centrée comme le préciseront plus tard les Français François Perroux et André Grjébine) qui permet l’émergence et la consolidation d’un bloc économique concurrent des Etats-Unis et capable de conquérir et de conserver longtemps des marchés en Asie, en Afrique et en Amérique latine.
    Pour démolir l’enseignement, il y a eu mai 68, avec son cortège de nouvelles pédagogies abracadabrantes et son laxisme implicite, suivi d’une offensive, classée à “droite”, du néo-libéralisme qui a imposé des schémas pédagogiques visant l’acquisition facile de savoirs purement utilitaires au détriment des humanités traditionnelles, totalement battues en brèche. Une fois de plus, ici, le festivisme gauchiste à la sauce 68 n’a jamais cessé de marcher de concert avec le néo-libéralisme utilitariste pour ruiner les acquis de notre civilisation et que leur antagonisme fictif, souvent médiatisé pour faire croire à des alternances démocratiques, ne servait qu’à leurrer les masses. Pour briser la cohésion ethnique, on a d’abord coupé l’Europe occidentale de ses réservoirs habituels de main-d’oeuvre supplétive en Europe orientale, on a ensuite freiné tous les processus d’intégration et d’assimilation avec l’aide des réseaux wahhabite/salafiste inféodés à l’allié saoudien (qui promettait aussi un pétrole bon marché à condition que l’Europe s’ouvre à toutes les immigrations musulmanes); on s’apprête, avec l’ambassadeur Rivkin, à inciter les nouveaux banlieusards déboussolés, toutes couleurs et toutes confessions confondues, à bloquer le fonctionnement total de l’Etat et de la société en générant des troubles civils dans les grandes agglomérations; en Allemagne, Erdogan et Davutoglu menacent de faire jouer, au détriment de l’Etat allemand, les “sociétés parallèles” turques, étant bien entendu que le néo-libéralisme a eu pour effet de favoriser, de “booster”, toutes les ‘économies diasporiques”, dont les réseaux turcs, axés, dans un premier temps, sur le trafic de l’héroïne; enfin, la pratique permanente du “politicide”, surtout en France, ne permet aucune restauration du “politique”, au sens où l’entendait le regretté Julien Freund. Sans restauration du politique, nous risquons le déclin total et définitif.
    On s’aperçoit clairement que l’hegemon, qui entend freiner tous nos élans, aligne tout un éventail d’alliés circonstantiels, qui ne sont en aucun cas l’ennemi principal mais bien plutôt les instruments de celui-ci. La rébellion turque, mise en exergue par les médias depuis le “clash” entre Erdogan et son homologue israélien à Davos et depuis l’affaire de la flotille humanitaire turque amenant des médicaments aux Palestiniens de Gaza, est un “show”, destiné à gruger les masses arabo-musulmanes. Outre cette mise en scène, la politique turque n’a guère changé à l’égard de son environnement, en dépit du discours néo-ottoman de Davutoglu qui évoque les notions de “zéro problème avec les voisins” et de solidarité musulmane. En Syrie, depuis août 2011, la Turquie est bel et bien alignée sur l’hegemon américain: Erdogan, Gül et Davutoglu ont tenté de faire fléchir El-Assad, en lui suggérant de prendre dans son gouvernement des ministres appartenant aux “Frères Musulmans” et de ne plus favoriser les Alaouites, adeptes d’un islam à fortes connotations chiites, et de renoncer à la laïcité de l’Etat, préconisée par l’idéologie baathiste qui refuse toute discrimination entre musulmans (sunnites, chiites, alaouites, druzes, etc.) ou à l’égard des chrétiens arabes/araméens. Le pari baathiste sur la laïcité de l’Etat syrien, sans violence institutionnelle aucune à l’égard des communautés réelles composant la population syrienne, est plus souple que ne le fut le kémalisme turc, avant son éviction par l’AKP d’Erdogan. Aujourd’hui, c’est par la Turquie (par l’Irak et la Jordanie) que transitent les armes pour les opposants syriens et pour les mercenaires “afghans” ou “libyens” qui affrontent l’armée loyaliste syrienne. Par railleurs, la géopolitique implicite de la Turquie n’est pas assimilable à une géopolitique européenne cohérente: les “directions” qu’entend prendre la géopolitique turque sous-jacente ne vont pas dans le même sens qu’une bonne géopolitique européenne qui serait enfin devenue générale et cohérente: la Turquie, par exemple, entend reprendre indirectement pied dans les Balkans, alors que ceux-ci devraient constituer exclusivement un tremplin européen vers la Méditerranée orientale et le Canal de Suez. Enfin, l’actuel territoire turc constitue une zone de transit pour une immigration proche-orientale, moyen-orientale et asiatique tentant de s’introduire dans l’espace Schengen. La Turquie, en dépit des subsides considérables qu’elle reçoit de l’Europe eurocratique, ne garde pas ses frontières et laisse passer vers l’Europe des centaines de milliers de futurs clandestins. La police et la flotte grecques sont débordées. Les finances de l’Etat grec ont été déstabilisées par ce combat à la Sisyphe, tout comme par les incendies de grande ampleur que la Grèce a subi ces derniers étés, et non pas tant, comme veulent le faire accroire les médias véhiculant le discours néo-libéral dominant, par la mauvaise gestion des budgets olympiques de 2004 et par quelques milliers de pauvres grecs véreux et madrés qui escroquaient leur système national de sécurité sociale. Pour endiguer ce gigantesque flot de réfugiés, pire que ceux de Lampedusa aux portes de la Sicile et de Fuerteventura dans les Canaries, l’eurocratie ne débloque qu’un très petit budget pour l’envoi de 200 malheureux gendarmes qui doivent surveiller une frontière qui va des rives pontiques de la Thrace à toutes les îles de l’Egée jusqu’à Rhodes et à toutes les parties de l’archipel du Dodécannèse. L’agence Frontex, chargée en théorie de verrouiller les frontières extérieures de l’espace Schengen pour éviter tous les déséquilibres qu’apporterait une immigration débridée, ne reçoit en réalité aucun appui sérieux et se révèle une “coquille vide”.
    On sait que toutes les menées salafistes ou wahhabites sont en dernière instance téléguidées par le tandem américano-saoudien et s’avèrent idéales pour perpétrer des opérations de guerre indirecte, dites de “low intensity warfare”, ou des actions “fausse-bannière” (false flag operations). On tue un Pim Fortuyn non pas tant parce qu’il serait “islamophobe” mais parce qu’il souhaitait supprimer la participation néerlandaise aux opérations en Afghanistan. On recrute un tueur dans la diaspora marocaine de Molenbeek pour éliminer le Commandant Massoud afin que ce combattant efficace ne prenne pas le pouvoir suite à la chute des talibans, programmée par le Pentagone. On envoie un Jordanien fondamentaliste pour prendre la direction de la rébellion tchétchène sur le tracé d’un oléoduc qui pourrait amener le brut russe et kazakh en Mer Noire, etc. La Russie, fournisseur principal d’hydrocarbures à l’Europe, est fragilisée dans la Caucase du Nord par les fondamentalistes tchétchènes et daghestanais mais aussi et surtout, comme le signale l’observateur allemand Peter Scholl-Latour, par une intervention wahhabite potentielle (et donc indirectement américaine) dans deux républiques musulmanes de la Fédération de Russie, le Tatarstan et le Baschkirtostan. Si ces deux républiques basculent dans le désordre civil ou si des fondamentalistes y arrivent au pouvoir, le territoire de la Fédération de Russie serait littéralement coupé en deux à hauteur de l’Oural, extrême nord excepté, soit au-delà de la limite méridionale de la zone des toundras. L’Europe serait réduite à ce qu’elle était au début du 16ième siècle, avant le déferlement des troupes d’Ivan le Terrible et de Fiodor I au 16ème siècle qui, parties de la région de Moscou, conquièrent tout le cours de la Volga et déboulent à Astrakhan en 1556. Kazan, la capitale tatar, était tombée en 1552. Peter Scholl-Latour rappelle que les Tatars ne sont que fort rarement séduits par le “wahhabisme” saoudien ou par l’idéologie égyptienne des Frères Musulmans d’Hassan al-Banna et de Sayyid Qutb et leur préfèrent une sorte d’islam modernisé, compatible avec la modernité européenne et russe, que l’on appelle le “yadidisme” ou la “voie tatar”, dont le penseur est actuellement Rafael Chakimov. Ce dernier s’insurge contre les volontés wahhabites de vouloir à tout prix imiter les moeurs et coutumes de l’Arabie des 7ème et 8ème siécles. Les adeptes de Chakimov sont peut-être majoritaires aujourd’hui au Tatarstan mais ils avaient dû prendre en compte les menées de la mosquée “Yoldiz Madrassa”, dans la ville industrielle de Naberechnié Khelny, animée par des enseignants tous issus du monde arabe. Ils ont été expulsés parce que certains de leurs étudiants avaient rejoint les rebelles tchétchènes. L’avenir est ouvert sur les rives de la Kama, affluent de la Volga qui prend ses sources loin au nord, à la limite de la toundra circumarctique. L’hegemon mondial et ses alliés saoudiens pourraient y semer le trouble en luttant contre le “yadidisme” tatar ou en réactivant une forme ou une autre de pantouranisme (pour connaître la question dans tous ses détails et en dehors de toute polémique politique, cf. L’islam de Russie – Conscience communautaire et autonomie politique chez les Tatars de la Volga et de l’Oural depuis le XVIIIe siècle, sous la direction de Stéphane A. Dudoignon, Dämir Is’haqov et Räfyq Möhämmätshin, éd. Maisonneuve & Larose, Paris, 1997; Peter Scholl-Latour, Russland im Zangengriff – Putins Imperium zwischen Nato, China und Islam, Propyläen Verlag, Berlin, 2006).
    Passons maintenant aux ennemis intérieurs: j’en citerai trois. D’abord le système bancaire, totalement parasitaire et instaurateur d’une véritable ploutocratie (mot que réhabilitent à Paris Pierre-André Taguieff et Jean-François Kahn), qui n’a plus rien, mais alors plus rien de démocratique. A ce système bancaire s’ajoute d’autres instances parasitaires comme les chaînes de supermarchés, qui spéculent sur les denrées alimentaires et sont responsables de leur cherté, plus élevée que dans les pays voisins; pour bon nombre de produits de première nécessité, les prix varient du simple au double entre notre pays et l’Allemagne, par exemple. Le secteur énergétique, entièrement aux mains de la France, nous oblige à payer un gaz et une électricité à des prix incroyablement exagérés: chaque ménage hexagonale ne paie que 62% de notre facture énergétique, ou, autres chiffres, si le ménage hexagonal paie 100%, nous payons 160,97%!! Les déséquilibres provoqués par le gigantisme de ces structures privées, semi-privées ou para-étatiques doivent être impérativement corrigés par des moyens adéquats, si nous ne voulons pas voir s’effondrer définitivement les structures les plus intimes de nos sociétés. Le second ennemi est l’idéologie néo-libérale et ses relais, dont le premier animateur fut, rappellons-le, l’ancien premier ministre Guy Verhofstadt, qui dirigea le gouvernement “arc-en-ciel”, mélange de néo-libéralisme et de gauchisme festiviste. Cette idéologie est un ennemi intérieur dangereux dans la mesure où elle étouffe, en se parant d’un masque “boniste”, toutes les possibilités d’une révolte constructive. Ensuite, pour épauler la ploutocratie et le néo-libéralisme, nous avons, troisième ennemi, les diasporas manipulables. Elles sont telles parce qu’on les déclare telles, par la bouche de l’ambassadeur Rivkin ou par la voix du tandem Erdogan/Davutoglu.
    L’objectif est donc de juguler le développement exponentiel du secteur parasitaire /ploutocratique en lui imposant des limites et des contrôles, en le soumettant à une fiscalité juste (le “mulcto” ou “multo” de la  République romaine) et à des directives à soubassement éthique, qu’il ne pourrait transgresser sans commettre automatiquement un délit punissable. Le néo-libéralisme et tout le cortège de  ses dérivés doit être perçu comme une idéologie “politicide”  et dès  lors dangereuse pour la sûreté de l’Etat et de l’Europe tout entière. Quant aux diasporas manipulables, elles sont, surtout depuis les menaces d’Erdogan et de Davutoglu, des “cinquièmes colonnes” passibles des juridictions d’exception. On ne sauvera pas notre civilisation sans des mesures drastiques.

    http://euro-synergies.hautetfort.com

  • La Russie, l’Occident et l’Allemagne

    Extrait d’un entretien accordé par Alexandre Douguine au magazine allemand “Zuerst”

     

    Q.: Monsieur Douguine, l’Occident ne se trouve-t-il pas dans une mauvaise situation?

     

    AD: Absolument. Mais la situation dans laquelle se débat l’Occident est différente de celle en laquelle se débat la Russie. Regardez l’Europe: l’UE se trouve dans un état de crise profonde; la rue en Grèce se rebelle ouvertement, l’Europe centrale et septentrionale croupit sous les charges sociales, politiques et économiques apportée par l’immigration de masse depuis ces dernières décennies. Même les Etats-Unis sont plongés dans une crise profonde. Mais, pourtant, c’est cette crise qui va faire se corser la situation. Car dans de telles situations d’instabilité et de précarité, ce sont toujours les partisans de lignes dures qui finissent par avoir le dessus. Aux Etats-Unis, actuellement, on évoque ouvertement une guerre contre l’Iran, même si à New York un bon paquet de citoyens américains manifestent contre Wall Street. On ne discute plus que du moment idéal pour commencer la prochaine guerre. Lénine disait en son temps: hier, c’était trop tôt, demain ce sera trop tard.

     

    Q.: Vous defendez l’idée d’une alliance eurasiatique. Cette idée n’implique-t-elle pas que les Etats européens se détachent progressivement de l’UE bruxelloise, un processus à prévoir pour le moyen voire le long terme, et se donnent de nouvelles orientations. Est-ce là une hypothèse réaliste?

     

    AD: La Russie est l’allié naturel d’une Europe libre et indépendante. Il n’y a donc pas d’autres options. Bien sûr, l’Europe actuelle n’envisage pas cette option, car elle est systématiquement refoulée par le fan-club transatlantique des égéries des “Pussy riots”. Mais cela pourrait bien vite changer. Qui imaginait, au début de l’été 1989, que le Mur de Berlin allait tomber en automne? Une poignée d’esprits lucides que l’établissement considérait comme fous ou dangereux.

     

    Q.: Comment voyez-vous l’avenir des relations germano-russes, tout en sachant que celles-ci ont été jadis bien meilleures?

     

    AD: Il y a beaucoup de liens entre l’Allemagne et la Russie. Nous avons une longue histoire commune. On aime à l’oublier aujourd’hui, surtout dans le vaste Occident. Lors de la signature de la convention de Tauroggen en 1812, le Lieutenant-Général prussien Johann David von Yorck a négocié de son propre chef un armistice entre le corps prussien, contraint par Napoléon de participer à la campagne de Russie, et l’armée du Tsar Alexandre. La Russie a soutenu la révolte prussienne contre les Français, ce qui a permis de lancer la guerre de libération des peuples contre Napoléon. La diplomatie russe a permis aussi en 1871 que le Reich allemand de Bismarck puisse devenir réalité  sur l’échiquier européen. La Russie a toujours soutenu le principe d’une Allemagne forte sur le continent européen. Otto von Bismarck recevait souvent l’appui de Saint-Pétersbourg. Ce ne sont là que deux exemples: la liste des coopérations germano-russes est longue et, à chaque fois, les deux protagonistes en ont bénéficié. Sur le plan culturel, les relations sont tout aussi étroites: philosophes russes et allemands s’appréciaient, se sentaient sur la même longueur d’onde. Mais nous nous sommes également opposés dans des guerres sanglantes mais, Dieu merci, cette époque est désormais révolue.

     

    Q.: Et aujourd’hui?

     

    L’Allemagne est le pilier porteur de l’économie européenne. L’économie européenne, c’est en réalité l’économie allemande. L’idée sous-jacente de l’économie allemande diffère considérablement de l’idée qui sous-tend la praxis économique du capitalisme occidental et britannique. En Allemagne, on mise sur l’industrie, de même que sur une création de valeurs réelles par le biais de la production de biens et non pas sur le capitalisme financier et bancaire qui, lui, ne repose sur rien de matériel. Aujourd’hui l’Allemagne est contrôlée par une élite exclusivement imprégnée d’idéologie “transatlantique”, qui empêche tout rapprochement avec la Russie. En Russie, on a aujourd’hui des sentiments pro-allemands. Poutine, on le sait, passe pour un grand ami de l’Allemagne. Mais malgré cela, le gouvernement de Berlin, et aussi l’opposition à ce gouvernement, essaie d’intégrer encore davantage l’Allemagne dans une UE en mauvaise posture, tout en renonçant à de larges pans de la souveraineté allemande. Pour l’Allemagne, une telle situation est dramatique!

     

    Q.: Dans quelle mesure ?

     

    AD: L’Allemagne est aujourd’hui un pays occupé, déterminé par l’étranger. Les Américains contrôlent tout. L’élite politique allemande n’est pas libre. Conséquence? Berlin ne peut pas agir pour le bien du pays comme il le faudrait, vu la situation. Pour le moment, l’Allemagne est gouvernée par une élite qui travaille contre ses propres intérêts. Nous, les Russes, pouvons aider l’Allemagne parce que nous comprenons mieux la situation de votre pays, en état de servilité, et parce que nous travaillons à créer des réseaux germano-russes en divers domaines. Nous pourrions travailler avec divers groupes au sein de la République Fédérale, nous pourrions améliorer nos relations culturelles. Je crois fermement qu’un jour se recomposera une Allemagne libre, forte et autonome en Europe, qui lui permettra de jouer un rôle d’intermédiaire entre l’Est et l’Ouest du sous-continent. Le rôle que jouent actuellement les vassaux de l’eurocratie bruxelloise et de Washington ne permet pas de forger un vrai destin pour l’Allemagne.

     

    Q.: Monsieur Douguine, nous vous remercions de nous avoir accordé cet entretien.

     

    Entretien paru dans le magazine “Zuerst!”, Oktober 2012, http://www.zuerst.de/ ).

  • Entretien avec Yvan BENEDETTI : « Les Français doivent être et rester maîtres chez eux ! »

    ntretien avec Yvan BENEDETTI, président de l’Œuvre française, à paraître dans l’hebdomadaire RIVAROL du 9 novembre 2012.

     

     

    RIVAROL : Pouvez-vous revenir sur les événements qui se sont déroulés en marge de la manifestation qui devait se tenir le 29 septembre dernier à Paris ?

     

    Yvan BENEDETTI : Le samedi 29 septembre, la manifestation des Jeunesses Nationalistes qui avait pour thème « Maîtres chez nous ! »et à laquelle je devais participer en tant que président de l’Œuvre française a été interdite par la Préfecture de Paris. Les jeunes hommes qui avaient décidé de protester contre cette atteinte à leur liberté d’expression ont fait l’objet d’une véritable rafle, comme à Lyon, trois mois plus tôt. On peut parler de nouveau de Rafle des souchiens, Acte 2 ! Alexandre Gabriac, responsable des Jeunesses Nationalistes qui se trouvai0t seul sur la Place Saint-Michel et moi-même sur le Parvis de Notre Dame avons été interpellés par des membres des forces de l’ordre plutôt excités et très agressifs. M. Gabriac était alors conduit sans ménagement à l’intérieur d’un bus. En ce qui me concerne, après avoir été copieusement insulté, j’étais dirigé vers un groupement de jeunes gens parqués à l’intérieur d’un cordon de forces de l’ordre et qui ne cessait d’enfler du fait des interpellations successives. Après plusieurs minutes, notre groupe était orienté vers le bus-prison dans lequel nous devions être embarqués. Alors qu’Alexandre Gabriac était extirpé sans ménagement du bus, une bousculade a démarré et c’est à ce moment que le jeune conseiller régional a fait l’objet de violences policières à l’origine de son malaise cardiaque.

     

     

    R. : Et vous-même, avez-vous fait l’objet de telles violences ?

     

    Y. B. : Oui également ! Embarqués les uns après les autres sans manquer d’être fouillés individuellement, j’ai été le dernier à monter dans le bus sans opposer de résistance. Alors que je me tournais vers la caméra de France 3 pour lancer un slogan, j’ai été agressé par derrière, étranglé et jeté comme un sac au sol ou plutôt sur le plancher du bus avant d’en être extrait sans ménagement pour être balancé dans une fourgonnette de police. S’ensuivent 48 heures de garde à vue et d’audition, dans un premier temps rue de l’Evangile dans le 18e, puis au commissariat de La Bastille, dans le 4e arrondissement. Déféré devant un procureur aux ordres, je fais l’objet d’un contrôle judiciaire, d’une interdiction de me rendre à Paris, ce qui me limite dans mes prérogatives de président d’un mouvement dont le siège central est dans la capitale. Enfin je suis convoqué le 19 novembre devant le Tribunal de Grande Instance de Paris pour être jugé car je suis poursuivi pour “rébellion” et « participation à un regroupement interdit après injonction de se disperser ». 

    R. : Ce que vous contestez ?

     

    Y. B. : Et comment ! En guise de rébellion aux forces de l’ordre, c’est moi qui ai fait l’objet de violences verbales et physiques ! Les trois gendarmes mobiles qui portent plainte contre moi indiquent dans leur procès-verbal qu’à aucun moment je n’ai porté de coup. Et je n’ai pas participé à un rassemblement interdit puisque j’ai été interpellé seul et poussé de force vers le groupe de jeunes gens interpellés comme moi, parqués et retenus par un cordon de sécurité. Bien évidemment il n’y a pas eu de demandes de dispersion puisque l’on était retenu de force et contre notre gré.

     

    R. : Pourquoi une telle violence alors que vous ne montriez aucun signe d’hostilité ?

     

    Y. B. : J’avais eu des informations confidentielles en provenance d’amis au ministère de l’Intérieur m’informant que nous allions faire l’objet de provocations de la part du Système. C’est ce que je dénonce le matin pendant la conférence de presse que nous avons tenue, Maître Pierre-Marie Bonneau, notre conseil qui déposera un recours sur le fond contre l’interdiction de la manifestation par le Préfet de Paris, Alexandre Gabriac et moi. Le but était de faire dégénérer les éventuels regroupements spontanés qui ne manqueraient pas de se produire dans le but légitime de protester contre l’interdiction, pour pouvoir enclencher la machine répressive, engager des poursuites, nous jeter au trou et dissoudre les mouvements que nous présidons. Le complot a échoué car les militants n’ont pas répondu aux provocations policières et je tiens à rendre hommage à tous ces jeunes gens qui ont eu le courage de protester contre cette interdiction afin de rappeler que les Français doivent être et rester maîtres chez eux. A ce titre il faut se mobiliser pour défendre les deux militants qui sont poursuivis devant la justice. Ce complot a échoué aussi parce que suite aux violences policières, Alexandre Gabriac a perdu connaissance après un malaise cardiaque. Les représentants du système ont alors paniqué et les poursuites contre lui pour rébellion et organisation d’une manifestation interdite ont été abandonnées.

     

    R. : Vous donnez rendez-vous je crois le lundi 19 novembre devant le Tribunal de Paris où vous allez comparaître ?

     

    Y. B. : En effet comme je vous l’ai expliqué, je suis convoqué devant la 29e Chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris. J’appelle vos lecteurs, ceux qui sont disponibles, à se rendre au TGI, ce jour-là car je ne compte pas me laisser tordre le cou sans réagir. Dans cette affaire, tout relève du mensonge et de la provocation : c’est ce que je compte bien démontrer avec l’aide de mon avocat Maître Pierre-Marie Bonneau.

     

    Propos recueillis par Jérôme Bourbon. http://jeune-nation.com

  • Les non alignés ne représentent pas un poids décisif contre l’hyperpuissance

    Entretien avec le politologue danois Dr. Christof Lehmann

    Le Dr. Christof Lehmann est psychologue de formation. Depuis une trentaine d’années, il est actif en tant que conseiller en politique internationale. Depuis 1982, il traque les (réelles) violations des droits de l’homme. Ses articles de géopolitique sont publiés en plusieurs langues. Il est conseiller attitré du portail d’information chinois “The 4th Media” et gère son propre site sur l’internet nsnbc.wordpress.com

    Q.: Dr. Lehmann, les médias allemands inféodés à l’établissement ont délibérément ignoré le sommet des Etats non alignés qui s’est tenu récemment à Téhéran; seul le coup de gueule entre le président égyptien Mohammed Mursi et la délégation syrienne a suscité une fort brève évocation. Ce sommet était-il vraiment indigne d’être mentionné et explicité au public de nos pays?

    CL: Il aurait valu la peine, je pense, de mentionner par exemple la requête des non alignés de réanimer le rôle de l’assemblée générale de l’ONU, ce qui aurait exigé, dans la foulée, de procéder à des modifications structurelles du Conseil de Sécurité de l’ONU et aurait mis un terme aux abus que pratique ce Conseil de Sécurité quand il cherche à justifier des crimes contre la paix. Les non alignés ont également critiqué, et de manière sévère, les abus dérivés du fameux principe de “responsabilité à protéger”, par lequel on justifie des interventions militaires. Ensuite, ils ont réclamé une réforme de la Cour pénale internationale, dont on abuse aussi pour fabriquer des procès-spectacles et imposer une justice de vainqueur. Toutes ces requêtes des non alignés méritent pourtant bien qu’on en parle, surtout dans les Etats qui sont les victimes potentielles des dysfonctionnements évoqués; en effet, dans les mass-media des Etats responsables de tous ces dysfonctionnements, on ne parle que rarement de ceux-ci, surtout pour les critiquer. Lorsque l’on évoque, comme vous le faites, le fait qu’il existe, dans nos médiasphères, des nouvelles qui sont soit dignes soit non dignes d’être révélées dans la presse télévisée et écrite, il faut bien savoir que tout gouvernement, et surtout tout gouvernement qui déclenche et mène des guerres, dispose non seulement d’une puissance militaire mais aussi d’un appareil de propagande qui agit en parallèle avec ces forces armées.

    Q.: Bon nombre d’Etats soi-disant non alignés, comme par exemple, l’Arabie Saoudite, la Jordanie, l’Azerbaïdjan et d’autres encore, sont des alliés affichés des Etats-Unis et coopèrent étroitement avec l’OTAN. Le mouvement des non alignés peut-il constituer un contre-poids à cet Occident surarmé et ubiquitaire?

    CL: Le mouvement des non alignés n’est en aucune façon un bloc politique et militaire cohérent comme le sont l’UE ou l’OTAN, mais constitue une association lâche de quelque 120 Etats souverains. Les non alignés n’ont pas une politique extérieure et sécuritaire commune car cela n’irait pas dans le sens de leurs intentions premières. Les non alignés ne seront donc pas, dans un avenir proche, un contre-poids à la prépondérance occidentale car, comme vous venez de le dire en formulant votre question, bon nombre d’Etats soi-disant non alignés se sont tournés vers l’américanosphère occidentale et entretiennent des relations fort étroites avec Washington. D’autres pays non alignés se tournent vers d’autres alliances comme par exemple celle qui rassemble les Etats dits du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ou celle qui constitue le marché commun sud-américain, le Mercosur. Tout contre-poids à la prépondérance occidentale et à la volonté atlantiste de dominer le globe émergera forcément au sein d’autres structures que le mouvement des non alignés.

    Q.: Comment jugez-vous l’exigence iranienne de contrer “la mafia médiatique occidentale en créant un bloc médiatique alternatif”? Est-il vraiment possible de faire émerger une telle alternative au départ du mouvement des Etats non alignés?

    CL: Les principes de base qui animent le mouvement des non alignés sont a) celui de la souveraineté des nations et b) celui de la non immixtion dans les affaires intérieures d’un Etat. Ce dernier principe devrait aussi valoir dans le domaine de la politique médiatique. Le mouvement des non alignés n’est toutefois pas le forum idoine pour former à terme une sorte de “contre-bloc”. Cela ne signifie pas pour autant que le mouvement des non alignés doit demeurer passif dans le domaine de la politique médiatique. Par exemple, le mouvement des non alignés pourrait fort bien —et c’est inscrit dans sa déclaration d’intention— exiger que le blocage illégal des canaux de la télévision syrienne et le boycott des agences de presse de Damas soient rendus immédiatement caducs.

    Q.: La Russie n’est pas membre du mouvement des non alignés. Quant à la Chine, elle n’y a que le statut d’observateur. Existe-t-il dans le mouvement des non alignés une puissance que l’on pourrait qualifier de “dirigeante”?

    CL: Il n’y a pas de puissance “dirigeante” au sein du mouvement des non alignés. Car un tel état de choses reviendrait aussi à enfreindre les principes mêmes du non alignement. La politique actuellement poursuivie par la Russie et par la Chine est en soi une sorte de politique de non alignement, parce qu’elle accorde une grande valeur au principe de souveraineté nationale. La politique de Moscou et de Beijing repose sur le principe de réciprocité, de commerce et sur une doctrine militaire fort différente de celle de l’Occident, une doctrine militaire qui s’axe sur la seule défense (du périmètre national). Le double veto russe et chinois et l’opposition qu’affichent Moscou et Beijing contre toute réédition en Syrie du fiasco libyen montre comment fonctionne et devrait toujours fonctionner une véritable et légitime politique de non alignement. Voilà pourquoi, je pense, de plus en plus d’Etats membres du mouvement des non alignés finiront par s’orienter selon les politiques suggérées par la Russie et la Chine. Cette politique est effectivement le contraire diamétral de la politique hégémoniste et néo-coloniale de l’Occident. La stratégie mise en oeuvre par les Américains repose surtout, à l’heure actuelle, sur la théorie du “coup d’Etat post-moderne” qui prend le visage des “révolutions colorées” ou “révolutions des fleurs”, c’est-à-dire une stratégie de la subversion active. La Russie et la Chine en ce domaine agissent de manière plus intelligente et plus légitime. Tandis que l’OTAN prétend vouloir imposer une hégémonie globale, Russes et Chinois offrent de respecter le principe de souveraineté nationale dans le cadre du droit international en vigueur. La République Fédérale allemande serait d’ailleurs bien inspirée si elle choisissait une nouvelle orientation diplomatique et stratégique. Acquérir un surplus de souveraineté ne ferait pas de mal à Berlin.

    Q.: Dr. Lehmann, nous vous remercions de nous avoir accordé cet entretien.
    Entretien paru dans le magazine “Zuerst!”, n°10/2012; zuerst.de

    http://fr.altermedia.info

  • La Russie sur l'échiquier mondial

    En 1991, la Russie renaissait des débris de l'empire soviétique. L'objectif primordial de la Russie était de rejoindre les rangs des « peuples civilisés » selon les termes du Ministre des affaires étrangères de l'époque (Andreï Kozyrev). La classe politique et la population russes étaient convaincues dans leur majorité que le pays obtiendrait de sa démocratisation des résultats politiques mais aussi une aide économique massive. Ces espoirs seront rapidement déçus. Par ailleurs, la Russie allait ressentir le mépris des occidentaux à son égard dans la gestion de la crise irakienne puis dans celle du Kosovo. Aussi les Russes se sont-ils écartés de l'Occident.

    Pour sa part, l'Occident espérait que la Russie se transformerait rapidement en une démocratie avancée, avec une économie de marché prospère, et qu'elle serait solidaire sur les grandes questions internationales. Ces attentes excessives ont conduit au désenchantement et au refroidissement des relations diplomatiques. La politique étrangère russe, peinant à parler d'une seule voix, réagissant au coup par coup, a irrité ses partenaires. Les scandales de corruption dans l'entourage de Boris Eltsine, les chassés croisés ministériels, la nouvelle guerre de Tchétchénie alimentèrent en Occident une hostilité croissante envers la Russie.

    Mais la diplomatie russe connaît aujourd'hui un revirement. Malgré les incompréhensions qui se sont accumulées au cours des dernières années, les dirigeants sont aujourd'hui conscients que tout repli sur soi aurait de lourdes conséquences pour le pays (la modernisation de l'économie est notamment impossible sans des investissements étrangers massifs).

    Arrivé au pouvoir le 31 décembre 1999, Vladimir Poutine a adopté une nouvelle doctrine qui peut se résumer par une combinaison : libéralisme économique, renforcement du pouvoir d'État, politique extérieure indépendante et active. Il s'est engagé dans la double voie de l'alliance avec les pays européens et du retour de l'influence russe dans l'espace anciennement soviétique et en Asie. Il s'agit de redonner à la Russie le statut de grande puissance.

    La perte d'influence de la Russie au niveau international est en grande partie due à l'enlisement des réformes intérieures. L'autorité centrale est détériorée et la corruption bien installée. Les sorties de capitaux atteignent des sommes vertigineuses. La société russe présente de nombreux signes de fragilité, dont le principal est le déclin démographique. La Russie est atteinte dans son image.

    I - Les relations de la Russie avec l'Occident

    Malgré ses handicaps, la Russie compte par ses ressources et sa capacité nucléaire (elle reste en ce domaine la deuxième puissance après les États-Unis). La Russie conserve-t-elle un rêve impérial ? Son lourd passé alimente toujours les craintes des occidentaux.

    Les événements du 11 septembre sont venus modifier la façon dont la Russie est perçue, permettant un rapprochement sans précédent avec les États-Unis. L'hostilité ancestrale a laissé place à des déclarations amicales étonnantes.

    Rappel des faits

    La volonté de rapprochement du Président Poutine était perceptible depuis plusieurs mois. Lorsque les attentats du 11 septembre frappèrent de plein fouet les Américains, Vladimir Poutine fut le premier chef d'État étranger à présenter ses condoléances au Président Bush. Cet événement représentait alors un test décisif pour sa carrière politique. De symbolique, l'élan russe allait devenir concret en l'espace de deux interventions télévisées. Le 22 septembre, le Président Poutine déclarait : « la Russie n'a pas d'autre choix que de participer à la coalition contre le terrorisme, car ce dernier ne peut être vaincu que par un front uni de toutes les forces du monde civilisé ». Deux jours plus tard, en Allemagne, il énonçait les « cinq points » de la participation russe à la coalition internationale menée par les États-Unis (échange de renseignements, permission de survol de l'espace aérien russe pour des missions humanitaires, contribution à d'éventuelles opérations d'extraction en Afghanistan même, utilisation de bases militaires en Asie centrale, aide accrue aux forces de l'Alliance du Nord).

    Depuis les échanges se sont multipliés, George Bush arguant de sa totale « confiance ». Ni Gorbatchev ni Boris Eltsine n'avaient pu susciter ainsi l'intérêt américain.

    Quelles sont les raisons du rapprochement, côté américain ?

    Le terme de « fatigue russe » caractérisait encore récemment la relation des États-Unis avec la Russie.

    Les États-Unis se sont, à de multiples reprises, félicités de la coopération sans précédent apportée par Moscou après les attentats du 11 septembre en matière de lutte contre le terrorisme et d'aide dans leur campagne en Afghanistan. Les Américains peuvent pourtant clairement se passer d'une entente sur ces points. Mais ils peuvent ainsi espérer supprimer des points de blocage venant des Russes, sur des sujets jusqu'à présent litigieux.

    Les marques d'intérêt accordées par les États-Unis n'empêchent pas ceux-ci de rester sur un plan de supériorité : ils veulent donner à la Russie l'impression de traiter d'égal à égal, lui laissant la satisfaction d'une image flatteuse vis-à-vis de la communauté internationale. Mais dans les faits, les Américains ne cèdent rien sur ce qu'ils estiment être de leur intérêt supérieur.

    Une illustration récente en est le retrait des États-Unis du traité ABM. Le traité ABM conclu entre les deux pays du temps de l'Union soviétique interdisait le déploiement d'un système d'interception des missiles balistiques tel que celui envisagé par Washington. La Russie était farouchement opposée à toute remise en cause du Traité. Pourtant, le 13 décembre dernier, George Bush a annoncé le retrait des États-Unis du traité dans le but de préparer le déploiement d'un bouclier national antimissile efficace. La Russie a exprimé son désaccord mais n'a pas adopté de position dure, restant fidèle à sa ligne de conduite récente.

    Le second point de conflit à venir reste la question de la réduction des armements stratégiques. Si les États-Unis n'a pour l'instant rien concédé, les apparences sont sauvées pour la Russie grâce à la multiplication des rencontres portant sur le nombre de têtes nucléaires à conserver par les deux pays.

    Les Américains accompagnent le traitement rapide de ces dossiers stratégiques (à leur avantage) par des concessions diverses (appui pour l'adhésion rapide de la Russie à l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), question de la dette russe.

    Quelles sont les raisons du rapprochement, côté russe ?

    Les spéculations abondent sur la nature des bénéfices que Vladimir Poutine peut espérer retirer de ce tournant.

    L'objectif invoqué est la lutte contre le terrorisme en Asie centrale. Selon Vladimir Poutine cet objectif devient déterminant alors que traditionnellement, le renforcement de la position américaine en Asie centrale est craint : « ce qui m'inquiète ce n'est pas la position des États-Unis en Asie centrale, c'est le terrorisme qui passe de l'Asie centrale à la Russie ». Il s'agit donc de la raison officielle.

    Mais le bénéfice le plus évident pour la Russie est de justifier sa lutte contre les insurgés tchétchènes en les assimilant aux terroristes. Les Occidentaux ont reconnu le rôle joué par le fondamentalisme religieux et le terrorisme international dans le conflit tchétchène. Ils ont aussi promis de fermer les robinets financiers alimentant les combattants. A travers la lutte contre le terrorisme, c'est l'indépendantisme tchétchène qui est visé par la Russie.

    Plus largement, la Russie veut utiliser politiquement cette crise internationale, qu'elle perçoit comme un chamboulement complet des équilibres stratégiques, afin de participer à part entière au « monde du XXIème siècle ». Cela signifie une volonté d'intégration de la Russie dans l'Union européenne, et surtout une coopération nouvelle avec l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN). Depuis son arrivée au pouvoir, Vladimir Poutine a montré sa volonté de négocier avec l'Union européenne comme avec l'OTAN pour trouver des solutions qui prennent en compte ses intérêts. Selon lui, la Russie n'aurait rien à gagner à déserter ces institutions.

    La volonté de se rapprocher de l'Union européenne se traduit par de nombreuses initiatives multilatérales et bilatérales. La Russie a resserré ses liens avec tous les pays européens. Le partenariat avec l'Allemagne(son principal créditeur) domine car elle est perçue comme la « locomotive des rapports de l'Union européenne et, plus généralement, de l'Europe avec la Russie ».

    Les événements du 11 septembre ont permis une avancée spectaculaire sur le dossier de l'OTAN. Puisque la Russie participe alors à une coalition menée par les États-Unis et que le secrétaire général de l'OTAN reconnaît que le terrorisme est une question de sécurité, il importe selon elle de trouver de nouveaux mécanismes l'associant plus directement aux décisions.

    La prise de position de la Russie sur le terrorisme lui permet d'entrevoir une transformation de la nature de l'OTAN. Le vieux conflit concernant l'élargissement de l'OTAN à d'anciens pays communistes serait alors oublié.

    En effet, la Russie est longtemps restée inébranlablement hostile à ce qu'elle considère comme un « grignotage stratégique progressif » de la part de l'OTAN. Son inquiétude s'est traduite dans le passé par de nombreuses menaces de représailles plus ou moins crédibles, qui restèrent sans effet. Finalement en 1997, la Russie et l'OTAN signèrent un accord instituant un conseil permanent permettant aux deux parties de coopérer. Ce changement démontrait que Moscou ne pouvait s'opposer à la volonté américaine. En 1999, la Pologne, la République tchèque et la Hongrie ont adhéré à l'OTAN. Neuf pays entendent être candidats : la Roumanie, la Bulgarie, la Slovaquie, la Slovénie, la Macédoine, l'Albanie et les trois pays baltes, la Lettonie, la Lituanie et l'Estonie. La Russie espère que les pays baltes, à ses frontières, soient exclus du processus d'élargissement.

    Peut-être ces pays deviendront-ils membres de l'OTAN, mais il s'agira alors d'une autre OTAN, avec une Russie traitée en partenaire privilégié, associée aux décisions de l'organisation au point de pouvoir exercer une sorte de droit de veto de fait.

    Quels sont les risques politiques encourus par le Président Poutine ?

    Les réactions hostiles proviennent de cercles qui ne sont plus aussi importants qu'auparavant (armée, services de renseignement). Par ailleurs, au cours de la dernière décennie s'est développée une classe moyenne qui semble plutôt avide d'intégration avec l'Ouest. Globalement, la population reste assez indifférente à la politique étrangère. La popularité de Vladimir Poutine lui permet pour le moment de garder le champ libre.

    II - Une politique multipolaire

    Tout en souhaitant éviter de se placer en situation conflictuelle avec l'Occident, la Russie est fidèle à une politique multipolaire.

    La politique étrangère russe se présente comme un compromis :
    - rechercher des points d'accord avec la politique américaine ;
    - resserrer les liens avec des partenaires également préoccupés par « l'hyperpuissance » américaine et aspirant à un nouvel équilibre.

    La Russie présente la particularité d'appartenir géographiquement et historiquement à l'Europe, à l'Asie extrème-orientale et au Moyen-Orient. Elle a donc des intérêts nationaux dans ces trois directions, ce qui suscite de vifs débats internes sur sa vocation occidentale ou asiatique et sur son lien indissoluble avec l'Islam.

    Lorsque les tensions se sont multipliées avec l'Occident dans les années 90, la Russie s'est rapprochée de la Chine . Un partenariat s'est alors mis en place. Les deux nations ont des préoccupations communes :

    - la Chine comme la Russie reprochent à l'hégémonie américaine la rupture d'équilibre qu'elle entraîne sur la scène mondiale ;
    - les deux pays craignent l'islamisme politique radical ;
    - ils partagent les mêmes vues sur des dossiers tels que le rôle de l'ONU (rejet du concept d'ingérence), l'élargissement de l'OTAN ou la stabilité stratégique (attachement au Traité ABM et hostilité aux projets américains de défense antimissile) ;
    - la Chine soutient l'intervention militaire russe en Tchétchénie et la Russie se déclare solidaire sur la question de Taiwan.

    Les liens se traduisent surtout par des ventes de matériel militaire. La Chine a décidé de faire de la Russie son partenaire essentiel pour la modernisation de l'équipement de ses forces armées. Elle représente 30 à 40 % des exportations d'armes de la Russie pour un montant annuel estimé à plus d'un milliard de dollars (en constante augmentation). Les observateurs occidentaux estiment que la Russie va devenir en grande partie « l'arsenal » de la Chine.

    Il faut cependant noter les limites de ce partenariat. La Chine veut éviter l'émergence de pôles concurrents. La Russie ne l'intéresse que si elle garde ses faiblesses et si elle renonce à ses relations avec le Japon et l'Inde (la Russie vend presque autant d'armements à l'Inde qu'à la Chine). Par ailleurs, les craintes russes sur d'éventuelles revendications territoriales chinoises sont perceptibles à travers le refus de Moscou de livrer à la Chine des armements trop sophistiqués. Et le soutien de la Chine au Pakistan est mal perçu.

    L'Inde représente un autre partenaire privilégié de la Russie. Comme pour la Chine, la Russie n'a plus de moyens économiques ou financiers et doit s'en tenir au terrain politique et militaire. Les contrats d'armement ont représenté un tiers des 4,4 milliards d'euros de ventes d'armes réalisées en 2000 par la Russie.

    L'attention portée à l'Asie par Vladimir Poutine depuis qu'il est au pouvoir montre qu'il entend relancer la diplomatie russe dans cette région.

    Dans le reste du monde, la Russie tente de renouer avec les anciens alliés de l'URSS. La plupart (Cuba, Algérie, Vietnam, Irak) sont des pays fortement endettés à son égard. Dans d'autres pays, comme l'Iranou la Turquie, la Russie entend gagner de nouvelles parts de marché. Les ventes d'armes à l'Iran sont à l'origine de l'hostilité américaine : la Russie joue sur deux tableaux.

    III - La Russie et son « étranger proche »

    En améliorant son image sur le plan international, la Russie peut également espérer reprendre de l'autorité sur les États de la CEI. Le Président Poutine a la volonté de rétablir sa « sphère d'influence » à l'intérieur des anciennes frontières de l'URSS, et en a expressément fait sa priorité.

    Précédemment, on peut parler d'un échec de la politique russe avec les nouveaux États indépendants.

    L'erreur originaire réside dans le choix russe au lendemain du démantèlement de l'URSS. Certes, la Russie a toujours considéré « l'étranger proche » comme sa sphère naturelle d'influence, mais la région n'a pas fait partie de ses priorités. Elle représentait un fardeau trop important pour la Russie qui souhaitait une transition rapide vers l'économie de marché. Aussi la position de la Russie dans la région s'est-elle beaucoup dégradée au cours de la dernière décennie.

    La CEI, Communauté des États Indépendants créée en 1991 aurait pu être l'instrument de l'intégration. Mais l'absence de consensus entre les pays membres sur les fondements et sur l'avenir de la CEI l'a privée de cohésion (crainte des ambitions des pays voisins, d'une perte de souveraineté). L'objectif d'intégration ne paraissant pas réaliste à court terme, les dirigeants russes ont maintenant décidé de privilégier l'approche bilatérale dans leurs relations avec leurs partenaires de la Communauté. Les cas de figure sont variés selon l'historique des ex-républiques. Citons trois d'entre elles :

    La Biélorussie est très proche de la Russie. En 1999, les deux pays ont conclu avec la Russie un traité débouchant sur une sorte de confédération (à terme, sur une fusion). La dépendance biélorusse est grande sur le plan financier et surtout énergétique. La Biélorussie joue un rôle stratégique de bouclier, troupes et infrastructures russes étant installées sur son territoire.

    Si la Biélorussie est le plus proche partenaire de la Russie parmi les anciennes Républiques de l'URSS, l'Ukraine a toujours cherché à prendre ses distances. Le dialogue russo-ukrainien a échoppé dès le début sur des questions politico-militaires. Est venu s'ajouter un lourd contentieux économique portant sur la dette ukrainienne à l'égard de la Russie (hydrocarbures). Les tracasseries douanières entre la Russie et l'Ukraine sont devenues les pires de toute la CEI. Malgré ces frictions, Moscou et Kiev ne sont pas allés jusqu'à une rupture irréversible. Politiquement affaibli par des scandales, le Président ukrainien Koutchma a eu besoin de soutiens extérieurs. Aussi Vladimir Poutine a-t-il relancé de manière spectaculaire le dialogue politique. Parallèlement, la Russie a pris une place croissante dans les infrastructures économiques de l'Ukraine. Le Président Poutine est parvenu en quelques mois à transformer la difficile relation russo-ukrainienne.

    Évoquons encore le cas de la Géorgie. Ce pays en ruine ne semble tenir qu'à un fil, celui de l'assistance internationale. La Russie a imposé des visas aux Géorgiens en exemptant les régions sécessionnistes d'Abkhasie et d'Ossétie du Sud. Pour justifier cette action inamicale, les Russes accusent la Géorgie de soutenir le terrorisme tchétchène. Il s'agit en réalité d'une politique de rétorsion au refus géorgien de laisser les troupes russes s'installer en Géorgie. La Russie est donc capable de montrer qu'elle n'hésite pas à faire pression sur les récalcitrants.

    L'axe est-ouest contestataire arrive au premier lieu des préoccupations de Vladimir Poutine. Comme nous venons de le voir, les cas de figure sont variés. Mais d'une façon générale, la Russie n'a pas les moyens qui lui permettraient de reprendre durablement l'initiative : dans certaines parties de ce qui était son empire, la Russie n'est plus qu'un acteur parmi d'autres.

    C'est aussi le cas en Asie centrale.

    Le Tadjikistan (où la Russie garde une importante présence militaire) et le Kirghizstan, deux pays pauvres et vulnérables sont restés très dépendants de la Russie. Le Kazakhstan reste proche (forte population russe, longue frontière commune) mais s'efforce de diversifier ses relations extérieures. En revanche, l'Ouzbékistan et le Turkménistan poursuivent un objectif prioritaire : l'autonomie. La méfiance domine, Moscou pouvant reprendre pied militairement et politiquement dans la zone. Pourtant, le climat d'insécurité qui s'est développé depuis 1999 en Ouzbékistan a poussé le président Karimov à rechercher le soutien russe. La lutte contre le terrorisme devient ainsi un facteur important de rapprochement.

    Conclusion

    La Russie va-t-elle parvenir à obtenir la reconnaissance et le soutien qu'elle espère ? L'avenir de la Russie sur le plan international se jouera surtout au plan interne :
    - tout d'abord il dépendra du maintien au pouvoir des dirigeants actuels, rompant avec l'action précédente des oligarques ;
    - la situation économique du pays sera déterminante ;
    - l'absence de solution à la crise tchétchène pourrait renforcer le discrédit du pouvoir russe, avec des risques de paralysie.

    Il est impossible de faire aujourd'hui des pronostics. Mais il semble bien que l'événement du 11 septembre peut être qualifié de tournant dans la politique étrangère russe.
    Xavier de VILLEPIN
    Intervention « La Russie sur l'échiquier mondial : les moyens et les objectifs de la puissance russe aujourd'hui ? » au Colloque organisé par l'Association des Historiens au Sénat.
    15/01/2002 http://www.polemia.com
    SOURCE : 15/01/2002
    SOURCE : http://www.senat.fr/