Avocat, spécialiste de droit public des affaires, ancien universitaire, Michel Guénaire est un libéral de l'ancien temps qui s'efforce de renouer avec les grands classiques de sa famille de pensée, loin des clichés néo-libéraux, tout en dénonçant la vacuité identitaire d'une Europe amnésique, confrontée à un monde multipolaire de plus en plus conscient de ses spécificités.
Le Choc du mois : Comment l'avocat des affaires plutôt libéral que vous êtes en est-il venu à écrire des livres qui remettaient assez profondément en cause l'orthodoxie du néo-libéralisme ?
Michel Guénaire : Mon point de départ est, en effet, un engagement libéral. À vingt ans, je lisais Benjamin Constant, quand mes condisciples vivaient encore dans la vénération du marxisme. Après avoir embrassé un temps la carrière universitaire, j'ai rejoint le barreau d'affaires en 1990, un an après la chute du mur de Berlin. J'ai alors assisté à l’éclosion d'un nouveau modèle économique mondial, qui prenait progressivement ses distances avec l'héritage du libéralisme classique. Je m'y suis intéressé. Mes essais ont ainsi recueilli les observations et les leçons que je tirais de la mondialisation. Ma formation de base étant celle d'un publiciste (c'est-à-dire un spécialiste de droit constitutionnel, de droit international public et de régulation des marchés), je me suis d'abord penché sur une notion de plus en plus discréditée dans la doxa de l'économie néo-libérale : le pouvoir. Quid du pouvoir et de ses enjeux dans une société exclusivement organisée autour de la seule loi du marché ? C'est nouveau. Car, sur ce point comme sur beaucoup d'autres, les libéraux de notre temps ont largement déformé la pensée et le combat de leurs devanciers, qui, au XIXe siècle, ne songeaient nullement à remettre en cause la légitimité du rôle de la puissance publique. Voyez l'inventaire qu'ont fait Charles Gide et Charles Rist des passages de La Richesse des Nations où Adam Smith évoque le rôle positif de l’État. D'autres que Smith, pareillement libéraux, n'ont pas manqué de souligner la part prépondérante que tient l’État dans l'organisation de la société. Si en réalité dans l'univers mental des néo-libéraux, on a pu à ce point associer libéralisme et anti-étatisme, c'est qu'on s'est focalisé sur le souvenir de la première lutte des libéraux contre la Monarchie, à l'exclusion des autres traditions libérales.
La thèse très forte de votre livre, c'est que le libéralisme est d'abord le produit d'une culture historique particulière et bien précise, celle de l'Angleterre, pas une philosophie universelle. Qu'en déduisez-vous exactement ?
C'est une thèse, ou une opinion, confortée par une observation attentive des cycles historiques : le libéralisme a été forgé au cours des siècles passés, principalement au long des trois grandes révolutions, anglaise, américaine et française, par des hommes qui avaient une préparation et une formation spécifiques. On les voit d'abord apparaître au sein de la société anglaise dans leur opposition à la monarchie absolue (songez à tous ces gentilshommes anglais des XVIIe et XVIIIe siècles, contemporains de John Locke). On retrouve les mêmes hommes en France à la même époque. Fénelon n’écrit-il pas, dans sa Lettre à Louis XIV, des pages que n'auraient pas reniées les libéraux anglais ? Montesquieu et Voltaire seront aussi des libéraux qui vont compter. À la différence du marxisme, le libéralisme n'est pas né de la pensée d'un seul homme, c'est une œuvre collective, tissée de génération en génération. Ce fil continu part, ou partait, de la notion de responsabilité individuelle. S'il posait en principe que tout individu peut commercer par-delà les frontières de sa nation, ce dernier devait néanmoins conserver une éthique civile et une responsabilité morale, à charge pour lui de partager en retour avec la collectivité le fruit de son travail. Or, le plus frappant aujourd'hui, c'est que le libéralisme s'est écarté de cet héritage historique. Il ne correspond plus qu'à des standards techniques, pas à une culture politique spécifique. Ces standards sont connus. C'est un schéma institutionnel théorique : la démocratie libérale, que l'on croit pouvoir faire advenir au travers d'élections libres, et le capitalisme libéral, synonyme de marché déréglementé. Ce libéralisme ne correspond à aucun cadre culturel dans la plupart des pays où il est appliqué. Ainsi, les États les plus durs sur le plan de la compétition économique, appliquant à la lettre les règles du libéralisme, sont précisément ceux qui, paradoxalement, sont, culturellement et historiquement, les plus étrangers à la formation de la pensée libérale. Citez-moi un Chinois qui ait écrit un livre ou une page d'inspiration libérale ayant contribué à la formation de cette famille de pensée ?
À quoi est due selon vous la crise financière et économique qui touche de plein fouet ce modèle de l'économie néo-libérale ?
Le modèle économique mondial actuel ne repose plus que sur la finance de marché. Une économie virtuelle a doublé l'économie réelle. Entre 1989, date de la chute du Mur de Berlin, et cette date très symbolique du 15 septembre 2008 - jour de la faillite de la banque d'affaires américaine Lehmann Brothers -, la finance fut le levier unique de l'investissement des entreprises, de la création des richesses des nations et du pouvoir d'achat. Ce levier était illusoire et dangereux. Il reposait sur un crédit facile et une ingénierie financière très complexe, née de l'outil de la titrisation, qui a créé un éloignement suicidaire entre le créancier et le débiteur. L'éclatement, à intervalles réguliers, des bulles boursières avait pourtant sonné autant d'avertissements, mais les grandes institutions financières, avec la complicité d’États qui les avaient considérablement aidées en œuvrant de leur propre chef à la déréglementation, n'ont jamais voulu renoncer à cette illusion de richesse. Ils y ont d'autant moins renoncé que personne ne les a proprement dissuadés de le faire. C'est un point très important à souligner, que de nombreux économistes ont gommé dans leur analyse de la crise : le modèle mondial néo-libéral n'a pas rencontré de contradiction, ni frein, ni limite d'aucune sorte, il s'est imposé sans résistance après la chute du Mur de Berlin.
Quelle leçon les libéraux doivent-ils tirer de la crise ?
La leçon à tirer, c'est qu'il leur faut au plus vite revenir aux origines de la pensée libérale, à savoir : sur le plan politique, retrouver les fondements de l'organisation de la cité ; et sur le plan économique, placer les acteurs devant les responsabilités qui sont les leurs. Mais par-dessus tout, dans des sociétés où tout va très vite et où apparaît une nouvelle donne géopolitique, les libéraux doivent repenser leur rapport avec le reste du monde.
Qu'entendez-vous par là ?
La crise financière a fait ressortir une certaine fatuité du modèle de développement économique né en Occident. Ce modèle a des racines anciennes. On peut les faire remonter à la première mondialisation, contemporaine de la révolution industrielle, dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Pour ma part, je crois qu'elles sont antérieures. Le modèle occidental est né en réalité avec les grandes expéditions et découvertes de la Renaissance. Soit cinq siècles, qui correspondent à un cycle historique assez homogène : les expéditions ont permis à l'Occident d'asseoir sa domination sur le commerce mondial et de diffuser partout son modèle politico-économique. Mais aujourd'hui, les ressources morales de l'Occident, en tout cas de l'Europe, sont singulièrement asséchées. Le monde qui vient sera un monde multipolaire, découpé en grandes régions. L'urgence est donc, pour un libéral européen, de renouer avec les fondamentaux culturels qui sont les siens. Bref, de se réapproprier sa propre culture, ni plus ni moins que les autres régions du monde. Voyez les États-Unis et la Chine. Ces deux grandes régions du monde s'appuient, l'une et l'autre, sur des élites et une population fortement ancrées dans leur terreau culturel. Car, quoi qu'on dise, la vitalité américaine reste intacte - ce qui m'a toujours opposé à Emmanuel Todd et à nombre d'intellectuels français, très pessimistes à l'égard des États-Unis, peut-être parce qu'ils n'ont jamais voulu mesurer combien, outre-Atlantique, on avait le dynamisme économique dans le sang. Les Chinois, quant à eux, n'oublient jamais les leçons qu'ils peuvent tirer de leur propre histoire. Depuis le fameux discours de Deng Xiao Ping en 1978, qui a ouvert la Chine à la liberté des échanges commerciaux, ils sont dans le registre, non d'une conquête brutale du monde, mais d'une volonté de restauration de leur puissance. Face à ces deux modèles adossés à une identité culturelle clairement assumée, l'Europe fait figure de parent pauvre. On surprend chez elle le vertige d'une construction désincarnée. Amnésiques, les Européens nient leurs racines culturelles, croyant encore en un monde pacifié, sans adversité, où l'OMC et le FMI régleraient tous les différends, sans jamais tenir compte des spécificités - identités, cultures, projet de civilisation - de chacun.
Quel regard portez-vous sur ce que l'on nous vend comme étant une « sortie de crise » ?
Nous sommes toujours dans la crise, essentiellement parce qu'on n'a pas réglé tous les effets qui sont à l'origine de celle-ci, à commencer par la financiarisation de l'économie. La plupart des banques et des institutions financières d'Occident restent très exposées sur les subprimes et quantité d'autres produits dérivés sophistiqués. Nombreuses sont les banques vivant toujours dans l'illusion quelles seront finalement payées de leurs créances. Ajoutez à cela la dette des États et le transfert des réserves monétaires de l'Ouest vers l'Est, la Chine, la Russie et les États du Golfe détenant aujourd'hui beaucoup plus d'argent que l'Europe, les États-Unis et l'Australie. La sortie de la crise pâtit donc du rendez-vous perpétuellement ajourné d'un check-up définitif des risques financiers des institutions financières. Pour le dire autrement, il n'y a que deux voies possibles pour sortir de la crise. Celle, aujourd'hui privilégiée par l'Europe, d'une régulation plus forte des échanges entre les pays, les entreprises et les banques, telle qu'elle s'esquisse dans les sommets et autres réunions du multilatéralisme. C'est le monde comme il ne va pas depuis vingt ans, avec un peu plus de règles et un supplément de bonne conscience. L'autre voie considère que ce qui, dorénavant, va fixer la règle du jeu, ce sera davantage un équilibre entre des contraires qu'un ordre normatif exclusif et unique s'imposant uniformément à des nations différentes. Dans le monde qui vient, c'est l'équilibre qui devra donc être recherché, plutôt que l'ordre du monde.
Votre critique du libéralisme moderne vise aussi le culte idolâtre de la norme juridique. N'est-ce pas singulier pour un juriste ?
Il y a deux traditions juridiques : celle du Code et celle de la Common Law. J'appartiens à celle du Code, et considère que le droit doit être le tuteur des comportements individuels et des personnes morales dans une société. La culture de la Common Law, c'est celle de la règle de droit diffuse, et donc dispendieuse, puisqu'il faut nécessairement, pour l'interpréter, recourir à des hommes de droit. Outre cela, elle est conflictuelle. Le Code, lui, s'il est bien écrit, est pédagogiquement compréhensible par tous : ce sont des articles de morale au sens fort du terme, car ils permettent au plus grand nombre de se comporter de la même manière dans une société déterminée. L'Europe actuelle ne s'inscrit malheureusement pas dans la filiation disciplinaire du Code, mais dans celle de la Common Law. Elle est entièrement acquise à une culture juridique de la règle de droit explosée, difficile à interpréter et qui fait vite apparaître des rapports de force.
L'une des originalités de votre livre, c'est la réhabilitation que vous y faites d'une œuvre très discréditée de Thomas Mann, les Considérations d'un apolitique. Pourquoi cette référence est-elle si importante à vos yeux ?
Si j'ai souhaité mettre en avant cette œuvre de Thomas Mann, c'est quelle me paraissait exprimer avec le plus de clarté et de prescience, dans cette période incertaine, agitée et transitoire, que fut la fin du XIXe et le début du XXe siècle, l'une des interrogations les plus profondes qui pouvait alors se poser à un intellectuel européen : la quête d'identité. À l'approche de la Première Guerre mondiale, Thomas Mann, qui chérissait la liberté, s'est heurté à ce qu'on appellerait aujourd'hui une « pensée unique », aussi arrogante et aveugle que la nôtre, issue de la Révolution française et confortée par les certitudes propres à la bourgeoisie européenne, indifféremment anglaise ou française (il ne faisait d'ailleurs aucune distinction entre les Français et les Anglais). Une telle pensée unique se trouvait être au seul service de la civilisation libérale. Or, Thomas Mann considérait à raison que son pays, l'Allemagne, avait fait un autre choix culturel, fondé sur ses propres racines. À la civilisation franco-anglaise qui privilégiait l'écrit, la culture allemande avait choisi la musique ; et pendant que la première défendait une vision formelle et abstraite de la liberté, la seconde recherchait son identité réelle. Ce débat entre culture et civilisation, souvent caricaturé dans le paysage intellectuel français, est absolument fondamental. On devrait s'en souvenir pour appréhender d'au plus près les enjeux de la multipolarité. L'Allemagne qui, à la fin du XIXe siècle, défendait sa culture face à la civilisation libérale, ne peut-elle pas être comparée à la Chine qui, en ce début de XXI siècle, défend elle aussi sa spécificité culturelle face à la civilisation mondiale ? Thomas Mann s'est reproché par la suite ce livre parce que son combat pour la culture allemande allait être récupéré de la plus vilaine des façons, le livre disparaissant même de certaines de ses bibliographies, à l'inverse curieusement de La Montagne magique qui n'est pourtant rien moins que la traduction romanesque des Considérations d'un apolitique et a d'ailleurs valu à son auteur le prix Nobel de littérature.
Thomas Mann aurait-il pressenti en 1918 le mal qui détruit l'Europe aujourd'hui ?
Déracinée culturellement, l'Europe s'expose à un risque de déconstruction et de dépossession d'elle-même si elle s'obstine à ne pas renouer avec sa personnalité culturelle. À cet égard, le texte de Thomas Mann peut nous montrer la voie. Voyez la polémique autour des racines chrétiennes de l'Europe. Les rédacteurs de la Constitution européenne ont refusé que le préambule de la Constitution y fît référence explicitement, estimant que l'Union européenne ne devait pas offrir le flanc à des critiques. C'était une erreur. Plus un État se ment sur ses origines religieuses, plus il s'expose à des déchirements identitaires. Si l'Europe, et singulièrement un pays comme le nôtre, réaffirmait avec ambition ses racines et son identité chrétiennes, les autres religions y auraient tout à y gagner. Il n'y a rien de plus dangereux qu'une identité qui ne rencontre face à elle aucune autre identité pour s'éprouver.
Propos recueillis par François-Laurent Baissa et Pierre-Paul Bartoli Le Choc du Mois mai 2011
Michel Guénaire, les deux libéralismes, Perrin, 484 p., 25 €.
Michel Guénaire, Il faut terminer la révolution libérale, Flammarion,
200 p., 16 €.
entretiens et videos - Page 947
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Michel Guénaire : Un libéral en guerre contre le néo-liberalisme
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Algérie : une bombe a fragmentation !
Dans le cadre de son travail, Antoine Corcelles se rend régulièrement en Algérie. Il décrit pour Monde et Vie la situation de ce pays qu'il connaît bien.
☞ Monde et Vie : Vous vous rendez régulièrement en Algérie et connaissez bien ce pays. Se dirige-t-il vers un bouleversement comparable à ceux de Tunisie ou d'Egypte ?
Antoine Corcelles : Pour l'instant, cela bouge fortement, mais il est difficile de discerner s'il s'agit d'un mouvement général ou d'émeutes de la faim locales et sporadiques. La société algérienne est plus diversifiée, géographiquement, que la société tunisienne. Les pôles urbains importants y sont beaucoup plus nombreux, et chacun reste un peu coupé des autres.
☞ N'y trouve-t-on pas aussi une plus grande diversité ethnique? Je pense par exemple aux Kabyles, aux Chaouias...
Lorsqu'un système est contesté, il se crée d'abord une sorte d'union sacrée de ses opposants. Par la suite, si le système FLN venait à imploser, les disparités que vous évoquez pourraient ressurgir d'une manière virulente, que ce soit le problème kabyle, ou d'autres qui sont moins connus ou cités : le Mzab, autrement dit la région de Ghardaïa, par exemple, a déjà une autonomie de comportement. L'implosion ferait alors l'effet d'une bombe à fragmentation, avec des effets multiples, régionaux, ethniques, culturels... Des clivages sociaux « à l'occidental » se sont aussi développés dans la société algérienne, entre bourgeois, ouvriers, classes moyennes, patronat, etc. De tous les pays d'Afrique du nord, l'Algérie est sans doute le plus proche de l'Europe et de la France.
☞ Même par rapport au Maroc ?
Oui, car aussi prégnante qu'y soit la religion et influent l'islamisme, la société reste assez « laïque » et les domaines politiques et religieux ne s'y confondent pas. Au Maroc, où le roi est le Commandeur des Croyants, islam, société et pouvoir politique sont liés - peut-être, d'ailleurs, pour le plus grand bien de la paix sociale. En Algérie, le distinguo est constant. Ce pays a beaucoup plus hérité de la période française qu'on ne le pense. On n'y invoquera pas, comme dans d'autres pays, une loi religieuse pour condamner un comportement civil ; pas officiellement, du moins. Un préfet me disait : « Nous avons dans les préfectures des directeurs des affaires religieuses, mais ceux qui administrent la religion ne sont pas ceux qui la pratiquent. »
C'est une réflexion typiquement occidentale : il faisait bien le distinguo entre ces fonctionnaires chargés d'administrer la religion et les croyants. Ce n'est pas le même monde...
☞ La fracture est-elle nette entre le FLN et le peuple, existe-t-il un fossé entre une Algérie « d'en haut » et une Algérie d'« en bas » ?
Oui. Il existe indiscutablement une bourgeoisie, culturellement forte et marquée par l'Amérique. J'ai constaté qu'alors que les enfants du peuple viennent étudier en France, ceux des dignitaires vont aux États-Unis. Le petit peuple, qui souffre et qui a faim, a peu d'estime pour ces dignitaires du régime et accuse les associations d'anciens combattants de regrouper des gens qui n'ont jamais combattu et restaient derrière les frontières pendant la guerre d'indépendance.
☞ Le peuple a faim et pourtant l'Algérie est assise sur des ressources d'or noir considérables. Où va l'argent ?
Les gouvernants ne s'oublient pas, mais le gouvernement investit aussi beaucoup dans les infrastructures. L'argent qui rentre grâce au pétrole a permis par exemple de rénover l'aéroport d'Alger avec une débauche de luxe qu'un pays pauvre ne pourrait pas s'offrir; mais le peuple ne se rend pas à l'aéroport d'Alger. De même, l'autoroute Maroc-Tunisie est une belle réalisation, mais les gens ne l'utilisent pas. À côté de ces réalisations, on importe tout, notamment les produits agricoles, et les efforts réels consentis pour les infrastructures n'apportent de solution ni à la montée des prix, ni aux difficultés d'approvisionnement. On parle d'émeutes de la faim et le mot n'est pas trop fort. Ce sont en tout cas des émeutes de la misère. Les mouvements islamistes prospèrent sur cette pauvreté, en y remédiant et en aidant vraiment la population. Je pense toutefois qu'il n'y a pas de corrélation entre terrorisme et pratique religieuse, j'ai même remarqué le contraire. Dans le Mzab, par exemple, on n'a pas déploré un mort pendant les dix ans de ce qu'on appelle la guerre civile algérienne. Les habitants expliquent qu'ils sont suffisamment religieux pour ne pas avoir besoin d'être islamistes. Ce qui tend à montrer que les comportements politiques diffèrent au sein du monde islamique. Les gens n'aiment pas les barbus venus d'Arabie Saoudite, qu'ils appellent les « Afghans », parce qu'ils se sont battus en Afghanistan ou en Irak.
☞ L'Algérie importe les produits agricoles, alors qu'elle-même était jadis un grenier à blé...
À cet égard, je me rappelle d'un article de L'Écho d'Oran dont l'auteur écrivait que du temps des Français, l'Algérie était auto-suffisante dans le domaine alimentaire. « Que penser, demandait-il, d'un régime qui n'aura su que fabriquer des assassins d'enfants ? » Comme je m'étonnais de cette audace auprès d'un collaborateur du même journal, celui-ci m'a répondu : ici on écrit tout ce qu'on veut, mais de temps en temps on peut avoir un « accident »... Quand j'étais en Algérie, une information a fait état d'un journaliste qui avait été tabassé dans un hôtel à Tunis. Les Algériens, scandalisés, disaient : « On ne verrait pas ça en Algérie ». J'ai en effet lu des articles terribles sur Bouteflika : il existe donc en Algérie une véritable liberté de la presse... tempérée par « l'accident ». C'est une dictature qui fonctionne avec un système qu'un Français comprend aisément. Il serait intéressant, s'il y avait demain des élections en Algérie, de voir le score que réaliseraient les partis occidentalisés, comme le FFS de Aît Ahmed.
☞ Quelles pourraient être les conséquences pour la France d'une révolution en Algérie ?
L'affaissement de systèmes autoritaires favorise les exodes, parce que le départ devient soudain possible. En quelques jours, plusieurs milliers de Tunisiens ont débarqué à Lampedusa, certains poussés par le désir de quitter un pays misérable, d'autres, proches du régime déchu ou petit cadre locaux, par crainte d'un retour de bâton. Transposez cette situation et ces réflexes à l'Algérie : il est évident que l'effet d'attraction sera énorme, encore amplifié par les liens qui unissent la France et l'Algérie. Certes, la France conserverait la maîtrise des visas ; mais les visas sont une chose, et le transit une autre.
Propos recueillis par Jean-Pierre Nomen monde & vie 19 février 2011 -
Anne Kling : « Dès les années 70, la Licra va systématiquement soutenir l'immigration de peuplement arabo-musulmane »
RIVAROL : Anne Kling, vous intervenez à la journée de Terre et Peuple, sur le thème des lobbys qui prétendent diriger la France, et vous êtes l'auteur de trois livres remarqués, consacrés à la Liera, au Crif et aux révolutionnaires juifs. Dites-nous quel est votre cheminement intellectuel et politique ?
Anne KLING : Je ne suis absolument pas issue de ce que d'aucuns appellent « l'extrême-droite ». J'avais été suppléante au titre du RPR du député UDF strasbourgeois Harry Lapp. Je fus ensuite responsable de La Droite de Charles Millon, à Strasbourg. C'est dans le cadre de la préparation d'élections municipales à Strasbourg que mes ennuis commencèrent, et par là, ma prise de conscience. J'avais décidé de faire équipe avec Robert Spieler, alors président d'Alsace d'Abord et j'avais rédigé un tract, au titre d'une association que j'avais créée, où je liais immigration et insécurité. La Licra me traina devant les tribunaux, mais je fus relaxée. C'était ma première rencontre avec l'officine... Par la suite, un autre tract me valut de sérieux ennuis professionnels. J'étais fonctionnaire au Conseil de l'Europe, dont la Turquie fait partie, et j'avais eu l'outrecuidance de lancer une pétition contre l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Je considérai que c'était là mon droit le plus strict, en tant que citoyenne. Le secrétaire général du Conseil de l'Europe ne l'entendit pas ainsi et enclencha une procédure disciplinaire en vue de mon licenciement. J'avais décidé de me battre. Les tribunaux français n'étant pas compétents, j'ai obligé le Conseil de l'Europe à réunir un tribunal administratif international pour juger mon cas. C'était, à ma connaissance, la première fois que cela se produisait. Je finis, après quelques péripéties, par obtenir en grande partie gain de cause. J'ai certes terminé ma vie professionnelle dans un placard, mais je ne m'en suis pas plainte. Cela m'a donné du temps pour réfléchir à l'écriture de mes livres !
R. : Pourquoi avez-vous décidé de consacrer un livre à la Licra, et un autre au Crif ?
A. K. : Le Crif (Conseil représentatif des institutions juives de France) et la Licra (Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme) sont peu connus du grand public. Il suffit de demander autour de soi ce que ces sigles signifient pour s'en rendre compte facilement.
Et même dans nos rangs, si l'on sait en général un peu mieux ce dont il est question, beaucoup ignorent l'étendue réelle du rayon d'action de ces officines. Leur puissance et leur capacité d'influence dans un grand nombre de domaines importants de la vie politique française, comme la justice, l'éducation nationale, la promotion de l'immigration arabo-musulmane.
Et donc on méconnaît généralement leur forte responsabilité dans la situation très dégradée de la France d'aujourd'hui. Jusqu'il y a une dizaine d'années, le CRIF qui se qualifie lui-même de porte-parole politique de la communauté juive de France auprès des pouvoirs publics, était occulté, dans les média surtout, par la puissante Licra. C'est la Licra qui jouait en matière de lutte « contre le racisme et l'antisémitisme » le rôle de bras armé et veillait jalousement à l'orthodoxie de la vie politique française. C'est qu'un renvoi en correctionnelle, une excommunication sur la place publique, un tabou jeté sur tel ou tel, étaient vite arrivés.
Et leur seule perspective suffisait à tenir en laisse une classe politique particulièrement docile. Mais les circonstances ont évolué depuis le début des années 2000 et la Licra, qui est toujours là et bien là, apparaît aujourd'hui en retrait derrière le CRIF qui tient à présent le haut du pavé et de l'affiche. Bien sûr, pour s'en apercevoir, il faut s'intéresser de près au fonctionnement de la vie politique du pays. Encore une fois, le grand public n'a pas conscience de la réalité et de la puissance de ces courants souterrains.
Car les média du système se gardent bien d'attirer son attention sur une situation qui pourrait finir par paraître bizarre. Tout est fait au contraire pour éluder le sujet et ceux qui persistent à se poser trop de questions sont généralement réduits au silence par l'accusation absolument terrifiante d'antisémitisme.
Celle qui vous rejette illico en dehors de l'humanité et vous précipite aux enfers. Car il faut savoir que l'"antisémitisme" est actuellement le seul péché mortel encore existant.
R. : Parlez-nous des origines de la Licra ?
A. K. : La Licra est l'officine la plus ancienne et a longtemps été la plus puissante. C'est elle qui a le plus fortement contribué à façonner le visage de la France d'aujourd'hui..Car elle a très fortement ; contribué à imposer au pays une immigration musulmane massive. Devant la tournure prise par les événements, elle est maintenant un peu moins flamboyante. C'est l'une des raisons pour lesquelles le Crif a pris le relais.
Mais le pouvoir de la Licra a été très important globalement entre les années 1970 et 2000. Une période charnière qui a vu une véritable mutation du pays.
Pour comprendre d'où elle a pu tirer son pouvoir exorbitant, il faut remonter à la source : au confluent de deux événements majeurs du XXe siècle : la révolution bolchevique et la Seconde Guerre mondiale. Deux événements puissamment liés l'un à l'autre. Deux événements dont nous subissons encore fortement les retombées.
La Licra a été créée en 1926 sous le nom de Ligue internationale contre les pogroms par un journaliste communiste, Bernard Lecache. Qui, comme son nom ne l'indique pas, était né dans une famille juive d'origine ukrainienne réfugiée en France. Lecache a été parmi les premiers à adhérer au tout nouveau Parti communiste français qui se crée en 1921.
C'est donc un communiste de la première heure qui crée la Licra. Le pouvoir bolchevique règne alors d'une main de fer sur l'URSS depuis 8 ans et voudrait bien s'étendre à l'Ouest. C'est à cela que travaillent ses agents d'influence, tels que Lecache.
Ce dernier crée la Ligue pour assurer le battage médiatique voulu autour du procès de l'assassin de Simon Petlura, abattu à Paris par Samuel Schwartzbard. C'est le meurtre d'un nationaliste ukrainien par un communiste juif qui est à proprement parler à l'origine de la Licra, le battage fait autour de ce procès sera immense et efficace : toute la gauche ainsi que la diaspora juive sont mobilisées, jusqu'aux États-Unis. Tant et si bien que par une inversion classique à ce procès on ne jugera pas le meurtrier, mais sa victime, présumée coupable de pogroms en Ukraine. En réalité, le procès ne permettra même pas d'établir sa part réelle de responsabilité dans les exactions commises par son armée.
Bien évidemment, Schwartzbard est triomphalement acquitté à Paris en 1927 et dans la foulée Lecache transforme sa Ligue contre les pogroms, qui a parfaitement rempli sa fonction, en Ligue contre l'antisémitisme, pour disposer d'un rayon d'action plus vaste.
Nous sommes en 1928, il va présider la Licra pendant 40 ans, jusqu'en 1968. À ce moment-là prendra le relais Jean Pierre-Bloch, le second président de la Licra qui restera à son tour à sa tête jusqu'en 1993. Ce qui signifie que de 1927 à 1993, la Licra a connu en tout et pour tout deux présidents. Tous deux juifs bien évidemment, tous deux journalistes, tous deux de gauche, tous deux indéboulonnables. Une étonnante continuité.
R. : Jean-Pierre Bloch va poursuivre d'une haine vigilante tout ce qui est national ?
A. K. : Ses haines vont, en effet, fortement ; marquer l'action de la Ligue. Elles plongent leurs racines dans les années de guerre et même d'avant-guerre. À la Libération, il est député socialiste, l'un des 27 jurés au procès du maréchal Pétain dont il votera la condamnation. Dès ce moment la Licra poursuivra les responsables du régime de Vichy d'une haine implacable qui culminera des décennies plus tard en un certain nombre de procès tardifs, mais retentissants. La Licra a donc été créée par des personnes et en des circonstances fortement politisées - à gauche - ce qui ne l'a jamais empêché de tranquillement se déclarer apolitique, ou plus exactement, selon ses propres termes, « au-dessus des partis ». Elle s'est déclarée de la même façon non confessionnelle. Cette apparente neutralité, totalement mensongère, lui a permis d'étendre son réseau dans toutes les directions et d'afficher une vitrine universaliste et morale derrière laquelle elle a pu exercer une influence politique importante et bien ciblée, quoique méconnue ou sous-estimée du public.
R. : Quel rôle la Licra joue-t-elle dans l'arrivée de la gauche au pouvoir ? Et dans l'immigration de peuplement arabo-musulmane ?
A. K. : Avant 1981, son objectif premier a été d'aider la gauche à parvenir au pouvoir. Elle l'y a aidée de toutes ses forces et n'a pas eu affaire à des ingrats. Du reste, Mitterrand était membre d'honneur de la Liera, comme le sera son successeur, Chirac, qui n'avait rien à lui refuser.
Pour la gauche, le meilleur moyen de parvenir au pouvoir et d'y rester, était de transformer le pays et surtout sa population. De faire de la France un territoire multiculturel et multiethnique. Dès les années 1970, la Licra va systématiquement soutenir l'immigration de peuplement arabo-musulmane. À ce moment-là, pour elle, juifs et arabes sont fondamentalement considérés comme frères. Ceci apparaît clairement dans tous ses écrits.
Elle favorise donc l'arrivée d'une population considérée comme une alliée. Il s'agit, de concert avec la gauche politique, de transformer la France en profondeur, de modifier sa population, et donc son électorat, dans un sens favorable à la gauche.
Pour la Licra, il s'agissait en outre de briser une cohésion nationale jugée menaçante à bien des égards. Et de faire payer , ce qu'elle estimait être une dette imprescriptible de la France à l'égard de sa population juive.
Encore fallait-il désarmer toute opposition à l'immigration. Ce sera le rôle assigné à l'arsenal des législations dites antiracistes que la Licra inspirera et parviendra à imposer dès 1972.
Car la loi antiraciste de 1972, la première de la série, a été arrachée de haute lutte par des socialistes membres de l'officine. Le président Pierre-Bloch s'en félicitera tout à fait clairement et revendiquera pour la Licra la totale paternité de cette loi. Qui est décisive car elle va offrir à l'officine un levier extrêmement puissant dont elle va se servir sans relâche. Grâce à cette loi et aux suivantes qui perfectionneront le système et muscleront toute liberté d'expression et même toute interrogation historique sur certains sujets, la Licra pourra poursuivre tous ceux qu'elle désigne comme racistes. C'est elle qui décidera qui est raciste et qui ne l'est pas. Qui est antisémite et qui ne l'est pas. Elle distribuera à sa guise les bons et les mauvais points.
Elle va pouvoir grâce à cette loi créer le climat favorable à l'arrivée de la gauche au pouvoir et criminaliser les résistances à l'immigration massive qui va s'intensifier à partir de ces années.
R. : Son rôle se modifie-t-iI, une fois la gauche au pouvoir ?
A. K. : Son rôle, déjà déterminant, ne va pas s'arrêter lorsque la gauche atteindra enfin l'Olympe, en 1981. Bien au contraire. Car va s'ouvrir à ce moment-là un second volet de son action qui va se révéler extrêmement utile au camp socialiste. Car ce n'est pas le tout d'arriver au pouvoir, encore faut-il s'y cramponner.
Nous entrons là dans un domaine subtil, où la morale et les droits de l'homme vont servir de paravents à des appétits de pouvoir classiques. Et au cynisme le plus éhonté.
Je me bornerai à n'indiquer que les grandes lignes de ce qui fut mené avec intelligence et persévérance, à la fois par l'Elysée et par les responsables dits antiracistes.
Le fait est qu'à peine arrivée au pouvoir, la gauche s'est vite aperçue qu'il était plus facile de changer la vie dans les discours que dans la réalité. Les lendemains qui devaient chanter n'ont pas tardé à se transformer en petits matins grincheux.
La droite risquait donc de reprendre des couleurs. Et le pouvoir. C'est à partir de cette constatation que Mitterrand a décidé de favoriser l'émergence médiatique, donc électorale, du président du Front national, petit parti existant depuis 1972 mais qui ne connaissait jusque-là que des scores confidentiels. Cette stratégie va être développée à partir de 1982. Mitterrand va personnellement favoriser l'accès du président frontiste, qu'il connaissait pour l'avoir fréquenté dans les couloirs de la IVe République, aux chaînes de télévision.
Comme prévu, le résultat ne se fera pas attendre : le FN va décoller électoralement à partir de ce moment. Il aura des élus aux européennes de 1984 puis à l'assemblée nationale en 1986. Car 35 députés Front national vont être élus grâce au changement de mode de scrutin décidé par le chef de l'Etat, pourtant membre distingué de la Licra. Qui ne pipera pas un mot, car c'était pour le bon motif : handicaper la droite classique. De toute façon, deux ans plus tard, le mode de scrutin sera changé à nouveau et le groupe balayé.
Mais évidemment, il fallait compléter le piège et c'est là que vont intervenir à nouveau la Licra et toutes les associations dites antiracistes qui vont se mettre à pulluler. Car c'était une chose de détourner des suffrages de la droite classique vers le Front national. Mais si ces deux-là parvenaient à s'entendre - comme les socialistes se sont entendus avec les communistes par exemple - c'était la catastrophe totale. L'assurance pour la gauche d'être éjectée du pouvoir.
Il fallait à tout prix empêcher cette éventualité : l'entente entre droite nationale et droite républicaine.
R. : Comment la Licra a-t-elle procédé pour empêcher l'éventualité d'une entente entre droite nationale et droite républicaine ?
A. K. : Grâce à la diabolisation que les associations dites antiracistes, Licra en tête, orchestrèrent autour du FN qui devint le parti maudit entre tous, infréquentable, antisémite, raciste, etc., etc.
Ces associations réussirent, avec la complicité des média, à imposer l'amalgame Front national égale Vichy égale collaboration, et parvinrent à faire peser sur toute la droite, et même sur tout le pays, l'opprobre et la culpabilité liés à cette période.
La diabolisation permit de stériliser tous les suffrages qui se portaient sur ce mouvement, qui ne servirent jamais à rien ni à personne. Et de mettre au ban de la société toute une partie de la population.
Tous les partenaires ont joué cette partition avec constance et virtuosité. La France a été soumise à un vrai lavage de cerveau et à un chantage permanent à la démocratie et aux droits de l'homme. Alors que jamais ces notions n'ont été dans le même temps autant bafouées. La Licra a été au premier rang de la manœuvre. Le pouvoir de la gauche en dépendait.
R. : Et puis, dans les années 2000, ce scénario va connaître quelques couacs ?
A. K. : Ce sont les conséquences de la seconde intifada. Des manifestations d'antisémitisme commencent à se multiplier fâcheusement dans les banlieues "sensibles". Il ne s'agit plus cette fois d'un "climat" que les associations dites antiracistes ont l'habitude de dénoncer. Mais bien de faits réels et tangibles qui surviennent de plus en plus fréquemment, et particulièrement dans les établissements de l'Education nationale. Comble de malheur, ces manifestations ne sont pas le fait de l'extrême droite, ce qui serait bien commode, mais proviennent en droite ligne des quartiers peuplés d'immigrés. De ceux-là même qui ont été encouragés pendant des décennies à venir s'installer en France par toutes les organisations communautaires et assimilées.
Ce fait va provoquer des révisions déchirantes dans la communauté et entraînera un certain retrait de la Licra, qui est largement responsable de cette situation.
R. : Et le CRIF prend-le relais de la Licra ?
Le CRIF était tout prêt à prendre le relais et à apparaître en première ligne. De toute façon lui aussi avait, comme la Licra, accompagné la longue marche de la gauche vers le pouvoir. Il partageait la même volonté de promouvoir en France une société multiethnique et d'imposer au pays une inextinguible repentance. Il était exactement sur la même longueur d'onde.
Ce que l'on nomme « le Crif » est en réalité un rassemblement de plus de soixante associations extrêmement diverses à tous points de vue, y compris politique. Elles ont cependant un certain nombre de points communs absolument impératifs et incontournables : elles sont juives bien sûr, mais surtout elles soutiennent à fond l'Etat d'Israël dans tout ce qu'il dit et fait. Ce soutien inconditionnel est le fil conducteur de toute l'action du CRIF. Qui non seulement défend en toutes circonstances l'État et les intérêts d'Israël mais combat avec virulence toutes les menaces, réelles ou virtuelles, pesant sur l'État hébreu ou ses intérêts.
Le soutien à l'État d'Israël passe aux yeux du CRIF par l'entretien quasi obsessionnel du souvenir de la Shoah. Ce souvenir est en effet intimement lié à la création de l'État hébreu. Et son évocation continuelle a pour but de graver dans les esprits qu'Israël, peuplé en grande partie de rescapés, n'est pas un État comme un autre, qu'il se situe quelque part dans l'exception et par conséquent qu'il a droit à un comportement qui ne serait admis d'aucun autre.
La Shoah ne doit en aucun cas être oubliée ou rangée au magasin bien fourni des horreurs en tous genres produites par l'humanité. Car elle a un rôle bien précis à remplir : elle doit culpabiliser à tout jamais le genre humain en général - et les Occidentaux en particulier - et rappeler la dette inexpiable contractée à l'égard des juifs. La Shoah est devenue au fil des ans la pièce maîtresse de la stratégie de soutien de la diaspora à l'État d'Israël. Aujourd'hui plus que jamais. Et les exigences du Crif s'agissant de cet enseignement de la Shoah dans l'éducation nationale sont très lourdes. Elles sont cependant scrupuleusement prises en compte par les ministres concernés. Quel que soit leur bord.
Dernière priorité de l'officine : la lutte contre l'antisémitisme. Ce terme est des plus vagues et englobe toute critique ou réprobation touchant au peuple juif et à l'État hébreu.
R. : Le mode d'action du Crif est-il identique à celui de la Licra ?
A. K. : Son mode d'action est sensiblement différent de celui de la Licra. Alors que la Licra se faisait craindre par les procès qu'elle intentait pour un oui ou pour un non, le Crif, lui, fréquente assidûment les responsables politiques et fait entendre ses exigences au plus haut sommet de l'État.
Son dîner annuel voit se bousculer toute la classe politique - habituellement 800 invités - Premier ministre et quasiment tout le gouvernement en tête, venus humblement entendre les reproches, récriminations et requêtes de son président Richard Prasquier.
Ce dîner de gala annuel est relayé par autant de dîners régionaux où se bouscule cette fois le gratin politique local pour entendre les mêmes antiennes.
Pourtant, de son propre aveu, le Crif ne représente guère que 100 000 personnes, et encore, en comptant très large : 1/6e à peine de l'ensemble de la communauté et 0,2 % de la population totale du pays. Ce qui ne l'empêche pas de prétendre parler au nom de tous les juifs de France.
Devant l'empressement servile de la classe politique face à cette officine communautaire, les Français ont le droit - et le devoir - de s'interroger. Et de se demander s'il est normal de la voir exercer un ascendant aussi déterminant sur la vie publique. Que faut-il en conclure ? À l'évidence, que ce 0,2 % possède un pouvoir, une puissance, qui vont bien au-delà de son importance numérique. Pourquoi ? Comment ? Dans un pays qui ne reconnaît officiellement, de par ses textes fondateurs, que des citoyens tous pareillement égaux, voilà un sujet inépuisable de stupéfaction et de réflexion.
Il faut donc admettre que certains ont trouvé le moyen imparable de devenir nettement plus égaux que tous les autres. Et qu'il leur est extrêmement difficile de se résoudre à devenir, simplement, des Français comme les autres et à se fondre dans la masse.
Nous sommes arrivés au stade où la situation du pays est considérablement dégradée. Car l'objectif visé avec opiniâtreté par la gauche morale entre guillemets et la gauche politique est atteint : la France a bel et bien été transformée et son identité détruite. Elle est devenue plurielle conformément aux souhaits de ceux qui y avaient intérêt.
R. : Quel avenir voyez-vous à ces lobbys ?
Â. K. : Les lobbys triomphent, certes, mais sur un socle très fragilisé et qui risque de les entraîner dans sa chute. Le gros capital de sympathie dont ils bénéficiaient spontanément, quoi qu'ils en disent, et dont bénéficiait Israël, ne semble plus aujourd'hui qu'un lointain souvenir. Des lendemains plutôt difficiles se profilent pour eux. Et ils en ont conscience. D'où des tentatives actuelles de rapprochements plus qu'étonnants. Pour ne pas dire contre-nature.
Propos recueillis par Jérôme BOURBON. Rivarol du 2 décembre 2011
Pour commander les livres d'Anne Kling : La France Licratisée (264 pages) ; Le CRIF : un lobby au cœur de la République (294 pages) ; Révolutionnaires juifs (224 pages) : Chaque livre : 18 euros plus 3 euros de frais de port. Envoyer chèques à l'ordre d'Anne Kling ; Anne Kling, éditions Mithra, BP 60291, 67008 Strasbourg Cedex. -
Je préfère encore Bachar el-Assad
BV. Les Occidentaux s’apprêtent à intervenir en Syrie. Vous remplacez Obama par Bush, Syrie par Irak, et armes chimiques par armes de destruction massive : ça vous rappelle quelque chose ?
MLP. C’est la première idée qui m’a traversé l’esprit. C’est étonnant car les Américains sont plutôt bons en story stelling. Finalement, il ont assez peu d’imagination en politique internationale : ils nous ressortent le même scénario…
On nous rejoue l’Irak ?
Absolument. Ça me rappelle les bébés koweitiens sortis des couveuses et dont on éclatait la tête contre les murs. Ou encore les armes de destruction massive. Tout cela n’était qu’une opération de communication américaine, une technique utilisée dans laquelle nous tombons systématiquement pieds et poings liés : la défense du bien contre le mal.
Les Français doivent comprendre — mais personne ne le leur explique — qu’avec les Américains, et en matière internationale, la bonne réponse est toujours le pétrole. Or, quelle est la réalité de la situation géostratégique et géopolitique en Syrie ? Bachar el-Assad a refusé au Qatar et à l’Arabie Saoudite de voir son pays traversé par des pipelines. L’objectif était, notamment, de faire concurrence au gaz russe. Quand vous avez compris cela, vous avez tout compris de ce qui se joue actuellement en Syrie. Ce n’est pas du tout le combat de la démocratie contre la dictature. Tout cela n’est qu’habillage de bons sentiments pour, en réalité, défendre les intérêts stratégiques américains.
Par ailleurs, et au-delà de la violation massive du droit international qu’a constituée la reconnaissance de l’opposition syrienne comme seul interlocuteur du gouvernement français, je trouve délirant qu’on n’ait même pas posé de conditions à cette reconnaissance. La moindre des choses aurait été d’exiger un engagement sur la protection absolue des minorités syriennes ! Car je vous l’annonce, le jour où le régime de Bachar el-Assad tombera, on assistera à un véritable génocide des minorités. Et en premier lieu des Alaouites, avec la bénédiction de l’Occident. Alors, que l’on ne me parle pas de la défense de la démocratie contre le totalitarisme ! C’est la quinzième fois que les États-Unis nous font le coup, et moi je n’hésite pas à dire qu’entre le Shah d’Iran et l’Ayatollah Khomeiny, je préférais le Shah d’Iran. Voilà.
Et entre Saddam Hussein et l’Irak d’aujourd’hui ?
Je préférais Saddam Hussein.
Et entre Bachar el-Assad et la situation qui se profile ?
Eh bien, je préfère probablement Bachar el-Assad. Et je vous le dis avec d’autant plus de facilité que notre mouvement politique n’a jamais eu la moindre compromission avec aucun de ces dirigeants. Ni avec Bachar el-Assad, ni avec Hosni Moubarak en Egypte, ni…
Je me souviens pourtant d’un voyage de votre père en Irak qui avait posé problème…
Qu’était-il parti y faire ? Tenter de libérer des otages retenus en Irak par Saddam Hussein. Je vous rappelle d’ailleurs, pour que vous puissiez constater le niveau de bassesse de nos dirigeants politiques, qu’il avait ramené des otages et que les autorités ont refusé que l’avion se pose en France : elles l’ont fait atterrir en Allemagne !
Comment se fait-il que la France, hier la droite et aujourd’hui la gauche, choisisse chaque fois le Qatar et l’Arabie Saoudite et leurs intérêts ?
Parce que notre classe politique est vendue, au sens propre. Il ne se passe pas une semaine sans un responsable socialiste ou un responsable UMP à Doha. Contrairement à ce qu’ils disent, ils se moquent totalement de la défense de nos valeurs, de nos principes. Ils sont — Madame Najat Vallaud Belkacem l’a dit — dans le « business ». C’est aussi simple que cela. Il est étonnant de voir — et je regarde là le Parti socialiste dans les yeux — que tous ces régimes autoritaires, Egypte comme Tunisie, étaient plutôt des régimes socialisants. D’ailleurs, ils appartenaient à l’Internationale socialiste. Aujourd’hui, on fait le choix de manière délibérée de régimes religieux très durs en interne mais ultra-capitalistes à l’extérieur.
Vous regrettez le soutien que nous avons apporté aux révolutions du printemps arabe ?
Ce que je regrette, c’est que l’on s’y soit lancé à corps perdu sans en mesurer les conséquences ni les enjeux. Et donc sans poser la moindre exigence.
François Hollande doit se rendre dans quelques jours en Algérie. Quels rapports la France doit-elle entretenir avec l’Algérie ?
Un rapport de force. Or, depuis quelques années, tout déplacement en Algérie se résume à une augmentation des visas accordés aux Algériens — on est passé en quelques années de 130 000 à 200 000 visas par an — et à une inflation de la repentance pour la simple raison que nous sommes dépendants économiquement du gaz algérien. Voilà une véritable erreur stratégique ! Je plaide depuis plusieurs années pour que l’on mette en place une réflexion et des accords stratégiques avec la Russie, justement pour éviter de dépendre intégralement de pays comme l’Algérie.
La France a eu raison de soutenir le statut d’État observateur de la Palestine ?
Oui. J’ai toujours plaidé pour la reconnaissance de l’État palestinien : on ne peut pas avoir des exigences à l’égard d’un État s’il n’est pas souverain. Introduire la Palestine dans le jeu des institutions internationales entraîne pour cet État des droits mais aussi des devoirs. Cela me semble assez sain et aller dans le sens d’une avancée du règlement du conflit entre Israël et la Palestine.
Et que pensez-vous de la réponse israélienne : la construction de 3 000 logements et l’arrêt du versement des taxes douanières ?
C’est le choix du conflit.source : Boulevard Voltaire :: lien -
Le populisme face à la haine du peuple
Entretien avec Christophe Boutin*
« Populisme ambiant », comme écrivait avec mépris Libération. Toujours ce même fantasme de la bête immonde qui guette, la même idéologie en carton-pâte pour effrayer l'électeur au fond de sa chaumière. Que recouvre vraiment « l'irrésistible montée des populismes », de la France à l'Amérique du Sud, des États-Unis à la Suisse (la Suisse ! rendez-vous compte) ?
De Nicolas Sarkozy à Marine Le Pen, Ségolène Royal ou Jean-Luc Mélenchon : tous ont en commun cette marque infâme d'être dénoncés comme populiste. Est-ce que ce terme garde une signification ? En a-t-il déjà eu une ?
Le terme de « populisme » moderne, le seul qui nous intéresse ici, celui qui est utilisé depuis maintenant vingt ans, est essentiellement une marque stigmatisante, une hétéro-définition infligée à un mouvement politique pour le discréditer. Ce n'est qu'une fois imposé par l'adversaire qu'il est repris par certains mouvements qui tentent d'en retourner le contenu négatif, se flattant alors de leur lien supposé avec un peuple difficilement contournable en démocratie.
Ce terme permet de dénoncer un démagogue flattant l'opinion publique en ce qu'elle a de plus mauvais et usant des bas instincts de la plèbe pour parvenir au pouvoir. Un mouvement dont le discours est nécessairement « simpliste », incapable de rendre compte de la complexité des enjeux du pouvoir dans le monde moderne ; incapable aussi de sortir des préjugés pour affronter la modernité.
Si l'on se place maintenant sur les quelques invariants des populismes, on retrouve, populismes de droite ou de gauche confondus, quelques thématiques simples. La première est le présupposé que la politique est menée dans nos démocraties par une élite coupée des réalités, une classe fermée sur elle-même, mêlant politique, finance et médias. Cette classe se projetterait dans un avenir où disparaissent les identités nationales, ethniques, culturelles, pour ne laisser subsister qu'une différence sociale exacerbée. La seconde est le présupposé de l'existence d'un peuple formant encore une communauté cohérente - groupe national à droite, mélangé de classe sociale à gauche -, dont les valeurs doivent pouvoir structurer à nouveau le discours politique. En quelque sorte, nous nous trouvons en face d'un discours qui reprend la distinction maurrassienne classique du « pays légal » opposé au « pays réel ». S'y ajoute enfin la revendication d'un double lien entre le leader populiste et le peuple. Le premier passe par une identité de discours et par l'incarnation du peuple dans le leader ; le second se traduit par la référence appuyée à une démocratie directe au moins partielle, se concrétisant notamment autour de votations référendaires sur les grands sujets de société.
De Jean-Claude Michéa à Alain de Benoist, nous trouvons la même analyse de cette invention récente du « populisme » : un concept fourre-tout, bien pratique pour discréditer tout mouvement ou idée, qui prendrait le peuple à témoin pour remettre en cause les abus et les privilèges de l'hyper-classe mondialisée ? Tous ceux qui n'adhèrent pas à « l'idéologie d'une démocratie radicale déracinée » ?(1)
Pour nombre d'adversaires du populisme, il s'agit simplement de discréditer tout mouvement, de gauche ou de droite, qui met en cause la domination d'un pouvoir auquel ils participent directement ou indirectement. La politique serait une chose bien trop sérieuse pour être laissée au peuple, et l'histoire de la construction européenne a ici valeur d'exemple caricatural, des discours des « pères fondateurs » aux référendums contournés. Le populisme remplace ainsi dans son rôle délégitimant le terme de "fascisme" largement usité dans la fameuse « reductio ad hitlerum », devenu trop éloigné des réalités des mouvements accusés et trop daté pour jouer pleinement son rôle de repoussoir.
D'autres adversaires du populisme ne se situent pas sur cette approche cynique. Leur conception de la démocratie postule l'existence d'un citoyen abstrait, pouvant vivre coupé de ses sphères d'appartenance, qui vont de la famille à la nation et aux analyses purement rationnelles. Un citoyen qu'ils ne trouvent pas, et pour cause, dans la réalité. En attendant le moment où l'homme sera capable de dépasser son intérêt personnel pour penser en citoyen idéal, ils se défient des mouvements populaires - des « émotions populaires » comme on disait. Et de ce que le registre de l'émotion et de l'irrationnel permet de déclencher les mouvements des foules, on conclut par une défiance envers tout sentiment, suspectant jusqu'à la philia aristotélicienne, nécessaire pourtant à la vie de la Cité, mais qui définit nécessairement un Autre.
En retournant cette question du populisme, qu'apprend-on sur les adversaires du populisme ?
Vous le voyez, il n'y a pas un, mais des adversaires du populisme. Cela va de l'héritier de Sieyès, cherchant dans une élection à plusieurs degrés la solution à des débordements populaires dont il faut sans doute toujours se méfier, jusqu'au dirigeant infatué de son pouvoir. Mais si le second méprise le peuple, ce n'est pas le cas du premier.
« Selon l'usage commun, un gouvernant élu qui écoute un bon peuple est populaire, mais s'il écoute un mauvais peuple, il est populiste. » (1) Drôle de conception de la démocratie, non ?
D'où l'importance de la démocratie sondagière, pour nous donner à toute force les images de ce « bon peuple » qui valideraient les choix de la modernité. Mais l'instrument semble cassé, et il devient de plus en plus délicat de camoufler l'écart actuel entre une opinion publique revue et corrigée par les questions, et les panels, tandis que se multiplient par ailleurs les actions répressives (textes nouveaux, institutions ad hoc, actions en justice) contre la liberté d'expression d'une tout autre opinion publique.
Car, pour finir, en tant qu'expert de l'abstention (2), ne peut-on lier les deux phénomènes de désengagement populaire à l'égard de la politique et cette défiance extrême - certains populistes diraient ce mépris - envers le peuple par une partie des élites ?
Le vote suppose que le citoyen se reconnaisse dans un discours présenté par un homme ou une formation, en sachant qu'il est impossible de trouver une adéquation parfaite. Un choix se fait alors entre les offres politiques en fonction de priorités qui peuvent être analysées de manière rationnelle ou triées en fonction de ressentis. Encore faut-il que l'offre politique soit réelle, c'est-à-dire qu'elle permette aux formations présentes sur la scène politique de participer par des élus à l'élaboration de la norme. Lorsque l'offre n'est que de pure forme et que le citoyen n'a pas l'impression de pouvoir peser par son vote sur les choix politiques, il se tournera vers d'autres formes de participation, qui vont des associations à la grève, mais peuvent aussi déboucher sur la violence. La démocratie suppose le débat non seulement lors du choix des dirigeants, mais aussi lors de l'établissement de la norme. Si un système électoral permet de confiner ce débat en excluant de manière systématique certaines problématiques et en le resserrant entre deux approches presque identiques, l'électeur se sent dépossédé de sa parcelle de souveraineté... et n'est guère tenté de venir cautionner par sa présence aux urnes un système dont il se sent exclu.
Propos recueillis par David Sellos LE CHOC DU MOIS moi 2011
1) Chantal Delsol, La nature du populisme ou les figures de l'idiot. Les éditions Ovadia, Nice, 2008, 218 p.
2) Christophe Boutin, L'abstentionnisme électoral ; apaisement ou épuisement. Actes du colloque des 29 et 30 novembre 2001, F.-X. de Guibert.
*Christophe Boutin est politologue, professeur des Universités. Dernier ouvrage paru : Les grands discours politiques du XXe siècle (Flammarion, 2009). -
André Gandillon : « N'ayons pas peur de défendre la vérité du christianisme ! »
Philosophe, historien et économiste, André Gandillon, qui est aussi rédacteur en chef de la revue nationaliste Militant depuis 2003, est l'auteur de quatre ouvrages : Les fondements du XXe siècle (2 volumes, Roudil, 1992), Nouvelles considérations sur la raison (François-Xavier de Guibert, 1997), Solutions nationales à la crise (Ed. Dualpha, 2010) et Grandeur du christianisme (448 pages, 30 euros, François-Xavier de Guibert, 10 rue Mercœur, 75011 Paris. Tél. : 01-40-46-54-47. Site : < www.fxdeguibert.com >, ce dernier livre d'apologétique est préfacé par l'abbé Claude Barthe. Il nous a paru intéressant d'interroger André Gandillon sur ce dernier ouvrage en cette veille de Pâques.
RIVAROL : Qu'est-ce qui vous a donné l'idée d'écrire ce livre dressant l'apologie de la religion chrétienne, vous qui êtes un laïc, marié et père de quatre enfants, engagé dans le combat politique depuis plusieurs décennies car on se serait plutôt attendu à ce que cet ouvrage soit le fait d'un ecclésiastique ?
André Gandillon : D'abord tout baptisé catholique se doit de défendre sa religion. Cette mission n'est pas l'apanage exclusif des clercs. Si j'ai écrit ce livre, c'est à la suite des contacts, d'ailleurs très courtois, que j'ai eus dans les années 1990, à l'occasion de la publication de mon premier livre Les Fondements du XXe siècle, avec des néo-païens. Je me suis rendu compte que tous les arguments que je leur donnais en faveur du christianisme ne les convainquaient pas.
Est-ce parce que je ne savais pas leur en parler ? Parce que mes idées n'étaient pas suffisamment claires ? Je me suis interrogé : comment se faisait-il que ce qui me paraissait évident ne l'était pas pour eux qui semblaient sincères dans leur scepticisme ? J'ai donc entrepris de mettre mes idées à plat, de réfléchir à la manière de savoir comment l'on peut penser, ce qui m'a conduit à écrire le livre Nouvelles considérations sur la raison et, dans le prolongement de cette réflexion, à rédiger un autre ouvrage afin de démontrer que le christianisme est la seule et vraie religion. Le christianisme est authentique car c'est une religion qui s'inscrit dans l'histoire et qui s'exprime sous forme de preuves expérimentales, à savoir le prophétisme hébreu, lequel s'est réalisé dans la venue du Christ.
Il s'agissait également de démontrer que le christianisme est la seule religion qui n'entre pas en contradiction avec les demandes de l'intelligence humaine, autrement dit qu'elle ne contient aucune contradiction rationnelle telle que peuvent en connaître les religions matérialistes, païennes ou les religions orientales asiatiques.
Il s'agissait enfin de prouver la vérité du christianisme par les fruits nombreux qu'il a pu apporter à l'homme, notamment le développement économique et industriel, tout en le mettant en garde sur le fait que, sans le respect de la morale chrétienne, ce développement transforme les hommes en apprentis sorciers et est vecteur de destructions.
R. : Vous appuyez-vous sur les fameuses cinq voies de saint Thomas d'Aquin pour prouver l'existence de Dieu ?
A.G. : Non, car lorsque je les ai citées à des néo-païens, ceux-ci ont toujours trouvé des réfutations assez convaincantes. Dans Nouvelles considérations sur la raison, je consacre d'ailleurs un chapitre aux cinq voies de saint Thomas en montrant leurs limites pour les hommes d'aujourd'hui. Ce qui m'a conduit à chercher une preuve réaliste, matérielle, c'est-à-dire une preuve par l'expérience, par le prophétisme hébreu réalisé par la venue du Christ lui-même, par sa vie, par ses miracles, par sa résurrection qui est attestée par nombre de témoins et qui est même vérifiée aujourd'hui par ce que certains appellent un cinquième Evangile, à savoir le Saint Suaire de Turin. Car, n'oublions pas que, comme l'écrit saint Paul : « Si le Christ n'est pas ressuscité, vaine est notre foi. »
R. : En quoi les autres religions sont-elles selon vous déficientes et donc fausses ?
A. G. : Au contraire du christianisme, les autres religions considèrent que les principes créés et incréés sont confondus l'un dans l'autre. Précisons que ce que l'on appelle le principe incréé est le principe éternel d'existence des choses, lequel a toujours existé et existera toujours. En revanche, le principe créé, c'est quelque chose qui a son commencement et qui nécessairement aura une fin. Or, dans le christianisme, on distingue bien le principe incréé, c'est-à-dire l'Esprit créateur qui existe de toute éternité et qui existera à jamais et le principe créé qui est la matière, laquelle a un commencement et une fin, chose que l'on peut d'ailleurs observer actuellement dans l'univers.
À l'inverse, les matérialistes pensent que c'est la matière elle-même qui est éternelle, qu'elle n'a ni commencement, ni fin. Or, comment organiser la matière à partir d' elle-même s'il n'y a pas un Esprit qui informe la matière et qui lui permette de s'organiser ? Dans cette perspective, on en arrive alors aux théories d'Epicure qui parlait du hasard, de la déclinaison des atomes, en utilisant un nom savant, le clinamen, lequel fait que les atomes providentiellement s'agencent par eux-mêmes et que le monde prend sa forme par une organisation qui lui est propre. C'est l'une des raisons pour lesquelles le darwinisme a aujourd'hui tant de succès car, finalement, il s'accorde assez bien avec cette vision matérialiste des choses qui fait l'économie du principe incréé, c'est-à-dire en vérité de Dieu lui-même.
Quant aux religions asiatiques comme l'hindouisme, elles considèrent que ce que nous vivons n'est qu'illusion, que la réalité n'existe pas en elle-même mais que c'est simplement la représentation que nous nous en faisons. Or, nous nous rendons bien compte par l'expérience qu'un morceau de bois, c'est bel et bien un morceau de bois que l'on peut toucher, qu'une montagne n'est pas une simple illusion mais bien une montagne, etc.
De plus, ces religions font intervenir des phénomènes extraordinaires pour expliquer l'origine du monde, tel un démiurge sortant de la matière chaotique pour l'organiser. Alors que le christianisme, lui, apporte une intention rationnelle en nous disant qu'il y a un esprit, une intention originelle qui organise le monde tout en laissant à l'homme la liberté d'agir pour contribuer à former ce que Berdiaev appelait « le huitième jour de la Création ».
R. : Quel est le principal apport du christianisme ?
A. G. : Le christianisme a eu cet immense mérite de dédiviniser l'univers. Les Pères grecs que les néo-païens ont critiqués ultérieurement, ont démontré que les étoiles, les astres n'étaient pas des dieux mais simplement des corps créés qui avaient un commencement et une fin, qui faisaient partie de la Création, qu'ils étaient des corps matériels. Et à partir de là, on a commencé à pouvoir analyser le monde, non pas comme une simple manifestation d'objets divins, mais comme une combinaison d'objets qui avaient une loi propre d'existence.
Le christianisme a permis d'étudier la matière pour elle-même et, parallèlement, en donnant une loi de vie à l'homme, c'est-à-dire une loi morale fondée sur le Décalogue mais aussi sur le sens de l'existence qui va d'un commencement imparfait à une fin perfectible en union avec Dieu, il a incité les hommes à se perfectionner, à donner le meilleur d'eux-mêmes, à corriger leurs défauts pour s'élever au-dessus de leur quotidien, selon une loi propre qui est la loi révélée par Dieu, laquelle leur permet de découvrir progressivement un certain nombre de lois, de comportements qui les a amenés à sortir de la stagnation dans tous les domaines : intellectuel, artistique, technique, spirituel. Mais il ne faut jamais oublier de dire que le christianisme n'a pu arriver à féconder de manière si admirable la pensée humaine que parce qu'il était tombé sur un terrain extrêmement fertile, la pensée grecque.
R. : En quoi le christianisme a-t-il favorisé l'éclosion des arts et le développement des techniques ?
A. G. : Disons d'abord que la pensée grecque pouvait s'accorder facilement avec le christianisme car, déjà chez Aristote, il est question d'un premier moteur, d'un principe organisateur du monde. Mais évidemment, à l'époque, Aristote ne connaissant pas la Révélation, il ne pouvait qu'émettre une hypothèse. Mais toute la philosophie était en place. Les Grecs avaient ainsi déjà commencé à étudier l'univers car cet étonnement devant ses merveilles les poussait à penser que le monde avait un ordre et qu'il pouvait être compris. Tandis que dans d'autres civilisations comme les civilisations orientales ou éthiopienne où le christianisme est arrivé également très tôt -, l'on faisait sienne une vision contemplative du monde en pensant que l'homme était soumis à un ordre mais ne pourrait pas intervenir à l'intérieur de cet ordre.
La pensée grecque, avec la logique d'Aristote, a permis à l'homme d'expliciter, de comprendre, d'approfondir l'enseignement du Christ, de le structurer et de le porter à un niveau élevé de compréhension de l'homme conduisant ce dernier à mener des recherches en accord avec les préceptes du christianisme. Aux XIIe-XIIIe siècles, face à l'irruption de philosophies venues de l'islam comme l'averroïsme, dans lesquelles on retrouve des systèmes de pensée orientaux qui nient l'individualité de l'homme en considérant qu'il n'y a qu'une âme unique de l'univers à laquelle l'homme lui-même se trouve soumis, saint Thomas d'Aquin et la Sorbonne ont immédiatement réagi. En condamnant les propositions d'Averroes et les propositions d'Aristote qui pouvaient servir de caution. On a alors édicté des interdictions qui ont orienté la pensée des théologiens, de ce qu'on n'appelait pas encore des scientifiques, dans des voies qui finalement ont fécondé la pensée, notamment en mathématiques.
À l'inverse, dans toutes les autres civilisations, y compris dans la civilisation grecque antique, lorsque certaines trouvailles techniques avaient été utilisées, leur fécondité était rapidement épuisée, on n'arrivait plus à les renouveler. Si l'on prend aussi bien la civilisation chinoise que les civilisations hindoues, on s'aperçoit qu'après un ou deux siècles de progrès, elles stagnent indéfiniment à travers les siècles tandis que le christianisme, lui, a apporté à l'Europe un accroissement permanent de savoirs, de développements, de découvertes. Par exemple, il y a eu d'abord l'art roman, puis le gothique, puis le baroque. Ultérieurement, nous avons pu construire de grands ouvrages d'arts inconnus par ailleurs et avec un renouvellement permanent des techniques qui permettaient à l'homme d'accroître sa puissance et son pouvoir.
Si l'on s'intéresse à la musique, l'on voit pareillement de très grandes différences. La musique chinoise, les musiques arabes et hindoues ont connu une évolution pendant un siècle ou deux, puis elles ont stagné : depuis deux millénaires pour la musique chinoise, depuis plus de mille ans pour la musique arabe, depuis plus de deux mille ans pour la musique hindoue. On n'observe aucun renouvellement, on tourne toujours autour des mêmes thèmes musicaux, on n'innove absolument en rien, on n'a enrichi en rien la musique. Alors que chez nous on est parti du chant grégorien pour réussir à développer la polyphonie, le contrepoint, l'harmonie qui nous a donné les magnifiques constructions musicales d'un Jean-Sébastien Bach, d'un Haydn, d'un Beethoven ou d'un Mozart. Je parle notamment de la musique religieuse car c'est certainement dans ce domaine que les progrès se sont réalisés le mieux dans toute leur complexité et leur beauté.
R. : Pourquoi alors y a-t-il eu déclin du christianisme ?
A.G. : Dans la société européenne il y a toujours eu des gens et des mouvements opposés au christianisme. Si ont été écrits les livres de réfutation de saint Thomas d'Aquin, sa Somme contre les gentils, c'est que déjà à l'époque il fallait répondre aux courants qui critiquaient le christianisme. À cette différence près que l'Église tenait alors suffisamment bien la pensée pour pouvoir réfuter amplement toutes les oppositions. Aux XVe et XVIe siècles, avec la redécouverte du monde païen antique et des philosophies matérialistes comme celle d'Epicure, ou celles des stoïciens ou des platoniciens et néoplatoniciens comme Plotin, on a flatté l'ego de l'homme, une certaine facilité de vie et beaucoup ont alors préféré s'intéresser à la vie courante plutôt qu'à leur salut éternel. Face au développement des États modernes, à la sécularisation de la société, l'Église a perdu progressivement son emprise sur les intelligences et sur les âmes. Après la Réforme qui a développé des idées très anciennes et, contrairement à ce que disent d'aucuns, bien plus orientales et sémitiques qu'européennes dans la mesure où elles se caractérisent par une soumission aveugle à Dieu, comme on la retrouve d'ailleurs dans l'islam voire dans le premier judaïsme, l'homme s'est détourné graduellement de la saine morale qui lui permettait de s'élever de l'imperfection à la perfection.
De plus, au XVIIIe siècle l'Église n'a pas été en mesure de répondre immédiatement aux nouvelles découvertes scientifiques. Rappelons toutefois que l'Église n'a pas condamné Galilée parce qu'il refusait d'admettre que la terre tournait autour du soleil comme on le répète encore aujourd'hui mais parce qu'il avait falsifié des documents en essayant d'obtenir l'aval du clergé pour des théories qui, à l'époque, en toute bonne foi, n'étaient pas totalement prouvées. L'Église a été l'objet d'attaques violentes, notamment à partir des pays protestants, et elle n'a pas toujours su trouver la manière d'y répondre, sinon en condamnant plutôt qu'en apportant des solutions positives.
Et aujourd'hui, l'homme, se dégageant de plus en plus de toute référence divine, de tout sens du sacré, de toute transcendance, en vient à utiliser les progrès techniques que le christianisme lui a permis d'atteindre puisque tout le développement de la science n'est que la conséquence des déblocages métaphysiques apportés par la religion chrétienne - pour assouvir ses propres envies, ses pulsions, ses instincts, fussent-ils de destruction. De sorte que la société déchristianisée dans laquelle nous évoluons est une société totalement déboussolée, désorientée, démente. Chesterton avait bien vu les choses, lui qui disait que la société moderne était fondée sur des idées chrétiennes devenues folles, autrement dit des idées vidées de leur sens et de leur substance.
C'est à un christianisme offensif, intégral, sans compromission avec l'esprit du monde, intérieurement vécu, loin de toute forme de repentance, qu'il faut revenir si l'on veut sauver la civilisation, rétablir l'ordre moral et renouer avec la grandeur des siècles passés.
Propos recueillis par Jérôme BOURBON. Rivarol du 2 avril 2010Lien permanent Catégories : actualité, culture et histoire, entretiens et videos, religion, tradition 0 commentaire -
Jacques Bompard à L’Action Française : "Il suffit de gérer différemment, proprement, efficacement..."
Jacques Bompard est Député-Maire d’Orange, il est Président de la Ligue du Sud. Nous l’avons rencontrés pour faire le point avec lui sur différents projets du gouvernement.
L’Action Française : Vous êtes partisan de la prise de pouvoir par la base, c’est-à-dire par les élections locales
Jacques Bompard : Absolument ! L’exercice d’un mandat local est indispensable, que ce soit pour l’individu ou le mouvement auquel il appartient. C’est à travers l’exercice d’un mandat local que le militant devient véritablement un cadre politique. C’est grâce à sa capacité à rassembler des milliers d’élus locaux qu’un mouvement se met en position de prendre le pouvoir à l’échelon national. J’ajoute que, pour ce qui est de l’individu, un passage dans l’opposition est une bonne école pour se préparer à travailler dans une majorité.
Il est un autre élément clé de cette importance du local : la lutte contre la désinformation. En effet, s’il est excessivement difficile de lutter contre la désinformation du journal télévisé de 20 heures, il n’en va pas de même à l’échelle d’une commune ou d’un canton. Un élu local, pour peu qu’il soit habile, souple, prudent, possède tous les atouts pour devenir un contre-pouvoir médiatique. Il peut, et donc doit, incarner la réalité concrète des idées qu’il défend et non la caricature qui en est faite.
En quoi un Maire, peut-il changer la vie de ses administrés ?En faisant, tout simplement son travail ! La grande majorité des collectivités de notre pays sont très mal gérées. Les communes ne font pas exception, surtout lorsqu’elles gagnent en taille. Ce phénomène n’est pas dû à la gauche ou à la droite, mais aux deux. Ce constat est partagé par une immense majorité de Français. Il suffit donc de gérer différemment, proprement, efficacement, pour apparaitre comme véritablement révolutionnaire, apporter de l’espoir et démontrer qu’une autre politique est possible.
Comment un Maire peut-il s’opposer à certaines décisions prises par le législatif ou par le gouvernement ?
Dura lex sed lex. La seule possibilité pour le maire de réagir est de porter les dossiers qu’il conteste devant le Tribunal administratif. En général, le Tribunal administratif a des conclusions conformes à la position de l’Etat. Mais les tribunaux administratifs ont tendance à être plus indépendants que les autres juridictions. Ils n’hésitent pas à condamner l’’Etat. Cela ouvre donc un petit espace de liberté.
Par ailleurs, on peut utiliser les décisions aberrantes de l’’Etat en démontrant leur absurdité auprès des citoyens. La mise en exergue des disfonctionnements incite les citoyens à se mobiliser. Le réveil des Français peut passer par cette contestation d’un Etat qui ne les protège plus, d’un Etat dur avec eux et pusillanime avec les autres...
Etes-vous favorable au cumul des mandats ?
Oui, lorsqu’il s’’agit d’un mandat local et d’un mandat national. L’’exercice d’un mandat local permet l’’ancrage dans les réalités du terrain. Il permet de sortir un peu du carcan mortifère des partis politiques centralisés, et donc d’’insuffler un peu d’esprit démocratique dans la vie politique, via la démocratie locale.
Comment mettre en place la « préférence nationale » au niveau local ?
C’’est impossible directement. Mais le maire peut veiller à l’’application stricte de la loi et donc faire en sorte que n’existe pas une préférence étrangère. Ainsi, même s’il ne dispose d’aucun pouvoir en matière d’attribution de logements sociaux, un maire peut veiller à ce que l’’aide sociale municipale ne soit pas versée préférentiellement aux étrangers ou aux personnes d’’origine étrangère. C’’est pourtant ce qui arrive souvent car beaucoup d’’entre eux sont souvent mieux informés de la loi que les autochtones qui n’’osent pas toujours demander à bénéficier des aides publiques.
Comment une municipalité peut-elle endiguer le développement de l’’immigration et de l’’Islam dans une commune ?Ce n’’est pas possible. Prétendre le contraire serait mentir car le maire n’’en a pas les compétences puisque ces dossiers sont régis par l’Etat. Cependant, être en place permet d’’éviter bien des dérapages de maires de gauche ou UMP. Nous ne donnons pas de terrains pour construire des mosquées, nous ne finançons pas des écoles coraniques.
Ne pensez-vous pas que le seul combat contre l’’immigration est un peu juste pour obtenir une majorité. Depuis le temps, il y a bien longtemps que l’’opposition nationale aurait dû marquer des avancées significatives.
Mais même sur ce sujet, l’’opposition nationale a eu malheureusement des positions fluctuantes qui ont désorienté les électeurs. Une bonne politique de l’’immigration ne suffit pas à faire une bonne politique nationale car, si c’’est un problème majeur pour la France, ce n’’est pas le seul dont elle souffre, tant sans faut. Une politique de redressement national passe par une lutte efficace contre l’’immigration, mais également par un assainissement des finances publiques, la défense et la promotion de la famille traditionnelle...
Qu’’est-ce qui a changé à Orange depuis 17 ans ?
Tout a changé. Par exemple, on investit deux fois plus que les autres villes de taille comparable. Dans le même temps, les impôts locaux n’’ont cessé de diminuer et la ville n’’est plus endettée. Et si l’’Etat n’’entravait pas sans cesse notre action, nous ferions plus. Comme quoi, même avec une politique désastreuse au niveau national, il est encore possible de conduire une politique de redressement.
En quoi pensez-vous pouvoir être utile comme député ?
C’’est indéniablement un plus pour notre action. Le député précédent me voyait comme un danger et tentait de saborder tous les projets. J’’essaye désormais de les débloquer. Et dans l’’hémicycle, je défends nos concitoyens en apportant une vision des choses que je suis le seul à apporter. Sur le logement social, j’’étais le seul à dire que c’’était un outil utilisé par les autorités pour développer l’’immigration et que la mixité demandée par le gouvernement était refusée par les étrangers eux-mêmes qui chassent les Européens des logements sociaux.
Propos receuillis par François Xavier Présent - L’AF n° 2852
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« Comprendre l'Empire » Entretien avec Alain Soral (arch 2011)
Fut un temps où l'on voyait régulièrement Alain Soral à la télévision. On ne l'y voit quasiment plus. L'affaire Dieudonné est passée par là. Il s'est réfugié sur Internet et à Egalité & Réconciliation, l'association qu'il anime. Dans son dernier opus, qui rencontre un public assez large, il s'efforce de « comprendre l'Empire ». Ou comment on est passé de l'universalisme républicain, égalitaire et national, au cosmopolitisme impérial, inégalitaire et déraciné. C'est un succès de librairie d'autant plus inattendu que le livre s'est heurté à une conspiration du silence de la presse mainstream. C'est pour nous l'occasion de lui donner la parole.
Le Choc du mois : Votre ouvrage représente une sorte « d'histoire de France et du monde de 1789 à nos jours » vue au travers de votre grille d'analyse politique, économique et sociale. Pour atteindre ce but ambitieux tout en restant dans le format d'un ouvrage grand public, vous avez recours à une multitude de courts paragraphes, condensés et incisifs. Cette formule donne une grande densité et une indéniable facilité d'accès à l'ouvrage, mais ne vous a-t-elle pas parfois contraint à un excès de « simplification » des problématiques traitées qui peut être « frustrant » pour un auteur ?
Alain Soral : Je ne pense pas que le synthétique soit simplificateur. Je pense même que mes chapitres, additionnés les uns aux autres, produisent une analyse des plus complexe de la réalité. Mais l'habitude de la lourdeur universitaire et de sa poudre aux yeux bibliographique peut donner, c'est vrai, cette impression de légèreté au lecteur influençable...
Dans votre évocation du processus d'imposition progressive du pouvoir de l'Empire, c'est-à-dire, pour vous, de la Banque, vous évoquez notamment l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy que vous attribuez de façon assez affirmative aux milieux bancaires dont il aurait contrarié les projets. Ne craignez-vous pas d'être taxé de « complotisme » ?
L'assassinat de Kennedy résulte bien d'un complot. Je me permets juste de faire remarquer que la théorie du complot officielle, attribuée à un individu mu par un mobile psychologique, est infiniment moins crédible que la mienne, validée par toute l'histoire cachée des États-Unis d'Amérique...
Face à « l'empire bancaire », vous excipez comme modèle de « résistance » la finance islamique. N'est-ce pas une vision un peu naïve de ce qu'est réellement cette finance dont la pratique réelle est assez éloignée des beaux fondements théoriques comme le montrent, par exemple, la faillite de l'Amlak et la Tamweel, deux banques islamiques des Emirats Arabes Unis, lors de l'effondrement de la bulle immobilière au Moyen-Orient ou les difficultés de Banque islamique de Malaisie, « symbole de la finance islamique en Malaisie », qui a avoué, en 2005, des pertes massives sur des créances douteuses et de mauvais investissements et qui n'a été sauvée de la faillite que grâce à une recapitalisation ?
Il me semble que ce que j'écris est un peu plus subtil. Je fais juste remarquer que le rouleau compresseur libéral s'agace, par définition, de tout sacré qui lui résiste en théorie, et que la finance islamique lui résiste encore théoriquement. Une raison suffisante pour que l'islam soit mis au pas définitivement par l'Empire, comme ce fut le cas de notre chrétienté, qui n'était pourtant pas plus exemplaire en la matière...
Dans votre évocation des tentatives de résistance à l'Empire, vous semblez avoir une certaine indulgence pour l'URSS présentée comme une sorte de tentative judéo-chrétienne maladroite de rupture avec le monde de la Banque. Mais l'URSS, maintenue en survie à bout de bras par la finance occidentale, n'a-t-elle pas plutôt été un « partenaire » et un formidable accélérateur du développement de la domination bancaire en décrédibilisant pour longtemps, notamment par l'étendue de ses crimes, toute solution socialiste susceptible de s'opposer au modèle capitalisto-affairiste ?
Réduire l'épopée soviétique à cette simple ruse de l'Histoire, voilà le complotisme ! Ne pas croire au roman communiste russe n'implique pas qu'on tombe dans l'excès inverse. Ce serait comme réduire le rôle historique du FN, sous Jean-Marie Le Pen, à une délégitimation orchestrée de la cause nationale. Par respect pour les hommes qui font l'Histoire en combattant, je refuse de tomber dans cette simplification-là...
L’islam spirituel, antibourgeois, patriote, dont vous vous faites l'avocat, les Français ne le discernent pas forcément aussi clairement que vous, eux étant plutôt confrontés dans leur vie quotidienne à une sorte d'islamo-racaillisme, où le Coran se résume souvent à un marqueur identitaire couvrant les agissements d'un lumpenprolétariat de voyous totalement intégrés aux codes de l'Empire.
Concrètement, quelles sont en France les personnalités et les organismes ou mouvements qui incarnent cet « islam français » que vous considérez comme un élément de la résistance nationale face à la puissance de la Banque mondialisée ?
Concrètement, ce sont ces milliers de musulmans du quotidien qui vivent et travaillent discrètement en France et dont vous n'entendez jamais parler. J'en rencontre à chacune des réunions d'Egalité & Réconciliation, et eux, contrairement à certains nationalistes, stupides ou lâches, savent très bien quel est l'ennemi principal de la Nation française. Contrairement aussi à nos gauchistes de souche, ces musulmans français ne trouvent non plus aucune excuse à la délinquance ethnique...
Vous insistez à plusieurs reprises dans votre ouvrage sur la rupture fondamentale que représente la logique de l'Empire avec la pensée et la morale chrétiennes. Cela signifie-t-il pour vous qu'une « sortie » de l'Empire ne peut passer que par une redécouverte et une réappropriation par les Français de leurs racines chrétiennes et de leur héritage catholique ? Redécouvrir le sens du « nous », du don et de la transcendance est une absolue nécessité pour sortir de la domination impériale bancaire sur les esprits. Pour ça, ici, nous avons les Evangiles et leur message. Un message d'amour et de combat que je trouve très éloigné de celui, fait de lâcheté et de soumission, que diffuse l’Église actuelle. Une Église que Jean, prophétiquement, qualifiait déjà de « putain de Babylone »...
Selon vous, les récents soulèvements populaires au Maghreb sont-ils plutôt un signe d'ébranlement de l'Empire ou une nouvelle manipulation de celui-ci ?
Dans le cas libyen, partagez-vous la défense de Mouammar Kadhafi exprimée par votre ami Dieudonné ?
Un des principes de la domination impériale est la manipulation et la récupération des colères légitimes. Donc difficile de savoir, pour l'instant, qui va sortir gagnant de cet ébranlement, des peuples ou de l'Empire. Ça peut être aussi bien demain « la gouvernance globale ou la révolte des nations » que la gouvernance globale par la révolte des nations, habilement récupérée...Quant à Kadhafi, c'est un personnage complexe qui a beaucoup fluctué durant ses quarante années au pouvoir, mais il suffit que Bernard-Henri Lévy me dise d'aller l'abattre pour que je sache, comme Dieudonné, qu'en ce moment, c'est plutôt l'homme à soutenir !Bien que ne bénéficiant que de très peu de relais médiatiques et publicitaires, votre ouvrage est un véritable succès en termes de vente. Au-delà des qualités intrinsèques du livre, comment expliquez-vous cet attrait du public et par quels biais êtes-vous parvenu à le toucher ?
Sans modestie aucune, par mon charisme, mon courage et mon talent. Je sais que c'est agaçant, mais c'est comme ça ! Être présent sur Internet ne suffit pas.
Propos recueillis par Xavier Eman Le Choc du Mois mai 2011
Alain Soral, Comprendre l'Empire, Demain la gouvernance globale ou la révolte des Nations ?, éditions Blanches, 237 p., 15 €. -
ALAIN DE BENOIST La société capitaliste en perdition
La réédition des Idées à l'endroit (éditions Avatar) et la parution d'un livre important sur la crise que nous traversons, Au bord du gouffre - La faillite annoncée du système de l'argent (éditions Krisis), sont l'occasion de dialoguer avec l'un des penseurs les plus aigus de notre temps.
o L'Action Française 2000 – Depuis plusieurs années, vous développez une vigoureuse critique de la "Forme-Capital" dont votre dernier ouvrage, Au bord du gouffre, constitue l'un des points culminants. Pourquoi affirmezvous que « le système de l'argent périra par l'argent » ?
o Alain de Benoist – Ce n'est pas seulement une formule, mais très exactement ce à quoi nous assistons aujourd'hui. La crise financière mondiale qui s'est déclenchée en 2008 aux États-Unis, et qui est encore appelée à s'aggraver dans les années qui viennent, en est la preuve. Ce ne sont assurément pas les contempteurs du capitalisme qui en sont la cause, mais bien le système de l'argent qui a évolué de lui-même vers la situation qui est la sienne actuellement. Dans le passé, on a souvent dit que le capitalisme se nourrissait de ses propres crises. Cela ne le prémunissait toutefois pas contre l'indigestion. Les crises conjoncturelles ne doivent pas être confondues avec les crises structurelles, qui sont des crises systémiques en ce sens qu'elles mettent en cause les fondements du système lui-même. La crise actuelle du système de l'argent est une crise structurelle, et c'est pourquoi les remèdes que l'on tente d'appliquer se révélèront inopérants.
Toujours plus
Il faut bien comprendre que le capitalisme se définit comme un régime, non seulement d'exploitation permanente du travail vivant, mais comme un système d'accumulation illimitée du capital. Il ne dégage pas des profits comme une conséquence de ce qu'il permet de produire, mais il ne produit qu'en vue d'augmenter sans cesse ses profits. L'illimitation est son principe, ce qui est d'ailleurs assez logique puisque toute quantité est toujours susceptible de s'accroître d'une unité.
Le principe moteur de la Forme-Capital (notion empruntée à Gérard Granel), se résume en deux mots : « Toujours plus ! » Toujours plus de marché, toujours plus de marchandises, toujours plus de profits, toujours plus de réification des rapports sociaux, etc. Le déchaînement planétaire de la Forme-Capital correspond à ce que Heidegger appelait le Gestell. C'est en cela que le capitalisme n'est pas non plus seulement un système économique, mais est aussi porteur d'une anthropologie qui lui est propre, fondée sur le modèle de l'Homo oeconomicus (l'homme en tant que producteur-consommateur cherchant toujours à maximiser de manière égoïste son meilleur intérêt personnel). Ce modèle s'impose à travers la colonisation de l'imaginaire économique par les valeurs marchandes, ou plus exactement par la réduction de tout ce qui vaut à la seule valeur d'échange.
o Comment la démocratie directe et participative que vous appelez de vos voeux pourrait-elle succéder aux démocraties libérales, que vous définissez comme des « oligarchies financières dirigées par une Nouvelle Classe capitaliste médiatique et politico-financière » ?
o Je ne fais évidemment pas profession de lire l'avenir. On peut néanmoins penser que l'évident épuisement du système parlementaire et représentatif poussera les citoyens à s'organiser selon des formes de démocratie leur permettant de mieux décider par eux-mêmes de ce qui les concerne. Vous savez que je ne partage pas la critique "droitière" classique de la démocratie comme "loi du nombre". La démocratie se définit pour moi comme le système politique qui permet la participation de l'ensemble des citoyens aux affaires publiques. Cette notion de participation est centrale. Elle l'était déjà dans la Grèce antique. Dans cette optique, les élections ne sont qu'une technique parmi d'autres pour vérifier l'approbation ou le dissentiment. Je partage l'opinion de Rousseau, mais aussi de Carl Schmitt, selon laquelle une démocratie est d'autant moins démocratique qu'elle repose sur la représentation. La crise de la représentation, encore aggravée aujourd'hui par le fossé qui ne cesse de se creuser entre le peuple et la Nouvelle Classe politico-médiatique, pourrait par contraste faire apparaître l'intérêt de la démocratie de base, de la consultation directe et du principe de subsidiarité. Ces derniers entrent aussi en résonance avec le localisme, qui est la meilleure des réponses que l'on puisse apporter aujourd'hui à la mondialisation. Que ce soit dans le domaine politique ou économique, il faut relocaliser.
Universalisme
o Quelles sont les principales manifestations de ce que vous appelez l'« idéologie du Même » ?
o Relèvent de cette idéologie toutes les doctrines, religieuses ou profanes, qui pensent que les hommes sont essentiellement identiques, et que les différences qui les distinguent ne sont que transitoires, superficielles, secondaires ou négligeables. De cette croyance, qui tend (à tort) à interpréter l'égalité dans le sens exclusif de la Mêmeté, découle évidemment l'idée que les institutions politiques et sociales peuvent et doivent être partout les mêmes, ainsi que le prétendaient les philosophes des Lumières. L'idéologie des droits de l'homme, l'idée d'une "gouvernance" mondiale, la montée généralisée de l'indistinction, et jusqu'à la théorie du "genre", dérivent elles aussi de cette conviction fondamentale, qui n'est pas seulement nocive, mais fausse. L'homme est indissociable de ses appartenances singulières parce que nul n'appartient immédiatement à l'humanité. Nous n'y appartenons que de façon médiate, c’est-à-dire par l'intermédiaire d'une culture spécifique. Un Français (un Italien, un Chinois, etc.) n'est pas "homme avant d'être français" (ou italien, ou chinois, etc.), mais homme en tant qu'il est français (italien, chinois, etc.). L'"idéologie du Même" n'est finalement qu'un autre nom de l'universalisme, que je me garde bien de confondre avec l'universel. La particularité est une médiation naturelle vers l'universel. Cervantès ou Goethe sont d'autant plus "universels" qu'ils ont été l'un plus espagnol et l'autre plus allemand. Vous connaissez peut-être ce joli mot de l'écrivain portugais Miguel Torga : « L'universel, c'est le local moins les murs. »
Critique du Dieu unique
o Votre critique du judaïsme et du christianisme est connue. Qu'en est-il de l'islam ?
o Votre question laisse entendre que je manifesterais une sorte de faiblesse coupable envers la religion musulmane ! Tel n'est pas le cas. Ma critique du monothéisme se relie à ma critique de l'"idéologie du Même", qui n'en est qu'une version sécularisée. Affirmer l'existence d'un Dieu unique, c'est du même coup affirmer l'unité fondamentale de la "famille humaine", cette unité passant avant les différences entre ses membres. Cela posé, on peut discuter à l'infini des mérites comparés des trois grandes religions monothéistes. J'ai pour ma part surtout critiqué le christianisme pour cette simple raison qu'il a incontestablement participé plus que le judaïsme ou l'islam à la forme historique de la culture européenne à laquelle j'appartiens, et aussi dans la mesure où, précisément, les grandes idéologies politiques de la modernité en représentent des formes sécularisées en même temps qu'"hérétiques" (les « idées chrétiennes devenues folles » dont parlait Chesterton). Il en serait sans doute allé différemment si j'avais été juif ou musulman, ce qui n'est pas le cas.
Ambiguïté de l'islam
Le grand problème, c'est l'ambiguïté du mot "islam", qui tantôt décrit une religion, tantôt se rapporte à une civilisation. Je prends garde de distinguer ces deux domaines. Je peux ne pas nourrir de sympathie particulière pour la religion musulmane sans pour autant me sentir tenu d'exécrer les habitants des pays islamiques ou arabo-musulmans. Sur ce dernier plan, je m'en tiens à des analyses de type politique ou géopolitique. Elles m'enseignent que, dans le monde multipolaire qui est en train de s'instaurer sous nos yeux, il n'est pas de l'intérêt des Européens de cultiver l'inimitié envers l'Islam civilisation. C'est pourquoi je ne souscris pas à la doctrine américaine du "choc des civilisations", théorisée par Samuel Huntington. C'est pourquoi je déplore aussi que, dans les milieux de droite, on soit passé d'une légitime critique des pathologies sociales nées de l'immigration à une critique confusionniste de l'"islamisation", puis de l'"islam" tout court.
L'excellent géopoliticien Aymeric Chauprade écrivait tout récemment : « J'ai noté, ces derniers temps, que chercher des querelles avec l'"ennemi musulman" était une pente à laquelle cédaient facilement nombre de défenseurs des identités française et européenne. Quand on entre dans ce genre de logique, il convient d'observer une règle de bon sens qui consiste à se demander "pour qui on roule vraiment". Il est évident que tout ce qui conduit à l'aggravation des relations entre les peuples européens d'un côté, les Iraniens, les Turcs et les Arabes de l'autre, sert les Américains et les Israéliens, mais certainement pas les Européens. Que les choses soient dites clairement à ceux qui pensent que Huntington a la solution : nous ne réglerons pas le problème de l'immigration extra-européenne par la guerre avec le monde musulman. » C'est aussi mon avis.
o Comment expliquez-vous l'insatiable – et louable ! – "libido sciendi" qui vous anime ?
o On n'explique pas un tempérament. J'ai toute ma vie été mû par la curiosité, le désir de connaître et la volonté de comprendre. Je ne pense pas que ce soit un défaut !
Propos recueillis par Louis Montarnal L’ACTION FRANÇAISE 2000 Du 2 au 15 février 2012 -
Alain Soral - Les petites gens