Europe et Union européenne - Page 999
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Une justice d’apartheid en Yougoslavie
Dans une démocratie digne de ce nom, la loi doit être la même pour tous, c’est le principe de l’égalité devant la loi. Elle ne saurait comporter d’exception.Or, l’existence même du TPIY [tribunal pénal international pour la Yougoslavie] réservé aux Yougoslaves contredit ce principe d’universalité.Le TPIY, c’est l’apartheid judiciaire : on poursuit les Serbes des exactions commises au Kosovo mais pas les Américains pour faire céder le gouvernement serbe sans risquer la vie d’un seul soldat allié, ont multiplié les crimes contre l’humanité contre les civils serbes : destructions d’écoles, d’hôpitaux, de centrales électriques, d’œuvres d’art, etc.Dans une interview au Herald Tribune en date du 1er février 2001, Mme Del Ponte, procureur général du TPIY ne cache pas sa priorité : « Notre priorité est de poursuivre les génocides et les crimes contre l’humanité. Karadzic, Milosevic et Mladic doivent passer en jugement. C’est ça notre priorité actuelle.Bien sûr, les 16 morts [suite au bombardement du quartier général de la télévision] ne sont pas sans importance, mais ils ne sont pas ma priorité. »Une autre illustration de la partialité du TPIY se trouve dans le traitement par le TPIY et par Mme Arbour, procureur général auprès du TPIY avant Mme Del Ponte, d’un rapport de 150 pages concernant les crimes de guerre commis par les forces armées croates contre les Serbes dans la province de Krajina (200 000 personnes déplacées, 150 exécutions sommaires, plusieurs centaines de disparus).Ce rapport, divulgué grâce à une fuite au New York Times (à la consternation des officiels du Tribunal), estimait que les assassinats croates et autres actes inhumains étaient « nombreux et systématiques », et qu’une « matière suffisante » était disponible pour rendre trois généraux croates, nommément désignés, responsables devant la loi internationale (New York Times, 21 mars 1999).Mais l’article du New York Times rapporte aussi que les États-Unis, qui soutenaient le nettoyage ethnique des Serbes de Krajina par les Croates, non seulement ont défendu les Croates devant le Tribunal, mais ont refusé de communiquer les photos satellite des régions de Krajina attaquées par les Croates ainsi que les autres documents demandés.Le résultat a été que les trois généraux croates cités dans le rapport sur l’Opération Tempête n’ont jamais été inculpés, et que – bien que le nombre de Serbes exécutés et disparus ait été au moins égal au chiffre des 241 victimes des Serbes cités dans l’inculpation de Milosevic – aucune inculpation parallèle du président croate Tudjman n’a jamais été dressée par le Tribunal.Jacques VergèsPierre-Marie Gallos et Jacques Vergès, L’apartheid judiciaire. Le tribunal pénal international arme de guerre -
Donbass, Débaltsevo. Les habitants témoignent [sous-titrage français]
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De l’Ukraine à la Grèce, une Europe ni pacifiée ni prospère
Bureaucratique, oligarchique, ploutocratique, notre union est un empire d'un genre particulier : l'empire du mou.
La guerre civile dans l’est de l’Ukraine est en passe de prendre une nouvelle dimension. Notre duo comique Merkel-Hollande aura tenté l’impossible, un an après que l’Ukraine a fait sa « révolution », la deuxième de l’ère post-URSS, révolution dirigée contre la Russie et les oligarques corrompus, encouragée par les Européens et les États-Uniens, et soutenue par la CIA en sous-main, en violant le principe immémoriel des zones d’influence, ou des États tampons entre puissances, et le droit de la Russie à ne pas se sentir assiégée par ses ennemis.
De bailout en plans de sauvetage, on en est toujours au même point avec la Grèce. Voilà cinq ans que ça dure. On est surpris d’apprendre que les réformes vitales tenant à la collecte des impôts, à l’évasion fiscale ou à la corruption n’ont pas été menées. Les Grecs ont beaucoup de torts, mais pourquoi les bailleurs de fond ont préféré exiger de baisser les salaires et les retraites ou démolir le système de santé ? Il est peu probable qu’Aléxis Tsípras osera refiler le mistigri de la dette à ses créanciers et mettre le pataquès dans la zone euro en déclarant son pays en faillite. Dommage.
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Ukraine : Analyse économique de la crise – Entretien avec Volodymyr Vakhitov
Pour l’économiste ukrainien V. Vakhitov, les analyses de la crise politique ukrainienne exagèrent le poids de la tutelle russe. Le pays n’est pas aussi divisé qu’on l’affirme, partagé entre l’Ouest pro-européen et l’Est pro-russe. La révolte contre les autorités aujourd’hui est une protestation de grande ampleur contre un régime corrompu, qui confisque les richesses.
La vie des idées : Les événements actuels en Ukraine, et tout particulièrement à Kiev, donnent l’impression d’un pays profondément divisé, au niveau politique, économique, social, géographique, et même culturel. À quel point cette image correspond-elle à la réalité ?
V. Vakhitov : Je suis d’accord sur le fait qu’il y a une division économique et politique. Si vous analysez les élections de ces vingt dernières années, vous verrez que le pays se divise en deux, plus ou moins de part et d’autre du fleuve Dniepr : pro-communistes contre « nationalistes », Iouchtchenko contre Ianoukovitch, le Parti des régions contre Patrie, Timochenko contre Ianoukovitch, etc. Tout cela peut donner l’impression d’une division politique.
Toutefois, si vous prenez une carte de la Rzeczpospolita [1] au XVIIIe siècle et que vous la superposez à une carte de l’Ukraine contemporaine, vous verrez que cette frontière imaginaire suit à peu près le tracé de la frontière Est de la Rzeczpospolita (exception faite de la Région des Trans-Carpates et de la Crimée). Cependant, cette division n’est ni géographique, ni économique, ni sociale. C’est plutôt une division mentale, entre les zones d’influence ’pro-occidentale’ et ‘pro-russe’.
L’Est de l’Ukraine a toujours été plus riche en matières premières, surtout en charbon et en minerais ; c’est pourquoi l’Empire russe, puis ensuite l’URSS ont beaucoup investi dans son développement. L’Est est devenu plus industrialisé, plus urbanisé, plus densément peuplé, et la majorité de sa population a été employée dans de grosses usines liées aux industries lourdes. Il faut se rappeler que la doctrine industrielle soviétique se basait beaucoup sur les économies d’échelle et sur des liens étroits entre différents pays. Dans de nombreuses villes en Ukraine de l’Est, une majorité de la population pouvait être employée par un seul producteur géant dans la région. Après l’effondrement de l’URSS et la désintégration des liens économiques avec les ex-républiques soviétiques et les pays du Bloc soviétique, la production de nombreuses entreprises est devenue obsolète. En même temps, le développement d’institutions clés, comme la protection des droits de propriété, s’est déroulé à un rythme bien plus lent que celui de la privatisation et de la libéralisation des prix. De ce fait, il est devenu possible de mettre en place des plans de privatisation illégaux, et du coup de redistribuer la richesse entre les mains des gens les plus téméraires, audacieux et rusés — qui, par coïncidence, se trouvaient être des cadres du Parti communiste (‘cadres rouges’), du Komsomol (jeunes communistes) et des chefs de gangs criminels.
À la fin des années 1990, les propriétaires d’énormes usines locales les ont vendues pour des bouchées de pain, utilisées comme entrepôts, ou perdues dans des accords de fusion et d’acquisition hostiles au profit de compétiteurs issus d’autres pays (principalement de Russie), ce qui a mené à leur fermeture définitive. Au cours de cette période, le nombre d’emplois à plein temps a été réduit presque de moitié.
Le résultat est un problème profond de chômage et de salaires impayés qui frappent la totalité de la région, la dissolution du capital humain et la création d’une dépendance envers des entreprises qui sont souvent les seuls employeurs dans une région donnée. Les revenus ont chuté, tandis que la tendance à défendre les droits des ouvriers a été inhibée par des propriétaires d’usine qui contrôlaient les ouvriers en ne leur payant qu’un salaire de subsistance. Ces mêmes propriétaires contrôlant tous les médias locaux, le lavage de cerveau n’a pas cessé.
Des formules comme ‘la fierté de l’ouvrier’, ‘la stabilité’, ‘les liens avec nos amis russes’, ‘le cœur industriel de l’Ukraine’, n’ont cessé de fleurir, avec pour conséquence la genèse d’un type particulier de population : pauvre, dépendante de l’employeur local, peu éduquée, comprenant de nombreuses personnes avec un passé criminel, mais toutefois très loyale à ses dirigeants locaux, quelles que soient leurs caractéristiques morales, et refusant (parfois agressivement) tout point de vue alternatif.
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BFM Story : Agriculture: la France peut-elle faire mieux sans l'Europe ? (23 février 2015)
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Hongrei : Viktor Orban ne perd pas sa majorité
Le Monde exulte car le Premier ministre hongrois, qui bénéficiait des deux tiers des sièges au Parlement vient d'en perdre un lors d'une élection partielle. Il n'a donc plus les deux tiers des sièges. Et Le Monde de dénoncer les erreurs de Viktor Orban, à savoir son rapprochement avec Poutine, sa loi sur les médias...
Orban a tout de même une solide majorité absolue, bien plus absolue que les socialistes français... comme l'écrit Yves Daoudal :
"Outre le fait qu’on ne fait pas tous les jours des réformes constitutionnelles nécessitant les deux tiers des suffrages (et celles que voulait faire Orban ont été faites, et rien ne dit qu’il n’aurait pas le renfort d’un député qui ne fait pas partie du Fidesz), j’en connais qui seraient heureux d’avoir à l’Assemblée une majorité des deux tiers moins un…"
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L’arme de l’information « Made in USA » contre les dirigeants européens
L’Europe est, paraît-il, un modèle de liberté. Pourtant, ses dirigeants sont tenus en laisse par Washington. Toute voix discordante est vite sanctionnée et priée de se remettre au pas. La plupart du temps les choses se font à l’abri des regards. Parfois, le grand frère états-unien est « contraint » au contraire de prendre les opinions publiques à témoin. Georgy Voskresensky nous rappelle les derniers exemples.
onymous est apparu pour la première fois sur la toile d’Internet en 2003 comme un groupe de hackers activistes défendant la liberté d’expression et opérant comme un « cerveau digital global anarchiste. » Il s’agit d’un instrument, ou plutôt d’une arme destinée à être utilisée dans la guerre de l’information. Et cette arme a un avantage considérable : il s’est bien souvent avéré difficile de savoir qui l’utilisait vraiment. Pourtant, le problème ne se posait pas lorsqu’Anonymous publiait en 1993 une photo d’Angela Merkel rendant visite au Club Elbterrassen pour y rencontrer quelques skinheads et quelques autres personnages dont l’un exécutait un salut nazi [1]
Berlin s’était alors fendu d’explications circonstanciées, mais ce n’est pas là le problème. Une photo vieille de plus de 12 ans vient d’être publiée le 9 février dernier, juste avant la visite d’Angela Merkel à Washington, et après sa rencontre avec le président français François Hollande et le président russe Vladimir Poutine à Moscou, une réunion qui a duré plusieurs heures.
En publiant cette photo, Anonymous demandait si, pour diriger l’Allemagne, on pouvait vraiment faire confiance à une femme politique qui fut membre de l’Organisation de la Jeunesse socialiste en Allemagne de l’Est, qui était une espionne de Berlin Est, et qui fricotait avec les nazis [2].
L’attaque médiatique a été précédée par un événement notable : la chancelière s’est opposée à l’idée de fournir des armes létales à l’Ukraine. Angela Merkel a pris la parole lors d’une conférence sur la Sécurité à Munich le 7 février pour dire que « la situation de l’Ukraine ne s’améliorera pas en fournissant plus d’armes. » Et elle a réitéré cette affirmation un certain nombre de fois lors de ses récents voyages aux États-Unis et au Canada. Aux USA, ce sont le sénateur John McCain et la secrétaire d’État adjointe aux Affaires européennes et asiatiques, Victoria Nuland, qui ont répondu en premier. Le sénateur a comparé les tractations entre Merkel, Hollande et Poutine à la réunion d’apaisement entre Neville Chamberlin et Adolf Hitler. Mme Nuland a, comme à son habitude, utilisé un langage particulièrement obscène pour qualifier la dirigeante du principal État européen.
Il faut se rappeler aussi que depuis un certain temps, les services secrets états-uniens ont abondamment collecté toute sorte d’informations, par différents moyens, dans le but de pouvoir les utiliser contre la chancelière allemande. On a appris par exemple en octobre 2013 que la NSA (National Security Agency) avait mis sur écoute le téléphone personnel de Mme Merkel, et l’information selon laquelle l’Agence états-unienne maintenait depuis plus de 10 ans la chancelière sous surveillance a provoqué un énorme scandale. Mme Merkel a expliqué qu’elle n’attendait ni n’exigeait aucune excuse particulière, mais cette affaire a ouvert une importante brèche dans la confiance mutuelle et il a fallu des efforts importants pour tenter de la restaurer. Les promesses n’ont pas suffi, et la situation imposait des changements. Dans ces circonstances, la chancelière pouvait difficilement calmer l’indignation générale, mais Washington a fait la sourde oreille sur ce qu’elle disait. L’histoire des enregistrements a finalement été étouffée et il n’y a eu aucun réel changement.
Angela Merkel n’est pas la seule dirigeante européenne à avoir fait l’expérience des pratiques de Washington concernant toute « liberté de pensée » des leaders européens, en particulier quand il s’agit de la Russie. Les exemples ne manquent pas.
La Hongrie, emmenée par son Premier ministre Viktor Orbán, a signé avec la Russie un contrat pour achever la construction de deux centrales nucléaires situées à 100 km de Budapest. Les États-Unis ont [immédiatement] imposé des sanctions contre la Hongrie. Le sénateur McCain, toujours aussi prompt à dégainer, a qualifié le Premier ministre hongrois de « dictateur fasciste ». [Dans le même temps], le président Poutine était attendu à Budapest le 17 février.
L’administration US est aussi insatisfaite de la position de Miloš Zeman, le président de la République tchèque, qui a osé demander des preuves que les troupes russes ont bien envahi l’Ukraine, et a appelé les États-Unis et l’Union européenne à mettre fin aux sanctions. Les USA ont alors utilisé leurs réseaux dans le pays pour lancer une vaste campagne discréditant le Président.
Alors qu’il était Premier ministre de l’Italie, Silvio Berlusconi n’hésita pas à affirmer que la compréhension mutuelle entre la Russie et les États-Unis était une exigence pour la stabilité en Europe. Il a déclaré que les USA avaient agi de façon irresponsable en déployant des missiles « de défense » en Pologne et en République tchèque, en reconnaissant l’indépendance du Kosovo, et en poussant la Géorgie et l’Ukraine dans l’Otan.
Dominique Strauss-Kahn, ex-directeur du Fonds monétaire international, a été victime d’une provocation planifiée longtemps à l’avance et organisée contre lui aux États-Unis où il a été accusé d’avoir violé une femme de chambre noire lors de son séjour à New York [3]. Il a dû faire face à un procès aux États-Unis. On a su par la suite que la femme de chambre avait menti, mais cela est passé totalement inaperçu. Strauss-Kahn a perdu son poste au FMI et n’a pas pu se présenter aux élections présidentielles en France.
Orbán, Zeman, Berlusconi, Strauss-Kahn, et maintenant Merkel : tous sont devenus des cibles pour les frappes chirurgicales des armes de l’information US contre les politiciens européens montrant de bien trop grandes velléités d’indépendance en matière de politique étrangère, au goût de Washington.
L’establishment états-unien pense que l’Europe doit rester sur sa ligne et suivre la politique étrangère US sans aucune variante possible. Selon eux, c’est comme cela que s’obtient la quintessence de la coopération transatlantique. Juste après sa rencontre avec Angela Merkel, le président Obama a expliqué lors d’une interview à Vox.com, que les États-Unis étaient obligés d’avoir « la plus puissante armée du monde. » Et il a ajouté « nous devons parfois tordre un peu le bras de certains pays qui ne veulent pas faire ce qu’on leur demande. » [4]. La brutalité de cette déclaration ne laisse aucun doute sur le fait que les États-Unis sont prêts à « tordre le bras » de n’importe quel allié qui n’aurait pas les mêmes vues qu’eux sur les différents problèmes dans le monde.
Les alliés (vassaux ?) européens, ou asiatiques peuvent être certains de cela. Le président turc Erdoğan est très certainement le prochain sur la liste. On ne lui pardonne pas d’avoir signé avec Poutine l’accord sur le gazoduc « Turkish Stream » [5]. Et on entend clairement le tic-tac de l’horloge.
Traduction : IlFattoQutidiano.fr
Source : Strategic Culture Foundation (Russie)

[1] „Turbulent past bundeskantslera“, Truth in Ukraine, 9. Februar 2015.
[2] « Angela Merkel, une néo-conservatrice à la présidence de l’Union européenne », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 12 janvier 2007.
[3] « Obama, la guerre financière et l’élimination de DSK », par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda, Réseau Voltaire, 26 mai 2011.
[4] „The Vox Conversation“, Vox.
[5] « Comment Vladimir Poutine a renversé la stratégie de l’Otan », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie), Réseau Voltaire, 8 décembre 2014.
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Italie : la Ligue du Nord dénonce le Grand Remplacement
« Il faut faire attention car, parmi les centaines de milliers de personnes qui arrivent et qui débarquent, il est facile que s’infiltre quelqu’un qui vient pour se faire sauter. Mais, même si ce n’était pas le cas, l’immigration est une bombe sociale car ce qui est en cours est un changement de peuple ». Et « cette tentative de changement de peuple qui est en cours, nous la combattrons par tous les moyens possibles ». Voilà ce qu’a déclaré Matteo Salvini, secrétaire de la Ligue du Nord, dans un entretien exclusif, jeudi 19 février, avec le quotidien en ligne Il Primato Nazionale (proche de Casapound), en réponse à une question sur le Grand Remplacement (Grande Sostituzione) [vidéo de l'entretien en fin de notre article].
Une semaine plus tôt, Matteo Salvini avait commenté sur sa page facebook les derniers chiffres désastreux de la natalité italienne : « En 2014 seulement 509.000 enfants sont nés en Italie, le chiffre le plus bas depuis 150 ans. Une société qui ne fait plus d’enfants est une société qui risque de mourir. […] À moins que certains pensent à nous remplacer par des milliers d’immigrés. Moi, je ne me rends pas et je combats ? Et vous ? »
Dans un intéressant article, Adriano Scianca, responsable pour la culture à Casapound, avait alors reconnu en arrière-plan de ces propos « la thèse du Grand Remplacement », c’est-à-dire celle « qui interprète l’immigration de masse comme un phénomène qui va plus ou moins délibérément remplacer un peuple par un autre », et dont la formulation revient en France à Renaud Camus, « personnage original et à sa manière génial ». En Italie, avait souligné Adriano Scianca, pour partie en raison d’une immigration beaucoup plus tardive que de l’autre côté des Alpes, « le concept est encore nouveau », mais Matteo Salvini l’a employé de manière répétée ces derniers mois.
« La gauche, au niveau mondial, a planifié une invasion, un changement de peuple. Moi je ne me rends pas, moi je ne suis pas d’accord », a ainsi twitté Matteo Salvini en novembre 2014. Peu après, au commencement de décembre, il a déclaré sur Rai Radio 1, à l’émission Radio Anch’io : « L’introduction du droit du sol en Italie, je ne l’accepte pas : c’est un changement de peuple, une immigration programmée ». Et encore, quelques jours après, sur les réseaux sociaux : « 82.000 Italiens, l’an dernier, sont partis à l’étranger pour travailler, un record. Dans le même temps, ont débarqué presque 150.000 immigrés sans travail. Une tentative de changement de peuple est en cours, mais moi je ne me résigne pas ».Adriano Scianca note que ces références insistantes de Matteo Salvini au Grand Remplacement datent « surtout d’après l’intensification des contacts entre le Front National et la Lega Nord ». Affirmant que « le concept est monnaie courante au Front National », il cite un « entretien récent de Jean-Marie Le Pen au quotidien italienLibero, où, interrogé explicitement sur la question, il a répété : “Je le disais bien avant M. Camus. Je le dis depuis 40 ans, en criant dans le désert” ». Des figures du Front National comme Bruno Gollnisch, Julien Rochedy, Philippe Martel ou Fabien Engelmann « ont manifesté leur adhésion en substance » à cette thèse.
Adriano Scianca ne semble pas connaître les voix discordantes qui se sont récemment fait entendre au Front National, de Gaëtan Dussausaye, nouveau président du FNJ (« Le “grand remplacement” relève davantage d’un fantasme racialiste que d’une réalité ») à Marine Le Pen elle-même (« Le concept de grand remplacement suppose un plan établi. Je ne participe pas de cette vision complotiste »), en passant par Florian Philippot (« Certains y verront une conception racialiste que nous ne partageons pas »). Le visage du FN que l’on connaît et que l’on admire en Italie n’est pas celui-là.
Le phénomène européen du Grand Remplacement, d’abord vécu, constaté et formulé en France, devient d’une telle évidence en Italie aussi, Mare nostrum et « Triton » aidant, que l’allié italien du Front National le met désormais au centre de son discours. Si vraiment, au même moment, le Front National choisissait de ne plus en parler, ce ne serait pas seulement paradoxal : ce serait à désespérer.
Flavien Blanchon
L’entretien exclusif de Salvini : “Arrêtons l’immigration. Ils veulent remplacer notre peuple.”
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Les deux faces du gauchisme grec
Par deux fois cette semaine le gouvernement de Tsipras, a pu éviter le pire. Ses négociateurs ont réussi à gagner in extremis, le 20 février dans la soirée, quatre mois de répit. Cela n'est encore arrêté que sur le principe. Car la négociation "concours financiers contre réformes intérieures" continuera face aux poids lourds des institutions européennes.
L'avant-veille, 18 février, plus durable, il avait réussi un joli tour de passe-passe sur le plan intérieur. La coalition gouvernementale est parvenue à élire un président de la république de droite, en la personne de Prokopis Pavlopoulos, désigné avec l'assentiment du parti de la nouvelle démocratie.
Ne nous y trompons pas cependant. Tout reste à faire, y compris quant à l'adoption des mesures sociales présentées à Athènes pour les plus urgentes, et considérées dans le nord de l'Europe comme les moins pertinentes. Si le gouvernement de Syriza ne fait pas, en partie, machine arrière l'accord esquissé à Bruxelles ne se concrétisera pas.
La crise la plus médiatisée en France reste celle du maintien de ce pays dans la zone euro. Le ministre en pointe dans ce dossier l'arrogant Varoufakis passe pour un économiste. En réalité, il s'agit surtout d'un spécialiste de la théorie des jeux. D'un tel point de vue il gagnerait à réétudier le point de vue de ses interlocuteurs.
Car, au bout de 5 ans, si les plus dogmatiques des intégrationnistes d'entre eux continuent encore de professer la doctrine initiale de Maastricht, selon laquelle l'union monétaire devait être tenue pour irrévocable, les pays sérieux y ont discrètement renoncé. Et ceci change considérablement la donne sur laquelle on travaille depuis 2010.
Pour beaucoup d'intervenants désormais, le "Grexit" ne constituerait pas pour l'Europe une catastrophe mais un soulagement. Depuis que Draghi a succédé à Trichet, on ne considère plus, à Francfort, qu'on viole les statuts européens : on les fait évoluer. Toute la politique monétaire de la banque centrale va désormais dans ce sens. La marginalisation du premier pays, comme celle des suivants, qui sortiront de la zone euro, entraînera, peut-être, – nul ne peut le prévoir vraiment, – des conséquences négatives pour lui, mais beaucoup moins pour les autres.
Champ d'expérimentation de la gouvernance internationale depuis un siècle et demi la Grèce payera le prix de la faiblesse de sa classe politique. Elle en a pris l'habitude. (1)⇓
À leur manière les gauchistes français ne s'y trompent pas. Une entrevue avait été demandée par Mélenchon à Hollande, le 4 février. Elle s'est déroulé le 17. À entendre le chef du front de gauche, l'entretien aurait conduit en partie le chef de l'État français à infléchir sa position. Le 16 février notre trotskiste national déclarait à ce sujet : « Je n'ai pas d'autres moyens que celui de la discussion, de convaincre » le président de la République « qu'il ne peut pas accepter que la Banque centrale européenne (BCE) coupe les vivres à ceux qui n'obéissent pas à la troïka, car demain c'est notre tour. » (2)⇓
Sur ce point essentiel, et tout en suggérant une tout autre sortie de crise, j'avoue ne pas écrire autre chose.
Derrière la crise grecque, se profile, et s'est toujours profilée, en effet une crise française. Les autorités parisiennes ont toujours voulu le dissimuler à l'opinion hexagonale, qui s'y laisse prendre d'ailleurs de moins en moins.
Il ne faut pas s'étonner ici de la convergence franco-grecque. La destruction de la Grèce a été fondamentalement accomplie, durant les années 1980-1990, à l'époque du PASOK d'Andréas Papandréou.
Cette pollution historique a transformé, artificiellement et provisoirement, un peuple de marins, d'esprits libres et d'entrepreneurs en une population de fonctionnaires, d'assistés et de subventionnaires. Ce parti socialiste a largement été formé à l'école parisienne dans les années d'exil, quand les colonels régnaient à Athènes. Ce fut le retour au pouvoir du PASOK vainqueur des élections législatives de 2009, sous la conduite du fils du fondateur, Georges Papandréou, ami (politique) de Strauss-Kahn, qui a déclenché la crise, aggréve par deux séries de mesures démagogiques, dès son arrivée au pouvoir en 2009, puis, en 2010 après un premier soutien financier international inconsidéré.
À partir de 2012 l'appareil gauchiste rassemblé autour de Tsipras, lui-même de formation communiste, sous l'étiquette de Syriza est parvenu à siphonner l'électorat du PASOK. Les restes de celui-ci, Evangelos Venizelos (3)⇓
ayant succédé fin 2011 à Georges Papandréou, s'étaient ralliés à l'union nationale. Le discours de Syriza n'a fait que prendre le relais des socialistes des années 1980. (4)⇓
Disons-le bien : les propositions démagogiques clamées par Mélenchon en France, Die Linke en Allemagne, Podemos en Espagne et Syriza en Grèce doivent être dénoncées comme ruineuses, d'abord pour les pays qui les appliqueraient, et en premier lieu pour les plus pauvres de leurs ressortissants.
Le seul espoir raisonnable résiderait malheureusement dans un accident de parcours assez rapide, mais pas trop catastrophique, pour que l'équipe Samaras puisse reprendre pacifiquement, avec l'assentiment d'une opinion beaucoup moins acquise à la gauche que ce que l'on nous assène, un programme de réformes allégeant aussi bien le marché du travail que les finances publiques. Ce chantier, dans l'intérêt de la nation et du peuple, ressemble fort à ce que les bons esprits présentent pour "humiliation", "ultra-libéralisme" voire, plus diabolique encore : "mondialisation néo-libérale".
On peut plutôt faire confiance aux gauchistes grecs pour échouer.
Ils ont réussi à tromper leur monde en présentant le visage, parfois souriant, faussement sympathique, de leur jeune chef. Déjà la démarche provocatrice du nouveau ministre des Finances fait mieux comprendre à qui on a affaire. Bientôt on reparlera de ce que représente l'insubmersible Manolis Glezos qui, certes en 1941, arracha le drapeau à Croix gammée de l'Acropole, bel exploit, mais qui, depuis n'a cessé d'incarner la cause communiste. Doyen de l'assemblée à l'âge de 92 ans il imagine rallumer un antagonisme intra-européen prolongeant les affrontements haineux de la guerre civile : ses premiers grognements ont porté contre l'élection du président de la république, trop unanimiste à ses yeux. 30 ans après la mort de son ami Enver Hodja il maintiendra donc jusqu’au bout, sous la casaque de Syriza, le flambeau destructeur du stalinisme dans les Balkans.
JG Malliarakis
Apostilles
- cf. l'article "Jean-Luc Mélenchon à l’Élysée pour soutenir la Grèce" in Le Monde en ligne le 17 février.⇑
- Quand j'étais jeune je pensais qu'elle était dirigée par des sots. Je sais désormais que la plupart de ses maîtres sont des crapules ou des traîtres à la remorque des puissances étrangères.⇑
- Originaire de Théssalonique, aucune parenté avec l'homme d'État crétois Elefthéros Venizelos (1864-1936).⇑
- Y compris dans leur apparence "nationaliste". N'oublions pas qu'en 1981 le slogan du PASOK était "la Grèce aux Grecs".⇑
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Ultimatum de la zone euro : un « Grexit » n’est pas du tout à exclure
L’Eurogroupe du 16 février s’est achevé par un ultimatum qui laisse à la Grèce jusqu’à la fin de la semaine pour accepter la prolongation du plan d’aide. Coralie Delaume analyse les causes et conséquences potentielles de cette intransigeance européenne.
L’Eurogroupe s’est achevé lundi 16 février à Bruxelles par un clash entre le ministre grec des finances et ses homologues de la zone euro. Que cela vous inspire-t-il ?
Ce que l’on sait de l’enchaînement des choses est un peu étrange. À priori, un accord provisoire était proche d’être trouvé, un premier texte ayant été soumis à Yanis Varoufakis et ayant obtenu son aval. Chaque partie y faisait des concessions, et l’on se donnait quatre mois pour parvenir à un accord plus abouti, tout en laissant à la Grèce un peu de marge de manœuvre budgétaire pendant ce laps de temps, pour qu’elle puisse commencer à mettre en œuvre le programme sur lequel Tsipras a été élu.
Mais il semble qu’en dernière minute, le président de l’Eurogroupe Jeroen Dijsselbloem ait substitué un autre texte à celui initialement présenté, comme l’a dit Varoufakis en conférence de presse et comme semble le confirmer un journaliste britannique ici. Dans cet autre texte, plus aucune concession n’était faite à la Grèce. Il était donc exclu qu’elle l’accepte.
Au bout du compte, l’Eurogroupe s’est donc achevé sur un échec, et sur un ultimatum laissant une semaine à Athènes pour accepter sans discuter la prolongation du « mémorandum » en vertu duquel elle doit poursuivre les coupes budgétaires, les privatisations, et tout ce que le gouvernement Samaras avait avalisé précédemment. Bref, il s’agissait de faire exactement comme s’il n’y avait pas eu d’élections en Grèce…
L’Eurogroupe a adressé à la Grèce un ultimatum. Celle-ci a jusqu’à la fin de la semaine pour accepter le prolongation du plan d’aide. Que peut-il se passer si aucune solution n’est trouvée avant expiration de ce délai ? Ce scénario est-il envisageable ?
J’ignore si c’est envisageable. Il est possible que chacune des deux parties simule l’intransigeante pour montrer à l’autre qu’elle est déterminée. Mais déterminée à quoi ? Là est la question !
Quant au gouvernement grec, on sait à peu près ce qu’il veut. Il veut pouvoir appliquer le programme économique qui lui a ouvert les portes du pouvoir et qui consiste à alléger le poids d’une austérité qui a imposé aux Grecs des souffrances inouïes -et inutiles. Pour cela, il ne propose rien de déraisonnable. Quoiqu’en disent certains, Syriza n’est pas un parti de dangereux révolutionnaires. Ils ne demandent même pas qu’on efface la dette hellène. Simplement qu’on aménage les modalités de son remboursement, de manière à ce que l’intégralité des excédents budgétaires désormais dégagés par le pays ne soit pas consacré au paiement des intérêts de la dette, mais qu’une partie puisse être dédiée à une petite relance. A mes yeux, non seulement il est invraisemblable qu’on puisse refuser de considérer les propositions d’Athènes. Mais il est plus invraisemblable encore qu’on les qualifie de « radicales ». [....]
La suite sur le Figarovox
http://www.actionfrancaise.net/craf/?Ultimatum-de-la-zone-euro-un