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international - Page 1315

  • La Syrie et la Turquie dans la tourmente du « Printemps arabe »

    « C’est un échec terrible pour les Turcs qui se trouvent désormais en conflit ouvert avec les Russes. »
    La Syrie est devenue aujourd’hui la pierre angulaire des conflits du Moyen-Orient. Elle met à l’épreuve les capacités diplomatiques de l’Occident et, en la circonstance, de la France avec son Président va-t-en guerre et son ministre des affaires étrangères, commis voyageur envoyé à Moscou pour tenter d’obtenir un soutien à des frappes aériennes contre Damas. Bruce Denisse, diplomate français ayant été en poste en Turquie, donne un éclairage professionnel de la situation et surtout une explication au retrait de Barak Obama.
    Polémia
    Si l’on regarde la situation de la Syrie sans se soucier de polémique et avec un œil politique, celui du rapport de forces, l’observateur objectif se doit de constater que Vladimir Poutine mène le bal avec une telle maestria que les dirigeants politiques occidentaux ne sont désormais nullement en mesure de lui contester leur défaite.
    Car de quoi s’agit-il, au juste ? Si nous mettons de côté les arguments insanes sur l’homme qui fait tirer sur son propre peuple, ou encore le comportement dictatorial attribué au chef d’Etat syrien, on ne replace jamais ce conflit dans son contexte historique qui est celui de la reconquête par l’islam fondamentaliste de l’ancien empire ottoman dans sa dimension spirituelle, c’est-à-dire la confusion théocratique entre la religion et l’Etat, le second étant soumis à la première en toutes circonstances.
    Compétition entre l’Arabie Saoudite, la Qatar et les Emirats du Golfe persique
    Depuis plus de vingt ans, le monde arabo-musulman est l’objet d’une compétition acharnée entre l’Arabie Saoudite, le Qatar et les Emirats du Golfe persique. Compétition, certes, mais objectif commun qui est d’éradiquer des Etats arabes non monarchiques le legs du ralliement de Kemal Atatürk à l’Occident via sa forme d’absence de spiritualité. En clair, si, depuis Atatürk, la gouvernance des pays issus de l’ancien Empire ottoman doit être athée, ses dirigeants laïcs et ses partenaires occidentaux, les monarchies pétrolières restées fidèles à la soumission au prophète ne l’entendent pas de cette oreille et financent largement les religieux rebelles à ce qui les scandalise le plus dans les régimes dits laïcs : ne pas se soumettre à Allah. Ils les aident sans limite de fonds, quelle que soit par ailleurs leur obédience mahométane.
    Des formes prises par cet islam politique, que les chefs soient chiites, sunnites, salafistes, frères musulmans ou autres, nous n’avons pas grand-chose à en savoir sinon que leur objectif commun est la fin de cette forme de laïcité dans les cinq Etats qui subissent ces tentatives de renversement du pouvoir en place dont les écrans de télévision sont saturés.
    Les pays visés par le « Printemps arabe » s’étaient écartés de l’islam et de la charia au bénéfice du kémalisme laïc.
    La vérité, que les médias dissimulent vraisemblablement par ignorance, c’est que tous les pays visés par ce que l’on a appelé le « Printemps arabe » étaient, sans exception, des Etats-nations qui s’étaient écartés de la nation arabe, de l’islam et de sa forme de gouvernance juridique, la charia, par un principe de séparation de la religion et de l’Etat. En clair, les chefs d’Etat et de gouvernement de ces pays ne voulaient avoir aucun compte à rendre à des religieux souvent incultes qu’ils méprisaient. Dans tous les cas, la référence implicite était le kémalisme. Pour faire simple, l’ennemi commun est la loi française de séparation de l’Eglise et de l’Etat, dite loi de 1905, qui a servi de modèle au chef d’Etat turc et franc-maçon, Moustapha Kemal, père de la Nation turque, dont l’aura a débordé sur ses voisins immédiats (Syrie, Irak) ainsi que les anciennes provinces qui furent directement gouvernées par des beys désignés par la Sublime Porte (Egypte, Tunisie), les autres pays arabes étant des monarchies de droit divin (Maroc, Arabie Saoudite, Jordanie, Libye avant Kadhafi, principautés du Golfe persique, etc.) dont les dirigeants descendent du prophète et sont donc protégés par leur sang d’origine divine. Ces monarchies épargnées par le pseudo-« Printemps arabe » sont en réalité les vecteurs d’une reconquête, d’une anti-croisade, dont les victimes collatérales sont les Arabes chrétiens, qu’ils soient coptes, chrétiens d’Irak ou de Syrie, chrétiens orthodoxes libanais ou autres.
    Le kémalisme a été la référence du Néo-Destour en Tunisie, des partis baasistes en Syrie et en Irak, du nassérisme en Egypte ou du culte de Kadhafi en Libye. Cette forme de gouvernance était exclusive de toute influence des religieux et de leurs affidés, ce qui explique largement la totale incompétence de ceux-ci lors de leur arrivée aux affaires, les responsables de ces groupes ayant été soigneusement écartés de toute responsabilité dans l’appareil d’Etat ou dans les entreprises privées ou publiques pendant tout ce temps.
    Ce qui a été déterminant dans l’offensive des monarchies pétrolières pour financer ces simulacres de révolutions, c’est la victoire en 2003 du parti AKP de Recep Tayyip Erdogan aux élections législatives de Turquie. Sa nomination au poste de premier ministre, qu’il occupe toujours aujourd’hui, l’a amené à conduire une nouvelle politique étrangère qu’il qualifie lui-même de néo-ottomane, mais qui a créé l’illusion que l’islam pouvait être neutre, voire favorable au climat des affaires et à l’industrie, alors que la Turquie avait surtout bénéficié du Traité d’union douanière de 1995 avec l’Union européenne et des investissements massifs des industriels allemands, français et italiens qui surfaient alors sur la vague des délocalisations.
    Le puissant fleuve théocratique souterrain qui irrigue l’ensemble du monde musulman alimente le rêve historique des maîtres autrefois de Byzance, puis de Constantinople, aujourd’hui d’Istanboul, qui est de faire tourner la planète autour d’eux. Là encore, pour simplifier, c’est l’aboutissement de la volonté de revanche, de cet objectif du monde arabo-musulman, qui remonte à 1924, d’une victoire posthume des théories d’Ibn-Séoud (le monde ottoman doit être islamique) sur celles de Kemal Atatürk (le monde ottoman doit être laïc).
    Une mosquée pour cinq cents habitants
    Le désastre politico-militaire qui déchire le Moyen-Orient est le fruit de ces illusions. Après avoir, dans un premier temps, étendu son influence commerciale sur la plupart de ces pays, obtenant notamment en Libye des contrats particulièrement importants dans le domaine du BTP, l’ancien maire d’Istanboul a voulu soutenir les chefs de guerre de l’islam dans une région à l’instabilité habituelle qui aurait dû le rendre prudent. Le rapprochement avec l’Arabie Saoudite, mené par le président, a accompagné le programme de construction de mosquées (une pour cinq cents habitants) pour la plupart vides, mais ce rapprochement avec les Saoudiens a créé des obligations dont l’une est l’accueil massif de réfugiés syriens, victimes de la guerre civile financée par la même Arabie Saoudite. Ces Syriens, tous « bons musulmans », déstabilisent désormais le Hatay, province autrefois sous protectorat français, de 1919 à 1940, et connue alors sous le nom de Sandjak d’Alexandrette. La France restitua cette province ottomane à la Turquie en 1940 à l’issue de négociations difficiles menées sur fond de déroute française par l’ambassadeur René Massigli, mais dont l’un des aspects positifs fut la neutralité de l’armée turque tout au long de la deuxième guerre mondiale.
    Soixante-treize ans plus tard, le retour massif des Syriens réfugiés est une autre défaite pour les kémalistes. Il y a en effet tout à parier que ces Syriens ne repartiront plus, renforçant ainsi l’enclave arabe dans cette région où les Turcs sont majoritaires.
    La Syrie, un enjeu pour la Russie
    C’est à la lumière de cet éclairage historique qu’il faut examiner la situation en Syrie, dont personne ne semble comprendre la volonté d’acier des Russes et des Chinois de défendre Bachar el-Assad envers et contre tout, qui est pourtant, ici aussi, très simple à comprendre.
    Les cinq pays membres du Conseil de sécurité de l’ONU ont des intérêts essentiels en Méditerranée, devenue un des axes majeurs du trafic de l’économie mondiale. Chacun y a sa base navale : les Français à Toulon, les Américains à Naples, avec la VIe flotte, les Anglais ont deux bases aériennes à Chypre avec des droits de mouillage à Larnaca. Il faut noter que les deux bases aériennes anglaises : Akrotiri (75,5 km2) et Dhekelia (81 km2), sont en relation directe avec la base aérienne OTAN d’Izmir.
    Pour leur part, les Chinois ont racheté le port commercial d’Athènes : Le Pirée, ce qui leur permet d’inonder l’Europe de leurs marchandises. Mais les services spéciaux chinois y ont aussi basé leurs antennes chargées du renseignement.
    C’est pourquoi la Russie ne pourra jamais accepter la perte de sa base navale en Méditerranée et sortir du jeu de la Mare Nostrum. Depuis 1971, c’est-à-dire depuis que l’Union soviétique et Hafez el-Assad ont signé un accord pour occuper une base navale dans le port de Tartous, au nord de Beyrouth, en territoire syrien, la présence russe est permanente. Dans ces conditions, les Russes ne peuvent renoncer à disposer d’unités navales pré-positionnées en Méditerranée en cas de conflit avec l’OTAN. Dans le système défensif mondial, la projection de puissance, autrefois dévolue aux croiseurs, puis aux porte-avions, est désormais relayée par le porte-hélicoptères.
    C’est précisément cette option stratégique que la marine russe a privilégiée. Or, Vladimir Poutine, réélu pour quatre ans le 7 mai 2012, a eu pour première décision de transférer, le 31 août suivant, le quartier général de la marine de guerre à Saint-Pétersbourg alors que celle-ci était à Moscou sous la période soviétique. Saint-Pétersbourg est sa ville natale et celle dont il a été le maire. Ce fut aussi la volonté de Poutine de renforcer sa marine et d’accéder aux demandes de porte-hélicoptères de l’état-major. Or, c’est un bâtiment de 210 mètres de long, deux fois la taille d’un terrain de football, dont il s’agit. Officiellement prévu pour la flotte du Pacifique, tout porte à croire que les travaux de Tartous sont aussi faits pour l’accueillir.
    Dès octobre 2009, la flotte maritime militaire de Russie a exprimé le besoin de navires de ce type. L’affaire a été conclue avec la France pour deux premiers exemplaires du type Mistral. Deux bâtiments sont construits aux Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire avec la participation des chantiers navals russes de la Baltique (OSK), qui sont précisément situés à Saint-Pétersbourg. Baptisé Vladivostok, le premier sera mis à l’eau le 15 octobre 2014 à Saint-Nazaire et remis aux autorités russes le 1er novembre suivant.
    Depuis 2008, les Russes remettent consciencieusement à niveau les installations de Tartous destinées à l’usage de la marine russe pour accueillir le porte-hélicoptères. Cette base, communément appelée « point d’appui logistique naval russe en Méditerranée », est composée de deux quais flottants, d’un atelier, de plusieurs dépôts, de diverses casernes et d’autres installations de stockage d’armement. Près de 300 personnels russes, accompagnés de leurs familles, sont en charge de la maintenance et de la modernisation du site. Dans le monde, c’est la seule base navale russe extérieure à la Russie. Les investissements, si l’on ajoute le coût des deux navires, la mise à niveau de Tartous et la relance des chantiers navals militaires de la Baltique, se chiffrent au minimum à deux milliards de dollars.
    Imaginer un instant que les Russes prendraient le risque de voir un autre pouvoir que celui de Bachar el-Assad s’installer à Damas, dont le premier souci serait d’expulser les Russes de Tartous, relève soit de l’incompétence, soit de la folie.
    Et si une coalition occidentale, telle celle qu’a souhaitée François Hollande, « punissait » la Syrie…?
    Si la coalition occidentale attaquait la Syrie, elle prendrait la décision d’installer ensuite délibérément un pouvoir hostile aux Russes, mais, de surcroît, elle prendrait le risque non négligeable de tuer des marins et des officiers mariniers de la flotte russe. Inimaginable ! Donc, mieux informé des enjeux, Barak Obama a reculé.
    Cette pièce syrienne a aussi un autre rôle essentiel sur l’échiquier de Vladimir Poutine : elle légitime le maintien en l’état de la Convention de Montreux.
    La Convention de Montreux, officiellement Convention concernant le régime des détroits, est un accord international multilatéral daté du 20 juillet 1936 et signé dans la ville de Montreux, sur le lac Léman. Elle est entrée en vigueur le 9 novembre 1936 et règle depuis cette date l’exercice de la libre circulation entre la mer Noire et la mer Egée par les détroits des Dardanelles et du Bosphore. Cette convention justifie le passage régulier des navires de guerre russes, basés à Odessa, qui se rendent à Tartous.
    Bachar el-Assad n’est pas un vulgaire Ben Ali ou Kadhafi, et il peut dormir tranquille : son accord avec les Russes le met à l’abri de toute mauvaise surprise, car l’enjeu n’est pas syrien mais bel et bien russe.
    La Turquie isolée
    La vraie mauvaise surprise vient en fait de Turquie. Après avoir voulu servir de pont entre l’Orient et l’Occident, le gouvernement d’Ankara a clairement basculé dans l’islam. Ainsi, après la question arménienne, l’insoluble problème kurde et l’interminable occupation du nord de Chypre, le gouvernement turc s’est créé un souci supplémentaire avec la Syrie, après l’incroyable épisode des bateaux pour la Palestine.
    En effet, le 31 mai 2010, l’expédition nautique le long des côtes israéliennes devait faire s’écrouler l’image positive de Tayyip Erdogan auprès d’Israël. Le but était humanitaire, les neufs morts étaient d’innocents militants qui n’avaient pas mesuré les risques pris en allant chatouiller Tsahal sur le bord de ses plages de sable, mais le résultat est avéré : du statut d’alliée fiable, la Turquie a basculé dans le camp des complices des terroristes. Les relations diplomatiques, qui furent provisoirement rompues, ont basculé dans la défiance.
    Débordé par ses idéologues fondamentalistes qui ont désormais pris le pas sur les opportunistes et les affairistes au sein de l’AKP, le soutien aux opposants à Bachar el-Assad était devenu la session de rattrapage auprès de ses extrémistes de l’AKP. C’est un échec terrible pour les Turcs qui se trouvent désormais en conflit ouvert avec les Russes, en étant de plus prisonniers de l’aide qu’ils apportent aux opposants syriens, donc objectivement à Al-Qaïda.
    Dans cette affaire, où l’intelligence politique eût été au minimum de calmer le jeu, la France s’est déshonorée. Le 17 septembre, alors que le ministre Laurent Fabius allait naïvement à Moscou demander à son homologue Sergueï Lavrov de soutenir les frappes occidentales, celui-ci s’est vraiment interrogé sur le degré d’information de son hôte. Un milliard pour Saint-Nazaire et l’industrie française de l’armement, qui bénéficie surtout à la DCNS : est-il possible que Fabius l’ignore ?
    Bruce Denisse, 25/10/2013
    Bruce Denisse est le pseudonyme d’un diplomate français ayant exercé d’importantes fonctions en Turquie et dans l’est de l’Europe.
    http://www.polemia.com/la-syrie-et-la-turquie-dans-la-tourmente-du-printemps-arabe/

  • Les djihadistes, bras armé de la diplomatie française ?

    Lu sur Islam Confidentiel :

    "À 64 ans, Alain Marsaud dispose d’une solide connaissance des réseaux terroristes. Avant de se lancer en politique, il a été juge d’instruction, spécialisé dans la lutte antiterroriste. Il a même dirigé, de 1986 à 1989, le Service central de lutte antiterroriste du parquet de Paris. Depuis juin 2012, il est député (UMP) de la 10e circonscription des Français établis hors de France, qui recouvre une grande partie de l’Afrique et une partie du Moyen-Orient, dont la Syrie.

    Le 10 septembre 2013 à l’Assemblée nationale, il a posé une question écrite à Christiane Taubira, ministre de la Justice, au sujet des individus de nationalité française partis faire le djihad en Syrie. « Selon nos services de renseignement, il apparaît qu’il est impossible de mettre en oeuvre quelques mesures coercitives que ce soit ou procédures pénales [à leur égard]. En effet, lorsque ces djihadistes reviennent en France, ils ne peuvent être interpellés, mis en garde à vue, et éventuellement mis en examen car il est considéré qu’ils agissent dans le cadre d’une action certes violente, mais dans la droite ligne de celle de la diplomatie française. » Et d’enfoncer le clou : « Doit-on considérer dès lors que ces personnes seraient parties prenantes ou le bras armé de notre action diplomatique en Syrie et seraient, en quelque sorte, des collaborateurs occasionnels du service public de l’engagement de la France en Syrie ? » Si ce n’était pas le cas, il faudrait modifier la loi afin que ces individus, « qui présentent à coup sûr un danger éminent pour l’ordre public à l’occasion de leur retour en France », puissent être juridiquement neutralisés.

    Un mois plus tard, Christiane Taubira n’a toujours pas répondu à Alain Marsaud…"
    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/

  • Les Etats-Unis n’ont jamais cessé d’espionner la France

    Paris fait de même sans qu’il y ait à s’en étonner
    Les cris d’orfraie poussés par quelques dirigeants européens désignant les Américains comme de vils espions trahissant leurs alliés, interpellent. Oh, certes, c’est le moins qu’ils pouvaient faire en attendant, peut-être, une position commune de l’Europe, qui aura toutefois bien du mal à engager des mesures de rétorsion. Mais cela est une autre histoire.
    Non, ce qui interpelle est la profonde stupeur de ces mêmes dirigeants. De deux choses l’une. Soit ils ne se sont pas penchés sur l’histoire des relations américano-européennes depuis 1945, soit ils se moquent des citoyens européens en affichant une indignation feinte.
    Car en fait, l’espionnage américain sur l’Europe et le monde est de notoriété publique. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que la presse se fait l’écho de tels agissements. Tout le monde le sait. Depuis des décennies, les Etats-Unis exercent une surveillance constante du monde et, dans certains cas, font même appel aux Européens pour cela. Le réseau mondial d’écoute Echelon en est l’exemple le plus connu. Que l’Agence centrale de renseignement (CIA) pose des micros un peu partout et recrute des agents au sein même des gouvernements européens n’est pas nouveau.
    Le journaliste Vincent Nouzille a très bien raconté tout cela dans son livre Des secrets si bien gardés – Les dossiers de la Maison-Blanche et de la CIA sur la France et ses présidents 1958-1981, (Fayard, 2009). On y apprend que, dès 1945, et plus particulièrement à partir du retour du général De Gaulle aux affaires en 1958, les Etats-Unis vont se livrer à d’intenses activités d’espionnage à l’encontre de la France mais aussi de nombreux autres pays dans le monde. Sont notamment espionnés la politique étrangère française et les travaux sur la bombe atomique.
    En février 1960, leurs avions décollent de Libye pour faire des prélèvements dans le nuage radioactif émis lors du premier essai nucléaire français. Dans les années 1960, un avion militaire pénètre l’espace aérien français pour prendre des photos de l’usine nucléaire de Pierrelatte, dans la vallée du Rhône, et, face à la protestation française, les Etats-Unis se contenteront d’exprimer quelques regrets.
    L’avènement des satellites d’observation et d’écoute électronique à partir de 1961 a accru les capacités américaines en matière de renseignement. Des satellites comme les KH-11, au prix unitaire de 1,5 milliard de dollars, prennent des photos avec une résolution de 10 cm. Les satellites Magnum interceptent plus de 100 millions de communications par mois. La manne récupérée est même exhibée.
    Tout le monde espionne tout le monde
    En 1995, le président Bill Clinton donnait son autorisation à la révélation publique de centaines de photos prises par ces satellites en France ou ailleurs. Sans vergogne ni état d’âme. Avec un budget spatial militaire de 40 milliards de dollars dont plus de la moitié est consacrée au renseignement, il n’est pas étonnant que l’information récupérée déborde.
    Autre exemple : un jour, alors que j’étais en réunion au Pentagone, un officier de la Navy s’est tout à coup dirigé vers moi pour me dire dans le creux de l’oreille : « L’essai que vous venez de réaliser de votre missile M4 a parfaitement marché. » Les grandes oreilles américaines avaient bien fonctionné. Mon ami Vassily Michine, qui fut le patron du programme lunaire soviétique, m’a raconté naguère que les espions américains étaient partout en URSS, même dans le bunker de lancement de la fusée lunaire soviétique à Baïkonour.
    Le KGB savait que l’un des techniciens russes trahissait au profit des Américains mais n’a jamais pu le confondre. La confirmation allait arriver trente ans plus tard, la guerre froide terminée. Alors que Michine vendait aux enchères chez Sotheby’s, à New York, le journal qu’il avait tenu quotidiennement dans les années 1960, un homme lui donna une photo de lui prise dans le bunker de Baïkonour par cet agent russe au service des Etats-Unis. L’homme disparut aussi vite qu’il était entré. Trente ans après, la CIA fanfaronnait. C’était de bonne guerre.
    Ne soyons pas naïfs, tout le monde espionne tout le monde. Et, soyons réalistes et honnêtes, tous les pays font de l’espionnage tout en le condamnant. Si la guerre froide est terminée, ce n’est pas pour autant que nous sommes entrés dans un monde de parfait apaisement. Hier, l’espionnage militaire et politique contre l’URSS prévalait. Aujourd’hui, il est devenu essentiellement économique et politique, avec de nombreux acteurs à surveiller. Et la France, par direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) interposée, participe à ce concert.
    Aujourd’hui, les Américains dénoncent les activités d’espionnage cybernétique des Chinois et ne se privent pas de faire la même chose avec le monde entier. Pour ma part, j’ai passé trente ans de ma vie à chercher et à récupérer des informations sur les armes nucléaires américaines, ce qui ne m’empêchait pas de m’acoquiner avec les Américains pour échanger des informations sur les missiles soviétiques.
    Que les politiques s’en étonnent est étonnant. Qu’ils protestent est normal. En tout cas, il y a une chose que l’on sait depuis longtemps, c’est que le monde n’est ni tout blanc ni tout noir, et qu’il est perpétuellement en guerre. Le seul problème est que l’on ne sait plus différencier nos amis de nos ennemis.
    Jacques Villain, Membre de l’Académie de l’air et de l’espace.
    Le Monde, 26/10/2013
    Jacques Villain est aussi historien de la conquête spatiale et de la dissuasion nucléaire ainsi que colonel de la réserve citoyenne(air). Il a notamment obtenu le prix Roberval grand public en 1999 pour A la conquête de la lune : la face cachée de la compétition américano-soviétique.
    http://www.polemia.com/les-etats-unis-nont-jamais-cesse-despionner-la-france/

  • L'armée syrienne a libéré les chrétiens assiégés à Sadad

    L’Archidiocèse syro-orthodoxe de Homs et Hama, en Syrie, avait lancé un appel au secours aux institutions internationales au nom des chrétiens de Sadad et Hofar, assiégés par des rebelles et des djihadistes. L'armée syrienne a libéré le premier village, qu'elle a trouvé dévasté :

    "Les 1 500 syriens : hommes, femmes et enfants, qui étaient encerclés dans le village de Sadad, situé à 70 km à l’est de la ville de Homs, sont désormais libres. L'armée a repris lundi le contrôle de ce village chrétien après plusieurs jours d'âpres combats contre des rebelles et des jihadistes.
    En revanche, on est toujours sans nouvelles des dizaines de civils chrétiens assiégés dans le village voisin d’Hofar.

    Le prêtre syrien Ziad Hilal s’est rendu ce mardi matin à Sadad, il décrit un village dévasté et des familles traumatisées. « J’ai vu quelques voitures pleines d’enfants, d’hommes et de femmes qui ont vécu ces jours terribles et qui donc ont préféré sortir quelques jours pour rejoindre Homs ou d’autres lieux, et après je ne sais pas s’ils vont revenir ou non ». Le père Ziad, qui était accompagné d’un autre prêtre syro-catholique, déclare avoir rencontré le prêtre du village « jusqu’à hier, ils ont enterré 29 chrétiens du village et il en reste deux d’après lui ».

    De nombreux bâtiments ont été détruits ou endommagés, a pu constater le père Ziad Hilal, notamment l’école principale du village et d’autres bâtiments officiels et les quatre églises du village- trois syro-orthodoxe et une syro-catholique - ont été endommagées. « Ils les ont utilisées comme logement et il y avaient des matelas et des couvertures pour les fanatiques, les voyous qui sont venus au village.»

    « Ils ont aussi écrit partout, sur les murs des églises, des slogans et ont cassé le Saint-Sacrement dans les quatre autels des églises. » Le père Ziad Hilal indique par ailleurs que ce sont pour l’instant « les Églises qui organisent l’aide humanitaire » en contactant les organisations pour aider les habitants de Sadad."

    Louise Tudy

  • Un Nobel d’économie pour avoir créé une crise ?

    Par Michel Santi

    Le Nobel d’économie vient d’être décerné à Eugène Fama, né en 1939, un des pères du monétarisme et de l’idéologie néo-libérale. N’est-ce pas lui qui affirmait péremptoirement « que l’hypothèse des marchés efficients est une affirmation simple qui dit que les prix des titres et des actifs reflètent toutes les informations connues » ?

    C’est en effet suite aux travaux d’économistes comme Fama, comme Milton Friedman (1912-2006) – lui aussi Nobel en 1976 -, et comme Burton Malkiel, né en 1932, que les marchés financiers subirent dès le début des années 1980 une authentique transfiguration.

    Avec la participation active des plus hauts responsables politiques de l’époque comme Margaret Thatcher et comme Ronald Reagan qui devait même affirmer dans son discours d’investiture, le 20 janvier 1981 : « l’État n’est pas la solution à notre problème, l’État est notre problème » !

    Dès cette période, le conservatisme économique et la régression sociale devaient régner en maîtres absolus. Le vide laissé par l’État fut tout naturellement comblé par le développement hyperbolique d’un secteur financier dès lors qualifié d’ »efficient », voire de « parfait ». Cette finance était en effet appelée à rendre tous les services à l’économie. Les marchés seraient une sorte de juge de paix qui remettrait de l’ordre dans les finances des entreprises et des ménages en imprimant tous les pans de l’économie de sa bienveillante efficience. Les adorateurs du marché financier étaient même persuadés que ses prix étaient la résultante d’un équilibre rationnel, et que l’emploi n’était en fait qu’une variable au service de l’optimisation des valorisations boursières. C’est en effet Burton Malkiel – qui, lui, n’est pas encore Nobel ! – qui assurait que « la vraie valeur des marchés triomphera en finalité car la bourse est un mécanisme de précision sur le long terme ».

    La dérégulation de nos économies et de la finance nous vient donc évidemment en droite ligne de cette hypothèse du marché efficient. Plus besoin de réglementation ni de garde-fous si le marché est efficient, donc optimal. Inutile de brider une bête qui se régule elle-même par le prix, qui élimine les plus faibles – c’est-à-dire ceux qui ont pris les mauvaises décisions – et qui fait gagner les plus forts.

    C’est donc une authentique « sélection naturelle » qui s’opère par des marchés financiers omniscients et infaillibles. Comme cette autorégulation déroule ses effets bénéfiques sur l’économie, la tâche de l’État doit donc se réduire à sa plus simple expression. Hélas, ce rétrécissement du champ d’action de l’État – préalable incontournable à la dérégulation de la finance-, accouche depuis trente ans de crises bancaires et boursières à répétition. Ce laissez-faire ayant essaimé depuis le monde anglo-saxon jusqu’à l’Europe continentale pour ensuite toucher l’Amérique latine et l’Asie, c’est l’ensemble de la planète qui a progressivement été infectée par des bulles spéculatives dont l’implosion fait d’immenses ravages financiers, économiques et bien-sûr humains.

    Aujourd’hui, c’est l’ensemble du spectre qui se retrouve contaminé par la financiarisation : l’énergie, l’immobilier, les denrées alimentaires, mais également l’éducation, voire la santé dans certains pays. Toutes les facettes de l’activité économique se retrouvent ainsi enchevêtrées dans une toile complexe tissée par la financiarisation. Voilà par exemple Goldman Sachs qui a investi il y a quelques mois 10 millions de dollars dans les prisons dans l’État de New York, avec les perspectives suivantes : récupérer sa mise si la récidive baisse de 10 %, la doubler si ce taux s’améliore, ou perdre la moitié de sa mise si la criminalité ne s’améliorait pas à New York ! Nos sociétés ont atteint aujourd’hui un tel degré de décadence qu’elles en viennent à déléguer au secteur financier de telles responsabilités, et leurs devoirs les plus élémentaires vis-à-vis de citoyens dans la détresse. Ces « obligations sociales », ou « social impact bonds », démontrent bien que l’obligation morale de la collectivité cède désormais la place aux institutions financières qui lèvent des fonds pour générer des profits, tout en se substituant à l’État.

    Dans ce meilleur des mondes où le marché est censé être efficient, les malversations et les escroqueries sont réputées impossibles ! En effet, comme les marchés ne peuvent être efficients en présence de fraude, les actes malhonnêtes ne peuvent tout bonnement plus exister… précisément du fait de l’efficience des marchés ! Pourtant, qui sait que, aujourd’hui en 2013, – en pleine crise européenne et plus de six ans après les subprimes ! -, la nouvelle maxime de Wall Street et de la City est : « I’ll Be Gone, You’ll Be Gone”, soit en français : « je ne serai plus là, vous ne serez plus là » ? Qui signifie clairement que les cataclysmes de demain – inévitables comme conséquence des comportements d’aujourd’hui – ne sont pas le problème des financiers qui ne seront plus ici…et que d’autres devront gérer les problèmes.

    En réalité, les abus de la finance sont passés dans nos mœurs. Et en fait, les banquiers et les financiers honnêtes ne sont plus de taille à entrer en compétition avec leurs collègues fraudeurs. C’est simple : une banque qui ne chercherait pas à masquer des pertes, ou à vendre des actifs pourris, ou à blanchir de l’argent, ou à influencer le cours d’un produit dérivé… ne serait plus compétitive et serait vouée à terme à faire faillite, ou à sévèrement décrocher en bourse. Dans la nature, la sélection darwinienne nous apprend que les plus forts survivent aux plus faibles. Dans l’univers de la finance, ce sont les malhonnêtes qui restent, voire qui prospèrent, tandis que sont damnés ceux qui se conforment aux règles du jeu.

    Ce rouleau compresseur des escroqueries et des malversations porte un nom, la dynamique de « Gresham », qui fut décrite par George Akerlof, né en 1940 et Nobel d’économie 2001 : « Les transactions malhonnêtes tendent à faire disparaître du marché les transactions honnêtes. Voilà pourquoi le coût lié à la malhonnêteté est supérieur au montant de la tricherie ». Cette dynamique de Gresham – devenue aujourd’hui une dominante dans les marchés financiers – a donc pour conséquence une volatilisation de l’éthique au profit de la fraude, qui devient dès lors endémique. Ceux qui respectent la loi et la morale sont donc appelés à disparaître alors que leurs rivaux peu scrupuleux se maintiennent grâce à des artifices et à des manipulations qui compriment leurs coûts, ou qui gonflent leurs bénéfices. En d’autres termes, aujourd’hui, il devient « trop cher » d’être honnête !

    Aujourd’hui, et alors même que le comité Nobel vient de distinguer un personnage dont les travaux ont précisément consisté à sacraliser les marchés, nous devons collectivement prendre conscience que ceux-ci ne créent nulle valeur, qu’ils doivent être subordonnés et placés fermement sous la tutelle de l’économie productive. L’éthique doit faire son retour au sein de la banque et de la finance, car cette crise est d’abord une crise morale ! Le préalable étant de tenter de répondre à la question du Nobel d’économie de 1998, Amartya Sen, né en 1933 : “Comment est-il possible qu’une activité aussi utile, comme la finance, soit devenue si immorale » ?

    GestionSuisse.com
    http://fortune.fdesouche.com/330647-un-nobel-deconomie-pour-avoir-cree-une-crise#more-330647

  • « EuroGendFor » – l’armée privée de l’UE, prête au départ pour la Grèce



    Il y a des articles après lecture desquels le lecteur se dit : « Ce n’est pas possible, je m’informe régulièrement et je pense être au courant des actualités la plupart du temps, pourquoi je ne sais rien de cela ? » Le présent article est un tel article. Ceux qui pensent qu’il s’agit dans le contexte d’Euro-Gend-For d’un terme lié à la notion anglaise « gender » ­– définition artificielle et très à la mode du « genre », du « sexe social » – se trompent.

    Le nom est un morceau de magnificence issu du pouvoir d’innovation intellectuelle des Français : au lieu d’une troupe de l’UE de malfrats violents à la Rambo, ou des Bodyguards à la paie de Goldman-Sachs selon le modèle Blackwater, est née une armée privée dénommée « Force de gendarmerie européenne » (FGE). Les Allemands du camp d’Angela Merkel pourraient ainsi détourner sur les Français le « mécontentement » que l’Europe de l’euro, prétendument si amoureuse de la liberté, déclenche dans les pays où elle intervient. Mais cette mascarade se terminera au plus tard à l’arrivée en Grèce.

    Cela fermente en Espagne, les protestations publiques augmentent de jour en jour. Tandis que les Allemands recommandent aux Méditerranéens de se lever plus tôt, de prendre moins de vacances et de travailler plus, la colère du peuple grec se décharge dans les rues du pays. Cela fermente et bouillonne partout, les hommes craignent des situations semblables à des guerres civiles déclenchées par la crise dans toute l’Europe. On s’en rend compte au bureau central de l’Union européenne, et depuis longtemps, l’on a pris des mesures correspondantes.

    On prépare maintenant pour la première fois l’engagement de l’armée privée de l’UE qui s’apprête à partir pour la Grèce. A peine un Européen connaît cette unité secrète qui répond au nom d’« EuroGendFor ». Le quartier général de cette unité d’intervention spéciale de 3000 hommes se trouve à Vicence en Italie. L’ancienne ministre française de la Défense Alliot-Marie a initié la fondation de cette troupe, après des troubles de plus en plus fréquents sous formes de batailles de rue et de pillages suscités par des adolescents musulmans immigrés en France. « EuroGendFor » est à la fois police, police judiciaire, armée et services secrets. Les compétences de cette unité sont pratiquement illimitées. Elle doit, en coopération étroite avec les militaires européens, garantir la « sécurité en territoires de crise européens ». Sa tâche consiste surtout à réprimer des révoltes. De plus en plus d’Etats membres de l’UE adhèrent à « EuroGendFor ».

    La suite sur Comité Valmy
    http://www.comite-valmy.org/spip.php?article2445

  • Affaire Leonarda : quand la NSA vient au secours de François Hollande

    Le journal « Le Monde » ne peut rien refuser à l’Elysée.
    Allons droit au but : la « découverte », lundi 21 octobre 2013, de l’espionnage de la France – ses entreprises et ses citoyens – par la National Security Agency américaine est tout sauf due au hasard. Elle arrive, bien au contraire, fort à propos pour tenter de faire oublier la calamiteuse affaire Leonarda. Comment un modeste journaliste, votre serviteur, peut-il affirmer de manière aussi péremptoire que l’affaire de la NSA espionnant la France arrive à point nommé pour tenter de faire oublier le désastre Leonarda ?
    D’abord, la connaissance de mon métier : le lundi est dans toutes les rédactions de quotidiens un « jour à scoops » destinés à relancer les ventes après la pause du week-end. La nouvelle de la NSA espionnant la France tombait donc à point nommé pour Le Monde. On peut raisonnablement penser que « l’info » était entre les mains du quotidien depuis quelques jours, et qu’il a été décidé de la sortir du marbre (le frigo des journalistes) ce lundi autant pour des raisons commerciales que pour des raisons politiques.
    Ensuite, parce qu’il est de notoriété publique que les relations que le Château (l’Elysée) entretient avec le quotidien Le Monde (et ses actionnaires de référence, Matthieu Pigasse et Pierre Bergé) font que le quotidien du soir n’a pas grand-chose à refuser au pouvoir en place, en particulier quand celui-ci est du même bord. Renforcer le scoop (qui n’en est pas un, comme démontré plus bas) en faisant un peu d’agitation (Fabius convoquant l’ambassadeur américain, Ayrault feignant l’indignation), tout cela fleure bon l’indignation d’opérette.
    Espionnage par la NSA : une affaire vieille de… quinze ans
    Enfin et surtout, parce que ce que l’on feint de découvrir depuis lundi midi en poussant des cris d’orfraie est tout simplement parfaitement connu depuis des années. Il suffit, pour s’en convaincre, de taper le seul mot « Echelon » dans Google. En quatrième position sort un article de Philippe Rivière, paru dans Le Monde diplomatique en… 1999, et expliquant par le menu le fonctionnement du système d’écoutes mis en place par les Etats-Unis en s’appuyant sur ses partenaires (dont la Grande-Bretagne, l’Australie et l’Allemagne).
    Que dit Rivière en 1999 ? Il cite Steve Wright, chercheur à la Fondation Omega, une organisation britannique de défense des droits humains, qui explique dans un rapport remis au Parlement européen en… janvier 1998 : « Echelon est principalement dirigé contre des cibles non militaires : gouvernements, organisations et entreprises dans virtuellement tous les pays. (…) Bien que beaucoup d’informations [NDLR : recueillies par le Système] concernent de potentiels terroristes, il s’y produit beaucoup d’intelligence économique, notamment une surveillance intensive de tous les pays participant aux négociations du GATT [NDLR : l'ancêtre de l'OMC, l'Organisation mondiale du commerce]. »
    Les États-Unis écoutent la France depuis des années sans en être réellement empêchés
    On sait donc depuis quinze ans que les Américains écoutent l’Europe dans les grandes largeurs, et en particulier la France. La différence avec d’autres pays, comme la Grande-Bretagne ou même l’Allemagne, c’est que, ces deux pays participant peu ou prou au programme d’écoutes Echelon et à ses successeurs, les centrales d’espionnage américaines, dont la NSA, partagent une partie des données avec eux. Y compris celles sur… la France, ses entreprises, ses négociations, ses contrats.
    Aussi, le bluff de Laurent Fabius, convoquant sine die l’ambassadeur des Etats-Unis, de Jean-Marc Ayrault, en déplacement à l’étranger, estimant que de tels écoutes « d’un pays ami, d’un allié, sont inacceptables », en dit long sur le désarroi de l’exécutif face à la calamiteuse affaire Leonarda. Tous les moyens sont bons pour tenter d’allumer un contre-feu, y compris de se couvrir de ridicule aux yeux de ceux qui savent.
    Les malheurs d’Alcatel-Lucent ne sont pas étrangers à ces affaires d’espionnage
    Mais la méthode est efficace : lundi soir, au JT de TF1 et de France 2, l’espionnage est bon premier sujet. Forcément, un épisode « inédit » de James Bond en ouverture du Journal télévisé, sans en payer le prix, difficile de résister pour une rédaction correctement dirigée. Résultat : Leonarda, histoire qui est aussi en train de s’étouffer après plusieurs jours de rebondissements, a terminé en troisième titre.
    Mais la ficelle est grosse. Normalement, dans les prochains jours, quotidiens et newsmagazines publieront des enquêtes expliquant que tout le monde savait, que le désarroi dans lequel Alcatel-Lucent est plongé depuis plusieurs années – il est des industriels plus dociles que d’autres – n’est pas étranger à tout cela, que les Chinois ne sont pas en reste… ou pas.
    Une chose est sûre : le jour où un gouvernement s’attaquera au cœur de ce problème d’espionnage industriel et politique, on n’en entendra normalement pas parler. Si c’est le cas, c’est que la contre-offensive aura échoué.
    Jean-Baptiste Giraud, Rédacteur en chef d’economiematin.fr, 21/10/2013
    http://www.polemia.com/affaire-leonarda-quand-la-nsa-vient-au-secours-de-francois-hollande/

  • Vers la grande Turquie

    Minute rapporte que, en visite au Kosovo le 23 octobre, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan a affirmé :

    « Le Kosovo c’est la Turquie, et la Turquie c’est le Kosovo. Nous sommes tous les enfants du même pays, forts et unis comme des frères. Nous partageons la même histoire et la même civilisation. »

    "Son discours, Erdogan l’a prononcé à Prizren (Sud-Kosovo) où plusieurs dizaines de milliers de personnes étaient venues écouter le leader turc. Leur leader? Car la ville compte la plus forte communauté turque du Kosovo (le Parti démocratique turc du Kosovo-KDTP compte même des élus dans l’assemblée locale) et la Turquie y a financé plusieurs mosquées. Une journée de congés exceptionnels avait été décrétée pour l’événement et la ville était entièrement pavoisée aux couleurs rouge et blanche… du drapeau turc. Derrière un Kosovo indépendant s’inscrivant dans le projet d’une Grande Albanie, cette Grande Albanie ne serait-elle qu’une partie… d’une Grande Turquie ?"
    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2013/10/vers-la-grande-turquie.html

  • Crise des subprimes : 107 milliards de dollars pour tourner la page

    Le règlement à l’amiable des contentieux liés à la crise financière va coûter plus de 100 milliards de dollars aux banques américaines, selon une estimation publiée par le Wall Street Journal ce 29 octobre.

    La dernière estimation de la facture globale de la crise financière pour les banques américaines donne des sueurs froides. 107 milliards de dollars, c’est ce que les établissements américains devraient verser en règlements à l’amiable dans les prochaines années, d’après les données publiés ce mardi 29 octobre par le Wall Street Journal. Déjà, 66 milliards de pénalité pour les plus grandes banques américaines ont été actés.


    Concrètement, le régulateur américain leur reproche d’avoir biaisé le marché immobilier global en revendant des produits dérivés de crédit, notamment des subprimes, aux instances para-publiques Fannie Mae et Freddie Mac. En somme, d’avoir refilé des produits toxiques aux deux organismes qui s’occupent du financement du marché immobilier.

    Mais ces deux instances, tout comme Deutsche Bank qui s’en prend à Goldman Sachs pour les mêmes raisons, savaient pourtant ce qu’ils achetaient. Le problème, c’est qu’ils se sont retrouvés dans une situation financière insensée, avec des pertes colossales, lorsque le marché de l’immobilier s’est retourné. Si bien qu’ils ont dû être mis sous perfusion directe du Trésor américain.

    L’administration essaie donc désormais de récupérer ce qu’elle a perdu pour renflouer “Fannie” et “Freddie”, suivant le principe que ce n’est pas parce que l’acheteur est complice que le vendeur peut s’exonérer de toute responsabilité.

    Il faut noter par ailleurs qu’il y a bien eu de véritables manquements aux règles de vente de ce type de produits de la part des banques américaines. Des créances censées être sûres ont été proposées en utilisant une technique bien connue des supermarchés : le “remballe”, où l’on prend un produit périmé pour le mettre dans un emballage tout neuf, très joli, pour faire croire qu’il est de qualité. C’est cela que la justice reproche aux établissements financiers américains.

    Cette façon de le faire payer leur renflouement risque en tout cas de les fragiliser. JPMorgan, la banque au cœur de la tempête, est déjà dans le rouge sur le trimestre écoulé précisément à cause de provisions de 23 milliards de dollars pour ses frais de justice. Il lui reste en outre un grand nombre de dossiers à régler, pas seulement dans le domaine des crédits hypothécaires.

    Pour certains analystes de Wall Street, cela va commencer très vite à entamer durablement la capacité du secteur américain en général à générer des profits.

    BFMTV
    http://fortune.fdesouche.com/330799-crise-des-subprimes-107-milliards-de-dollars-pour-tourner-la-page#more-330799

  • La publicité élément clé de l’idéologie dominante (5/5)

    E) La publicité, une désinformation ludique au service de l’idéologie dominante
    C’est une désinformation cool au service d’une idéologie dure.
    E.1. L’idéologie publicitaire ne se contente pas de véhiculer trois messages subliminaux qui renvoient à l’idéologie dominante :
    1) L’idée qu’il serait socialement et moralement légitime de céder à ses envies (devenues besoins pour la circonstance) ; c’est une reformulation de l’antienne libérale : les vices privés font les vertus publiques. Valorisation aussi de la « liberté » réduite à la consommation. Ex. « Obéis à ta soif », pub de Sprite. La thématique de l’envie est une constante du discours publicitaire (« Avec le TGV cédez à l’envie de partir plus souvent »). Le sur-emploi des termes « envie » et « passion » est d’ailleurs significatif du discours publicitaire.
    Car la publicité joue non pas sur le registre des besoins, qui sont atteignables et donc limités, mais sur celui des envies et des passions, qui sont compulsives et sans limites.
    2) L’idée que toutes les questions existentielles seraient solubles dans l’achat et la vente d’un produit ou d’un service sur le marché (et donc implicitement que tout ce qui est gratuit n’a pas de valeur) ; et que c’est l’achat commercial qui permet d’exister (cf. la publicité : « En Devernois, je suis moi » ou « Elle assure en Rodier »). A contrario, une journée sans achat est considérée comme pauvre ou inutile, car les loisirs ont été assimilés aux achats (le « temps libre » comme le « sport » ne sont pas gratuits !).
    3) La publicité instille une néoténie permanente, car elle vise en permanence à abaisser le seuil psychologique à partir duquel on préfère renoncer à l’ancien pour acheter du neuf. Elle prétend donc en permanence que tout ce qui arrive de nouveau est mieux ou meilleur et que cela reflèterait une normalité.
    Ces caractéristiques rejoignent les fondements intellectuels de l’idéologie dominante :
    l’individualisme narcissique, mesure de toute chose (la société « moitrinaire », disait Léon Daudet !) et le dépassement voire la destruction des communautés naturelles ;
    le culte du progrès infini (nouveau = mieux) ;
    la réduction égalitaire de l’homme à l’avoir et non plus à l’être.
    E.2. La publicité nous montre surtout un monde inaccessible : celui de la mondialisation heureuse (pour paraphraser DSK) : c’est la vitrine de la mondialisation, destinée à appâter le chaland.
    E.2.1. La publicité a pour mission de faire désirer ce que nous n’avons pas et de nous faire mépriser ce dont nous jouissons déjà, comme l’écrit Serge Latouche (Bon pour la casse, 2012). Le publicitaire Frédéric Beigbeder déclare « Dans mon métier personne ne désire votre bonheur parce que les gens heureux ne consomment pas » (S. Latouche, op. cit., page 23). « Ce système fragile perdure seulement par le culte de l’envie », d’après Jacques Séguéla (S. Latouche, op. cit., page 23).
    La publicité sert à créer en permanence de l’obsolescence psychologique. Les publicitaires américains cités par V. Packard se définissaient déjà comme des « marchands de mécontentement » : « Ce qui fait la grandeur de ce pays, c’est la création de besoins et de désirs, la création du dégoût pour tout ce qui est vieux et démodé » (op. cit., page 25). C’est la fonction de ce que l’on appelle la mode de véhiculer cette obsolescence. A côté, bien sûr, de l’obsolescence programmée des produits. La peur de la panne fatale est aussi un profond soutien publicitaire (on préfère acheter un nouveau produit pour ne pas avoir à faire face à une panne).
    Vance Packard identifiait pour sa part différents moyens de provoquer l’obsolescence psychologique :
    - rendre le public conscient de la mode (Packard prend l’exemple de la création d’une mode vestimentaire masculine qui n’existait pas auparavant aux Etats-Unis) ;
    - la changer fréquemment (notamment un simple changement de couleur des produits comme dans le cas de l’automobile) ;
    - rendre les gens honteux des biens qu’ils possèdent déjà ;
    - surmonter le sentiment de culpabilité d’acheter des biens inutiles ou superfétatoires (ex. un véhicule surpuissant pour l’usage qu’on en fera : on justifie cela par la « sécurité » supérieure qu’il offrirait).
    D’où l’utilisation systématique d’images renvoyant à un type idéalisé, qui jouent un rôle central dans la publicité : le top model, le nouveau mâle, les symboles de la richesse, la nostalgie d’un monde rural disparu, la famille unie et heureuse, etc., associés à un produit ou une marque.
    C’est notamment un ressort majeur de la vente des « produits de beauté » ou des « régimes amaigrissants» : on persuade le consommateur qu’il ne correspond pas aux canons de la beauté ou de la santé, afin de l’amener à acheter des produits censés le faire entrer dans cette « norme » (en fait, des mannequins anorexiques !…). Ernest Dichter, conseil en publicité cité par V. Packard, déclarait « aux femmes ne vendez pas des souliers ; vendez-leur de jolis pieds » (op. cit., page 35).
    Il en va de même des images publicitaires reposant sur la nostalgie d’un passé révolu (ex. pub Ricoré mettant en scène une famille au complet, avec grands-parents, petit-déjeunant dans une ferme, image d’une France blanche et rurale révolue).
    La publicité crée la frustration en vendant un monde qui n’existe plus (et qui est au surplus justement détruit par le système marchand et la modernité) ou qui est hors la portée de la majorité de la population (le monde du luxe et de la jet-set), comme les médias nous vendent de l’info recadrée qui ne correspond pas au monde réel.
    E.2.2. Ce faisant la publicité nous montre donc la mondialisation heureuse. Elle nous montre en permanence des gens heureux de consommer (c’est-à-dire rendus heureux par la consommation au sein du marché mondial). Dans la publicité tout le monde arbore le sourire de circonstance, équivalent publicitaire du « happy end » des films américains.
    La publicité, en surfant sur la diversité, contribue aussi à la présenter comme une normalité heureuse : c’est l’équivalent commercial de « l’immigration est une chance pour la France ». Elle met ainsi toujours en scène des familles métissées évidemment heureuses et joviales.
    Elle produit donc une dissonance cognitive majeure avec la population, qui subit de plein fouet les conséquences de la mondialisation économique et de l’idéologie libre-échangiste : désindustrialisation, précarité, chômage, baisse de statut social, baisse de revenus, sans parler du taux de divorce ou de la consommation d’antidépresseurs et des victimes de l’insécurité, etc.
    Mais c’est justement cette dissonance cognitive qui produit le résultat escompté : pousser à l’achat compulsif.
     La création de la frustration comme ressort de la consommation repose, bien sûr, aussi sur l’analyse des différents besoins humains selon la pyramide de Maslow : besoins physiologiques, de sécurité, d’appartenance, d’estime de soi, d’accomplissement. Exemples :
    - le désir de reconnaissance mimétique : en possédant ce produit je serai (beau, riche, heureux, souriant, aimé et admiré) comme les personnages du spot publicitaire. Ce levier est aussi à l’origine des phénomènes de mode : il faut acheter du nouveau pour « rester dans le coup » et faire comme tout le monde (« A quoi allez-vous ressembler cet été ? », publicité La Redoute de juin 2013) ;
    - ou, au contraire, le désir de se distinguer (vecteur de la publicité des produits de luxe notamment) ou de puissance (posséder une machine puissante et rapide, les « sports extrêmes »), mais qui est un levier plus restreint (mais économiquement très rentable dans le secteur du luxe) ;
    - l’appétit sexuel (de jolies filles sont associées à la promotion des voitures, donc, si j’achète cette voiture je serai un séducteur à mon tour) ; voir aussi l’association des déodorants masculins (ex. Rexona) à des images d’hommes virils, comme des joueurs de rugby (si j’utilise ce déodorant je serai viril : ce qui est un comble puisque le déodorant était plutôt un produit de beauté féminin à l’origine).
    Sur ce plan la publicité est donc démagogique par construction ; elle s’efforce de capitaliser sur certains mauvais penchants humains, qui sont autant de ressorts de l’idéologie dominante (comme l’envie est un puissant ressort de l’égalitarisme) pour nous faire croire que la solution au mal-être occidental réside dans l’acte d’achat.
    E.3. La publicité met en scène l’idéologie dominante sur un mode ludique
    La publicité est beaucoup plus ludique que les médias ou la classe politique. La publicité est donc une désinformation et une rééducation ludique. Comme vecteur idéologique, un spot publicitaire sera toujours plus drôle et donc plus séduisant que David Pujadas au Journal de 20 heures !
    La publicité nous présente ainsi l’idéologie dominante sous un jour attrayant (cool), ce qui est précieux au moment même où la coupure entre le peuple autochtone et l’oligarchie ne cesse de s’approfondir. C’est d’autant plus précieux que l’idéologie dominante prétend faire violence à la société. La publicité est d’autant plus dangereuse qu’elle se veut une coercition séduisante. Et même si elle instille la frustration elle remplit toujours son office, qui est de pousser à l’achat compulsif.
    Il est donc difficile de lutter contre l’idéologie publicitaire dans le cadre du système économique mondialisé actuel, puisque son efficacité se nourrit justement du décalage entre le monde virtuel et le monde réel.
    Quelques exemples de cette présentation cool d’une idéologie dure :
    1)   la valorisation du mode de vie américain, c’est-à-dire la tendance la plus ancienne de la publicité (très nombreuses références visuelles à l’Amérique dans les publicités ; voir notamment le drapeau américain très largement utilisé, et dans une moindre mesure le drapeau anglais) comme image symbolique de la société mondialisée (melting pot). Se rattache à cette tendance l’utilisation de mots ou d’expressions en langue anglaise/américaine (ex. publicité Renault : « Découvrez le concept-car Initiale Paris au salon de Francfort, participez au jeu French Touch et réservez vos places pour les World Series by Renault »). Voir aussi l’omniprésence de la musique anglo-saxonne dans les spots publicitaires.
    Voir aussi la promotion d’un style relax, cool, censé être celui des Etats-Unis (voir, par exemple, le slogan de McDonald’s : « Venez comme vous êtes ») par opposition aux contraintes rances de la Vieille Europe.
    2)  La promotion du communautarisme : en particulier vis-à-vis de la clientèle musulmane qui est effectivement en croissance numérique. Par exemple, cette année, Yoplait a offert le calendrier du mois de ramadan qui n’est rien d’autre que le calendrier des horaires des cinq prières quotidiennes et obligatoires que doit observer tout musulman.
    On n’oubliera pas non plus le développement des publicités spécifiques aux populations d’origine africaine ou antillaise (pub dite « ethnique » en novlangue).
    Il ne faut pas oublier que les modes de consommation sont aussi un vecteur identitaire, en particulier les modes vestimentaires qui sont visibles par essence. Notamment parce que les marques ont consciemment investi le champ identitaire. L’orientation publicitaire sur le style adolescent/cool a d’ailleurs un positionnement afro-américain à l’origine, puis est devenue le signe de reconnaissance de la culture des « banlieues » : en fait la chasse au style cool a été une chasse commerciale au « black » au début (cette clientèle achetant des produits de marque chers pour affirmer son statut social).
    D’où la promotion d’un look masculin black des ghettos et banlieues mais pas uniquement. Ainsi la médiatisation de la mort de Clément Méric a permis de mettre en lumière que certaines marques de vêtements (Fred Perry, Ben Sherman, Londsdale) étaient signe d’appartenance pour des mouvements extrémistes de gauche ou droite ou bien skinhead !
    Les messages publicitaires répétés ont ainsi contribué à l’émergence d’une identité jeune internationale (portrait-robot du « jeune » : jeans, sweatshirt avec logos sportifs ou chemise ouverte, casquette à l’endroit ou non, chaussures de sport de marque non lacées, sac à dos, coca-cola, consommation de sucreries, portable, écouteurs [à la différence des années 1960/1970 on ne joue plus de la guitare : on écoute de la musique fabriquée et donc vendue]).
    3)  la modification de l’image de l’homme et de la femme :
    - la promotion du travail féminin et la dévalorisation de la femme au foyer (la « femme active » par opposition à la féminité-maternité ou à la femme objet, cible des féministes), l’émaciation comme idéal de beauté (voir TV Lobotomie) ;
    - la mise en scène des pères avec moins d’image d’autorité et plus de fragilité (par exemple un père maladroit, ce qui permet de mettre l’accent sur la facilité d’utilisation d’un produit). L’agence V Omnicum classe ainsi l’image des pères dans la publicité (cf. Les Echos du 11 juin 2012) :
    -père complice (Ikéa, McDonald’s, Volkswagen…) ;-papa gamin (Renault Shop, magasins Buts, Herta…) ;
    -papa moderne (Canalsat, Renault Scenic…) ;
    -papa protecteur (Société Générale…) ;
    -papa modèle : limité au luxe (ex. Azzaro) ;
    -papa conservateur (Crédit Mutuel…).
    Ces deux dernières catégories sont en diminution dans la représentation publicitaire.
    Voir aussi les catalogues de jouets « dégenrés » : les petits garçons jouent à la poupée, comme dans le catalogue de Noël 2012 des magasins U ou de La Grande Récré (LeMonde.fr du 14/12/2012). On notera que les catalogues de jouets ont fait l’objet d’une attention particulière de la part des associations féministes depuis des années (LeFigaro.fr du 5/11/2012), ce qui tend à montrer que cette évolution publicitaire n’est pas spontanée et ne répond pas à la demande des parents comme le prétendent ces magasins.
    Voir aussi la nouvelle figure de la masculinité dans la publicité (l’homme sans cravate et mal rasé nouvel archétype masculin dans la publicité, sauf chez Armani !).
    4)  la déconstruction /provocation des valeurs morales traditionnelles. C’est un genre risqué (ex. Benetton) mais toujours tentant car il constitue une excellente « accroche ». La publicité de Benetton mise en scène par le photographe Oliviero Toscani est intéressante car c’est une des premières à ne pas parler des produits, mais seulement à promouvoir une marque pour elle-même, dans un style provoquant (mère noire allaitant un bébé blanc en 1989, prêtre et none s’embrassant en 1992, séropositif sur son lit de mort en forme de pietà 1992, tatouage HIV Positive sur des corps nus en 1993, etc.). A noter que ce style provocateur a fini par se retourner contre la marque (notamment en se mettant à dos les associations de défense des malades du sida) ; voir aussi la campagne d’affichage dans le métro du site Internet Gleeden, « premier site de rencontres extra-conjugales » en 2011.
    E.4. Comme désinformation cool, la publicité peut même se permettre d’anticiper sur l’idéologie ou du moins sa mise en pratique sociale. Car la publicité ne reflète pas la société : elle sert au contraire à la formater.
    Mercedes Erra, présidente de l’agence de publicité BETC Euro-RSCG, déclarait que « les publicitaires testent auprès des femmes la représentation qu’elles ont d’elles-mêmes … La publicité montre les aspirations des femmes et non la réalité de leur vie » (LeFigaro.fr du 29/2/2008). La publicité diffuse donc un modèle auquel les consommateurs sont incités à adhérer : elle sert alors à formater les consommateurs plutôt que de traduire leurs attentes. Comme il se trouve que ce modèle de consommation renvoie aux non-valeurs de l’idéologie dominante, celle-ci se trouve amplifiée en retour.
    - On l’a vu par exemple avec la promotion du créneau homosexuel dans la publicité (cf. publicité Diesel représentant deux marins s’embrassant, publicité Renault mettant en scène un mariage homosexuel, le positionnement de Nike en faveur des athlètes faisant leur coming out : ex. « Nous admirons le courage de Jason Collins et nous sommes fiers qu’il soit un athlète Nike », ce qui permet de capitaliser une image de tolérance car « un joueur gay est une mine d’or marketing », selon Mark Cuban, propriétaire de l’équipe de basket des Mavericks de Dallas (LeFigaro.fr du 30 avril 2013). Voir aussi la publicité Eram (« Comme disent mes deux mamans, la famille c’est sacré » : publicité de 2011, donc bien avant la loi Taubira…) ; publicité de McDonald’s de 2010 conçue par BETC Euro-RSCG ; campagne de Thalys de 2013.
    Il ne faut pas oublier que le ciblage du milieu homosexuel est porteur, ce type de population n’étant pas désargenté. En clair, dans ce domaine la publicité a joué un rôle précurseur en contribuant à normaliser l’homosexualité, anticipant les évolutions législatives.
    - Il en va de même avec la promotion du métissage qui est encore plus ancienne et qui a été lancée bien avant la mise en œuvre du grand remplacement des peuples européens (promotion des couples mixtes, des femmes de couleur, des enfants métis – cf. publicités Orange), de « l’antiracisme » (ex. J.-P. Goude qui déclarait, lors du Bicentenaire de la Révolution de 1789 : « Moi je célèbre la révolution des temps modernes, c’est-à-dire le métissage des genres. La vraie révolution c’est la naissance d’une sonorité mondiale, synthèse plus ou moins bâtarde des rythmes africains » – Identité n° 4, novembre/décembre 1989).
    Car la publicité suppose le découpage de la population en autant de créneaux et segments (ex. segments ethniques) : cf. publicité Baby Life présentant un enfant noir avec des ailes d’ange à côté d’un enfant blanc avec des cornes ; publicité Orangina reposant sur la lambada, spot de la publicité de la CX GTI Turbo Citroën avec Grace Jones (publicité J.-P. Goude), publicité Dry de Schweppes de l’agence FCB célébrant « la boisson tropicale et urbaine de l’adolescence émancipée » (Identité n° 4, novembre/décembre 1989) ; « le 100% pur jus du consommateur nomade », publicité du jus de fruit Tropicana.
     * * *
    Conclusion
    La publicité occupe une place centrale dans le Système occidental contemporain à la fois parce qu’elle est :
    -un instrument de survie du régime économique consumériste ;
    -un levier de diffusion de l’idéologie dominante ;
    -un instrument de formatage de la population ;
    -un moyen de domestication des médias.
    La publicité est trompeuse car, sous le discours et l’image de la diversité cool et branchée et de la mondialisation heureuse, c’est une logique de consolidation économique mondiale qui règne en dessous : ex. la domination croissante des grandes chaînes qui éliminent le commerce indépendant (« tueurs par catégories ») ; la limitation des choix réels (ex. l’élimination des opinions « contraires aux valeurs » de la marque) ; la privatisation des espaces publics ; la délocalisation de la production (et le remplacement de l’emploi industriel par de l’emploi commercial précaire ou intérimaire : le Macjob) ; la fin programmée des magasins multimarques et, au contraire, la prolifération des magasins dédiés à une seule marque ; le formatage des médias (clause de non-dénigrement ou, au contraire, de valorisation) ; la mise au pas des critiques au travers d’une approche offensive du droit d’auteur et du droit des marques.
    La publicité est donc la technique qui sert aujourd’hui en Occident à présenter sous un jour sympathique les intérêts égoïstes de l’oligarchie marchande et financière à ceux qui en sont en réalité les victimes. C’est pourquoi elle est une composante essentielle du système post-démocratique occidental.
    Se libérer de l’emprise publicitaire, qui est de nature totalitaire, est donc aussi nécessaire que de se libérer de l’emprise médiatique. Il est d’ailleurs curieux que l’on tolère les techniques d’ahurisssement publicitaire (en particulier le ciblage des enfants et l’espionnage des communications Internet) alors que, si elles étaient appliquées à des fins politiques, on crierait à la dictature et au Big Brother !
    C’est d’ailleurs pourquoi la défiance à son égard progresse à mesure de l’emprise publicitaire.
    L’étude Publicité et Société de TNS-Sofres parue en octobre 2012 (La Correspondance de la presse du 10 octobre 2012) montre ainsi que 76% des personnes interrogées jugeraient la publicité « envahissante », ou que 65% estiment que la publicité n’incite pas les gens à être plus responsables dans leur vie quotidienne. La même étude réalisée en 2011 montrait que 69% des personnes interrogées déclaraient croire de moins en moins à ce que disent les marques (Les Echos du 3/10/2011).
    Selon l’étude Adyoulike/IFOP, 90% des Français trouvent la publicité sur Internet omniprésente, 84% chronophage et 80% intrusive (La Correspondance de la presse du 1er juillet 2013). Selon la même étude, 85% des personnes interrogées refuseraient que leurs données Internet personnelles soient utilisées à des fins publicitaires.
    Selon un sondage de TNS-Sofres/Australie, il y aurait aujourd’hui trois fois plus de publiphobes (37%) que de publiphiles (Le Monde du 28/9/2011).
    Il y a donc plus que jamais besoin d’une réinformation publicitaire également, en particulier pour se désintoxiquer du processus d’obsolescence psychologique qu’elle génère artificiellement.
     Michel Geoffroy,6e Journée de la réinformation, 26/10/2013
    http://www.polemia.com/polemia-6e-journee-de-la-reinformation-la-publicite-element-cle-de-lideologie-dominante-55/