D) La publicité, une propagande intrusive au service du système économique
La publicité fait office de caisse de résonnance de l’idéologie dominante.
D.1. Car la suggestion publicitaire est, avec le crédit à la consommation, un élément essentiel du système capitaliste contemporain.
Le ressort de ce système capitaliste est la fuite en avant dans la consommation et l’inversion des relations entre la consommation et la production : c’est la production qui dirige la consommation et non l’inverse.
Cette fonction de la publicité a aussi été la première théorisée aux Etats-Unis dans les années 1940 et 1950 (acheter c’était soutenir le système capitaliste et empêcher le développement du communisme ; « Nos emplettes sont nos emplois », slogan des chambres de commerce françaises de 1993 : en fait une reprise des slogans américains des années 1950).
C’est notamment pourquoi la répression judiciaire des mouvements anti-pub est impitoyable en Occident comme portant atteinte aux fondements du système économique voire du système social. Le terme « publiphobe » a d’ailleurs été inventé par les publicitaires à la fin des années 1970 pour diaboliser ceux qui craignaient les abus de la publicité en France ; cette référence aux phobies pour diaboliser toute pensée critique a été promise à une riche descendance pour les mêmes raisons : diaboliser les opinions contraires (europhobie, islamophobie, homophobie, etc.).
Comme le déclarait Jack Myers pour le compte des entreprises publicitaires américaines en 1993, « en tant qu’industrie nous devons reconnaître que l’antipub est une menace qui pèse sur le capitalisme, sur la liberté de presse, sur nos formes de loisirs fondamentales et sur l’avenir de nos enfants » ! (cité par N. Klein, No Logo, page 45).
Cette formulation peut paraître excessive et très… américaine. C’est néanmoins le credo de tous les publicitaires. Voici ce qu’écrivait par exemple Marcel Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis, dans sa préface au livre célèbre de Vance Packard en 1958 : les publicitaires « façonnent un monde meilleur, à mon sens, puisque la finalité de leurs travaux est d’élever le niveau de vie des hommes ». Et il ajoutait même : « la publicité interdit la supercherie » !
D.2. L’idéologie publicitaire sert à justifier le mode de production aujourd’hui dominant en Occident.
D.2.1. L’idéologie publicitaire correspond au nouveau paradigme des entreprises mondiales qui sont le principal soutien de l’idéologie dominante.
La promotion des marques plutôt que des produits correspond au mode de production actuel : les grandes entreprises mondiales produisent de moins en moins par elles-mêmes : ce sont une ribambelle de sous-traitants mondiaux –souvent implantés en Asie – qui le font et qui produisent souvent des produits interchangeables.
Dans ce système le vainqueur économique est celui qui produit le moins directement par lui-même (pas d’usines mais des « entrepôts de main-d’œuvre »), qui possède peu, qui emploie le moins et de façon la plus « flexible » (qui se désengage au maximum du monde du travail : du fardeau de la main-d’œuvre : c’est pourquoi ces entreprises sont des « créateurs de richesses » mais plus des créateurs d’emplois) et qui vend le maximum d’images les plus convaincantes, grâce au design et à la publicité, plutôt que des produits, qui sont en réalité standardisés.
La publicité a pour fonction justement de masquer le caractère de plus en plus standardisé, voire la médiocrité, des produits qu’on nous vend.
Le branding des marques a aussi pour effet de transformer les consommateurs en autant d’annonceurs bénévoles, parfaite illustration du processus de marchandisation de l’homme. Avec la publicité de marques la population n’est pas seulement une ressource humaine, elle est aussi une ressource commerciale.
D.2.2. L’orientation de la publicité sur des messages jeunes et adolescents et le style cool, d’une part, et sur la « diversité », d’autre part, qui sont les deux caractéristiques principales des messages publicitaires actuels, date des années 1980. Cette orientation correspond avant tout à l’ouverture des marchés mondiaux et à la stratégie des grandes entreprises pour s’y adapter :
• En effet, la majorité de la population mondiale est désormais composée d’adolescents (sauf chez les Européens de souche) : le créneau adolescents correspond donc au plus gros segment de clientèle mondial potentiel. En outre, il est le plus ouvert aux messages publicitaires véhiculés par les médias et au premier chef la télévision, et à la promotion du style de vie qui les accompagne. Dans la plupart des cultures les familles se sacrifient pour les jeunes. Gagner les jeunes revient donc à entraîner les familles dans des habitudes de consommation.
La cible « jeune » s’est donc imposée dans la publicité.
• La promotion de la « diversité » est aussi le créneau commercial le plus rentable pour une entreprise mondialisée. Les stratégies commerciales mondiales ont en effet évolué dans le temps au fur et à mesure de l’ouverture des marchés :
- d’abord la promotion d’un style unique : en fait, le style de vie américain : le Mac Monde. Mais cette stratégie trouve ses limites (ex. réactions contre le « coca-colonialisme », contre le cow-boy faisant la publicité des cigarettes Marlboro : le Marlboro man) ;
- ensuite la tentative d’adapter les produits à chaque segment national ou culturel (tenté par McDonald’s), mais cette stratégie est coûteuse ;
- la meilleure stratégie consiste à promouvoir dès le début des produits adaptés à tous les consommateurs potentiels des différents marchés en même temps ; c’est ce qui explique le positionnement croissant du branding sur la diversité (la promotion du « pour tous »), comme en témoigne par exemple la campagne de McDonald’s « Venez comme vous êtes » (ce qui signifie que le produit est adapté à tous et que la marque ne porte aucun jugement sur le consommateur : elle accepte tous les clients).
Un positionnement identique a d’ailleurs été adopté par les blockbusters cinématographiques américains pour les mêmes raisons : les films sont conçus pour pouvoir être vendus sur tous les continents ; ils ne comportent donc aucun « stéréotype » susceptible de heurter le public, quels que soient sa culture, son ethnie ou sa religion. Ce sont donc en général des intrigues simplifiées au maximum dont la pauvreté est compensée par une profusion d’effets spéciaux spectaculaires, comme l’illustre la saga Guerre des Etoiles. La publicité fait de même : les effets spéciaux publicitaires masquent la pauvreté intrinsèque des produits (et notamment leur obsolescence rapide ou leur faible différenciation d’avec la concurrence).
• Enfin la « diversité » ethnique, religieuse ou sexuelle correspond à l’état réel du marché dans les pays occidentaux, compte tenu de l’évolution démographique différentielle, de l’immigration de peuplement, de la révolution des mœurs et de l’implosion individualiste des communautés autochtones.
Comme le déclarait le styliste J.-P. Goude, « quand je suis parti de France pour les Etats-Unis, tous les jeunes étaient blancs. Quand je suis revenu, j’ai vu tous ces groupes ethniques qui avaient émergé … Je quittais un pays grisâtre, je l’ai retrouvé de toutes les couleurs » (Le Monde du 11/2/2012). Donc la diversité devient un marché !
Le styliste Kenzo se présente comme « célébrant le multiculturalisme » avec des lignes inspirées de la diversité de la rue (Le Monde du 4 juin 2013). Car dans les sociétés occidentales implosées il y a de plus en plus de minorités conscientes de leur identité, qui constituent autant de segments de clientèle à prendre en compte.
Ainsi selon l’analyse de Yankelovich Partners, cabinet américain de recherche sur la consommation (Rocking the Ages, 1997, cité par N. Klein, No Logo, page 183), le définisseur idéologique des générations a évolué dans le temps :
– les baby boomers étaient marqués par « l’individualité » ;
– leurs parents par « le devoir » ;
– la génération X par « la diversité » : « La diversité est le fait dominant de la génération X, le centre de la perspective qu’elle apporte au marché » (cité par N. Klein, op. cit., page 184).
Selon d’autres études, la génération Y (née entre 1978 et 1994) se situerait dans l’immédiateté et le « tout tout de suite » et serait « très émotionnelle » : assurément d’intéressantes dispositions pour les promoteurs de l’achat compulsif ! (Les Echos du 25 janvier 2013).
D.3. La publicité veille à créer un environnement psychologique favorable aux intérêts de ses commanditaires, c’est-à-dire les grandes entreprises mondialisées.
D.3.1. Les grandes entreprises de « marques », qui sont souvent transnationales, ont en effet intérêt à diffuser un environnement intellectuel conforme, donc une idéologie de nature « libérale » favorable à réduire les entraves pesant sur les grandes entreprises et la circulation de l’argent, défavorable aux valeurs traditionnelles et d’autorité, hostile à l’Etat et à ses symboles, encourageant l’individualisme, etc. Nike a ainsi repris comme logo « Just do it », c’est-à-dire le slogan des révoltes étudiantes américaines des années 1960 (do it), puisque l’idéologie actuelle est un mixte d’individualisme libertaire et de néo-capitalisme : la publicité transforme le « Jouissons sans entraves » des hippies en « Consommons sans retenue ».
De même l’idéologie des droits de l’homme favorise le commerce ; c’est pourquoi les entreprises mondialisées sont favorables à cette idéologie ainsi qu’à la promotion du libre-échange (l’abolition des frontières nationales comme levier pour diminuer les entraves au commerce mondial et aux délocalisations). Après les attentats du 11 septembre le (libre) commerce a aussi été présenté comme un moyen de combattre le terrorisme en diffusant les valeurs de liberté individuelle.
D.3.2. Comment la publicité s’y prend-elle pour créer cet environnement favorable ?
Parce que la publicité et les médias doivent diffuser des messages similaires ou non contradictoires en direction de l’opinion. Le formatage sera d’autant plus efficient, en effet, qu’il n’y aura pas de dissonance cognitive entre ces différents vecteurs de manipulation.
Il est intéressant de relever sur ce plan que V. Packard affirmait que les publicitaires s’efforcent de réaliser le groupthink (penser en groupe) qu’avait prophétisé Orwell : ils fabriquent du consensus et de la grégarité « aussi bien pour favoriser l’acceptation des produits que pour créer un état d’esprit favorable à l’égard des compagnies qui les fabriquent », pour reprendre les termes d’un manuel de public-relations publié par E.L. Bernays (Public Relations, page 197).
Concrètement cela implique que les annonceurs publicitaires aient aussi des exigences sur le contenu des médias supports (cf. No logo, de Naomi Klein, qui cite des cas où les annonceurs exigent que les publicités n’avoisinent pas des articles au contenu jugé indésirable pour la marque ou les clauses de « non-dénigrement » de la marque qui s’imposent aux sponsorisés ; voir aussi les magasins qui cherchent à éliminer les contenus et produits « contraires aux valeurs de la marque »). C’est d’autant plus facile qu’ils sont devenus des poids lourds économiques et médiatiques.
Cette approche n’est pas théorique, comme l’illustre l’affaire du prix du musée de l’Elysée suisse-Lacoste en 2011, la marque ayant été accusée d’avoir demandé le retrait d’une finaliste palestinienne Larissa Sanssour, au motif que le thème de son œuvre était « trop propalestinien » (Le Monde du 26/12/11). Voir aussi le rappeur Akhenaton expliquant que « les radios de France ne jouent pas de rap parce que leurs annonceurs publicitaires ne le veulent pas … Dès qu’une radio passe du rap les annonceurs ne veulent plus payer les mêmes sommes », car l’image commerciale des banlieues n’est pas bonne (Le Monde du 27 septembre 2013).
A contrario, les annonceurs souhaitent encourager des analyses favorables portant sur des productions d’autres composantes de la marque ou du conglomérat. De même le « climat » instauré par l’information ne doit pas être défavorable à la perfusion publicitaire. Cela explique que les agences de publicité aient tendance à fuir les médias diffusant des messages « politiquement incorrects ».
D.3.3. Donc si la publicité use parfois de formules choquantes pour attirer l’attention des consommateurs dans un monde saturé d’images (ex. Benetton), elle ne véhicule quasiment jamais de messages politiquement incorrects par rapport à l’idéologie dominante. La vigilance politiquement correcte fait que même l’humour au second degré n’est pas toléré dès que l’idéologie dominante est en cause, alors que la dérision est souvent utilisée comme accroche publicitaire (comme le montre l’affaire de la campagne publicitaire de la mutuelle étudiante Smerep, fustigée par le Jury de déontologie publicitaire suite à une dénonciation des Chiennes de garde – LeFigaro.fr du 23 septembre 2013 ; voir aussi le début de campagne contre la publicité Aoste pour le jambon, jugée trop franchouillarde – Le Nouvel Observateur du 12 septembre 2013).
Et quand il y a de la publicité vraiment politiquement incorrecte elle est sanctionnée : ex. l’affiche du FN « Immigration : ouvrez les yeux » ; certaines campagnes de Benetton mettant en images des malades du sida ; la publicité « pro-vie » de la Fondation Jérôme Lejeune dans Le Nouvel Observateur condamnée en février 2013 pour avoir présenté l’image d’un embryon in utero.
D.3.4. La publicité reflète avant tout l’image d’un monde transformé par les grandes entreprises mondialisées et conforme à leurs intérêts.
Elle n’hésite pas à donner un vernis idéologique à ses messages, transformant ainsi des intérêts économiques en autant de « valeurs » (exemple « Nike a toujours eu le sentiment que les sports ne doivent pas avoir de frontières » : une autre façon de dire que Nike veut vendre ses produits au monde entier ! cité par N. Klein, No Logo, page 100).
Il se passe la même chose avec le discours écologique des distributeurs et des commerçants : l’écologie (« sauver la planète ») est un prétexte à la réduction des coûts (ex. l’emballage, le conditionnement) mais pas des prix ! Mais il contribue en retour à propager l’écologisme.
Comme déclarait le publicitaire Oliviero Toscani (Benetton), « La publicité est faite pour être le support des grands débats de société » (Les Echos du 5/8/2010) : en clair, véhiculer un message destiné à changer la société. Car la publicité est au service d’un système économique qui a vocation à changer le monde (et notamment à détruire tous les obstacles à la libre circulation du commerce et de l’argent).
Michel Geoffroy, 6e Journée de la réinformation, 26/10/2013
http://www.polemia.com/polemia-6e-journee-de-la-reinformation-la-publicite-element-cle-de-lideologie-dominante-45/
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La publicité élément clé de l’idéologie dominante (4/5)
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Espionnage américain aux dépens des ONG catholiques
Extrait d'un article du député italien Luca Volontè, traduit par Benoît-et-moi :
"Enfin, au moins en paroles, les institutions italiennes et européennes semblent secouées par la pratique anglo-américaine d'écouter des millions de conversations privées, simples citoyens et agents de l'Etat, sans en donner de raisons ni, pour le moment, avoir fourni la moindre garantie de destruction d'une telle documentation. [...]
Certainement, je l'affirme explicitement, il y a des organisations no-profit ouvertement écoutées, dont les mails et les actions stratégiques (bien qu'absolument légitimes et conformes aux lois internes et internationales) ont été "monitorés" et ont fourni des éléments utiles pour d'autres ONG et lobbies systématiquement liés au Département d'Etat US. On ne pourrait pas expliquer sinon l'espionnage découvert aux dépens de la Manif pour tous, en France, sur laquelle des enquêtes sont ouvertes après la dénonciation de l'organisation. Je ne suis ni "complotiste", ni naïf, je pense à plus forte raison que cette honteuse parenthèse de l'administration Obama jette une tache sur la glorieuse tradition américaine. Elle reste une ignoble parenthèse, qui doit être clarifiée dans tous ses détails, et pour tous les interceptés.
Je ne suis pas loin de la réalité, je pense même en être très près, quand j'affirme qu'est en cours, en pleine cohérence avec le mandat d'Obama aux nouveaux ambassadeurs US, de promouvoir ouvertement les politiques Gender et LGBT dans tous les pays, un usage impropre des interceptions au détriment des organisations pro life et pro family internationaux, spécialement en Europe, et dans quelques pays européens.
Comment lire en effet la récente et inquiétante visite, apparemment à l'improviste, de la “Acting Assistant Secretary” du département d'état US, Mrs Uzra Zeya, non seulement à la conférence européenne de l'ILGA (organisation pro LGBT) mais surtout en Croatie où, souligne un communiqué de la Maison Blanche, elle a participé à des rencontres privées avec des dirigeants les mouvements gay et LGBT, et les Ministres des gouvernements en charge? Nous ne saurons jamais les contenus, mais nous pouvons réfléchir sur plusieurs faits:
- après l'incroyable récolte de signatures des associations pro-famille croates pour insérer, par référendum, les mots "homme et femme" dans la constitution (barrant la route au mariage gay) , le gouvernement croate fait tout pour retarder et éviter le référendum.
- le principal mandat des nouveaux ambassadeurs US dans le monde, à leurs propres dires, est de promouvoir des politiques pro-LGBT.
- les données relatives aux grandes oreilles d'Obama sont aux mains et à la disposition de l'administration US. [...]" -
QUATAR: LA FACE CACHEE 24/10/13
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40 Days for Life : 369 bébés sauvés de l’avortement
En seulement 32 jours de prière et d'action.
Lien permanent Catégories : actualité, avortement et euthanasie, international, tradition 0 commentaire -
La publicité élément clé de l’idéologie dominante (2/5)
B) La « société de l’information », société de l’intrusion publicitaire
B.1. La publicité est dans une relation symbiotique avec les médias
B.1.1. La publicité ne pourrait pas se passer aujourd’hui du système médiatique et réciproquement.
Il y a une osmose entre les deux domaines (des affiches de film ressemblent à des publicités, des films servent à faire la publicité des produits (cf. le film Diana et les marques de luxe : « Les marques sont d’autant plus intéressées que Diana a eu de vrais liens avec elles. Et son image est non seulement glamour mais également associée aux actions caritatives », Paul Morizet, directeur mode et luxe de Corbis Entertainment, Les Echos du 1/10/2013. Voir aussi la publicité La Légende de Shalimar pour un parfum de Guerlain ; des acteurs de cinéma ou des vedettes du sport et des médias jouent ou posent pour des publicités : ex. la campagne « What else ? » de G. Clooney pour Nespresso ; la publicité, comme les médias, utilise la transmission de mots, d’images et de sons comme vecteurs).
Significativement c’est en 1934, en réaction contre l’interdiction de la publicité à la radio, que M. Bleustein-Blanchet, fondateur de Publicis, créait ainsi sa propre radio, Radio-Cité (La Correspondance de la presse du 29 juillet 2013) illustrant l’alliance durable entre médias et publicité.
B.1.2. Les ressources publicitaires font vivre les médias (cf. Ils ont acheté la presse, Picollec, 2013) ou au contraire les font mourir (ex. la mise au pas du Figaro Magazine dans les années 1980, la mise à mort de Médias en 2011) ; une grille de programmes ne peut désormais être pensée qu’en fonction de la manne publicitaire escomptée. La course à l’audience au sein des médias est en réalité une course aux recettes publicitaires. De fait les agences publicitaires sont devenues des poids lourds médiatiques (ex. Publicis) et aussi économiques.
B.1.3. Les médias vendent en échange du « temps de cerveau disponible » au bénéfice des messages publicitaires : en fait ils vendent les lecteurs/spectateurs aux annonceurs et non pas l’inverse.
L’étude de TFI-TNS Worldpanel Mediaway parue en 2010 montre, par exemple, que les campagnes de publicité télévisée ont fait progresser de 15% la part de marchés des marques auprès des personnes qui y étaient exposées ; de même 58% des campagnes télévisées génèrent des progressions de parts de marché en volume, sur la période 2007/2009 ; et 58% des personnes interrogées estiment que la publicité télévisée « rend les marques plus proches d’elles » (Les Echos du 14 mai 2010).
« Vu à la télé » : une accroche publicitaire symbolique de la symbiose médias/pub !
B.1.4. Le style publicitaire et le style de l’information médiatique se ressemblent beaucoup (pauvreté du vocabulaire, accent mis sur la sensibilité [images] aux dépens de la réflexion, préférence pour la nouveauté comme l’illustre le double sens du mot « nouvelles » ou « new(s) », etc.).
B.1.5. Les commanditaires des campagnes publicitaires sont les mêmes que ceux qui possèdent les médias : l’oligarchie financière et de grandes entreprises mondiales. Médias et publicitaires ont de fait les mêmes patrons ou les mêmes clients et la même cible : la population est donc en réalité un temps publicitaire et inversement
On rappellera que la moitié du temps libre serait passée devant un écran, selon l’enquête INSEE « Emploi du temps » (Le Monde du 10/11/2011). Selon l’enquête de Médiamétrie (Media in life), les Français déclaraient avoir 40 contacts avec les médias par jour en 2009 (Le Monde du 5/3/2010), 41 contacts en 2011 (Le Monde du 2/3/2011) et 42,5 en 2012 (La Correspondance de la presse du 15 mars 2013) ; 75% des personnes interrogées consultent au moins 3 médias par jour (La Correspondance de la presse du 15 mars 2013).
Ce qui signifie que le temps d’exposition publicitaire suit la même progression.
La pression publicitaire journalière (nombre de messages publicitaires présents dans l’environnement et pas uniquement dans les médias) serait estimée de 500 à 2000 en environnement urbain (voir site etopia.be) avec un taux d’attribution moyen de 60% (phénomène par lequel des personnes exposées déclarent reconnaître le message qui leur est montré et qui sont capables de citer sans erreur l’annonceur correspondant au message publicitaire).B.2. Le temps médiatique
B.2.1. Personne n’est donc à l’abri de l’emprise publicitaire en Occident de nos jours, ni dans le temps ni dans l’espace, ni les enfants ni les adultes ni les vieux. Le bombardement de messages publicitaires est permanent et de nature totalitaire.
• Les enfants et les adolescents constituent en particulier une cible publicitaire majeure.
Cela est vrai depuis les débuts de la publicité. V. Packard cite une vedette de la télévision américaine qui déclarait en 1956 : « Je ne dis pas que l’on doive forcer les enfants pour qu’ils harcèlent leurs parents afin qu’ils achètent des produits vantés à la télévision, mais je ne peux nier qu’on agit tous les jours en ce sens » (op. cit., page 151). Cinquante ans après, l’explosion des moyens de communication n’a fait que renforcer le phénomène.
On estime aujourd’hui qu’à 18 ans un jeune décide au sein de la famille de 90% des achats le concernant directement, de 73% des achats de ses petits frères et sœurs, de 65% des achats de la famille et de 48% des achats des parents pour eux-mêmes (Eléments, hiver 2004-2005).
La présence d’enfants encourage en outre l’équipement numérique des ménages, selon l’étude du ministère de la Culture sur « Les ménages et les technologies de l’information et de la communication en France et en Europe en 2012 » (La Correspondance de la presse du 31 mai 2013). Enfin, le poids économique des adolescents augmente avec leurs ressources (argent de poche, petits jobs). Les enfants et les jeunes sont donc un fort enjeu de publicité.
On rappellera qu’au début de l’année le bureau américain chargé de la protection des consommateurs (Federal Trade Commission) a alerté sur le fait que les boutiques en ligne d’Apple et de Google et les applications pour appareils portables pour enfants collectaient des informations privées et les partageaient souvent avec des développeurs et des commerciaux, permettant d’envoyer des publicités personnalisées (La Correspondance de la presse du 3 janvier 2013). L’étude Kids TV Report citée plus haut montre aussi que les géants du Web proposent tous désormais des programmes TV jeunesse (Amazon, Hulu, Itunes ou Samsung, par exemple) dans une logique de fidélisation commerciale (La Correspondance de la presse du 12 septembre 2013).
Dans son ouvrage Born to Buy (2005), l’Américaine Juliet Schor affirme que l’enfant moyen regarde par an plus de 40.000 messages commerciaux (soit plus de 100 par jour !) sans compter les publicités se glissant dans les films, les jeux vidéo et l’Internet. On rappellera à cet égard qu’en 2010 55% des enfants de 11 à 13 ans possédaient un compte Facebook, selon le baromètre Calysto (Le Monde du 26 avril 2011).
• Les femmes de la classe moyenne ont aussi été une cible publicitaire majeure et ancienne, dans la mesure où les études montraient qu’elles décidaient une part importante des dépenses des familles.
• Les seniors deviennent aussi une cible, pour la promotion de la « silver economy ». Bref toute la population !
• Les espaces « sans publicité » vont en outre en se réduisant car on assiste dans le même temps à un phénomène de privatisation de l’espace public (sponsoring, privatisation et sous-traitance des services publics ; voir la transformation de la Gare St-Lazare en centre commercial, etc.) qui s’accélère depuis la fin du XXe siècle.
La publicité a par exemple aussi conquis, sinon créé, le sport contemporain. Comme le déclarait significativement le directeur d’Imalis : « Pour nous la coupe du monde [de football] est un levier. C’est l’un des moments forts où chacun veut montrer son appartenance tribale » (Le Monde du 18 juin 2010). On pourrait même se demander si aujourd’hui le sport, devenu « spectacle sportif », et la publicité n’ont pas fusionné en Occident (non seulement le sponsoring ; ex. la mode du jogging a aussi été encouragée par les vendeurs d’équipements et par le cinéma américain, alors que ses vertus réelles sont douteuses).
En conclusion, la publicité c’est la même chose que les médias, mais dit autrement.
Or ces espaces commerciaux ne sont plus des espaces publics, des forums où l’on peut par exemple manifester (les manifestants politiques sont interdits de centre commercial au motif qu’il s’agit d’un espace privé). Non seulement la publicité envahit tout mais elle neutralise tout.
Le nombre d’espaces où seule la publicité commerciale est autorisée progresse. La publicité moderne a pour caractéristique, en effet, d’envahir l’espace où elle s’introduit ou le support qu’elle utilise.
B3) Les techniques publicitaires ne se dissocient plus des techniques de communication
B.3.1. La publicité colle étroitement au développement des nouvelles technologies de communication car l’indice d’influence d’Internet serait 2 fois plus élevé que celui de la télévision et 5 à 6 fois plus fort que celui de la presse.
Les dépenses publicitaires se concentrent donc sur les médias en expansion (principalement Internet et les tablettes) et diminuent dans les médias en déclin relatif (télévision et surtout presse écrite).
A noter que les dépenses mondiales de publicité dans les nouvelles technologies s’élèveraient selon Magna Global (Mediabands) à 378 Mds € dont 23% pour les médias numériques en 2013, avec une forte croissance sur les moteurs de recherche (+14,6%), la vidéo en ligne (+21%) et les formats mobiles (+54%) (La Correspondance de la presse du 17 juin 2013). Aujourd’hui en Europe, selon l’Adex Benchmark Report (IAB Europe /IHS), Internet représenterait ¼ de la publicité (la publicité en ligne ne représentait que 10,6% encore en 2006) ; les investissements dans la publicité en ligne dépassent désormais ceux de la presse quotidienne (Les Echos du 29 août 2013).
91% des internautes sont exposés quotidiennement à la publicité diffusée sur Internet (étude Adyoulike et Ifop du 29 au 31 mai 2013 – La Correspondance de la presse du 1er juillet 2013). Selon cette étude sur Internet et la télévision, les Français seraient exposés à 70 publicités par jour sur chacun de ces supports.
B.3.2. Des techniques de plus en plus sophistiquées sont mises au service de la publicité.
On notera au préalable que la littérature est peu prolixe sur les outils aujourd’hui mis en œuvre par les agences de publicité. On attend encore le J. Assange ou l’E. Snowden des agences de publicité et de marketing ! A noter que de son temps déjà V. Packard se plaignait de l’opacité des publicitaires quant aux techniques mises en œuvre (op.cit., page 13).
Les nouvelles technologies permettent en tout cas une action d’influence ciblée, donc plus efficace, plus réactive et aussi moins coûteuse qu’une publicité à caractère général (moins chère qu’un affichage dans un grand quotidien ou un spot télévisé). C’est pourquoi les grandes marques s’en emparent avec avidité (ex. Nike cible de plus en plus sa publicité sur le web, le street marketing et les réseaux sociaux [« Running avec Nike »]).
Ces techniques permettent de passer d’une publicité « industrielle » cherchant à toucher le plus vaste public possible au moyen de supports de grande diffusion spectaculaire (presse, cinéma, affiches, télévision) à une approche beaucoup plus individualisée et « intelligente » (comme il y a des bombes intelligentes…) des cibles. C’est notamment le grand apport de la publicité sur Internet, les écrans nomades et les réseaux sociaux ; ils permettent en effet :
a)- le ciblage du profil de l’internaute puisque celui-ci laisse des traces. On estime que 40 à 50% de ces traces seraient utilisées à des fins publicitaires (cahier du Monde n° 21214 du 3 avril 2013), malgré l’interdiction de croisement des fichiers. Concernant uniquement la France, la CNIL a mené son audit sur 250 sites Internet « régulièrement fréquentés par les internautes français » au terme duquel « il apparaît que 99% d’entre eux collectent des données à caractère personnel » (LeMonde.fr du 13 août 2013). La CNIL et l’INRIA avaient déjà relevé, dans leur rapport « Mobilitics », l’utilisation des données des smartphones sous le système d’exploitation Apple à des fins publicitaires : notamment accès à Internet, géolocalisation du mobile, accès à l’identifiant unique de l’iPhone, voire accès aussi au carnet d’adresses et au calendrier de l’utilisateur, etc. (LeFigaro.fr du 11 avril 2013). A noter aussi que les cookies ne sont pas effaçables des applications mobiles…
Comme le déclare Nicolas Teisseire, associé au cabinet Roland Berger, « avec les données Internet, les publicitaires peuvent s’adresser à l’identité virtuelle de la personne » qui est plus précise que les données par CSP, par exemple, et mieux connaître le profil du client, donc lui proposer les produits qu’il est susceptible de demander (Cahier du Monde n° 21214 du 3 avril 2013).
Ces techniques permettent en outre de calculer avec grande précision le retour sur investissement des campagnes.
b)- un effet d’orchestration et de bouche à oreille, beaucoup plus efficace pour la publicité qu’un discours de marque (cf. travaux de K. Lewin déjà cités) : les ¾ des mentions d’une marque sur Internet ne seraient pas aujourd’hui le fait de la marque elle-même (Cahier du Monde n° 21214 du 3 avril 2013). De fait, ce sont les consommateurs eux-mêmes qui deviennent des agents publicitaires.
c)- une interactivité propice à la fidélisation des clients. Le directeur marketing de Proctor et Gamble affirme que la campagne interactive pour le rasoir Gillette « Fusion proglide power » (sic) a permis de « gagner de la préférence de marque, ce qui est le but de toute campagne télévisée traditionnelle ; et de faire tester notre produit : 90% des internautes qui ont été sur nos pages ont consommé » (Les Echos du 23 mai 2011) ; voir aussi la méthode « play along » qui associe à des jeux télévisés des internautes, ce qui permet de « qualifier » un public, donc de le cibler ; de même Nespresso a mobilisé les 7 millions de membres de son club pour imaginer une nouvelle campagne publicitaire avec G. Clooney (Le Monde du 7/11/2009). Bel exemple de victimes contribuant à resserrer la maille du filet publicitaire !
d)- d’une façon générale l’utilisation d’outils informatiques permet une plus grande flexibilité du support publicitaire (cf. panneaux publicitaires J.C. Decaux pour La Redoute qui présentent des vêtements différents selon… la météo ambiante grâce à des capteurs – cf. Cahier du Monde n° 21214 du 3 avril 2013). Et le suivi du consommateur est plus étroit (cas des produits en gondole qui changent de place pour se trouver sur le trajet du client dont les attentes ont été ciblées et qui a été géolocalisé, études de « eye tracking » observant le cheminement du regard du client sur un rayon de supermarché, filmage pour analyse du comportement des clients devant un étalage, la plupart du temps à leur insu). Le magazine en ligne britannique Quartz a aussi révélé la mise en place à Londres de poubelles « intelligentes » équipées de wi-fi qui absorbent les données des smartphones des passants pour leur proposer des publicités ciblées (LeFigaro.fr du 14 août 2013).
e)- enfin, les nouvelles technologies permettent de multiplier les écrans : « To be everywhere, everytime » (cf. le développement des panneaux publicitaires sous forme d’écrans). Le but est de faire que le spectateur puisse voir partout et à toute heure l’émission de son choix, donc être soumis partout à la publicité, grâce à l’informatique nomade. C’est bien la réalisation de la prédiction d’Orwell : la télévision qu’on ne peut éteindre et qui vous regarde (ce que fait Internet).
La société de l’information, tant vantée par l’oligarchie, est donc aussi une société de l’intrusion publicitaire et donc de l’emprise commerciale croissantes.
Michel Geoffroy, 6e Journée de la réinformation, 26/10/2013
http://www.polemia.com/polemia-6e-journee-de-la-reinformation-la-publicite-element-cle-de-lideologie-dominante-25/ -
Le scandale des écoutes de la NSA indigne l'UE
Les révélations sur le système d'écoute de la NSA en Europe ont bouleversé l'agenda du sommet de Bruxelles. Les dirigeants de l'Union européenne condamnent unanimement les méthodes des services secrets américains.(France 24)
C’est un sommet européen qui aura été dominé par un dossier américain. Les révélations du quotidien "Le Monde" sur le vaste système d’écoute des Européens par les États-Unis auront modifié la feuille de route de cette réunion des 28 à Bruxelles censée aborder la question de l’immigration clandestine sur le Vieux Continent.
"La méfiance s'est installée" (Angela Merkel)
Jeudi 24 octobre, à l’ouverture du sommet, c'est bel et bien l’ampleur de cette surveillance illégale américaine qui était au cœur des discussions. "L'espionnage entre amis, ça ne va pas du tout", avait averti, très en colère, Angela Merkel dès son arrivée à Bruxelles. Il faut dire que la veille, Berlin avait créée la stupeur en annonçant que le téléphone portable de la chancelière allemande pourrait avoir été mis sur écoute par les services américains.
Le président François Hollande a lui aussi tapé du poing sur la table et s’est entretenu avec Barack Obama. Et le couple franco-allemand n'est plus le seul à dénoncer ce système d'écoute : aujourd’hui, ce sont quasiment tous les 28 pays membres de l’Union européenne qui pointent du doigt les États-Unis.
L'Italie est ainsi montée au créneau. L’hebdomadaire italien "L’Espresso" doit publier vendredi 25 octobre un long article sur l’espionnage de la péninsule par les Américains mais aussi par les Britanniques. Le journal a annoncé le 24 octobre que les documents obtenus par Edward Snowden "contiennent un grand nombre d'informations sur le contrôle des télécommunications italiennes" grâce à un programme baptisé Tempora.
Le budget de l'espionnage américain
Dans un article du "Monde", Jean-Jacques Urvoas, président de la commission des lois à l'Assemblée nationale, dénonce les méthodes américaines et rappelle que "la communauté du renseignement américain bénéficie d'un budget qui avoisine les 75 milliards de dollars par an ; elle se compose de 16 services (on a tout lieu de penser qu'en réalité ils sont au nombre de 17) ; elle emploie près de 110 000 personnes et recourt à de nombreux sous-traitants. Il s'agit donc d'un rouleau compresseur."
À titre de comparaison, "en France, le budget annuel du renseignement tourne autour de 10 milliards d'euros pour 6 services. Une lutte technologique s'avérerait vaine", ajoute-t-il.
Dans la pratique, les écoutes auraient été possibles à travers les cables de la fibre optique qui transportent les mails, le trafic internet et les appels téléphoniques. À son arrivée le 24 octobre au Conseil européen à Bruxelles, le chef du gouvernement italien, Enrico Letta, a lui aussi jugé "inacceptables des actes d'espionnage de ce type".
Selon le "Guardian", 25 dirigeants de la planète sont sur écoute
Et les révélations se sont enchaînées parallèlement au sommet. Jeudi 24 octobre, le quotidien britannique "The Guardian" - qui se base sur des documents rendus publics par l'ancien consultant de la NSA Edward Snowden - a révélé que l'Agence nationale de sécurité américaine (NSA) avait également mis sur écoute 35 dirigeants de la planète. La note confidentielle sur laquelle s’appuie le journal révèle que la NSA a encouragé les hauts fonctionnaires de la Maison Blanche et du Pentagone à partager leur "carnet d’adresses" pour que la NSA puisse ajouter les numéros de téléphone des dirigeants politiques étrangers à leur système de surveillance.
Dans cette ambiance délétère, l’UE a toutefois tenté de calmer le jeu. La France et l'Allemagne ont ainsi lancé une initiative commune, soutenue par les autres Européens, pour tenter de trouver avec les États-Unis un terrain d'entente d'ici la fin de l'année sur les questions de renseignement. L'idée est de créer un groupe ouvert aux autres États membres pour trouver des règles communes sur le renseignement avec Washington. "Il y a un coup d'arrêt à porter et des clarifications à exiger", a affirmé le président français. "Nous sommes tous d'accord sur le texte, tous les 28", a déclaré de son côté Herman Von Rompuy, le président du Conseil européen.
Reste cependant à convaincre les plus réticents. Car, en réaction à cette affaire d’espionnage, certains eurodéputés veulent sanctionner les États-Unis. Plusieurs d’entre eux ont demandé la suspension de l’accord sur la transmission des données financières entre l’Europe et les États-Unis. Cet accord, surnommé Swift - du nom de l’entreprise basée en Belgique qui supervise les transferts bancaires internationaux -, prévoit un échange de données financières dans le cadre spécifique de la lutte contre le terrorisme. -
Les amazones de Bachar El Assad, femmes guerrières contre le djihad des rebelles islamistes
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Sahel : une guerre islamiste très algérienne (arch 2010)
LES otages français du Sahel - dont une vidéo censée attester qu'ils sont toujours en vie, a été diffusée le 30 septembre par Al Jezirah et aussitôt reprise par toutes les télévisions - sont des pierres qui cachent l'étendue du désert. En réalité des pays, qui furent d'anciennes colonies de Paris, sont jugés faibles par une mouvance islamique se réclamant d'Al Qaïda. Cette déstabilisation se heurte aux intérêts énergétiques de la France, notre nucléaire ayant besoin de l'uranium de cette région et donc de régimes amis. Il y a bien objectivement conflit d'intérêts.
LA CRÉATION D'UN CALIFAT DES SABLES
Le tout compliqué par des trafics et peut-être l'arrière-pensée des islamistes de créer un califat des sables leur permettant de partir à la conquête du pays d'où ils ont été partiellement chassés, l'Algérie, tout en continuant leur guerre contre le roumi haï.
Ces islamistes sont liés à l'Algérie, leur guerre au Sahel est contre les intérêts français et elle est destinée à se donner les moyens de revenir en force sur le théâtre algérien. Une sorte de guerre islamiste d'Algérie exportée au Sahel sur fond d'uranium et de participations à la lutte américaine contre la nébuleuse terroriste islamiste. La France est devenue le gendarme auxiliaire américain de cette région de l'Afrique.
Dans la nuit du 15 au 16 septembre, cinq Français dont un Antillais, un Togolais et un Malgache, collaborateurs des sociétés françaises Areva et Satom (groupe Vinci), ont été enlevés à leur domicile à Arlit, dans le nord du Niger. L'enlèvement a été par la suite revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui a précisé qu'elle ferait parvenir ultérieurement des « demandes légitimes » à la France. Le ministre français de la Défense Hervé Morin a ouvert la porte dès le jeudi 23 septembre à une forme de négociation, déclarant que la France espérait « pouvoir entrer en contact avec Al-Qaïda ». La France avait déjà privilégié, malgré des critiques, la voie de la négociation, directe ou indirecte, dans l'affaire de l'enlèvement d'un otage français au Mali, Pierre Camatte, relâché fin février par Aqmi qui avait obtenu la remise en liberté par Bamako de quatre islamistes. Mais cette stratégie n'avait pas été possible, selon les autorités françaises, pour l'ingénieur septuagénaire Michel Germaneau, dont Aqmi a annoncé l'exécution fin juillet, en représailles à un raid franco-mauritanien au Mali, au cours duquel sept djihadistes avaient été tués.
Le groupe nucléaire français Areva est au centre de la tempête des sables. Il a fini par obtenir gain de cause au Niger. Début janvier 2009, il a signé avec le gouvernement de Niamey une convention lui permettant d'exploiter le gisement d'uranium d'Imouraren, le plus grand d'Afrique et le deuxième au monde (le premier est celui de Olympic Dam en Australie).
PRISES D'OTAGE ET MENACES SONT MONNAIE COURANTE
Le Niger est incapable de garantir sa souveraineté nationale et partant d'assurer l'exploitation des gisements d'Arlit face aux coups de boutoir répétés des islamistes d'Al Qaïda au Maghreb. D'où l'appel à des sociétés de sécurité privées mais apparemment ces dernières recrutent sur place des éléments infiltrés ou peu sûrs. Des prises d'otages et des menaces en tout genre se répètent épisodiquement donc dans cette 'zone de non-droit. Certains y voient, notamment en Algérie, la main de la France et un prétexte pour intervenir plus directement.
Et revoilà la France accusée de s' immiscer dans les affaires intérieures d'un pays, le Niger, voire le Mali ou cette fois l'allié mauritanien, qui constituent stratégiquement le ventre mou d'une immense région aux ressources fabuleuses devenues également un enjeu stratégique. Les enlèvements fourniraient donc à la France le prétexte d'intervenir militairement dans cette zone et de protéger ainsi son accès aux mines d'uranium, la majorité des réacteurs nucléaires français étant alimentés par l'uranium du Niger.
Il semble bien que la nébuleuse tente de profiter de la présence énergétique française pour tenter de recruter. Mais cette nébuleuse qui a ses racines historiques en Algérie est très difficile à cerner, à évaluer et semble pour le moins divisée.
UN PERSONNAGE CLÉ : L"'ÉMIR" ABDELHAMID ABOU ZEID
Abdelhamid Abou Zeid, qui a indiqué le 22 septembre qu'il avait dirigé l'enlèvement de cinq Français la semaine précédente au Niger, est un nom cité dans toutes les affaires de rapt d'Occidentaux au Sahel depuis trois ans. Le parcours de cet "émir" de 44 ans illustre bien l'évolution de la guérilla islamiste en Algérie depuis l'arrivée au pouvoir du président Bouteflika en 1999. Natif du Sud-est algérien, frontalier de la Tunisie, connu pour sa tradition rigoriste, il a rejoint le maquis dès les premières années de l'insurrection islamiste armée en 1992. En 2000, il évolue sous les ordres d'un chef islamiste déjà fameux, Abderezak El Para, au sein du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).
Cette organisation refuse alors la concorde civile, offre de grâce amnistiante, négociée et acceptée par la principale guérilla, l'Armée islamique du salut (AIS). Son objectif resterait cependant l'Algérie. Contrairement à ce que pensent trop vite des analystes étrangers, le renforcement du GSPC dans sa zone 9, le sud de l'Algérie, ne vise pas à déstabiliser le Sahel. Il s'agit de résoudre un problème de logistique : lever de l'argent et acheminer des armes. Selon des milieux proches des services algériens, le GSPC, devenu Aqmi début 2007, « sous-traite politiquement le Sahel pour AI-Qaida ». Mais il n'a jamais abandonné son objectif de départ : installer un régime islamiste à Alger. C'est ici qu'intervient l'acteur historique de l'islamisme armé dans le Sahara algérien : Mokhtar Ben Mokhtar. Il est aussi le grand parrain de trafics en tous genres entre les pays du Sahel et l'Algérie : tabac, denrées diverses et acheminement de clandestins. Il reste puissant dans la région et son conflit ouvert avec Abou Zeid pourrait précipiter la chute de ce dernier et fausser les plans d'Aqmi.
La situation est mouvante comme les dunes. Entre fantasmes de néocolonialisme et d'islamisme radical, il est sûr que les pays concernés ont des raisons de s'inquiéter et pas seulement de la baisse des touristes. Quant à la France, la voilà à nouveau au contact d'une guerre sinon d'Algérie, du moins très algérienne.
Pierre-Patrice BELESTA. Rivarol du 8 octobre 2010Lien permanent Catégories : actualité, géopolitique, insécurité, international, religion 0 commentaire -
Près de 700 migrants secourus dans le canal de Sicile
« Le Camp des Saints » ? Nous y sommes… »
Au moins six opérations différentes de sauvetage ont permis de secourir près de 700 migrants dans le canal de Sicile, dans la nuit du jeudi 24 au vendredi 25 octobre, parmi lesquels des femmes et des enfants, a indiqué la marine militaire italienne.
Le patrouilleur Cigala-Fulgosi a d’abord secouru un groupe de 99 personnes, dont deux femmes et dix mineurs qui se trouvaient sur une embarcation à la dérive à environ 185 kilomètres au sud de la petite île de Lampedusa. La corvette militaire Chimera a, quant à elle, secouru un autre groupe de 219 personnes, dont 37 enfants et 43 femmes, qui se trouvaient également sur une embarcation à la dérive à près de 70 kilomètres de l’île.
L’immigration clandestine au menu du sommet de l’UE
Les deux groupes ont été transférés sur un grand navire amphibie, le San-Marco, tandis que les deux autres bateaux militaires ont repris leurs patrouilles dans le canal de Sicile. Trois embarcations des garde-côtes italiens ont par ailleurs secouru un total d’environ trois cents migrants qui se trouvaient à bord de deux embarcations distinctes tandis qu’un cargo battant pavillon panaméen a secouru un dernier groupe composé de quatre-vingt-dix migrants à environ deux cents kilomètres au sud de Lampedusa.
Pour mieux se prémunir contre les drames migratoires qui surviennent en Méditerranée, les chefs de la diplomatie européenne ont donné leur feu vert à la création d’un nouveau système de surveillance des frontières de l’Union, baptisé Eurosur.
Ce système, qui doit théoriquement entrer en vigueur en décembre, a pour objectif de renforcer les contrôles aux frontières extérieures, terrestres et maritimes, de l’espace Schengen. Il instaurera en particulier un mécanisme permettant aux Etats membres, chargées de la surveillance des frontières, d’échanger des informations opérationnelles et de coopérer, avec un accent mis sur la prévention, selon les participants.
Une enveloppe annuelle de 35 millions d’euros pour Eurosur a été évoquée en commission parlementaire, dont 19 millions prélevés sur le budget de Frontex, l’agence de surveillance des frontières européennes.
Manifestation de réfugiés érythréens à Rome
Une centaine de réfugiés érythréens ont manifesté vendredi devant le Parlement italien après le naufrage de Lampedusa qui plus de 360 morts, essentiellement leurs compatriotes. Les manifestants ont réclamé davantage de droits pour les réfugiés en Italie et ont également protesté contre le régime érythréen, responsable à leurs yeux de cette émigration massive.
Mais l’ONU estime que jusqu’à 3 000 Erythréens fuient tous les mois leur pays, sa dure répression et sa conscription forcée, à destination du Soudan et de l’Ethiopie.
Les manifestants ont également voulu commémorer la tragédie de Lampedusa, estimant que la cérémonie, organisée lundi en Sicile par le gouvernement italien et en présence de religieux musulmans et chrétiens en l’honneur des victimes, était une mascarade.
>> Lire nos explications L’Erythrée, pays mi-prison mi-caserne
Le Monde.fr avec AFP, 25.10.2013
http://www.polemia.com/pres-de-700-migrants-secourus-dans-le-canal-de-sicile/ -
Comment Détruire les Nations avec l'Amour et la Tolérance
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