Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lobby - Page 1974

  • Education, femmes et transmission : une conférence des Antigones

    Jeudi 5 mai 2014 se tenait à Paris une conférence des AntigonesLes Antigones constituent une assemblée s’étant donnée pour objectif de défendre une vision de la femme alternative à l’image proposée par les médias dominant.  [Lire la charte]. En défaveur du « sextrémisme » et de la théorie du genre, ce mouvement s’est notamment fait connaître lorsque l’une de ses fondatrices, Iseul Turan, s’est introduite au cœur du rassemblement Femen. Le groupe, qui a fêté sa première année il y a quelques jours, a décidé de se rassembler tous les jeudis et présente des conférences thématiques ; le sujet du mois de juin, l’éducation, s’inscrit dans la réflexion plus globale proposée cette année : la filiation.

         L’auditoire, composé de sympathisants, d’adhérentes et de professionnels (notamment un psychothérapeute), réfléchissait à la question : « quel monde pour nos enfants ? ». Iseul Turan a articulé son propos en deux parties, présentant d’abord un historique de la naissance de l’institution éducative pour s’interroger ensuite sur l’état actuel de l’école et de la pédagogie en France.

    Fondant son propos sur les deux ouvrages L’Enseignement de l’ignorance et ses conditions modernes, de Jean-Claude Michéa et La fatale perversion du système scolaire français, d’Yves Morel, l’agora a constaté les répercussions dramatiques d’un système éducatif devenu impersonnel où l’individualisme roi n’a pour objectif que d’élever des Hommes n’ayant pour autre caractère commun que leur humanité. Désormais, l’aspiration ultime apparaît être un bonheur permanent factice, dont les fondements se retrouvent dans le tittytainment[1] évoqué par Zbigniew Brzezinski[2].Ce « cocktail de divertissement abrutissant et d’alimentation suffisante pour maintenir de bonne humeur la population frustrée de la planète », instaure en fait un totalitarisme déguisé où consommation devient une finalité ontologique. Concernant ce principe de marchandisation de l’humain, ont notamment été évoqués la Gestation Pour Autrui, dontquestion d’actualité s’il en est, ou des sites tels que SugarDaddy, favorisant la rencontre d’étudiantes et d’hommes fortunés afin que ces derniers proposent un geste financier –totalement gracieux, à n’en pas douter- à ces « jeunes femmes attirantes et ambitieuses ».

    Après un an de mobilisation, les Antigones entendent cristalliser leur action en créant des permanences, dont Paris et Marseille sont les premiers fondements. Leurs réflexions et actualités peuvent être consultées sur leur site Internet.

     

    [1] Contraction de entertainment (divertissement) et tits (seins).

    [2] Conseiller à la sécurité nationale du Président Jimmy Carter (1977-1981).

    http://medias-presse.info/education-femmes-et-transmission-une-conference-des-antigones/10981

  • Musulman, donc victime ?

    Il est des tendances vestimentaires automne-été ne ressemblant guère à l'esprit de modération auquel vient d'appeler le CFCM dans sa « convention citoyenne »...   

    Hier soir, je tombai nez-à-nez dans une grande surface de ma ville -et cela me causa un choc- avec un personnage habillé très exactement comme ceux de Boko Haram vantant, dans certaines vidéos, la qualité de leurs meurtres ou enlèvements de gamines converties et mariées de force à treize ans. Je remarquai également, au milieu de son front, cette marque sombre un peu au-dessus de ses yeux, résultant des probables cinq prières quotidiennes. Il est des tendances vestimentaires automne-été ne ressemblant guère à l’esprit de modération auquel vient d’appeler le Conseil français du culte musulman (CFCM) dans sa « convention citoyenne »…

    Rendue publique suite aux meurtres perpétrés dans un musée juif à Bruxelles, cette « convention citoyenne » fut mise en chantier, nous dit-on, bien avant cette attaque dont le jeune musulman français Mehdi Nemmouche est soupçonné d’être l’auteur. Déclaration de principe à laquelle je n’accorderai crédit que le jour où défileront dans les rues de l’Hexagone des centaines de milliers de musulmans « modérés » appelant à l’arrêt de meurtres commis par des musulmans au nom de l’islam.

    Lire la suite

  • Philippe Muray, Le communautarisme? Un monstre

    Tout récemment, dans l’émotion soulevée par un crime odieux, et aux applaudissements d’un certain nombre d’associations, on a pu voir le garde des Sceaux Dominique Perben annoncer qu’il allait soumettre au Premier ministre des propositions tendant à sanctionner les « injures homophobes » ; ce qui d’abord, précisa-t-il, impliquait de « modifier la loi de 1881 sur la liberté d’expression ».
    On ne saurait trop conseiller à ce garde des Sceaux de ne pas perdre son temps à modifier la loi de 1881 sur la liberté d’expression mais de la supprimer sans façon, car très bientôt elle ne servira plus à rien dans la mesure où, par la grâce des sanctions qu’il prépare, c’est l’expression en soi, toute possibilité d’expression quelle qu’elle soit, et non pas seulement ses « abus » comme par le passé, qui va disparaître. Et nul ne s’en alarmera puisqu’une fois de plus, « dans le silence de l’abjection », l’on n’entendra « retentir que la chaîne de l’esclave et la voix du délateur ». Sauf que le délateur, aujourd’hui, loin de raser les murs, couvert de crachats et de honte, tient sous le nom jamais tout à fait revendiqué de communautariste le haut du pavé, dicte ses volontés au ministre de la Justice et déploie son hystérie sans limites sous forme de lois imposées, via les médias amplificateurs, au nom de la tolérance et de la liberté.
    Et lorsque les nouvelles sanctions qu’il aura exigées seront votées, ce n’est plus seulement l’expression de ce qui lui déplaît dont il réclamera la répression accrue, mais même sa manifestation potentielle ou virtuelle. Ainsi se constituera un nouveau délit non prévu par Orwell : le crime d’arrière-pensée (ou de sous-pensée, ou de non-pensée, ou de pensée in statu nascendi). L’annonce de cette répression nouvelle et prévisible réjouit déjà les belles âmes officielles, et on a pu lire dans Le Monde un éditorial où, après quelques hypocrites bouffonneries (« Trop de loi tue peut-être la loi, comme le dit l’adage. Mais dans notre société – même si l’on peut regretter cette dérive légaliste –, sans doute faut-il un texte pour arrêter le sexisme ordinaire, celui qui fait mal et peut tuer », etc.), on s’empressait de désigner à la vengeance un journaliste de province coupable d’avoir parlé de « lynchage » ou d’«Inquisition» à propos de ce début de croisade contre l’homophobie. Et il était aisé de deviner qu’on regrettait de ne pouvoir encore le traîner devant un tribunal.
    Chez les plus logiques des communautaristes, la persécution emprunte d’ores et déjà les voies du principe de précaution, et implique qu’on abatte tout le troupeau avant même qu’il ait fait la preuve de sa nocivité : pourquoi se gêneraient-ils puisque les ministres se couchent devant eux et s’empressent de transposer en mesures législatives leur délire ? Bien d’autres maîtres chanteurs, également groupés en associations de malfaisance patentée, piaffent déjà derrière la porte, avec à la main leurs innombrables pétitions qui se résument pour la plupart à exiger des pouvoirs publics un accroissement de l’arsenal répressif, ainsi qu’une politique enfin efficace de prévention, dans des domaines variés : contre les actes et propos handiphobes, contre les actes et propos féminophobes, contre les actes et propos islamophobes, contre les actes et propos jeunophobes, contre les actes et propos zoophobes, etc. Dans l’apocalypse communautariste où nous nous enfonçons, chaque groupe de pression particulier peut bien être en guerre avec les autres, ou faire semblant de l’être ; ils n’ont ensemble qu’un seul ennemi : la liberté. Du moins le peu qui en reste. Et ils sont décidés à l’achever.
    Le communautarisme est un monstre. Par là, il reflète bien notre époque monstrueuse qui semble n’avoir plus d’énergie que pour en terminer de toutes les manières possibles avec la définition fondamentale de l’être humain. Et c’est bien à cela que l’on travaille lorsqu’en exigeant, par exemple, que les grands singes bénéficient des droits de l’homme on contribue à faire disparaître la barrière qui se dresse encore entre l’humanité et le monde animal ; et c’est à cela aussi que l’on s’adonne lorsque, à l’occasion d’un crime, on fait ressortir que la victime était homosexuelle avant d’être une personne humaine. D’un côté comme de l’autre, c’est l‘anthropos en général qui est nié ou en passe de l’être. Le communautarisme n’est certes pas un humanisme. Il ressemblerait plutôt à ces maladies qu’on appelle auto-immunes où le système immunitaire, brusquement, ne reconnaît plus comme siens certains constituants de l’organisme et s’attaque à eux. Dans un cas comme dans l’autre, la destruction est aussi et d’abord une autodestruction.

    Ce n’est pas seulement jouer sur les mots que de remarquer qu’entre communisme et communautarisme il n’y a que quelques lettres de différence, et que tous deux ont la même origine latine, communis. Ce n’est pas non plus se laisser aller à des abus historicistes que de noter le parfait synchronisme avec lequel on a vu finir le communisme et, presque aussitôt, apparaître les délires des communautarismes et leurs premières actions d’éclat. Comme si, des ruines de l’un, avaient émergé les autres. Et comme si le dogme de la dictature du prolétariat n’avait attendu que l’occasion de se transformer en despotisme des minorités dans un monde décentralisé, désorbité, où le centralisme démocratique de jadis accouche finalement d’un décentralisme frénétique tout aussi ennemi de la démocratie, bien sûr, que l’ancien centralisme. Dans le même temps, est rétablie la vieille notion bolchévique de « suspects », indispensable dans toute situation de terreur, et sont désignés de nouveaux « ennemis du peuple » (les homophobes, les sexistes, les islamophobes, etc.). La nuisance a horreur du vide. Les espoirs d’égalité illimitée que l’ancienne idéologie avait donné à l’homme, même s’il ne vivait pas en régime communiste, et même si ces espoirs avaient été rapidement bafoués, loin de disparaître avec cette idéologie, se reconstituent mais par morceaux, de manière éclatée, en poussière de néo-soviets ou de milices vigilantes qui exercent d’abord et comme de juste leur tyrannie sur ceux qui appartiennent au groupe, puis répercutent cette tyrannie et l’étendent à l’ensemble de la société, contrainte dès lors de s’incliner devant leurs exigences particulières et de les reconnaître comme autant de bienfaits. Tous les droits à la différence additionnés débouchent alors sur l’unique droit qui reste à l’individu ordinaire, celui qui ne peut se réclamer d’aucun particularisme : le droit à la déférence.
    Ces exigences, d’ailleurs, se chantent sur l’air du Bien absolu et de la positivité la plus irréfutable. Les « offres » communautaristes sont de celles qu’on ne peut pas refuser puisqu’elles parlent de justice, de tolérance, d’amour, d’équité, de métissage et d’ouverture à l’autre. Ce qui se traduit aussitôt en demandes insatiables de lois répressives. Car c’est bien sûr le Mal, ce Mal que l’on entend éradiquer (sous les divers masques du « phobe »), qui est d’ores et déjà passé avec armes et bagages dans le charabia du Bien. Il habite tout entier là même où se rabâche sa dénonciation. Il est la maladie qui parle de remède, il est la contention qui s’intitule liberté, et la haine qui tremble d’amour. Il est la mort qui vit une vie humaine et qui lui emprunte sa force. Il est la perversion qui se nomme Loi. Sous son action, les lois elles-mêmes, par principe protectrices, deviennent meurtrières. Un programme total, pour ne pas dire totalitaire, constitue l’unité cachée de mille programmes communautaristes en apparence ennemis. C’est ainsi qu’aux militantes qui affirment vouloir « imposer la défense des revendications féministes à l’ensemble du mouvement altermondialiste », fait curieusement écho l’islamiste radical qui dit sans jamais vraiment le dire qu’il veut l’islamisation de la modernité.
    Le démoniaque, un nouveau démoniaque, un démoniaque moderne, n’est pas loin. Si la définition du démon est de manquer d’être, et donc de se venger de ce manque en nuisant, il est à noter que le communautariste, par manque d’être aussi, empoisonne tout le monde. Cette ancienne victime (mais le diable, « celui à qui on a fait du tort », en est une aussi) se sent menacée de disparition par intégration. La certitude de ne plus être persécutée s’échange pour elle contre le risque de mourir d’inexistence. C’est alors qu’elle se met à hurler à la discrimination et qu’elle transforme un fait-divers criminel en marchepied de ses nouvelles conquêtes. L’homme communautariste, l’homme des associations est l’homme du ressentiment sous sa figure contemporaine. Son impuissance à être l’a conduit vers les officines où bout l’esprit de vengeance. Il lui faut sans cesse des combats, des revendications, des pressions pour se sentir être parce qu’il ne peut plus éprouver l’excitation vitale que sous la forme de la persécution : celles dont il se dit menacé justifiant celles dont il demande la mise en œuvre.
    Mais tout cet enfer est si bien emballé dans le pathos de l’empathie qu’on l’entend à peine crépiter. En tout cas, ce serait une erreur de croire que le bruit qui s’en élève est la mélodie du bonheur.

    http://www.nouveau-reac.org/textes/philippe-muray-le-communautarisme-un-monstre/

  • L'Union européenne est irréformable

    Bruno Gollnisch déclare dans Présent :

    "Pendant longtemps, nous avons cherché à améliorer le fonctionnement de l’Union européenne, espérant ramener l’institution à plus de raison et à un plus grand respect des identités nationales. Ce que nous voulions construire, c’était une Europe des nations. Aujourd’hui, notre critique de l’institution est beaucoup plus radicale parce que nous constatons, avec regret, qu’elle est irréformable. Le gigantisme de ses appétits, aussi bien au niveau spatial qu’au niveau des compétences – elle veut tout gérer du domaine social au culturel en passant par la politique et la sexualité ! – est impressionnant. Et étonnant, car on ne peut que constater les cuisants échecs qu’elle a enregistrés, concernant tant ses décisions politiques qu’économiques, familiales, etc."

    Michel Janva

  • Sortie de l’Euro et dette publique

    Un argument récemment soulevé par les adversaires d’une dissolution de la zone Euro consiste à dire que le retour à des monnaies nationales poserait des problèmes insurmontables quant au financement de la dette française. Ceci se traduirait tant par la nécessité pour la Banque de France de monétiser une large part du stock de dettes existant, entraînant ainsi un risque d’hyperinflation, que par une hausse des taux sur la dette qui viendrait dégrader le solde budgétaire. On notera cependant que ces arguments sont mutuellement exclusifs. Soit la Banque de France doit monétiser « en masse », et par définition cela fera baisser les taux d’intérêts, soit elle ne procède qu’à des monétisations très réduites, qui excluent le risque d’hyperinflation, et alors se posera le problème des taux d’intérêts. Il convient donc d’analyser ce problème en séparant la question de la gestion du stock existant des dettes de son accroissement, et en regardant précisément quelle est la part de ce stock que l’on refinance chaque année. On constate alors qu’en réalité aucun des deux risques mentionnés ne se manifeste, si des modifications adéquates du cadre institutionnel sont mises en œuvre. Par contre, il y existe un risque de voir les taux d’intérêts sur les bons du Trésor tomber en dessous du niveau minimum pour assurer le bon fonctionnement des compagnies d’assurance. Ce risque implique que les politiques du Trésor et de la Banque de France soient étroitement coordonnées, ce qui implique à son tour que l’on mette fin à l’indépendance de la Banque de France.
    De quoi s’agit-il ?
    La dette de la France était d’environ 1925 milliards d’euros à la fin de 2013[1]. Cette dette est la dette globale de l’ensemble des administrations publiques. La dette nette s’élevait à 1768,7 milliards d’euros, dont 1431,9 milliards pour l’Etat, 166,7 milliards pour les organismes de sécurité sociale et 170 milliards pour les administrations locales.

    Chateau

    Source : INSEE
    La dette négociable de la France, qui est la seule pertinente pour ce qui nous intéresse, s’élevait quant à elle au 31 mars 2014 à 1502,2 milliards, et avait une durée moyenne de 6 ans et 343 jours[2]. On remarque que la durée de vie moyenne tend à baisser depuis 2011 (ou elle était de 7 ans et 57 jours) mais reste relativement élevée. Le ratio entre la dette à long et moyen terme et la dette à court terme (moins d’un an) s’est cependant amélioré. La dette à court terme qui représentait 15,7% de la dette à long terme à la fin de 2011, n’en représente plus que 14,1% (mars 2014). Cette dette est détenue à 64,5% par des non-résidents[3].
    Les besoins de financement de l’État se décomposent donc en besoins liés à la « nouvelle dette » (équivalant au déficit budgétaire de l’année) et en besoins issus de l’ « ancienne dette » dont il faut assurer le « roulement » soit le renouvellement des emprunts quand cette dette arrive à maturité.

    Source : Agence France-Trésor
    Chateau

    La « nouvelle dette » est constituée par le déficit budgétaire. Le total à financer par an était pour l’année 2013 donc de[4] :
    60,8 milliards pour l’amortissement de la dette à long terme.
    46,1 milliards pour l’amortissement de la dette à moyen terme.
    74 milliards pour le déficit.
    1,6 milliards pour l’amortissement de la dette reprise par l’État.
    Soit un total de 182,5 milliards d’euros.
    A ce montant il faut ajouter les 186 milliards de dette à court terme (moins d’un an) qui sont constamment renouvelés. Le besoin global de financement est de 368,5 milliards d’euros soit 18,5% du PIB par an. Le besoin de financement net (correspondant au déficit budgétaire) d’environ 3,7% par an et l’on peut considérer que tel sera encore en 2014 le chiffre qu’il faudra financer.
    Ces sommes recouvrent donc deux mouvements distincts. Tout d’abord un besoin de financement absolu, qui est un flux. Ce dernier est strictement égal au déficit budgétaire de la France. Puis, on doit faire face au renouvellement d’un stock de dette. Ce problème est ici important parce que l’on suppose implicitement que dans le cadre d’une dissolution de la zone Euro, une partie du stock détenue par des non-résidents ne serait pas rachetée par ces derniers et passerait donc progressivement entre les mains d’agents résidents, qu’il faut déterminer. C’est ce mouvement qui est, et de loin, le plus important, et qui pose le plus de problèmes. Mais il faut savoir qu’il est cependant limité et lié au total du stock de dette existant.
    Les capacités de financement de la France
    Ce chiffre de 450 milliards sur un an doit donc être mis en face des capacités de financement de l’économie française, et surtout de la part de ces capacités que la France peut consacrer à la dette. Cela implique aussi une réflexion sur le cadre institutionnel que l’on mettra en place à l’occasion d’une dissolution de la zone Euro. La position que j’ai constamment défendue depuis 2009 est qu’une sortie de l’Euro n’a de sens que si elle s’accompagne d’un changement des règles en ce qui concerne la finance, visant à « renationaliser » le marché financier français et à « définanciariser » en partie l’économie française. Ceci passe tant par une réforme du statut des banques, séparant de manière stricte les activités financières (épargne et spéculation) mais aussi les fonctions de banque et celles de compagnies d’assurance, que par la mise en place de réglementations particulières visant tant à redonner à la puissance publique sa place prééminente qu’à réduire les contacts qui existent entre le marché financier français et les autres marchés financiers.
    Il y a tout d’abord l’épargne financière des ménages et les capacités de financement des institutions financières. Pour les capacités financières des ménages, elles s’élevaient à la fin de 2013 à 71 milliards d’euros par an[5]. Ce chiffre est aujourd’hui plutôt bas ; il était d’environ 90 milliards en 2011. Mais c’est lui que nous utiliserons par la suite.
    Nous avons ensuite l’actif des établissements financiers en France métropolitaine, ce qui comprend les banques et les compagnies d’assurance. Une partie de cet actif est constitué de bons du Trésor. Pour ce qui concerne les banques, il est d’environ 4900 milliards d’euros[6]. Pour les compagnies d’assurance (hors les compagnies liées aux banques), on arrive à un total de 1000 milliards, dont 50% environ est constitué de bons du Trésors des différents États (de la zone Euro mais aussi des États-Unis).
    En ce qui concerne les banques, la réintroduction d’un plancher minimum de 25% en effets publics, mesure qui a été envisagée justement pour revenir à un marché financier relativement fermé, et qui fut appliquée jusqu’au années 1980, obligerait les banques à détenir environ 1225 milliards d’euros soit l’équivalent de 81,5% de la dette négociable existante aujourd’hui.
    On a vu que les compagnies d’assurance (hors compagnies issues des banques) détiennent environ 500 milliards d’euros en bons du trésor, dont probablement seulement 150 milliards en bons du Trésor français. Si l’on porte la limite obligatoire de détention de ces bons émis par le Trésor français à 40% de l’actif, on dégage une capacité de financement nette de 250 milliards d’euros. On voit que de telles mesures seraient plus que suffisantes pour assurer la détention du stock de dette qui est aujourd’hui entre les mains des non-résidents.
    Les banques françaises, en effet, ne détiennent actuellement qu’environ 580 milliards d’euros de titre de dette de l’État. La réintroduction de ces planchers d’effets publics leur imposerait d’acheter environ 645 milliards d’Euros. En admettant que l’effet de cette mesure soit étalé sur 2 ans, ce sont donc 322,5 milliards que les banques apporteraient ainsi au marché des obligations publiques chaque année. Ajoutons à cela des mesures analogues qui pourraient être prises sur les sociétés d’assurance, et l’on arriverait rapidement à un montant total de capacité de financement de la dette détenue qui serait égal ou supérieur aux montants nécessaires à financer.
    Le risque inflationniste

    Ainsi, même si les non-résidents décidaient de ne plus acheter de dette française dans les deux années suivant une dissolution de la zone euro et le retour à la monnaie nationale, l’équilibre de financement serait amplement réalisé. Il n’y a donc pas de nécessité que la Banque de France intervienne massivement et donc pas de risque inflationniste pour la part de la dette détenue par des non-résidents, si ces derniers ne souhaitaient pas conserver la partie de leur dette qui arrive à maturité dans l’année. A terme, le montant total des dettes détenues par le système financier français serait égal au stock total des dettes. Par contre, il faudra être vigilant aux conditions d’exercice des compagnies d’assurance et des banques.
    Si l’on considère maintenant le flux annuel lié au déficit budgétaire, on constate que 50 milliards provenant de l’épargne des ménages pourraient aussi aller vers les obligations publiques. Cela laisse un « trou » de 24 milliards d’euros, soit 1,2% du PIB. Il pourrait être comblé soit par les besoins des établissements financiers que l’on a évoqués soit par l’équivalent des avances au Trésor Publique faites par la Banque de France. Dans ce cas, on constate que la capacité de financement de la nouvelle dette publique nette par l’économie française est assuré. Les montants de ces avances faites au Trésor sont bien trop faibles pour engendrer le moindre risque d’hyperinflation. Nous sommes en effet très loin des effets tant directs qu’indirects du « quantitative easing » auquel a procédé la FED à de multiples reprises. Or, ce « quantitative easing » n’a pas provoqué de poussée inflationniste aux États-Unis. Bien entendu, des différences existent entre la France et les Etats-Unis, essentiellement dans la dynamique de l’évolution de l’économie. On rappelle que le problème du financement de la dette est supposé se poser dans le cas d’une dissolution de la zone Euro, et sous l’hypothèse que les non-résidents ne procèderaient plus à des achats de dette. Or, une dissolution de l’Euro, accompagnée d’une dépréciation du Franc rétabli aurait des effets très positifs sur l’économie française, ce qui a été calculé[7]. Dans cette situation, le déficit budgétaire se réduirait rapidement et l’économie retrouverait une forte croissance.
    La question des taux d’intérêts

    Si un équilibre entre besoins de financement et offre de financement peut être réalisé, il faut se poser le problème du prix auquel il se réalise et de la possibilité de désajustements transitoires de cet équilibre. Le prix, i.e. le taux d’intérêt, est déterminé par l’offre de financement. Cette dernière étant contrainte par un effet de réglementation, le taux d’intérêt se fixera forcément très bas. Il est même possible qu’il se fixe à certains moments trop bas du point de vue de l’équilibre de fonctionnement des compagnies d’assurance. Ce sera alors à l’État, en tant que puissance émettrice, de réglementer ces taux.
    On constate donc que le « re-nationalisation » du stock de dette existant ne pose pas de problèmes insurmontables. Même si les non-résidents arrêtaient leurs achats de dette française, les institutions financières peuvent se substituer à eux. Le financement du déficit budgétaire peut être assuré avec une intervention faible de la Banque de France, qui contribuerait ici à orienter les taux d’intérêts (en augmentant le volume de ses avances si des tensions se faisaient jour, en le diminuant si les taux tombaient en-dessous de ce qui serait considéré comme nécessaire pour les compagnies d’assurance). La sortie de l’Euro ne se solderait donc ni par une poussée hyperinflationniste ni par une hausse incontrôlée des taux d’intérêts. Par ailleurs, il est hautement probable que l’amélioration de la santé de l’économie française à laquelle elle aboutirait provoquerait un retour rapide des investisseurs internationaux vers notre pays. On signale ici qu’il serait alors de la plus haute importance de bien maîtriser les conditions de ce retour si l’on veut éviter qu’il ne produise une appréciation du Franc qui pourrait détruire une partie des effets de la dépréciation à la suite de la sortie de l’Euro. Il convient de se souvenir que, pour pouvoir déployer une politique de réindustrialisation, politique dont l’horizon sera d’au moins une dizaine d’année, la France aura besoin d’un taux de change sous-évalué pendant une partie de cette période.
    Mais, cela implique aussi des changements institutionnels importants dans l’espace financier français, qu’il s’agisse de la fin de l’indépendance de la Banque de France (qui devrait cependant garder un statut d’autonomie quant à l’emploi de ses moyens) ou du cadre réglementaire des banques et des compagnies d’assurance. De ce point de vue, une sortie de l’Euro a donc bien des conséquences très profondes sur l’économie française. Mais, ce sont justement ces conséquences, ce que l’on peut appeler la « définanciarisation » de l’économie, qui font une partie importante de l’intérêt d’une sortie de l’Euro.

    Jacques Sapir

    [1] http://www.insee.fr/fr/themes/info-rapide.asp?id=40

    [2] Agence France-Trésor : http://www.aft.gouv.fr/rubriques/encours-detaille-de-la-dette-negociable_159.html

    [3] Agence France-Trésor : http://www.aft.gouv.fr/rubriques/qui-detient-la-dette-de-l-etat-_163.html

    [4] http://www.aft.gouv.fr/articles/programme-indicatif-de-financement-pour-2013_11264.html Le déficit réel sur 2013 à été de 3,7% du PIB soit 74 milliards d’euros et non 62 milliards comme initialement prévu.

    [5] Banque de France, https://www.banque-france.fr/uploads/tx_bdfstatistiquescalendrier/2013-T4-tableau-de-bord-trimestriel-epargne-des-menages_01.pdf

    [6] Banque de France http://www.banque-france.fr/fileadmin/statistiques/fr/base/csv/mi.m.fr.n.a.at0.a.1.u6.0000.z01.m.e.b.x.csv

    [7] Sapir J, Murer P. et Durand C., Les scenarii de dissolution de l’Euro, fondation Res Publica, septembre 2013.

  • Manifeste des 343 fraudeuses

    Lors des grandes manifestations, le gouvernement affirmait que la loi Taubira ne concernait que la légalisation du « mariage » gay et n’ouvrait pas le débat de la PMA, mais ça c’était avant !

    Alors après le Manifeste des 343 salopes en 1971 pour la légalisation de l’avortement, celui des 343 salauds contre les lois anti-prostitution, (il faut croire qu’en ce moment c’est la mode) , voici les 343 fraudeuses !

    Ces 343 femmes reconnaissent avoir eu recours à la PMA à l’étranger. A l’origine de cette initiative on retrouve deux membres de l’Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens (évidemment!) qui estiment que la loi Taubira est incomplète.

     

    Cette dernière autorisait le « parent 2 » à adopter l’enfant du « parent 1 » une fois mariés, mais cela sans précision sur le mode de conception de l’enfant : une aubaine pour les militants invertis qui profite de cette faille pour crier à l’injustice : « le mode de conception de l’enfant ne fait pas partie des éléments demandés quand une adoption concerne un couple hétérosexuel et la loi sur l’adoption est la même pour tous» !

    Stéphane Cola, à l’origine de l’« annuaire des avocats gay-friendly », explique pour le Figaro : « de nombreux couples de femmes ont du mal à trouver, en France, un médecin acceptant de les accompagner dans leur désir d’enfant». «Mais contraindre les couples à se rendre à l’étranger, obliger les médecins à agir en marge du cadre légal et faire peser sur les familles et sur l’enfant une incertitude juridique insupportable est la plus mauvaise des solutions, martèle-t-il. Il est grand temps que le législateur se saisisse du dossier. Et que la ministre de la Justice rappelle à l’ordre ses procureurs qui utilisent le prétexte de la PMA pour faire obstacle à la loi sur le mariage pour tous.»

    Alors en fait, les 343 fraudeuses c’est un raisonnement sain et cohérent: elles vont à l’encontre de la loi, en sont conscientes (fières ?) mais ce n’est pas facile pour elles alors il faudrait légaliser tout ça !

    Une réclamation légitime n’est-il pas ? En plus, si avec un peu de chance ça fonctionne, on pourra l’appliquer à de nombreux autres cas : le vol, la fraude, le meurtre, le viol… ! Pratique, non ?

    Marie de Remoncourt

    http://www.contre-info.com/manifeste-des-343-fraudeuses#more-32960

  • Compte rendu du procès de Varg Vikernes (3 juin 2014)

    Varg Vikernes est passé mardi 3 juin en jugement, à la fameuse 17ème chambre correctionnelle. Il est  cette fois accusé d’incitation à la haine raciale et d’apologie de crimes de guerre, par la LICRA et SOS Racisme.

    Fatigué par l’acharnement judiciaire qu’il subit depuis son arrestation en Juillet 2013, il a dû subir également l’acharnement des journalistes, tant norvégiens que français. Le procès a démarré en retard, ce qui n’a pas découragé les nombreuses personnes venues soutenir Varg Vikernes : la salle d’audience était pleine, à tel point que certaines personnes n’ont pas pu assister au procès.

    Débutant par un rappel des faits et des charges retenues contre lui, la défense a rapidement mis en lumière un vice de forme : en effet, la plainte a d’abord été adressée au TGI de Tulle, juridiction qui n’existe pas. Les faits reprochés concernent certains articles soi-disant publiés sur le site de Vikernes, Thulean Perspective, dont les propos seraient racistes et antisémites. Il n’a pas reconnu avoir tenu ces propos ou les avoir publiés. Par ailleurs, la défense a rapporté que le délai de 3 mois était dépassé pour de nombreux prétendus propos incriminés, rendant toute procédure irrecevable.

    L’accusation a attaqué Varg sur tous les fronts : aussi bien sur sa musique en faisant des rapprochements douteux entre le genre du black metal et le national socialisme, que sur l’assassinat d’Oysthein Aarseth ou sur le survivalisme. Il s’est expliqué sur son mode de vie en autarcie, et la question de l’éducation de ses enfants a été longuement abordée. Sur ce point, aucune des expertises engagées par le juge des enfants n’a conclu à un danger quelconque. L’accusation a également tenté de rapprocher le survivalisme à une dérive sectaire. Vikernes s’est revendiqué de l’odalisme en estimant que « chacun peut défendre sa terre et sa culture ». Élément étonnant, l’accusation semble s’être informée sur wikipedia… ce qui ne peut que laisser perplexe…

    La plaidoirie des avocats de l’accusation a repris tous les poncifs habituel : « idées écœurantes et nauséabondes », « propagateur de la haine », dépeignant Vikernes comme un louveteau, un agneau se cachant derrière une défense « de lâche », et rappelant « les pires heures que nous avons eu à connaître ». Horreur absolue, Vikernes fait l’apologie de Marine Le Pen. La plaidoirie a semblé totalement interchangeable avec n’importe quelle affaire de ce type. L’auditoire présent dans la salle, quant à lui, s’esclaffe de rire lorsque l’avocate des parties civiles prétend que Vikernes a quitté le Black métal car cela ferait référence aux noirs… Elle ose même faire la rapprochement avec la tuerie du musée juif de Bruxelles. Ou comment les pourfendeurs des « clichés » et autres « amalgames » n’hésitent pas à faire de même pour servir leurs intérêts. En tous les cas, la liberté d’expression a ses limites, et internet est devenu ici le « bras armé » à la diffusion d’appels à la haine. C’est bien la question d’internet qui aura occupé une bonne partie des débats et cela illustre bien l’offensive actuelle du système contre ce moyen de communication. La peine requise est de 4 à 6 mois de prison assortis d’un sursis, et de 5 000 € d’amende.

    La défense, quant à elle, a mis l’accent sur les vices de procédures, contestant notamment la nature des pièces apportées, en l’occurrence de simples feuillets imprimés avec les textes incriminés, et non des captures d’écran attestant la publication de ces textes sur le site Thulean Perspective. Par ailleurs, il n’y aurait pas eu de véritable travail d’analyse informatique (pas de traçage d’adresse IP par exemple). C'est donc à l'accusation de démontrer la culpabilité de Varg Vikernes par une procédure approfondie et non à la défense de prouver son innocence.

    Le jugement sera rendu le 8 juillet prochain.

    Le Cercle Non Conforme

    Note du C.N.C.: Toute reproduction éventuelle de ce contenu doit mentionner la source.

    Relire l'article Terroriste?!, publié le jour même de son arrestation.

    Relire l'entrevue de Marie Cachet et Varg Vikernes adressée au C.N.C

    Revoir l'entrevue video adressée à Scriptoblog

    Varg Vikernes vient de sortir un nouvel album, The Ways Of Yore

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

  • La Slovaquie rend constitutionnellement impossible le mariage gay

    Le Parlement monocaméral slovaque a annoncé mercredi avoir approuvé un projet d'amendement constitutionnel définissant le mariage comme "l'union d'un homme et d'une femme", rendant impossible le mariage homosexuel dans ce pays membre de l'UE depuis 2004. 

    Soumis par le gouvernement de gauche du social-démocrate Robert Fico et les chrétiens-démocrates d'opposition, l'amendement a été soutenu par 102 de l'ensemble des 150 élus.

    Une majorité des deux tiers était requise pour amender la loi fondamentale. Dix-huit élus ont voté contre le texte. "La modification sur le mariage n'apportera aucun changement radical. Elle n'introduit dans la Constitution que ce qui est déjà défini par la loi", a déclaré M. Fico, dont le parti Smer-SD est membre du Groupe du Parti socialiste européen, au sein du Parlement européen. Cette prise de position se heurte à une forte critique d'organisations non-gouvernementales locales.

    Aucune forme d'union de personnes de même sexe n'est légalement reconnue en Slovaquie, pays de 5,4 millions d'habitants dont 70% se sont déclarés chrétiens lors du recensement de 2011.

    Mais selon un sondage effectué en 2012, 47% des Slovaques sont favorables à l'idée d'une union civile pour personnes de même sexe alors que 38% s'y opposent.

    Source

    http://www.oragesdacier.info/

  • Peillon : l'héritage empoisonné

    Il a un petit air de chien battu, Benoît Hamon. Et avec une bonne tête de moins que Vincent Peillon, ce Brestois socialiste tendance Montebourg, qui a fait ses premières armes à la tête de l'Economie sociale et solidaire, affiche une insignifiance qui suscite les jugements rapides : après l'idéologue, voici le technocrate chargé de lisser les dossiers, calmer les esprits, et pourquoi pas enterrer les réformes trop radicales. À croire qu'il a suffi de rimer avec Peillon pour qu'Hamon se voie confier les clefs de la rue de Grenelle. Serait-ce l'annonce d'une gestion plus terre à terre ?

    Benoît Hamon est arrivé à la tête de l'un des ministères les plus importants de tout gouvernement socialiste, l’Éducation nationale, le 2 avril dernier. Choix en apparence étrange puisqu'il n'a aucune compétence particulière dans le domaine de l'enseignement, n'ayant derrière lui, à 46 ans, qu'une

    longue carrière de militant socialiste professionnel. Et des cours de « professeur associé » à Paris Vm depuis 2009. Son CV le montre certes intéressé dès le départ par la question éducative : à 19 ans, il descendait dans les rues pour dénoncer le projet de loi Devaquet - la « sélection » à l'entrée des universités. On retrouve chez le nouveau patron de l’« EducNat » les poncifs qui gouvernaient alors la contestation estudiantine et lycéenne : c'est son souci maintes fois réaffirmé de lutter contre les « inégalités sociales ».

    Patron... si tant est que l'on soit jamais patron de ce ministère. À la lourdeur commune à toutes les administrations, compliquée par son surdimensionnement - avec un effectif d'un million, l’Éducation nationale se range parmi les dix plus gros employeurs du monde -, s'ajoute une continuité qu'assure une armée d'inspecteurs, de spécialistes des sciences de l'éducation et autres tenants d'une idéologie qui sait l'importance de « tenir » la culture. Les ministres passent ; la mainmise demeure.

    Un itinéraire tout tracé

    Cependant certains ministres laissent leur marque, lorsqu'ils sont capables d'imprimer une nouvelle dynamique à l'œuvre commune, laïque et républicaine. C'est le cas de Vincent Peillon, pour qui la République est un absolu et la laïcité une table de la loi que l'on enseignera, tel un catéchisme, pour mieux servir ce dieu exigeant et exclusif qui cherche à chasser le vrai Dieu des cœurs et des esprits. Lorsqu'il ira, selon toute probabilité, se reposer de son travail de sape au Parlement européen - où Benoît Hamon siège d'ailleurs déjà - ce sera avec un riche bilan d'action dont les effets se déploieront dans les années à venir. Il n'y a plus désormais qu'à tenir le gouvernail - à bâbord toute. Vu l'orientation, Benoît Hamon n'a plus qu'à se laisser porter par le courant.

    Lors de la passation de pouvoir, Vincent Peillon l'avait dit clairement : « Nous travaillons, nous le savons ici, dans la longue durée. » En remerciant les fonctionnaires qu'il a côtoyés rue de Grenelle, le chantre de la Foi laïque de Ferdinand Buisson l'a rappelé : « Vous n'êtes pas là pour occuper un emploi, mais vous êtes là parce que précisément vous partagez ces valeurs : l'idée que l'école, au cœur de la République, est celle qui peut assurer - elle le fait depuis deux siècles, elle doit le refaire à nouveau - la promesse républicaine. »

    Rythmes scolaires

    Voilà le programme imposé à Benoît Hamon. Sans doute est-il chargé de vider de sa substance la réforme des rythmes scolaires qui a rendu son prédécesseur impopulaire auprès des parents, des enseignants et surtout des communes confrontées aux casse-têtes d'organisation et de financement qu'elle crée.

    Cela a été l'un de ses premiers chantiers : assouplir le système, permettre aux communes d'organiser l'enseignement de manière plus « expérimentale ». Le décret a paru le 8 mai. C'est donc ce que les médias ont retenu prioritairement de l'entrée en fonctions de Benoît Hamon. Mais on passe ainsi à côté de l'essentiel. À côté de constats justes, tels la plus grande réceptivité et la plus grande capacité d'attention le matin qui ont dicté le retour au travail cinq matinées par semaine - que des écoles hors contrat, justement, ont pris en compte depuis longtemps - la réforme du temps scolaire est avant tout un moyen de confier plus longtemps et de manière plus contrôlée les enfants à l'école de la République. Même si ici ou là le diable porte pierre : on a vu des communes passer des accords avec des patronages catholiques pour pouvoir honorer leur obligation de proposer des activités non scolaires...

    Formatage continu

    C'est dans le même esprit que Benoît Hamon ne changera rien au projet socialiste de scolariser les tout-petits dès deux ans : aberration sur le plan humain, pédagogique, social, c'est un sûr moyen de formater les jeunes dès le berceau, ou quasi. Rien de nouveau sous le soleil cependant : Xavier Darcos, du temps de Luc Ferry, parlait déjà de la nécessité de permettre aux enfants de s'affranchir de leurs traditions familiales.

    Mais le plus important de l'héritage Peillon est ailleurs. Il est dans la mise en œuvre de la loi de Refondation de l'école, entrée en vigueur l'an dernier, avec sa « morale laïque », son insistance sur les « valeurs républicaines », la « laïcité », l'« éducation numérique » (ou comment maintenir dans le virtuel des enfants qui y sont déjà trop plongés, corps et âme), l'« éducation à la santé » et le « dépistage psychologique » obligatoire à différentes étapes de la scolarité.

    Benoît Hamon n'aura plus qu'à marcher aupas de ses troupes, au service d'une stratégie quise peaufine depuis des décennies.

    Agathe Basset monde & vie 21 mai 2014