Il n’est toujours pas sorti de son monde fantasmé depuis 2012.
La figure de style nommée anaphore est devenue célèbre il y a cinq ans grâce à François Hollande. Il est temps d’en dresser un petit bilan aussi synthétique que possible.
Moi, président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité, je ne recevrai pas les parlementaires de la majorité à l’Élysée.
Il aura tenu moins d’un an avant la première rencontre.
Moi, président de la République, je ne traiterai pas mon Premier ministre de collaborateur.
Admettons qu’il ne l’ait pas fait.
Moi, président de la République, je ne participerai pas à des collectes de fonds pour mon propre parti dans un hôtel parisien.
Ne pas se représenter libère de ces contingences.
Moi, président de la République, je ferai fonctionner la justice de manière indépendante. […]
Nicolas Sarkozy, Nicolas Bernard-Buss et François Fillon – pour ne citer qu’eux – peuvent soupçonner une justice qui ne serait ni indépendante ni impartiale.
Moi, président de la République, je n’aurai pas la prétention de nommer les directeurs de chaînes de télévision publiques. Je laisserai ça à des instances indépendantes.
L’opacité de la nomination de Delphine Ernotte par le CSA a fait l’objet de moultes dénonciations publiques : la forme a été respectée, sans doute est-ce moins vrai pour le fond.
Moi Président de la République, je ferai en sorte que mon comportement soit à chaque instant exemplaire.
Des galipettes rue du Cirque, la répudiation d’une concubine par communiqué de presse et, maintenant, des soupçons de cabinet noir à l’Élysée…
Moi, président de la République, j’aurai aussi à cœur de ne pas avoir un statut pénal du chef de l’État. […]
Le bureau de l’Assemblée a bloqué sa procédure de destitution dans l’affaire du secret-défense révélé, mais cela n’a rien à voir avec son statut pénal.
Moi, président de la République, je constituerai un gouvernement qui sera paritaire, autant de femmes que d’hommes.
Stricte parité sauf pour les gouvernements Ayrault II (-1) et Cazeneuve (-2) : c’est un échec, mais de peu.
Pas de chance, la discrimination positive est aussi inutile qu’inepte.
Moi, président de la République, il y aura un code de déontologie pour les ministres qui ne pourraient pas rentrer dans un conflit d’intérêts.
De Jérôme Cahuzac à Bruno Le Roux, cinq ministres évacués pour des manquements éthiques : ça fait désordre.
Moi, président de la République, les ministres ne pourront pas cumuler leurs fonctions avec un mandat local parce que je considère qu’ils devraient se consacrer pleinement à leur tâche.
Ce n’est pas comme si Jean-Yves Le Drian était un ministre régalien dans un monde instable tant ici qu’à l’étranger.
Moi, président de la République, je ferai un acte de décentralisation parce que je pense que les collectivités locales ont besoin d’un nouveau souffle, de nouvelles compétences, de nouvelles libertés.
Si cet acte de « décentralisation » se résume à la fusion des régions au gré des humeurs des féodaux amis, il aurait sans doute mieux valu s’en abstenir.
Moi, président de la République, je ferai en sorte que les partenaires sociaux puissent être considérés, aussi bien les organisations professionnelles que les syndicats. […]
Syndicats et organisations professionnelles sont sensibles à la considération matérialisée par l’utilisation du joker 49.3 lors de la loi Travail.
Moi, président de la République, j’engagerai de grands débats. On a évoqué celui de l’énergie et il est légitime qu’il puisse y avoir, sur ces questions-là, de grands débats citoyens.
Les « débats » autour de la loi Taubira ont vu le rejet de la pétition CESE, l’exclusion et la censure d’intervenants en commission, une dernière lecture au chronomètre. C’est plus simple de passer en force.
Moi, président de la République, j’introduirai la représentation proportionnelle pour les élections législatives, pour les élections non pas celles de 2012 mais celles de 2017. […]
Encore raté.
Moi, président de la République, j’essaierai d’avoir de la hauteur de vue pour fixer les grandes orientations, les grandes impulsions. Mais en même temps, je ne m’occuperai pas de tout et j’aurai toujours le souci de la proximité avec les Français.
Le « Salomon de Prisunic » qui a statué sur le retour de Leonarda sans ses parents, était-ce de la hauteur de vue ou de la proximité ?
Une anaphore à mettre en perspective avec sa récente déclaration de Crolles, où était autocélébrée sa « fierté de rendre à son successeur un pays plus fort, plus soudé, plus digne et plus cohérent ». Il n’est toujours pas sorti de son monde fantasmé depuis 2012.
http://www.bvoltaire.fr/moi-president-de-republique-fais-bilan/

Pierre Barbey le rappelait hier dans Présent : après des années d’un incroyable laxisme migratoire et judiciaire, mais aussi d’abandon par la métropole, la Guyane est aujourd’hui en passe d’exploser. Depuis lundi, en effet, une grève générale paralyse le département, à l’appel de la plupart des syndicats et de nombreux collectifs, dont celui des mystérieux « 500 frères ».
C’est contre cette grave dérive et à la suite du meurtre d’un habitant d’un quartier populaire en février dernier que plusieurs dizaines de personnes ont décidé de former ce collectif des « 500 frères ». Mais, avec eux, pas de niaiseries du genre de celles auxquelles nous assistons depuis des années dans nos banlieues ethniques.
Tout le gratin européen a donc célébré le 60e anniversaire du traité de Rome… à Rome. Les dirigeants européens étaient entre eux, se félicitant du traité d’hier et de l’Europe d’aujourd’hui. Les peuples n’étaient pas là, ni hier ni aujourd’hui. Triste anniversaire ! Quand, en 1957, les six pays fondateurs décidèrent, selon les termes du traité, « la création d’une union sans cesse plus étroite entre les peuples d’Europe », ils omirent simplement de demander leur avis aux peuples en question. Ils savaient déjà mieux que lui ce qui convient pour leur vie et leur avenir, les consulter n’avait donc aucun sens. La formule « sans cesse plus étroite » n’envisageait aucun retour en arrière, mais seulement une marche irréversible vers une union fédérale qui était l’idéal avoué des pères fondateurs. Leurs continuateurs n’ont rien changé. Ils veulent aller toujours plus loin. La réalité résiste-t-elle à l’utopie européiste ? C’est la réalité qui a tort et eux qui ont raison.
Mais les intérêts de la Russie ne sont-ils pas profondément différents de ceux de l'Europe de l'Ouest?