Tugdual Derville est interrogé dans Le Figaro, suite à la parution de son dernier livre, Le temps de l'Homme , pour une révolution de l'écologie humaine. Extrait :
"[...] La famille représente l'écosystème de base. Quand l'homme naît, il ne débarque pas dans la nature mais en premier lieu dans une culture, qu'on nomme maternelle, et qui commence par une culture du soin et de l'amour. Cet écosystème familial est à l'origine de toute société. Le village est une famille de familles. Le «pays», au sens de territoire de proximité, est une famille de familles de familles… Notre nation met à l'honneur le beau mot de «fraternité» dans sa devise: il manifeste combien le lien familial est la référence première de toute vie en société. Je ne nie pas qu'il puisse également être un lieu de souffrance.
Aujourd'hui, malgré les fragilisations qu'elle a subies, la famille résiste: encore 70 % des Français mineurs vivent avec leurs deux parents. C'est un repère plébiscité par les français: 80 % considèrent qu'un enfant a besoin, pour son meilleur épanouissement, de vivre avec son père et sa mère. Il n'est pas juste que les politiques érigent en modèles équivalents certains types de configurations issues d'une rupture ou d'un deuil toujours douloureux. La séparation des parents reste une source de souffrance pour tout enfant. Najat Vallaud-Belkacem peut bien dire le contraire, en laissant entendre devant des collégiens que le divorce ne les fait plus souffrir… C'est un déni d'écologie humaine.
Comme Lionel Jospin, il faut rappeler que l'humanité est faite d'hommes et de femmes. C'est cette parité fondamentale qui est à défendre. En Grande-Bretagne, il est désormais légal de concevoir artificiellement un enfant à trois parents, l'enfant d'un homme et de deux femmes, dont l'une «donne» son ADN mitochondrial. On casse un repère anthropologique structurant. La parité homme femme, que les déconstructeurs veulent abolir, doit être protégée dans l'engendrement.
La compulsion libertaire a engendré beaucoup de souffrances familiales, en ridiculisant notamment la fidélité sexuelle. Elle reste pourtant une valeur précieuse pour la majorité des français. Mai 68 a consacré la précarité affective, surtout au dépens des femmes et des enfants, laissant accroire que ses formules adolescentes comme «jouir sans entraves» ou «il est interdit d'interdire» libéraient. En réalité, la régulation des désirs, même les plus légitimes, est indispensable pour instaurer une société de confiance, de sécurité et de protection des faibles.
Je montre dans Le temps de l'Homme jusqu'où va la logique des déconstructeurs qui n'hésitent pas à plaider pour que sautent les «derniers tabous sexuels» de l'inceste à la zoophilie. Au fond, c'est l'abolition de tous les repères, l'arrachage de toute les racines et la liquéfaction de la société qu'il faudrait acter. La révolte anthropologique est légitime. [...]"
Ses propos nous semblent intéressants car Christy Wampole rassemble philosophie, écologie, littérature, histoire et politique pour démontrer comment la métaphore de la racine, de l’arbre généalogique, de la graine, se retrouve dans la culture populaire de l’Europe du XXe siècle. En mettant l’accent sur l’histoire de ce concept en France et en Allemagne, Wampole retrace son influence dans des domaines aussi variés que les origines mystiques de certains mots, le culte de la terre et la rhétorique patriotique. En nous donnant une relecture des œuvres de Martin Heidegger, Simone Weil, Jean-Paul Sartre, Paul Celan etc., Enracinement est une étude novatrice d’un concept dont les conséquences politiques et sociales sont d’une grande actualité.
Alors que le patriotisme est généralement vilipendé comme aux antipodes du multiculturalisme axé sur la diversité, on y retrouve pourtant des désirs très similaires.Chaque groupe espère préserver ou récupérer un sentiment d’enracinement qui leur permettra de s’affirmer et d’exister en propre. Compte tenu de la grande confusion sur la façon de célébrer ses propres racines sans insulter quelqu’un d’autre, cette lutte continuera certainement dans les prochaines décennies.
