culture et histoire - Page 1680
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15 janvier : conférence sur le gender à Toulouse
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Retrouvez la presse nationale à Paris
Nous apprenons que l’on retrouve désormais la presse non-conformiste à la Librairie française (Paris XVe), profitez-en !
Entre autres titres : Rivarol, Faits & Documents, L’Action française, Synthèse nationale, Politique magazine, L’Héritage, Livr’arbitres, Civitas, la Nouvelle revue universelle, le Sel de la Terre, la Nouvelle revue d’histoire, Mémoires d’Empire, le CEP, etc.

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Heidegger, la tradition, la révolution, la résistance et l’“anarquisme”
Expédier Heidegger en trois pages pour expliquer qu’il est un tenant de la tradition, ou d’une tradition, tient de la gageure. Je vais néanmoins m’y atteler, pour faire plaisir à Eugène Krampon et parce que, finalement, c’est une nécessité pédagogique dans un combat métapolitique comme le nôtre. Tout néophyte qui a abordé Heidegger sait qu’il parle de “Dasein”, terme allemand signifiant la vie ou l’existence mais que les philosophes exégètes de son oeuvre préfèrent traduire par “être-là”. Les exercices de haute voltige philosophique n’ont pas manqué pour cerner avec toute l’acuité voulue ce concept d’“être-là”. Ce “là”, pour Heidegger, tout au début de ses réflexions, c’est son enracinement dans le pays souabe, dans la petite ville de Messkirch où il a vu le jour. Au-delà de cet enracinement personnel, tout homme, pour être un homme complet et authentique, pour ne pas être une sorte de fétu de paille emporté par les vents des modes, doit avoir un ancrage solide, de préférence rural ou semi-rural, à coup sûr familial, dans une patrie, une “Heimat”, bien circonscrite. Plus tard, Heidegger, élargira son enracinement souabe à toute la région, du Lac de Constance à la Forêt Noire, aux sources du fleuve central de notre Europe, le Danube. En effet, c’est dans cette région-là, très précisément, que sont nés les grands penseurs et poètes allemands, dont Hölderlin et Hegel. C’est dans leur patrie charnelle baignée par le Danube naissant que le retour subreptice et encore voilé à l’essence grecque de l’Europe s’est ré-effectué, à partir du 18ème siècle. La germanité pour Heidegger, c’est donc cet espace de forêts et de collines douces, parfois plus échancrées au fur et à mesure que l’on s’approche de la frontière suisse, mais c’est aussi le lieu de l’émergence d’une langue philosophique inégalée depuis la Grèce antique, plongeant dans un humus tellurique particulier et dans une langue dialectale/vernaculaire très profonde: cette Souabe devrait donc être la source d’inspiration de tous les philosophes, tout comme une certaine Provence —ce qu’il admettra bien volontiers quand il ira y rendre visite au poète René Char.
La tradition pour Heidegger n’est donc pas une sorte de panacée, ou d’empyrée, qui se trouverait, pour l’homme, hors du lieu qui l’a vu naître ni hors du temps qui l’a obligé à se mobiliser pour agir dans et sur le monde. Heidegger n’est pas le chantre d’une tradition figée, inamovible, extraite du flux temporel. L’homme est toujours “là” (ou “ici”) et “maintenant”, face à des forces pernicieuses qui l’assoupissent, lui font oublier le “là” qui l’a vu naître et les impératifs de l’heure, comme c’est le cas de nos contemporains, victimes de propagandes dissolvantes via les techniques médiatiques, fabricatrices d’opinions sans fondements. Par voie de conséquence, la “proximité” (“Nähe”) est une vertu, une force positive qu’il s’agit de conserver contre les envahissements venus de partout et de nulle part, du “lointain” (“Ferne”) qui troublent et désaxent l’équilibre qui m’est nécessaire pour faire face aux aléas du monde. Le meilleur exemple pour montrer ce que Heidegger entend par “Nähe” et par “Ferne”, nous le trouvons dans son discours de 1961, prononcé en dialecte souabe à l’intention de ses concitoyens de Messkirch, de ses amis d’enfance avec qui il jouait une sorte de formidable “guerre des boutons”, où il était le chef d’un clan de gamins armés d’épées de bois. Ces braves citoyens de Messkirch lui avaient demandé ce qu’il pensait du nouveau “machin” qui envahissait les foyers, surtout dans les villes, en plein “miracle économique” allemand: ils voulaient qu’il leur parle de la télévision. Heidegger y était hostile et a prouvé dans un langage simple que la télévision allait apporter continuellement des sollicitations mentales venues du “lointain”, des sollicitations hétéroclites et exotiques, qui empêcheraient dorénavant l’homme de se resourcer en permanence dans son “là” originel et aux gens de Messkirch de ressentir les fabuleuses forces cachées de leur propre pays souabe.
Heidegger, malgré son plaidoyer permanent —par le biais d’une langue philosophique très complexe— pour cet enracinement dans le “là” originel de tout homme, n’est pas pour autant un philosophe de la banalité quotidienne, ne plaide pas pour une “installation” tranquille dans un quotidien sans relief. Tout homme authentique sort précisément de la banalité pour “ex-sister”, pour sortir (aller “ex”) de tout statisme incapacitant (aller “ex”, soit “hors”, du “stare”, verbe latin désignant la position immobile). Mais cette authencité de l’audacieux qui sort des lourdes banalités dans lesquelles se complaisent ses contemporains n’est “authentique” que s’il se souvient toujours et partout de son “là” originel. L’homme authentique qui sort hardiment hors des figements d’un “végétatisme” n’est pas un nomade mental, il garde quelque part au fond de lui-même un “centre”, une “centralité” localisable; il n’est donc pas davantage un vagabond sans racines, sans mémoire. Il peut voyager, revenir ou ne pas revenir, mais il gardera toujours en lui le souvenir de son “là” originel.
L’homme de Heidegger n’est pas un “sujet”, un “moi” isolé, sans liens avec les autres (de sa communauté proche). L’homme est “là”, avec d’autres, qui sont également “là”, qui font partie intégrante de son “là” comme lui du leur. Les philosophes pointus parlent avec Heidegger de “Mit-da-sein”. L’homme est inextricablement avec autrui. Même si Heidegger a finalement peu pensé le politique en des termes conventionnels ou directement instrumentalisables, sa philosophie, et son explication du “Mit-da-sein”, impliquent de définir l’homme comme un “zoon politikon”, un “animal politique” qui sort des enlisements de la banalité pour affronter ceux qui veulent faire de la Cité (grecque ou allemande) une “machine qui se contente de fonctionner” où les hommes-rouages —réduits à la fonction médiocre de n’être plus que des “répéteurs” de gestes et de slogans— vivraient à l’intérieur d’une gigantesque “clôture”, sous le signe d’une “technique” qui instaure la pure “faisabilité” (“Machenschaft”) de toutes choses et, par voie de conséquence, impose leur “dévitalisation”. Contre les forces d’enlisement, contre les stratagèmes mis en oeuvre par les maniaques de la clôture, l’homme a le droit (vital) de résister. Il a aussi le droit de dissoudre, mentalement d’abord, les certitudes de ceux qui entendent généraliser la banalité et condamner les hommes à l’inauthenticité permanente. C’est là un principe quasi dadaïste d’anarchie, de refus des hiérarchies mises en place par les “clôturants”, c’est un refus des institutions installées par les fauteurs d’inauthenticité généralisée. Heidegger n’est donc pas un philosophe placide à l’instar des braves gens de Messkirch: il ne les méprise cependant pas, il connaît leurs vertus vitales mais il les sait menacés par des forces qui risquent de les dépasser. Il faut certes être placide comme ceux de Messkirch, vaquer à des tâches nobles et nécessaires, au rythme des champs et du bétail, mais, derrière cette placidité revendiquée comme modèle, il faut être éveillé, lucide, avoir le regard qui traque pour repérer le travail insidieux d’objectivisation des hommes et des Cités, auquel travaillent les forces “clôturantes”. Cet éveil et cette lucidité constituent un acte de résistance, une position an-archique (qui ne reconnaît aucun “pouvoir” parmi tous les pouvoirs “objectivants/clôturants” qu’on nous impose), position que l’on comparera très volontiers à celle de l’anarque d’Ernst Jünger ou de l’“homme différencié” de Julius Evola (dadaïste en sa jeunesse!).
L’homme a le droit aussi de “penser la révolution”. Heidegger est, de fait, un philosophe révolutionnaire, non seulement dans le contexte agité de la République de Weimar et du national-socialisme en phase d’ascension mais de manière plus générale, plus pérenne, contre n’importe quelle stratégie de “clôturement” puisque toute stratégie de ce type vise à barrer la route à l’homme qui, à partir de son “là” originel, tente de sortir, avec les “autruis” qui lui sont voisins, avec ses proches, des “statismes” emprisonnants qu’une certaine “métaphysique occidentale” a générés au cours de l’histoire réelle et cruelle des peuples européens. Cette “métaphysique” a occulté l’Etre (lequel est de toutes les façons insaisissable), dont on ne peut plus aisément reconnaître les manifestations, si bien que l’homme risque d’y perdre son “essence” (“Wesen”), soit, pourrait-on dire, de perdre sa capacité à ex-sister, à sortir des banalités dans lesquelles on se complait et on se putréfie quand on oublie l’Etre.
Deux solutions s’offrent alors à l’homme authentique: 1) amorcer un “nouveau commencement” (“neuer Anfang”) ou 2) accepter de faire pleinement connaissance de l’étranger (der “Fremde”), de ce qui lui est fondamentalement étranger, pour pouvoir mieux, en bout de course, s’ouvrir à son propre (das “Eigene”), quand il sera aperçu que ce fondamentalement étranger n’est pas assimilable à son propre. Dans le premier cas, il faut rompre “révolutionnairement” avec le processus métaphysique d’“enclôturement”, rejeter politiquement les régimes et les idéologies qui sont les produits finis et applicables de cette métaphysique de l’“enclôturement”. C’est ce que Heidegger a fait en prononçant son fameux “discours de rectorat” qui scellait son engagement national-socialiste en 1933-34. Le ré-alignement du nouveau régime sur des institutions imitées du wilhelminisme d’avant 1914 ou sur certaines normes de la République de Weimar, suite, notamment, à la “Nuit des longs couteaux” de juin 1934, plonge Heidegger dans le scepticisme: le régime semble n’être qu’un avatar supplémentaire de la “métaphysique enclôturante”, qui abandonne son “révolutionnisme” permanent, qui renonce à être l’agent moteur du “nouveau commencement”. C’est alors que Heidegger amorce sa nouvelle réflexion: il ne faut pas proposer, clef sur porte, un “nouveau commencement” car, ruse de l’histoire, celui-ci retombera dans les travers de la “métaphysique enclôturante”, à la façon d’une mauvaise habitude fatale, récurrente au cours de l’histoire occidentale. Au contraire: il faut attendre, faire oeuvre de patience (“Geduld”), car toute la trajectoire pluriséculaire de la métaphysique oeuvrant de manière “enclôturante” ne serait qu’un très long détour pour retrouver l’Etre, soit pour retrouver la possibilité d’être toujours authentique, de ne plus avoir face à soi des forces génératrices de barrières et de clôtures qui empêchent de retrouver le bon vieux soleil des Grecs. L’homme doit pourtant suivre ce trajet décevant pour se rendre compte que la trajectoire de la métaphysique “enclôturante” ne mène qu’à l’impasse et que répéter les formules diverses (et politiques) de cette métaphysique ne sert à rien. Ce sera alors le “tournant” (die “Wende”) de l’histoire, où il faudra se décider (“entscheiden”) à opter pour autre chose, pour un retour aux Grecs et à soi. Les éveillés doivent donc guetter le surgissement des “points de retournement” (des “Wendungspunkte”), où le pernicieux travail d’“enclôturement” patine, bafouille, se démasque (dans la mesure où il dévoile sa nature mutilante de l’hominité ontologique). C’est en de tels moments, souvent marqués par la nécessité ou la détresse (“die Not”), que l’homme peut décider (faire oeuvre d’“ex-sister”) et ainsi se sauver, échapper à tout “enclôturement” fatal et définitif. Cette décision salvatrice (“die Rettung”) est simultanément un retour vers l’intériorité de soi (“Einkehr”). L’homme rejette alors les régimes qui l’emprisonnent, par une décision audacieuse et, par là, existentielle, tout en retournant à lui-même, au “là” qui le détermine de toutes les façons dès le départ, mais qu’on a voulu lui faire oublier. Pour Heidegger, ce “là”, qu’il appelle après 1945, l’“Okzident”, n’est pas l’Occident synonyme d’américanosphère (qu’il rejette au même titre que le bolchevisme), mais, finalement, sa Souabe matrice de poésie et de philosophie profondes et authentiques, l’“Extrême-Ouest” du bassin danubien, l’amont —aux flancs de la Forêt Noire— d’un long fleuve qui, traversant toute l’Europe, coule vers les terres grecques des Argonautes, vers la Mer Noire, vers l’espace perse.
La deuxième option, consécutive à un certain “enclôturement” du national-socialisme puis à la défaite de celui-ci (en tant que “nouveau commencement” avorté), implique une certaine dépolitisation, une diminution du tonus de l’engagement, si fort dans les années 30, toutes idéologies confondues. L’échec de la “métaphysique clôturante” ne sera dès lors pas dû à une action volontariste et existentielle, posée par des hommes auhentiques, ou des héros, mais par l’effet figeant, étouffant et destructeur que provoquent les agitations fébriles des tenants mêmes de ces pratiques d’enclôturement qui, dès maintenant, arriveront très vite au bout de leur rouleau, buteront contre le mur au fond de l’impasse qu’ils ont eux-mêmes bâtie. Cette fin de règne est notre époque: le néo-libéralisme et les résidus burlesques de sociale-démocratie nous ont d’abord amené cette ère de festivisme (post-mitterrandien), qui utilise la fête (qui pourrait pourtant être bel et bien révolutionnaire) pour camoufler ses échecs politiques et son impéritie, son incapacité à penser hors des sentiers battus de cette métaphysique de l’enclôturement, fustigée par Heidegger en termes philosophiques aussi ardus que pointus. Le sarközisme et l’hollandouillisme en France, comme le dehaenisme ou le diroupettisme en Belgique, et surtout comme la novlangue et les lois scélérates du “politiquement correct”, sont les expressions grotesques de cette fin de la métaphysique de l’enclôturement, qui ne veut pas encore céder le terrain, cesser d’enclôturer, qui s’accroche de manière de moins en moins convaincante: persister dans les recettes préconisées par ces faquins ne peut conduire qu’à des situations de détresse dangereuses et fatales si on n’opte pas, par un décisionnisme existentiel, pour un “autre commencement”. Mais, contrairement à nos rêves les plus fous, où nous aurions été de nouveaux Corps Francs, cet “autre commencement” ne sera pas provoqué par des révolutionnaires enthousiastes, qui, en voulant hâter le processus, mettraient leur authenticité existentielle en exergue et en jeu (comme dans les années 30 —de toute façon, ce serait immédiatement interdit et donnerait du bois de ralonge à l’adversaire “enclôturant”, qui pourrait hurler “au loup!” et faire appel à sa magistraille aux ordres). Le “nouveau commencement” adviendra, subrepticement, par les effets non escomptés de l’imbécillité foncière et de l’impéritie manifeste des tenants des idéologies appauvries, avatars boiteux de la “métaphysique occidentale”.
Il nous reste à boire l’apéro et à commander un bon repas. Après la poire et le fromage, après un bon petit calva tonifiant, il faudra bien que nos congénères, sortis de l’inauthenticité où les “enclôtureurs” les avaient parqués, viennent nous chercher pour emprunter la voie du “nouveau commencement”, qui sera “là” sans nos efforts tragiques, de sang et de sueur, mais grâce à la connerie de l’ennemi, un “nouveau commencement” que nous avons toujours appelé de nos voeux et que nous avons pensé, à fond, avec obstination, avant tous les autres. Nous avons réfléchi. Nous allons agir.
Robert STEUCKERS.
(Voilà, j’ai commis le pensum de 15.000 signes commandé par Eugène, ce formidable commensal aux propos rabelaisiens et tonifiants; on va maintenant m’accuser d’avoir fait du simplisme mais tant pis, j’assume, et j’attends de boire avec lui une bonne bouteille de “Gewurtzraminer”, agrémentée d’une douzaine d’ huîtres... Forest-Flotzenberg, novembre 2013).
Bibliographie:
- Jean-Pierre BLANCHARD, Martin Heidegger philosophe incorrect, L’Aencre, Paris, 1997.
- Edith BLANQUET, Apprendre à philosopher avec Heidegger, Ellipses, Paris, 2012.
- Mark BLITZ, Heidegger’s Being and Time and the Possibility of Political Philosophy, Cornell University Press, London, 1981.
- Renaud DENUIT, Heidegger et l’exacerbation du centre – Aux fondements de l’authenticité nazie?, L’Harmattan, Paris, 2004.
- Michael GELVEN, Etre et temps de Heidegger – Un commentaire littéral, Pierre Mardaga, Bruxelles, 1970.
- Florian GROSSER, Revolution Denken – Heidegger und das Politische – 1919-1969, C. H. Beck, Munich, 2011.
- Emil KETTERING, Nähe – Das Denken Martin Heideggers, Günther Neske, Pfullingen, 1987.
- Bernd MARTIN, Martin Heidegger und das “Dritte Reich” – Ein Kompendium, Wissenschaftliche Buchgesellschaft, Darmstadt, 1989.
- Michael ROTH, The Poetics of Resistance – Heidegger’s Line, Northwestern University Press, Evanston/Illinois, 1996.
- Rainer SCHÜRMANN, Le principe d’anarchie – Heidegger et la question de l’agir, Seuil, Paris, 1982.
- Hans SLUGA, Heidegger’s Crisis – Philosophy and Politics in Nazi Germany, Harvard University Press, 1993.
http://robertsteuckers.blogspot.fr/2014/01/heidegger-la-tradition-la-revolution-la.html -
En relisant nos maîtres : Charles Maurras
C’est un monument de la pensée française, dans toutes les acceptions de qualité, allons, ne nous privons pas, de supériorité de celle-ci, supériorité non en ce qu’elle est « de chez nous », mais en ce qu’elle touche à l’universel, dans le temps et dans l’espace, et qu’elle proclame le Vrai, le Beau et le Bien. Il mériterait à lui seul une brève par semaine sur votre blog préféré.
Il s’agit de Charles Maurras. Nous n’avons pas ici la place de convoquer toute l’expertise nécessaire pour faire justice des esprits chagrins ou à courte vue qui l’ont vilipendé, et tout particulièrement de ceux qui aujourd’hui comme hier essaient de glisser le venin d’une soi-disant incompatibilité essentielle entre la doctrine de Maurras et l’orthodoxie catholique (aussi bien chez Golias qu’à la FSSPX).
Il est tout aussi évident qu’inévitable que dans les milliers et milliers de pages écrites par lui ou sous sa direction, dans un combat quotidien contre les forces de dilution de la France, comme de l’Eglise, dans une lutte sans merci, lui et ses disciples aient pu avoir des excès de plume, et dans le maelstrom des évènements, aient pu adopter des positions contestables (comme le ralliement temporaire à la dictature jacobine pendant la 1ère Guerre Mondiale, position éreintée par Jean de Viguerie dans « Les deux patries »).
L’objet de notre rubrique « en relisant nos maîtres » n’étant pas d’être exhaustif, mais de donner le goût au lecteur de revenir aux sources, nous vous proposons quelques citations symboliques du Maître de Martigues, sur quelques sujets essentiels, et d’éminente actualité.
Sur la question fondamentale de la laïcité, des rapports entre Dieu et César.
« Il faut définir les lois de la conscience pour poser la question des rapports de l'homme et de la société ; pour la résoudre, il faut constituer des autorités vivantes chargées d'interpréter les cas conformément aux lois. Ces deux conditions ne se trouvent réunies que dans le catholicisme. Là et là seulement, l'homme obtient ses garanties, mais la société conserve les siennes : l'homme n'ignore pas à quel tribunal ouvrir son cœur sur un scrupule ou se plaindre d'un froissement, et la société trouve devant elle un grand corps, une société complète avec qui régler les litiges survenus entre deux juridictions semblablement quoique inégalement compétentes. L'Église incarne, représente l'homme intérieur tout entier ; l'unité des personnes est rassemblée magiquement dans son unité organique. L'État, un lui aussi, peut conférer, traiter, discuter et négocier avec elle. Que peut-il contre une poussière de consciences individuelles, que les asservir à ses lois ou flotter à la merci de leur tourbillon ? » (La démocratie religieuse, 1921)
Sur la lutte de la culture de vie contre la culture de mort, et finalement du Bien contre l’absence de Bien qu’on appelle Mal.
« Tout désormais s'explique par une différence, la plus claire du monde et la plus sensible : un oui, un non. Ceux-là ne veulent pas, ceux-ci veulent, désirent. Quoi donc ? Que quelque chose soit, avec les conditions nécessaires de l'Être. Les uns conspirent à la vie et à la durée : les autres souhaitent, plus ou moins nettement, que ce qui est ne soit bientôt plus, que ce qui se produit avorte, enfin que ce qui tend à être ne parvienne jamais au jour. Ces derniers constituent la vivante armée de la mort : ils sont l'inimitié jurée, directe, méthodique, de ce qui est, agit, recrute, peuple : on peut les définir une contradiction, une critique pure, formule humaine du néant. (…) Le positif est catholique et le négatif ne l'est pas. Le négatif tend à nier le genre humain comme la France et le toit domestique comme l'obscure enceinte de la conscience privée ; ne le croyez pas s'il soutient qu'il nie uniquement le frein, la chaîne, la délimitation, le lien : il s'attaque à ce que ces négations apparentes ont de positif. Comme il ne saurait exister de figure sans le trait qui la cerne et la ligne qui la contient, dès que l'Être commence à s'éloigner de son contraire, dès que l'Être est, il a sa forme, il a son ordre, et c'est cela même dont il est borné qui le constitue. Quelle existence est sans essence ? Qu'est-ce que l'Être sans la loi ? À tous les degrés de l'échelle, l'Être faiblit quand mollit l'ordre ; il se dissout pour peu que l'ordre ne le tienne plus. Les déclamateurs qui s'élèvent contre la règle ou la contrainte au nom de la liberté ou du droit, sont les avocats plus ou moins dissimulés du néant. Inconscients, ils veulent l'Être sans la condition de l'Être et, conscients, leur misanthropie naturelle, ou leur perversité d'imagination, ou quelque idéalisme héréditaire transformé en folie furieuse les a déterminés à rêver, à vouloir le rien. » (La démocratie religieuse, 1921)
Sur le nationalisme, pour éviter précisément toute confusion du nationalisme intégral de Maurras, de l’Action Française et de toute l’école monarchiste française avec les expressions dévoyées du nationalisme venues de la Gauche et habilement cataloguées par le Système comme étant de droite : fascisme, nazisme, qui adhèrent, socialisme originaire oblige à un Etat tout puissant et centralisateur, en un mot JACOBIN et liberticide.
« Caractère distinctif du nationalisme français : il est fort éloigné de présenter la nécessité pratique et moderne du cadre national rigide comme un progrès dans l’histoire du monde ou comme un postulat philosophique et juridique absolu : il voit au contraire dans la nation une très fâcheuse dégradation de l’unité médiévale, il ne cesse pas d’exprimer un regret profond de l’unité humaine représentée par la république chrétienne (…) ». (L’Action Française, 25 mars 1937)
« Un nationalisme n’est pas un nationalisme exagéré ni mal compris quand il exclut naturellement l’étatisme (…). Quand l’autorité de l’Etat est substituée à celle du foyer, à l’autorité domestique, quand elle usurpe sur les autorités qui président naturellement à la vie locale, quand elle envahit les régulateurs autonomes de la vie des métiers et des professions, quand l’Etat tue ou blesse, ou paralyse les fonctions provinciales indispensables à la vie et au bon ordre des pays, quand il se mêle des affaires de la conscience religieuse et qu’il empiète sur l’Eglise, alors ce débordement d’un Etat centralisé et centralisateur nous inspire une horreur véritable : nous ne concevons pas de pire ennemi. » (L’Action Française, du 19 juillet 1938)
Et au soir de sa vie, prisonnier de la République rétablie dans toutes ses prérogatives de destruction, il écrivait à Pierre Boutang cette exhortation testamentaire magnifique, lui, l’agnostique.
"Nous bâtissons l'arche nouvelle, catholique, classique, hiérarchique, humaine, où les idées ne seront plus des mots en l'air, ni les institutions des leurres inconsistants, ni les lois des brigandages, les administrations des pilleries et des gabegies, où revivra ce qui mérite de revivre, en bas les républiques, en haut la royauté et, par-delà tous les espaces, la Papauté ! Même si cet optimisme était en défaut et si, comme je ne crois pas tout à fait absurde de le redouter, si la démocratie était devenue irrésistible, c'est le mal, c'est la mort qui devaient l'emporter, et qu'elle ait eu pour fonction historique de fermer l'histoire et de finir le monde, même en ce cas apocalyptique, il faut que cette arche franco-catholique soit construite et mise à l'eau face au triomphe du Pire et des pires. Elle attestera, dans la corruption universelle, une primauté invincible de l'Ordre et du Bien. Ce qu'il y a de bon et de beau dans l'homme ne se sera pas laissé faire. Cette âme du bien l'aura emporté, tout de même, à sa manière, et, persistant dans la perte générale, elle aura fait son salut moral et peut-être l'autre. Je dis peut-être, parce que je ne fais pas de métaphysique et m'arrête au bord du mythe tentateur, mais non sans foi dans la vraie colombe, comme au vrai brin d'olivier, en avant de tous les déluges."
Sur le sujet de la condamnation par Pie XI, Jean Madiran en donne une présentation synthétique ici.
Pour approfondir le sujet, quelques liens :
http://bibliothequedecombat.wordpress.com/
http://maurrassianna.free.fr/maurrassianna/
Si vous aviez un livre à lire en premier lieu, nous vous conseillerions « La démocratie religieuse » (téléchargeable gratuitement ici), dont toute la brillante démonstration résonne comme un écho laïque à la condamnation du Sillon par Saint Pie X, que nous évoquions ici.
Enfin nous ne pouvons qu’inciter nos amis Veilleurs à s’approprier ce géant, qui nous parait mille fois préférable à Antonio Gramsci, par exemple.
http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2014/01/en-relisant-nos-ma%C3%AEtres-charles-maurras.html
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Manifs de droite : « Pas de grands mouvements sans les cathos » - Rue89
Non, la rue n’est pas toujours de gauche ! Des défilés des années 20 à la Manif pour tous en 2013, Danielle Tartakowsky raconte comment les droites françaises prennent le pavé.
La Manif pour tous a surpris son monde. Dans l’imaginaire politique français, les braillards qui investissent la rue sont d’abord de gauche. Etudiants souvent, ouvriers encore, progressistes toujours. D’où venaient donc ces cathos, qui, même s’ils se défendaient d’être de droite, n’en incarnaient pas moins une France conservatrice ?
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Manifestations parisiennes et visites le nez en l'air
Trois dimanches à manifester dans les rues de Paris donneront l'occasion d'en arpenter bien d'autres pour se rendre au départ de la manif ou encore pour rentrer chez soi. Et chacun sait que les rues, les places et autres boulevards possèdent leurs propres secrets, leur propre histoire.
Prenons l'exemple de la Place Denfert-Rochereau où nous nous retrouverons nombreux dimanche prochain pour manifester contre l'avortement et pour la liberté d'expression. Saviez que le colonel Denfer-Rochereau, lui non plus n'avait rien lâché ?
"La place Denfert-Rochereau, vous le savez, abrite en son centre le Lion de Belfort. Mais connaissez-vous son secret ?
En réalité, tout se passe après la désastreuse guerre franco-prussienne de 1870. Napoléon III, battu par les Allemands à Sedan, dut capituler, et le Second Empire disparaîtra avec lui.
Si l'armée française fut largement écrasée par l'adversaire, il y eut tout de même quelques hauts faits d'armes. En particulier, le colonel Denfert-Rochereau, que les Allemands ne purent, malgré leurs efforts, forcer à capituler. La ville de Belfort, dont il assurait la défense, ne put jamais être prise" (suite).Alors, avant de sortir dans Paris ou de programmer votre dimanche de manif parisienne, parcourez ce site "Paris, le nez en l'air" et apprenez de l'histoire de la capitale! Il grenouille d'anecdotes et de propositions de ballades. Et si, pendant ces manifs, vous vous posez des questions sur tel ou tel nom de rue ou sur l'histoire de Paris, posez la question à voix haute, peut-être que son webmestre sera assez proche pour vous répondre !
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26 janvier : conférence sur l'embryon et les religions à Magny-les-Hameaux
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Maurras, inlassable avocat des langues régionales
De ses tout premiers engagements de jeunesse, Maurras a-t-il conservé l’idée que décentralisation et défense des langues régionales vont de pair ? C’est une hypothèse naturelle, tant la chose allait de soi dans la Déclaration des jeunes félibres fédéralistes de 1892. Mais ce n’est qu’une hypothèse, qu’il faudrait étayer par des études sérieuses qui, à notre connaissance, n’existent pas.
Lorsque Maurras construit son corpus doctrinal sur la République centralisatrice, les problématiques linguistiques n’y figurent pas en première ligne, ne serait-ce que parce tous les territoires ne sont pas concernés, ou pas également concernés. On pourrait dès lors formuler l’hypothèse inverse : le combat de Maurras pour la décentralisation, qui a donné lieu à un nombre considérable d’écrits, et son combat pour la langue et la culture provençales, accessoirement pour le breton ou l’alsacien, ont été menés quasi indépendamment l’un de l’autre, avec des rencontres qui ne sont que fortuites.
Pourquoi se poser cette question ? Simplement parce que l’ouvrage de synthèse que Maurras consacre aux langues régionales et à leur enseignement, Jarres de Biot, date de 1951, soit un an avant sa mort, alors que son équivalent L’Idée de la décentralisation a été composé en 1898.
Un élément de réponse se trouve peut-être dans l’observation du comportement du pays légal. Tout député, même le plus pénétré d’idéologie jacobine, sera un jour en butte au pouvoir d’un préfet et en tirera la conclusion que, s’il avait été libre de ses mouvements et de ses décisions, les choses seraient allé mieux et plus vite. Il y a donc chez chaque élu un décentralisateur qui sommeille et, lorsqu’il est dans l’opposition, il trouvera aisément matière à faire une proposition en ce sens. Dans L’Idée de la décentralisation, Maurras dresse l’impressionnante liste de ces joutes parlementaires, analysées avec minutie, et nul doute qu’il a continué à les suivre avec attention tout le restant à vivre de la IIIe République. Le scénario en a toujours été le même ; le parti au pouvoir enterre le projet, quelle que soit sa couleur, et c’est l’un des siens qui en représentera un autre semblable lorsque le gouvernement sera renversé, ce qui était fréquent à l’époque.
Les propositions en faveur des langues régionales, également récurrentes et également toujours retoquées, n’obéissaient pas à la même logique. Elles n’étaient présentées que par des élus des régions concernées, Bretons, Basques, Catalans… qui pouvaient également être décentralisateurs, mais qui souvent ne l’étaient pas. Maurras eut d’ailleurs très tôt affaire à certains dirigeants du Félibrige qui étaient de farouches jacobins. Ceci l’a sans doute amené à faire la part des choses.
Jarres de Biot, que nous publions aujourd’hui et qui n’a été tiré à l’époque qu’en édition de luxe à 500 exemplaires, est sans doute, avec Le Mont de Saturne qui est d’un tout autre genre, le plus achevé, le plus documenté, le mieux argumenté des textes écrits par le Maurras d’après guerre.
Sa publication fait suite à des polémiques qui se sont déroulées en 1950 pendant la discussion de la première loi républicaine sur l’enseignement des langues régionales, dite « loi Deixonne ». L’un des principaux adversaires de cette mesure fut l’académicien Georges Duhamel qui sonna le tocsin dans plusieurs articles du Figaro. Jarres de Biot est en fait la réponse de Maurras aux articles de Georges Duhamel ; il n’évoque pas la loi Deixonne en tant que telle.
Il n’est pas inutile de resituer ces événements dans leur contexte. Tout a commencé par l’initiative de deux députés communistes bretons, Pierre Hervé et l’aïeul Marcel Cachin. Ceux-ci exhument une proposition de loi déposée avant guerre par un député démocrate-chrétien nommé Trémintin, laquelle concernait l’enseignement de la langue bretonne à l’école primaire. Ils la rajeunissent quelque peu et la déposent, le 16 mai 1947. Mais juste avant, le 5 mai, le gouvernement Ramadier se sépare des ministres communistes ; c’est le début de la guerre froide en France. La bataille pour la langue bretonne commence donc dans un climat d’affrontement violent qui lui confère un enjeu inattendu ; rapidement, le MRP s’y associe, ce qui met les socialistes en minorité. Ceux-ci tiennent certes le gouvernement, mais sur ce point précis ils doivent composer et finissent par nommer un de leurs, Maurice Deixonne, rapporteur du projet de loi, avec mission occulte de le saboter autant que possible.
Deixonne est un gros bosseur, qui de son propre aveu ne connaît rien au sujet, et qui de plus a sans doute quelques fréquentations ultra-pacifistes d’avant guerre à se faire pardonner, la plupart de ses amis d’alors ayant fini dans la collaboration. C’est un orphelin qui s’est fait lui-même à coup de brillantes études ; mais dès la fin des années 1920 il interrompt sa carrière universitaire pour s’engager au parti socialiste. Sa puissance de travail impressionne ; d’ailleurs sa la loi sur les langues régionales, qui porte son nom, ne figure même pas dans sa biographie de l’Assemblée, tant il y a fait d’autres choses depuis jugées plus importantes…
Il s’attelle à la tâche et finalement, contre toute attente, réussit à finaliser un texte consensuel qui sera adopté par l’Assemblée le 30 décembre 1949.
Entre temps il sera parvenu à faire la jonction avec les députés catalans, puis à intégrer le basque et l’occitan, terme préféré après de longues escarmouches à ceux de provençal ou de langue d’oc. Il aura ainsi pratiquement reconstitué le contenu de la circulaire Carcopino de décembre 1941, qui par la force des choses ne concernait ni le flamand, ni l’alsacien, ni le lorrain, et qui a été abolie à la Libération.
Il reste alors, ainsi fonctionnait la quatrième République, à faire adopter le texte par le Conseil des ministres. Cela durera toute l’année 1950, jusqu’à promulgation de la loi le 11 janvier 1951. Cette année 1950 verra la polémique gagner la presse, l’Académie Française et tout le monde enseignant, avec d’un côté une alliance de fait entre communistes et MRP, auxquels on peut joindre l’Action française, et de l’autre les jacobins de tout bord, dénonçant les risques épouvantables qu’une heure facultative de langue bretonne à l’école fera immanquablement courir à l’unité française.
Le texte final de la loi est plus que modeste. Les mots « facultatif », « dans la mesure du possible », reviennent sans cesse. Le ton à l’égard des langues concernées est volontiers condescendant : il est question de « richesse du folklore et des arts populaires » ; rien de bien subversif, et cependant cela a conduit Georges Duhamel à pousser des cris d’orfraie au long de cinq éditoriaux d’avril et de mai 1950. Avec au moins une conséquence heureuse,celle d’avoir incité Maurras à écrire ce qu’il avait sur le cœur, sans doute depuis cinquante ans et plus.
Il y a eu deux éditions de Jarres de Biot, comportant en plus du texte lui-même des illustrations et des poèmes. Nous avons noté les variantes entre les deux éditions, et reproduit l’ensemble des illustrations. Nous publierons en revanche les poèmes à part, dans un autre cadre, car ils n’ont aucun rapport avec la loi Deixonne ni avec Georges Duhamel.
http://maurras.net/2013/03/02/maurras-inlassable-avocat-des-langues-regionales/#more-1901
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Commémoration du 6 Février 1934!

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Pour les nostalgiques du gauchisme
Les services de Mme Filippetti, ont donc annoncé pour 2014 la célébration nationale du cinquantenaire de la mort de Maurice Thorez, en octobre 1964. Merveilleuse occasion de revenir ici pendant plusieurs mois sur un passé que l’on cherche à enfouir. Quand on consulte, en effet, les vieilles collections de L'Humanité on y découvre pas mal de choses. La Mémoire sélective, médiatique et cybernétique tend à les effacer. Plus exactement, le processus ordinaire consiste à les enfoncer sous plusieurs couches de bulles journalistiques insignifiantes : ces derniers jours nous en ont encore donné un stupéfiant florilège.
Dans L’Huma, comme partout, l'année commence par des vœux. Ils apparaissent en première page de l'organe central du parti communiste français. Leur caractère formel n'échappe pas à la règle…
En ce début d’année 1964, Maurice Thorez porte encore le titre de secrétaire général. En réalité, il passe de longs mois sur la Côte d’Azur ou en Union Soviétique. C’est au cours de son dernier voyage vers le grand frère qu’il disparaîtra. Il ne sera nommé président du parti qu’en mai. Le XVIIe congrès qui avalisera cette décision votera de nouveaux statuts qui, pas plus que les précédents, ne prévoient même pas l’utilisation d’un tel titre, essentiellement "bourgeois".
En première page de L’Huma datée du premier jour de l’année publie les vœux que le chef du PCF adresse au parti frère : c'est au parti est-allemand qu'il les adresse en la personne de Walter Ullbricht.
Waldeck Rochet, secrétaire général adjoint, – en attente que ce titre soit confirmé par le XVIIe Congrès qu’il organise en compagnie de Georges Marchais – adresse les siens à Fidel Castro :
Titre du journal : "La révolution cubaine a cinq ans."
Un télégramme du Parti Communiste Français à Fidel Castro
À l'occasion de l'anniversaire de la révolution cubaine, Waldeck Rochet secrétaire général adjoint du Parti Communiste Français a adressé à Fiel Castro le télégramme suivant…
Au camarade Fidel Castro secrétaire général du Parti Uni de la Révolution Socialiste de Cuba
(…) Très fraternellementEn page 3 le même numéro de L’Humanité a inséré un article. Il est intitulé : "La première révolution authentique de l'Amérique Latine. Pas gentil pour les [nombreux] libertadores et autres caudillos du sous-continent, ce qualificatif, cependant, dit bien ce qu’il veut dire en termes marxistes. On y lit en effet que Castro aurait réalisé "une réforme agraire véritable". Par conséquent tous les hommes de gauche se sentent "solidaires de la révolution cubaine". (1)⇓
L’année précédente, le dictateur cubain avait prononcé, le 23 mai 1963, un important discours au cours d’un meeting d'amitié soviéto-cubain. Les révolutionnaires latino-américains devaient à travers lui se sentir : "reconnaissants à l'Union soviétique d'avoir su défendre avec fermeté et sagesse la révolution cubaine au moment de la grave crise de l'automne 1962… L'histoire ne connaît pas d'exemple de solidarité semblable… C'est ce qu'on appelle l'internationalisme…"
À l’époque, aucun détail n’étant jamais laissé au hasard dans la presse stalinienne, le PCF se réfère donc à deux pays communistes : l’Allemagne de l’Est et Cuba. Le premier ne s’effondrera qu’en 1989. Le second tient malheureusement toujours.
La photo que nous avons mis, pour les nostalgiques, en illustration de cette chronique nous montre Fidel Castro en URSS, aux côtés de Nikita Serguéïevitch Khrouchtchev, quelques jours plus tard..
Le 1er janvier 1965, on ne met plus en première page l’Allemagne de l’est, ni aucun autre pays, sauf Cuba. "Notre" Waldeck Rochet, devenu secrétaire général, adresse à nouveau les siens à Fidel Castro. Le journal les publie sous le titre : "La révolution cubaine a six ans." (2)⇓
Mais dans L'Huma, à l'époque, il n’y a guère que la date qui change. Qu'écrit-on alors au Dealer Maximo ? Citons à nouveau :
Un message du Parti Communiste Français au Parti Uni de la Révolution Socialiste
Au camarade Fidel Castro
Secrétaire général du Parti Uni de la Révolution Socialiste
Cuba
À l'occasion du VIe anniversaire de la victoire de la Révolution cubaine, le Parti Communiste Français vous adresse le témoignage de sa solidarité fraternelle et les vœux de la classe ouvrière et du peuple français pour que votre pays remporte de nouveaux succès dans la voie socialiste qu'il a choisie.
Soyez assuré que les travailleurs français, qui luttent pour l’instauration d'une démocratie réelle dans leur pays comme étape vers le socialisme, entendent renforcer leur vigilance à l'égard des entreprises agressives de l'impérialisme américain et leur solidarité envers la Révolution cubaine. Ils saluent chacune de vos victoires, chacun de vos progrès économiques, sociaux et culturels.
Notre Parti agit pour que soient développées les relations commerciales, culturelles et scientifiques entre nos deux pays et l'amitié et la solidarité entre nos deux peuples.
Pour vous-même, camarade Fidel Castro, pour votre parti, pour le peuple cubain, recevez donc nos vœux fraternels et l'assurance de notre indéfectible solidarité.
Waldeck Rochet
Secrétaire général du Parti Communiste FrançaisAujourd’hui certes "Fidel Castro", ne semble plus apparaître que "tel un vampire à la pleine lune". L’excellente chronique des événements courants à laquelle j’emprunte cette formule illustre cependant son article non pas du pathétique cliché du jour publié par The Guardian (3)⇓ le 9 janvier, mais, tourné vers l'avenir, de la photo des dirigeants futurs qu’a déjà désignés Raul Castro. (4)⇓
Posons donc ici une simple question : si en 1964-1965, il y a donc 50 ans, la gauche française se disait prête à saluer les progrès de l’île communiste, quand a-t-elle seulement pris acte des désastres difficilement réparables que le tropical-socialisme a infligé à un pays qui, avant 1959, était un des plus brillants du Nouveau Monde ?
JG Malliarakishttp://www.insolent.fr/2014/01/pour-les-nostalgiques-du-gauchisme.html
Apostilles
1) cf. L'Humanité du 1er janvier 1964 ⇑
2) cf. L'Humanité du 1er janvier 1965 ⇑
3) cf. The Guardian du 9 janvier ⇑
4) cf. Blog Actu de l’Institut d’Histoire sociale le 10 janvier ⇑
