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culture et histoire - Page 1695

  • La guérilla espagnole dans la guerre contre les armées napoléoniennes 2/3

    Le montant des pertes causées par la guérilla dans les armées impériales, aussi décisif que délicat à établir, ne saurait être que très approximatif. Le chiffre le plus élevé, certainement exagéré, a été donné par J.F.A. Le Mière de Corvey, ancien officier en Espagne, et auteur d’un important manuel sur la guerre de guérilla (26).
    « Cent cinquante à deux cents masses de guérillas répandues dans toute l’Espagne, avaient fait le serment de tuer chacune trente ou quarante Français par mois, cela faisait six à huit mille hommes par mois pour la totalité des bandes des guérillas. […] Comme il y a douze mois dans l’année, nous perdions environ quatre-vingt mille hommes par an, sans avoir eu de batailles rangées : la guerre d’Espagne a duré sept ans ; c’est donc plus de cinq cents mille hommes de tués […]«  (27)
    Le général Bigarré, aide de camp de Joseph Bonaparte, indique quant à lui dans ses Mémoires :
    « Je dois pourtant avouer que les guérillas ont fait beaucoup plus de mal aux troupes françaises que les armées régulières pendant la durée de la guerre d’Espagne; il est reconnu qu’elles n’assassinaient pas moins de cent hommes par jour. Ainsi, pendant l’espace de cinq années, elles ont tué 180.000 Français sans avoir perdu plus de vingt-cinq mille hommes, car il était rare que ces bandes indisciplinées se battissent en rase campagne sans être plus de cinq contre un. » (28)
    Jean Sarramon, qui a longtemps travaillé à une grande et très minutieuse histoire de la guerre en Espagne, hélas encore largement inédite (29), a produit un tableau détaillé des pertes françaises causées par la seule guérilla entre mai 1811 et la fin juin 1812 (30). Le montant final, calculé de façon très prudente, s’élève à 15.888 hommes, soit moins de la moitié des 36.000 pertes annuelles annoncées par Bigarré et Marbot (31) ; on est évidemment bien loin des calculs de Le Mière, mais, si l’on étend ce bilan d’une année aux cinq années de guerre, on approche de 80.000 hommes. Il s’agit là de pertes bien plus importantes que celles causées par les armées régulières espagnoles, et presque doubles de celles provoquées par les troupes luso-britanniques de Wellington (45.000). Cette estimation globale se trouve confirmée par l’ouvrage à paraître de Ronald Fraser sur la participation populaire espagnole à la guerre (32). En utilisant les données recueillies sur les pertes impériales en Navarre (33), et en y ajoutant celles du reste de l’Espagne, Fraser parvient à une moyenne annuelle de 18.000 hommes, soit un total de 90.000 pour la durée entière de la guerre. Il ne s’agit là que des pertes dues à la guérilla. L’ensemble des pertes impériales en Espagne reste à établir : les estimations varient entre un minimum de 240.000 et un maximum de 600.000 hommes. Si l’estimation de Rory Muir montant à 300.000 hommes (34) paraît acceptable, l’importance du rôle tenu par la guérilla semble indéniable.
    Mais à combien pouvait s’élever le nombre de ceux qui ont pu imposer un si lourd tribut à la puissante machine de guerre napoléonienne ? Selon mes propres hypothèses, intégrant la statistique établie par Nicolas Horta Rodríguez (35), le nombre des engagés dans la guérilla en Espagne pourrait s’élever à un maximum de 65.000 hommes (36), ce qui dépasse de beaucoup celui de 50.000 indiqué par Arteche y Moro (37), mais semble toutefois raisonnable, si l’on tient compte de la nécessité de distinguer entre les guerrilleros pour ainsi dire « permanents » et les « occasionnels », entre ceux qui pratiquèrent la guérilla pendant toute la durée de la guerre, et ceux qui, par ailleurs, ne prirent part aux combats qu’en une seule occasion et pendant un temps très réduit, ne dépassant parfois pas deux ou trois jours. Cette estimation recoupe celle donnée par Ronald Fraser. L’historien anglais, au terme de longues et difficiles recherches dans l’Espagne entière, a pu établir plusieurs bases de données sur la guérilla. L’une d’elles porte sur les partidas existant en 1811 et sur leurs effectifs, ainsi que sur la répartition entre soldats à pied et à cheval (38).
    En suivant Ronald Fraser, au total de 55.531 guerrilleros il convient d’ajouter ceux des 56 partidas dont les effectifs restent indéterminés. Il propose de leur attribuer les mêmes contingents qu’à ceux des petites bandes, soit 84,9 hommes chacune, ce qui établirait le total général à 60.285 combattants, sans compter les guerrilleros de Catalogne et de Galice. On peut raisonnablement admettre que les partidas de ces deux régions pouvaient rassembler un effectif de 5.000 hommes, formant l’écart entre les calculs de Fraser et les miens. Il faut souligner qu’à l’été 1811, les quatre armées espagnoles subsistantes ou reconstituées après les défaites successives des années précédentes ne comptant guère plus de 70.000 hommes, les guerrilleros formaient ainsi une force antifrançaise presqu’égale. Ils présentaient en outre l’avantage d’être dispersés sur le territoire d’une façon assez homogène et de jouir d’une très grande mobilité, leur permettant de renoncer au combat s’ils se trouvaient en position d’infériorité.
    Sur la composition socio-professionnelle des guerrilleros, l’on ne dispose jusqu’à présent que de l’ébauche d’étude de Nicolas Horta Rodríguez (39), mais des avancées importantes sont attendues aussi bien du côté de la prochaine publication de Ronald Fraser (40), que des recherches en cours de Charles Esdaile et Leonor Hernández Enviz, visant à la constitution d’une vaste base de données incluant la totalité des guerrilleros pour lesquels on détient au moins un témoignage documentaire.
    Comme le soulignait l’ambassadeur de France à Madrid, les problèmes de communication à l’intérieur du territoire espagnol ou avec la France se posent dès 1808. Les attaques contre tous les types de messagers avaient commencé avant même le Dos de Mayo ; il est bien connu que l’Empecinado initia son activité contre les impériaux en avril 1808 comme caza-correos (chasse-courrier) ; en février de cette même année, la guérilla interceptait une lettre à Guadalajara (41). Couper ou rendre difficiles les communications postales, mais aussi le passage des personnes et des marchandises d’un lieu à l’autre de l’Espagne, fut, dès le début de la résistance anti-napoléonienne, une des tâches prioritaires confiées à la guérilla. Les Prevenciones, texte diffusé par la Junte de Séville le 6 juin 1808, donnent des instructions aux provinces sur les moyens de défense à utiliser contre l’invasion française, et précisent déjà très clairement qu’il conviendra d’entreprendre :
    « una guerra de partidas, de embarazos de consumir los Exército enemigos por falta de víveres, de cortar Puentes, hacer cortaduras y demas en los puntos que convenga, y otros medios semejantes. Convida á ello la situacion de España, sus muchos montes y desfiladeros, que ofrecen estos, sus Rios y Arroyos, la colocacion misma de las Provincias para hacer esta guerra con felicidad. » (42)
    Communications et transports pour le ravitaillement des armées, des villes et des garnisons, furent sans doute les points faibles du système d’occupation impérial en Espagne. La documentation à ce propos est accablante. Nombreux sont les hauts fonctionnaires du régime joséphin, les juges en particulier, qui demandent au ministre de la Justice l’autorisation de surseoir à la prise de possession de leur poste à cause de « la notoriedad de estar ocupados los caminos por insurgentes » (43) et de la difficulté d’avoir la « seguridad de escolta » (44) ; leurs lettres portent fréquemment la mention « duplicado » ou « triplicado », car l’expédition de plusieurs exemplaires d’un même courrier par des voies différentes cherchait à obtenir qu’au moins l’un d’eux parvienne à destination, même avec un retard considérable (45), comme il ressort d’une lettre, envoyée de Pampelune le 24 juillet 1809 par le général d’Agoult, gouverneur militaire de Navarre, au ministre de la Justice, qui affirme ne l’avoir reçue à Madrid que le 28 novembre suivant (46) ! Il est clair que toute l’Espagne joséphine souffrait gravement de ces retards perpétuels imposés aux communications en tous genres, comme au fonctionnement quotidien de l’État et à la vie des particuliers, à quoi s’ajoutaient les difficultés des autorités militaires, sollicitées de toutes parts de fournir des escortes, indépendamment de toute considération de distance:
    « Ex. mo Señor: Sin embargo de la proximidad de este Pueblo á esa Corte, para el Correo ès lo mismo que si estubiera ciento y mas leguas. Rara vez llega à tiempo: algunas le roban y muchas se detiene una semana ò mas en Alcalà, como ha sucedido ahora; siendo toda esta detencion desde dicho Pueblo acà, que son quatro leguas cortas. La excusa que dà el Conductor és que los guerrillos le interceptan y amenazan de muerte, y ni aqui, ni en Alcalà pueden ò quieren facilitar escolta los Comandantes Militares. » (47)
    Quoique les pertes infligées aux troupes impériales aient été importantes, mon opinion est que le succès majeur de la guérilla a été d’empêcher le ravitaillement régulier des armées d’occupation, soit en faisant obstruction à la libre circulation des convois, soit par une opposition opiniâtre aux exactions et aux réquisitions de récoltes, denrées alimentaires et bétail, dont les paysans étaient les principales victimes. Les impériaux devaient nourrir des effectifs compris entre 300.000 et 350.000 hommes, maximum atteint pendant l’été 1811. Les armées espagnoles oscillaient autour de 70.000 à 100.000 hommes, auxquels il convient d’ajouter les effectifs de la guérilla et ceux de l’armée anglaise, lorsqu’elle se trouvait en Espagne. Près de 700.000 combattants devaient ainsi pouvoir se nourrir sur une terre où la population, paysannerie en tête, vivait difficilement, même en temps de paix. Selon la devise napoléonienne, la guerre devait alimenter la guerre ; ce principe fut en effet appliqué sans trop de problèmes partout en Europe, mais pas en Espagne, où les paysans, même forcés à collaborer avec l’occupant, savaient bien qu’ensuite les guerrilleros viendraient exiger une contribution équivalente à celle qu’on avait dû céder à l’ennemi (48). De plus, en offrant à la guérilla « otro auxilio mas que el de la raciòn de guerrá » (une autre aide à ajouter à la ration de guerre), ils seraient victimes d’un arrêté royal les obligeant à « mantener á su costa en raciones y sueldo, al destacamento de tropas que se le embiará » (49). Se trouvant ainsi placée entre le marteau et l’enclume, la population rurale fit le choix du moindre mal et participa à la guerre pour sa survie. Autant que possible, les paysans se rangèrent du côté de la guérilla, qui pouvait leur offrir une protection contre les troupes impériales et parfois aussi, en faveur des paysans pauvres, de l’argent ou de la nourriture pris à l’ennemi ou à quelques malheureux riches propriétaires suspectés d’être des afrancesados (50). Les attaques des bandes de guerrilleros contre les colonnes militaires qui convoyaient pour le ravitaillement les troupeaux de moutons, de bœufs, et les chars de grains, enlevèrent enfin aux impériaux une portion considérable de leurs moyens de subsistance. On peut mesurer le succès de la guérilla au taux d’hospitalisation des troupes impériales en Espagne, 20% plus élevé que dans le reste de l’Europe, en raison de la sous-alimentation.
    Des difficultés analogues se présentaient à propos des lourds impôts réclamés par les militaires dans les territoires occupés, du plus petit hameau jusqu’à la grande ville. Dans les campagnes surtout, les prescriptions législatives restèrent souvent lettre morte, particulièrement dès que la force des guerrilleros augmenta sensiblement, à partir des derniers mois de 1811. De toute façon, une fois l’impôt acquitté, le problème demeurait d’en faire parvenir le produit à sa destination finale, sans qu’il ne tombe aux mains des bandes qui infestaient les chemins. Cette importante fonction de la guérilla avait déjà été remarquée et signalée par l’historien anglais Charles Oman :
    « The activity of the guerrilleros did not merely constitute a military danger for King Joseph. It affected him in another, and equally vexatious, fashion, by cutting off nearly all his sources of revenue. While the open country was in the hands of the insurgents, he could raise neither imposts nor requisitions from it. The only regular income that he could procure during the later months of 1809 was that which came in from the local taxes of Madrid, and the few other large towns of which he was in secure possession. […] The King could not command a quarter of the sum which he required to pay the ordinary expenses of government. » (51)
    La bataille pour les vivres et le numéraire se solda donc par une cuisante défaite française. C’est là, à mon sens, l’une des principales raisons de l’issue finale des combats.
    Un autre résultat d’importance obtenu par la guérilla pendant la guerre fut de mobiliser une quantité considérable de troupes impériales dans des fonctions de police, de maintien de l’ordre et de contre-guérilla, empêchant ainsi les généraux napoléoniens d’exploiter avantageusement leur supériorité numérique sur les armées alliées, luso-britanniques dans un premier temps, hispano-luso-britanniques ensuite. Dès le début des hostilités, les effectifs impériaux en Espagne ne cessèrent d’augmenter, passant de 100.000 hommes à l’automne 1807 à 350.000 en juillet 1811. Ce fut seulement à la fin de cette année, qu’en préparation de la campagne de Russie, les troupes furent réduites de 70.000 hommes (52). Malgré cette imposante supériorité, le maréchal Masséna ne put compter pour la campagne du Portugal que sur 65.000 hommes, quand, selon le même Masséna, les impériaux disposaient en Espagne de 406.348 hommes (53) ; l’Armée du Midi, commandée par le maréchal Soult, se composait en théorie au 1er septembre 1811 de 72.000 hommes et des 4.800 recrues de la garnison de Badajoz, mais ne pouvait pas en réalité aligner plus de 37.000 soldats pour entrer en campagne, les autres étant, soit malades (8.500), soit, comme l’avait bien vu A.-L. Grasset dans son étude classique sur Málaga, dispersés dans de multiples petites garnisons, ou enrôlés dans les colonnes mobiles lancées à la poursuite des guerrilleros (54).
    « Cette équipée fatigante et coûteuse et des centaines d’autres semblables prouvaient surabondamment la difficulté de réduire par les armes les bandes insurgées. Pendant plus d’un an, les troupes de Malaga vont se consacrer, sous un ciel de feu, à cette tâche surhumaine qui les épuisera et ruinera leurs effectifs. » (55)
    Comme on l’a déjà évoqué, les impériaux devaient aussi diviser leurs forces en de nombreux détachements pour acheminer les convois ou, pire encore, tant est flagrante la disproportion entre l’objectif à atteindre et les moyens mis en œuvre pour y parvenir, pour escorter ne fût-ce qu’un seul messager à cheval. Les témoignages à ce propos abondent pendant toute la durée de la guerre :
    « J’avais quitté Bayonne le 11 mai [1808]… l’insurrection s’organisait de toutes parts. […] On m’escortait d’un poste à l’autre, ce qui ne m’empêcha point d’être attaqué plusieurs fois. » (56)
    « À cette époque [1812], on ne voyageait plus en Espagne, une fois sorti d’Andalousie, qu’avec trois ou quatre cents hommes d’escorte et quelquefois plus ; encore n’était-on pas sûr d’arriver sans obstacles à sa destination; j’étais payé pour bien prendre mes précautions, d’après le combat très vif que j’avais eu à soutenir près d’Olmedo, en 1810 […]«  (57)
    En 1812 en Navarre, les escortes de messagers pouvaient mobiliser jusqu’à 600 hommes (58). À la fin de 1811, du littoral méditerranéen jusqu’à Oviedo, 90.000 hommes étaient requis pour protéger des attaques de la guérilla les communications avec la France (59). C’est la raison pour laquelle les impériaux ne purent réunir que 46.138 hommes à la bataille de Talavera, en 1809 (60), 49.634 à celle de Salamanque, en 1812 (61), et seulement 62 131 à la bataille de Vitoria, qui décida en 1813 du sort de la guerre (62). De leur côté, les alliés purent lancer sur le terrain 55.634 hommes à Talavera (20.641 Anglais et 34.993 Espagnols) ; 51.937 à Salamanque (30.578 Anglais, 17.999 Portugais, 3.360 Espagnols) ; et plus de 101.000 à Vitoria (45.102 Anglais, 27.989 Portugais, 28.347 Espagnols). Au moment de ce dernier engagement, les impériaux avaient plus de 70.000 hommes des trois armées du Nord, de Catalogne, et du Maréchal Suchet à Valence, retenus dans leurs régions respectives pour le contrôle du territoire et la répression de la guérilla.

    Àsuivre

  • La guérilla espagnole dans la guerre contre les armées napoléoniennes 1/3

    Le terme guérilla est entré aujourd’hui dans le langage commun en plusieurs langues : guerrilla warfare en anglais, guerriglia en italien, Guerrillakrieg ou simplement Guerrilla en allemand, guerrilha en portugais, langue qui toutefois emploie aussi le terme guerra subversiva (2). La signification attribuée au mot est – par convention – désormais reconnue et acceptée partout. La définition la plus complète à ma connaissance parle de « lutte illégale d’organisations ou groupes non autorisés à des opérations militaires, contre le pouvoir légitime de l’État ou contre une puissance d’occupation » (3). De toute évidence cette définition est rigoureusement juridique, puisqu’en effet, tout groupe de civils armés qui s’adonne à des opérations militaires agit de manière « illégale ». Ce n’est pas le lieu d’entamer ici une discussion concernant l’absence de reconnaissance de la guérilla par les conventions de guerre, même les plus récentes.
    Un texte célèbre – Guerrilla -, rédigé par un homme qui appliqua avec intelligence et hardiesse ses théories sur le terrain, est celui de T. E. Lawrence, pour la quatorzième édition de l’Encyclopaedia Britannica (1929). Le texte était précédé d’un premier paragraphe analytique, signé par Sir Thomas Barclay, vice-président de l’International Law Association (4).
    Mais d’où vient ce mot à consonance espagnole, et surtout pourquoi l’emploie-t-on aujourd’hui dans l’acception que l’on vient de citer ? Il s’agit de l’adaptation française du diminutif espagnol guerrilla (petite guerre) du terme guerra, qui n’a pas besoin de traduction. En espagnol, le mot guerrilla est défini pour la première fois en 1611, dans le célèbre dictionnaire de Covarrubias (5). Plus tard, dans les différentes éditions (1734, 1780, 1783 et 1791) du Diccionario de la Real Academia de España, le terme signifie « encuentro ligero de armas » (choc léger d’armes), « contrariedad de dictámenes de poca entidad » (contrariété d’opinions, ou de rapports, de faible importance), et on cite aussi un jeu de cartes nommé guerrilla. Comme diminutif du mot guerre, il fut employé pour traduire en espagnol le fameux ouvrage de Grandmaison, La petite guerre ou traité du service des troupes légères en campagne, certainement le plus connu des nombreux traités parus en la matière (6) dans la seconde moitié du XVIIIe siècle (7). L’ouvrage jouit d’une fortune aussi démesurée que surprenante, et devint très rapidement un texte de référence, cité et traduit partout8. La première traduction espagnole fut publiée en 1780, sous le titre La Guerrilla ó Tratado del servicio de las Tropas ligeras en Campaña (9). De là vient l’équivalence entre guerrilla et petite guerre, et l’expression partidas de guerrilla fut employée pour désigner les petits détachements d’infanterie destinés aux attaques par surprise ou aux actions de reconnaissance. On faisait donc référence à des opérations de troupes légères régulières, ordinairement en petites formations, homologues alors des partis français, ou des partite italiennes (10). Les deux termes furent utilisés avec cette signification au début de la Guerra de la Independencia, comme dans le bulletin du Général Castaños, après la bataille de Bailén, le 27 juillet 1808 (11), comme aussi dans des écrits de 1814, qu’il s’agisse d’une biographie de l’Empecinado (12), ou de Mémoires contemporains restés longtemps inédits (13). On peut donc dire qu’en 1808, au début de la guerre en Espagne, le terme guerrillaindiquait des opérations militaires secondaires, et l’on continua encore à l’employer dans ce sens pendant un certain temps. Cependant l’usage en était de plus en plus répandu, et entrait avec force dans les autres langues, avec la signification moderne de lutte armée de civils encadrés en formations irrégulières, contre un ennemi envahisseur et aussi, comme en Espagne, contre un gouvernement national considéré comme illégal et usurpant le pouvoir légitime (14).
    Les Français, même s’ils furent les premiers à expérimenter la terrible nouveauté, continuèrent longtemps à désigner les combattants irréguliers espagnols comme des brigands, bandits, ou malfaiteurs (15), comme en témoigne la correspondance du comte de La Forest, ambassadeur de France à Madrid, qui, en juillet 1808, se plaignait déjà de la difficulté des communications postales.
    « Mais, […] les lettres, les courriers sont toujours arrêtés dans un point quelconque, sur les routes mêmes où il y a une chaîne de postes militaires. Ce sont des brigands, des voleurs, des déserteurs […] qui réussissent d’un côté ou de l’autre à couper les communications. » (16)
    « J’ai déjà eu occasion de dire […] que le zèle des paysans, les déserteurs […], les partis de vagabonds armés, laissent peu de chances non seulement aux courriers, mais même aux espions. » (17)
    Il faut attendre 1812 pour trouver la première trace en français de l’emploi du mot guérilla, sous la plume de Joseph de Maistre, envoyé du roi de Sardaigne à la cour du Tzar. Dans une Relation pour S. M. le Roi Victor-Emmanuel, il note : « Ces paysans […] changés en véritables guérillas et ne sachant plus que tuer, reviendront-ils des serfs dociles ? » (18)
    Par contre, les autorités espagnoles au service du roi Joseph, même en ayant souvent recours aux termes bandoleros (brigands), bandidos (bandits) ou malhechores (malfaiteurs) pour désigner les civils armés qui contestaient l’occupation, utilisèrent assez tôt guerrilla dans l’acception moderne (19). En anglais, le même terme fut employé pour la première fois le 8 août 1809, dans une dépêche du général Arthur Wellesley, futur duc de Wellington, au premier ministre britannique Castlereagh (20). On pourra trouver ailleurs le cheminement du mot en italien et dans d’autres langues européennes (21). 
    L’efficacité militaire de la guérilla
    Quels furent le poids et l’importance militaire de la guérilla dans la guerre que, suivant les historiens espagnols, nous appellerons Guerre de l’Indépendance ? La discussion sur ce point, toujours très controversé, porte aujourd’hui essentiellement sur la question de savoir si les hommes qui, pour des raisons très diverses, participèrent à la guerre dans les bandes de guerrilleros, n’auraient pas été plus utiles à la cause espagnole en s’engageant dans les armées organisées à plusieurs reprises par le gouvernement légitime. Dans ce cas, leurs milices irrégulières auraient agi au détriment plutôt qu’à l’avantage de la cause. Le partisan de cette thèse est l’historien anglais Charles Esdaile (22), qui, tout au long de sa production scientifique, n’a cessé d’affirmer que :
     » … in the crucial period from the end of 1808 to the beginning of 1812, the guerrillas probably did inflict more harm on the Allied cause than they did good, for, by undermining the resistance of the regular army, they hastened the day when the French would have been able to turn overwhelming forces upon first them and then the army of the Duke of Wellington. » (23)
    Pourtant, Charles Esdaile n’appartient pas, comme cette citation pourrait incliner à le penser, au courant historiographique des historiens britanniques, qui, très nombreux, et poursuivant une tradition commencée avec l’ouvrage célèbre de W.F.P. Napier (24), n’évoquent la guérilla, quand ils le font, que comme le fait de ramassis de bandits et de pillards. Tout en accordant dans ses études une large place à la guérilla et en en reconnaissant l’importance, Esdaile considère néanmoins que la contribution militaire des partidas a joué, dans l’ensemble, un rôle plus négatif que positif. En désaccord avec lui sur ce point capital (25), je ne soutiendrai pas pour autant que l’action des guérillas puisse avoir été la cause principale de la défaite des Français en Espagne, ce qui n’a été affirmé que par quelques historiens libéraux espagnols du XIXe siècle. Je reste toutefois profondément persuadé que, sans la guérilla, les Français auraient pu réussir à soumettre l’Espagne très rapidement, comme ils l’avaient fait d’autres pays d’Europe continentale. Dans cette perspective, quatre questions sensibles seront abordées : celle de l’estimation tant des pertes infligées par la guérilla aux troupes impériales que des effectifs des guerrilleros ; les problèmes et les obstacles rencontrés en matière de communications ; les entraves opposées aux réquisitions de vivres et de récoltes et à la perception des impôts ; la nécessité imposée aux Français d’immobiliser un grand nombre de troupes pour le contrôle du territoire, affaiblissant de ce fait la force disponible pour s’opposer aux armées alliées dans les grandes batailles rangées, qui, finalement, décidèrent de l’issue de la guerre dans la péninsule ibérique.

    À suivre

  • [Bordeaux] L'écrivain Jean Sevillia à Bordeaux le 15 janvier

     

    A l’invitation de l’association « Amitiés Françaises », l’écrivain Jean Sévilla sera à Bordeaux le mercredi 15 janvier afin de donner une conférence sur le thème : « Les grands sursauts français dans notre histoire ». Journaliste au Figaro magazine, Jean Sévilla est l’auteur de biographies et d’essais historiques à succès. Ses ouvrages les plus célèbres sont Le Terrorisme intellectuel : de 1945 à nos jour, Historiquement correct. Pour en finir avec le passé unique ou encore Quand les catholiques étaient hors-la-loi.

     

     

     

  • [Aix] Le premier Café Actualité d’Aix pour 2014

    Le prochain café d’actualités d’Aix en Provence se tiendra le :

    MARDI 7 JANVIER 2014 à 18h45

    au café « Le Festival », 1 cours Mirabeau,

    Sur le thème suivant :

    "UN CAFÉ, C’EST FAIT POUR PARLER…."

    Avant de reprendre le cycle des conférences-débats, il nous a semblé intéressant de faire le point sur les événements de l’année 2.013, et ceux, prévisibles, de l’année 2.014.

    Tout va mieux ? Les bonimenteurs nous rassurent, se rassurent… Qu’en pensez-vous ?

    Donc, venez nombreux avec vos « boules de cristal » pour vous exprimer, et nous nous souhaiterons une bonne… très bonne année.

    Accueil : 18 h 45. 19 h : débat animé par Antoine de CRÉMIERS. 20 h 30 : fin de la réunion. Entrée libre. Participation sous la forme d’une consommation. Renseignements : 06-16-69-74-85.

  • Psychologie du socialisme : vers une foule grandissante d'€™inadaptés

    Médecin et sociologue français (7 mai 1841–13 décembre 1931), Gustave Le Bon s’est intéressé au désordre comportemental et à la psychologie des foules. Ses analyses de  ont connu un grand succès chez certains leaders politiques

    Entretien réalisé à partie de l’introduction de Pierre Duverger à Psychologie du socialisme.

    Pour, Gustave Le Bon, le véritable ennemi de l’ouvrier européen n’est pas le patronat avec ses défauts, c’est notamment le travailleur asiatique avec ses qualités…

    Inéluctablement, malgré la grogne, les décrets, les grèves, les syndicats, les défilés, les séquestrations, le niveau de vie des Euro­péens (surtout des Français), baissera, alors que celui des Orientaux s’élèvera. Les fermetures d’usines, le chômage, la délinquance, la démographie quantitativement démentielle, accentueront la décomposition de notre communauté, courbée sous le joug d’une multitude croissante de fonctionnaires paralysant un nombre toujours plus restreint de producteurs nationaux découragés.

    Pourquoi donc, devant de telles évidences, s’accrocher encore au socialisme, puisque le socialisme n’existe pas, n’a jamais existé, et n’existera jamais ?

    Ses doctrines fumeuses sont construites sur d’infantiles impostures puisqu’elles ne tiennent compte en aucune façon de la nature de l’Homme ni des lois de la Vie. Lois féroces, peut-être, mais qui n’en sont pas moins indispensables à la survie de l’espèce. En effet, dans ce monde animal qui est le nôtre, tout ce qui vit se mange l’un l’autre et, justement, ne vit que grâce à ça. Nous subissons tous, maintenant plus que jamais, la terrible contrainte de la sélection (disons concurrence). Pour supprimer cette sélection, comme s’illusionne le socialisme, il faudrait supprimer l’humanité.

    Dans l’époque phénoménale que nous traversons, quelques hommes de caractère, quelques savants, quelques inventeurs (un pourcentage minime), sont à l’origine de bouleversements techniques fantastiques…

    D’autres hommes, contemporains, que d’aucuns appellent nos frères, vivent à peu près comme nous au quaternaire. Vouloir les fondre ensemble est une utopie mortelle. Dans cette pyramide humaine, et contrairement aux lois de la pesanteur, la masse du dessous dépend de la minorité du dessus. Cette minorité, qui semble anesthésiée, est devenue une sorte de gibier pourchassé de toutes parts par la plèbe comme par l’État.

    Gustave Le Bon lançait un cri d’alarme en constatant (en 1898 !), la multiplication des inadaptés

    Cette foule grossit chaque jour grâce aux importations d’inadaptables dans notre pays complètement apathique, ayant perdu jusqu’à l’instinct du territoire, l’un des plus essentiels. L’armée grandissante de ces inadaptés ne cherchera qu’à détruire l’ordre établi à moins que ne surgisse quelque César à poigne d’acier. L’imposture de l’égalité commence seulement à être ressentie comme le danger mortel et définitif de notre patrie.

    Les rares éléments restés lucides, c’est-à-dire inertes à la chimère mondialiste, sont engloutis sous une masse multicolore, hargneuse et constamment revendicatrice. Malheur à celui qui se distingue de la foule par des qualités particulières, une supériorité quelconque et dont la tête tend à émerger.

    Le clou qui dépasse attire le marteau, dit un proverbe chinois (j’allais dire socialiste)…

    Puisque nous parlons proverbe, en voici un, fait sur mesure pour ce livre. De surcroît, il est russe : « Pour que la confiance soit durable, il faut que le mensonge soit solide. »

    Les livres de Gustave Le Bon sont réédités aux Éditions Déterna dans la collection « Documents pour l’Histoire », dirigée par Philippe Randa.
    www.francephi.com

  • Espagne : gauchistes et musulmans tentent d’interdire une commémoration de la Reconquista

    GRENADE (NOVOpress) - La fête multi-centenaire de la Toma (conquête), qui célèbre la conquête de Grenade (“Reconquista”) par les armées chrétiennes des Rois Catholiques en 1492 est un moment fondateur de la ville.

    La conquête de Grenade est l’aboutissement d’un long conflit de dix années. La disparition du dernier bastion musulman de la péninsule hispanique connaît un retentissement considérable. Quatre jours après la prise effective de la ville et de ses forteresses, les souverains espagnols entrent triomphalement dans Grenade le 6 janvier 1492, jour de l’Épiphanie, par l’une des portes principales de la ville, la Porte d’Elvira. On fait dire la messe dans la mosquée des convertis, consacrée par le nouvel archevêque Hernando de Talavera sous le nom emblématique de Saint Jean des Rois.

    Cette année l’extrême gauche espagnole et leurs alliés musulmans ont tenté de bloquer ces festivités jugées trop nationalistes et islamophobes. La procession a été sifflée et injuriée et il s’en est suivi un face à face tendu avec les habitants qui brandissaient une banderole « Fiers de la Reconquista ».

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  • Marche de l’indépendance polonaise : près de 100 000 personnes, participation et discours du RF


    Orphelins depuis la disparition de la « Ligue des familles polonaises », les patriotes de Pologne sont dotés depuis un an d’une nouvelle structure, Ruch Narodowy (« Mouvement national »), qui regroupe diverses organisations.
    Celle-ci organise désormais chaque 11 novembre la « marche de l’indépendance » à Varsovie.
    En 2012, 100 000 personnes avaient participé à ce défilé, en faisant la première manifestation nationaliste d’Europe.
    Cette année, les organisateurs avaient à nouveau invité le Renouveau français à y représenter notre pays, de même qu’une douzaine d’autres délégations européennes.

    Une dizaine de jeunes patriotes français s’est donc rendue à Varsovie, pour quelques jours qui s’avéreront mémorables.

    Récit :
    « Accueillis chaleureusement et toujours accompagnés de sympathiques guides, nous avons bien sûr visité en long et en large la capitale, dont malheureusement pas grand-chose n’a subsisté aux vicissitudes de la Seconde guerre mondiale. Ce qui frappe, surtout les Franciliens, c’est l’impression de changer de continent, et de se retrouver en Europe…
    Une ville propre par ailleurs, et d’allure bien moins décadente que Paris.
    Nous eûmes le plaisir de rencontrer ou de retrouver des camarades de nombreux pays : Italie, Hongrie, Espagne, Scandinavie, etc.
    Les occasions n’ont pas manqué de discuter ensemble et de festoyer, ce que les Polonais savent faire comme peu !

    Le dimanche, veille de la marche, Ruch Narodowy organisait un colloque scientifique et politique sur le thème du « réchauffement climatique » mondial. Ceci étant une réaction au sommet mondial, consacré au même sujet, réunissant quelques jours après 200 Etats dans un… climat mondialiste.

    Ce « contre-sommet » organisé par les patriotes fut de haute volée et attira de très nombreux journalistes. A l’issue, une déclaration commune fut signée, y compris par les délégations étrangères, demandant notamment plus de prudence et moins d’idéologie dans les interprétations des données climatiques.

    Dans la soirée, une réunion internationale fut l’occasion pour chaque délégation européenne de présenter son mouvement.
    La spécificité du RF et de la situation politique française fut donc précisée aux nombreux camarades présents, avant de laisser place à une soirée d’amitié, tandis que les cadres politiques polonais et invités se retrouvaient pour un dîner de gala et une soirée de charité.

    Le lendemain matin, lundi 11 novembre, on croisait partout à Varsovie des militants nationalistes. Et pour cause, cette année encore ce sont des dizaines de milliers de patriotes qui se retrouvèrent, en dépit des manipulations du gouvernement. L’après-midi, dans une chaude ambiance, une première série de discours – entrecoupée de chants et slogans patriotiques – eut lieu face à plus de cinquante mille personnes.

    Après l’intervention de l’Italien Roberto Fiore, président de Forza Nuova, notre directeur Thibaut de Chassey prit la parole pour – au nom des nationalistes français – saluer, féliciter et encourager les Polonais présents, et pour les mettre en garde afin qu’ils évitent à la Pologne de connaître le triste sort de la France, actuellement envahie et simple colonie de l’Union européenne.

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