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culture et histoire - Page 1855

  • Hollande et Valls ont 1700 ans de retard

    Il semble bien que la police politique du pouvoir socialiste ait reçu des ordres imbéciles, pour lancer une vague de persécutions contre les catholiques, lesquels refuseront toujours de s'incliner devant ce chiffon de papier qu'est la loi sur le mariage des invertis, cette moderne idole. Tout se présente comme au temps des grandes persécutions : une belle et pacifique détermination, mais sans faille, du côté des victimes - agents provocateurs mêlés aux forces dites de l'ordre - affolement toujours croissant des bourreaux furieux de voir qu'ils perdent la partie - volonté de minimiser l'adversaire chrétien voire de l'amalgamer avec les casseurs que les mêmes forces de d'ordre n'ont pas su combattre quelques jours plus tôt dans une bagarre pour une équipe de foot. Il suffit de voir sur internet les images de quelques combats de rue de ces derniers jours pour être écœuré des missions que le pouvoir avait confiées aux policiers contre des personnes de tous âges, parfois des enfants, qui se contentaient de clamer leur foi catholique et leur amour de la famille avec un papa et une maman et dont la seule arme était le chapelet. Certains furent arrêtés seulement parce qu'ils portaient un tee-shirt de la Manif pour tous. La plupart des Veilleurs, le soir du dimanche 25 mai sur les Invalides, ont été raflés, jetés dans des charrettes ou plutôt des camions de police, puis emmenés au poste où, débordées, les autorités n'eurent plus qu'à les entasser à vingt ou trente dans des locaux crasseux et nauséabonds prévus pour dix.
    Comment ne pas se souvenir des persécutions de jadis, dont Jésus-Christ nous a prévenus : « Si le monde vous hait, savez que, Moi, il m'a pris en haine avant vous. Si vous étiez du monde, le monde vous aimerait, mais parce que vous n'êtes pas du monde, puisque Mon choix vous a tirés du monde, pour cette raison le monde vous hait. Rappelez-vous la parole que Je vous ai dite : le serviteur n'est pas plus grand que son maître. S'ils M'ont persécuté, vous aussi ils vous persécuteront (1) ». Mais François Hollande n'a pas la taille d'un empereur romain, et Manuel Gaz (pardon : Valls) n'est qu'un minable petit flic gazeur, comparé aux gouverneurs et aux préfets romains : leur répression est caricaturale, et à trop jouer avec les nerfs des catholiques, ils pourraient le regretter un jour amèrement. En cette année 2013, il se trouve justement que nous commémorons le 1700e anniversaire de la fin des persécutions romaines : constatant enfin que, selon le mot de Tertullien, « le sang des martyrs est une semence de chrétiens » - ce dont Hollande et Valls ne semblent pas encore avoir pris conscience -, les autorités païennes elles-mêmes avaient deviné l'inutilité des persécutions. C'est ce qui permit à l'empereur Constantin de signer au printemps 313, avec son co-empereur Licinius, le fameux édit de Milan qui reconnaissait pour la première fois la liberté de conscience à tous leurs sujets.
    Notons que l'édit de Milan intervint au moment où la haine du christianisme semblait devoir redoubler. Il est instructif d'étudier comment Dieu s'y prend pour diriger les événements lorsque tout semble perdu et que les hommes l'implorent désespérément.
    CONSTANTIN, L'HOMME QUI FAILLIT BIEN NE JAMAIS ÊTRE EMPEREUR
    On était alors en très Bas-Empire, l'Empire étant gouverné par deux Augustes et deux Césars - on appelait ce régime à quatre têtes la tétrarchie (2). Le César Constance Chlore devint Auguste en 305, son pouvoir s'étendant sur l'ouest européen, l'Espagne, la Gaule et sur la Bretagne (l'actuelle Grande-Bretagne). Constantin, fils de Constance Chlore et de sa première épouse Hélène (une chrétienne !), né en 272, faillit bien n'être jamais empereur car Maximien Galère, gendre de l'empereur Dioclétien, obtint de celui-ci, très fatigué, que les futurs Césars fussent, non point, comme on s'y attendait, les fils des deux Augustes, Constance Chlore et Maximien Hercule, soit, respectivement, Constantin et Maxence, mais Sévère et Maximin Daïa, neveu de Galère. Si   VAuguste   d'Occident,   Constance Chlore, semblait bien décidé à arrêter les poursuites contre les chrétiens gaulois, bretons ou espagnols, et si le César Sévère aligna sa position sur celle de son Auguste, il n'en fut pas de même en Orient, où l'Auguste Galère multiplia les mises à mort et les noyades de chrétiens. Son César Maximin Daïa, quant à lui, essaya d'imiter Constance et Sévère et d'apaiser les violences exercées à rencontre des chrétiens, pensant que la douceur ferait revenir ceux-ci à la religion des dieux. Puis en 306, soudain, Maximin se remit à infliger les pires souffrances aux chrétiens d'Orient, raffinant encore leurs supplices, si bien que Galère, ne voulant pas voir que l'exemple des martyrs enflammait les esprits généreux et suscitait toujours de nouvelles vocations, se prit à espérer bientôt voir la persécution rétablie dans l'empire tout entier. Car Constance Chlore était très malade, du reste, il expira le 25 juillet 306, mais en accomplissant un dernier exploit : celui, au risque de mécontenter Galère, de faire introniser par ses troupes son fils Constantin César. Galère explosa de colère mais, ne pouvant risquer une nouvelle guerre civile, il donna finalement son approbation, puis se vengea en renforçant la législation d'exception contre les chrétiens en Orient. Et Maximin Daïa fit régner la terreur à Antioche.
    On semblait oublier le jeune Maxence, fils de l’Auguste à la retraite Maximien Hercule. Il ne rêvait que d'imiter le jeune Constantin rentré dans ses droits de César le glaive à la main. Galère, accumulant les erreurs et humiliant les Romains qu'il privait de leurs privilèges ancestraux, lui fournit l'occasion de se manifester. En octobre 306 Maxence se proclama empereur à son tour, et son père, sortant de sa retraite, accula au suicide le César Sévère, venu les déloger...
    Le pouvoir, non reconnu officiellement, de Maxence s'exerçait sur l'Italie et les provinces africaines de plus en plus menacées par Domitius Alexander. Pour l'instant, mieux valait ménager Constantin à qui fut promise une alliance avec Fausta, fille d'un second lit de Maximien, donc demi-sœur de Maxence. Or l’Auguste Galère déçu par le comportement de Maximin Daïa, venait de nommer son ami illyrien Valerius Licinius Auguste, puis il dut aussi faire proclamer, de peur de le voir entrer en dissidence, Maximin Daïa Auguste en Orient. Celui-ci, avec Galère, entreprit de restaurer les cultes païens ; les deux hommes rédigèrent un édit de persécutions plus cruel que jamais. Licinius, quant à lui, avait reçu les provinces danubiennes et s'était mis au diapason de ses collègues orientaux persécuteurs.
    Cette surabondance d'Augustes dévalués ne pouvait s'éterniser. Le vieux Maximien, toujours fâché avec son fils Maxence, tenta d'assassiner celui-ci mais il fut "suicidé" à Marseille en 310 dans des circonstances... suspectes. Le tour de Galère n'allait pas tarder à venir : atteint d'un cancer en phase terminale, il se tourna alors vers les dieux et, très superstitieux, il prit peur : se pourrait-il que, ses dieux semblant l'abandonner à son triste sort, il pût marchander avec le Dieu des chrétiens la vie et la santé contre l'arrêt des persécutions ? Dès l'automne 310 il mit en chantier un édit qui permettrait aux chrétiens d'exister sans qu'il pût être soupçonné de se repentir. L'édit parut le 30 avril 311, avec sa signature suivie de celles de Licinius et de Constantin. Manquaient celle de Maxence, toujours usurpateur, et celle de Maximin Daïa, lequel publia un rescrit annonçant la suspension des persécutions mais n'accordant pas aux chrétiens la reconnaissance officielle, le droit de réunion et de propriété, comme le prescrivait l'édit de Galère. Il y avait encore de quoi inciter à la méfiance, tandis qu'en mai 311 Galère finissait de mourir.
    Dès le printemps 312 les mesures du rescrit furent révoquées et la police religieuse se surpassa, les mutilations redevinrent le lot des fidèles du Christ. Mais ceux-ci, en pleine famine et épidémie de peste, prenaient soin d'enterrer les morts et de soigner les malades ; même les plus fanatiques des païens en furent émus ; leurs préventions tombèrent d'un coup. Maximin, lui, se battant à la frontière arménienne, fut vaincu : le Ciel se rangeait-il du côté des chrétiens ?
    En Occident, Maxence interrogeait les augures en parfait païen. Il en déduisit qu'il était temps pour lui de triompher de Constantin qui, de Trêves, lui faisait de l'ombre en Occident. Constantin, pour sa part, para au danger en contractant accord avec Licinius, auquel il promit la main de Constantia, une de ses sœurs, fille de Constance Chlore et de Théodora. Puis chacun se prépara à passer à l'action.
    L'expédition se présentait sous les plus noirs auspices pour Constantin, pendant qu'il fonçait vers les Alpes avec les troupes de Gaule, de Bretagne et d'Espagne, soit vingt à trente mille hommes, peut-être cent mille avec les supplétifs celtes et germaniques, alors que Maxence réunissait le double de guerriers bien entraînés et était sûr que les dieux marchaient avec lui.
    IN HOC SIGNO, VINCES !
    Alors Constantin, se souvenant de sa mère, Hélène, et de l'éducation chrétienne qu'il avait reçue d'elle, sentit que son destin se jouait dans ce combat : terrifié, il pria le Christ et attendit un signe : en entrant dans Rome, il vit dans le ciel une croix gigantesque, ruisselante de lumière, accompagnée d'un banderole sur laquelle apparaissaient les lettres : « In hoc signo, vinces ! » (Par ce signe tu vaincras). Tous les soldats présents furent témoins de l'apparition et en éprouvèrent une stupeur horrifiée. La nuit suivante, il vit en rêve l'archange saint Michel tenant la Croix et lui ordonnant d'en dresser une semblable aux enseignes de son armée. Ce que Constantin fit aussitôt. Quand le 28 octobre 312 les légions constantiniennes se heurtèrent à celles de Maxence sur la via Flaminia, au pont Milvius, elles jetèrent la panique et Maxence, qui ne s'attendait pas à un tel sauve-qui-peut, fut entraîné par sa cuirasse an fond du Tibre.
    L'incroyable venait de se produire en quelques minutes. Constantin entra dans Rome en triomphateur. L'Auguste Licinius rejoignit son nouvel ami et beau-frère à Milan, et l'Auguste Maximin Daïa fut sommé d'appliquer en Orient l'ultime édit de Galère.
    Constantin et Licinius, au printemps 313, signèrent l'édit de Milan reconnaissant la liberté de conscience à tous les sujets de l'empire, le libre accès des chrétiens à toutes les fonctions, et restituant toutes les propriétés ecclésiastiques confisquées. Encore fallait-il imposer l'édit de Milan dans l'ensemble de l'empire. Maximin, poursuivi par Licinius, dut abandonner ses troupes en perdition devant Héraclée, puis s'enfuit en Thrace où il s'empoisonna. Il ne restait donc que deux empereurs, Constantin et Licinius ; ils parurent d'abord s'entendre, mais Licinius prenait en Orient des mesures vexatoires pour les chrétiens : en septembre 323, vaincu devant Chrysopolis, il dut se soumettre à Constantin qui le fit discrètement étrangler. L'unité de l'empire était enfin rétablie...
    PONT MILVIUS, TOLBIAC, ORLÉANS...
    On n'assista point pour autant au triomphe éblouissant du christianisme ; vivre en paix était le seul vœu des chrétiens, et l'empereur Constantin lui-même ne voulait pas persécuter à leur tour les rites païens ! Seule comptait pour lui la sauvegarde de l'unité de l'empire. Sa politique fut très favorable aux chrétiens, et il intervint dans la vie de l'Église, qu'il voulait unie, comme un rouage de l'État, notamment en présidant le concile de Nicée en Bithynie qui condamna l'arianisme et définit la doctrine du Fils consubstantiel au Père, que Vatican II a balayée. Mais lui-même ne fut baptisé que sur son lit de mort en 337, et, semble-t-il, par un évêque arien.
    Mais Pont Milvius illustre bien la manière de Dieu, supplié par une prière confiante et insistante des fidèles, d'utiliser un homme bien placé pour mettre sa force au service du bien des âmes. Constantin invoqua le Dieu d'Hélène, comme un peu plus tard Clovis invoquerait le Dieu de Clotilde, et comme le roi de France légitime Charles VII fut bien inspiré d'écouter sainte Jeanne d'Arc victorieuse à Orléans. Mais nous, avons-nous assez prié pour être délivrés de Hollande, de Valls, et de la démocratie tout simplement ?
    Michel FROMENTOUX. Rivarol Juin 2013
    1) - Évangile selon saint Jean, XV, 18-20.
    2) - Nous empruntons la documentation qui suit au remarquable ouvrage d'Anne Bernet : Les chrétiens dans l'empire romain. Des persécutions à la conversion (Ier- IVe siècle) Perrin 2003, réédité en 2013 par Tallandier, Collection Texto.

  • Novlangue, LQR : La propagande du quotidien

    De modernité à gouvernance en passant par transparence, réforme, crise, croissance ou diversité : la Lingua Quintae Respublicae (LQR) travaille chaque jour dans les journaux, les supermarchés, les transports en commun, les «20 heures» des grandes chaînes, à la domestication des esprits. Comme par imprégnation lente, la langue du néolibéralisme s’installe : plus elle est parlée, et plus ce qu’elle promeut se produit dans la réalité.

    Créée et diffusée par les publicitaires et les économistes, reprise par les politiciens, la LQR est devenue l’une des armes les plus efficaces du maintien de l’ordre. Ce livre décode les tours et les détours de cette langue omniprésente, décrypte ses euphémismes, ses façons d’essorer les mots jusqu’à ce qu’ils en perdent leur sens, son exploitation des «valeurs universelles» et de la «lutte antiterroriste».

    Désormais, il n’y a plus de pauvres mais des gens de condition modeste, plus d’exploités mais des exclus, plus de classes mais des couches sociales. C’est ainsi que la LQR substitue aux mots de l’émancipation et de la subversion ceux de la conformité et de la soumission.


    Novlangue - LQR - La propagande du quotidien par rikiai

    http://fortune.fdesouche.com

  • « Le Gouvernement et le Gender à l'école »

    L’EVENEMENT
    La loi « d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République » va repasser au Sénat, en seconde lecture, à partir du 24 juin prochain.
    Parmi les mesures les plus symboliques, un amendement avait été voté à l’Assemblée nationale le 19 mars pour introduire « l’éducation à l’égalité de genre » dès l’école primaire. Cet amendement a ensuite été retiré au Sénat le 24 mai, le ministre Vincent Peillon craignant « un débat idéologique malsain qui déchaînera de mauvaises passions » (Voir ci-après).
    En réalité, en dehors de tout débat de société approfondi, le Gouvernement a pris de multiples initiatives pour promouvoir ce qu’on appelle la théorie du Gender (ou théorie du genre) ces derniers mois : de la crèche à l’Université, en passant par la formation des enseignants, l’objectif est de changer les mentalités et de « déconstruire les stéréotypes de genre », au nom de l’égalité hommes-femmes et de la lutte contre les discriminations.

    LE CHIFFRE
    57% des Français se déclarent défavorables à ce que « la théorie du genre soit enseignée dans les établissements scolaires ». Tel est le résultat du sondage IFOP rendu public le 20 juin 2013, à la demande de l’Observatoire de la Théorie du Genre, site internet créé par le syndicat étudiant UNI.
    Par ailleurs, 65% sont opposés à ce que « des membres d’associations LGBT (Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres) puissent être associés à l’éducation à la sexualité dans les écoles ». Il est également frappant de noter que 66% des 18-24 ans sont défavorables au principe-même de ces cours d’éducation à la sexualité (contre 49% pour l’ensemble des Français), ces jeunes portant un jugement fortement négatif sur la qualité et l’intérêt de cet enseignement tel qu’il est réalisé jusqu’à présent.

    LES OBJECTIFS DU GOUVERNEMENT
    Ces objectifs, et les mesures concrètes pour les atteindre, sont contenus dans divers documents récents. En prendre connaissance permet de mesurer la détermination du Gouvernement et l’ampleur des changements attendus pour transformer la société française en profondeur.
        1)   La vision de Vincent Peillon sur le rôle de l’école
        Le ministre de l’Education nationale a expliqué, à plusieurs reprises, le rôle fondamental qu’il entend donner à l’école républicaine, en particulier pour l’enseignement de la morale laïque et la lutte contre les déterminismes.  On peut résumer sa pensée avec la fameuse phrase prononcée au cours d’une interview le 1er septembre 2012 : « Pour donner la liberté du choix, il faut être capable d’arracher l’élève à tous les déterminismes, familial, ethnique, social, intellectuel ».
       Dans son livre-programme « Refondons l’école », publié en février 2013, il insiste : « Il appartient à l’école (…) de produire un individu libre, émancipé de toutes les tutelles – politiques, religieuses, familiales, sociales » (page 12) ; dans ce but, « la lutte contre les stéréotypes de genre et l’homophobie doit être menée avec force, à tous les niveaux de l’enseignement » (page 128).
        2)   Le plan national contre l’homophobie, présenté le 31 octobre 2012
        Présenté comme le plus vaste jamais conçu en France, le « Programme d’actions gouvernemental contre les violences et les discriminations commises à raison de l’orientation sexuelle ou de l’identité de genre » concerne pratiquement tous les domaines de la vie sociale : justice, éducation, médias, travail, santé, vieillesse, relations internationales, etc. Le chapitre 2, intitulé « S’appuyer sur la jeunesse pour faire évoluer les mentalités », détaille plus spécifiquement les actions à mener de l’école primaire à l’enseignement supérieur.
        3)   Les mesures en faveur de l’égalité hommes-femmes
        Au cours d’un Comité interministériel consacré aux droits des femmes,, le 30 novembre 2012, le Gouvernement a présenté « des mesures fortes » pour lutter contre les stéréotypes à l’école, la violence faite aux femmes ou le temps partiel subi. Ce plan annonce « la troisième génération du droit des femmes, après le droit de vote et la loi IVG », selon l’entourage de Najat Vallaud-Belkacem.
        4)   La Convention interministérielle pour l’égalité entre filles-garçons et femmes-hommes dans le système éducatif, 2013-2018.
       Ce texte organise un partenariat très structuré entre les différents ministères concernés par les objectifs fixés dans les plans évoqués ci-dessus. La liste des actions à mener est impressionnante : formation initiale et continue de enseignants, évolution des manuels scolaires « pour éviter les stéréotypes sexistes », éducation à la sexualité intégrant davantage les recherches sur le genre, aides à l’orientation pour amener les jeunes filles vers les métiers d’hommes et inversement, etc.
         Les principales initiatives prises ces derniers mois sur la base de ces documents sont détaillées dans les notes en annexe, consacrées à chaque niveau d’enseignement : petite enfance et crèches, école primaire, enseignement secondaire, enseignement supérieur, formation des enseignants.

     NOTRE COUP DE COEUR
    L’appel des professionnels de l’enfance  : cette association, présidée par Jérôme Brunet, demande depuis sa création en 2004 que l’intérêt de l’enfant soit considéré comme prioritaire dans les choix politiques ou éducatifs. Très engagée sur la question de l’adoption des enfants dans le débat sur le mariage homosexuel, elle multiplie désormais les initiatives pour faire prendre conscience des enjeux sur l’introduction du Gender à l’école.
    A mentionner également, Les « Enseignants pour l’Enfance » : cette toute nouvelle association se donne pour objectif « de fédérer un maximum de professeurs, d'instituteurs, de maîtres et de maîtresses, qui vont du primaire aux classes préparatoires, et de mobiliser toutes ces personnes pour lutter contre la théorie du genre qui va envahir les manuels scolaires ».  Quelques enseignants de la région lyonnaise se trouvent à l’origine de cette initiative à suivre.

     NOTRE COUP DE GUEULE
    Voici comment la députée PS Julie Sommaruga justifiait, le 28 février 2013 à l’Assemblée nationale, amendement introduisant l’éducation à l’égalité de genre à l’école primaire, avec l’avis favorable du rapporteur : « Cet amendement a pour objet l’intégration dans la formation dispensée dans les écoles élémentaires d’une éducation à l’égalité entre les femmes et les hommes et à la déconstruction des stéréotypes sexués. Il s’agit de substituer à des catégories telles que le « sexe » ou la « différence sexuelle », qui renvoient à la biologie, le concept de « genre », qui montre que les différences entre les hommes et les femmes ne sont pas fondées sur la nature, mais sont historiquement construites et socialement reproduites. »
    Sur le fond (l’objectif culturel) comme sur la forme (les mots utilisés), cette déclaration permet de mesurer à quel point l’idéologie du Gender a désormais imprégné la conscience de nombreux responsables politiques.

    POUR ALLER PLUS LOIN
    1) La petite enfance et les crèches
        Le rapport de l’IGAS sur l’égalité dans les modes d’accueil de la petite enfance donne le ton : dans un document de 150 pages remis en décembre 2012, deux membres de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) se lamentent sur les « pratiques qui, sous couvert de neutralité, confortent les stéréotypes » entre les garçons et les filles de 0 à 3 ans. Ils proposent un vaste plan d’éducation à l’égalité, décliné en 5 axes et 15 recommandations.
        La synthèse commence ainsi : « Toutes les politiques de promotion de l’égalité butent sur un obstacle majeur, la question des systèmes de représentations qui assignent hommes et femmes à des comportements sexués, dits masculins ou féminins, en quelque sorte prédéterminés. » Sur la base d’un tel présupposé idéologique, il ne faut pas s’étonner que toutes les mesures proposées (vêtements portés, jouets utilisés, activités sportives proposées, livres de littérature enfantine…) visent à « déconstruire les stéréotypes de genre ».
        La crèche Bourdarias, à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) a été présentée comme un modèle dès septembre 2012 par Mme Vallaud-Belkacem et Mme Bertinotti, lors d’une visite sur place très médiatisée. Sa pédagogie « active égalitaire », où par exemple l’album Petit Ours Brun est censuré comme trop sexiste, est encouragé partout en France, notamment à Lyon, à Toulouse, etc. Les expériences se multiplient, de façon plus ou moins discrète, et parfois sans que les parents y soient réellement associés.
        Sur un autre plan symbolique, Sandrine Mazetier, députée PS de Paris, a posé une question écrite au ministre de l’éducation le 18 décembre 2012, pour demander que l’appellation genrée « école maternelle » soit remplacée par un nom neutre comme « première école » ou « école élémentaire». Le ministre n’a toujours pas répondu.

    2) L’école primaire
        Le programme national contre l’homophobie, dans le chapitre sur la jeunesse, insiste tout particulièrement sur l’éducation à la sexualité. Dans sa présentation, la ministre du droit des femmes Najat Vallaud-Belkacem a précisé : « Il faut que dès le plus jeune âge, chacun comprenne qu'il existe plusieurs types d'orientation sexuelle. L'éducation à la sexualité va revenir dans les établissements scolaires, et il ne sera plus question d'éluder la question de l'homosexualité.»
        Quant au plan égalité hommes-femmes du 3O novembre 2012, il prévoit que pour les plus jeunes, un « ABCD de l'égalité » déconstruira les stéréotypes. Une documentation pédagogique s'adressera aux élèves, de la grande section de maternelle au CM2, et à leurs enseignants. Expérimenté à la rentrée 2013 dans cinq académies (Bordeaux, Corse, Guadeloupe, Nancy-Metz, Rouen), il sera généralisé à toutes les écoles à la rentrée 2014.
        La loi sur la refondation de l’école, actuellement en discussion au Parlement, est l’occasion d’un débat significatif autour de l’article 31 consacré aux missions de l’école primaire.
        Le 28 février 2013, à l’occasion de l’examen du texte en commission de l’éducation, la députée PS Julie Sommaruga a fait voter l’amendement suivant : « Elle [l’école primaire] assure les conditions d’une éducation à l’égalité de genre ».
        Le Sénat a ensuite retiré cette phrase pour y substituer une version plus neutre, soutenue par le ministre Vincent Peillon pour éviter de créer de nouvelles polémiques : « Elle assure l'acquisition et la compréhension de l'exigence du respect de la personne, de ses origines et de ses différences, mais aussi de l'égalité entre les femmes et les hommes. »
        Cette seconde version a été finalement acceptée en seconde lecture à l’Assemblée nationale, malgré les tentatives de plusieurs députés de revenir à l’amendement initial.
        Le syndicat SNUipp-FSU, principal syndicat d’enseignants au sein de l’école primaire, a organisé le 16 mai dernier un colloque sur le thème de l’éducation contre l’homophobie.. A cette occasion, il a diffusé un dossier de près de 200 pages, avec des analyses théoriques, des conseils et des fiches pratiques liées à des albums pour enfants (comme par exemple Papa porte une robe) afin d’inciter les enseignants à consacrer du temps scolaire pour « faire évoluer les mentalités ».

    3) L’enseignement secondaire
        En cohérence avec le programme national contre l’homophobie, le Plan Egalité hommes-femmes du 30 novembre 2012 prévoit des actions de sensibilisation dans les collèges et les lycées, avec les associations et l'agence du service civique. Elles viseront la lutte contre le harcèlement et les violences sexistes, ainsi que l’éducation au respect et à l'égalité. L’Onisep (organisme public chargé de l’orientation des jeunes) devrait lancer cette année un site internet « Objectif égalité ».
        Par ailleurs, la circulaire de 2003 sur l'éducation à la sexualité dans les écoles, collèges et les lycées sera actualisée, afin d'être effectivement mise en œuvre dans tous les établissements. Trois séances d'éducation à la sexualité « traiteront tant des questions d'ordre biologique que des dimensions psychologiques, sociales, éthiques et culturelles de la sexualité ». Dès octobre 2012, Vincent Peillon avait mis en place un groupe de travail sur ce thème, avec des représentants d’associations militantes dans la mouvance LGBT.
        La Ligne AZUR, ligne d’écoute pour les jeunes se posant des questions sur leur orientation ou leur identité sexuelle, fait l’objet d’une campagne publicitaire sans précédent. Vincent Peillon a écrit à tous les recteurs le 4 janvier 2013 pour leur demander de « relayer avec la plus grande énergie » cette campagne.
        Le site internet fait pourtant l’objet de critiques régulières pour sa promotion des thèses du lobby LGBT. Il a par exemple fait la publicité d’une brochure scandaleuse (« Tomber la culotte ») vantant des pratiques sexuelles allant jusqu’au sadomasochisme lesbien. Suite à une action des réseaux sociaux, ce site a retiré la brochure, mais celle-ci continue d’être accessible sur d’autres sites dédiés aux jeunes, comme par exemple Fil Santé Jeunes.
        Dans le même esprit, une association comme SOS homophobie s’est donnée pour mission d’intervenir en milieu scolaire pour lutter contre les discriminations, c’est-à-dire lutter « contre la lesbophobie, la gayphobie, la biphobie et la transphobie ». Après des centaines d’interventions dans les collèges et les lycées, la justice a annulé en décembre 2012 l’agrément que le ministère de l’Education nationale lui avait accordé en 2009, pour cause de partialité dans leur message. Discrètement, par un arrêté daté du 21 mai 2013, le ministère vient de lui donner à nouveau un agrément pour cinq ans…
        Pour mémoire, il faut rappeler que le premier « coup de tonnerre » qui a déclenché une prise de conscience dans les milieux éducatifs concerne l’introduction du Gender dans certains manuels scolaires. De nouveaux programmes de SVT (Bulletin officiel du 30 septembre 2010, voir introduction de la page 7) pour les classes de Première L et ES, avaient été publiés par le ministre de l’Education Luc Chatel dans l’indifférence générale. Mais certains manuels scolaires, prenant appui sur une phrase du programme « Féminin/masculin », ont mis en valeur les thèses du Gender de façon si provocante que de nombreuses associations ont émis de vives protestations et demandé le retrait de ces manuels.
        Un groupe de travail parlementaire a été constitué et son animateur, le député Xavier Breton, a rédigé un rapport d’information sur la façon dont les manuels scolaires étaient élaborés. Le rapport demande notamment que des débats soient organisés sur les programmes, en amont de leur parution.

    4) L’enseignement supérieur
        Le programme national contre l’homophobie et le plan Egalité hommes-femmes s’appliquent également à toute la population étudiante : il est notamment prévu un guide pratique pour aider les étudiants victimes d’homophobie, ou une campagne d’information pour favoriser leur accompagnement « par la médecine universitaire, le service social ou une association LGBT ».
        Beaucoup d’Universités ou d’Ecoles supérieures intègrent désormais des modules de formation aux études de genre ou à certaines dimensions scientifiques ou culturelles du Gender. Sciences Po Paris a par exemple déployé le « Programme de Recherche et d’Enseignement des SAvoirs sur le GEnre » (PRESAGE), qui insère une réflexion sur le genre dans l’ensemble des activités de l’école : enseignement, recherche, formation continue. Sans oublier une « Queer week » annuelle, occasion pour le lobby LGBT d’organiser avec le soutien de l’école des animations pour sensibiliser les étudiants : films pornographiques, distribution de sex-toys, atelier de travestissement, vente de contes « non sexistes » pour enfants, etc.
        L’activité la plus intense - et certainement la moins connue - est menée par l’Institut Emilie du Châtelet « pour le développement et la diffusion des recherches sur les femmes, le sexe et le genre » (c’est ainsi qu’il se définit). Créé en 2006, cet organisme reçoit chaque année une subvention d’environ 1 million d’euros du Conseil régional d’Ile de France, ce qui lui permet de financer des recherches universitaires, des colloques, des manifestations, des publications. Tout au long de l’année, il diffuse les thèses du Gender dans les sphères intellectuelles, politiques et médiatiques, via les organismes les plus prestigieux de recherche et d’enseignement français (CNRS, INED, Sciences Po, EHESS, HEC, plusieurs Universités parisiennes, etc.).
        Pour donner un exemple, la thèse de doctorat 2010 intitulée « Altérités de genre : migrantes lesbiennes entre pratiques politiques, vies subversives et oppressions en Italie. Comparaison Palerme et Vérone » mérite-elle réellement d’être financée par la région Ile de France ?

    5) Les enseignants
        Le programme national contre l’homophobie et le plan Egalité hommes-femmes prévoient que les futurs enseignants recevront une formation pour lutter contre les stéréotypes de genre et les discriminations liées à l’orientation sexuelle. Les personnels en poste en bénéficieront également, par le biais de la formation continue.
        Au-delà des professionnels de l’éducation, de nombreuses autres catégories de personnel devront être formés : policiers, gendarmes et magistrats suivront par exemple des « sessions de formation à la lutte contre les violences homophobes ». La convocation au premier stage organisé début juin 2013 a provoqué la colère du principal syndicat de magistrat (l’USM), tellement la pression du ministère de la Justice était forte.

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  • De l’art de la guerre médiatique 2/2

    En deuxième partie, Didier Beauregard dégage, sur la base de ce cas d’école qu’est devenue la Manif pour tous, les éléments d’une stratégie de communication qui permettraient, enfin, d’investir la citadelle médiatique. La défaite ponctuelle et relative de ce vaste mouvement de contestation doit devenir le creuset des victoires à venir.
    Polémia.

    Comment briser le rideau de fer médiatique
    Les dissidents, sans nul doute, doivent affûter leurs stratégies de communication sur la base de nouveaux moyens d’action pour briser le rideau de fer médiatique.
    Pour filer plus loin la métaphore militaire, il faut se référer au mode de conflits contemporains de confrontation du fort au faible, dits conflits asymétriques.

    – Miser sur l’offensive
    La confrontation médiatique tend naturellement à la simplification. Et toute position défensive est d’emblée perçue comme une faiblesse. Elle ne laisse donc d’autre choix que l’offensive. Autrement dit, une fois posés les éléments de réponse aux arguments et attaques de l’adversaire, il faut rapidement passer aux outils offensifs afin de bousculer les positions adverses.

    – Optimiser l’orchestration du débat d’idées
    Il ne faut cependant pas confondre simplification et simplisme. Le débat d’idées ne doit être ni négligé ni méprisé mais, comme nous l’avons déjà exprimé, il sert d’abord à fixer l’adversaire dans des controverses dont les résultats, souvent, brouillent plus les repères qu’ils ne les clarifient aux yeux de l’opinion publique. La controverse intellectuelle est indispensable pour enlever le monopole de la raison à l’adversaire et le placer sur la défensive, utile pour entretenir un bruit de fond, qui perturbe les messages ennemis, et nécessaire, pour légitimer par le haut l’engagement des camps qui la portent.
    Mais à l’heure des médias de masse audiovisuels et de l’Internet, l’essentiel du combat se joue ailleurs. La guerre médiatique est d’abord une guerre de l’image, donc de la mise en scène de représentations.

    – Maîtriser un système offensif de représentations
    La maîtrise totale de l’espace médiatique « officiel » par le Système dominant exclut toute possibilité de compromis. D’emblée, le Système médiatique s’est constitué en bloc monolithique hostile face au mouvement de contestation du mariage homo.
    La stratégie de communication de la Manif pour tous devait donc viser essentiellement à briser l’enfermement dans une représentation négative, en évitant, là encore, le double piège de répondre à l’image caricaturale que l’adversaire veut donner de vous, ou d’essayer de le désorienter, ou, pire encore, de le séduire, en récupérant ses codes. Ce qui renvoie, pour faire simple, dans le cadre de la contestation du mariage homo, à l’option Civitas ou l’option Frigide Barjot.

    – Elargir le champ de la contestation
    Dans une logique offensive, la Manif pour tous n’avait, selon nous, pas d’autre choix que d’agir en calquant sa stratégie sur celle du gouvernement qui, d’emblée, a dépassé le terrain de la confrontation des idées pour celui de la guerre psychologique à base d’accusations simplistes et de suspicions sur les intentions de l’adversaire.
    La manifestation du 24 mars, avec le cortège de brutalités et de déficiences policières qui l’a accompagnée, devait servir de point de basculement pour positionner l’essentiel de la communication médiatique du mouvement de contestation sur la violence du gouvernement et sa tentation totalitaire. Cela veut dire, en clair, un message simplifié, politisé et globalisé.

    – Assumer la radicalité
    La multiplication des actions à la base, imaginatives et transgressives, qui faisaient ressortir la virulence répressive du pouvoir politique n’a pas été relayée avec la force nécessaire par les porte-paroles de la Manif pour tous, enfermés dans une position d’autojustification de leur propre non-violence, sous le feu roulant des accusations et des insinuations portées par le gouvernement et ses relais médiatiques.
    Le comble du tordu a été atteint par Frigide Barjot quand cette dernière a demandé elle-même au ministre de l’Intérieur de mettre en prison les « extrémistes », légitimant du même coup la stratégie du gouvernement de chantage au risque « fasciste ».
    La gauche, elle, une fois posées les condamnations de principe contre la violence qui n’engagent pas à grand-chose, n’hésite pas à récupérer les débordements de ses extrémistes pour mieux dénoncer un Système oppressif qui ne laisse d’autre choix que la violence à des êtres bafoués.
    Un mouvement de contestation, s’il veut être efficace, ne doit pas se couper totalement de ses tendances les plus radicales, même s’il doit savoir les tenir à distance pour ne pas se laisser déborder au risque de se délégitimer. La gauche a toujours su magistralement orchestrer la violence, physique ou verbale, de ses tendances les plus dures pour entretenir un bruit de fond révolutionnaire qui lui permet de cultiver un romantisme puéril de la révolte sur lequel elle fonde sa légitimité historique.
    Le peuple de droite, quand il défile, n’a de cesse de se conformer aux injonctions de ses adversaires qui réduisent d’emblée ses marges de manœuvre en l’enfermant dans le cercle vicieux du soupçon de violence extrémiste.
    Les défilés de patronage domestiqués par la crainte de tout débordement, aussi massifs et sympathiques soient-ils, n’ébranleront jamais un pouvoir rompu aux méandres de la manipulation politique.

    – Mettre en scène l’émotion
    Pour lever toute ambiguïté sur notre propos, précisons qu’ « assumer la radicalité » ne veut nullement dire encourager la violence ; cela signifie simplement donner à son action politique une charge émotionnelle qui prête une valeur exemplaire au combat mené.
    Cette charge émotionnelle provient prioritairement de la volonté de piéger l’adversaire dans une représentation négative, voire répulsive, qui le renvoie à des accusations auxquelles l’opinion publique sera sensible. Dans le cadre de la Manif pour tous, il est clair que les thèmes de la répression policière et de la manipulation médiatique étaient susceptibles de rencontrer un large écho auprès d’un grand nombre de Français, déjà réceptifs à ces sujets.
    La gauche, avec son système actif de diabolisation, nous a montré depuis des décennies l’effet redoutable de ses campagnes de déferlement émotionnel dont l’affaire Clément Méric est le dernier fleuron.
    Sans vouloir atteindre un tel degré de violence émotionnelle, qui suppose déjà un contrôle en profondeur de l’univers médiatique et une volonté totalitaire de le mettre en œuvre, il est clair cependant qu’aucun mouvement d’opinion significatif ne peut s’imposer dans le paysage public sans une mise en scène de l’émotion qui départage aux yeux du peuple les « bons » et les « méchants ».
    Dans ce jeu conflictuel des représentations, le pouvoir socialiste vient de commettre sa première erreur majeure en condamnant le jeune Nicolas à deux mois de prison ferme. Il a fait là un grand pas en direction du camp des « méchants ». Les opposants au mariage pour tous peuvent, et doivent, relancer la dynamique de leur mouvement autour de la répression policière et de la dérive totalitaire.
    Choqués par la sévérité de la sanction qui frappe un jeune manifestant non violent (à comparer aux peines insignifiantes qui touchent les racailles qui ont violemment défié l’ordre public), les esprits sont mûrs pour suivre cette évolution stratégique indispensable.

    – Exercer une pression « citoyenne » sur les médias
    Mettre en œuvre une bonne stratégie communicationnelle ne suffit pas nécessairement à franchir la muraille des médias officiels qui fixent encore le cadre autorisé de l’expression publique. Nous retrouvons la question centrale de la forteresse médiatique et des moyens de l’investir.
    Nous ne pouvons, dans le cadre restreint de cet article, trop développer cette question, d’autant que chaque cas est un cas particulier. Les acteurs des nouveaux courants de contestation devront pragmatiquement, en fonction des circonstances, trouver leurs propres méthodes d’action. Quelques rapides remarques peuvent cependant permettre de fixer certains repères.
    Les médias officiels ont une tendance « naturelle » à ignorer ce qui dérange leurs schémas de pensée à moins que le fait ne devienne par lui-même trop massif pour être occulté sans risquer sa crédibilité. Nous raisonnons ici dans le cadre d’un fait de société qui a franchi le seuil de visibilité médiatique par sa propre dynamique, ce qui est bien le cas de la Manif pour tous dont l’enjeu n’était donc pas d’être visible, mais que ses messages ne soient pas tronqués et son engagement caricaturé.
    Dans la logique du conflit asymétrique, le plus faible en termes de forces objectives doit concentrer ses actions sur les points de vulnérabilité de l’adversaire.
    Or, si le pouvoir des médias est grand, ces derniers sont loin, pour autant, d’être invulnérables. Leur première faiblesse est économique. La presse écrite quotidienne vit sous perfusion et les radios et télévisions évoluent les yeux rivés sur le taux d’audience dont dépendent leurs recettes publicitaires. Ils sont donc sensibles aux effets d’image et aux réactions du public.

    – Utiliser son pouvoir de sanction
    Ce dernier doit apprendre à exercer son pouvoir de sanction. Ceci veut dire, notamment, que les leaders de mouvement d’opinion ne doivent pas hésiter à dénoncer publiquement les traitements tronqués d’information de tel ou tel média ou journaliste et d’inciter leurs sympathisants à réagir par la protestation écrite ou verbale et l’abstention.
    Michel Denisot a perdu son poste de patron du Grand Journal, après que son émission eut chuté de plus de 13 points d’audience sur la dernière saison. L’explication officielle est le renforcement de la concurrence sur les autres antennes, mais il est fort probable que beaucoup de téléspectateurs aient lâché l’émission phare de Canal+ parce qu’ils n’en pouvaient plus de l’arrogance bobo de la chaîne.
    La bonne conscience gauchisante de Libé semble également faire de moins en moins recette puisque le titre a vu ses ventes en kiosque s’effondrer de 40% en une année.
    Cette pression citoyenne devra également s’exercer de manière de plus en plus directe sur les médias, avec des manifestations à l’extérieur, voire à l’intérieur, de leurs locaux en fonction du degré de partialité ou d’agressivité qu’ils auront déployé. Là encore, toutes les formes de manifestation sont à envisager en fonction des circonstances. Le temps de l’imagination subversive est venu pour les dissidents.
    Enfin, les personnalités engagées dans le débat public qui se confrontent à la partialité du Système médiatique doivent apprendre, dans le cadre des plateaux des médias audiovisuels, à exercer en direct leur droit de suite, en identifiant et en dénonçant les mécanismes des procédés manipulatoires dont ils sont victimes.
    Il faut savoir qu’un journaliste en studio se sent vite vulnérable si son image d’impartialité est mise à mal, et qu’il évitera, autant que possible, une situation de confrontation trop directe avec son ou ses interlocuteurs.
    En bref, la bonne conscience pharisienne qui caractérise la superstructure médiatique qui maintient le Système en place ne doit plus être considérée comme une fatalité naturelle ou une réalité intouchable.

    En guise de conclusion…
    Le combat médiatique est une affaire de longue haleine qui dépend des évolutions profondes des mentalités collectives. Il consiste à changer l’ordre des grandes représentations sociales dominantes. L’opinion publique, enjeu central de ce conflit, doit devenir un acteur critique et réactif qui témoigne de son refus de ne plus accepter l’évidence conformiste et oppressive du discours médiatique.
    Les Français, les sondages le prouvent, sont prêts à entendre ce propos.
    Didier Beauregard http://www.polemia.com/
    24/06/2013

  • De l’art de la guerre médiatique 1/2

    La Manif pour tous, un cas d’école exemplaire.
    Le mouvement de contestation du mariage homo a perdu la première manche de la bataille médiatique. Toutefois, des millions de Français, peu politisés et modérés par nature, ont probablement pris soudainement conscience de la violence des enjeux idéologiques de la France contemporaine et réalisé, du même coup, que le Système médiatique s’était constitué en machine de guerre contre leur engagement. L’ordre dominant les considère comme des ennemis dont le modèle identitaire a vocation à disparaître.
    Quelles leçons tirer de ces affrontements des derniers mois qui ont eu l’immense mérite de mobiliser des foules immenses et de déniaiser nombre de nos compatriotes ?
    Le texte de Didier Beauregrad se propose d’analyser dans une première partie le bilan du conflit médiatique qui s’est joué à grande échelle, avant de dégager, dans un deuxième temps, sur la base de ce cas d’école qu’est devenue la Manif pour tous, les éléments d’une stratégie de communication qui permettraient, enfin, d’investir la citadelle médiatique. La défaite ponctuelle et relative de ce vaste mouvement de contestation doit devenir le creuset des victoires à venir.
    Polémia.

    La montagne de la Manif pour tous a-t-elle accouché d’une souris politique ? La question mérite d’être posée tant les résultats apparents sont minces face à l’ampleur de la mobilisation déployée.
    Sans présager de l’avenir à plus long terme (2 ou 3 ans), d’un mouvement qui a dessiné l’émergence d’une nouvelle sociologie de la contestation dans notre pays, un élément ressort avec force des péripéties des derniers mois : le rôle de la propagande et des médias dans le cadre global d’un affrontement politique.

    Une arme de manipulation massive
    Le Système médiatique reste la seule arme, le seul bouclier, d’un pouvoir dominant incapable d’assumer une confrontation démocratique avec des forces significatives de la société civile qui contestent ses principes idéologiques. Coupé du peuple, replié sur lui-même, il vit dans la crainte de l’opinion, avec la peur que tout mouvement de rue devienne un mouvement de révolte général.
    L’arme de manipulation massive que forme le Système médiatique officiel enferme les masses dans une vision tronquée de leur environnement qui vise à annihiler leurs réactions de rejet.
    L’affrontement autour du mariage homosexuel a tourné à l’avantage du gouvernement parce que celui-ci contrôlait les médias et que les leaders du mouvement de la Manif pour tous n’ont pu imposer leur système de représentation, faute d’une puissance de feu médiatique suffisante.
    Ce rapport de forces est une donnée objective qui ne dépendait pas de la capacité d’action des contestataires. Comme dans le cadre d’un conflit armé, le poids des armes a parlé. Il était difficile de manœuvrer face à la mobilisation hostile de la grande majorité de la presse écrite et la totalité des médias audiovisuels grand public.
    Les médias ont pieusement relayé les éléments de langage de la propagande gouvernementale, quand ils n’en étaient pas eux-mêmes à l’origine, tant les convergences de vue sont grandes entre le microcosme médiatique et le pouvoir socialiste. Chacun peut multiplier à l’envi les exemples de mauvaise foi, d’omission ou de contre-vérité étalés par les médias durant ces derniers mois, à commencer, bien sûr, par les controverses sur le nombre des manifestants.
    Ce déséquilibre total des rapports de forces nous conduit à dégager certaines réflexions afin de mieux cerner les enjeux du pouvoir médiatique.

    L’opinion publique au cœur du combat politique
    La première remarque est d’ordre politique. Dans nos « démocraties » d’opinion, l’opinion publique est bien l’enjeu central du conflit politique. Il est difficile à un pouvoir, quel qu’il soit, de résister durablement à un mouvement d’opinion quand celui-ci réussit à imposer sa légitimité. Cette légitimité provient, pour l’essentiel, de la maîtrise des messages médiatiques. Celui qui impose sa grille de lecture de l’événement impose sa domination à son adversaire.
    Les manifestations lycéennes de l’hiver 1986 sont à cet égard exemplaires. En dépit d’une domination politique écrasante, portée alors par la vague libérale des années 1980, la droite a capitulé face à une contestation de rue massivement relayée médiatiquement autour des thèmes de « l’antiracisme » et de la « génération morale ». La vague émotionnelle orchestrée autour de la mort de Malik Oussékine a été un des moments les plus intenses de ces dramaturgies médiatiques des années 1980 qui, avec Carpentras en point d’orgue, ont plongé la France dans des bains émotionnels intenses, chargés de réactiver les frontières du bien et du mal.
    Précisons, et ce point est capital, qu’il n’est pas indispensable de convaincre l’opinion pour remporter la victoire médiatique. Imposer la suprématie de son système de représentation suffit à délégitimer l’adversaire afin de neutraliser l’opinion publique susceptible d’adhérer à ses messages. La neutralité passive de l’opinion suffit souvent à remporter la bataille médiatique.
    L’exemple de l’affrontement qui s’est joué autour de la Manif pour tous est à cet égard particulièrement parlant. Le pouvoir socialiste n’a pas véritablement cherché à convaincre les Français de la justesse de son choix sociétal. Ses arguments de fait étaient largement connus. Ils se résumaient d’ailleurs à pas grand-chose, hormis l’invocation rituelle de grands principes creux autour de l’égalité et du progrès, et n’étaient donc pas susceptibles de mobiliser l’opinion publique en faveur du mariage gay. De la même façon, pour être tout à fait honnête, que les arguments des anti-mariage pour tous n’ont également pas véritablement fait bouger l’opinion des Français.
    Le gouvernement a pour l’essentiel joué en contre, en délégitimant les hommes plutôt qu’en débattant des idées. Plus précisément même, la controverse des opinions sert à fixer et engluer l’adversaire, tandis que l’enjeu central de la bataille médiatique se joue dans la stratégie de pilonnage de son image afin de l’identifier à un modèle négatif qui dévalorise sa cause, au-delà de la pertinence des idées.
    Le message doit être simple et combatif et son lien avec la réalité est secondaire si l’offensive peut s’appuyer sur un contrôle bien maîtrisé des outils médiatiques. À l’encontre des réalités les plus évidentes, le gouvernement a pu déployer durant des mois et en toute imputé une propagande virulente qui niait l’ampleur du mouvement de contestation et l’enfermait dans une image répulsive d’homophobie et d’extrémisme.
    Que les Français aient cru on non cette propagande a, en définitive, peu d’importance puisqu’elle a permis de neutraliser les forces de l’adversaire en le plaçant sans cesse sur la défensive.

    L’enjeu médiatique
    La deuxième réflexion concerne plus spécifiquement le rôle des médias. En dépit de ce que l’on entend bien souvent sur la prédominance nouvelle du règne de l’Internet, la bonne vieille télévision et ses univers périphériques, c’est-à-dire la presse écrite et la radio, restent encore le cœur du système de communication actuel.
    Plus exactement, il faut distinguer l’outil de mobilisation extrêmement efficace que sont devenus le Web et les réseaux sociaux, qui permettent une grande réactivité dans l’action, et l’outil de maîtrise des esprits à grande échelle que reste la télévision.
    Seule la télévision permet toujours de divulguer un message qui touche dans un temps très court la quasi-totalité d’une population donnée en la soumettant à la fois à l’impact émotionnel de l’image et à l’effet de sidération de la répétition en boucle. Les nouveaux médias peuvent permettre une diffusion très rapide d’une information, mais la télévision et les médias traditionnels gardent encore le monopole de l’institutionnalisation d’une représentation (l’image et le sens qui lui est donné) en l’installant « officiellement » dans la vision du grand public. L’effet de concentration (« la grande messe du 20h » !) est décisif par rapport à l’éparpillement du message des nouveaux médias.
    Pour preuve : dans l’affrontement asymétrique entre les grands médias traditionnels sous influence du pouvoir politique et les nouveaux médias utilisés avec virtuosité par les animateurs de la Manif pour tous, les premiers ont globalement réussi à neutraliser l’impact des seconds au-delà de l’univers de ses sympathisants.
    Sur le champ de bataille de la propagande, la télévision a l’effet de l’artillerie lourde qui réduit les défenses adverses avant l’affrontement direct. Elle impose un cadre de lecture avec ses représentations codées qui, une fois installé en tant que système de représentation dominant, délimite de manière quasi irréversible la place des uns et des autres en tant que « méchants » ou « gentils », « ringards » ou « modernes ». Le positionnement sur les pôles négatif ou positif de la représentation forme l’enjeu essentiel de la confrontation.
    Les organisateurs de la Manif pour tous pouvaient-ils échapper à ce processus organisé de délégitimation médiatique ? Cette question est essentielle car elle renvoie à l’enjeu capital du combat politique contemporain : Comment ceux qui contestent le Système peuvent-ils, face à un appareil médiatique totalement sous contrôle, faire entendre leur voix en évitant le double piège de l’aseptisation de leur message ou de la diabolisation qui leur donne le rôle de salauds – ou d’imbéciles – utile dans la scénographie médiatique ?
    Fin de la première partie
    Didier Beauregard http://www.polemia.com
    24/06/2013

  • Ce n’est pas la bombe atomique qui a poussé le Japon à capituler

    Le rôle de Staline est minimisé, celui de la destruction d’Hiroshima et Nagasaki grandi, parce que ça arrangeait Américains et Japonais. 70 années de politiques nucléaires seraient-elles fondées sur un mensonge ?

    enola gay hiroshima
    Le B-29 Superfortress Enola Gay atterrit sur la base de Tinian dans les iles Marianne après avoir largué sa bombe sur Hiroshima, , le 6 août 1945.

    L’utilisation de l’arme nucléaire par les Etats-Unis contre le Japon à la fin de la Seconde Guerre mondiale fait depuis toujours l’objet d’un débat vif en émotions. Au départ, rares étaient ceux qui remettaient en cause la décision prise par le président Truman de larguer deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Mais dès 1965, l’historien Gal Alperowitz affirmait que si les deux bombes avaient certes provoqué la fin immédiate de la Seconde Guerre mondiale, les dirigeants japonais avaient l’intention de capituler et l’auraient probablement fait avant la date de l’invasion prévue par les Etats-Unis, le 1er novembre 1945. [...]

    D’un point de vue historique, l’utilisation de la bombe atomique peut apparaître comme l’événement singulier le plus important de la guerre. Mais du point de vue des Japonais de l’époque, le largage de la bombe sur Hiroshima ne se distingue guère d’autres événements. Il est après tout bien difficile de distinguer une goutte de pluie au beau milieu d’un ouragan. A l’été de 1945, l’USAAF est en train d’effectuer une des plus intenses campagnes de destruction de centres urbains de l’histoire mondiale. 68 villes japonaises sont bombardées, et toutes sont partiellement ou intégralement détruites.

    On estime à 1,7 million le nombre de personnes sans-abris, à 300.000 le nombre de tués, et à 750.000 le nombre de blessés. 66 de ces villes ont été attaquées avec des bombes traditionnelles, deux avec des bombes atomiques. Les destructions engendrées par les attaques conventionnelles sont immenses. [...]

    Nous imaginons bien souvent, parce que c’est comme cela que l’histoire nous est racontée, que le bombardement d’Hiroshima fut bien pire. Nous avons tendance à nous imaginer que le nombre de victimes bat tous les records. Mais si l’on dresse un tableau des morts par raids sur les 68 villes japonaises bombardées par les Américains à l’été 1945, Hiroshima est deuxième en nombre de morts civils. Si l’on dresse une liste du nombre de kilomètres carrés détruits par raid, Hiroshima est quatrième. Si l’on dresse une liste du pourcentage de la ville détruit par raid, Hiroshima est 17e. Hiroshima est donc une attaque tout à fait dans la norme des attaques conventionnelles effectuées cet été-là. [...]

    L’entrée en guerre de l’Union soviétique [fut] stratégiquement décisive [...] tandis que le bombardement d’Hiroshima [ne le fut pas]. [...]

    Slate  http://histoire.fdesouche.com

  • Requiem pour l’Amérique

    Si l’on additionne les Latinos, les Afro-américains, les homosexuels, les pauvres, les assortis, les avorteuses, les intellectuels tordus, les pourrisseurs, les idiots blancs utiles… on peut se demander pourquoi le score d’Obama n’a pas été plus élevé.
    L’Amérique de notre enfance est morte : celle des cow boys, des westerns, des rodéos, de John Wayne, de la conquête de l’ouest. Ce pays qui fascinait et énervait à la fois a été construit par les Européens (Anglais, Irlandais, Allemands, Scandinaves, italiens…).
    Romney qui avait quand même un physique de coq boy (bonne taille, bonnes épaules) a été battu par le vote communautariste.
    Certes présenter un mormon et non un WASP faisait un peu tristounet ( ne pas boire ni fumer, ni prendre de café ou de thé)! .
    Des imbéciles ont vu dans l’élection d’Obama la victoire de la démocratie, alors que nous avons eu affaire au triomphe du communautarisme, jamais le vote n’a été aussi racial.
    Le président sortant lui même a sans cesse appelé à la mobilisation des minorités raciales. la première fois on pouvait encore penser que le corps électoral donnait sa chance à un métis pour se réconcilier avec la minorité noire. Cette fois-ci sa réélection a été fondée sur la démographie raciale du pays. On a assassiné une deuxième fois le cow boy Malboro.
    Les vieux mâles blancs grognons vont disparaître, il ne restera plus qu’un grouillement d’habitants de toutes les races venus profiter d’un pays où l’on pourra être assisté comme en Europe.
    Obama n’est pas devenu le président des États-Unis d’Amérique, il est devenu le président d’un pays qui n’est plus les États-Unis d’Amérique.
    En plus pour être politiquement correct et ne pas être inquiété, il faudra sans cesse dire qu’Obama est brillant et que sa femme est la plus belle.
    Comme le disait Robert Barthes, le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire mais d’obliger à dire.
    Patrice gros-Suaudeau

  • 241 avant J.-C. : la Sicile devient la première province romaine

    Au troisième siècle avant Jésus Christ, Rome n’était qu’une puissance terrestre, dont l’ambition territoriale semblait limitée à la péninsule italienne. Elle avait étendu sa domination par des annexions ou des alliances avec les peuples du centre de cette péninsule, qui exception faite des Étrusques, lui étaient très proches par leur langue, leur religion, leur culture.

    Limitée au nord par les Gaulois installés dans la plaine du Pô, l’avancée vers le Sud s’était réalisée par un système d’alliances avec les cités grecques qui occupaient le terrain depuis l’époque archaïque. C’est à l’extrême Sud, au détroit de Messine, qu’elle se heurte à Carthage qui domine tout l’ouest de la Sicile, l’Est étant resté aux Grecs.

    Dès la fin de la première guerre contre Carthage, qui va durer vingt-trois ans de 264 à 241 avant Jésus Christ, même victorieuse, Rome ne peut se permettre la même politique qu’auparavant. Militairement, elle s’est emparée d’un site stratégique vital pour l’empire carthaginois dont la métropole est intacte, entraînant un conflit ultérieur qui ne se terminera que 120 ans plus tard par l’anéantissement de Carthage en 146 avant JC.

    Politiquement aussi : elle avait jusqu’alors rallié de gré ou de force des peuples voisins avec leur terre, là elle a conquis une terre plus lointaine dont elle ne peut s’allier les hommes sans risque. C’est ainsi que Rome a commencé à bâtir son empire, au sens où on l’entend actuellement.

    I. Rome et Carthage, les origines d’un long conflit

    Carthage était un empire maritime. Fondée par les Phéniciens du Moyen Orient au IXe siècle avant JC (- 814) peuple sémite, elle possédait de nombreux comptoirs dans toute la Méditerranée. Elle y régnait en maître, et contrôlait le trafic maritime jusqu’aux colonnes d’Hercule, actuellement Gibraltar. Sa domination sur la Sicile, tête de pont entre le Sud de l’Europe et le Nord de l’Afrique lui assurait le contrôle du passage entre la Méditerranée orientale et occidentale.

    Tirant sa richesse de la mer, jusqu’alors ses principaux ennemis avaient été les Grecs, ou du moins ceux dont les colonies étaient des comptoirs marchands à savoir les Phocéens installés à Massalia (Marseille), Alalia (Aléria), Empuria (actuel Emporia Brava), avec lesquels la concurrence était rude. En 535 avant JC, ils avaient chassé les Phocéens d’Alalia en Corse, avec l’aides des Etrusques. Les Grecs occupaient le Sud de la péninsule italienne (appelée la Grande Grèce) et l’Est de la Sicile où leur arrivée remontait à l’époque archaïque.

    Politiquement, c’est une nation très bien organisée, d’après de nombreux auteurs anciens dont Aristote, « les Carthaginois passent pour être bien gouvernés, leur constitution est à beaucoup d’égards supérieure à la nôtre ». Carthage était même passée d’un mode de gouvernement monarchique à un mode démocratique.

    Mais ses possessions en Afrique du Nord (actuelle Tunisie), sur la côte sud de l’Espagne, l’actuelle Andalousie (Gadès aujourd’hui Cadix) précieuse pour ses métaux, et surtout la côte ouest de la Sicile, la Sardaigne et quelques comptoirs en Corse en faisait aussi une puissance terrestre.

    Toutes ces possessions faisaient face à la péninsule italienne.

    Rome était à l’époque une puissance terrestre en expansion.

    Rome était restée avant tout une cité-Etat même si cette cité avait fini par chapeauter toute l’Italie centrale, par un système politique très complexe. Elle avait commencé à fédérer autour d’elle, les cités voisines du Latium, visiblement dans le but de constituer un ensemble géographique cohérent. Ce fut l’instauration du synœcisme. On distinguait trois catégories de citoyens :
    - Les citoyens romains des origines qui participaient pleinement à la démocratie.
    - Autour de ce noyau romain, on trouve les Latins. Ce sont des peuples qui ont une origine proche, tant par leur langue (italique, indo-européenne) que par leur religion. Les Latins, les Sabins, les Ombriens, les Volsques… Et les Étrusques, co-fondateur de Rome bien que d’origine différente (à l’heure actuelle, la question se pose encore de savoir s’ils étaient autochtones ou d’origine asiatique encore que cette hypothèse semble l’emporter). Ils étaient les citoyens romains, mais certains étaient des civitas sine suffragio, étaient citoyens mais privés du droit de vote. Cette différence pouvait venir des conditions d’où était venue l’alliance avec Rome. Soit ils avaient accepté l’alliance sans avoir combattu soit ils avaient tenté de résister et perdu. Mais pas toujours. Souvent c’était d’ailleurs ceux dont le territoire était plus éloigné de Rome. L’ager romanus occupe à peu près 1/5 Italie actuelle. Ils avaient le droit de se marier avec des citoyens romains.

    Rome avait aussi des « alliés », des cités plus lointaines, où elle avait implanté des colons, qui perdaient leur citoyenneté romaine en échange de terres… Les « alliances » ayant été obtenues soit par la force (victoire militaire), soit par reddition sans combats. Ces cités devaient participer à l’effort de guerre et à la contribution financière, mais n’avaient pas le droit de vote donc aucun pouvoir décisionnel. Elles avaient gardé une certaine autonomie. Elles formaient un ensemble terrestre cohérent.

    C’est avec la Sicile se rompt l’amitié avec Carthage.

    Rome dominait toute la péninsule sauf la plaine du Pô. Cet espace, très riche, était occupé par les Gaulois qui avaient posé de gros problèmes au IVe siècle avant JC. Le célèbre épisode du chef gaulois Brennus, qui avait opposé aux tentatives romaines de négocier le montant du tribut du après un raid victorieux un tonitruant « malheur aux vaincus » est resté dans la légende. La conquête de la Cisalpine gauloise à l’époque n’était pas encore garantie.

    Au Sud les Grecs contrôlaient au départ toute la partie méridionale de l’Italie, la Grande Grèce et l’Est de la Sicile. Rome avait commencé à étendre son influence vers le Sud en obligeant les Grecs à des alliances. En 272 avant JC, avait eu lieu le siège de Tarente, sa capitulation, puis en 266 avant JC, celle des Sallentins et les Messapiens. Ces cités et ces peuples bénéficiaient de la protection romaine, mais avaient gardé une certaine autonomie.

    Les historiens sont très partagés sur la raison pour laquelle Rome est passée « outre-mer ». La Sicile, quoique proche malgré une séparation maritime, lui était un territoire complètement étranger. Elle était occupée de surcroît par deux peuples amis, les Grecs et les Carthaginois, rivaux entre eux.

    On peut supposer qu’il y avait la nécessité d’acquérir de nouvelles terres cultivables, Rome n’ayant pas encore conquis la riche plaine du Pô, car la Sicile était un grenier à blé. A moins qu’il ne se soit agit du désir d’abaisser la puissance carthaginoise en vertu d’un principe maintes fois prêté aux Romains : « si tu veux la paix, prépare la guerre ».

    En effet, la rivalité séculaire entre les Carthaginois et les Grecs avait amené une alliance objective entre Rome et Carthage depuis les Étrusques. Ils avaient conclu des traités d’alliance, le premier daté de 509 avant JC (d’après Polybe), puis en 348 avant JC d’après Diodore et Tite Live, en 306 et 278 avant JC cités par Tite Live. Les premiers étaient favorables à Carthage, le dernier plus favorable à Rome.

    C’est Rome qui a ouvert les hostilités sous un prétexte apparemment futile.

    II. La première guerre punique dite « guerre de Sicile »

    Ce fut le détroit de Messine qui servit de casus belli. Rome, puissance terrestre, n’avait pas jusqu’alors tenté de conquêtes « outre-mer ». Suite à divers conflits localisés elle avait pris cependant pied à Reghium (actuel Reggio di Calabre), face à Messine. Messine était dans la zone contrôlée par les Grecs, mais des mercenaires latins, les « Mamertins » (dont le nom vient du culte de Mars), en avaient pris possession par la force.

    Devant leur comportement agressif à l’encontre du voisinage, Hiéron tyran de Syracuse mit le siège devant Messine. Ils en appelèrent donc à Carthage encore alliée de Rome et qui répondit immédiatement. Mais ils en appelèrent également à Rome (étant eux-même Campaniens). Le Sénat hésita car le traité de 306 avant JC prévoyait de ne pas concurrencer la présence carthaginoise en Sicile. Mais l’affaire portée devant le peuple par le Tribun de la Plèbe amena une décision en faveur des Mamertins. Prudente Rome envoya des « conseillers » aux Mamertins. Ils devaient aider à trouver un accord, en fait il donnèrent des conseils aux Mamertins pour se débarrasser de leurs alliés carthaginois devenus importuns.

    Devant ce qu’elle considéra comme une rupture d’alliance, donc une déclaration de guerre, Carthage s’allia alors au tyran de Syracuse. Mais celui-ci privilégia l’alliance romaine. C’était en 264 avant JC, et c’est ainsi que commença la première Guerre Punique.

    La victoire romaine fut difficile, la guerre dura de 264 à 241 avant JC.

    Rome et Syracuse tentèrent de s’emparer de la Sicile occidentale, Carthage avec sa flotte menaçait les côtes italiennes. Rome qui avait déjà commencé à se constituer une flotte a dû fournir un immense effort pour se hisser au niveau de Carthage. Elle connut d’abord de nombreux déboires dont une défaite à Drépane en 249 avant JC, en tentant de s’emparer de la Sicile occidentale. Il existe une légende qui prétend que les Romains auraient construit 120 bateaux en 60 jours, à partir d’un navire carthaginois échoué. Leur volonté de vaincre les amena à trouver un moyen d’aborder les navires ennemis (technique du corbeau citée par Polybe) de façon à éviter le combat naval pour le remplacer par un combat de fantassins sur les ponts des navires. Malgré tout, elle remporta, presque par miracle, une victoire navale inespérée aux îles Égades en 241 avant JC. Les Carthaginois demandèrent la paix. Ils durent céder la partie de la Sicile qu’ils contrôlaient et payer un tribut.

    Ce qui ressort de cette guerre, c’est que Rome a fini par l’emporter par une victoire inattendue, et surtout une victoire navale. La guerre l’a obligée à avoir une flotte, elle lui a resservi souvent après.

    En Sicile, les cités « libres » (grecques) qui avaient soutenu Rome furent récompensées par une immunité de prélèvements, et il fut conclue une alliance avec Syracuse. L’est de l’île reste grecque.

    Par contre pour la partie carthaginoise, après sa victoire, Rome fut amenée à concevoir un autre mode d’organisation. Jusqu’alors elle avait soumis l’intégralité des territoires des cités libres à son autorité, souvent en ralliant l’élite à sa cause par l’octroi de la citoyenneté romaine. Jusqu’à présent les Alliés devaient payer un tribut et surtout envoyer des hommes pour soutenir l’effort de guerre.

    Or il était évident que Carthage restait potentiellement dangereuse et Rome ne pouvait donc faire confiance aux Phéniciens de Sicile. Elle avait eu parfois à déplorer des défections chez ses alliés. Les anciennes recettes d’assimilation, applicables à des hommes libres ne pouvaient s’appliquer, la Sicile était composée de grandes propriétés sur lesquelles ont trouvait de nombreux esclaves. Pour la Sicile carthaginoise, cette organisation préexistante, même très différente de celle de Rome, pouvait être reprise sous réserve de concevoir un statut particulier : la Province.

    Ce qui fut fait et se fera par la suite après chaque conquête, même sur le sol italien comme en Cisalpine, bien que ce territoire devint Romain avant les autres par la suite. Il semble qu’il y ait eu à ce moment ce moment, une distinction entre l’Italie et le reste du Monde.

    III. La Sicile devint la première province du futur empire romain

    La Province, stricto sensu est la « sphère d’activité d’un magistrat ». Dans la république romaine, un magistrat avait en charge un domaine, jusqu’alors une activité. Là, en Sicile, le Magistrat était le gouverneur envoyé par Rome afin de faire appliquer les décisions prises au Sénat. Il était le seul à détenir l’autorité de Rome, l’imperium. Il avait le pouvoir civil, militaire, judiciaire et pratiquement pas de contrôle, Rome était trop éloignée. Il y eut aussi très peu de fonctionnaires, les magistrats étaient envoyés pour un an. Du fait de l’éloignement, ils purent gouverner de façon autocratique. Il ne fut concédé aucun statut aux provinciaux.

    Les gouverneurs devinrent souvent très riches au détriment des assujettis et leur attitude fut souvent concussionnaire. Rome préleva de lourds tributs sur l’île sous forme de production agricole, droits de douane.. Une partie des terres fut confisquée et louée. La Sicile devint le grenier à blé de Rome et ses productions virent concurrencer celles produites en Italie continentale.

    Les produits agricoles de Sicile furent en concurrence directe avec ceux d’Italie continentale. La richesse ainsi procurée aux riches Romains qui s’y accaparèrent de grandes terres en Sicile (les latifundias) ainsi qu’aux riches négociants, combinée aux désastres causés par la guerre chez les citoyens romains plus modestes, contribuèrent à aggraver le clivage entre l’élite romaine et le peuple.

    La Sardaigne fut quant à elle, l’objet de la deuxième guerre punique.

    Les rapports avec Carthage s’étaient améliorés après la première guerre punique, une paix avait été conclue en 241 avant JC, la paix de Lutatius Catulus. Mais, profitant de la faiblesse de Carthage, Rome ne tarda pas à pousser son avantage.

    Carthage étendait sa domination sur la Sardaigne et la Corse. Rome l’accusa de menacer ses côtes juste en face, et annexa la Sardaigne en 237 avant JC, puis la Corse. La Sardaigne présentait un avantage stratégique au milieu de la Méditerranée, économique aussi (c’était aussi une terre à blé) mais de surcroît, couverte de forêts elle pouvait fournir le bois nécessaire à la construction des navires. Il semblerait que Rome, dès son passage outre-mer, était bien décidée à continuer à s’étendre.

    Hamilcar, à la tête de Carthage décida de s’étendre en Espagne afin de reconstituer une partie de sa puissance. En 218 avant JC, son fils, Hannibal reprit les hostilités. Il mit pied en Europe – à dos d’éléphant selon la légende – et franchit ainsi les Alpes vers l’Italie. Il espérait jouer des frustrations occasionnées chez les Alliés de Rome entre citoyens selon qu’ils soient ou non de plein droit. Certaines villes comme Capoue trahirent Rome, qui échappa de peu à la défaite.

    Hannibal n’osa pas attaquer la ville de Rome elle même mais la menace fut à un moment pressante. Le noyau central des cités entourant Rome tint bon et resta fidèle. Ainsi Hannibal, resté quinze ans sur la péninsule romaine et malgré des succès notoires ( le Tessin en –218, de La Trébie en –217, du Lac Trasimène également en –217, et de Cannes en –216), dut malgré tout repartir sans avoir vaincu Rome. Carthage fut amenée à conclure un traité très dur en faveur de Rome en 201 avant JC après la victoire de Zama en -202 remportée par Scipion devenu de ce fait Scipion l’Africain.

    IV. La bataille de Zama

    Rome s’empara d’une partie de l’Espagne après la deuxième guerre punique.

    On ignore s’il y a eu volonté dominatrice au départ où si l’Empire est né du hasard de l’extension à l’infini des possessions. Ce qui est sûr c’est qu’au départ, le mot Empire pour qualifier Rome renvoie à une notion géographique. Rome était encore ne l’oublions pas une République quand commença les premiers assujettissements de peuples plus lointains que les métropolitains.

    Quoiqu’il en soit, la première Guerre Punique, suivie d’une attitude que nous qualifierions aujourd’hui d’ »impérialiste », provoqua la deuxième Guerre Punique qui failli lui être fatale. Hannibal avait pénétré en Italie, y était resté plusieurs années et le lent travail de Rome pour unifier l’Italie a bien failli être anéanti. Parce qu’elle ne l’a pas été, et qu’elle a éliminé militairement la puissance dominante de l’époque, Carthage, et mis en oeuvre un processus de gouvernement adapté à la gestion pragmatique de ses conquêtes, Rome avait désormais les mains libres pour conquérir le reste du monde méditerranéen.

    On peut considérer que c’est la conquête de la Sicile carthaginoise qui a marqué une rupture dans la politique romaine, autant par la fin de l’ alliance carthaginoise que par le nouveau mode d’organisation choisi pour établir son autorité sur les vaincus. Rupture également par une extension au delà de la Mer de ses prétentions territoriales. La cité état des origines commençait à se comporter en grande puissance. Avec toutes les conséquences induites. Quand Rome a attaqué Carthage, l’issue du combat n’était en rien acquise. Parce qu’elle a su s’adapter à l’adversaire pour le battre sur son propre terrain, la Mer, parce qu’elle a compris dès la victoire acquise qu’il lui fallait poser les bases de la colonisation, la République romaine a généré une autre société beaucoup plus inégalitaire qui la conduisit à l’Empire.

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  • Métaphysique de la Guerre (Partie 2)

    Il faut ajouter que si cette différence est avant tout intérieure, sous l'impulsion de tout ce qui a intérieurement une puissance, se traduisant aussi à l'extérieur, des effets en découlent sur d'autres plans et, plus particulièrement, dans les termes suivants. Avant tout, termes d'une "irréductibilité" de l'impulsion héroïque: Qui vit spirituellement l'héroïsme est chargé d'une tension métaphysique, stimulé par un élan dont l'objet est "infini", dépassera toujours ce qui anime celui qui se bat par nécessité, par métier ou sous la poussée d'instincts naturels ou de suggestions.

    En second lieu, qui se bat dans une "guerre sainte" se situe spontanément au-delà de tout particularisme, vit dans un climat spirituel qui, à un moment donné, peut fort bien donner naissance à une unité supranationale dans l'action. C'est précisément ce qui s'est vérifié dans les Croisades, où Princes et Chefs de tous pays se rassemblèrent pour l'entreprise héroïque et sainte, au-delà de leurs intérêts particuliers et utilitaires et des divisions politiques, réalisant pour la première fois une grande unité européenne conforme à leur civilisation commune et au principe même du Saint Empire Romain Germanique.

    Or, si nous savons abandonner le "prétexte", si nous savons isoler l'essentiel du contingent, nous trouvons un élément précieux qui ne se borne pas à une période historique déterminée. Réussir à ramener l'action héroïque sur un plan "ascétique" , à la justifier aussi en fonction de ce plan, signifie déblayer la voie pour une nouvelle et possible unité de civilisation. Cela signifie aussi écarter tout antagonisme conditionné par la matière, préparer la place pour les grandes distances et les vastes fronts, pour dimensionner peu à peu les buts extérieurs de l'action à sa nouvelle signification spirituelle: comme cela se vérifie quand ce n'est plus seulement pour un pays et pour des ambitions temporelles que l'on se bat, mais au nom d'un principe supérieur de civilisation, d'une tentative de ce qui, pour être métaphysique, nous fait aller de l'avant, au-delà de toutes limites, au-delà de tous dangers, au-delà de toute destruction.

    Il ne faut pas trouver étrange, qu'après avoir examiné un ensemble de traditions occidentales relatives à la guerre sainte, c'est-à-dire à la guerre comme valeur spirituelle, nous nous proposions maintenant d'examiner ce concept tel qu'il a été formulé par la tradition islamique. En effet, notre but, comme nous l'avons souligné plusieurs fois, est de mettre en relief la valeur objective par la démonstration de son universalité, de sa conformité au quod ubique, quod ab omnibus et quod semper. Seulement ainsi, on peut avoir la sensation que certaines valeurs ont une portée absolument différente de ce que peuvent penser les uns ou les autres, mais aussi que dans leur essence elles sont supérieures aux formes particulières qu'elles ont assumées pour se manifester dans les deux traditions historiques. Plus on reconnaîtra la correspondance interne de ces formes, et leur principe unique, plus on pourra appronfondir sa propre tradition, jusqu'à la posséder intégralement et la comprendre en partant de son point originel et métaphysique.

    Historiquement, il faut souligner que la tradition islamique, en ce qui nous intéresse, est en quelque sorte l'héritière de la tradition perse, l'une des plus haute civilisations indo-européennes. La conception mazdéenne originelle de la religion comme militia sous le signe du "Dieu de Lumière", et de l'existence sur la terre comme une lutte incessante pour arracher êtres et choses au pouvoir d'un anti-dieu, est le centre de la vision perse de la vie. Il faut la considérer comme la contrepartie métaphysique et le fond spirituel des exploits guerriers dont l'apogée fut l'édification perse sous la domination du "Roi des rois". Après la chute de la grandeur perse, certains échos de cette tradition subsistèrent dans le cycle de la civilisation arabe médiévale, sous des formes plus matérielles et parfois exaspérées, mais sans jamais annuler effectivement le motif originel de spiritualité.

    Ici nous nous référons à des traditions de ce genre surtout parce qu'elles mettent en relief un concept très utile pour éclairer ultérieurement l'ordre des idées que nous nous proposons d'exposer. Il s'agit du concept de la grande guerre sainte, distincte de la "petite guerre", mais en même temps liée à cette dernière selon une correspondance spéciale. La distinction se base sur un hadîth du Prophète, qui, revenant d'une expédition guerrière aurait déclaré: "Nous sommes revenus de la petite guerre sainte à la grande guerre sainte".

    La petite guerre, ici, correspond à la guerre extérieure, à la guerre sanglante qui se fait avec des armes matérielles contre l'ennemi, contre le "barbare", contre une race inférieure devant laquelle on revendique un droit supérieur ou, enfin, quand l'entreprise est dirigée par une motivation religieuse, contre "l'infidèle". Pour auusi terribles et tragiques que puissent être les accidents, pour aussi monstrueuses que puissent être les destructions, il n'en reste pas moins que cette guerre, métaphysiquement, est toujours la "petite guerre". La "grande guerre sainte" est au contraire d'ordre intérieur et immatériel, c'est le combat qui se mène contre l'ennemi, ou le "barbare", ou "l'infidèle" que chacun abrite en soi et qu'il voit surgir en soi au moment où il veut assujettir tout son être  à une loi spirituelle. En tant que désir, tendance, passion, instinct, faiblesse et lacheté intérieure, l'ennemi qui est dans l'homme doit être vaincu, brisé dans sa résistance, enchaîné, soumis à l'homme spirituel: telle est la condition pour atteindre la libération intérieure, la "paix triomphale" qui permet de participer à ce qui est au-delà de la vie comme de la mort.

    C'est simplement l'ascétisme - dira-t-on. La grande guerre sainte est l'ascèse de tous les temps. Et quelqu'un sera tenté d'ajouter: c'est la voie de ceux qui fuient le monde et qui, avec l'excuse de la lutte intérieure, se transforme en un troupeau de poltrons pacifistes. Ce n'est rien de tout cela. Après la distinction entre les deux guerres, leur synthèse. C'est le propre des traditions héroïques que de prescrire la "petite guerre", c'est-à-dire la guerre vraie, sanglante, comme instrument pour la "grande guerre sainte"; au point que, finalement, les deux ne deviennent qu'une seule et même chose.

    C'est ainsi que dans l'Islam "guerre sainte" - jihâd et "voie de Dieu" - sont indifféremment utilisés l'un pour l'autre. Qui se bat est sur la "voie de Dieu". Un célèbre hadîth très caractéristique de cette tradition, dit: "Le sang des Héros est plus près du Seigneur que l'encre des sages et les prières des dévots". Ici aussi, comme dans les traditions dont nous avons déjà parlé comme dans l'ascèse romaine de la puissance et dans la classique mors triumphalis, l'action assume l'exacte valeur d'un dépassement intérieur et d'accès à une vie délivrée de l'obscurité, du contingent, de l'incertitude et de la mort. En d'autres termes, les situations, les risques, les épreuves inhérentes aux exploits guerriers provoquent l'apparition de "l'ennemi" intérieur, qui, en tant qu'instinct de conservation, lacheté ou cruauté, pitié ou fureur aveugle, surgir comme ce qu'il faut vaincre dans l'acte même de combattre l'ennemi extérieur. Ceci montre que le point décisif est constitué par l'orientation intérieure, la permanence inébranlable de ce qui est esprit dans la double lutte: sans précipitation aveugle, ni transformation en une brute déchaînée, mais, au contraire, domination des forces les plus profondes, contrôle pour n'être jamais entraîné intérieurement, mais rester toujours maître de soi, et cette maîtrise permet de s'affirmer au-delà de toutes limites. Nous aborderons plus avant une autre tradition où cette situation est représentée par un symbole très caractéristique: un guerrier et un être divin impassible, qui, sans combattre, soutient et conduit le soldat, à coté duquel il se trouve sur le même char de combat. C'est la personnification de la dualité des principes que le véritable héros, dont les émanations ont toujours quelque chose de ce sacré dont il est porteur.

    Dans la tradition islamique, on lit dans un de ses textes les plus importants: "Il combat dans la voie de Dieu (c'est-à-dire dans la guerre sainte) celui qui sacrifie sa vie terrestre pour celle de l'au-delà: car à celui qui combat dans la voie de Dieu et sera tué, ou vainqueur, nous donnerons une immense récompense". La prémisse métaphysique selon laquelle il est prescrit: "Combattez selon la guerre sainte ceux qui vous feront la guerre". "Tuez-les partout où vous les trouverez et écrasez-les. Ne vous montrez pas faibles et n'invitez pas à la paix" car "la vie terrestre est seulement un jeu et un passe-temps" et "qui se montre avare, n'est avare qu'avec soi-même". Ce dernier principe est évidemment à prendre comme un fac-similé de l'évangélique : "Qui veut sauver sa propre vie la perdra et qui la perdra la rendra réellement vivante", confirmé par cet autre passage: "Et que, vous qui croyez, quand il vous fut dit: 'Descendez à la bataille pour la guerre sainte' vous êtes restés immobiles? Vous avez préféré la vie de ce monde à la vie future", puisque: "vous attendez de nous une chose, et non les deux suprêmes, victoire ou sacrifice?".

    Cet autre passage est digne d'attention: "La guerre vous a été ordonnée, bien qu'elle vous déplaise. Mais quelque chose qui est bon pour vous peut-il vous déplaire, et vous plaire ce qui est mauvais pour vous: Dieu sait, alors que vous ne savez pas", qui est très proche de: "Ils préférèrent être parmi ceux qui restèrent: une marque est incisée dans leur coeur, aussi ne comprennent-ils pas. Mais l'Apôtre et ceux qui croient avec lui combattent avec ce qu'ils ont et avec leur propre personne: à eux récompenses - et ce sont eux qui prospèreront - dans la grande félicité".

    Ici nous avons une sorte d'amor fati, une intuition mystérieuse, évocation et accomplissement héroïque du destin, dans l'intime certitude que, quand il y a "intention juste", quand l'inertie et la lâcheté sont vaincues, l'élan va au-delà de la propre vie et de celle des autres, au-delà de la félicité et de l'affliction guidé dans le sens d'un destin spirituel et d'une soif d'existence absolue, donnant alors naissance à une force qui ne pourra manquer le but absolu. La crise d'une mort tragique et héroïque devient contingence sans intérêt, ce qui, en terme religieux, est exprimé ainsi: "Ceux qui seront tués dans la voie de Dieu (ceux qui mourrons en combattant la guerre sainte) leur réalisation ne sera pas perdue. Dieu les guidera et disposera de leur âme. Il les fera entrer dans le paradis qu'il leur a révélé".

    Ainsi le lecteur se trouve-t-il ramené aux idées exposées plus haut qui sont basées sur les traditions classiques ou nordico-médiévales, concernant une immortalité privilégiée réservée aux héros, les seuls qui, selon Hésiode, habitent les îles symboliques où se déroule une existence lumineuse et intengible à l'image de celle des Olympiens. Dans la tradition islamique il y a de fréquentes allusions au fait que certains guerriers, morts dans la "guerre sainte", ne seraient en vérité jamais morts, assertion nullement symbolique, et encore moins à rapprocher de certains états surhumains séparés des énergies et des destinées des vivants. Il n'est pas possible d'entrer dans ce domaine, qui est plutôt mystérieux, et exige des références qui n'intéressent pas la nature de cette étude. Il est certain qu'aujourd'hui encore, et précisément en Italie, les rites par lesquels une communauté guerrière déclare "présents" les camarades morts au champ d'honneur, ont retrouvé une force singulière. Qui part de l'idée que tout ce qu'un processus d'involution a, de nos jours, doté d'un caractère allégorique et au maximum éthique, avait à l'origine une valeur de réalité (et tout rite était action et non simplement cérémonie) doit penser que les rites guerriers actuels peuvent être matière à méditation et à rapprocher du mystère contenu dans l'enseignement dont nous avons parlé: l'idée de héros qui ne sont pas vraiment morts, comme celle des vainqueurs qui, à l'image du César romain, restent "vainqueurs perpétuels" au centre d'une lignée.

    Nous achèverons cette rapide étude, consacrée à la guerre comme valeur spirituelle, en nous référant à une dernière tradition du cycle héroïque indo-européen, celle de la Bhagavad-Gîtâ, le plus célèbre texte peut-être de l'antique sagesse hindoue, essentiellement écrit pour la caste guerrière.

    Son choix n'est pas arbitraire et ne doit rien à l'exotisme. Comme la tradition islamique nous a permis de formuler, dans l'universel, l'idée de la "grande guerre" intérieure, contrepartie possible et âme d'une guerre extérieure, la tradition transmise par le texte hindou nous permettra d'encadrer définitivement notre sujet dans une vision métaphysique.

    Sur un plan plus extérieur, cette référence à l'Orient hindou, le grand Orient héroïque et non celui des théosophes, des panthéistes humanitaires et des vieilles dames en extase devant les Gandhi et les Rabindranath Tagore, nous paraît également utile pour rectifier les opinions et la compréhension resté longtemps esclave des antithèses artificielles Orient / Occident: artificielles parce que basés sur le dernier Occident moderniste et matérialiste, qui finalement a bien  peu de commun avec celui qui l'a précédé, avec la véritable et grande civilisation occidentale. L'Occident moderne est aussi opposé à l'Orient qu'il l'est à l'antique Occident. Dès qu'on en revient aux temps anciens, nous nous trouvons effectivement devant un patrimoine ethnique et culturel largement commun, qui correspondait déjà à une unique dénomination "indo-européen". Les formes originelles de vie, de spiritualité, d'institutions des premiers colonisateurs de l'Inde et de l'Iran ont beaucoup de points de contact avec celles des peuples helléniques et nordiques, mais aussi des antiques Romains.

    Nous allons aborder maintenant des traditions qui nous donnent un exemple de ces affinités de conception spirituelle commune du combat, de l'action et de la mort héroïque, contrairement à l'idée reçue qui veut, dès qu'on parle de civilisation hindoue, ne penser que nirvâna, fakirisme, évasion du monde, négation des valeurs "ocidentales" de la personnalité, etc.

    La Bhagavad Gîtâ est rédigée sous forme de dialogue entre un guerrier, Arjuna et un dieu, Krishna son maître spirituel. Le dialogue a lieu à l'occasion d'une bataille où Arjuna hésite à se lancer, arrêté par des scrupules humanitaires. Interprétés en clef de spiritualité, les deux figures d'Arjuna et de Krishna ne sont, en réalité, qu'une seule et même personne car elles représentent les deux parties de l'être humain: Arjuna le principe de l'action, Krishna celui de la connaissance transcendante. Le dialogue se transforme en une sorte de monologue, d'abord clarification intérieure, puis résolution héroïque autant que spirituelle du problème de l'action guerrière qui s'était imposé à Arjuna au moment de descendre sur le champ de bataille.

    Or, la pitié qui retient le guerrier quand, au moment de combattre, il découvre dans les rangs ennemis les amis de jadis et certains de ses parents, est qualifié par Krishna (le principe spirituel) de "trouble indigne des Aryas qui ferme le ciel et procure la honte" (B.G. II, 2). Ainsi revient le thème que nous avons déjà si souvent rencontré dans les enseignements traditionnels de l'Occident: "Tué, tu gagneras le ciel ; vainqueur, tu posséderas la terre. Lève-toi donc, fils de Kunti, pour combattre, bien résolu" (op. cit. II, 37). En même temps se dessine le thème d'une "guerre intérieure", guerre qu'il faut mener contre soi-même: "sachant donc que la raison est la plus forte, affermis-toi en toi-même, et tue un ennemi aux formes changeantes, à l'abord difficile" (op. cit., III, 43). L'ennemi extérieur a pour pendant un ennemi intérieur, qui est la passion, la soif animale de la vie. Voici comment est définie la juste orientation: "Rapporte à moi toutes les oeuvres, pense à l'Ame suprême ; et sans espérance, sans souci de toi-même, combats et n'aie point de tristesse" (op. cit., III, 30).

    Il faut noter l'appel à une lucidité, supraconsciente et suprapassionnée d'héroïsme, comme il ne faut pas négliger ce passage qui souligne le caractère de pureté, d'absolu que doit avoir l'action et qu'elle peut avoir en termes de "guerre sainte": "Tiens pour égaux plaisir et peine, gain et perte, victoire et défaite, et sois tout entier à la bataille : ainsi tu éviteras le péché" (op. cit. II, 38). Ainsi s'impose l'idée d'un "péché", qui ne se réfère qu'à l'état de volonté incomplète et d'action, intérieurement encore éloignée de l'élévation, par rapport à laquelle la vie signifie si peu, la sienne comme celle des autres et où aucune mesure humaine n'a plus cours.

    Si l'on reste sur ce plan, ce texte offre des considérations d'un ordre absolument métaphysique, visant à montrer comment, à un tel niveau, finit par agir sur le guerrier une force plus divine qu'humaine. L'enseignement que Krishna (principe de "connaissance") dispense à Arjuna (principe "d'action") pour mettre fin à ses hésitations, vise surtout à réaliser la distinction entre ce qui est incorruptible comme spiritualité absolue, et ce qui existe seulement d'une manière illusoire comme élément humain et naturel ; "Celui qui n'est pas ne peut être, et celui qui est ne peut cesser d'être. (...) Sache-le il est indestructible, Celui par qui a été développé cet univers (...) Celui qui croit qu'elle tue ou qu'on la tue (l'Ame) se trompe; elle ne tue pas, elle n'est pas tuée (...) elle n'est pas tuée quand on tue le corps (...) Combats donc, ô Bharata" (op. cit., II, 16, 17, 19, 20, et 18).

    Mais ce n'est pas tout. A la conscience de l'irréalité métaphysique de ce que l'on peut perdre, ou faire perdre, comme vie caduque et corps mortel (conscience qui trouve son équivalence dans l'une des traditions que nous avons déjà examinées, où l'existence humaine est définie comme "jeu et frivolité"), s'associe l'idée que l'esprit, dans son absolu, sa transcendance devant tout ce qui est limité et incapable de dépasser cette limite, ne peut apparaître que comme une force destructrice. C'est pourquoi se pose le problème de voir en quels termes dans l'être, instrument nécessaire de destruction et de mort, le guerrier peut évoquer l'esprit, justement sous cet aspect, au point de s'y identifier.

    La Bhagavad Gîtâ nous le dit exactement. Non seulement le Dieu déclare : "Je suis...la vertu des forts exempte de passion et de désir (...); dans le feu, la splendeur; la vie dans tous les êtres; la continence dans les ascètes (...) la science des sages; le courage des vaillants" (op. cit., VII, 11,9,10).

    Puis, le Dieu se manifeste à Arjuna sous sa forme transcendantale, terrible et fulgurante, lui offrant une vision absolue de la vie: tels que des lampes soumises à une lumière trop intense, des circuits investis d'un potentiel trop haut, les êtres vivants tombent et trépassent seulement parce qu'en eux brule une puissance qui transcende leur perfection, qui va au-delà de tout ce qu'ils peuvent et veulent. C'est pour cela qu'ils deviennent, atteignent un sommet et, comme entraînés par les ondes auxquelles ils s'étaient abandonnés et qui les avaient portés jusqu'à un certain point, ils enfoncent, se dissolvent, meurent, retournent dans le non-manifesté. Mais celui qui ne redoute pas la mort, sait assumer sa mort devenant par là tout ce qui le détruit, l'engloutit, le brise, il finit par franchir la limite, parvient à se maintenir sur la crète des ondes, n'enfoncent pas, au contraire ce qui est au-delà de la vie se manifeste en lui. C'est pourquoi, Krishna, la personnification du "principe esprit", après s'être révélé dans sa totalité à Arjuna, peut dire: "Excepté toi, il ne restera pas un seul des soldats que renferment ces deux armées. Ainsi donc, lève-toi, cherche la gloire; triomphe des ennemeis et acquiers un vaste empire. J'ai déjà assuré leur perte: sois-en seulement l'instrument ; (...) tue-les donc ; ne te trouble pas; combats et tu vaincras tes rivaux" (op. cit., XI, 32, 33, 34).

    On retrouve donc l'identification de la guerre avec la "voie de Dieu", dont nous avons parlé plus haut. Le guerrier cesse d'agir en tant que personne. Une grande force non-humaine, à ce niveau, en transfigure l'action, la rend absolue et "pure" là précisément où elle doit être extrême. Voici une image, très éloquente, appartenant à cette tradition: "La vie, comme un arc ; l'âme comme une flèche ; l'esprit absolu comme cible à atteindre. S'unir à cet esprit comme la flèche décochée se plante dans la cible". C'est une des plus hautes formes de la justification métaphysique de la guerre, une des images les plus complètes de la guerre comme "guerre sainte".¨

    Pour terminer cette digression sur les formes de la tradition héroïque telles que nous les ont présentées époques et peuples si divers, nous n'ajouterons que quelques mots en guise de conclusion.

    Cette excursion dans un monde qui pourra sembler, à certains, insolite et n'ayant guère à voir avec le nôtre, nous ne l'avons pas faite par curiosité ou pour étaler notre érudition. Nous l'avons faite, au contraire, dans le but précis de démontrer le sacré de la guerre, car la possibilité de justifier la guerre spirituellement et sa nécessité, constitue au sens le plus haut du terme, une tradition. C'est quelque chose qui s'est toujours et partout manifesté, dans le cycle ascendant de toutes les grandes civilisations. Alors que la névrose de la guerre, les déprécations humanitaires et pacifistes, les concessions à la guerre comme "triste nécessité" et phénomène uniquement politique ou naturel - tout ceci ne correspond à aucune tradition, n'est qu'une invention moderne, récente, en marge de la décomposition qui caractérisait la civilisation démocratique et matérialiste, contre laquelle se dressent aujourd'hui de nouvelles forces révolutionnaires. Dans ce sens, tout ce que nous avons recueilli, de sources si différentes, avec le souci constant de séparer l'essentiel du contingent, l'esprit de la lettre, peut servir à une confortation intérieure, à une confirmation, à une certitude décuplée. Non seulement l'instinct viril et justifié en termes supérieurs, mais la possibilité de cerner les formes de l'expérience héroïque qui correspond à notre vocation la plus haute, se dévoile brusquement.

    Ici nous devons revenir à ce que nous écrivions au début de cette étude, en montrant qu'il y a plusieurs manières d'être "héros", (voire animale et sub-personnelle). Donc ce qui compte n'est pas tant la possibilité vulgaire de sa lancer dans une bataille et de se sacrifier, mais l'esprit selon lequel on peut vivre une aventure de ce genre. Nous avons désormais tous les éléments pour préciser, parmi les différents aspects de l'expérience héroïque, celui que l'on peut considérer comme absolu, qui peut véritablement identifier la guerre avec la "voie de Dieu", et chez le héros, peut laisser entrevoir réellement une manifestation divine.

     

    Mais il faut rappeler aussi qu'en disant que le point où la vocation guerrière atteint réellement une hauteur métaphysique, reflétant la plénitude de l'universel, il ne peut, dans une race, que tendre à une manifestation et à une finalité également universelles, ce qui signifie: Il ne peut que prédestiner cette race à l'empire. Car seul l'empire, tel un ordre supérieur où règne la pax triumphalis, reflet terrestre de la souveraineté du "supra-monde" est comparable aux forces qui, dans le domaine de l'esprit, manifestent les mêmes caractères de pureté, de puissance, d'inéluctabilité, de transcendance par rapport à tout ce qui est pathos, passion et limitation humaine, qui se reflète dans les grandes et libres énergies de la nature.

    FIN

    Julius EVOLA 1935

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