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culture et histoire - Page 1855

  • La Maison de la Terreur, repaire des totalitarismes

    À Budapest, la Maison de la Terreur rappelle aux visiteurs comment et pourquoi s'instaure un totalitarisme. À méditer...
    Le visiteur français qui parcourt aujourd'hui les rues de Budapest, admire les mosaïques de la basilique Saint-Etienne ou se détend aux bains Széchenyi, oublierait presque - n'était quelques monuments frappés des symboles marxistes - que voici 25 ans à peine, le pays appartenait au bloc soviétique.
    La Maison de la Terreur (Terror Háza) le lui rappelle opportunément. Ce musée est installé au 60 avenue Andrássy, dans un bâtiment de sinistre renommée qui abrita sous l'occupation allemande le parti des Croix fléchées, collaborationniste, avant de devenir le quartier général de la police politique communiste (AVO, puis AVH). Les murs du grand hall central du musée sont tapissés de milliers de portraits de victimes du régime. De salle en salle sont décrites, films d'archives à l'appui, les souffrances subies par les Hongrois sous les totalitarismes nazi et marxiste. À la fin du parcours, le visiteur descend par un ascenseur dans les caves, où des centaines de personnes furent torturées : les cellules et salles d'interrogatoire, détruites par les communistes afin d'effacer les traces de leurs forfaits, y ont été reconstituées à partir des témoignages.
    Jusqu'à l'occupation du pays par les troupes allemandes le 19 mars 1944, la Hongrie, sous le régent Miklos Horthy, avait pu conserver un gouvernement et un parlement légitimes. Après cette date, le pays perd sa souveraineté pour près de 40 ans. Les nazis mettent alors en place un gouvernement fantoche et Horthy - hostile à la déportation des juifs - est contraint à l'abdication en octobre 1944.
    Plus de 700 000 Hongrois au goulag
    En mars 1945, les Soviétiques chassent les troupes allemandes du pays. Aux élections parlementaires organisées la même année, 17 % des voix seulement vont cependant aux communistes, contre 57 % au parti des Petits propriétaires, qui s'oppose à eux. Mais le ministère de l'Intérieur et la toute-puissante police secrète du régime, appuyés par les Soviétiques, se chargent d'éliminer tous ceux qui pourraient s'opposer à la prise de pouvoir des staliniens. Anciens ministres, députés, professeurs, militaires, clercs sont déportés. Un putsch contraint le premier ministre à démissionner, le parlement est dissous et de nouvelles élections - truquées - permettent aux rouges de former un gouvernement. « La torture et la terreur devinrent des événements de la vie quotidienne... », rapporte une notice publiée par le musée. « L'empire du goulag soviétique d'une immense extension, qui couvrait toute l'Union Soviétique, avala plus de 700 000 Hongrois. »
    S'ensuivent l'abrogation de la propriété privée, la nationalisation de l'Industrie, des propriétés agricoles, de l'Education... Les résistances sont écrasées : entre 1945 et 1956, date de l'insurrection de Budapest, 1500 personnes sont accusées de conspiration contre l’État, et 400 000 paysans de crime contre l'approvisionnement public...
    La résistance du cardinal Mindszenty
    Très vite, les églises - à commencer par l’Église catholique, à laquelle appartiennent 70 % des Hongrois -, considérées comme réactionnaires, sont elles aussi persécutées, et contraintes de signer des « accords » avec l’État marxiste.
    Dès 1945, les mesures coercitives se succèdent : confiscation des terres de l’Église, interdictions des associations religieuses, puis du catéchisme, nationalisation de 6 500 écoles religieuses en 1948. Les parents dont les enfants reçoivent un enseignement religieux sont harcelés, les étudiants inscrits dans les établissements religieux, discriminés. Prêtres, moines, religieuses, pasteurs, rabbins sont jetés en prison ou doivent quitter la Hongrie, tandis que l'Office d’État aux Affaires Religieuses, instauré en 1951, contrôle les nominations des nouveaux responsables. Les fidèles sont poursuivis : à Gyöngyös, trente lycéens âgés de 16 à 17 ans sont arrêtés, ainsi que leur professeur, le Père Kis. Ce dernier et trois adolescents sont exécutés, leurs camarades condamnés à la prison et aux travaux forcés... En juillet 1951, la répression porte ses fruits : l’Église hongroise est forcée de confier des postes importants à des « prêtres de paix » choisis par le Parti, et l'épiscopat fait serment d’allégeance à la République Populaire.
    Le Parti se heurte toutefois à la résistance déterminée du cardinal József Mindszenty, nommé par le pape à la tête de l’Église de Hongrie en 1945. Arrêté en décembre 1948 torturé pendant 33 jours et nuits jusqu'à ce qu’il signe une confession de ses « crimes », il est condamné à la prison à vie. Libéré au lendemain de l'insurrection hongroise de 1956, il se réfugie lors de l'intervention soviétique qui écrase la révolte et rétablit le régime communiste, à l’ambassade des États-Unis où il passe les 15 années suivantes avant d'émigrer en 1971, sous la pression du Vatican et du gouvernement hongrois. Sa cause de béatification est actuellement à l’étude.
    « Les Nazis et les Communistes (...) annonçaient qu'un nouveau type d'homme devait être créé pour bâtir un nouveau monde et un paradis sur Terre, c'est pourquoi ils avaient le droit a détruire tout et tout ceux qui se mettaient en travers de leur chemin vers ce but suprême, écrivent encore les auteurs de la brochure. Ces dictatures persécutaient la religion, les fidèles et le églises parce que leur enseignement était en opposition totale avec les idéologies nazies et communistes qu'elles voulaient élever au rang de nouvelle religion. »
    Au fait, quelle est la nouvelle religion de notre ministre de l’Éducation, Vincent Peillon ?
    Hervé Bizien monde & vie 11 juin 2013

  • La Théorie du Genre

    « On ne naît pas femme on le devient ». Cette sentence de Simone de Beauvoir possède sans qu'elle s'en soit aperçue un fond machiste puisque l'arrière plan, la référence consistaient dans le fait d'être un homme. Elle n'a pas écrit : « on ne naît pas homme on le devient ». Cette phrase fut pourtant le résumé d'une pensée féministe, rebattue jusqu'à l'excès et dont tout le monde (homme inclus) a plus ou moins assimilé les idées essentielles. Le féminisme en dépit de Simone de Beauvoir était essentialiste. La femme était « femme ». Le combat se situait pour « l'égalité » avec les hommes.
    Toute pensée ne contrôle pas ses prolongements. La théorie du genre en est un, qui parfois se coupe complètement du féminisme. Elle a été théorisée par une ultra-minorité qui doute de son genre (masculin-féminin) et veut imposer ce doute à l'ensemble de la société. La théorie du genre n'est pas une défense de l'homosexualité et va infiniment plus loin même si le fait d'être homosexuel est inclus dans cette théorie. Le cœur de cette théorie consiste tout simplement à casser le monde binaire (homme-femme) dans lequel nous avons toujours vécu et qui est défendu par les religions monothéistes dont bien sur le christianisme.
    Si l'on étudie la théorie du genre dans un manuel du principal syndicat d'enseignants, on lit avec un style très lourd propre parfois au monde enseignant : « une possibilité de repenser les identités en dehors des cadres normatifs d'une société envisageant la sexuation comme constitutive d'un clivage binaire entre les humains, ce clivage étant basé sur l'idée de la complémentarité dans la différence et censé s'actualiser principalement par le couple hétérosexuel... ».
    Il y a quelques termes clés dans cette phrase choc, comme détruire la norme. Dans une société il y a toujours des normes et l'on ne fait qu'en remplacer certaines par d'autres. Une minorité voudrait imposer ses nouvelles normes à la majorité. La pensée à abattre se trouve dans la représentation binaire homme-femme.
    Il y a certes des hommes ayant moins de testostérone que la moyenne et des femmes en ayant plus, mais cela n'empêche pas l'immense majorité à éprouver un sentiment d'appartenance à l'un des deux sexes. On pourrait penser qu'une société à intérêt à favoriser l'hétérosexualité pour sa reproduction. Ce schéma semble méprisable pour la théorie du genre qui veut le classer comme un possible parmi d’autres.
    Le mariage pour tous doit donc être pensé comme une avancée pour cette théorie du genre. On passe ainsi pas à pas du PACS, au mariage pour tous et ainsi de suite déconstruire toutes nos représentations mentales sur lesquelles s'est construite la société. Chaque nouvelle « avancée » qui ne semble qu'un élément participe ainsi à une construction plus vaste.
    La droite au pouvoir comme à son habitude ne fera comme pour le PACS qu'entériner ce qu'a voté la gauche, la droite étant devenue dans les faits une moindre gauche sur le plan sociétal. Si l'on continue la rhétorique de la théorie du genre on lit : « Le genre n'est pas seulement un rapport de domination des hommes sur les femmes. Il est aussi un ordre normatif qui sanctionne les transgressions (par exemple les hommes dits « efféminés » les femmes dites « masculines », les personnes transgenres)... ».
    La théorie du genre voit bien sur une domination des uns sur les autres aussi bien dans la vie civile que dans les rapports sexuels. Il faudrait de plus combattre la valorisation de la virilité comme on le voit par exemple dans les westerns (cow-boy barraqué, mal rasé, visage dur...) ou de la féminité où les actrices de cinéma paraissent très femme et même très « femelle ». Ce programme semble donc immense puisqu'il faudrait faire un autodafé d'une grande partie des œuvres cinématographiques, mettre Brigitte Bardot aux oubliettes.
    Cette théorie fut développée dans les années 50 aux États-Unis par certains sociologues. La French theory avec Foucault et Derrida a voulu construire un homme hors de la pression sociétale et comme s'il n'existait aucun déterminisme lié au sexe biologique.
    Les hommes pourtant sont en moyenne plus grands, plus lourds et possèdent plus de testostérone qui provoque l'agressivité, développe la musculature...
    Tout cela joue sur le cerveau. Pour la théorie du genre nous ne serions que culture. Nous somme en pleine métaphysique.
    L'Occident pré-chrétien
    Nous n'allons pas détailler les pratiques homosexuelles qui ont existé dans l'Antiquité chez les Grecs avec nos schémas mentaux. Maurice Sartre dans le livre « La Grèce ancienne » en a fait une bonne description. Globalement il y avait plus qu'une tolérance pour l'homosexualité dans certains milieux. Mais existait le plus grand mépris pour l'homosexualité passive ce qu'on retrouvera à Rome. On disait de Jules César qu'il était un mari pour toutes les femmes et une femme pour tous les maris. On a donc un cas célèbre de bisexualité.
    L'homosexualité passive n'était pas digne d'un Romain qui devait être un dominant. Un maître qui possédait des esclaves avait un droit sexuel sur eux, hommes ou femmes. Chez les Gaulois, l'homosexualité n'était pas un tabou. Les catégories mentales sur la sexualité n'étaient donc pas les mêmes avant l'arrivée du christianisme.
    La vision chrétienne de la théorie du genre
    Dans la théorie du genre il y a le refus de l'inné, c'est à dire une négation du corps. Le christianisme accepte le donné du corps et voit entre les deux sexes « biologiques » une complémentarité. Il y a aussi une influence culturelle qui ne peut être niée. Souvent elle ne fait qu'accentuer plutôt que contrer. Selon Benoît XVI « il y a un langage du corps que l'homme et la femme n'ont pas créé, un éros enraciné dans leur nature, qui les invite à se recevoir mutuellement par le créateur, pour pouvoir se donner ». Cette vision de l'homme et de la femme dépasse même largement le christianisme en Occident, si l'on relit par exemple les contes celtiques où l'amour entre un homme et une femme est célébré au plus haut point sans références religieuses.
    Quant à l'homosexualité il faut reconnaître que la Bible l'a condamnée sans équivoque. « Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme, c'est une abomination » (Lévitique, ch 18-22). « Si un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme, ils ont fait tous deux une chose abominable ; ils seront punis de mort ; leur sang retombera sur eux » (Lévitique, ch 20-13).
    Le judéo-christianisme a donc imprégné la loi réprimant l'homosexualité pendant des siècles. Cela est incontestable. Une société pour se reproduire a intérêt à favoriser l'hétérosexualité. L'idée de complémentarité entre l'homme et la femme se retrouve dans le christianisme, idée que combattra la nouvelle vision du genre.
    La théorie du genre est agressive car elle touche à l'intime c'est à dire notre orientation sexuelle. Elle veut bousculer notre civilisation et même la transformer, certains diront la détruire. Elle veut agir sur les individus, ceci étant décidé par une minorité aux pratiques sexuelles qui ne sont pas celles de la majorité comme Michel Foucault qui allait se faire s... par des noirs dans des bordels américains. Elle est d'autant plus agressive qu'elle veut être enseignée à l'école pour être perçue comme un savoir de vérité. Le slogan « les enfants appartiennent à la famille et non à l’état » est tout aussi stupide car les enfants vivent en société et il existe toujours une interaction entre la famille, l'état et la société. La théorie du genre touchant à l'intime, sa place n'est donc pas à l'école des mineurs. Il n'y a pas de vérité officielle sur la sexualité, une vérité d'État. La famille constitue encore un pilier de notre civilisation même si sa forme parfois change. Le cri de Gide dans les nourritures terrestres « Familles, je vous hais, foyers clos, portes refermées, possessions jalouses du bonheur » était celui d'un homosexuel. Cette orientation sexuelle (acceptée de nos jours par la loi) représente 5% des individus. La famille reste le premier lieu de la socialisation.
    PATRICE GROS-SUAUDEAU

  • Guyane : Pourquoi le territoire pourrait bien exploser

    La territoire ultra-marin d’Amérique du Sud est dans une situation économique, sociale et démographique qui ressemble à une poudrière.

    On ne regarde pas assez les billets de la Banque de Francfort.

    Tout en bas, à gauche, sur le flanc de l’omega grec, est porté la silhouette d’un territoire lointain et ultra-marin, la continuité de la République française sur le continent sud-américain, la Guyane.

    Terre française de même ancienneté que l’Alsace et bien longtemps avant la Savoie ou le comté de Nice, d’une superficie de 80 000 km² soit plusieurs régions de la métropole, elle aurait pu faire le double sans un malheureux arbitrage pris à la fin du dix-neuvième siècle qui en donna la moitié à l’État d’Amapa de la fédération brésilienne.

    La Guyane française est un produit de l’Histoire et de la volonté qui en a fait une terre française de droit commun alors même que les Guyanes britanniques et hollandaises prendront leur indépendance sous le nom de Guyana et de Surinam, dans des conditions rudes, rupture avec le Commonwealth pour le Guyana et guerre civile à la fin des années soixante-dix pour le Surinam.

    La Guyane française a donné au pays une liste d’hommes et de femmes célèbres, Galmot, Eboué, Monnerville et, plus récemment, la nouvelle icône de la gauche française, Christiane Taubira.

    Pour autant, la “France équinoxiale” est aujourd’hui confrontée à de graves défis qui en font le lieu des plus fortes tensions potentielles de l’outre-mer français.

    La Guyane est le seul territoire de la République qui connaisse un taux de croissance démographique qui la rapproche des pays du tiers-monde ; passée de vingt mille habitants vers 1950 à près de deux cent trente mille habitants aujourd’hui, une augmentation annuelle de près de dix mille personnes par an, soit de quatre pour cent environ, du fait du nombre d’enfants par famille particulièrement élevé et surtout de l’immigration très forte que connait le territoire.

    La Guyane est le premier niveau de vie d’Amérique Latine ; sans doute, certains quartiers de Rio ou de Sao Paulo ont-ils un revenu supérieur mais en moyenne c’est dans le petit territoire, entre les deux fleuves du Maroni et d’Oyapock que se situe le plus grand lieu de richesse du sous-continent avec environ 16 000 euros annuel de Pib par personne.

    Du coup, la Guyane attire des gens venus d’un peu partout : les Surinamais et les Brésiliens en premier lieu, qui sont à ses frontières ; les lignes de séparation sont parfaitement poreuses, traverser l’un ou l’autre fleuve prend en gros vingt minutes, les points de passage se répartissent sur des dizaines de kilomètres ; oh certes il existe bien des check-points fixes tenus par la gendarmerie sur les routes qui mènent à Cayenne et à Kourou mais les contourner par la forêt ou par la côte est un jeu d’enfants.

    Il en va également pour les Haïtiens qui, arrivés sans visa à l’aéroport de Paramaribo (les Surinamais qui savent qu’ils ne resteront pas chez eux ne sont pas regardants), empruntent les mêmes voies; la Guyane est la première destination de l’émigration haïtienne, souvenir de la francophonie oblige, et on peut raisonnablement penser que le tiers de la population du territoire a aujourd’hui cette origine.

    Mais l’attraction guyanaise retentit aujourd’hui encore plus loin : ce sont les Péruviens, qui remontent des filières compliquées le long de l’Amazone, les ressortissants de la République Dominicaine qui suivent les mêmes chemins que les Haïtiens et, même, la petite communauté des Afro-américains de Colombie, particulièrement maltraités dans leur pays d’origine, qui tentent sa chance sur le territoire de la République.

    Bref, la Guyane reçoit à jet continu des flux migratoires auxquels elle ne peut promettre ni des emplois, ni même des maisons malgré une urbanisation galopante des principales agglomérations du territoire.

    C’est que l’économie guyanaise souffre des maux classiques de l’outre-mer français que la croissance de la population porte à l’incandescence.

    L’économie guyanaise a comme cœur la fonction publique qui occupe la moitié des emplois, dont les traitements de base sont de quarante pour cent au-dessus de ceux de leurs collègues métropolitains, agrémentés d’une indemnité dite de “sujétion et d’installation” ( prime moustique selon les indépendantistes) d’un montant de seize mois de traitement pour quatre ans de présence (et que, malgré ses envies évidentes, Bercy n’arrive pas à faire disparaître). Le reste de l’économie est composée d’un peu d’agriculture et de pêche et, surtout, des services que génèrent la présence de fonctionnaires au haut pouvoir d’achat (la base spatiale de Kourou est un monde à part qui n’a que peu de conséquences sur l’économie guyanaise en général).

    Le résultat, eh bien, le résultat est que les prix guyanais sont particulièrement élevés (les quatre yaourts au fruit que l’on paye 1,80 euros à Paris sont à 2,5 ou une petite cylindrée passe de 6000 euros en métropole à 10 000 tout compris) ; et qui dit prix dit, bien évidemment, coûts qui ressemblent à des coûts allemands plongés dans un continent où ils sont plus proches de ceux du Paraguay.

    Autrement dit, les quelques produits sympathiques que produit la Guyane (les jus de fruit de la Caresse Guyanaise, tout un programme, sont délicieux ou encore les confitures à la Goyave et au rhum, un régal) ne peuvent être consommés que sur place faute qu’un quelconque client étranger puisse en payer le prix.

    Le financement de l’économie de la Guyane repose, dès lors, sur les subventions de la République, subventions directes comme pour les autres collectivités territoriales, subventions indirectes de la défiscalisation; et là, mauvaise nouvelle, le Conseil constitutionnel en supprimant le 4% du revenu déductible a renvoyé le dispositif, pourtant essentiel au développement du bâtiment, à la maigre déduction de 10 000 euros par contribuable ; rassurons nous, le ministre de l’outre-mer, Victorien Lurel, au-delà de ses considérations sur Chavez qui est Blum et de Gaulle à la fois, travaille d’arrache-pied à trouver une solution qui permettra de continuer la difficulté. L’affaire est en suspens. On demande des esprits imaginatifs.

    Il y a maintenant deux ans un grand espoir a soufflé sur le territoire : le pétrole ; de bons esprits s’étant avisés que du temps du continent unique de la Pangée, la Guyane se trouvait en vis-à-vis de l’actuel Ghana, et que le Ghana est un pays pétrolier, et qu’au surplus le Vénézuela qui n’est qu’à un peu plus de mille kilomètres de la frontière nord de la Guyane est également un pays pétrolier ; des recherches ont donc été effectuées dans les eaux territoriales, à cent kilomètres au large, par la compagnie Shell qui ont donné des résultats très prometteurs : on a parlé de possibilités allant jusqu’à dix pour cent de la facture pétrolière française et quelques élus locaux discutaient déjà de la part revenant aux collectivités, pourquoi pas jusqu’à soixante quinze pour cent des royalties que verserait la compagnie pétrolière.

    Las ! On sait que l’Amérique du Sud fut le continent de l’El Dorado ; malgré un soutien appuyé des gouvernements français, les socialistes allant jusqu’à virer l’éphémère ministre de l’Ecologie, Nicole Bricq, qui fit mine de s’opposer à la délivrance des permis de recherche, les deux sondages suivants n’ont rien donné et le seul sondage positif ne suffirait pas à rendre l’exploitation rentable ; on est parti pour un quatrième sondage, croisons les doigts pour que l’or noir soit au rendez-vous sinon, la Guyane reviendra à ses difficiles problèmes.

    A 230 000 habitants aujourd’hui, probablement à 500 000 en 2030, date où la ville frontière de Saint-Laurent-du-Maroni dépassera Cayenne en habitants, comment, sans l’apport de la rente pétrolière, pourra t elle les résoudre ?

    L’immigration est, en effet, aujourd’hui un casse-tête ; la reconduite à la frontière des immigrants clandestins est presque sans effet, dès lors que les frontières sont poreuses et qu’il n’existe pas de dispositif de droit avec certains pays comme le Guyana, pourvoyeur d’immigrants souvent impliqués dans la délinquance.

    L’ordre public devient, de plus en plus difficile à maintenir, qui parait, certains jours, échapper en partie aux autorités françaises ; si l’Etat français parait avoir marqué des points dans sa lutte contre l’orpaillage clandestin, la petite délinquance semble se diffuser dans les villes de Guyane, en particulier à Kourou, sans qu’aucune solution apparaisse facile à trouver tant le cumul de l’immigration et du chômage, produit lui-même de la démographie pèse lourdement.

    Le changement institutionnel permettra-t’il au territoire de trouver des solutions plus adaptées à son développement et à la maîtrise de ses rythmes ?

    La Guyane avait jusqu’ici un département et une région superposées; consultés, les électeurs guyanais ont souhaité qu’une seule grande collectivité les remplace. Les élections auront lieu dans deux ans, par désignation d’un élu par grands cantons dont la carte n’a pas encore été établie. La compétition sera rude et complexe tant la situation politique guyanaise n’obéit pas aux règles de la métropole. Car en Guyane tous les élus sont de gauche, à l’exception de Léon Bertrand, maire de Saint-Laurent-du-Maroni qui fut ministre UMP, et pour le moment gêné par le procès où il comparaitra l’automne prochain après sa mise en examen dans des affaires de marché public.

    De gauche, les deux sénateurs et les deux députés, de gauche la majorité du conseil général, qui vient du Parti socialiste guyanais (indépendant du parti socialiste), emmené par M.Tien-Long, de gauche également la majorité du conseil régional, présidé par l’ancien maire de Cayenne, Rodolphe Alexandre, qui vient également du parti socialiste guyanais, mais a crée son propre parti ; la majorité régionale présente l’originalité d’être la seule de la République à être de gauche et à avoir soutenu Nicolas Sarkozy, au point que la région Guyane a quitté l’association des régions de France, vue comme un pseudopode du parti socialiste.

    C’est probablement entre ces deux blocs que se jouera l’élection de 2015 pour laquelle il serait bien hasardeux de faire un pronostic tant les déterminants valables en métropole n’ont pas cours en Guyane dont les électeurs se prononcent le plus souvent en fonction de la capacité qu’ils prêtent aux élus de tenir la dragée haute à l’État.

    En tout état de cause, la prochaine majorité de la collectivité unique aura fort à faire à l’heure des restrictions budgétaires. La seule certitude est que son avenir demandera du travail et de l’imagination.

    Atlantico  http://fortune.fdesouche.com

  • La notion de « personnalité différenciée »

     

    La notion de « personnalité différenciée »
    Cet article n'est que le premier d'une série où seront étudiées différentes personnalités de ce type, présentes dans la littérature, que cela soit sous la forme roman ou théâtre. Je ne m'interdirai pas non plus d'aller chercher dans l'histoire réelle, ces personnes au profil atypique, presque toujours en désaccord dans leur rapport au Monde, avec leurs contemporains.

    Si c'est le terme de « personnalité » et non celui d »individu » qui fut choisi, ce n'est pas là fait du hasard. L'individu, parce que simple élément, ne peut que faire partie d'un ensemble où l'on trouve ses semblables, qui lui ressemblent beaucoup. Dans l'expression « Cinq individus », c'est le chiffre 5 qui est le plus important et non chacun des individus constituant tous réunis, l'ensemble. A contrario, même si théoriquement, il est toujours possible de rassembler des personnalités différenciées, afin d'en constituer un ensemble, aucune d'entre elles ne pourra être intervertie avec une autre. C'est ainsi que Léon Bloy, personnalité différenciée et catholique d'exception, prend de façon surprenante la défense des Juifs dans le cadre d'un ouvrage intitulé justement, « le salut par les juifs », ce à une période où l'antisémitisme prend à nouveau son envol. Autre personnalité différenciée, Edouard Drumont, tire le constat inverse suite au même problème posé, en apportant son soutien, notamment via l'ouvrage intitulé « La France juive ». Par voie de conséquence, on constate bien que si l'on peut placer les deux hommes dans l'ensemble « personnalité différenciée », cela ne signifiant absolument pas, qu'ils fussent interchangeables.

    C'est très exactement le contraire quant aux hommes que l'on peut qualifier de normaux. Il est un fait rappelé assez récemment par le sociologue Renaud Camus, nous indiquant que « Les pauvres sont des riches qui ont plus d'argent. » Par ce constat, Renaud Camus nous apprend une vérité, à savoir que ce qui fait la distinction entre deux Français aujourd'hui, n'est plus les niveaux culturels ou sociaux, la rémunération constituant la seule différence. Si la notion de « cadre » est assez récente, force est de constater qu'il y a un siècle, des cadres il y en avait déjà. Par exemple, certaines écoles d'ingénieurs, et notamment les plus grandes, furent créées durant la révolution française. C'est ainsi que celui qui, né en 1900, issu d'une de ces grandes écoles d'ingénieurs scientifiques, exerçait donc des fonctions de cadre. Pour autant, il avait fait allemand, anglais, latin et grec. Il avait aussi lu Thucydide, Virgile, Suétone, Tite-Live, Pétrone et plutarque. Et tant d'autres. Aucune difficulté pour lui à l'époque de vous spécifier la différence majeure entre le théâtre de Corneille et celui de Racine, tant cela lui semblait trivial. Tel n'est plus le cas aujourd'hui et bien malheureusement, le jugement de Renaud Camus est d'autant plus grave, qu'il est partagé par les autres sociologues.

    On apprend – j'espère qu'il en est encore ainsi – dans le cadre de leur scolarité, aux adolescents, ce qu'est la littérature à l'eau de rose. Et l'enseignant en classe de citer un paragraphe assez révélateur, de ce type de littérature dont la collection de référence doit toujours être Harlequin. On peut se demander si le fait a bien été compris. A l'évidence, un film comme Titanic, est un film à l'eau de rose. On sait ce que fut le succès de ce film, dont les spectateurs dépassent de très loin le cadre du sous-prolétariat. Si le cinéma de Godard est considéré comme d'auteur, tel n'est assurément pas le cas pour celui de Besson, qui vise les couches culturellement défavorisées de notre population. Pourtant Besson remplit les salles sans difficultés, mélangeant les différentes strates sociales, qui désormais ne sont plus. Si l'on sait le sentiment de supériorité des cadres, quelquefois malsain d'ailleurs, sur leurs subordonnés, on se rend donc compte que dans les faits, rien d'essentiel ne les sépare. Que les personnalités furent depuis bien longtemps, nous le savons; néanmoins aujourd'hui, il me semble qu'elle sont bien moins nombreuses que naguère, et plus grave, que la base devient de plus en plus uniforme, ce qui n'est autre que le rêve de bien des dirigeants totalitaires.

    On comprendra donc le pourquoi de la série d'articles à venir.
    Philippe Delbauvre http://www.voxnr.com/
  • Évolution de la société ou complot contre la société ?

    Philippe Ploncard d'Assac - Évolution de la société ou complot contre la société ?
    Conférence du 26 janvier 2013 à Paris.

  • Actualité et politique par Philippe Ploncard d’Assac et Florian Rouanet – VIDEO

  • La queue de Léviathan (Lettre à un jeune résistant, 2ème partie)

    Quitte ce qu’on te fait croire

    Tu as choisi d’entrer en résistance, de prendre la place que nos pères ont laissé à l’abandon. Je te vois grandir, devenir plus fort à chaque coup que tu reçois. Tu aspires à la paix, mais comme moi tu sais que la paix ne sera pas véritable si tu ne mets pas à terre le monstre qui souhaite s’emparer de l’humanité et l’asservir. Cette place je la choisis aussi, avec dans le même temps une grande crainte et une grande sérénité.

    Je suis sûr de mon étendard et je sais avoir les plus belles armes, mais je sais que mon ennemi est rude. Pour le vaincre, pour bâtir une France et un monde équilibrés et justes, je rêve de voir comme toi mes compatriotes se lever et abandonner leur confort. La tache est immense, mais plus grande encore la récompense.

    Pour elle, quitte ce qu’on te fait croire. Quitte tes aspirations mondaines. Quitte la léthargie qui t’est proposée. Ne crois plus aux chimères illusoires. N’écoute pas les sirènes d’Ulysse. Entends le cri de ton cœur et de ton honneur.

    Ne tire aucun profit de ton combat. Enrichis toi de ta seule quête et ne trouve ton réconfort que dans la terre de tes pères. Enracine-toi dans le maquis de ceux qui ont crus. Entoure-toi d’amis sûrs. Et aimes ! Tu deviens résistant.

    Il est venu le temps de la défiance et des combats de longue haleine. Comme moi, peut-être chantes-tu ces quelques mots « pourra-t-elle me pardonner d’avoir préféré ma terre à l’amour qu’elle me donnait ? ». N’oublies pas jeune homme que ce sont les femmes qui nous portent, et jeune femme, n’oublies pas d’encourager les hommes dans ce qu’ils entreprennent et de les rendre plus forts par ton regard confiant.

    Nous ne sommes que des fourmis face au dragon, mais notre nombre et notre détermination le mettront à bas. C’est là notre force.Cette force réside dans notre abnégation. Nous n’avons aucune satisfaction à tirer de notre engagement. Seuls nos enfants jugeront nos actes, alors que nous ne serons plus. Nous ne sommes qu’un essaim de passage pour que le monde d’après puisse être pensé.

    Noverim te http://www.printempsfrancais.fr

  • Les plagiats, œuvres à responsabilités partagées

     

    Les plagiats, œuvres à responsabilités partagées
    Que notre République des Lettres serait belle sans ses grandes jalousies, ses mesquineries et ses… plagiats !

    Alain Minc, déjà condamné en 2001 pour « plagiat et contrefaçon » avec son livre sur Spinoza, est désormais poursuivi en justice par Pascale Froment pour avoir largement copié son René Bousquet.

    À en croire l’écrivain Jean-Luc Hennig, « la littérature n’est qu’un travail de couture, de bouturage. Le véritable artiste ne craint pas d’être pillé ! »… Mais tout de même : de Thierry Ardisson qui confirme avoir « photocopié des pages » dans son Pondichéry à Patrick Poivre d’Arvor qui explique que la version publiée de son Ernest Hemingway, la vie jusqu’à l’excès était « de travail » et non « définitive »… D’Henri Troyat, condamné en 2003, à Calixthe Beyala qualifiée de « récidiviste de la kleptomanie littéraire » par Télérama, mais accusatrice elle-même de Ben Okri pour le même motif… De Marie Darrieussecq auteur de « plagiat psychique » à Joseph Macé-Scaron « maquillant l’emprunt par la substitution de certains mots », de Rama Yade qui aurait « recopié mot pour mot des phrases entières » au ministre allemande de la Défense Karl-Theodor zu Gottenberg, « baron du copier-coller », la liste des plagiaires cloués au pilori de l’indélicatesse est longue… et ancienne : Montaigne aurait ainsi plagié Plutarque, tandis que Molière aurait emprunté à Plaute !

    Et ce n’est pas Gilles Bernheim, grand rabbin de France, qui déparera, lui qui a reconnu en avril dernier que le nègre employé pour écrire Quarante méditations juives avait beaucoup emprunté à Jean-François Lyotard. Reconnaissons au moins à cet homme de grande foi religieuse et de petite vertu littéraire que sa révélation, fort tardive, explique dans la plupart des cas que les auteurs incriminés soient les premiers surpris !

    Les éditeurs, eux, ne sont quasiment jamais incriminés, se contentant éventuellement de régler quelques dédommagements aux victimes de plagiats… ou en publiant directement les œuvres futures de ceux-ci ; les petits arrangements valent souvent mieux que les grands affrontements.

    Car c’est pourtant bien souvent les éditeurs qui proposent à des gens dont le nom et la personnalité seront un gage de ventes assurées croient-ils, qu’ils soient « aides »… Ce sont les éditeurs qui présentent, voire imposent, les « nègres », qu’ils vont jusqu’à rémunérer directement…

    La moralisation de la République des Lettres passera sans doute par l’abolition de la négritude en littérature. La simple mention, sur chaque livre, de tous ceux qui y ont travaillés n’éviterait pas forcément les plagiats, mais réduirait sans doute énormément leur nombre… par la prise de responsabilité future de chacun et par une reconnaissance littéraire qui éviterait bien des « vengeances » ou des « paresses », certes inexcusables, mais finalement bien compréhensibles !
    Philippe Randa http://www.voxnr.com
  • Chronique de livre : Anonyme, Gouverner par le chaos - Ingénierie sociale et mondialisation, Max Milo Editions, Paris, 2010, réédition 2012

    Gouverner par le chaos - Ingénierie sociale et mondialisation est un ouvrage anonyme qui s‘intéresse aux méthodes de contrôle des masses au sein de nos « démocraties » occidentales.

    Un point de départ : Tarnac

    L’ouvrage s’inspire de l’Insurrection qui vient, publié en 2007 par le Comité invisible et qui fut au cœur de l’actualité lors de « l’affaire de Tarnac ». Cette affaire politico-médiatique fut l’occasion pour le gouvernement de droite, alors au pouvoir, de contrer une pseudo-menace terroriste issue des rangs de l’ultra-gauche suite aux sabotages de caténaires de la SNCF.

    Ainsi l’auteur* du présent ouvrage estime que des techniques de manipulations furent à l’œuvre lors de cette affaire et élargit son propos sur un certain nombre de techniques mises en place dès le début du XXe siècle mais qui pourraient même remonter à des temps plus anciens, ainsi il cite Sun Tzu qui considère que « Tout l'art de la guerre est basé sur la duperie ».

    C’est donc dans une société qui méprise la réalité, qui fonctionne sur le mensonge que nous serions en train de vivre. Le chaos ne serait donc plus ce que rejette le gouvernement, mais ce qui lui permet de se maintenir au pouvoir et d’accroître sa capacité de contrôle. Nous pouvons songer à quelques exemples récents : l’insécurité est un moyen de justifier la mise en place de la vidéo-surveillance, la loi anti-burqa un moyen d’empêcher tout individu de se masquer le visage, le téléchargement illégal un moyen de justifier le contrôle d’internet, l’usurpation d‘identité une justification à la mise en place les passeports biométriques, le vol favorise le pouvoir des banques (qui gardent l’argent) et l’utilisation de la carte bancaire (munie d’une puce électronique), etc… L’ouvrage démontre aussi rapidement que la crise actuelle est une volonté politico-financière pour augmenter le contrôle social et politique de la finance (ce qui rejoint l’analyse de Michel Drac) comme ce fut toujours le cas et la prise de contrôle de certains organismes financiers (comme JP Morgan, ce qui rejoint ici l’analyse de Pierre Jovanovic).

    L’homme : une machine comme une autre

    En décryptant l’ingénierie sociale, l’auteur nous démontre que les apprentis-sorciers du Nouvel Ordre Mondial considèrent l’être humain comme une machine que l’on peut reprogrammer à souhait en usant d’un certain nombre de techniques. Pour ce faire, différentes disciplines sont employées dans le domaine politique ou médiatique pour manipuler l’opinion : « le marketing, le management, la robotique, le cognitivisme, la psychologie sociale et behaviouriste (comportementale), la programmation neurolinguistique (PNL), le storytelling, le Social Learning, le reality-building. » (p.19)

    C’est un véritable musée des horreurs que dépeint l’ouvrage où toutes les stratégies les plus machiavéliques sont mises au point pour manipuler et contrôler les populations en recourant le moins possible à la violence. L’auteur n’hésite pas à utiliser les termes de « piratage » et de « hacking » pour parler de processus visant à modifier totalement, voire à violer, l’esprit et la pensée des individus. Le terme d’ « ingénierie sociale » qui fait l’objet d’un chapitre et qui revient fréquemment est d’ailleurs assez révélateur puisque théoriquement l’ingénieur travaille sur des machines, du « non-vivant » alors qu’il s‘agit pour ceux qui nous gouvernent de travailler sur des êtres vivants. De fait, nous ne sommes pas surpris à la fin de l’ouvrage de lire quelques considérations sur le transhumanisme dans le chapitre « Le biopouvoir ».

    Le refus des limites et la volonté de dissoudre non seulement tous les groupes humains, mais l’Homme lui-même semble être l’objectif du Nouvel Ordre Mondial. Une société de zombies reprogrammés par la pensée unique et dirigés par un gouvernement global au sein du « village global ». L’auteur n’est absolument pas dupe de cette volonté affichée par certains individus comme Attali, Minc ou Brzezinski (mentionnés dans le livre) et n’hésite pas à montrer les dangers qui nous guettent à voir se dissoudre la famille, le clan, la tribu ou la nation. Il considère que la frontière est essentielle à l’être humain dans son acception polysémique. C’est l’introduction du chapitre Tittytainment qui attire ici notre attention : « Les architectes** de la mondialisation l’ont parfaitement compris : pour être vraiment efficace, la fabrique du consentement [NDLR : titre chapitre précédent] suppose l’abolition de toutes les frontières. En effet, c’est le maintien de frontières, à tous les niveaux de l’existence, qui rend possible la comparaison, la contradiction, la possibilité de dire « non » et tout le jeu de la dialectique qui s‘ensuit. C’est aussi le maintien de frontières qui appuie le protectionnisme économique, nécessaire si l’on souhaite conserver l’autonomie matérielle et l’indépendance intellectuelle qu’elle permet. » Nous ne pouvons que souscrire à cette réflexion. Dans un autre passage du livre, l’auteur poursuit ce raisonnement à propos du corps humain. La peau (l’épiderme) est la frontière entre l’intériorité et le monde extérieur, l’environnement, cette « frontière naturelle » est ce qui permet à chacun de conserver une part de secret, et c’est cette part de secret, constitutive de notre identité, et source d’imprévu, qui est intolérable pour le Système, qui cherche donc à valoriser au maximum la mise en place de l’identité numérique. Nous ne pouvons que nous désoler de voir autant de prétendus « militants radicaux » épancher leurs faiblesses de cœur ou revendiquer leurs actions sur certains réseaux sociaux, ce qui constitue du pain béni pour le Système qui n’a plus qu’à se créer un simple compte pour contrôler, se renseigner, faire pression et agir.

    Je considère souvent que ce « refus des limites », des frontières, propre à certaines mouvances « politiques », est le signe d’un esprit profondément puéril, celui de l’enfant refusant l’interdit et refusant les règles. Je suis donc assez satisfait de lire dans cet ouvrage un certains nombres de pages bien menées qui montre que le Nouvel Ordre Mondial a besoin d‘infantiliser les populations, de les faire revenir à un stade préœdipien. Songeons à l’usage en politique du terme « pédagogie », qui signifie étymologiquement « l’art d’éduquer les enfants », et montre la façon dont nous sommes considérés par nos gouvernants. Cette infantilisation, doublée d’une forte individualisation, contribue à l’effritement du groupe et à l’abaissement des capacités de raisonnement, et donc à l’abandon du politique.

    Le chapitre intitulé « La théorie de la jeune-fille » est à ce titre fort intéressant et oppose des principes jeunistes et féministes (encouragés par le NOM***) à des principes hiérarchiques et phalliques. Exprimé ainsi, cela peut paraître un peu « caricatural », je vous invite donc à vous plonger dans ces quelques considérations. Ce chapitre fait suite à celui sur le « Management négatif » qui se conclut entre autre par les théories de Lacan : « Chez Lacan, les groupes humains peuvent se comprendre dans les termes de la logique ensembliste, ou théorie mathématique des ensembles. Lacan distingue au moins quatre modes d’organisation, modes relationnels qu’il appelle des discours : le discours du maître, où le chef domine : le discours de l’hystérique, où l’individu domine : le discours universitaire, où le savoir domine : le discours analytique ; où l’incertitude domine. (Lacan a aussi mentionné une fois dans œuvre un cinquième discours, celui du capitaliste, qui nous semble être une variante de celui de l’hystérique). La formation d‘un ensemble humain, donc l’organisation d’un groupe, requiert de soumettre les individus à une hiérarchie verticale, à un discours du maître, une autorité, une Loi, un phallus symbolique en position d’exception par rapport aux membres du groupe. » Pour ma part, et à la suite de certaines réflexions au sein de l’ouvrage, il me semble important que le discours du maître soit soutenu par le discours du savant.

    Au-delà du constat, auquel je souscris pleinement, j’adhère à une bonne partie des réflexions formulées par l’auteur. Cependant certains aspects sont à discuter.

    Une critique : lutte des classes et question ethnique

    Influencé par l’ultra-gauche, l’ouvrage se fait donc au fur et à mesure un plaidoyer pour la lutte des classes et s’avère plutôt critique sur la question ethnique.

    Nous ne nions pas la possibilité d’une lutte des classes, d’ailleurs, la citation du milliardaire Warren Buffett, présente dans l’ouvrage, est édifiante « Il y a une lutte des classes, évidemment, mais c'est ma classe, la classe des riches qui a mené la lutte. Et nous sommes en train de gagner. ». Pour l’auteur, la question ethnique ferait son irruption dans la politique française à la suite de l’action combinée à partir de 1983 du Front national d’un côté, qui exacerberait cette question et de SOS Racisme de l’autre qui en ferait un nouveau combat social. L’auteur précise également que la question ethnique n’a jamais eu une grande importance en France. Le but de cette question « secondaire » serait de détourner de la lutte des classes. J’apporterai un bémol à ses réflexions.

    Tout d’abord, il est vrai qu’autant le FN que la gauche et l’extrême-gauche ont utilisé la question ethnique a des fins électorales. Concernant la gauche, le rapport récent de Terra Nova est un aveu. La gauche s’est débarrassée des classes populaires autochtones au profit des « jeunes », des homosexuels et des immigrés, groupes sociaux pouvant être considérés par eux comme des « minorités ». Le tournant libéral de la gauche coïncide astucieusement avec cette stratégie. Afin de masquer son « à-plat-ventrisme » face au Capital, la gauche a agité le hochet de l’anti-racisme. Dans le cas du FN, et dans ce qu’il est convenu d‘appeler médiatiquement « l’extrême-droite », cette question ne saurait relever d’un simple « calcul » politique. Historiquement, les mouvements dits « nationalistes » voire « fascistes » ont toujours compté une portion congrue de non européens (ce fut le cas lors du 6 février 1934, ce fut le cas au sein du PPF, de la LVF puis après guerre du PFN ou d’Occident). Le nationaliste français n’a jamais été un racisme primaire à la sauce amerloque. Cependant, cette question a cessé d’être secondaire lorsque le Capital a utilisé la main d‘œuvre étrangère contre la main d’œuvre autochtone. L’afflux de millions d’allogènes a déplacé cette question « secondaire » (y compris chez les nationalistes) comme devenant une question centrale. Il est impossible aujourd’hui de nier, même pour un marxiste ou un anarchiste sérieux, que la question ethnique est devenue importante, tant elle est facteur de désordre, désordre voulu pour déstabiliser le « marché du travail », autant que la cohésion sociale, ou tout simplement pour créer de nouvelles formes de « stratégie de la tension » (Occident vs Islam, par exemple). Dans ce qu’on appelait jadis le Tiers-Monde, la reconquête contre les puissances coloniales capitalistes est souvent passée par une quête identitaire (indigénisme sud-américain, souvent catholique, nationalisme hindou, panarabisme, bouddhisme, etc…). D’ailleurs l’auteur ne s’y trompe pas puisqu’il considère bien que le NOM veut détruire les structures traditionnelles… Bien que seulement 1% du livre concerne cette question, il m’a semblé important de faire quelques commentaires. Aussi cela prépare une fin qui ressemble à un soufflet au fromage s’effondrant sur lui-même, un délire sur le CNR et un appel des anciens résistants (dont les sinistres Aubrac et le médiatique Hessel) à s’engager (contre le NOM). On peut émettre autant de réserve qu’on veut sur les régimes totalitaires (particulièrement sur les lobbies pharmaceutiques et chimiques allemands), cela n’empêche pas de rester lucide. Comme le montre bien l’auteur, l’essentiel de ce projet mortifère est un produit des milieux anglo-saxons, et ce bien avant la Seconde Guerre mondiale. Nous n’avons pas souvenir que les « résistants » se soient opposés à cette époque, puis au cours de leur existence à l’influence des milieux anglo-saxons… A l’inverse d’un certain Ezra Pound, qui l’aura chèrement payé.

    En somme, à l’exception des dernières pages, il s‘agit d’un très bon ouvrage, essentiel pour comprendre les mécanismes de contrôle et de programmation de l’esprit humain et le projet du NOM.

    * par commodité j’ai choisi de parler de « l’auteur » au singulier même si l’ouvrage est peut-être écrit par plusieurs personnes.

    ** le choix du terme « architecte » est surement inconscient, mais ne peut que nous faire sourire, lorsqu’on sait que le rôle que joue le « Grand Architecte de l’Univers » dans la franc-maçonnerie.

    *** NOM = Nouvel Ordre Mondial

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

  • Gouverner le Moyen-Orient par le chaos 2ème partie

    Publié initialement dans le magazine « Rébellion », n° 57, janvier/février 2013. Par Lucien C.

    Le séparatisme comme méthode de l’Empire
    Chacun de ces trois acteurs, anglo-saxon, sioniste, wahhabite, travaille à son destin impérial. S’il faut les distinguer par souci de vérité et de précision, il faut aussi reconnaître qu’ils convergent, voire fusionnent sur certains points. Ils sont, par exemple, totalement entrelacés et interdépendants sur le plan logistique, notamment en raison d’agréments et de contrats énergétiques, financiers ou d’armement, comme le pacte du Quincy conclu entre les USA et l’Arabie Saoudite en 1945.
    Cette interdépendance se fait à la manière des nœuds borroméens : la disparition de l’un entraînerait dans sa chute la disparition des deux autres, ou du moins compliquerait singulièrement leur existence et hypothéquerait gravement leurs chances de survie à long terme.
    Même s’ils sont liés « à la vie, à la mort », chacun des trois possède néanmoins ses propres raisons et dynamiques internes, indépendantes de celles des autres. Leur attelage est donc fragile et parcouru de fractures actuelles et potentielles. On peut les deviner par l’expérience de pensée consistant à envisager la disparition de leur ennemi commun, au principe du ciment qui les soude : l’État-nation. La liquidation totale et sans retour de l’État-nation, ainsi que de toute forme de souveraineté populaire, de service public et de protectionnisme aux frontières, est le rêve de l’Empire (dont Negri et Hardt, très influents à l’extrême gauche, se rendent complices, prouvant par là que la critique simplement altermondialiste de l’Empire se laisse facilement récupérer par lui). Mais si la multitude des nations souveraines venait à disparaître réellement, les trois impérialismes se retrouveraient alors sans objet, et se retourneraient les uns contre les autres pour la dernière étape de la compétition dans une phase d’entre-dévoration et de destruction mutuelle.
    Emblématiques des trois polarités impériales, les familles Rockefeller, Rothschild et Saoud commenceraient alors à s’attaquer et à s’exterminer. Les alliés stratégiques, alliés objectifs d’hier deviendraient ennemis mortels d’aujourd’hui pour la domination exclusive du monde selon l’adage : « Il ne peut en reste qu’un ». Ne résultant pas d’affinités profondes, leur alliance est donc conjoncturelle, circonstancielle et disparaîtrait jusqu’au dernier atome en cas de réussite de la première étape de leur plan mondialiste : l’abolition des principes westphaliens.
    Sur le plan doctrinal, leur unité et point de convergence réside effectivement dans leur ennemi commun, l’État-nation, dont les fondements ont été définis par les Traités de Westphalie de 1648. Par définition, l’Empire prétend à la totalité et à l’englobement. Sa caractéristique est l’absence de bords et de limites. Il récuse donc le principe même de frontières fixes, qui rétablissent un extérieur, donc une altérité, donc un contre-pouvoir, et il soutient toujours le sans-frontiérisme, ainsi que toutes les structures multinationales, transnationales et supranationales (les structures du Capital).
    Le problème majeur de l’Empire réside dans le concert des nations multiples et aux frontières intègres réintroduisant de l’extériorité et empêchant une tutelle unifiée. L’obstacle à surmonter pour l’Empire loge donc dans le nationalisme et la multipolarité, comme le soulignent Alain Soral ou Alexandre Douguine. Outre l’aspect logistique, le facteur de solidarité des trois branches de l’Empire peut donc être également trouvé dans la méthodologie qu’ils emploient pour parvenir à leurs fins, détruire la souveraineté nationale « une et indivisible », ce qui en géopolitique porte un nom : le séparatisme.

    Du côté anglo-saxon
    La question qui se pose à l’Empire est en fait toujours la même : comment faire monter les séparatismes ? Comment diviser les peuples et les nations pour régner dessus ? L’éclatement des unités nationales permet effectivement d’abolir les seules organisations humaines suffisamment puissantes pour être actrices de l’Histoire et former un contre-pouvoir sérieux et crédible à l’Empire. La démarche anglo-saxonne de production de séparatisme ne date pas d’hier, mais plutôt d’avant-hier, comme en témoignent les écrits du général britannique maintes fois décoré, Frank Kitson, ou les résultats de la Commission Campbell-Bannerman, au début du 20ème siècle.
    Pour réfléchir aux moyens d’empêcher le monde arabe de s’unifier et perpétuer ainsi la domination européenne au Proche et Moyen-Orient, Sir Henry Campbell-Bannerman, le premier ministre britannique de l’époque, réunit en 1907 un groupe d’experts dans le cadre de ce que l’on appelait alors « The Imperial conference » (ou « Colonial conference » jusqu’en 1907). Le compte-rendu des speeches de Campbell-Bannerman au Parlement anglais est accessible sur Internet : on y voit les questions posées par les parlementaires pour obtenir des éclaircissements auxquels le premier ministre se dérobe, arguant du fait qu’il ne lui appartient pas de publier les résultats des discussions mais que c’est à la Commission d’en décider de manière indépendante [1].
    La substance des débats a néanmoins fuité et nous est résumée par Pierre Démeron dans « Contre Israël » (J.-J Pauvert, 1968, pp. 44-45) :
        « L’impérialisme anglais très vite voit le bon usage du sionisme. En 1907 déjà, le premier ministre britannique, Campbell-Bannerman, inquiet de l’éveil des nationalismes chez les peuples colonisés, réunit une commission d’historiens et de sociologues pour étudier les moyens susceptibles de perpétuer la domination européenne : "Les empires se forment, s’agrandissent et se stabilisent un tant soit peu avant de se désagréger et de disparaître... Avons-nous un moyen d’empêcher cette chute, cet effondrement, nous est-il possible de freiner le destin du colonialisme européen actuellement à son point critique ?" (…) À ces questions angoissées la commission répond en montrant la nécessité de lutter "contre l’union des masses populaires dans la région arabe ou l’établissement de tout lien intellectuel, spirituel ou historique entre elles" et recommande de chercher "tous les moyens pratiques pour les diviser autant que possible" et notamment, comme moyen d’y parvenir, l’édification d’une "barrière humaine puissante et étrangère à la région – pont reliant l’Asie à l’Afrique – de façon à créer dans cette partie du monde, à proximité du canal de Suez, une force amie de l’impérialisme et hostile aux habitants de la région". »

    Du côté israélien
    La fameuse « barrière humaine étrangère à la région » et hostile à ses habitants voyait le jour en 1948. Rappelons les paroles mémorables de Yehudi Menuhin au moment de la création de l’entité sioniste : « Le monde ne connaîtra plus jamais la paix. » Un consensus se dégage chez les connaisseurs les plus impartiaux du sionisme, juifs y compris, pour s’accorder sur le fait qu’il semble bien que le cœur du projet sioniste soit de réduire en esclavage ou de détruire, juifs y compris. De fait, le sionisme n’est pas strictement juif, et peut même se révéler antisémite ou antisioniste à l’occasion : des juifs sionistes ont collaboré avec le nazisme, dans la banque ou ailleurs, le Hamas a été créé par Israël, ce sont des juifs sionistes qui ont assassiné Yitzhak Rabin, et par extension les espoirs de paix, etc., etc., etc.
    Dans les pays où ils existent, les réseaux dormants du Mossad, les sayanim en hébreu, font de l’ingérence politique et fonctionnent comme une véritable « cinquième colonne », mais ils recrutent au-delà des individus de confession juive au sens strict. Une étude objective aboutit à la conclusion que le sionisme a aujourd’hui totalement fusionné avec le capitalisme (et qu’il est en train de fusionner avec le transhumanisme). Jusqu’en 1948, le contrôle des médias ou de l’économie par l’usure financière suffisait à l’avancement de ce projet de domination mondiale par l’argent. Depuis 1948, il faut y ajouter l’occupation militaire.
    La parabole talmudique du petit coq juif qui pousse les gros coqs « goyim » – comprendre « chrétiens et musulmans » – à s’entretuer pour régner sur eux nous est rappelée par l’inénarrable Ron Chaya dans une vidéo bien connue qui a fait le tour du Net. Une expression contemporaine de cette volonté de destruction appliquée aux Proche et Moyen-Orient est contenue dans la publication datée du 13 juin 1982, comprenant l’article d’Oded Yinon, haut fonctionnaire israélien du Ministère des relations étrangères, accompagné de sa préface d’Israël Shahak, et intitulé « Israël, une stratégie persévérante de dislocation du monde arabe » :
        « L’article qui suit, d’Oded Yinon présente, me semble-t-il, de façon exacte et détaillée, le projet qui est celui du régime sioniste actuel – le régime de Sharon et Eitan – concernant le Moyen-Orient, à savoir la division de la région en petits États, et le démantèlement de tous les États arabes. Je voudrais, en guise de préambule, attirer l’attention du lecteur sur quelques points : 1 – L’idée que tous les États arabes doivent être fragmentés en petites unités, par l’œuvre d’Israël, est une idée récurrente dans la pensée stratégique israélienne. 2 – On perçoit très clairement le lien étroit qui existe entre ce projet et la pensée néoconservatrice américaine, particulièrement dans les notes de l’auteur pour son propre article [2]. »
    Plusieurs doctrines apparemment sans lien, voire contradictoires, peuvent être liées par des racines communes, effacées par le temps ou par une intention dissimulatrice active. Aujourd’hui, un certain nombre de visions politiques qui semblaient naguère antagonistes se révèlent sorties de la même inspiration et du même moule. Le fil conducteur de ces doctrines issues de l’ésotérisme et l’occultisme réside dans leur fascination commune pour le phénomène de la « destruction », que l’on retrouve à l’identique dans la Kabbale, la Torah (Deutéronome, Lévitique), le Talmud, mais aussi dans la récupération du swastika lévogyre, soit la « croix gammée » orientée à gauche, ou encore dans l’Ordo ab chao illuministe à l’origine du programme capitaliste de « destruction créatrice » chez Schumpeter et de « stratégie du choc » chez Friedman comme du projet révolutionnaire et progressiste de faire « table rase du passé ».

    Du côté wahhabite
    La dissension entre sunnisme et shiisme est pratiquement native de l’islam. Aujourd’hui, le pôle sunnite wahhabite, piloté par l’Arabe Saoudite et le Qatar, est clairement engagé dans une guerre avec l’Iran shiite et ses alliés baasistes. On en voit les résultats en Syrie dans le cadre d’un « hard power » ultra-violent, mais aussi en France, dans le cadre d’un « soft power » d’influence dont la finalité coloniale est la même. De nombreux chercheurs s’accordent à penser que la France sera musulmane à 50% sur le plan démographique à la fin du 21ème siècle. La question est : sunnite ou shiite ?
    L’impérialisme wahhabite étant l’ami de circonstance des impérialismes anglo-saxon et sioniste, on devine pour quelle version de l’islam balance le cœur de Washington et de Tel-Aviv. Le plan de partage de la France entre les trois impérialismes apparaît clairement dans le « Projet Rivkin » révélé par Wikileaks, ainsi que chez divers cadres du sionisme impérial s’exprimant tous en faveur des investissements du Qatar en France. On le voit, se prêtant main-forte, de gros efforts sont déployés par les trois impérialismes pour faire monter les séparatismes ethniques et religieux en Syrie comme en France, et en définitive partout où c’est possible, que ce soit par le financement du terrorisme ou par le soutien aux communautarismes identitaires.
    En outre, il semble que cette compétition sunnite/shiite pour le leadership au sein du monde islamique cache un projet d’encore plus grande ampleur, et qui serait une sorte de Vatican II de l’islam sous pilotage mondialiste. En 2005, un rapport de la Rand Corporation, le think-tank du lobby militaro-industriel américain, intitulé « Civil democratic Islam. Partners resources and strategies », rédigé par l’auteur féministe Cheryl Benard, détaillait de manière extrêmement précise un vaste programme d’ingénierie sociale visant à introduire dans l’islam des clivages et des fractures obéissant aux intérêts occidentaux, de sorte à pouvoir adapter cette religion plus facilement à la modernité libérale anglo-saxonne. Traduction d’un extrait du plan par le site Islamotion.tv :
        « Pour encourager le changement positif dans le monde islamique vers une plus grande démocratie, une plus grande modernité, et une meilleure compatibilité avec le nouvel ordre international contemporain, les États-Unis et l’Occident ont besoin de considérer chaque élément avec beaucoup d’attention : − les tendances et les forces internes à l’islam qu’ils entendent renforcer ; − quels sont vraiment les buts et les valeurs de leurs divers alliés potentiels et protégés ; − quelles vont être les conséquences plus larges dans l’avancement de leurs projets respectifs «  [3]. »
    L’Islam de marché (Le Seuil, 2005) de Patrick Haenni rapportait déjà ces tendances modernisatrices et réformatrices qui travaillent l’islam contemporain et qui sont impulsées par divers courants officiellement musulmans, sans que l’on sache très bien s’ils sont vraiment autonomes et émanent authentiquement de l’intérieur de l’islam ou sont en réalité impulsés et sponsorisés depuis son extérieur et, in fine, contre son intérêt. L’islamisme, entièrement placé sous tutorat occidental et capitaliste, pourrait devenir à l’islam ce que le sionisme est au judaïsme. L’application du programme de la Rand Corporation transparaît dans une vidéo réalisée en 2007 par As-Sahab, la maison de production d’Al-Qaïda. On y apprend que les manuels scolaires en Arabie Saoudite sont révisés et modifiés à la demande des États-Unis et que le roi Abdoullah s’oriente vers un dialogue interreligieux d’inspiration syncrétique et labélisé par l’ONU, trahissant de ce fait le devoir de da’wa, c’est-à-dire l’affirmation de la primauté absolue de l’islam sur les autres religions ou institutions, dont découle l’obligation au prosélytisme et au travail de conversion du monde entier.
    Le catholicisme est passé également par cette phase édulcorante, consistant à vider la religion de son principe actif, l’absolutisme, sous prétexte d’adaptation au monde et aux autres cultures. La vidéo commence par une déclaration de Gonzo Gallegos, porte-parole du Département d’État américain : « Depuis plusieurs années nous travaillons avec l’Arabie Saoudite sur la nécessité d’éradiquer tout ce qui pourrait faire allusion au fanatisme envers les autres religions dans les enseignements scolaires en Arabie Saoudite et ailleurs.
    Ainsi, au mois de juillet 2006, le gouvernement saoudien a reconnu la nécessité de réviser et mettre à jour les manuels scolaires et d’effacer tous les passages qui incitent à la haine contre les autres groupes et religions, et il nous a confirmé qu’au début de l’année 2008, ce serait chose faite. » Puis une voix off commente, suivie par le roi Abdoullah lui-même :
        « L’étape la plus dangereuse est celle qu’a entamée le roi Abdoullah en préconisant le rapprochement des religions et l’accord autour d’une religion qu’agréent les Nations-Unies et dont s’acquitteraient tous les peuples. (…) Et si Dieu veut, le plus tôt possible, lorsque nous, toutes les religions, nous serons mis d’accord sur toute bonne chose, je me rendrai aux Nations-Unies. »
    En apparence pacifique, cette démarche de dialogue et d’ouverture relativiste représente en fait la violence ultime pour la religion à laquelle elle s’applique, l’obligeant à renoncer à son absolutisme, à sa dogmatique, à son prosélytisme, donc à son identité, donc à elle-même. Pour détruire, il suffit parfois d’ouvrir [4].
    http://www.egaliteetreconciliation.fr
    Notes :

    [1] Hansard 1803-2005 : Digitised editions of Commons and Lords. Hansard, the Official Report of debates in Parliament. http://hansard.millbanksystems.com/...

    [2] « Israël – Une stratégie persistante de dislocation du monde arabe » http://www.info-palestine.net/artic... http://www.cairn.info/revue-conflue... http://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_Yinon

    [3] Civil democratic Islam. Partners resources and strategies », 2004, Cheryl Benard. http://www.rand.org/content/dam/ran... « Le plan américain pour corrompre l’Islam », 22/04/2011. http://islamotion.tv/articles/121-r...

    [4] Vidéo postée le 09/11/2012 par Al Mansour Tounsi. http://www.youtube.com/watch?v=-Lao...