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culture et histoire - Page 1853

  • Université d’Été de Génération Identitaire : « En route pour Ithaque ! » – 12 au 17 août

    Université d’Été de Génération Identitaire : <em>« En route pour Ithaque ! »</em> – 12 au 17 août

    30/06/2013 – 15H20
    PARIS (NOVOpress) –
    Génération Identitaire qui s’est rendue célèbre en particulier par ses actions spectaculaires, mais tout en douceur, comme celle demandant un référendum sur l’immigration et la construction de mosquée depuis le toit du chantier de la future grande mosquée de Poitiers en octobre dernier, ou celle , en mai, demandant la démission de François Hollande depuis le toit du siège du Parti Socialiste, rue de Solferino, organise une université d’été dans le Dauphiné, près de Grenoble, du 12 au 17 août.

    Dans l’annonce de leur Université ces jeunes gens rappellent le sens de leur action :
    “« Le pouvoir socialiste semble avoir choisi de nous désigner comme ses ennemis, la Génération Identitaire ne le décevra pas ! », c’est ainsi que se terminait le communiqué annonçant la création de Génération Identitaire à la fin de l’été 2012. Du toit [du chantier] de la mosquée de Poitiers au siège du PS rue de Solférino, en passant par notre campagne « Génération Solidaire » auprès des SDF et la mobilisation contre la loi Taubira, nous nous sommes efforcés depuis de tenir cette promesse.”

     Ils rappellent que leur action justifie une formation : “Dirigé par une équipe de formateurs expérimentés, cette Université d’Été est une occasion unique d’apprendre, chanter, transpirer ensemble dans un cadre naturel d’exception, et ainsi de resserrer les liens entre les participants.
    Cette session, intitulée « En route pour Ithaque ! », permettra – en parallèle de la formation militante – de s’intéresser à l’œuvre d’Homère et aux aventures d’Ulysse, mythe majeur de notre civilisation.”

    Cette Université sera la première de Génération Identitaire mais succède aux onze Universités d’été précédentes des jeunes identitaires.

    Des renseignements complémentaires sont disponibles ici.

    http://fr.novopress.info

  • Au-delà de la droite et de la gauche : les racines du mouvement écologique

    Le concept d’ « écologie » fut utilisé pour la première fois en 1866 par Ernst Haeckel (1834-1919), qui entendait désigner, par ce terme, « toute la science des rapports de l’organisme avec le milieu extérieur environnant ». Ernst Haeckel était naturaliste et philosophe. Le monde universitaire a reconnu toute sa valeur scientifique grâce aux travaux de recherches qu’il avait accomplis dans le domaine de la biologie marine. Haeckel avait décrit plus de 3500 nouvelles espèces de radiolaires, qui avaient été collationnées lors d’une expédition. Haeckel avait également confectionné quantité de dessins et de tableaux sur le fruit de ses recherches, qui ont tous encore quelque validité scientifique aujourd’hui.
    Haeckel avait étudié la médecine au départ, avait reçu le titre de docteur en médecine après une thèse, présentée en 1861, sur l’anatomie comparée. Mais il estimait que l’exercice de l’art médical n’était pas suffisamment intéressant et s’était alors tourné vers la philosophie et la zoologie. En 1865, il obtint le titre de docteur honoris causa en philosophie et un poste de professeur en zoologie à l’Université d’Iéna, dont il devint ultérieurement le vice-recteur.
    Haeckel avait une capacité de travail époustouflante : son livre « Die Welträthsel », paru en 1899, fut l’un des best-sellers de son époque, de même que sa « Morphologie générale » de 1866, qui était considérée comme un ouvrage fondamental. Quant à sa « Natürliche Schöpfungsgeschichte » (= « Histoire naturelle de la création ») de 1868, elle connut neuf éditions successives et fut traduite en douze langues. Après sa mort, ses œuvres complètes parurent en six volumes, permettant de jeter un regard synoptique sur ses travaux de vulgarisation scientifique.
    Celles-ci ont toutes leur importance car c’est par leur truchement que Haeckel répandit en Allemagne les théories de Charles Darwin. Haeckel défendait la théorie de l’évolution, ce qui l’entraîna dans un conflit avec l’église catholique, alors qu’il était issu d’une famille pieuse. En 1904, Haeckel participa au Congrès international des Libres Penseurs à Rome. Devant le monument érigé en l’honneur du philosophe Giordano Bruno, brûlé comme hérétique, Haeckel déposa une couronne de lauriers, ce que l’église catholique considéra, à l’époque, comme une provocation. A la suite de ce geste, Haeckel s’exposa à de solides inimitiés, qui allèrent jusqu’à mettre en doute le sérieux de ses travaux scientifiques. Dans une réplique, intitulée « Sandalion – Eine offene Antwort auf die Fälschungsanklagen der Jesuiten » (= « Sandalion – Réponse publique aux accusations de falsification des Jésuites »), Haeckel réfuta tous les reproches qu’on lui adressait.
    Haeckel avait également des activités politiques : il était membre de l’ « Alldeutscher Verband » (l’association pangermaniste). Pourtant, il m’apparaît difficile aujourd’hui de cataloguer Haeckel quelque part dans le schéma binaire « gauche/droite », difficulté que corrobore notamment l’histoire de la réception des travaux de Haeckel : certes, les nationaux-socialistes ont tenté de l’annexer mais Lénine aussi lui a rendu un vibrant hommage, car le chef de file des bolcheviques voyait en notre naturaliste un « combattant contre la philosophie idéaliste des professeurs » ; quant au socialiste Robert Niemann, il chantait les louanges de Haeckel en le campant comme un « esprit libre post-bourgeois ». Plus tard, les autorités de la RDA socialo-communiste firent de lui un pionnier de l’idéologie socialiste.
    Haeckel n’était certes pas une personnalité incontestée : il n’y a pas que l’église catholique qui rejetait ses thèses avec véhémence. On l’accusa de « chauvinisme national-allemand », de même, on lui reprocha aussi d’avoir ouvert la voie à l’ « hygiénisme racialiste ».
    Pour être exact, nous devons dire que Haeckel défendait un « monisme biologique », selon lequel la nature -en dépit de sa pluralité- formait une seule et unique totalité, au sein de laquelle tous -y compris l’homme- étaient animés par une seule et même force vitale. Haeckel fut ainsi l’un des premiers à réclamer des droits pour les animaux : il pensait que les animaux, parce qu’ils étaient des êtres dotés de sensibilité, des êtres sociaux et, dans le cas des mammifères supérieurs, des êtres rationnels, devaient bénéficier d’un statut équivalent à celui de l’homme. Haeckel s’insurgeait, dans le cadre de cette défense du statut de l’animal, contre toute interprétation anthropocentrique de la nature. Pour lui, une telle interprétation relevait « de l’arrogance autoproclamée de l’homme, être vaniteux », qui se voulait égal à Dieu et à l’image de celui-ci. Haeckel défendait la thèse que la nature consistait en une substance infinie, sans commencement ni fin. En posant cette « loi de substantialité », Haeckel affirmait que, de cette façon, l’idée, qui veut qu’il y ait un être divin transcendant la nature, était réfutée. Selon la philosophie moniste de Haeckel, il faudrait remplacer le culte chrétien de Dieu par un culte de la nature. D’après Haeckel, le christianisme « n’avait pas seulement contribué à nous aliéner dangereusement de notre merveilleuse mère la Nature mais nous avait aussi conduit à mépriser, de manière fort déplorable, les autres organismes ». Haeckel voulait aussi, dans cette même logique, que l’individualisme égoïste de l’homme soit éliminé au profit d’un nouveau monisme éthique, afin de bien faire voir à l’homme que ses intérêts personnels étaient indéfectiblement liés aux intérêts de sa communauté.
    Le monisme de Haeckel a eu, plus tard, des répercussions importantes dans la mesure où il inspira directement le Prix Nobel Konrad Lorenz qui, par ses recherches sur le comportement des animaux, tenta de prouver la validité de la grande intuition de Haeckel, soit que les animaux et leur environnement -y compris l’homme et son environnement- constituaient une unité indissoluble. Le philosophe Ludwig Klages, pour sa part, fut l’auteur d’un petit livre intitulé « Mensch und Erde » (= « L’Homme et la Terre »), où il défendit la thèse suivante : le progrès, comme projet rationaliste de l’Homme, est arrivé au bout de son rouleau. « Comme un feu dévorant, il ravage la Terre entière, et là où il a brûlé un lieu de fond en comble, plus rien ne pousse ni ne croît, tant qu’il y vit des hommes ». D’après Klages, l’homme détruit « par une rage aveugle sa propre mère la Terre… jusqu’à ce que toute vie et, en bout de compte, lui-même, sont livrés au néant ». Klages était tributaire de la philosophie de Nietzsche et porte paroles du mouvement de jeunesse allemand à ses débuts, quand ces jeunes, dont les options étaient hostiles à la technique et à ses répercussions, voulaient retourner au romantisme allemand, opérer un retour à la nature. Lors d’un rassemblement de cette jeunesse néo-romantique sur la montagne du Hoher Meissner, ces options ont été clairement proclamées (ndt : c’est à la suite de ce rassemblement, où Klages prit la parole pour exposer ses visions, que fut rédigé « Mensch und Erde »).
    Via Max Scheler, qui avait lu Klages, Martin Heidegger, à son tour, reçut l’influence des idées technophobes de « Mensch und Erde ». Heidegger défendit la thèse que la perte du lien nous unissant à la nature revêtait pour l’homme moderne une perte d’être (« Seinsverlust ») : « A la place de ce qui, jadis, donnait contenance affirmée au monde et aux choses, nous voyons, toujours plus vite, avec de moins en moins de considération et de scrupules, de manière de plus en plus complète, se répandre sur la terre l’objectivisation de la domination de la technique ». Heidegger, critique, nous enseignait que la technique, développée par ce qu’il est convenu d’appeler l’ « Occident », faisait désormais « apparaître tout étant/Seiende comme un étant/Seiende fabricable dans le processus de la production » et, qui plus est, « distribuait les produits de la production via le marché dans le monde entier ». Toujours aussi critique, Heidegger ne cessait de nous rappeler que le « capitalisme technologique dissolvait l’humain dans l’homme et la choséité dans les choses » au profit « d’une valeur marchande calculée par le marché lui-même », afin de créer « un marché mondial qui englobera toute la Terre ». Après avoir décrit ce processus calamiteux, Heidegger nous exhorta à considérer dorénavant l’homme comme l’administrateur de la Terre et non plus comme son dominateur. L’homme, nous enseigne Heidegger, doit apprendre à abandonner à terme la technologie et la pensée consumériste, pour retrouver sa position modeste dans cette unité totalisante qu’est la Nature.
    Rudolf Steiner, fondateur de l’école anthroposophique, chercha à développer un mode d’économie biologique/dynamique, où l’agriculture serait un jeu de réciprocité entre l’homme, l’animal, la plante et la Terre.
    Dans l’Allemagne de l’entre-deux-guerres, le « mouvement environnementaliste » (« Umweltbewegung ») recevait le soutien de mouvements politiques très divers ; ces courants politiques et idéologiques si divers avaient chacun une conception différente de la nature, depuis le monisme matérialiste jusqu’à un vitalisme biologique et dynamique. Mais tous avaient le même ennemi : l’ « Occident » moderne, technicien, capitaliste. Indépendamment des sentiments et convictions politiques de chacun de ces groupes ou partis ou mouvements, tous les courants du « mouvement environnementaliste » donnaient raison au « national-bolchevique » Ernst Niekisch, quand il écrivait en 1931 : « La technique est viol de la nature ; elle se superpose à la nature. Le progrès technique consiste en ceci : arracher par ruse l’un morceau de sol après l’autre au règne libre de la nature ; ce qui est triomphe pour la technique est profanation pour la nature. Dans la mesure où la technique abat pas à pas les limites que la nature a posées, elle tue la vie ». Même Oswald Spengler et Ernst Jünger, qui célébraient la technique comme partie prenante du nouvel ordre culturel allemand, réclamaient tous deux que la technique soit en permanence remodelée dans une forme « vitaliste ».

    Brigitte Sob http://www.voxnr.com

    Notes : Article paru dans l’hebdomadaire viennois « zur Zeit », n°41/2007, trad. franç. : Robert Steuckers.

    Source : Zur Zeit

  • 1940 Entre guerre et compromis

    « Mon père était un salaud » titrait en couverture Le Figaro Magazine du 26 novembre dernier devant une photo de Himmler et plusieurs articles étaient consacrés à des interviouves d’enfants de chefs nazis.
    C’est dire à quel point, soixante ans après sa conclusion, la Seconde Guerre mondiale reste omniprésente en raison d’une campagne médiatique permanente et orientée qui a imprégné les mentalités et littéralement construit les mythes fondateurs de l’idéologie dominante, surtout, et de loin, dans notre pays ou sévit le « terrorisme intellectuel » si bien décrit par Jean Sévillia .
    L’histoire de la guerre est interprétée et exposée suivant une grille de lecture convenue et constitue de la sorte une histoire officielle aux antipodes de la vérité, histoire qui se défend bec et ongles comme le rappelait à nos lecteurs le professeur François-Georges Dreyfus à propos de son excellente et objective Histoire de Vichy accueillie, comme il se doit, par le silence des grands médias (1).
    Légende et vérité
    Il n’en est que plus nécessaire, car c’est la mission de l’historien, de continuer les recherches et dégager cette vérité historique des voiles épais dont on la recouvre. C’est ainsi que notre ami Philippe Prévost vient de publier un ouvrage Le temps des compromis (*) où sont relatées les négociations entre Anglais et Allemands de mai à décembre 1940. Cette étude bat en brèche un certain nombre de légendes têtues comme celle de la détermination héroïque de la Grande-Bretagne unie derrière Churchill alors que la France faisait cavalier seul.
    Comme l’exprime François-Georges Dreyfus dans sa préface, « la réalité est moins simple : elle est totalement différente ». Un clivage entre partisans de la guerre et partisans de la paix existait en effet dès avant la guerre en Grande-Bretagne comme en France.
    C’est ainsi que Chamberlain, conscient de la fragilité de l’Empire britannique et de l’état d’impréparation du pays, craignait la guerre et ne pensait pas qu’elle fût ni désirable ni nécessaire. De son côté, Hitler ne désirait pas une guerre à l’ouest et signa le pacte du 23 août 1939 avec l’Union Soviétique pensant q’il dissuaderait les démocraties d’entrer en guerre et s’épargnerait, s’il le fallait, une guerre sur deux fronts, Staline, pour sa part, y voyant le moyen de déclencher enfin la guerre entre les puissances capitalistes.
    Ce rappel explique les tentatives de compromis qu’expose avec talent Philippe Prévost, lesquelles furent entreprises, dès la défaite de la Pologne consommée, par Hitler qui ne désirait en aucune manière la guerre avec l’Angleterre et était convaincu qu’il arriverait à faire la paix avec elle.
    « Parler avec M. Hitler... »
    De son côté, lorsque la campagne de France fut pratiquement perdue fin mai 1940, Lord Halifax, secrétaire d’État au Foreign Office, pensait que la Grande-Bretagne n’avait aucune chance de vaincre par elle-même et qu’en l’absence des États-Unis, à part de bonnes paroles, « le moment était venu de parler avec M. Hitler ». L’historien John Charmley (2) ajoute à ce propos que si, en mai-juin 1940, Churchill avait tenté de faire la paix, une vaste partie de l’opinion aurait applaudi. Mais ce dernier, nommé Premier ministre à la suite d’un véritable complot (4), représentait le parti de la guerre et pensait que l’armée française retarderait les Allemands jusqu’à l’intervention prochaine, pensait-il, des États-Unis.
    Les initiatives allemandes en vue d’une paix furent au contraire accueillies par Lord Halifax et son adjoint Richard Butler. Philippe Prévost nous donne un clair exposé de ce que furent ces tentatives de compromis bien que les archives anglaises sur cette question ne puissent encore être consultées.
    Il faut avoir conscience que la situation à l’époque était pleine d’incertitudes pour les deux parties en cause : panique en Grande-Bretagne à la suite de la défaite française, angoisse en pensant à une invasion allemande possible et véritable paranoïa en ce qui concerne la flotte française encore que l’agression de Mers-el-Kébir obéît surtout à des motifs politiques. En fait, l’Angleterre dut son salut une fois de plus au bras de mer qui la séparait du continent et aux tergiversations de Hitler qui, certain de faire la paix avec l’Angleterre, n’avait pas préparé une opération complexe de débarquement.
    C’est dans ce contexte que se déroulèrent, par intermédiaires, les conversations anglo-allemandes que relate Philippe Prévost avec un intéressant chapitre sur l’armistice norvégien accepté par les Anglais mais il est évident qu’un même armistice en France était tout différent puisqu’il privait l’Angleterre de son seul allié et de sa seule armée de terre.
    Accord anglo-allemand ?
    Le point d’orgue de cette période de recherche d’un accord fut la dramatique mission de Rudolf Hess en Écosse. Comme l’écrit fort justement Philippe Prévost, il est certain que Hitler n’aurait pas envoyé le numéro deux du régime en Grande-Bretagne s’il n’avait eu de solides raisons de penser que son offre de paix serait accueillie alors que lui-même était sur le point d’attaquer l’Union Soviétique. Mais les archives anglaises sur le détail de cet événement restent obstinément closes…
    En fait, tant Churchill que Pétain avaient fondé leur politique sur l’entrée en guerre des États-Unis ; celle-ci se faisant attendre, le premier sera sauvé par l’invasion de l’Union Soviétique qu’il salua avec enthousiasme tandis que le Maréchal était confronté à une situation dramatique. Non seulement le gouvernement était aux prises avec d’innombrables problèmes internes tenant à remettre en ordre et en marche un pays aux 3/5 occupé par l’ennemi et à assurer l’existence de quarante millions de Français amputés de deux millions de prisonniers, mais se heurtant aussi aux contraintes de l’Occupant et de la Grande-Bretagne qui soumettait la France à un blocus maritime. Comme l’écrivait Churchill « nous devons maintenir les gens de Vichy coincés entre la meule allemande et la meule britannique » (3).
    Dès le 15 juillet, les Allemands se repentant de leurs erreurs lors de l’Armistice et voyant les conversations avec les Anglais traîner en longueur, exigèrent des bases en Afrique du Nord, l’utilisation de ses ports et chemins de fer etc… Ces demandes, sèchement rejetées par le Maréchal, furent à l’origine d’une tension aiguë avec l’Allemagne qui fit même craindre une action militaire contre Vichy (le Maréchal décida qu’en pareil cas il resterait avec les Français et que c’est l’Amiral Darlan qui emporterait en Afrique les sceaux de l’État, scénario qui se produira à peu près en novembre 1942). En outre, le gouvernement était au courant et fort inquiet des conversations anglo-allemandes.
    Inquiétudes à Vichy
    Dans cette situation faite d’incertitudes et de craintes, on comprend que dès septembre 1940, le Maréchal fit demander un entretien à Hitler. Mais ce dernier ne donna aucune suite à cette demande et ce ne fut que le 22 octobre qu’il le fit à l’issue de son entretien avec Pierre Laval et dans l’optique de son rendez- vous d’Hendaye avec Franco en vue de l’opération Félix (attaque de Gibraltar en passant par l’Espagne).
    Comme nous le savons, ce dernier entretien fut un échec qui inaugura un bras de fer entre Franco et Hitler qui ne prit fin que le 14 juin 1943 après que l’opération Gisela, c’est-à-dire l’invasion de l’Espagne, ait été décidée puis annulée en novembre 1942. Le détail de ces négociations germano-espagnoles est remarquablement exposé dans la biographie de Franco par Brian Crozier (4).
    Philippe Prévost consacre sur ce point un intéressant chapitre à Montoire où il expose une thèse hardie se fondant sur l’inquiétude réelle du Maréchal à l’égard des négociations anglo-allemandes et créditant ce dernier d’une manœuvre diplomatique audacieuse lui faisant offrir ses services à Hitler pour reprendre les colonies françaises passées à la dissidence. Pour les raisons qui vont suivre, il ne paraît pas possible de suivre Philippe Prévost sur ce terrain.
    À propos de Montoire
    En effet, l’auteur se fonde essentiellement sur l’ouvrage de François Delpla - dont le titre seul Montoire, les premiers jours de la collaboration donne le ton et dont l’argumentation tient essentiellement à ce qu’il considère comme le seul document probant en la matière, le compte rendu allemand de l’entrevue de Montoire. Dans une Note bibliographique récente (5), M. Delpla revient sur cette question et élimine systématiquement tout ce qui s’opposerait à sa thèse, que ce soit le refus - pourtant avéré - opposé par Franco à Hitler ou le témoignage sur Montoire donné par l’interprète Schmidt dans ses mémoires parus en 1950 alors qu’il était libre de s’exprimer et n’avait aucune raison de farder la vérité, François Delpla tenant pour probatoire la signature par ce même Schmidt du compte-rendu officiel comme si ce subalterne aux ordres à l’époque aurait pu refuser de signer ! De plus, la relation de Schmidt est confirmée par la lettre du 13 novembre 1940 du Maréchal au général Weygand et aussi par l’historien allemand Elmar Krautkramer (6).
    Il faut enfin remarquer que les Allemands insistaient beaucoup sur cette question de reprise des colonies, et qu’ils avaient sur ce point l’accord de Laval. Le Maréchal, s’il était rusé était aussi prudent et il paraît difficile d’imaginer qu’en présence de ce dernier il eût donné le feu vert à une opération que, dans le même temps, il faisait promettre à Churchill par le professeur Rougier de ne jamais entreprendre (7). La question était en effet très délicate car les Allemands n’en démordaient pas et demandaient un plan pour reprendre le Tchad.
    On voit donc qu’il eût été mortellement imprudent pour le Maréchal de s’engager à ce sujet à Montoire.
    En fait, comme l’écrit Henri Amouroux, la portée psychologique de Montoire dépassera de beaucoup la réalité. Mais, pour l’histoire officielle elle marque le début d’une collaboration d’État volontaire, qui n’a en fait jamais eu lieu. La légende l’emporte ici sur la vérité.
    Nous terminerons en félicitant Philippe Prévost d’avoir contribué par son excellent travail à dissiper quelque peu l’imposture médiatico-politique dont les Français sont victimes depuis soixante ans !
    André PERTUZIO L’Action Française 2000 du 16 février au 1er mars 2006
    * Philippe Prévost : Le temps des compromis. Mai-décembre 1940, Préface de François-Georges Dreyfus. Centre díÉtudes contemporaines (CEC) 214 pages. Disponible à nos bureaux : 15 euros
    (1) A.F. 2000, n°2670, du 3 au 16 février 2005.
    (2) John Charmley : Churchill. The end of glory. Harcourt Brace and Company, 1992.
    (3) Winston Churchill : L’heure tragique. Éd. Plon.
    (4) Brian Crozier : Franco-Eyre and Spottiswoode, 1967.
    (5) François Delpla : Guerres mondiales et conflits contemporains, n°220 - Octobre 2005. Éd. PUF
    (6) Elmar Krautkramer : Vichy 1940- Alger 1942 Éd. Economica.
    (7) Public Records Office - Cab 66-14 - Foreign Office.

  • Gender : objection des parents en Espagne

    Leonor Tamayo, objectrice, mère de famille nombreuse, fut la coordinatrice de la campagne contre l’Education pour la Citoyenneté (EpC), contre le gender à l'école. Elle déclare :

     

    "Notre combat contre les enseignements idéologiques de l’ Education pour la Citoyenneté (EpC), que Zapatero a imposé avec sa réforme des programmes scolaires, a commencé il y a déjà sept ans. Dès le début, nous avons clairement vu que la meilleure arme dont nous disposions pour défendre le droit des parents à éduquer leurs enfants était l’objection de conscience, et que les parents eux-mêmes devaient être les acteurs de ce mouvement. Le rôle des grandes associations nationales, des partis politiques ou de l’Eglise devait être de les soutenir mais en aucune façon de se substituer à eux dans leur responsabilité de premiers éducateurs.

    La première étape de l’engagement fut l’édition d’un Guide pour parents, sous forme de questions réponses, permettant de percevoir la gravité du danger, la nécessité de se soulever contre celui-ci, la façon de le faire, tout en incluant quelques notions juridiques élémentaires.

    Nous nous sommes mis en relation avec toutes les associations nationales parentales, familiales et de la liberté de conscience, en leur demandant de soutenir l’initiative et de collaborer à la diffusion de ce guide. Le soutien a été unanime et il englobait les principales associations familiales, les associations officielles de parents des écoles catholiques (qui en Espagne ont un poids très important dans le système éducatif), la direction des centres de l’enseignement privé (le CECE).

    [...] Nous étions loin d’imaginer que notre résistance et notre projet deviendraient un mouvement social sans précédent en Espagne et probablement en Europe, même si nous le désirions et étions prêts à tout donner. En effet, nous ne nous attendions pas à l’énergie, au courage et à la fermeté des parents qui voient la liberté, leurs droits fondamentaux et surtout la formation et l’avenir de leurs enfants menacés. Voilà la clé du succès. [Lire la suite]"

    Michel Janva  http://www.lesalonbeige.blogs.com/

  • Jacques Bainville, le traité de Versailles et le retour de l’Allemagne

    Rares sont ceux à qui le nom de Jacques Bainville évoque encore quelque chose. Ce journaliste historien surprenait déjà ses instituteurs quand, encore écolier, il livrait des analyses sur la situation internationale dépassant parfois les leurs. Malgré sa stimulante et synthétique Histoire de France et d’autres ouvrages remarquables il est (trop peu) passé à la postérité comme un prophète. En 1920, il publia Les conséquences politiques de la paix, complément autant que réponse aux Conséquences économiques de la paix de John-Maynard Keynes et sans doute un des livres dont l’insuffisante lecture donne à l’histoire des allures de tragédie racinienne. Gardant à l’esprit que  « erare humanum est, perseverare diabolicum », je vais tâcher de présenter ici l’essence de cet ouvrage avant de démontrer les apports considérables que l’on peut encore tirer de sa lecture.

    Keynes dénonçait dans son ouvrage le traité de Versailles. La sévérité des sentences économiques (réparations, confiscations, occupations…) imposées à l’Allemagne défaite devait non seulement être improductive, feu le Reich devenant insolvable car ruiné et privé de toute perspective de redressement, mais même dangereuses pour l’Europe et le monde, la perturbation des échanges et l’instabilité empêchant toute reprise sérieuse de l’économie. On lira donc avec profit cette démonstration ainsi que la critique qu’y a apportée Etienne Mantoux (La paix calomniée-les conséquences économiques de M. Keynes). Retenons ici la thèse de Keynes : la paix est mal faite car la misère allemande parasitera l’économie générale et génèrera des frustrations chez les Allemands dont les traductions sociales et politiques ne pourront que rajouter à l’instabilité.

    Bainville s’accorde sur un point : la paix est mal faite. Il ne vilipende cependant pas la dureté du traité de Versailles. L’idée maîtresse des Conséquences politiques de la paix est la suivante : pour la France, la menace germanique doit toujours être amoindrie. Le danger de l’invasion orientale remontant selon lui aux mérovingiens[i] avait été amoindri par Mazarin[ii] qui offrit une garantie française au morcellement du Saint-Empire-Romain-Germanique lors du traité de Münster en 1648 – on verra là-dessus l’article de Bernard Chalumeau. L’unité allemande, d’abord faite contre le Premier Empire, trouva à s’exprimer en détruisant le Second. La rivalité teutonne plus que millénaire pèse lourd dans les ouvrages de l’auteur (Histoire de deux peuples, Napoléon, Louis II de Bavière…) et dans l’antigermanisme de l’Action française dont il fut l’un des plus talentueux représentants. Cette menace à l’est est une hantise, quarante millions de Français étant devenus créditeurs de soixante millions d’Allemands. L’occasion pour la France de se soulager pour longtemps de ce tracas était belle, les Hohenzollern ayant abdiqué, les empires ottomans et austro-hongrois ayant été dissous (et le tsar Nicolas II ayant goûté aux joies révolutionnaires), l’Allemagne reconnue coupable n’étant pas invitée à élaborer la paix qui la concernait d’abord.

    Le problème, pour Bainville, est justement que l’Allemagne fut snobée, que l’Allemagne fut condamnée, que l’Allemagne fut défendue par Keynes, que l’Allemagne fut, tout simplement. Il fallait profiter de la situation pour défaire l’œuvre de Bismarck, soit l’unité allemande autour de la maison prussienne de Hohenzollern. Or, assommer l’Allemagne, c’était lui donner reconnaissance dans l’après-guerre, au contraire des autres empires. Certes le fonctionnement impérial était abattu mais la réunion du Wurtemberg, de la Bavière, de la Saxe, etc., autour de Berlin laissait à l’est du Rhin un bloc massif alors qu’il eut été possible d’en décider le morcellement. La paix était donc trop dure pour ce qu’elle [avait] de doux, jetant une population dans une misère stérile, et trop douce pour ce qu’elle [avait] de dur, laissant à la même population un État fédéral qui devait servir tôt ou tard à jeter contre le monde une société écorchée. Bainville, comme Keynes, exprime son inquiétude de voir l’Allemagne renforcée historiquement par un traité sensé la réduire. L’un par humanisme, l’autre par réalisme, avaient bien compris qu’un Saxon repu était moins dangereux qu’un Allemand de Saxe affamé. La perspicacité de l’auteur va plus loin que cette équation selon laquelle misère et État central amèneraient menace sur la France. En gardant à Berlin le cœur d’un espace plus grand que la seule Prusse, il fallait prévoir que le principe des nationalités allait conduire aux revendications germaniques sur les Sudètes, le Holstein, Dantzig et même l’Autriche. L’Anschluss interdite en loi allait de soi en fait. Le même principe qui guidait la geste diplomatique de Wilson devait amener au désordre dans les Balkans convoités par l’Autriche, l’Italie et la Yougoslavie. L’histoire nous apprend combien était puissante la réflexion de Bainville et combien on doit rire au nez de ceux qui lui crachent dessus parce qu’il disait « Vive le Roy ». Je ne voudrais pas priver les lecteurs du bonheur amer qu’offre la lecture de l’ouvrage. Il me semble toutefois important de souligner que sa lecture par les signataires du palais des glaces aurait pu aboutir à un entre-deux guerres très différent. Cette perspicacité ne trouva pas d’auditeurs chez ceux qui donnaient des gages aux électeurs par le fameux « l’Allemagne paiera ! ». On n’a encore jamais vu des hommes mettre au feu les assignats truqués qui les faisaient manger. On peut aussi admettre qu’une réaction vengeresse qui faisait de l’Allemagne le coupable voulait que ce fût l’Allemagne qui fut lapidée. Le sang-froid et la vision de long terme pourrissent dans le cimetière des idées depuis bien longtemps. Sachant qu’il est toujours facile de juger des faits à un siècle d’intervalle, je ne me permettrais pas de condamner les dirigeants de l’époque mais en tant que Français et en tant qu’être sensible, je trouve à mes regrets un air de légitimité. Depuis Polybe, on sait que la critique est aisée mais l’art difficile. Contentons-nous donc de voir ce que l’historien de l’Action française a à nous apporter aujourd’hui

    Le plus évident des apports est déjà bien connu depuis que les totalitarismes font couler de l’encre. Jamais la maltraitance économique ne permet de dompter un peuple. Elle est au contraire le plus sûr moyen de s’assurer son hostilité la plus radicale. Si les attaques portées dans Mein Kampf contre la France ont trouvé des récepteurs dans la population allemande, cela est autant une affaire d’assiettes vides que de cimetières pleins. Ni la pérennité de la paix, ni l’intérêt de la France ne se trouvèrent assurés en 1919. Il faut donc, dans la gestion des conflits, penser non seulement à vaincre mais aussi à garantir les acquis (égoïstes ou non) par une conclusion raisonnable qui préfère la justice à la vengeance et l’apaisement à la brutalité dialectique. Ce propos relève de l’évidence aujourd’hui. Ce n’était pas le cas dans l’Europe en larmes et puant la mort d’où écrivait Bainville. Ce qu’il y a d’intéressant dans l’ensemble de son ouvrage n’est d’ailleurs pas un appel au pacifisme et à la fraternité idéalisée. Il faut profiter de la paix, mais il faut le faire avec justesse, ce que ne permet pas l’étranglement économique des vaincus. Aussi propose-t-il de frapper la menace germanique au cœur sans trop compromettre le niveau de vie de la population.

    La situation se résume en fait à un dialogue violent dont on croyait s’épargner les douleurs en réduisant l’interlocuteur au silence. Bainville propose de dissoudre l’interlocuteur allemand pour que la France traite à l’avenir avec un amas de puissances mineures entre lesquelles la discorde pourrait être semée. Aujourd’hui encore, chaque candidat à la domination joue du particularisme local contre les Nations (voir notre article sur les identités régionales). C’est le sempiternel « diviser pour mieux régner ». Il y avait de bonnes raisons de miser sur cette stratégie, l’Allemagne étant fédérale depuis le Saint Empire romain germanique jusqu’à la confédération du Rhin et n’ayant été dominée par la Prusse que grâce au génie de Bismarck et au prix de l’Autriche. La proposition ne manquait donc ni de justification historique (la France ne faisant que défaire par Clemenceau ce que Napoléon avait déclenché), ni de possibilité d’application concrète. Mais comme dit précédemment, ratifier devant Lloyd Georges l’occupation de la Ruhr et la confiscation des moyens militaires, c’était insidieusement ratifier devant l’histoire la pérennité de l’Allemagne, au grand bénéfice de l’Angleterre notamment. On ne saura jamais dans quelle mesure l’application des Conséquences politiques de la paix aurait changé l’histoire. On peut toutefois les relire pour obtenir de l’avenir quelque avantage.  Il s’agira d’abord de faire preuve de méfiance envers toutes les divisions que l’on tentera d’imposer à la France, sachant désormais que la pseudo libération d’une tutelle centrale ne sert en fait que le déclassement géopolitique vis-à-vis des « libérateurs ». Cette attention portée à l’unité vaut autant pour le régionalisme (voir à ce sujet Minorités et régionalismes de l’excellent Pierre Hillard) que pour la question religieuse. La fracture avec les musulmans que les fainéants et les imbéciles prétendent inéluctable devra compter sur les musulmans patriotes des « Fils de France », de Yacine Zerkoun et de tant d’autres qui prient cinq fois par jour pour leur foi et soixante fois par heure pour le pays que nous partageons. La France a d’autant plus de raison de balayer d’un revers de main ces invitations à l’éclatement que son histoire est toute différente de celle de sa voisine.

    Passée cette prudence, il nous faut user du principe de morcellement face au prédateur composite en quête d’hégémonie et qui est le véritable adversaire. La division de l’Allemagne n’était pas souhaitable pour l’envahir avec plus de facilité mais pour laisser à la France suffisamment de forces pour continuer à jouer sa partition dans le concert des nations. La même pièce se joue aujourd’hui avec des acteurs différents.  Quelques éclatements peuvent donc jouer en notre intérêt :

    1. Une multipolarité géopolitique qui ne cède pas plus au droit-de-l’hommisme atlantiste qu’à la désertion par les puissances moyennes de la scène internationale.
    2. Un retour du politique  qui fractionne les blocs, à commencer par l’Union européenne telle qu’elle se présente aujourd’hui et pour éviter la constitution d’un État-marché mondial et uniformisé où les États-nations ne seraient plus que les législateurs de quelques grandes carcasses en quête de profits
    3. Une rupture manifeste des producteurs avec une oligarchie égoïste non pour affaiblir des États mais pour enrayer leur action dans un processus de prédation

    En somme, les ruptures verticales de Marx et les ruptures horizontales des enracinements territoriaux. Quel regret à rompre avec une femme qui vous trompe tout en détruisant votre maison avec votre argent ? En 1919, il s’agissait donc de se libérer d’une inquiétude pour être réactif et effectif dans les autres questions internationales. Aujourd’hui, il s’agit de mettre en évidence les lézardes immenses d’un système grotesque qui contredit le réel et dont l’arrogance causera la perte. Il ne s’agit plus de détacher Kiel et Berlin mais de détacher les bras et les têtes d’une exploitation généralisée et qui fait disparaître irrémédiablement les constructions culturelles qui permettent au genre humain de ne pas traverser les âges la tête baissée, enfouie dans une capuche. Puisqu’il prétend être mondial, le nouvel ordre permet de rassembler mondialement face à lui. Il ne s’agit pas de créer un ONU supplémentaire  mais de  multiplier les indépendances puissantes, appuyées sur les identités d’une part et les forces de production réelles d’autre part. On voit aussi, à la lumière de Bainville, le danger des fausses solutions. Asphyxier l’Allemagne ne menait à rien de bon durablement. Prétendre réguler par la négociation des forces qui démontrent constamment leur absence de raison et de bon sens semble tout aussi vain. Il n’y a pas de sauvegarde durable sans implosion du moloch mondialisé. Il n’a pas de frontière mais est attaquable sur des territoires que l’on connaît déjà. La machinerie complexe qui inquiétait Péguy autant que Bernanos repose sur des consentements et des soumissions. La rébellion, paradoxalement égoïste et solidaire, lui serait donc fatale mais, comme toute révolte, elle appelle vigueur et caractère, fournitures disponibles au seul magasin de l’histoire.

    Certains crieront au bellicisme, diront comme François Mitterrand que « le nationalisme, c’est la guerre » et que le modèle candidat à l’hégémonie est préférable à l’incarcération des Pussy Riot ou à l’Iran nucléaire. Je leur demanderai de bien vouloir me dire quand le monde a-t-il été pacifique et de me montrer qu’il n’y a pas de violence dans cette fonte totale de l’Homme dans le moule du facteur travail. Le plus sourd des aveugles ne pourrait voir dans l’histoire la plus récente l’action d’un bienfaiteur aux ailes blanches planqué dans le ciel d’une « skyline » quelconque. Peut-être que le retour des identités amènera de nouvelles engueulades. Est-il préférable de ne plus pouvoir parler ?

    Guillaume Enault http://www.lebreviairedespatriotes.fr

    [i]Ce continuum, développé notamment dans son Histoire de France  et dans son  Histoire de deux peuples continuée jusqu’à Hitler, relève clairement de l’anachronisme et d’une lecture téléologique de l’histoire.

    [ii]Il continua ainsi l’œuvre diplomatique du cardinal de Richelieu.

  • LE SECRET C’EST DE TOUT DIRE


    Pièces et Main d’Oeuvre, atelier de bricolage pour la construction d’un esprit critique à Grenoble, agit depuis l’automne 2000 de diverses manières : enquêtes, manifestations, réunions, livres, tracts, affiches, brochures, interventions médiatiques et sur Internet, etc.
    Pièces et Main d’Oeuvre n’est pas l’enseigne d’un collectif, mais d’individus politiques. Nous refusons la bien-pensance grégaire, qui n’accorde de valeur qu’à une parole réputée "collective", pour mieux la réduire au conformisme, à la paresse et à l’incapacité, dans l’anonymat du groupe. Nous ne souhaitons pas de gens "qui fassent partie", mais - au contraire - nous allier chaque fois que possible et nécessaire avec d’autres "qui fassent " par eux-mêmes.
    De même que nous refusons de nous identifier autrement qu’aux anonymes, ceux qui n’ont jamais la parole, nous refusons l’expertise, cette ruse du système technicien pour dépolitiser les prises de décisions et déposséder les sociétaires de la société de leur compétence politique. Ce refus vaut pour la "contre-expertise", cette ruse du système technicien pour infiltrer et retourner les oppositions à la tyrannie technologique.
    En bref : nous considérons que la technologie - non pas ses "dérives"- est le fait majeur du capitalisme contemporain, de l’économie planétaire unifiée. La technologie est la continuation de la guerre, c’est-à-dire de la politique, par d’autres moyens. Si la police est l’organisation rationnelle de l’ordre public - de la cité - et la guerre un acte de violence pour imposer sa volonté à autrui, cette rationalité et cette violence fusionnent et culminent dans la technologie, par d’autres moyens. La technologie, c’est le front principal de la guerre entre le pouvoir et les sans-pouvoir, celui qui commande les autres fronts. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas d’autres fronts, mais que chaque innovation sur le front de la technologie entraîne en cascade une dégradation du rapport de forces entre le pouvoir et les sans-pouvoir sur tous les autres fronts.
    Quant à notre pratique, nous savons qu’on ne gagne pas toujours avec le nombre, mais qu’on ne gagne jamais sans lui, et moins encore contre lui. Nul à ce jour n’a trouvé d’autre moyen de transformer les idées en force matérielle, et la critique en actes, que la conviction du plus grand nombre. Nous soutenons que les idées sont décisives. Les idées ont des ailes et des conséquences. Une idée qui vole de cervelle en cervelle devient une force d’action irrésistible et transforme le rapport des forces. C’est d’abord une bataille d’idées que nous, sans-pouvoir, livrons au pouvoir, aussi devons-nous être d’abord des producteurs d’idées.
    Pour produire des idées, nous nous appuyons d’abord sur l’enquête critique, aliment et condition première, quoiqu’insuffisante, à toute action. Si la critique fait feu de tout bois, ce bois c’est l’enquête qui l’amasse. Si nous avons semé quelques doutes, par exemples sur les nanotechnologies et les technologies convergentes, sur la biométrie, les RFID et les neurotechnologies, sur le téléphone portable et nombre de sujets connexes, sur la destruction du territoire, la cannibalisation de "l’écosystème" par le système technicien, c’est à force d’enquêtes, de harcèlement textuel, d’interventions lors d’occasions officielles.
    Une critique dont on peut énoncer quelques lignes élémentaires : Anticiper. Contester à propos, avant coup plutôt qu’après coup - les nanotechnologies par exemple. Etre offensif plutôt que défensif. Faire la différence en se concentrant sur le point aveugle de la critique, plutôt que faire nombre en clabaudant en choeur des évidences. S’emparer des symptômes d’actualité pour remonter à la racine des maux. Instruire à charge, en laissant au système qui en a plus que les moyens le soin de sa défense. Ne jamais dénoncer les malfaisances sans dénoncer les malfaiteurs. Ne jamais répondre à leurs manoeuvres de diversion et de récupération. Ne jamais lâcher le front des nécrotechnologies.
    Ainsi formons-nous l’espoir qu’à Grenoble et ailleurs se multiplient les enquêteurs et les enquêtes, liant le local au global, le concret à l’abstrait, le passé au futur, le particulier au général, afin de battre en brèche la tyrannie technologique, et d’élaborer de technopole à technopole une connaissance et une résistance communes.

    http://www.piecesetmaindoeuvre.com/

  • L’’énigme Louis XVI

    Reste-t-il encore à dire, à raconter, à comprendre, deux cent treize ans après sa mort, sur le destin de Louis XVI ? Oui, à n’en pas douter, puisque deux biographies du Roi, ouvrages majeurs l’un et l’autre, sont parues en quelques mois. Après celle, magistrale, lucide, implacable, synthèse remarquable d’intelligence du professeur de Viguerie (Le Rocher, 2004), voici celle de Jean-Christian Petit-fils, non moins brillante, non moins précieuse, non moins forte, mais qui aborde l’homme, privé et public, ainsi que la période, sous un autre angle et avec plus d’ampleur.
    Impénétrable et déroutant
    Le fait est qu’il existe un malentendu profond, puis tragique autour de la personnalité du roi-martyr, et que ce malentendu, qui contribua à le conduire à sa perte, ne s’est nullement dissipé au fil du temps, même si l’historiographie tend désormais à lui rendre justice.
    Louis XVI fut et demeure, pour ses proches, pour ses contemporains, pour la postérité, une irritante ou douloureuse énigme. Il existe un malaise flagrant autour de ce grand garçon maladroit et sans charme, que l’ordre de succession ne destinait pas à régner, ou du moins pas si jeune. Son entourage, ses parents, son grand-père Louis XV, ses gouverneurs, la Cour, ce pays sans pitié, ne virent, pour la plupart, pas plus loin que les apparences, et le jeune prince, condamné d’emblée sur la foi de son physique dénué de prestige, de sa maladresse et de sa timidité, ne se vit pas accorder la confiance et les soutiens dont il avait un cruel besoin. Quoi d’étonnant, alors, à ce que cet adolescent, dont Jean-Christian Petit-fils souligne les hautes qualités et aptitudes intellectuelles, se soit replié sur lui-même et n’ait pas eu l’audace de révéler au grand jour une intelligence et des capacités que les autres ne lui découvraient pas ?
    Le duc de Berry joua de malchance en ce domaine dès son enfance. La beauté et la grâce de son aîné, le duc de Bourgogne, mort à dix ans de tuberculose, l’avaient éclipsé, et la disparition de son frère, au lieu de lui donner sa chance, prêta à des comparaisons pénibles. Les trépas rapprochés de ses parents, en le livrant au désastreux éducateur que fut le duc de La Vauguyon, fâcheux mélange d’ambition insatiable et de bigoterie effrénée, le privèrent de la formation dont il avait besoin ; il tenta de pallier seul, par la suite, les lacunes criantes, et Petit-fils souligne qu’en maints domaines, il y parvint brillamment. Ce rattrapage était loin d’être achevé lorsque la variole emporta Louis XV et Louis XVI pas assez mûr encore, ni d’un caractère assez affirmé pour oser, connaissant ses failles, mettre en valeur ses forces. Ce n’est point anecdotique, car, ainsi que le souligne le biographe, cette mauvaise image, fausse au demeurant, du jeune roi, lui colla à la peau jusqu’à la fin et lui aliéna les sympathies. Ne pouvant montrer ce qu’il valait, Louis XVI s’enferma alors dans un personnage impénétrable et déroutant, comme il l’avoua à Malesherbes : « J’aime mieux laisser interpréter mes silences que mes paroles. » Ce choix d’introverti n’était pas le bon.
    Apparence trompeuse
    L’un des axes du livre de Petit-fils est en effet cette dichotomie entre la vraie personnalité du roi, pour autant qu’il soit possible de l’appréhender dans sa complexité et ses mystères, et l’image que les autres s’en font, et qui est injustement très négative. Or, au bout d’un certain temps, Louis XVI, victime d’une espèce de dégoût, de dépression, ne cherchera plus à corriger cette apparence trompeuse. Manque de volonté, comme ses professeurs le lui reprochaient déjà en son enfance, que la fatigue aggrava au mauvais moment, le laissant désarmé face aux crises. Cependant, et c’est le pire, même au sommet de ses succès, au lendemain de la victoire américaine, quand il devait être au faîte de sa popularité, le souverain ne sut pas, ou ne comprit pas, la nécessité de gérer son image, de s’imposer dans ce personnage de triomphateur qui l’aurait tant aidé. Comme il ne sut ni ne put, alors que son voyage à Cherbourg lui avait prouvé le lien persistant et puissant qui l’attachait encore au pays réel, à défaut du pays légal, se servir de cet amour du peuple et de sa facilité de communication avec les humbles pour redresser la situation en sa faveur.
    À la différence des biographes qui l’ont précédé, Petit-fils ne cède pas à la compassion, pas plus qu’il ne condamne abruptement tous les faits et gestes royaux. Il les analyse, avec finesse et humanité, arrivant à un portrait aussi ambivalent, du reste, que toute la personnalité royale. Louis XVI, homme privé, apparaît admirable en bien des domaines, attachant, plein de vertus profondes. Louis XVI, roi de France, en dépit de ses talents et de ses facultés, se révèle toujours en dessous de son rôle, bien qu’il soit tout à fait apte à le remplir magnifiquement…
    Contradictions
    De là procèdent les échecs successifs. Conscient des défis de l’heure, de l’urgente nécessité de moderniser, à l’approche du XIXe siècle, les structures de l’État et de la monarchie, souvent d’une grande ampleur de vues qui ferait de lui, s’il réussissait, un réformateur prodigieux, Louis XVI, quand il veut passer à l’acte, ne sait imposer ni ses choix, ni ses idées, ni les hommes qu’il a nommés pour les mettre en œuvre. Il abandonne Turgot, puis Calonne, dont dépend pourtant l’ultime espoir d’une « révolution royale » qui nous aurait épargné l’autre, se laisse imposer le lamentable Loménie de Brienne, et court enfin à la catastrophe. En parallèle des analyses psychologiques et des scènes d’intimité, Petit-fils peint en ces chapitres-là une galerie de portraits de ministres et de grands commis, parfois au vitriol, parfois tout en nuances, en même temps que de grands tableaux de la France, de l’Europe, de la société de l’époque, de l’évolution de la pensée et des mœurs d’une clarté parfaite.
    Ces contradictions qui semblent faire partie intégrante de la personnalité royale se retrouvent encore dans l’attitude de Louis XVI face à la Révolution. Prêt à des concessions assez larges et assez nombreuses, qui dressent contre lui les partisans de la Contre-Révolution immédiate, le roi s’y prend cependant si mal qu’il incarne, aux yeux de la gauche révolutionnaire, le défenseur de la réaction… Ainsi se met-il tout le monde à dos par ses incertitudes, ses hésitations, ses revirements. Son attitude dans l’affaire de la constitution civile du clergé en est l’illustration, qui lui aliène sans retour les ennemis de l’Église sans lui concilier les catholiques, échaudés en dépit de sa rétractation après avoir eu connaissance de la condamnation romaine. Au-delà de l’aspect politique, et des difficultés qu’une telle décision entraînerait auprès des autorités de la République, c’est bien cette première approbation de l’acte schismatique qui, depuis la Restauration, a fait systématiquement écarter par Rome toute possibilité d’une béatification du roi, sa mort sur l’échafaud ne semblant pas suffire à effacer une faute contraire à la vertu de force dans sa plénitude…
    Quoi qu’il en soit des erreurs, des imperfections et des faiblesses du roi, Jean-Christian Petit-fils, dans une conclusion argumentée, souligne combien le malaise de la France vis-à-vis de Louis XVI, en deux siècles, ne s’est pas apaisé. Le crime du 21 janvier n’a fait que l’amplifier. Nous n’avons pas fini d’en payer les conséquences.
    Commissaire au Châtelet
    Le roman historique, par les libertés qu’il accorde, permet d’approfondir des aspects interdits à l’historien, et de brosser des tableaux de genre. Jean-François Parot excelle ainsi à faire revivre la Cour et la ville des années 1770 à travers les enquêtes de Nicolas Le Floc’h, commissaire au Châtelet, et légitime héritier du marquisat breton de Ranreuil. Tandis qu’une précédente aventure du héros, Le crime de l’hôtel Saint-Florentin, paraît en édition de poche, un nouveau volume, Le sang des farines, vient de sortir en librairie. Toutes deux se déroulent au commencement du règne de Louis XVI. Dans la première, en mai 1774, Le Floc’h, en mauvaise posture depuis la mort du Bien-Aimé et la disgrâce inattendue de Sartine, se voit prier d’enquêter, avec toute la discrétion requise, sur un crime épouvantable commis dans la propre demeure du duc de La Vrillière, nouveau ministre. Or, tous les indices concordent pour faire porter les soupçons sur ce puissant seigneur. De quoi faire d’emblée trembler le trône d’un roi de vingt ans éperdu de timidité envers lequel Le Floc’h se sent une tendresse quasi-paternelle.
    Printemps 1775 : l’un des plus froids du siècle, venant après un hiver interminable qui a réveillé toutes les vieilles craintes populaires de famine, et ce alors que Louis XVI, régnant depuis un an, connaît déjà sa part de soucis. Les réformes de Turgot, en particulier son projet de libéralisation du commerce des grains, sont mal reçues et provoquent des émotions dans les villes et les campagnes, peut-être dirigées en sous-main par l’Autriche, dont les bureaux semblent avoir cassé les codes du Secret du Roi… Seul Le Floc’h est assez fiable pour enquêter sur ces diverses menées et démasquer leurs agents. Mais, aux pièges qu’on lui tend, aux fausses pistes multipliées autour de lui, aux périls incessants qui n’épargnent plus ses proches, Nicolas comprend qu’il a levé le plus gros lièvre de sa carrière, et que la sécurité même de la France et du trône sont en jeu.
    S’il convient de saluer, dans le travail de Parot, la talentueuse reconstitution de l’époque, et un étonnant travail d’écriture, c’est au personnage de Le Floc’h qu’il faut surtout s’attacher, car le romancier n’hésite pas à le peindre honnête homme, catholique fervent, et tout donné à son roi en sa fidélité constante. On a rarement si bien dit ce qu’était et ce que n’aurait jamais dû cesser d’être un Français.
    Un fascicule, Le Paris de Nicolas Le Floc’h, accompagne Le sang des farines, et propose plans de la capitale en 1770, recettes de cuisine, glossaire et gravures.
    Anne BERNET L’Action Française 2000 du 19 janvier au 1er février 2006
    * Jean-Christian Petitfils : Louis XVI, Perrin. 1115 p., 27 euros (177,11 F).
    * Jean-François Parot : Le crime de l’hôtel Saint-Florentin, 10-18. 500 p., 9,30 euros (61 F).
    * Le sang des farines, Lattès. 450 p., 16,50 euros (108, 23 F).

  • Brève histoire des royalistes français depuis la restauration

    Des ultras à l'Action Française de Charles Maurras, les monarchistes français ont marqué l'histoire politique française des deux derniers siècles.

    Les royalistes français apparaissent comme la gauche et la droite au début de la Révolution française, au moment où, pour la première fois dans notre histoire de France, se pose la question de la nature du régime. Après la tourmente de la Révolution et de l'Empire, des penseurs d'envergure comme Joseph de Maistre et Louis de Bonald alimentent la réflexion contre-révolutionnaire. Les royalistes « ultras » soutiennent la monarchie restaurée, sans toutefois se priver d'en critiquer les gouvernements.

    En 1830, la révolution qui chasse Charles X et l'avènement de la branche cadette des Orléans, avec l'accession au trône de Louis-philippe 1er, roi des Français (et non plus roi de France) donnent naissance au légitimisme, dont les défenseurs se retranchent politiquement dans les provinces françaises. Cette parenthèse est très justement évoquée dans l'œuvre de Jean de La Varende.

    Après la chute du Second Empire et la fin de la guerre contre la Prusse, une restauration semble possible au profit du petit-fils de Charles X, Henri V, qui porte le titre de Comte de Chambord. Cependant, les royalistes, majoritaires à la Chambre des députés et au Sénat, se divisent entre légitimistes et orléanistes. En 1872, le comte de Chambord se réconcilie avec les Princes d'Orléans, mais l'affaire du « drapeau blanc » met fin en 1873 aux espoirs des légitimistes, leur prétendant refusant le drapeau tricolore - dont l'adoption signifierait son ralliement à une monarchie parlementaire telle que l'envisageaient les milieux orléanistes. « Ma personne n'est rien, mon principe est tout », répond Henri V. Paradoxalement, c'est un député monarchiste, Henri Wallon, qui, par un amendement voté en 1875, fera inscrire dans la loi la forme républicaine du régime ; et le premier président de la  République, le maréchal de Mac-Mahon, sera lui aussi monarchiste !

    À la même époque s'élabore, autour de René de La Tour du Pin et d'Albert de Mun, deux représentants du légitimisme, la doctrine du catholicisme social.

    Après la mort du comte de Chambord, en 1883 en Autriche, la grande majorité des légitimistes se rallient au prétendant orléaniste, le comte de Paris, qui devient à leurs yeux le nouveau chef de la Maison de France. Celui-ci est exilé de France en 1886, après le mariage de sa fille avec l'héritier du trône portugais.

    En 1893, le « Ralliement » des catholiques à la République à la demande du pape Léon XIII semble condamner politiquement le royalisme en France, des personnalités importantes comme Albert de Mun abandonnant alors le combat monarchiste. Il va pourtant renaître de ses cendres une décennie plus tard.

    L'Action Française

    En 1899, quand l'Action française est fondée par Henri Vaugeois et Maurice Pujo en pleine affaire Dreyfus, elle n'est pas royaliste mais veut pallier les insuffisances de la Ligue de la Patrie Française. Ce n'est que quelques années plus tard que, sous l'influence de Charles Maurras et de son Enquête sur la Monarchie, l'ensemble de ses dirigeants prône le retour du roi comme élément essentiel de salut public. Maurras, qui se lie alors au duc d'Orléans, arrière-petit-fils de Louis-Philippe, défend une monarchie héréditaire, traditionnelle, anti-parlementaire et décentralisée, qui a peu de traits en commun avec l'orléanisme proprement dit. En 1908, L'Action française devient un quotidien dont l'influence se fait sentir bien au-delà des milieux royalistes.

    En 1914, l'AF, mettant en sourdine sa critique du régime républicain, défend l' « Union sacrée » contre l'Allemagne. Après la Première Guerre mondiale, le mouvement parvient à faire élire à l'Assemblée nationale, comme député de Paris, l'écrivain Léon Daudet, fils de l'auteur des Lettres de mon moulin. L'expérience durera de 1919 à 1924.

    Là condamnation de l'AF par le Pape XI en 1926, puis la brouille avec le comte de Paris en 1937, portent deux rudes coups à l'organisation royaliste. L'excommunication ne sera levée qu'en 1939, par Pie XII.

    L'AF joue néanmoins un rôle important dans l'insurrection parisienne avortée du 6 février 1934. Suite à des incidents en marge du cortège funèbre de l'historien Jacques Bainville, ses organisations, les camelots du roi, la Ligue et les Étudiants d'Action française, sont dissoutes par le Front populaire en 1936.

    Pendant l'Occupation, si beaucoup de royalistes rejoignent la France libre ou la Résistance, Maurras et ses proches se réfugient à Lyon, en zone libre, soutenant le maréchal Pétain, ce qui vaudra au vieux lutteur germanophobe d'être absurdement condamné à la prison en 1945 pour collaboration avec l'ennemi, avant d'être gracié en 1952. Le journal quotidien ayant cessé de paraître à l'été 1944, les militants d'Action Française se regroupent alors autour de l'hebdomadaire Aspects de la France.

    Le principal penseur royaliste de l'après-guerre est le philosophe Pierre Boutang, disciple de Maurras. Dans son hebdomadaire La Nation Française (1955-1967), celui-ci réhabilite la notion de légitimité politique. Une longue suite de scissions affaiblit progressivement le mouvement d'Action Française, qui voit périodiquement refleurir en son sein de nouvelles générations d'étudiants royalistes. De l'une de ces scissions naît la Nouvelle Action Française, qui prendra par la suite le nom de Nouvelle Action Royaliste (NAR) et dont le meneur, Bertrand Renouvin, appellera à voter pour Mitterrand en 1981 !

    Parallèlement aux mouvements issus de l'AF, on constate à partir des années soixante un développement de plus en plus important d'un courant monarchiste qui reconnaît la légitimité des princes de la branche aînée de la maison de Bourbon, descendant de Louis XIV par son petit-fils Philippe V, roi d'Espagne.

    Une nouvelle querelle de légitimité divise donc de nouveau les milieux royalistes, non sans passerelles entre les deux tendances. Par ailleurs, le développement des nouveaux moyens de communication, en particulier d'internet, rend quelque peu caduques les formes traditionnelles de militantisme. À côté des anciens mouvements qui, comme l'Action française, continuent cependant d'exister, la mouvance royaliste, toujours riche d'individualités, fonctionne aujourd'hui en réseaux, parfois appuyés sur des associations qu'inspirent les princes eux-mêmes.

    Jacques Cognerais monde&vie . 14 mai 2011

  • Communisme : La fin des mensonges

    En 1992 parut en Allemagne un livre qui fit l’effet d’une petite bombe : Das Ende der Lügen [La fin des mensonges], signé par l’historienne juive russe Sonia Margolina. L’auteur, qui ne cache pas qu’elle est la fille d’un bolchevik russe, faisait une description honnête et réaliste de la participation juive massive dans les atrocités bolcheviques, un sujet habituellement tabou.


    Extraits choisis :


    « Si l’officier, l’officiel aristocrate ou le bureaucrate en uniforme étaient typiques du régime tsariste, ensuite sous le nouveau pouvoir révolutionnaire bolcheviste, le commissaire juif avec sa veste de cuir et son pistolet automatique, qui parlait souvent mal le russe, devint un spectacle courant dans la rue. »

    « Mais en tous cas, des débordements de potentiels destructeurs, criminels et pathologiques, qui s’étaient accumulés à l’intérieur de la communauté juive, se mirent en mouvement dans les premières années de la Révolution Soviétique… Le problème était que les Juifs avaient pris le pouvoir pour la première fois dans l’histoire russe. Et pour la première fois ils apparaissaient non comme des victimes, mais comme des agresseurs… Quoi qu’il en soit, les horreurs de la révolution, de la guerre civile et des répressions qui s’ensuivirent ne peuvent pas être séparées du règne de la terreur instauré par les commissaires juifs.

    Tout à fait typiques étaient les révolutionnaires juifs comme Jakov Bljumkin, un socialiste de gauche, qui tua l’ambassadeur allemand von Mirbach en 1918. Cet aventurier névrosé avait été accepté par la Tcheka en récompense de ses services rendus aux bolcheviks. Nadesha Mandelstam raconta dans ses mémoires que dans un café de Kiev Bljumkin montrait à une foule horrifiée des formulaires en blanc de condamnation à mort. Il se vantait qu’il pouvait inscrire tout nom qu’il voulait sur les formulaires de mort imprimés à l’avance. Mandelstam le décrivit comme un mélange de meurtrier et d’intellectuel – pas un personnage typique de cette époque. »

    « Pour une personne impartiale comme l’historien Boris Paramanov, qui vit à New York, la présence juive dans le pouvoir était si frappante qu’il se demandait si la promotion des Juifs à des postes de direction n’avait pas été une ‘gigantesque provocation’ envers le peuple russe. »

    « Les Juifs du monde entier soutenaient le pouvoir soviétique, et restaient silencieux face à toute critique venant de l’opposition. »

    « La participation enthousiaste des Juifs bolcheviks à la subjugation et à la destruction de la Russie fut disproportionnée. Ce fut un péché historique qui était porteur de sa propre punition. Le pouvoir soviétique serait confondu avec le pouvoir juif, et la haine furieuse contre les bolcheviks deviendrait de la haine contre les Juifs… Il y avait maintenant des Juifs partout et à tous les niveaux du pouvoir. Le peuple russe voyait les Juifs à la tête de la Ville du Tsar, Moscou, où le nouveau pouvoir soviétique était concentré, et aussi comme commandants de l’Armée Rouge… »

    « Le citoyen russe ordinaire avait une bonne chance d’avoir affaire à un interrogateur et à un exécuteur juif. Partout où le Russe allait, il rencontrait un Juif dans un poste supérieur. Ce n’est pas une surprise, quand les Russes d’aujourd’hui comparent leur situation avec celle du passé, s’ils arrivent à la conclusion que le pouvoir actuel [de Eltsine] est à nouveau juif et donc si horrible. »

    « Le peuple était révolté par le fait que des communistes juifs participent à la destruction des églises russes. »

    « A la fin des années 20, on vit pour la première fois un nombre appréciable de communistes juifs investis d’un pouvoir de vie ou de mort dans les campagnes. C’est pendant la collectivisation que se fixa définitivement l’image du Juif comme ennemi implacable du paysan – jusque dans les endroits les plus reculés où personne n’avait jamais vu un Juif en chair et en os. »

    « Les Juifs constituèrent l’élite de la révolution, ils étaient dans le camp des vainqueurs. »

    « Il y a, dans cette histoire, des pages que l’on ne peut ouvrir sans frémir. Et ce sont précisément ces pages qui ont été sciemment et systématiquement occultées dans la conscience des Juifs. »

    Sonia Margolina ose même remarquer :

    « Le solide capital moral amassé par les Juifs après Auschwitz semble aujourd’hui épuisé. »

    Nous laisserons la conclusion finale à Soljenitsyne, dans le second volume de son livre Deux siècles ensemble (édition française, Fayard 2002) : à l’argument habituel des Juifs d’aujourd’hui qui éludent (assez lâchement) la question en disant que les Juifs bolcheviks étaient des Juifs non-religieux, donc « renégats », Soljenitsyne répond : « les nations peuvent-elles renier leurs renégats ? ». Comme chacun sait, c’est une chose interdite aux Allemands.

    VOXNR.com le 06/09/08 via Gaëlle Mann