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économie et finance - Page 621

  • Lettre à Mme Hidalgo

    Madame la Maire,

    De nombreux adhérents parisiens de nos associations ont eu connaissance par la presse de l’organisation le 20 mai prochain à l’Hôtel-de-Ville de Paris d’une manifestation destinée aux entreprises dites « start-up », en français : « jeunes pousses ».

     

    Leur attention a été attirée sur les conditions de déroulement de cette manifestation, plus particulièrement sur l’utilisation de la seule langue anglaise, cette information figurant notamment dans un article publié le 27 avril 2015 dans la rubrique « économie » du site internet du journal « Le Parisien ».

    De fait, cet événement est présenté sur un site internet « dédié » (http://www.hackinghoteldeville.paris/) sur lequel les entreprises intéressées sont invitées à s’inscrire avant le 1er mai, et qui est entièrement rédigé en anglais. Il y est indiqué que les organisateurs sont l’agence de développement économique de Paris, « Paris & Co », et la Mairie de Paris elle-même. Vous comprendrez, nous en sommes certains, que nous puissions être fort étonnés, voire profondément choqués, par l’absence complète de la langue française de cette manifestation.

    S’il est normal que des facilités soient offertes sur le plan linguistique aux personnes présentes à cet événement ne maîtrisant pas ou pas bien le français, il serait paradoxal d’observer que celles n’ayant pas une connaissance suffisante de l’anglais seraient, elles, désavantagées et victimes d’une forme de discrimination.

    Par ailleurs, sur le plan politique au sens le plus élevé du terme, vous conviendrez avec nous que l’éviction de la langue française d’une manifestation organisée par la Ville de Paris au sein même de l’Hôtel-de-Ville comporte une charge symbolique désastreuse. Comment imaginer que la capitale de la France, à la fois berceau historique de la francité et ville au rayonnement mondial, puisse délibérément éliminer le français d’une manifestation publique soutenue et parrainée par sa Municipalité, aux frais des contribuables parisiens ?

    Le « message » envoyé à tous, Français comme étrangers, est particulièrement négatif, et d’autant plus incompréhensible que vous présidez l’Association Internationale des Maires Francophones (AIMF) et avez fêté le 20 mars dernier la journée internationale de la langue française en recevant à l’Hôtel-de-Ville Mme Michaëlle Jean, Secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF).

    Par ailleurs, sur le strict plan juridique, il importe de rappeler que la loi n° 94-665 du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française pose, en son art. 6, notamment les règles suivantes : « Tout participant à une manifestation, un colloque ou un congrès organisé en France par des personnes physiques ou morales de nationalité française a le droit de s’exprimer en français. Les documents distribués aux participants avant et pendant la réunion pour en présenter le programme doivent être rédigés en français et peuvent comporter des traductions en une ou plusieurs langues étrangères ».

    Il est précisé au même article que « lorsqu’une personne morale de droit public ou une personne morale de droit privé chargée d’une mission de service public a l’initiative des manifestations visées au présent article, un dispositif de traduction doit être mis en place ».

    Le Conseil constitutionnel, pour sa part, a constamment réaffirmé dans sa jurisprudence qu’en application de l’article 2 de la Constitution (" la langue de la République est le français ") l’usage du français s’impose aux personnes morales de droit public et aux personnes de droit privé dans l’exercice d’une mission de service public et les particuliers ne peuvent, dans leurs relations avec les administrations et les services publics, être contraints à l’usage d’une langue autre que le français.

    Pour toutes ces raisons, qui nous semblent particulièrement fortes, nous vous demandons – en un recours gracieux - de bien vouloir faire prendre le plus rapidement possible toutes dispositions utiles permettant de traiter le français au moins à égalité avec l’anglais, tant pour la préparation de cet événement (publicité, site internet, inscription) que pour son déroulement proprement dit (faculté d’usage du français, traduction simultanée). Nous sommes certains que notre démarche répond au sentiment de l’immense majorité des Parisiennes et des Parisiens et sommes convaincus que vous serez sensible à notre point de vue.

    Vous remerciant vivement d’avance de votre attention et des suites que vous pourrez donner à ce courrier, nous vous prions de croire, Madame la Maire, à l’assurance de notre haute considération.

    Associations signataires : Alliance Champlain (Nouvelle Calédonie) ; président : Daniel MIROUX ; Association C.O.U.R.R.IE.L. ; président : Georges GASTAUD ; Association des Professeurs de Lettres (APL) ; président : Romain VIGNEST ; Association Francophonie Avenir (AFRAV) ; président : Régis RAVAT ; Association francophone d’Amitié et de Liaison (AFAL) ; président : Jacques GODFRAIN ; Association pour la Sauvegarde et l’Expansion de la Langue française (ASSELAF) ; président : Philippe de SAINT ROBERT ; Avenir de la langue française (ALF) ; président : Albert SALON ; Carrefour des Acteurs sociaux (CAS) ; directeur ; Joël BROQUET ; Cercle littéraire des Écrivains cheminots ; v-président : Maurice LELOUS ; Conseil international de la Langue française (CILF) ; Secrétaire général : Hubert JOLY ; Forum francophone international (FFI-France) ; président : Albert SALON ; Forum pour la France (FPF) ; Secrétaire général : Henri FOUQUEREAU ; France bonapartiste ; président : David SAFORCADA ; Groupe d’études et de recherche sur le français langue internationale (GERFLINT) ; Président : Jacques CORTÉS ; Institut Culture, Économie, Géostratégie (ICEG) ; président : Yves MONTENAY ; Observatoire européen du Plurilinguisme (OEP) ; président : Christian

    http://www.actionfrancaise.net/craf/?Lettre-a-Mme-Hidalgo

  • Le programme économique du Front national

    Ces derniers temps, Les commentateurs de la presse régimiste se sont intéressés au programme économique du Front national, le qualifiant d'irréaliste ou encore de gauchiste. Plutôt que de pratiquer l'invective ou le dénigrement, étudions le contenu réel de l'actuelle potion économique que le Front national propose aux Français.

    Au fil des ans, le programme du Front national a connu des variations dans ce domaine. Jusqu'à l'assassinat de François Duprat et le départ de militants nationalistes de la première heure comme Pierre Bousquet, Pierre Barthélémy et Jean Castrillo, inquiets de manière prémonitoire des dérives du Front national que nous vivons actuellement, celui-ci défendait un programme de défense des classes moyennes. Puis il vanta au cours des années 1990 la politique ultra-libérale menée par Ronald Reagan et Margaret Thatcher avant d'évoluer vers une conception plus interventionniste de l'Etat à l'époque où Bruno Mégret en était devenu le numéro 2.

    De nos jours, sous la direction de Marine Le Pen, prétendant faire pièce à la mondialisation, a été adoptée une position d'inspiration socialiste proposant par exemple une augmentation de 20Ô euros pour les rémunérations inférieures à 1,4 fois le SM1C. C'est ce programme économique que nous allons à présent analyser trop succinctement, dans ses grandes lignes.

    Nonobstant les concessions politiques faites au Système afin de se "dédiaboliser", autrement dit de se normaliser, et la part faite entre un programme à vocation électoraliste et la confrontation avec la réalité présente si d'aventure le Front National arrivait aux affaires, il convient tout d'abord de constater que nombre de ses propositions veulent aller dans le sens d'une politique de redressement national. Toutefois, comme nous allons le voir, les moyens affichés pour y parvenir ne permettent pas d'atteindre les résultats souhaités.

    LES PROBLÈMES DEPEUPLEMENT

    Au préalable, abordons ce qui constitue « le fonds de commerce » électoral du Front national, à savoir les questions afférentes à l'immigration. Bien entendu, nous le suivrons dans la suppression du regroupement familial, la remise en cause des accords de Schengen sur la libre circulation des personnes, la suppression du droit du sol,la suppression des « pompes aspirantes de l’immigration » comme PAME (aide médicale d'Etat) pour les immigrés illégaux, la lutte contre l’immigration clandestine (encore qu'il vaille mieux l'appeler "illégale", voire "délinquante") avec, à la clé, leur expulsion systématique.

    Or rien de précis ne figure concernant le retour au pays d'origine des populations installées en France et inassimilables parce que cela leur est impossible ou parce qu'elles le refusent. Il est bien question d'établir des accords de coopération entre la France et les pays d'Afrique, notamment, afin de régler les flux migratoires, mais il aurait été du plus haut intérêt que ce domaine fut développé par le Front National, car nous ne pourrons arriver à des résultats tangibles que lorsque ces populations seront fixées sur leur sol natal parce qu'elles pourront y vivre grâce à un développement économique certain et adapté à leur réalité. Toutefois, nous n'irons pas plus avant sur ce sujet primordial (qui nécessite une sorte de "re-colonisation") car il dépasse le cadre de cet article.

    En outre, il faut être circonspect envers la proposition de « réduction en 5 ans de l'immigration légale de 200 000 entrées par an à 10 000 entrées par an (division par 20) », même « s'il faut privilégier les talents qui permettront le rayonnement de la France et l'innovation ». Pourquoi fixer un objectif quantitatif ? Pourquoi doit-on  maintenir une immigration de 10 000 personnes et non pas de zéro, ou de 1 000, 5 000... ? Les règles de l'immigration doivent être simples : les mouvements migratoires doivent essentiellement être issus des peuples d'Europe, autrement dit concerner des personnes de même civilisation, comme cela a toujours eu lieu, et en petit nombre. Pour le reste du monde, l'obtention d'autorisations de séjour se fera selon une législation appropriée.

    Toutefois, le redressement de la natalité des naturels Français est encore le meilleur moyen d'éviter toute tentation de recourir à l'immigration. Sur ce point, accordons au Front National qu'il propose des mesures natalistes, avec notamment le salaire maternel, qui contrastent avec les politiques anti-natalistes des gouvernements en place. Toutefois, sans en aborder ici le détail — discutable —, elles manquent d'ambition, ignorant par exemple des mesures hautement efficaces comme l'attribution en pleine propriété d'une habitation aux familles françaises ayant quatre enfants.

    LA QUESTION DES RETRAITES

    Le programme du Front National promet de « garantir le financement des retraites sans en faire peser la charge sur les seuls salariés » et de ramener la retraite à 60 ans.

    Les contempteurs du programme dénoncent cette dernière mesure comme étant démagogique et irréaliste. Qu'en penser ?

    Ledit programme veut élargir l'assiette des retraites en l'étendant des revenus du travail aux revenus du capital. Il est sûr que, sous l'effet du néolibéralisme, la répartition de la valeur ajoutée s'est scandaleusement déplacée d'un quart depuis les années 1980 en faveur des revenus du capital au détriment de ceux du travail. Il est donc nécessaire de procéder à un rééquilibrage. Mais cela dépasse le cadre de la France dans un monde où les capitaux se jouent et se rient des souverainetés nationales : généralement, ce type de mesures "attrape" les PME mais rarement les sociétés transnationales. Il faut préalablement œuvrer à modifier le rapport de forces que nous subissons.

    Mais la question fondamentale qui doit être posée est de savoir si la production nationale est suffisante pour satisfaire les besoins des populations. La question est d'ordre physique, matérielle, avant d'être financière. Il existe diverses possibilités de financer des retraites convenables sans repousser inconsidérément l'âge de la retraite — car après 65 ans, ce sera 61 ans, puis 70 ans et ainsi de suite —, tel le système du « crédit social » dont le théoricien fut le Major Douglas au Canada et dont des éléments peuvent être assez rapidement mis en place, pour peu que l’on retrouve une communauté nationale homogène. Mais les idéologues du Front National semblent en ignorer l'existence.

    Dans le cadre du système international actuel, le recours à la capitalisation, c'est-à-dire à la participation à « l'industrie financière » est, aussi longtemps que le système ne s'effondre pas, un moyen d'apporter aux populations les revenus que l'économie ne fournit plus... car lorsqu'il s'effondre, ne serait-ce que partiellement, comme cela s'est déjà produit, les fonds de pension font faillite, les retraites sont réduites à néant, tout autant que dans un système de répartition simple comme celui que nous connaissons actuellement (et mis en place en 1941 lorsque le système de capitalisation d'alors s'est effondré avec la guerre de 1939) lorsque la population vieillit par absence de renouvellement des générations laborieuses. Or, cela n'est pas abordé.

    Le programme du Front national n'envisage rien de tout ce qui vient d'être trop succinctement mentionné et qui nécessiterait des développements à part entière. Il lie le déséquilibre du système des retraites à un « déséquilibre démographique provisoire ». Mais de quel provisoire s'agit-il lorsque l'on sait qu'en termes de simple démographie, tout est déjà joué à trente ans et que les mesures natalistes du Front National sont incapables de faire face à l'enjeu présent ? Il se trouve dans ces propos, pour le moins, une méconnaissance de la question. Certes, proposer de supprimer le minimum vieillesse accordé automatiquement aux étrangers résidant en France sans y avoir nécessairement cotisé et résidé est une mesure qui « va de soi » car de simple bon sens. Toutefois, mettre fin à l'invasion migratoire qui, au bas mot nous coûte 60 milliards d'euros chaque année (l'étude d'André Posokhov — Polemia 13/05/2014 retient 84 milliards d'euros) améliorerait plus sûrement encore les comptes ; mais cet aspect du problème n'est pas traité dans le programme du Front qui se contente de proposer de financer les déséquilibres des retraites par le recours à des « droits de douane sociaux et environnementaux » : cela relève du mirage, surtout lorsque il n'existe aucun indice claire d'une réelle volonté de sortir du système en place. De même, comment « taxer le capital » dans le monde ouvert que nous subissons ?

    Des changements partiels, porteurs d'améliorations, sont possibles ; mais des changements radicaux, permettant de réaliser les buts ambitieux affichés par ledit programme, ne seront réalisables qu'en dehors du cadre du système mondialiste actuel : il faut avoir le courage de le dire et non pas de bercer les gens de promesses démagogiques.

    MONNAIE ET ENDETTEMENT

    Mais continuons. Dans le domaine monétaire, figure un point positif, essentiel, car portant sur un attribut principal de la souveraineté nationale, à savoir la dénonciation de l'enchaînement du financement des politiques publiques aux intérêts des marchés financiers institué de facto par la loi du 3 janvier 1973 qui prive l'Etat de la possibilité de se financer par les avances de la Banque de France, autrement dit, la banque centrale de la France.

    De même, autre bon point, il est prévu de sortir de l'euro, la monnaie unique européenne qui est, comme chacun le sait, l'aiguille utilisée par le mondialisme pour coudre une Europe dénationalisée et intégrée ensuite à un bloc transatlantique dont le traité en cours de discussion est une étape prochaine de constitution. En outre, l'euro est une monnaie inadaptée à la réalité de l'Europe marquée par les fortes disparités économiques existant d’un État à un autre. Les tiraillements internes toujours plus forts, comme le montrent la Grèce, cas limite, mais aussi la situation des Etats de l'Europe du sud permettent de penser que la zone euro éclatera — par délitements successifs ou brutalement —, en dépit de la ferme volonté du mondialisme politique de la maintenir, peut-être même à cause de l'Allemagne qui en sortira tout simplement avant tout le monde — cela sans compter le risque croissant d'effondrement du système financier mondial toujours plus menacé par la fausse monnaie d'endettement qu'il suscite.

    Il est à noter que les attaques contre le programme économique du Front national portent pour une bonne part sur cette sortie de l'euro. Il est symptomatique de constater que, si l’on en croit des études d'opinion, cette proposition est considérée comme un repoussoir pour nombre d'électeurs potentiels. Comme quoi, la propagande médiatique et télévisuelle porte ses fruits. Une telle propagande s'explique tout simplement parce que la sortie de l'euro s'oppose au dogme de l’intégration européenne et, au delà de l’U.E., à l’intégration mondialiste dont l'euro est un premier élément. Pourtant, contrairement aux propos alarmistes diffusés à propos d'un éclatement de la zone euro, il est possible de sortir d'une monnaie unique, comme l’a montré la séparation monétaire au sein de l'ancienne Tchécoslovaquie, pour peu, évidemment, que les acteurs de l'événement ne jouent pas la politique du pire...

    Mais le programme du Front National, prévoit en même temps une « maîtrise de la durée de l'endettement public (inscrite) dans une loi cadre instaurant à terme l'obligation d'un déficit structurel égal à zéro afin qu'aucune mesure budgétaire ne soit gagée par la croissance ». La première remarque qui vient à l'esprit consiste à se demander s'il est nécessaire de recourir à un tel formalisme, d'autant plus que, pour atteindre un tel objectif, il faut repenser l'État et son fonctionnement. Il faut agir et ne pas s'embarrasser de textes qui, comme chacun sait, sont modifiables à tout moment « devant la force majeure » qui se présente toujours opportunément

    Bien sûr, le programme précise qu’un plan d'action volontariste sera mis en oeuvre pour identifier et réduire drastiquement les dépenses inutiles et néfastes pour le pays : fraude sociale et fiscale, niches fiscales inefficaces, coûts de la décentralisation, poids de l'immigration incontrôlée sur les budgets sociaux ».

    Notons ici une redondance : il est écrit « un plan d'action volontariste ». Si l'action n'est pas l'expression d'une volonté qu'est-elle alors ? Ensuite il est étonnant qu'il faille être aux affaires pour identifier les postes de dépenses inutiles et inefficaces. Lorsque l'on prétend gouverner un pays, il est préférable de savoir où se trouve le mal afin d'être prêt à y porter le fer : le Front National n'a-t-il pas d'"experts" pour faire ce travail ?

    LA DECENTRALISATION

    Mais allons plus loin. S'il est évident qu'il faut repenser les « coûts de la décentralisation » dans la mesure où ils pèsent sur les finances publiques, il faut nécessairement, avant tout, repenser cette décentralisation. Le programme apporte sur ce point un ensemble de réponses qui paraissent aller dans le bon sens mais qui demeurent fâcheusement incomplètes, laissant bien des aspects dans l'opacité.

    Que lit-on ? « Une décentralisation non maîtrisée d'abord (lancée en 1981 et accentuée en 2004) a privé l'État de compétences stratégiques : transports régionaux, routes nationales, action économique notamment. Beaucoup, parmi lesquels nombre d'élus locaux, jugent que nous sommes allés trop loin dans le transfert de compétences. Cette décentralisation, c'est un creusement des inégalités entre les territoires et les Français, une complexité accrue de la décision publique, une corruption aggravée, et la reconstitution de féodalités locales dépensières au détriment d'un État stratège. » Le constat est juste. Le Front National préconise en conséquence de rétablir « un État fort qui impose son autorité aux féodalités locales ». Sont alors détaillées un ensemble de mesures techniques dont nous ne pouvons discuter en détail ici. Mais il en ressort qu'elles ne peuvent régler le problème posé. Ainsi, en quoi une baisse de 2 % (et pourquoi 2 % et non 3 %, 10 %?) des dotations de l'État aux conseils généraux et régionaux, assortie d'une interdiction législative d'augmenter les impôts locaux va-t-elle sortir les pouvoirs publics du pétrin dans lequel ils se trouvent actuellement ?

    Les gâchis engendrés par la décentralisation et le « mille-feuille administratif », les déséquilibres territoriaux, en population, en moyens, en fiscalité, bien que constatés et déplorés par le Front National, ne seront en rien résorbés par les mesures préconisées. Pour y parvenir il faut recourir à des mesures bien plus drastiques, à commencer par la refonte de la carte territoriale, qui supprimera les gaspillages (et bien au delà de 2 %) à moyen et surtout à long terme. Bien sûr, cela remet véritablement en cause le cadre du présent régime dans lequel le Front National — qui se proclame "républicain" lorsque l'on sait ce que la "république" signifie en France — ne cesse de vouloir s'insérer avec, finalement, pour seule ambition, de tenter de colmater les brèches d'un édifice aux lézardes multiples et toujours plus élargies au fil du temps. En témoigne le fait que rien n'est prévu afin de réduire de manière significative le nombre de personnels des fonctions publiques de l'État et des collectivités territoriales ; et pour cause le rôle de l'État n'est pas repensé, sauf, comme nous le verrons ci-après, pour lui rendre un rôle de direction économique, renouant alors avec la période 1945-1975.

    Cependant nous ne pouvons que soutenir pleinement la volonté d'arrêter le démantèlement du réseau ferré avec le développement de la complémentarité entre les LGV (lignes à grande vitesse) et les lignes régionales, la restauration du rôle directeur de l'Etat, le rétablissement d'une société de transports ferroviaires intégrée, le développement du transport fluvial. Toutefois, il est à craindre que tout cela demeure en grande partie au stade des vœux pieux car il est précisé, notamment à propos du rétablissement des transports en zone rurale, que ce « sera un objectif du quinquennat dans la mesure où la situation budgétaire le permettra ». Quelle valeur peut-on accorder à un programme d'action qui ne prévoit pas les modalités de son financement ? Il ne semble pas ici, que le programme soit très "volontariste" il tient plus de l'effet d'annonce.

    Tout cela laisse une impression d'amateurisme fâcheux. En fait, répétons-le, de telles mesures ne peuvent être prises que dans le cadre d'une refonte de l'organisation des pouvoirs publics, ce qui n'est nullement envisagé par le Front national.

    POLITIQUE INDUSTRIELLE

    Mais poursuivons. Le présent programme insiste sur la nécessité de réindustrialiser la France et de mettre fin aux dérives et abus des tarifs de certains services publics, comme celui de la distribution d'eau (qui relève souvent du scandale). Nous ne pouvons qu'approuver.

    L'accent est justement mis sur la nécessité de renforcer, sinon de créer, un tissu de PME et PMI qui sont « le fer de lance de l’activité économique et de l'emploi », et donc de favoriser le développement de l'esprit d'entreprise. Sachons à ce sujet que c'est de la création de nouvelles entreprises que vient la création d'emplois. Mais comment y parvenir ?

    Le Front National insiste pertinemment sur la nécessité de se défaire des « contraintes absurdes » imposées par l’UE qui « interdisent, au nom d'une politique de la concurrence dévoyée, toute politique industrielle réelle ». De même souhaite-t-il avec raison rétablir des barrières douanières pour rétablir une équité dans la concurrence internationale qui, au moins dans l’UE. et singulièrement en France, a quasiment disparu.

    Il propose une « planification stratégique de la ré-industrialisation » associant universités, grandes écoles, filières industrielles et représentants de l'État. Il est sûr qu'il faut établir des cadres d'orientation de l'économie assortis des canaux de financement. Cela nécessite de recourir aux principes d'économie orientée. Mais ledit programme n'apporte aucune précision.

    Notons aussi un bon point : le redressement de la part du budget de l'Etat consacré à la défense nationale joint au rétablissement d'une industrie d'armement dont nous avons le rôle moteur dans la recherche et le développement des industries de pointe. De même, nous ne pourrons qu'approuver la volonté de doter la France d'une politique maritime mondiale qui est depuis longtemps un mirage.

    Cependant, une telle ambition nécessite de disposer d'une main d'oeuvre formée et riche d'un savoir-faire de qualité.

    Que propose le Front National ? « L'État stratège reprendra en main la politique de formation professionnelle et instaurera un véritable service public de la formation tout au long de l’existence (chèque formation). Afin de montrer l’exemple, l'Etat et les collectivités locales valoriseront l'expérience des seniors et s'engageront, dans la limite qu'impose la prise en compte du critère de la compétence, à réserver une embauche sur trois dans la fonction publique aux personnes déplus de 45 ans issus du secteur privé. »

    Tout cela est fort inquiétant. Si l’on comprend bien ce texte, il s'agit de continuer sur la même voie qu'actuellement où l'État s'occupe de tout, a dépossédé les corps de métiers et les filières industrielles de la formation. Autrement dit, a dépossédé les corps intermédiaires professionnels de la formation de leurs personnels, avec le peu de succès que nous savons puisque le taux de chômage des jeunes est parmi les plus élevés d'Europe, les formations n'étant pas en adéquation avec les emplois dont l'industrie a besoin, ce qui l'affaiblit encore plus.

    Si l'État doit superviser, il n'a pas à se substituer aux entreprises. En outre, demander aux collectivités locales de donner l'exemple, il faut se demander quel exemple : celles-ci n'ont pas de compétences industrielles particulières et, d'ailleurs, ce n'est pas leur rôle. En outre, embaucher des "vieux" dans l'administration venant du secteur privé n'a aucun sens : s'ils ont une expérience réelle, qu'ils soient reconvertis dans des centres de formation pour transmettre leur savoir aux jeunes générations ! En tout cas, ce n'est pas de cette manière que l'on réduira le nombre des fonctionnaires (mais, répétons-le, ce ne semble pas être la préoccupation du Front National)

    ETAT ET FISCALITE

    Or, pour inciter les entreprises à travailler et de nouvelles à se créer, il faut leur faciliter la tâche. Un indispensable programme de simplification de la paperasse est prévu et est le bienvenu. Toutefois, il n'innove pas car il ne fait que suivre les politiques lancées par les actuels gouvernements, avec des succès contrastés, d'ailleurs, dans la mesure où l'emprise de l'Etat sur la vie des Français ne diminue pas, bien au contraire et le Front National n'apporte aucun démenti à ce sujet. En outre, cette surveillance et cette entrave à l'activité des gens risquent d'être encouragées puisqu'avec le « big data », (à savoir des techniques d'exploitation accélérée des données en tous genres et toujours plus nombreuses recueillies sur les personnes et l'activité humaine), il sera possible de multiplier les contrôles, mais de manière simplifiée, et gageons que la technocratie et la bureaucratie ne se priveront pas de cette possibilité.

    Mais il faut aussi une fiscalité qui n'écrase pas. Or rien, dans le programme du Front National ne va dans ce sens. Et pour cause : une fois encore, répétons-le, il n'y a de la part du Front National aucune réflexion sur la refonte du rôle de l'État.

    Certes, il est précisé que « l'impôt doit rester aussi faible que possible pour que le consentement à l'impôt demeure et que la pression fiscale ne soit pas ressentie comme un véritable fardeau ». Comment y parvenir ? Nous souscrirons à la critique relative à l'opacité de la taxe d'habitation , mais nous pourrions dire la même chose de l'impôt foncier. Justement, le Front National, propose de le remplacer par un impôt progressif sur le patrimoine, fruit de la fusion entre taxe foncière et ISF « sur des bases rénovées ». Lesquelles ? Cela demeure bien flou.

    Or l'ISF constitue une véritable spoliation des patrimoines et les Rétais, souvent de simples paysans, en savent quelque chose ! Son maintien est plus qu'inquiétant. Quant à la suppression des droits de succession, qui était naguère au programme du Fn, il n'en est plus fait mention. Non plus d'ailleurs que de la suppression autrefois envisagée de l'impôt sur le revenu des personnes physiques.

    En outre, il n'y a aucune réflexion sur la question de la progressivité de l'impôt alors que, par nature, ce n'est pas le rôle de la fiscalité de traiter un tel sujet et que, généralement, ce type de disposition se révèle plus préjudiciable a l'activité économique que son abandon. De même, il est indiqué que « la fiscalité doit devenir un outil au service de notre projet économique de redressement ». Or la fiscalité n'est pas naturellement un outil de politique économique. c'est un outil de financement de l'Etat. Il y a là une confusion dommageable. Et si l'on veut quelque progressivité, la variation des taux de TVA est une possibilité (ce qu'envisage d'ailleurs le Front National).

    S'il faut remettre à plat le maquis inextricable de la fiscalité française (avec un Code des impôts de plus de 6 000 pages), s’il faut éviter la surimposition des PME-PMI (le Front National relève cette remarque du Conseil des Prélèvements obligatoires, selon lequel les PME payent presque trois fois plus d'impôt sur leurs bénéfices que les sociétés du CAC 40), la véritable réponse fiscale dont a besoin la France réside avant tout dans la diminution des impôts et non pas dans un réaménagement de ce qui existe. Et pour cela, il faut, répétons-le repenser le rôle de l'Etat et de son organisation. Le Front National n'y est pas prêt. Tout ce qu'il ambitionne, c'est d'assurer un meilleur fonctionnement de leur République en décrassant le moteur. Autrement dit, il ne faut rien attendre de ce parti qui puisse assurer le redressement de la France. 

    D'ailleurs, à lire attentivement les déclarations faites dans les autres domaines politiques par les dirigeants du Front National, nous sommes en présence d'un parti politique qui se veut d'une pureté républicaine plus grande que les autres partis du système et se propose de la rétablir, il précise « l'assimilation, via l'école notamment, doit redevenir la règle et le communautarisme banni. La France inscrira dans sa Constitution « la République « reconnaît aucune communauté » »  ce qui est un vœu pieu ou une malhonnêteté dans la mesure où le communautarisme se développera aussi longtemps que vivront sur le sol de la France des populations inassimilables, de par leur nombre et leur éloignement civilisationnel et que rien ne sera pensé puis entrepris pour les renvoyer dans leur pays d'origine. Tout cela semble loin des préoccupations des actuels dirigeants de ce parti avant tout soucieux de complaire au magistère du système mondialiste et de leur République pour mieux lui servir la soupe, voire d'en récolter une assiettée.

    Il faut choisir : demeurer un parti réformiste, visant à pérenniser de fait le système mondialiste et matérialiste, même amodié de quelques aménagements, ou bien être un parti révolutionnaire, ancré dans une tradition millénaire, préparant l'exploitation de la rupture qui se produira tôt ou tard du fait des contradictions de ce système destructeur qui n'est en aucun cas réformable.

    André GANDILLON, Président des Amis de RIVAROL.

     

    Rivarol du 24 avril 2015

  • Vous êtes étranger en situation irrégulière ?

    Pas d'inquiétude, la République française s'occupe de tout : simulations, explications...

    Capture d'écran du site cmu.fr :

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    Philippe Carhon http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • A l’horizon 2030, modes de vie frugaux et incantations pour de nouvelles valeurs

    Une étude prospective conduite par le Commissariat général au développement durable annonce un monde plus empathique et plus soutenable en raison de modes de vie plus sobres et plus collaboratifs, liés à une moindre consommation d’énergie, dans les prochaines décennies.

    Conduit par la Mission de prospective du Commissariat général au développement durable (CGDD) pour le ministère de l’écologie, nourri du travail de chercheurs, sociologues et de prospectivistes, le programme « Penser autrement les modes de vie à horizon 2030 » se veut « innovant et inédit tant dans la méthode prospective employée que dans sa manière d’appréhender les nouvelles manières de penser, de se mouvoir, de s’éduquer, d’habiter, de produire et de consommer ».

    L’étude qui en résulte, publiée en décembre 2014, souligne, dans un premier volet consacré au diagnostic des modes de vie de notre époque, que l’accélération des rythmes entraîne, paradoxalement, un sentiment de « pénurie de temps », voire de « harcèlement » qui peut déclencher l’aspiration à des modes de vie alternatifs – vie en solo, slow food, décroissance – afin de récupérer du temps pour soi.

    Aux États-Unis, les « Unplug challenges » ne connaissent-ils pas une vogue croissante ? L’enjeu est de tester sa capacité à rester 24 heures sans Internet. Pour le sociologue Hartmut Rosa, largement cité, « c’est une erreur culturelle de penser que la vie est bonne si elle va vite, si elle offre plus d’options, de possibilités », puisque « notre vie est réussie dans les moments de résonance ». Ce terme de résonance peut être compris comme « le sentiment que nous agissons dans un contexte qui nous répond, qui s’adresse à nous ».

    Prospérité sans croissance

    Une nouvelle conception de l’économie, mais aussi de la technologie et de l’humain, émerge face aux excès du productivisme : une prospérité sans croissance, selon les termes de l’économiste britannique Tim Jackson, qui vise l’épanouissement personnel plutôt que l’accumulation.

    « L’idée se répand dans le grand public que l’économie productiviste, à la recherche permanente de gains de productivité, génère du chômage de masse, appauvrit des franges croissantes de la population et aggrave la crise écologique », écrivent les co-auteurs de l’étude, parmi lesquels les sociologues Michèle Dobré et Roger Sue. 

    De fait, la décroissance est déjà là, consécutive à la délocalisation des industries, la montée des inégalités, la précarisation des classes populaires et d’une fraction grandissante des classes moyennes inférieures.

    Toutefois, ce processus décroissant n’apparaît pas simplement de nature socio-économique. C’est aussi un phénomène culturel fondé sur un nouveau rapport au temps, à l’utilité, au statut de l’objet, qui sert d’abord à communiquer, signe de relation et d’ouverture. Coopératives de travail, filières locales et équitables, crèches associatives, finance éthique en sont des exemples précurseurs.

    Renversement du paradigme productiviste, « l’économie du vivant » appréhende la société comme un écosystème où tout s’emboîte – humains, sociétés et nature. Cette économie épousera les spécificités des territoires.

    Exemple, la transition énergétique, qui « impliquera davantage la société civile et se fera à partir de micro-réseaux énergétiques décentralisés à l’échelon local. Il ne s’agira plus de distribuer une énergie unique à partir d’un réseau national centralisé, mais de combiner différentes sources d’énergie renouvelable en fonction des particularités locales, de leurs conditions climatiques particulières, des ressources permanentes disponibles (biomasse, biogaz, géothermie) dont elles disposent. L’enjeu est alors de constituer des territoires énergétiques autonomes ».

    Vers une économie de la frugalité

    A l’horizon 2030, l’hypothèse la plus probable est celle d’une « économie de la frugalité » fortement incitative de pratiques décroissantes, selon l’étude du CGDD. Cette économie de la frugalité se caractérisera par « une nécessaire évolution de la logique individualiste et matérialiste actuelle et le passage à des formes de consommation plus collectives. » Sera également plus collective la conception de la mobilité, davantage fondée sur le partage et l’usage que sur la propriété. L’innovation « frugale » se traduira par des pratiques de récupération, de recyclage et de réutilisation des objets. De nouveaux modèles de distribution iront vers les consommateurs, s’adapteront à leur parcours, plutôt que l’inverse. L’alimentation urbaine citadine se développera à travers l’aménagement de ceintures vivrières autour des villes, ou le développement du micro-jardinage.

    Au cœur de cette évolution, le paramètre énergétique sera déterminant. Sous la contrainte de la raréfaction de l’eau et du pétrole bon marché, on assistera à une mutation des pratiques agricoles, qui déterminera une évolution des modes de consommation alimentaires actuels. « L’idée d’auto-suffisance alimentaire a constitué le principe de départ d’actions collaboratives inspirées du mouvement international du « Do It Yourself » : jardins communautaires improvisés, entraide pour l’isolation des maisons, recyclage et réutilisation de l’existant. Progressivement, une agriculture urbaine, sous la forme de fermes et de jardins partagés, a pu se développer, transformant le paysage de l’ancienne cité industrielle », décrit l’étude à propos de la ville de Detroit (Michigan), aux Etats-Unis. « Des potagers se sont installés le long des parkings désertés. Chacun peut y participer aux travaux de culture, sans y être obligé pour consommer. Le matériel nécessaire était fourni par des associations ».

    Habiter, vivre, consommer, vieillir autrement, sont au coeur des enjeux et des débats actuels de société, traduisant les transitions et les difficultés actuelles, mais également les aspirations montantes à vivre « autrement ». « Ainsi, une logique écosystémique prend lentement le pas sur la logique linéaire de nos institutions, bien que les inerties institutionnelles et les avancées citoyennes ne soient pas encore en phase, ce qui donne l’impression d’une société bloquée », écrivent les auteurs. Il semble que nous soyons dans un moment intermédiaire où « l’ancien monde » ne veut pas mourir et où le « nouveau monde » ne parvient pas à naître.

    momentum institut

    http://fortune.fdesouche.com/381389-a-lhorizon-2030-modes-de-vie-frugaux-et-incantations-pour-de-nouvelles-valeurs#more-381389

  • Le Sénat adopte le projet de loi Macron, en le libéralisant encore plus

    Le Sénat a adopté mardi le projet de loi Macron, en le libéralisant encore plus, à l’issue de plus de 130 heures de débat.

    Le projet de loi a été voté par 229 sénateurs de droite, UMP et UDI-UC. 44 sénateurs ont voté contre, essentiellement communistes et écologistes. Les socialistes et une grande partie du groupe RDSE, à majorité PRG, se sont abstenus.

    « Ce que nous avions, dit, nous l’avons fait », a dit le chef des sénateurs UMP Bruno Retailleau. « Nous avons musclé le texte tout en lui donnant de la souplesse, en particulier en ce qui concerne le droit du travail, et de la simplification. »

    Le texte doit à présent faire l’objet d’une commission mixte paritaire (CMP, 7 sénateurs, 7 députés) chargée de trouver une version commune aux deux chambres. Elle est prévue le 3 juin. En cas d’échec, c’est l’Assemblée nationale, dont la version n’avait été votée qu’après l’utilisation de l’article 49-3 de la constitution par le gouvernement, qui aura le dernier mot.

    Le gouvernement avait demandé la procédure accélérée sur ce projet de loi, c’est-à-dire une lecture par chambre.

    source : Boulevard Voltaire lien

  • Comment TAFTA subordonne la démocratie aux intérêts marchands

     

    Les négociations du traité transatlantiques sont menées à huis clos. Quand on prend connaissance des quelques fuites qui s’en échappent, on comprend pourquoi. Un document de travail explique comment le traité soumettrait les législations nationales aux intérêts privés.

    Le mot de Novlangue pour « soumission des législations nationales aux intérêts privés » est « coopération réglementaire ». Un des points d’achoppement des négociations en cours entre représentants des États, des entreprises et de la société civile.
    Ces derniers ont déjà retoqué le projet de texte à plusieurs reprises, mais leur poids dans la négociation est très faible.

    C’est une insulte aux citoyens, aux politiciens élus et à la démocratie elle-même, fulmine Max Bank de Lobby Control.

    La proposition d’« échanges réglementaires » forcera les lois rédigées par des politiciens élus démocratiquement à passer par un processus de validation, non seulement à Bruxelles et à Washington DC, mais aussi dans les 78 États parties prenantes. Objectif : mettre en conformité les lois avec les intérêts économiques des grandes entreprises. Le tout sera piloté par l’Organe de Coopération Réglementaire, composé de technocrates non élus.
    Ce contrôle pourrait avoir lieu durant tout le processus d’adoption d’une loi, de sa rédaction initiale à son vote final, transformant la moindre décision législative en usine à gaz bureaucratique. Mieux, il pourrait aussi intervenir pour remettre en cause des textes existants.

    La proposition de la Commission introduit un système qui met en danger chaque nouvelle réglementation protégeant l’environnement, la santé et les travailleurs aux niveaux européens et des États membres. s’inquiète Paul de Clerck des Amis de la Terre Europe.

    En dernière instance, tout processus législatif serait donc subordonné aux intérêts privés des grandes entreprises des deux côtés de l’Atlantique… enfin, encore plus qu’à l’heure actuelle. espérons

    http://fr.novopress.info/

  • Un centenaire dont la république n'est pas fière : l'impôt sur le revenu

    Parmi les multiples anniversaires de l'année qui s'achève, il en est un qui n'a fait aucun bruit — et pour cause ! — puisqu'il s'agissait de celui de la loi du 15 juillet 1914, par laquelle fit son apparition en France l'impôt sur le revenu ! En ces jours où les Français sont immanquablement portés, lorsqu'ils entendent parler d'impôt, à suivre l'exemple de Joseph Goebbels quand il entendait le mot "culture"..., mieux valait pour François Hollande et les socialistes actuels ne pas trop exalter les "trouvailles" de leurs ancêtres d'il y a un siècle...

    UN FOU NOMMÉ JOSEPH CAILLAUX

    J'ai remis ces jours-ci la main sur un livre paru en 1977 et intitulé La gestapo fiscale du talentueux pamphlétaire qui m'honorait de son amitié : André Figueras (1924-2002). On y apprend des choses époustouflantes sur Joseph Caillaux (1863-1944), "père" de cet impôt sur le revenu, qui, chaque année, empêche de dormir maints Français, quand il ne les condamne pas tout simplement au suicide... André Figueras ne mâchait pas ses mots : pour lui, cet impôt était « l'œuvre d'un fou », et notre auteur ne manquait pas d'anecdotes prouvant que le ministre des Finances d'il y a cent ans n'avait point tout son bon sens. Par exemple, il urinait dans la cheminée devant les convives ébahis du Cercle républicain, avenue de l'Opéra, comme le raconta André-Jean Godin, qui fut un temps vice-président de l'Assemblée nationale... D'autres témoins avaient rapporté à Figueras que Caillaux, chaque fois qu'il se rendait chez une certaine dame, en montant, urinait dans l'ascenseur... Puis il y avait cet extrait des Mémoires de Jules Moch, lequel, chargé par le président du Conseil d'aller au Sénat proposer une solution de compromis à Caillaux, s'entendit répondre par celui-ci : « Allez dire à Léon Blum que j'aimerais mieux m'arracher mille millions de fois les poils du c... que d'accepter ! » Cet homme hautement distingué était le mari de la célèbre Mme Caillaux, qui assassina avec préméditation à coups de revolver en mars 1914 le directeur du Figaro Gaston Calmette à qui elle reprochait d'avoir publié une lettre d'elle à son mari alors qu'elle n'était encore que sa maîtresse... Le scandale de l'acquittement de la meurtrière n'avait nullement conduit le ministre à se retirer. Il trouva même le moyen de se faire réélire aux élections législatives de 1914.

    Ce personnage plus que douteux « dont le visage serré avait quelque chose de maudit », réussit quand même « par un tour de passe-passe antinational, à faire voter cet impôt sur le revenu dont, jusqu'alors, les législateurs français avaient légitimement repoussé le projet » (Figueras). Jusqu'en 1908, il n'y avait point d'impôt sur le revenu et Caillaux lui-même, qui s'était illustré en 1907, par un projet consistant à remplacer les quatre impôts (les « quatre vieilles » : contribution foncière, contribution mobilière, patente, impôt sur les portes et fenêtres), créés pendant la période révolutionnaire, par un impôt progressif sur le revenu global, avait dû retirer son texte devant l'opposition du Sénat. « D'une façon générale, du reste, dit Figueras, il y avait infiniment moins d'impôts qu'aujourd'hui et la France était alors une grande et riche puissance. Et je pense pour ma part qu'il y a corrélation totale entre les deux choses ». Nous pensons évidemment de même.

    MALTHUSIANISME, DÉLATION, ARBITRAIRE...

    Car qui voulait alors ardemment cet impôt sur le revenu ? Laissons parler Figueras : « Les socialistes, ennemis éternels de la grandeur, de la gloire, de l'essor, de l'initiative et même de la victoire. Les socialistes, qui ont toujours contrecarré notre expansion coloniale. Les socialistes, qui pensent petit, haineux, médiocre, jaloux. Les socialistes, qui détestent tout ce qui est supérieur, qui ne rêvent que d'uniformité dans l'insignifiance. [...] L'impôt sur le revenu, c'est la toise imbécile, c'est le lit de Procuste qui veut mettre tout le monde à la même taille. Du reste ces imbéciles haineux ne cachent même pas leur programme : ils veulent que l'impôt soit un moyen de redistribution des revenus. Comme si cela était son rôle... »

    Or Caillaux profita de l'accélération de toute chose politique à rapproche de la guerre pour faire passer le 15 juillet 1914 son projet d'« impôt sur le revenu des personnes physiques », impôt déclaratif qui se fait par le biais d'une déclaration de revenus. Le ministre, « grand homme des hommes petits » (Figueras), créa du même coup « ces petits messieurs, socialistes ou non, que sont les inspecteurs des impôts, ces nigauds entichés de paroles, si contents d'eux-mêmes, si convaincus de leur infaillibilité, si impavides qu'ils trouvent légitime de s'arroger toutes les bonnes places » (Figueras).

    Et André Figueras concluait son chapitre par cette déclaration cinglante, à laquelle on ne peut guère ne pas souscrire douze ans après sa mort : « L'impôt sur le revenu, c'est l'injustice, c'est l'insécurité, c'est le malthusianisme, c'est la délation, c'est l'arbitraire, bref, c'est l'œuvre signée d'un fou. »

    HOLLANDE JUGÉ PAR PROUDHON

    Dans le même livre La gestapo fiscale, André Figueras, décidément bien inspiré, citait aussi le penseur de ce que l'on a appelé le socialisme libertaire et qui n'était pas si révolutionnaire qu'on l'a dit : Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865). Celui-ci rappelait, dans Théorie de l'impôt (1861), des principes de bon sens, telle la conception de l'impôt comme la quote-part à payer par chaque citoyen pour la dépense des services publics, fi en résultait que « ce que le pouvoir donne aux citoyens en services de toutes sortes doit être l'équivalent exact, de ce qu 'il leur demande soit en argent soit en travail ou en produits » autrement dit : « tout produit ou service doit, à peine de se liquider en perte, répondre à un besoin tel que celui qui éprouve le besoin consente à donner du produit un prix égal au moins à la dépense que ce produit colite. »

    Proudhon constatait que « le gouffre fiscal est plus profond, plus avide, qu'on ne l'avait vu au beau temps des monarchies et des aristocraties de droit divin ; c'est pourquoi la maxime : "faire rendre à l'impôt tout ce qu'il peut donner" est une maxime essentiellement moderne. Rigueur dans la perception, élévation des taxes au maximum de rendement, voilà la règle... » On croirait que Proudhon devinait déjà François Hollande et la gauche au pouvoir, lesquels augmentent les impôts sans tenir compte le moins du monde de l'intérêt du contribuable... Il en découle que déterminer le point juste auquel l'impôt donnera la plus grosse recette possible est une méthode perverse. Et Proudhon de continuer : « De même que l'on peut juger de la bonne tenue d'une maison de commerce et d'une entreprise industrielle par la modicité de ses frais généraux, de même on peut augurer favorablement de l'administration d'un État, de la capacité et de la sévérité de ses directeurs, de la liberté et de l'aisance des citoyens, par la médiocrité de l'impôt.» Nos hommes de gauche et même de droite d'aujourd'hui auraient tout intérêt à relire Proudhon au lieu de s'obstiner à le traiter d'anarchiste. Ils apprendraient de lui des règles de conduite utiles et bénéfiques à tous : « Pas un impôt dont on ne puisse dire qu'il est un empêchement â la production ! Et comme l'inégalité la plus criante est inséparable de toute fiscalité (attendu que toute contribution retombant sur la masse dégénère en une capitation), pas d'impôt dont on puisse dire encore qu'il est un auxiliaire du parasitisme contre le travail et la justice ! »

    POUR UNE RÉORGANISATION DU FISC... ET DE L'ÉTAT

    Charles Maurras, qui n'était pas un ennemi de Proudhon auquel il reprochait seulement de ne pas pousser jusqu'au bout son fédéralisme en le couronnant d'un pouvoir fort, pensait pour sa part en 1913 — donc un an avant que la loi fût votée —, que l'impôt sur le revenu frapperait surtout les classes moyennes, celles qui sont incorporées au sol, et qui ne pourraient lui échapper : « C'est sur la propriété immobilière, sur la moyenne et la petite propriété que tout retombera en dernière analyse. L'industrie et l'agriculture paieront c'est-à-dire, en France, la classe sociale qui est la plus étendue, la plus vigoureuse et qui a toujours fait l'orgueil et le renom du pays, celle qui ne se tient ni si haut ni si bas, celle dont la modestie conserve dignement tes importantes accumulations du passé et couve les précieuses réserves de l'avenir ! En frappant les classes moyennes, l'État français ferait un pas de plus dans la voie de son suicide » (Action française, 9 septembre 1913).

    Et à ceux qui lui disaient que cet impôt réaliserait la justice, Maurras répondait : « L'impôt est fait pour subvenir aux frais de l'État. Qu'il y subvienne avec justice, cela est naturel, normal et va de soi : tout dans l'État doit se poursuivre aussi justement que possible, la police, l'organisation militaire, le fisc et le reste... La justice n'est qu'une modalité générale, elle est commune au fisc et à mille choses. Elle n'en est pas, elle ne peut pas en être le but premier. »

    Il ne s'agit donc pas de se référer au principe de la justice en matière fiscale, car c'est l’utile qu'il faut considérer. L'utilité sociale et l'unité nationale exigent une contribution forte des citoyens, surtout des plus riches. « Reste à voir comment on l'aura. Moins prévoyant que l'ancien régime, moins fort aussi, moins respecté, l'État démocratique ne peut demander de "don gratuit" à de grandes collectivités possédantes, pour la bonne raison qu'à part très peu d'exceptions près, il ne les a pas laissées subsister. » L'impôt sur le revenu ne saurait donc être un moyen d'obtenir des particuliers ce qu'il eût été facile autrefois de réclamer du généreux patriotisme des grands corps (clergé, noblesse, hôpitaux...)

    Maurras poursuivait sa réflexion : « Le travail et le capital organisés, c'est-à-dire rassemblés en une série de corps d'État où la division en ordres se substituerait à la funeste divisions en classes, cela amènerait à la constitution de puissances collectives sur lesquelles l'État pourrait compter non seulement du point de vie militaire et civil, mais même du point de vue fiscal. On pourrait imposer, non les riches, mais les grands corps possédant de grandes richesses. Ces corps pourraient ensuite répartir dans leur sein les contributions. Dans un pays émietté, atomisé, individualisé comme le nôtre, taxer les riches, essayer de taxer la fortune acquise ne représente qu'une aventure chanceuse, aventure onéreuse et finalement décevante pour l'État qui va la courir. Au contraire, pour un pays organisé et distribué, un pays où l'Etat ferait des catégories de citoyens, catégories avouées et reconnues, cela eût signifié quelque chose. Le fisc de l'État français n'a devant lui que des individus et qui menacent tous de fuir entre ses doigts » (Action française, 20 août 1913).

    Le pire est que cette massification des individus, sans moyens de résistance et de réfrènement, est l'état normal de la démocratie, laquelle a besoin de cette masse inorganisée qu'elle laisse entre les mains de parasites et de pillards. Il manque à la France le roi, chef de famille attentif et dévoué, qui puisse gérer les richesses du pays avec sagesse, loin de toute idéologie.

     

    Michel FROMENTOUX. RIVAROL 20 NOVEMBRE 2014

  • L'Allemagne à la croisée des chemins | Par Michel Drac.

    Toujours d'actualité, nous vous proposons de redécouvrir ce billet de Michel Drac publié pour la premiére fois sur notre site le 3 décembre 2009. Il est à mettre en relation avec cette vidéo :George Friedman, le fondateur et PDG du Think tank US « Stratford » dévoile son plan pour contrôler l'Europe !


    Il existe aujourd’hui, dans la dissidence française, une tentation de la simplicité à l’égard de l’Allemagne.

    Du côté germanophobe, on souligne que l’affaire du Kossovo a été favorisée par Berlin, alliée en l’occurrence aux Etats-Unis. On a raison d’ailleurs, mais on devrait aussi se souvenir que tout en soutenant ouvertement l’opération du Kossovo, les Allemands ont en sous-main appuyé la partie russe lors des négociations finales. Du côté germanophile, on rappelle que Schröder a accepté l’alignement de son pays sur la position française lors de la deuxième guerre d’Irak. On a raison là encore, mais on devrait aussi se souvenir que dans le même temps, les services secrets allemands transmettaient des informations sensibles à leurs homologues américains.

    On voit bien, à la lumière de ces deux exemples, que la position actuelle de l’Allemagne n’est pas simple. Elle est au contraire très complexe, polyvalente, fluctuante. Berlin n’est ni le serviteur de la haute finance mondialiste, ni son adversaire résolu. L’impression générale, en termes géostratégiques, est qu’à chaque fois que Berlin prend position officiellement dans un sens, elle fabrique une position officieuse en contrepoids.

    Cet article vise précisément, en particulier à partir d’une analyse de la donne économique, à sortir de la tentation de la simplicité, pour comprendre cette Allemagne-puissance renaissante et paradoxale.

    Effort, récompense et trahison

    Quand on parle à un Français de la puissance économique allemande, il imagine généralement des cartels colossaux, des aciéries, le ciel gris de la Ruhr, un modèle de cogestion sécurisant et une population très prospère.

    Autant de clichés qui ne correspondent plus à la réalité.

    L’économie allemande est vivifiée par un tissu de moyennes entreprises. La Bavière grignote la position de la Ruhr comme cœur du capitalisme productif d’outre-Rhin. Les industries de transformation sont désormais l’essentiel de la puissance industrielle allemande (production industrielle : 220 % de la nôtre). Et si, grâce aux sacrifices consentis, l’Allemagne jusqu’en 2007 se portait très bien (modèle ultra-performant à l’export), la pauvreté, avec la casse de l’économie sociale de marché, y est désormais réelle : les statistiques officielles indiquent que 8 % des Allemands vivent en situation de pauvreté (4 % à l’Ouest, 20 % à l’Est), la « situation de pauvreté » s’entendant ici parfois en termes absolus, c'est-à-dire l’impossibilité de garantir, même à très court terme, le maintien de conditions d’existence décentes1.

    Le Wirtschaftswunder (miracle économique), ce n’est plus pour tout le monde. En 2007, l’Allemagne allait économiquement très bien, mais les Allemands beaucoup moins bien. On ne le voit pas quand on voyage outre-Rhin, car en Allemagne, les pauvres se cachent. Mais en réalité, l’Allemagne connaît, elle aussi, une régression sociale très violente. C’est le pays où, pour faire régresser le chômage, on a massivement développé le précariat.

    Petit flash-back, tout d’abord, pour comprendre comment on en est arrivé là : 

    On peut remarquer d’emblée que la fragilisation de l’économie allemande à partir de la fin des années 90 fut en grande partie la conséquence de deux décisions européennes :

    - L’union monétaire, qui a imposé à l’Allemagne une politique monétaire restrictive (pour éviter que le passage à l’Euro ne détruise la solidité de la zone Mark), et cela au moment précis où la RFA devait absorber la RDA ;
    - La règlementation européenne, qui en imposant le démantèlement de la couverture publique du système bancaire, a considérablement fragilisé le modèle du capitalisme rhénan à l’Allemande.

    Voilà matière à réflexion pour ceux qui pensent que Bruxelles n’est qu’un faux-nez de Berlin. Disons que si c’est un faux nez, alors c’est un faux nez qui fait mal à celui qui le porte !

    Cela dit, au-delà des décisions de Bruxelles, c’est la confrontation avec les pays émergents, sur les marchés d’exportation, qui a obligé l’Allemagne à remettre en cause son « économie sociale de marché », pour adopter des réformes d’inspiration néolibérale. L’Allemagne a relevé ce défi, au prix d’un durcissement certain de son modèle social.

    C’est que Berlin a absolument besoin de ses marchés d’exportation. L’Allemagne est encore la première puissance exportatrice mondiale en termes de marchandises et de services non financiers. Mais c’est aussi une puissance menacée : elle va bientôt perdre son rang, la Chine la rattrapant à toute vitesse. Sur l’échiquier économique mondial, échiquier sur lequel joue le patronat allemand, il faut maintenant faire vite pour se préparer à la transition vers un monde post-américain, où l’Asie deviendra le nouveau centre de gravité de l’économie-monde. Toute la politique allemande doit être interprétée au regard de cette réalité.

    Cette politique a consisté, en substance, à démanteler l’économie sociale de marché sans toucher aux fondements de la cogestion. Il y a donc eu consensus apparent des Allemands, si l’on ose dire, pour se faire mal. Paradoxe aisé à décrypter : d’une part certains fondamentaux anthropologiques subsistent, qui font qu’il est très difficile pour les Allemands de se rebeller ; d’autre part le système de cogestion est lui-même devenu une coquille vide, puisque les taux de syndicalisation sont retombés à un niveau presque comparable à la situation française.

    Plus profondément, depuis sa défaite en 1945, le peuple allemand, et ses classes dirigeantes sur ce point en accord avec lui, considèrent implicitement que l’Allemagne doit accepter de jouer avec des règles qu’elle ne fixe pas, et sur lesquelles elle a peu d’influence. Quand ils acceptèrent le passage de l’économie sociale de marché au néolibéralisme (réforme du marché du travail, flex-sécurité avec sécurité faible), les Allemands, collectivement, se voulaient, désormais, les « bons élèves » de la classe néolibérale (tout comme la RFA avait été le « bon élève » de la classe social-démocrate, et la RDA le « bon élève » de la classe communiste).

    Ici, les fondamentaux anthropologiques jouent évidemment un rôle non négligeable (culture du consensus, exigence d’unité). Nous n’entrerons pas dans les détails de cet aspect culturel et anthropologique, mais retenons cependant bien ce point, car il n’est pas sans importance s’agissant de la manière dont les Allemands vont percevoir la crise actuelle : entre 1995 et 2005, l’Allemagne s’est fait mal pour être le « bon élève », et s’adapter aux règles du jeu, sachant qu’elle reconnaît ne pas avoir le droit de les définir, et assez peu la possibilité de les influencer. Donc comment va-t-elle réagir, si ayant joué le jeu, elle n’en retire plus les fruits ?

    Car la crise qui vient va empêcher l’Allemagne de tirer profit de l’investissement qu’elle a consenti en durcissant son modèle social…

    Jusqu’à la crise, Berlin pouvait en somme s’y retrouver. Grâce à la politique d’austérité, l’Allemagne est parvenue à renouer avec la croissance, une fois la RDA absorbée. Elle exportait en 2007 10 % de sa production vers les pays émergents (France : 3 %). Elle a retrouvé une zone d’influence économiquement incontestable dans l’Europe balkanique. Les firmes allemandes ont effectué une percée impressionnante aux USA. L’Allemagne s’est redonné un modèle d’exportation fiable, les entreprises allemandes pratiquant l’outsourcing des produits semi-finis vers l’Asie pour les fonctions ne demandant pas une main d’œuvre très qualifiée, avant de réexporter des produits finis vers les USA, certains pays émergents et la zone d’influence est-européenne.

    La crise économique de 2008 est venue percuter cette Allemagne en relativement bonne santé, mais fragilisée par la déstructuration latente de son modèle capitaliste rhénan. Les banques allemandes ont été frappées de plein fouet, elles qui étaient déjà vulnérabilisées par la règlementation européenne et la démolition de l’ancien modèle rhénan banque/industrie – caisses d’épargnes garanties par l’Etat. Si les entreprises allemandes disposent de capacités d’autofinancement bien meilleures que la moyenne européenne, elles souffrent de l’effondrement de leurs marchés d’exportation, en particulier les USA et les pays d’Europe de l’Est frappés de plein fouet par l’implosion de la bulle de l’endettement. Pour un pays qui n’est pas autosuffisant en termes de matières premières et alimentaires, et dont le marché intérieur est peu dynamique (du fait de l’implosion démographique), la perte des marchés d’exportation est une catastrophe.

    Comment l’Allemagne va-t-elle réagir ? Elle a joué le jeu. Elle l’a bien joué. Elle perd quand même. Y aurait-il rupture du contrat symboliqueentre vainqueurs et vaincus de 1945 ?

    La bascule faussée

    Le discours officiel est, comme on pouvait s’y attendre, que l’Allemagne doit s’en sortir par le renforcement des solidarités européennes. Il n’est pas nécessaire d’être grand clerc pour deviner qu’il ne s’agit là que de propagande. On se souviendra à ce propos qu’à l’automne 2005 (donc quelques mois après le « non » français au traité européen), Angela Merkel tout juste nommée remonta le taux de TVA allemand de trois points, pénalisant ainsi les exportations françaises. C’est cette décision brutale, non concertée, qui explique en partie la dégradation de notre balance commerciale avec l’Allemagne. Voilà qui en dit long sur la « solidarité européenne ».

    En réalité, les Allemands n’ont jamais été dupes de la construction européenne. Ils l’ont instrumentalisée froidement, mais elle ne les a jamais empêchés de jouer la carte du multilatéralisme extra-européen, avec, en particulier, une politique de bascule permanente entre l’Ouest (la France, l’Angleterre et les USA) et l’Est (la Russie). Reconnaissons leur donc cet avantage qu’ils sont très prévisibles : ce sont des pragmatiques. En toute circonstance, ils poursuivent leurs intérêts bien compris. Essayons de voir où cela va les mener.

    En 1990, la Russie a reconnu la pleine souveraineté de l’Allemagne. Peu après, ses troupes ont achevé de quitter le territoire allemand. Depuis cette date, Berlin s’est par contre soigneusement gardée de poser la question de la présence américaine (dont on ne voit plus très bien à quoi elle sert, sinon à occuper militairement un protectorat). Certains, en France, ont voulu y voir la preuve d’un axe Washington-Berlin structurel et indissoluble : interprétation qui mériterait sans doute d’être mise en perspective, l’alliance entre un occupant et un occupé étant tout de même quelque chose d’assez étrange.

    En fait, tout le problème est de savoir de quoi l’on parle, lorsque l’on dit : « L’Allemagne ». Parle-t-on des élites allemandes ou du peuple allemand ? Parle-t-on, au sein du peuple allemand, des Allemands de l’Ouest ou des Allemands de l’Est ? Du précariat en développement ou des classes moyennes en implosion ? Parle-t-on, au sein des élites, des classes dirigeantes politiques ou économiques ? S’agissant des classes dirigeantes économiques, parle-t-on des dirigeants du secteur financier (très liés aux intérêts anglo-saxons) ou de ceux du secteur industriel (beaucoup plus libres de leurs allégeances) ? Et encore ces catégories explosent-elles dès qu’on les regarde de près. Certains patrons allemands appartiennent aux réseaux de la fondation Bertelsmann, totalement intégrés à ceux de la haute finance anglo-saxonne. D’autres siègent dans l’Ost-Aussschuss der Deutschen Wirtschaft (comité Est de l’économie allemande), véritable lobby patronal pro-russe. Certains cumulent même les deux casquettes. Visiblement, parler des élites allemandes comme si c’était quelque chose d’unitaire, c’est ignorer des ruptures et des ambivalences, simplifier arbitrairement.

    Voici donc une thèse, ou plutôt une image représentative d’une thèse, qui a quelque chance de saisir le réel dans sa complexité. Imaginons que l’Allemagne soit une bascule. Sur un plateau de la bascule, il y a les USA. Sur l’autre, il y a la Russie. Les USA pèsent, pour l’instant, beaucoup plus lourd que la Russie. Mais la bascule est faussée : elle a tendance à pencher plus ou moins d’un côté ou de l’autre, en suivant ses intérêts propres.

    Malgré tout, sur le plateau américain, on laisse faire pendant les années 90, parce qu’on se dit qu’en attirant la Russie sur l’autre plateau de la balance, l’Allemagne va servir de maillon central au cœur d’une chaîne qui arrimera la Russie aux intérêts occidentaux. C’est la période où Eltsine laisse les grandes banques anglo-saxonnes piller son pays. C’est aussi une époque où les USA, qui se sentent en position de force à l’échelle globale, se croient en situation d’instrumentaliser la « bascule » allemande. La fondation Bertelsmann et la fondation Atlantik Brücke (en gros l’équivalent allemand de la French-American Foundation) favorisent la politique russe de Berlin, parce qu’elles pensent encore que l’Allemagne est un simple pion dans le jeu des puissances anglo-saxonnes.

    Arrive l’année 2000. A Moscou, Poutine remplace Eltsine. Pour l’Allemagne, c’est une opportunité extraordinaire. Le colonel du KGB V. Poutine a été en poste en Allemagne de l’Est dans les années 80. Il ne fait pas mystère de son tropisme pro-allemand. La coopération germano-russe prend donc, à partir de ce moment, un tour nouveau.

    Or, Poutine est entendu fort et clair à Berlin. L’Ost-Aussschuss der Deutschen Wirtschaft (comité Est de l’économie allemande) est une émanation du haut patronat industriel allemand. On lui doit quelques gestes spectaculaires (dont l’ouverture de la chambre de commerce germano-russe, en 2007, qui officialise que la coopération économique entre les deux pays est maintenant structurelle). Mais derrière ces gestes spectaculaires, il y a, surtout, de très nombreux partenariats stratégiques entre géants industriels des deux puissances, partenariats organisés à partir de 2002 par la Deutsch-Russische Strategische Arbeitsgruppe (groupe de travail stratégique germano-russe), une structure voulue personnellement par Vladimir Poutine et Gerhard Schröder. Les résultats sont impressionnants. Actuellement, on estime à 5 000 le nombre d’entreprises allemandes présentes sur le sol russe. L’Allemagne pèse près de 20 % de l’investissement étranger en Russie. Si la Russie ne représente encore que 4 % environ des exportations allemandes (contre 10 % pour les USA), le potentiel d’échange entre les deux pays est gigantesque, et toutes les structures sont mises en place pour qu’il se développe. Actuellement, seule l’Italie est (sans doute provisoirement) en avance sur l’Allemagne dans le développement des liens Europe-Russie.

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  • Areva ou les limites du colbertisme

    Ce billet a été publié dans l'Action française 2000 du 19 mars 2015 (n°2905 p.10) sous ce même titre. Il entre en archives RA avec des liens complémentaires en bas de note qui n'apparaissent pas dans la version papier faute de place et une notice plus développée sur Hans Hermann Hoppe*.

    Avec un chiffre d'affaires sensiblement constant, l'action Areva a perdu 88% en 7 ans. Ce n'est pas "la faute à pas de chance" car y fut concentré le meilleur des cerveaux français, et c'est sans doute en celà que les déboires de la filière d'excellence sont inquiétants. Le premier reproche que l'on puisse faire à l'ancienne patronne d'Areva, Anne Lauvergeon, est le fiasco technique d'UraMin. Alors que beaucoup de grands dirigeants français ont suivi un cursus de sciences molles qui les autorise à méjuger les affaires industrielles (la liste est longue), Atomic Anne, agrégée de sciences physiques par Normale Sup, est issue du prestigieux Corps des Mines et s'est donc lourdement trompée dans son cœur de métier. Tout le reste en découle puisque la Justice examine l'alternative entre une erreur par incompétence et une mauvaise décision parfaitement documentée. Le résultat de l'instruction menée par la Brigade financière de Paris et par le juge Van Ruymbecke signalera si l'ingénieur Lauvergeon était sous-calibré pour exercer la dictature nucléaire française consentie par les pouvoirs publics en souvenir du Commissariat à l'Energie Atomique (CEA), ou si elle a cherché dans ses multiples fonctions sa propre gloire. Cette affaire est la pierre de touche qui révélera la nature profonde des erreurs d'Areva : cafouillages typiques des entreprises d'État dont le propriétaire est un buste en plâtre qui trône dans les mairies. On n'ose parler d'escroquerie délibérée et pourtant, beaucoup de millions ont circulé !

    L'affaire est digne d'un roman de Gérard de Villiers. En quelques lignes, la voici : en quête de mines d'uranium à agréger au patrimoine de la COGEMA devenue Areva, la direction du groupe repère la mine centrafricaine de Bakouma qui avait été découverte par le CEA en 1958 et jugée inexploitable alors, site à moitié noyé, minerai enfermé dans une gangue d'apatite quasiment infractable, logistique ruineuse. La hausse du prix de l'uranium changeait-elle aujourd'hui le compte d'exploitation ? Aucun personnel de terrain ne le crut, mais tout l'état-major voulait acheter sans voir, ni même consulter les copieuses archives de la COGEMA. Les patrons se sont laissé rouler dans la farine par les vendeurs, une holding minière canadienne qui fit fortune dans la transaction, quasiment en faillite dans l'exploitation ! Le monde de l'uranium est un boudoir, chacun savait les permis d'UraMin sans valeur. Sauf Areva ?

    Les déboires d'Areva sont typiques de la gestion étatique des entreprises publiques, la morgue passant trop souvent la raison. Que ce soit l'enthousiasme potache à la rédaction du contrat finlandais d'un EPR™ qui n'en finit plus de s'achever dans les pénalités de retard ; les présomptions arrogantes d'ouverture du marché chinois à des réacteurs de 3è génération, qui pourrait bien se limiter pour nous aux quatre unités de Taïshan, le reste du programme national étant sinisé sous licence Westinghouse à tout motif même déloyal comme la standardisation des filières pour optimiser la maintenance ; que ce soit l'agonie du réacteur EDF de Flamanville ; et bien pire, le désastre d'Abou Dhabi où pour une fois la composante politique du projet avait bien manœuvré mais que la suffisance ou l'inconstance des contractants a ruiné au bénéfice d'une technologie coréenne, tout simplement bien présentée ; nous avons touché du doigt dans chacun de ces dossiers le "détachement" d'élites techniques imbues d'elles-mêmes que rien ni personne ne pourrait critiquer. Jusqu'à ce que les alarmes hurlent ! La Cour des Comptes a signalé les ravages d'une technocratie irresponsable par nature, puisqu'elle travaille sur fonds publics, avec l'argent de tous et de personne, contrairement aux groupements anglo-saxons qui engagent sur ces créneaux des compagnies propriétaires de leurs actifs et de leur avenir, dont l'excitation à conclure tranche avec l'impassibilité narquoise des fonctionnaires français.

     

    Quels que soient ses diplômes, ses talents personnels et l'expérience acquise en butinant le domaine industriel de l'État, Anne Lauvergeon qui accumule partout les jetons d'administrateurs, reste incapable de mettre aujourd'hui son chéquier sur le tapis vert pour signer un milliard de dollars à la fin du tour de table. On trouve ces entrepreneurs à leur compte outre-atlantique et en Asie. Ils ne vivent pas dans l'entreprise, c'est l'entreprise qui leur sert de cœur et de poumons. Cette véritable "incarnation" de l'entreprise est invincible. Et le concept n'est pas réservé aux Américains. Quand Monsieur Deng débonda l'énergie créatrice de la Chine épuisée par le communisme, il fit confiance à l'impatience des individus à s'établir socialement et à s'enrichir, et pas du tout à la réforme des grands combinats étatiques. La France de Monsieur Hollande n'a pas encore franchi ce seuil d'intelligence, et pour protéger le "triomphe" du secteur public, Areva sera peut-être réprimandée mais pas condamnée. Comme le dit Hans Hermann Hoppe :"l'efficacité est liée à la propriété privée pour que chacun soit incité à faire des efforts" et le même de conclure à la privatisation gagnante de l'État en ramenant un roi propriétaire puisque la monarchie est la forme la plus comptable de l'avenir du pays, pays qui n'est que le sien. En attendant, Areva a récupéré Philippe Varin, le loser de chez Peugeot qu'il a bien fallu poser quelque part puisque les Chinois n'en voulaient pas ! Il préside aujourd'hui le conseil d'administration depuis la mort de Luc Oursel il y a huit jours, éphémère successeur d'Anne Lauvergeon. 

    Pour ceux qui veulent creuser la mine sur ce blogue :

    Résultats du groupe
    Uramin et Areva - mine de rien
    Uramin, la synthèse d'un scandale
    Uramin, omerta chez Areva
    l'ingénieur Balkany dans le schmilblick minier africain
    Areva chez Bellaciao

    (*) Hans-Hermann HOPPE est professeur au Département d'Economie de l'Université du Nevada à Las Vegas, Senior Fellow du Ludwig von Mises Institute et rédacteur en chef adjoint de la Review of Austrian Economics. Il est né le 2 septembre 1949 à Peine, en Allemagne de l'Ouest. Il a fréquenté l'Universität des Saarlandes à Sarrebruck, la Göthe Universität de Francfort s/Main et l'University of Michigan à Ann Arbor pour des études de philosophie, sociologie, histoire et économie. Il a reçu en 1974 son doctorat en philosophie et son diplôme post-doctoral (sociologie et économie) de la Göthe Universität à Francfort. Il a enseigné dans plusieurs universités en Allemagne, de même qu'à Bologne, au Bologna Center for Advanced International Studies de la Johns Hopkins University. 

    Outre de nombreux articles et brochures, il a publié Handeln und Erkennen (Berne, 1976), Kritik der kausalwissenschaftlichen Sozialforschung (Opladen, 1983), Eigentum, Anarchie und Staat (Opladen, 1987), A Theory of Socialism and Capitalism (Dordrecht, 1990) et The Economics and Ethics of Private Property (Auburn, 1993). 

    C'est le dernier venu et le meilleur supporter de la monarchie

    ** parmi les grands esprits parce qu'il fonde sa démonstration sur du concret, un peu à la manière de Maurras. Il présente ses idées sur un site web personnel (clic) et sur les sites des instituts que nous avons cités.

    (**) Royal-Artillerie : De la supériorité économique de la monarchie

    http://royalartillerie.blogspot.fr/2015/03/areva-ou-les-limites-du-colbertisme.html