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entretiens et videos - Page 857

  • La gestation pour autrui – Fictions et réalité, de Muriel Fabre-Magnan

    Outre la démonstration, pour ceux qui en doutaient (?), que la GPA ouvre une marchandisation généralisée et une mise à disposition des plus faibles, cet entretien montre également la caducité du clivage droite/gauche ...

    Notre résistance ne saurait être récupérée par les tenants des partis quels qu'ils soient.

    Professeur de droit à l'université Paris-I, Muriel Fabre-Magnan publie un ouvrage consacré à la gestation pour autrui (GPA), où elle expose les contradictions juridiques d'une éventuelle légalisation de cette pratique en France. Rencontre avec l'auteur pour un entretien très stimulant.

    LE FIGARO MAGAZINE. -Que faut-il penser de la relance du débat sur la gestation pour autrui à l'occasion du projet de loi sur le mariage homosexuel ?

    - Ce débat devrait être séparé de la question du mariage homosexuel et de l'adoption homoparentale, mais il s'est retrouvé amalgamé à une discussion générale. On peut cependant essayer de comprendre les raisons de ces enchaînements. L'analyse juridique de la gestation pour autrui est la même qu'il s'agisse d'un couple commanditaire hétérosexuel ou homosexuel. Il est clair cependant que si l'insémination artificielle est accordée aux couples de femmes, il sera à moyen terme très difficile de refuser aux couples d'hommes d'avoir eux aussi recours à l'assistance médicale à la procréation et donc, dans leur cas, à la gestation pour autrui.
    Un autre glissement est possible du fait de l'internationalisation de ces pratiques. Aucun projet de loi sur la GPA n'est encore prévu, mais la simple circulaire de Mme Taubira recommandant aux tribunaux de faciliter la délivrance de certificats de nationalité française aux enfants nés à l'étranger de mères porteuses laisse entrevoir la pente glissante. Car si on reconnaît, même encore très indirectement par le seul biais des certificats de nationalité, des GPA pratiquées à l'étranger et dont on ne sait rien ou pas grand-chose, au nom de quoi va-t-on pouvoir interdire les GPA pratiquées sur le territoire national dans des conditions contrôlées? Et en retour, si on admet la GPA en France, même en la réglementant strictement, il sera très difficile de refuser de valider la plupart des GPA pratiquées à l'étranger.
    En effet, si la Cour de cassation refuse pour l'instant que soient transcrits à l'état civil français des actes de naissance établis à l'étranger lorsque l'enfant est né d'une mère porteuse, c'est au motif que cette pratique est contraire à l'ordre public international français, autrement dit à nos valeurs fondamentales. L'engrenage apparaît alors clairement: si on admet la GPA en France, même de façon strictement encadrée (ce que certains appellent une GPA «éthique»), on ne pourra plus dire que celle-ci est contraire à nos valeurs fondamentales. On n'aura dès lors plus aucun outil pour empêcher la validation des GPA pratiquées dans n'importe quelles conditions à l'étranger. Car il ne faut pas se leurrer: il est très souvent impossible de vérifier les conditions dans lesquelles se sont déroulées les GPA à l'étranger. Comment savoir si la mère porteuse ne s'est pas fait payer? Comment être sûr qu'elle n'a pas été exploitée? La proposition qui se veut mesurée d'une GPA «éthique», que prône par exemple Elisabeth Badinter, est en réalité juridiquement impossible.

    Comment cela ?

    -Une GPA «éthique» n'est pas possible, car elle conduit à des contradictions insurmontables. Je vous en donne un autre exemple. Dans une interview parue dans le magazine Elle, intitulée «Je suis pour une GPA éthique», on demande à Élisabeth Badinter qui sera désormais la mère légale de l'enfant. Interrogation à laquelle elle répond qu'étant «culturaliste», c'est sans hésiter qu'elle considère que la mère légale est la mère «éleveuse», c'est-à-dire la mère d'intention. Or, en réponse à une autre question, Mme Badinter ajoute qu'il est essentiel que la mère porteuse dispose d'un délai de six semaines après la naissance pour se rétracter et décider de garder l'enfant. Les parents d'intention n'auraient alors, dit-elle, aucun recours. Mais si la mère est celle qui a commandé l'enfant, au nom de quoi la femme qui a porté l'enfant aurait-elle la préséance? Comment définir et qualifier ce droit qui permettrait à la gestatrice de passer avant la mère? Et comment le justifier? Est-ce parce que la mère porteuse a accouché? Mais alors, c'est donc bien que la mère est prioritairement la femme qui accouche.

    N'y a-t-il pas une part d'arbitraire dans tout processus juridique ?

    -Il y a, certes, toujours une marge d'appréciation pour déterminer où est la règle juste, mais cela ne signifie pas pour autant que n'importe quelle règle soit admissible. De la même façon que, s'il y a des fictions en droit, c'est-à-dire des hypothèses où le droit s'écarte du réel, cela ne signifie pas pour autant que le droit puisse se désancrer toujours et totalement de la réalité. On le voit très bien avec l'exemple de l'embryon: deux positions extrêmes consistent à dire, soit que deux ou trois cellules équivalent à une personne humaine (conviction que l'on peut trouver dans certaines croyances religieuses), soit au contraire que, jusqu'à l'accouchement, le foetus n'est qu'une chose comme une autre. La règle juste est entre les deux. Il y a une zone grise et si, par exemple, une loi sur l'interruption volontaire de grossesse a une certaine marge pour fixer la date limite de l'avortement à 10, 11 ou encore 12 semaines de grossesse, elle doit respecter une certaine réalité du développement de l'embryon. Il en va de même pour l'âge légal de la majorité: la loi a une certaine marge d'appréciation pour la fixer un peu avant ou un peu après 18 ans, mais cela ne signifie pas que n'importe quel âge pourrait être choisi.
    Le juriste voit alors plutôt de l'arbitraire dans le fait que chacun semble vouloir faire sa propre loi et forger ses propres critères selon son éthique personnelle, et ce sans aucun souci de cohérence globale. Les mêmes soutiennent ainsi que la parenté serait aujourd'hui pure intention, tout en revendiquant le droit d'avoir un enfant biologique issu de ses propres gamètes. Il y aurait aussi de l'arbitraire si la loi était fondée sur les seuls sentiments et les seules intentions, qui sont de surcroît impossibles à prouver et à contrôler. Si un lien est, juridiquement, défini par une pure intention et une pure affection, il est logique qu'il cesse en cas de disparition de celles-ci. Mais ce qui est admissible en matière de couple est grave de conséquences en matière de filiation. C'est la crainte qu'on ne peut manquer d'avoir lorsque l'on entend vanter la procréation médicalement assistée, et notamment la gestation pour autrui, au motif que, lorsqu'un enfant est ainsi fabriqué, il serait tout particulièrement désiré et attendu: la carte ne pourra que se retourner si ce désir et cet amour disparaissent, et le prix en sera payé par l'enfant. On nous berce avec des histoires d'amour et de générosité, alors que la réalité est et sera autrement plus dure.

    Pour autant, la gestation pour autrui existe dans de nombreux autres pays sans générer systématiquement de catastrophes ?

    -C'est un argument que l'on entend effectivement souvent. Mais tout dépend de ce que l'on appelle une catastrophe. Les conséquences sur les êtres humains et les relations humaines et sociales se font pas à pas, et de façon beaucoup plus insidieuse. Les médias et même le cinéma nous racontent aujourd'hui de belles histoires de mères porteuses généreuses et altruistes, ravies d'apporter du bonheur à des couples sans enfants. Mais l'admission de la GPA donnera à voir de tout autres histoires: des cas où les différents protagonistes se disputent l'enfant, des cas où au contraire personne n'en veut plus car il est handicapé, des cas où les parents d'intention exigent que la mère porteuse avorte et où celle-ci refuse (ou l'inverse), des cas où la mère porteuse est victime d'un préjudice au cours de la grossesse ou de l'accouchement, des cas où elle fait une dépression, voire se suicide après avoir remis son enfant, des litiges à propos de la rémunération prévue, des cas de faux intermédiaires, etc. La judiciarisation est particulièrement flagrante aux États-Unis et elle est inévitable.

    Votre question est également intéressante en ce qu'elle met en lumière la difficulté d'argumenter dans tous ces débats dits éthiques. L'évolution de la société vers une marchandisation généralisée se fait en effet par petits pas et les arguments mobilisés apparaissent alors parfois démesurés par rapport à chaque cas et à chaque pas pris isolément. Mais dans une perspective plus globale et plus dynamique, l'évolution apparaît clairement vers un monde où tout se vend et tout s'achète. La GPA constitue à cet égard un pas de géant, puisqu'elle requiert d'admettre que l'on peut commander un enfant comme on commande un produit et que l'on peut louer son ventre comme on loue une machine. Plusieurs décisions de la Cour européenne des droits de l'homme (émanation du Conseil de l'Europe qui comprend aujourd'hui 47 membres, dont par exemple la Russie ou la Turquie) sont révélatrices de cette idéologie marchande dans laquelle le consentement est le principal critère de légitimité des actions, et le contrat la norme de prédilection. Cette juridiction promeut ainsi un «droit à l'autonomie personnelle» qu'elle déduit du droit au respect de sa vie privée, interprété non pas dans le sens français du terme (protection de l'intimité de la personne), mais dans le sens du right of privacy américain (droit de la personne de faire des choix individuels). Cette liberté de choisir a alors en réalité souvent pour conséquence de pouvoir mettre autrui à sa disposition. Car sous l'influence du besoin - notamment en période de fort chômage - on trouvera toujours des gens qui consentent à tout. Là encore, on le voit de façon éclatante avec la GPA: la liberté qu'on revendique pour les mères porteuses consiste à ce que ces dernières puissent légalement accepter de se mettre volontairement au service d'autrui et consentir à renoncer à leurs droits et libertés fondamentales, et même à leur enfant.

    Une question qui dépasse étrangement le clivage entre la droite et la gauche...

    -C'est très juste. La droite apparaît comme libérale dans le domaine économique et interventionniste dans le domaine sociétal, tandis que la gauche plaide pour un interventionnisme dans le domaine économique tout en revendiquant un libéralisme sur le plan sociétal. Le paradigme et le credo du libéralisme sont pourtant les mêmes dans les deux domaines: que l'Etat et le droit doivent s'abstenir d'interférer dans le libre jeu du marché et dans les choix individuels, car chacun est le mieux placé pour définir ses propres préférences. Les effets du libéralisme sont également les mêmes dans les deux domaines: une marchandisation généralisée et une mise à disposition des plus faibles.
    Le débat devrait ainsi effectivement en toute logique brouiller le traditionnel clivage entre la droite et la gauche. Mais seuls quelques politiques osent l'assumer. C'est ainsi que, s'agissant du récent projet sur le mariage, 
    Chantal Jouanno a déclaré: «Je voterai favorablement ce texte, pour respecter mes valeurs de droite où le libéralisme ne s'arrête pas aux portes des questions sociétales», tandis que Jean-Pierre Chevènement a expliqué son opposition au même texte par le fait qu'«il faut maintenir des repères fondamentaux face à la déferlante de l'hyper-individualisme libéral». Les choix de société qui s'offrent à nous sont ainsi affinés.

    La gestation pour autrui - Fictions et réalité, de Muriel Fabre-Magnan, paru chez Fayard. 124 p., 8 €

    Source : Le Figaro

    http://www.printempsfrancais.fr

  • Le CRAN veut exploiter le filon financier de la repentance

    PARIS (NOVOpress via Bulletin de réinformation) – Le 10 mai, à l’occasion de la commémoration de l’abolition de l’esclavage, le président du conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) a assigné en justice la Caisse des dépôts et consignations.

    Selon Louis-Georges Tin, la Caisse est coupable d’avoir perçu l’indemnisation versée par Haïti de 1825 à 1846 à la France, suite aux accords d’indépendance négociés à l’époque. La plus grande partie de ces indemnités ont été versées par la Caisse aux anciens propriétaires français expulsés d’Haïti. Les résidus de cette somme, non réclamés par les propriétaires, ont été reversés au Trésor public depuis plus de trente ans.

    Quel est le lien avec l’esclavage ?

    Il est très flou, car ces indemnités ne dédommageaient pas les anciens colons de la perte d’esclaves, mais de la perte de terres !

    Quelles ont été les réactions de la classe politique à cette demande inique ?

    Le président Hollande a opposé une fin de non‑recevoir, pour lui une indemnisation est hors de propos, car la question de l’esclavage ne se règle pas par une simple facture.

    La ministre guyanaise Taubira, elle, a fort opportunément réclamé une politique foncière en faveur des descendants d’esclaves, notamment en Guyane. Concrètement, elle précise que l’Etat étant propriétaire de la plupart des terres dans ce département d’outre‑mer, il devrait donc les redistribuer aux autochtones à titre de réparation. Etrangement Madame Taubira ne propose pas aux aristocrates de demander des indemnisations pour leurs biens vendus à la Révolution…

    Pour la repentance, l’UMP n’était pas en reste 

    Jean‑François Copé s’est fendu d’un discours larmoyant sur l’île de Gorée et la « maison des esclaves » d’où partaient selon lui des millions d’esclaves enchaînés par des Français. Bernard Lugan a pourtant eu l’occasion à plusieurs reprises de démonter ce mythe historique (voir Novopress ici). Monsieur Copé devrait s’abonner à l’Afrique réelle.

    http://fr.novopress.info/

  • C’est le coup le plus dur porté à la Syrie depuis la guerre d’Octobre 1973

    Quelle lecture faites-vous des récentes attaques israéliennes contre la Syrie ?

    Si on regarde bien les pays qui forment «les amis de la Syrie», on se rend vite compte qu’il s’agit de pays pro-USA et pro-Israël. On a décidé d’armer l’opposition et elle est donc sortie des mains des Syriens, un tiers des 120 000 combattants rebelles sont des djihadistes étrangers qui luttent pour leur propre idéologie, instrumentalisés par les pétro-monarchies. Le conflit a évolué de confrontations entre la population et le pouvoir en place pour revendiquer la démocratie en un conflit sunnites-chiites puis en un conflit international avec des puissances étrangères derrière, les Atlantistes face aux puissances émergentes. Au sein de tout cela, il y a l’extension de la guerre israélo-arabe. La déstabilisation du régime syrien, de l’Etat syrien, comme entité unie, noyau du «Front du refus» face à Israël, profite à plusieurs parties, comme Israël, les Etats-Unis, etc.

    Quel a été le véritable objectif de ces frappes ?

    Israël a profité du chaos actuel en Syrie, de la guerre dans laquelle est enlisée l’armée syrienne et de la faiblesse relative de la Syrie pour mener ces frappes au nom de sa guerre contre le Hezbollah. Or, je ne pense pas que cela a un lien direct avec le Hezbollah, car on parlait d’armes acheminées vers le Hezbollah, mais je ne vois pas du tout comment des armes destinées à la résistance libanaise seraient justement entreposées au sein du Bataillon 105 de la Garde républicaine qui est censée protéger la capitale, Damas ! ça ne tient pas du tout. Ce qui a été vraiment visé, c’est la garde prétorienne de l’armée syrienne, des unités d’élite installées dans trois bases qui n’ont pas été encore mobilisées. C’était une frappe très stratégique pour Israël et le coup le plus dur porté à la Syrie depuis quarante ans, depuis la guerre d’Octobre 1973.

    Y aura-t-il une réplique syrienne ? Sous quelle forme ?

    La Syrie va répondre en changeant complétement sa stratégie. L’accord de cessez-le-feu signé entre la Syrie et Israël en 1974, qui a établi finalement les règles du jeu, qui a instauré une situation où la frontière syrienne avec Israël a été la plus sûre et la plus bouclée de toutes les autres frontières arabes, ce cessez-le-feu est maintenant caduc. Rien n’empêche dorénavant d’ouvrir le front du Golan à la résistance, un peu sur le modèle du Hezbollah au Liban-Sud, et surtout continuer l’acheminement d’armes plus sophistiquées au Hezbollah. On connaît la force de dissuasion du Hezbollah qui a les moyens de tenir tête à Israël. Cette résistance sera renforcée, aujourd’hui, face aux violations répétées d’Israël des territoires syrien et libanais, et il s’agit, aux yeux des Syriens, d’une réponse légitime à la violation du cessez-le-feu.

    Talal El Atrache http://www.voxnr.com

    Notes :

    Talal El Atrache est un journaliste syrien, coauteur de Quand la Syrie s’éveillera aux Éditions Perrin en 2011.

    Source : El Watan :: lien

  • François, le premier pape péroniste ?

    François, le premier pape péroniste ? Le nouveau pape François se veut avant tout celui des pauvres – progressisme ? – tout en affirmant son attachement aux exercices spirituels de saint Ignace de Loyola – traditionalisme ? Dans le même temps, il apparaît comme le berger des pays émergents, puisque cet Argentin, quoique de vieille souche italienne, est Américain du Sud, et non point du Nord. Quelles réflexions cela peut-il inspirer ?

    Il est aussi le premier pape à avoir appartenu dans le passé à une organisation péroniste ! Ce n’est pas sans importance puisque le péronisme était un « traditionnisme » fondé sur la justice sociale. Pour l’instant, ce que les médias disent du nouveau souverain pontife n’est qu’une suite de variations sur le triptyque simplicité-pauvreté-humilité. Ce n’est pas pour me déplaire, mais on sait bien que, pour le pape François, « l’option préférentielle en faveur des pauvres » n’a pas le même sens que dans la théologie de la libération, qui avait fait adopter ce mot d’ordre à la Conférence épiscopale de Puebla en 1979. Le pape François veut une Église tournée vers le peuple plus qu’une « Église du peuple ». Il tient compte, autrement dit, de ce que le théologien Erik Peterson appelait la « réserve eschatologique », expression reprise après lui par Ernst Käsemann et Jean-Baptiste Metz. Dom Hélder Câmara disait : « Quand je défends les pauvres, on m’applaudit, mais quand je demande pourquoi ils sont pauvres, on me traite de communiste ! » Je ne pense pas que l’on fera ce reproche au nouveau pape.

    Qu’il ne soit pas un Européen n’a rien pour étonner. La religion chrétienne est une religion universelle, comme le rappelle d’ailleurs l’étymologie du mot « catholique ». Historiquement parlant, le christianisme est la première religion à avoir séparé croyance et appartenance à un peuple. D’où la distinction entre le temporel et le spirituel, que l’Antiquité avait totalement ignorée. Le christianisme pose l’individu avant le citoyen, et donc indépendamment de lui. L’individu étant considéré comme irréductible à la communauté politique, il en résulte un statut nouveau du citoyen, qui modifie du même coup l’objet du culte. Le Dieu des chrétiens ne peut être le Dieu d’un seul peuple, puisqu’il a autorité sur tous les hommes, et que ceux-ci ont tous vocation à l’adorer : l’idée d’un Dieu unique implique celle d’une famille humaine qui soit spirituellement une elle aussi. La foi, du même coup, ne coïncide plus avec l’appartenance à un peuple particulier. En dissociant pouvoir temporel et pouvoir spirituel, le christianisme instaure un pouvoir religieux distinct et rival du pouvoir politique. Rousseau constatait qu’il en a résulté un « perpétuel conflit de juridiction qui a rendu toute bonne politique impossible dans les États chrétiens ».

    Dans Monde et vie du 9 avril dernier, votre ami l’abbé Guillaume de Tanoüarn écrit à propos du pape François : « Lorsque j’ai appris que le pape était un jésuite, je me suis dit avec quelques-uns : enfin un jésuite qui obéira au pape ! » Au-delà de la boutade, quels changements éventuels à venir dans l’institution vaticane ?

    Je ne fais pas métier de prédire l’avenir. Attendons déjà de savoir si le nouveau pape aura la capacité de réformer la Curie romaine, ce qui est loin d’être sûr. Attendons aussi de savoir quels seront ses premiers actes concrets, et quel sera le contenu de sa première encyclique. J’ai tendance à penser qu’il décevra vite, aussi bien les traditionalistes, en raison de ses prises de position politiques et de son indifférence aux problèmes liturgiques, que les « progressistes », en raison de son intransigeance sur les questions de morale et de société. Reste à savoir comment il mettra en œuvre sa volonté de rompre avec une Église trop tournée sur elle-même, qu’il voudrait visiblement réorienter vers les « périphéries existentielles ».

    Dans l’immédiat, ce qui reste pour moi un mystère, ce sont les conditions de son élection. On disait que Benoît XVI avait nommé quantité de cardinaux à sa dévotion, et que son « candidat » était le cardinal-archevêque de Milan. Jorge Mario Bergoglio, lui, n’était même pas cité dans toutes les listes de papabile que l’on a publiées. On sait par ailleurs (ou l’on devrait savoir) que, par sympathie fraternelle pour la foi musulmane, il avait violemment critiqué les déclarations faites par Benoît XVI dans son discours de Ratisbonne du 12 septembre 2006 à propos de l’islam. Il a pourtant suffi de quelques tours de scrutin pour qu’il remporte la majorité des suffrages des cardinaux réunis en conclave. Une opération du Saint-Esprit ?

    De manière plus malicieuse, la journaliste Caroline Pigozzi, de Paris Match, l’une des meilleures « vaticanistes » au monde, à laquelle il était posé sur le plateau du Grand Journal de Canal Plus la sempiternelle question d’un éventuel pape noir, a répondu qu’il était parfaitement inenvisageable d’asseoir un père de famille sur le siège de saint Pierre. Cela vous fait-il rire et, plus sérieusement, cela ne signifie-t-il pas que le facteur culturel puisse être plus important que le facteur religieux, fût-ce chez les évêques subsahariens ?

    Cela me fait seulement sourire. J’ignore si les cardinaux africains sont fréquemment pères de famille (ce fut le cas de certains papes de la Renaissance), mais j’en doute un peu. En général, ce sont en effet des conservateurs purs et durs – si bien que les médias qui, par conformisme niais, rêvent de voir un Noir élu pape, déchanteraient vite !

    Sous ses airs bonhommes, le pape François dit encore : « Je pourrais accepter l’Apocalypse, car c’est le livre de la vie quotidienne de l’Église ! » Si certains paraissent oublier que l’histoire, par nature, est tragique, le pape nous rappelle aussi que cette Apocalypse n’est pas forcément synonyme de fin des temps, mais d’achèvement d’un cycle. Ne renouons-nous pas ainsi avec la pensée païenne de jadis ?

    L’Apocalypse, dont l’auteur n’est certainement pas le même que celui de l’Évangile placé sous le nom de Jean (cette assimilation a été contestée dès son apparition au IIe siècle, chez Justin de Naplouse), n’a été définitivement acceptée dans le canon catholique que par un décret du pape Damase, en 382. Son caractère eschatologique interdit d’y voir autre chose que l’annonce de la fin des temps. Elle s’inscrit pleinement dans la conception biblique de la temporalité historique, conception linéaire et vectorielle d’un sens de l’histoire conduisant de manière unitaire l’humanité vers sa fin, conception en tous points opposée à la conception cyclique ou sphérique des anciens Grecs. Pour un retour à la « pensée païenne », il va falloir attendre encore un peu !

    Alain de Benoist, le 1 mai 2013 http://www.voxnr.com/

  • Le Qatar, champion du mensonge et de la dissimulation

    Le Qatar, champion du mensonge et de la dissimulation Sans sponsors et en toute indépendance, à contre-courant des livres de commande publiés récemment en France sur le Qatar, Nicolas Beau et Jacques-Marie Bourget* ont enquêté sur ce minuscule État tribal, obscurantiste et richissime qui, à coup de millions de dollars et de fausses promesses de démocratie, veut jouer dans la cour des grands en imposant partout dans le monde sa lecture intégriste du Coran. Un travail rigoureux et passionnant sur cette dictature molle, dont nous parle Jacques-Marie Bourget.

    Écrivain et ancien grand reporter dans les plus grands titres de la presse française, Jacques-Marie Bourget a couvert de nombreuses guerres : le Vietnam, le Liban, le Salvador, la guerre du Golfe, la Serbie et le Kosovo, la Palestine… C’est à Ramallah qu’une balle israélienne le blessera grièvement. Grand connaisseur du monde arabe et des milieux occultes, il publiait en septembre dernier avec le photographe Marc Simon, Sabra et Chatila, au cœur du massacre (Éditions Érick Bonnier, voir Afrique Asie d’octobre 2012)

    Nicolas Beau a longtemps été journaliste d’investigation à Libération, au Monde et au Canard Enchainé avant de fonder et diriger le site d’information satirique français, Bakchich. info. Il a notamment écrit des livres d’enquêtes sur le Maroc et la Tunisie et sur Bernard-Henri Lévy.

    Qu’est-ce qui vous a amenés à consacrer un livre au Qatar ?

    Le hasard puis la nécessité. J’ai plusieurs fois visité ce pays et en suis revenu frappé par la vacuité qui se dégage à Doha. L’on y a l’impression de séjourner dans un pays virtuel, une sorte de console vidéo planétaire. Il devenait intéressant de comprendre comment un État aussi minuscule et artificiel pouvait prendre, grâce aux dollars et à la religion, une telle place dans l’histoire que nous vivons. D’autre part, à l’autre bout de la chaîne, l’enquête dans les banlieues françaises faite par mon coauteur Nicolas Beau nous a immédiatement convaincus qu’il y avait une stratégie de la part du Qatar enfin de maîtriser l’islam aussi bien en France que dans tout le Moyen-Orient et en Afrique. D’imposer sa lecture du Coran qui est le wahhabisme, donc d’essence salafiste, une interprétation intégriste des écrits du Prophète. Cette sous-traitance de l’enseignement religieux des musulmans de France à des imams adoubés par le Qatar nous a semblé incompatible avec l’idée et les principes de la République. Imaginez que le Vatican, devenant soudain producteur de gaz, profite de ses milliards pour figer le monde catholique dans les idées intégristes de Monseigneur Lefebvre, celles des groupuscules intégristes qui manifestent violement en France contre le « mariage pour tous ». Notre société deviendrait invivable, l’obscurantisme et l’intégrisme sont les meilleurs ennemis de la liberté.

    Sur ce petit pays, nous sommes d’abord partis pour publier un dossier dans un magazine. Mais nous avons vite changé de format pour passer à celui du livre. Le paradoxe du Qatar, qui prêche la démocratie sans en appliquer une seule once pour son propre compte, nous a crevé les yeux. Notre livre sera certainement qualifié de pamphlet animé par la mauvaise foi, de Qatar bashing… C’est faux. Dans cette entreprise nous n’avons, nous, ni commande, ni amis ou sponsors à satisfaire. Pour mener à bien ce travail, il suffisait de savoir lire et observer. Pour voir le Qatar tel qu’il est : un micro-empire tenu par un potentat, une dictature avec le sourire aux lèvres.

    Depuis quelques années, ce petit émirat gazier et pétrolier insignifiant géopolitiquement est devenu, du moins médiatiquement, un acteur politique voulant jouer dans la cour des grands et influer sur le cours de l’Histoire dans le monde musulman. Est-ce la folie des grandeurs ? Où le Qatar sert-il un projet qui le dépasse ?

    Il existe une folie des grandeurs. Elle est encouragée par des conseillers et flagorneurs qui ont réussi à convaincre l’émir qu’il est à la fois un tsar et un commandeur des croyants. Mais c’est marginal. L’autre vérité est qu’il faut, par peur de son puissant voisin et ennemi saoudien, que la grenouille se gonfle. Faute d’occuper des centaines de milliers de kilomètres carrés dans le Golfe, le Qatar occupe ailleurs une surface politico-médiatique, un empire en papier. Doha estime que cette expansion est un moyen de protection et de survie.

    Enfin il y a la religion. Un profond rêve messianique pousse Doha vers la conquête des âmes et des territoires. Ici, on peut reprendre la comparaison avec le minuscule Vatican, celui du xixe siècle qui envoyait ses missionnaires sur tous les continents. L’émir est convaincu qu’il peut nourrir et faire fructifier une renaissance de la oumma, la communauté des croyants. Cette stratégie a son revers, celui d’un possible crash, l’ambition emportant les rêves du Qatar bien trop loin de la réalité. N’oublions pas aussi que Doha occupe une place vide, celle libérée un temps par l’Arabie Saoudite impliquée dans les attentats du 11-Septembre et contrainte de se faire plus discrète en matière de djihad et de wahhabisme. Le scandaleux passe-droit dont a bénéficié le Qatar pour adhérer à la Francophonie participe à cet objectif de « wahhabisation » : en Afrique, sponsoriser les institutions qui enseignent la langue française permet de les transformer en écoles islamiques, Voltaire et Hugo étant remplacés par le Coran.

    Cette mégalomanie peut-elle se retourner contre l’émir actuel ? Surtout si l’on regarde la brève histoire de cet émirat, créé en 1970 par les Britanniques, rythmée par des coups d’État et des révolutions de palais.

    La mégalomanie et l’ambition de l’émir Al-Thani sont, c’est vrai, discrètement critiquées par de « vieux amis » du Qatar. Certains, avançant que le souverain est un roi malade, poussent la montée vers le trône de son fils désigné comme héritier, le prince Tamim. Une fois au pouvoir, le nouveau maître réduirait la voilure, notamment dans le soutien accordé par Doha aux djihadistes, comme c’est le cas en Libye, au Mali et en Syrie. Cette option est même bien vue par des diplomates américains inquiets de cette nouvelle radicalité islamiste dans le monde. Alors, faut-il le rappeler, le Qatar est d’abord un instrument de la politique de Washington avec lequel il est lié par un pacte d’acier.

    Cela dit, promouvoir Tamim n’est pas simple puisque l’émir, qui a débarqué son propre père par un coup d’État en 1995, n’a pas annoncé sa retraite. Par ailleurs le premier ministre Jassim, cousin de l’émir, le tout-puissant et richissime « HBJ », n’a pas l’intention de laisser un pouce de son pouvoir. Mieux : en cas de nécessité, les États-Unis sont prêts à sacrifier et l’émir et son fils pour mettre en place un « HBJ » dévoué corps et âme à Washington et à Israël. En dépit de l’opulence affichée, l’émirat n’est pas si stable qu’il y paraît. Sur le plan économique, le Qatar est endetté à des taux « européens » et l’exploitation de gaz de schiste est en rude concurrence, à commencer aux États-Unis.

    La présence de la plus grande base américaine en dehors des États-Unis sur le sol qatari peut-elle être considérée comme un contrat d’assurance pour la survie du régime ou au contraire comme une épée de Damoclès fatale à plus ou moins brève échéance ?

    La présence de l’immense base Al-Udaï est, dans l’immédiat, une assurance vie pour Doha. L’Amérique a ici un lieu idéal pour surveiller, protéger ou attaquer à son gré dans la région. Protéger l’Arabie Saoudite et Israël, attaquer l’Iran. La Mecque a connu ses révoltes, la dernière réprimée par le capitaine Barril et la logistique française. Mais Doha pourrait connaître à son tour une révolte conduite par des fous d’Allah mécontents de la présence du « grand Satan » en terre wahhabite.

    Ce régime, moderne d’apparence, est en réalité fondamentalement tribal et obscurantiste. Pourquoi si peu d’informations sur sa vraie nature ?

    Au risque de radoter, il faut que le public sache enfin que le Qatar est le champion du monde du double standard : celui du mensonge et de la dissimulation comme philosophie politique. Par exemple, des avions partent de Doha pour bombarder les taliban en Afghanistan alors que ces mêmes guerriers religieux ont un bureau de coordination installé à Doha, à quelques kilomètres de la base d’où décollent les chasseurs partis pour les tuer. Il en va ainsi dans tous les domaines, et c’est le cas de la politique intérieure de ce petit pays.

    Regardons ce qui se passe dans ce coin de désert. Les libertés y sont absentes, on y pratique les châtiments corporels, la lettre de cachet, c’est-à-dire l’incarcération sans motif, est une pratique courante. Le vote n’existe que pour nommer une partie des conseillers municipaux, à ceci près que les associations et partis politiques sont interdits, tout comme la presse indépendante… Une Constitution qui a été élaborée par l’émir et son clan n’est même pas appliquée dans tous ses articles. Le million et demi de travailleurs étrangers engagés au Qatar s’échinent sous le régime de ce que des associations des droits de l’homme qualifient « d’esclavage ». Ces malheureux, privés de leurs passeports et payés une misère, survivent dans les camps détestables sans avoir le droit de quitter le pays. Nombre d’entre eux, accrochés au béton des tours qu’ils construisent, meurent d’accidents cardiaques ou de chutes (plusieurs centaines de victimes par an).

    La « justice », à Doha, est directement rendue au palais de l’émir, par l’intermédiaire de juges qui le plus souvent sont des magistrats mercenaires venus du Soudan. Ce sont eux qui ont condamné le poète Al-Ajami à la prison à perpétuité parce qu’il a publié sur Internet une plaisanterie sur Al-Thani ! Observons une indignation à deux vitesses : parce que cet homme de plume n’est pas Soljenitsyne, personne n’a songé à défiler dans Paris pour défendre ce martyr de la liberté. Une anecdote : cette année, parce que son enseignement n’était pas « islamique », un lycée français de Doha a tout simplement été retiré de la liste des institutions gérées par Paris.

    Arrêtons là car la situation du droit au Qatar est un attentat permanent aux libertés.

    Pourtant, et l’on retombe sur le fameux paradoxe, Doha n’hésite pas, hors de son territoire, à prêcher la démocratie. Mieux, chaque année un forum se tient sur ce thème dans la capitale. Son titre, « New or restaured democracy » alors qu’au Qatar il n’existe de démocratie ni « new » ni « restaured »… Selon le classement de The Economist, justement en matière de démocratie, le Qatar est 136e sur 157e États, classé derrière le Bélarusse. Bizarrement, alors que toutes les bonnes âmes fuient le dictateur moustachu Loukachenko, personne n’éprouve honte ou colère à serrer la main d’Al-Thani. Et le Qatar, qui est aussi un enfer, n’empêche pas de grands défenseurs des droits de l’homme, notamment français, de venir bronzer, invités par Doha, de Ségolène Royal à Najat Vallaud-Belkacem, de Dominique de Villepin à Bertrand Delanoë.

    Comment un pays qui est par essence antidémocratique se présente-t-il comme le promoteur des printemps arabes et de la liberté d’expression ?

    Au regard des « printemps arabes », où le Qatar joue un rôle essentiel, il faut observer deux phases. Dans un premier temps, Doha hurle avec les peuples justement révoltés. On parle alors de « démocratie et de liberté ». Les dictateurs mis à terre, le relais est pris par les Frères musulmans, qui sont les vrais alliés de Doha. Et on oublie les slogans d’hier. Comme on le dit dans les grandes surfaces, « liberté et démocratie » n’étaient que des produits d’appel, rien que de la « com ».

    Si l’implication du Qatar dans les « printemps » est apparue comme une surprise, c’est que la stratégie de Doha a été discrète. Depuis des années l’émirat entretient des relations très étroites avec des militants islamistes pourchassés par les potentats arabes, mais aussi avec des groupes de jeunes blogueurs et internautes auxquels il a offert des stages de « révolte par le Net ». La politique de l’émir était un fusil à deux coups. D’abord on a envoyé au « front » la jeunesse avec son Facebook et ses blogueurs, mains nues face aux fusils des policiers et militaires. Ceux-ci défaits, le terrain déblayé, l’heure est venue de mettre en poste ces islamistes tenus bien au chaud en réserve, héros sacralisés, magnifiés en sagas par Al-Jazeera.

    Comment expliquez-vous l’implication directe du Qatar d’abord en Tunisie et en Libye, et actuellement en Égypte, dans le Sahel et en Syrie ?

    En Libye, nous le montrons dans notre livre, l’objectif était à la fois de restaurer le royaume islamiste d’Idriss tout essayant de prendre le contrôle de 165 milliards, le montant des économies dissimulées par Kadhafi. Dans le cas de la Tunisie et de l’Égypte, il s’agit de l’application d’une stratégie froide du type « redessinons le Moyen-Orient », digne des « néocons » américains. Mais, une fois encore, ce n’est pas le seul Qatar qui a fait tomber Ben Ali et Moubarak ; leur chute a d’abord été le résultat de leur corruption et de leur politique tyrannique et aveugle.

    Au Sahel, les missionnaires qataris sont en place depuis cinq ans. Réseaux de mosquées, application habile de la zaqat, la charité selon l’islam, le Qatar s’est taillé, du Niger au Sénégal, un territoire d’obligés suspendus aux mamelles dorées de Doha. Plus que cela, dans ce Niger comme dans d’autres pays pauvres de la planète le Qatar a acheté des centaines de milliers d’hectares transformant ainsi des malheureux affamés en « paysans sans terre ». À la fin de 2012, quand les djihadistes ont pris le contrôle du Nord-Mali, on a noté que des membres du Croissant-Rouge qatari sont alors venus à Gao prêter une main charitable aux terribles assassins du Mujao…

    La Syrie n’est qu’une extension du domaine de la lutte avec, en plus, une surenchère : se montrer à la hauteur de la concurrence de l’ennemi saoudien dans son aide au djihad. Ici, on a du mal à lire clairement le dessein politique des deux meilleurs amis du Qatar, les États-Unis et Israël, puisque Doha semble jouer avec le feu de l’islamisme radical…

    Le Fatah accuse le Qatar de semer la zizanie et la division entre les Palestiniens en soutenant à fond le Hamas, qui appartient à la nébuleuse des Frères musulmans. Pour beaucoup d’observateurs, cette stratégie ne profite qu’à Israël. Partagez-vous cette analyse ?

    Quand on veut évoquer la politique du Qatar face aux Palestiniens, il faut s’en tenir à des images. Tzipi Livni, qui fut avec Ehud Barak la cheville ouvrière, en 2009, de l’opération Plomb durci sur Gaza – 1 500 morts – fait régulièrement ses courses dans les malls de Doha. Elle profite du voyage pour dire un petit bonjour à l’émir. Un souverain qui, lors d’une visite discrète, s’est rendu à Jérusalem pour y visiter la dame Livni… Souvenons-nous du pacte signé d’un côté par HBJ et le souverain Al-Thani et de l’autre les États-Unis : la priorité est d’assister la politique d’Israël. Quand le « roi » de Doha débarque à Gaza en promettant des millions, c’est un moyen d’enferrer le Hamas dans le clan des Frères musulmans pour mieux casser l’unité palestinienne. C’est une politique pitoyable. Désormais, Mechaal, réélu patron du Hamas, vit à Doha dans le creux de la main de l’émir. Le rêve de ce dernier – le Hamas ayant abandonné toute idée de lutte – est de placer Mechaal à la tête d’une Palestine qui se situerait en Jordanie, le roi Abdallah étant déboulonné. Israël pourrait alors s’étendre en Cisjordanie. Intéressante politique-fiction.

    Le Qatar a-t-il « acheté » l’organisation de la Coupe du monde football en 2022 ?

    Un grand et très vieil ami du Qatar m’a dit : « Le drame avec eux, c’est qu’ils s’arrangent toujours pour que l’on dise “cette fois encore, ils ont payé !” » Bien sûr, il y a des soupçons. Remarquons que les fédérations sportives sont si sensibles à la corruption que, avec de l’argent, acheter une compétition est possible. On a connu cela avec des jeux Olympiques étrangement attribués à des outsiders…

    Dans le conflit frontalier entre le Qatar et le Bahreïn, vous révélez que l’un des juges de la Cour internationale de justice de La Haye aurait été acheté par le Qatar. L’affaire peut-elle être rejugée à la lumière de ces révélations ?

    Un livre – sérieux celui-là – récemment publié sur le Qatar évoque une manipulation possible lors du jugement arbitral qui a tranché le conflit frontalier entre le Qatar et Bahreïn. Les enjeux sont énormes puisque, sous la mer et les îlots, se trouve du gaz. Un expert m’a déclaré que cette révélation pouvait être utilisée pour rouvrir le dossier devant la Cour de La Haye…

    Les liaisons dangereuses et troubles entre la France de Sarkozy et le Qatar se poursuivent avec la France de Hollande. Comment expliquez-vous cette continuité ?

    Parler du Qatar, c’est parler de Sarkozy, et inversement. De 2007 à 2012, les diplomates et espions français en sont témoins, c’est l’émir qui a réglé la « politique arabe » de la France. Il est amusant de savoir aujourd’hui que Bachar al-Assad a été l’homme qui a introduit la « sarkozie » auprès de celui qui était alors son meilleur ami, l’émir du Qatar. Il n’y a pas de bonne comédie sans traîtres. Kadhafi était, lui aussi, un grand ami d’Al-Thani et c’est l’émir qui a facilité l’amusant séjour du colonel et de sa tente à Paris. Sans évoquer les affaires incidentes, comme l’épopée de la libération des infirmières bulgares. La relation entre le Qatar et Sarkozy a toujours été sous-tendue par des perspectives financières. Aujourd’hui Doha promet d’investir 500 millions de dollars dans le fonds d’investissement que doit lancer l’ancien président français à Londres. Échange de bons procédés, ce dernier fait de la propagande ou de la médiation dans les aventures, notamment sportives, du Qatar.

    François Hollande, par rapport au Qatar, s’est transformé en balancier. Un jour le Qatar est « un partenaire indispensable », qui a sauvé dans son fief de Tulle la fabrique de maroquinerie le Tanneur, le lendemain, il faut prendre garde de ses amis du djihad. Aucune politique n’est fermement dessinée et les diplomates du Quai-d’Orsay, nommés sous Sarkozy, continuent de jouer le jeu d’un Doha qui doit rester l’ami numéro 1. En période de crise, les milliards miroitants d’Al-Thani impliquent aussi une forme d’amitié au nom d’un slogan faux et ridicule qui veut que le Qatar « peut sauver l’économie française »… La réalité est plus plate : tous les investissements industriels de Doha en France sont des échecs… Reste le placement dans la pierre, vieux bas de laine de toutes les richesses. Notons là encore un pathétique grand écart : François Hollande a envoyé son ministre de la Défense faire la quête à Doha afin de compenser le coût de l’opération militaire française au Mali, conduite contre des djihadistes très bien vus par l’émir.

    Majed Nehmé http://www.voxnr.com/

    Notes :

    Le Vilain Petit Qatar – Cet ami qui nous veut du mal, Jacques-Marie Bourget et Nicolas Beau, Éd. Fayard, 300 p., 19 euros

    Source : http://www.afrique-asie.fr

     

  • HISTOIRE ET SYMBOLISME DE LA CROIX CELTIQUE

    Comme l'écrit Thierry Bouzard dans l'introduction de son livre consacré à la croix celtique, cette dernière est « un symbole sur lequel courent de notnbreuses légendes souvent erronées ». De fait, ayant acquis depuis plus d'un demi-siècle une notoriété remarquable, « la croix celtique rayonne sur tous les continents » et elle est souvent présentée par les adversaires de la tradition nationale comme un avatar d'un autre symbole cruciforme qui puise ses sources dans la tradition indo-européenne ... Dans cet ouvrage de plus de cent vingt pages, richement illustré et bien documenté, les lecteurs peuvent, soit parfaire leurs connaissances, soit découvrir l'histoire et la signification de ce symbole qui a traversé les siècles sans prendre une ride. Avec ce premier ouvrage, Thierry Bouzard rentre dans la grande famille des témoins de la mémoire nationale. Ce nouvel ouvrage de la belle collection Prolégomènes qui a déjà à son actif une histoire des Camelots du Roi marque l'originalité de cette collection enracinée.

    National Hebdo - Comment vous est venue l'idée de consacrer un ouvrage à l'histoire de la croix celtique ?
    Thierry Bouzard - Après quelques années de militantisme, il y a déjà un certain temps, j'ai voulu comprendre d'où venait l'engouement des nationalistes pour ce symbole. Mes premières recherches m' ont rapidement fait apparaître qu'aucune étude n' avait été consacrée à ce sujet et que les utilisateurs en avaient des conceptions variées et parfois contradictoires. J' ai donc décidé d'en faire l'étude moi-même car je considère qu'il est important de connaître les raisons qui motivent l'engagement des individus. Le symbolisme constitue un vecteur puissant qui synthétise en quelques traits précisément tracés un concept complexe. Il est considéré comme le langage privilégié de l'esprit, le plus apte à appréhender des réalités inaccessibles au langage ordinaire. C'est un moyen universellement utilisé pour entraîner les hommes.
    Mais la croix celtique ne voulait pas livrer facilement ses secrets. Les ouvrages sur le symbolisme ne l'évoquent que superficiellement et souvent comme un simple dérivé de la croix grecque ou de la croix latine.
    Je me suis donc lancé dans mes recherches sans idée préconçue et je dois dire que je ne m'attendais absolument pas à ce que j'allais mettre au jour. L'aspect de plus étudié concerne les célèbres croix irlandaises. Son utilisation politique moderne est aussi assez connue depuis la réactualisation qu'en a fait Pierre Sidos, mais pas la genèse de celle-ci.
    Ce sera aux lecteurs de dire. si j'ai atteint mon objectif qui était de présenter une vision complète et synthétique de la croix celtique et de son symbolisme.

    - Quel est le lien entre les Celtes pré-chrétiens et la croix celtique chrétienne ?
    - Ce sont les druides irlandais qui font le lien entre l'ancienne religion et le christianisme et c'est probablement par eux que le symbole a été transmis. Il faut savoir que les Celtes irlandais sont le seul exemple de populations qui se soient converties au christianisme sans avoir été préalablement conquises par les armées romaines. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, les Celtes ne faisaient pas un usage graphique de la croix celtique. En effet, aucun objet précédant la conversion de l'Irlande ne représente le symbole. Par contre je mentionne l'usage qui en est fait dans la géographie sacrée des Celtes irlandais et des Gaulois, ce qui n'est pas étonnant quand on sait que les druides transmettaient leur enseignement exclusivement oralement. Mais c'est en Irlande que la mutation du symbole s'est effectuée, Sans y voir forcément un lien, de cause à effet, on constate que la caste sacerdotale, les druides, ont embrassé la nouvelle religion presque naturellement et quoi de plus logique qu'ils aient voulu enrichir la symbolique de leur nouvelle religion par une lecture originale d'un motif qui leur était familier et dont on trouve la trace en Europe dès le néolithique.
    Concrètement, on constate que la croix celtique, avant de servir dans le cùlte public sous la forme des grandes croix de pierre, a d'abord été utilisée dans le culte privé, gravée sur les pierres tombales. On la retrouve aussi dans l'orfèvrerie.

    - Pouvez-vous retracer l'épopée du père Doncœur qui a redonné vie à la croix celtique ?
    - C'est en effet le père Doncœur qui est à l'origine de l' emploi moderne de la croix celtique. Il en avait fait son symbole personnel sous le nom de "croix cadet". Il est une figure méconnue mais attachante de cette première moitié du XXe siècle. S'il reste méconnu, ses chansons le sont moins et notamment le célèbre Kyrie des gueux qui est devenu un classique du répertoire des Saint-Cyriens. Il est extrait de son carnet de chants le Roland dont plusieurs pages sont illustrées avec la croix celtique.
    C' est la loi sur les congrégations religieuses de 1902 qui oblige le jeune Paul Doncœur à s'exiler. C'est en 1912 qu'il est ordonné prêtre en Belgique. En août 1914, il marche au canon pour partager le sort des soldats français sur le front. Blessé, prisonnier, décoré, c'est surtout après la guerre qu'il se fera remarquer en prenant une part éminente dans la campagne qui va faire céder le gouvernement Herriot en 1924. Le cartel des gauches voulait remettre en application la loi de 1901 et de nouveau expulser les congrégations religieuses. Parallèlement, le père Doncœur participe à la création du mouvement scout en France et spécialement des routiers. En 1939, il devient l'aumônier général de la branche Route et c'est certainement sous son influence qu'est choisi l'emblème des cadets d'Algérie en 1940, puis des Equipes nationales en 1943. Ces deux organisations vont utiliser comme emblème officiel la croix celtique telle que nous la connaissons.

    - Que représente à vos yeux le symbolisme de la croix celtique ?
    - On peut y distinguer plusieurs significations. Tout d'abord, il est incontestable que la croix celtique est une représentation du "signaculum domini", c'est-à-dire des cinq plaies du Christ en croix. Symbole très courant au Moyen Age et connu depuis le IVe siècle. Cette signification méconnue est pourtant explicite sur les premières croix en pierre irlandaises. D'ailleurs, les spécialistes de l'art irlandais ne qualifient-ils pas les cinq cabochons qu'ils remarquent sur ces croix de "têtes de clous" ?
    La croix celtique est aussi l'héritière des anciennes roues solaires de l'âge de bronze. Par là, elle intègre le symbolisme solaire et elle l'enrichit en étant aussi une représentation du cœur. Sans entrer dans tous les détails, on peut dire que lorsque le soleil réchauffe et éclaire, il n'agit que dans un seul. sens tandis que le cœur exerce la même fonction dans les deux sens, par un mouvement à la fois centripète et centrifuge. C'est une image classique du Sacré-Cœur représenté très souvent entouré de rayons solaires.

    - Comment est-elle présente dans nos chants de tradition ?
    - Collectionneur de recueils de chants, je me devais de mentionner, en annexe de mon livre, les chants qui citent la croix celtique dans leurs paroles. S'il est probable qu'il devait exister des chants religieux glorifiant ce type de croix, ils ont apparemment disparu. Il ne reste donc que des chants plutôt militaires et militants. Je les publie avec leurs partitions et ce que je connais de leur historique. Le plus célèbre est Les Lansquenets, moins connu est le chant des mercenaires Le vent menait. Bien entendu, on trouve le chant officiel de l'Œuvre française écrit par Pierre Sidos.
    Propos recueillis par Françoise MONESTIER   National Hebdo mai 1998
    La croix celtique, Collection Prolégomènes, Editions Defi, 1 Place Paul-Verlaine, 92100 Boulogne Billancourt.

  • Rencontre avec la responsable des « Christian Women Against Femen »

    VARSOVIE (NOVOpress) - Depuis leur apparition en Ukraine en 2008, les militantes « féministes » des FEMEN font preuve d’un activisme débridé (qu’elles appellent sextrémisme) pour défendre le « droit des femmes » ou s’attaquer aux religions (on se souvient notamment de leur action consistant à découper à la tronçonneuse une croix chrétienne en soutien aux Pussy Riots russes).

    Ces derniers mois, les Femen ont également voyagé essaimé en Europe de l’Ouest et ouvert un local à Paris (au vu du salaire moyen ukrainien, il est toutefois peu probable que le local soit financé par les seules cotisations des militants ukrainiennes), et agressé violemment les manifestants contre le mariage et l’adoption « pour tous ».

    Diverses réactions en opposition aux Femen sont apparues, notamment sur Internet, avec un groupe Facebook « Muslim Women Against Femen ». Une autre initiative vient de naître en Pologne : « Christian Women Against Femen », qui a également lancé sa page Facebook. A sa tête, Maria Piasecka-Łopuszańska, 26 ans et mère de deux enfants, qui dirige également un mouvement féminin patriotique (Kobiety dla Narodu). Nous l’avons interrogée.

    Maria Piasecka-Łopuszańska, responsable des « Christian Women Against Femen »

    Maria Piasecka-Łopuszańska, responsable des « Christian Women Against Femen »

    Novopress : Pourquoi avoir lancé le groupe des « Christian Women Against Femen » ?

    Maria Piasecka-Łopuszańska : Les Femen usurpent le droit d’être le porte-voix des femmes et d’évoquer leurs préoccupations. Dans les faits, leurs actes et leurs modes d’action sont une insulte pour les femmes du monde entier. Elles insultent nos croyances et notre Église, et nous ne voulons pas rester passives face à ces agressions radicales contre la chrétienté.

    Nous voulons aussi réveiller les consciences quant aux différences naturelles entre l’homme et la femme. De surcroit, les Femen desservent profondément la cause des femmes : manifester nues pour dénoncer la pornographie est totalement illogique !

    Il était urgent de montrer le contraste entre la propagande et la surreprésentation médiatique des Femen et la réalité. Pour cela, Internet est un outil formidable et accessible à tous. Nous avons donc crée notre page Facebook, qui en une semaine était déjà suivie par plus de 3000 personnes. C’est déjà davantage que bien des pages nationales des Femen, et nous comptons bien progresser rapidement pour détrôner la page officielle des Femen.

    Les Femen sont devenues célèbres par le biais d’actions spectaculaires. Envisagez-vous des actions de rue pour vous faire entendre ?

    C’est envisageable, mais nous gardons le privilège de vous en faire la surprise le moment venu ! Pour le moment, nous devons agréger un maximum de soutiens de par le monde. Par la suite, nous pourrons faire usage de tous les outils de communication et d’action.

    Pour le moment, des centaines de femmes de plusieurs dizaines de pays nous ont envoyé des photos avec un « message » pour les Femen. C’est une première étape, qui en annonce d’autres.

    Shame on you Femen, un message sans ambiguïté

    Shame on you Femen, un message sans ambiguïté

    Vous dirigez le mouvement patriotique des « Femmes pour la Nation » (Kobiety dla Narodu). Pouvez-vous nous le présenter ? Quels sont ses buts ?

    En Pologne, le mouvement féministe est maladroit : il s’en prend à la maternité, à la famille, à la religion et à la patrie, soit tous les éléments qui structurent et donnent de la force aux femmes !

    Nous avons donc décidé de réagir en créant Kobiety dla Narodu, qui est dirigé par des femmes de sensibilité nationaliste. Nous n’entendons bien évidemment pas nous référer aux organisations féminines et « féministes » occidentales, mais aux organisations féminines patriotiques qui ont existé aux 19ème et 20ème Siècles en Pologne et qui regroupaient notamment des femmes issues de familles d’agriculteurs et de propriétaires terriens.

    Nous voulons défendre l’indépendance des femmes et leur participation active au débat public. Nous nous battons pour que les jeunes mères de famille soient soutenues, et pour la libre expression de notre attachement au catholicisme et à l’amour de la patrie.

    Nous sommes bien évidemment différentes des « féministes » dans la mesure où nous sommes pour la vie, que nous combattons la pornographie et que notre encadrement n’est pas constitué d’homosexuelles. L’objet de notre activité est également de préserver notre identité et notre culture, et non pas de lutter pour une hypothétique et douteuse « révolution sexuelle ».

    Avez-vous établi des contacts avec d’autres associations féminines ?

    Oui tout à fait. Dès l’origine, l’initiative des Christian Women Against Femen a été conjointement entreprise part les militantes de Kobiety dla Narodu et par les jeunes militantes du Jobbik hongrois.

    En l’espace de quelques jours seulement, nous avons déjà établi des contacts avec des femmes du monde entier : en France, en Italie, en Croatie, mais aussi au Mexique, au Liban, en Indonésie, au Brésil, et dans bien d’autres pays encore.

    Ces dernières années, plusieurs femmes comme Marine Le Pen, Krisztina Morvai ou Pia Kjærsgaard sont devenues des figures majeures de mouvements patriotiques en Europe. Comment l’expliquez-vous ?

    Phénomène déjà apparu avec Margaret Tacher. De nos jours, les femmes participent à la vie politique et au débat public sans que cela ne choque qui que ce soit. Mais l’erreur serait de croire que les femmes ne s’orientent que vers des formations gauchistes ou libérales.

    Les médias polonais ne sont pas pas habitués à voir des femmes s’engager dans des mouvements patriotiques, qui semblent surpris de voir des femmes soutenir ce qu’ils appellent parfois, et faussement, « la cause des hommes ». Il nous incombe donc de montrer la voie et de tordre le cou à leurs idées reçues.

    Le Ruch Narodowy (Mouvement National), un mouvement patriotique polonais nouvellement créé

    Le Ruch Narodowy (Mouvement National), un mouvement patriotique polonais nouvellement créé

    Votre association fait partie du Ruch Narodowy (Mouvement National), un mouvement patriotique polonais nouvellement créé par Robert Winnicki. Quels sont ses objectifs ? Quelle place y auront les femmes ?

    A l’heure actuelle, le Ruch Narodowy ne se définit pas comme un parti politique, mais comme un mouvement social. Nous voulons créer une lame de fond patriotique en Pologne et permettre aux différentes structures nationalistes éparpillées de se rapprocher au sein d’une même plateforme. Notre plus grand événement est l’organisation d’une marche nationale le 11 novembre (date de la reconstitution de l’État polonais en 1918), qui a rassemblé en 2012 près de 100.000 participants.

    Il n’y a pas de « rôle des femmes » particulier dans le Ruch Narodowy : nous sommes autant patriotes que les hommes, c’est tout autant notre cause et notre patrie que nous devons défendre. Le patriotisme est une valeur universelle : je peux difficilement imaginer un tel mouvement se construire sans femmes !

    Une guerre déclarée officiellement par les « Femen Germany »

    Une guerre déclarée officiellement par les « Femen Germany »

    Un mot de conclusion ?

    Nombre de nos militantes ont coutume de dire que nous sommes en guerre. En effet, nous sommes en guerre (qui nous a d’ailleurs été déclarée officiellement par les « Femen Germany »). Et les femmes ont leur rôle à jouer dans cette guerre : elles ont vocation à coopérer avec les hommes, et non à les imiter ou à vouloir se substituer à eux.

    http://fr.novopress.info

  • Entretien avec Bernd Lucke, économiste et cofondateur du parti Alternative pour l’Allemagne

    Entretien avec Bernd Lucke, économiste et cofondateur du parti Alternative pour l’Allemagne (source magazine La Croix)

    « Dissoudre l’euro de manière graduelle »

    Le parti anti-euro allemand tient ce dimanche son premier congrès. Son cofondateur explique son programme.
    Vous fondez un parti anti-euro. Peut-il trouver sa place en Allemagne, où l’eurosepticisme n’a jamais connu de succès électoral ?

    B L : Les élections législatives de septembre auront lieu dans un contexte nouveau. Ce sera le premier scrutin général de l’ »après-Mai 2010 », date de déclenchement de la crise de l’Euro. Ces trois dernières années, nous avons appris que cette crise n’est pas sous contrôle du gouvernment, alors que cela nous coûte des sommes considérables.

    Que proposez-vous ?

    B L : De dissoudre l’euro de manière contrôlée et graduelle. D’abord, en laissant les pays du sud de l’Europe quitter la zone, puis casser le reste de la zone en réintroduisant les monnaies nationales. Nous demandons aussi de mettre fin aux boucliers financiers créés depuis 2010 5NDLR : par exemple, le mécanisme européen de stabilité, destiné notamment à secourir un pays au bord de la faillite).

    Et la France ?

    B L : L’euro pose aussi des problèmes de compétitivité à la France, qui souffre, de ce fait, d’une désindustrialisation depuis plusieurs années. Cela coûte à votre pays un grand nombre d’emplois détruits. Par conséquent, vous auriez probablement intérêt à quitter la zone et renouer avec votre propre monnaie.

    L’euro n’a-t-il pas créé des occasions pour l’économie allemande ?

    B L : Pendant ses premières années, il a profité aux pays d’Europe du Sud car beaucoup de capitaux se sont mis à y affluer, privant l’Allemagne de ressources pour investir. Du coup, elle a enregistré le taux de croissance le plus bas de la zone entre 2001 et 2007. Depuis le déclenchement de la crise, les capitaux reviennent en Allemagne. Nous en profitons. L’inconvénient, c’est que nous prenons en charge le fardeau des pays de l’Europe du Sud, victimes de l’euro. Nous devrions nous battre pour le bien de tous, plutôt que de trouver des solutions profitant à un certain nombre de pays –dont l’Allemagne-, pendant que d’autres en souffrent.

    Que répondez-vous à ceux qui affirment que la disparition de la zone euro aurait des conséquences catastrophiques pour tous ?

    B L : Il existe des moyens de procéder par étapes, afin de laisser aux peuples et aux Etats le temps de s’ajuster. L’économie européenne est dans un état désastreux avec un chômage des jeunes très élevé et inquiétant en Grèce, en Italie et en Espagne. C’est lié au fait que ces pays ne peuvent pas être compétitifs avec une monnaie commune du niveau de l’euro (NDLR : puisqu’ils ne peuvent pas procéder à une dévaluation pour regagner des parts de marché). Il faut faire quelque chose. On ne peut pas ignorer les problèmes et se contenter de dire que l’euro est là pour toujours.

    La fin de l’euro signerait-elle la mort de l’Europe ?

    B L : Je ne pense pas. Ce n’est pas la première fois qu’un projet européen échoue –regardez l’Europe de la défense, dans les années 1950- et pourtant la construction européenne s’est poursuivie. L’UE se trouve engagée dans un processus de désintégration parce que le Sud stagne, voire recule, pendant que le Nord s’en sort plutôt bien. Du coup, les régions de l’Europe divergent et ce n’est sain pour personne.

    Vos propositions ne sonnent-elles pas la fin de la solidarité européenne ?

    B L : Non. Je suis attaché au principe d’entraide entre les peuples. Le problème, c’est que nous ne disposons pas pour le moment de critères objectifs pour organiser un système rationnel de transferts. On se contente de donner de l’argent à ceux qui ont accumulé le plus de dettes, et non pas aux plus pauvres. Si nous voulons vraiment construire une solidarité, nous devons identifier ceux qui ont le revenu par habitant le plus faible, le plus fort taux de chômage et le moins d’infrastructures. A partir du moment où ces critères seront définis, nous aurons la volonté de payer. C’est cela, la solidarité.

    http://www.fn-alsace.com

  • L’honnêteté n’a jamais été gage de compétence…

    L’honnêteté n’a jamais été gage de compétence… Après Jérôme Cahuzac, le rabbin Gilles Bernheim surpris en flagrant délit de mensonge. Sans compter ces statistiques concernant ceux qui mentent sur leurs CV pour leurs entretiens d’embauche. Et ces gens dont on a l’impression qu’ils mentent en tout et en permanence. Ambiance délétère ou phénomène vieux comme le monde ?

    François Hollande avait promis une « République exemplaire ». Je trouve que Jérôme Cahuzac est un homme parfaitement exemplaire. À une époque où l’on n’est plus censé vivre mais « gérer » son existence, et où « réussir » signifie gagner plus d’argent que les autres, il a parfaitement intériorisé la règle implicite de notre temps : « plus » est toujours synonyme de « mieux », et les moyens d’acquérir plus comptent pour peu de choses par rapport à cette fin. L’État de droit libéral se veut neutre sur le plan des valeurs. Au prétexte que ce serait discriminer entre des choix individuels tous parfaitement légitimes, il n’a rien à dire sur ce qu’Aristote appelait la « vie bonne ». Dans cette optique, le politique ne peut être porteur d’aucune dimension éthique, puisqu’on ne peut en son nom promouvoir aucune conception du bien commun. La société se définit dès lors comme une simple addition d’individus autosuffisants. La corruption généralisée en est la conséquence.

    Cela dit, les cas individuels n’ont guère d’intérêt. Dans l’histoire, il y a d’une part les acteurs ; de l’autre, les dynamiques, les logiques et les structures. C’est à ces dernières qu’il faut surtout s’intéresser. Le système libéral est un système qui prétend que la logique de l’intérêt et le droit procédural suffisent à faire tenir ensemble une société. Le capitalisme fait toujours primer la logique du profit sur toute considération morale. Qu’est-ce que la logique du profit ? C’est la logique de la valorisation toujours croissante du capital. Autrement dit, faire toujours plus d’argent avec de l’argent. C’est pourquoi le capitalisme exige la marchandisation généralisée (du travail, de la terre, de l’art, de la culture, de la santé, des corps, des organes, etc.) et la circulation généralisée de toutes marchandises. La question qui se pose est alors de savoir comment sortir du système de l’argent ?

    Élisabeth Lévy stigmatise cette volonté de transparence voulant que tout un chacun déballe son patrimoine en place publique. Votre avis ?

    Ceux qui possèdent des comptes à l’étranger ne le diront évidemment pas quand ils fourniront l’état de leur patrimoine. Ce déballage ne sert donc strictement à rien. Il relève d’un voyeurisme qui n’est pas très éloigné de la culture de l’excuse : nous sommes nuls, mais voyez comme nous sommes honnêtes. À ce rythme-là, on finira par découvrir que Roselyne Bachelot n’est plus vierge et que Pierre Moscovici a oublié de déclarer dix-sept cuillères à café héritées de son grand-père pour lesquelles il n’a pas de facture ! La volonté de « transparence » est d’inspiration totalitaire, car il y a des opacités bienfaisantes. Quant à la lutte contre les paradis fiscaux, elle prête plutôt à sourire. Les plus grands paradis fiscaux actuels s’appellent la City de Londres et Wall Street. Les paradis fiscaux de l’avenir seront, eux, des paradis immatériels.

    L’honnêteté est-elle véritablement une vertu politique, sachant que certains incorruptibles furent de féroces massacreurs, tandis que des corrompus notoires ont pu se montrer fins politiciens ?

    L’honnêteté n’a jamais été gage de gentillesse ni de compétence. Et l’on peut en effet préférer des corrompus qui font au moins une bonne politique à de vertueux impuissants. Mais quand un chômeur ou un retraité apprend que Carlos Ghosn, patron de Renault et Nissan, gagne 35.000 euros par jour (12 millions d’euros par an), il n’a pas besoin de s’interroger sur l’origine de cet argent pour s’indigner. La somme seule suffit à choquer ce que George Orwell appelait la « décence commune ». Il serait surtout temps de comprendre que la politique et la morale ne sont pas la même chose, ou plus exactement, comme le disait Julien Freund, que la politique a sa propre morale, dont l’objectif est de servir le bien commun – un bien qui n’est pas la somme des biens particuliers, mais un bien indivisible dont tous les citoyens bénéficient ensemble. Pas plus qu’une économie nationale n’est comparable à un budget familial, la morale en politique ne peut être calquée sur la morale privée. Pour ne donner qu’un exemple, l’hospitalité n’a pas le même sens selon que l’on parle d’un individu ou d’un pays…

    Quand Jérôme Cahuzac demande pardon, n’y a-t-il pas mélange des genres, entre confessionnal et tribunal ? Intrusion du religieux dans le politique ?

    Il s’imagine peut-être que péché avoué est à moitié pardonné. Dans son attitude, je vois en fait surtout la détestable influence des confessions publiques à l’américaine, héritées du puritanisme. Mais il y a pire. Si Cahuzac est condamnable, je trouve plus répugnant encore le spectacle de tous ces faux-culs qui, la main sur le cœur, assurent avoir été « trompés » et condamnent hautement les mauvais agissements d’un homme à qui ils ne reprochent en réalité que d’avoir été assez maladroit pour les avoir mis tous en danger en se faisant prendre. Tous les hommes politiques ne sont pas corrompus, mais ils sont tous partie prenante d’un système qui corrompt tout. C’est pour cela qu’ils sont tous discrédités. Lénine disait que les révolutions se produisent quand à la base on ne veut plus, et qu’à la tête on ne peut plus. On n’en est peut-être pas très loin.

    Alain de Benoist, le 26 avril 2013

  • François Hollande court à l’échec en désespérant le peuple qui l’a élu

    François Hollande et son gouvernement ont capitulé face à toute perspective de transformation sociale et de refondation démocratique. Tel est le constat que dresse Laurent Mauduit, journaliste et fondateur de Médiapart dans son livre L’étrange capitulation. Pire, il trace un parallèle entre les abdications d’aujourd’hui et les renoncements des élites avant-guerre, qui ont mené à l’effondrement de la République. Que reste-t-il du socialisme et de la gauche?

    Nous vivons une crise politique, sociale, économique, éthique sans qu’il n’y ait vraiment de débat, à gauche, notamment sur la réorientation de l’économie. Aucune grande voix ne s’élève pour proposer d’autres solutions.

    Votre livre a pour fil conducteur « L’étrange défaite  », rédigé par l’historien Marc Bloch pendant la seconde guerre mondiale. Il y dénonce la trahison des dirigeants français dans la débâcle. Pourquoi tracer un tel parallèle ?

    Laurent Mauduit : Dans « L’étrange défaite », Marc Bloch établit que la débâcle de juin 40 n’est pas une victoire des armées allemandes mais d’abord une défaite des Français sur eux-mêmes. C’est la nullité et l’arrogance de l’état-major. Surtout, les élites françaises et la bourgeoisie d’affaires sont idéologiquement du côté des vainqueurs avant même la défaite.

    C’est une capitulation anticipée : « Non seulement ils se sont laissé battre mais ils ont trouvé très naturel d’être battus », écrit Marc Bloch. « Le pis fut que nos ennemis y furent pour peu de choses. » Bien qu’il faille toujours se méfier des parallèles historiques, cette comparaison a une force terrible. Les années 1930 sont marquées par une crise économique aux causes assez similaires à la situation actuelle.[...]

    « Les socialistes sont-ils demeurés… des socialistes ? », interrogez-vous. Poser la question n’est-ce pas y répondre ?

    Nous arrivons à la fin d’une histoire du socialisme. Malgré ses reniements à différentes époques, le socialisme avait toujours incarné un souffle, une espérance. Le poids de la fatalité peut être renversé par la volonté des hommes : tel était son fondement.

    Où est Marceau Pivert (dirigeant socialiste avant-guerre, ndlr) et son « tout est possible » ? Marceau Pivert qui, en 1937, disait au gouvernement socialiste : « Non, je n’accepte pas de capituler devant le capitalisme et les banques. » Malgré sa gravité, la crise peut générer des outils intellectuels pour la surmonter.

    Des personnalités incarnent cela dans l’histoire : les révolutions de 1848 génèrent Marx, la crise de 1929 génère Keynes. Aujourd’hui, nous n’entendons aucune grande voix. Les socialistes ont l’apparence de notaires tristes.

    Vous revenez dans votre livre sur les grandes dates de la gauche du siècle passé : 1936 et le Front populaire, 1981 et l’élection de François Mitterrand, 1997 et le gouvernement « de la gauche plurielle ». Des conquêtes sociales (congés payés, 39h puis 35h, CMU…) ont suivi ces victoires, avant les renoncements. Quelles sont les conquêtes sociales de 2012 ?

    Aucune. C’est un rouleau compresseur de mesures réactionnaires : la politique budgétaire d’austérité, l’austérité salariale, les 20 milliards d’euros aux entreprises sans contrepartie qui vont gonfler les dividendes des actionnaires, la réforme du code du travail avec la destruction du droit du licenciement.

    Or le droit du licenciement ne protège pas du licenciement, c’est une possibilité de recours contre l’arbitraire ! On peut m’objecter un procès à charge, inéquitable. Le tableau peut paraître plus nuancé. Mais prenons le mariage pour tous : c’est une importante avancée du droit. Or, réaliser cette avancée sans, dans le même temps, s’atteler à la question sociale comporte un effet pervers terrible.

    Cela ouvre la voie à la droite et à l’extrême droite, pour dresser une partie de l’électorat avec des slogans tels que « le chômage pas le mariage ». C’est faire en sorte que cet acquis puisse devenir socialement insupportable à certains. On ruine idéologiquement l’avancée du droit en ne tenant pas compte de la question sociale.[...]

    Comment expliquer cette attitude ?

    Elle est liée aux entourages de ceux qui gouvernent, à l’imbrication avec les milieux d’affaires. C’est ce que révèle l’affaire Cahuzac : un système de consanguinité avec le monde des banquiers. Cela renvoie au système oligarchique français. L’oligarchie est une couche sociale insubmersible, qui résiste à toutes les alternances. Elle édicte les mêmes recommandations conformes à ses intérêts, quel que soit le gouvernement.

    L’imbrication entre les élites politiques et ces milieux-là est fascinante. Qui conseille aujourd’hui le ministre de l’Économie Pierre Moscovici ? Ce ne sont que des militants UMP qui sont à la direction du Trésor. Qui a rédigé le rapport Gallois sur la compétitivité ? C’est un cadre de l’UMP. Qui conseille Hollande en économie ? C’est la banque Rothschild.

    Il n’y a plus d’irrigation intellectuelle autre que cette sphère, dont les sources idéologiques sont le libéralisme, les milieux d’affaires. Que les socialistes n’aient pas eux-mêmes l’énergie de construire une vision du monde, de s’appuyer sur leurs propres experts, est très inquiétant.

    « Si la France s’est écroulée sous elle-même, c’est parce que la démocratie y était anémiée », écrivait Marc Bloch. Les symptômes sont-ils les mêmes aujourd’hui ?

    Le présidentialisme exacerbé, ce néo-bonapartisme, est un coup d’état permanent. Hollande fait partie d’une génération particulière : conseiller de l’Élysée dès 1981, il occupe un poste où il a tout observé. Il est ensuite député sous le second septennat. Et il a tout vu, les dérives éthiques du mitterrandisme, les scandales, les affaires, les corrupteurs autour de Mitterrand.

    Comme Jospin, il a revendiqué un droit d’inventaire. Sur le débat institutionnel et l’indispensable refondation démocratique, il n’avait pas le droit d’échouer. Or, il ne se passe rien. Il y a l’austérité, mais sur le plan démocratique, rien ! Le cumul des mandats est reporté à 2017.

    La violence de la crise liée à l’affaire Cahuzac fait que d’un seul coup, ce débat redevient d’actualité. Il a fallu une crise morale, une crise éthique pour arriver à de microscopiques mesures démocratiques. C’est pathétique.

    Plutôt qu’une capitulation, n’est-ce pas davantage une duperie, une politique économique libérale maquillée pendant la campagne électorale, comme vous l’évoquez ?

    A la fin du gouvernement Jospin, et sa longue suite de renoncements avec les politiques menées par DSK puis Laurent Fabius, Hollande avait un rôle plutôt modérateur vis-à-vis de ces volontés dérégulatrices. J’ai donc été surpris qu’il tombe d’emblée dans une politique aussi clairement social-libérale. Admettons que le rapport de force économique soit compliqué.

    Si ce gouvernement se considérait sous contrainte – ce qui n’est pas mon analyse –, pourquoi François Hollande n’a-il pas immédiatement commencé son mandat par une refondation démocratique ? Pourquoi est-il retombé dans ces systèmes de consanguinité entre politiques, gouvernement et milieux d’affaires, en s’entourant de conseillers issus des grandes banques françaises ?

    C’est vrai à Élysée avec Emmanuel Macron (ancien de la banque Rothschild, ndlr), à Bercy avec Matthieu Pigasse (banque Lazard, ndlr) sur la Banque publique d’investissement, ou avec Gilles Finchelstien qui vient d’Euro RSCG (agence spécialisée dans le marketing et la communication d’entreprise, groupe Havas, ndlr) et a son bureau au même étage que Pierre Moscovici [1]. Parfois l’histoire révèle des gens. La fin n’est évidemment pas écrite.

    Vous regrettez la faiblesse du débat à gauche. La culture du consensus, que pratique Hollande avec aisance, niant les divergences d’intérêts, n’interdit-elle pas tout débat ?

    Il y a une belle formule de Marc Bloch sur la « stupidité qu’il y a à nier la lutte des classes ». Celle-ci existe. Elle est inhérente à la démocratie. La démocratie, ce n’est pas le consensus, c’est le dissensus. Son mode de règlement, c’est de trouver l’intérêt général à travers des intérêts divergents. Or, quelle est la légitimité, aujourd’hui, de politiques qui piétinent méthodiquement les électeurs qui les ont portés au pouvoir ?

    L’événement télévisuel marquant en 2012, ce sont les sanglots du syndicaliste sidérurgiste Édouard Martin. La trahison de Florange fait terriblement réfléchir : c’est une filiale rentable, le secteur de pointe de la technologie de l’acier en France. C’est pour cela que Lakshmi Mittal (PDG d’ArcelorMittal, ndlr) en avait besoin : il voulait piquer la technologie pour ensuite la délocaliser.

    Côté gouvernement, pourquoi bafouer à ce point l’engagement pris par le candidat Hollande devant les salariés, lors de la campagne présidentielle ?

    Le gouvernement conduit une politique sans rationalité économique. La pression idéologique autour des déficits publics et de la dette, je peux la comprendre – cela ne signifie pas que je la partage. Il y a une rationalité dans la construction intellectuelle qui présente la dette comme un problème. Mais pour ArcelorMittal, c’est une trahison pure et simple. Ils sont passés dans le camp d’en face, contre les ouvriers.

    Quel rôle joue la presse dans cette « capitulation » ?

    [...] Nous avons aujourd’hui une presse de connivences, une presse de bas étage y compris dans le débat public où elle ne fait pas son office.

    Elle a accompagné l’affaissement du PS. La presse des années 30, c’était la corruption et l’affairisme. L’une des premières mesures du programme du Conseil national de la résistance a été de « refonder une presse indépendante des puissances financières ».

    C’est donc une capitulation des élites actuelles face à la finance…

    Ce sont les émigrés de Coblence [2], ils sont déjà ailleurs. Depuis Jean-Marie Messier (ancien PDG de Vivendi, ndlr) qui menaçait de partir à l’étranger, cela n’a plus cessé. Les plus riches ont récupéré ce qu’il y a de pire dans le capitalisme anglo-saxon, à savoir l’enrichissement des mandataires sociaux, plus l’opacité. Nous ne sommes plus dans une relation républicaine.

    Il y a quelques années Michel Pébereau (Président de BNP Paribas jusqu’en 2011, ndlr) était banquier mais donnait dans le même temps des cours à l’université, tout en estimant normal d’être payé modérément.

    Or, nous assistons aujourd’hui à un déchirement violent de la société, à un accaparement de la richesse par le haut. Cela génère un égoïsme social radical dans les classes dominantes, et une détestation du pays. Ils ont accaparé tant de richesses que la grogne sociale « d’en bas » les insupporte.[...]

    Dans ces conditions, quelles perspectives politiques entrevoyez-vous ?

    Le danger qui menace l’Europe, et au premier chef la France, c’est le danger du populisme radical. Le danger en France est toujours venu, non pas de l’extrême droite, mais d’époques troubles où la droite a perdu le sens républicain et a siphonné les idées de l’extrême droite. Un gouvernement UMP-FN « relooké » est une menace gravissime qui se profile. L’urgence est à relancer des passerelles entre la gauche de gouvernement et celle d’opposition.

    Il y a d’autant plus d’importance à débattre des politiques économiques et sociales, des politiques démocratiques. A refuser de le faire, les socialistes préparent le terrain à cette droite de combat, à cette droite extrême. « Si le peuple ne trouve pas de solution dans l’espoir révolutionnaire, il peut être tenté de le chercher dans le désespoir contre-révolutionnaire », analysait Trotsky dans « Où va la France ? ».[...]

    Basta Mag

    Notes

    [1] Stéphane Fouks, patron d’Euro-RSCG, conseillait personnellement Jérôme Cahuzac. Lire ici.

    [2] Coblence, en Allemagne, servi de refuge pour nombre de nobles fuyant la France lors de la Révolution de 1789.

    http://fortune.fdesouche.com